28 mars 2019

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Vingt-neuvième jour

Jésus au milieu des Docteurs

 

La Sainte Famille, rentrée a Nazareth, ne s’occupe plus qu’à chercher en toutes choses l’accomplissement pur et simple de la divine volonté par la pratique de cette vertu de subordination et d'obéissance qui doit faire, à le bien prendre, notre bonheur et notre salut à tous,dans quelque situation que nous nous trouvions. Tous, en effet, obéissaient à Nazareth : Joseph, qui seul avait la mission de commander, obéissait à Jésus et à Marie, dont il prévenait jusqu‘aux moindres désirs ; Marie obéissait à Joseph, son époux et le chef de la Sainte Famille, et à Jésus, dont la volonté était la règle de sa propre volonté ; Jésus obéissait à l’un et à l’autre, puisque toute l’histoire de ces trente premières années de sa vie se résume dans ces mots : « Et il leur était soumis ». Tous trois enfin obéissaient à Dieu, parce que leur volonté était en tous points conforme à la sienne. Notre Seigneur nous en donne un exemple, en se rendant tous les ans, dès sa première enfance, à Jérusalem, selon les prescriptions de la loi. L’Evangile ne nous cite que le voyage qu’il y fit à l’âge de douze ans, et dans lequel il enseigna les Docteurs a-vec une sagesse et une science qu‘ils ne purent s’expliquer, traitant avec eux de toutes les sciences dites humaines. Ce qui ne doit pas nous étonner, parce qu’il veut nous apprendre que non-seulement aucune n’est étrangère à la Religion, de même que la Religion n’est étrangère à aucune, mais encore que toutes viennent de Dieu et doivent nous conduire à Dieu.

Notre Seigneur avait huit ans quand il se rendit pour la première fois à Jérusalem, à l’occasion de la Fête de Pâques. Il continua à y aller les années suivantes. Dès ces premiers voyages, il excite l’attention des amis chez lesquels descendaient ses parents, ainsi que celle des prêtres et des docteurs. L’on parlait souvent à Jérusalem de la piété extraordinaire et de l’intelligence merveilleuse du fils de Joseph, comme chez nous l’on remarque, dans les pèlerinages qui se font tous les ans, un enfant qui donne de grandes espérances, un jeune homme qui se distingue des autres par son bon sens ou sa piété, et c’est avec bonheur qu’on les revoit chaque année. Notre-Seigneur était donc déjà connu à Jérusalem quand il s’y rendit avec ses parents, à l’âge de douze ans, en la compagnie des autres familles de Nazareth.

Joseph et Marie, qui se joignaient ordinairement à leurs compatriotes, savaient par expérience que Jésus se tenait habituellement avec ceux de ses compagnons qui allaient à la fête. Pour cette fois, il s’était séparé de ses jeunes amis aux environs du Mont des Oliviers, et eux-mêmes avaient supposé qu’il les avait quitté pour rejoindre ses parents qui étaient restés en arrière. Cependant, se dirigeant vers la partie de la ville la plus rapprochée de Bethléem, il était entré dans l’hôtellerie où sa sainte Mère s’était arrêtée avant la Purification. Joseph et Marie supposaient donc que le Sauveur était en avant avec les jeunes Nazaréens, et ceux-ci qu’il venait derrière eux avec ses parents. Mais quand les deux petites troupes se furent réunies à Gophna, Marie et Joseph furent bien déconcertés en n’apercevant pas le Divin Enfant. Ils retournèrent immédiatement sur leurs pas, demandant partout de ses nouvelles, mais inutilement, parce qu’il n’était point allé chez les personnes qu’ils visitaient d’ordinaire, et où naturellement ils étaient allés le chercher.

Pour Jésus, il passa la nuit dans l’hôtellerie de la porte de Bethléem, dont les maîtres le connaissaient, ainsi que Joseph et Marie ; puis, se réunissant à quelques jeunes gens qu’il y avait rencontrés, il visita avec eux deux écoles différentes, l’une le premier jour, l’autre le second. Le troisième jour, il se rendit à une autre école voisine du Temple, et l’après-midi, au Temple, où ses parents le retrouvèrent. L’enseignement n’était pas le même dans ces trois écoles et dans la troisième on formait les lévites et les prêtres.

Cependant les questions et les réponses de l’Enfant Jésus avaient tellement étonné et irrité les docteurs et les rabbins de ces différentes écoles, qu’ils résolurent, le troisième jour dans l’après-midi, de le faire interroger publiquement par les docteurs les plus célèbres, afin qu’ils pussent l’embarrasser par leurs questions captieuses. Ce complot fut formé par les scribes et les docteurs, qui, s’ils avaient commencé par applaudir à la science du jeune Enfant, n’avaient pas tardé à ressentir contre lui une secrète jalousie. Il y avait dans le Temple, au milieu du portique et en avant du Saint, une grande salle ronde dans laquelle notre Seigneur enseigna souvent dans la suite : c’est là qu’on se réunit. Il s’y assit dans une grande chaire qu’il ne pouvait occuper tout entière. Autour de lui étaient un grand nombre d’anciens du peuple et de prêtres qui paraissaient furieux, tout en l’écoutant avec une grande attention. On craignait même qu’ils ne se portassent contre lui à quelque acte de violence. La partie supérieure de la chaire sur laquelle il était assis était ornée de tête bronzées, semblables à des têtes de chiens, et dont les sombres reflets inspiraient un effroi dont on ne pouvait se défendre. Il y avait des figures de ce genre sur plusieurs longues tables placées dans le Temple, non loin de cette salle, et sur lesquelles l’on voyait des offrandes. Il eût été difficile, d’ailleurs, de reconnaître un lieu consacré au service du Seigneur, dans cette grande salle où la foule se pressait confusément.

Comme, les jours précédents, le Sauveur avait souvent fait usage, dans ses réponses, de comparaisons empruntées à la nature et aux différents arts, on avait eu soin de convoquer des maîtres habiles dans les différentes sciences. Ils n’eurent rien de plus pressé que de proposer toutes sortes de questions à l’Enfant Jésus, qui leur dit que les sciences profanes ne formaient pas l’objet propre de l’enseignement du Temple ; mais que cependant il leur répondrait, parce que telle était la volonté de son Père. Ils ne comprirent pas qu’il parlait de son Père qui est dans le Ciel, et supposèrent que Joseph lui avait recommandé d’étaler devant eux tout ce qu’il avait de connaissances.

Répondant donc à leurs questions, notre Seigneur parla d’abord de la médecine, et décrivit le corps humain d’une façon qui excita l’admiration des plus savants. Il traita ensuite plusieurs points relatifs à l’astronomie, à l’architecture, à l’agriculture, à la géométrie, à l’arithmétique, à la jurisprudence, et sur si bien ramener ces différentes questions à la Loi, aux promesses, aux prophéties, aux mystères du culte et des sacrifices, que ses auditeurs, surpris et confondus, passèrent successivement de l’étonnement et de l’admiration à la fureur et à la honte. Ils s’arrêtèrent enfin à ces dernières impressions, ne pouvant supporter qu’un enfant leur apprit des choses qu'ils ignoraient, et qu’il expliquât mieux qu’ils ne pouvaient le faire les mystères de la loi.

Il y avait à peu près deux heures qu’il parlait, quand Joseph et Marie se présentèrent au Temple et s’informèrent de lui aux lévites qu’ils connaissaient. Ceux-ci leur apprirent qu’il était avec les docteurs ; mais comme ils ne pouvaient pénétrer au lieu où il était, ils prièrent les lévites de lui dire de venir. Jésus leur fit répondre qu'il devait avant tout.terminer ce qu’il avait commencé. Cette réponse contrista la sainte Vierge : c’était la première fois qu’il faisait entendre à ses parents qu‘il avait à exécuter des ordres différents des leurs. Il continue donc a parler encore pendant une heure, et quand il eut réfuté et confondu tous ses adversaires, il quitta la salle et vint rejoindre ses parents dans le parvis d'Israël et des femmes. Saint Joseph, étonné, garda un humble silence ; mais la sainte Vierge, s’approchant de Jésus, lui dit : « Mon fils, pourquoi en avez-vous agi ainsi avec nous ? Voilà que votre père et moi, vous cherchions, bien affligés et bien inquiets ». Mais Jésus lui répondit, d’un ton plein de gravité : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je m’occupe de l’oeuvre de mon père ? » Ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait, et se disposèrent à quitter Jérusalem.

Pour ceux qui les entendirent, ils semblèrent étonnés et regardèrent l’Enfant et les parents. Il y eut même à craindre un instant qu’ils ne lui fissent quelque mal, car plusieurs d’entre eux paraissaient furieux. Mais voilà qu’ils laissent la Sainte Famille traverser tranquillement la foule, qui s’ouvrit devant eux pour les laisser passer. Les réponses de l’Enfant Jésus firent une grande impression sur les docteurs de la Loi. Ils notèrent la chose comme une curiosité dont on parla beaucoup ; mais il se gardèrent bien de reproduire la scène comme elle s’était passée en réalité. « Il ne s’agissait, disaient-ils, que d’un enfant présomptueux à qui on avait donné une bonne leçon : il ne manquait pas de dispositions ; mais il était important qu’elles fussent bien cultivées ».

La Sainte Famille s’éloigna ensuite du Temple, et se réunit, non loin de la porte par laquelle ils sortirent, à un groupe formé de trois hommes, de deux femmes et de quelques enfants, qui paraissaient être de Nazareth. Ils se rendirent tous ensembles en différents lieux voisins de Jérusalem : c’est ainsi qu’ils allèrent à la montagne des Oliviers, parcoururent les massifs de verdure qui s’y trouvaient, et s’arrêtèrent en plusieurs endroits où ils prièrent, les mains croisées sur la poitrine. Ils traversèrent aussi un ruisseau sur un large pont. Ils semblaient faire une sorte de pèlerinage.

Quand la Sainte Famille fut de retour à Nazareth, l’on célébra dans la maison d’Anne une grande fête à laquelle on avait invité un certain nombre de jeunes gens, parents ou amis du Sauveur. Cette fête avait-elle lieu tous les ans au retour de la Pâque, ou bien était-elle destinée à marquer l’entrée dans l’adolescence du divin Enfant, ou bien encore avait-elle pour but de célébrer le bonheur qu’on avait eu de le retrouver ? L’on ne saurait le dire ; mais, quoi qu’il en soit, notre Seigneur en était le héros. On avait dressé au-dessus de la table des berceaux de feuillage auxquels étaient suspendues des couronnes faites d’épis et de feuilles de vigne. Les enfants avaient devant eux des grappes de raisins et de petits pains. Il y avait à cette fête trente-trois jeunes gens qui devaient tous devenir, dans la suite, disciples du Sauveur. Ce nombre se rapportait aux nombre d’années qu’il a passées sur la terre. Dans cette fête, notre Seigneur raconta à ses compagnons une belle parabole, qu’ils ne parurent pas trop comprendre, d’une noce dans laquelle l’eau devait être changée en vin, et les convives indifférents en des amis fidèles ; puis d’une autre noce dans laquelle le vin serait changé en sang et le pain en chair, pour rester aux convives, jusqu’à la fin du monde, comme une consolation, un aliment, un lien vivant d’amour.

Il dit aussi au jeune Nathanaël, son parent, qu‘il assisterait un jour à ses noces.

 

Considération

Saint joseph et le Concile du Vatican I

 

Lorsque Dieu se plaît à accomplir dans son Eglise un dessein éternel de son amour pour nous, au temps convenable fixé dans sa divine sagesse, il prépare et il dispose tous les moyens nécessaires pour atteindre son but. Il choisit des hommes dont il veut faire les coopérateurs et les instruments de son œuvre, et il charge ses Anges, ses ministres fidèles, de veiller à l’exécution de ses vues et de diriger toutes choses vers la fin qu’il se propose. C’est ce qu’il a fait tout particulièrement pour la glorification de saint Joseph par le Concile de Vatican I.

Il est visible, en effet, que l’Esprit Saint a tout dirigé ici avec une admirable sagesse divine. Son intervention est manifeste.

Au moment ou l‘idée du saint Concile était inspirée à Pie IX. des lumières célestes révélaient à deux âmes pures, en Italie, le dessein du ciel de faire proclamer saint Joseph Patron de l’Église militante. Un examen approfondi donna la confiance que ces deux âmes étaient dirigées par l’Esprit de Dieu, et l’on partit de là pour former une société d’ecclésiastiques séculiers et réguliers destinée à obtenir ce but par tous les moyens qui seraient en son pouvoir. Elle prit le nom de Société promotrice du Culte de saint Joseph, et s’établit d’abord à Ferrare ; d’où elle s’est étendue avec rapidité en tous lieux. Et du sein de toutes les nations catholiques, en France, en Espagne , en Autriche, en Belgique, au Canada, des vœux s’exprimèrent avec un caractère d’enthousiasme et d’unanimité, qui ne saurait être comparé qu’à celui que le monde entier montra pour obtenir la définition dogmatique de l‘Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie.

Vers le mois de juin 1869, deux prêtres de. Ferrare, l’un religieux et l‘autre séculier, se firent présenter par le Révérendissime Père Général de l’Ordre séraphique de Saint François d’Assise au Souverain Pontife, qui leur répondit par ces étranges paroles, tenant à la fois de l’encouragement et de la prophétie : « Il paraît que Saint Joseph va devenir grand dans la sainte Eglise : Pare che san Guiseppe e par diventare un pezzo grasso nella santa Chiesa ».

Paroles qui étaient bien propres à soutenir et à exciter le zèle de la pieuse société fondée pour obtenir la glorification de Saint Joseph. C’est ce qui la détermina à faire imprimer, en vue d’exposer son but et les raisons propres à produire la conviction dans tous les cœurs, le petit opuscule : « Ad Patres Vaticanos », et à faire auprès de ces Pères du Vatican toutes les démarches nécessaires et utiles pour arriver à ses fins. C'est ce qui la détermine encore à faire rédiger par le Révérend Père Marchesi, un des consulteurs éminents de la Congrégation des Rites, son Postulatum, qui obtint tout d’abord la signature de deux cent seize Pères, parmi lesquels figuraient les noms les plus célèbres du Concile. Vingt-deux des membres de la Commission de la Foi eurent à cœur de le signer.

À ce chiffre si considérable il faut ajouter ceux qui avaient donné leur nom à deux autres Postulata déjà émis. Les Ordres religieux désiraient si vivement la glorification de Saint Joseph, que les vingt-deux Généraux qui avaient droit de vote au Concile avaient résolu de rédiger un Postulatum en leur nom et au nom des membres de leurs familles religieuses. Proposé par les soins du Révérendissime Général des Franciscains, qui prit l’initiative, il n’y eut qu’un cœur pour souscrire, et le Postulatum obtint l’adhésion de tous les Ordres religieux.

En même temps que les Ordres religieux rédigeaient leur Postulatum, le pieux directeur de l’Archiconfrérie de Saint Joseph de Beauvais, tant au nom de son Archiconfrérie qu’en celui de ses nombreuses affiliations, recueillait à Rome les signatures des Pères pour faire proclamer le grand patriarche Saint Joseph Patron de l’Eglise universelle. Il obtint environ cent quinze adhésions.

De leur côté, les Evêques italiens, français, espagnols, irlandais, et autres, s’occupaient aussi de la rédaction d’autres Postulata dans le même but d’obtenir que le glorieux Saint Joseph fût déclaré Patron de l’Eglise universelle.

Et que demandaient donc ces divers Postulata, auxquels il faudrait en ajouter beaucoup d’autres émanés de plusieurs Evêques en particulier, de différents diocèses, et des nombreuses Confréries et Associations en l’honneur du saint Patriarche ? Plusieurs ne demandaient que plus de solennité dans la célébration de ses Fêtes ; mais la plupart, d’accord avec le Postulatum de Ferrare, et considérant que « le bienheureux Joseph, par une providence spéciale de Dieu, a été jugé digne d'être choisi parmi tous les hommes comme Epoux de la Vierge, Mère de Dieu, et Père du Verbe incarné, non par voie de génération, mais par affection, par adoption, et par les droits sacrés de son mariage... » demandaient :

« 1° Que le Bienheureux Joseph, c’est-à-dire le Père de Jésus-Christ, ayant obtenu la grâce d’être supérieur à toutes les créatures, comme celle d’avoir un nom au-dessus de tous les noms, soit admis à recevoir, par l’organe de la sacrée Congrégation des Rites, dans l’Eglise catholique et dans la sainte liturgie, un culte public de dulie au-dessus, après celui de la très Sainte Vierge, de tous les autres habitants du ciel ;

2° Que Saint Joseph, à qui Dieu a confié la garde de la sainte Famille, soit établi Patron principal, après la bienheureuse Vierge Marie, de l’Eglise universelle ».

Cependant, Pie IX, qui avait aussi à cœur la glorification de l’incomparable Epoux de Marie, avait, antérieurement même à la réunion du Concile, chargé la sacrée Congrégation des Rites de faire émettre un Votum sur cette affaire. Et ce Votum fut élaboré par le pieux et savant Père Marchesi avec une science et une logique qui ne laissaient plus de place à la moindre contestation sur la prééminence, les grandeurs et la puissance d’intercession de Saint Joseph.

C’est sur ces entrefaites que le saint Concile s’est séparé, après avoir été ajourné par le grand Pontife, à qui il semble avoir laissé le soin de promulguer lui-même, dans son infaillibilité, le décret si ardemment désiré.

Ce qu’il a fait, du reste, aux applaudissements des pieux serviteurs de saint Joseph, et à la grande joie de tous les fidèles du monde catholique.

 

Pratique

Pèlerinages

 

La dévotion des pèlerinages est très ancienne dans le monde ; elle tient a un sentiment naturel à l’homme. Tous les peuples ont eu des lieux consacrés, où ils se sont fait un devoir de se rendre peur se pénétrer plus vivement des bienfaits de la Divinité, en visitant les sites qu’ils ont cru sanctifiés par sa présence ou par ses miracles. Personne ne l’ignore, les prodiges de tout genre abondent dans les sanctuaires de pèlerinage. Les guérisons miraculeuses. les soulagements vainement cherchés ailleurs, les conversions inespérées, les grâces d‘élite obtenues, consacrent, a travers les âges, cette forme de dévotion qui accueille et comprend toutes les autres, puisque toutes y sont pratiquées, sinon avec pompe, du moins avec amour.

Les pèlerinages, quand ils sont faits avec foi et piété, produisent toujours d’excellents fruits. Peu de personnes, il est Vrai, peuvent faire des voyages lointains, mais il n’en est point qui ne puissent se rendre quelquefois a ces lieux de dévotion disséminés, pour ainsi dire, dans toutes les contrées, et Où Dieu se plaît à signaler sa puissance par des grâces insignes.

À mesure que le culte de saint Joseph s’établit et se développe, des pèlerinages aussi s’établissent en son honneur, et Dieu témoigne par les plus éclatants prodiges combien il a pour agréables ces hommages rendus au saint Epoux de Marie. Voulons-nous donc solliciter quelque faveur du ciel, allons en pèlerinage aux sanctuaires consacrés à Marie, le secours des chrétiens ; puis à ceux de Joseph, l’autre dispensateur des biens de la maison de Dieu. Aujourd’hui surtout, il y a de ces sanctuaires dans toutes les contrées, et nous citerons en particulier Saint Joseph des Champs, près Laval ; Saint Joseph du Chêne, au diocèse d’Angers ; et ceux du Buisson et de la Pérusse, aux diocèses de Séez et de Digne. Mais nous pouvons aussi nous faire des lieux de pèlerinage des églises, des chapelles, des autels où nous savons que saint Joseph est plus honoré.

N’oublions pas, d’ailleurs, que la meilleure manière de faire ces pèlerinages est de s’y préparer par la componction du coeur, et de les sanctifier par la réception des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie.

 

Prière pour l'Église

 

Bienheureux Joseph, auguste Chef de la Sainte Famille, Protecteur dévoué de l’Eglise naissante, que vous avez sauvée des fureurs et de l’hypocrisie du cruel Hérode, du haut du ciel où vous jouissez d’un crédit tout puissant auprès de Jésus, votre Fils et de la Reine des Vierges, votre Epouse immaculée, assistez encore cette sainte Eglise dans les jours si mauvais que nous traversons. Bien qu’elle n’ait rien à redouter pour son immortelle existence des puissances de l’enfer, la tempête qui s’est déchaînée contre elle n’en est pas moins tellement effrayante que les âges passés n’ont rien vu de semblable. Humainement parlant, il semble qu’elle doive disparaître de ce monde, parce qu’il n’y a plus de place pour elle au soleil d’ici-bas.

Mais, ô Joseph, si le sol s’effondre sous ses pieds, et si tous les appuis humains lui font défaut, n’est-ce point le temps où les appuis divins doivent se montrer ? N’est-ce point le moment de faire voir que ce n’est point en vain que le saint Pontife qui la gouverne vous a proclamé Patron de l’Église Catholique, et qu’infaillible avant le temps de la proclamation solennelle de son infaillibilité, il nous avait déjà dit ces consolantes paroles : « Les soutiens de l’Eglise naissante, Marie et Joseph, reprennent dans les cœurs la place qu’ils n’auraient jamais dû perdre. Encore une fois, le monde sera sauvé ». Ces paroles, tout puissant Protecteur de l’Eglise, engagent votre honneur de Père de Jésus et des hommes, et vous ne pouvez pas être plus longtemps sans venir la secourir dans sa détresse. Hâtez-vous donc de lui obtenir des jours meilleurs, afin que nous puissions tous, au sein de cette Eglise, vous adresser nos actions de grâces sur la terre, jusqu’à ce que nous allions vous les offrir éternellement dans les cieux. Ainsi soit-il.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

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27 mars 2019

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Vingt-huitième jour

Retour d’Égypte

 

Hérode était mort depuis assez longtemps, mais la Sainte Famille ne pouvait encore revenir en Judée, parce qu'il y avait toujours du danger. Cependant le séjour de l’Égypte devenait de plus en plus pénible pour Saint Joseph. Les gens du pays pratiquaient un horrible culte idolâtrique : ils sacrifiaient des enfants mal venus, et ceux qui en sacrifiaient de bien conformés croyaient faire preuve d’une grande piété. Ils avaient en outre un culte secret, plein d’impuretés ; les Juifs mêmes du pays étaient infectés de ces abominations. Ils avaient un temple qu‘ils disaient être comme celui de Salomon mais c’était une vanterie ridicule, car il était tout différent. Ils avaient une imitation de l’Arche d’alliance, dans laquelle étaient des figures obscènes, et ils se livraient à de détestables pratiques.

Ils ne chantaient plus de psaumes. À l’école de Mataréa, Saint Joseph rétablit un ordre parfait. Le prêtre égyptien qui, lors de la chute des idoles dans la petite ville voisine d’Héliopolis, avait pris la défense de la Sainte Famille, était venu s’établir là avec plusieurs personnes et s’était réuni à la petite communauté juive.

Un jour que saint Joseph, occupé de son travail de charpentier, allait le cesser à l’heure ordinaire, il parut très triste, car on ne lui payait pas son salaire, et il n’avait rien à rapporter à la maison, où cependant l’on manquait de tout. Accablé de soucis, il s’agenouilla en plein air, exposa a Dieu sa détresse et le pria de venir à son secours. La nuit suivante, un Ange lui apparut en songe et lui dit que ceux qui en voulaient à la vie de l’Enfant étant morts, il devait se lever et faire ses dispositions pour retourner dans sa patrie par la mute la plus fréquentée. Il l’exhortait à ne rien craindre, parce qu’il serait à ses côtés. Saint Joseph s’empressa de faire connaître cet ordre de Dieu à la sainte Vierge et à l’Enfant-Jésus. Ils obéirent aussitôt et firent leurs préparatifs de voyage avec la même promptitude qu’ils les avaient faits lorsqu’ils avaient reçu l’ordre de s’enfuir en Égypte.

Le lendemain matin, quand on connut leur projet, beaucoup de gens, très attristés de leur départ, vinrent leur faire leurs adieux, et leur apportèrent des présents de toute espèce dans de petits vases d‘osier et d’écorce. Ces bonnes gens étaient sincèrement affligés. Il y avait parmi eux quelques Juifs, mais la plupart étaient des païens convertis. Les Israélites établis dans ce pays étaient, pour la plupart, tellement tombés dans l’idolâtrie, qu’ils n’étaient presque plus reconnaissables. Il y eut cependant des gens qui virent avec joie le départ de la Sainte Famille, car ils les regardaient comme des magiciens, qui avaient à leur service les plus puissants d’entre les mauvais esprits.

Parmi les braves gens qui leur apportèrent des présents, l’on remarqua des mères avec leurs enfants qui avaient été les compagnons de Jésus, et spécialement une femme de distinction de la ville, ayant avec elle un petit garçon, qu’elle avait coutume d’appeler le fils de Marie. Cette femme avait longtemps désiré en vain d’avoir des enfants, et c’était à la prière de la sainte Vierge que Dieu lui avait accordé ce petit garçon. Elle, s’appelait Mira, et son fils Déodatus. Elle donna, de l’argent à l’Enfant Jésus : c’étaient de petites pièces triangulaires, jaunes, blanches et brunes. Jésus, en les recevant regarda sa mère.

Quand, saint Joseph eut chargé sur l’âne leurs effets les plus nécessaires, ils se mirent en route, accompagnés de tous leurs amis. C’était le même âne que Marie avait monté en allant à Bethléem. Pour la fuite en Egypte, ils avaient emmené en outre une ânesse ; mais Joseph l’avait vendue dans au moment de détresse.

