10 octobre 2021

Le Mois de Saint François d’Assise

Le Mois de Saint François d’Assise

 

La joie parfaite-001

 

Onzième jour

Les leçons du Père

 

Prélude : Représentons-nous le bon saint, entouré de ses fils et frères en religion, qu'il instruit avec une douce modestie, tandis que ceux-ci l'écoutent avec simplicité, comme dans une sorte de ravissement.

 

Réflexion

 

Quand Rome eut parlé, François, embaumé des bénédictions du Christ transmises par son vicaire, se retira, avec ses douze compagnons, d'abord dans les grottes de Rivotorto ; puis, sa famille spirituelle s'accroissant, dans un modeste asile, à Notre Dame des Anges, ce bien-aimé couvent, le premier qui abrita la jeune famille franciscaine.

François instruisait ses disciples. Avec quelle ineffable douceur il leur parlait de la chère vertu de pauvreté, cette vertu-mère autour de laquelle le saint fondateur groupait toutes les autres.

Voici en quels termes, disent les Fioretti, il enseignait les choses dans lesquelles consiste la joie parfaite, ce grand résultat des vertus franciscaines.

« Ô Frère Léon ! Plaise à Dieu que les Frères Mineurs donnent à toute la terre un grand exemple de sainteté ; néanmoins fais bien attention et note soigneusement que là n'est pas la joie parfaite.

Ô Frère Léon ! Quand les Frères rendraient la vue aux aveugles, chasseraient les démons, feraient parler les muets et ressusciteraient les morts de quatre jours, fais bien attention que là n'est pas la joie parfaite.

Ô Frère Léon ! Si les Frères Mineurs savaient toutes les langues et toutes les sciences, s'ils avaient le don de prophétie et celui du discernement des cœurs, fais bien attention que là n'est pas la joie parfaite.

Ô Frère Léon ! chère petite brebis de Dieu, si les Frères Mineurs par laient la langue des Anges, s'ils connaissaient le cours des astres, la vertu des plantes, les secrets de la terre et la nature des oiseaux, des poissons, des hommes et de tous les animaux, des arbres, des pierres et de l'eau, fais bien attention que là n'est pas la joie parfaite.

Ô Frère Léon ! Quand les frères Mineurs convertiraient, par leurs prédications, tous les peuples infidèles à la foi du Christ, fais bien attention que là n'est pas la joie parfaite.

Enfin, Frère Léon, étonné, lui demanda : « Ô Père, je t'en prie, au nom de Dieu, dis-moi en quoi consiste la joie parfaite ? »

Saint François répondit : « Quand nous arriverons à Sainte Marie des Anges, bien mouillés, bien crottés, transis de froid, mourants de faim, et que nous frapperons à la porte, le portier nous dira : « Qui êtes-vous ? » nous répondrons : « Nous sommes deux de vos frères. - Vous mentez, dira-t-il, vous êtes deux vagabonds qui courez le monde et enlevez les aumônes aux véritables pauvres ; partez d'ici ». Et il refusera de nous ouvrir, et il nous laissera à la porte, pendant la nuit, exposés à la neige, au froid, et mourants de faim. Si nous souffrons ce traitement avec patience, sans trouble et sans murmure ; si même nous pensons humblement et charitablement que le portier nous connaît bien pour ce que nous sommes, et que c'est par la permission de Dieu qu'il parle ainsi contre nous, ô Frère Léon ! Crois bien que c'est en cela que consiste la joie parfaite.

Si nous continuons de frapper à la porte, et que le portier courroucé nous chasse comme des fainéants importuns, nous accable d'injures, de soufflets, et nous dise : « Partirez-vous d'ici, misérables filous ? Allez à l'hôpital : il n'y a rien à manger vous ». Si nous supportons ces mauvais traitements avec joie et avec amour, ô Frère Léon ! Crois-le bien, c'est en cela que consiste la joie parfaite. Si enfin, dans cette extrémité, la faim, le froid, la nuit nous contraignent de faire insistance avec des larmes et des cris ici pour pour entrer dans le couvent et que le portier, irrité, sorte avec un gros bâton noueux, nous tire par le capuchon, nous jette dans la neige et nous donne tant de coups qu'il nous couvre de plaies, si nous supportons toutes ces choses avec joie, dans la pensée que nous devons participer aux souffrances de notre béni Seigneur Jésus-Christ, ô Frère Léon ! Crois-le bien, c'est là que se trouve la joie parfaite.

Et maintenant écoute la conclusion, Frère Léon : de tous les dons du Saint Esprit que Dieu a daigné répandre sur ses serviteurs, le plus considérable est de se vaincre soi-même et de souffrir volontiers, pour l'amour de Jésus, les injures, les peines, les opprobres et les plus pressants besoins ; car, nous ne pouvons pas nous glorifier de tous les autres dons, puisqu'ils ne viennent pas de nous, et l'Apôtre a dit : « Qu'avez-vous que vous n'ayez reçu de Dieu ? Que si vous tenez tout de lui, pourquoi vous en glorifier, comme si tout venait de vous ? Mais, dans la croix de la tribulation et de l'affliction, nous pouvons nous glorifier justement ; car, comme dit encore l'Apôtre : A Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose que dans la croix de Notre-Seigneur Jésus- Christ ! »

 

Pratique : Chercher à se vaincre soi-même sur quelque point difficile, qui contrarie notre nature, et cela en vue d'être de dignes enfants de saint François.

