20 octobre 2021

Le Mois de Saint François d’Assise

Le Mois de Saint François d’Assise

 

42 La fondazione del Terz Ordine

 

Vingt-et-unième jour

Le Tiers-Ordre

 

Prélude : Représentons-nous les premiers Tertiaires aux pieds du saint fondateur, recevant de ses mains bénies l'habit religieux et écoutant ses pieuses exhortations.

 

Réflexions

 

C'était en 1221. Déjà, le premier des trois ordres du séraphique Patriarche comptait douze années d'existence. La fondation du second ordre avait suivi de près celle du premier, à la grande admiration du peuple, émerveillé de la sainteté des pauvres Clarisses. Mais, les simples fidèles, retenus dans le monde par des liens qui les empêchaient de suivre cet entraînement universel vers le sacrifice, s'affligeaient de ne pouvoir suivre ce mouvement de la foi et de l'amour. De là vint la fondation du troisième ordre.

Saint François rencontra un jour sur sa route un de ses anciens amis de jeunesse, le marchand Luchesio. Cet homme, autrefois renommé pour son avarice et ses passions politiques, s'était converti et édifiait tous ses concitoyens par une vie exemplaire. Plus d'une fois, sa compagne et lui avaient supplié François de leur tracer une règle de perfection appropriée à leur état. Le saint entra chez eux et leur dit : « J'ai songé depuis peu à instituer un troisième ordre où les personnes mariées pourront servir Dieu d'une manière parfaite ; et je crois que vous ne sauriez mieux faire que d'y entrer ». Luchesio et Bona Donna furent les premiers tertiaires franciscains. Le fondateur leur fit prendre un habit simple et modeste, de couleur cendrée, avec une corde à plusieurs nœuds pour ceinture, et leur prescrivit la pratique de différents exercices de piété, en attendant une règle spéciale. Il la composa l'année suivante, et un grand nombre de laïques fervents s'inscrivirent parmi ses religieux observateurs.

Approuvé d'abord verbalement par Honorius III, le Tiers Ordre reçut de ce même Pontife une approbation solennelle, qui combla de joie le séraphique Père.

Dès lors, sans se détourner de sa vie de continuelle oraison et des soins que réclamaient le premier et le second ordre, il s'employa avec zèle jusqu'à la fin de sa vie à développer et à affermir cette grand œuvre. Il formait aux vertus de leur nouvel état les Frères et les Sœurs, déjà revêtus du saint habit Tertiaire ; il les réunissait et présidait leurs assemblées. À la tendre sollicitude dont il les entourait, il était aisé de voir qu'il les confondait dans une même affection avec les nombreux disciples que Dieu lui avait donnés dans ses deux premiers ordres. Au milieu des nombreuses souffrances et des angoisses de ses longues maladies, il les recommandait sans cesse au Seigneur, et, à l'exemple de Jésus-Christ, son modèle, il priait, avec la tendresse d'un père, non-seulement pour les tertiaires, ses contemporains, mais aussi pour tous ceux qui dans la suite des siècles viendraient prendre place au sein de l'innombrable famille dont il était le patriarche. Il les bénit encore une fois de son lit de mort ; et mesurant alors d'un regard prophétique les trésors de grâce et les immenses ressources de salut que ces trois ordres devaient assurer aux générations à venir, il en rendait grâces à Dieu et se réjouissait en quittant la terre d'y laisser après lui une arche sainte à trois compartiments, où viendraient se réfugier de véritables enfants de Dieu, pour se dérober au déluge d'erreurs et d'iniquités qui couvre et souille le monde, et se préserver plus efficacement de la perdition éternelle.

 

Pratique : Favoriser autour de soi l'entrée dans le Tiers Ordre.

Invocation : Saint François, père du Tiers Ordre, priez pour tous les Tertiaires Franciscains.

 

Icône de l'Engagement Franciscain

 

Fioretti

Jésus et le Tiers Ordre

 

Notre séraphique Père François d'Assise s'était retiré sur le mont Alverne, pour s'y appliquer plus librement à la contemplation. Le Frère Léon, dont il ne se séparait jamais, vit un soir la cellule de notre saint éclairée d'une brillante lumière. Une flamme très pure ceignait la tête de François d'une éclatante auréole. Il entendait comme un colloque entre deux ou plusieurs personnes, et il voyait ce séraphin de la terre mettre par trois fois la main dans son sein et l'étendre ensuite vers la flamme. Désireux de connaître le sens caché de cette mystérieuse vision, il pria son bienheureux Père de lui en donner l'explication. « Dieu, dit alors François, m'est apparu au milieu de la flamme que vous avez aperçue. Dans son infinie bonté, il m'a développé d'impénétrables mystères, et m'a donné une très profonde connaissance de lui-même, en me demandant de lui offrir quelque chose en retour de toutes les faveurs dont il me comblait. Ah ! Seigneur, lui disais-je, ma pauvreté est extrême ; je n'ai rien à mon usage, si ce n'est le pauvre habit qui me couvre ; mon corps et mon âme sont à vous, dès longtemps je vous en ai fait le sacrifice. Alors il me pressait de lui offrir ce que j'avais dans mon sein ; y portant la main, grande a été ma surprise d'en retirer une belle pièce d'or dont je lui ai fait aussitôt hommage, j'y en ai trouvé deux autres encore, et, comme la première, je les lui ai offertes avec bonheur. Tout cela se passait au moment où vous m'avez vu étendant le bras vers la flamme. Pendant que je remerciais le Seigneur de tant de bienfaits, il a daigné me faire connaître que les trois pièces d'or dont je venais de lui faire hommage étaient le symbole des trois ordres établis par moi, depuis peu, avec le secours de sa grâce, et qu'il les avait pour agréables ». (Manuel du Tiers Ordre de la pénitence de saint François d'Assise, par le Père Salvator d'Ozieri).

 

003

 

Pour recevoir les méditations du Mois de St François d’Assise

abonnez-vous à le newsletter d’Images Saintes

 


19 octobre 2021

Le Mois de Saint François d’Assise

Le Mois de Saint François d’Assise

 

St François et le Sultan V

 

Vingtième jour

En Egypte

 

Prélude : Suivons le grand missionnaire sur la terre infidèle, où son zèle ardent le pousse à gagner des âmes et à chercher le martyre.

 

Réflexion

 

Emporté par son zèle et accompagné de onze religieux miraculeusement désignés par le Ciel, François se dirigea vers l'Egypte. Il envoya ses compagnons, deux par deux, à Saint Jean d'Acre, et se rembarqua avec le seul Frère Illuminé pour aborder à Damiette, en juillet 1219.

Or, on était en pleine croisade. François passa entre les deux armées en présence et, rencontrant. sur sa route deux brebis : « Ayons confiance au Seigneur, ait-il tout plein de joie, la parole de l'Evangile s'accomplit en nous : Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ». Presque aussitôt, les musulmans se jetèrent sur lui et sur son compagnon comme des loups furieux, et les emmenèrent; en les rouant de coups, devant le Soudan, leur maître.

« Qui vous envoie ? et pourquoi venez-vous ici ? » demanda le Sultan Malik El-Kamil. - « C'est le Dieu très-haut qui nous envoie, lui répondit hardiment François, pour vous montrer, à vous et à votre peuple, les voies du salut ». Et il se mit à lui prêcher, avec une ferveur toute céleste, un Dieu en trois personnes et Jésus-Christ, vrai Dieu et Sauveur du monde.