Ils passèrent entre Héliopolis et le village juif, et se détournèrent un peu au midi vers la source qui avait jailli a la prière de Marie avant leur première arrivée à Héliopolis ou On. Tout, dans ce lieu, s’était recouvert d’une belle verdure. L’eau de la source coulait autour d’un jardin carré, bordé de baumiers. Ce lieu, dont on remarquait l’entrée, était passablement grand. Il était plein de jeunes arbres fruitiers, de dattiers, de sycomores et autres, et les baumiers étaient déjà presque aussi grands que des ceps de vigne de moyenne taille. Joseph avait fait de petits vases d’écorce d’arbre, enduits de poix à certaines places, et du reste bien polis et d‘une forme élégante. Souvent, quand ils s’arrêtaient dans leurs voyages, il faisait de semblables vases destinés à différents usages. Il arracha aux petites branches rougeâtres des baumiers leurs feuilles, semblables à des feuilles de trèfle ; il y suspendit de ces petits vases d’écorce pour recueillir le baume qui en découlait, et ils l‘emportèrent avec eux pour le voyage. Ils passèrent encore quelques heures en cet endroit après que ceux qui les avaient accompagnés leur eurent fait leurs adieux vraiment touchants. La sainte Vierge lava et fit sécher quelques effets. Ils se reposèrent au bord de l’eau et remplirent leur outre ; puis ils continuèrent leur voyage par la route la plus fréquentée.

Le voyage s’accomplit sans qu’ils aient jamais été exposés au moindre danger. Jésus, Marie et Joseph avaient sur la tête, pour se garantir du soleil, un léger chapeau d’écorce très mince, assujetti sous le menton avec un mouchoir. Jésus avait sa petite robe brune et des chaussures d’écorce que Joseph lui avait fabriquées : elles couvraient les pieds à moitié. Marie n’avait que des sandales. Ils furent souvent inquiets parce que l’Enfant Jésus avait peine à marcher dans le sable brûlant. Plusieurs fois ils s’arrêtèrent et ôtèrent le sable de ses chaussures. Ils le faisaient fréquemment monter sur l‘âne pour le soulager.

Ils traversèrent plusieurs villes et passèrent près de quelques autres. L’une d’elles s’appelait Ramessès. Ils passèrent aussi un cours d’eau qu’ils avaient. dû traverser en arrivant, et qui va de la mer Rouge au Nil.

Joseph ne désirait pas revenir à Nazareth, mais s’établir à Bethléem, sa patrie. Cependant il était indécis, parce qu’il avait appris dans la terre promise que la Judée était gouvernée par Archélaüs, qui était aussi très cruel.

La sainte Famille, arrivée à Gaza, y séjourna trois mois. Beaucoup de païens habitaient cette ville. Un Ange apparut de nouveau a saint Joseph, et lui ordonna de retourner à Nazareth, ce qu’il fit aussitôt. Anne vivait encore, et elle avait eu plusieurs fois des nouvelles de la Sainte Famille depuis son départ, ainsi que quelques-uns de leurs parents.

Le retour d’Egypte eut lieu en septembre. Jésus était âgé de huit ans moins trois semaines.

 

Considération

Saint Joseph d’après M. Louis Veuillot

 

C’est donc par le grand Publiciste que nous allons terminer la chaîne, trop courte à notre gré, des éloquents témoignages que nous avons eu à cœur de reproduire à la gloire de saint Joseph. À la suite des Saints, des Docteurs, et de ceux qui ont qualité pour enseigner dans l’Église, nous en avons appelé à la magistrature et a la politique. C’est bien le moins que nous en appelions également à la presse, cette grande corruptrice du monde, pour qu’elle vienne, dans sa partie saine, et dans la personne de Monsieur Louis Veuillot, déposer son tribut d’hommages aux pieds du Père nourricier de Jésus.

Et qu’elles sont bonnes à lire, les pages que lui a consacrées, dans sa Vie de Notre Seigneur, l’éminent polémiste, qui est vraiment un lion, toujours rageur, nous voulons bien écrire le mot, quelquefois même furieux, lorsqu’il s’agit d’avoir raison du parti pris, de la mauvaise foi, de la méchanceté pure, pour ne pas dire davantage, des ennemis de Dieu et de son Christ, de son Église, de tout ce qu’il y a de saint et de vénérable ici-bas ; mais devenant doux agneau, à la voix pleine de charme et de mansuétude, quand il s’agit de glorifier. Dieu et ses Saints, le Christ et l’Evangile, l’Eglise et ses institutions, les personnes et les choses qui lui appartiennent !

Ce n’est pourtant pas tout d‘abord que l’illustre écrivain a rendu hommage à saint Joseph, qu’il avait un peu oublié dans les premières éditions de son admirable Vie de Notre Seigneur Jésus-Christ ; et c'est par suite des reproches que lui a faits sa conscience chrétienne qu’il en a parlé dans les dernières éditions. Nous aimons ces saints remords, qui sont le partage des nobles âmes, et nous voyons là la conduite de la Providence a l’égard de saint Joseph et de ses pieux serviteurs. Même pour les intelligences supérieures, elle commence par le laisser en quelque sorte dans l’ombre, et ce n’est que par la suite qu’elle le fait resplendir à leurs yeux devenus plus Clairvoyants. Comme si Dieu voulait nous faire comprendre que leurs sentiments pour le grand Saint sont moins l’effet d’un enthousiasme plus ou moins irréfléchi que le résultat d’une conviction sérieuse et approfondie.

Voyons maintenant ces pages non moins admirables que toutes celles que nous avons citées jusqu‘à présent :

« Quand Marie, dit-il, est de retour à Nazareth, un autre personnage se montre ; c’est Joseph, ouvrage non moins merveilleux de la grâce de Jésus.

L'Evangile n’a qu’un mot à sa louange : « Il était juste ». La charge dont il est honoré et la manière dont il la remplit font comprendre l’abondance de cette justice.

Il reçut de Dieu à l’égard de Marie et de Jésus l’affection, la vigilance, et l’autorité de l’époux et du père.

Il est fait sur le modèle de Marie : comme elle, fils de David, vierge comme elle, humble comme elle, et comme elle obéissant, plein de prudence et de courage.

Il ressemble au patriarche Joseph, en le dépassant autant par la perfection de ses mérites que par le caractère de sa mission. Non-seulement instruit, mais inspiré et dirigé de Dieu, Joseph, fils de Jacob, réserve le froment nécessaire pour lui et pour le peuple ; Joseph, époux de Marie, reçoit le pain vivant et le garde pour lui et tout le genre humain.

Il lui est dit : « Prends l’enfant », comme si Dieu lui adressait la parole que le Prophète adresse à Dieu lui-même : « À toi le soin du pauvre ».

Joseph est le type des Apôtres qui porteront le Christ dans tout l’univers. Ainsi s’expriment Saint Jean Damascène, Saint Bernard, Saint Hilaire de Poitiers et d’autres Pères et Docteurs.

Un grand serviteur de Dieu qui a vécu de nos jours, pénètre plus avant de ce beau mystère. Lorsque Joseph, après Marie s’approche pour adorer Jésus à la Crèche, c’est dit le Père Faber, l’ombre du Père éternel qui s’arrête au dessus de la l’enfant, et la naissance temporelle du Fils de Dieu se, complète par cette figure de la nativité sans commencement et sans fin. Joseph était, en face de Jésus, visiblement à la place du Père éternel. L’âme humaine de Jésus l’a regardé non seulement avec l’amour le plus tendre, mais encore avec un respect profond et une soumission ineffable. C’est pourquoi devant l’humble et doux Joseph, le respect surtout nous domine, à cause de cette ombre d’identité avec le Père.

Nous ne pouvons décrire sa sainteté, parce que nous manquons de terme de comparaison. Cette sainteté, plus élevée que celle des autres saints, est encore d’un genre différent.

Joseph a été une apparition dans le monde, une apparition du Père non engendré et éternel.

Il est doux et clément, il est pauvre et obscur ; il est passif et docile, et il est en même temps la forteresse inexpugnable où s’abritent l’honneur de Marie et la vie de Jésus.

Caché comme Dieu, plein d’une tranquillité divine, juste d’une justice tempérée par la miséricorde comme celle de Dieu.

Il communique avec Dieu pendant son sommeil, comme si le sommeil n’était que le repos mystique de la contemplation.

Le premier, après Marie, il adora Jésus, et l’Enfant le sanctifia de nouveau. en l’élevant à une sphère plus éminente de sainteté, afin qu’il pût être le supérieur officiel de son Dieu.

Qui peindra ce moment de la Crèche, lorsque Jésus naissant contemple pour la première fois de ses yeux humains le visage de Marie ? Qui dira la joie et le respect de ses regards tournés vers Saint Joseph, l’homme choisi pour être appelé son père ? Qui méritera cette gloire, qui méritera de vivre plus qu’aucun autre dans son intimité, et qui enfin, nous le pouvons penser, l’aimera le plus ?

Jésus, Marie, Joseph ! Trois royaumes de Dieu dont Dieu était le seul roi. Trois créations et le Créateur était une de ces créations ; trois, et cependant unité merveilleuse par l'amour : Trinité terrestre ».

 

Pratique

Vœux à saint Joseph

 

Qu’est-ce d’abord qu’un vœu ? Un vœu est une promesse que l’on fait à Dieu et par laquelle on s’engage, sans y être obligé, à quelque chose qu’on croit lui être agréable. Dieu a agréé les vœux des hommes sous la loi de nature, sous la loi de Moïse, et sous la loi évangélique. Le vœu, en effet, est un acte d’adoration et un hommage que nous rendons au souverain domaine de Dieu sur nous, en reconnaissant que c’est de lui seul que nous pouvons tenir ce que nous désirons ; et pour le toucher davantage, nous nous engageons à quelque œuvre qui lui soit plus agréable. L’on ne peut donc faire de vœux qu’à Dieu, mais on peut les faire à Dieu en l’honneur des Saints ; et Dieu a tellement pour agréables ces vœux qu’on lui fait en l’honneur des Saints, qu’il les exauce plus souvent, on dirait, que ceux qu’on lui adresse directement à lui-même. Nous en avons la preuve dans tous ces ex-voto que nous voyons appendus aux autels des Saints, et surtout de la sainte Vierge et de saint Joseph, ainsi que dans toutes ces tablettes commémoratives des grâces obtenues par leur intercession, qui garnissent les murs de leurs chapelles et sanctuaires.

Nous ne sommes nullement forcés de faire ces vœux ; mais une fois qu’ils sont formulés et articulés, nous devons les tenir, à l’imitation du pieux matelot qui fait son vœu au moment du danger, mais qui l’accomplit lorsqu’il a touché la terre.

N’oublions pas, d’ailleurs, que convenablement la matière de notre vœu doit être en rapport avec notre position sociale, notre fortune et la grâce que nous désirons obtenir. Il aurait autrement quelque chose de dérisoire et indiquerait une parcimonie qui ne serait guère capable de toucher le coeur de Dieu.

Mais il y a des personnes qui craignent de trop s’engager en faisant des vœux. La chose est pourtant bien simple. Comme la plupart des vœux sont conditionnels, votre promesse vous engagera, si vous obtenez, et ne vous engagera pas, si vous n’obtenez pas.

Quant aux ex-voto, qui consistent le plus souvent dans des tablettes commémoratives du bienfait obtenu, n’hésitez pas à les déposer au plus tôt, surtout si vous les avez eux dans la pensée en formulant votre vœu.

 

Prière pour la France

 

Grand Saint Joseph, illustre Patron de l’Église universelle, ne prendrez-vous point également sous votre protection la nation qu’on appelle la plus belle portion de cette Eglise, la France, notre bien-aimée patrie, et qui doit être aussi votre terre de prédilection ? Puisqu’elle est la nation préférée de Dieu, bénie de Jésus, aimée de Marie, ne doit-elle pas être aussi votre nation privilégiée ? Le royaume de Marie n’est-il pas aussi par suite le royaume de Joseph ?

Et d’ailleurs, n’a-t-on pas dit avec raison que par-dessus toutes les autres Eglises du monde Catholique, l’Église de France vous a toujours rendu le plus d’honneurs dans les temps passés, comme elle vous en rend encore dans le temps présent ? Et aujourd’hui que le grand mouvement vers vous s’est prononcé, la France n’y est-elle pas entrée à pleines voiles pour le provoquer, le diriger et le pousser à ses derniers développements ? Aussi, si l’on a dit que, dans les temps anciens, en récompense de sa dévotion envers vous, une Vierge libératrice lui fut envoyée pour l’arracher à la domination étrangère, qu’en récompense de sa dévotion actuelle, elle soit encore délivrée de ses ennemis du dehors et de ses ennemis plus acharnés du dedans, afin que, rendue à elle-même et à ses instincts chrétiens, elle puisse accomplir les plus nobles destinées que le Seigneur lui a faites.

Nous mettons donc de nouveau toute notre confiance en vous, ô bon Saint Joseph, et nous espérons bien que cette confiance ne sera pas confondue. Vous sauverez l’Église, et avec l’Église, notre France et votre France. Vous verrez nos nécessités, vous entendrez nos prières et vous nous obtiendrez ces jours de paix et de vraie liberté qui nous manquent, ces jours meilleurs dont nous avons tant besoin.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

 

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26 mars 2019

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Vingt-septième jour

Mataréa

 

Après un séjour d’à peu près dix-huit mois, Jésus ayant environ deux ans, la Sainte Famille quitta Héliopolis par suite du manque d’ouvrage et de beaucoup de persécutions. Ils se dirigèrent au midi, vers Memphis. Comme ils passaient par une petite ville peu éloignée d’Héliopolis, et qu’ils se reposaient dans le vestibule d’un temple d’idoles, l’idole tomba et se brisa. Elle avait une tête de bœuf, avec trois cornes, et dans le corps plusieurs ouvertures dans lesquelles on déposait et on brûlait les victimes. Il s’ensuivit un grand tumulte parmi les prêtres idolâtres, qui arrêtèrent la Sainte Famille et la menacèrent. Mais l’un d‘entre eux représenta aux autres qu’il valait mieux se recommander au Dieu de ces gens, et rappela les fléaux qui avaient frappé leurs ancêtres lorsqu’ils avaient persécuté le peuple auquel-ceux-ci appartenaient, notamment la mort des premiers-nés de chaque famille dans la nuit qui avait précédé la sortie de ce peuple. Sur ces observations, on laissa aller la Sainte Famille sans lui faire de mal.

Ils allèrent alors jusqu’à Troya, endroit situé sur la rive orientale du Nil, en face de Memphis. C’était un bourg considérable, Où il y avait beaucoup de boue. Ils avaient l'idée de s’y fixer, mais on ne les reçut nulle part. On refusa même de leur donner de l’eau à boire et quelques dattes qu’ils demandaient. Memphis était située sur l’autre rive du Nil. Le fleuve était large en cet endroit, et il y avait quelques îles. Une partie de la ville était aussi de ce côté du Nil. Il s’y trouvait du temps de Pharaon un grand palais avec des jardins et une haute tour, sur laquelle montait souvent la fille de Pharaon. On y voyait aussi la place où Moïse enfant avait été trouvé au milieu des roseaux. Memphis formait comme trois villes des deux côtés du Nil, et il semblait que Babylone, une ville placée sur la rive orientale, plus en aval du fleuve, en fit aussi partie. Du reste, à l’époque de Pharaon, la contrée du Nil entre Héliopolis, Babylone et Memphis, était tellement couverte de hautes dignes de pierres, de canaux et d’édifices voisins les uns des autres, que tout cet ensemble ne paraissait faire qu’une seule ville. Au temps de la Sainte Famille, ces mêmes villes étaient isolées et même séparées par des ruines immenses.

De Troya, les saints exilés revinrent au nord, en descendant le cours du fleuve, dans la direction de Babylone, qui était dépeuplée, mal bâtie et fangeuse. Ils la contournèrent, passèrent entre le Nil et la ville, et firent un peu de chemin dans la direction opposée à celle qu’ils avaient d’abord prise. Ils suivirent, en descendant le Nil, une chaussée sur laquelle Jésus passa plus tard lorsqu’il alla en Arabie et en Egypte après la résurrection de Lazare, avant de rejoindre ses disciples à Sichar, près du puits de Jacob.

Ils firent environ deux lieues le long du Nil. La route était bordée çà et là de bâtisses en ruines. Il leur fallut traverser encore un canal et un petit bras du fleuve, et ils arrivèrent à un endroit qui plus tard s’appela Mataréa. Il était voisin d’Héliopolis. Cet endroit, situé sur une langue de terre, en sorte que l’eau le bordait de deux côtés, était assez dépeuplé ; les habitations y étaient très dispersées et mal bâties ; elles étaient faites avec du bois de dattier et du limon desséché, et couvertes en roseaux. Joseph y trouva de l’ouvrage. Il bâtit des maisons plus solides en branches entrelacées, et construisit au-dessus des galeries où l’on pouvait se promener.

Ils se logèrent en cet endroit sous une voûte sombre, dans un lieu isolé, à peu de distance de la porte par laquelle ils étaient entrés. Joseph disposa en outre une construction légère en avant de cette voûte. Ici aussi une idole, qui était dans un petit temple, tomba à leur arrivée, et plus tard toutes les idoles de l’endroit. Ce fut encore un prêtre qui calma le peuple en rappelant le souvenir des plaies d’Egypte. Plus tard, quand une petite communauté de Juifs et de païens convertis se fut rassemblée autour d’eux, les prêtres leur abandonnèrent le petit temple dont l‘idole était tombée à leur entrée, et Saint Joseph en fit une synagogue. Il devint comme le père de la communauté et leur apprit à chanter régulièrement les psaumes, car ils avaient oublié en grande partie le culte de leurs pères.

Il y avait là quelques Juifs très pauvres, vivant dans des fosses et des trous creusés dans la terre. Dans le village juif situé entre On et le Nil demeuraient, au contraire, beaucoup d’Israélites qui avaient un temple à eux, mais qui étaient tombés dans l’idolâtrie : ils avaient un veau d’or, une figure avec une tête de bœuf, et à l’entour de petites figures d‘animaux ressemblant à des putois, avec de petits baldaquins au-dessus. Ce sont des animaux qui défendent l’homme contre les crocodiles, des ichneumons.

Ils avaient aussi une imitation de l’Arche d'alliance, dans laquelle étaient d’affreuses choses. Ils pratiquaient un culte abominable, qu’ils exerçaient en se livrant à toutes sortes d’impuretés dans un passage souterrain, croyant amener par là la venue du Messie. Ils étaient très endurcis et ne voulaient pas entendre parler d’amendement. Plus tard, plusieurs d’entre eux vinrent ici de cet endroit, qui était éloigné de deux lieues au plus. Ils ne pouvaient pas venir directement, a cause des canaux et des chaussées, mais il leur fallait faire un détour autour d‘Héliopolis.

Ces Juifs du pays de Gessen avaient déjà fait connaissance avec la Sainte Famille lorsqu’elle était à On, et Marie faisait pour eux tentes sortes d’ouvrages de femme, comme du tricot et des broderies. Elle ne voulait pas faire des choses inutiles et des objets de luxe, mais seulement des choses d'un usage habituel et des habits qu’on mettait pour prier. Lorsque certaines femmes lui commandaient des ornements a la mode pour satisfaire leur vanité, Marie les refusait, quelque besoin qu’elle eût d’avoir de l’ouvrage, et malgré les injures qu’elles pouvaient lui dire.

Au commencement, la position des fugitifs fut pénible à Mataréa. Il n’y avait là ni bois ni eau potable. Les habitants brûlaient de l’herbe. desséchée ou des roseaux. La sainte Famille ne mangeait la plupart du temps que des aliments froids. Joseph trouva du travail ; il mit les cabanes en meilleur état. Seulement les gens du pays le traitaient presque comme un esclave ; ils lui donnaient ce qu’ils voulaient ; quelques fois il recevait un salaire pour son travail, quelquefois il ne recevait rien. Les habitants étaient très peu industrieux dans la construction de leurs cabanes. Il n’y avait pas de bois en cet endroit, sauf quelques souches que l’on rencontrait çà et là ; mais ils n’avaient pas d’instruments pour les façonner. La plupart n’avaient que des couteaux de pierre ou d’os. Ils gagnaient leur vie à extraire de la tourbe. Joseph avait apporté, lui, les plus indispensables de ses outils.

La sainte Famille s’installa bientôt assez bien. Joseph divise son habitation en compartiments à l’aide de cloisons en clayonnage ; il disposa un foyer et fabriqua des escabeaux et de petites tables. Les gens du lieu prenaient leur repas par terre.

La Sainte Famille vécut là plusieurs années, dans cette habitation ainsi disposée. Dans le mur de la voûte où Marie prenait son repos, Joseph avait pratiqué une cavité où était le lit de Jésus. Marie dormait a côté, et priait souvent la nuit à genoux devant la couche de l’Enfant. Joseph dormait dans un autre endroit.

Il y avait aussi un oratoire disposé par Saint Joseph dans l’habitation. Il était dans un couloir séparé. Joseph et la sainte Vierge y avaient leurs places distinctes ; il y avait aussi pour l’Enfant Jésus un petit coin où il priait debout, assis ou agenouillé. La sainte Vierge avait une espèce de petit autel devant lequel elle priait : c’était une sorte de table couverte en blanc et en rouge ; on la tirait comme d'un compartiment pratiqué dans le mur et qui pouvait se fermer. Il y avait dans l’enfoncement du mur une espèce de reliquaire, avec de petits bouquets dans des vases en forme de calice, et de plus le bout du bâton de saint Joseph, avec la fleur qui l’avait fait désigner dans le Temple comme Epoux de Marie. Il y avait une autre relique, mais on ne peut bien préciser ce que c‘était, dans une boîte transparente, comme cinq petits bâtons blancs de la grosseur d’un fort tuyau de paille; ils étaient croisés les uns sur les autres et comme attachés par le milieu; ils paraissaient plus larges et arrondis par en haut : c’était comme une petite gerbe.

A Mataréa encore, où les habitants n‘avaient d’autre eau potable que l'eau trouble du Nil, Marie, en priant, trouva une fontaine. Ils souffriront donc d‘abord de grandes privations, n’ayant que des fruits à manger et de mauvaise eau à boire. Il y avait longtemps qu’ils n’avaient eu de bonne eau, et Joseph voulait aller avec son âne en chercher dans le désert, à la fontaine du jardin de Baume, lorsque la sainte Vierge, étant en prière, vit un Ange qui lui dit qu’elle trouverait une source derrière sa demeure. Elle alla alors de l’autre côté du mur, où était son habitation, jusqu’à un espace libre placé plus bas, parmi des décombres où se trouvait un vieil arbre très gros. Elle avait à la main un bâton au bout duquel était une petite pelle, comme en portent souvent dans ce pays les gens qui voyagent ; elle en frappa la terre au pied de l’arbre, et il en sortit aussitôt un filet d’eau limpide. Pleine de joie, elle appela aussitôt Saint Joseph, qui, creusant la terre en cet endroit, découvrit la source qui avait été autrefois maçonnée, et qui depuis avait été bouchée et encombrée. Joseph la dégagea et la restaure à merveille. Il y avait aussi près de cette fontaine, du côté par où Marie était venue, une grande pierre assez semblable à un autel, et qui avait dû en servir autrefois.

Ce fut là que la sainte Vierge, par la suite, lava souvent et fit sécher au soleil les vêtements et les linges de l’Enfant Jésus. Cette fontaine resta inconnue et fut exclusivement à l’usage de la Sainte Famille jusqu'au temps où Jésus fut assez grand pour rendre divers petits services, comme de puiser de l’eau pour sa mère. Il amena une fois d’autres enfants à la fontaine, et leur donna à boire dans le creux d’une grande feuille. Les enfants ayant raconté cela à leurs parents, d’autres personnes vinrent à la source, qui pourtant resta principalement à l’usage des familles juives.

Un jour que Marie priait à genoux sur la route où elle habitait, Jésus se glissa jusqu’à la fontaine avec une entre, et y puisa de l’eau ; c’était la première fois. Marie fut profondément émue lorsqu’elle le vit revenir, et, toujours agenouillée, elle le pria de ne plus faire cela, pour ne pas courir le risque de tomber dans l’eau. Jésus lui dit qu’il prendrait garde, mais qu’il désirait puiser de l’eau pour elle toutes les fois qu'elle en aurait besoin.

Le petit Jésus rendait à ses parents des services de tente espèce, et il se montrait très attentif et très soigneux. Ainsi le voyait-on, quand Joseph ne travaillait pas trop loin de la maison, lui porter l’outil qu’il pouvait avoir oublié. Il faisait attention à tout, et la joie qu’il leur donnait compensait, et bien au delà, tout ce qu’ils avaient à souffrir. Plus d’une fois aussi, Jésus alla au village des Juifs, qui était bien à un mille de Malaréa, porter l’ouvrage de sa mère et rapporter du pain. Les vilaines bêtes qui se rencontrent fréquemment dans ce pays ne lui faisaient pas de mal et se montraient familières avec lui. On l’a même vu jouer avec des serpents.

La première fois qu’il alla seul au village des Juifs, dans sa cinquième ou dans sa septième année, il portait une petite robe brune, bordée de fleurs jaunes, que la Sainte Vierge lui avait faite. Il s’agenouilla pour prier sur le chemin, et deux Anges lui apparurent et lui annoncèrent la mort d'Hérode. Il ne le dit pas à ses parents, soit par humilité, soit parce que les Anges lui dirent de n’en rien faire, soit parce qu’il savait qu’ils ne devaient pas encore quitter l’Egypte. Une autre fois il alla au même village avec d’autres enfants juifs ; et lorsqu’il revint à la maison, il pleura amèrement sur l’état de dégradation où étaient tombés les Israélites qui habitaient ce lieu.

La fontaine de Mataréa existait avant la sainte Vierge, qui l’a seulement retrouvée. Elle était cachée sous des décombres, mais la maçonnerie ancienne existait encore. Job, qui vint en Egypte avant Abraham et qui habita précisément en ce lieu, avait découvert cette source et sacrifié sur la grosse pierre qui se trouvait auprès. Abraham, lors de son séjour en Egypte, planta aussi ses tentes près de cette fontaine, et y instruisit le peuple.

