23 avril 2011

Saint jour de Pâques

 

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Saint jour de Pâques

 

Qu’éclate la joie de pâques!

Qu’elle s’élève sur toute la terre Comme une flamme dans la nuit et qu’elle illumine la vie de tous les hommes!

Jésus est plus fort que la mort!

Qu’éclate la joie de Pâques!

Qu’elle ruisselle sur toute la terre comme une eau vive qui calme la soif Des chercheurs de vérité!

Jésus est vivant pour toujours!

Qu’éclate la joie de Pâques!

Qu’elle soit distribuée à toute la terre comme du pain Qui apaise la faim de ceux qui tendent les mains!

Jésus est le sauveur de tous les hommes!

Qu’éclatent la joie de Pâques!

Qu’elle résonne et carillonne sur toute la terre Comme un chant d’allégresse, comme la Bonne Nouvelle qui redonne espoir aux enfants de Dieu!

Jésus est ressuscité!

 

Extrait de « Qu’éclate la joie de Pâques » Les enfants vers Pâques 2006, année B, Editions du Signe

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La Résurrection du Seigneur

Extraits de « L’Évangile tel qu'il m'a été révélé », de Maria Valtorta

 

Je revois la joyeuse et puissante Résurrection du Christ. Dans le jardin, tout est silence et scintillement de la rosée. Au-dessus, un ciel qui devient d’un saphir de plus en plus clair, après avoir quitté son bleu-noir criblé d’étoiles qui, pendant toute la nuit, avaient veillé sur le monde. L’aube repousse de l’orient vers l’occident les zones encore obscures, comme fait l’eau pendant une marée haute qui avance toujours plus pour couvrir le rivage obscur, et remplaçant le gris-noir du sable humide par le bleu des eaux marines. Quelque étoile ne veut pas encore mourir et jette un regard de plus en plus débile sous l’onde de lumière vert-claire de l’aube, d’un blanc laiteux nuancé de gris, comme les feuillages des oliviers engourdis qui couronnent un coteau peu distant. Et puis elle naufrage, submergée par l’onde de l’aube comme une terre que recouvre l’eau. Et puis en voilà une de moins... Et puis encore une de moins.., et une autre, et une autre. Le ciel perd ses troupeaux d’étoiles et seulement là-bas, à l’extrême occident, trois, puis deux, puis une, restent à regarder ce prodige quotidien qu’est l’aurore qui se lève. Et voilà : quand un filet de rose trace une ligne sur la soie turquoise du ciel oriental, un soupir de vent passe sur les feuillages et sur les herbes et dit: « Réveillez-vous. Le jour est revenu ». Mais il ne réveille que les herbes et les feuillages qui frissonnent sous leurs diamants de rosée et ont un bruissement ténu, arpégé par les gouttes qui tombent. Les oiseaux ne se réveillent pas encore dans les branches touffues d’un cyprès de grande taille qui semble dominer comme un seigneur dans son royaume, ni dans l’entrelacement embrouillé d’une haie de lauriers qui abrite de la tramontane.

 

Les gardes ennuyés, transis de froid, pris par le sommeil, dans des poses variées veillent sur le Tombeau, dont la porte de pierre a été renforcée, sur ses bords, par une épaisse couche de chaux, comme si c’était un contrefort, sur le blanc opaque de laquelle se détachent les larges rosaces de cire rouge, imprimées avec d’autres, directement dans la chaux fraîche, du sceau du Temple. Les gardes doivent avoir allumé du feu pendant la nuit car il y a de la cendre et des tisons pas encore éteints sur le sol, et ils doivent avoir joué et mangé, car il y a encore, répandus sur le sol, des restes de nourriture et des osselets nets qui ont servi certainement pour quelque jeu, comme notre jeu de domino ou notre jeu enfantin de billes, joués sur un primitif échiquier tracé sur le sentier. Puis ils ont tout laissé en plan par lassitude pour chercher des poses plus ou moins commodes pour dormir ou pour veiller. Dans le ciel qui maintenant, à l’orient, a une étendue toute rosée qui s’agrandit de plus en plus dans le ciel serein, où par ailleurs il n’y a pas encore de rayon de soleil, se présente, venant de profondeurs inconnues, un météore resplendissant qui descend, boulet de feu d’une splendeur insoutenable, suivi d’un sillage rutilant qui peut-être n’est que le souvenir de sa splendeur sur notre rétine. Il descend à toute vitesse vers la Terre, en répandant une lumière si intense, si fantasmagorique, si effrayante dans sa beauté, que la lumière rosée de l’aurore disparaît éclipsée par cette blancheur incandescente. Les gardes lèvent la tête, étonnés, parce qu’aussi avec la lumière arrive un grondement puissant, harmonieux, solennel, qui remplit de lui-même toute la Création. Il vient de profondeurs paradisiaques. C’est l’alléluia, la gloire angélique qui suit l’Esprit du Christ revenant dans sa Chair glorieuse. Le météore s’abat contre l’inutile fermeture du Tombeau, l’arrache, la jette parterre, foudroie de terreur et de bruit les gardes mis comme geôliers du Maître de l’Univers en produisant, avec son retour sur la Terre, un nouveau tremblement de terre comme il l’avait produit en fuyant la Terre cet Esprit du Seigneur. Il entre dans le sombre Tombeau qu’éclaire sa lumière indescriptible, et pendant qu’il reste suspendu dans l’air immobile, l’Esprit se réinfuse dans le Corps sans mouvement sous les bandes funèbres. Tout cela non dans une minute, mais dans une fraction de minute, tant l’apparition, la descente, la pénétration et la disparition de la Lumière de Dieu a été rapide...

 

Le « Je veux » du divin Esprit à sa Chair froide n’a pas de son. Le son est dit par l’Essence à la Matière immobile. Aucune parole n’est entendue par l’oreille humaine. La Chair reçoit le commandement et lui obéit en poussant un profond soupir... Rien d’autre pendant quelques minutes. Sous le Suaire et le Linceul, la Chair glorieuse se recompose en une beauté éternelle, se réveille du sommeil de la mort, revient du "rien" où elle était, vit après avoir été morte. Certainement le cœur se réveille et donne son premier battement, pousse dans les veines le sang gelé qui reste et en crée tout d’un coup la mesure totale dans les artères vides, dans les poumons immobiles, dans le cerveau obscur, et ramène la chaleur, la santé, la force, la pensée. Un autre moment, et voilà un mouvement soudain sous le lourd Linceul. Le mouvement est soudain, depuis l’instant certainement où il remue ses mains croisées jusqu’au moment où il apparaît debout majestueux, splendide dans son vêtement de matière immatérielle, surnaturellement beau et imposant, avec une gravité qui le change et l’élève tout en le laissant Lui-même, l’œil a à peine le temps d’en suivre le développement. Et maintenant, il l’admire: si différent de ce que la pensée lui rappelle, en forme, sans blessures ni sang, mais seulement éblouissant de la lumière qui jaillit à flots des cinq plaies et sort par tous les pores de son épiderme.

 

Il fait son premier pas: dans son mouvement les rayons qui jaillissent des mains et des pieds l’auréolent de lames de lumière; depuis la tête nimbée d’un diadème qui est fait des innombrables blessures de la couronne qui ne donnent plus de sang mais seulement de la splendeur, jusqu’au bord du vêtement quand, en ouvrant les bras qu’il a croisés sur sa poitrine, il découvre la zone de luminosité très vive qui filtre de son habit en lui donnant l’éclat d’un soleil à la hauteur du cœur. Alors c’est réellement la « Lumière » qui a pris corps, pas la pauvre lumière de la Terre, pas la pauvre lumière des astres, pas la pauvre lumière du soleil. Mais la Lumière de Dieu: toute la splendeur paradisiaque qui se rassemble en un seul Être et Lui donne ses azurs inconcevables pour pupilles, ses feux d’or pour cheveux, ses candeurs angéliques pour vêtement et coloris, et tout ce qui est, d’indescriptible pour la parole humaine, la suréminente ardeur de la Très Sainte Trinité, qui annule par son ardente puissance tout feu du Paradis, en absorbant en Elle-même pour l’engendrer à nouveau à chaque instant du Temps éternel, Cœur du Ciel qui attire et diffuse son sang, les innombrables gouttes de son sang incorporel: les bienheureux, les anges, tout ce qui est le Paradis: l’amour de Dieu, l’amour pour Dieu, tout ce qui est la Lumière qu’est, que forme, le Christ Ressuscité. Quand il se déplace, en venant vers la sortie, et que l’œil peut voir au-delà de sa splendeur, voici que m’apparaissent deux clartés très belles, mais semblables à des étoiles par rapport au soleil, l’une d’un côté, l’autre de l’autre côté du seuil, prosternées en adoration pour leur Dieu qui passe enveloppé dans sa lumière, béatifiant en son sourire. Il sort abandonnant la funèbre grotte et revenant fouler la terre que la joie réveille et qui resplendit toute dans sa rosée, dans les couleurs des herbes et des rosiers, dans les innombrables corolles des pommiers qui s’ouvrent par prodige au premier soleil qui les baise, et au Soleil éternel qui avance sous eux.

 

Les gardes sont là, évanouis... Les forces corrompues de l’homme ne voient pas Dieu pendant que les forces pures de l’univers : les fleurs, les herbes, les oiseaux admirent et vénèrent le Puissant qui passe dans un nimbe de sa propre Lumière et dans un nimbe de lumière solaire. Son sourire, le regard se pose sur les fleurs, sur les ramilles, qui se lève vers le ciel serein, et tout prend une plus grande beauté. Et plus soyeux et plus nuancés sont les millions de pétales qui font une mousse fleurie au-dessus de la tête du Vainqueur. Et plus vifs sont les diamants de rosée. Et plus bleu est le ciel que réfléchissent ses yeux resplendissants, et plus joyeux le soleil qui peint de gaieté un petit nuage porté par un vent léger qui vient baiser son Roi avec des parfums enlevés aux jardins et des caresses de pétales soyeux. Jésus lève la main et bénit et puis, pendant que les oiseaux chantent plus fort et que le vent porte ses parfums, il disparaît à mes yeux en me laissant dans une joie qui efface le plus léger souvenir de tristesse et de souffrance et d’hésitation sur le lendemain.

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Méditation

 

« Je vous donne une garde; allez, organisez la surveillance comme vous l'entendez » (Mt 27, 65). Le tombeau de Jésus est fermé et scellé. À la demande des grands prêtres et des pharisiens, des soldats furent placés pour le garder, afin que personne ne puisse voler son corps (cf. Mt 27, 62-64). Tel est l'événement qui est le point de départ de la liturgie de la Veillée pascale. Ceux qui avaient voulu la mort de Jésus, le considérant comme un « imposteur » (Mt 27, 63), veillaient à côté du sépulcre. Leur désir était qu'il soit, avec son message, enseveli pour toujours. Non loin de là veillait Marie, et avec elle les Apôtres et quelques femmes. Ils conservaient gravée dans leur cœur l'image bouleversante des événements qui venaient de se dérouler.

 

En cette nuit, l'Église veille dans toutes les parties de la terre et elle revit les étapes fondamentales de l'histoire du salut. La liturgie solennelle que nous célébrons est une expression de cette "veille" qui, d'une certaine façon, rappelle celle de Dieu, dont parle le livre de l'Exode : "Ce fut une nuit de veille pour le Seigneur, quand il fit sortir d'Égypte les fils d'Israël; ce doit être [...], de génération en génération, une nuit de veille en l'honneur du Seigneur" (Ex 12, 42). Dans son amour prévoyant et fidèle, qui surpasse le temps et l'espace, Dieu veille sur le monde. Ainsi chante le psalmiste: « Non, il ne dort pas, ne sommeille pas, le gardien d'Israël. Le Seigneur est ton gardien [...]. Le Seigneur te gardera [...] maintenant et à jamais » (Ps 120 [121], 4-5. 8).

 

Le passage entre le deuxième et le troisième millénaire, que nous sommes en train de vivre, est conservé lui aussi dans le mystère du Père. Il « est toujours à l'œuvre » (Jn 5, 17) pour le salut du monde et, par son Fils fait homme, il conduit son peuple de l'esclavage à la liberté, de la mort à la vie. Toute l'œuvre du grand Jubilé de l'An 2000 est, pour ainsi dire, inscrite dans cette nuit de Veille, qui porte à son achèvement celle de la Nativité du Seigneur. Bethléem et le Calvaire rappellent le même mystère d'amour de Dieu, qui « a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique: ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle » (Jn 3, 16).

 

Dans sa veille, en cette Nuit sainte, l'Église se penche sur les textes de l'Écriture qui retracent le projet divin de la Genèse à l'Évangile et qui, grâce aussi aux rites liturgiques du feu et de l'eau, confèrent à cette célébration singulière une dimension cosmique. Tout l'univers créé est appelé à veiller, en cette nuit, auprès du sépulcre du Christ. L'histoire du salut défile devant nos yeux, de la création à la Rédemption, de l'exode à l'Alliance sur le Sinaï, de l'ancienne à la nouvelle et éternelle Alliance. En cette Nuit sainte, le projet éternel de Dieu, qui investit l'histoire de l'homme et du cosmos, atteint son achèvement.

 

Dans la Veillée pascale, mère de toutes les veillées, tout homme peut reconnaître sa propre histoire de salut, qui a son fondement dans la renaissance dans le Christ par le Baptême. Telle est, de façon particulière, votre expérience, chers frères et sœurs qui allez recevoir les sacrements de l'initiation chrétienne: le Baptême, la Confirmation et l'Eucharistie. Vous venez de plusieurs pays du monde: le Japon, la Chine, le Cameroun, l'Albanie et l'Italie. La diversité de vos pays d'origine met en évidence l'universalité du salut apporté par le Christ. D'ici peu, chers amis, vous serez intimement introduits dans le mystère d'amour de Dieu, Père, Fils et Esprit Saint. Puisse votre existence devenir un chant de louange à la très Sainte Trinité et un témoignage d'amour qui ne connaît pas de frontières!

 

« Ecce lignum Crucis, in quo salus mundi pependit: venite adoremus! » C'est ce que l'Église a chanté hier en montrant le bois de la Croix « auquel a été suspendu le Christ Sauveur du monde ». « Il a été crucifié, est mort, a été enseveli », récitons-nous dans le Credo. Le sépulcre ! Voici l'endroit où on l'avait déposé (cf. Mc 16, 6). Spirituellement, la Communauté ecclésiale des différentes parties de la terre est là présente. Nous y sommes nous aussi avec les trois femmes qui se rendent au sépulcre avant l'aube, pour embaumer le corps sans vie de Jésus (cf. Mc 16, 1-2). Leur empressement est notre empressement. Avec elles nous découvrons que la grosse pierre tombale a été roulée et que le corps n'est plus là. « Il n'est pas ici », annonce l'ange, en montrant le sépulcre vide et les bandelettes funéraires par terre. La mort n'a plus aucun pouvoir sur Lui (cf. Rm 6, 9). Le Christ est ressuscité! C'est ce qu'au terme de cette nuit de Pâques, l'Église annonce, elle qui hier avait proclamé la mort du Christ sur la Croix. C'est une annonce de vérité et de vie.

 

« Surrexit Dominus de sepulchro, qui pro nobis pependit in ligno. Alleluia! ». Le Seigneur, qui pour nous fut suspendu à la croix, s'est levé du tombeau. Oui, le Christ est vraiment ressuscité et nous en sommes témoins! Nous le crions au monde, pour que la joie qui est la nôtre atteigne beaucoup d'autres cœurs, allumant en eux la lumière de l'espérance qui ne déçoit pas. Le Christ est ressuscité, alléluia!

 

Jean Paul II, le 22 avril 2000

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Victimæ paschali laudes

(Séquence du Dimanche de Pâques)

 

Victimæ paschali laudes immolent Christiani.

Ala Victime pascale, chrétiens offrons nos louanges.

 

Agnus redemit oves, Christus innocens Patri reconciliavit peccatores.

L’Agneau sauva les brebis, le Christ innocent réconcilia les pécheurs avec le Père.

 

Mors et vita duello conflixere mirando, dux vitæ mortuus regnat vivus.

La mort et la vie ont combattu en un duel prodigieux, le maître de la vie mourut, vivant Il règne.

 

Dic nobis Maria quid vidisti in via?

Dis-nous Marie [Magdeleine] qu’as-tu vu en chemin?

 

Sepulchrum Christi viventis et gloriam vidi resurgentis.

J’ai vu le Christ vivant en son sépulcre et la gloire du Ressuscité.

 

Angelicos testes, sudarium et vestes.

J’ai vu les Anges témoins, le suaire et les vêtements.

 

Surrexit Christus spes mea: præcedet suos in Galilæam.

Le Christ, mon Espérance, est ressuscité, il vous précédera en Galilée.

 

Scimus Christus surrexisse a mortuis vere. Tu nobis victor Rex, miserere! Amen! Alleluia!

Nous savons le Christ vraiment ressuscité des morts. Roi victorieux, prends pitié de nous! Ainsi soit-il! Louez le Seigneur!


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Saintes et Joyeuses fêtes de Pâques a vous tous !

 


03 avril 2010

Semaine Sainte

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Semaine Sainte 2010

Samedi Saint

Textes extraits des révélations de Maria Valtorta

Le jour

L'aube arrive hésitante, avec peine. Et l'aurore tarde étrangement, bien qu'il n'y ait pas de nuages dans le ciel. Mais il semble que les astres aient perdu toute vigueur. De même qu'elle était pâle la lune pendant la nuit, ainsi est pâle le soleil à son lever. Voilés... Ils ont peut-être pleuré, eux aussi, pour avoir cet aspect voilé comme les ont les yeux des bons qui ont pleuré et qui pleurent pour la mort du Seigneur ? A peine Jean comprend que les portes sont rouvertes, il sort, sourd aux supplications maternelles. Les femmes se renferment dans la maison encore plus craintives maintenant que l'apôtre aussi s'en est allé. Marie, toujours dans sa pièce, les mains sur les genoux, regarde fixement par la fenêtre qui s'ouvre sur un jardin pas très vaste mais suffisamment grand, tout plein de roses fleuries le long des hautes murailles et de parterres fantaisistes. Les touffes de lys, au contraire, n'ont pas encore les tiges des futures fleurs, touffus, beaux, mais n'ayant que les feuilles. Elle regarde, regarde et je crois qu'elle ne voit rien que ce qui est dans son pauvre cerveau fatigué : l'agonie de son Fils. Les femmes vont et viennent. Elles s'approchent, la caressent, la prient de se restaurer... et chaque fois, avec leur venue, vient un flot d'un parfum lourd, mélangé, étourdissant.

Marie en éprouve chaque fois un frisson, mais rien d'autre. Pas un mot, pas un geste, rien. Elle est épuisée. Elle attend. Elle n'est qu'attente. Elle est Celle qui attend. Un coup à la porte... Les femmes courent ouvrir. Marie se tourne sur son siège sans se lever et fixe l'entrée entrouverte. La Magdeleine entre. "C'est Manaën... Il voudrait qu'on l'emploie à quelque chose." "Manaën... Fais-le entrer. Il a toujours été bon. Mais je croyais que ce n'était pas lui..." "Qui croyais-tu que c'était, Mère ?..." "Après... après. Fais passer." Manaën entre. Il n'est pas pompeux comme d'habitude. Il a un vêtement très commun, d'un marron presque noir et un manteau pareil. Pas de bijoux et pas d'épée. Rien. Il semble un homme aisé, mais du peuple. Il se penche d'abord pour saluer, les mains croisées sur la poitrine, puis il s'agenouille comme devant un autel. "Lève-toi et pardonne-moi si je ne réponds pas à ton inclination. Je ne puis pas..." "Tu ne dois pas. Je ne le permettrais pas. Tu sais qui je suis. Aussi je te prie de me considérer comme ton serviteur. As-tu besoin de moi ? Je vois que tu n'as pas un homme dans ton entourage. Je sais par Nicodème que tous se sont enfuis. Il n'y avait rien à faire, c'est vrai, mais au moins Lui donner le réconfort de nous voir. Moi... moi, je l'ai salué au Sixte, et ensuite je ne l'ai pas pu car... Mais c'est inutile de le dire. Cela aussi fut voulu par Satan. Maintenant je suis libre et je viens me mettre à ton service. Commande, Femme." "Je voudrais savoir et faire savoir à Lazare... Ses sœurs sont en peine, et ma belle-sœur et l'autre Marie aussi. Nous voudrions savoir si Lazare, Jacques, Jude et l'autre Jacques sont saufs." "Judas ? L'Iscariote ! Mais il a trahi !" "Jude, fils du frère de mon époux." "Ah ! J'y vais" et il se lève. Mais en le faisant, il a un mouvement de douleur. "Mais tu es blessé ?" "Hum !... oui. Ce n'est rien. Un bras qui me fait un peu souffrir." "A cause de nous, peut-être ? Est-ce pour cela que tu n'étais pas là-haut ?"

 

"Oui, pour cela. Et c'est seulement de cela que je souffre, pas pour la blessure. Le reste de pharisaïsme, d'hébraïsme, de satanisme qui était en moi, car le satanisme est devenu le culte d'Israël, est tout sorti avec ce sang. Je suis comme un petit qui, après qu'on a coupé l'ombilic sacré, n'a plus de contact avec le sang maternel, et les quelques gouttes qui restent encore dans le cordon coupé n'entrent pas en lui, empêchées comme elles le sont par le lacet de lin. Mais elles tombent... inutiles désormais. Le nouveau-né vit avec son cœur et son sang. Ainsi de moi. Jusqu'à présent, je n'étais pas encore complètement formé. Maintenant je suis arrivé à terme, et je viens, et j'ai été mis au Jour. Je suis né d'hier. Ma mère, c'est Jésus de Nazareth. Et il m'a enfanté quand il a poussé son dernier cri. Je sais... car je me suis enfui dans la maison de Nicodème cette nuit. Seulement je voudrais le voir. Oh ! quand vous irez au Tombeau, dites-le-moi. Je viendrai... Son visage de Rédempteur, moi je l'ignore !" "Il te regarde, Manaën. Tourne-toi." L'homme, qui était entré avec la tête si inclinée et qui ensuite n'avait eu d'yeux que pour Marie, se tourne presque épouvanté et il voit le Suaire. Il se jette par terre pour adorer... Et il pleure. Puis il se lève, il s'incline devant Marie et dit : "Je vais." "Mais c'est le sabbat. Tu le sais. Déjà ils nous accusent de violer la Loi, à son instigation." "Nous sommes pareils, car eux violent la loi de l'Amour. La première est la plus grande. Lui le disait. Que le Seigneur te réconforte." Il sort. Et les heures passent. Comme elles sont lentes pour qui attend... Marie se lève et, en s'appuyant aux meubles, elle se présente à l'entrée. Elle cherche à traverser le vaste vestibule de l'entrée. Mais quand elle n'a plus d'appui, elle vacille comme si elle était ivre.  Marthe, qui la voit de la cour qui est au-delà de l'entrée ouverte au bout du vestibule, accourt. "Où veux-tu aller ?" "Là, à l'intérieur. Vous me l'avez promis." "Attends Jean." "C'est assez attendu. Vous voyez que je suis tranquille. Allez, puisque vous avez fait fermer de l'intérieur et faites ouvrir. Moi, j'attends ici." Suzanne, car toutes sont accourues, s'en va appeler le maître avec les clefs. Pendant ce temps Marie s'appuie à la petite porte comme si elle voulait l'ouvrir par la force de sa volonté. Voilà l'homme. Craintif, abattu, il ouvre et se retire. Et Marie, aux bras de Marthe et de Marie d'Alphée, entre dans le Cénacle. Tout est encore comme à la fin de la Cène.

La suite des événements et l'ordre donné par Jésus ont empêché qu'on ne dérange. Les sièges ont seulement été reportés à leur place. Et Marie, qui pourtant n'avait pas été dans le Cénacle, va directement à la place où était assis son Jésus. Il semble qu'une main la conduise. Elle semble presque une somnambule tant elle est rigide dans son effort pour y aller... Elle va, tourne autour du lit siège, se glisse entre lui et la table... elle reste debout un moment et puis s'abat en travers de la table, en éclatant en sanglots. Puis elle se calme. Elle s'agenouille et prie, la tête appuyée au bord de la table. Elle caresse la nappe, le siège, la vaisselle, le bord du grand plateau où était l'agneau, le grand couteau qui a servi à découper, l'amphore mise devant cette place. Elle ne sait pas qu'elle touche ce qu'a touché aussi l'Iscariote. Et elle reste comme hébétée, la tête appuyée sur ses bras croisés, qu'elle a mis sur la table. Toutes se taisent, jusqu'au moment où sa belle-sœur lui dit : "Viens Marie. Craignons les juifs. Voudrais-tu qu'ils entrent ici ?" "Non, non. C'est un lieu saint. Allons. Aidez-moi... Vous avez bien fait de me le dire. Je voudrais aussi un coffre, beau, grand, fermé pour y renfermer tous mes trésors." "Demain, je te le fais apporter du palais. C'est le plus beau de la maison. Il est robuste et sûr. Je te le donne avec joie" promet la Magdeleine. Elles sortent. Marie est vraiment épuisée. Elle vacille en franchissant les quelques marches. Et si sa douleur est moins dramatique, c'est parce qu'elle n'a plus la force d'être telle. Mais dans sa tranquillité, elle est encore plus tragique. Elles rentrent dans la pièce où elles étaient d'abord et, avant de retourner à sa place, Marie caresse, comme si c'était un visage de chair, le Saint Visage du Suaire. Un autre coup à la porte. Les femmes se hâtent de sortir et d'entrouvrir la porte. Marie dit de sa voix lasse : "Si c'étaient les disciples, et en particulier Simon Pierre et Judas, qu'ils viennent tout de suite me trouver." Mais c'est Isaac le berger. Il entre en pleurant après quelques minutes et se prosterne devant le Suaire et puis devant la Mère, et il ne sait que dire. C'est elle qui dit : "Merci. Il t'a vu et je t'ai vu. Je le sais. Il vous a regardé tant qu'il a pu." Isaac pleure encore plus fort. Il ne peut parler que quand il a fini de pleurer. "Nous ne voulions pas nous en aller, mais Jonathas nous en a prié.

Les juifs menaçaient les femmes... et ensuite, nous n'avons plus pu venir. Tout... tout était fini... Où devions-nous aller alors ? Nous nous sommes dispersés à travers la campagne et quand il a fait nuit, nous nous sommes réunis à moitié route entre Jérusalem et Bethléem. Il nous semblait éloigner sa Mort en allant vers sa Grotte... Mais ensuite, nous avons senti qu'il n'était pas juste d'aller là...  C'était de l'égoïsme et nous sommes revenus vers la ville... Et nous nous sommes trouvés sans savoir comment, à Béthanie..." "Mes fils !" "Lazare !" "Jacques !" "Ils sont tous là. A l'aurore les champs de Lazare étaient couverts de gens errants qui pleuraient... Ses inutiles amis et disciples !... Moi... je suis allé chez Lazare et je croyais être le premier... Pas du tout, il y avait déjà là tes deux fils, femme, et le tien, avec André, Barthélemy, Matthieu. C'est Simon le Zélote qui les avait persuadé d'y aller. Et Maximin, sorti de bon matin dans la campagne, en avait trouvé d'autres. Lazare les a tous secourus et il y est encore occupé. Il dit que le Maître lui en avait donné l'ordre et le Zélote dit la même chose." "Mais Simon et Joseph, mes autres fils, où sont-ils ?" "Je ne sais pas, femme. Nous étions restés ensemble jusqu'au tremblement de terre. Puis... Je ne sais plus rien de précis. Au milieu des ténèbres et des éclairs et des morts ressuscités et du tremblement du sol et du tourbillon de l'air, j'ai perdu la tête. Je me suis trouvé au Temple et je me demande encore comment j'ai pu être là-dedans, au-delà de la limite sacrée. Pense qu'entre moi et l'autel des parfums, il n'y avait qu'une coudée... Pense que là où j'avais les pieds, c'était réservé aux prêtres de service !... Et... et j'ai vu le Saint des Saints !... Oui, car le Voile du Saint est déchiré de haut en bas comme si l'aurait arraché la volonté d'un géant... Si on m'avait vu là à l'intérieur, on m'aurait lapidé. Mais personne n'y voyait plus. Je n'ai rencontré que des spectres de morts et des spectres de vivants. Car ils paraissaient des spectres à la lueur des éclairs, à la clarté des incendies et avec la terreur sur le visage..." "Oh ! mon Simon ! mon Joseph !" "Et Simon Pierre ? Et Judas de Kériot ? Et Thomas et Philippe ?" "Je ne sais pas Mère... Lazare m'a envoyé voir car on lui avait dit qu'ils... vous avaient tués." "Va tout de suite alors le tranquilliser. J'ai déjà envoyé Manaën. Mais va toi aussi et dis... et dis que Lui seul a été tué. Et moi avec Lui. Et si tu vois d'autres disciples amène-les là avec toi. Mais l'Iscariote et Simon Pierre, je les veux, moi."

"Mère... pardonne-nous si nous n'avons pas fait davantage." "Je pardonne tout... Va." Isaac sort, Marthe et Marie, Salomé et Marie d'Alphée l'étouffent de prières, de recommandations, d'ordres. Suzanne pleure doucement car personne ne lui parle de son époux. C'est alors que Salomé se souvient du sien et qu'elle pleure elle aussi. Silence de nouveau jusqu'à un nouveau coup à la porte. Comme la ville est tranquille, les femmes ont moins peur. Mais quand par la porte entrouverte elles voient se profiler le visage rasé de Longin, elles s'enfuient toutes comme si elles avaient vu un mort dans son suaire ou le démon en personne. Le maître de maison qui flânait dans le vestibule est le premier à s'enfuir. Voilà qu'accourt la Magdeleine qui était avec Marie. Longin, avec un petit sourire moqueur, involontaire sur les lèvres, est entré, et de lui-même il a fermé la lourde porte. Il n'est pas en uniforme mais il a un vêtement gris et court, sous un manteau foncé lui aussi. Marie-Magdeleine le regarde et lui la regarde. Puis, toujours adossé à la porte, Longin demande : "Puis-je entrer sans contaminer personne et sans effrayer personne ? J'ai vu ce matin à l'aurore le citoyen Joseph et il m'a parlé du désir de la Mère. Je demande pardon de ne pas y avoir pensé de moi-même. Voici la lance. Je l'avais gardée comme souvenir d'un... du Saint des Saints. Oh ! pour cela, il l'est ! Mais il est juste que l'ait la Mère. Pour les vêtements... c'est plus difficile. Ne le lui dites pas... mais peut-être ont-ils été déjà vendus pour quelques deniers... C'est le droit des soldats, mais j'essaierai de les trouver..." "Viens. Elle est là." "Mais je suis païen !" "N'importe. Je vais le lui dire si tu le désires." "Oh ! non... je ne pensais pas le mériter." Marie-Magdeleine va trouver la Vierge. "Mère, Longin est là dehors... Il t'offre la lance." "Fais-le passer." Le maître de maison, qui est sur le seuil, bougonne : "Mais c'est un païen." "Je suis la Mère de tous, homme, comme Lui est le Rédempteur de tous."

Longin entre, et sur le seuil salue à la romaine avec un geste du bras (il a enlevé son manteau) et ensuite vocalement : "Ave, Domina. Un romain te salue : Mère du genre humain. La vraie Mère.   Moi, je n'aurais pas voulu être à... à... à cette chose, mais j'en avais l'ordre. Cependant, si je sers à te donner ce que tu désires, je pardonne au destin de m'avoir choisi pour cette horrible chose. Voici" et il lui donne la lance enveloppée dans un drap rouge, le fer seul, pas la hampe. Marie la prend en devenant encore plus pâle. Ses lèvres s'effacent à cause de sa pâleur. Il semble que la lance lui fait perdre son sang. Et elle tremble jusqu'avec ses lèvres en disant : "Qu'il te conduise à Lui, à cause de ta bonté." "C'était l'unique Juste que j'aie rencontré dans le vaste empire de Rome. Je regrette de ne l'avoir connu que par les paroles de mes compagnons. Maintenant... c'est trop tard !" "Non, fils. Lui a fini d'évangéliser. Mais son Évangile reste, dans son Église." "Où est son Église ?" Longin est légèrement ironique. "Elle est ici. Aujourd'hui elle est frappée et dispersée, mais demain elle se réunira comme un arbre qui remet en place sa chevelure après la tempête. Et même s'il n'y avait plus personne, moi j'y suis. Et l'Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu et le mien, est tout entier écrit dans mon cœur. Je n'ai qu'à regarder mon cœur pour pouvoir le répéter." "Je viendrai. Une religion, qui a pour chef un tel héros, ne peut être que divine. Ave, Domina !" Longin aussi s'en va. Marie baise la lance où se trouve encore le Sang de son Fils... Et elle ne veut pas enlever ce Sang, "rubis de Dieu sur la lance cruelle" dit-elle... La journée passe ainsi au milieu des éclaircies et des averses orageuses. Jean revient seulement quand le soleil au zénith dit que c'est midi. "Mère, je n'ai trouvé personne sauf... Judas de Kériot." "Où est-il ?" "Oh ! Mère ! Quelle horreur ! Il est pendu à un olivier, enflé et noir, comme s'il était mort depuis des semaines. Décomposé, horrible... Au-dessus de lui, les vautours, les corbeaux, que sais-je, crient dans des rixes atroces... C'est leur vacarme qui m'a attiré dans cette direction. J'étais sur la route du Mont des Oliviers, et sur un talus j'ai vu ces tourbillons d'oiseaux noirs. J'y suis allé... Pourquoi ? Je ne sais pas, et j'ai vu. Quelle horreur !..."

"Quelle horreur ! Tu dis bien. Mais au-dessus de la Bonté il y a eu la Justice. En effet la Bonté est absente en ce moment... Mais Pierre ! Mais Pierre !... Jean, j'ai la lance. Mais les vêtements... Longin n'en a pas parlé." "Mère, j'ai l'intention d'aller au Gethsémani. Lui a été pris sans manteau. Peut-être est-il encore là. Puis j'irai à Béthanie." "Va. Va, pour le manteau... Les autres sont chez Lazare. Ne va donc pas chez Lazare. Pas besoin. Va et reviens ici." Jean part en courant, sans prendre de nourriture. Comme Marie qui reste à jeun. Les femmes ont mangé debout du pain et des olives tout en travaillant à leurs baumes. Jeanne de Chouza arrive avec Jonathas. C'est un masque de pleureuse. Dès qu'elle voit Marie, elle dit : "Il m'a sauvée ! Il m'a sauvée et Lui est mort ! Maintenant je voudrais ne pas avoir été sauvée !" C'est la Mère Douloureuse qui doit consoler cette enfant guérie, mais restée d'une sensibilité morbide. Elle la console et la fortifie en lui disant : "Tu ne l'aurais pas connu et aimé et tu ne pourrais pas le servir maintenant. Combien il y aura à faire dans l'avenir ! Et nous devrons agir, puisque tu le vois... Nous sommes restées, et les hommes se sont enfuis. C'est toujours la femme qui donne la vie. Pour le Bien. Pour le Mal. Nous engendrerons la nouvelle Foi. D'elle nous sommes remplies, déposée en nous par Dieu notre Époux. Et nous l'engendrerons à la Terre, pour le bien du monde. Regarde, comme il est beau ! Comme il sourit et mendie le saint travail que nous ferons ! Jeanne, moi je t'aime, tu le sais. Ne pleure plus." "Mais Lui est mort ! Oui, là il ressemble encore à un vivant. Mais maintenant il n'est plus vivant. Qu'est le monde sans Lui ?" "Il reviendra. Va, prie, attends. Plus tu croiras, plus tôt il ressuscitera. C'est ma force cette croyance... Et seuls Dieu, Satan et moi, nous savons quels assauts sont donnés à cette Foi dans sa Résurrection." Jeanne aussi s'en va, mince et penché comme un lys trop chargé d'eau. Mais après son départ, Marie retombe dans son tourment. "A tous ! A tous je dois donner la force. Et qui me la donne à moi ?" Et elle pleure en caressant le Visage de l'image, car maintenant elle est assise près du coffre sur lequel le Suaire est étendu.