Invocation : Saint François, qui avez instruit vos disciples, communiquez-nous votre esprit si profondément chrétien et religieux.

 

Fioretti

La petite brebis de Dieu

 

Frère Léon, dont il vient d'être parlé, a quelque chose du caractère de Saint Jean. Il était le confesseur, l'ami intime de saint François : ils ne se quittaient pas, voyageaient ensemble, pleuraient ensemble ; ils ont toujours vécu appuyés l'un sur l'autre. Saint François appelait très-amoureusement Léon la petite brebis de Dieu, la pecorella di Dio... Léon ne fut pas séparé de François, même dans la mort : son corps fut déposé au pied de l'autel de son ami, canonisé et glorifié. (Histoire de saint François d'Assise, par l'abbé Chavin de Milan).

 

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09 octobre 2021

Le Mois de Saint François d’Assise

Le Mois de Saint François d’Assise

 

6

 

Dixième jour

Innocent III

 

Prélude : Le bienheureux patriarche de l'ordre séraphique est aux pieds du vicaire de Jésus-Christ, recueilli, écoutant et soumis.

 

Réflexion

 

« Paul, étant revenu du troisième Ciel, vint voir Pierre, afin de donner la forme aux siècles futurs ; et qu'il demeurât établi pour jamais que, quelque docte, quelque saint que l'on soit, fût-on un autre saint Paul, il faut voir Pierre ». Ainsi parlait Bossuet. Ainsi pensait François d'Assise.

Sans doute, il eut pu continuer de vivre sous l'obédience de son évêque et l'inspiration du Saint Esprit qui le dirigeait. Mais, sa foi si pure et son inviolable attachement au Saint Siège, ces deux caractères qu'il léguera à sa postérité spirituelle comme un signe d'honneur, lui inspirèrent d'aller à Rome, se jeter aux pieds du vicaire de Jésus en terre. D'abord, le Pape l'écouta peu et il fallut que Dieu lui-même, qui n'abandonne jamais les vrais croyants, vint miraculeusement au secours de cet humble enfant de la sainte Eglise. Innocent III eut un songe, où il vit croître à ses pieds peu à peu une palme, qui devint un très-bel arbre, et il lui fut révélé que cette image représentait le pauvre rebuté par lui la veille.

Cependant, le grand Pape hésitait encore à approuver une règle aussi nouvelle et aussi difficile, bien que très-persuadé qu'elle amènerait les âmes à une perfection conforme aux conseils de l'Evangile. Dieu lui envoya un autre songe mystérieux, pendant lequel il vit l'église de Latran sur le point de tomber, tandis qu'un homme pauvre et chétif, en qui il reconnut François, la soutenait de ses épaules. « Ah ! véritablement, s'écria-t-il, c'est cet homme-là qui soutiendra l’Église de Jésus-Christ par ses œuvres et par sa doctrine ! » Dès lors, Innocent III n'hésita plus. Il approuva l'Institut des Frères Mineurs, rassemblés sous la conduite de saint François, pour donner à l’Église, en la personne de vrais pauvres, un modèle d'humilité et lui montrer la merveille de ce siècle ».

 

Pratique : Se rattacher, dans tous ses actes et dans toutes ses pensées, à la chaire infaillible de Pierre, centre de l'unité et organe de la vérité.

Invocation : Saint François, dévot fils de l’Église, priez pour le Pape et pour ses enfants fidèles ou révoltés.

 

Fioretti

La parabole de saint François

 

Nous avons abrégé aujourd'hui la méditation pour lire plus à l'aise la touchante parabole que, après avoir longtemps prié Dieu, François vint proposer au Pape Innocent :

« Très saint Père, lui dit-il, il y avait une fille très belle, mais pauvre, et qui demeurait dans un désert. Le roi du pays, qui la vit, fut si charmé de sa beauté, qu'il la prit pour épouse : il demeura quelques années avec elle, et en eut des enfants qui avaient tous les traits de leur père, et pas moins de beauté que leur mère ; puis il revint à sa cour. La mère éleva ses enfants avec un grand soin, et dans la suite elle leur dit : « Mes enfants, vous êtes nés d'un grand roi ; allez le trouver, marquez-lui qui vous êtes, et il vous donnera tout ce qui convient à votre naissance. Pour moi, je ne veux point quitter. ce désert, et même je ne le puis ». Les enfants allèrent à la cour du roi leur père, qui, reconnaissant en eux tous ses traits, aussi bien que la beauté de leur mère, les reçut avec plaisir et leur dit : Oui, vous êtes mes véritables enfants, et je vous entretiendrai comme des enfants de roi, car, si j'ai des étrangers à ma solde, et si je nourris des officiers de ce que l'on sert sur ma table ; combien aurai-je plus de soin de mes propres enfants qui viennent d'une mère si belle ? Comme j'aime extrêmement la mère, je retiendrai les enfants à  ma cour et je les ferai manger à ma table.