Déjà à l’époque de la Sainte Famille, les lépreux faisaient usage de son eau comme ayant une vertu particulière. Beaucoup plus tard, lorsque déjà on avait élevé sur l’habitation de Marie une petite église chrétienne, avec une entrée près du maître-autel pour descendre dans le caveau où avait longtemps demeuré la Sainte Famille, on vit la fontaine entourée d’habitations, et son eau employée comme remède contre différentes espèces de lèpre. On vit aussi des gens qui s’y baignaient pour être délivrés de certaines maladies de peau. Cela avait encore lieu lorsque les mahométans furent maîtres du pays. On vit aussi les Turcs entretenir une lampe toujours allumée dans l’église qui avait servi de demeure à Marie. Ils craignaient qu’il ne leur arrivât malheur s’ils négligeaient de l’entretenir. Dans les temps modernes, la source resta isolée, à une assez grande distance des habitations. Il n’y avait plus de ville en cet endroit, et l’on n’y voyait plus que des arbres à fruits sauvages.

 

Considération

Saint Joseph d’après M. Pierre Pradié

 

M. Pierre Pradié, l’un de nos Représentants catholiques, est avant tout un philosophe chrétien qui, en 1863, à la vue de notre société en décomposition, disons le mot, en vraie putréfaction, publia sort Monde nouveau, ou le Monde de Jésus-Christ. Il intitule un des chapitres de son livre : Ou le Monde nouveau, ou la Fin du Monde. Il eût pu donner ce titre à tout le livre, puisque c’est l’inévitable alternative dans laquelle il nous voit comme fatalement placés ; qu’il discute avec autant de foi que de science ; et dont l’issue lui paraît remise entre nos mains, en ce sens que le Christianisme ne peut pas avoir accompli toutes ses destinées, et que, si les catholiques ont confiance en Dieu et travaillent en conséquence, ils peuvent encore sauver le monde et amener l’apparition du Monde nouveau. Monde nouveau, dans lequel saint Joseph occupera la place qui lui convient, et à l’occasion duquel M. Pradié nous a donné sur lui de magnifiques pages, que nous sommes heureux de reproduire ici.

« Saint Joseph, le charpentier, dit-il, est le père du Monde nouveau, dont Marie est la mère, et Jésus le grand monarque. Cela veut dire que le Monde nouveau sera le monde de l’artisan affranchi par le travail, le sacrifice et l’amour : par le travail, Saint Joseph ; par le sacrifice, Jésus ; par l’amour, la Vierge.

Jésus entre Joseph et Marie. Le travail, le sacrifice, l’amour. Le travail du peuple, le sacrifice du riche, l’amour de tous. Jésus-Christ donnant son cœur à tous, et devenant par ce don du cœur l‘époux de l’humanité et le grand monarque, le monarque pacifique, régnant par le cœur sur tous, entre Joseph et Marie, entre le travail et l’amour par le sacrifice. Tout est dans ces quelques mots !

C'est le règne du Père, du Fils et du Saint Esprit, avec un caractère spécial, le caractère de l’amour, ou du Saint Esprit qui, étant l’expression de toutes les tendances divines, sera plus spécialement l’expression du monde des derniers temps, ou l’expression des dernières tendances divines à l’égard de l’humanité. Ce sera l'accomplissement de la prière que l’humanité fait tousles jours à Dieu depuis près de deux mille ans : Que votre Règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Ce sera le triomphe !

« Dieu, dit-il plus bas, premier type des êtres, s’est constitué en famille et en société, dans le temps et dans l’éternité. Dans l’éternité, sa famille est le Père, le Verbe et l’Esprit. Dans le temps, sa famille est Joseph, Marie et Jésus-Christ. Sa société céleste, c'est l’Eglise des Anges et des Saints dans la gloire ; et sa société terrestre , c’est l’Eglise marchant vers la gloire.

Ces divers éléments, premiers types du monde, sont fortement liés et combinés entre eux. Le Père est, dans les profondeurs de l’Etre divin, ce qu’est Joseph dans les profondeurs de la famille de Dieu sur la terre. Le Père est le grand inconnu de la famille divine dans le ciel; Joseph est le grand inconnu de la famille divine sur la terre. Qui pourrait souder les profondeurs mystiques d’un époux-vierge, gardien de la plus belle et de la plus pure des vierges, vivant dans l‘intimité de cette créature privilégiée entre toutes les créatures ; pénétrant au fond de son être par une méditation permanente, constamment éclairée des lumières de la grâce ; s'associant, sans rien dire, au rôle divin de la Mère de Dieu; souffrant des labours de la multitude, la nourrissant du produit de ses sueurs, toujours sans rien dire; ayant toutes les gloires du dévouement et de l’esprit de sacrifice de la multitude, vivant et mourant, comme elle, sous le poids de ses vertus, inconnu à tout autre qu’à Dieu ?

Joseph, le charpentier, est donc le premier type et le modèle du prolétaire, de l‘homme du peuple, mourant, tout aussi inconnu sur les champs de bataille ou sur son grabat, plein de gloire souvent, mais d'une gloire que tout le monde ignore, excepté Celui qui voit tout, et qui, sur tout, ne perd jamais de vue le pauvre.

Mais si, du côté de la terre, Joseph, le charpentier, est le modèle du peuple, de l’artisan, du prolétaire, il est, du côté du ciel, l’Epoux de la Mère de Dieu, et le Père adoptif de Celui qui relie toutes les créatures entre elles et à Dieu.

Comme père et chef de la famille divine, Joseph est le chef et le père des hommes, le père et le chef des multitudes.

La Vierge est le premier type et le modèle de l’autre moitié de l’humanité, et se relie à Dieu comme Fille du Père, Epouse du Saint-Esprit, Mère du Verbe. Mère du Fils de l’homme, elle est la mère des hommes ; fille, épouse, mère de l’homme ; fille, épouse, mère de Dieu.

Entre ces deux personnages divins, le Christ nous apparaît, les dépassant de toute la hauteur de sa personne divine ; si, comme homme, il leur est soumis, le Christ, Fils de Dieu, fils de l’homme, ayant le corps et l’âme de l’homme unis à la personne de Dieu, relie la terre au ciel, la matière à l’esprit, l’homme a la femme, Joseph à Marie, centre de la famille divine, centre de la famille humaine, trait d’union entre le Père et le Saint-Esprit, entre Joseph et Marie, le Christ est le trait d’union de tous les êtres, ou le médiateur, par le sacrifice, de toutes les unions naturelles et surnaturelles.

Et ces deux familles, la famille de Dieu dans le ciel, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et la famille de Dieu sur la terre, Joseph, Marie, Jésus, sont le premier type de l’Eglise, épouse mystique de Jésus-Christ, premier type elle-même de toutes les autres sociétés ».

Mais le Monde nouveau que M. Pradié appelle de toutes ses espérances et de tous ses vœux, et qui doit être « le monde de saint Joseph, le monde du charpentier..., modelé sur le type de la sainte Famille..., où tout sera constitué sur ce type de la sainte Famille, Joseph, Marie, Jésus..., » quand surgira-t-il ? Puisse-t-il se lever bientôt sur nos têtes et nous apparaître à tous dans la merveilleuse splendeur de ses réalités ? En l’attendant, et le bâtant de toutes les aspirations de nos âmes et de nos besoins, retenons toujours les magnifiques enseignements qu’on vient de nous donner sur le glorieux saint Joseph.

 

Pratique

Saint Joseph, patron de la bonne mort

 

Il est dans notre vie un moment suprême, moment qui ne se présente qu’une fois, moment qui décide de notre sort éternel ; c’est le moment de notre mort. Mais si nous voulons être efficacement assistés dans ce terrible moment, adressons-nous à saint Joseph, qui, ayant eu la faveur insigne de mourir entouré des soins de Jésus et de Marie, entre leurs bras, dans leurs divines mains, qui lui fermèrent les yeux et lui rendirent les derniers devoirs, a fait la plus précieuse mort qui fût et qui sera jamais, et qui par suite a reçu de Dieu grâce particulière pour aider les mourants, secourir les agonisants, et obtenir à tous une sainte mort.

N’est-il pas, d’ailleurs, le Père de notre Juge, et n’a-t-il pas tout pouvoir pour adoucir la rigueur de ses arrêts ? D’autant plus que, si le souverain Juge prononce en toute justice, il prononce aussi en toute miséricorde, cherchant avant tout à la faire prévaloir sur la justice. Ils sont donc bien heureux, ceux qui mettent saint Joseph dans leurs intérêts et qui l’ont pour avocat auprès de Jésus. Ils peuvent avoir la confiance de n’être pas condamnés.

Telles sont les grandes raisons qui ont porté les fidèles à invoquer saint Joseph comme patron de la bonne mort. La grâce d‘une bonne mort, c’est l’objectif, on dirait, de toutes nos dévotions envers lui. C’est ce que tous les auteurs qui ont écrit sur le saint Patriarche nous recommandent toujours à la fin de lui demander. C’est ce que nous lui demandons nous-mêmes, comme d’instinct, en terminant nos divers exercices en son honneur. C’est ce que toutes ses Confréries et Associations se proposent ordinairement comme but principal, de même que toutes les Associations pour la bonne mort ont choisi saint Joseph pour leur principal patron.

Invoquons-le donc, implorons-le, conjurons-le, afin qu’il nous obtienne et nous procure une bonne mort. Prions le tous les jours à cette intention. Enrôlons-nous dans les Associations instituées à cet effet ; et si nous l’avons bien prié, invoqué et servi pendant la vie, soyons persuadés que, loin de nous abandonner, il viendra puissamment, au contraire, à notre secours, à l’heure de la mort.

 

Prière pour obtenir la grâce d’une bonne mort

 

Bienheureux Joseph, ce n’est pas sans raison que, de préférence à tant d’autres saints ; on vous honore comme patron des agonisants, comme protecteur Spécial de tous ceux qui veulent faire une bonne mort. La vôtre a été si douce, si belle, si précieuse, qu’elle est l’objet de l’envie de tout ce qu’il y a de justes sur la terre. Vous aviez continuellement à votre chevet Jésus et Marie, Jésus soutenant de sa main divine votre tête languissante, Marie essuyant la sueur qui baignait votre front pâle et décoloré, tous deux empressés à vous rendre les services que vous leur aviez prodigués pendant votre vie. Ah ! Pouviez-vous ne pas mourir d’amour en vous voyant, dans votre agonie, soutenu par un Dieu qui s’était fait votre fils, consolé par la Mère d’un Dieu dont vous étiez l’époux? Puis donc, ô Saint Patriarche, que votre mort a été si douce, si glorieuse, si précieuse aux yeux de Dieu, j’implore aujourd’hui votre protection pour l’heure de la mienne. Obtenez-moi, je vous en conjure, pour ce moment si redoutable au pécheur, de détester sincèrement tous les péchés de ma vie ; d'espérer fermement en la miséricorde infinie de ce Dieu sauveur qui, pour mon salut, a commencé par la crèche et fini par la croix ; enfin, de mettre ma confiance en Marie et en vous.

J’avoue, mon tout-puissant protecteur, que par mes péchés je me suis rendu indigne de la grâce que je vous demande. Vous, vous aviez bien droit à une sainte mort, puisque toute votre vie avait été sainte ; moi, j’aurais bien droit de ne m’attendre qu’à une mort malheureuse, puisque je l’ai méritée par ma mauvaise vie ; mais si vous me défendez, je ne puis me perdre. Non-seulement vous avez été le grand ami de mon Juge, mais encore son gardien et son père nourricier ; si vous me recommandez à lui, il ne pourra pas me condamner. Il ne me condamnera donc pas, et c’est à vous et à votre puissante intercession que je devrai mon salut et ma bienheureuse éternité. Ainsi soit-il.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

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25 mars 2019

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Vingt-sixième jour

Héliopolis

 

Après s’être rafraîchis et restaurés dans le jardin des Baumiers, nos pieux voyageurs se dirigèrent vers une grande ville bien bâtie, mais en partie ruinée : c’était Héliopolis, qui s’appelle aussi « On ». C’est là que du temps des enfants de Jacob habitait le prêtre égyptien Putiphar, chez lequel demeurait Asnath, la fille qu’aurait eue Dina après son enlèvement chez les Sichémintes, et que le Patriarche Joseph épousa.

C’est aussi là que demeurait Denys l’Aéropagite à l’époque de la mort de Jésus. La ville avait été dévastée et dépeuplée par la guerre, et des gens de toute espèce étaient venus s’établir dans ses édifices en ruines.

Ils passèrent sur, sur un pont très élevé et très long, une large rivière, le Nil qui paraissait avoir plusieurs bras. Ils vinrent sur une place située devant la porte de la ville et qui était entourée d‘une espèce de promenade. Là se trouvait, sur un tronçon de colonne, plus large par le bas que par le haut, une grande idole à tête de bœuf, qui tenait dans ses bras quelque chose de semblable à un enfant emmailloté. Elle était entourée de pierres, formant comme des bancs. ou des tables, sur lesquelles les gens qui venaient de la ville, en grand nombre, vers cette idole, déposaient leurs offrandes. Non loin de là se trouvait un très-grand arbre sous lequel la sainte Famille s’assit pour se reposer.

Ils étaient là depuis quelques instants à peine, lorsque la terre trembla et que l’idole chancela et tomba. Il s’ensuivit beaucoup de tumulte et de cris parmi le peuple, et un certain nombre d’ouvriers qui travaillaient à un canal du voisinage s’empressèrent d’accourir. Un brave, homme, qui devait être un ouvrier du canal, et qui avait déjà accompagné la sainte Famille sur le chemin, les conduisit en toute hâte vers la ville. Ils étaient déjà hors de la place où était l’idole, lorsque le peuple les remarqua, et leur attribuant la chute de la statue, se,précipita vers eux avec furie, en les injuriant et les menaçant. Mais cela ne fut pas long, car la terre trembla,de nouveau, le grand arbre s’abattit, laissant à nu ses racines, et le sol qui entourait le piédestal de l’idole devint un bourbier d’eau noire et fangeuse dans lequel la statue s’enfonça jusqu’aux cornes. Quelques un des plus méchants parmi cette foule furieuse furent aussi engloutis dans cette mare d’eau noirâtre. Cependant la sainte Famille gagna tranquillement la ville, où elle s’établit dans un édifice massif adossé à un grand temple d’idoles, et dans lequel on avait pratiqué un certain nombre de chambres.

Saint Joseph établit pour quelque temps la sainte Famille dans la grande ville ruinée. Elle s’étend le long d’un grand fleuve à plusieurs bras. On la voit de loin à cause de sa position élevée. Il y a des parties voûtées sous lesquelles coule le fleuve. On en traverse les bras sur des poutres placées dans l’eau pour ce but. L’on rencontrait çà et là dans la ville de grands restes d’édifices, des tours à demi détruites, des temples presque entiers ; des colonnes, semblables à des tours, sur lesquelles on pouvait monter par l’extérieur, et aussi d’autres colonnes très élevées, pointues par en haut et couvertes d’images étranges, ainsi que beaucoup de grandes figures semblables à des chiens accroupis avec des têtes-humaines.

La Sainte Famille habitait les salles d’un grand bâtiment supporté d’un côté par de grosses colonnes peu élevées, les unes carrées, les autres rondes. Beaucoup de gens s’étaient arrangé des habitations sous ces colonnes. En haut, au-dessus de cet édifice, se trouvait un chemin par lequel on allait et venait. En face était un grand temple d’idoles avec deux cours.

En avant de cet espace fermé d’un côté par un mur, s’ouvrant de l’autre sens une rangée de gros piliers peu élevés, Joseph avait disposé une légère construction en bois, divisée par des cloisons en plusieurs compartiments, et dans laquelle ils demeuraient. Ils avaient, derrière une de ces cloisons, un petit autel où ils priaient : c’était une petite table avec une couverture rouge et une autre couverture blanche et transparente par-dessus ; une lampe la surmontait. Saint Joseph, du reste, travaillait souvent au dehors. Il faisait de longs bâtons avec des pommeaux ronds à l’extrémité, de petits escabeaux à trois pieds et des corbeilles. Il fabriquait aussi des cloisons légères en branches entrelacées. Les gens du pays y ajoutaient un certain enduit, et s’en servaient pour disposer des cabanes a compartiments contre les murs et même dans ces murs, qui étaient d’une épaisseur extraordinaire. Il faisait aussi, avec des planches longues et minces, de petites tours légères, a six ou huit pans, se terminant en pointe, et surmontées d’un bouton. Il y avait une ouverture, en sorte qu’une personne pouvait s’y asseoir comme dans une guérite. Des degrés étaient pratiqués à l’extérieur peur monter jusqu’en haut. L’on rencontrait de petites tours semblables devant les temples des idoles, et aussi sur les toits plats. On s’asseyait dedans. C’était peut-être des espèces de corps de garde ou des abris centre le soleil.

La Sainte Vierge s’occupait à tresser des tapis. Elle s’occupait aussi d’un autre travail pour lequel elle se servait d’un bâton à l‘extrémité duquel était un pommeau, soit qu’elle filait, soit qu’elle fit quelque autre ouvrage. On la visitait souvent, ainsi que l’Enfant Jésus, qui était près d’elle par terre dans une espèce de petit berceau, ordinairement placé sur une espèce de tréteau semblable a un tréteau de scieur. L‘enfant était gracieusement couché dans ce berceau, et Marie était souvent assise à côté de lui, tricotant, et ayant auprès d’elle la petite corbeille qui renfermait ses fournitures.

Les hommes qui habitaient cette ville en ruine étaient légèrement vêtus, à demi nus, et n’ayant seulement que des, espèces de tabliers ou plutôt des robes courtes autour du corps. Il y avait là peu de Juifs. On les voyait rôder avec précaution, comme s‘ils n’avaient. pas eu la permission d’habiter dans cet endroit.

Au nord d’Héliopolis, entre cette ville et le Nil, qui se divisait en plusieurs bras, se trouvait le pays de Gessen. Il y avait là un lieu où demeuraient entre deux canaux un assez grand nombre de Juifs, fort dégénérés en ce qui touchait la pratique de leur religion. Plusieurs d‘entre eux avaient fait connaissance avec la sainte Famille ; Marie faisait pour eux des ouvrages de femme, au moyen desquels elle se procurait du pain et d’autres aliments. Les Juifs de la terre de Gessen avaient un temple qu’ils mettaient en parallèle avec celui de Salomon, quoiqu’il fût bien différent.

Pendant son séjour a Héliopolis, non loin du temple d’idoles auprès duquel il habitait, Joseph avait construit un oratoire où les Juifs qui habitaient cet endroit se réunissaient avec la sainte Famille. Auparavant, ils n’avaient pas de lieu pour prier en commun. Cet oratoire était surmonté d‘une coupole légère qu’on pouvait ouvrir, et alors en se trouvait comme en plein air. Au milieu se trouvait une table ou un autel sur lequel étaient posés des rouleaux écrits. Le prêtre ou le docteur était un homme très avancé en âge. Les femmes étaient d’un côté, les hommes de l’autre, quoique moins rigoureusement qu’en Palestine.

La Sainte Vierge, la première fois qu’elle vint dans cet oratoire, avec l’Enfant Jésus, s’assit par terre, appuyée sur un bras. Elle avait devant elle l’Enfant, vêtu d’une robe bleu de ciel, et elle joignait ses petites mains sur sa poitrine. Joseph se tenait derrière elle comme il faisait toujours, quoique les autres, hommes et femmes, fussent assis ou debout, les uns d’un côté, les autres de l’autre.

Et l’Enfant Jésus grandissait et recevait souvent la visite d‘autres enfants. Il pouvait déjà parler et courir. Il était habituellement près de saint Joseph, et allait souvent avec lui lorsqu’il travaillait au dehors. Il avait une petite robe, semblable à une petite chemise, tricotée ou faite d’un seul morceau.

Comme ils habitaient dans le voisinage du temple, et que quelques unes des idoles qui s’y trouvaient avaient été renversées, comme d’ailleurs on se souvenait de la chute de l’idole qui avait eu lieu devant la porte lors de leur entrée, bien des gens attribuèrent ces divers accidents à la colère des dieux contre eux, et ils eurent beaucoup de persécutions à souffrir à cause de cela.

 

Considération

Saint Joseph d’après Monsieur Auguste Nicolas

 

Aux témoignages que nous avons rapportés jusqu’à présent à la gloire de saint Joseph, il nous reste à ajouter ceux des pieux laïques de notre temps, et ce ne sont pas des moins considérables, qui ont eu aussi à cœur d’attacher leur fleuron à la couronne du saint Patriarche. Et que nous sommes heureux de pouvoir citer ici l’un de nos meilleurs apologistes, Monsieur Auguste Nicolas, ancien Magistrat ; l’un de nos Représentants , M. Pierre Pradié, et le Roi de la presse, M. Louis Veuillot, que nos publicistes regardent comme leur maître à tous ! Voici d’abord ce que dit de saint Joseph M. Auguste Nicolas dans ses Nouvelles Etudes philosophiques sur le Christianisme :

« Représentez-vous toute l’économie du mystère de l’Incarnation comme un grand tableau dans lequel vous verrez dépeints Dieu le Père, son Fils unique, le Saint-Esprit et la sainte Vierge, et ces quatre personnes éclatantes d’autant de lumières qu’elles opèrent de prodiges dans ce mystère. Mais au lieu que, dans un tableau matériel, l’ombre a toujours pour objet de faire ressortir les figures en repoussoir ou en relief, ici, au contraire, il faut une ombre pour tempérer et pour éteindre leur trop grand éclat, de pour qu’elles n’éblouissent ou qu‘elles n'aveuglent les yeux des mortels; et le seul Joseph a une vertu d’obscurité si étendue, qu’elle suffit pour les voiler toutes, jusqu’au temps où il plaise à Dieu de les manifester.

La très Sainte Vierge, en effet, est cachée à l’ombre de Saint Joseph : sa virginité, sa maternité divine, sont enveloppées du voile de son mariage avec lui. Le Saint Esprit est pareillement caché sous cette même ombre ; car ce qui est né de Marie, dit l’Evangile, est l'ouvrage du Saint-Esprit : c'est la son chef-d’œuvre, sa gloire, dont l’humble Epoux de Marie éteint en lui les rayons. Que dirai-je de ce chef-d’œuvre lui-même, de l'Homme-Dieu enseveli dans cette obscurité jusqu'à passer pour fils du charpentier ? Enfin, Dieu le Père est tellement dérobé par saint Joseph, qu’il aura besoin, en quelque sorte, de venir revendiquer lui-même son Fils au jour de son baptême, par cette parole céleste ; Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toutes mes complaisances.

Les Apôtres et tous les autres Saints, les Docteurs, les Pasteurs, les Confesseurs, les Martyrs, ont ou tous pour mission de prêcher Jésus-Christ à toute créature, de répandre au loin la bonne odeur de son nom, de le faire retentir devant les puissances, et d’en porter le son jusqu’aux extrémités de la terre. Mais Joseph est un saint tout singulier, prédestiné pour un ministère tout contraire, pour cacher sa gloire jusqu’au temps de sa manifestation, pour en assourdir les reflets, pour en favoriser les retards et les surprises.

L’Homme-Dieu, ayant voulu réserver à sa mort et a sa croix le miséricordieux prodige d’attirer à soi toutes choses et de triompher hautement des puissances du siècle, eût fait, si les mystères de sa conception divine et de sa naissance d’une Vierge eussent été divulgués avant ce temps, céder prématurément et trop ouvertement à sa divinité ces puissances, qui ne l’eussent pas crucifié, dit saint Paul, si elles eussent connu en lui un Roi de gloire. Mais, dans l’idée qu‘il est né d’un mariage ordinaire, elles prennent le Dieu pour un enfant. Il vient à petit bruit exécuter ses grands desseins en les cachant a l’ombre de Joseph, qu‘on prend pour son père, et qui écarte ou déconcerte les soupçons, jusqu’au jour où, faisant éclater tout à coup sa force et sa gloire dans la faiblesse et l’ignominie de sa mort, on reconnaîtra les divins stratagèmes de ce puissant Réparateur de l’homme, qui se sera servi d'un Joseph pour les cacher, comme d’une croix pour les faire à jamais triompher dans le monde.

Tel est le rôle unique de Joseph : rôle obscur, mais d’autant plus sublime. Comme c’est un plus grand prodige de voir la gloire de Dieu anéantie que de la voir éclatante de majesté, la toute-puissance de Dieu s’est montrée plus miraculeuse en un sens dans le seul Joseph, dont elle s’est servi comme d’un voile pour cacher sa gloire, que dans tout le reste des saints qu’elle a employés pour la manifester; et l’on doit regarder et vénérer ce grand saint comme ces augustes ténèbres dont parle l’Ecriture, sous lesquelles la majesté de Dieu a voulu se retirer ».

Mais, comme ces nuages dont le soleil n’éclaire que la partie que nous ne voyons pas, et qui sont d’autant plus lumineux du côté du ciel qu’ils sont plus obscurs à la terre, la gloire de Joseph éclate aux yeux de Dieu et des Anges en raison de son obscurité aux regards des hommes.

Et c’est de la que part l’illustre apologiste pour considérer ce grand patron des âmes cachées et suréminentes, soit comme Epoux de Marie, soit comme Père, comme nourricier, comme gouverneur de Jésus. Après quoi il ajoute :

« Saint Joseph est un Saint, si j’ose ainsi dire, de choix, comme le plus caché de tous les Saints, et par cela même, au sens chrétien, comme le plus illustre, le plus digne de tous les honneurs, parce qu’il n’a jamais été touché de l’honneur. Aussi toutes les âmes vraiment grandes, qui sont toujours les plus simples, ressentent son attrait, et se font gloire d’avoir pour patron dans le ciel celui qui a été le patron de notre Dieu lui-même sur la terre. Gerson avait pour lui une dévotion toute particulière ; il a composé des discours latins et français, des poèmes et des offices en son honneur ; il a stimulé les princes de son temps à lui vouer des têtes, à bâtir des temples sous son invocation. Bossuet lui a consacré les prémices de son éloquence, et il fit tellement partager à la reine-mère et à Louis XIV sa vénération pour ce glorieux dépositaire de la virginité de Marie et de l’humanité du Fils de Dieu, que, sur lettres closes et ordres très-exprès du grand roi, les cours souveraines ordonnèrent que sa Fête serait chômable et obligatoire, avec interruption de travail et cessation entière des affaires, par tout le royaume ».