Joseph et Nicodème arrivent, et ils évitent aux femmes de sortir pour acheter de la myrrhe et de l'aloès car ils en apportent des sachets. Mais leur force cède devant le Visage imprimé sur la toile et devant le visage ravagé de la Mère. Ils s'assoient dans un coin après l'avoir saluée et se taisent, sérieux, funèbres... puis ils s'en vont. Et elle n'a plus la force de parler, mais à mesure que descend le soir, qu'avance un amas de nuages étouffant, elle devient davantage une pauvre créature déchirée. Les ombres du soir sont aussi pour elle comme pour ceux qui souffrent, la source d'une plus grande douleur. Les autres aussi deviennent plus tristes et en particulier Salomé, Marie d'Alphée et Suzanne. Mais pour elles arrive enfin le réconfort, car en groupe viennent Zébédée, l'époux de Suzanne et Simon et Joseph d'Alphée. Les deux premiers restent dans le vestibule pendant qu'ils expliquent que Jean les a trouvés en passant par le faubourg d'Ophel. Les deux autres, de leur côté, ont été trouvés errant dans la campagne par Isaac, se demandant s'ils allaient revenir dans la ville ou aller trouver leurs frères qu'ils supposaient à Béthanie. Simon dit : "Où est Marie ? Je veux la voir" et, précédé par sa mère, il entre et embrasse sa parente affligée. "Tu es seul ? Pourquoi Joseph n'est-il pas avec toi ? Pourquoi vous êtes-vous quittés ? Encore une brouille entre vous ? Vous ne devez pas. Vous voyez ? La raison du désaccord est morte !" Et elle montre le Visage du Suaire. Simon le regarde et pleure. Il dit : "Nous ne nous sommes plus quittés, et nous ne nous quitterons pas. Oui, la raison du désaccord est morte, mais pas comme tu le crois. Elle est morte car, maintenant. Joseph a compris... Joseph est dehors... et n'ose pas venir..." "Oh ! non. Je ne fais jamais peur et je ne suis que pitié. J'aurais pardonné même au Traître, mais je ne puis plus : il s'est tué." Et elle se lève. Elle marche courbée en appelant : "Joseph ! Joseph !" Mais Joseph, noyé de pleurs, ne répond pas. Elle vient à la porte, comme elle l'avait fait pour parler à Judas et, en s'appuyant sur le chambranle, elle tend l'autre main et la pose sur la tête du plus âgé et du plus tenace de ses neveux. Elle le caresse et dit : "Laisse-moi m'appuyer à un Joseph ! Tout était paix et sérénité tant que j'ai eu ce nom comme roi dans ma maison. Puis mon saint est mort... et tout le bien humain de la pauvre Marie est mort aussi. Il m'est resté le bien surnaturel de mon Dieu et Fils... Maintenant je suis la Délaissée... Mais si je puis être dans les bras d'un Joseph que j'aime, et tu le sais si je t'aime, je me sentirai moins délaissée.

Il me semblera revenir en arrière, et pouvoir dire : "Jésus est absent, mais il n'est pas mort. Il est à Cana, à Naïm pour des travaux, mais maintenant il revient..." Viens, Joseph. Entrons ensemble là où Lui t'attend pour te sourire. Il nous a laissé son sourire pour nous dire qu'il n'a pas de rancœur." Joseph entre, et elle le tient par la main, et comme il la voit assise, il s'agenouille devant elle, la tête sur ses genoux et il sanglote : "Pardon ! Pardon !" "Ce n'est pas à moi, c'est à Lui que tu dois le demander." "Il ne peut me le donner. Sur le Calvaire, j'ai cherché à attirer son regard. Il a regardé tout le monde, mais pas moi... Il a raison... Je l'ai connu et aimé comme Maître trop tard.  Maintenant, c'est fini." "Maintenant cela commence. Tu iras à Nazareth et tu diras : "Je crois". Ta croyance aura une valeur infinie. Tu l'aimeras avec la perfection des apôtres de l'avenir qui auront le mérite d'aimer le Jésus connu seulement par l'esprit. Le feras-tu ?" "Oui ! Oui ! Pour réparer. Mais je voudrais entendre de Lui une parole et je ne l'entendrai jamais plus..." "Le troisième jour il ressuscitera et il parlera à ceux qu'il aime. Tout le monde attend sa Voix." "Tu es bénie, toi qui peux croire..." "Joseph ! Joseph ! Mon époux était ton oncle et il a cru à une chose qui est encore plus difficile à croire que celle-ci. Il a su croire que la pauvre Marie de Nazareth était l'Épouse et la Mère de Dieu. Pourquoi toi, neveu de ce Juste et qui portes son nom, ne peux-tu croire qu'un Dieu puisse dire à la Mort : "Suffit !" et à la Vie "Reviens !" ?" "Je ne mérite pas cette foi, car j'ai été mauvais. J'ai été injuste avec Lui. Mais toi... toi tu es la Mère. Bénis-moi. Pardonne-moi... Donne-moi la paix..." "Oui... Paix... Pardon... Oh ! Dieu ! Une fois j'ai dit : "Comme il est difficile d'être les 'rédempteurs' !. Maintenant je dis : "Comme il est difficile d'être la Mère du Rédempteur !" Pitié, mon Dieu ! Pitié !... Va, Joseph. Ta mère a tant souffert en ces heures. Réconforte-la... Je reste ici... avec tout ce que j'ai de mon Enfant... Et mes larmes solitaires t'obtiendront la Foi. Adieu, mon neveu. Dis à tous que je veux me taire... réfléchir... prier... Je suis... Je suis une pauvre femme, tenue suspendue au-dessus d'un abîme par un fil... Le fil, c'est ma Foi... Et votre manque de foi, car personne ne sait croire totalement et saintement, heurte continuellement ce fil... Et vous ne savez pas quelle fatigue vous m'imposez...

Vous ne savez pas que vous aidez Satan à me tourmenter. Va!..." Et Marie reste seule... Elle s'agenouille devant le Suaire. Elle baise le front, les yeux, la bouche de son Fils et elle dit : "Ainsi ! Ainsi ! pour avoir de la force... Je dois croire. Je dois croire. Pour tous." La nuit est tombée, sans étoiles, obscure, étouffante. Marie reste dans l'ombre avec sa douleur. La journée du sabbat est finie.

La nuit

Marie d'Alphée entre avec circonspection et elle écoute. Peut-être pense-t-elle que la Vierge s'est assoupie. Elle s'approche, se penche et elle la voit à genoux, le visage par terre contre le Suaire. Elle murmure : "Oh ! malheureuse ! Elle est restée ainsi !" Elle doit penser qu'elle s'est endormie ou évanouie ainsi. Mais Marie, sortant de son oraison, dit : "Non, je priais." "Mais à genoux ! Dans l'obscurité ! Dans le froid ! La fenêtre ouverte ! Regarde ? Tu es glacée." "Mais je me sens tellement mieux, Marie. Pendant que je priais et l'Éternel seul sait comment j'étais épuisée après avoir soutenu tant de fois qui vacillaient, éclairé tant d'esprits que sa mort elle-même n'a pas éclairés il m'a semblé sentir un parfum angélique, une fraîcheur du Ciel, une caresse d'aile... Un instant... Pas plus. Il m'a semblé que dans la mer de myrrhe, qui dans sa furie me submerge depuis trois jours désormais, s'infusait une goutte de pacifiante douceur. Il m'a semblé que la voûte fermée du Ciel s'entrouvrait, et qu'un filet de lumineux amour descendait sur l'Abandonnée. Il m'a semblé que, venant de distances infinies, un murmure incorporel disait : "C'est réellement terminé". Ma prière, désolée jusqu'à ce moment-là, s'est faite plus tranquille. Elle s'est teinte de la paix lumineuse oh ! à peine une nuance ! de la lumineuse paix qu'étaient mes contacts avec Dieu dans l'oraison... Mes oraisons !... Marie, tu as beaucoup aimé, toi, ton Alphée quand tu étais la vierge épouse ?" "Oh ! Marie !... Je jubilais à l'aurore en me disant : "Une nuit est passée. Une de moins à attendre". Je jubilais au coucher du soleil en me disant : "Un autre jour est fini. Plus proche est mon entrée sous son toit".

Et quand le soleil descendait, je chantais comme une alouette en pensant : "Il viendra d'ici peu". Et quand je le voyais venir, avec son beau visage comme mon Jude c'est pour cela que Jude est mon préféré avec son œil de cerf énamouré comme l'est mon Jacques, oh ! alors, je ne savais plus où j'étais ! Et quand il me saluait en disant : "Douce épouse !" et que je pouvais lui dire : "Mon seigneur" alors je... je crois que si j'avais été écrasée à ce moment-là par un lourd char ou frappée par une flèche, je n'aurais pas senti la douleur. Et ensuite, quand je fus son épouse... Ah !..." Marie se perd dans l'extase de ses souvenirs. Puis elle demande : "Mais pourquoi cette question ?" "Pour t'expliquer ce qu'étaient pour moi les oraisons. Multiplie par cent tes sentiments, fais-les monter à mille et mille puissances, et tu comprendras ce qu'a toujours été pour moi l'oraison, l'attente de cette heure... Oui, je crois que même si je ne priais pas dans la paix de la grotte ou de ma pièce, mais que je me livrais aux travaux de la femme, mon âme priait sans arrêt... Maïs quand je pouvais dire : "Voilà que vient l'heure de me recueillir en Dieu" j'avais mon cœur qui brûlait en battant fort. Et quand je me perdais en Lui... alors... Non... Cela je ne puis l'expliquer. Quand tu seras dans la lumière de Dieu, tu le comprendras... Tout cela depuis trois jours était perdu... Et c'était encore plus déchirant que de n'avoir plus de Fils... Et Satan travaillait ces deux plaies superposées de la mort de mon Enfant et de l'abandon de Dieu, en créant la troisième plaie de la terreur de l'absence de foi. Marie, je t'aime bien et tu es ma parente. Tu le diras plus tard à tes fils apôtres, pour qu'ils sachent résister dans l'apostolat et triompher de Satan. Moi, je suis certaine que si j'avais accepté le doute, et si j'avais cédé à la tentation de Satan, et si j'avais dit : "Il n'est pas possible qu'il ressuscite" en niant Dieu car dire cela c'était nier la Vérité et la Puissance de Dieu dans le néant serait retombée une si grande Rédemption. Moi, nouvelle Ève, j'aurais mordu de nouveau à la pomme de l'orgueil et du sens spirituel et j'aurais défait l'œuvre de mon Rédempteur. Les apôtres seront continuellement tentés ainsi : par le monde, par la chair, par le pouvoir, par Satan. Qu'ils restent fermes, contre toutes les tortures, et les corporelles seront les plus légères, pour ne pas détruire ce que Jésus a fait." "Toi, Marie, dis-le à mes fils... Que veux-tu que sache dire ta pauvre belle-sœur ? ! Oh ! pourtant ! S'ils étaient venus ! Patience, fuir à la première heure ! Mais ensuite !"

"Tu vois que Lazare et Simon avaient l'ordre de les conduire à Béthanie. Jésus sait tout..." "Oui... Mais... Oh ! quand je les verrai, je leur ferai d'âpres reproches. Ils ont été des lâches. Que tous le soient, mais pas eux, mes fils ! Je ne leur pardonnerai jamais..." "Pardonne, pardonne... Cela a été un moment d'égarement... Ils ne croyaient pas que Lui pouvait être pris. Lui l'avait dit..." "C'est bien pour cela que je ne leur pardonne pas. Ils le savaient. Ils étaient donc déjà préparés. Quand on sait une chose et que l'on croit celui qui la dit, rien n'étonne plus !" "Marie, à vous aussi il a dit : "Je ressusciterai". Et pourtant... Si je pouvais vous ouvrir la poitrine et la tête, sur le cœur et sur le cerveau, je verrais écrit : "Cela ne peut être"." "Mais au moins... Oui... Il est difficile de croire... Mais nous sommes restées pourtant sur le Calvaire." "Par une grâce gratuite de Dieu. Autrement nous aurions fui nous aussi. Longin, tu l'as entendu ? A dit : "Chose horrible". Et c'est un guerrier. Nous, femmes, seules avec un garçon, nous avons résisté grâce à une aide directe de Dieu. Ne t'en glorifie donc pas. Ce n'est pas notre mérite." "Et pourquoi pas à eux ?" Parce qu'ils seront les prêtres de demain. lis doivent donc savoir. Savoir, pour l'avoir éprouvé, comme il est facile à celui qui a été fidèle à un Credo d'abjurer. Jésus ne veut pas de prêtres qui le sont si peu, qu'ils ont été ses ennemis les plus tenaces..." Tu parles de Jésus, toi, comme s'il était déjà revenu." "Tu le vois ? Toi aussi tu avoues que tu ne crois pas. Comment donc peux-tu faire des reproches à tes fils ?" Marie d'Alphée ne sait que répliquer. Elle reste tête basse, remue machinalement des objets. Elle trouve la petite lampe et sort avec elle, pour revenir ensuite après l'avoir allumée, et la met à sa place ordinaire. Marie s'est assise de nouveau près du Suaire déplié. Le Suaire, à la lumière jaune de la lampe à huile, avec sa flamme qui tremble, acquiert une vivacité particulière et paraît mouvoir la bouche et les yeux. "Tu ne prends rien ?" demande sa belle-sœur un peu mortifiée. "Un peu d'eau. J'ai soif." Marie va et revient... avec du lait. "N'insiste pas, je ne puis pas. De l'eau, oui. Je n'ai plus d'eau en moi... Je crois n'avoir pas de sang non plus. Mais..." On frappe à la porte. Marie d'Alphée sort. Un chuchotement dans le vestibule et puis Jean passe la tête à l'intérieur.

"Jean, tu es revenu ? Encore rien ?" "Si. Simon Pierre... et le manteau de Jésus... ensemble... Au Gethsémani. Le manteau..." Jean glisse à genoux et dit : "Le voilà... Mais il est tout déchiré et tout plein de sang. Les empreintes des mains sont de Jésus. Seul Lui les avait si longues et si fines. Mais les déchirures viennent de dents. On voit nettement que c'est une bouche d'homme. Je pense que cela a été... que cela a été Judas Iscariote car, près de l'endroit où Simon Pierre a trouvé le manteau, il y avait un morceau du vêtement jaune de Judas. Il est revenu là... ensuite... avant de se tuer. Regarde, Mère." Marie n'a fait que caresser et baiser le lourd manteau rouge de son Fils, mais pressée par Jean, elle l'ouvre et voit les empreintes de sang, foncées sur la couleur rouge du Sang et les déchirures des dents. Elle tremble et murmure : "Que de sang !" Elle paraît ne voir que lui. "Mère... la terre en est rougie. Simon, qui est accouru là-haut aux premières heures du matin, dit que l'herbe avait encore du sang frais sur les feuilles... Jésus... Je ne sais pas... Il ne nie paraissait pas blessé... D'où venait tant de sang ?" "De son Corps. Dans l'angoisse... Oh ! Jésus-Victime totale ! Oh ! mon Jésus !" Marie pleure avec tant d'angoisse, avec une lamentation épuisée, que les femmes se présentent à la porte, regardent et puis se retirent. "Cela, cela alors que tous t'abandonnaient... Vous, que faisiez-vous, pendant que Lui souffrait sa première agonie ?" "Nous dormions, Mère..." Jean pleure. "Simon était là ? Raconte." "J'étais allé chercher le manteau. J'avais pensé le demander à Jonas et à Marc... Mais ils se sont enfuis. La maison est fermée et tout est à l'abandon. Alors je suis descendu aux murs pour faire toute la route faite jeudi... J'étais tellement las ce soir, et affligé, que je ne pouvais maintenant me rappeler où Jésus avait quitté son manteau. Il me semblait qu'il l'avait et puis qu'il ne l'avait pas... A l'endroit de la capture, rien... Où nous étions tous les trois, rien... Je suis allé par le sentier pris par le Maître... Et j'ai cru que Simon Pierre était mort lui aussi, car je l'ai vu là tout blotti contre un rocher. J'ai crié. Il a levé la tête... et je l'ai cru fou tant il était changé. Il a poussé un cri et a cherché à fuir. Mais il titubait, aveuglé par les larmes qu'il avait versées, et je l'ai saisi.

Il m'a dit : "Laisse-moi. Je suis un démon. Je l'ai renié, comme Lui disait... et le coq a chanté et Lui m'a regardé. Je me suis enfui... j'ai couru de tous côtés à travers la campagne et puis je me suis trouvé ici. Et tu vois ? Ici Jéhovah m'a fait trouver son Sang pour m'accuser. Du sang partout ! Du sang partout ! Sur la roche, sur la terre, sur l'herbe. C'est moi qui l'ai fait répandre. Comme toi, comme tous. Mais moi, ce Sang, je l'ai renié". Il me paraissait en délire. J'ai essayé de le calmer et de l'éloigner. Mais il ne voulait pas. Il disait : "Ici ! Ici ! Pour garder ce Sang et son manteau. Et c'est avec mes larmes que je veux le laver. Quand il n'y aura plus de sang sur l'étoffe, peut-être alors je reviendrai parmi les vivants en me battant la poitrine et en disant : 'J'ai renié le Seigneur' ". Je lui ai dit que tu le voulais, que tu m'avais envoyé le chercher. Mais il ne voulait pas le croire. Alors je lui ai dit que tu voulais aussi Judas pour lui pardonner et que tu souffrais de ne pouvoir plus le faire à cause de son suicide. Alors il a pleuré avec plus de calme. Il a voulu savoir. Tout. Et il m'a raconté que l'herbe avait encore du Sang frais et que le manteau était tout maltraité par Judas, dont il avait trouvé un morceau de vêtement. Je l'ai laissé parler, parler, et puis je lui ai dit : "Viens près de la Mère". Oh ! combien j'ai dû prier pour le persuader ! Et quand il me semblait avoir réussi à le persuader, et que je me levais pour venir, lui ne voulait plus. C'est seulement vers le soir qu'il est venu. Mais après avoir passé la porte, il s'est caché de nouveau dans un jardin désert en disant : "Je ne veux pas que les gens me voient. Je porte écrite sur mon front la parole : Celui qui renie Dieu". Maintenant qu'il fait tout à fait nuit, j'ai réussi à le traîner jusqu'ici." "Où est-il ?" "Derrière cette porte." "Fais-le entrer." "Mère..." "Jean..." "Ne lui fais pas de reproches. Il est repenti." "Me connais-tu si peu encore ? Fais-le entrer." Jean sort. Il revient seul. Il dit : "Il n'ose pas. Essaie de l'appeler, toi." Et Marie doucement : "Simon de Jonas, viens." Rien. "Simon Pierre, viens." Rien. "Pierre de Jésus et de Marie, viens." Un âpre accès de pleurs. Mais il n'entre pas. Marie se lève. Elle laisse le manteau sur la table et va à la porte.

Pierre est blotti là dehors, comme un chien sans maître. Il pleure si fort et tout pelotonné qu'il n'entend pas le bruit de la porte qui s'ouvre en grinçant, ni le bruit des sandales de Marie. Il s'aperçoit qu'elle est là, quand elle se penche pour lui prendre une main pressée sur ses yeux et l'oblige à se lever. Elle entre dans la pièce en le traînant comme un enfant. Elle ferme la porte et met le verrou, et courbée par la douleur, comme lui l'est par la honte, elle revient à sa place. Pierre va à ses pieds, à genoux, et il pleure sans retenue. Marie caresse ses cheveux grisonnants, tout en sueur à cause de la douleur. Pas autre chose que cette caresse jusqu'à ce qu'il soit plus calme. Enfin, quand Pierre dit : "Tu ne peux me pardonner. Ne me caresse donc pas, car je l'ai renié", Marie dit : "Pierre, tu l'as renié, c'est vrai. Tu as eu le courage de le renier en public, le lâche courage de le faire. Les autres... Tous, sauf les bergers, Manaën, Nicodème et Joseph et Jean, n'ont eu que la lâcheté. Ils l'ont renié tous : hommes et femmes d'Israël, sauf quelques femmes... Je ne nomme pas les neveux et Alphée de Sara : eux étaient parents et amis. Mais les autres !... Et ils n'ont même pas eu le courage satanique de mentir pour se sauver, ni le courage spirituel de se repentir et de pleurer, ni celui encore plus grand de reconnaître publiquement l'erreur. Tu es un pauvre homme. Tu l'étais, plutôt, tant que tu as présumé de toi. Maintenant tu es un homme. Demain, tu seras un saint. Mais même si tu n'avais pas été ce que tu es, je t'aurais cependant quand même pardonné. J'aurais pardonné à Judas, pour sauver son esprit. Car la valeur d'un esprit, même d'un seul, mérite tous les efforts pour surmonter les répugnances et les ressentiments, jusqu'à en être brisé. Souviens-t'en Pierre, Je te le répète : "La valeur d'une âme est telle, même si on doit en mourir par l'effort de subir son voisinage, il faut la tenir ainsi dans ses bras comme je tiens ta tête chenue, si on comprend qu'en la tenant ainsi on peut la sauver". Ainsi, comme une mère qui, après le châtiment paternel, prend sur son cœur la tête du fils coupable, et davantage par les paroles de son cœur déchiré qui bat, qui bat d'amour et de douleur, que par les coups paternels, ravise et obtient. Pierre de mon Fils, pauvre Pierre qui as été, comme tous, entre les mains de Satan dans cette heure de ténèbres, et ne t'en es pas aperçu, et qui crois avoir agi par toi-même, viens, viens ici sur le cœur de la Mère des fils de mon Fils. Ici, Satan ne peut plus te faire de mal. Ici se calment les tempêtes et, en attendant le soleil : mon Jésus qui ressuscitera pour te dire : "Paix, mon Pierre", se lève l'étoile du matin, pure, belle, et qui rend pur et beau tout ce qu'elle baise, comme il arrive sur les claires eaux de notre mer dans les frais matins du printemps.

C'est pour cela que je t'ai tant désiré. Au pied de la Croix, j'étais martyrisée par Lui et par vous et  comment ne l'as-tu pas senti ? et j'ai appelé vos esprits si fort que je crois qu'ils sont venus réellement à moi. Et, renfermés en mon cœur, ou plutôt déposés sur mon cœur, comme les pains de proposition, je les ai tenus sous le bain de son Sang et de ses larmes. Je le pouvais, car Lui, en Jean, m'a rendue Mère de toute sa descendance... Combien je t'ai désiré !... En ce matin-là, en cet après-midi-là, et nuit et nouveau jour... Pourquoi as-tu fait tant attendre une Mère, pauvre Pierre, blessé et piétiné par le Démon ? Ne sais-tu pas que c'est la tâche des mères de remettre en ordre, de guérir, de pardonner, de ramener ? Je te ramène à Lui. Voudrais-tu le voir ? Voudrais-tu voir son sourire pour te persuader qu'il t'aime encore ? Oui ? Oh ! alors, détache-toi de mon pauvre sein de femme, et mets ton front sur son front couronné, ta bouche sur sa bouche blessée, et baise ton Seigneur." "Il est mort... Je ne pourrai jamais plus." "Pierre, réponds-moi. Quel est pour toi le dernier miracle de ton Seigneur ?" "Celui de l'Eucharistie. Ou plutôt, non. Celui du soldat guéri là-bas... là-bas... Oh ! ne me fais pas souvenir !..." "Une femme fidèle, aimante, courageuse, l'a rejoint sur le Calvaire et a essuyé son Visage. Et Lui, pour dire ce que peut l'amour, a fixé son Visage sur la toile. Le voilà, Pierre. Voilà ce qu'a obtenu Une femme à l'heure des ténèbres infernales et du courroux divin, seulement parce qu'elle a aimé. Rappelle-le-toi cela, Pierre, pour les heures où il te semblera que le Démon est plus fort que Dieu. Dieu était prisonnier des hommes, déjà accablé, condamné, flagellé, déjà mourant... Et pourtant, puisque même dans les plus dures persécutions. Dieu est toujours Dieu, et que si on frappe l'Idée, Dieu qui la suscite est intouchable, voilà que Dieu, aux négateurs, aux incrédules, aux hommes des sots "pourquoi", des coupables "cela ne peut être", des sacrilèges "ce que je ne comprends pas n'est pas vrai", répond, sans parole, par ce linge. Regarde-le. Un jour, tu me l'as dit, tu disais à André : "Le Messie se manifestera à toi ? Cela ne peut être vrai !" et puis ta raison humaine dut se soumettre à la force de l'esprit qui voyait le Messie là où la raison ne le voyait pas. Une autre fois, sur la mer en tempête, tu demandais : "Est-ce que je viens, Maître ?" et puis, à moitié chemin, sur l'eau démontée, tu as douté en disant : "L'eau ne peut me soutenir" et par le doute sur le poids il s'en est fallu de peu que tu ne te noies.

C'est seulement quand contre la raison humaine prévalut l'esprit qui sut croire, que tu pus trouver l'aide de Dieu. Une autre fois tu disais : "Si Lazare est mort depuis déjà quatre jours, pourquoi sommes-nous venus ? Pour mourir inutilement". Car, avec ta raison humaine, tu ne pouvais admettre d'autre solution. Et ta raison fut démentie par l'esprit qui, en t'indiquant par le ressuscité la gloire de Celui qui le ressuscitait, te montra que vous n'y étiez pas allés inutilement. Une autre fois, et même plusieurs autres, tu disais en entendant ton Seigneur parler de mort, et de mort atroce : "Cela ne t'arrivera jamais !" Et tu vois quel démenti a eu ta raison. Moi, j'attends, maintenant, d'entendre la parole de ton esprit dans ce dernier cas..." "Pardon." "Pas cela. Une autre parole." "Je crois." "Une autre." "Je ne sais pas..." "J'aime. Pierre, aime. Tu seras pardonné, tu croiras, tu seras fort. Tu seras le Prêtre, non le pharisien qui accable et n'a que formalismes et pas de foi active. Regarde-le. Ose le regarder. Tous l'ont regardé et vénéré. Même Longin... Et tu ne saurais pas ? Tu as pourtant su le renier ! Si tu ne le reconnais pas maintenant, à travers le feu de ma maternelle, affectueuse douleur qui vous unit, vous rend la paix, tu ne pourras plus. Lui ressuscite. Comment pourras-tu le regarder dans son nouvel éclat, si tu ne connais pas son visage dans le trépas de Maître que tu connais pour arriver au Triomphateur que tu ne connais pas ? Car la douleur, toute la Douleur des siècles et du monde, l'a travaillé par le ciseau et la massette dans ces heures qui vont du soir du Jeudi à l'heure de none de Vendredi, et elles ont changé son visage. Avant c'était seulement le Maître et l'Ami. Maintenant c'est le Juge et le Roi. Il est monté sur son siège pour juger, et il a ceint le diadème. Il restera ainsi. Sauf qu'après la Résurrection, il ne sera plus l'Homme Juge et Roi. Mais le Dieu Juge et Roi. Regarde-le. Regarde-le pendant que l'Humanité et la Douleur le voilent pour pouvoir le regarder quand il triomphera dans sa Divinité." Pierre lève finalement la tête des genoux de Marie et la regarde, avec ses yeux rougis par les larmes, dans un visage de vieil enfant désolé et étonné du mal fait et du si grand bien qu'il trouve.

Marie le force à regarder son Seigneur et alors, pendant que Pierre comme devant un visage vivant, gémit : "Pardon, pardon ! Je ne sais comment cela s'est passé. Ce que cela a été. Je n'étais pas moi. Il y avait quelque chose qui faisait que je n'étais pas moi ! Mais je t'aime, Jésus ! Je t'aime, mon Maître ! Reviens ! Reviens ! Ne t'en va pas ainsi sans me dire que tu m'as compris !" Marie répète le geste déjà fait dans la chambre du tombeau. Les bras tendus, debout, elle paraît la prêtresse au moment de l'offertoire. Et comme là elle a offert l'Hostie sans tache, ici elle offre le pécheur repenti. C'est bien la Mère des saints et des pécheurs ! Et puis elle lève Pierre, elle le console encore, et lui dit : "Maintenant je suis plus contente. Je te sais ici. Maintenant tu vas à côté avec les femmes et Jean. Vous avez besoin de repos et de nourriture. Va et sois bon..." comme à un enfant. Puis, dans la maison qui plus calme en cette seconde nuit depuis sa mort, tend à revenir aux habitudes humaines du sommeil et de la nourriture, et présente l'aspect las et résigné des habitations où les survivants reviennent doucement du coup de la mort, Marie seule veut rester debout, ferme à sa place, en son attente, en sa prière. Toujours. Toujours. Toujours. Pour les vivants et pour les morts. Pour les justes et les coupables. Pour le retour, le retour, le retour du Fils. Sa belle-sœur a voulu rester avec elle mais maintenant elle dort lourdement assise dans un coin, la tête renversée contre le mur. Marthe et Marie viennent deux fois, mais ensuite endormies se retirent dans une pièce voisine et après quelques mots tombent elles aussi dans le sommeil... Et plus loin, dans une chambre petite comme un jouet, Salomé dort avec Suzanne, alors que sur deux nattes jetées sur le sol, dorment bruyamment Pierre et Jean. Le premier avec encore un sanglot machinal perdu dans son ronflement, le second avec un sourire d'enfant qui rêve quelque joyeuse vision. La vie reprend son activité, et la chair ses droits... Seule l'Étoile du Matin brille sans sommeil, avec son amour qui veille près de l'image de son Fils. Et la nuit du Samedi Saint passe ainsi, jusqu'au moment où le chant du coq, à la première clarté de l'aube, fait lever Pierre avec un cri et son cri apeuré et douloureux réveille les autres dormeurs. La trêve est finie pour eux, et la peine recommence. Alors que pour Marie ne fait que grandir l'anxiété de l'attente.

Texte extrait de l'Evangile tel qu'il m'a été révélé, tome 9, chapitres 34-35

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30 mars 2010

Semaine Sainte 2010

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Semaine Sainte 2010

Mardi Saint

Extrait des révélations de Maria Valtorta

Le jour

Ils vont rentrer dans la ville, toujours par le même sentier écarté qu'ils ont pris le matin d'avant, comme si Jésus ne voulait pas être entouré par les gens qui l'attendent avant d'être dans le Temple, auquel on accède vite en entrant dans la ville par la Porte du Troupeau, qui est près de la Probatique. Mais aujourd'hui plusieurs des soixante-douze l'attendent déjà au-delà du Cédron, avant le pont, et dès qu'ils le voient apparaître au milieu des oliviers verts gris, dans son vêtement pourpre, ils vont à sa rencontre.

Ils se réunissent pour aller vers la ville. Pierre, qui regarde en avant, en bas de la pente, soupçonnant toujours de voir apparaître quelque mal intentionné, voit parmi le vert frais des dernières pentes un amas de feuilles fanées et qui pendent, qui se penchent au-dessus de l'eau du Cédron. Les feuilles recroquevillées et mourantes, ayant ça et là des taches qui ressemblent à de la rouille, ressemblent à celles d'une plante que les flammes ont desséchées. De temps à autre la brise en détache une et l'enfouit dans les eaux du torrent. "Mais c'est le figuier d'hier ! Le figuier que tu as maudit !" crie Pierre en montrant de la main la plante desséchée et en tournant la tête pour parler au Maître. Tous accourent, sauf Jésus qui avance de son pas habituel. Les apôtres racontent aux disciples l'antécédent de ce qu'ils voient et tous ensemble commentent en regardant stupéfaits Jésus. Ils ont vu des milliers de miracles sur les hommes et les éléments, mais celui-ci les frappe comme les autres ne l'ont pas fait. Jésus, qui est survenu, sourit en voyant ces visages stupéfaits et craintifs, et il dit : "Et quoi ? Vous êtes tellement émerveillés qu'à ma parole un figuier se soit desséché ? Ne m'avez-vous pas vu peut-être ressusciter les morts, guérir les lépreux, donner la vue aux aveugles, multiplier les pains, calmer les tempêtes, éteindre le feu ? Et vous êtes stupéfaits qu'un figuier se dessèche ?" "Ce n'est pas pour le figuier. C'est que hier il était robuste quand tu l'as maudit, et maintenant il est sec. Regarde, il est friable comme de l'argile sèche. Ses branches n'ont plus de moelle. Regarde, elles s'en vont en poussière" et Bathélémy réduit en poussière entre ses doigts des branches qu'il a facilement cassées. "Elles n'ont plus de moelle. Tu l'as dit. Et c'est la mort quand il n'y a plus de moelle, aussi bien dans un arbre que dans une nation, que dans une religion, mais qu'il y a seulement la dure écorce et le feuillage inutile : férocité et extérieur hypocrite. La moelle, blanche, entière, pleine de sève, correspond à la sainteté, à la spiritualité. L'écorce dure et le feuillage inutile à l'humanité dépourvue de vie spirituelle et juste. Malheur aux religions qui deviennent humaines parce que leurs prêtres et leurs fidèles n'ont plus l'esprit vital. Malheur aux nations dont les chefs ne sont que férocité et verbosité tapageuse dépourvue d'idées fertiles ! Malheur aux hommes auxquels manque la vie de l'esprit !"

"Pourtant si tu devais dire cela aux grands d'Israël, encore que ta parole soit juste, tu ne serais pas sage. Ne te flatte pas que jusqu'à présent ils t'ont laissé parler. Toi-même le dis que ce n'est pas par conversion de cœur, mais par calcul. Sache alors, Toi aussi, calculer la portée et les conséquences de tes paroles. Parce qu'il y a aussi la sagesse du monde en dehors de la sagesse de l'esprit. Et il faut savoir en user à notre avantage. Car enfin, pour l'instant, on est dans le monde, et pas dans le Royaume de Dieu" dit l'Iscariote sans amertume, mais d'un ton doctoral. "Le vrai sage c'est celui qui sait voir les choses sans que les ombres de la propre sensualité et les réflexions du calcul les altèrent. Je dirai toujours la vérité de ce que je vois." "Mais, en somme, ce figuier est mort parce que tu as été Toi à le maudire, ou bien... c'est un pur hasard... un signe... je ne sais pas ?" demande Philippe. "C'est tout ce que tu dis. Mais ce que j'ai fait vous aussi vous pourrez le faire si vous arrivez à avoir la foi parfaite. Ayez-la dans le Seigneur Très-Haut. Et quand vous l'aurez, en vérité je vous dis que vous pourrez cela et encore davantage. En vérité je vous dis que si quelqu'un arrive à avoir la confiance parfaite dans la force de la prière et dans la bonté du Seigneur, il pourra dire à cette montagne : "Déplace-toi de là et jette-toi dans la mer" et si en le disant il n'hésite pas en son cœur, mais croit que ce qu'il ordonne peut se réaliser, ce qu'il a dit se réalisera." "Et nous semblerons des magiciens et nous serons lapidés, comme il est dit pour qui exerce la magie. Ce serait un miracle bien sot et à notre détriment !" dit l'Iscariote en hochant la tête. "Tu es sot, toi qui ne comprends pas la parabole !" lui réplique Jude. Jésus ne parle pas à Judas, il parle à tous : "Je vous dis, et c'est une ancienne leçon que je répète à cette heure : quelque chose que vous demandiez par la prière, ayez la foi de l'obtenir et vous l'aurez. Mais si avant de prier vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez d'abord et faites la paix afin d'avoir pour ami votre Père qui est dans les Cieux, qui vous pardonne tant et vous comble tant, du matin au soir et du couchant à l'aurore." Ils entrent au Temple. Les soldats de l'Antonia les regardent passer. Ils vont adorer le Seigneur, puis reviennent dans la cour où les rabbis enseignent.