Ce roi, très saint Père, c'est Notre Seigneur Jésus-Christ. Cette fille si belle, c'est la pauvreté, qui, étant rejetée et méprisée partout, se trouvait en ce monde comme dans un désert. Le Roi des rois, descendant du ciel, et venant sur la terre, eut pour elle tant d'amour qu'il l'épousa dans la crèche. Il a eu plusieurs enfants dans le désert de ce monde : les Apôtres, les Anachorètes, les Cénobites, et quantité d'autres qui ont embrassé volontairement la pauvreté. Cette bonne mère les a envoyés au Roi du ciel leur père, avec les marques de sa pauvreté royale, aussi bien que de son humilité et de son obéissance. Ce grand roi les a reçus avec bonté, promettant de les nourrir et leur disant : « Moi qui fais lever mon soleil sur les justes et sur les pécheurs, qui donne de ma table et de mes trésors aux pauvres et aux hérétiques, le vivre, le vêtir, et tant d'autres choses, combien plus volontiers vous donnerai-je ce qui vous est nécessaire, à vous et à tous ceux qui sont nés de la pauvreté ma très chère épouse ».

C'est à ce roi céleste, très saint Père, que cette dame, son épouse, envoie ses enfants que vous voyez, lesquels ne sont pas de moindre condition que les autres qui sont venus longtemps avant eux. Ils ne dégénèrent point ; ils ressemblent en beauté à leur père et à leur mère, puisqu'ils font profession de la plus parfaite pauvreté. Il n'y a donc pas lieu de craindre qu'ils meurent de faim, étant les enfants et les héritiers du Roi immortel, nés d'une mère pauvre, à l'image de Jésus-Christ, par la vertu du Saint-Esprit, et devant être élevés par l'esprit de pauvreté dans un Ordre très pauvre. Si le Roi du ciel promet à ceux qui l'imitent de les faire régner éternellement ; avec combien plus d'assurance doit-on croire qu'il leur donnera ce qu'il donne ordinairement et avec tant de libéralité aux bons et aux méchants (Vie de saint François, par saint Bonaventure).

 

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08 octobre 2021

Le Mois de Saint François d’Assise

Le Mois de Saint François d’Assise

 

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Neuvième jour

Premiers compagnons

 

Prélude : Représentons-nous les premiers Frères Mineurs autour de leur bienheureux Père, écoutant sa parole simple et persuasive, suivant ses pas.

 

Réflexions

 

« Peu à peu, dit Mgr de Ségur, les gens d'Assise comprirent qu'il y avait quelque chose de surnaturel dans la conduite de ce jeune homme. Aux dérisions succéda bientôt une sorte de vénération, surtout quand on vit un bourgeois riche et estimé, nommé Bernard de Quintavalle, et un prêtre, nommé Pierre de Catane, s'attacher à ses pas et son embrasser son genre de vie. D'autres suivirent cet exemple, vivant avec lui et comme lui d'aumônes, de privations, de dures austérités, priant toujours et donnant partout l'exemple des vertus évangéliques les plus sublimes.

Le dernier fut un beau chevalier, nommé Ange de Tancrède, que François rencontra un jour sur chemin. Il l'arrêta, et plein de l'esprit de Dieu, il lui dit : « Ange, descends de cheval ; laisse-là la milice du siècle et suis-moi. Désormais, tu auras pour armure la poussière du chemin et pour chaussure la boue de la terre ». Et Ange de Tancrède obéit aussitôt, reçut l’humble habit de la pauvreté, et devint le douzième des premiers Frères Mineurs. De retour à Assise, saint François groupa ses douze premiers compagnons auprès de l'humble petite église de la Portioncule, appelée aussi Notre Dame des Anges, qu'il avait, comme celle de Saint Damien, rebâtie de ses propres mains. Il y passait en oraison les jours et les nuits, fréquemment visité par une multitude d'esprits célestes, et priant ardemment la Mère de Dieu de le prendre, lui et ses bien aimés Frères, sous sa protection spéciale. Ce fut là, comme il se plaisait à le dire, qu'il fut comme enfanté par la Bienheureuse Vierge à la vie évangélique et apostolique. Bientôt après, François et les douze allèrent à Rome nu-pieds, mendiant leur pain, menant une vie plus angélique qu'humaine, pleins de ferveur, de joie sainte, d'humilité, de charité mutuelle, ne faisant, comme les premiers chrétiens, qu'un cœur et qu'une âme en Jésus-Christ.