Et nous, ajoutons, ce que l’éminent apologiste ne savait peut-être pas, que l’édit du roi est du 12 mais l661, et que le 14, les vicaires généraux du cardinal de Retz, archevêque de Paris, faisaient un Mandement en conséquence et pour que la Fête fût chômée et célébrée le samedi suivant, 19 du même mois. La Fête de saint Joseph était donc d’obligation en France avant 1789. Espérons que dans des jours meilleurs, et eu égard au décret du Souverain Pontife en date du 8 décembre 1870, elle le redeviendra encore.

 

Pratique

Dévotion au Cœur de Saint Joseph

 

Après le Cœur adorable de Jésus et le Cœur immaculé de Marie, il n’est pas de cœur plus digne de notre vénération et de notre amour que le Cœur très pur de saint Joseph, orné de tous les dons les plus sublimes de la nature et de la grâce, créé exprès par l’adorable Trinité pour être uni par des liens aussi étroits qu’indissolubles au très Saint Cœur de Marie, dont il a été aimé d’un amour particulier ; et qui, après celui de Marie, a été mis en communication plus directe qu’aucun autre avec le Cœur sacré de Jésus, puisqu’en le portant si souvent dans ses bras, il a eu l’insigne privilège de presser son cœur de fils contre son propre coeur de père. Et d’ailleurs, quelle union ! Quelles communications ! Quelles correspondances ! Quel échange d’indicibles sentiments entre ce Cœur et ceux de Jésus et de Marie, pendant les trente ans qu’ils vécurent ensemble, Joseph étant époux et père, Marie mère et épouse, Jésus l’auguste fils de l'un et de l’autre !

Aussi, dit le P. Faber, le Cœur très pur de Joseph, si semblable au Cœur immaculé de Marie et a celui de Jésus, quoique avec une différence sensible, était-il pour le Sauveur une cause spéciale de joie, parce qu’égalant en grandeur et en prix le monde commun, il était en lui-même un monde à part, où l’insatiable amour de Jésus pour les hommes pouvait s’épancher en torrents d’impétueuse affection, et sa soif d’amour humain trouver un soulagement inexprimable.

C’est à nous de voir, après cela, si nous ne devons pas avoir un culte spécial pour cet incomparable Cœur de saint Joseph, et si nous ne pouvons pas nous laisser aller à tous les épanchements de nos cœurs pour ce saint Cœur, sans être exposés à jamais regretter de lui témoigner toute notre vénération, notre amour et notre confiance. C‘est à nous de déterminer ensuite les pieux exercices par lesquels nous tiendrons à honorer cet incomparable Cœur.

 

Prière

Au Cœur de Saint Joseph

 

Aimable Cœur de saint Joseph, chef-d’œuvre des mains de Dieu, qui vous a fait le plus noble et le plus parfait de tous les cœurs, après ceux de Jésus et de Marie, recevez en ce moment mes plus humbles salutations, mes hommages les plus sincères, l’expression de mon plus entier dévouement. Je vous salue et vous révère, ô Cœur si cher à mon cœur, car vous êtes jour et nuit le sujet de mes pensées et l’objet de mes désirs. Vous êtes la belle et florissante école où je veux désormais étudier la science du saint amour. Vous êtes le char triomphal dans lequel je souhaite d’être conduit aux collines des vertus. Vous êtes la fournaise embrasée dans laquelle je viens m’échauffer des feux de la divine charité. Vous êtes le paradis de délices où je serai heureux de respirer le parfum des célestes affections qu’il faut avoir pour Jésus et Marie. Vous êtes la vive source d’où je puiserai les eaux des chastes joies pour arroser la terre de mon âme. Vous êtes la solitude bénie où j’ai résolu de consacrer mes jours au service de votre divin Fils et de votre Epouse immaculée. Vous êtes le petit nid où je veux vivre et mourir en repos. Vous êtes la clef dorée avec laquelle je puis et dois entrer au trésor des bénédictions et des faveurs du ciel. Vous êtes la porte par où je passerai pour arriver au Cœur de Jésus et au Cœur de Marie, Cœurs divins dont l‘excellence surpasse toute richesse et le mérite toute louange ; Cœurs précieux, plus brillants que le soleil, plus blancs que la neige, plus embaumés que les lys ; Cœurs dans lesquels Dieu a renfermé tous les biens, seuls désirables, seuls délectables.

Oh ! Qui me fera la grâce de cacher mon cœur dans ces sacrés Cœurs ? Vous, bon saint Joseph, dont le Coeur ne fit qu’un cœur avec ceux de Jésus et de Marie, embrasez alors mon cœur du feu de cet amour divin qui consumait le vôtre sur la terre, dirigez tentes ses inspirations, purifiez et sanctifiez toutes ses affections. Et puissé-je n’avoir qu'un seul cœur avec vous pour aimer Jésus et Marie dans le temps, afin que je puisse les glorifier dans le ciel pendant l’éternité ! Ainsi soit-il.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

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24 mars 2019

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Vingt-cinquième jour

Stations en Egypte

 

Il faisait nuit lorsque nos saints voyageurs entrèrent dans le désert. Ils commencèrent par cheminer le long d’un bois ; mais à quelque distance du chemin et en avant du bois, ils entrevirent une misérable cabane. Non loin de la cabane était suspendue à un arbre une lanterne, qu’on pouvait voir de très loin, et qui était destinée à attirer les voyageurs. Le chemin était très difficile et coupé ça et là par des fossés. Il y avait aussi des fossés autour de la cabane, et sur les parties du chemin où l’on pouvait passer étaient tendus des fils cachés qui correspondaient à des sonnettes placées dans la cabane. Les voleurs qui y habitaient étaient ainsi avertis de la présence des voyageurs et venaient les dépouiller. Cette cabane de voleurs n’était pas toujours à la même place ; elle était mobile, et ses habitants la transportaient ailleurs, suivant les circonstances.

Au moment où la sainte Famille s’approcha de la lanterne, elle se vit entourée du chef des voleurs et de cinq de ses compagnons. Ils avaient d’abord de mauvaises intentions ; mais il partit de l’Enfant Jésus un rayon de lumière qui toucha comme un trait le cœur du chef, lequel ordonna à ses gens de ne pas faire de mal aux saints voyageurs. La Sainte Vierge vit aussi ce rayon arriver au cœur du brigand, comme elle le raconta à la prophétesse Anne, après son retour.

Le voleur conduisit alors la sainte Famille dans sa cabane, où se trouvait sa femme avec deux enfants. La nuit était venue. Le brigand fit part à sa femme du mouvement extraordinaire qui s’était produit en lui a la vue de l’Enfant. Celle-ci accueillit la Sainte Famille non sans bienveillance, mais avec une réserve embarrassée. Les saints voyageurs s’assirent à terre dans un coin et se mirent à manger quelque chose des provisions qu’ils avaient avec eux. Leurs hôtes furent d’abord timides et craintifs, ce qui pourtant ne paraissait pas être dans leurs habitudes ; Peu à peu cependant ils se rapprochèrent. Puis survinrent d’autres hommes qui, pendant ce temps, avaient mis sous un abri l’âne de Saint Joseph. Ces gens enfin s’enhardirent, se placèrent autour de la Sainte Famille et lui adressèrent la parole. La femme, de son côté, présenta à Marie des petits pains avec du miel et des fruits, ainsi que des coupes remplies de je ne sais quelle liqueur. Le feu était allumé dans une excavation pratiquée dans un coin de la hutte. La femme disposa une place séparée pour la sainte Vierge, et lui apporta, sur sa demande, une auge pleine d’eau pour baigner l’Enfant Jésus. Elle lava aussi ses langes et les fit sécher devant le feu.

Marie baigna l’Enfant Jésus sous un drap. Le voleur était si ému, qu’il dit à sa femme : « Cet enfant juif n’est pas un enfant ordinaire ; c’est un saint enfant. Prie la mère de nous laisser baigner notre petit garçon lépreux dans l’eau où elle l’a lavé ; cela le guérira peut-être ». Quand la femme s’approcha de Marie, celle-ci lui dit, avant qu’elle n’eût parlé, de laver son enfant lépreux dans cette eau. La femme apporta alors dans ses bras un petit garçon d’environ trois ans. Il était rongé de la lèpre, et son visage n’était qu’une croûte. L’eau dans laquelle Jésus avait été baigné paraissait plus claire qu‘auparavant. Quand l’enfant y eut été mis, les croûtes de la lèpre se détachèrent et tombèrent par serre. Il était parfaitement guéri.

La mère était transportée de joie. Elle voulait embrasser Marie et l’Enfant-Jésus ; mais Marie lui fit signe de n’en rien faire. Elle ne se laissa pas toucher par elle, non plus que le petit Jésus. Elle lui dit de creuser une citerne dans le roc et d’y verser cette eau, qui, donnait à la citerne la même vertu. Elle s’entretint encore avec elle, et cette femme lui promit de renoncer, aussitôt qu’elle le pourrait, à sa vie criminelle. Le père et la mère furent extrêmement heureux de la guérison de leur enfant. Plusieurs de leurs compagnons étant venus pendant la nuit, on leur montra l’enfant guéri, et on leur raconta ce qui s’était passé. Ces nouveaux venus, parmi lesquels étaient quelques jeunes garçons, entourèrent la sainte Famille et la regardèrent avec étonnement.

C'était d’autant plus étonnant de voir ces brigands se montrer si respectueux envers la sainte Famille, que, pendant cette même nuit où ils reçurent de si saints hôtes, ils arrêteront plusieurs autres voyageurs attirés par la lumière placée dans leur voisinage, et les conduisirent dans une grande caverne placée plus avant dans la forêt. Cette caverne, dont l’entrée était cachée par des broussailles, et qui était toute couverte d’herbes et d‘arbustes, de façon à ce qu’on ne pouvait soupçonner son existence, paraissait être leur magasin. Il s’y trouvait alors plusieurs enfants volés, âgés de sept à huit ans, et une vieille femme chargée de garder tout ce qu’il y avait là, ainsi que des vêtements, des tapis, de la viande, des chameaux, des moutons, des animaux plus grands, et toute espèce de butin. C’était un endroit spacieux, et tout s’y trouvait en abondance.

Marie n’a guère dormi de toute cette nuit, pendant laquelle elle reste presque tout le temps assise sur son lit. Joseph et Marie repartirent le matin de bonne heure, munis de quelques provisions. Leurs hôtes les accompagneront jusqu’à une certaine distance, en les faisant passer avec précaution les fossés qui coupaient le chemin et les remettant dans la bonne route.

Ces voleurs prirent congé de la Sainte Famille avec une grande émotion, et le chef dit aux voyageurs, d’une façon très expressive : « Souvenez-vous de nous en quelque lieu que vous alliez ». Paroles quasi prophétiques qui eurent leur dernier accomplissement sur le Calvaire, au moment où l’enfant guéri hier de la lèpre, et devenu alors le bon larron, dit à Jésus mourant : « Souvenez-vous de moi quand vous serez dans votre royaume ». La femme du brigand renonça, au bout d’un certain temps, à la vie qu’elle menait : elle s'établit dans un endroit où la Sainte Famille s’était reposée peu après ; une source y avait jailli, un jardin de baumiers s‘y était planté, et plusieurs honnêtes familles s‘y établirent avec elle.

La Sainte Famille entra ensuite un désert. Comme ils avaient perdu leur chemin, l’on vit s’approcher d’eux des reptiles de diverses espèces, entre autres des lézards rampants avec des ailes de chauves souris, et aussi des serpents ; ils ne cherchaient pourtant pas à leur faire du mal, et paraissaient seulement vouloir leur montrer le chemin. Plus tard encore, comme ils ne savaient plus quelle direction prendre, elle leur fut indiquée par un gracieux miracle. Des deux côtés du chemin sortit de terre la plante appelée rose de Jéricho, avec sa tige droite, ses feuilles frisées et sa fleur au milieu. Ils s‘avancèrent alors pleins de joie, et virent à perte de vue s’élever des plantes semblables ; il en fut ainsi tout le long dit désert. Puis il fut révélé à la sainte Vierge qu’à une époque postérieure les gens du pays viendraient cueillir ces fleurs et les vendraient aux voyageurs étrangers pour avoir du pain. C’est en effet ce qui eut lieu dans la suite. Le nom de cet endroit était comme Gase ou Gose. Puis ils arrivèrent à un lieu qui s’appelait comme Lepe ou Lape. Il y avait de l’eau en cet endroit ; il s’y trouvait des fossés, des canaux et des digues élevées. Ils traversèrent un cours d’eau à l’aide d’un radeau formé de poutres, sur lequel se trouvaient des espèces de grandes cuves dans lesquelles on passait les ânes. Deux hommes laids, basanés, à moitié nus, avec des nez épatés et de grosses lèvres, les passèrent. Ils arrivèrent ensuite près des maisons isolées du bourg ; les habitants étaient si grossiers et si hautains, qu’ils passèrent outre sans entrer en pourparler avec eux. C’était la première ville égyptienne, et par conséquent païenne, qu’ils rencontraient. Ils avaient voyagé dix jours sur le territoire de la Judée et dix jours dans le désert.

Ensuite la Sainte Famille entra dans un pays de plaines appartenant au territoire égyptien, où se trouvaient de vastes prairies couvertes de troupeaux errants. L’on y voyait aussi des arbres auxquels des idoles, semblables à des enfants au maillot, étaient attachées par deux bandelettes, qui étaient couvertes de figures ou de caractères. L’on y rencontrait aussi ça et là des hommes gros et trapus, habillés assez singulièrement et légèrement, qui venaient devant ces idoles et leur rendaient hommage. La sainte Famille entra dans un hangar où était du bétail qui sortit pour lui faire place. Ils manquaient entièrement d’aliments, et n’avaient ni pain ni eau. Personne ne leur donna rien. Marie pouvait à peine allaiter son enfant. Ils eurent beaucoup a souffrir dans ce voyage. Enfin quelques bergers, étant venus abreuver leurs troupeaux à un puits ordinairement fermé, leur donnèrent un peu d’eau sur les instantes prières de Saint Joseph.

En partant de là, les pauvres fugitifs, dépourvus de tout secours et épuisés, parcoururent un petit bois à la sortie duquel se trouvait un dattier très élancé, portant à son sommet des fruits réunis en grappes. Marie vint près de cet arbre, tenant l’Enfant Jésus dans ses bras ; elle fit une prière et éleva l’Enfant en l’air : alors l’arbre courba sa tête vers eux comme s’il se fût agenouillé, et ils cueillirent tous ses fruits. L‘arbre resta dans cette position.

L’on vit aussi beaucoup de gens du lieu précédent suivre la sainte Famille, et Marie donner des fruits de l’arbre à plusieurs enfants demi-nus qui couraient après elle. A un quart de lieue environ de ce premier arbre, ils se trouvèrent près d’un grand sycomore d’une grosseur extraordinaire. Il était creux, et ils s’y cachèrent pour éviter les gens qui les suivaient et qu’ils avaient alors perdus de vue ; ceux-ci passèrent outre. La sainte Famille passa la nuit dans cet arbre.

Le lendemain ils continuèrent leur route ,à travers les sables du désert. Privés d‘eau depuis longtemps et épuisés, ils s’assirent près d’un monticule de sable. La sainte Vierge implora Dieu, et une source abondante jaillit à côté d’elle et arrosa le terrain du voisinage. Joseph fit un petit bassin pour cette source, et creusa un conduit pour l’écoulement de l’eau. Ils se reposèrent en cet endroit. Marie lava l’Enfant Jésus. Joseph fit boire l’âne et remplit son outre d’eau. Puis, de vilaines bêtes comme d’énormes lézards, et aussi des tortues, s’approchèrent pour se rafraîchir. Elles ne firent pas de mal à la sainte Famille, mais les regardèrent d’un air amical. L’eau qui coulait de la source faisait un assez grand circuit et se perdait de nouveau dans la terre à peu de distance.

La portion de terrain qu’elle arrosait fut singulièrement bénie : bientôt il fut couvert de verdure, et le précieux arbre qui produit le baume y vont en grande quantité ; la Sainte Famille, à son retour d’Egypte, put déjà y prendre du baume. Ce lieu devint plus tard célèbre comme jardin de baume. Diverses personnes s’y établirent, et entre autres la mère de l’enfant du voleur qui avait été guéri de la lèpre. Une belle clôture formée de baumiers entourait le jardin, où se trouvaient plusieurs autres arbres fruitiers. À une époque postérieure, on creusa là un autre puits large et profond, d’où l’on tirait, à l’aide d’une roue mise en mouvement par des bœufs, une grande quantité d’eau qu’on mêlait avec celle de la source de Marie, pour arroser tout le jardin : sans ce mélange, l’eau du nouveau puits aurait été nuisible. Les bœufs qui mettaient la roue en mouvement ne travaillaient pas depuis le samedi à midi jusqu’au lundi matin.

 

Considération

Saint Joseph d’après le Père Huguet

 

Quand il s’agit de saint Joseph, comment n’alléguerait-on pas le Père Huguet, son grand zélateur, qui a tant fait et fait tant encore tous les jours pour l’extension de son culte ? C’est d’abord par son Propagateur de la dévotion à Saint Joseph, Bulletin mensuel du Culte Perpétuel, des Confréries, des Associations en son honneur, et des faveurs obtenues par sa puissante médiation, qu’il publie avec un zèle toujours croissant depuis 1862. C’est ensuite par tous les ouvrages qu’il ne cesse de publier à sa gloire et qui se multiplient sous sa plume avec une abondance presque prodigieuse. Il ne tient pas, il est vrai, à donner soit du neuf, soit du sien, et il semble ne vouloir que faire partager à tous les sentiments de son cœur si dévoué à saint Joseph, en nous les présentant sous toutes les formes qu’il peut leur donner. De sorte que de lui l’on ne sait vraiment quoi citer. Reproduisons néanmoins ce qu’il appelle dans son « Auréole de Saint Joseph » la profession solennelle de ses prérogatives et de ses grandeurs. C’est à lui qu’il parle et qu’il dit.

« Ô très saint, très glorieux, très puissant et très aimable Joseph, vous fûtes prévenu des plus précieuses bénédictions de Dieu, dès le sein de votre pieuse Mère, par la sanctification de votre âme et votre confirmation en grâce. À votre naissance, vous parûtes dans le monde comme le lien des deux Testaments, le commencement du Nouveau et la fin de l’Ancien, sans être entièrement à celui-ci ou à celui-là, mais tout à Jésus-Christ, la pierre angulaire qui les a liés ensemble.

La très Sainte Trinité vous favorisa de sublimes prérogatives qui vous ont élevé au-dessus de tous les Saints. Le Père éternel vous nomma pour son représentant sur la terre, pour servir de père, de parrain, de tuteur et de gouverneur à son Fils unique. Le Saint Esprit vous remplit de tous ses dons pour vous préparer aux desseins que Dieu avait eus sur vous de toute éternité. La Sagesse incarnée vous choisit pour être le soutien de sa Mère, son Père nourricier, et le gardien très fidèle de l’une et de l’autre.

L’auguste Reine du ciel et de la terre vous regarde toujours avec respect comme son seigneur, avec amour comme son cher et angélique Epoux, et avec confiance comme le très sage tuteur de son divin Fils. Vous fûtes égal aux Anges en pureté, aux Chérubins en science, et aux Séraphins en charité.

Votre saint cœur fut orné des grâces les plus précieuses qui aient été accordées aux justes depuis le commencement du monde. Vous unîtes vos adorations à celles de Marie, vos vœux aux cantiques des Anges, et vos offrandes aux présents des rois, pour saluer avec eux le Verbe fait chair dans l‘étable de Bethléem. Vous fûtes le témoin de la divine enfance de Jésus, le fidèle compagnon de son exil et son aide dans ses travaux. Votre cœur très pur servit de trône a Celui qui habitait avant tous les siècles dans le sein adorable de son Père.

Vous eûtes toujours les yeux du corps et de l’esprit fixés sur l’Enfant Dieu pour remarquer tous les mouvements de sa divine personne, et tirer de grands avantages pour la, perfection de votre âme des exemples d‘un modèle si accompli. Quand il reposait entre vos bras, vous le preniez avec autant de respect que d’amour sur votre cœur, vous le couvriez de vos baisers et de vos larmes, vous le caressiez avec des tendresses et des suavités ineffables.

Vous fûtes le premier chrétien et le premier apôtre du monde envoyé de Dieu pour y faire connaître le Messie. Vous adoriez souvent les desseins de la Providence qui vous avait mis en main un rabot, au lieu du sceptre des rois de Judée, vos ancêtres. Vous viviez plus heureux dans votre pauvre maison de Nazareth que vous n’eussiez fait dans le palais de David, votre aïeul.

Vous conversâtes pendant trente ans avec notre doux Sauveur et sa très Sainte Mère, acquérant en leur compagnie des richesses inestimables de grâces et de vertus. Votre sainte vie fut couronnée de la plus précieuse mort, rendant votre belle âme entre les mains de Jésus et de Marie, pour être portée par les Anges dans le sein d’Abraham, et peu de temps après conduite dans le ciel et réunie à son corps glorieux.

Enfin, et sans fin, puisque je ne prétends pas en mettre à vos grandeurs ni à vos louanges, vous fûtes admirable dans tous vos états et vos mystères. Noble dans votre origine, parfait dans votre corps, très pur dans votre âme, prudent dans votre conduite, vierge dans votre union angélique avec Marie, infatigable dans, vos travaux, éminent dans votre contemplation, sage dans toute votre vie, heureux dans votre mort, glorieux dans votre résurrection, surabondant de délices dans votre récompense, en un mot Joseph, Père de Jésus et Epoux de Marie !

Ô grandeurs ! Ô privilèges incommunicables ! Ô vertus sublimes ! Je les crois fermement, je les publie hautement. Ô Joseph, incomparable Joseph ! Je vous révère avec amour, je vous chéris avec respect, je vous honore en toute humilité ! Béni soit Dieu qui vous a élu et élevé à de si grandes choses ! Mon esprit est ravi et mon âme tressaille de joie à la vue de tant de merveilles renfermées dans votre auguste personne. Puisse Celui qui vous a fait le sujet d’une si haute et si éminente perfection, d’une gloire si accomplie et d’un mérite approchant de l’infini, répandre la connaissance et l’amour de votre nom par tout l’univers ! Plût à Dieu que toutes les créatures, ou au moins que toutes les âmes chrétiennes, enflammées d’un saint zèle, s’entendissent pour exalter la gloire de Jésus et de Marie en louant Saint Joseph !

Oh ! Que les hommes sont aveugles de ne pas voir les trésors de grâces que Dieu a mis entre vos mains, pour en disposer selon votre volonté en faveur de vos fidèles serviteurs ! »

 

Pratique

Pieux exercices

 

Le fidèle serviteur de Saint Joseph s’acquitte chaque jour de certains exercices de piété qu’il a arrêtés avec lui, selon son attrait ou ses besoins et auxquels il est aussi exact qu’à ceux qu’il a voués chaque jour à la Sainte Vierge. Ayons donc les nôtres bien fixés, bien déterminés, et que ce soit un devoir sacré pour nous de ne jamais y manquer. Nous le devons bien au saint Epoux de Marie, au glorieux Père nourricier de Jésus ; mais lors même que nous ne serions pas assez touchés de hommages à lui rendre, faisons-le au moins pour les avantages que nous y trouverons et les fruits de salut que nous en recueillerons. Ne nous imposons pas trop de graves obligations avec lui, si nous sommes exposés à les enfreindre, mais au moins soyons fidèles à celles plus ou moins adoucies que nous aurons contractées.

N’oublions pas, du reste, que ces exercices de piété doivent surtout tendre à notre avancement spirituel, et que les meilleurs sont les exercices de la vie intérieure. Les actes intérieurs relèvent admirablement le culte extérieur que nous rendons soit à Dieu, soit aux Saints. Ils enrichissent ceux qui les font avec ferveur et remplissent leur cœur d’amour et de vénération. Rien de plus aisé et de plus facile, d’ailleurs, que ces pieux exercices, puisqu‘on peut les pratiquer en tout temps et en tout lieu. Il suffit pour cela d‘une élévation d'esprit ou d’une oraison jaculatoire poussée avec ardeur vers le ciel, et animée de quelque acte intérieur qui lui donne sa valeur et son prix.

Ceux que l’on conseille ordinairement en l'honneur de saint Joseph sont les actes intérieurs de foi en ses glorieux privilèges, d’amour de complaisance d’abord, d’amour parfait ensuite, de louange, d’admiration, de confiance, d’offrande, d'humilité, de reconnaissance, d’imitation.

Le Père Lallemand pratiquait chaque jour, à la gloire du Saint Patriarche, quatre petits exercices intérieurs, deux dans la matinée et deux dans l’après-dîner, dont il tira de merveilleux avantages pour sa sanctification.

 

Prière

Tirée du Père Huguet

 

Mon très aimable Protecteur, saint Joseph, ne serais-je pas du nombre de ceux qui ont port à vos, bienfaits ? Votre bonté, dont j’ai si souvent éprouvé les effets, m’en donne l’assurance. Mais aussi je le déclare à la face du Ciel et de la terre, que les biens que j‘attends de vous ne sont pas la cause de l’amour que je vous porte, ni des services que je vous ai voués. C’est ce que vous êtes en vous-même qui vous a gagné mon cœur. Ce sont les rapports ineffables et personnels que vous avez avec la très Sainte Trinité qui me portent à vous aimer plus vivement et à vous invoquer plus assidûment que les autres bienheureux. Les unions saintes et célestes qui vous lient intimement à Dieu dans l'ordre de l’union hypostatique, sont les nœuds qui m'attachent indissolublement à vous. J’aime votre Fils et votre divine Epouse en vous aimant ; je m’approche de vous pour avoir de l’accès auprès d’eux ; je m’applique à imiter vos vertus pour avoir quelque ressemblance avec leurs perfections. Si jamais, comme je l’espère, j’ai le bonheur d’arriver au port de la céleste patrie, d‘être admis dans l’éternelle société de Jésus et de Marie, je confesserai que c’est, après Dieu et sa sainte Mère, au glorieux saint Joseph que je dois ce bonheur et cette gloire.