Tout de suite vers Jésus, avant encore que les gens n'arrivent et ne se groupent autour de Lui, s'approchent des Saphorim, des docteurs d'Israël et des hérodiens et, avec un respect menteur, après l'avoir salué, ils Lui disent : Maître, nous savons que tu es sage et véridique, et que tu enseignes la voie de Dieu sans tenir compte de rien ni de personne, excepté de la vérité et de la justice, et que tu te soucies peu du jugement des autres sur Toi, mais seulement de conduire les hommes au Bien. Dis-nous alors : est-il permis de payer le tribut à César ou bien n'est-il pas licite de le faire ? Que t'en semble-t-il ?" Jésus les regarde de l'un de ces regards d'une pénétrante et solennelle perspicacité, et il répond : "Pourquoi me tentez-vous hypocritement ? Et pourtant quelqu'un de vous sait que l'on ne me trompe pas avec des honneurs hypocrites ! Mais montrez-moi une pièce de monnaie de celles qui servent pour le tribut." Ils Lui présentent une pièce de monnaie. Il l'observe au recto et au verso et, en la tenant appuyée sur la paume de sa main gauche, il la frappe de l'index de sa main droite en disant : "De qui est cette image et que dit cette inscription ?" "C'est la figure de César et l'inscription porte son nom. Le nom de Caius Tibère César qui est maintenant empereur de Rome." "Et alors rendez à César ce qui appartient à César et donnez à Dieu ce qui est à Dieu" et il leur tourne le dos après avoir rendu la pièce à celui qui la Lui avait donnée. Il écoute tel ou tel des nombreux pèlerins qui l'interrogent, réconforte, absout, guérit. Les heures passent. Il sort du Temple pour aller peut-être hors de la porte, pour prendre la nourriture que Lui apportent les serviteurs de Lazare qui en ont été chargés. Quand il rentre au Temple, c'est l'après-midi. Il est inlassable. Grâce et sagesse coulent de ses mains posées sur les malades, de ses lèvres pour des conseils personnels donnés à ceux nombreux qui l'approchent. Il semble qu'il veuille tous les consoler, les guérir tous, avant de ne plus pouvoir le faire. C'est déjà le couchant et les apôtres, fatigués, sont assis par terre sous le portique, abasourdis par ce mouvement continuel de la foule dans les cours du Temple à l'approche de Pâque. A ce moment s'approchent de l'Inlassable des riches, certainement des riches à en juger par leurs vêtements somptueux. Matthieu, qui ne sommeille que d'un œil, se lève pour secouer les autres. Il dit : "Des sadducéens vont trouver le Maître. Ne le laissons pas seul pour qu'ils ne l'offensent pas ou ne cherchent pas à Lui faire tort et à le mépriser encore."

 

Ils se lèvent tous pour rejoindre le Maître qu'ils entourent immédiatement. Je crois deviner qu'il y a eu des représailles quand ils sont allés au Temple ou qu'ils y sont revenus à sexte. Les sadducéens, qui rendent honneur à Jésus avec des courbettes exagérées, Lui disent : "Maître, tu as répondu si sagement aux hérodiens que nous est venu le désir d'avoir nous aussi un rayon de ta lumière. Écoute : Moïse a dit : "Si quelqu'un meurt sans enfant, que son frère épouse la veuve pour donner une descendance à son frère". Or, il y avait parmi nous sept frères. Le premier, après avoir épousé une jeune fille, mourut sans laisser de descendance et ainsi, il laissa sa femme à son frère. Le second mourut aussi sans laisser de descendance, et de même le troisième qui épousa la veuve des deux qui l'avaient précédé, et il en fut de même jusqu'au septième. Finalement après avoir épousé les sept frères, la femme mourut. Dis-nous : à la résurrection des corps, s'il est assurément vrai que les hommes ressuscitent et que notre âme survit et s'unit de nouveau au corps au dernier jour, en reformant les vivants, lequel des sept frères aura la femme, puisqu'ils l'ont eue tous les sept sur la Terre ?" "Vous vous trompez. Vous ne savez comprendre ni les Écritures ni la puissance de Dieu. Très différente de celle-ci sera l'autre vie, et dans le Royaume éternel n'existeront pas comme dans celui-ci les nécessités de la chair. Car, en vérité, après le jugement final la chair ressuscitera et se réunira à l'âme immortelle pour reformer un tout, vivant comme et mieux que n'est vivante maintenant ma personne et la vôtre, mais elle ne sera plus sujette aux lois et surtout aux impulsions et aux abus qui existent maintenant. À la résurrection les hommes et les femmes ne se marieront pas, mais ils seront semblables aux anges de Dieu dans le Ciel qui ne se marient pas, tout en vivant dans l'amour parfait qui est divin et spirituel. Quant à la résurrection des morts, n'avez-vous pas lu comment du buisson Dieu a parlé à Moïse ? Que dit alors le Très-Haut ? "Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob". Il n'a pas dit  : "J'ai été", pour faire comprendre qu'Abraham, Isaac et Jacob avaient existé, mais n'existaient plus. Il a dit : "Je suis". Parce qu'Abraham, Isaac et Jacob existent. Immortels. Comme tous les hommes dans leur partie immortelle, tant que les siècles dureront, et ensuite avec la chair ressuscitée pour l'éternité. Ils existent comme existe Moïse, les prophètes, les justes, comme, malheureusement, existe Caïn, et ils existent ceux du déluge, et les sodomites, et tous ceux qui sont morts en faute mortelle. Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants."

"Est-ce que Toi aussi tu mourras et ensuite seras vivant ?" disent-ils pour le tenter. Ils sont déjà las de leur douceur. Leur rancœur est telle qu'ils ne savent pas se contenir. "Je suis le Vivant et ma Chair ne connaîtra pas la Décomposition. L'arche nous a été enlevée et l'actuelle sera enlevée même comme symbole. Le Tabernacle nous a été enlevé et sera détruit. Mais le vrai Temple de Dieu ne pourra être enlevé ni détruit. Quand ses adversaires croiront l'avoir fait, alors ce sera le moment qu'il s'établira dans la véritable Jérusalem, dans toute sa gloire. Adieu." Et il se hâte vers la Cour des Israélites car les trompettes d'argent appellent au sacrifice du soir. Jésus me dit : "Comme je t'ai fait remarquer l'expression "à mon calice" dans la vision où la mère de Jean et de Jacques demande une place pour ses fils, je te dis de même de remarquer dans la vision d'hier le passage : "celui qui tombera contre cette pierre se fracassera". Dans les traductions on se sert toujours de "sur". J'ai dit contre, et non pas sur. Et c'est une prophétie contre les ennemis de mon Église. Ceux qui la contrecarrent en se jetant contre Elle, parce qu'Elle est la Pierre angulaire, se trouvent fracassés. L'histoire de la Terre, depuis vingt siècles, confirme ce que je dis. Les persécuteurs de l'Église se fracassent en se jetant contre la Pierre angulaire. Cependant aussi, et qu'ils y pensent aussi ceux qui, parce qu'ils appartiennent à l'Église, se croient à l'abri des châtiments divins, celui sur qui tombera le poids de la condamnation du Chef et Époux, de cette Épouse qui est la mienne, de ce Corps Mystique qui est le mien, celui-là sera écrasé. Et pour prévenir une objection des scribes et sadducéens toujours vivants et malveillants pour mes serviteurs, je dis : Si dans ces dernières visions se trouvent des phrases qui ne sont pas dans les Évangiles, telles que celles de la fin de la vision d'aujourd'hui, et des passages où je parle du figuier desséché et d'autres encore, qu'eux se rappellent que les évangélistes étaient toujours de ce peuple, et qu'ils vivaient dans les temps où tout heurt un peu trop vif pouvait avoir des répercussions violentes et nuisibles aux néophytes. Qu'ils relisent les Actes des Apôtres et ils verront qu'elle n'était pas paisible la fusion de tant de pensées différentes, et que s'ils s'admiraient mutuellement, en reconnaissant leurs mérites réciproques, il ne manqua pas parmi eux des dissentiments parce que les pensées des hommes sont variées et toujours imparfaites. Et pour éviter des ruptures plus profondes entre une pensée et une autre, éclairés par l'Esprit-Saint, les Évangélistes omirent volontairement dans leurs écrits des phrases qui auraient choqué l'excessive susceptibilité des hébreux et scandalisé les gentils, qui avaient besoin de croire parfaits les hébreux, qui formaient le noyau d'où venait l'Église, pour ne pas s'éloigner en disant : "Ils sont comme nous". Connaître les persécutions du Christ, oui. Mais les maladies spirituelles du peuple d'Israël désormais corrompu, surtout dans les classes les plus élevées, non. Ce n'était pas bien. Et ils les voilèrent le plus qu'ils purent. Qu'ils observent comment les Évangiles deviennent de plus en plus explicites, jusqu'au limpide Évangile de mon Jean, à mesure qu'ils étaient écrits à une époque plus éloignée de mon Ascension vers mon Père.

Jean est le seul à rapporter entièrement même les taches les plus douloureuses du noyau apostolique en nommant ouvertement Judas "voleur", et il rappelle intégralement les bassesses des juifs (chapitre 6 — la volonté feinte de me faire roi, les disputes au Temple, l'abandon d'un grand nombre après le discours sur le Pain du Ciel, l'incrédulité de Thomas). Dernier survivant, ayant vécu assez pour voir l'Église déjà forte, il lève les voiles que les autres n'avaient pas osé lever. Mais maintenant l'Esprit de Dieu veut que l'on connaisse même ces paroles, et qu'ils en bénissent le Seigneur car ce sont autant de lumières et autant d'indications pour les justes de cœurs."

La nuit

"Aujourd'hui vous avez entendu parler des gentils et des juifs, et vous avez vu comment les premiers se sont inclinés devant Moi et comment les seconds pour un peu m'auraient frappé. Toi, Pierre, tu allais en venir aux mains en voyant qu'exprès ils envoyaient contre Moi des agneaux, des béliers et des bouvillons pour me faire tomber par terre parmi les excréments. Toi, Simon, prudent pourtant comme tu l'es, tu as ouvert la bouche pour insulter les membres les plus haineux du Sanhédrin qui grossièrement me poussaient en me disant : "Écarte-toi, démon, pour que passent les envoyés de Dieu". Toi, Jude, mon cousin, et toi, Jean, mon préféré, avez crié, et vivement m'avez empêché le premier d'être heurté en prenant le cheval par la bride, l'autre en se mettant devant Moi et en recevant le choc de la barre dirigée contre Moi quand, avec un rire méprisant, Sadoc a marché contre Moi en lançant au galop son lourd char contre Moi, intentionnellement. Je vous remercie de votre amour qui vous fait vous lever contre ceux qui offensent Celui qui est désarmé. Mais vous verrez bien d'autres offenses et d'autres actes de cruauté. Quand cette lune reviendra dans le ciel pour la seconde fois après ce soir, les offenses, qui pour le moment sont verbales, ou à peines ébauchées quand elles sont matérielles, deviendront concrètes et plus nombreuses que les fleurs qui sont maintenant sur les arbres fruitiers et qui ne cessent de se multiplier dans leur hâte de fleurir. Vous avez vu — et vous avez été stupéfaits — un figuier desséché et toute une pommeraie sans fleurs. Le figuier, comme Israël, a refusé de restaurer le Fils de l'homme et il est mort dans son péché. La pommeraie, comme les gentils, attend l'heure que j'ai dite aujourd'hui pour fleurir et faire disparaître le dernier souvenir de la férocité des hommes par la douceur des fleurs qu'ils répandront sur la tête et sous les pieds du Vainqueur."

"Quelle heure, Maître ?" demande Matthieu. "Tu as tant parlé et de tant de choses aujourd'hui ! Je ne me rappelle pas bien, et je voudrais me rappeler tout. Peut-être l'heure du retour du Christ ? Ici aussi tu as parlé de branches qui deviennent tendres et mettent des feuilles." "Mais non !" s'écrie Thomas. "Le Maître parle comme si cette conjuration qui l'attend était imminente. Comment alors, en si peu de temps, peut arriver tout ce que Lui dit précéder son retour ? Guerres, destructions, esclavage, persécutions, l'Évangile prêché dans le monde entier, désolation et abomination dans la maison de Dieu, et puis des tremblements de terre, des pestes, de faux prophètes, des signes dans le soleil et dans les étoiles... Eh ! il faut des siècles pour faire tout cela ! Il serait frais le maître de la pommeraie si son jardin devait attendre cette heure pour fleurir !" "Il ne mangerait plus de ses pommes parce que je dis qu'alors ce sera la fin du monde" commente Bathélemy. "Pour accomplir la fin du monde il ne faudrait qu'une pensée de Dieu, et tout retournerait au néant. Par conséquent cette pommeraie pourrait avoir peu de temps à attendre. Mais comme je l'ai dit, cela arrivera. Et de l'un à l'autre il se passera donc des siècles. Je veux dire jusqu'au triomphe et au retour du Christ" explique Jésus. "Et alors ? Quelle heure ?" "Oh ! moi, je la connais l'heure !" dit Jean en pleurant. "Je la connais. Et ce sera après ta mort et ta résurrection !..." et Jean l'embrasse fortement. "Et tu pleures s'il ressuscite ?" plaisante Judas Iscariote. "Je pleure parce qu'auparavant il doit mourir. Ne te moque pas de moi, démon. Je comprends et je ne puis penser à cette heure." "Maître, il m'a appelé démon. Il a péché contre son compagnon." "Judas, as-tu conscience de ne pas le mériter ? Et alors ne te fâche pas pour sa faute. Moi aussi on m'a appelé "démon" et on m'appellera encore ainsi." "Mais tu as dit que celui qui insulte son frère est coup..." "Silence. Que devant la mort finissent enfin ces accusations odieuses, ces disputes et ces mensonges. Ne troublez pas celui qui meurt." "Pardonne-moi, Jésus, murmure Jean. "J'ai senti quelque chose qui se révoltait en moi, en entendant son rire... et je n'ai pu me retenir."

 

Jean est tout embrassé, poitrine contre poitrine, et pleure sur son cœur. "Ne pleure pas. Je te comprends. Laisse-moi parler." Mais Jean ne se détache pas de Jésus même pas quand il s'assoit sur une grosse racine qui dépasse. Il reste un bras derrière son dos et l'autre autour de sa poitrine, la tête appuyée sur son épaule et il pleure sans bruit. Seules brillent au clair de lune ses larmes qui tombent sur l'habit pourpre de Jésus et elles semblent des rubis, gouttes de sang pâle frappées par la lumière. "Vous avez entendu parler les juifs et les gentils, aujourd'hui. Vous ne devez donc pas vous étonner si je vous dis : "De ma bouche est sortie une parole de justice, toujours. Et elle ne sera pas révoquée". Si je dis, toujours avec Isaïe, en parlant des gentils qui viendront à Moi après que j'aurai été élevé de terre : "En ma présence tout genou pliera, à cause de Moi et sur Moi jurera toute langue". Et encore vous ne douterez pas lorsque vous aurez remarqué les manières des juifs, qu'il est facile de dire sans crainte d'erreur que me seront amenés tous ceux qui, sans honte, s'opposent à Moi. Mon Père n'a pas fait de Moi son serviteur seulement pour faire revivre les tribus de Jacob, pour convertir ce qui reste d'Israël : les restes, mais Il m'a donné comme lumière des Nations afin que je sois le "Sauveur" pour toute la Terre. C'est pour cela qu'en ces trente-trois années d'exil du Ciel et du sein du Père, j'ai continué à croître en Grâce et en Sagesse près de Dieu et près des hommes, pour atteindre l'âge parfait, et en ces trois dernières années, après avoir brûlé mon âme et mon esprit au feu de l'amour et l'avoir trempée au froid de la pénitence, j'ai fait "de ma bouche une sorte d'épée tranchante". Le Père saint, qui est mon Père et le vôtre, m'a jusqu'ici gardé sous l'ombre de sa main, car ce n'était pas encore l'heure de l'Expiation. Maintenant Il me laisse aller. La flèche choisie, la flèche de son divin carquois, après avoir blessé pour guérir, blessé les hommes pour faire dans leurs cœurs une brèche pour la Parole et la Lumière de Dieu, s'en va rapide et sûre d'elle blesser la Seconde Personne, l'Expiateur, l'Obéissant pour tout l'Adam désobéissant... Et comme un guerrier qui est frappé je tombe, en disant pour trop d'hommes : "C'est en vain que je me suis fatigué sans raison, sans rien obtenir. J'ai consumé mes forces pour rien". Mais non ! Non, pour le Seigneur Éternel qui ne fait jamais rien sans but ! Arrière Satan qui veux me porter au découragement et essayer de me faire désobéir ! A l'alpha et à l'oméga de mon ministère tu es venu et tu viens.

Eh bien, voici, je me lève (et réellement il se dresse debout) pour la bataille. Je me mesure avec toi. Et, je me le jure à Moi-même, je vaincrai. Ce n'est pas de l'orgueil de le dire. C'est la vérité. Le Fils de l'homme sera dans sa chair vaincu par l'homme, le misérable ver qui mord et empoisonne avec sa fange putride. Mais le Fils de Dieu, la Seconde Personne de l'inexprimable Triade, ne sera pas vaincue par Satan. Tu es la Haine. Et tu es puissant dans ta haine et dans ta tentation. Mais avec Moi il y aura une force qui t'échappe, car tu ne peux l'atteindre et tu ne peux l'arrêter. L'Amour est avec Moi ! Je sais la torture inconnue qui m'attend. Non celle dont je vous parlerai demain pour que vous sachiez que rien de ce que l'on faisait ou entreprenait pour Moi, ou autour de Moi, que rien de ce qui se formait en vos cœurs, ne m'était inconnu. Mais l'autre torture... Celle qui n'est pas donnée au Fils de l'homme avec des lances ou des bâtons, par des railleries et des coups, mais par Dieu même et qui ne sera connue que par peu de personnes pour ce que réellement elle aura d'atroce, et admise comme possible par encore moins. Mais dans cette torture où il y aura deux principaux tortureurs : Dieu, par son absence, et toi, démon, par ta présence, la Victime aura avec elle l'Amour. L'Amour vivant dans la Victime, force première de sa résistance à l'épreuve et l'Amour dans le consolateur spirituel qui déjà agite ses ailes d'or dans son anxiété de descendre pour essuyer mes sueurs et recueillir toutes les larmes des anges dans le céleste calice et y délaie le miel des noms de mes rachetés et de ceux qui m'aiment pour adoucir par cette boisson la grande soif du Torturé et son amertume sans mesure. Et tu seras vaincu, démon. Un jour, en sortant d'un obsédé, tu m'as dit : "J'attends pour te vaincre que tu sois une loque de chair sanglante". Mais Moi, je te réponds : "Tu ne m'auras pas. Je vaincs. Ma fatigue était sainte, ma cause est auprès de mon Père. Lui défend l'œuvre de son Fils et il ne permettra pas que mon esprit fléchisse". Père, je te dis, dès maintenant je te dis pour cette heure atroce : "Entre tes mains j'abandonne mon esprit". Jean, ne me quitte pas... Vous, allez. Que la paix du Seigneur soit là où Satan n'est pas l'hôte. Adieu." Tout prend fin.

Texte extrait de l'Evangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 13 et 14


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29 mars 2010

Semaine Sainte 2010

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Semaine Sainte 2010

Lundi Saint

Extrait des révélations de Maria Valtorta

le jour

Jésus sort de bonne heure de la tente d'un galiléen, là-bas, sur le plateau de l'Oliveraie où de nombreux galiléens se rassemblent à l'occasion de la solennité. Le camp dort tout entier sous la clarté de la lune qui se couche lentement, enveloppant d'une blancheur argentée les tentes, les arbres, les pentes et la ville qui dort tout en bas... Jésus passe avec assurance et sans bruit entre les tentes et, une fois sorti du camp, descend rapidement par des sentiers à pic vers le Gethsémani, le traverse, en sort, dépasse le petit pont sur le Cédron, ruban d'argent qui arpège à la lune, arrive à la porte gardée par des légionnaires. C'est peut-être une mesure de précaution du Proconsul cette garde de nuit aux portes closes. Les soldats, au nombre de quatre, parlent assis sur de grosses pierres qui leur servent de sièges contre le mur puissant, et se chauffent à un feu de brindilles qui jette une lueur rougeâtre sur les cuirasses brillantes et les casques sévères de dessous lesquels émergent des visages si différents, en leur physionomie italique, de ceux des hébreux. "Qui va là !" dit le premier qui voit apparaître la haute figure de Jésus de derrière le coin d'une masure voisine de la porte, et il saisit la hampe de la lance pointue qu'il tenait appuyée au mur voisin, et imité par les autres, il se met en position réglementaire. Sans donner à Jésus le temps de répondre, il dit : "On n'entre pas. Ne sais-tu pas que la seconde veille est déjà à sa fin ?" "Je suis Jésus de Nazareth. J'ai ma Mère dans la ville. Je vais la trouver." "Oh ! l'Homme qui a ressuscité le mort de Béthanie! Par Jupiter ! Je vais le voir finalement !" Et il s'approche de Lui pour le regarder avec curiosité, tournant tout autour de Lui comme pour s'assurer que ce n'est pas quelque chose d'irréel, d'étrange, mais vraiment un homme comme tout le monde. Et il dit : "Oh ! Dieux ! Il est beau comme Apollon, mais tout à fait comme nous ! Et il n'a ni bâton, ni barrette, ni aucun insigne de son pouvoir !" Il est perplexe. Jésus le regarde patiemment en lui souriant avec douceur. Les autres qui sont moins curieux — peut-être ils ont déjà vu Jésus d'autres fois — disent : "Cela aurait été un bonne chose qu'il eût été ici au milieu de la première veille, quand on a porté au tombeau la belle jeune fille morte ce matin. Nous l'aurions vue ressusciter..."

Jésus répète doucement : "Puis-je aller trouver ma Mère ?" Les quatre soldats se secouent. Le plus âgé parle : "Vraiment l'ordre serait de ne pas laisser passer, mais tu passerais quand même. Celui qui force les portes de l'Hadès peut bien forcer les portes d'une ville fermée. Et tu n'es pas homme à provoquer des soulèvements. La défense tombe pour Toi. Fais en sorte de n'être pas vu par les rondes à l'intérieur. Ouvre, Marcus Gratus. Et Toi, passe sans bruit. Nous sommes soldats et nous devons obéir..." "Ne craignez pas. Votre bonté ne se changera pas pour vous en punition." Un légionnaire ouvre avec précaution un portillon ouvert dans le portail colossal et dit : "Passe vite. La veille finit d'ici peu et nous sommes remplacés par ceux qui vont arriver." "Paix à vous." "Nous sommes des hommes de guerre..." "Même dans la guerre la paix que je donne demeure, car c'est la paix de l'âme." Et Jésus s'engouffre dans l'obscurité de l'arcade ouverte dans l'épaisseur des murs. Il passe en silence devant le corps de garde qui par la porte ouverte laisse passer la lumière tremblante d'une lampe à huile, une lanterne ordinaire, suspendue à un crochet du plafond bas, qui permet de voir des corps de soldats endormis sur des nattes étendues sur le sol, enveloppés dans leurs manteaux, les armes à leurs côtés. Jésus est dans la ville désormais... et je le perds de vue pendant que je regarde rentrer deux des soldats de tout à l'heure qui regardent si Lui s'est éloigné avant d'entrer pour éveiller ceux qui dorment pour la relève. "On ne le voit déjà plus... Qu'aura-t-il voulu dire par ses paroles ? J'aurais voulu le savoir" dit le plus jeune. "Il fallait le Lui demander. Il ne nous méprise pas. L'unique hébreu qui ne nous méprise pas et ne nous étrangle pas en aucune façon" lui répond l'autre qui est dans toute la force de l'âge. "Je n'ai pas osé. Moi, paysan de Bénévent, parler à quelqu'un que l'on dit Dieu ?" "Un dieu sur un âne ? Ah ! Ah ! S'il était ivre comme Bacchus, il pourrait. Mais il n'est pas ivre. Je crois qu'il ne boit même pas du mulsum. Tu ne vois pas comme il est pâle et maigre ?" "Et pourtant les hébreux..." "Eux, oui, ils boivent, bien qu'ils affectent de ne pas le faire !

Et ivres des vins forts de ces terroirs et de leur sicera, ils ont vu un dieu dans un homme. Crois-moi : les dieux, c'est une fable. L'Olympe est vide, et la Terre n'en a pas." "S'ils t'entendaient !..." "Tu es encore enfant au point de n'être pas candidat et de ne pas savoir que César lui-même ne croit pas aux dieux, et que n'y croient pas les pontifes, les augures, les aruspices, les arvales, les vestales, ni personne ?" "Et alors pourquoi..." "Pourquoi les rites ? Parce qu'ils plaisent au peuple et sont utiles aux prêtres et servent à César pour se faire obéir comme s'il était un dieu terrestre tenu par la main par les dieux de l'Olympe. Mais les premiers à ne pas y croire sont ceux que nous vénérons comme ministres des dieux. Je suis pyrrhonien. J'ai fait le tour du monde. J'ai fait beaucoup d'expériences. Mes cheveux blanchissent aux tempes et ma pensée a mûri. J'ai comme règle personnelle trois principes : Aimer Rome, unique déesse et unique certitude, jusqu'au sacrifice de ma vie. Ne rien croire puisque tout est illusion de ce qui nous entoure, exceptée la Patrie sacrée et immortelle. Nous devons aussi douter de nous-mêmes car il n'est pas certain même que nous vivons. Les sens et la raison ne suffisent pas pour nous donner la certitude d'arriver à connaître la Vérité, et la vie et la mort ont la même valeur car nous ne savons pas ce que c'est que la vie et ce que c'est que la mort" dit-il en affectant un scepticisme philosophique d'un être supérieur... L'autre le regarde, hésitant. Puis il dit : "Moi, au contraire, je crois. Et j'aimerais savoir... Savoir de cet Homme qui est passé tout à l'heure. Lui certainement connaît la Vérité. Il sort de Lui quelque chose d'étrange. C'est comme une lumière qui vous pénètre !" "Qu'Esculape te sauve ! Tu es malade ! C'est depuis peu que tu es monté à la ville de la vallée, et les fièvres surgissent facilement chez ceux qui font ce voyage et ne sont pas encore acclimatés à cette région. Tu délires. Viens. Il n'y a rien de tel que le vin chaud et les aromates pour faire sortir en sueur le venin de la fièvre jordanique..." et il le pousse vers le corps de garde. Mais l'autre se dégage en disant : "Je ne suis pas malade. Je ne veux pas de vin drogué. Je veux veiller là, en dehors des murs (il montre l'intérieur du bastion) et attendre l'homme qui s'est nommé Jésus." "Si cette attente ne t'ennuie pas... Je vais réveiller ceux-ci pour la relève. Adieu..."

Et il entre bruyamment dans le corps de garde pour éveiller ses compagnons, en criant : "Déjà l'heure est sonnée. Allons, fainéants paresseux ! Je suis las !..." Il baille bruyamment et maugrée parce qu'ils ont laissé éteindre le feu et ont bu tout le vin chaud "si nécessaire pour essuyer la rosée palestinienne..." L'autre, le jeune légionnaire, adossé au mur que la lune effleure du couchant, attend que Jésus revienne sur ses pas. Les étoiles veillent son espoir... Jésus, pendant ce temps, est arrivé à la maison de Lazare sur la colline de Sion, et il frappe. Lévi Lui ouvre. "Toi, Maître ? ! Les maîtresses dorment. Pourquoi n'as-tu pas envoyé un serviteur si tu avais besoin de quelque chose ?" "Ils ne l'auraient pas laissé passer." "Ah ! c'est vrai ! Mais Toi, comment es-tu passé ?" "Je suis Jésus de Nazareth, et les légionnaires m'ont laissé passer. Mais il ne faut pas le dire, Lévi." "Je ne le dirai pas... Eux sont meilleurs que beaucoup de nous !" "Conduis-moi où dort ma Mère et ne réveille personne d'autre dans la maison." "Comme tu veux, Seigneur. Lazare a donné l'ordre à tous ceux qui dirigent les maisons de t'obéir en tout, sans discussion ni retard. C'était depuis peu l'aurore quand cet ordre a été apporté par un serviteur, par plusieurs serviteurs, à toutes les maisons. Obéir et se taire. Nous le ferons. Tu nous as rendu le maître..." L'homme trottine en avant à travers les couloirs vastes comme des galeries du splendide palais de Lazare sur la colline de Sion, et la lampe qu'il a dans la main illumine d'une manière fantastique le mobilier et les tapisseries qui ornent ces larges couloirs. L'homme s'arrête devant une porte fermée : "C'est là qu'est ta Mère." "Tu peux disposer." "Et la lampe ? Ne la veux-tu pas ? Je puis retourner dans l'obscurité. J'ai l'habitude de la maison. J'y suis né." "Laisse-la et n'enlève pas la clef de la porte. Je sors tout de suite." "Tu sais où me trouver. Je vais fermer par précaution, mais je serai prêt à t'ouvrir la porte quand tu viendras." Jésus reste seul. Il frappe légèrement, un coup si léger que seulement quelqu'un de bien éveillé peut entendre. Un bruit dans la pièce, comme celui d'un siège qu'on déplace, un léger bruit de pas, et une voix basse : "Qui frappe ?"

"Moi, Maman. Ouvre-moi." La porte s'ouvre de suite. La lumière de la lune est la seule lumière qui éclaire la pièce tranquille et étend ses rayons sur le lit intact. Un siège est près de la fenêtre grande ouverte sur le mystère de la nuit. "Tu ne dormais pas encore ? Il est tard !" "Je priais... Viens, mon Fils. Assieds-toi où j'étais" et elle indique le siège près de la fenêtre. "Je ne puis m'arrêter. Je suis venu te prendre pour aller chez Élise, dans le quartier d'Ophel. Annalia est morte. Vous ne le saviez pas encore ?" "Non. Personne... Quand, Jésus ?" "Après mon passage." "Après ton passage'. Tu as donc été pour elle l'Ange libérateur ?! Cette Terre était pour elle une telle prison ! Elle est heureuse ! Moi, je voudrais être à sa place ! Elle est morte... naturellement ? Je veux dire : pas par suite d'un malheur ?" "Elle est morte par la joie d'aimer. Je l'ai su que j'étais déjà sur la montée du Temple. Viens avec Moi, Maman. Nous ne craignons pas de nous profaner pour consoler une mère qui a eu dans ses bras sa fille morte d'une joie surnaturelle... Notre première vierge ! Celle qui vint à Nazareth, à toi, pour me trouver et me demander cette joie... Jours lointains et sereins." "Avant-hier elle chantait comme une mésange énamourée et m'embrassait en disant : "Je suis heureuse !" et elle était avide de savoir tout de Toi. Comment Dieu t'a formé. Comment Il m'a choisie. Et mes premières palpitations de vierge consacrée... Maintenant je comprends... Je suis prête, Fils." Marie, tout en parlant, a épinglé ses tresses qui étaient retombées sur ses épaules et qui la faisaient paraître si jeune, et elle a pris son voile et son manteau. Ils sortent en faisant le moins de bruit possible. Lévi est déjà près du portail. Il explique : "J'ai préféré... A cause de mon épouse... Les femmes sont curieuses. Elle m'aurait posé cent questions. Ainsi, elle ne sait pas..." Il ouvre, il va fermer. Jésus dit : "Avant la fin de cette veille, je reconduirai ma Mère." "Je veillerai tout près. Ne crains pas." "Paix à toi."

Ils s'en vont par les rues silencieuses, désertes, desquelles la lune se retire lentement éclairant encore le sommet des hautes maisons de la colline de Sion. Plus éclairé est le faubourg d'Ophel aux maisonnettes plus humbles et plus basses. Voilà la maison d'Annalia, fermée, sombre, silencieuse. Il y a encore des fleurs fanées sur les marches de la maison, peut-être celles jetées par la vierge avant de mourir, ou celles qui sont tombées de son lit funèbre... Jésus frappe à la porte. Il frappe de nouveau... Le bruit d'une fenêtre ouverte en haut. Une voix accablée : "Qui frappe ?" "Marie et Jésus de Nazareth" répond Marie. "Oh ! Je viens !..." Une brève attente et puis le bruit des verrous que l'on pousse. La porte s'ouvre montrant le visage défait d'Élise qui s'appuie péniblement aux montants de la porte, et quand Marie en entrant lui ouvre ses bras, elle tombe sur son sein avec les faibles sanglots de qui a tant pleuré que ses pleurs ne se font plus entendre. Jésus ferme la porte et attend patiemment que sa Mère calme cette désolation. Il y a une pièce près de la porte. Ils y entrent, Jésus portant la lampe posée par Élise sur le pavé de l'entrée avant d'ouvrir la porte. Les pleurs de la mère semblent ne pas pouvoir finir. C'est entre des sanglots rauques qu'elle parle à Marie. La mère parle à la Mère. Jésus, debout contre un mur, se tait... Élise ne peut se résigner à cette mort, arrivée ainsi... Et dans sa souffrance, elle en fait retomber la cause sur Samuel, le fiancé parjure : "Il lui a brisé le cœur, ce maudit ! Elle ne le disait pas, mais certainement elle souffrait qui sait depuis quand ! Et dans la joie, dans un cri, s'est ouvert son cœur. Qu'il soit maudit pour toujours." "Non, ma chérie. Non. Ne maudis pas. Ce n'est pas cela. Dieu l'a tant aimée qu'il l'a voulue dans sa paix. Mais même si elle était morte à cause de Samuel — ce qui n'est pas, mais supposons-le un instant — pense à la mort de joie qu'elle a eue, et dis que l'action mauvaise lui a procuré une mort heureuse." "Je ne l'ai plus ! Elle est morte ! Elle est morte ! Tu ne sais pas ce que c'est que de perdre une fille ! Moi, j'ai deux fois goûté cette douleur. Car déjà je la pleurais morte quand ton Fils l'a guérie. Mais maintenant... Mais maintenant... Lui n'est pas revenu ! Il n'a pas eu pitié... Je l'ai perdue ! Perdue ! Elle est déjà dans la tombe, mon enfant ! Sais-tu ce que c'est que de voir agoniser un enfant ? Savoir qu'il doit mourir ? Le voir mort quand on le croyait guéri et fort ?