Rempli d'admiration, le Sultan l'écouta et l'invita à demeurer près de lui. « Si vous et votre peuple, dit alors l'homme de Dieu vous voulez vous convertir, je demeurerai de grand cœur avec vous pour l'amour de Jésus-Christ, mon Seigneur ; que si vous balancez entre sa divine loi et celle de Mahomet, faites allumer un grand feu, et j'y entrerai avec vos prêtres, afin que vous voyez par là quelle est la foi qu'il faut suivre. - Je ne crois pas, répondit le Soudan qui voyait les prêtres s'esquiver prudemment à cette proposition, qu'aucun de mes Imams veuille entrer dans le feu ni souffrir quelques tourments pour sa religion. - Eh bien ! reprit saint François, si vous me promettez, vous et votre peuple, d'embrasser la religion chrétienne dans le cas où je sortirai du feu sain et sauf, j'y entrerai seul. S'il me dévore, qu'on l'impute à mes péchés, et non à ma foi ; mais si Dieu me conserve au milieu des flammes, vous reconnaîtrez Jésus-Christ pour le seul vrai Dieu et pour le Sauveur de tous les hommes. - Je n'ose accepter, répondit Malik El-Kamil, de peur d'une sédition » et il lui offrit de riches présents, que le saint repoussa avec mépris.

Puis, voyant l'inutilité de ses efforts auprès de ces infidèles aveugles et endurcis, François prit le parti de les abandonner, et le Sultan le fit reconduire avec honneur, ainsi que le Frère Illuminé, au camp des chrétiens, où son retour fut accueilli avec les plus touchantes marques de vénération. Mais le saint les quitta bientôt pour aller visiter les Saints Lieux et s'y retremper dans son amour pour Jésus crucifié.

Or, il y avait dans les environs d'Antioche un beau monastère de Bénédictins, dont l'abbé, mort depuis peu, avait prédit à ses Frères qu'il viendrait bientôt un saint homme pauvrement vêtu et de chétive apparence, mais très vénérable et patriarche d'un grand Ordre. Aussi, à la venue de François, les moines sortirent processionnellement au-devant de lui et le reçurent avec grand honneur. Sa sainteté les ravit tellement qu'ils embrassèrent la vie franciscaine et que, plusieurs autres monastères ayant suivi leur exemple, François, avant de rejoindre ses autres enfants, eut la consolation de compter une province de l'Ordre en Syrie.

 

Fioretti

Saint François et le Sultan

 

Avant de le quitter, Malik El-Kamil avait dit en secret à François : « Priez pour moi, afin que Dieu me fasse connaître la vraie religion et que je puisse l'embrasser ». Les prières de saint François furent exaucées, au dire de plusieurs historiens, vingt ans après, vers 1228. Malik El-Kamil étant près de mourir, François, déjà mort et canonisé, apparut à deux de ses Frères, en Syrie, et leur ordonna d'aller l'instruire, le baptiser et l'assister à ses derniers moments. Ce qui est certain, c'est qu'à partir du jour où le Sultan Malik eut connu le saint, il se montra constamment favorable et doux envers les chrétiens, et que les Frères Mineurs commencèrent dès lors à prêcher l'Evangile en Terre Sainte et en Syrie, comme nous l'avons vu plus haut. (Histoire de saint François, par divers auteurs).

 

002

 

Pour recevoir les méditations du Mois de St François d’Assise

abonnez-vous à le newsletter d’Images Saintes

 

18 octobre 2021

Le Mois de Saint François d’Assise

Le Mois de Saint François d’Assise

 

linvio

 

Dix-neuvième jour

Le merveilleux Chapitre Général

 

Prélude : Contemplons le Saint entouré de ses enfants.

 

Réflexions

 

Le fidèle serviteur du Christ voulut alors réunir un Chapitre général de son ordre, et il y réunit plus de cinq mille de ses frères. Le cardinal Hugolin, nommé protecteur par le Pape, y vint. Il visitait chaque jour le Chapitre. À la vue de ces frères assis dans la plaine autour du couvent de Sainte Marie des Anges, et partagés par groupes de quarante, de quatre-vingts et de cent ; à la vue de ces hommes occupés à s'entretenir de Dieu, adonnés à la prière, aux larmes et aux exercices de la charité ; à la vue de cette réunion qui se tenait dans un si profond silence et dans une si grande modestie qu'on n'y entendait pas la moindre rumeur, le moindre mouvement qui pût distraire ; à la vue d'une multitude si considérable et réglée par une discipline si exacte, il se sentait ravi d’admiration, et, versant des larmes, il s'écriait, dans la ferveur de son âme : « Oui, c'est vraiment ici que se trouve le camp et l'armée des chevaliers de Dieu ». Dans une si grande assemblée, on n'entendait pas un mot léger, pas une plaisanterie ; quelques frères se réunissaient-ils, c'était pour prier, réciter l'office, pleurer leurs péchés et ceux de leurs bienfaiteurs, et s'entretenir du salut des âmes.

La terre nue servait de lit aux frères, quelques-uns seulement prenaient un peu de paille ; une pierre ou un morceau de bois leur tenait lieu d'oreiller. On accourait de toutes parts pour contempler ce merveilleux spectacle, mais surtout le chef très saint de cette pieuse milice, celui qui avait ravi au monde une si belle proie, rassemblé un troupeau si saintement composé, pour le faire marcher à la suite de Jésus-Christ, le vrai pasteur.

Le Chapitre général une fois réuni, saint François, le Père et le Ministre, dans la ferveur qui l'animait, se mit à expliquer la parole de Dieu et à prêcher ce que l'Esprit-Saint lui inspirait. Voici les paroles qui firent le sujet de son discours : « Nous avons promis à Dieu de grandes choses, mais il nous en a promis de plus grandes encore: gardons les unes, soupirons après les autres. Le plaisir est court, la peine est éternelle : les souffrances sont légères, et la gloire est infinie ». Ces paroles qu'il développait avec ferveur excitaient les frères à l'obéissance et les y confirmaient. Elles les portaient au respect pour la sainte Eglise leur mère, à la charité fraternelle, à la prière pour tous les pécheurs, à la patience dans les afflictions, à la modération dans la prospérité, à la modestie, à la chasteté, à la paix et à la concorde avec Dieu, avec le prochain et avec sa propre conscience, enfin à l'amour et à l'observance de la sainte pauvreté.

Saint François ajouta encore : « Par le mérite de la sainte obéissance, je vous ordonne, à vous tous qui êtes ici rassemblés, de n'avoir aucune sollicitude au sujet de votre subsistance et des autres besoins temporels ; appliquez-vous uniquement à prier et à louer Dieu, laissez-lui tout le soin de subvenir à vos nécessités corporelles, et soyez sans inquiétude, car ce bon Père a pour vous une sollicitude toute spéciale ». Cet ordre fut reçu de tous les frères, l'allégresse dans le cour, la joie sur la figure ; et quand saint François eut cessé de parler, tous se mirent en prière. L'événement justifia la confiance du saint, car les provisions apportées par les habitants du pays dépassèrent tous les besoins.

 

Pratique : Se confier avec un filial abandon à la bonne Providence.

Invocation : Saint François, père de la famille franciscaine, veillez sur vos enfants.