Ces premiers compagnons de saint François n'avaient point encore de nom qui les distingua des autres religieux. « Si l'on vous demande qui vous êtes, leur avait dit le bienheureux Père, vous répondrez : Nous sommes des pénitents venus d’Assise ». Ce fut le Pape lui-même qui leur donna leur nom, sans s'en douter, lorsque approuvant leur règle, il dit pour les désigner : Istos Fratres Minores, c'est-à-dire « ces petits Frères », d'où leur est venu le nom de Frères Mineurs. Tout jeune encore, François était déjà un grand saint, consommé en mérites et en très sublimes vertus. Déjà Notre-Seigneur l'avait comblé de faveurs miraculeuses, et lui avait entre autres révélé que tous ses péchés lui étaient pardonnés, et qu'il allait devenir le Père d'un grand et saint Ordre, qui s'étendrait sur toute la terre et régénérerait l’Église et le monde ».

Quant à ses compagnons, c'étaient des hommes apostoliques, qui prêchaient partout la grandeur et la bonté de Dieu, l'obligation de l'aimer et d'observer sa loi, et de faire pénitence. Quand ils manquaient du nécessaire, ils s'en félicitaient, comme d'un trésor acheté au prix de tout leur bien. La singularité de leur habit, jointe à l'austérité de leur vie, choquait la plupart de ceux qui les voyaient. Ils furent même souvent insultés, couverts de boue, traînés par leur capuce et battus cruellement : ils l'enduraient avec joie, jugeant, au profit intérieur, que c'était un avantage. Ils n'avaient du chagrin que lorsque leur vertu attirait le respect et l'admiration des hommes.

 

Pratique : Suivre les exemples des Saints et se détacher de plus en plus de tout ce que le monde estime.

Invocation : Saint François, contempteur des biens et déshonneurs du siècle présent, détachez notre âme des biens terrestres.

 

Fioretti

La Règle de saint François

 

La Règle que notre saint fondateur donna à ses premiers compagnons était l'une simplicité incomparable. Elle pouvait se résumer en deux idées : saint François prenait le postulant qui se présentait à lui, lui enlevait tout, lui mettait sur le dos un pauvre sac de laine grossière, avec une grosse corde en guise de ceinture, et l'envoyait, pieds nus et tête nue, mendier son pain à travers le monde en lui disant : « Tu seras si mal que la terre que, bon gré mal gré, tu ne pourras plus regarder que le Ciel ». Telle était la première idée constitutive du Frère Mineur. La seconde n'était pas moins simple. Saint François présentait l'Evangile et la croix au nouveau frère, et lui disait : « Voici ta Règle. Je ne t'en donne point d'autre. La vie de communauté que nous mènerons ensemble, n'en sera que le cadre. Et maintenant, viens, suis-moi, porte ta croix tous les jours, et sois parfait. Avec moi tu aimeras Jésus, tu feras pénitence et tu prêcheras la pénitence. Le séraphique saint François, par Mgr De Ségur).

 

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07 octobre 2021

Le Mois de Saint François d’Assise

Le Mois de Saint François d’Assise

 

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Huitième jour

Le jour des Noces

 

Prélude : Contemplons le Séraphique fondateur de l'Ordre franciscain, au moment où il reçoit la pleine révélation des vues de Dieu sur lui.

 

Réflexions

 

C'est une page capitale dans l'histoire de notre bon saint. Voici en quels termes son plus récent historien l'a écrite. On ne saurait, à coup sûr, mieux exprimer les sentiments que doit faire naître en notre âme ce touchant épisode.

« Dès le commencement de l'an de grâce 1208, la chapelle de Sainte Marie des Anges, arrachée à l'oubli et au déshonneur, avait retrouvé son culte séculaire, servait de nouveau de tabernacle au Saint des saints, et de but de pèlerinage à la piété des fidèles. Elle devint en même temps l'oratoire habituel et comme la demeure de François. Il aimait ce sanctuaire d'un amour de prédilection, ayant sans doute quelque. pressentiment divin des grandes choses que le Seigneur devait y opérer par son entremise. Il y passait ses jours et ses nuits en prière, adorant, aimant, pleurant, attendant, comme un enfant docile, que son Père céleste lui fit connaître par quelles œuvres il devait désormais le servir. La réponse de Dieu ne se fit pas longtemps désirer.

C'était dans le courant de cette même année 1208, qui tient une si grande place dans la vie du serviteur de Dieu. Un jour, il assistait dans son cher sanctuaire à une messe qu'il avait prié le prêtre de Saint Damien de dire en l'honneur des apôtres. Arrivé à la lecture de l'évangile, au moment où le prêtre prononçait ces paroles que Notre-Seigneur adressa à ses disciples : « Ne portez ni or, ni argent, ni aucune monnaie dans votre bourse, ni sac, ni deux vêtements, ni souliers, ni bâton », François reçut d'en haut une vive effusion de lumière ; sa vocation, jusqu'alors entrevue seulement, lui fut montrée dans une clarté toute céleste, et la pauvreté, la sainte pauvreté apostolique qui parcourt le monde, recevant le pain du corps et donnant le pain de l'éternelle vie, lui apparut comme son unique épouse et la compagne féconde de son apostolat. « Voilà, voilà ce que je cherche ! » s'écria-t-il tout rayonnant de joie et d'amour ; et dans  le même moment, avec cette ardeur d'obéissance et cette impétuosité sublime de sacrifice qui d'un bond lui faisait atteindre les sommets de la perfection chrétienne, il achève son dépouillement, jette avec horreur sa bourse, son bâton, ses chaussures, et les pieds nus, couvert d'une grossière tunique grise qui fut jusqu'à la fin son unique vêtement, les reins entourés d'une corde, absolument pauvre et absolument joyeux, il part pour évangéliser le monde et conquérir les âmes à Jésus-Christ.