Tu ne sais pas. Tu ne peux pas en parler... Elle était belle comme une rose éclose au lever du soleil pendant qu'elle se parait ce matin. Elle avait voulu revêtir le vêtement que je lui avais fait pour ses noces. Elle voulait même se couronner comme une épouse. Puis elle préféra défaire la guirlande déjà faite et effeuiller les fleurs pour les jeter à ton Fils, et elle chantait ! Elle chantait ! Sa voix emplissait la maison. Elle était gracieuse comme le printemps. La joie faisait briller ses yeux comme des étoiles, et elles étaient empourprées comme la pulpe de la grenade ses lèvres ouvertes sur la blancheur de ses dents, et elle avait des joues roses et fraîches comme des roses nouvelles embellies par la rosée. Elle est devenue blanche comme le lys à peine éclos. Elle s'est affaissée sur mon sein comme une tige brisée... Plus de paroles ! Plus de soupirs ! Plus de couleurs ! Plus de regard ! Tranquille, belle comme un ange de Dieu, mais sans vie. Tu ne sais pas, toi qui te réjouis du triomphe de ton Fils et le vois sain et fort, ce qu'est ma douleur ! Pourquoi n'est-il pas revenu en arrière ? En quoi Lui avait-elle déplu, et moi avec elle, pour ne pas avoir pitié de ma prière ?" "Élise ! Élise ! Ne parle pas... La douleur te rend aveugle et sourde... Élise, tu ne connais pas ma souffrance. Et tu ne connais pas la mer profonde que deviendra ma souffrance. Tu l'as vue tranquille et belle se raidir dans la paix. Dans tes bras. Moi... Moi cela fait plus de six lustres que je contemple mon Fils, et par delà la peau lisse et pure que je contemple et caresse, je vois les plaies de l'Homme des douleurs que deviendra mon Fils. Sais-tu, toi qui dis que je ne sais pas ce que c'est que de voir un enfant s'en aller deux fois vers la mort, et y entrer une fois et y demeurer en paix, sais-tu ce que c'est de voir, pendant tant d'années, cette vision, pour une mère ? Mon Fils ! Le voilà. Il est déjà vêtu de rouge comme s'il sortait d'un bain de sang. Et bientôt, dans peu de temps, alors que ne sera pas devenu sombre le visage de ta fille dans le tombeau, je le verrai revêtu de la pourpre de son Sang innocent, de ce Sang que je Lui ai donné. Et si tu as reçu sur ton cœur ta fille, sais-tu quelle sera ma douleur de voir mourir mon Fils comme un malfaiteur sur le bois ? Regarde-le, le Sauveur de tous ! Dans l'esprit et dans la chair, car la chair de ceux qu'il aura sauvés sera incorrompue et bienheureuse dans son Royaume. Et regarde-moi ! Regarde cette Mère qui heure après heure accompagne et conduit — oh ! je ne le retiendrais pas d'un seul pas ! — son Fils au Sacrifice ! Moi, je puis te comprendre, pauvre maman. Mais toi, comprends mon cœur ! Ne hais pas mon Fils. Annalia n'aurait pas supporté l'agonie de son Seigneur.

Et son Seigneur l'a rendue heureuse en une heure d'allégresse." Élise a cessé de pleurer devant la révélation. Elle fixe Marie, au pâle visage de martyre mouillé de larmes silencieuses, regarde Jésus qui la regarde avec pitié... et glisse aux pieds de Jésus en gémissant : "Mais elle est morte ! Elle est morte, Seigneur ! Comme un lys, un lys brisé. Les poètes disent de Toi que tu es celui qui se plaît parmi les lys ! Oh ! vraiment, Toi, né du Lys-Marie, tu descends souvent dans les parterres fleuris, et des roses pourpres tu fais des lys blancs, et tu les cueilles en les enlevant au monde. Pourquoi ? Pourquoi, Seigneur ? N'est-il pas juste qu'une mère jouisse de la rose qui est née d'elle ? Pourquoi en éteindre la pourpre dans la froide blancheur de mort du lys ?" "Les lys ! Ils seront le symbole de celles qui m'aimeront comme ma Mère a aimé Dieu. Le blanc parterre du Roi Divin." "Mais nous, les mères, nous pleurerons. Nous, les mères, nous avons droit à nos enfants. Pourquoi les enlever à la vie ?" "Ce n'est pas ce que je veux dire, femme. Les filles resteront, mais consacrées au Roi comme les vierges dans les palais de Salomon. Rappelle-toi le Cantique... Et elles seront épouses, les bien-aimées, sur la Terre et au Ciel." "Mais ma fille est morte ! Elle est morte !" Ses pleurs reprennent déchirants. "Je suis la Résurrection et la Vie. Celui qui croit en Moi, vit même s'il vient à mourir, et en vérité je te dis qu'il ne meurt pas pour l'éternité. Ta fille vit. Elle vit pour l'éternité parce qu'elle a cru dans la Vie. Ma mort sera pour elle la Vie complète. Elle a connu la joie de vivre en Moi avant de connaître la douleur de me voir arraché à la vie. Ta douleur te rend aveugle et sourde. Ma Mère a raison de le dire. Mais bientôt tu diras ce que je t'ai envoyé dire ce matin : "Vraiment sa mort a été une grâce de Dieu". Crois-le, femme. L'horreur attend ce lieu. Et viendra un jour où les mères frappées comme toi diront : "Louange à Dieu qui a épargné ces jours à nos enfants". Et les mères qui n'auront pas été frappées crieront au Ciel : "Pourquoi, ô Dieu, n'as-tu pas tué nos fils avant cette heure ?" Crois-le, femme. Crois à mes paroles. N'élève pas entre toi et Annalia la vraie clôture qui sépare : celle de la différence de foi. Tu vois ? Je pouvais ne pas venir. Tu sais combien je suis haï. Que ne t'illusionne pas le triomphe d'une heure !... Chaque recoin peut cacher une embûche pour Moi. Et je suis venu seul, de nuit, pour te consoler et te dire ces paroles. Je compatis à la douleur d'une mère.

Mais pour la paix de ton âme, je viens te dire ces paroles. Aie la paix ! La paix !" "Donne-la-moi, Toi, Seigneur ! Moi, je ne peux pas ! Je ne peux pas dans ma souffrance me donner la paix. Mais Toi, qui donnes la vie aux morts et la santé aux mourants, donne la paix au cœur déchiré d'une mère." "Qu'il en soit ainsi, femme. La paix pour toi." Il lui impose les mains en la bénissant et en priant en silence sur elle. Marie s'est agenouillée à son tour près d'Élise en l'entourant de son bras. "Adieu, Élise. Je m'en vais..." "Nous ne nous verrons plus, Seigneur ? Je ne sortirai pas de la maison pendant plusieurs jours et tu t'en iras après les fêtes pascales. Toi... tu es encore un peu quelque chose de ma fille... parce que Annalia... parce que Annalia vivait en toi et pour Toi." Elle pleure, plus calme, mais combien elle pleure ! Jésus la regarde... Caresse sa tête chenue. Il lui dit : "Tu me verras encore." "Quand ?" "D'ici huit nuits." "Et tu me réconforteras encore ? Tu me béniras pour me donner de la force ?" "Mon cœur te bénira avec toute la plénitude de mon amour pour ceux qui m'aiment. Viens, ma Mère." "Mon Fils, si tu le permets, je voudrais rester encore avec cette mère. La douleur est un flot qui revient après que s'est éloigné Celui qui donne la paix... Je rentrerai à l'heure de prime. Je n'ai pas peur d'aller seule, tu le sais. Et tu sais que je passerai à travers toute une armée ennemie pour réconforter un frère en Dieu." "Que ce soit comme tu veux. Je m'en vais. Dieu soit avec vous." Il sort sans faire de bruit, en fermant derrière Lui la porte de la pièce et celle de la maison. Il revient vers les murs, à la Porte d'Ephraïm ou Stercoraire, ou du Fumier, car plusieurs fois j'ai entendu indiquer ces deux portes voisines avec ces trois noms, peut-être parce que l'une s'ouvre sur le chemin de Jéricho qui est au fond, chemin qui mène à Ephraïm, et l'autre parce qu'elle est proche de la vallée de Hinnom où l'on brûle les ordures de la ville, et elles se ressemblent tant que je les confonds. Le ciel commence à blanchir du côté de l'orient tout en étant encore criblé d'étoiles. Les chemins sont enveloppés dans une pénombre plus pénible que l'obscurité de la nuit que la lune tempérait de sa blanche clarté. Mais le soldat romain a de bons yeux, et voyant Jésus s'avancer vers la porte, il va à sa rencontre.

"Salut. Je t'ai attendu..." Il s'arrête hésitant. "Parle sans crainte. Que veux-tu de Moi ?" "Savoir. Tu as dit : "La paix que je donne demeure même dans la guerre car c'est une paix d'âme". Je voudrais savoir quelle est cette paix et ce que c'est que l'âme. Comment l'homme qui est en guerre peut-il être en paix ? Quand on ouvre le temple de Janus, on ferme celui de la Paix. Les deux choses ne peuvent exister ensemble dans le monde." Il parle adossé au muret verdâtre d'un petit jardin, dans une ruelle étroite comme un sentier dans des champs, humide, sombre, obscur, au milieu de pauvres maisons. A part une légère lueur que fait voir le casque bruni, on ne voit rien des deux qui parlent. L'ombre enveloppe les visages et les corps dans une unique obscurité. La voix de Jésus résonne douce et lumineuse dans sa joie de jeter une semence de lumière chez le païen : "Dans le monde, en vérité, la paix et la guerre ne peuvent exister ensemble. L'une exclut l'autre. Mais dans l'homme de guerre peut exister la paix même s'il fait une guerre commandée. Il peut exister ma paix. Parce que ma paix vient du Ciel et elle n'est pas blessée par le fracas de la guerre et la férocité des massacres. Elle, chose divine, envahit la chose divine que l'homme a en lui-même, et que l'on appelle l'âme.  "Divine ? En moi ? César est divin. Moi, je suis fils de paysans. Maintenant je suis un légionnaire sans aucun grade. Si je suis brave je pourrai peut-être devenir centurion. Mais divin, non." "Il y a en toi une partie divine : c'est l'âme. Elle vient de Dieu, du vrai Dieu. Aussi elle est divine, perle vivante dans l'homme, et elle se nourrit de choses divines et vivantes; la foi, la paix, la vérité. La guerre ne la trouble pas. La persécution ne la blesse pas. La mort ne la tue pas. Seul le mal, faire ce qui est mauvais, la blesse ou la tue, et la prive aussi de la paix que Moi je donne. Car le mal sépare l'homme de Dieu." "Et qu'est-ce que le mal ?" "Être dans le paganisme et adorer les idoles quand la bonté du vrai Dieu nous a fait connaître qu'existe le vrai Dieu. Ne pas aimer son père, sa mère, ses frères et le prochain. Voler, tuer, être rebelle, être luxurieux, être faux. C'est cela le mal." "Ah ! alors, moi je ne peux pas avoir ta paix ! Je suis soldat et on nous commande de tuer. Pour nous alors, il n'y a pas de salut ? !" "Sois juste dans la guerre comme dans la paix.

Accomplis ton devoir sans férocité et sans avidité. Pendant que tu combats et que tu conquiers pense que l'ennemi est semblable à toi, et que toute ville a ses mères et ses jeunes filles comme ta mère et tes sœurs, et sois un preux sans être une brute. Tu ne sortiras pas de la justice et de la paix et ma paix restera en toi." "Et ensuite ?" "Et ensuite ? Que veux-tu dire ?" "Après la mort ?Qu'advient-il du bien que j'ai fait et de l'âme dont tu dis qu'elle ne meurt pas si on ne fait pas le mal ?" "Elle vit, elle vit ornée du bien que tu as fait, dans une paix joyeuse, plus grande que celle dont on jouit sur la Terre." "Alors en Palestine, un seul avait fait le bien ! J'ai compris." "Qui ?" "Lazare de Béthanie. Son âme n'est pas morte !" "En vérité, c'est un juste. Pourtant beaucoup lui sont semblables et meurent sans ressusciter, mais leur âme vit dans le Dieu vrai. Car l'âme a une autre demeure, dans le Royaume de Dieu. Et celui qui croit en Moi entrera dans ce Royaume." "Même moi, romain ?"  "Même toi, si tu crois à la Vérité." "Qu'est-ce que la Vérité ?" "Je suis la Vérité, et le Chemin pour aller à la Vérité, et je suis la Vie et je donne la Vie car celui qui accueille la Vérité accueille la Vie." Le jeune soldat réfléchit... se tait... Puis il lève son visage : un visage encore pur de jeune homme et il a un sourire limpide, serein, et il dit : "J'essayerai de me rappeler cela et d'en savoir plus encore. Il me plaît..." "Comment t'appelles-tu ?" "Vital, de Bénévent. Des campagnes de la ville." "Je me souviendrai de ton nom. Rends vraiment vital ton esprit en le nourrissant de Vérité. Adieu. On ouvre la porte. Je sors de la ville." "Salut !" "Jésus va rapidement vers la porte et prend en hâte le chemin qui conduit au Cédron et au Gethsémani et de là au Camp des Galiléens. Dans les oliviers de la montagne, il rejoint Judas de Kériot qui monte lui aussi vers le camp qui s'éveille. Judas fait un geste presque d'épouvante en se trouvant en face de Jésus. Jésus le regarde fixement, sans parler. "Je suis allé apporter la nourriture aux lépreux.

Mais... j'en ai trouvé deux à Hinnom, cinq à Siloan. Les autres : guéris. Encore là, mais si bien guéris qu'ils m'ont prié d'avertir le prêtre. J'étais descendu au point du jour pour être libre ensuite. La chose va faire du bruit. Un si grand nombre de lépreux guéris ensemble après que tu les as bénis en présence de tant de gens !" Jésus ne parle pas. Il le laisse parler. Il ne lui dit ni : "Tu as bien fait", ni autre chose ayant trait à l'action de Judas et au miracle, mais s'arrêtant à l'improviste et regardant fixement l'apôtre, il lui demande : "Eh bien ? Qu'est-ce que cela a changé de t'avoir laissé la liberté et l'argent ?" "Que veux-tu dire ?" "Ceci : je te demande si tu t'es sanctifié depuis que je t'ai rendu la liberté et l'argent. Et tu me comprends... Ah ! Judas ! Souviens-toi ! Souviens-toi toujours : tu as été celui que j'ai aimé plus que tout autre, en recevant de toi moins d'amour que tous les autres m'en ont donné. En recevant même une haine plus grande, car c'était la haine de quelqu'un que je traitais en ami, que la haine la plus féroce du plus féroce pharisien. Et rappelle-toi encore ceci : que Moi, même maintenant je ne te hais pas mais, pour autant que cela dépend du Fils de l'homme, je te pardonne. Va, maintenant. Il n'y a plus rien à se dire entre toi et Moi. Tout est déjà fait..." Judas voudrait dire quelque chose, mais Jésus, d'un geste impérieux, lui fait signe d'aller en avant... Et Judas, tête basse comme un vaincu, s'en va... A la limite du Camp des Galiléens les apôtres et les deux serviteurs de Lazare sont déjà prêts. "Où as-tu été, Maître ? Et toi, Judas ? Vous étiez ensemble ?" Jésus devance la réponse de Judas : "J'avais quelque chose à dire à des cœurs. Judas est allé chez les lépreux... Mais ils sont tous guéris, sauf sept." "Oh ! pourquoi y es-tu allé ? Je voulais venir moi aussi !" dit le Zélote. "Pour être libre maintenant de venir avec nous" dit encore Jésus. "Allons. Nous entrerons dans la ville par la Porte du Troupeau. Faisons vite." Il va en avant, en passant par les oliveraies qui conduisent du Camp, à moitié route entre Béthanie et Jérusalem, à l'autre petit pont qui passe le Cédron près de la Porte du Troupeau. Des maisons de paysans sont éparses sur les pentes, et tout en bas, près des eaux du torrent, un figuier ébouriffé se penche sur la rivière.

Jésus se dirige vers lui et il cherche si dans le feuillage fourni et gras il y a quelque figue mûre. Mais le figuier est tout en feuilles, nombreuses, inutiles, mais il n'a pas un seul fruit sur ses branches. "Tu es comme beaucoup de cœurs en Israël. Tu n'as pas de douceurs pour le Fils de l'homme, et pas de pitié. Qu'il ne puisse plus jamais naître de toi un seul fruit et que personne ne se rassasie de toi à l'avenir" dit Jésus. Les apôtres se regardent. La colère de Jésus pour la plante stérile, peut-être sauvage, les étonne. Mais ils ne disent rien. Ce n'est que plus tard, après avoir passé le Cédron, que Pierre Lui demande : "Où as-tu mangé ?" "Nulle part." "Oh ! Alors tu as faim ! Voici là-bas un berger avec quelques chèvres qui paissent. Je vais demander du lait pour Toi. Je fais vite" et il s'en va à grands pas et revient doucement avec une vieille écuelle pleine de lait. Jésus boit et il rend le bol au pastoureau qui a accompagné Pierre, en le caressant... Ils entrent dans la ville et montent au Temple, et après avoir adoré le Seigneur, Jésus revient dans la cour où les rabbis donnent leurs leçons. Les gens l'entourent et une mère, venue de Cintium, présente son enfant qu'un mal a rendu aveugle, je crois. Il a les yeux blancs comme s'il avait une vaste cataracte sur la pupille ou un albugo. Jésus le guérit en effleurant les orbites avec les doigts. Et puis de suite il commence à parler : "Un homme acheta un terrain. Il y planta des vignes, construisit une maison pour les fermiers, une tour pour la surveillance, des celliers et des endroits pour presser le raisin, et en confia l'entretien à des fermiers en qui il avait confiance. Puis il s'en alla au loin. Quand arriva le temps où les vignes purent donner des fruits, les vignes ayant poussé au point de donner des fruits, le maître de la vigne envoya ses serviteurs chez les fermiers pour retirer le revenu de la récolte. Mais les fermiers entourèrent ces serviteurs, ils en frappèrent une partie à coups de bâtons, en lapidèrent une partie avec de lourdes pierres en les blessant grièvement, et en tuèrent une partie. Ceux qui purent revenir vivants chez le maître, racontèrent ce qui leur était arrivé. Le maître les soigna et les consola, et il envoya d'autres serviteurs encore plus nombreux. Les fermiers les traitèrent comme ils avaient traité les premiers. Alors le maître de la vigne dit : "Je vais leur envoyer mon cher fils.

Certainement ils respecteront mon héritier". Mais les fermiers, l'ayant vu venir et ayant su que c'était l'héritier, s'appelèrent l'un l'autre en disant : "Venez, réunissons-nous pour être nombreux. Entraînons-le dehors, dans un endroit écarté, et tuons-le. Son héritage nous restera". Ils l'accueillirent avec des honneurs hypocrites, l'entourèrent comme pour lui faire fête. Ensuite ils le ligotèrent après l'avoir embrassé, le frappèrent fortement et avec mille moqueries, ils l'amenèrent au lieu du supplice et le tuèrent. Maintenant, vous, dites-moi. Ce père et maître s'apercevra un jour que son fils et héritier ne revient pas, et découvrira que ses fermiers, auxquels il avait donné la terre fertile pour qu'ils la cultivent en son nom, en jouissant de ce qui était juste et en donnant à leur seigneur ce qui était juste, ont tué son fils. Alors que fera-t-il ?" et Jésus darde ses iris de saphir, enflammés comme par un soleil, sur ceux qui sont venus et spécialement sur les groupes des juifs les plus influents, pharisiens et scribes répandus dans la foule. Personne ne parle. "Dites donc ! Vous au moins, rabbis d'Israël. Dites une parole de justice qui persuade le peuple de la justice. Moi, je pourrais dire une parole qui ne serait pas bonne, d'après votre pensée. Parlez donc vous, pour que le peuple ne soit pas induit en erreur." Les scribes, contraints, répondent ainsi : "Il punira les scélérats en les faisant périr d'une manière atroce, et il donnera sa vigne à d'autres fermiers pour qu'ils lui la cultivent honnêtement, en lui donnant le revenu de la terre qui leur est confiée." "Vous avez bien parlé. Il est écrit dans l'Écriture : "La pierre que les constructeurs ont rejetée est devenue pierre angulaire. C'est une œuvre faite par le Seigneur et c'est une chose admirable à nos yeux". Puisque donc ceci est écrit, et vous le savez, et vous estimez juste que soient punis atrocement ces fermiers meurtriers du fils héritier du maître de la vigne, et qu'elle soit donnée à d'autres fermiers qui la cultivent honnêtement, voilà que pour ce motif, je vous dis : "Le Royaume de Dieu vous sera enlevé et il sera donné à des gens qui en produisent des fruits. Et celui qui tombera contre cette pierre se brisera, et celui sur lequel la pierre tombera sera écrasé"." Les chefs des prêtres, les pharisiens et les scribes, par un acte vraiment... héroïque, ne réagissent pas. Si forte est la volonté d'atteindre un but !

Pour beaucoup moins d'autres fois ils l'ont contré, et aujourd'hui où le Seigneur Jésus leur dit ouvertement que le pouvoir leur sera enlevé, ils n'éclatent pas en reproches, ils ne font pas d'actes de violence, ils ne menacent pas, faux agneaux patients qui sous l'apparence hypocrite de douceur cachent l'immuable cœur du loup. Ils se bornent à s'approcher de Lui qui a repris sa marche en avant et en arrière en écoutant tel et tel des nombreux pèlerins qui sont rassemblés dans la vaste cour, et desquels beaucoup Lui demandent conseil pour des questions qui intéressent l'âme ou pour des situations familiales ou sociales, en attendant de pouvoir Lui dire quelque chose après l'avoir écouté donner un jugement à un homme sur une question embrouillée d'héritage : elle a produit division et rancœur entre les différents héritiers à cause d'un fils du père qu'il a eu d'une servante de la maison mais qu'il a adopté. Les fils légitimes ne le veulent pas avec eux, ni comme héritier dans le partage des maisons et des terres. Ils ne veulent plus avoir rien en commun avec le bâtard et ils ne savent pas comment résoudre la question car, avant sa mort, le père a fait jurer que comme toujours il avait partagé le pain entre le fils illégitime et les légitimes dans la même mesure, ainsi ils devaient partager l'héritage dans la même mesure. Jésus dit à celui qui l'interroge au nom des trois autres frères : "Sacrifiez tous une parcelle de terre pour la vendre de façon à réunir une somme d'argent équivalente au cinquième de la fortune totale et donnez-le au fils illégitime en lui disant : "Voilà ta part. Tu n'es pas frustré de ce qui t'appartient et on n'a pas fait tort à la volonté de notre père. Va et que Dieu soit avec toi". Et soyez généreux en lui donnant même davantage que la valeur stricte de sa part. Faites-le avec des témoins qui soient justes et personne ne pourra sur la Terre, ni au-delà de la Terre, élever une voix de reproche et de scandale. Et vous aurez la paix entre vous et en vous, n'ayant pas le remords d'avoir désobéi à votre père et n'ayant pas parmi vous celui qui, vraiment innocent, a été pour vous une cause de trouble plus que si on avait mis un voleur parmi vous." L'homme dit : "Ce bâtard, en vérité, a enlevé la paix à notre famille, la santé à notre mère qui est morte de chagrin, et une place qui ne lui appartient pas." "Ce n'est pas lui le coupable, homme. C'est celui qui l'a engendré. Lui n'a pas demandé à naître pour porter la marque de bâtard, Ce fut la convoitise de votre père qui l'engendra pour lui donner la douleur et pour vous donner la douleur. Soyez donc justes envers l'innocent qui paie déjà durement une faute qui n'est pas la sienne.

N'ayez pas d'anathème pour l'esprit de votre père. Dieu l'a jugé. Il n'est pas besoin des foudres de vos malédictions. Honorez le père, toujours, même s'il est coupable, non pour lui-même, mais parce qu'il a représenté sur la Terre votre Dieu, vous ayant créés par ordre de Dieu et étant le seigneur de votre maison. Les parents viennent immédiatement après Dieu. Rappelle-toi le Décalogue, et ne pèche pas. Va en paix." Les prêtres et les scribes s'approchent alors de Lui pour l'interroger : "Nous t'avons entendu. Tu as dit ce qui était juste. Un conseil plus sage n'aurait pu le donner Salomon. Mais dis-nous, Toi qui opères des prodiges et donnes des jugements tels que seul le sage roi pouvait en donner, par quelle autorité fais-tu ces choses ? D'où te vient un tel pouvoir ?" Jésus les regarde fixement. Il n'est ni agressif ni méprisant, mais très imposant. Il dit : "Moi aussi, j'ai à vous poser une question, et si vous me répondez, je vous dirai par quelle autorité, Moi, homme sans autorité de charges et pauvre — car c'est cela que vous voulez dire — je fais ces choses. Dites : le baptême de Jean, d'où venait-il ? Du Ciel ou de l'homme qui le donnait ? Répondez-moi. Par quelle autorité Jean le donnait-il comme rite purificateur et pour vous préparer à la venue du Messie, puisque Jean était encore plus pauvre, plus ignorant que Moi, et sans charge d'aucune sorte, ayant passé sa vie dans le désert depuis son enfance ?" Les scribes et les prêtres se consultent entre eux. Les gens, les yeux grands ouverts et les oreilles attentives, sont prêts à protester et à acclamer si les scribes disqualifient le Baptiste et offensent le Maître, ou s'ils paraissent déconfits par la question du Rabbi de Nazareth, divinement sage, se serrent autour d'eux. Il est frappant le silence absolu de cette foule qui attend la réponse. Il est si profond que l'on entend la respiration et les chuchotements des prêtres ou des scribes qui communiquent entre eux quasi sans parler, et observent pendant ce temps le peuple dont ils devinent les sentiments prêts à exploser. Enfin, ils se décident à répondre. Ils se tournent vers le Christ qui, appuyé à une colonne, les bras croisés, les scrute sans jamais les perdre de vue, et ils disent : "Maître, nous ne savons par quelle autorité Jean faisait cela ni d'où venait son baptême. Personne n'a pensé à le demander au Baptiste pendant qu'il était vivant, et lui ne l'a jamais dit spontanément." "Et Moi non plus je ne vous dirai pas par quelle autorité je fais de telles choses." Il leur tourne le dos en appelant à Lui les douze et, fendant la foule qui l'acclame, il sort du Temple.

Quand ils sont déjà dehors, au-delà de la Probatique, Barthélemy Lui dit : "Ils sont devenus très prudents tes adversaires. Peut-être vont-ils se convertir au Seigneur qui t'a envoyé et te reconnaître pour le Messie saint." "C'est vrai. Ils n'ont pas discuté ta question ni ta réponse..." dit Matthieu. "Qu'il en soit ainsi. C'est beau que Jérusalem se convertisse au Seigneur, son Dieu" dit encore Barthélémy. "Ne vous faites pas des illusions ! Cette partie de Jérusalem ne se convertira jamais. Ils n'ont pas répondu autrement parce qu'ils ont craint la foule. Je lisais leur pensée bien que n'entendant pas leurs paroles dites à voix basse." "Et que disaient-ils ?" demande Pierre. "Ils disaient cela. Je désire que vous le sachiez pour les connaître à fond et que vous puissiez donner une exacte description à ceux qui viendront plus tard des cœurs des hommes de mon temps. S'ils ne m'ont pas répondu, ce n'est pas qu'ils se convertissent au Seigneur, mais parce qu'ils disaient entre eux : "Si nous répondons : 'Le baptême de Jean venait du Ciel" le Rabbi répondra : "Et alors pourquoi n'avez-vous pas cru à ce qui venait du Ciel et enseignait la préparation au temps messianique ?" , et si nous disons : "De l'homme" alors ce sera la foule qui se rebellera en disant : "Et alors pourquoi ne croyez-vous pas à ce que Jean, notre prophète, a dit de Jésus de Nazareth ?" Il vaut donc mieux dire : "Nous ne savons pas". Voilà ce qu'ils disaient. Ce n'était pas parce qu'ils étaient revenus à Dieu, mais par un lâche calcul, et pour ne pas avoir à reconnaître par leurs bouches que je suis le Christ et que je fais ces choses que je fais parce que je suis l'Agneau de Dieu dont a parlé le Précurseur. Et Moi non plus, je n'ai pas voulu dire par quelle autorité je fais les choses que je fais. Déjà, de nombreuses fois, je l'ai dit dans ces murs et dans toute la Palestine, et mes prodiges parlent encore plus que mes paroles. Maintenant je ne le dirai plus par mes paroles. Je laisserai parler les prophètes et mon Père, et les signes du Ciel, car le moment est venu où tous ces signes vont être donnés. Ceux qui ont été dits par les prophètes et marqués des symboles de notre histoire, et ceux que j'ai dits : le signe de Jonas; vous vous souvenez de ce jour à Cédés? C'est le signe qu'attend Gamaliel. Toi, Etienne, toi, Hermas, et toi, Barnabé qui as quitté tes compagnons aujourd'hui pour me suivre, certainement plusieurs fois vous avez entendu le rabbi parler de ce signe. Eh bien, bientôt le signe sera donné." Il s'éloigne en montant à travers les oliviers de la montagne, suivi des siens et de nombreux disciples (des soixante-douze) en plus d'autres, comme Joseph Barnabé qui le suit pour l'entendre parler encore.

La nuit

Jésus est encore, le soir, dans l'oliveraie et il y est avec ses apôtres. Et de nouveau il parle. "Et encore un autre jour est passé. Maintenant la nuit et puis demain, et puis un autre demain, et puis la cène pascale." "Où la ferons-nous, mon Seigneur ? Cette année il y a aussi les femmes" demande Philippe. "Et nous n'avons encore pourvu à rien, et la ville est pleine, bondée. Il semble que cette année Israël tout entier, jusqu'aux plus lointains prosélytes, soit accouru au rite" dit Barthélémy. Jésus le regarde et comme s'il récitait un psaume, il dit : "Rassemblez-vous, hâtez-vous, accourez de tous côtés vers ma victime que j'immole pour vous, vers la grande Victime immolée sur les monts d'Israël, pour manger sa Chair et boire son Sang." "Mais quelle victime ? Quelle victime ? Tu sembles quelqu'un qui est possédé par une folie fixe. Tu ne parles que de mort... et tu nous affliges" dit avec véhémence Barthélemy. Jésus le regarde encore en quittant des yeux Simon qui se penche sur Jacques d'Alphée et sur Pierre et parle avec eux, et il dit : "Comment ? Tu me le demandes ? Tu n'es pas un de ces petits qui pour être instruits doivent recevoir la lumière septiforme. Tu étais déjà instruit en l'Écriture avant que je t'appelle, par l'intermédiaire de Philippe, dans cette douce matinée de printemps. De mon printemps. Et tu me demandes encore quelle est la victime immolée sur les monts, celle vers laquelle viendront tous les gens pour s'en nourrir ? Et tu m'appelles fou d'une folie fixe parce que je parle de mort ? Oh ! Bartholmaï ! Comme le cri des sentinelles, dans votre ténèbre, qui jamais s'est ouverte à la lumière, j'ai lancé une fois, deux fois, trois fois le cri annonciateur. Mais vous n'avez jamais voulu le comprendre. Vous en avez souffert sur le moment, et puis...

Comme des enfants, vous avez vite oublié les paroles de mort et vous êtes retournés joyeux à votre travail, sûrs de vous et pleins de l'espérance que mes paroles et les vôtres persuaderaient de plus en plus le monde de suivre et d'aimer son Rédempteur. Non. C'est seulement après que cette Terre aura péché contre Moi, et rappelez-vous que ce sont des paroles du Seigneur à son prophète, après seulement que le peuple et non seulement celui-ci en particulier, mais le grand peuple d'Adam commencera à gémir : "Allons vers le Seigneur. Lui qui nous a blessés nous guérira". Et le monde des rachetés dira : "Après deux jours, c'est-à-dire deux temps de l'éternité, durant lesquels il nous aura laissés à la merci de l'Ennemi, qui avec toutes ses armes nous aura frappés et tués comme nous avons frappé et tué le Saint — et nous le frappons et le tuons parce que toujours il y aura la race des Caïns qui tueront par leurs blasphèmes et leurs œuvres mauvaises le Fils de Dieu, le Rédempteur, en décochant des flèches mortelles non sur son éternelle Personne glorifiée, mais sur leur âme rachetée par Lui, pour la tuer, et pour le tuer par conséquent dans leurs âmes — c'est seulement après ces deux temps que viendra le troisième jour et que nous ressusciterons en sa présence dans le Royaume du Christ sur la Terre et que nous vivrons en sa présence dans le triomphe de l'esprit. Nous le connaîtrons, nous apprendrons à connaître le Seigneur pour être prêts à soutenir, grâce à cette vraie connaissance de Dieu, la dernière bataille que Lucifer livrera à l'homme avant la sonnerie de l'ange de la septième trompette qui ouvrira le chœur bienheureux des saints de Dieu, au nombre parfait pour l'éternité — et ni le plus petit enfant, ni le vieillard le plus âgé ne pourra jamais être ajouté au nombre — le chœur qui chantera; "Il est fini le pauvre royaume de la Terre. Le monde est passé en revue avec tous ses habitants devant le Juge victorieux. Et les élus sont maintenant entre les mains de notre Seigneur et de son Christ, et Lui est notre Roi pour toujours. Louange au Seigneur Dieu Tout Puissant qui est, qui était et qui sera, parce qu'il a pris son grand pouvoir et qu'il est entré en possession de son royaume". Oh ! qui parmi vous saura rappeler les paroles de cette prophétie qui résonne déjà dans les paroles de Daniel, avec un son voilé, et qui maintenant retentit par la voix du Sage devant le monde étonné et devant vous, plus étonnés que le monde ? ! "La venue du Roi — continuera le monde gémissant dans ses blessures et enfermé dans son tombeau, après avoir mal vécu et être mal mort, enfermé par son septuple vice et par ses hérésies sans fin, l'esprit agonisant du monde enfermé, avec ses derniers essais, à l'intérieur de son organisme, mort lépreux à cause de toutes ses erreurs

La venue du Roi est préparée comme celle de l'aurore et elle viendra à nous comme la pluie du printemps et de l'automne". L'aurore est précédée et préparée par la nuit. C'est la nuit. Celle de maintenant. Et que dois-je te faire, Ephraïm ? Et que dois-je te faire, Ô Juda ?... Simon, Bartholmaï, Judas, et mes cousins, vous plus instruits dans le Livre, reconnaissez-vous ces paroles ? Ce n'est pas d'un esprit fou, mais de quelqu'un qui possède la Sagesse et la Science qu'elles viennent. C'est comme un roi qui ouvre avec assurance ses coffres forts, parce qu'il sait où est la gemme donnée qu'il cherche, après l'avoir mise de sa main à l'intérieur, que je cite les prophètes. Je suis la Parole. Pendant des siècles, j'ai parlé par des lèvres humaines, et pendant des siècles je parlerai par des lèvres humaines. Mais tout ce qui est dit de surnaturel est ma parole. L'homme ne pourrait pas, même le plus docte et le plus saint, monter avec une âme d'aigle au-delà des limites du monde aveugle, pour saisir et dire les mystères éternels, L'avenir n'est "présent" que dans la Pensée divine. C'est une sottise chez ceux qui ne sont pas élevés par Notre Volonté, de prétendre faire des prophéties et des révélations. Et Dieu les démentit et les frappe parce qu'Un seul peut dire : "Je suis" et dire : "Je vois" et dire "Je sais". Mais quand une Volonté qu'on ne mesure pas, qu'on ne juge pas, qu'il faut accepter en inclinant la tête, en disant : "Me voici", sans discuter, dit : "Viens, monte, écoute, vois, répète" alors, plongée dans l'éternel présent de son Dieu, l'âme, appelée par le Seigneur pour être "voix", voit et tremble, voit et pleure, voit et jubile; alors l'âme, appelée par le Seigneur pour être "parole", écoute, et arrivant à des extases ou à une sueur d'agonie, dit les paroles redoutables du Dieu Éternel. Parce que toute parole de Dieu est redoutable, venant de Celui dont le verdict est immuable et la Justice inexorable, et tournée vers les hommes dont trop peu méritent amour et bénédiction et non pas foudre et condamnation. Maintenant cette parole, qui est donnée et méprisée, n'est-elle pas la cause d'une faute redoutable et d'une punition pour ceux qui l'ayant entendue la repoussent ? Elle l'est. Et que dois-je encore vous faire, ô Ephraïm, ô Juda, ô monde, que je n'ai pas fait ? Je suis venu pour t'aimer, ma Terre, et ma parole a été pour toi une épée qui tue parce que tu l'as exécrée. Oh ! Monde qui tues ton Sauveur en croyant faire une chose juste, tellement tu es insatanisé au point de ne même plus comprendre quel est le sacrifice que Dieu exige, sacrifice du péché personnel et non pas d'une bête immolée et consommée avec l'âme souillée !