C'est dans ces sentiments que je vous renouvelle en ce moment ma consécration, en vous disant : « Ô Bienheureux Joseph, digne Epoux de la Reine des vierges, je me consacre à votre culte et me donne tout à vous ; soyez mon père, mon protecteur et mon guide dans la voie du salut ; obtenez-moi la grâce de faire, à votre exemple, toutes mes actions pour la plus grande gloire de Dieu, en expiation de mes péchés et en réparation des outrages faits aux sacrés Cœurs de Jésus et, de Marie. C’est ce que je vous demande, en vous priant de m’assister tous les jours de ma vie, et particulièrement à l’heure de ma mort. Ainsi soif-il ».

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

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23 mars 2019

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Vingt-quatrième jour

Stations en Judée

 

La Sainte Famille, dans la nuit de son départ, traversa plusieurs endroits et se reposa le matin sous un de ces hangars que l‘on rencontrait sur les routes pour la commodité des voyageurs. Vers le soir, comme ils ne pouvaient pas aller plus loin, ils entrèrent dans un petit endroit appelé Nazara, qui renfermait une population à part et qu’on traitait avec un certain mépris. Elle n’était ni juive ni païenne ; mais sa religion était un mélange de paganisme et de judaïsme. Ils allaient adorer au temple du mont Garizim, près de Samarie, dont ils étaient éloignés de quelques lieues, par un chemin difficile et montueux. Ils étaient accablés de charges de toute nature, comme de travailler comme des esclaves au Temple de Jérusalem et faire d’autres travaux publics.

Ces pauvres gens accueillirent très amicalement la Sainte Famille, qui passa chez eux tout le jour suivant, qui était le jour du sabbat. Lors du retour d'Egypte, la sainte Famille visita de nouveau ces bonnes gens ; et aussi, plus tard, lorsque Jésus alla au Temple dans sa douzième année, et lorsqu’il en revint. Dans la suite, ces braves gens se firent baptiser par saint Jean, puis se réunirent aux disciples de Jésus.

Mais le jour même du sabbat, après sa clôture , la sainte Famille quitta Nazara et voyagea toute la nuit. Puis, tout le dimanche et la nuit suivante jusqu’au lundi, elle resta cachée près de ce grand vieux térébinthe sous lequel elle s‘était arrêtée en allant à Bethléem, lorsque la Sainte Vierge avait tant souffert du froid. C'était le térébinthe d’Abraham, près du bois de Moreh, à peu de distance de Sichem, de Thenat, de Siloh et d’Arumah. Les projets d’Hérode étaient connusdans ce pays, et la Sainte Famille n’y était pas en sûreté. C‘était près de cet arbre que Jacob avait enfoui les idoles de Laban. Josué rassembla le peuple près de ce térébinthe, sous lequel il avait dressé le tabernacle. Où était l’Arche d‘alliance, et il l’y fit renoncer aux idoles. Ce fut la aussi qu’Abimelech, le fils de Gédéon, fut salué roi par les Sichémites.

Le lundi matin, de bonne heure, la sainte Famille, se trouvant dans une contrée fertile, se reposa près d’une petite source ; à côté d’un buisson de baume. L'Enfant Jésus avait les pieds nus ; il était sur les genoux de la sainte Vierge. Ces arbrisseaux de baume étaient couverts de baies rouges ; il y avait à quelques branches des incisions d’où sortait un liquide qui était recueilli dans de petits vases. Personne ne songeait à les voler. Saint Joseph remplit de cette liqueur les petites cruches qu’il avait avec lui. La Sainte Famille mangea des petits pains et des baies cueillies sur les arbrisseau voisins. L’âne buvait et paissait dans le voisinage. L’on voyait à leur gauche , dans le lointain, les hauteurs sur lesquelles était Jérusalem. C‘était un tableau très touchant.

Le mardi, Zacharie et Eiisabeth ayant appris aussi le danger qui les menaçait par un» messager de confiance que la Sainte Famille leur avait sans doute envoyé, Elisabeth porta le petit Jean à un lieu très retiré dans le désert, à deux lieues d’Hébron. Zacharie les accompagna jusqu‘à un endroit où ils traversèrent un petit cours d’eau sur une poutre ; puis il se sépara d’eux et se dirigea vers Nazareth par le chemin que Marie avait suivi lors de sa visite à Elisabeth. Probablement il voulait prendre des informations plus précises auprès de Sainte Anne. Plusieurs amis de la Sainte Famille à Nazareth sont très attristés de son départ. Le petit Jean n’avait sur lui qu’une peau d‘agneau. Quoiqu’il eût à peine dix-huit mois, il pouvait déjà courir et sauter. Il portait dès lors à main un petit bâton blanc avec lequel il jouait à la manière des enfants. Il ne fait pas voir dans ce désert une immense étendue de pays sablonneuse et stérile, mais plutôt une solitude avec des rochers, des défilés, des grottes, des bosquets, des arbres et divers arbrisseaux produisant des baies et des fruits sauvages.

Elisabeth porta le petit Jean dans une caverne où Madeleine séjourna quelques temps après la mort de Jésus. L’on ignore combien de temps Elisabeth s’y tint cachée cette fois avec son enfant, si jeune encore. Elle y resta probablement jusqu’au moment où la persécution d’Hérode ne parut plus à craindre. Elle revint alors avec son fils à Jutta ; mais elle se retira encore dans le désert avec le petit Jean, lorsque Hérode convoqua les mères qui avaient des enfants de moins de deux ans, c’est à dire près d’un an plus tard.

Après que la Sainte Famille eut franchi quelques uns des sommets de la montagne des Oliviers, elle alla au-delà de Bethléem, dans la direction d’Hébron, et à deux lieues environ du bois de Mambré, entra dans une grotte spacieuse, placée dans une gorge sauvage, au-dessous de laquelle se trouvait un endroit dont le nom ressemble assez à celui d’Ephraïm. Ce devait être la sixième station de leur voyage. Ils arrivèrent accablés de fatigue et d’ennui. Marie était triste et pleurait. Ils souffraient de toute espèce de privations, car ils devaient suivre des chemins détournés, évitant toutes les ville et les hôtelleries fréquentées. Ils se reposèrent ici tout un jour. Plusieurs grâces miraculeuses leur apportèrent un peu de soulagement. Une source jaillit dans la grotte, à la prière de la Sainte Vierge. Une chèvre sauvage vint à eux et se laissa traire. Un Ange leur apparut aussi et les consola.

Un prophète avait souvent prié dans cette grotte. Samuel, à ce que l’on croit, s’y arrêta quelques fois. David garait aux environs les troupeaux de son père. Il pria ici et y reçut des ordres apportés par un Ange, et entre autres, l’ordre de se présenter au combat contre Goliath.

En quittant cette grotte, nos saints voyageurs firent sept lieues au midi, laissant toujours la mer Morte à leur gauche, et, à deux lieues au-delà d’Hébron, se trouvèrent dans le désert ou s’était réfugié le petit Jean-Baptiste. Ils passèrent à une portée de trait de la grotte où où il était. Et la Sainte Famille, fatiguée et épuisée, s’avança dans le sable du désert. L’outre qui contenait l’eau et les petites cruches de baume étaient vides. La Sainte Vierge était en proie à une vive inquiétude ; elle avait soif et Jésus aussi. Ils se détournèrent un peu de la route, vers un enfoncement où il y avait des buissons et un peu de gazon desséché. La Sainte Vierge descendit de l’âne et s’assit par terre. Elle avait son Enfant devant elle ; elle était toujours inquiète et priait. Pendant que la Sainte Vierge demandait de l’eau comme Agar dans le désert, il survint un incident singulièrement touchant. La grotte dans laquelle Elisabeth avait caché le petit Jean était tout près de là, au milieu de rochers élevés, et le petit Jean se mit à errer à peu de distance parmi les broussailles et les pierres. Il semblait plein d‘un désir inquiet, comme s’il eût attendu quelque chose. La vue de ce petit enfant, courant d’un pas assuré dans le désert, faisait une vive et touchante impression. De même qu’il avait tressailli dans le sein de sa mère comme pour aller à la rencontre de son Seigneur, il était excité cette fois par le voisinage de son Rédempteur souffrant de la soif. Il avait une peau d’agneau jetée sur les épaules et attachée autour des reins ; il tenait à la main son petit bâton, au haut duquel flottait une banderole d'écorce. Il sentait que Jésus passait, qu’il avait soif ; il se jeta à genoux et cria vers Dieu les bras étendus. Puis il se leva vivement, courut, poussé par l’esprit, jusqu’à une haute paroi du rocher, et frappa le sol avec son bâton. Il en sortit aussitôt une source abondante. Jean courut en toute hâte à l’endroit où elle descendait. Il s’y arrêta et vit dans le lointain la sainte Famille qui passait. En ce moment, la sainte Vierge éleva l’Enfant Jésus en l’air et le tourna de ce côté en disant : « Voilà Jean dans le désert ! » Et Jean tressaillit de joie près de l’eau qui se précipitait. Il fit un signe en agitant la banderole de son bâton, puis il s’enfuit dans la solitude.

Cependant la source ne tardait pas à se rapprocher du chemin que suivaient les voyageurs. Ils passèrent outre et s’arrêtèrent, pour se reposer, en un endroit assez agréable et ombragé par quelques arbres. La sainte Vierge descendit de l'âne avec le divin Enfant. Elle était profondément émue, ainsi que saint Joseph. Marie s’assit sur l’herbe. Joseph creuse à quelque distance, un petit bassin que l'eau vint remplir. Quand elle s’y montra tout à fait limpide, ils en burent tous. Marie baigna l’Enfant ; et ils se lavèrent les mains, les pieds et le visage. Joseph amena aussi l’âne, qui se désaltéra, et il remplit son outre. Ils étaient pleins de joie et de reconnaissance. Le gazon desséché s‘imbiba et se redressa. Le soleil se montra brillant ; tous étaient ranimés et consolés. Leur halte en cet endroit fut bien de deux à trois heures.

La dernière halte de la sainte Famille dans les Etats d’Hérode fut à peu de distance d’une ville, sur la frontière du désert, à deux lieues environ de la mer Morte. La ville s’appelait comme Anam, Anem ou Anim. Ils s’adressèrent dans une maison isolée : c’était une hôtellerie à l’usage des gens qui voyageaient dans le désert. Il s’y trouvait des cabanes et des hangars appuyée contre une éminence, et à quelque distance des arbres fruitiers à l‘état sauvage. Les habitants paraissaient être des chameliers, car ils avaient plusieurs chameaux qui erraient dans des pâturages entourés de haies. C’étaient des gens de mœurs assez farouches, et qui s’étaient livrés au brigandage. Cependant ils reçurent bien la Sainte Famille et lui donnèrent l’hospitalité. Dans la ville voisine, il y avait aussi beaucoup de gens à la vie désordonnée, qui s’étaient établis à la suite, de guerres. Il se trouvait entre autres, dans l’hôtellerie, un homme d’environ vingt ans, qui s’appelait Ruben.

Le jeudi suivant, les étoiles brillent au ciel, et la Sainte Famille traverse durant la nuit un endroit sablonneux où l’on ne trouve que des arbustes desséchés. Il présentait de grands dangers, à cause d’une multitude de serpents qui étaient cachés dans les broussailles où ils se tenaient roulés en cercle sous le feuillage. Ils s’approchèrent en sifflant et dressèrent leurs têtes contre la Sainte Famille, qui passa tranquillement, tout entourée de lumière. Il s’y trouvait encore des animaux malfaisants d’une autre espèce. Ils avaient un long corps noirâtre, avec des pieds très courts et des espèces d’ailes sans plumes, ressemblant à de grandes nageoires. Ils passaient rapidement comme s’ils eussent volé : il y avait dans la forme de leur tête quelque chose qui tenait du poisson. C’étaient peut-être des lézards volants, La Sainte Famille arriva comme au bord d’un chemin creux ou d’une profonde excavation dans le sol. Ils voulaient se reposer là, derrière des buissons.

La Sainte Famille fit ensuite deux lieues vers l’orient en suivant la grande route ordinaire. Le nom du dernier endroit où ils arrivèrent, entre la Judée et le désert, était quelque chose comme Mara. Ce qui faisait penser au lieu d’où Sainte Anne était originaire ; mais ce n’était point lui. Les habitants étaient sauvages et inhospitaliers, et la Sainte Famille ne reçut d’eux aucune aide. Ils entrèrent ensuite dans un grand désert de sable. Il n’y avait plus de chemin ni rien qui leur indiquât la direction à prendre, et ils ne savaient comment faire. Après avoir un peu marché, ils gravirent devant eux une sombre chaîne de montagnes. Ils furent un instant très inquiets, mais ils se mirent à genoux et appelèrent Dieu à leur secours. Plusieurs grands animaux sauvages se rassemblèrent autour d’eux. Il semblait d’abord qu’il y eût du danger ; mais ces animaux n’étaient pas méchants. Au contraire, ils les regardèrent d’un air amical, et il fut bientôt visible que ces bêtes étaient envoyées pour leur montrer le chemin. Elles regardaient du côté de la montagne, couraient en avant, puis revenaient, comme fait un chien qui veut conduire quelqu’un. Enfin la Sainte Famille suivi des animaux, et arriva à travers les montagnes à une contrée triste et sauvage.

 

Considération

Saint Joseph d’après Dom Guéranger

 

Voici ce que dit de Saint Joseph et de son culte le docte et pieux dom Guéranger, abbé de Solesmes, restaurateur de l’Ordre des Bénédictins en France, dans le dernier volume de son Année liturgique :

« La bonté de Dieu et la fidélité de notre Rédempteur à ses promesses s’unissent toujours plus étroitement de siècle en siècle, pour protéger en ce monde l’étincelle de la vie surnaturelle qu’il doit conserver jusqu’au dernier jour. Dans ce but miséricordieux, une succession non interrompue de secours vient réchauffer, pour ainsi dire, chaque génération et lui apporter un nouveau motif de confiance dans la divine Rédemption. À partir du XIIIe siècle, où le refroidissement du monde commença à se faire sentir, ainsi que l’Eglise nous en rend témoignage, chaque époque a vu s’ouvrir une nouvelle source de grâces. ce fut d‘abord la Fête du Très Saint Sacrement, dont les développements ont produit successivement la procession solennelle, les expositions, les saluts, les quarante heures. Ce fut ensuite la dévotion au Saint Nom de Jésus, dont saint Bernardin de Sienne fut le principal apôtre, et celte du Via Crucis ou Chemin de la Croix, qui produit tant de fruits de componction dans les âmes. Le XVIe siècle vit renaître la fréquente communion, par l’influence principale de saint Ignace de Loyola et de sa Compagnie. Au XVIIe, fut promulgué le culte du Sacré Cœur de Jésus, qui s’établit dans le siècle suivant. Au XIXe, la dévotion à la très Sainte Vierge a pris des accroissements et une importance qui sont un des caractères surnaturels de notre temps. Le saint Rosaire, le saint Scapulaire, que nous avaient légués les âges précédents, ont été remis en honneur ; les pèlerinages en l’honneur de la Mère de Dieu, suspendus par les préjugés jansénistes et rationalistes, ont repris leur cours ; l’Archiconfrérie du Saint Cœur de Marie a étendu ses affiliations dans le monde entier : des prodiges nombreux sont venus récompenser la foi rajeunie ; enfin notre temps a vu le triomphe de l’Immaculée Conception préparé et attendu dans les siècles moins favorisés.

Mais la dévotion envers Marie ne pouvait se développer ainsi sans amener avec elle le culte fervent de Saint Joseph. Marie et Joseph ont une part trop intime dans le divin mystère de l’Incarnation, l‘une comme Mère du Fils de Dieu, l’autre comme gardien de l’honneur de la Vierge et Père nourricier de l’Enfant Dieu, pour que l’on puisse les isoler l’un de l'autre. Une vénération particulière envers saint Joseph a donc été la suite du développement de la piété envers la très Sainte Vierge. Mais la dévotion à l’égard de l’Epoux de Marie n’est pas seulement un juste tribut que nous rendons à ces admirables prérogatives, elle est encore pour nous la source d’un secours nouveau d’une immense étendue qui a été déposé entre les mains de saint Joseph par le Fils de Dieu. Écoutez le langage inspiré de l’Eglise dans la sainte Liturgie : « Ô Joseph, l’honneur des habitants du ciel, l’espoir de notre a vie ici-bas, le soutien de ce monde ! » Quel pouvoir dans un homme ! Mais aussi, cherchez un homme qui ait eu avec le Fils de Dieu des rapports aussi intimes que Joseph. Jésus daigna être soumis à Joseph ici-bas ; au ciel, il tient à honorer Celui dont il voulut emprunter le secours, et à qui il confia son enfance avec l‘honneur de sa Mère. Il n’est donc pas de limites au pouvoir de Saint Joseph, et la sainte Eglise nous invite à recourir avec une confiance absolue à ce tout-puissant Protecteur. Au milieu des agitations terribles auxquelles le monde est en proie, que les fidèles l’invoquent avec foi, et ils seront protégés. En tous les besoins de l’âme et du corps, en toutes les épreuves et les crises que le chrétien peut avoir à traverser, dans l'ordre temporel comme dans l’ordre spirituel, qu’il ait recours à Saint Joseph, et sa confiance ne sera pas trompée. Le roi d'Egypte disait à ses peuples affamés : « Allez à Joseph ». Le Roi du ciel nous fait la même invitation, et le fidèle gardien de Marie a plus de crédit auprès de lui que le fils de Jacob, intendant des greniers de Memphis, n’en eut auprès de Pharaon.

La révélation de ce nouveau refuge préparé pour les derniers temps a été d’abord communiquée, selon l’usage que Dieu garde pour l’ordinaire, à des âmes privilégiées auxquelles elle était confiée comme un germe précieux ; ainsi en fut-il pour l‘institution de la Fête du saint Sacrement, pour celle du Sacré Cœur de Jésus-et pour d’autres encore. Au XVIe siècle, sainte Thérèse, dont les écrits étaient appelés à se répandre dans le monde entier, reçut dans un degré supérieur les communications divines à ce sujet, et elle consigna. ses sentiments et ses désirs dans sa Vie, écrite par elle-même. On ne s’étonnera pas que Dieu ait choisi la réformatrice du Carmel pour la propagation du culte de Saint Joseph, quand on se rappellera que ce fut par l’influence de l’Ordre des Carmes, introduit en Occident au XIIIe siècle, que ce culte s'établit d‘abord dans nos contrées. Voués depuis tant de siècles à la religion envers Marie, les solitaires du Mont Carmel avaient découvert avant d’autres le lien qui rattache les bonheurs auxquels a droit la Mère de Dieu à ceux qui sont dus à son virginal Epoux. Sur cette terre où s’est accompli le divin mystère de l’Incarnation, l’œil du fidèle plonge plus avant dans ses augustes profondeurs. Entouré de tant de souvenirs ineffables, le chrétien arrive plus promptement a comprendre que le Fils de Dieu prenant la nature humaine, s’il lui fallait une Mère, il fallait à cette Mère un protecteur ; en un mot, que Jésus, Marie et Joseph forment, à des degrés divers, l’ensemble de relations et d‘harmonies sous lesquelles l’ineffable mystère devait se produire sur la terre... Et Pie IX, à la veille des grandes tribulations de l‘Eglise, par un instinct surnaturel, a voulu appeler au secours du troupeau qui lui est confié le puissant Protecteur qui n’a jamais eu tant de maux à combattre, ni tant de fléaux a détourner.

Mettons donc désormais notre confiance dans le pouvoir de l’auguste Père du peuple chrétien, Joseph, sur qui tant de grandeurs n’ont été accumulées qu’afin qu’il répandit sur nous, dans une mesure plus abondante que les autres saints, les influences du divin mystère de l’Incarnation, dont il a été, après Marie, le principal ministre sur la terre ».

 

Pratique

Saintes Conventions

 

Le secret de cette pratique, nous dit le Père Huguet, consiste à déclarer à nos saints de prédilection que, quand nous produirons certains signes extérieurs, comme des génuflexions ou des inclinations de tête devant leurs images, certaines paroles, des mouvements de cœur, ou autres choses semblables, à leur endroit, nous aurons l’intention de leur rendre tel ou tel honneur, ou de leur dire telle ou telle autre chose, en les priant que chaque fois que nous produirons ces signes avec l’intention déjà formulée, ils tiennent pour fait ou pour dit ce que notre faiblesse ne nous permet pas de faire ou de dire actuellement, comme nous le désirons de tout notre cœur.

Quoique nous n’ayons pas leur consentement ou leur agrément exprès sur ces pratiques, il est certain néanmoins que les bienheureux ont pour agréables ces actes de piété en leur honneur, qu’ils exaucent nos bons désirs, et secondent nos intentions en nous obtenant ce que nous leur demandons. Mais si cette doctrine s’applique à tous les saints, elle s’applique bien d’avantage à saint Joseph, à qui Dieu a accordé une puissance de médiation à laquelle ne peut être comparée celle des autres saints. Arrêtons donc avec lui de ces pieuses conventions qui lui seront si agréables, et qui, sous tous les rapports, nous seront si utiles à nous-mêmes.

Et, pour rendre plus sacrées ces saintes conventions, choisissons un jour de fête pour lui en faire, après une fervente communion, la déclaration solennelle, en présence de Jésus-Christ, son Fils adoptif, que nous posséderons dans notre cœur, de la bienheureuse Vierge Marie, son épouse immaculée, et de tous les Saints du Paradis qui se réjouiront en nous voyant nous engager ainsi avec celui à qui le Père éternel, le Roi de gloire, et la Reine Mère de Dieu, ont rendu et rendront à jamais des honneurs plus éclatants et plus doux que toutes nos dévotions.

 

Prière

Tirée de Dom Guéranger

 

Père et protecteur des fidèles, glorieux Joseph, nous bénissons notre mère la Sainte Eglise, qui, dans ce déclin du monde, nous a appris à espérer en vous. De longs siècles se sont écoulés sans que vos grandeurs fussent encore manifestées ; mais vous n’en étiez pas moins au ciel l’un des plus puissants intercesseurs du genre humain. Chef de la Sainte Famille dont un Dieu est membre, vous poursuiviez votre ministère paternel à notre égard. Votre action cachée se faisait sentir pour le salut des peuples et des particuliers ; mais la terre éprouvait vos bienfaits sans avoir encore institué, pour les reconnaître, les hommages qu’elle vous offre aujourd’hui. Une connaissance plus étendue de vos grandeurs et de votre pouvoir, ainsi que la proclamation de votre protectorat sur tous nos besoins, était réservée à ces temps malheureux où l’état du monde aux abois appelle des secours qui ne furent pas révélés aux âges précédents. Nous venons donc à vos pieds, ô Joseph ! Afin de rendre hommage en vous, à votre puissance d’intercession qui ne connaît pas de limites, à une bonté qui embrasse dans une même adoption tous les frères de Jésus et les enfants de Marie.

Mais en notre qualité de frères de Jésus et d’enfants de Marie, nous sommes aussi vos enfants, ô Joseph. Soyez alors notre bon père, et daignez accepter nos instances que la sainte Eglise. encourage et qui montent vers vous plus pressantes que jamais. En ces temps où les saints manquent et où les vérités sont diminuées, nous savons qu’il vous faut peser de tout le poids de vos mérites, pour que le plateau de la divine balance n’incline pas du côté de la justice. Daignez, ô Protecteur universel, ne pas vous lasser dans ce labeur : l’Eglise de votre Fils adoptif vous en supplie aujourd’hui. Le sol miné par la liberté effrénée de l’erreur et du mal est, à chaque instant, sous le point de fondre sous ses pieds. Ne vous reposez pas un instant, et, par votre intervention paternelle, hâtez-vous de lui préparer une situation plus calme. Ainsi soit-il.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

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21 mars 2019

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Vingt-deuxième jour

Rentrée à Nazareth

 

Cependant la sainte Famille arriva, le soir même de la Purification, à la maison d’Anne, à une demi-lieue de Nazareth, du côté de la vallée de Zabulon. L’on y fit une petite fête de famille du genre de celle qui avait en lieu lors du départ de Marie pour le Temple. Joachim ne vivait plus, et le second mari d’Anne était le maître de la maison. La fille aînée d’Anne, Marie d‘Héli, était présente. L’âne était déchargé, et l’on voulait rester ici un certain temps. Tous accueillirent l‘Enfant-Jésus avec une grande joie ; mais cette joie était grave et retenue. En général, l’on ne vit jamais rien de très-passionné chez tous ces saints personnages. Il y avait aussi là de vieux prêtres. On fit un petit festin. Les femmes mangèrent, comme toujours, séparées des hommes.

Quelques jours après, la sainte Famille était encore chez Anne. Il s’y trouva aussi plusieurs femmes : la fille aînée d‘Anne, Marie d’Héli, avec sa fille ; Marie de Cléophas ; puis une femme du pays d'Elisabeth, et la servante qui s’était trouvée près de Marie à Bethléem. Cette servante, après avoir perdu son mari, qui ne s’était pas bien conduit envers elle, n’avait pas voulu se remarier : elle était venue à Jutta, chez Elisabeth, où Marie l‘avait connue lors de sa visite à sa cousine ; de là, cette veuve était venue chez Anne. L’un de ces jours aussi, Saint Joseph fit plusieurs paquets chez Anne et alla avec la servante à Nazareth, précédant des ânes qui étaient au nombre de deux ou de trois. Il y fut bientôt suivi de la sainte Vierge, qui y vint, accompagnée de sa mère, et portant l’Enfant Jésus dans ses bras. Le chemin qu’elle parcourut était très agréable ; il avait environ une demi4ieue de long, et passait entre des collines et des jardins.