 

Fioretti

Les cilices et les cercles de fer

 

Ce fut au temps de ce Chapitre que saint François connut, par révélation, qu'un grand nombre de frères portaient sur la chair des cilices et des chaînes de fer, ce qui occasionnait une multitude d'infirmités qui mettaient la plupart d'entre eux dans l'impossibilité de vaquer à la prière, quand ils avaient assez de force pour ne pas succomber entièrement. Aussitôt, comme un père plein de discrétion, il ordonna, au nom de l'obéissance, à tous ceux qui portaient ces instruments de mortification de les retirer et de les déposer devant lui. Les frères obéirent et l'on compta jusqu'à cinq cents cilices et un bien plus grand nombre encore de cercles de fer que l'on avait portés au bras ou ailleurs ; tout cela formait un énorme monceau. Saint François défendit aux frères d'en rien reprendre. (Légendes du Moyen-âge, traduites par l'abbé Riche).

 

002

 

Pour recevoir les méditations du Mois de St François d’Assise

abonnez-vous à le newsletter d’Images Saintes

 

17 octobre 2021

Le Mois de Saint François d’Assise

Le Mois de Saint François d’Assise

 

15 Francis Meets Dominic

 

Dix-huitième jour

Le Cordon séraphique

 

Prélude : Assistons à la première entrevue des deux Saints Fondateurs.

 

Réflexions

 

Les deux hommes, dont les destinées offraient au ciel et à la terre de si admirables harmonies, dit Lacordaire, ne se connaissaient pas. Tous deux habitaient Rome au temps du 4e concile de Latran, et il ne paraît pas que le nom de l'un eût jamais frappé l'oreille de l'autre. Une nuit, Dominique étant en prière, selon sa coutume, vit Jésus-Christ irrité contre le monde, et sa Mère qui lui présentait deux hommes pour l'apaiser. Il se reconnut pour l'un des deux ; mais il ne savait qui était l'autre, et, le regardant attentivement, l'image lui en demeura présente. Le lendemain, dans une église, on ignore laquelle, il aperçut, sous un froc de mendiant, la figure qui lui avait été montrée la nuit précédente, et, courant à ce pauvre, il le serra dans ses bras avec une sainte effusion, entrecoupée de ces paroles : « Vous êtes mon compagnon, vous marcherez avec moi, tenons-nous ensemble, et nul ne pourra prévaloir contre nous ». Il lui raconta ensuite la vision qu'il avait eue ; et leur cœur se fondit l'un dans l'autre entre ces embrassements et ces discours.

Il fut même question un instant de fondre en un seul les deux ordres naissants ; mais, saint François crut préférable de s'en tenir à l'étroite union qui animait déjà les deux fondateurs. Alors, Dominique lui demanda, en témoignage de cette union, de lui donner sa corde, symbole de pénitence, de pauvreté et de chasteté ; et, jusqu'à la fin de sa vie, le bienheureux Dominique porta toujours, sous sa robe blanche de Frère Prêcheur, cette corde de saint François. Il fut ainsi, en dehors de la famille franciscaine, le premier qui porta la corde de saint François d'Assise Son exemple fut suivi d'une multitude de pieux fidèles, désireux de porter ainsi une marque de leur amour envers saint François.

Telle fut l'origine de l'Archiconfrérie du Cordon séraphique, dont Mgr de Ségur a admirablement décrit les merveilleuses richesses dans un opuscule spécial, qu'il faut lire et répandre.

 

Pratique : Éviter avec soin jusqu'aux plus petites désunions entre familles et personnes pieuses.

Invocation : Saint François et saint Dominique, priez pour nous !

 

Fioretti

Saint Dominique et Saint François

 

Dominique eut à Rome une joie bien vive. Il n'était pas le seul que la Providence eût élu, dans ces temps critiques, pour arrêter la décadence de l’Église. Pendant qu'il ravivait aux saintes et profondes sources de son cœur le fleuve de la parole apostolique, un autre homme avait reçu la vocation de ressusciter, au milieu d'une opulence corruptrice des âmes, l'estime et la pratique de la pauvreté. Ce sublime amoureux de Jésus-Christ était né sur le penchant des montagnes de l'Ombrie, dans la ville d'Assise, d'un riche et avare marchand. La langue française, qu'il avait apprise dans l'intérêt du négoce de son père, fut cause qu'on lui donna le nom de François, qui n'était point le nom de sa naissance ni celui de son baptême. À l'âge de vingt-quatre ans, au retour d'un voyage de Rome, l'Esprit de Dieu, qui l'avait souvent sollicité, s'empara de lui tout à fait. Conduit par son père devant l'évêque d'Assise pour qu'il renonçât à tous ses droits de famille, l'héroïque jeune homme se dépouilla des vêtements qu'il portait, et les mit aux pieds de l'évêque, en disant : « Maintenant je pourrai dire avec plus de vérité que jamais : Notre Père qui êtes aux cieux ! » À quelque temps de là, assistant au saint sacrifice de la messe, il entendit lire l'Evangile où Jésus-Christ recommande à ses apôtres de ne posséder ni or,  ni argent, de ne point porter de monnaie dans leurs ceintures, ni une besace par le chemin, ni deux tuniques, ni des souliers, ni une baguette. Une joie indicible se répandit en lui à ces paroles ; il ôta ses souliers de ses pieds, déposa son bâton, jeta avec horreur le peu d'argent qu'il avait, et tout le reste de sa vie il n'eut plus pour couvrir et ceindre sa nudité qu'un caleçon, une tunique et une corde. Encore eut-il peur de cette richesse, et, avant de mourir, il se fit mettre nu sur le pavé devant ses frères, de même qu'au commencement de sa parfaite conversion à Dieu il s'était mis nu devant l'évêque d'Assise. Tout cela se passait pendant que Dominique évangélisait le Languedoc au péril de sa vie, et accablait l'hérésie du spectacle de son apostolat. Une merveilleuse correspondance avait été établie, à son insu, entre ces deux hommes, et la fraternité de leur carrière subsista jusqu'en des événements qui suivirent leur mort. Dominique était l'aîné de douze ans ; mais, préparé d'une manière plus savante à sa mission, il fut rejoint à temps par son jeune frère, qui n'avait pas eu besoin d'aller aux universités pour y apprendre la science de la pauvreté et de l'amour. Presque à la même époque où Dominique posait à Notre Dame de Prouilhe au pied des Pyrénées, les fondements de son ordre, François jetait les fondements du sien à Notre Dame des Anges, au pied des Apennins. Un sanctuaire antique de la bienheureuse Vierge, mère de Dieu, avait été pour tous deux l'humble et douce pierre angulaire de leur édifice. Notre Dame de Prouilhe était le lieu chéri entre tous par Dominique ; Notre Dame des Anges était le coin de terre auquel François avait réservé une place d'affection dans l'immensité de son cœur détaché de toute chose visible. L'un et l'autre avaient commencé leur vie publique par un pèlerinage à Rome ; l'un et l'autre y retournèrent pour solliciter du Souverain Pontife l'approbation de leurs ordres. Innocent III les rebuta d'abord tous les deux, et la même vision le contraignit de donner à tous deux une approbation verbale et provisoire. Dominique, comme François, renferma sous la flexibilité austère de sa règle les hommes, les femmes et les gens du monde, faisant de trois ordres une seule puissance combattant pour Jésus-Christ par toutes les armes de la nature et de la grâce : seulement Dominique commença par les femmes, François par les hommes. Le même souverain Pontife, Honorius III, confirma leurs instituts par des bulles apostoliques ; le même encore, Grégoire IX, les canonisa. Enfin les deux plus grands docteurs de tous les siècles pleurèrent ensemble sur leurs tombeaux : saint Thomas sur celui de Dominique, saint Bonaventure sur celui de François. (Vie de saint Dominique, par le Père Lacordaire).