Mais que t'ai-je donc dit pendant ces trois années ? Qu'ai-je prêché ? J'ai dit : "Connaissez Dieu dans ses lois et dans sa nature". Et je me suis desséché comme un vase d'argile poreuse exposé au soleil en vous répandant la connaissance vitale de la Loi et de Dieu. Et tu as continué de faire des holocaustes sans jamais accomplir l'unique chose nécessaire : l'immolation au Dieu vrai de ta volonté mauvaise ! Maintenant le Dieu éternel te dit, cité pécheresse, peuple parjure — et à l'heure du Jugement, on se servira pour toi d'un fouet dont on ne se servira pas pour Rome et Athènes, qui sont hébétées et ne connaissent pas la parole et le savoir, mais qui, d'éternels enfants mal soignés par leur nourrice et restés comme des animaux dans leurs capacités, passeront dans les bras saints de mon Église, mon unique sublime Épouse qui m'enfantera d'innombrables enfants dignes du Christ, deviendront adultes et capables et me donneront des palais et des troupes, des temples et des saints de quoi peupler le Ciel comme avec des étoiles — maintenant le Dieu éternel te dit : "Vous ne me plaisez plus et je n'accepterai plus de don de votre main. Il est pour Moi pareil à des excréments et je vous le rejetterai à la face et il y restera attaché. Vos solennités, toutes extérieures, me dégoûtent. Je supprime le pacte avec la race d'Aaron et je le passe aux fils de Lévi parce que, voilà, celui-ci est mon Lévi, et avec Lui pour toujours j'ai fait un pacte de vie et de paix et Lui m'a été fidèle dans les siècles des siècles, jusqu'au sacrifice. Il a eu la sainte crainte du Père et il a tremblé à cause de son courroux d'offensé, au seul son de mon Nom offensé. La loi de la vérité a été sur sa bouche, et sur ses lèvres il n'y a pas eu d'iniquité, il a marché avec Moi dans la paix et l'équité, et il en a retiré beaucoup du péché. Le temps est venu où en tout lieu, et non plus sur l'unique autel de Sion, car vous ne méritez pas de l'y offrir, sera sacrifiée et offerte à mon Nom l'Hostie pure, immaculée, agréable au Seigneur' '. Les reconnaissez-vous les éternelles paroles ?" "Nous les reconnaissons, notre Seigneur. Et crois-le, nous sommes abattus comme si on nous avait frappés. N'est-il pas possible de dévier le destin ?" "Tu l'appelles destin, Bartholmaï ?" "Je ne saurais quel autre nom..." "Réparation. Voilà le nom. On n'offense pas le Seigneur sans que l'offense doive être réparée. Et Dieu Créateur a été offensé par le Premier qui a été créé. Depuis lors, l'offense n'a pas cessé de croître.

Et elle n'a pas servi l'inondation du Déluge, ni la pluie de feu sur Sodome et Gomorrhe à rendre l'homme saint. Pas l'eau et pas le feu. La Terre est une Sodome sans limite où passe, libre et roi, Lucifer. Alors que vienne une trinité pour la laver : le feu de l'amour, l'eau de la douleur, le Sang de la Victime. Voici, ô Terre, mon don. Je suis venu pour te le donner. Et maintenant je me déroberais à son accomplissement ? C'est Pâque, on ne peut fuir." "Pourquoi ne vas-tu pas chez Lazare ? Ce ne serait pas fuir, mais chez lui, on ne te toucherait pas." "Simon parle bien. Je t'en supplie, Seigneur, fais-le !" crie Judas Iscariote en se jetant aux pieds de Jésus. A son geste répond un déluge de larmes de Jean, et bien que plus maîtres de leur douleur, les cousins pleurent ainsi que Jacques et André. "Tu me crois le "Seigneur" ? Regarde-moi !" et Jésus transperce de son regard le visage angoissé de l'Iscariote, car il est réellement angoissé, ce n'est pas une feinte. C'est peut-être la dernière lutte de son âme avec Satan, et il ne sait pas triompher. Jésus l'étudie et suit la lutte comme un homme de science pourrait étudier une crise d'un malade. Puis il se lève brusquement et si violemment que Judas, appuyé sur ses genoux, se trouve repoussé et retombe assis par terre. Jésus recule aussi, le visage bouleversé, et il dit : "Pour faire arrêter aussi Lazare ? Double proie et double joie par conséquent. Non, Lazare se garde pour le Christ à venir, pour le Christ triomphant. Un seul sera jeté au-delà de la vie, et il ne reviendra pas. Moi, je reviendrai. Mais lui ne reviendra pas. Mais Lazare reste. Toi, toi qui sais tant de choses, tu sais aussi celle-là. Mais ceux qui espèrent avoir double profit en capturant l'aigle avec l'aiglon, dans leur nid et sans difficulté, peuvent être sûrs que l'aigle a les yeux sur tous, et que par amour pour son petit il ira loin du nid pour être pris Lui seul, en le sauvant. Je suis tué par la haine et pourtant je continue à aimer. Allez. Moi, je reste à prier. Jamais comme à l'heure où je vis, je n'ai eu besoin d'élever mon âme au Ciel." "Laisse-moi rester avec Toi" supplie Jean.  "Non. Vous avez tous besoin de repos. Va-t'en." "Tu restes seul ? Et s'ils te font du mal ? Tu semblés souffrant aussi... Moi, je reste" dit Pierre. "Toi aussi, va avec les autres. Laissez-moi oublier les hommes pour une heure ! Laissez-moi en contact avec les anges de mon Père ! Ils remplaceront ma Mère, qui s'épuise en larmes et en prière, que je ne puis charger de ma douleur désolée. Allez."

"Tu ne nous donnes pas la paix ?" demande son cousin Jude. "Tu as raison. Que la paix du Seigneur se pose sur ceux qui ne sont pas opprobre à ses yeux. Adieu" et Jésus pénètre en montant un talus au milieu des oliviers. "Et pourtant... ce qu'il dit c'est vraiment dans l'Écriture ! Et quand on l'entend de Lui on comprend pourquoi et pour qui c'est dit" murmure Barthélemy. "Moi, je l'ai dit à Pierre dans l'automne de la première année..." dit Simon. "C'est vrai... Mais... Non ! Moi vivant, je ne le laisserai pas prendre. Demain..." dit Pierre. "Que feras-tu demain ?" demande l'Iscariote. "Ce que je ferai ? Je parle avec moi-même. C'est un temps de conjuration. A l'air même je ne confierai pas ma pensée. Et toi, qui es puissant, tu l'as dit tant de fois, pourquoi ne cherches-tu pas protection pour Jésus ?" "Je le ferai, Pierre. Je le ferai. Ne vous étonnez pas si je suis parfois absent. Je travaille pour Lui. Ne le Lui dites pas, pourtant". "Sois tranquille, et que tu sois béni. Parfois je me suis défié de toi, mais je m'en excuse. Je vois que tu es meilleur que nous au bon moment. Tu agis... moi, je ne sais que parler à vide" dit Pierre, humble et sincère. Et Judas rit comme si la louange lui plaisait. Ils s'éloignent du Gethsémani vers la route qui va à Jérusalem.

Texte extrait de l'Evangile tel qu'il m'a été révélé, Tome 9, chapitre 11 et 12

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28 mars 2010

Semaine Sainte 2010

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Semaine Sainte 2010

Le soir du dimanche des rameaux

Extrait des révélations de Maria Valtorta

Jésus est avec les siens dans la paix du Jardin des Oliviers. C'est le soir, un tiède soir de pleine lune. Ils sont assis sur les sièges naturels que sont les talus de l'Oliveraie, exactement les premiers, qui se présentent sur cette petite place naturelle que forme une clairière située à l'entrée. Le Cédron fait entendre son bruissement en heurtant les cailloux de son lit et semble se parler à lui-même. Un chant de rossignol; la brise qui soupire et rien d'autre. Jésus parle. "Après le triomphe de ce matin, bien différent est votre esprit. Que dois-je dire ? Qu'il est soulagé ? Oh ! oui ! Selon l'humanité il est soulagé. Vous êtes entrés dans la ville, tout tremblants à cause de mes paroles. Il semblait que chacun craignait, pour lui-même, les sicaires au-delà des murs, prêts à l'assaillir et à le faire prisonnier. En tout homme il y a un autre homme qui se révèle aux heures les plus graves. Il y a le héros qui, aux heures du plus grand danger, bondit de l'homme doux que le monde a l'habitude de voir et juge insignifiant, le héros qui dit à la lutte : "Me voici", qui dit à l'ennemi, à l'arrogant : "Mesure-toi avec moi". Et il y a le saint qui, alors que tous s'enfuient terrorisés devant les tyrans qui veulent des victimes, dit : "Prenez-moi en otage et en sacrifice. Je paie pour tous". Et il y a le cynique qui profite personnellement des malheurs de tous et rit sur les corps des victimes. Il y a le traître qui a son courage particulier : celui du mal. Le traître qui est l'amalgame du cynique et du lâche, qui est aussi une catégorie qui se manifeste dans les heures graves. Car cyniquement il tire profit d'un malheur et lâchement il passe au parti le plus fort, osant, pour en tirer profit, affronter le mépris des ennemis et les malédictions de ceux qu'il abandonne. Il y a enfin le type le plus répandu, le lâche qui, aux heures graves, n'est capable que de regretter d'avoir fait connaître son appartenance à un parti et à un homme, maintenant frappé par l'anathème, et de s'enfuir... Ce lâche n'est pas aussi criminel que le cynique ni aussi dégoûtant que le traître. Mais il montre toujours l'imperfection de sa structure spirituelle. Vous... vous êtes tels. Ne le niez pas. Je lis dans les consciences. Ce matin, vous pensiez entre vous : "Qu'est-ce qui va nous arriver ? Allons-nous à la mort, nous aussi ?" Et la partie la plus basse gémissait : "Que jamais !..."

Oui. Mais vous ai-je jamais trompés ? Dès mes premières paroles, je vous ai parlé de persécution et de mort. Et quand l'un d'entre vous, par excès d'admiration, a voulu voir en Moi un roi et a voulu me présenter comme un roi, un des pauvres rois de la Terre, toujours pauvre même s'il est roi et qu'il restaure le royaume d'Israël, j'ai tout de suite corrigé son erreur, et j'ai dit : "Je suis Roi de l'esprit. J'offre privations, sacrifices, douleurs. Je n'ai pas autre chose. Ici, sur la Terre, je n'ai pas autre chose. Mais après ma mort, et votre mort dans ma foi, je vous donnerai un Royaume éternel : celui des Cieux". Vous ai-je dit, peut-être, quelque chose de différent ? Non. Vous dites non. Et vous, alors, vous disiez aussi : "Nous ne voulons que cela. Avec Toi, comme Toi, à cause de Toi, nous voulons être, et être traités, et souffrir". Oui, vous parliez ainsi. Et vous étiez sincères aussi. Mais c'était parce que vous ne raisonniez que comme des enfants, comme des enfants étourdis. Vous pensiez qu'il était facile de me suivre, et vous étiez tellement imprégnés de la triple sensualité que vous ne pouviez admettre que fût vrai ce à quoi je faisais allusion. Vous pensiez : "Lui est le Fils de Dieu. Il le dit pour éprouver notre amour. Mais Lui ne pourra être frappé par l'homme. Lui qui opère des miracles saura bien faire un grand miracle en sa faveur !" Et chacun ajoutait : "Je ne puis croire que Lui soit trahi, pris, tué". Si forte était la foi humaine que vous aviez en ma puissance que vous arriviez à n'avoir pas foi dans mes paroles, la Foi vraie, spirituelle, sainte et sanctifiante. "Lui qui fait des miracles pourra en faire un en sa faveur !" disiez-vous. Ce n'est pas un, mais un grand nombre encore que je ferai. Et deux seront tels qu'aucune intelligence ne peut y penser. Ils seront tels que seulement ceux qui croient dans le Seigneur pourront les admettre. Tous les autres, dans les siècles des siècles, diront : "Impossible !" Et même au-delà de la mort je serai un objet de contradiction pour beaucoup. En une douce matinée de printemps j'ai annoncé d'une montagne les diverses béatitudes. Il y en a encore une : "Bienheureux ceux qui savent croire sans voir". J'ai déjà dit en allant à travers la Palestine : "Bienheureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l'observent", et encore : "Bienheureux ceux qui font la volonté de Dieu" et d'autres, j'en ai dit d'autres, car dans la maison de mon Père nombreuses sont les joies qui attendent les saints. Mais il y a aussi celle-ci. Oh ! bienheureux ceux qui croient sans avoir vu avec leurs yeux corporels ! Ils seront tellement saints que, étant sur la Terre, ils verront déjà Dieu, le Dieu caché dans le Mystère d'amour.

Mais vous, depuis trois ans que vous êtes avec Moi, vous n'êtes pas encore arrivés à cette foi. Et vous croyez seulement à ce que vous voyez. C'est pour cela que depuis ce matin, après le triomphe, vous dites : "C'est ce que nous disions. Il triomphe, et nous avec Lui". Et comme des oiseaux qui remettent en place leurs plumes froissées par quelqu'un de cruel, vous vous levez pour voler, ivres de joie, pleins d'assurance, libres de cette construction que mes paroles vous avaient mise dans le cœur. Êtes-vous plus soulagés alors, même dans votre esprit ? Non. En lui, vous êtes encore moins soulagés, car vous êtes encore plus impréparés à l'heure qui arrive. Vous avez bu les hosannas comme du vin fort et agréable. Et vous en êtes ivres. Un homme ivre est-il jamais fort ? Il suffit d'une main d'enfant pour le faire chanceler et tomber. C'est ainsi que vous êtes. Et il suffira qu'apparaissent des sicaires pour vous faire fuir comme de timides gazelles qui voient se présenter près d'un rocher de la montagne le museau pointu du chacal, et rapides comme le vent se dispersent à travers les solitudes du désert. Oh ! prenez garde de ne pas mourir d'une horrible soif dans ce sable brûlé qu'est le monde sans Dieu ! Ne dites pas, ne dites pas, ô mes amis, ce que dit Isaïe en faisant allusion à votre état d'esprit faux et dangereux. Ne dites pas : "Celui-là ne parle que de conjurations. Mais il n'y a pas à craindre, il n'y a pas lieu de s'épouvanter. Nous ne devons pas craindre ce que Lui nous prophétise. Israël l'aime, et nous l'avons vu". Que de fois le tendre pied nu d'un petit enfant foule les herbes fleuries du pré, pour cueillir des fleurs qu'il portera à sa mère, et croit ne trouver que des fleurs, et au contraire posé son talon sur la tête d'un serpent, en est mordu et en meurt ! Les fleurs cachaient le serpent. Ce matin aussi... ce matin aussi c'était ainsi ! Je suis le Condamné couronné de roses. Les roses !... Combien de temps durent les roses ? Que reste-t-il d'elles lorsque leurs corolles se sont effeuillées en une neige de pétales parfumés ? Des épines. Moi — Isaïe l'a dit — je serai pour vous, et je dis qu'avec vous je serai pour le monde, sanctification, mais aussi pierre d'achoppement, pierre de scandale et lacs et ruine pour Israël et pour la Terre. Je sanctifierai ceux qui auront bonne volonté et je ferai tomber et briser en mille morceaux ceux qui auront mauvaise volonté.

Les anges ne disent pas des paroles mensongères, ni des paroles de peu de durée. Ils viennent de Dieu, qui est Vérité et qui est Éternel, et ce qu'ils disent est vérité et parole immuable. Ils ont dit : "Paix aux hommes de bonne volonté". Il naissait alors, ô Terre, ton Sauveur. Maintenant il va à la mort ton Rédempteur. Mais pour avoir de Dieu la paix, c'est-à-dire sanctification et gloire, il faut avoir "bonne volonté". Inutile ma naissance, inutile ma mort pour ceux qui n'ont pas cette volonté bonne. Mon vagissement et mon râle, le premier pas et le dernier, la blessure de la circoncision et celle de la consommation, auront existé en vain si en vous, si dans les hommes, il n'y aura pas la bonne volonté de se racheter et de se sanctifier. Et je vous le dis : un très grand nombre de gens se butteront contre Moi qui ai été placé comme colonne de soutènement et non comme un piège pour l'homme, et ils tomberont parce qu'ivres d'orgueil, de luxure, d'avarice, et ils seront enfermés dans le filet de leurs péchés et pris et donnés à Satan. Mettez ces paroles dans vos cœurs et scellez-les pour les futurs disciples. Allons. La Pierre se lève. Un autre pas en avant. Sur la montagne. Elle doit resplendir au sommet car Il est le soleil, Il est la Lumière, Il est l'Orient. Et le Soleil brille sur les cimes. Il doit être sur la montagne car le vrai Temple doit être vu du monde entier. Et de Moi-même je l'édifie avec la Pierre vivante de ma Chair immolée. J'en assemblerai les parties avec le mortier fait de ma sueur et de mon sang. Et je serai sur mon trône recouvert d'une pourpre vivante, couronné d'une couronne nouvelle, et ceux qui sont au loin viendront à Moi, ils travailleront dans mon Temple, autour de lui. Je suis la base et le sommet. Mais tout autour, toujours plus grande, s'étendra la demeure. Et Moi-même, je travaillerai mes pierres et mes artisans. Comme j'ai été travaillé au ciseau par le Père, par l'Amour, et par l'homme et par la Haine, de même je les travaillerai. Et après qu'en un seul jour aura été enlevée l'iniquité de la Terre, sur la pierre de celui qui est Prêtre pour l'éternité viendront les sept yeux pour voir Dieu et déboucheront les sept sources pour vaincre le feu de Satan. Satan... Judas, allons. Et rappelle-toi que le temps presse et que pour le soir du Jeudi l'Agneau doit être livré."

(Texte extrait de l'Evangile tel qu'Il m'a été révélé Tome 9, chapître 10)

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27 mars 2010

Dimanche des Rameaux et de la Passion

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Semaine Sainte 2010

Dimanche des Rameaux et de la Passion

Comme les foules venues acclamer Jésus aux portes de la ville, nous nous pressons aujourd'hui aux portes des églises pour nous souvenir de l'entrée triomphante de Jésus à Jérusalem. Avec toute l'Eglise, entrons dans la Semaine Sainte. Commençons les célébrations du Mystères Pascal. Préparons-nous à suivre notre Sauveur dans Sa Passion jusqu'à la Croix pour avoir part à Sa Résurrection et à Sa Vie.

L'entrée de Jésus à Jérusalem

Extrait des Révélations de Maria Valtorta

Jésus passe son bras autour des épaules de sa Mère qui s'est levée quand Jean et Jacques d'Alphée  l'ont rejointe pour lui dire : "Ton Fils arrive", et puis ils sont revenus en arrière pour se réunir à leurs compagnons qui avancent lentement en parlant, alors que Thomas et André ont couru vers Bethphagé pour chercher l'ânesse et l'ânon et les amener à Jésus.

Jésus, pendant ce temps, parle aux femmes : "Nous voici près de la ville. Je vous conseille d'y aller et d'y aller en toute sûreté. Entrez dans la ville avant Moi. Près de En Rogel, se trouvent les bergers  et les disciples les plus fidèles. Ils ont l'ordre de vous accompagner et de vous protéger." "C'est que... Nous avons parlé avec Aser de Nazareth et Abel de Bethléem de Galilée et aussi avec Salomon. Ils étaient venus jusqu'ici pour guetter ton arrivée. La foule prépare une grande fête. Et on voulait voir... Tu vois comme remue le haut des oliviers ? Ce n'est pas le vent qui les agite ainsi. Mais ce sont des gens qui coupent des branches pour en joncher le chemin et t'abriter du soleil. Et là-bas ? ! Regarde, ils sont en train de dépouiller les palmiers de leurs éventails. On dirait des grappes et ce sont des hommes grimpés sur les fûts qui n'en finissent pas de cueillir... Et sur les pentes tu vois des enfants qui se baissent pour cueillir des fleurs. Et certainement les femmes dépouillent les jardins des fleurs et des plantes odorantes pour en joncher le chemin. Nous voulions voir... et imiter le geste de Marie de Lazare qui recueillit toutes les fleurs foulées par ton pied quand tu es entré dans le jardin de Lazare" demande Marie de Cléophas au nom de toutes. Jésus caresse sur la joue sa vieille parente qui semble une enfant désireuse de voir un spectacle, et il lui dit : "Dans la grande foule, tu ne verrais rien. Allez en avant, à la maison de Lazare, celle qui a Matthias comme gardien. Je passerai par là, et vous me verrez d'en haut." "Mon Fils... et tu vas seul ? Je ne puis rester près de Toi ?" dit Marie en levant son visage si triste et en fixant ses yeux de ciel sur son doux Fils. "Je voudrais te prier de rester cachée. Comme la colombe dans le creux du rocher. Plus que ta présence, ta prière m'est nécessaire, Maman aimée !" "Si c'est ainsi, mon Fils, nous prierons, toutes, pour Toi." "Oui. Après l'avoir vu passer, vous viendrez avec nous dans mon palais de Sion. Et j'enverrai des serviteurs au Temple et toujours à la suite du Maître pour qu'ils nous apportent ses ordres et ses nouvelles" décide Marie de Lazare toujours rapide pour saisir ce qu'il y a de mieux à faire et pour le faire sans retard. "Tu as raison, ma sœur. Bien qu'il me peine de ne pas le suivre, je comprends le bien fondé de cet ordre. Et du reste Lazare nous a dit de ne contredire le Maître en rien, et de Lui obéir même dans les plus petits détails. Et nous le ferons."

"Et alors, allez. Vous voyez ? Les routes s'animent. Les apôtres vont me rejoindre. Allez. La paix soit avec vous. Je vous ferai venir aux heures que je jugerai bonnes. Maman, adieu. Sois en paix. Dieu est avec nous." Il l'embrasse et la congédie. Et les disciples obéissantes s'en vont sans tarder. Les dix apôtres rejoignent Jésus : "Tu les as envoyées en avant ?" "Oui. Elles verront mon entrée d'une maison." "De quelle maison ?" demande Judas de Kériot. "Eh ! elles sont désormais si nombreuses les maisons amies !" dit Philippe. "Pas chez Annalia ?" insiste l'Iscariote. Jésus répond négativement et se met en chemin vers Bethphagé qui est peu éloignée. Il en est tout proche quand reviennent les deux qu'il a envoyés prendre l'ânesse et l'ânon. Ils crient : "Nous avons trouvé comme tu l'as dit, et nous t'aurions amené les animaux. Mais leur maître a voulu les étriller et les orner des meilleurs harnachements pour te faire honneur. Et les disciples, unis à ceux qui ont passé la nuit dans les rues de Béthanie pour t'honorer, veulent avoir l'honneur de te les conduire, et nous avons consenti. Il nous a paru que leur amour méritait une récompense." "Vous avez bien fait. Avançons, en attendant." "Sont-ils nombreux les disciples ?" demande Barthélémy. "Oh ! une multitude. On n'arrive pas à passer par les rues de Bethphagé. Aussi j'ai dit à Isaac de conduire l'âne chez Cléonte, le fromager" répond Thomas. "Tu as bien fait. Allons jusqu'à cet escarpement des collines, et attendons un peu à l'ombre de ces arbres." Ils vont à l'endroit indiqué par Jésus. "Mais nous nous éloignons ! Tu dépasses Bethphagé en la contournant par derrière !" s'écrie l'Iscariote. "Et si je veux le faire, qui peut m'en empêcher ? Suis-je peut-être déjà prisonnier, pour qu'il ne me soit pas permis d'aller où je veux ? Et est-on pressé que je le sois et craint-on que je puisse échapper à la capture ? Et si j'estimais juste de m'éloigner pour des lieux plus sûrs, y a-t-il quelqu'un qui pourrait m'en empêcher ?" Jésus darde son regard sur le Traître qui ne parle plus et hausse les épaules, comme pour dire : "Fais ce que bon te semble." Ils tournent en effet en arrière du petit village, je dirais un faubourg de la ville elle-même car, du côté ouest, il est vraiment peu éloigné de la ville, faisant déjà partie des pentes de l'Oliveraie qui couronne Jérusalem du côté oriental. En bas, entre les pentes et la ville, le Cédron brille au soleil d'avril.

Jésus s'assoit dans cette silencieuse verdure et se concentre dans ses pensées. Puis il se lève et va réellement sur la cime de l'escarpement. Jésus me dit : "Ici tu mettras la vision du 31 Juillet 1944 : Jésus qui pleure sur Jérusalem, à partir de la phrase que je t'ai dite pour commencer la vision." Et ensuite, il recommence à me montrer les phases de son entrée triomphale. 30 Juillet. Je ne sais comment faire pour décrire, car je ressens au cœur un tel malaise que j'ai peine à rester assise. Mais il y a si longtemps que c'est ainsi. Je dois écrire ce que je vois. Pour moi s'éclaire l'Évangile d'aujourd'hui : 5ème dimanche après la Pentecôte. D'un coteau près de Jérusalem, Jésus regarde la ville qui s'étend à ses pieds. Le coteau n'est pas très haut. Au maximum comme peut l'être la petite place S. Miniato du mont, à Florence; mais cela suffit pour que l'œil domine l'étendue de toutes les maisons et des rues qui montent et descendent sur les petits accidents de terrain sur lesquels se trouve Jérusalem. Cette colline est certainement bien plus haute, si on prend le niveau le plus bas de la ville, que ne l'est le Calvaire, mais elle est plus proche de l'enceinte que ce dernier. Elle commence exactement tout près des murs et s'élève rapidement en s'éloignant de ceux-ci, alors que de l'autre côté elle descend mollement vers une campagne toute verte qui s'étend vers l'est, vers l'orient si j'en juge du moins par la lumière solaire. Jésus et les siens sont sous un bosquet, à l'ombre, assis. Ils se reposent du chemin parcouru. Puis Jésus se lève, quitte l'endroit boisé où ils étaient assis et s'en va tout à fait au sommet du coteau. Sa haute personne se détache nettement dans l'espace vide qui l'entoure. Il paraît encore plus grand ainsi, debout, et seul. Il tient les mains serrées sur sa poitrine, sur son manteau bleu, et regarde extrêmement sérieux. Les apôtres l'observent, mais ils le laissent faire sans bouger ni parler. Ils doivent penser qu'il s'est éloigné pour prier. Mais Jésus ne prie pas. Après avoir longuement regardé la ville en tous ses quartiers, en toutes ses élévations, en toutes ses particularités, parfois avec de longs regards sur tel ou tel point, parfois en insistant moins, Jésus se met à pleurer sans sanglots ni bruit.

Les larmes gonflent ses yeux, puis coulent et roulent sur ses joues et tombent parterre... des larmes silencieuses et tellement tristes, comme celles de quelqu'un qui sait qu'il doit pleurer, seul, sans espérer de réconfort ni de compréhension de personne. A cause d'une douleur qui ne peut être annulée et qui doit être soufferte absolument. Le frère de Jean, à cause de sa position, est le premier à voir ces pleurs et il le dit aux autres qui se regardent entre eux, étonnés. "Personne de nous n'a fait de mal" dit quelqu'un, et un autre : "La foule aussi ne nous a pas insultés. Il ne s'y trouve personne qui Lui soit ennemi." "Pourquoi pleure-t-il alors ?" demande le plus âgé de tous. Pierre et Jean se lèvent ensemble et s'approchent du Maître. Ils pensent que l'unique chose à faire c'est de Lui faire sentir qu'ils l'aiment et de Lui demander ce qu'il a. "Maître, tu pleures ?" dit Jean en mettant sa tête blonde sur l'épaule de Jésus, qui le dépasse de la tête et du cou. Et Pierre, en Lui mettant une main à la taille, en l'entourant presque d'un embrassement pour l'attirer à lui, Lui dit : "Quelque chose te fait souffrir, Jésus ? Dis-le à nous qui t'aimons." Jésus appuie sa joue sur la tête blonde de Jean et, desserrant ses bras, il passe à son tour son bras autour de l'épaule de Pierre. Ils restent ainsi embrassés tous les trois, dans une pose si affectueuse. Mais les larmes continuent de couler. Jean, qui les sent tomber dans ses cheveux, recommence à Lui demander : "Pourquoi pleures-tu, mon Maître ? Peut-être que de nous il te vient de la peine ?" Les autres apôtres se sont réunis au groupe affectueux et attendent anxieusement une réponse. "Non" dit Jésus. "Pas de vous. Vous êtes pour Moi des amis et l'amitié, quand elle est sincère, est baume et sourire, jamais larme. Je voudrais que vous restiez toujours mes amis. Même maintenant que nous allons entrer dans la corruption qui fermente et qui corrompt celui qui n'a pas une volonté décidée de rester honnête." "Où allons-nous, Maître ? Pas à Jérusalem ? La foule t'a déjà salué joyeusement. Veux-tu la décevoir ? Allons-nous peut-être en Samarie pour quelque prodige ? Justement maintenant que la Pâque est proche ?" Les questions viennent en même temps de différents côtés.

Jésus lève la main pour imposer le silence et puis, de sa main droite, il montre la ville. Un geste large comme celui du semeur qui jette son grain devant lui et il dit : "Elle est la Corruption. Nous entrons dans Jérusalem. Nous y entrons. Et seul le Très-Haut sait comment je voudrais la sanctifier en y amenant la Sainteté qui vient des Cieux. La resanctifier, cette ville qui devrait être la Cité Sainte. Mais je ne pourrai rien lui faire. Corrompue elle est, et corrompue elle reste. Et les fleuves de sainteté qui coulent du Temple vivant, et qui couleront encore davantage dans peu de jours jusqu'à le vider de la vie, ne suffiront pas pour la racheter. Ils viendront au Saint la Samarie et le monde païen. Sur les temples mensongers s'élèveront les temples du vrai Dieu. Les cœurs des gentils adoreront le Christ. Mais ce peuple, cette ville sera toujours pour Lui une ennemie et sa haine l'amènera au plus grand péché. Cela doit arriver. Mais malheur à ceux qui seront les instruments de ce crime. Malheur !..." Jésus regarde fixement Judas qui est presque en face de Lui. "Cela ne nous arrivera jamais. Nous sommes tes apôtres et nous croyons en Toi, prêts à mourir pour Toi." Judas ment effrontément et soutient sans embarras le regard de Jésus. Les autres unissent leurs protestations. Jésus répond à tous pour éviter de répondre directement à Judas. "Veuille le Ciel que vous soyez tels, mais vous avez encore beaucoup de faiblesse en vous et la tentation pourrait vous rendre semblables à ceux qui me haïssent. Priez beaucoup et veillez beaucoup sur vous. Satan sait qu'il va être vaincu et il veut se venger en vous arrachant à Moi. Satan est autour de nous tous : de Moi, pour m'empêcher de faire la volonté du Père et d'accomplir ma mission; de vous, pour faire de vous ses serviteurs. Veillez. Dans ces murs Satan prendra celui qui ne saura pas être fort. Celui pour lequel cela aura été une malédiction d'être choisi parce qu'il a donné à ce choix un but humain. Je vous ai choisis pour le Royaume des Cieux et non pour celui du monde. Souvenez-vous-en. Et toi, cité qui veux ta ruine et sur qui je pleure, sache que ton Christ prie pour ta rédemption. Oh ! si au moins en cette heure qui te reste tu savais venir à Celui qui serait ta paix ! Si au moins tu comprenais à cette heure l'Amour qui passe au milieu de toi et si tu te dépouillais de la haine qui te rend aveugle et folle, cruelle pour toi-même et pour ton bien ! Mais un jour viendra où tu te rappelleras cette heure ! Trop tard alors pour pleurer et te repentir ! L'Amour sera passé et sera disparu de tes routes et il restera la Haine que tu as préférée. Et la haine se tournera vers toi, vers tes enfants. Car on a ce qu'on a voulu, et la haine se paie par la haine.

Et ce ne sera pas alors la haine des forts contre le désarmé. Mais ce sera haine contre haine, et donc guerre et mort. Entourée de tranchées et de gens armés, tu souffriras avant d'être détruite et tu verras tomber tes fils tués par les armes et par la faim, et les survivants être prisonniers et méprisés, et tu demanderas miséricorde, et tu ne la trouveras plus parce que tu n'as pas voulu connaître ton Salut. Je pleure, amis, car j'ai un cœur d'homme et les ruines de la patrie m'arrachent des larmes. Mais que ce qui est juste s'accomplisse puisque dans ces murs la corruption dépasse toute limite et attire le châtiment de Dieu. Malheur aux citoyens qui sont la cause du mal de leur patrie ! Malheur aux chefs qui en sont la principale cause ! Malheur à ceux qui devraient être saints pour amener les autres à être honnêtes, et qui au contraire profanent la Maison de leur ministère et eux-mêmes !  Venez. A rien ne servira mon action. Mais faisons en sorte que la Lumière brille encore une fois au milieu des Ténèbres !" Et Jésus descend suivi des siens. Il s'en va rapidement par le chemin, le visage sérieux et je dirais presque renfrogné. Il ne parle plus. Il entre dans une maisonnette au pied de la colline et je ne vois pas autre chose. Jésus dit : "La scène racontée par Luc paraît sans liaison, pour ainsi dire illogique. Je déplore les malheurs d'une ville coupable et je ne sais pas compatir aux habitudes de cette ville ? Non. Je ne sais pas, je ne puis les compatir, puisque même ce sont justement ces habitudes qui engendrent les malheurs, et de les voir rend plus aiguë ma douleur. Ma colère contre les profanateurs du Temple est la conséquence logique de ma méditation sur les malheurs prochains de Jérusalem. Ce sont toujours les profanations du culte de Dieu, de la Loi de Dieu, qui provoquent les châtiments du Ciel. En faisant de la Maison de Dieu une caverne de voleurs, ces prêtres indignes et ces indignes croyants (de nom seulement] attiraient sur tout le peuple malédiction et mort. Inutile de donner tel ou tel nom au mal qui fait souffrir un peuple. Cherchez le nom exact en ceci : "Punition d'une vie de brutes". Dieu se retire et le Mal s'avance. Voilà le fruit d'une vie nationale indigne du nom de chrétienne. Comme alors, maintenant aussi, dans cette partie de siècle, je n'ai pas manqué par des prodiges de secouer et de rappeler. Mais comme alors, je n'ai attiré sur Moi et mes instruments que moquerie, indifférence et haine. Pourtant que les particuliers et les nations se souviennent que c'est inutilement qu'ils pleurent quand auparavant ils ne veulent reconnaître leur salut. Inutilement qu'ils m'invoquent quand à l'heure où j'étais avec eux ils m'ont chassé par une guerre sacrilège qui en partant de consciences particulières, vouées au Mal, s'est répandue dans toute la Nation. Les Patries ne se sauvent pas tant par les armes que par une forme de vie qui attire les protections du Ciel. Repose, petit Jean, et fais en sorte d'être toujours fidèle au choix que j'ai fait de toi. Va en paix." Quelle fatigue ! Je n'en peux vraiment plus...