Anne envoie aussi des aliments à Joseph et à Marie dans leur maison de Nazareth. Et combien tout est touchant dans la Sainte Famille ! Marie est comme une mère et en même temps comme la servante la plus soumise du Saint Enfant ; elle est aussi comme la servante de Saint Joseph. Joseph est vis-à-vis d‘elle comme l’ami le plus dévoué et comme le serviteur le plus humble. Ce qui touchait encore, c’était de voir la sainte Vierge remuer et retourner le petit Jésus comme un enfant qui ne peut s’aider lui-même. Quand en songe que c’est le Dieu de Miséricorde qui a créé le monde, et qui, par amour pour nous, se laisse ainsi mouvoir en tous sens, combien on est douloureusement affecté de la dureté, de la froideur et de l’égoïsme des hommes !

Rentrée à Nazareth, la sainte Vierge s’y occupait à tricoter on a faire au crochet de petites robes. Elle avait un rouleau de laine assujetti à la hanche droite, et dans les mains deux petits bâtons en es, avec de petits crochets à l‘extrémité. L’un d’eux pouvait être long d’une demi-aune, l’autre était plus court. Elle travaillait ainsi debout ou assise près de l’Enfant Jésus, qui était couché dans un petit berceau d’osier.

Pour saint Joseph, il tressait différents objets, comme des cloisons et des espèces de planchers pour les chambres, avec de longues bandes d’écorce jaunes, brunes et vertes. Il avait une provision d’objets de ce genre, placés les uns sur les autres dans un hangar près de la maison. Il semblait ne pas prévoir qu‘il lui faudrait bientôt s’enfuir en Egypte. Sainte Anne, de son côté, venait presque tous les jours de sa maison, située à peu près à une lieue de là. Elle était souvent accompagnée de sa servante, que l’on vit un jour entre autres le paquet sur l’épaule, une corbeille sur la tête et une autre a la main. C’étaient des corbeilles rondes, dont l’une était à jour. Il y avait dedans des oiseaux. Elles portaient des aliments à Marie, car celle-ci n’avait pas de ménage, et recevait tout de chez sa mère.

Dans les derniers jours de février, sainte Anne et sa fille aînée se trouvent encore chez la sainte Vierge. Marie d’Héli avait avec elle un petit garçon fort robuste, de quatre ou cinq ans : c’était son petit-fils, le fils aîné de sa fille, Marie de Cléophas. Joseph était allé à la maison de Sainte Anne. Pendant son absence, les femmes sont assises ensemble, causant familièrement, jouant avec l’Enfant Jésus, l'embrassant et le mettant dans les bras du petit garçon, et l‘on se disait : « Les femmes sont pourtant toujours les mêmes ! » Tout cela se passait, en effet, comme de nos jours.

Marie d’Héli demeurait dans un petit endroit, à environ trois lieues de Nazareth, du côté du levant. Sa maison était presque aussi bien arrangée que celle de Sainte Anne. Elle avait une cour entourée de murs, avec un puits à pompe. Quand on mettait le pied sur un certain endroit, l’eau jaillissait en haut et tombait dans un bassin de pierre. Son mari s’appelait Cléophas ; sa fille, Marie de Cléophas, mariée à Alphée, demeurait à l’autre bout du village.

Un soir, les femmes prièrent ensemble. Elles se tenaient devant une petite table placée contre le mur, et sur laquelle était une couverture rouge et blanche. Sur cette table était un rouleau que la sainte Vierge déroula dans le sens de sa longueur et fixa à la muraille. Il y avait dessus une figure brodée, de couleur pâle : elle ressemblait à un mort, enveloppé, comme un enfant au maillot, dans un long manteau blanchâtre qui était relevé sur la tête ; elle tenait quelque chose à la main. L‘on avait déjà vu cette figure lors de la cérémonie qui eut lieu dans la maison d’Anne quand Marie fut conduite au Temple. La lampe était allumée pendant la prière. Marie était debout devant sainte Anne, et sa sœur près d’elle. Elles croisaient les mains sur la poitrine, les joignaient et les étendaient. Marie lut dans un rouleau placé devant elle, et elles récitèrent leurs prières sur un ton et un rythme qui rappelaient la psalmodie du chœur aux monastères et aux couvents.

 

Considération

Saint Joseph d’après Mgr de Beauvais

 

Mgr Gignoux, évêque de Beauvais, avait pris pour sujet de son Mandement de Carême 1863 le Culte de saint Joseph, et n‘en parlait ni autrement ni moins éloquemment que Mgr Angebault. Nous ne pouvons qu’abréger.

« Il semble, disait-il dès cette époque, que c’est de nos jours que le culte de saint Joseph est appelé à se répandre et a devenir vraiment populaire. Mais admirons ici la merveilleuse sagesse de l’Eglise notre mère. À l’incrédulité froide et railleuse du dernier siècle, elle opposait la dévotion affectueuse et compatissante envers le Cœur adorable de Jésus. Aux négations audacieuses de notre temps touchant la chute originelle, à cette tendance qui s’efforce de réhabiliter les instincts les plus grossiers de notre chair coupable, elle opposait naguère, aux applaudissements du monde Catholique, le dogme de l’Immaculée Conception de Marie, qui est à lui seul un trésor des plus précieux enseignements. Et voilà qu’à la vue d‘une génération avide de lucre et de plaisir, ne travaillant que pour jouir, faisant parade de tout, même de sa bassesse, elle va prendre dans son obscur atelier de Nazareth Joseph, l’homme juste, chaste, dévoué, désintéressé, laborieux, modeste, pauvre et soumis, et elle nous le présente en disant : « Voyez, et instruisez-vous ». À peine élevé sur le trône de saint Pierre, Pie IX, chef et organe de l‘Eglise, ordonnait que, dans tout l’univers, la Fête du Patronage de saint Joseph fût célébrée le troisième Dimanche après Pâques, afin que les fidèles retenus par leurs travaux le 19 mars, Fête principale de notre saint Patron, puissent plus facilement invoquer son assistance et étudier ses vertus dans un jour consacré au Seigneur. Dernièrement encore, cet illustre Pontife, entouré de trois cents Evêques et élevant la voix en présence du monde entier, recommandait, dans son immortelle allocution, l’Eglise catholique et ses immenses besoins à la puissante intercession de saint Joseph...

Entre les deux Testaments, dit plus bas l'illustre zélateur de saint Joseph en parlant de son excellence, quand l’ancienne loi va finir et la loi d’amour commencer, s’élève une figure simple, douce, grave et majestueuse. Saint Joseph nous apparaît comme le trait d’union qui relie l’ancien monde et le nouveau. Il clôt la série des Patriarches et ouvre la longue et admirable série des Bienheureux enfantés par l’Evangile. Mais en lui, quel mélange de simplicité et de grandeur ! Il est le fils des rois de Juda, le sang de David coule dans ses veines ; et pourtant ce n’est qu’un pauvre artisan, gagnant à la sueur de son front le pain de chaque jour. Témoin des plus ravissants mystères, confident du Très-Haut, instruit directement par le ministère des Anges, associé aux desseins de Dieu pour la rédemption du genre humain, saint Joseph contemple en silence ces grandes choses ; il s’enveloppe dans une obscurité volontaire et se tait, laissant à ceux qui en seront chargés le soin d’annoncer au monde les merveilles de Dieu... Sa mission, à lui, est de servir de voile à la maternité virginale de Marie et à l’incarnation du Verbe, afin de tenir ces mystères cachés jusqu’au jour fixé par la volonté du Seigneur. Il semble n‘être placé au troisième plan de ce ravissant tableau que pour faire ressortir plus vivement les traits adorables de Jésus-Christ et la douce figure de la très Sainte Vierge. Le Père éternel lui a délégué une paternité véritable sur son divin Fils ; il l’a honoré comme jamais ne le fut un mortel ; il l’a placé à une telle hauteur, qu’après la dignité de l’auguste Marie, il n’est pas de grandeur comparable à la sienne... »

Après quoi le pieux Prélat exalte avec une grande éloquence de cœur l’éminente justice de saint Joseph et sa double qualité d'Epoux de Marié et de Père adoptif de Jésus, et ajoute en s’appuyant Sur les témoignages de Gerson, de saint Bernardin de Sienne et du Docteur angélique :

« D’après ce que nous venons de dire, jugez du crédit dont jouit auprès de Dieu le chaste Epoux de Marie, le Père adoptif du Sauveur, le chef de la sainte Famille, aujourd’hui qu’il règne dans la gloire. Les martyrs prient par leurs plaies, les élus de tout genre parles sacrifices et les vertus de leur vie mortelle ; Marie, au témoignage de saint Bernard, par le sein qui allaita le Sauveur et par les entrailles qui le portèrent ; saint Joseph, indépendamment des mérites accumulés durant une vie passée auprès du Fils de Dieu, ne peut-il pas élever vers lui ses mains durcies au travail pour le nourrir et pourvoir à sa subsistance ? Ne peut-il pas lui montrer cette poitrine sur laquelle sa divine enfance goûta si souvent les douceurs du repos ? Ne peut-il pas, afin d’enrichir notre indigence, nous distribuer les grâces dont l’auguste Marie, son épouse, est dépositaire ?…

La bonté, d’ailleurs, de saint Joseph pour les hommes égale sa puissance. Pour avoir reposé quelques instants sa tête sur la poitrine du Sauveur, saint Jean est devenu l'apôtre de la dilection. Quels trésors de charité saint Joseph n’aura-t-il pas puisés dans ses rapports intimes avec le divin Maître, lui qui si souvent le porta dans ses bras, le serra contre sa poitrine ; lui qui reçut ses filiales caresses et lui prodigua les témoignages de son paternel amour ! Le Cœur de Jésus-Christ, cœur aimant jusqu’à l’infini, s’épancha dans celui de saint Joseph et lui communiqua pour la pauvre humanité cette indulgence, cette miséricorde dont il surabonde lui-même.

De son côté, la divine Marie, dont nous sommes les enfants d’adoption et qui nous a aimés au point de nous donner son Fils unique, a fait partager à son saint Epoux ses sentiments de mère à notre égard. Saint Joseph est vraiment un père pour tous ceux qui l’invoquent. Autant il est grand devant Dieu, autant il est compatissant à nos misères...

Mais puisque saint Joseph, dit-il en terminant, est le favori du Roi du Ciel, le dispensateur de ses richesses ; puisque sa bonté pour nous est si paternelle, venez à lui, prêtres du Seigneur, vierges consacrées à Dieu, braves ouvriers, pauvres pécheurs, chrétiens de tous les âges et de toutes les conditions, pour lui demander surtout une bonne mort ».

 

Pratique

Cierges en l'honneur de saint Joseph

 

Il en est des cierges comme des lampes. S’ils sont d’antique usage dans l’Eglise, c’est qu’ils sont une manière d’honorer Dieu, devant lequel ces cierges, en se consumant, prennent pour ainsi dire notre place et lui expriment le désir que nous avons de nous consumer pour son amour et pour sa gloire. Ainsi en est-il, toute proportion gardée, des cierges que nous mettons brûler devant les images ou les statues des Saints. C’est une manière de les invoquer, de les implorer, de nous rappeler plus spécialement à leur souvenir. Ces cierges prient pour nous, parlent pour nous, intercèdent pour nous. Et c’est pour cela, sans nul doute, que, d’instinct chrétiennement préconçu, les fidèles de tous les temps et de tous les lieux ont en recours à ces cierges pour faire intervenir plus efficacement la médiation des Saints en leur faveur dans leurs nécessités plus pressantes.

Apportons donc, tous tant que nous sommes, dans toutes les nécessités qui peuvent nous survenir, après comme avant les grâces reçues, de ces cierges aux autels du bon, du tout puissant Saint Joseph. Outre les autres avantages attachés à ces offrandes, les petits sacrifices d’argent qu’elles nous occasionneront toucheront son cœur et le disposeront favorablement à notre égard. Ne dit-on pas quelquefois qu'à l’occasion de telle ou telle faveur obtenue, telle personne lui doit vraiment un beau cierge ? Et cependant, si l’on est empressé de lui apporter le cierge de la demande, n’oublie-bon pas trop souvent de lui apporter le cierge de la reconnaissance ? Non, n’y manquons pas, quand ce ne serait qu’en nous rappelant que la reconnaissance est le meilleur moyen d’obtenir une autre fois de nouveaux bienfaits.

Ne dit-on pas encore que, dans ses fêtes, c’est par milliers que les fidèles apportent leurs cierges dans ses sanctuaires, et particulièrement à son autel de Notre Dame des Victoires, à Paris ? Dans ces jours, apportons au moins les nôtres à l’autel de saint Joseph qui se trouve dans notre église paroissiale.

 

Prière aux diverses fins de l’Archiconfrérie de Beauvais

 

Digne et saint gardien de l’Enfant Dieu, vous qui avez veillé sur ses jours avec tant de sollicitude et l'avez soustrait au glaive du cruel Hérode, couvrez de votre plus tendre et plus puissante protection l’Eglise notre mère, cette sainte Epouse que Jésus-Christ s’est choisie, qu‘il s‘est acquise par son sang, qu’il conduit de son esprit et qu’il s’unira éternellement dans sa gloire. Veillez sur son auguste chef, le Souverain Pontife ; assistez-le de votre puissance, fortifiez-le des consolations célestes, dissipez ses ennemis. Éloignez le sanglier dévastateur de la vigne du Seigneur. Changez les loups ravisseurs en brebis fidèles. Faites luire le soleil de justice sur les nations encore assises dans les ténèbres et à l’ombre de la mort. Convertissez les pauvres pécheurs en renversant les idoles auxquelles ils prostituent leur cœur. Rendez la vue à tant d‘aveugles qui ferment les yeux aux vérités divines et aux espérances éternelles. Rendez l’ouïe à ceux qui restent sourds aux menaces de la colère de Dieu. Redressez ceux qui boitent dans les voies de la justice et de la vertu. Comblez de vos bénédictions et de vos grâces ceux de vos serviteurs qui ont mis en vous leur confiance, et que, par vous, au dernier jour, nous soit propice Celui qui vous a honoré du titre de Père et prononcera en souverain juge sur nos destinées éternelles. Ainsi soit-il.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

 

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20 mars 2019

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Vingt-et-unième jour

Purification

 

Mais les jours de la Purification de Marie et de la Présentation de l’Enfant au Seigneur vont s’accomplir, et les saints parents de Jésus suivent lentement la route, assez courte, du reste, qui va de Bethléem à Jérusalem. Ils y mettent beaucoup de temps et s’arrêtent souvent. À midi, ils arrivent près d’un puits recouvert d‘un toit et se reposent sur des bancs qui l’entourent. Là, deux femmes viennent près de la sainte Vierge et lui apportent deux petites cruches avec du baume et des petits pains.

L’offrande de la Sainte Vierge pour le Temple était dans une corbeille suspendue aux flancs de l’âne. Cette corbeille avait trois compartiments, dont deux étaient recouverts et contenaient des fruits. Le troisième formait une cage a jour où l’on voyait deux colombes.

Vers le soir, à environ un quart de lieue en avant de Jérusalem, ils arrivent à une petite hôtellerie tenue par deux vieux époux sans enfants, qui les reçurent très affectueusement. C’étaient des Esséniens, parents de Jeanne Chusa. Le mari s’occupait de jardinage, taillait les haies et était chargé de quelque chose relativement au chemin.

Le lendemain, la sainte Famille passa toute la journée chez ses vieux hôtes. La sainte Vierge fut presque tout le temps dans une chambre, seule avec l‘Enfant qui était posé sur un tapis. Elle était toujours en prières et paraissait se préparer pour la cérémonie qui allait avoir lieu. Et l’on vit apparaître dans la chambre plusieurs Anges qui adorèrent l’Enfant Jésus. La Sainte Vierge en fut très émue. Pour les bons hôtes, ils montrèrent toute espèce de prévenances envers la Sainte Vierge. Ils devaient avoir un pressentiment de la sainteté de l’Enfant Jésus.

Et le matin étant arrivé, avant le jour, la Sainte Famille, accompagnée de ses hôtes, quitta son hôtellerie avec les corbeilles où étaient les offrandes, et se rendit au Temple de Jérusalem. Ils entrèrent d'abord dans une cour entourée de murs, attenante au Temple. Pendant que Saint Joseph et son hôte plaçaient l’âne sous un hangar, la Sainte Vierge fut accueillie très amicalement par une femme âgée, qui la conduisit plus loin par un passage couvert. Elles avaient une lanterne, car il faisait encore sombre. Dès leur entrée dans ce passage, le vieux Siméon vint au-devant de Marie. Il lui adressa quelques paroles qui exprimaient sa joie, prit l’Enfant qu’il serra contre son cœur, et revint en hâte au Temple par un autre chemin. Ce que l’Ange lui avait dit la veille lui avait inspiré un si vif désir de voir l’Enfant après lequel il avait si longtemps soupiré, qu’il attendait depuis plusieurs heures l’arrivée des femmes. Il portait de longs vêtements comme faisaient les prêtres hors de l’exercice de leurs fonctions. il était souvent dans le Temple, et toujours en qualité de prêtre, mais qui n'occupait pas un rang élevé dans la hiérarchie. Rien ne le distinguait que sa rare piété, sa simplicité et les lumières extraordinaires dont il était favorisé.

La sainte Vierge fut conduite par la femme qui lui servait de guide jusqu’au vestibule du Temple, Où la présentation devait avoir lieu , et où elle fut reçue par Anne la prophétesse, et par Noémie, son ancienne maîtresse, lesquelles habitaient l’une et l’autre de ce côté du Temple. Siméon, qui était venu de nouveau à la rencontre de la sainte Vierge, la conduisit au lieu où se faisait le rachat des premiers-nés. Anne, a laquelle saint Joseph donna la corbeille où était l’offrande, la suivit avec Noémie. Les colombes étaient dans le des sous de la corbeille ; la partie supérieure était remplie de fruits. Saint Joseph se rendit par une autre porte au lieu où se tenaient les hommes.

On savait dans le Temple que plusieurs femmes devaient venir pour la présentation de leurs premiers-nés, et tout était préparé pour cela. La pièce où se fit la cérémonie était bien aussi grande que l’église principale de Dulmen. Contre les murs étaient des lampes allumées qui formaient toujours une pyramide. La flamme sortait à l’extrémité d’un conduit recourbé par un bec d’or qui brillait presque autant qu‘elle. À ce bec était attaché par un ressort une espèce de petit éteignoir qui, relevé en haut, éteignait la lumière sans qu’elle répandit d’odeur, et qu’on retirait par en bas lorsqu’on voulait allumer.

Cependant plusieurs prêtres avaient apporté devant une espèce d’autel, aux coins duquel se trouvaient comme des cornes, une sorte de coffret quadrangulaire un peu allongé, qui formait le support d’une table assez large sur laquelle était posée une grande plaque. Ils mirent par-dessus une couverture rouge, puis une autre couverture blanche transparente, qui pendait tout autour jusqu’à terre. Aux quatre coins de cette table furent placées des lampes allumées à plusieurs branches, et au milieu, autour d’une espèce de berceau, deux plats ovales et deux petites corbeilles. Ils avaient tiré tous ces objets des compartiments du coffre, où ils avaient pris aussi des habits sacerdotaux, qu’on avait placés sur un autel fixe. Un grillage entourait la table destinée à recevoir les offrandes. Des deux côtés de cette pièce du Temple il y avait des rangées de sièges, dont l’une était plus élevée que l’autre, et était occupée par des prêtres en prières. Siméon s’approcha alors de la sainte Vierge, qui tenait dans ses bras l'Enfant Jésus enveloppé dans une étoffe bleu de ciel, et la conduisit par la grille à la table des offrandes, où elle plaça l'Enfant dans le berceau. À partir de ce moment, le Temple fut rempli d‘une lumière dont rien ne peut rendre l’éclat. C’est que Dieu y était, et au-dessus de l'Enfant l’on vit les cieux ouverts jusqu’au trône de la très Sainte Trinité. Siméon reconduisit ensuite la Sainte Vierge au lieu où se tenaient les femmes derrière un grillage. Marie portait un vêtement couleur bleu de ciel et un voile blanc ; elle était enveloppée dans un long manteau d’une couleur tirant sur le jaune.

Siméon alla ensuite a l’autel fixe, sur lequel étaient placés les vêtements sacerdotaux, et il se revêtit pour la cérémonie, ainsi que trois autres prètres. Ils avaient au bras une espèce de petit bouclier, et sur la tête une sorte de mitre. L’un d‘eux se tenait derrière la table des offrandes, l’autre devant, deux autres étaient aux côtés, et ils récitèrent des prières sur l’Enfant.

Anne la prophétesse s‘approcha alors de Marie, lui présenta la corbeille des offrandes, qui renfermait dans deux compartiments, placés l’un au-dessus de l’autre, des fruits et des colombes, et la conduisit au grillage qui était devant la table des offrandes, et devant lequel elles s‘arrêtèrent l‘une et l’autre. Siméon, qui se tenait devant la table, ouvrit la grille, conduisit Marie devant la table, et y plaça son offrande. Dans un des plats ovales on plaça des fruits, dans l’autre des pièces de monnaie ; les colombes restèrent dans la corbeille.

Siméon resta avec Marie devant l'autel des offrandes ; le prêtre placé derrière l’autel prit l’Enfant Jésus, l’éleva en l’air en le présentant vers différents côtés du Temple, et pria longtemps. Il donna ensuite l‘Enfant à Siméon, qui le remit sur le bras de Marie, et lut des prières dans un rouleau placé près de lui sur un pupitre.

Cette partie de la cérémonie terminée, Siméon reconduisit la sainte Vierge devant la balustrade, où l’attendait la prophétesse Anne, qui la ramena à la place où se tenaient les femmes. Il y en avait là une vingtaine, venues pour présenter au Temple leurs premiers-nés. Joseph et d’autres hommes se tenaient plus loin, à l’endroit qui leur était assigné. Alors les prêtres, qui étaient devant l’autel, commencèrent un service avec des encensements et des prières ; ceux qui se trouvaient sur les sièges y prirent part en faisant quelques gestes, mais non exagérés comme ceux des Juifs d‘aujourd‘hui. Quand cette cérémonie fut finie, Siméon vint à l’endroit où se trouvait Marie, reçut d’elle l’Enfant-Jésus, qu’il prit dans ses bras, et, plein d’un joyeux enthousiasme, parla de lui longtemps, et en termes très expressifs. Il remercia Dieu d’avoir accompli sa promesse, et dit, entre autres choses : « C’est maintenant, Seigneur, que, selon votre parole, vous renvoyez votre serviteur en paix, puisque mes yeux ont vu le Sauveur que vous nous donnez et que vous destinez à apparaître, au milieu des peuples, comme la lumière qui éclairera les nations et la gloire de votre peuple d’Israël ».

Saint Joseph s’était rapproché après l’offrande. Ainsi que Marie, il écouta avec respect les paroles inspirées de Siméon, qui les bénit tous deux, et dit à Marie : « Oui, cet Enfant est venu pour la ruine comme pour la résurrection de plusieurs en Israël. Il sera comme un signe de contradiction ; et votre âme, à vous-même, sera percée d’un glaive, afin que l’on voie révélées les pensées cachées au fond de beaucoup de cœurs ».

Et quand le saint vieillard eut fini de parler, la prophétesse Anne fut aussi inspirée, parla longtemps de l’Enfant Jésus, et appela sa mère Bienheureuse.

Les assistants écoutaient tout cela avec émotion, mais pourtant sans qu’il en résultât aucun trouble ; les prêtres mêmes parurent en entendre quelque chose. Il semblait que cette manière enthousiaste de prier à haute voix ne fût pas une chose tout à fait inaccoutumée, que des choses semblables arrivassent souvent, et que tout dût se passer ainsi. Tous les assistants cependant étaient extrêmement émus en leur cœur. Tous donnèrent à l’Enfant et à sa Mère de grandes marques de respect. Marie brillait comme une rose céleste.

Quoique la sainte Famille vint de présenter l’offrande des pauvres, Joseph n’en donna pas moins secrètement au vieux Siméon et à la prophétesse Anne beaucoup de petites pièces jaunes triangulaires, destinées spécialement aux pauvres vierges élevées dans le Temple, et hors d’état de payer les frais de leur entretien.

Après quoi, la Sainte Vierge, tenant l’Enfant dans ses bras, fut reconduite par Anne et Noémie à la cour où elles l’avaient prise,et où elles se firent réciproquement leurs adieux. Joseph y était déjà avec ses deux hôtes. Il avait amené l’âne sur lequel Marie monta avec l’Enfant, et ils partirent aussitôt du Temple, traversant Jérusalem et se dirigeant vers Nazareth.

Qu’en fut-il des autres premiers-nés amenés au Temple en ce jour ? Quoi qu’il en ait été, il est certain que tous reçurent des grâces particulières, et que beaucoup d’entre eux furent du nombre des Saints Innocents égorgés par ordre d’Hérode.

La cérémonie de la Présentation dut être terminée le matin, vers neuf heures, car c‘est alors que partit la sainte Famille. Ils allèrent ce jour-là jusqu’à Béthoron, et passèrent la nuit dans la maison qui avait été la dernière station de la sainte Vierge treize ans auparavant, lorsqu’elle fut conduite au Temple. La maison paraissait habitée par un docteur de la loi. Ils y étaient attendus par des gens que Sainte Anne y avait envoyés au-devant d’eux. Ils revinrent à Nazareth par un chemin beaucoup plus direct que celui qu’ils avaient pris en allant à Bethléem, lorsqu’ils évitaient les bourgs et n’entraient que dans des maisons isolées.

Joseph avait laissé chez son parent la jeune ânesse qui lui avait montré le chemin dans le voyage à Bethléem ; car il songeait toujours à revenir à Bethléem et a se construire une demeure dans la vallée des Bergers. Il avait parlé de ce projet aux bergers, et leur avait dit qu’il voulait seulement que Marie passât un certain temps chez sa mère pour se remettre des fatigues de son mauvais gîte de Bethléem. Il avait, à cause de cela, laissé beaucoup de choses chez les bergers.