 

002

 

Pour recevoir les méditations du Mois de St François d’Assise

abonnez-vous à le newsletter d’Images Saintes

 

16 octobre 2021

Le Mois de Saint François d’Assise

Le Mois de Saint François d’Assise

 

7

 

Dix-septième jour

À Rome

 

Prélude : Représentons-nous saint François d'Assise aux pieds du Souverain-Pontife, vénérant dans sa personne sacrée le vicaire de Jésus-Christ.

 

Réflexions

 

Dans son ardent et filial amour pour le pape, le saint patriarche des Frères Mineurs vint à Rome, au moment où Innocent III se disposait à ouvrir le 4e concile de Latran, convoqué pour l'extinction des hérésies, la réforme des mœurs, le règlement de la discipline et le recouvrement de la Terre Sainte par une sainte ligue ou croisade entre les princes chrétiens. Il y vint pour prier le Souverain-Pontife de déclarer publiquement qu'il avait approuvé sa règle. Innocent III satisfit aux pieux désirs de François, comme nous l'avons raconté dans le Mois de saint Dominique.

C'est à la suite de cette visite au Pontife suprême que le séraphique père tint le premier chapitre général de l'ordre, où l'on établit des ministres provinciaux et où l'on choisit des ouvriers évangéliques pour les diverses nations. François se réserva la France, qu'il aimait de prédilection, et Paris, « l'endroit, disait-il, où le Saint-Sacrement est le plus vénéré et aimé ».

Quand ces hommes apostoliques furent réunis aux pieds de leur père pour recevoir ses ordres, il leur adressa ce paternel discours, dont rien n'égalera jamais l'éloquente simplicité : « Au nom du Seigneur, marchez deux à deux modestement et avec humilité, gardant un silence très exact depuis le matin jusqu'après tierce, et priant Dieu dans votre cœur. Qu'on n'entende parmi vous aucune parole oiseuse et inutile. Quoique vous soyez en voyage, votre conduite doit être aussi humble et modeste que si vous étiez dans un ermitage ou dans votre cellule ; car, en quelque endroit que nous allions, nous avons toujours notre cellule avec nous. Notre frère le corps est notre cellule, et l'âme est l'ermite qui y demeure pour penser à Dieu et pour prier. Si une âme religieuse ne demeure pas en repos dans la cellule du corps, les cellules extérieures ne lui serviront guère. Comportez-vous de telle sorte parmi le monde, que quiconque vous verra ou vous entendra, soit touché de dévotion et loue le Père céleste, à qui toute gloire appartient. Annoncez la paix à tous, mais ayez-la dans le cœur comme dans la bouche, et encore plus. Ne donnez occasion à personne de colère ni de scandale ; au contraire, par votre douceur, portez tout le monde à la bénignité, à l’union, à la concorde. Nous sommes appelés pour guérir les blessés, consoler les affligés et ramener les errants ; plusieurs vous paraissent être les membres du diable, qui seront un jour les disciples de Jésus-Christ ».

Puis, les enfants du saint patriarche reçurent sa bénédiction, et s'étant recommandés aux prières de leurs compagnons, ils partirent pour se rendre où l'obéissance les envoyait, bien résolus à mettre en pratique tout ce qu'ils venaient d'entendre.

 

Pratique : Se rattacher, du fond de son cœur, aux enseignements et aux ordres du Saint Siège.

Invocation : Saint François, parfait disciple de Jésus, apprenez-nous à obéir à ceux qui ont mission de nous diriger en son nom.

 

Innocent III-002

 

Fioretti

L’Église Romaine

 

Pendant que les nouvelles attaques dont son ordre était l'objet préoccupaient saint François, Notre Seigneur daigna le consoler en lui envoyant la vision suivante : François vit en songe une poule qui tâchait de rassembler sous ses ailes tous ses poussins, pour les protéger contre un oiseau de proie ; elle avait beau faire, elle ne réussissait pas à les couvrir tous. Mais voilà qu'au dessus d'elle vint se placer un autre grand oiseau, couvrant et protégeant de ses ailes la poule et les poussins. À son réveil, le bon François pria naïvement Notre Seigneur de lui expliquer ce que cela voulait dire ; et ayant su, dans l'oraison, que la pauvre poule le représentait lui-même, que les poussins étaient ses enfants, et que le grand oiseau figurait un Cardinal-Protecteur qu'il fallait demander au Pape, il appela ses frères, leur dit ce qu'il avait vu, et ajouta ces mémorables paroles : « L’Église Romaine est la mère de toutes les Eglises, et la souveraine de tous les ordres religieux. C'est à elle que je m'adresserai pour lui recommander mes frères, afin qu'elle réprime par son autorité ceux qui lui veulent du mal. Quand ils seront sous sa protection, aucun ennemi ne pourra les inquiéter, ni les empêcher de s'avancer tranquillement dans la voie du salut éternel. La sainte Eglise Romaine aura du zèle pour la gloire de notre pauvreté ; elle ne souffrira pas que l'humilité, qui est si digne d'honneur, soit obscurcie par les nuages de l'orgueil. C'est elle qui rendra indissolubles parmi nous les liens de la charité et de la paix, punissant avec rigueur les auteurs des discussions. Que les enfants de cette sainte Eglise soient donc bien reconnaissants de ces douces faveurs qu'ils recevront de leur Mère et qu'à jamais ils lui soient inviolablement attachés ». (Le séraphique saint François, par Mgr de Ségur).

 

002

 

Pour recevoir les méditations du Mois de St François d’Assise

abonnez-vous à le newsletter d’Images Saintes

 


15 octobre 2021

Le Mois de Saint François d’Assise

Le Mois de Saint François d’Assise

 

Mont Alverne 1

 

Seizième jour

Sur le mont Alverne

 

Prélude : Suivons François, gravissant les pentes de l'Alverne, où l'attire la grâce du ciel, parce que, sur ce mont, s'accompliront pour lui de grandes merveilles.

 

Réflexions

 

L’Alverne est aux confins de la Toscane et s'élève au-dessus des autres montagnes de l'Apennin. Deux rivières passent à ses pieds. Par trois côtés, elle présente des rochers si droits et si unis qu'on les prendrait pour des murailles. À la cime de ce mont, un pieux gentilhomme avait fait élever un modeste couvent pour les enfants de saint François, et ceux-ci en parlaient souvent à leur père, lui vantant le silence et le calme de cette retraite. François s'y rendit et le couvent de l’Alverne ſui plut beaucoup.

Aussitôt, il se mit à parcourir la montagne, pour découvrir les endroits les plus favorables à la contemplation. Il en vit un, où il y avait de grandes ouvertures dans le rocher, de grosses masses suspendues, des cavernes profondes, des gouffres affreux ; et ce qui lui parut plus singulier, une roche fendue de telle manière, que le dedans était comme une chambre, avec un plancher uni et une espèce de plafond, d'où le jour pénétrait par une petite ouverture. Un ange lui apprit que cette disposition des lieux datait de la mort du Sauveur, lorsque la terre trembla et que les pierres se fendirent. Cette circonstance fut un nouvel attrait qui rendit le mont Alverne encore plus cher au serviteur de Jésus crucifié. Depuis, il ne pouvait regarder ces ouvertures, sans penser aux douleurs endurées par son divin Maître sur la croix et sans désirer que la compassion fendît son cœur, comme ces rochers semblaient lui en donner l'exemple. Dès lors, la prière continuelle à laquelle il se livra lui fit éprouver plus fréquemment encore les douceurs de la divine contemplation ; aussi, très souvent, il se trouvait tellement ravi en Dieu, que ses compagnons le voyaient corporellement élevé au- dessus de terre, et dans une extase qui le mettait hors de lui-même. Dans ces extases, Dieu lui révélait l'avenir, et lui donnait la connaissance des plus secrètes pensées et inclinations des frères.