Jésus a à peine le temps d'entrer dans la maison pour en bénir les habitants que l'on entend une gaie sonnerie de grelots et des voix en fête. Et tout de suite après, le visage émacié et pâle d'Isaac apparaît dans l'ouverture de la porte et le fidèle berger entre et se prosterne devant son Seigneur Jésus. Dans l'encadrement de la porte grande ouverte se pressent de nombreux visages et en arrière on en voit d'autres... On se bouscule, on se presse, on veut s'avancer... Quelques cris de femmes, quelques pleurs d'enfants pris au milieu de la cohue, et des salutations, des cris joyeux : "Heureux jour qui te ramène à nous ! La paix à Toi, Seigneur ! C'est un heureux retour, ô Maître, pour récompenser notre fidélité." Jésus se lève et fait signe qu'il va parler. Tout le monde se tait, et on entend nettement la voix de Jésus. "Paix à vous ! Ne vous entassez pas. Maintenant nous allons monter ensemble au Temple. Je suis venu pour être avec vous. Paix ! Paix ! Ne vous faites pas de mal. Faites place, mes aimés ! Laissez-moi sortir et suivez-moi, pour que nous entrions ensemble dans la Cité Sainte." Les gens obéissent tant bien que mal, et font un peu de place, assez pour que Jésus puisse sortir et monter sur l'ânon. Car Jésus indique le poulain jamais monté jusqu'alors comme sa monture. Alors de riches pèlerins, qui se pressent dans la foule, étendent sur la croupe de l'ânon leurs somptueux manteaux et quelqu'un met un genou à terre et l'autre à servir de marchepied au Seigneur qui s'assoit sur l'ânon, et le voyage commence. Pierre marche à côté du Maître et de l'autre côté Isaac tient la bride de la bête qui n'est pas entraînée, et qui pourtant marche tranquillement comme si elle était habituée à cet office sans s'emballer ou s'effrayer des fleurs qui, jetées comme elles le sont vers Jésus, frappent souvent les yeux et le museau de la bête, ni des branches d'olivier et des feuilles de palmiers agitées devant et autour de lui, jetées par terre pour servir de tapis avec des fleurs, ni des cris de plus en plus forts : "Hosanna, Fils de David !" qui montent vers le ciel serein pendant que la foule se tasse de plus en plus et grossit à cause des nouveaux venus.

Passer par Bethphagé, par les rues étroites et contournées, n'est pas chose facile et les mères doivent prendre les enfants dans leurs bras, et les hommes protéger les femmes de coups trop violents, et il arrive qu'un père place son fils sur ses épaules à califourchon et le porte élevé au-dessus de la foule alors que les voix des petits semblent des bêlements d'agneaux ou des cris d'hirondelles et que leurs menottes jettent des fleurs et des feuilles d'oliviers que leurs mères leur présentent, et envoient aussi des baisers au doux Jésus... Une fois sorti des rues étroites de la petite bourgade, le cortège se range et se déploie, et de nombreux volontaires s'en vont en avant pour prendre la tête et désencombrer le chemin, et d'autres les suivent en jonchant le sol de branches et quelqu'un, le premier, jette son manteau pour servir de tapis, et un autre, et quatre, et dix, et cent, et mille, l'imitent. Le chemin a en son milieu une bande multicolore de vêtements étendus sur le sol, et après le passage de Jésus ils sont repris et portés plus en avant, avec d'autres, avec d'autres, et toujours des fleurs, des branchages, des feuilles de palmiers s'agitent ou sont jetés par terre, et des cris plus forts s'élèvent tout autour en l'honneur du Roi d'Israël, à l'adresse du Fils de David, de son Royaume ! Les soldats de garde à la porte sortent pour voir ce qui arrive. Mais ce n'est pas une sédition et, appuyés sur leurs lances, ils se rangent de côté pour observer, étonnés ou ironiques, le cortège étrange de ce Roi assis sur un ânon, beau comme un dieu, simple comme le plus pauvre des hommes, doux, bénissant... entouré de femmes et d'enfants et d'hommes désarmés criant : "Paix ! Paix !", de ce Roi qui, avant d'entrer dans la ville, s'arrête un moment à la hauteur des tombeaux des lépreux de Hinnon et de Siloan (je crois bien parler de ces lieux où j'ai vu d'autres fois des miracles de lépreux) et s'appuyant sur l'unique étrier sur lequel il appuie son pied, puisqu'il est assis sur l'âne et non à cheval, il se lève et ouvre les bras en criant dans la direction de ces pentes horribles, où des visages et des corps effrayants se montrent en regardant vers Jésus et élèvent le cri lamentable des lépreux : "Nous sommes infectés !", pour écarter des imprudents qui pour bien voir Jésus monteraient aussi sur les terrasses contaminées : "Que celui qui a foi invoque mon Nom et ait la santé grâce à cela !" et il les bénit en reprenant sa route et en ordonnant à Judas de Kériot : "Tu achèteras de la nourriture pour les lépreux et avec Simon tu la leur porteras avant le soir."

Le cortège entre sous la voûte de la Porte de Siloan et puis comme un torrent se déverse dans la ville en passant par le faubourg d'Ophel —où chaque terrasse est devenue une petite place aérienne remplie de gens qui crient des hosannas, jettent des fleurs et renversent des parfums en bas, sur la route, en essayant de les jeter sur le Maître, et l'air est saturé par l'odeur des fleurs qui meurent sous les pas de la foule et des essences qui se répandent dans l'air avant de tomber dans la poussière de la route — le cri de la foule semble augmenter et se renforcer comme si chacun criait dans un porte-voix, car les nombreux archivoltes dont Jérusalem est remplie l'amplifient ne cessant pas de le faire résonner. J'entends crier, et je crois que cela veut dire ce que disent les évangélistes : "Scialem, Scialem melchil !" (ou malchit : je m'efforce à rendre le son des paroles, mais il est difficile car elles ont des aspirations que nous n'avons pas). C'est un bruit continu, semblable à celui d'une mer en tempête dans laquelle n'est pas encore tombé le bruit de la lame qui fouette la plage et les écueils, qu'une autre lame ramasse et relève en un nouveau claquement sans jamais s'arrêter. J'en suis assourdie ! Parfums, odeurs, cris, des branches et des vêtements qui s'agitent, couleurs... C'est une vision étourdissante. Je vois la foule qui n'en finit pas de se mélanger, des visages connus qui apparaissent et disparaissent : tous les disciples de tous les coins de la Palestine, tous ceux qui suivent Jésus... Je vois pendant un instant Jaïre, je vois Jaia l'adolescent de Pella (me semble-t-il) qui était aveugle avec sa mère et que Jésus guérit, je vois Joachim de Bozra et ce paysan de la plaine de Saron avec ses frères, je vois le vieux et solitaire Matthias de cet endroit près du Jourdain (rive orientale) auprès duquel Jésus se réfugia alors que tout était inondé, je vois Zachée avec ses amis convertis, je vois le vieux Jean de Nobé avec presque tous ses concitoyens, je vois le mari de Sara de Jutta... Mais qui peut retenir ces visages et ces noms si c'est un kaléidoscope de visages connus et inconnus, vus plusieurs fois ou une seule ?... Voici maintenant le visage du pastoureau  pris à Ennon. Et près de lui le disciple de Corozaïn qui quitta la sépulture de son père pour suivre Jésus; et tout près, pour un instant, le père et la mère de Benjamin de Capharnaüm avec leur jeune fils qui manque de tomber sous les pieds de l'ânon en se jetant en avant pour recevoir une caresse de Jésus. Et — malheureusement — des visages de pharisiens et de scribes, livides de colère à cause de ce triomphe, qui, arrogants, fendent le cercle d'amour qui se serre autour de Jésus, et Lui crient : "Fais taire ces fous ! Rappelle-les à la raison ! Ce n'est qu'à Dieu que l'on adresse des hosannas. Dis-leur de se taire !"

À quoi Jésus répond doucement : "Même si je leur disais de se taire et qu'ils m'obéissent, les pierres crieraient les prodiges du Verbe de Dieu." En effet les gens crient : "Hosanna, hosanna au fils de David ! Béni Celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna à Lui et à son Règne ! Dieu est avec nous ! L'Emmanuel est venu ! Il est venu le Royaume du Christ du Seigneur ! Hosanna ! Hosanna de la Terre jusqu'en haut des Cieux ! Paix ! Paix, mon Roi ! Paix et bénédiction à Toi, Roi saint ! Paix et gloire dans les Cieux et sur la Terre ! Gloire à Dieu pour son Christ ! Paix aux hommes qui savent l'accueillir ! Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté et gloire dans les Cieux très Hauts car l'heure du Seigneur est venue !" (et ceux qui poussent ce dernier cri, c'est le groupe compact des bergers qui répètent le cri de la naissance). Outre ces cris continuels, les gens de Palestine racontent aux pèlerins de la Diaspora les miracles qu'ils ont vus et à ceux qui ne savent pas ce qui arrive, aux étrangers qui passent par hasard par la ville et qui demandent : "Mais qui est Celui-là ? Qu'arrive-t-il ?", ils expliquent : "C'est Jésus ! Jésus, le Maître de Nazareth de Galilée ! Le Prophète ! Le Messie du Seigneur ! Le Promis ! Le Saint !" D'une maison dont on a dépassé depuis peu la porte, car la marche est très lente dans une telle confusion, il sort un groupe de robustes jeunes gens portant en l'air des vases de cuivre pleins de charbon allumé et d'encens qui brûle en répandant des nuages de fumée odorante. Et leur geste est bien vu et on le répète. Plusieurs courent en avant ou reviennent en arrière vers leurs maisons pour se faire donner du feu et des résines odorantes pour les brûler en hommage au Christ. La maison d'Annalia apparaît. La terrasse enguirlandée de vigne avec ses feuilles nouvelles qui tremble à un doux vent d'avril, a sur le côté qui donne sur la rue toute une rangée de jeunes filles vêtues de blanc et voilées de blanc, au milieu desquelles se trouve Annalia, avec des corbeilles de pétales de rosés effeuillées et de muguets qui déjà voltigent en l'air. "Les vierges d'Israël te saluent, Seigneur !" dit Jean qui s'est frayé un chemin et qui maintenant est à côté de Jésus, pour attirer son attention sur la guirlande de pureté qui se penche en souriant du parapet pour joncher le chemin de pétales rouges comme du sang et de muguets blancs comme des perles.

Jésus retient un instant les rênes et arrête l'ânon. Il lève son visage et sa main pour bénir cette virginité énamourée de Lui, jusqu'à renoncer à tout autre amour terrestre. Et Annalia se penche et crie : "Ton triomphe, je l'ai vu, Ô mon Seigneur ! Prends ma vie pour ta glorification universelle !" et en criant très fort, pendant que Jésus passe au-dessous de sa maison et avance, elle le salue : "Jésus !" Et un autre cri, différent, dépasse la clameur de la foule. Mais les gens, bien qu'ils l'entendent, ne s'arrêtent pas. C'est un fleuve d'enthousiasme, un fleuve de peuple en délire qui ne peut s'arrêter. Et alors que les derniers flots de ce fleuve sont encore en dehors de la porte, les premiers montent déjà les pentes qui conduisent au Temple. "Ta Mère !" dit Pierre en montrant une maison presque à l'angle d'un chemin qui monte au Moriah et par lequel le cortège s'est engagé. Et Jésus lève son visage pour sourire à sa Mère qui est en haut, parmi les femmes fidèles. La rencontre d'une caravane nombreuse arrête le cortège quelques mètres après que la maison est dépassée. Et pendant que Jésus s'arrête avec les autres, en caressant les enfants que les mères Lui présentent, un homme accourt et se fraie un passage en criant : "Laissez-moi passer ! Une femme est morte. Une jeune fille. Subitement. Sa mère appelle le Maître. Laissez-moi passer ! Lui l'a déjà sauvée une fois !" Les gens lui font place et l'homme accourt près de Jésus : "Maître, la fille d'Elise est morte. Elle t'a saluée de ce cri, puis elle s'est affaissée en disant : "Je suis heureuse", et elle a expiré. Son cœur s'est brisé dans l'allégresse de te voir triomphant. Sa mère m'a vu sur la terrasse près de sa maison et elle m'a envoyé t'appeler. Viens, Maître." "Morte ! Morte Annalia ! Mais hier seulement, elle était saine, en bonne santé, heureuse ?" Les apôtres se groupent agités, les bergers aussi. Tout le monde l'a vue hier en parfaite santé. Tout à l'heure ils l'ont vue rose, riante... Ils n'arrivent pas à se persuader du malheur... Ils demandent, s'informent des détails... "Je ne sais pas. Vous avez tous entendu ses paroles. Elle parlait fort, avec assurance. Puis je l'ai vue s'affaisser plus blanche que ses vêtements et j'ai entendu crier sa mère... Je ne sais pas autre chose."

"Ne vous agitez pas, elle n'est pas morte. Une fleur est tombée et les anges de Dieu l'ont recueillie pour la porter dans le sein d'Abraham. Bientôt le lys de la Terre s'ouvrira heureux au Paradis, ignorant pour toujours l'horreur du monde. Homme, dis à Élise qu'elle ne pleure pas le sort de son enfant. Dis-lui qu'elle a eu une grande grâce de Dieu, et que d'ici six jours elle comprendra quelle grâce Dieu a faite à sa fille. Ne pleurez pas. Que personne ne pleure. Son. triomphe est encore plus grand que le mien parce que les anges escortent la vierge pour la conduire à la paix des justes. Et c'est le triomphe éternel qui grandira sans jamais connaître de descente. En vérité je vous dis que c'est pour vous tous, mais non pour Annalia, que vous avez raison de pleurer. Allons." Et il répète aux apôtres et à ceux qui l'entourent : "Une fleur est tombée. Elle s'est couchée en paix et les anges l'ont recueillie. Bienheureuse celle qui est pure de chair et de cœur car bientôt elle va voir Dieu." "Mais comment, de quoi est-elle morte, Seigneur ?" demande Pierre qui ne peut y croire. "D'amour. D'extase, De joie infinie. Heureuse mort !" Ceux qui sont loin en avant ne savent pas; ceux qui sont très en arrière ne savent pas. Aussi les hosannas continuent, bien qu'auprès de Jésus il s'est formé un cercle de pensif silence. C'est Jean qui le rompt : "Oh ! je voudrais le même sort avant les heures qui vont venir !" "Moi aussi" dit Isaac. "Je voudrais voir le visage de la jeune fille morte d'amour pour Toi..." "Je vous prie de me sacrifier votre désir. J'ai besoin de vous près de Moi..." "Nous ne te laisserons pas, Seigneur. Mais pour cette mère aucun réconfort ?" demande Nathanaël. "J'y pourvoirai..." Ils sont aux portes de l'enceinte du Temple. Jésus descend de l'ânon que quelqu'un de Bethphagé prend en garde. Il faut se rappeler que Jésus ne s'est pas arrêté à la première porte du Temple, mais qu'il a suivi l'enceinte, en s'arrêtant seulement quand il se trouve sur le côté nord de l'enceinte, près de l'Antonia. C'est là qu'il descend et entre dans le Temple comme pour faire voir qu'il ne se cache pas au pouvoir qui domine, se sentant innocent dans toute sa conduite. La première cour du Temple présente le chahut habituel des changeurs et des vendeurs de colombes, passereaux et agneaux, seulement que maintenant les vendeurs sont délaissés car tout le monde est accouru pour voir Jésus.Et Jésus entre, solennel dans son vêtement de pourpre, et il tourne ses regards sur ce marché et sur un groupe de pharisiens et de scribes qui l'observent de dessous un portique.

Son regard est fulgurant d'indignation. Il se précipite au milieu de la cour. Son saut inattendu paraît un vol. Le vol d'une flamme, car son vêtement est une flamme dans le soleil qui inonde la cour. Et il tonne d'une voix puissante : "Hors de la maison de mon Père ! Ce n'est pas un lieu d'usure et de marché. Il est écrit : "Ma maison sera appelée maison de prière". Pourquoi donc en avez-vous fait une caverne de voleurs, de cette maison où on invoque le Nom du Seigneur ? Hors d'ici ! Purifiez ma Maison. Qu'il ne vous arrive pas qu'au lieu de me servir de cordes je vous frappe avec les foudres de la colère céleste. Hors d'ici ! Hors d'ici les voleurs, les brocanteurs, les impudiques, les homicides, les sacrilèges, les idolâtres de la pire idolâtrie : celle du propre moi orgueilleux, les corrupteurs et les menteurs. Dehors ! Dehors ! Ou bien le Dieu Très-Haut balayera pour toujours ce lieu et exercera sa vengeance sur tout un peuple." Il ne répète pas la fustigation de l'autre fois, mais comme les marchands et les changeurs tardent à obéir, il va au comptoir le plus proche et le renverse en répandant balances et pièces de monnaie sur le sol. Les vendeurs et les changeurs se hâtent de suivre l'ordre de Jésus, après avoir eu ce premier exemple. Et Jésus crie derrière eux : "Combien de fois devrai-je vous dire que ce ne doit pas être un lieu de souillure mais de prière ?" Et il regarde ceux du Temple qui, obéissant aux ordres du Pontife, ne font pas un geste de représailles. La cour purifiée, Jésus va vers les portiques où sont rassemblés des aveugles, des paralytiques, des muets, des estropiés et autres affligés qui l'invoquent à grands cris. "Que voulez-vous que je vous fasse ?" "La vue, Seigneur ! Les membres ! Que mon fils parle ! Que ma femme guérisse ! Nous croyons en Toi, Fils de Dieu !" "Que Dieu vous écoute. Levez-vous et dites des hosannas au Seigneur !" Ce n'est pas un par un qu'il guérit les nombreux malades, mais il fait de la main un geste large, et grâce et santé en descendent sur les malheureux qui se dressent sains avec des cris de joie qui se mêlent à ceux des nombreux enfants qui se serrent près de Lui en répétant : "Gloire, gloire au Fils de David ! Hosanna à Jésus de Nazareth, Roi des Rois, et Seigneur des Seigneurs !" Des pharisiens, en feignant le respect, Lui crient : "Maître, tu les entends ? Ces enfants disent ce qu'il ne faut pas dire. Reprends-les ! Qu'ils se taisent !"

"Et pourquoi ? Le roi prophète, le roi de ma race n'a-t-il pas dit peut-être : "De la bouche des enfants et des nourrissons tu as fait sortir la louange parfaite pour confondre tes ennemis" ? N'avez-vous pas lu ces paroles du psalmiste ? Permettez aux petits de dire mes louanges. Elles leur sont suggérées par leurs anges qui voient sans cesse mon Père et connaissent ses secrets et les suggèrent à ces innocents. Maintenant laissez-moi tous aller prier le Seigneur" et passant devant les gens il passe dans l'atrium des Israélites pour prier... Et puis, sortant par une autre porte, en frôlant la piscine probatique, il sort de la ville pour revenir sur les collines du mont des Oliviers. Les apôtres sont enthousiastes... Le triomphe leur a donné de l'assurance, et ils sont oublieux, complètement oublieux de toutes les terreurs que les paroles du Maître avaient suscitées... Ils parlent de tout... Ils brûlent d'être renseignés sur Annalia. Jésus les retient, non sans peine, d'y aller, en les assurant qu'il y pourvoira d'une manière qu'il sait, Lui... Sourds, sourds, sourds à toute parole d'avertissement divin... Hommes, hommes, hommes, qu'un cri d'hosanna rend oublieux de tout... Jésus parle aux serviteurs de Marie de Magdala qui l'ont rejoint au Temple et puis les congédie...  "Et maintenant, où allons-nous ?" demande Philippe. "A la maison de Marc de Jonas ?" dit Jean. "Non. Au camp des galiléens. Peut-être que mes frères sont venus et je veux les saluer" dit Jésus. "Tu pourrais le faire demain" Lui fait observer le Thaddée. "C'est une bonne chose de le faire pendant qu'on peut le faire. Allons chez les galiléens. Ils seront contents de nous voir. Vous aurez des nouvelles de vos familles. Moi, je verrai les enfants..." "Et ce soir ? Où allons-nous dormir ? Dans la ville ? En quel endroit ? Là où est ta Mère ? Ou bien chez Jeanne ?" demande Judas Iscariote. "Je ne sais. Certainement pas dans la ville. Peut-être encore sous quelques tentes galiléennes..." "Mais pourquoi ?" "Parce que je suis le Galiléen et que j'aime ma Patrie. Allons." Ils se remettent en route pour monter vers le camp des galiléens, qui est sur l'oliveraie du côté de Béthanie et c'est tout un groupement de tentes toutes blanches sous le gai soleil d'avril.

(Texte Extrait de l'Evangile tel qu'il m'a été révélé, tome 9, chapitre 9)

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Prions

Dieu éternel et Tout-Puissant, pour montrer au genre humain quel abaissement il doit imiter, Vous avez voulu que notre Sauveur, dans un Corps semblable au nôtre, subisse la Mort de la Croix: accordez-nous cette grâce de retenir les enseignements de Sa Passion et d'avoir part à Sa Résurrection. Lui qui vit et règne avec Vous dans l'Unité du Saint Esprit, maintenant et toujours et pour les siècles et les siècles. Amen.

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11 mars 2010

Neuvaine en l'honneur de Saint Jean-Baptiste

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La Naissance de Saint Jean-Baptiste

Fête le 24 juin


Extrait des révélations de Maria Valtorta


Au milieu des choses repoussantes que nous offre à cette heure le monde, voilà que descend du Ciel - et je ne sais pas comment cela peut-il arriver, puisque je suis comme un fétu de paille que le vent soulève, dans ces heurts continuels avec la méchanceté humaine, si opposée à tout ce qui vit en moi - descend du Ciel cette vision de paix. C'est encore et toujours la maison d'Elisabeth. Par une belle soirée d'été encore éclairée par le soleil couchant et où déjà l'arc de la lune semble une virgule d'argent posée sur une immense draperie d'azur foncé. Les rosiers répandent leur forte odeur et les abeilles font leurs derniers vols, gouttes d'or bourdonnantes dans l'air tranquille et chaud du soir. Des prés il arrive une forte odeur de foin séché au soleil, une odeur de pain, dirait-on, de pain chaud sorti du four, Peut-être vient-elle aussi des nombreux linges étendus à sécher un peu partout et que Sara est en train de plier. Marie se promène lentement, donnant le bras à sa cousine. Tout doucement elles montent et descendent sous la tonnelle à demi éclairée. Marie a l’œil à tout, et tout en s'occupant d'Élisabeth, elle voit que Sara s'emploie à replier une longue pièce de toile qu'elle a enlevée de dessus une haie. "Attends-moi, assieds-toi là" dit-elle à sa parente et elle s'en va aider la vieille servante en tirant sur la toile pour défaire les plis et en la pliant avec soin. "Elle se ressent encore du soleil, elle est chaude dit-elle avec un sourire. Et pour faire plaisir à la femme, elle ajoute : "Cette toile, depuis ton blanchissage est devenue belle comme elle ne l'a jamais été. Il n'y a que toi pour faire si bien les choses." Sara s'en va toute fière avec sa charge de toile parfumée. Marie retourne vers Élisabeth et lui dit : "Encore quelques pas. Ça te fera du bien." Mais, puisque Élisabeth ne voudrait pas bouger, elle lui dit : "Allons seulement voir si les colombes sont toutes dans leurs nids et si l'eau de leur baignoire est propre, puis, nous revenons à la maison." Les colombes doivent être les préférées d'Élisabeth. Quand elles sont devant la petite tour rustique, les colombes sont déjà toutes rassemblées : les femelles sur les nids, les mâles immobiles devant elles, mais en voyant les deux femmes, ils roucoulent encore pour les saluer, Élisabeth en est toute émue.


La faiblesse due à son état la domine et lui inspire des craintes qui la font pleurer . Elle s'appuie sur sa cousine : "Si j'allais mourir... mes pauvres colombes ! Toi tu ne restes pas. Si tu restais à la maison, il ne m'importerait pas de mourir. J'ai eu la plus grande joie qu'une femme puisse avoir, une joie que je ne m'étais résignée à ne jamais connaître. Et même de la mort je ne pourrai me plaindre au Seigneur. Lui, qu'Il en soit béni, m'a comblée de ses bontés. Mais il y a Zacharie... et il y aura l'enfant. L'un vieux et qui se trouverait comme perdu dans un désert, sans sa femme. L'autre pauvre petit et qui serait comme une fleur destinée à mourir de froid parce qu'il n'aurait pas sa maman. Pauvre bébé sans les caresses de sa mère !..." "Mais pourquoi cette tristesse ? Dieu t'a donné la joie d'être mère et Il ne te l'enlèvera pas quand elle est à son comble. Le petit Jean aura tous les baisers de sa maman et Zacharie tous les soins de son épouse fidèle, jusqu'à la vieillesse la plus avancée. Vous êtes deux branches du même arbre. L'une ne mourra pas en laissant l'autre à sa solitude." "Tu es bonne et tu me réconfortes. Mais moi, je suis tellement vieille pour avoir un fils. Et maintenant que le moment de le mettre au monde est venu, j'ai peur." "Oh ! non, Jésus est ici ! Il ne faut pas avoir peur là où Jésus se trouve. Mon Enfant a allégé ta souffrance, tu l'as dit, quand il était comme un bouton, tout juste formé. Maintenant qu'il se développe de plus en plus et qu'il est déjà en moi comme un être bien vivant - je sens battre son petit cœur tout près de ma poitrine et j'ai l'impression d'avoir un petit oiseau au nid par le battement léger de son petit cœur - maintenant il t'épargnera tout danger. Tu dois avoir foi." "Oui, j'ai foi, mais si je venais à mourir ...n'abandonne pas tout de suite Zacharie. Je sais que tu penses à ta maison, mais reste encore un peu pour aider mon homme dans les premiers jours de deuil." "Je resterai pour jouir de ta joie et de la sienne et je ne partirai que lorsque tu seras forte et joyeuse. Mais, tiens-toi tranquille, Élisabeth, tout ira bien. Ta maison ne manquera de rien à l'heure de ta souffrance. Zacharie sera servi par la plus affectueuse servante, tes fleurs seront soignées et tes colombes aussi, et tu retrouveras les unes et les autres joyeuses et belles pour fêter le joyeux retour de leur maîtresse. Rentrons maintenant, je te vois pâlir ..."


"Oui, il me semble que ma souffrance redouble. Peut-être l'heure est-elle venue. Marie, prie pour moi." "Je t'aiderai par ma prière, jusqu'au moment où ta peine s'épanouira en joie." Les deux femmes rentrent lentement à la maison. Élisabeth se retire dans son appartement. Marie, adroite et prévoyante, donne des ordres, prépare tout ce qu'il est possible de prévoir et réconforte Zacharie inquiet. Dans la maison où on veille cette nuit et où on entend les voix étrangères des femmes qu'on a appelées à l'aide, Marie reste vigilante, comme un phare dans une nuit de tempête. Toute la maison gravite autour d'elle. Et elle, douce et souriante, veille à tout. Elle prie, quand elle n'est pas appelée par une chose ou une autre, elle se recueille dans la prière. Elle est dans la pièce où on se rassemble toujours pour le repas et pour le travail. Et, avec elle, se trouve Zacharie qui pousse des soupirs et circule, inquiet. Ils ont déjà prié ensemble, puis Marie a continué de prier. Même à présent que le vieillard, fatigué a pris un siège et s'est assis près de la table et se tait tout songeur, elle prie. Et, quand elle le voit dormir pour de bon, la tête sur les bras croisés qui s'appuient sur le table, elle délace ses sandales pour faire moins de bruit et chemine les pieds nus, Elle fait moins de bruit qu'un papillon tournoyant dans une pièce. Elle prend le manteau de Zacharie et le pose sur lui si délicatement qu'il continue à dormir dans la tiédeur de la laine qui le défend de la fraîcheur de la nuit, entrant par bouffées par la porte souvent ouverte. Puis elle revient prier. Et toujours avec plus d'âme, elle prie à genoux, les bras étendus, lorsque les cris de la malade se font plus perçants. Sara entre et lui fait signe de sortir. Marie sort déchaussée dans le jardin. "La maîtresse vous désire" dit-elle. "Je viens" et Marie longe la maison, monte l'escalier ...On dirait un ange blanc qui tourne dans la nuit tranquille et constellée d'étoiles. Elle entre chez Élisabeth. "Oh ! Marie ! Marie ! Quelle douleur ! Je n'en puis plus. Marie ! Quelle souffrance il faut endurer pour être mère !" Marie la caresse affectueusement et lui donne un baiser. "Marie ! Marie ! Laisse-moi mettre la main sur ton sein !"


Marie prend les deux mains ridées et gonflées et se les pose sur l'abdomen arrondi en les tenant pressées de ses mains lisses et légères. Et elle parle doucement, maintenant qu'elles sont seules : "Jésus est là qui se rend compte et voit. Confiance, Élisabeth. Son cœur saint bat plus fort parce qu'il travaille en ce moment pour ton bien. Je le sens palpiter comme si je le tenais entre mes mains. Je comprends les paroles que par ses battements l'Enfant me dit. Il me dit en ce moment : "Dis à la femme qu'elle ne craigne pas. Encore un peu de douleur. Et puis, au lever du soleil, au milieu de tant de roses qui attendent pour s'ouvrir sur leur tige ce rayon matinal, sa maison aura sa rose la plus belle et ce sera Jean mon Précurseur". Élisabeth pose aussi son visage sur le sein de Marie et pleure doucement. Marie reste ainsi quelque temps parce qu'il lui semble que la douleur s'endort, se relâche et se calme. Elle fait signe à tous de rester tranquilles. Elle reste debout, blanche et toute belle dans le faible rayonnement de la lampe à huile, comme un ange qui veille sur la souffrance. Elle prie. Je la vois remuer les lèvres, Mais, même si je ne les voyais pas remuer, je comprendrais qu'elle prie par l'expression extasiée de son visage. Le temps passe et la douleur reprend Élisabeth. Marie l'embrasse de nouveau. Elle descend, rapide, dans le rayon de lune et court voir si le vieillard dort encore. Il dort et gémit tout en rêvant. Marie a un geste de pitié. Elle se remet à prier. Le temps passe, le vieillard se réveille et jette un regard étonné comme s'il se souvenait mal pourquoi il se trouve là. Puis, il se rappelle, il a un geste et une exclamation gutturale. Puis il écrit : "N'est-il encore pas né ?" Marie fait signe que non. Zacharie écrit : "Quelle douleur ! Ma pauvre femme ! En sortira-t-elle sans mourir ?" Marie prend la main du vieil homme et le rassure : "A l'aube, sous peu, le bambin sera né. Tout ira bien. Élisabeth est forte. Comme il va être beau, ce jour - puisqu'il va bientôt faire jour - où ton enfant verra la lumière ! Le plus beau jour de ta vie ! Ce sont de grandes grâces que le Seigneur te réserve pour toi, et ton enfant en est l'annonciateur." Zacharie secoue la tête tristement et montre sa bouche muette. Il voudrait dire tant de choses et ne le peut.


Marie comprend et répond : "Le Seigneur te donnera une joie complète. Crois en Lui complètement, espère infiniment, aime totalement. Le Très-Haut t'exaucera au-delà de ce que tu espères. Il veut cette foi totale pour laver ta défiance passée. Dis en ton cœur, avec moi : "Je crois" .Dis-le à chaque battement de ton cœur. Les trésors de Dieu s’ouvrent pour qui croit en Lui et en sa puissante bonté.

La lumière commence à pénétrer par la porte entr'ouverte. Marie l'ouvre. L'aube répand une lumière blanche sur la terre humide. Il y a une forte odeur de terre et de verdure humides. On entend les premiers pépiements des oiseaux qui s'appellent d'une branche à l'autre. Le vieil homme et Marie vont sur le seuil de la porte. Ils sont pâles après une nuit sans sommeil et la lumière de l'aube les fait encore plus pâles. Marie remet ses sandales, va au pied de l'escalier et écoute. Quand une femme se montre, elle fait un signe et revient. Rien encore. Marie va dans une pièce et revient avec du lait chaud qu'elle donne à boire au vieillard. Elle va voir aux colombes. Elle revient pour disparaître dans cette pièce. Peut-être est-ce la cuisine, Elle fait un tour, surveille. Elle semble avoir eu un sommeil merveilleux tant elle est vive et tranquille. Zacharie fait les cent pas, nerveux, monte et descend à travers le jardin. Marie le regarde avec pitié. Puis elle entre de nouveau dans la même pièce, et agenouillée près de son métier, elle prie de toute son âme, parce que les plaintes de la malade se font plus déchirantes. Elle se courbe jusqu'à terre pour prier l'Éternel. Zacharie rentre et la voit prosternée ainsi et il pleure, le pauvre vieux. Marie se relève et le prend par la main. Elle semble être la mère de cette vieillesse désolée et verse sur elle le réconfort. Ils se tiennent ainsi, l'un près de l'autre dans le soleil qui rosit l'air du matin et c'est ainsi que les rejoint la nouvelle joyeuse : "Il est né ! Il est né ! Un garçon ! Heureux père ! Un garçon, frais comme une rose, beau comme le soleil, fort et vigoureux et bon comme sa mère. Joie à toi, père béni par le Seigneur qu'un fils t'a été donné pour que tu l'offres à son Temple. Gloire à Dieu qui a accordé une postérité à cette maison ! Bénédiction à toi et au fils qui est né de toi ! Puisse sa descendance perpétuer ton nom dans les siècles des siècles à travers les générations et les générations et qu'elle conserve toujours l'alliance du Seigneur Éternel." Marie, avec des larmes de joie, bénit le Seigneur. Et puis les deux reçoivent le petit, apporté au père pour qu'il le bénisse. Zacharie ne va pas trouver Élisabeth. Il reçoit le bambin qui crie comme un perdu, mais ne va pas trouver sa femme.


C'est Marie qui y va, portant affectueusement le bébé qui se tait tout à coup, à peine Marie l'a-t-elle pris dans ses bras. La commère qui la suit remarque le fait. "Femme" dit-elle à Élisabeth, "ton enfant s'est tu tout d'un coup quand Elle l'a pris. Regarde comme il dort tranquille. Et Dieu sait s'il est remuant et fort. Maintenant, regarde, on dirait une petite colombe." Marie met la créature près de la mère et la caresse en remettant en ordre ses cheveux gris. "La rose est née" lui dit-elle doucement. "Et tu es en vie. Zacharie est heureux." "Il parle?" "Pas encore, mais espère dans le Seigneur. Repose-toi, maintenant. Je resterai avec toi."


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Neuvaine en l'honneur de Saint Jean-Baptiste


Supplique de Monseigneur l'Evêque de Montréal


Très-Saint- Père, l'Evêque de Montréal voulant stimuler la dévotion à Saint Jean Baptiste, et encourager la Société de Tempérance dont ce Saint est le patron, et se proposant pour cela d'inaugurer une Neuvaine de pieux exercices préparatoires à la Nativité de Saint Jean-Baptiste, supplie très respectueusement Votre Sainteté de daigner accorder: 1°Une Indulgence de trois cents jours pour chaque jour des dits exercices; 2° Une Indulgence plénière, aux conditions ordinaires, à gagner le jour de la Fête; 3° La faveur pour Lui de donner la Bénédiction Apostolique à la Grande Messe, ce même jour de fête. Cela pour dix ans.


D'une audience de sa sainteté le Bienheureux Pie IX obtenue le 3 mai 1868


Notre Très Saint Seigneur Pie IX, Pape par la Divine Providence, a bien voulu accorder toutes les faveurs demandées, pourvu que pour gagner l'Indulgence partielle de 300 jours les Fidèles assistent aux susdits pieux Exercices, et que pour gagner l'Indulgence Plénière, étant vraiment contrits, s'étant confessés et nourris de la Sainte-Communion, ils adressent à Dieu, pendant quelque temps, dans l'Eglise où est célébrée la Fête du Précurseur Saint Jean-Baptiste, des prières ferventes à l'intention de Sa Sainteté. Donné à Rome au Palais de la Propagande les jour et an que dessus.

 

Jean Simeoni

Secrétaire.