De ce jour date véritablement le commencement de la famille franciscaine, la naissance de cet ordre des Frères Mineurs qui devait en quelques années s'étendre jusqu'aux extrémités de la terre. C'est le jour de la mission de saint François, le jour de ses noces mystiques avec la sainte pauvreté, noces heureuses et fécondes qui allaient remplir le monde de bénédictions et d'angéliques vertus. Merveilleuse efficacité de la parole de Dieu et merveilleuse unité de ses voies ! Aux premiers temps du christianisme, saint Antoine entend dans une église d'Egypte ces paroles du Sauveur : « Si vous voulez être parfait, allez, vendez tout ce que vous avez, et le donnez aux pauvres » ; et, transformé par la vertu divine, il devient le fondateur et le père de la vie monastique en Orient. Dix siècles plus tard, dans une pauvre chapelle d’ltalie, François, fils du marchand Bernardone. entend une autre parole de l'Evangile qui tombe sur le bon terrain de son âme ; et la vie religieuse parfaite renaît en Occident, et l'Ordre des Frères Mineurs est fondé. Désormais la période solitaire de la vie de saint François, celle qui correspond à la vie du Sauveur à Nazareth, est terminée. Sa vie publique et sociale commence, et nous allons voir en lui se réaliser d'une façon merveilleuse ce mot étonnant de l'Evangile : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes encore ».

 

Pratique : Suivre fidèlement les inspirations que Dieu nous donne dans nos lectures pieuses, et spécialement dans celle des Livres Saints.

Invocation : Saint François, si fidèle observateur des voies de Dieu, dirigez nos pas dans les sentiers de la perfection à laquelle Dieu nous appelle.

 

Fioretti

La chère église

 

Des trois églises que François avait réparées, il choisit celle de Sainte Marie des Anges pour y faire sa demeure, afin d'honorer la mère de Dieu et les Intelligences célestes. Saint Bonaventure dit qu'il y fut souvent favorisé de la visite des anges, et qu'anciennement ce lieu avait été nommé Sainte Marie des Anges, à cause des fréquentes apparitions qu'y faisaient ces bienheureux esprits. L'homme de Dieu y passait les jours et les nuits en de ferventes prières, où il demandait à la Sainte Vierge, que, comme elle a conçu et enfanté le Verbe du Père, plein de grâce et de vérité, elle eût la bonté de devenir son avocate, pour en obtenir la participation : ce fut là aussi  que, par les mérites de cette puissante avocate, il obtint le bonheur de concevoir et d'enfanter, pour ainsi dire, la vie évangélique ; fruit précieux de la grâce et de la vérité, que le Fils de Dieu est venu apporter à la terre. (Vie de St-François, par le Père Chalippe).

 

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06 octobre 2021

Le Mois de Saint François d’Assise

Le Mois de Saint François d’Assise

 

5

 

Septième jour

Devant l'évêque d'Assise

 

Prélude : Pénétrons avec un saint respect dans le cœur de notre bienheureux patriarche, pour y admirer l'action du Saint Esprit.

 

Réflexions

 

C'était en l'an 1206, François avait vingt-cinq ans. L'heure de Dieu avait sonné pour le grand Séraphin de la terre.

Ne se préoccupant plus en rien du monde, de ses biens ni de son estime, le saint jeune homme avait quitté la maison paternelle, pour se retirer à Saint Damien, où le Crucifié lui parla si amoureusement.

Mais, Bernardone ne pouvait supporter que son fils François, sur qui il avait fondé les plus orgueilleuses espérances, embrassât un genre de vie qui l'exposait à la risée du monde ; il était surtout furieux de le voir se dépouiller de tout ce qu'il possédait pour le donner aux pauvres, ou le consacrer à la réparation des églises. Un jour, il poussa la brutalité jusqu'à le frapper violemment ; puis, il le renferma dans un endroit obscur que l'on voit encore aujourd'hui et que l'on appelle la prison de saint François.

D'accord avec son autre fils Angelo, il n'est rien que le père n'inventât pour détourner François de suivre l'appel divin, il épuisa tous les moyens sans parvenir à arracher ce saint amant de Jésus de la divine folie de la croix. Il le traduisit devant les tribunaux civils, sans rien pouvoir gagner sur ce cœur si dévoué à son héroïque vocation.

Enfin, d'après l'avis des magistrats d'Assise, Bernardone eut recours à l'évêque de cette ville, Vico Secundi, pour arrêter les libéralités de son fils. L'évêque fit donc appeler François, et lui dit : « Votre père est très irrité contre vous ; si vous voulez servir Dieu librement, rendez-lui l'argent que vous avez... Mon fils, ajouta paternellement le saint prélat, ayez confiance en Dieu, ne craignez pas, il sera votre aide ; et, pour le bien de son Eglise, il vous donnera tout ce qui est nécessaire ». Vico Secundi, inspiré de l'esprit de Dieu, prophétisait en parlant ainsi.