À la prière du bon saint, le propriétaire du Mont Alverne, le comte Orlando, qui avait déjà en grande estime et affection les Frères Mineurs, fit construire, adossée à un hêtre fort élevé, une petite chapelle avec une cellule. Le modèle de cette chapelle fut donné au comte Orlando par saint François, qui confia à ses intimes que la Très Sainte Vierge, saint Jean-Baptiste et saint Jean l'Evangéliste, avaient daigné lui apparaître et lui avaient donné le plan de cette humble église.

À tous ces titres, la retraite du Mont Alverne parut à saint François comme un lieu sacré et il la considérait comme second Calvaire, où il résolut de venir, quand la volonté divine le lui permettrait, méditer et pleurer sur la passion et la mort de Jésus-Christ.

 

Pratique : Aimer à faire souvent l'exercice si salutaire du Chemin de la Croix.

Invocation : Saint François, parfait contemplateur de Jésus crucifié, imprimez profondément dans mon âme les plaies du Sauveur.

 

Fioretti

La prison du frère Loup

 

Un des sommets de l'Alverne était occupé par de dangereux voisins, dont le comte Orlando n'avait jamais pu se défaire. C'était une bande de scélérats, dont le chef, surnommé le Loup à cause de ses brigandages, répandait au loin la terreur. Ce Loup vint trouver un jour l'agneau de Jésus-Christ pour lui intimer l'ordre de quitter l’Alverne, où sa présence le gênait. Saint François le reçut avec tant de douceur et de bonté, la vie angélique des  pauvres religieux qui étaient là auprès du saint lui fit une telle impression, qu'il se sentit tout changé ; il demanda la permission de demeurer quelques jours en leur compagnie, après quoi, se jetant aux pieds du bienheureux et fondant en larmes, il le supplia de le recevoir à la vie de pénitence, et de lui obtenir de Dieu le pardon de ses crimes. Le bon saint François, admirant la toute-puissance de la grâce, recueillit amour ce pénitent d'un nouveau genre ; sans tarder davantage, il le revêtit de l'humble habit de la pauvreté, et, avec cette naïveté charmante qui caractérisait sa sainteté, il donna au Loup ravisseur le doux nom de frère Agneau. Le frère Agneau, merveilleusement converti, changea le repaire de ses brigandages en une retraite de prières et de mortification ; et le rocher, presque inaccessible, où il vécut depuis lors et où il mourut très saintement, se nomme encore vulgairement la prison du frère Loup. (Le séraphique saint François, par Mgr de Ségur).

 

002

 

Pour recevoir les méditations du Mois de St François d’Assise

abonnez-vous à le newsletter d’Images Saintes

 

14 octobre 2021

Le Mois de Saint François d’Assise

Le Mois de Saint François d’Assise

 

14 Francis Begins Peace in Siena

 

Quinzième jour

Courses apostoliques

 

Prélude : Suivons le saint apôtre dans ses pérégrinations merveilleuses et écoutons-le avec amour prêcher la parole sainte.

 

Réflexions

 

Quand il eut connu la volonté de Dieu, François, obéissant et docile, se mit aussitôt à annoncer partout l’Evangile. Mais, il voulut demander au pape l'autorisation d'aller prêcher jusque parmi les infidèles de l'Orient Sur sa route, il prêchait, convertissait et gagnait les âmes à Dieu. À Rome, il édifia et instruisit tous ceux qui eurent le bonheur de l'approcher.

Une maladie l'ayant saisi à son retour de Rome, il se mit à écrire des lettres remplies de ferveur et de zèle, pour propager la connaissance et l'amour de Jésus-Christ, qui se répandirent par toute la chrétienté. À peine convalescent, il voulut partir pour annoncer l'Evangile au Maroc.

Il alla dès lors à travers l'Italie, le Piémont, la Provence et l'Espagne, prêchant toujours, convertissant les âmes pécheresses, édifiant et confirmant les justes, Dieu l'arrêta sur les bords du rivage où il allait s'embarquer pour le Maroc. L'humble saint se soumit à la volonté du Seigneur et fit le sacrifice de son ardent attrait pour cette mission. Il reprit alors la route d'Italie, parcourut le midi de la France ou nom est depuis resté en grande vénération, s'arrêta à Toulouse et revint à Notre Dame des Anges, où ses fils l'attendaient avec une filiale tendresse.

Dieu faisait ainsi passer l'admirable apôtre par toutes les épreuves qui purifient les âmes apostoliques et fécondent leur ministère.

 

Pratique : Se soumettre humblement à la volonté de Dieu, même en ce qui regarde les œuvres qui sembleraient devoir intéresser sa gloire et la sanctification des âmes.

Invocation : Saint François, modèle des âmes apostoliques, assistez-nous de votre puissante intercession.

 

Fioretti

Les Lettres de saint François

 

Voici la première des lettres que la charité apostolique, qui embrasait le cœur du bon saint, lui inspira d’écrire à tous les chrétiens, clercs, religieux, laïques, hommes et femmes, qui sont par toute la terre :

« Ah ! qu'heureux et bénis sont ceux qui aiment Dieu et qui accomplissent bien ce que Jésus-Christ ordonne dans l'Evangile : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur et de toute votre âme ; et votre prochain comme vous-même.

« Aimons Dieu et adorons-le avec une grande pureté d'esprit et de cœur ; car c'est là ce qu'il cherche par dessus toutes choses. Il a dit que les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, et que c'est en esprit et en vérité que doivent l'adorer ceux qui l'adorent. Je vous salue en Notre Seigneur ».

On supplia l'aimable saint d'écrire plus longuement, et il se mit, en toute simplicité, à écrire une seconde lettre ainsi adressée « à tous les chrétiens, clercs, religieux et laïques, tant hommes que femmes, qui sont par toute la terre : le frère François, leur serviteur très soumis, offre ses services avec respect ; leur souhaitant la véritable paix qui vient du ciel, et une parfaite charité en Notre Seigneur ».

Il y enseigne avec beaucoup de force le mystère de l'Incarnation, celui de l’Eucharistie et les leçons de la Croix. Il y recommande, avec une admirable énergie, l'usage de la prière, du jeûne, de l'aumône, de la pénitence, de la confession et de la communion. Il y fait un tableau saisissant de la mort des méchants qui ont prospéré sur la terre, et il termine par ces humbles et touchantes paroles :

« Moi, frère François, votre plus petit serviteur, disposé sincèrement à baiser vos pieds, je vous prie, je vous conjure, par la charité qui est Dieu même, de recevoir et de mettre en pratique, humblement et avec amour, ces paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ, et toutes les autres qui sont sorties de sa bouche. Que tous ceux entre les mains de qui elles tomberont, et qui en comprendront le sens, les envoient aux autres, afin qu'ils en profitent. S'ils persévèrent jusqu'à la fin dans le bon usage qu'ils en doivent faire, qu'ils soient bénis du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». (Œuvres de saint François d'Assise).

 

002

 

Pour recevoir les méditations du Mois de St François d’Assise

abonnez-vous à le newsletter d’Images Saintes

 

13 octobre 2021

Le Mois de Saint François d’Assise

Le Mois de Saint François d’Assise

 

Giotto_di_Bondone_-_stygmatyzacja_sw

 

Quatorzième jour

La prédication

 

Prélude : Saint François prêche. Son auditoire, ravi et ému, fond en larmes, tandis que l'esprit de Dieu plane sur les auditeurs et sur le prédicateur.