Neuvaine en l'honneur de Saint Jean Baptiste

Elle commence le 15 Juin


Premier jour


Dieu du ciel et de la terre, Souverain dispensateur des dons célestes, nous voici prosternés à vos pieds pour implorer, par les mérites de St. Jean-Baptiste, Votre divine miséricorde, c'est vous-même, ô Dieu, qui voulûtes glorifier ce grand Patriarche et attirer vers lui notre admiration et notre confiance. N'est-ce pas vous, en effet, qui envoyâtes un de vos Anges pour annoncer à ses saints et vieux parents la prodigieuse conception de cet enfant béni ? Vous voulûtes lui donner un nom de votre choix, après l'avoir purifié dans le sein de sa mère. Enfin, par une attention toute particulière, comme gage de sa grandeur future, vous lui traçâtes vous même la règle de vie dont la pratique constante produisit en son âme toutes les vertus.


Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père


Oraison finale a dire chaque jour


Il y eût un homme envoyé de Dieu,

cet homme s'appelait Jean


Prions


Dieu Tout-Puissant, qui avez fait de Saint Jean-Baptiste un Prophète, un Apôtre et un Martyr, nous Vous supplions de produire en nous de dignes fruits de pénitence, afin qu'à son exemple nous n'ayons d'autre science que Celle de Jésus, d'autre Amour que Celui de Jésus, et que nous mourions pour ce Divin Agneau, qui a effacé les péchés du monde et qui vit et règne avec Vous pour les siècles et les siècles. Amen.


Deuxième jour


Sublime Prophète, vous qui fûtes envoyé sur là terre pour être la terreur des méchants et Précurseur du Juste, nous voici prosternés devant vous pour rendre hommage à votre admirable sainteté. Fidèle aux grâces extraordinaires dont il plût à Dieu de vous orner, vous dédaignâtes le monde, et pour nous enseigner avec quel soin nous devons fuir ses dangers et ses vices, vous voulûtes mettre entre lui et vous un mur de séparation en vous retirant dans le désert. Hélas! bien que pur de tout péché, quelle ne fût pas votre pénitence dans ces lieux privés de tout! Nous vous en supplions, faites-nous comprendre à quels périls notre salut est incessamment exposé au milieu des agitations et des scandales de ce monde; inspirez-nous la ferme résolution de purifier nos âmes par la pénitence, afin qu'elles soient admises un jour à partager votre bonheur éternel.


Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père


Troisième jour


C'est avec le sentiment de la plus humble piété, ô grand Saint Jean-Baptiste, que nous venons rendre hommage au zèle dont vous fûtes animé pour la défense des lois divines et pour l'honneur de Dieu. Sans égard à la puissance des Grands, sans crainte de leur vengeance, vous adressâtes courageusement au Roi Hérode, les réprimandes que méritait sa vie criminelle et dissolue. Nous vous en supplions, inspirez-nous le respect salutaire des lois de Dieu et de celles de son Eglise. Faites que, dociles à la voix de la grâce et sensibles à celle de notre conscience, nous recevions avec une humble soumission la parole de Dieu quelque sévère qu'elle soit. Faites surtout que remplis de votre courage nous n'ayons jamais le malheur de céder aux vaines craintes du respect humain, mais que aidés de la grâce divine, nous contribuions de toutes nos forces à la sanctification des âmes par l'exemple de nos bonnes œuvres et l'édification de nos discours.


Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père


Quatrième jour


O saint Précurseur du Sauveur du monde, recevez la vénération dont nous sommes pénétrés au souvenir de votre humilité profonde. Un jour, les témoins de votre vie prodigieuse ne pouvant s'expliquer tant de surnaturel dans un pur homme, se pressèrent autour de vous. Etes-vous le Christ qui doit venir? vous dirent-ils. Cette parole effrayant votre modestie autant que votre amour de la vérité, vous vous empressâtes de les détromper en vous déclarant indigne de toucher la chaussure du Christ. N'auriez-vous pas pu répondre: non, je ne suis pas le Christ, mais je suis l'Ange envoyé pour lui prépare les voies? Nous vous en supplions, obtenez-nous cette humilité, mère et fondement de toutes les vertus chrétiennes, afin que nous sachions, non-seulement repousser les vains compliments, mais encore aimer la vie cachée et nous résigner aux humiliations et aux mépris des hommes


Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père


Cinquième jour


Ange du Seigneur Jésus, voix qui criait dans le désert: Faites pénitence; faites droits vos sentiers; préparez vos âmes à la venue du Juge Rédempteur: nous voici l'oreille attentive pour recevoir vos enseignements, les yeux ouverts pour contempler la lumière dont vous étiez l'aurore; les pieds prompts à entrer dans les sentiers où vous indiquiez du doigt l'Agneau de Dieu, notre salut éternel. Oh! qui pourra jamais redire les ardeurs de cette soif dont vous étiez consumé pour le salut des âmes! Glorieux protecteur de ce Diocèse, où vous êtes si particulièrement aimé, nous vous en supplions, faites que nous n'ayons jamais le malheur de voir s'éteindre la vivacité de notre foi Catholique, Apostolique, et Romaine, mais bien qu'elle grandisse chaque jour en nous, afin que par elle nous méritions d'être admis un jour au bonheur de la lumière éternelle.


Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père


Sixième jour


Divin réformateur des esprits et des cœurs, grand Saint Jean-Baptiste, en voyant avec quel généreux courage vous avez vengé la plus délicate et la plus belle des vertus; avec quelle perfection vous l'avez pratiquée à tous les instants de votre vie angélique; nous nous sentons épris d'un respect plus grand pour l'honorer; d'un zèle plus parfait pour la défendre; d'un amour plus ferme pour la préférer à tout; d'un désir plus grand de l'augmenter chaque jour en nous, et d'un cœur plus contrit des atteintes que nous avons eu le malheur de lui porter. Nous vous en supplions, ô glorieux saint, purifié dès le sein de votre mère. par un privilège destiné à vous préparer au contact du Fils de Dieu, obtenez, par votre intercession, que nous ne nous détournions jamais des voies que vous nous avez tracées par vos exemples ; mais que sachant nous prémunir, avec l'aide de Dieu, contre les assauts de la chair et du démon, nous arrivions un jour au bonheur des vierges.


Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père


Septième jour


Divin Précurseur du Sauveur, vous qui eûtes l'honneur sans égal de baptiser l'auteur môme du vrai Baptême, et de voir le ciel s'ouvrir au dessus de cette scène céleste, pour donner libre cours à la première manifestation extérieure des trois personnes divines, vous qui eûtes le bonheur d'entendre la voix du Père Céleste proclamer que Jésus alors humblement prosterné sous votre main était son Fils bien aimé, l'objet de sa divine complaisance, nous vous en supplions, obtenez-nous la grâce insigne de bien comprendre les saints engagements de notre baptême, de savoir éviter les dangers de tontes sortes qui menacent en nous et hors de nous les grâces que nous en avons reçues. Dans ces temps d'aveugles et lâches apostasies, obtenez nous l'inébranlable volonté de renoncer à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, afin que nous méritions d'aller Contempler, au sortir de cette vallée de larmes, la divine Trinité dans le séjour de sa gloire.


Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père


Huitième jour


Glorieux martyr, victime innocente des plus détestables passions; vous eûtes la gloire de fermer l'ancien Testament en le scellant de votre sang; vous eûtes celle aussi d'ouvrir l'ère de la loi nouvelle en présentant au monde celui qui en est le principe et la fin et en avertissant le monde que l'Agneau de Dieu allait détruire le règne du péché, règne qui devait bientôt épuiser ses fureurs contre vous même, nous nous prosternons à vos pieds, intrépide vengeur de l'iniquité; nous gémissons avec vous dans cette dure prison où vous étiez chargé de chaînes et impitoyablement poursuivi par la haine et la vengeance d'une méchante femme! Vous y attendiez la hache du bourreau, avec la constance des anciens Prophètes, victimes comme vous de leur courage à défendre la justice; patient et résigné comme devait bientôt l'être cette armée de vierges et de confesseurs dont vous alliez ouvrir le martyrologe sanglant. Par votre tête glorieuse tombée sous le couteau pour être la récompense d'une infâme danseuse, par la gloire de votre mort triomphante, nous vous en supplions, apprenez-nous à mépriser la vie d'ici-bas pour mériter de partager avec vous l'éternelle Vie.


Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père


Neuvième jour


Bienheureux Saint Jean-Baptiste, c'est avec une joie toute divine, que nous contemplons votre âme angélique dégagée des liens de la chair, et quittant son corps pour aller rejoindre les Patriarches au sein d'Abraham. Le Sauveur Jésus et sa sainte Mère n'avaient pas manqué de vous consoler avant l'heure de votre supplice. Avec quelles larmes de tendresse n'apprirent-ils pas votre mort? Ce fut donc sous le patronage de Jésus que vous entrâtes dans les limbes pour y attendre que le ciel vous fût ouvert par la mort du divin Agneau. Avec quel bonheur, continuant votre prédication au milieu de ce séjour de vos glorieux pères, vous leur annonçâtes que le jour était proche où leurs saintes âmes, complètement émancipées, allaient enfin, à la suite du Rédempteur, entrer triomphalement dans les tabernacles du Dieu vivant. Nous vous en supplions, quand nos âmes sortiront de ce monde, daignez les recevoir sous votre tout puissant patronage. Par vos mérites et comme fruit des saints exercices que nous terminons conduisez-nous à l'Agneau qui a effacé les péchés du monde, afin que nous louions avec vous de l'éternelle félicité.


Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père


Imprimatur

+ Ig. Episc. Marianopolitanus

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14 janvier 2010

Jésus enseigne le Notre Père

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Jésus enseigne le Notre Père

Visions de Maria Valtorta


Jésus sort avec les siens d’une maison qui est près des murs. Je crois que c’est toujours dans le quartier de Bézéta car, pour sortir des murs, on doit encore passer devant la maison de Joseph qui est près de la Porte que j’ai entendu nommer la Porte d’Hérode. La ville est à moitié déserte dans la soirée tranquille au clair de lune. Je me rends compte qu’on a consommé la Pâque dans une des maisons de Lazare. Ce n’est pas la maison du Cénacle. Celle-ci est à l’opposé. L’une est au nord, l’autre au sud de Jérusalem. Sur le seuil de la maison, Jésus, avec sa grâce gentille, fait ses adieux à Jean d’Endor qu’il laisse à la garde des femmes et qu’il remercie pour cette garde. Il baise Margziam qui est venu lui aussi sur le seuil et puis s’éloigne par la porte dite d’Hérode. « Où allons-nous, Seigneur? - Venez avec Moi. Je vous emmène couronner la Pâque avec une perle rare et désirée. C’est pour cela que j’ai voulu être avec vous seuls. Mes apôtres! Merci, mes amis, de votre grand amour pour Moi. Si vous pouviez voir comme il me console, vous en resteriez étonnés. Voyez: je marche à travers des obstacles et des déceptions continuels. Déceptions pour vous. Pour Moi, soyez-en persuadés, je n’ai pas de déceptions, car il ne m’a pas été accordé le don d’ignorer... Même pour cela, je vous conseille de vous laisser conduire par Moi. Si je permets ceci ou cela, n’y apportez pas d’obstacles. Si je n’interviens pas pour mettre fin à quelque chose, ne songez pas à le faire, vous. Chaque chose en son temps. Ayez confiance en Moi, par-dessus tout. » Ils sont à l’angle nord-est de l’enceinte des murs. Ils tournent et côtoient le mont Moriah jusqu’à l’endroit où ils peuvent franchir le Cédron par un petit pont. « Nous allons à Gethsémani? » demande Jacques d’Alphée. « Non, plus haut. Sur le mont des Oliviers. » « Oh! ce sera beau! » dit Jean. « Cela aurait fait plaisir au petit aussi » murmure Pierre. « Oh! Il y viendra bien d’autres fois! Il était fatigué. Et c’est un enfant. Je veux vous donner une grande chose, parce que désormais il est juste que vous l’ayez. » Ils montent à travers les oliviers, laissant Gethsémani sur leur droite et s’élèvent encore sur le mont jusqu’à atteindre la crête où bruissent les oliviers. Jésus s’arrête et dit: "Faisons une pause... Mes chers, si chers disciples et mes continuateurs dans l’avenir, venez près de Moi. Un jour, et pas seulement un jour, vous m’avez dit: « Apprends-nous à prier comme tu pries. Apprends-nous comme Jean l’a fait pour les siens afin que nous, disciples, nous puissions prier avec les paroles mêmes du Maître ». Et je vous ai toujours répondu: « Je le ferai quand je verrai en vous un minimum de préparation suffisant pour que la prière ne soit pas une vaine formule de paroles humaines, mais une vraie conversation avec le Père ». Nous y sommes. Vous êtes en possession de ce qui suffit pour pouvoir connaître les paroles qu’il convient de dire à Dieu. Et je veux vous les enseigner ce soir, dans la paix et l’amour qui existent entre nous, dans la paix et dans l’amour de Dieu et avec Dieu. Nous avons, en effet, obéi au précepte pascal en véritables israélites, et au commandement divin de la charité envers Dieu et envers le prochain. (…) Ecoutez. Quand vous priez dites ainsi: « Notre Père qui es aux Cieux, que soit sanctifié ton Nom, que vienne ton Royaume sur la terre comme il l’est dans le Ciel, et que sur la terre comme au Ciel soit faite ta volonté. Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien, remets-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs. Ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du Malin. Jésus s’est levé pour dire la prière et tous l’ont imité, attentifs, émus. Il ne faut pas autre chose, mes amis. Dans ces mots est renfermé comme en un cercle d’or tout ce qu’il faut à l’homme pour l’esprit, pour la chair et le sang. Avec cela demandez ce qui est utile à celui-là ou à ceux-ci. Et si vous faites ce que vous demandez, vous acquerrez la vie éternelle. C’est une prière si parfaite que les vagues des hérésies et le cours des siècles ne l’entameront pas. Le christianisme sera morcelé par la morsure de Satan et beaucoup de parties de ma chair mystique seront détachées, séparées, formant des cellules dans le vain désir de se créer un corps parfait comme le sera le Corps mystique du Christ, c’est-à-dire formé de tous les fidèles unis dans l’Eglise apostolique qui sera, tant que la terre existera, l’unique véritable Eglise. Mais ces petits groupes séparés, privés par conséquent des dons que je laisserai à l’Eglise Mère pour nourrir mes enfants, garderont toujours le titre d’églises chrétiennes à cause de leur culte pour le Christ et, au sein de leur erreur, elles se souviendront toujours qu’elles sont venues du Christ. Eh bien, elles aussi prieront avec cette prière universelle. Rappelez-vous-en. Méditez-la continuellement. Appliquez-la à votre action. Il ne faut pas autre chose pour se sanctifier. Si quelqu’un était seul, dans un milieu païen, sans églises, sans livres, il aurait déjà tout ce que l’on peut savoir en méditant cette prière et dans son coeur une église ouverte pour la dire. Il aurait une règle de vie et une sanctification assurée.


Notre Père


Je l’appelle Père. C’est le Père du Verbe, c’est le Père de Celui qui s’est incarné. C’est ainsi que je veux que vous, vous l’appeliez, parce que vous êtes un avec Moi, si vous demeurez en Moi. Il fut un temps où l’homme devait se prosterner pour soupirer au milieu des craintes de l’épouvante: "Dieu!" Celui qui ne croit pas en Moi ni dans ma parole est encore dans cette crainte paralysante... Observez l’intérieur du Temple. Non seulement Dieu, mais aussi le souvenir de Dieu est caché aux yeux des fidèles par un triple voile. Séparation par la distance, séparation par les voiles, tout a été pris et appliqué pour dire à celui qui prie: « Tu es fange. Lui est Lumière. Tu es abject. Lui est Saint. Tu es esclave. Lui est Roi ». Mais maintenant!... Relevez-vous! Approchez-vous! Je suis le Prêtre Eternel. Je puis vous prendre par la main et vous dire: « Venez ». Je puis saisir les rideaux du vélarium et les ouvrir, ouvrant tout grand l’inaccessible lieu fermé jusqu’à maintenant. Fermé? Pourquoi? Fermé à cause de la Faute, oui, mais encore plus étroitement fermé par la pensée avilie des hommes. Pourquoi fermé si Dieu est Amour, si Dieu est Père? Je peux, je dois, je veux vous conduire non pas dans la poussière mais dans l’azur; non pas au loin, mais tout près; non pas comme esclaves, mais comme fils sur le coeur de Dieu. "Père! Père!" dites cette parole et ne vous lassez pas de la dire. Ne savez-vous pas que chaque fois que vous la dites, le Ciel rayonne de la joie de Dieu? Ne diriez-vous que ce mot, avec un amour véritable, vous feriez déjà une prière agréable au Seigneur. "Père! Mon père!" disent les petits à leur père. C’est la parole qu’ils disent la première: « Mère, père ». Vous êtes les petits enfants de Dieu. Je vous ai engendrés du vieil homme que vous étiez. Ce vieil homme, je l’ai détruit par mon amour, pour faire naître l’homme nouveau, le chrétien. Appelez donc du nom que les petits connaissent le premier le Père Très Saint qui est aux Cieux.


Que soit sanctifié ton Nom


Oh! Nom, plus que tout autre, saint et suave, Nom que la terreur du coupable vous a appris à voiler sous un autre nom. Non, plus Adonaï, plus. C’est Dieu. C’est le Dieu qui dans un excès d’amour a créé l’humanité. Que l’Humanité de l’avenir, avec les lèvres purifiées par le bain que je prépare, l’appelle de son Nom, se réservant de comprendre avec la plénitude de la sagesse le sens de cet Incompréhensible lorsque, fondue avec Lui, l’Humanité avec les meilleurs de ses enfants, sera élevée jusqu’au Royaume que je suis venu fonder.


Que vienne ton Règne sur la terre comme au Ciel


Désirez de toutes vos forces cet avènement. Ce serait la joie sur la terre, s’il venait. Le Règne de Dieu dans les coeurs, dans les familles, entre les citoyens, entre les nations. Souffrez, prenez de la peine, sacrifiez-vous pour ce Règne. Que la terre soit un miroir qui reflète en chacun la vie des Cieux. Il viendra. Un jour tout cela viendra. Des siècles et des siècles de larmes et de sang, d’erreurs,de persécutions, de brouillard traversé d’éclairs de lumière qu’irradiera le Phare mystique de mon Eglise — si elle est une barque qui ne sombrera pas, elle est aussi un rocher qui résistera aux vagues et elle tiendra bien haut la Lumière, ma Lumière, la Lumière de Dieu — tout cela précédera le moment où la terre possèdera le Royaume de Dieu. Ce sera alors comme le flamboiement d’un astre qui, après avoir atteint la perfection de son existence, se désagrège, fleur démesurée des jardins éthérés pour exhaler dans une rutilante palpitation son existence et son amour aux pieds de son Créateur. Mais cela viendra. Et ensuite, ce sera le Royaume parfait, bienheureux, éternel du Ciel.


Et que sur la terre comme au Ciel soit faite ta volonté


L’anéantissement de la volonté propre au profit de celle d’un autre ne peut se produire que lorsqu’on a atteint le parfait amour pour cette créature. L’anéantissement de la volonté propre au profit de celle de Dieu ne peut se produire que quand on a atteint la perfection des vertus théologales à un degré héroïque. Au Ciel, où tout est sans défauts, s’accomplit la volonté de Dieu. Sachez, vous, fils du Ciel, faire ce que l’on fait au Ciel.


Donne-nous notre pain quotidien


Quand vous serez au Ciel, vous ne vous nourrirez que de Dieu. La béatitude sera votre nourriture. Mais, ici-bas, vous avez encore besoin de pain. Et vous êtes les petits enfants de Dieu. Il est donc juste de dire: « Père, donne-nous le pain ». Avez-vous peur qu’Il ne vous écoute pas? Oh! non! Réfléchissez: supposez que l’un de vous ait un ami et qu’il s’aperçoive qu’il manque de pain pour rassasier un autre ami ou un parent arrivé chez lui à la fin de la seconde veille. Il va trouver l’ami son voisin et lui dit: « Ami, prête-moi trois pains, car il m’est arrivé un hôte et je n’ai rien à lui donner à manger ». Peut-il s’entendre répondre de l’intérieur de la maison: Ne m’ennuie pas car j’ai déjà fermé la porte et bloqué les battants, et mes enfants dorment déjà à mes côtés. Je ne peux me lever et te donner ce que tu veux"? Non. S’il s’est adressé à un véritable ami et qu’il insiste, il aura ce qu’il demande. Il l’aurait même s’il s’était adressé à un ami pas très bon. Il l’aurait à cause de son insistance car celui auquel il demande ce service, pour n’être plus importuné, se hâterait de lui en donner autant qu’il en veut. Mais vous, quand vous priez le Père, vous ne vous adressez pas à un ami de la terre, mais vous vous tournez vers l’Ami Parfait qui est le Père du Ciel. Aussi, je vous dis: « Demandez et l’on vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira ». En effet, à qui demande on donne, qui cherche finit par trouver, à qui frappe on ouvre la porte. Qui, parmi les enfants des hommes, se voit présenter une pierre, s’il demande du pain à son propre père? Qui se voit donner un serpent à la place d’un poisson grillé? Il serait un criminel le père qui agirait ainsi à l’égard de ses enfants. Je l’ai déjà dit et je le répète pour vous encourager à des sentiments de bonté et de confiance. De même donc que quelqu’un dont l’esprit est sain ne donnerait pas un scorpion à la place d’un oeuf, avec quelle plus grande bonté Dieu ne vous donnera-t-Il pas ce que vous demandez! Puisqu’Il est bon, alors que vous, plus ou moins, vous êtes mauvais. Demandez donc avec un amour humble et filial votre pain au Père.


Remets-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs


Il y a les dettes matérielles et les dettes spirituelles. Il y a encore les dettes morales. C’est une dette matérielle, l’argent ou la marchandise qu’on vous a prêtés et qu’on doit rendre. C’est une dette morale, l’estime que l’on exige sans réciprocité, et l’amour que l’on veut mais que l’on ne donne pas. C’est une dette spirituelle, l’obéissance à Dieu, de qui on exigerait beaucoup, quitte à Lui donner bien peu, et l’amour qu’on doit avoir pour Lui. Mais Il nous aime et doit être aimé comme on aime une mère, une épouse, un fils de qui on exige tant de choses. L’égoïste veut avoir et ne donne pas. Mais l’égoïste est aux antipodes du Ciel. Nous avons des dettes envers tout le monde. De Dieu au parent, de celui-ci à l’ami, de l’ami au prochain, du prochain au serviteur et à l’esclave, car tous sont des êtres comme nous. Malheur à qui ne pardonne pas! Il ne sera pas pardonné. Dieu ne peut pas, par justice, remettre ce que l’homme Lui doit à Lui Très Saint si l’homme ne pardonne pas à son semblable.


Ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du Malin


L’homme qui n’a pas éprouvé le besoin de partager avec nous le souper de la Pâque m’a demandé, il y a moins d’un an: « Comment? Tu as demandé de ne pas être tenté et d’être aidé dans la tentation contre elle-même? » Nous étions nous deux, seuls... et j’ai répondu.  Une autre fois, nous étions quatre dans un endroit isolé, et j’ai répondu de nouveau. Mais il n’était pas encore satisfait, car dans un esprit compliqué, il faut d’abord ouvrir une brèche en démolissant la forteresse perverse de sa suffisance. Et, pour cette raison, je le dirai encore une fois, dix, cent fois jusqu’à ce que tout soit accompli. Mais vous qui n’êtes pas cuirassés par des doctrines malheureuses et des passions plus malheureuses encore, veuillez prier ainsi. Priez avec humilité pour que Dieu empêche les tentations. Oh! l’humilité! Se connaître pour ce que l’on est! Sans s’avilir, mais se connaître. Dire: « Je pourrais céder même s’il me semble que je ne le puisse pas car je suis, pour moi-même, un juge imparfait. Par conséquent, mon Père, délivre-moi, si possible, des tentations en me tenant tellement proche de Toi afin de ne pas permettre au Malin de me nuire ». Car, souvenez-vous-en, ce n’est pas Dieu qui porte au Mal, mais c’est le Mal qui tente. Priez le Père pour qu’Il soutienne votre faiblesse au point qu’elle ne puisse être induite en tentation par le Malin. J’ai dit, mes bien-aimés. C’est ma seconde Pâque au milieu de vous. L’an dernier nous avons seulement ensemble rompu le pain et partagé l’agneau. Cette année, je vous donne la prière. J’aurai d’autres dons pour mes autres Pâques parmi vous afin que, quand je serais allé là où me veut le Père, vous ayez un souvenir de Moi, l’Agneau, dans toute fête de l’agneau mosaïque. Levez-vous et partons. Nous rentrerons en ville à l’aurore. Ou plutôt: demain, toi Simon, et toi mon frère (il indique Jude), vous irez prendre les femmes et l’enfant. Toi, Simon de Jonas, et vous autres, resterez avec Moi jusqu’à ce qu’ils reviennent. Ensuite nous irons ensemble à Béthanie. Ils descendent jusqu’à Gethsémani où ils rentrent à la maison pour se reposer.

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03 janvier 2010

Dimanche de l'Epiphanie

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Dimanche de l'Epiphanie

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 2,1-12


Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » En apprenant cela, le roi Hérode fut pris d'inquiétude, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les chefs des prêtres et tous les scribes d'Israël, pour leur demander en quel lieu devait naître le Messie. Ils lui répondirent: « A Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem en Judée, tu n'es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ; car de toi sortira un chef, qui sera le berger d'Israël mon peuple. » Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l'étoile était apparue; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l'enfant. Et quand vous l'aurez trouvé, avertissez-moi pour que j'aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Sur ces paroles du roi, ils partirent. Et voilà que l'étoile qu'ils avaient vue se lever les précédait ; elle vint s'arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l'enfant. Quand ils virent l'étoile, ils éprouvèrent une très grande joie. En entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Mais ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

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L'Adoration des trois Mages

Extraits des révélations de Maria Valtorta


Celui qui m'avertit intérieurement me dit : "Appelle ces contemplations que tu vas avoir et que je te présenterai : "Les Évangiles de la Foi" car, pour toi et pour les autres, ils viendront mettre en lumière la puissance de la Foi et de ses fruits, et vous assurer dans votre foi en Dieu. "


Je vois Bethléem, petite et toute blanche, rassemblée comme une couvée de poussins sous la lumière des étoiles. Deux rues principales s'y coupent à angle droit, l'une venant d'au-delà du pays, c'est la route principale qui continue au delà de la ville, et l'autre qui coupe la ville dans toute sa largeur mais ne va pas plus loin. D'autres petites rues découpent ce petit pays, sans la moindre trace d'un plan d'ensemble comme nous le concevons, mais s'adaptant au terrain qui est à plusieurs niveaux, et aux maisons qui se distribuent ça et là selon les accidents du sol et les caprices des constructeurs. Tournées les unes à droite, les autres à gauche, d'autres de biais par rapport à la rue qui les borde, elles l'obligent à se présenter comme un ruban qui se déroule avec des sinuosités au lieu d'être un chemin rectiligne qui va d'un endroit à l'autre sans déviation. De temps en temps il y a une petite place, soit pour un marché, soit pour une fontaine, soit parce que, à cause des constructions qui se dressent au hasard, elle est restée une portion de travers où l'on ne peut plus rien construire. À l'endroit où il me semble que je dois particulièrement m'arrêter, il y a précisément une de ces petites places irrégulières. Elle devrait être carrée ou au moins rectangulaire. Elle s'amène comme un trapèze si bizarre qu'on dirait un triangle acutangle dévié au sommet. Le côté le plus long, la base du triangle, est un bâtiment large et bas, le plus large du pays. Du dehors, c'est une haute muraille lisse et nue sur laquelle s'ouvrent à peine deux portes cochères maintenant bien closes. À l'intérieur, au contraire, sur toute une cour carrée il y a de nombreuses fenêtres au premier étage, pendant qu'au rez-de-chaussée on voit des portiques qui entourent des cours jonchées de paille et de détritus avec des vasques pour abreuver chevaux et autres animaux. Aux rustiques colonnes des portiques il y a des anneaux pour attacher les animaux et, sur un côté, un vaste hangar pour abriter les troupeaux et les montures. Je comprends qu'il s'agit de l'auberge de Bethléem. Sur deux autres côtés de même longueur il y a des maisons et des maisonnettes les unes précédées d'un jardinet; d'autres non, parce que parmi elles il yen a qui ont la façade sur la place et d'autres à l'arrière. Sur l'autre côté plus étroit, en face le caravansérail, il y a une unique maisonnette avec un petit escalier extérieur qui donne accès au milieu de la façade aux chambres du premier étage. Elles sont toutes fermées car il fait nuit. Il n'y a personne dans les rues à cause de l'heure. Je vois qu'augmente la clarté nocturne qui tombe d'un ciel constellé d'étoiles si belles dans le ciel d'Orient, si vivantes et si grandes qu'elles paraissent toutes proches et qu'il serait facile de les rejoindre et de les toucher, ces fleurs qui brillent sur le velours du firmament. Je lève les yeux pour me rendre compte de la source de cette croissance de lumière. Une étoile de grandeur inhabituelle, comme une petite lune, s'avance dans le ciel de Bethléem. Les autres semblent s'éclipser et lui donner passage, comme des suivantes au service de la reine, tant son éclat les surpasse et les fait disparaître. Du globe qui semble un énorme et clair saphir éclairé de l'intérieur par un soleil, part un sillage lumineux dans lequel, à la prédominance du clair saphir se fondent les blonds des topazes, les verts des émeraudes, la lueur opalescente des opales, les clartés sanguines des rubis et les doux scintillements des améthystes. Toutes les pierres précieuses de la terre sont dans ce sillage qui parcourt le ciel d'un mouvement rapide et ondulant comme s'il était vivant. Mais la couleur qui domine, c'est cette couleur qui semble pleuvoir du globe de l'étoile : la paradisiaque couleur de pâle saphir qui descend pour colorer d'argent azuré les maisons, les rues, le sol de Bethléem, berceau du Sauveur.


Ce n'est plus la pauvre cité, qui pour nous ne serait qu'une agglomération rurale. C'est une fantastique cité de contes de fées où tout est d'argent. L'eau des fontaines et des vasques est comme du diamant liquide. Avec la splendeur d'un plus vif éclat, l'étoile s'arrête au-dessus de la petite maison qui se trouve sur le côté étroit de la petite place. Ni ses habitants, ni ceux de Bethléem ne la voient parce qu'ils dorment dans les maisons fermées. Cependant l'étoile accélère les palpitations de sa lumière, et sa queue vibre et se balance davantage en décrivant des demi-cercles dans le ciel qui s'éclaire tout entier par l'effet de ce filet d'astres qu'elle entraîne, de ce filet de pierres précieuses qui resplendissent de mille couleurs sur les autres étoiles comme pour leur communiquer une parole joyeuse. La petite maison est toute baignée de ce feu liquide de perles. Le toit de la petite terrasse, le petit escalier de pierre sombre, la petite porte, tout est un bloc de pur argent saupoudré d'une poussière de diamants et de perles. Nul palais de roi n'a eu, ni n'aura un perron semblable à celui-ci fait pour recevoir les pas des anges, pour servir à la Mère qui est la Mère de Dieu. Ses petits pieds de Vierge Immaculée peuvent se poser sur cette éclatante blancheur, ses petits pieds destinés à se poser sur les degrés du trône de Dieu. Mais la Vierge ne sait rien de cette féerie. Elle veille près du berceau du Fils et prie. En son âme elle possède des splendeurs qui surpassent celles dont l'étoile embellit les choses. De la rue principale s'avance un défilé : chevaux harnachés et d'autres conduits à la main, dromadaires et chameaux, les uns montés, les autres chargés. Le son des sabots fait un bruit d'eau qui ruisselle, en les heurtant, sur les pierres d'un torrent. Arrivés sur la place, tous s'arrêtent. Le défilé, sous le rayonnement de l’étoile, est d'une splendeur fantastique. Les ornements des très riches montures, les habits des cavaliers, les visages, les bagages, tout resplendit ravivant et unissant le propre éclat des métaux, des cuirs, des soies, des gemmes, des pelages, à la clarté de l'étoile. Les yeux rayonnent et les bouches sourient parce que une autre splendeur s'est allumée en leur cœur : celle d'une joie surnaturelle.


Pendant que les serviteurs se dirigent vers le caravansérail avec les animaux, trois personnages de la caravane descendent de leurs montures respectives qu'un serviteur conduit ailleurs et se dirigent à pied vers la maison. Là, ils se prosternent, front contre terre, baisant la poussière. Ce sont trois personnages puissants comme l'indiquent leurs très riches habits. L'un, de peau très foncée, à peine descendu d'un chameau s'enveloppe tout entier dans un magnifique vêtement de soie blanche. Son front est ceint d’un cercle de métal précieux et il a à la taille une riche ceinture d'où pendent un poignard ou une épée dont la garde est ornée de gemmes. Les deux autres, descendus de deux magnifiques chevaux, sont vêtus l'un d'une étoffe rayée très belle où domine la couleur jaune. Cet habit est fait comme un long domino garni d'un capuchon et d'un cordon qui semblent faits tout d'une pièce en filigrane d'or tant ils sont ornés de broderie d'or. Le troisième porte une chemise de soie bouffante qui sort d'un large et long pantalon serré aux pieds. Il est enveloppé dans un châle très fin, véritable jardin fleuri tant sont vives les couleurs dont il est orné tout entier. Sur la tête un turban retenu par une chaînette ornée de chatons de diamants. Après avoir vénéré la maison où réside le Sauveur, ils se relèvent et se rendent au caravansérail où les serviteurs ont frappé et fait ouvrir. Ici s'arrête la vision.


Elle reprend trois heures plus tard avec la scène de l'adoration des Mages à Jésus. Voilà le jour. Un beau soleil resplendit dans un ciel d'après-midi. Un serviteur des trois mages traverse la place et monte le petit escalier de la maisonnette. Il rentre. Il sort. Il retourne à l'auberge. Les trois Mages sortent, suivis chacun de son propre serviteur. Ils traversent la place. Les rares passants se retournent pour regarder les majestueux personnages qui passent très lentement avec solennité. Entre la venue du serviteur et celle des trois, il s'est passé un bon quart d'heure ce qui a donné aux habitants de la maisonnette le temps de se préparer à recevoir les hôtes. Ceux-ci sont encore plus richement vêtus que le soir précédent. Les soies resplendissent, les gemmes brillent, un grand panache de plumes de grand prix parsemé d'écailles encore plus précieuses étincelle sur la tête de celui qui porte le turban.


L'un des serviteurs porte un coffre tout orné de marqueteries dont les garnitures métalliques sont en or buriné. Le second porte une coupe d'un travail très fin, couvert par un couvercle tout en or ciselé. Le troisième une sorte d'amphore large et basse, en or également, avec une fermeture en forme de pyramide qui à son sommet porte un brillant. Ces objets doivent être lourds, car les serviteurs ont peine à les porter, spécialement celui qui est chargé du coffre. Les trois montent l'escalier et entrent. Ils pénètrent dans une pièce qui va de la route à l'arrière de la maison. On aperçoit le jardinet par derrière à travers une fenêtre ouverte au soleil. Des portes s'ouvrent dans les deux autres murs, d'où regardent les propriétaires de la maison : un homme, une femme et trois ou quatre enfants entre deux âges. Marie est assise avec l'Enfant sur son sein et Joseph debout à côté. Mais elle se lève aussi et s'incline quand elle voit entrer les trois Mages. Elle est toute vêtue de blanc. Si belle dans son simple habit blanc qui la couvre de la base du cou aux pieds, des épaules aux poignets délicats, si belle avec la tête couronnée de tresses blondes, en son visage que l'émotion couvre d'un rose plus vif, en ses yeux qui sourient avec douceur, avec une bouche qui s'ouvre pour saluer : "Dieu soit avec vous." Les trois Mages en restent un instant interdits. Puis ils s'avancent, se prosternent à ses pieds et la prient de s'asseoir. Eux non, ils ne s'assoient pas malgré l'invitation de Marie. Ils restent à genoux appuyés sur leurs talons. En arrière et à genoux aussi, sont les trois serviteurs. Ils sont tout de suite derrière le seuil. Ils ont posé devant eux les trois objets qu'ils portaient et ils attendent. Les trois Sages contemplent le Bébé. Il me paraît avoir de neuf mois à un an tant il est éveillé et robuste. Il repose sur le sein de sa Mère. Il sourit et jase avec une voix de petit oiseau. Il est tout vêtu de blanc, comme la Maman, avec des sandalettes minuscules aux pieds. Un petit vêtement très simple : une tunicelle d'où sortent les petits pieds remuants, les mains grassouillettes qui voudraient tout saisir, et surtout le très joli petit visage où brillent les yeux d'azur foncé, et la bouche qui fait des fossettes des deux côtés quand il rit et découvre ses premières petites dents. Les petites boucles de cheveux semblent une poussière d'or tant ils sont brillants et vaporeux.