L'entendant parler de la sorte, François, comme enivré de Dieu, se leva, en s'écriant : « Seigneur et Maître, je lui rendrai tout ce qui est à lui, même mes vêtements ». Il se dépouille aussitôt de ses habits, et reparaît, rayonnant, inspiré, sa chair virginale recouverte seulement d'un cilice. Puis, déposant tous ses vêtements devant l'évêque, il dit : « Écoutez et comprenez. Jusqu'à présent, j'ai appelé Pierre Bernardone, mon père ; désormais, je puis dire hardiment : Notre père, qui êtes aux cieux, en qui j'ai mis tout mon trésor et la foi de mes espérances ».

Tous les assistants, émus jusqu'aux larmes, maudissaient la rapacité de Bernadone. Mais, François était dans l'extase de la joie. L'évêque, ravi de la plus tendre admiration, ouvrit ses bras et son cœur au saint jeune homme, et le couvrit du manteau que l'on voit encore à Saint Georges, au couvent des Clarisses. François y traça une croix blanche avec du mortier, et s'éloigna, dépouillé de tout, libre de tous les liens de la terre, le plus pauvre et le plus joyeux des hommes.

 

Pratique : S'attacher au dépouillement des choses de la terre pour dégager son âme vers le ciel, où Dieu nous revêtira d'un manteau de gloire éternelle.

Invocation : Saint François, vrai pauvre de Jésus-Christ, détachez mon cœur des biens de ce monde.

 

Fioretti

Le Héraut du grand Roi

 

Dégagé de tous les liens des convoitises mondaines, selon ses désirs, il alla chercher hors de la ville quelque endroit à l'écart, où seul et en silence il put écouter la voix de Dieu. Dans un bois où il passait, chantant les louanges du Créateur en langue française, des voleurs vinrent lui demander qui il était : « Je suis le Héraut du grand Roi », leur répondit-il, en un sens prophétique, avec une parfaite confiance en Dieu. Sur cette réponse, ils le battirent cruellement, le jetèrent dans une fosse pleine de neige, et se moquèrent de la qualité qu'il prenait. Lorsqu'ils furent éloignés, il sortit de là et se remit à louer le Seigneur d'une voix encore plus haute, fort joyeux d'avoir eu occasion de souffrir. À un monastère voisin, où il demanda l'aumône, qu'il reçut comme un mendiant méprisable, on l’employa quelques jours aux plus vils offices de la cuisine. Mais, voyant que cela s'accordait mal avec ses exercices spirituels, il s'en vint à Gubbio, où un de ses amis le reconnut, et lui donna, pour le vêtir plus décemment, un habit d’ermite, une tunique courte, une ceinture de cuir, des souliers, avec un bâton. Sous cet habit de pénitence, il affligea son corps de nouvelles austérités ; et, afin de remplir toutes les fonctions de l'humilité qu'il aimait extrêmement, il se dévoua au service des lépreux. (Vie de Saint François d'Assise, par le Père Chalippe).

 

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05 octobre 2021

Le Mois de Saint François d’Assise

Le Mois de Saint François d’Assise

 

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Sixième jour

Jésus crucifié

 

Prélude : Jésus en croix regarde François d'Assise agenouillé et l'entretient, tandis que son ardent disciple l'écoute dans le ravissement de l'amour.

 

Réflexions

 

Jésus et Jésus crucifié ! C'est l'unique science dont le grand apôtre se glorifiait, ce fut la grande école où le Séraphique François apprit à se vaincre et à grandir dans la plus sublime perfection.

Au lendemain de sa conversion, il eut l'apparition de Jésus crucifié. À ce spectacle, son âme, naturellement tendre et aimante, se fondit et se liquéfia, au point que, à partir de cette heure, quand il pensait à cette première vision du Sauveur en croix, il ne pouvait retenir ses larmes. Ce jour-là, il eut la révélation complète du mystère renfermé dans l'admirable exhortation de Notre Seigneur : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive ! » Il reçut les prémices de cet esprit de pauvreté et d'humilité qui fera le caractère de sa vie et comme l'esprit de son œuvre. Son cœur s'y embrasa d'une charité sublime, qui, malgré sa répugnance instinctive, le poussa à soigner, à embrasser et à baiser tendrement les pauvres lépreux, parce qu'Isaïe avait prophétisé de Jésus, en le comparant à un de ces malheureux. « François, lui disait le Sauveur, si tu veux connaître ma volonté, il faut que tu méprises et que tu haïsses tout ce que tu as aimé et désiré selon la chair. Ne t'effraie point de ce nouveau sentier, car si les choses qui te plaisaient doivent te devenir amères, celles qui te déplaisaient te paraîtront douces et agréables ».