 

Réflexions

 

Notre bon saint, qui a accompli tant de merveilles dans les âmes par la parole, hésita d'abord pour savoir si c'était bien par ce ministère qu'il était appelé à accomplir son œuvre, ou bien s'il lui valait mieux s'adonner, ses compagnons et lui, uniquement à la prière.

Saint Bonaventure donne deux motifs pour expliquer pourquoi Dieu permit que le grand patriarche passât par l'épreuve de ce doute : c'est d'abord afin que les oracles du ciel, qui déclarèrent que François était appelé à la prédication, donnassent une plus haute idée du mérite de ce ministère ; c'est ensuite afin de conserver son humilité et de la rendre plus profonde, puisqu'elle le portât à consulter ses frères et à leur soumettre son doute :

« Mes frères, dit-il avec une humble simplicité, que me conseillez-vous ? Lequel des deux jugez-vous le meilleur, que je vaque à l'oraison ou que j'aille prêcher ? Il semble que l’oraison me convienne mieux, car je suis un homme simple, qui ne sais pas bien parler, et j'ai reçu le don de la prière plus que celui de la parole. D'ailleurs, on gagne beaucoup en priant, c'est la source des grâces ; et en prêchant, on ne fait que distribuer aux autres ce que Dieu a communiqué. L'oraison purifie notre cœur et nos a affections, nous unit au seul vrai et souverain bien, et nous affermit dans la vertu. La prédication rend poudreux les pieds de l'homme spirituel ; c'est un emploi qui distrait et qui dissipe, qui fait aussi relâcher de la discipline régulière. Enfin, dans l'oraison, nous parlons à Dieu, nous l'écoutons et nous conversons avec les anges, comme si nous menions une vie angélique. Dans la prédication, il faut avoir beaucoup de condescendance pour les hommes, et vivant parmi eux, voir et entendre, parler et penser en quelque sorte comme eux, d'une manière humaine. Mais, il y a une chose qui paraît l'emporter sur tout cela devant Dieu ; c'est que le Fils unique, qui est dans le sein du Père et la souveraine sagesse, est descendu du ciel pour sauver les âmes, pour instruire les hommes par son exemple et par sa parole, pour les racheter de son sang, et pour leur faire de ce sang précieux un bain et un breuvage : tout ce qu'il avait, il l'a donné libéralement et sans réserve pour notre salut. Or, étant obligés de faire toutes choses, selon le modèle qui nous est montré en sa personne, comme sur une haute montagne ; il parait plus conforme à la volonté de Dieu, que j'interrompe mon repos pour aller travailler au dehors ».

Plût à Dieu, dit à ce propos un pieux biographe, que, sans demander des miracles et sans en attendre, toutes les vocations, particulièrement pour les saints ministères et toutes les autres affaires de conscience, fussent examinées sur des principes aussi solides, et consultées par des moyens aussi propres à méditer les lumières du Ciel.

François envoya donc deux de ses religieux. Philippe et Massée, au frère Sylvestre, prêtre, qui était alors sur la montagne, près d'Assise, continuellement occupé de l'oraison, le prier de consulter le Seigneur sur son doute, et de lui mander ce qu'il apprendrait. Il dit encore à Massée : « Allez trouver sœur Claire, dites-lui, de ma part, de s'unir à quelques- unes de ses compagnes les plus pieuses, et de prier Dieu de me faire connaître le parti que je dois prendre ; si je dois destiner mes frères à la prédication, ou seulement à la prière ».

Quand les deux religieux revinrent, François les reçut avec beaucoup de respect et de tendresse : il leur lava les pieds, les embrassa, et leur fit donner à manger. Puis, il les mena dans le bois, où il se mit à genoux, la tête nue et baissée, les mains croisées sur la poitrine, et leur dit : « Apprenez-moi ce que mon Seigneur jésus-Christ m'ordonne de faire. Mon très cher frère et mon père, lui dit Massée, Sylvestre et Claire ont reçu de Notre Seigneur Jésus-Christ, précisément la même réponse, qui est que vous alliez prêcher ; parce que ce n'est pas seulement pour votre salut qu'il vous a appelé ; c'est aussi pour le salut des autres, et pour eux il mettra ses paroles dans votre bouche ».

 

Pratique : Apprendre à consulter Dieu et ses ministres, avant de se décider à entreprendre quelque chose d'important dans l'ordre du salut.

Invocation : Saint François, qui avez été si fidèle à la conduite du Saint Esprit, apprenez-nous à nous laisser conduire par Dieu dans toutes nos entreprises.

 

Fioretti

Les oiseaux viennent écouter

 

Comme il traversait un grand bois, il vit une multitude d'oiseaux chantant en voletant d'arbre en arbre. Se souvenant de la parole du Seigneur à ses apôtres : « Allez, et prêchez l'Evangile à toute créature », il s'arrêta tout à coup et dit à ses compagnons : « Attendez-moi ici sur le chemin, je vais prêcher mes frères les oiseaux ». Tous les oiseaux s'approchèrent à sa voix, et lui leur dit avec amour : « Mes petits frères, vous devez toujours louer votre Créateur et l'aimer toujours, lui qui vous a revêtus de plumes, qui vous a donné des ailes avec la liberté de voler en tout lieu. Il vous a fait avant toutes ses créatures ; il a conservé votre espèce dans l'arche de Noé ; il vous a assigné pour séjour les régions pures de l'air. Sans que vous semiez, sans que vous moissonniez, il vous nourrit, il vous donne de grands arbres pour faire vos nids, et il veille sur vos petits. Ainsi donc, louez toujours le bon Dieu ». Il disait, et les oiseaux, étendant leur petit cou, baissant et relevant la tête, semblaient le comprendre et témoignaient leur allégresse des paroles de leur frère saint François. Le saint, de son côté, passant au milieu d'eux, admirait naïvement leur nombre, leur variété merveilleuse et leur familiarité. Enfin, il leur donna sa bénédiction, et ils s'envolèrent en forme de croix vers les quatre parties du monde. Le Seigneur voulut sans doute montrer par ce miracle à son serviteur l'efficacité merveilleuse qu'il donnerait à ses paroles. (Histoire populaire de saint François d'Assise, par le marquis de Ségur).

 

001

 

Pour recevoir les méditations du Mois de St François d’Assise

abonnez-vous à le newsletter d’Images Saintes

 

12 octobre 2021

Le Mois de Saint François d’Assise

Le Mois de Saint François d’Assise

 

130

 

Treizième jour

Les pauvres Clarisses

 

Prélude : Représentons-nous l'illustre fondatrice des Pauvres Dames d’Assise, entourée de ses filles spirituelles qui l'écoutent avec amour et respect.

 

Réflexions

 

C'est en suivant, avec un intrépide courage, la voie douloureuse, que Claire, par l'odeur de ses vertus, attire à elle des femmes célèbres et qu'elle fonde le monastère des Pauvres Dames. Quelle magnifique protestation contre l'amour déréglé des biens périssables et contre les folies du luxe ! Établie supérieure, elle révèle des qualités rares pour le gouvernement de la communauté. Elle y dépose, dès le principe, des germes qui seront un jour des arbres majestueux chargés de bons fruits. La règle, expression de la volonté divine, elle la fait observer avec autant de prudence que de douceur. Les biens qu'elle pouvait légitimement retenir au profit de ses religieuses, elle les a versés dans le sein des pauvres, elle ne veut que la chétive aumône qui lui vient de l'extérieur. En tout, elle donne l'exemple. Les offices les plus bas, les plus opposés à notre délicatesse, elle se les réserve, elle les remplit dans toutes les circonstances. Grégoire IX, effrayé de tant de rigueurs dans une réunion de femmes, se propose d'y apporter quelques adoucissements. Claire, par ses prières, par ses instantes supplications, obtient du pape qu'il ne sera rien changé aux premières dispositions de l'établissement.