Le plus âgé des Sages parle au nom de tous. Il explique à Marie qu'ils ont vu, une nuit du mois de décembre précédent une nouvelle étoile qui s'est allumée dans le ciel avec une inhabituelle splendeur. Jamais les cartes célestes n'avaient porté cet astre ou ne l'avaient signalé. Son nom était inconnu. Elle n'avait pas de nom. Née du sein de Dieu, elle avait fleuri pour dire aux hommes une vérité bénie, un secret de Dieu. Mais les hommes n'en avaient pas fait cas, car leurs âmes étaient plongées dans la boue. Ils ne levaient pas leurs regards vers Dieu et ne savaient pas lire les paroles qu'Il trace - qu'Il en soit éternellement béni - avec les astres de feu sur la voûte des cieux. Eux l'avaient vue et s'étaient efforcés de comprendre sa voix. Renonçant de bon cœur au peu de sommeil qu'ils accordaient à leurs membres, oubliant de manger, ils s'étaient plongés dans l'étude du Zodiaque. Et les conjonctions des astres, le temps, la saison, les calculs des anciens temps et des combinaisons astronomiques leur avaient dit le nom et le secret de l'étoile. Son nom : "Messie". Son secret : "Être le Messie venu au monde". Et ils étaient partis pour l'adorer chacun à l'insu des autres. Traversant monts et déserts, vallées et fleuves, voyageant de nuit, ils étaient venus vers la Palestine car l'étoile allait dans cette direction. Et chacun, des trois points différents de la terre, s'en allait vers cette direction, et ils s'étaient trouvés ensuite ensemble au-delà de la Mer Morte. La volonté de Dieu les avait réunis là, et ensemble ils étaient allés de l'avant se comprenant, bien que chacun parlât sa langue propre, comprenant et pouvant parler les langues des pays traversés par un miracle de l'Éternel. Ensemble ils étaient allés à Jérusalem parce que le Messie devait être le Roi de Jérusalem, le roi des Juifs. Mais l'étoile s'était cachée sur le ciel de cette ville. Ils avaient senti leurs cœurs se briser de douleur et s'étaient examinés pour savoir s'ils avaient démérité de Dieu, Mais s'étant rassurés la conscience, ils étaient allés trouver le roi Hérode pour lui demander dans quel palais était né le Roi des Juifs qu'ils étaient venus adorer. Le roi, ayant réuni les princes des prêtres et les scribes, leur avait demandé où pouvait naître le Messie et ils avaient répondu : "A Bethléem de Juda."


Ils étaient venus vers Bethléem et l'étoile était réapparue à leurs yeux, avait quitté la Cité Sainte et le soir précédent avait augmenté de splendeurs. Le ciel était tout embrasé. Puis, l'étoile s'était arrêtée, rassemblant la lumière des autres étoiles en son rayonnement, au-dessus de cette maison. Ils avaient compris que c'était là que se trouvait le Divin Né. Maintenant ils l'adoraient, offrant leurs pauvres cadeaux et, par-dessus tout, leur cœur qui n'avait jamais cessé de bénir Dieu pour la grâce qu'Il leur avait accordée et d'aimer son Fils dont ils voyaient la sainte Humanité. Ensuite ils retourneraient rendre compte au roi Hérode parce que lui aussi désirait l'adorer. "Voici à la fois, l'or qu'il convient à un roi de posséder, voici l'encens comme il convient à un Dieu, et voici, ô Mère, voici la myrrhe parce que ton Enfant Né, qui est Dieu, est aussi un Homme et dans sa chair et sa vie d'homme il connaîtra l'amertume et la loi inévitable de la mort. Notre amour voudrait ne pas les dire, ces paroles et penser que sa chair est éternelle comme son Esprit. Mais, ô Femme, si nos cartes et surtout nos âmes ne se trompent pas, Lui, ton Fils est le Sauveur, le Christ de Dieu et pour ce motif il devra, pour sauver la terre, prendre sur Lui le mal de la terre dont un des châtiments est la mort. Cette résine est pour cette heure, pour que ses chairs saintes ne connaissent pas la pourriture de la corruption et conservent leur intégrité jusqu'à la résurrection. Qu'à cause de ces dons, Lui se souvienne de nous et sauve ses serviteurs en leur donnant son Royaume." Pour l'instant, pour en être sanctifiés, qu'elle, sa Mère, offre son petit Enfant "à notre amour. Et en baisant ses pieds descende sur nous la bénédiction céleste." Marie, qui a surmonté l'effroi provoqué par les paroles des Sages et a caché sous un sourire la tristesse de la funèbre évocation, offre le Bébé. Elle le met sur les bras du plus ancien qui l'embrasse et reçoit ses caresses, et puis le passe aux autres. Jésus sourit et joue avec les chaînettes et les franges des trois. Il regarde avec curiosité l'écrin ouvert plein d'une matière jaune et brillante. Il rit en voyant que le soleil fait un arc-en-ciel en touchant le brillant du couvercle de la myrrhe. Puis les trois rendent le Bébé à sa Mère et se lèvent. Marie aussi se lève. Le plus jeune des Mages donne à son serviteur l'ordre de sortir, alors on s'incline de chaque côté. Les trois parlent encore un peu. Ils ne peuvent se décider à quitter cette maison. Des larmes d'émotion se voient dans tous les yeux. A la fin ils se dirigent vers la sortie, accompagnés de Marie et de Joseph.


Le Bébé a voulu descendre et donner sa petite main au plus ancien des trois. Il marche ainsi, une main dans la main de Marie, l'autre dans celle du Sage qui se penche pour le conduire. Jésus a le pas encore incertain de l'enfant et rit en frappant du pied la bande lumineuse que fait le soleil sur le pavé. Arrivés au seuil - il ne faut pas oublier que la pièce prenait toute la longueur de la maison - les trois personnages prennent congé en s'agenouillant une dernière fois et en baisant les pieds de Jésus. Marie, penchée sur le Bébé, prend sa petite main et la guide pour faire un geste de bénédiction sur la tête de chacun des Mages. C'est déjà un signe de croix tracé par les petits doigts de Jésus que guide Marie. Puis les trois descendent l'escalier. La caravane est déjà là toute prête et qui attend. Les bossettes des chevaux resplendissent au soleil couchant. Les gens se sont rassemblés sur la petite place pour voir l'insolite spectacle. Jésus rit en battant les petites mains. La Maman l'a soulevé et appuyé au large parapet qui borde le palier. Elle le tient, avec un bras sur sa poitrine pour l'empêcher de tomber. Joseph est descendu avec les trois et tient l'étrier à chacun d'eux pendant qu'ils montent à cheval ou à chameau. Maintenant, serviteurs et maîtres, tout le monde est en selle. On donne le signal du départ. Les trois se courbent jusque sur le cou de leurs montures pour un ultime salut. Joseph s'incline. Marie aussi, et elle se met à guider la petite main de Jésus en un geste d'adieu et de bénédiction.

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Méditation de Saint Pio de Pietrelcina sur l'Epiphanie


Considère, mon âme, les trois rois mages qui, entièrement donnés à leurs études astronomiques, virent apparaître dans le ciel une nouvelle étoile ; ils admirèrent dans le nouvel astre une lumière tout à la fois nouvelle et mystérieuse. Déjà instruits de ce que l’apparition d’un nouvel astre annoncerait la venue sur la terre du Messie attendu, une lumière bien plus resplendissante et merveilleuse illumine leur esprit. Le travail intérieur de la grâce les remue et les emplit de ferveur. Prêts désormais à répondre à l’appel divin, ils abandonnent tout, jusqu’au confort de leurs palais, et affrontent un voyage long, désastreux et incertain ; pendant l’une des saisons les moins favorables, ils partent à la recherche de celui qui les appellent pour se manifester à eux, pour qu’ils l’adorent, lui présentent leurs hommages comme au roi suprême du ciel et de l’univers entier. L’étoile, symbole de la foi, les meut et les guide vers celui qui les appelle intérieurement par l’impulsion de la grâce, car personne ne peut aller à lui s’il ne l’attire. Jésus appelle les pauvres et simples bergers par le moyen des anges, afin de se manifester à eux. Il appelle les savants (mages) par l’étoile de leur science, et tous, mus par l’influence intérieure de sa grâce, courent à lui pour l’adorer. Il nous appelle tous par ses inspirations divines, et se communique à nous par sa grâce. Combien de fois ne nous a–t-il pas, nous aussi, amoureusement invités ? Et nous, avec quelle rapidité avons-nous répondu ? Mon Dieu, je rougis et je me sens plein de confusion de devoir répondre à une telle question ! Que n’a-t-il entrepris pour se faire chemin de notre cœur et l’approcher du sien, ne se rebutant pas de notre misère ! Mais qu’est-ce que l’homme que tu en prennes souci ? Tu abandonnes ton palais céleste pour aller à la recherche de la brebis perdue. Tu te manifestes à elle, et par les impulsions de ta grâce tu l’appelles sans cesse, tu attires son cœur vers toi, afin qu’elle te connaisse de près, t’aime, t’adore. As-tu vraiment besoin d’elle pour être pleinement heureux dans ton paradis ? Non, c’est ta bonté ordinaire qui te pousse vers elle, c’est ton amour qui aime à se répandre et à la conquérir, pour la rendre heureuse de cette même félicité dont tu es rempli. O Jésus, nous sommes un rien laid, et c’est justement pour cela que tu nous cherches : pour nous donner ton être divin, par l’opération et la communication de ta grâce. O Jésus, qui pourra te résister ? Fais que, pauvre comme je suis, je te demande tout ce dont j’ai besoin pour te plaire, qui vienne de toi et te soit agréable. Donne –moi et conserve en moi cette foi vive qui me fasse croire et agir pour ton seul amour. Et ceci est le premier don que je te présente et, uni aux saints mages, prosterné à tes pieds, je confesse sans aucun respect humain devant le monde entier que tu es notre seul et vrai Dieu.


Les mages arrivèrent à Jérusalem et ne trouvèrent aucun signe extérieur de fête, comme ils l’auraient pensé, pour le grand avènement du nouveau roi. L’étoile qui les guidait, quand ils entrèrent dans la ville, disparut à leurs yeux. Leur foi est coulée dans un ciment solide ; ainsi ils n’hésitent pas : fermes dans leur foi, ils demandent des nouvelles du Messie né. Personne ne sait quoi leur dire. Les gens de ce monde, engouffrés dans leurs affaires, vivent dans l’obscurité et dans l’erreur ; ils n’ont nulle pensée quant à leur salut éternel, ils ne sont nullement empressés de savoir qu’il est venu, ce Messie attendu avec des soupirs par les païens, prophétisé et prédit par les prophètes. Alors, les mages, qui suivent l’impulsion de la grâce et de la ferveur, fermes dans l’espérance de trouver celui que le peuple n’a pas voulu reconnaître et a rejeté du milieu de lui, vont vers Hérode. Lui, il doit savoir où est né le vrai roi des Juifs. Mais là aussi c’est la désillusion, car lui non plus ne sait rien. Cachant sa méchanceté et la peur que ce nouveau roi, tant désiré par Jacob et ses descendants, lui conteste son trône, et simulant un sentiment de zèle religieux, il demande à savoir où les prophètes dirent que devait naître le Messie et si le temps prédit par Daniel était déjà achevé. S’en étant assuré, il le révèle aux mages, et leur recommande que, quand ils l’auraient trouvé, ils reviennent ici pour que lui-même puisse aller l’adorer et lui rendre les honneurs qui lui sont dus. Quelle ruse ! Combien d’impiété se cache-t-elle derrière ce zèle feint ! Et quelle foi que celle des mages ! Ceux-ci, ayant appris le lieu où le Messie devait être né, se remettent en route, fermes et convaincus qu’ils découvriraient celui qui, caché, appelle à lui les cœurs qui le cherchent en vérité et dans une charité ardente. A peine sortis de Jérusalem, voici que l’étoile leur apparaît à nouveau et les précède, afin qu’ils ne s’égarent pas en chemin. La foi nous guide, nous aussi ; et nous, à la suite de sa lumière, nous parcourons sûrement le chemin qui conduit à Dieu, à sa patrie, comme les saints mages, sous la garde de l’étoile, symbole de la foi, arrivent au lieu désiré. L’étoile s’arrête au-dessus de la grotte et eux, illuminés par la grâce divine, reconnaissent dans cette masure le palais du roi du ciel nouveau-né. Emus, ils entrent ; mais que leur est-il donné à voir pour qu’ils reconnaissent le roi divin, le Messie ? Quelle certitude est la leur, face à tant de pauvreté, que ce bébé tremblant qu’ils voient dans les bras d’une jeune fille, est leur Dieu ? Qu’est-ce qui le leur révèle, de telle sorte qu’ils s’abîment dans une profonde adoration devant lui ? Qu’ils montrent qu’ils sont venus de loin pour l’adorer et le vénérer, pour apporter en tribut devant lui les honneurs comme au roi des rois, alors qu’aucune cour céleste ou terrestre ne l’entoure ? Mais Jésus les a appelés pour se manifester à eux. Il les attirés à lui pour qu’ils le reconnaissent. L’émotion intérieure les fait se prosterner à terre. Les mouvements internes de la grâce révèlent à leurs âmes que ce tendre nouveau-né est Dieu et homme, qu’il est le vrai Messie. Les battements fréquents et précipités de leurs cœurs leur confirment qu’il est leur Dieu incarné. Ainsi prosternés à terre, ils humilient devant l’Eternel fait enfant, leur dignité royale. Ils le reconnaissent, l’adorent, l’aiment, lui apportent en tribut les honneurs royaux, se placent sous sa domination divine et s’offrent à lui avec tout ce qu’ils ont et qui leur appartient. Ils embrassent avec transport ces petits pieds divins, que sa gracieuse mère leur propose d’embrasser,et, après avoir épanché leurs cœurs enflammés d’amour, ils lui offrent trois présents : l’encens car ils le reconnaissent comme leur Dieu, la myrrhe car il est homme, l’or car il est roi. Avertis ensuite en songe par un ange de s’en retourner par un autre chemin dans leur pays, et ainsi de ne pas donner satisfaction à la méchanceté d’Hérode, ils s’en vont de Bethléem, mais seulement de corps, car ils laissent là leurs cœurs. Eux, brûlants de zèle pour la gloire de Dieu, transformés en apôtres, répandent dans leurs peuples par l’exemple et la parole la bonne odeur de Jésus Christ ; ils proclament les merveilles de Dieu, que leurs yeux ont vues et que leurs cœurs ont goûtées. Ils professent sans respect humain leur foi et l’espérance à venir en cet enfant, qu’il sera le Sauveur. Par ses mérites, ils participeront un jour, avec tous les disciples de l’Evangile, à sa gloire dans la bienheureuse patrie du ciel. L’amour ne souffre pas de retard, et eux, à peine revenus, ne se reposent pas de leurs fatigues, mais font connaître et aimer celui qui, par l’action de la grâce, avait conquis leurs cœurs, les emplissant de cette charité qui aime se répandre, parce que le cœur, dans sa petite masse, ne peut la contenir et aime communiquer ce qui le remplit. O Jésus, avec les saints mages nous t’adorons, avec eux nous t’offrons les trois dons de notre foi te reconnaissant et t’adorant comme notre Dieu humilié par amour pour nous, comme cet homme revêt de la fragile chair pour souffrir et mourir pour nous ; et, mettant notre espérance en tes mérites, nous sommes assurés de parvenir à la gloire éternelle. Par notre charité, nous te reconnaissons souverain d’amour de nos cœurs, priant pour que, dans ta bonté infinie, tu daignes agréer ce que tu nous as toi-même donné. Daigne transformer nos cœurs comme tu as transformé ceux des rois mages et ais encore que nos cœurs, ne pouvant contenir les ardeurs de ta charité, te proclament aux âmes de nos frères afin de les conquérir. Ton règne n’est pas loin et tu nous feras participer à ton triomphe sur terre, puis participer à ton règne au ciel. Fais que, ne pouvant contenir les dons de ta charité divine, nous prêchions par l’exemple et par les œuvres la royauté divine. Prends possession de nos cœurs dans le temps afin de la posséder dans l’éternité ; que jamais nous ne nous retirions de dessous ton sceptre : ni la vie ni la mort ne valent que nous nous séparions de toi. Que notre vie soit une vie qui puise en toi à larges gorgées d’amour, pour se répandre ensuite sur l’humanité ; qu’elle nous fasse mourir à chaque instant, afin de vivre seulement de toi, afin que tu sois répandu en nos cœurs.

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Prions


Aujourd'hui, Seigneur, Vous avez révélé Votre Fils unique aux Nations, grâce à l'étoile qui les guidait; daignez nous accorder, à nous qui Vous connaissons déjà par la Foi, d'être conduits jusqu'à la claire vision de Votre splendeur. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

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02 août 2008

Le Rosaire médité avec Maria Valtorta 20/20

  Le Rosaire médité avec Maria Valtorta

Textes extraits de « L'Evangile tel qu'il m'a été révélé »

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Cinquième Mystère Glorieux: L'Assomption de Marie et sa glorification dans le Ciel


Combien de jours sont-il passés ? Il est difficile de l’établir sûrement. Si on en juge par les fleurs qui font une couronne autour du corps inanimé, on devrait dire qu’il est passé quelques heures. Mais si on en juge d’après le feuillage d’olivier sur lequel sont posées les fleurs fraîches, et dont les feuilles sont déjà fanées, et d’après les autres fleurs flétries, mises comme autant de reliques sur le couvercle du coffre, on doit conclure qu’il est passé déjà des journées. Mais le corps de Marie est tel qu’il était quand elle venait d’expirer. Il n’y a aucun signe de mort sur son visage, sur ses petites mains. Il n’y a dans la pièce aucune odeur désagréable. Au contraire il y flotte un parfum indéfinissable qui rappelle l’encens, les lys, les roses, le muguet, les plantes de montagne, mélangés.

Jean, qui sait depuis combien de jours il veille, s’est endormi, vaincu par la lassitude. Il est toujours assis sur le tabouret, le dos appuyé au mur, près de la porte ouverte qui donne sur la terrasse. La lumière de la lanterne, posée sur le sol, l’éclaire par en dessous et permet de voir son visage, fatigué, très pâle, sauf autour des yeux rougis par les pleurs. L’aube doit maintenant être commencée car sa faible clarté permet de voir la terrasse et les oliviers qui entourent la maison. Cette clarté se fait toujours plus forte et, pénétrant par la porte, elle rend plus distincts les objets mêmes de la chambre, ceux qui, étant éloignés de la lampe, pouvaient à peine être entrevus. Tout d’un coup une grande lumière remplit la pièce, une lumière argentée, nuancée d’azur, presque phosphorique, et qui croît de plus en plus, qui fait disparaître celle de l’aube et de la lampe. C’est une lumière pareille à celle qui inonda la Grotte de Bethléem au moment de la Nativité divine. Puis, dans cette lumière paradisiaque, deviennent visibles des créatures angéliques, lumière encore plus splendide dans la lumière déjà si puissante apparue d’abord. Comme il était déjà arrivé quand les anges apparurent aux bergers, une danse d’étincelles de toutes couleurs se dégage de leurs ailes doucement mises en mouvement d’où il vient une sorte de murmure harmonieux, arpégé, très doux.

Les créatures angéliques forment une couronne autour du petit lit, se penchent sur lui, soulèvent le corps immobile et, en agitant plus fortement leurs ailes, ce qui augmente le son qui existait d’abord, par un vide qui s’est par prodige ouvert dans le toit, comme par prodige s’était ouvert le Tombeau de Jésus, elles s’en vont, emportant avec eux le corps de leur Reine, son corps très Saint, c’est vrai, mais pas encore glorifié et encore soumis aux lois de la matière, soumission à laquelle n’était plus soumis le Christ parce qu’il était déjà glorifié quand il ressuscita. Le son produit par les ailes angéliques est maintenant puissant comme celui d’un orgue. Jean, qui tout en restant endormi s’était déjà remué deux ou trois fois sur son tabouret, comme s’il était troublé par la grande lumière et par le son des voix angéliques, est complètement réveillé par ce son puissant et par un fort courant d’air qui, descendant par le toit découvert et sortant par la porte ouverte, forme une sorte de tourbillon qui agite les couvertures du lit désormais vide et les vêtements de Jean, et qui éteint la lampe et ferme violemment la porte ouverte. L’apôtre regarde autour de lui, encore à moitié endormi, pour se rendre compte de ce qui arrive. Il s’aperçoit que le lit est vide et que le toit est découvert. Il se rend compte qu’il est arrivé un prodige. Il court dehors sur la terrasse et, comme par un instinct spirituel, ou un appel céleste, il lève la tête, en protégeant ses yeux avec sa main pour regarder, sans avoir la vue gênée par le soleil qui se lève. Et il voit. Il voit le corps de Marie, encore privé de vie et qui est en tout pareil à celui d’une personne qui dort, qui monte de plus en plus haut, soutenu par une troupe angélique. Comme pour un dernier adieu, un pan du manteau et du voile s’agitent, peut-être par l’action du vent produit par l’assomption rapide et le mouvement des ailes angéliques. Des fleurs, celles que Jean avait disposées et renouvelées autour du corps de Marie, et certainement restées dans les plis des vêtements, pleuvent sur la terrasse et sur le domaine du Gethsémani, pendant que l’hosanna puissant de la troupe angélique se fait toujours plus lointain et donc plus léger. Jean continue à fixer ce corps qui monte vers le Ciel et, certainement par un prodige qui lui est accordé par Dieu, pour le consoler et le récompenser de son amour pour sa Mère adoptive, il voit distinctement que Marie, enveloppée maintenant par les rayons du soleil qui s’est levé, sort de l’extase qui a séparé son âme de son corps, redevient vivante, se dresse debout, car maintenant elle aussi jouit des dons propres aux corps déjà glorifiés. Jean regarde, regarde. Le miracle que Dieu lui accorde lui donne de pouvoir, contre toutes les lois naturelles, voir Marie qui maintenant qu’elle monte rapidement vers le Ciel est entourée, sans qu’on l’aide à monter, par les anges qui chantent des hosannas. Jean est ravi par cette vision de beauté qu’aucune plume d’homme, qu’aucune parole humaine, qu’aucune œuvre d’artiste ne pourra jamais décrire ou reproduire, car c’est d’une beauté indescriptible. Jean, en restant toujours appuyé au muret de la terrasse, continue de fixer cette splendide et resplendissante forme de Dieu - car réellement on peut parler ainsi de Marie, formée d’une manière unique par Dieu, qui l’a voulue immaculée, pour qu’elle fût une forme pour le Verbe Incarné — qui monte toujours plus haut. Et c’est un dernier et suprême prodige que Dieu-Amour accorde à celui qui est son parfait aimant : celui de voir la rencontre de la Mère très Sainte avec son Fils très Saint qui, Lui aussi splendide et resplendissant, beau d’une beauté indescriptible, descend rapidement du Ciel, rejoint sa Mère et la serre sur son cœur et ensemble, plus brillants que deux astres, s’en vont là d’où Lui est venu. La vision de Jean est finie. Il baisse la tête. Sur son visage fatigué on peut voir à la fois la douleur de la perte de Marie et la joie de son glorieux sort. Mais désormais la joie dépasse la douleur. Il dit : "Merci, mon Dieu ! Merci ! J’avais pressenti que cela serait arrivé. Et je voulais veiller pour ne perdre aucun détail de son Assomption. Mais cela faisait trois jours que je ne dormais pas ! Le sommeil, la lassitude, joints à la peine, m’ont abattu et vaincu justement quand l’Assomption était imminente... Mais peut-être c’est Toi qui l’as voulu, ô mon Dieu, pour ne pas troubler ce moment et pour que je n’en souffre pas trop... Oui. Certainement c’est Toi qui l’as voulu, comme maintenant tu voulais que je vois ce que sans un miracle je n’aurais pu voir. Tu m’as accordé de la voir encore, bien que déjà si loin, déjà glorifiée et glorieuse, comme si elle avait été tout prés. Et de revoir Jésus ! Oh ! vision bienheureuse, inespérée, inespérable ! Oh ! don des dons de Jésus-Dieu à son Jean ! Grâce suprême ! Revoir mon Maître et Seigneur ! Le voir Lui près de sa Mère ! Lui semblable au soleil et elle à la lune, tous les deux d’une splendeur inouïe, à la fois parce que glorieux et pour leur bonheur d’être réunis pour toujours ! Que sera le Paradis maintenant que vous y resplendissez, Vous, astres majeurs de la Jérusalem céleste ? Quelle est la joie des chœurs angéliques et des saints ? Elle est telle la joie que m’a donnée la vision de la Mère avec le Fils, une chose qui fait disparaître toute sa peine, toute leur peine, même, que la mienne aussi disparaît, et en moi la paix la remplace. Des trois miracles que j’avais demandés à Dieu, deux se sont accomplis. J’ai vu la vie revenir en Marie, et je sens que la paix est revenue en moi. Toute mon angoisse cesse car je vous ai vus réunis dans la gloire. Merci pour cela, ô Dieu. Et merci pour m’avoir donné manière, même pour une créature très sainte, mais toujours humaine, de voir quel est le sort des saints, quelle sera après le jugement dernier, et la résurrection de la chair et leur réunion, leur fusion avec l’esprit, monté au Ciel à l’heure de la mort. Je n’avais pas besoin de voir pour croire, car j’ai toujours cru fermement à toutes les paroles du Maître. Mais beaucoup douteront qu’après des siècles et des millénaires, la chair, devenue poussière, puisse redevenir un corps vivant. A ceux-là je pourrai dire, en le jurant sur les choses les plus élevées, que non seulement le Christ est redevenu vivant par sa propre puissance divine, mais que sa Mère aussi, trois jours après sa mort, si on peut appeler mort une telle mort, a repris vie et avec sa chair réunie à son corps elle a pris son éternelle demeure au Ciel à côté de son Fils. Je pourrai dire : “Croyez, vous tous chrétiens, à la résurrection de la chair à la fin des siècles, et à la vie éternelle des âmes et des corps, vie bienheureuse pour les saints, horrible pour les coupables impénitents. Croyez et vivez en saints, comme ont vécu en saints Jésus et Marie, pour avoir le même sort. J’ai vu leurs corps monter au Ciel. Je puis vous en rendre témoignage. Vivez en justes pour pouvoir un jour être dans le nouveau monde éternel, en âme et en corps, prés de Jésus-Soleil et près de Marie, Étoile de toutes les étoiles”. Merci encore, ô Dieu ! Et maintenant recueillons ce qui reste d’elle. Les fleurs tombées de ses vêtements, les feuillages des oliviers restés sur le lit, et conservons-les. Tout servira... Oui, tout servira pour aider et consoler mes frères que j’ai en vain attendus. Tôt ou tard, je les retrouverai..." Il ramasse aussi les pétales des fleurs qui se sont effeuillées en tombant, et rentre dans la pièce en les gardant dans un pli de son vêtement. Il remarque alors avec plus d’attention l’ouverture du toit et s’écrie : "Un autre prodige ! Et une autre admirable proportion dans les prodiges de la vie de Jésus et de Marie ! Lui, Dieu, est ressuscité par Lui-même, et par sa seule volonté il a renversé la pierre du Tombeau, et par sa seule puissance il est monté au Ciel. Par Lui-même. Marie, toute Sainte, mais fille d’homme, c’est par l’aide des anges que lui fut ouvert le passage pour son Assomption au Ciel, et c’est toujours avec l’aide des anges qu’elle est montée là-haut. Pour le Christ, l’esprit revint animer son Corps pendant qu’il était sur la Terre, car il devait en être ainsi pour faire taire ses ennemis et pour confirmer dans la foi tous ses fidèles. Pour Marie, son esprit est revenu quand son corps très saint était déjà sur le seuil du Paradis, parce que pour elle il ne fallait pas autre chose. Puissance parfaite de l’Infinie Sagesse de Dieu !..." Jean ramasse maintenant dans un linge les fleurs et les feuillages restés sur le lit, y met ceux qu’il a ramassés dehors, et il les dépose tous sur le couvercle du coffre. Puis il l’ouvre et y place le coussinet de Marie, la couverture du lit. Il descend dans la cuisine, rassemble les autres objets dont elle se servait : le fuseau et la quenouille, sa vaisselle, et les met avec les autres choses. Il ferme le coffre et s’assoit sur le tabouret en s’écriant : "Maintenant tout est accompli aussi pour moi ! Maintenant je puis m’en aller, librement, là où l’Esprit de Dieu me conduira. Aller ! Semer la divine Parole que le Maître m’a donnée pour que je la donne aux hommes. Enseigner l’Amour. L’enseigner pour qu’ils croient dans l’Amour et sa puissance. Leur faire connaître ce qu’a fait le Dieu-Amour pour les hommes. Son Sacrifice et son Sacrement et Rite perpétuels, par lesquels, jusqu’à la fin des siècles, nous pourrons être unis à Jésus-Christ par l’Eucharistie et renouveler le Rite et le Sacrifice comme Lui a commandé de le faire. Tous dons de l’Amour parfait ! Faire aimer l’Amour pour qu’ils croient en Lui, comme nous y avons cru et y croyons. Semer l’Amour pour que soit abondante la moisson et la pêche pour le Seigneur. L’amour obtient tout. Marie me l’a dit dans ses dernières paroles, à moi, qu’elle a justement défini, dans le Collège Apostolique, celui qui aime, l’aimant par excellence, l’opposé de l’Iscariote qui été la haine, comme Pierre l’impétuosité, et André la douceur, les fils d’Alphée la sainteté et la sagesse unies à la noblesse des manières, et ainsi de suite. Moi, l’aimant, maintenant que je n’ai plus le Maître et sa Mère à aimer sur la Terre, j’irai répandre l’amour parmi les nations. L’amour sera mon arme et ma doctrine. Et avec lui je vaincrai le démon, le paganisme et je conquerrai beaucoup d’âmes. Je continuerai ainsi Jésus et Marie, qui ont été l’amour parfait sur la Terre."

Qui est Maria Valtorta

Maria Valtorta est une mystique chrétienne née à Caserta, au nord de Naples, le 14 mars 1897 et décédée à Viarregio, sur la côte toscane le 12 octobre 1961, à l'âge de 64 ans. Fille d’un sous-officier de cavalerie, pour qui elle avait une grande et profonde affection et d'une enseignante de français, une femme très autoritaire et acariâtre qui exigeait l'exclusivité de l'attention de sa fille et ne supportant aucun soupirant, cassa ses fiançailles. Elle se déplace en divers endroits d'Italie, au gré de l'affectation du régiment de son père. En 1920, tandis qu'elle chemine en compagnie de sa mère, elle est agressée par un jeune dévoyé qui la frappe violemment dans le dos avec une barre métallique. Elle doit garder le lit durant trois mois et en restera affectée toute sa vie. En 1924, la famille s'établit définitivement à Viareggio, en Toscane. Le 1er juillet 1931, elle s'offre au Seigneur comme victime expiatoire pour les péchés des hommes. Sa santé se détériore progressivement. Dès le printemps 1934 elle demeurera définitivement clouée sur son lit de douleur. C'est là que Maria Valtorta remplit 122 cahiers, soit près de 15.000 pages manuscrites, avec la description des visions et révélations qu'elle reçoit du Seigneur à partir de 1943 jusqu'en 1947, mais en mesure moindre jusqu'en 1953. Elle précise ce qu'elle appelle son travail : "écrire sous la dictée ou décrire ce qui se présente à moi. S'il s'agit de dictée et qu'elle se rapporte à un passage de la Bible, Jésus commence par me faire ouvrir le Livre au passage qu'Il veut expliquer. […] Si c'est la vision qui se présente, comme je l'ai dit, avec une image initiale qui est généralement le point culminant de la vision, et puis se déroule en suivant l'ordre […] je décris ce point, puis ce qui précède et ce qui suit" Maria Valtorta évoque discrètement, dans certaines notes personnelles, les souffrances qu'elle endure. Mais Jésus, dans une dictée, est plus explicite et d'une portée plus générale: "Si vous saviez quel esclavage c’est que d’être instrument de Dieu […] Cela entraîne sommeil, faim, souffrances, fatigues, envie de penser à autre chose, de lire des écrits qui ne soient pas des paroles de source surnaturelle, de parler et d’entendre des choses ordinaires, l’envie d’être et de vivre comme tout le monde, ne serait-ce qu’un seul jour : tout cela, la brûlure inexorable de la volonté de Dieu les empêche de l’avoir et de le réaliser. Sur tout cela, la hargne des hommes dépose son sel et son acide, comme si le maître de la galère mettait du sel et du vinaigre sur les brûlures de ses esclaves."


L’œuvre de Maria Valtorta


Les deux tiers à peu près de la production littéraire de Maria Valtorta ont été occupés par l’œuvre monumentale de la vie de Jésus; un ensemble de visions de scènes de la vie du Christ, depuis l'enfance de Marie jusqu'aux débuts de l'Église. Cet ouvrage est paru, en 1956, sous le titre "Le Poème de L'Homme-Dieu" (''Il poema dell'Uomo-Dio''), puis en français sous le titre "L'Évangile, tel qu'il m'a été révélé". C'est ce titre qui est maintenant retenu dans toutes les éditions. Maria Valtorta est au milieu de chaque scène, parmi ceux qui suivent Jésus et elle décrit ce qu'elle voit et entend. Elle sent les parfums, la température, se retourne pour voir arriver d'autres personnages derrière elle ... L'ouvrage dénote une connaissance stupéfiante de la végétation locale, des coutumes, de la topographie, voire du plan de certaines villes de Palestine. Tout en gardant son lit et malgré ses grandes souffrances, elle écrivait de sa propre main et d'un seul jet, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, sans se sentir nullement dérangée par des interruptions occasionnelles, gardant toujours son aspect naturel. Les seuls livres qu'elle pouvait consulter étaient "la Bible et le Catéchisme de Pie X". (Préface de l'éditeur) Cette révélation privée, dont Pie XII avait encouragé la publication, fut mise un temps à l'Index avant que le Pape Paul VI le supprime en 1966. Les autres écrits de Maria Valtorta, se présentent comme des "enseignements" de Jésus. Ils ont été édités dans l'ordre chronologique où ils ont été notés, et publiés en trois volumes : ''Les cahiers de 1943'', ''les cahiers de 1944'' et ''les cahiers de 1945 à 1950''. Cette œuvre est enfin complétée par une ''Autobiographie'' faite à la demande de son confesseur, les "Leçons sur l'épître de saint Paul aux romains", leçons dictées par Jésus à Maria Valtorta, et le "Livre d'Azarias", commentaires des textes de la messe donnés par l'ange gardien de Maria Valtorta.

Téléchargez l'intégralité des Textes du Rosaire médité avec Maria Valtorta

(90 pages, en format pdf), en cliquant ici

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