25 mars 2009

Mes Armes

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Mes Armes

Du Tout-Puissant j'ai revêtu les armes,

Sa main divine a daigné me parer ;

Rien désormais ne me cause d'alarmes,

De son amour qui peut me séparer ?

A ses côtés, m'élançant dans l'arène,

Je ne craindrai ni le fer ni le feu

Mes ennemis sauront que je suis reine,

Que je suis l'épouse d'un Dieu.


O mon Jésus ! je garderai l’armure

Que je revêts sous tes yeux adorés ;

Jusqu'au soir de l'exil, ma plus belle parure

Sera mes vœux sacrés.

O Pauvreté, mon premier sacrifice,

Jusqu'à la mort tu me suivras partout ;

Car, je le sais, pour courir dans la lice,

L'athlète doit se détacher de tout.

Goûtez, mondains, le remords et la peine,

Ces fruits amers de votre vanité ;

Joyeusement, moi je cueille en l'arène

Les palmes de la Pauvreté.

Jésus a dit : « C'est par la violence

Que l'on ravit le royaume des cieux. »

Eh bien ! la Pauvreté me servira de lance,

De casque glorieux.

La Chasteté me rend la sœur des Anges,

De ces esprits purs et victorieux.

J'espère un jour voler en leurs phalanges ;

Mais, dans l'exil, je dois lutter comme eux.

Je dois lutter, sans repos et sans trêve,

Pour mon Epoux, le Seigneur des seigneurs.

La Chasteté, c'est le céleste glaive

Qui peut lui conquérir des cœurs.

La Chasteté, c'est mon arme invincible ;

Mes ennemis, par elle, sont vaincus ;

Par elle je deviens, ô bonheur indicible !

L'épouse de Jésus.

L'Ange orgueilleux, au sein de la lumière,

S'est écrié : « Je n'obéirai pas !... »

Moi, je m'écrie en la nuit de la terre

Je veux toujours obéir ici-bas.

Je sens en moi naître une sainte audace,

De tout l'enfer je brave la fureur.

L'Obéissance est ma forte cuirasse

Et le bouclier de mon cœur.

O Dieu vainqueur ! je ne veux d'autres gloires

Que de soumettre en tout ma volonté ;

Puisque l'obéissant redira ses victoires

Toute l'éternité !

Si du guerrier j'ai les armes puissantes,

Si je l'imite et lutte vaillamment,

Comme la vierge aux grâces ravissantes,

Je veux aussi chanter en combattant.

Tu fais vibrer de ta lyre les cordes,

Et cette lyre, ô Jésus, c'est mon cœur !

Alors je puis de tes miséricordes

Chanter la force et la douceur.

En souriant je brave la mitraille,

Et dans tes bras, ô mon Epoux divin,

En chantant je mourrai sur le champ de bataille,

Les armes à la main !

Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (25 mars 1897)

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