Que ceux qui ne connaissent pas assez la puissance de la grâce viennent contempler le spectacle que nous leur présentons. Voici une jeune vierge distinguée par sa noblesse et par ses agréments ; elle a brisé tous les liens qui l'attachent à la terre ; elle prend pour partage la croix, mais la croix dans ce qu'elle a de plus redoutable et de plus opposé à nos convoitises. Elle voit se grouper autour d'elle d'autres jeunes filles. À celles-ci elle montre un asile où l'on ne trouve que la pauvreté et les humiliations, une cellule où les ornements ne sont que des instruments de pénitence et de guerre à toute espèce de sensualisme : elle ne leur permet, pour le soutien de leur vie corporelle, qu’un peu d'eau avec un morceau de pain et quelques légumes. Les bruits du monde ne viendront jamais troubler le silence du cloître. Vous diriez un enterrement d'êtres vivants. Eh bien ! Ce projet ne reste pas à l'état de rêve, il se réalise par une institution qui s'implante solidement dans le sol de la foi, et qui s'étend dans toute l'Europe. Aux premières filles de Sainte Claire succèdent d'autres filles qui continuent, sous l'œil de l’Église, l'œuvre admirable de la Fondatrice.

Ici, la raison reste muette d'étonnement. Le fait sublime et merveilleux qui l'accable ne peut s'expliquer que par une surhumaine, dont la force est infinie. Le temps a effacé bien des inscriptions qui devaient perpétuer la mémoire de certains hommes ; il n'effacera pas, quoiqu'il arrive, l'empreinte du passage de sainte Claire en ce monde ; elle est gravée sur une matière cause plus durable que le marbre et l'airain.

On se tromperait étrangement si l'on prétendait que sainte Claire, absorbée dans la contemplation et dans les souffrances, demeurait étrangère à tout ce qui se rapporte aux grands intérêts sociaux. Il est impossible que Celle qui vivait dans le cœur de Celui qui a tant aimé les hommes, n'ait pas aimé les hommes. Un jour, ayant devant elle le Saint Sacrement, elle fait reculer les Sarrasins. Cet acte de courage sauve la ville d'Assise. Dans une autre circonstance, au moment d'un péril extrême, elle pense aux habitants de qui elle recevait des secours. Aussitôt, elle se couvre la tête de cendres, elle veut que ses religieuses en fassent autant. Toutes sont en prières, et l'armée ennemie est en déroute. Le Pape, les cardinaux, les évêques, les théologiens qui la visitaient, et qui avaient pour elle la plus haute estime, n'étaient pas des esprits faibles. Ils voyaient dans l'œuvre de sainte Claire une d'immenses avantages pour l’Église et pour la société.

L'institut de Sainte Claire existe depuis plus de huit siècles, et il a d'innombrables ramifications dans tous les pays de la chrétienté. Comptez toutes les victimes qui s'y sont immolées ; comptez toutes les prières, toutes les mortifications, toutes les austérités qui s'y sont renouvelées à chaque heure du jour et de la nuit ; comptez ensuite toutes les personnes qui sont venues y chercher des conseils, des consolations dans le malheur, y demander des suffrages pour une multitude de cas et d'intentions qui sont le secret des familles ; croyez-vous que toutes ces choses ne sont pour rien auprès de Dieu dans l'intérêt des hommes ? Mais ce serait outrager la Providence ; ce serait nier, ce serait renverser les plus beaux sentiments, les meilleurs instincts, qui nous portent invinciblement à regarder ceux qui sont purs et parfaits, comme pouvant, comme devant nous être utiles, quand nous les implorons. Fermons les yeux de la chair, ouvrons les yeux de la foi, élevons-nous, sursum corda, nous comprendrons que la réversibilité est une loi du gouvernement divin ; nous saurons que les ardentes supplications, que les âmes saintes et privilégiées font monter vers le ciel, retombent sur la terre comme une abondante rosée de bénédictions spirituelles et temporelles.

Du haut de son trône, sainte Claire, sans nul doute, contemple et protège son institut. Elle voit avec bonheur qu'il a traversé mille révolutions, et qu'il est resté debout au milieu des ruines d'une foule d'empires et d'institutions qu'on croyait immortels. Elle voit avec non moins de bonheur que, toujours plein de sève dans sa racine et dans ses branches, il continue de condamner vigoureusement notre sensualisme, d'exalter l'excellence de la pauvreté, de l'humilité, et la puissance des sacrifices imposés à la nature. Non, il n'est pas besoin que les filles de sainte Claire puissent se rendre compte à elles- mêmes des titres ou des mystérieux rapports, par lesquels leur vie se rattache dans notre intérêt à l'ordre surnaturel. Mais il est nécessaire, pour nous, qu'elles s'affermissent de plus en plus dans l'esprit de leur mission; il est nécessaire qu'elles pleurent, qu'elles gémissent, qu'elles souffrent et qu'elles redoublent d'efforts, pour apaiser le courroux du ciel, et pour désarmer le bras de la Justice irritée.

 

Pratique : Ne parler jamais qu'avec respect et vénération des couvents et spécialement des couvents adonnés à la contemplation.

Invocation : Saint François, qui avez guidé sainte Claire et ses premières compagnes dans les voies de la perfection religieuse, priez pour les monastères qui attirent les bénédictions d'en haut sur l’Église et sur la société.

 

Fioretti

Le second Ordre

 

Les vertus de la sainte épouse de Jésus-Christ, comme un parfum précieux, attirèrent des âmes pures et innocentes, qui firent de la maison de Saint Damien, un nombreux monastère, et l'origine de l'Ordre nommé des Pauvres Dames, ou des Pauvres Sœurs, ou de Sainte Claire, le second des trois qui furent institués par saint François. Il établit Claire, abbesse de Saint Damien, malgré l'humilité qui la portait à n'être que la servante des autres, et qu'il ne put vaincre que par l'obéissance qu'elle lui avait promise. Ce fut dit que cette sainte abbesse demeura renfermée quarante-deux ans, dans la pratique d'une éminente perfection. (Vie de saint François d'Assise, par le Père Chalippe).

 

001

 

Pour recevoir les méditations du Mois de St François d’Assise

abonnez-vous à le newsletter d’Images Saintes

 

11 octobre 2021

Le Mois de Saint François d’Assise

Le Mois de Saint François d’Assise

 

2-bmp

 

Douzième jour

Sainte Claire d'Assise

 

Prélude : Représentons-nous Claire à genoux, devant le Séraphique patriarche qui coupe les cheveux de l'héroïque jeune fille et la consacre à Jésus-Christ.

 

Réflexion

 

Les magnifiques considérations, qui vont passer aujourd'hui et demain sous les yeux des pieux enfants de saint François, sont empruntées à un des meilleurs écrits du saint évêque de Versailles, Mgr Mabile.

Saint François d'Assise, obéissant à son zèle de feu, avait conçu et organisé contre les désordres du siècle une croisade, qui devait perpétuer au milieu des chrétiens le mépris des plaisirs et l'amour de la pauvreté et de la mortification. Or, les femmes devaient avoir leur place et leur action dans cette croisade. L'une est le complément de l'autre. Sainte Claire sera l'instrument dont Dieu va se servir pour ajouter de nouvelles perles, de nouvelles fleurs à la couronne monastique et pour apprendre aux mondains ce que peut l'être le plus délicat, le plus faible, quand dans un élan de ferveur il s'abandonne aux mouvements de la grâce.