Joseph avait avec lui une singulière espèce de monnaie qu’il avait reçue des trois rois. Il avait à sa robe une espèce de poche intérieure où il portait une quantité de feuilles de métal jaune, minces, brillantes, et repliées les unes sur les autres. Elles étaient carrées, avec les coins arrondis; il y avait quelque chose de gravé. Les pièces d’argent que reçut Judas pour prix de sa trahison étaient plus épaisses et en forme de langues.

 

Considération

Saint Joseph d'après Mgr d’Angers

 

Voici ce que disait Mgr Angebault, dernier évêque d’Angers, dans son beau Mandement de 1866, sur la dévotion a saint Joseph :

« Que l'Eglise ait constamment regardé comme un de ses plus grands Saints cet. humble Patriarche, c‘est un fait sur lequel l’histoire ne laisse aucun doute. Aussi bien, il n’en pouvait être autrement ; le choix que Dieu avait fait de lui pour être l’Epoux de la Vierge Marie, les fonctions qu’il lui a été donné de remplir, ses admirables vertus, n’étaient-ce pas autant de titres de nature a lui assurer dans l’estime et l‘amour de la sainte Eglise un rang d’honneur, une place privilégiée ?

Cette sainteté, toutefois, toujours reconnue, ne devait pas, dès le début, manifester son vif éclat.

Humble, obscur, caché durant sa vie terrestre, saint Joseph devait l‘être aussi dans sa vie céleste. Le nuage qui avait enveloppé sa vie admirable devait prolonger ses voiles jusqu’au delà de la tombe, et, dérobant pour de longs siècles, sa splendeur à la terre, en réservant l’éclat aux phalanges des Cieux.

Mais pourquoi Dieu a-t-il gardé pour notre siècle la manifestation solennelle, après tant d’années d’obscurité, de la vie, des vertus, de la sainteté, de la gloire de saint Joseph ? Ne serait-ce point dans le dessein de nous donner, par l’opposition éclatante de sa vie, par la nature de sa sainteté, par le caractère de ses vertus, une de ces leçons salutaires qu‘il puise dans ses trésors, selon les besoins des temps ?

Quelles Vertus brillent en saint Joseph au-dessus de toutes les autres qu’elles inspirent et qu’elles résument ? N'est-ce pas une fidélité inviolable à Jésus-Christ, un complet détachement des biens de la terre, la perfection dans la famille, c’est-à-dire les vertus mêmes qui nous manquent ?

Fidélité inviolable à Jésus-Christ! Le plus beau titre de saint Joseph, son éternel honneur, c’est d’avoir été choisi pour être le gardien de Jésus ; et avec quelle fidélité il remplit ces fonctions divines ! Il garde Jésus dès le sein de sa mère contre les calomnies des hommes, à l’ombre de sa paternité ; il le garde au moment de sa naissance, en lui procurant l’étable pour abri. Quand les bergers, quand les mages viendront voir et adorer le nouveau-né, il sera à côté de la crèche. Plus tard, il prend l’Enfant, et, pour le soustraire aux fureurs d’Hérode, il le conduit en Egypte et reste près de lui durant le voyage, près de lui sur la terre étrangère, près de lui à son retour. Durant son enfance, sa jeunesse, il est encore près de lui, veillant sur lui, le protégeant, et, quand il le perd à l’âge de douze ans, le recherchant avec toute la sollicitude de son vigilant amour. Enfin, à l’heure qui marquera la fin de sa vie, Jésus à son tour sera près de lui. C’est dans ses bras qu‘il rendra le dernier soupir et donnera ainsi le dernier trait à sa fidélité inviolable à Jésus-Christ.

Et que dire de la vie pauvre de Joseph qui ne soit connu de tous ? Joseph était de la famille de David ; ses pères avaient régné sur Juda ; il pouvait compter dans ses ancêtres ce prince si magnifique, si puissant, qu’on venait de l’Orient pour admirer sa splendeur. Nourrira-t-il dans son âme l’ambition de retrouver une part de ces richesses perdues, de cette gloire éclipsée ? Il n’en sera rien. Joseph, né pauvre, mourra pauvre, et l’humble travail de ses mains n’aura pour objet que de procurer à sa famille le pain de la vie, sans songer jamais à acquérir des richesses qu’il méprise et une élévation qu'il dédaigne.

Enfin, Joseph n’est-il pas le chef, le représentant de la famille de Nazareth, si justement appelée la sainte Famille, famille parfaite, famille bien au-dessus de toutes les autres, éternel modèle de toute famille chrétienne, parce qu‘elle renferme en elle a un degré suprême ce qui donne à toute famille la beauté dans la force, l’autorité reconnue et respectée dans le chef, qui est le père, et la vertu, et dans le chef, et dans les membres...

Et quelles vertus brillent dans cette sainte Famille, ou plutôt de quelle vertu ne brille-t-elle pas ? La religion, la justice, la tempérance, la piété, l‘innocence, sont les hôtes habituels de ce foyer béni, et le travail, l’ordre, la simplicité courageuse, jettent sur cette pauvre demeure un tel éclat, que jusqu’à la fin des siècles elle brillera d‘un éternel honneur aux yeux de ceux qui aiment ce qui est juste, ce qui est bon, ce qui est saint.

Entrevoyez-vous maintenant le dessein de Dieu ? Voyez-vous la raison de ce grand développement du culte de saint Joseph ? Du côté de Dieu, c’est la réalisation d’un de ces desseins de sagesse et d’amour qui présente aux maux le remède pour les guérir. De notre part, c’est la manifestation de la conscience de nos plaies. Dieu nous appelle à Joseph,et du plus intime des douleurs même de notre temps, une puissance nous pousse à ses autels. Nous avons besoin, nous le sentons, de contempler dans l’humble charpentier de Nazareth, comme dans un parfait modèle, ces vertus qui nous manquent, infidélité inviolable à Jésus-Christ, le détachement des biens de ce monde, la sainteté de la famille, comme aussi de trouver dans le puissant concours de son intercession la force et le courage de les accomplir.

Donc, cette dévotion à saint Joseph n’est point un fait du au hasard, un attrait de l’enthousiasme, un fruit d’une piété exaltée. Non. C’est un fait qui a ses racines profondes. Tout s’éclaire, tout s’explique, tout se justifie. La dévotion à saint Joseph, c’est, dans le champ de la sainte Eglise de Jésus-Christ, une fleur que Dieu avait tenue en réserve pour nos temps, et qui, venue à son heure, s’épanouit radieuse à nos regards ».

 

Pratique

Lampes de Saint Joseph

 

L’usage des lampes est ancien dans l’Eglise, et non seulement remonte aux temps apostoliques, mais a même été emprunté de l‘ancienne loi, selon ce qui se pratiqua d’abord dans le Tabernacle et ensuite dans le Temple de Jérusalem. Il est de rigueur dans toute l’Eglise catholique qu’au moins une lampe brûle nuit et jour devant le saint Sacrement. C’est une sorte de manifestation du culte de l’adoration envers. Notre Seigneur, comme celles que l’on entretient devant les images des Saints sont un témoignage de notre vénération à leur égard. On ne saurait toujours être en prière devant une image ou une statue. Les devoirs de la position que l’on occupe, les mille nécessités de la vie, forcent à diminuer et la longueur et le nombre des visites que l’on voudrait faire au pied des autels. On met alors une lampe devant la statue, et la flamme qui s’en élève prie constamment pour l‘âme que ses occupations retiennent ailleurs. C’est un mémorial qui ne cesse de rappeler au Saint et la personne qui l’invoque et la grâce qu’elle sollicite.

Que les lampes placées, allumées et entretenues devant les images de saint Joseph, doivent donc lui être agréables et propres à attirer sur nous sa particulière protection ! Non seulement vous pouvez faire à saint Joseph l’offrande d‘une de ces lampes, mais, sans vous charger seul des frais de son entretien continuel. vous pouvez vous mettre à plusieurs pour couvrir ces frais, ou bien en faire la dépense pendant un certain temps, ou bien déposer votre offrande dans un tronc qui serait destiné à cet effet. Un zélé serviteur de saint Joseph serait même heureux de prendre le soin voulu de ces lampes.

On a vu des personnes qui entretenaient de ces lampes allumées pendant une neuvaine, un mois, tel ou tel laps de temps, devant les images de Saint Joseph qu’elles possédaient dans leurs maisons particulières…

 

Prière des réunions de l’Archiconfrérie d’Angers

 

Ô Joseph, vous qui, par votre fidélité aux inspirations du ciel, avez mérité, au milieu des plus rudes travaux, des mépris du monde, des épreuves de la vie, que le Saint Esprit vous donnât le titre de Juste ; que Dieu le Père vous confiait avec Marie, la Reine des Vierges, Jésus son divin Fils ; nous vous en conjurons, aujourd’hui que vous êtes tout-puissant auprès de Dieu, souvenez-vous de nous qui languissons encore dans cette vallée de larmes, exposés aux embûches des plus cruels ennemis. Obtenez-nous le mépris des faux biens du siècle, la victoire sur nos passions, un dévouement sans bornes au service de Dieu, une tendre confiance pour Jésus votre Fils, pour Marie votre Epouse. Ô Joseph, soyez notre guide, notre patron, notre modèle, pendant le cours de cette vie ; soyez notre défenseur a la mort. Nous vous en supplions par l‘amour que vous portez à Jésus et à Marie. Nous vous conjurons de demander les mêmes grâces pour tous ceux qui se sont associés avec nous dans le but d’étendre votre culte. Écoutez leurs prières, secondez leurs efforts, et obtenez que, pour prix de leur zèle, ils soient réunis un jour autour de votre trône, aux pieds de Jésus et de Marie. Ainsi soit-il.

 

Cœur sacré de Jésus, ayez pitié de nous.

Cœur immaculé de Marie, intercédez pour nous.

Saint Joseph, priez pour nous.

Après quoi l’on ajoute un Pater et un Ave aux diverses intentions des Associés.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

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19 mars 2019

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Vingtième jour

Départ de Bethléem

 

L’Ange avait averti les rois à temps, car les autorités de Bethléem avaient le projet de les faire arrêter aujourd’hui, de les emprisonner dans les souterrains qui étaient sous la synagogue, et de les accuser auprès d’Hérode d’avoir troublé le repos public. Mais ce matin, lorsqu’on apprit leur départ à Bethléem, ils étaient déjà près d’Engaddi, et la vallée où ils avaient campé était calme et solitaire comme leur séjour, dont il ne restait plus d’autres traces que le gazon foulé et quelque pieux qui avaient servi pour les tentes. Dans le fait, cependant, l’apparition de la caravane avait produit beaucoup d’effet dans Bethléem. Bien des gens se repentaient ne n’avoir pas donné l’hospitalité à Saint Joseph ; d’autres parlaient comme des rois d’aventuriers conduits par d’étranges imaginations ; d’autres, enfin, rattachaient leur arrivée aux bruits de l’apparition qu’avaient eue les bergers. C’est ce qui porta les magistrats de l'endroit, peut-être sur une invitation d’Hérode, a prendre certaines mesures. Tous les habitants de Bethléem furent donc convoqués sur une place où se trouvait un puits entouré d’arbres, devant une grande maison à laquelle on montait par des degrés. Du haut de ces degrés en lut un avertissement ou une proclamation, par laquelle on les engageait à se tenir en garde contre les nouvelles fausses et superstitieuses, et on leur défendait de se porter dorénavant à la demeure des gens qui avaient donné lieu à tous ces propos.

Quand la foule ainsi rassemblée se fut retirée, saint Joseph fut mandé dans cette même maison et interrogé par de vieux Juifs. Il revint ensuite à la crèche et se rendit encore une fois au tribunal. La seconde fois, il prit avec lui un peu de l’or qu’avaient apporté les rois, et il le leur donna ; après quoi ils le laissèrent aller sans l’inquiéter. Tout cet interrogatoire aboutit donc a une escroquerie. Ensuite les autorités firent barrer, par un tronc d’arbre mis en travers, un chemin qui conduisait aux environs de la crèche sans passer par la porte de la ville, mais qui, en partant de la place où Marie s’était arrêtée sous un grand arbre, franchissait une colline ou un rempart. Ils placèrent une sentinelle près de l’arbre dans une cabane, et firent tendre sur le chemin des fils qui aboutissaient à une sonnette dans la cabane, afin qu’on pût arrêter ceux qui voudraient prendre ce chemin.

Dans l’après-midi, une troupe de seize soldats d‘Hérode vint trouver Joseph, avec lequel ils s’entretinrent. Ils avaient probablement été envoyés à cause des trois rois, qu’on avait accusés de troubler la paix publique ; mais comme le silence et le repos régnaient partout et qu’ils ne trouvèrent dans la grotte que la pauvre famille, comme d‘ailleurs ils avaient l’ordre de ne rien faire qui pût attirer l‘attention, ils s’en retournèrent tranquillement et rapportèrent ce qu’ils avaient vu. Joseph avait porté les présents des trois rois et ce qu’ils avaient laissé en outre après eux, dans la grotte de Maraha et dans d'autres grottes cachées de la colline de la Crèche, qu’il connaissait depuis sa jeunesse pour s’y être souvent dérobé aux persécutions de ses frères. Ces caveaux solitaires existaient dès le temps du patriarche Jacob. A une époque où il n’y avait qu’une couple de cabanes a la place de Bethléem, il y avait dressé une fois ses tentes sur la colline de la Crèche.

Ce soir, Zacharie d’Hébron, visita pour la première fois la sainte Famille. Marie était encore dans la grotte. il versa des larmes de joie, prit l’Enfant dans ses bras, et répéta, en y changeant quelque chose, le cantique de louanges qu‘il avait chanté lors de la circoncision de Jean-Baptiste.

Le lendemain, Zacharie est reparti, mais Sainte Anne est revenue près de la sainte Famille avec sa fille aînée, son second mari et la servante. La fille aînée d’Anne était plus grande que sa mère et paraissait presque plus âgée. Le second mari d’Anne était plus grand et plus vieux que ne l’était Joachim ; il s’appelait Eliud, et avait un emploi dans le Temple, où il était chargé de l’examen des victimes destinées aux sacrifices. Anne avait de lui une fille, qui s’appelait aussi Marie. Elle pouvait avoir déjà six ou huit ans lors de la naissance de Jésus. Cet Eliud mourut peu de temps après, et Anne dut se remarier une troisième fois pour obéir à la volonté de Dieu. Elle eut de ce mariage un fils, qui fut souvent appelé le frère de Notre Seigneur.

La servante qu’Anne avait amenée de Nazareth huit jours auparavant était restée près de la sainte Vierge. Quand celle-ci habitait encore la grotte de la Crèche, elle se tenait dans le petit caveau latéral ; mais depuis que Marie est dans la grotte voisine de celle de la Crèche, la servante loge sous un auvent que Saint Joseph a placé devant cette grotte. Anne et ceux qui l’ont accompagnée passent la nuit dans la grotte de la Crèche.

Une grande joie règne maintenant dans la Sainte Famille. Anne est au comble du bonheur : Marie lui met souvent l’Enfant Jésus dans les bras et le laisse soigner par elle. Ce qu’elle n’a jamais fait pour aucune personne. Mais ce qui était singulièrement touchant, c’est que les cheveux de l’Enfant, qui étaient blonds et bouclés, avaient à leur extrémité de beaux rayons de lumière. Aussi en prenait-on un grand soin ; car on frottait souvent sa petite tête lorsqu’on le lavait, et on lui mettait pour cela un petit manteau sur les épaules. Il y a toujours dans la Sainte Famille une pieuse et touchante vénération pour l’Enfant Jésus ; mais tout s’y passe simplement et naturellement, comme à l’égard des enfants qui sont bénis de Dieu. L’Enfant a une affection et une tendresse pour sa Mère que l’on a jamais vues chez des enfants si jeunes.

Marie raconta à sa mère tout ce qui s’était passé lors de la visite des trois rois, et Anne fut extraordinairement touchée que le Seigneur eut appelé ces hommes de si loin pour leur faire connaître l’Enfant de la promesse. Elle vit les présents des rois, qui étaient cachés dans une excavation pratiquée dans la paroi : elle aida à en distribuer une grande partie, et à mettre le reste en bon ordre. Tout était tranquille dans les environs : les chemins menant à la grotte qui ne passaient pas par la porte de la ville, étaient barrés par ordre des autorités.

Joseph n’allait plus faire ses emplettes à Bethléem : les bergers lui apportaient ce dont il avait besoin. La parente chez laquelle Anne est allée, dans la tribu de Benjamin, est Mara, la fille de Rhode, sœur d’Elisabeth. Elle était pauvre, et eut dans la suite plusieurs fils qui furent disciples de Jésus.Un d’eux s’appelait Nathanaël et fut le fiancé des noces de Cana.

Ce même jour, Anne renvoya son mari Eliud, avec un âne chargé, et la servante sa parente, avec un gros paquet. C’était une partie des présents des trois rois : des étoffes diverses et quelques vases d'or qui servirent plus tard au culte chez les premiers chrétiens. Ils emportèrent tout cela secrètement ; car il y avait toujours des espions qui rôdaient çà et là. Ils ne durent porter toutes ces choses qu’à un endroit peu éloigné sur le chemin de Nazareth, car on vit de nouveau Eliud à Bethléem, lors du départ de sainte Anne, qui eut lieu peu de temps après.

Anne resta donc seule avec Marie dans la grotte latérale, où elles travaillèrent ensemble à une couverture grossière, brodée ou tricotée. La grotte de la Crèche est, du reste, débarrassée. L’âne de saint Joseph est toujours caché derrière des claies. Encore aujourd’hui des agents d‘Hérode vinrent à Bethléem, et prirent des informations dans plusieurs maisons relativement un enfant nouveau-né. Ils accablèrent spécialement de questions une Juive d’un rang distingué qui, peu de temps auparavant, avait mis au monde un enfant mâle. Ils ne vinrent pas à la grotte de la Crèche. Comme précédemment ils n‘y avaient trouvé qu’une pauvre famille, ils ne supposèrent pas qu’il pût en être question.

Cependant deux hommes âgés, qui devaient être deux des bergers qui avaient adoré l’Enfant Jésus, vinrent trouver Joseph, et l’avertirent de ces perquisitions. La sainte Famille alors et sainte Anne se réfugièrent avec l’Enfant dans la grotte du tombeau de Maraha. Dans la grotte de la Crèche, il n’y avait plus rien qui indiquât un lieu habité : elle paraissait tout à fait abandonnée. Puis, pendant la nuit, ils traversèrent la vallée, à peine éclairés par une lanterne sourde. Anne portait l’Enfant Jésus dans ses bras, Marie et Joseph marchaient a côté d’elle ; les bergers les conduisaient, portant les couvertures et tout ce qui était nécessaire pour former la couche des saintes femmes et de l’Enfant.

Mais l’on vit, à cette occasion, autour de l’Enfant Jésus une gloire formée de sept figures d’Anges placées les unes au-dessus des autres ; plusieurs autres figures paraissaient dans cette gloire. L’on vit aussi près de sainte Anne, de saint Joseph et de Marie, des formes lumineuses qui semblaient les conduire par le bras. Quand ils furent entrés dans le vestibule, ils fermèrent la porte et allèrent. jusque dans la grotte du tombeau, où ils disposèrent tout pour y prendre leur repos.

Le lendemain, la sainte Vierge raconta de nouveau à sa mère tout ce qui s’était passé lors de la visite des saints rois, et elles parlèrent aussi de la manière dont elle avait été laissée dans la grotte du tombeau de Maraha. Puis, tout à coup, arrivèrent deux bergers qui venaient trouver la sainte Vierge et l’avertir qu’il venait des gens chargés par les autorités de s’enquérir de son enfant. Marie ressentit une vive inquiétude, et l’on vit bientôt après saint Joseph entrer, retirer l'Enfant-Jésus de ses bras, l’envelopper dans un manteau et l’emporter.

Et alors la sainte Vierge, livrée à ses inquiétudes maternelles, resta seule dans la grotte sans l’Enfant Jésus pendant l’espace d‘une demi-journée. Quand vint l’heure où on devait l’appeler pour allaiter l’Enfant, elle fit ce qu‘ont coutume de faire des mères soigneuses lorsqu’elles ont été agitées violemment par quelque frayeur ou quelque vive émotion. Avant de donner le sein à l’Enfant, elle en exprima le lait, que ses angoisses avaient pu altérer, dans une petite cavité de la couche de pierre blanche qui se trouvait dans la grotte. Elle parla de la précaution qu’elle avait prise a un des bergers, homme pieux et grave, qui était venu la trouver, probablement pour la conduire auprès de . l’Enfant, et cet homme, profondément convaincu de la sainteté de la Mère du Rédempteur, recueillit plus tard avec soin le lait virginal qui était resté dans la petite cavité de la pierre, et le porta avec une simplicité pleine de foi a sa femme, qui avait alors un nourrisson qu’elle ne pouvait pas satisfaire ni calmer. Cette bonne femme prit cet aliment sacré avec une respectueuse confiance, et sa foi fut aussitôt récompensée, car son lait devint aussitôt très abondant. Depuis cet événement, la pierre blanche de cette grotte reçut une vertu semblable ; et de nos jours encore, même des infidèles mahométans en font usage comme d’un remède, dans ce cas et dans plusieurs autres.

Depuis ce temps, cette terre passée à l’eau et pressée dans de petits moules a été répandue dans la chrétienté comme un objet de dévotion ; c’est d’elle que se composent les reliques appelées le Lait de la très sainte Vierge. Dans les jours qui suivirent, saint Joseph prit divers arrangements qui annonçaient le prochain départ de la sainte Famille. Chaque jour il amoindrissait son mobilier : il donna aux bergers les cloisons mobiles, les claies et les autres objets a l’aide desquels il avait rendu la grotte habitable, et ils les emportèrent aussitôt.

La veille du Sabbat, un assez grand nombre de gens qui allaient à Bethléem pour le sabbat, vinrent à la grotte de la Crèche ; mais, la trouvant abandonnée, ils passèrent outre. Cependant Sainte Anne, qui doit retourner à Nazareth après le Sabbat, met tout en ordre et fait des paquets. Elle prend avec elle et charge sur deux ânes plusieurs choses données par les trois rois, spécialement des tapis, des couvertures et des pièces d’étoffe. Le soir, la Sainte Famille commença le Sabbat dans la grotte de Maraha et l’y continua le lendemain. La tranquillité régnait dans les environs. Après la clôture du Sabbat, on prépara tout pour le départ de Sainte Anne et d’Eliud.

Mais cette nuit, pour la seconde fois, la Sainte Vierge sortit au milieu des ténèbres de la grotte de Maraha, et porta l’Enfant Jésus dans celle de la Crèche. Elle le déposa sur un tapis à l’endroit où il était né, et pria à genoux près de lui. Toute la grotte fut alors remplie de lumière céleste, comme à l’heure de la naissance du Sauveur.

Le lendemain, de très grand matin, Sainte Anne fit de tendre adieux à la Sainte Famille et aux trois bergers et partit pour Nazareth avec son mari et ses gens. Ils emportaient sur leurs bêtes de somme tout ce qui restait des présents des trois rois.

Comme on approchait, du reste, du jour où la Sainte Vierge devait présenter son premier-né au Temple et le racheter suivant les prescriptions de la Loi, tout fut préparé pour que la Sainte Famille pût d’abord aller au Temple, puis retourner à Nazareth. Dès ce même jour, d’ailleurs, les bergers avaient pris tout ce qu’avaient laissé après eux les serviteurs de sainte Anne. La grotte de la Nativité, la grotte latérale et celle du tombeau de Maraha avaient été débarrassées et nettoyées. Saint Joseph les laissa dans un parfait état de propreté.

Dans la nuit du dimanche au lundi, Joseph et Marie visitèrent encore une fois avec l'Enfant la grotte de la Crèche, et prirent congé de ce lieu à jamais consacré. Ils étendirent d’abord le tapis des trois rois a la place où Jésus était né, y déposèrent l'Enfant et prièrent ; puis ils le placèrent à l’endroit où avait eu lieu la circoncision, et s’y agenouillèrent aussi pour prier.

Le lundi, au point du jour, la sainte Vierge se plaça sur l’âne, que les vieux bergers avaient disposé et amené à l’entrée de la grotte. Joseph tint l’Enfant jusqu’à ce qu’elle se fût placée commodément, et le lui donna. Elle était assise sur un siège : ses pieds, un peu relevés, reposaient sur une planchette. Elle tenait sur son sein l’Enfant, enveloppé dans son grand voile, et le regardait avec bonheur. Ils n’avaient près d’eux, sur l’âne, que deux couvertures et deux petits paquets, entre lesquels Marie était assise. Les bergers leur firent de touchants adieux et les conduisirent jusqu‘au chemin. Ils ne prirent pas la route par laquelle ils étaient venus, mais passèrent entre la grotte de la Crèche et celle du tombeau de Maraha, en longeant Bethléem au levant. Personne ne les aperçut.

 

Considération

Saint Joseph d’après Monseigneur de Luçon

 

Entendons maintenant les Evêques de notre temps publier les louanges de saint Joseph, et nous exhorter à lui rendre le culte qui lui est si justement dû. Nous commençons par Mgr Baillès, ancien évêque de Luçon, résidant actuellement à Rome, où il fait partie de la congrégation de l’Index.