C'est encore par amour pour Jésus pauvre et dépouillé sur la croix qu'il se voua dès lors avec une si incomparable générosité au service et au soulagement des pauvres. Il se dépouillait pour les vêtir, il partageait ses vêtements avec eux, il se levait de table pour leur porter les aliments qu'on ſui servait, il prenait même volontiers leurs haillons, foulant aux pieds l'orgueil humain et s'élevant par degrés à la perfection de la pauvreté évangélique. Rien n'égalait sa douleur du mauvais emploi de sa jeunesse et son attention à mortifier ses sens, afin de porter la croix de Jésus-Christ dans son corps, comme il la portait dans son cœur.

Voulant le récompenser de ce zèle à l'imiter, Jésus crucifié, qui s'était fait son maître, lui accorda cette magnifique récompense, dont parlent tous ses biographes. Un jour qu'il méditait dans la vieille église de Saint Damien, hors d'Assise, il se prosterna devant le crucifix, et, inspiré d'en haut, il redit trois fois cette belle invocation, qui depuis lui demeura familière : « Grand Dieu, plein de gloire, et vous, mon Seigneur Jésus-Christ, je vous prie de m'éclairer et de dissiper les ténèbres de mon esprit, de me donner une foi pure, une ferme espérance et une parfaite charité. Faites, ô mon Dieu, que je me connaisse si bien, qu'en toutes choses je n'agisse jamais que selon vos lumières et conformément à votre sainte volonté ». Ce disant, il regardait fixement le crucifix, les yeux baignés de larmes, et le crucifix s'anima, pour lui dire : « François, va, répare ma maison, que tu vois tomber en ruines ». La voix miraculeuse répéta trois fois les mêmes paroles. Elles signifiaient que Jésus-Christ l'appelait à réparer, par son ministère et par les travaux de ses disciples, son Eglise et aussi qu'il avait reçu la mission de restaurer la vieille église de Saint Damien.

Mais, cette voix du crucifix imprima plus avant dans son âme le mystère de la Passion. Il se sentit intérieurement blessé des plaies de Jésus, et il les pleurait avec des larmes si cuisantes que ses yeux en étaient comme ensanglantés, au sortir de l'oraison.

 

Pratique : Se renouveler dans la dévotion aux mystères de la Passion et de la mort de Jésus- Christ.

Invocation : Saint François, vivante image de Jésus crucifié, imprimez profondément dans mon âme les plaies du Sauveur.

 

Fioretti

Le divin lépreux

 

Au début de sa conversion, comme il passait à cheval dans la plaine d'Assise, François aperçut un lépreux qui venait droit à lui. D'abord, il en fut saisi d'horreur ; mais, se ressouvenant qu'il avait résolu de travailler à la perfection, et que, pour être soldat de Jésus-Christ, il faut commencer par se vaincre soi-même, il descendit de cheval, alla baiser le lépreux, et lui donna l'aumône. Quand il fut remonté, il ne vit plus personne, quoi qu'il regardât de tous côtés dans la plaine qui était toute découverte. Rempli d'admiration et transporté de joie, il se mit à chanter les louanges du Seigneur, avec un ferme propos de se rendre toujours plus parfait. (Vie de St-François d'Assise, par le Père Chalippe).

 

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04 octobre 2021

Le Mois de Saint François d’Assise

Le Mois de Saint François d’Assise

 

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Cinquième jour

Les songes mystérieux

 

Prélude : Adorons Notre Seigneur Jésus-Christ à la poursuite de son cher François d'Assise, dont il veut faire un parfait modèle de sa vie pauvre.

 

Réflexions

 

Avec le retour à la santé, notre bon saint eut un regain de jeunesse, il s'adonna de nouveau au goût des beaux habits et des divertissements profanes. Mais, son âme était dès lors blessée par la flèche de l'amour divin, son cœur inclinait par une pente de plus en plus sensible vers cet amour qui détache des amours terrestres et sa tendresse pour les pauvres devenait chaque jour plus vive.

L'heure était venue où la voix de Jésus allait pouvoir résonner à cette oreille inclinée pour l'entendre. Une nuit, Dieu fit voir à son serviteur un beau palais, rempli d'armes marquées du signe de la croix. Il demanda pour qui toutes ces armes. La voix mystérieuse répondit : « Pour toi et pour tes soldats ! » Le bouillant jeune homme, sans remarquer les croix, n'avait considéré que les armes. Il partit donc pour aller offrir ses services à Gautier de Brienne, annonçant qu'il reviendrait un jour à Assise en grand seigneur.

Arrivé à Spolète, Jésus-Christ l'arrêta dans sa fougue et dans son illusion. « François, lui dit- il dans un nouveau songe, lequel des deux peut te faire plus de bien : le maître ou le serviteur, le riche ou le pauvre ? - C'est le  maître et le riche, répliqua simplement le jeune guerrier. - Pourquoi donc, continua le sauveur, quittes-tu Dieu, qui est le maître et le riche, pour chercher l'homme, qui est le serviteur et le pauvre ? »

Pour le coup, le nouveau Saül avait rencontré son chemin de Damas. Terrassé par la foudre de la miséricorde, il se jeta à genoux, et, dans un élan plein de ferveur, il s'écria : « Ah ! Seigneur ! que vous plaît-il que je fasse ? - Retourne dans ta ville, répondit Jésus, qui parlait dès lors en maître de cette âme conquise, ce que tu as vu ne signifie rien que de spirituel ; c'est de Dieu,et non des hommes, que tu en recevras l'accomplissement ».