Née dans une condition où les richesses, les plaisirs, les honneurs s'offraient à elle sous les images les plus séduisantes, Claire pouvait, sans aucune peine, se procurer une existence très-heureuse selon le monde. Mais, prévenue de la grâce et s'élevant tout d'abord par la foi aux clartés célestes, elle dédaigne tout, elle méprise tout ce qui vient de la terre. Aimer Dieu, se consacrer à Dieu, vivre pour Dieu, souffrir pour la gloire de Dieu et pour l'expiation des péchés qui se commettent chaque jour : voilà ce qu'elle veut, voilà la part qu'elle choisit comme la meilleure part qui ne lui sera point enlevée. Une parole de Saint François d'Assise est pour elle un trait de lumière, un jet de flamme, dont son intelligence et son cœur ressentiront éternellement les effets. L'heure est venue. À dix-huit ans, elle court à l'autel, et le sacrifice qu'elle y consomme avec des transports de joie, elle le renouvellera toute sa vie, jusqu'à son dernier soupir.

Claire n'aspirait pas à une sainteté commune ; son ambition, ambition bien permise en pareil cas, allait beaucoup plus loin. Il fallait donc qu'elle eût à traverser, dès le début, des épreuves non communes. Ses parents, le monde, le démon, dans l'espoir de la vaincre, s'unissent pour l'attaquer et pour essayer de flétrir les palmes qu'elle veut cueillir à tout prix. Le combat sans doute est rude et terrible, mais la jeune vierge a mis Dieu dans ses intérêts et la victoire n'est pas douteuse. Elle fait taire la voix du sang ; elle prend le monde en horreur ; elle terrasse le prince des ténèbres. Jésus-Christ est définitivement, irrévocablement, son époux. Elle ne voit que lui, elle ne respire que pour lui, elle se croirait souverainement ingrate et malheureuse, si elle don ait quoi que ce soit de son cœur et de sa vie à un autre qu'à Jésus-Christ.

Il est à propos de bien remarquer que Sainte Claire ne se consacre pas à Dieu comme beaucoup d'autres ont pu et peuvent s'y consacrer. Elle a une vue supérieure des choses, nous dirions volontiers une théologie transcendantale : elle pénètre par les dons du Saint-Esprit jusqu'aux entrailles de l'ascétisme le plus effrayant pour la nature ; elle y découvre des trésors dont la possession coûte d'immenses sacrifices. Son époux c'est Jésus-Christ, mais Jésus-Christ pauvre, humilié, délaissé, souffrant ; Jésus-Christ outragé dans sa prison et dans son amour pour les hommes. À cet époux qu'elle aime avec tant d'ardeur, elle ne demande que l'honneur d'une place dans la vie caché, où elle puisse souffrir, s'humilier et s'anéantir en union avec lui. Les plus rudes pénitences, les mortifications qui nous révoltent et nous font trembler, sont ses aliments quotidiens ; elle y trouve une suavité inexprimable et des joies dont son cœur surabonde. Après avoir parcouru le cercle des austérités en usage dans les monastères les plus sévères, elle se creuse l'esprit et l'imagination pour en trouver de nouvelles, tant elle brûle de témoigner son amour à Jésus-Christ, tant elle voudrait le dédommager de la gloire qui lui est ravie et réparer les outrages dont il est l'objet dans le Saint Sacrement. Oh ! comme elle peut s'écrier avec Saint Paul : « J'accomplis dans ma chair ce qui reste à souffrir à Jésus-Christ, en souffrant moi-même pour son corps qui est l’Église ». (Col. 1, 24).

 

Pratique : Se garder de blâmer, comme on le fait si souvent dans le monde, les vocations religieuses dont on est le témoin.

Invocation : Saint François, père de Sainte Claire, priez pour les âmes que Dieu appelle à la perfection évangélique.

 

11_saint-francois-d-assise_belles-histoires_pages-to-jpg-027

 

Fioretti

Le repas de sainte Claire

 

Claire désirait vivement prendre un repas avec saint François, et plusieurs fois elle lui en avait fait la demande, mais il avait constamment refusé. Ses compagnons, qui connaissaient le désir de la sainte, lui dirent un jour : « Père, il nous semble que la rigueur doit vous usez envers Sœur Claire n'est pas inspirée par la divine charité… - Vous croyez donc, répondit le saint, que je dois me rendre à ses désirs ? - Oui, Père, répondirent les Frères, Sœur Claire mérite que vous lui accordiez ce qu'elle vous demande. - Eh bien ! Répliqua saint François, votre avis est le mien, je consens ; et, pour procurer à notre sœur une plus grande consolation, je veux qu'elle vienne prendre ce repas à Sainte Marie des Anges. Depuis longtemps déjà, elle est renfermée à St-Damien ; ce sera pour elle un bonheur de revoir ce couvent où elle a déposé les livrées du siècle pour se faire l'épouse de Jésus-Christ ; c'est là que nous mangerons ensemble au nom de Dieu ». Au jour convenu pour ce repas, sainte Claire sortit de son monastère avec une de ses compagnes, et, conduite par quelques-uns des frères, elle se rendit à Sainte Marie des Anges. Lorsqu'elle y fut arrivée, elle alla se prosterner au pied de l'autel devant lequel on lui avait coupé les cheveux et donné le voile ; puis, en attendant l'heure du repas, on la conduisit visiter le couvent. Pendant ce temps-là, saint François faisait tout préparer ; et, suivant son usage, il voulait que les mets fussent posés à terre. Enfin, à l'heure indiquée, lui-même avec un de ses compagnons, et la Sainte avec sa compagne, se rangèrent auteur des mets qu'on avait disposés, et les autres frères prirent aussi humblement leur place. Au premier mets, le saint se mit à parler de Dieu, avec tant de suavité, de profondeur et d'éloquence, que l'abondance divine descendant bientôt sur ceux qui l'écoutaient, tous se sentirent ravis en extase, et ils se tenaient les mains et les yeux levés vers le ciel. En ce moment, les habitants d'Assise, de Bettone et des environs virent l'église de Sainte Marie des Anges, tout le couvent et le bois tellement enflammés, que tout paraissait en proie à un immense incendie. Dès qu'ils aperçurent les flammes, les habitants d'Assise s'empressèrent d'accourir pour les éteindre ; mais, arrivés près du couvent et se voyant trompés, ils entrèrent et trouvèrent saint François, sainte Claire et tous ceux qui les accompagnaient ravis en Dieu par la contemplation et assis autour de quelques pauvres mets. Ils comprirent alors que c'était un feu divin et non pas un feu matériel que Dieu avait fait apparaître miraculeusement, voulant signifier, par là, les flammes du divin amour dont étaient embrasées ces saintes âmes. Ils se retirèrent édifiés et le cœur rempli de consolation. Après une longue extase, sainte Claire, saint François et tous les autres convives revinrent à eux et se sentirent tellement rassasiés de la nourriture spirituelle qu'ils venaient de recevoir, qu'ils ne songèrent plus aux mets grossiers qu'on avait disposés. Ainsi se termina ce repas béni. (Fioretti, traduction de l'abbé Riche).

 

001

 

Pour recevoir les méditations du Mois de St François d’Assise

abonnez-vous à le newsletter d’Images Saintes