« L’incomparable patriarche Saint Joseph, dit-il, fils de David, honoré du titre de Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, Epoux de la très Sainte Vierge Marie, a été associé d’une manière si ineffable au mystère de l’Incarnation du Verbe et de la Rédemption du monde, qu’il résume en lui des prérogatives, des faveurs, des grâces, des gloires dont les esprits créés ne pourront jamais pénétrer toute l’étendue. Il entre avec Jésus et Marie dans l’accomplissement des décrets éternels de Dieu pour le salut du genre humain ; il est préparé, dès l’origine du monde, pour ces hautes destinées ; et la suradorable Trinité, en formant le cœur de Jésus et en façonnant le cœur de Marie sur le modèle de son divin Fils, fait le cœur de Joseph aussi ressemblant à celui du Fils et de la Mère que peut le permettre la gloire divine du Fils et la gloire incomparable de la Mère. Bien plus, le Père éternel verse par torrents dans ce grand cœur la pure et sainte fécondité de son adorable paternité, les virginales et intimes communications de la société incompréhensible des trois personnes divines, afin que, par le plus grand des prodiges, la virginité de saint Joseph devienne féconde, que son ineffable pureté soit la gardienne de la pureté même, et qu’il soit le Père de Jésus et l’Epoux de Marie...

Raisonnant d’après ces principes, et distinguant en Marie la maternité spirituelle et la maternité corporelle, mais de telle sorte que la première est incomparablement au-dessus de la dernière, c’est ici que nous trouvons le plus grand et le plus solide éloge de notre saint Patriarche. Car s’il a été dépourvu, comme il le fallait, de la paternité corporelle, il a été doué merveilleusement de la paternité spirituelle, qui est la plus excellente. De sorte, dit saint Augustin, que si Marie fut la Mère de Jésus et par l’esprit et par la chair, Joseph, comme Epoux de Marie, en fut aussi le Père, quoique par le seul esprit.

Réunissons donc tout ce que nous pourrons imaginer de grâces, de grandeur, de gloire, pour former en saint Joseph une paternité spirituelle qui soit en rapport avec la maternité spirituelle de Marie, et nous parviendrons à nous faire une idée bien grossière, il est vrai, mais un peu moins incomplète des sublimes perfections de celui qui devait être appelé le Père de Jésus-Christ ; car si Marie est au-dessus de tout ce qui est créé, comme Mère de Dieu, quelle ne doit pas être la gloire de Joseph, à qui Jésus donnait le doux nom de Père, et qui pouvait, d‘une manière aussi prodigieuse qu vraie, lui donner la qualité de Fils !

Il me semble aussi voir toutes les hiérarchies célestes contempler, avec respect et combler d’honneur et de gloire dans l’éternité cet heureux Père, cet heureux Epoux, à qui le Fils et la Mère de Dieu ont été soumis et obéissants. Les Séraphins trouvent dans son coeur embrasé d’amour des ardeurs qui augmentent la flamme dont ils sont eux-mêmes consumés ; les Chérubins contemplent la plénitude et la perfection de la science et des lumières de ce saint Patriarche, découvrant dans ce chérubin de la terre des clartés qui semblaient ne pouvoir rayonner qu’au plus haut des cieux ; les Trônes ne cessent point d’admirer celui qui, encore placé sur la terre, y a porté et soutenu son Dieu avec le plus complet détachement de toutes choses, et dans l’exercice continuel de la plus sublime contemplation… Les Dominations sont ravies de rencontrer un si grand empire au-dessus de toutes les choses terrestres en celui qui a été investi de si peu d’autorité aux yeux des hommes ; les Vertus célèbrent l’énergie et la force d’âme inébranlables de celui qui, au sentiment de plusieurs saints docteurs, sanctifié avant sa naissance, fut dès ce moment solidement affermi dans la pratique des plus héroïques vertus ; les Puissances bénissent Dieu d’avoir réuni tant d’autorité et de modération, de force et de douceur, de pouvoir et d’obéissance dans le même coeur ; les Principautés ne se lassent point d’admirer de quelle dignité, de quel bonheur, de quelle prérogatives est investi auprès de Dieu celui qui fut si peu considéré, si peu estimé des hommes ; les Archanges se prosternent devant le chaste et virginal Epoux de Marie, et Gabriel ne pénètre point sous le toit béni de la maison de Nazareth sans envier le bonheur de celui que Dieu a si intimement uni à la Reine des Hiérarchies Angéliques… ; les Anges sont dans l’étonnement, à la vue des services que Joseph a en le bonheur de rendre, pendant toute sa vie, à Jésus et à Marie...

On se perd vraiment au milieu de tant de mystères, on est ébloui de tant de gloires, et l’on comprend que ni le langage des hommes ni celui des Anges ne peut s’élever à des hauteurs aussi inaccessibles a tout ce qui est créé.

Joignons-nous donc aux hiérarchies célestes que le Fils a établies dans la maison de son Père, et qu’il a chargées de former la cour de Celui à qui il a voulu se rendre soumis et obéissant, et offrons par elles à l’Epoux de Marie, à ce glorieux prince du ciel, nos prières, nos vœux, nos supplications et nos hommages...

Joignons-nous à Marie, occupée à contempler la perfection ineffable de son Epoux, qui n’a rien de nos faiblesses ni de nos tristes vicissitudes dans la ferveur.

Joignons-nous à Jésus se communiquant à Joseph, son Père, avec toutes ses grâces et sa vérité, lui ouvrant tous les trésors de son cœur et l’assistant lui-même avec Marie, à son heure dernière, afin que sa mort fût le plus doux des sommeils et le passage de la contemplation de la terre à la contemplation céleste qu'il lui avait préparée pour les jours mêmes de l’attente.

 

Pratiques

Sanctuaires de saint Joseph

 

« Comme ce serait une affection plus somptueuse, dit notre bon chanoine de Verdun, aussi serait-elle plus a louer et à récompenser, si l’on érigeait des églises, des chapelles, des autels sous l‘invocation de saint Joseph, Ou que l‘on mit soit de ses statues, soit de ses tableaux, dans toutes les églises, pour insinuer par cette industrie dans le cœur des peuples la volonté de le servir et de lui être dévot ». Ce qui donnerait droit, en effet, à une double récompense, et pour l’honneur qui en reviendrait à notre Saint, et pour l’édification que les fidèles y trouveraient. Comme on serait la cause et l'0rigine première de toutes les bonnes œuvres qui s’y opéreraient et de toutes les grâces qui en découleraient, il est évident que l‘on y aurait la première, nous allions dire la meilleure part.

Vous êtes donc bien heureux, si votre fortune vous a mis en état de pouvoir ériger de ces sanctuaires à saint Joseph. Vous ne pouvez en faire un meilleur usage; et, comme le saint Patriarche s’occupe également de nos intérêts temporels, vous pouvez avoir la confiance qu‘il vous obtiendra la graisse de la terre avec la rosée du ciel, c’est-à-dire les prospérités d’ici-bas avec les grâces d’en haut. C’est un bon et sûr banquier que saint Joseph, et on l’a vu plus d’une fois, servir de gros intérêts à ses clients.

Mais vous qui, comme lui, ne vivez que du travail de vos mains, ou ne jouissez que d’une modeste aisance, faites les sacrifices qui sont en votre pouvoir, soit pour la construction, soit pour la décoration de ces sanctuaires, de ces chapelles, de ces autels, et, comme son divin Fils, il saura bien apprécier ce que vous aurez fait pour lui, et vous tenir compte de ce que pour lui vous aurez prélevé sur votre indigence. voire même sur votre nécessaire.

 

Prière

Pour les circonstances difficiles de la vie

 

Bienveillant et débonnaire saint Joseph, qui, dans les desseins de Dieu, avez été tant éprouvé en cette vie, soit pour que v0us fassiez en tout conforme à Jésus et à Marie, soit pour que vous puissiez mieux compatir à nos misères, c’est a vous que je viens m’adresser dans la détresse où je me tr0uve réduit. Vous aussi vous avez ressenti toutes les peines de l‘esprit au temps de votre doute sur ce qui s’était passé dans votre sainte Epouse ; toutes les peines du cœur, lorsque vous n’eûtes que la pauvre étable de Bethléem à offrir à Jésus naissant et à Marie qui nous l‘enfantait ; puis, dans la fuite et le séjour en Egypte, toutes les misères qu’entraînent l’éloignement de son pays, l’isolement dans la terre étrangère, le dénuement de toutes choses, la pauvreté, le manque de travail ; et enfin, quoique saint, tous les tourments intérieurs de la perte de Jésus par le péché, lorsque vous le perdîtes vous-même à l’âge de douze ans. Vous avez donc titre, qualité et grâce pour nous secourir dans toutes nos douleurs.

Vous en avez aussi, je le sais, la volonté. C‘est ce qui me porte à recourir à vous en toute confiance. Vous connaissez tout ce que je souffre aussi dans mon esprit et dans mon cœur, toutes mes nécessités spirituelles et temporelles. Ô vous dont la puissance sait rendre possibles les choses les plus impossibles, venez-moi en aide dans l’embarras oh je me trouve, et prenez sous votre charitable conduite l’affaire si ardue que je vous recommande (la spécifier ici). Vous seul pouvez me tirer et me tirerez de l’extrémité où je suis réduit (la préciser de nouveau...).

Si toutefois l’objet de ma demande pouvait être contraire a la gloire de Dieu et à mon salut, obtenez-moi la grâce de me résigner avec amour a la volonté de Celui qui a pour nous un cœur de père, et qui, dans les afflictions qu‘il nous envoie comme dans les grâces temporelles qu‘il nous accorde, ne veut jamais que notre plus grand avantage et notre éternel bonheur. Mais non, la grâce que je sollicite n’est point opposée à sa gloire et à mon salut, et vous ne me refuserez pas ce que je vous demande avec tant de confiance.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

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18 mars 2019

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Dix-neuvième jour

Retour des Mages

 

Le lendemain matin, de bonne heure, les pieux rois et quelques personnes de leur suite visitèrent successivement la Sainte Famille. Ils s’occupèrent ensuite, pendant la journée, près de leur campement et de leurs bêtes de somme, de diverses distributions. Ils étaient dans la joie et le bonheur, et faisaient beaucoup de présents. C’est qu’alors on en agissait toujours ainsi lors des événements heureux. Les bergers qui avaient rendu des services à la suite des rois, reçurent des présents considérables. Ils firent aussi des gratifications à beaucoup de pauvres, et c’est ainsi que l’on mit des couvertures sur les épaules de quelques pauvres vieilles femmes, toutes courbées, qui s’étaient glissées jusque-là. Il y avait plusieurs personnes de la suite des trois rois qui se plaisaient dans la vallée, près des bergers, et qui voulaient y rester et contracter des alliances avec ces bergers. Ils firent connaître leur désir aux rois, et en reçurent la permission de rester, avec de riches présents, tels que des couvertures, des effets, de l'or en grains, et les ânes qu’ils avaient montés. Les généreux rois distribuèrent aussi beaucoup de petits pains plats, semblables à du biscuit, qu’ils préparaient aux endroits où ils campaient, au moyen de leur provision de farine, dans des formes de fer qu‘ils portaient avec eux, et qu’ils mettaient ensuite sur leurs bêtes de somme, entassés dans de légères boîtes de cuir. Il vint aussi aujourd’hui beaucoup de gens de Bethléem, qui se pressaient autour d’eux pour avoir des présents, et.qui se faisaient donner,quelque chose sous divers prétextes.

Le soir, ils allèrent à la crèche pour prendre congé de la sainte Famille. Mensor s’y rendit seul d’abord. Marie lui mit l’Enfant-Jésus dans les bras : il pleurait et était rayonnant de joie. Après lui vinrent les deux autres, qui firent également leurs adieux en versant des larmes. Ils apportèrent encore beaucoup de présents : des pièces de diverses étoffes, des tissus de soie sans teinture, d’autres tissus de couleur rouge ou à fleurs; puis de magnifiques couvertures. Ils voulurent en outre laisser leurs grands manteaux d'un jaune pâle, qui semblaient faits d’une laine extrêmement fine : ils étaient très légers, et le moindre souffle d’air les agitait.

Ils offrirent encore à la Sainte Famille plusieurs coupes placées les unes sur les autres, des boites pleines de grains, et dans une corbeille des pots, aussi placés les uns au-dessus des autres, et où étaient de beaux bouquets d’une herbe verte, chargée de jolies fleurs blanches, dans laquelle on reconnaissait facilement la myrrhe. Ils donnèrent aussi à Saint Joseph de longues cages avec des oiseaux bons à manger qu’ils avaient en grand nombre sur leurs dromadaires.

Tous versèrent des larmes abondantes quand ils quittèrent Marie et l’Enfant. La Sainte Vierge était debout à côté d’eux, au moment où elle reçut leurs adieux. Elle portait sur son bras l’Enfant Jésus enveloppé dans son voile, et elle fit quelques pas pour reconduire les rois vers la porte de la grotte ; puis elle s’arrêta, et pour donner un souvenir à ces bons rois, elle détacha de sa tête le grand voile d’étoffe jaune transparente qui l’enveloppait ainsi que l’Enfant Jésus, et le donna à Mensor. Ils reçurent ce don en s’inclinant profondément, et une joie respectueuse fit battre leurs coeurs quand ils virent devant eux la Sainte Vierge sans voile, tenant le petit Jésus. Quelles douces larmes ils versèrent en quittant la grotte ! Le voile fut pour eux dès lors la plus sainte relique qu’il possédassent.

La Sainte Vierge, en recevant les présents, ne semblait pas attacher de prix aux choses qu’on lui offrait, et pourtant sans sa touchante humilité, elle montrait une véritable,reconnaissance pour celui qui donnait. Pendant cette merveilleuse visite, l’on ne vit chez elle aucun sentiment de retour complaisant sur elle-même. seulement, au commencement, par amour pour l'Enfant Jésus et par compassion pour Saint Joseph, elle se laissa aller en toute simplicité à l’espérance que dorénavant ils trouveraient peut-être de la sympathie à Bethléem, et ne seraient plus traités d’une manière aussi méprisante qu’à leur arrivée ; car la tristesse et la confusion de Saint Joseph l’avaient beaucoup affligée.

Quand les rois prirent congé de la sainte Famille, la lampe était, déjà allumée dans la grotte : il faisait sombre, et ils se rendirent aussitôt avec leurs suivants sans le grand térébinthe qui surmontait le tombeau de Maraha, pour y faire, comme la veille au soir, les cérémonies de leur culte. Une lampe était allumée sous l’arbre. Lorsque les étoiles se montrèrent, ils prièrent et entonnèrent des chants mélodieux, Les voix des enfants faisaient un effet très agréable dans le chœur. Ils se rendirent ensuite dans leur tente, où Joseph leur avait encore préparé un petit repas, après lequel quelques-uns s’en retournèrent à leur hôtellerie de Bethléem, tandis que les autres se livrèrent au repos dans la tente.

Mais vers minuit, au beau moment où les rois reposaient tranquillement dans leur tente sur leurs couvertures étendues par terre, apparut auprès d’eux un jeune homme resplendissant. C’était un Ange qui les éveillait et leur disait de partir en toute hâte, et de ne pas s’en retourner par Jérusalem. mais par le désert, en contournant la Mer Morte. Ils se jetèrent promptement à bas de leur couche, et leur suite fut bientôt sur pied. L’un d’eux alla à la crèche éveiller saint Joseph, qui courut à Bethléem pour avertir ceux qui s’y étaient logés ; mais il les rencontra avant d’y arriver, car ils avaient eu la même apparition. La tente fut pliée, les bagages furent chargés, et tout fut enlevée avec une rapidité étonnante. Pendant que les rois faisaient encore de touchants adieux à Saint Joseph devant la grotte de la Crèche, leur suite partait en détachements séparés pour prendre les devants , et se dirigeait vers le midi pour longer la mer Morte en traversant le désert d’Engaddi.

Les rois firent des instances pour que la sainte Famille partit avec eux, parce qu‘un danger la menaçait certainement ; ils demandèrent ensuite qu’au moins Marie se cachât avec le petit Jésus pour n‘être pas inquiétée à cause d‘eux. Ils pleurèrent comme des enfants, embrassèrent saint Joseph et lui parlèrent avec une grande effusion de cœur ; puis ils montèrent sur leurs dromadaires légèrement Chargés, et s’éloignèrent à travers le désert. Et l’Ange se tenait dans la plaine près d’eux. leur montrait la direction du chemin. Bientôt ils disparurent. Ils,suivirent des routes séparées à un quart de lieue les uns des autres, se dirigeant pendant une lieue vers l’orient ensuite vers le midi, dans le désert. Ils passèrent une contrée que traversa Jésus en revenant d’Egypte dans sa troisième année de prédication.

 

Considération

Saint Joseph d’après Saint Alphonse de Liguori

 

Le dernier des saints canonisés qui nous ait parlé, à titre spécial, de Saint Joseph, est Saint Alphonse de Liguori, aussi illustre par ses vertus et son savoir que par les grandes choses qu’il a faites dans l’Église, ainsi que par son ardent amour pour Notre Seigneur et sa tendre dévotion envers la très Sainte Vierge et son saint époux. Nous ne pouvons que résumer ici ce qu’il pensait de Saint Joseph.

« Que ce soir pour nous, dit-il, un devoir d’honorer Saint Joseph qui peut en douter, après que le Fils de Dieu Lui-même a voulu l’honorer du nom de Père ? Nom, dit Saint Basile, qu’aucun Ange ou aucun Saint n’a jamais mérité de porter. Par ce nom de Père, Joseph a été plus honoré de Dieu que tous les Patriarches, les Prophètes, les Apôtres. Ils ont tous le nom de serviteurs, Joseph seul a celui de Père.

Il en a de plus le titre et la qualité, il est le chef de cette petite Famille, petite par le nombre, mais grande par les deux incomparables personnes qu’elle contient, la Mère de Dieu et le Fils de Dieu fait homme, qui lui est soumis comme un fils à son Père. Aussi, dans cette Famille, c’est Joseph qui commande et le Fils de Dieu qui obéit, de sorte que tous ses pas, ses démarches, sa nourriture, s'en repos, toutes ses actions ne sont réglés que par les ordres de Joseph, selon ce qui a été révélé à sainte Brigitte.

C’est pourquoi, dit saint Jean Damascène, Dieu a donné à Joseph l’amour, la vigilance et l‘autorité du père : dedit ei affectum, sollicitudinem, auctoritatem patris. Il lui a donné l’affection d’un père, afin qu’il veillât sur Jésus-Christ avec une grande tendresse ; il lui donna la sollicitude d'un père, afin qu’il l’environnât de toutes les précautions possibles ; et enfin l’autorité d’un père, pour lui donner l’assurance qu’il serait obéi dans toutes les mesures qu’il pourrait prendre touchant la personne de son Fils.

Mais, de savoir que saint Joseph fut élu de Dieu pour remplir les fonctions de père auprès de Jésus-Christ, cela suffit, dit ailleurs notre bienheureux, pour nous faire apprécier la sainteté de Joseph. Car, comme, selon saint Thomas, Dieu n’appelle jamais quelqu’un à une fonction sans lui donner toutes les grâces qui le rendent apte à la remplir, on doit tenir pour certain qu’il accorda à Joseph tous les dons de sagesse et de sainteté qui convenaient a une pareille charge. On ne doit donc pas douter qu’il ne l’ait enrichi de toutes les grâces et les privilèges accordés aux autres saints.

Joseph était déjà saint avant d’être élevé à la dignité d’Epoux de la Vierge ; mais il fit encore de bien plus grands progrès dans la sainteté, après que Dieu lui eut accordé cet insigne honneur. Les seuls exemples de sa sainte Epouse suffisaient pour le sanctifier. Mais si Marie, comme parle saint Bernardin de Sienne, est la dispensatrice de toutes les grâces que Dieu accorde, aux hommes, avec quelle profusion devons-nous croire, qu'elle en aura enrichi son Epoux, qui lui était si cher et à qui elle était si chère ! Puis, comme la sainteté de Joseph s’accrut encore par le commerce continuel et la familiarité qu’il eut avec Jésus-Christ tout le temps qu’ils vécurent ensemble ! Si les deux disciples qui allaient à Emmaüs se sentiront enflammés de l’amour divin pour le peu de moments qu’ils accompagnèrent le Sauveur et l’entendirent parler, quelles vives flammes de pure charité ne durent pas s’allumer dans le cœur de Joseph, pour avoir conversé pendant trente années avec Jésus-Christ, pour avoir entendu les paroles de vie éternelle qui sortaient de sa bouche, et avoir observé les admirables exemples d‘humilité, de patience et d‘obéissance qu'il donnait en se montrant si prompt à l’aider dans tous ses travaux, à le servir dans tout ce qui était nécessaire pour l‘intérieur de la maison ! Quel incendie de divin amour devaient opérer tous ces traits enflammés de charité dans le cœur de Joseph ! N’en doutons pas, Joseph, tant qu’il eut le bonheur de vivre avec Jésus-Christ, accrut ses mérites et sa Sainteté à tel point, que nous pouvons bien dire qu’il a surpassé les mérites de tous les autres saints.

Or, si Dieu, suivant l’Apôtre, doit rendre à chacun selon ses œuvres, quelle gloire devons-nous penser qu‘il ait préparée à saint Joseph, qui lui a rendu tant de services, et dont il a été tant aimé, tandis qu’il vécut sur la terre ? Et cette vie de la gloire de saint Joseph dans le ciel ne doit-elle pas accroître notre confiance en sa protection ?

Supplions alors ce grand saint de nous obtenir trois grâces en particulier : le pardon des péchés, l’amour de Jésus-Christ et une bonne mort.

Le pardon des péchés. Voici une pensée qui doit nous encourager. Lorsque Jésus-Christ vivait sur la terre dans la maison de Joseph, s‘il y avait eu un pécheur qui eût désiré recevoir du divin Maître le pardon de ses péchés, aurait-il pu trouver un moyen plus sûr d'être exaucé que l’intercession de Saint Joseph ? Si donc nous voulons que Dieu nous pardonne, recourons au même Saint Joseph, qui maintenant dans le ciel est plus aimé de Jésus-Christ qu’il ne l‘était sur la terre.

L’amour de Jésus-Christ, demandons-le aussi à Saint Joseph. Je tiens pour assuré que la grâce la plus singulière que saint Joseph obtient à ceux qui l’honorent est un tendre amour envers le Verbe incarné, en récompense de toute la tendresse qu’eut Saint Joseph pour Jésus en ce monde.

Enfin, demandons-lui une bonne mort. C’est une chose connue de tous que Saint Joseph est le protecteur de la bonne mort, ce grand saint ayant eu le bonheur de mourir entre les bras de Jésus et de Marie. Aussi tous ceux qui implorent son secours et mettent leur confiance en son crédit auprès de Dieu doivent-ils espérer que saint Joseph, au moment de leur mort, viendra les assister, accompagné de Jésus et de Marie ».

 

Pratique

Statues de Saint Joseph

 

Autre engouement de notre siècle, le besoin d’ériger des statues à ceux qu’on appelle grands hommes, quoiqu’ils ne le soient pas tous assurément devant Dieu, et qu’il en est plus d’un dont on peut dire que, s’ils sont glorifiés là où ils ne sont pas, ils sont bien crucifiés là où ils sont. Et nous, dévots de Saint Joseph, n’aurons-nous pas aussi à coeur de lui ériger des statues, soit pour satisfaire notre piété, soit pour soutenir et exciter celle des autres ? D’autant plus que les statues parlent plus à l’esprit et au coeur de tous que les tableaux et les gravures. Et n’est-ce point pour cela que, dans les âges de Foi, nos pères les mettaient dans les églises de préférence aux autres images ?

Mais qui ira les avantages particuliers des statues de Saint Joseph ? Il n’a fallu souvent que l’érection d’une de ces statues dans une église de paroisse, dans une chapelle de communauté, dans une maison, dans une localité, pour raviver la foi dans les coeurs et attirer sur ces lieux les faveurs d’en-haut et la singulière protection de Saint Joseph. Les hommages qu’on rend à ces statues touchent son coeur et le disposent à exaucer les prières qu’on dépose à leurs pieds. Vous serez donc bien heureux, si vous pouvez donner de ces statues à Saint Joseph, ou au moins contribuer par tous les moyens qui seront en votre pouvoir à lui en procurer.

Puis, vous en aurez une dans votre maison, dans votre chambre, dans votre oratoire, devant laquelle vous serez empressé de faire vos prières et de venir vous agenouiller dans vos moments de fatigues, d’ennui, de nécessité, de tentation.

Quand aux statuettes portatives, ayez toujours la vôtre sur vous, et, en vous gardant de toute idée superstitieuse, faites-vous en un saint talisman qui vous protège des dangers de l’âme et du corps, comme cela est arrivé plus d’une fois.

 

Prière

Tirée de saint Alphonse de Liguori

 

Grand Saint Joseph, mon bien-aimé Patriarche, vous qui avez été jugé digne de commander à Celui qui commande à l’univers et d‘être servi par un Dieu, je viens, a mon tour, me mettre à votre service. Dorénavant je veux être votre serviteur, en vous honorant et vous aimant comme mon maître. Recevez-moi sous votre patronage, et commandez-moi tout ce qu’il vous plaira. Je sais que tout ce que vous m’ordonnerez sera pour mon bien et pour la gloire de notre commun Rédempteur. Priez-le aussi pour moi. Il ne vous refusera rien, lui qui a obéi sur la terre à tous vos commandements. Dites-lui qu’il me pardonne toutes les offenses que je lui ai faites ; dites-lui qu’il me détache des créatures et de moi-même ; qu’il m’enflamme de son saint amour, et ensuite qu'il fasse de moi selon son bon plaisir.

Je vous choisis aussi, mon saint Patriarche, pour mon principal avocat et protecteur, après Marie. Je vous promets, pour le reste de ma vie, de vous honorer chaque jour par quelque hommage particulier, en restant ainsi sous votre patronage. Je ne le mérite pas, mais, par l'amour que vous portez à Jésus et à Marie, agréez-moi pour votre serviteur perpétuel. Et, par la douce compagnie que vous tinrent Jésus et Marie sur la terre, ne cessez de me protéger, afin que je ne me sépare jamais de Dieu, en perdant sa sainte grâce. Et, par l’assistance que vous reçûtes de Jésus et de Marie à votre bienheureuse mort, protégez-moi spécialement à ma dernière heure, afin qu’en mourant dans votre compagnie et celle de Jésus et de Marie, j’aille ensuite vous en remercier éternellement dans le paradis. Ainsi soit-il.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

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