Aussitôt, le docile disciple du Sauveur reprend le chemin d'Assise, pour y attendre les ordres de son Seigneur et Maître, sans se mettre le moins du monde en peine de ce que ses compagnons diraient de ce retour si inopiné.

 

Pratique : Se rendre docile aux moindres inspirations de la grâce et se garder, comme du plus grand de tous les malheurs, de contrister l'Esprit-Saint.

Invocation : Saint François, qui avez écouté l'appel de la grâce, priez pour nous.

 

Fioretti

La divine fiancée

 

De retour à Assise, François réunit ses compagnons de plaisir dans un repas qui devait être le dernier. Il les traita avec sa magnificence accoutumée et le charme habituel de son humeur ; mais son âme était déjà toute en Dieu, et le sourire de la gaieté n'était plus qu'à la fleur de son visage. Après le repas, comme ils allaient, riant et devisant par les rues d’Assise, François marchait derrière eux, plongé dans une profonde rêverie. Tout à coup, il s'arrêta : je ne sais quelle intuition céleste lui montra dans une lumière surnaturelle la vanité des choses de la terre ; la pauvreté évangélique lui apparut comme sa vocation et son unique compagne, et Dieu se répandit en son âme avec une telle effusion qu'il demeura sans voix et sans couleur. Il raconta depuis à son confesseur que si, dans ce moment, on eut déchiré son corps en lambeaux, il n'en eût rien senti, tant son âme était ravie en Dieu. Ses compagnons, le voyant immobile, accoururent et d'abord s'effrayèrent ; mais bientôt, quand il fut revenu à lui, ils reprirent leur frivole gaieté et lui dirent en riant : « Où avais-tu l'esprit, François ? Songerais-tu donc à prendre femme ? - Oui, répondit-il d'une voix grave, je veux prendre une épouse, mais si noble et si belle, qu'il n'y en aura point de semblable au monde ! » C'était la pauvreté qu'il voulait dire, la sainte pauvreté chrétienne, que Dieu venait de lui révéler, si méprisée dans le monde et trop oubliée même dans l’Église en ces temps malheureux ; c'était à cette fiancée, cette épouse mystique à laquelle il devait donner sa vie, qui devait lui tenir fidèle compagnie, comme au Sauveur, son premier époux, pendant tout son pèlerinage et jusqu'au suprême dépouillement de la mort. (Histoire populaire de saint François d’Assise, par le Marquis de Ségur).

 

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03 octobre 2021

Le Mois de Saint François d’Assise

Le Mois de Saint François d’Assise

 

1 Francis Goes to War

 

Quatrième jour

Épreuves

 

Prélude : Adorons les desseins de la Providence qui attire au service des âmes par les voies mystérieuses de l'élection divine.

 

Réflexions

 

Dieu attire les siens par des voies pleines de mystère ; souvent la pauvre nature se révolte : l'esprit a de la peine à comprendre pourquoi Dieu traite ainsi ceux qu'il aime, l'infirmité humaine regimbe contre l'aiguillon de la souffrance. Mais, les jugements de Dieu ne sont pas comme les jugements de l'homme. L'effet prouve bien ensuite qui a eu raison, et, si cette révélation ne nous est pas toujours donnée complètement dès cette vie, au ciel, nous serons ravis en voyant le pourquoi des desseins de la Providence sur les événements et sur les hommes.

François devait connaître cette conduite de Dieu envers ses élus. Mais, chose admirable ! Alors que toutes ou presque toutes les âmes ainsi passées au creuset de la souffrance se scandalisent ou du moins éprouvent quelque étonnement de prime abord, lui n'en parut avoir aucune émotion. Tout jeune qu'il fut, cet adolescent, emporté par le besoin de se distraire et de jouir de la vie, se soumit avec une générosité toute joyeuse à la volonté de Dieu qui l'arrêtait au milieu de ses divertissements.

Assise et Pérouse étaient en guerre. Dans une rencontre, il fut fait prisonnier et retenu en captivité, pendant plus d'un an, avec quelques-uns de ses compatriotes, qui se laissaient abattre et vivaient dans un morne désespoir. Mais lui, sans rien changer à ses habitudes de gaîté et d'enjouement, leur disait : « Je vous plains, mes amis ; pour moi, j'ai l'esprit fort libre et je me réjouis. Vous me voyez maintenant prisonnier ; plus tard, vous me verrez honoré par toute la terre ». Son aimable caractère et cette joyeuse soumission à la volonté de Dieu finirent par relever les courages abattus : le futur apôtre de la pauvreté préludait à ce sublime apostolat par la résignation qu'il inspirait aux âmes éprouvées par la souffrance.

Pourtant, cette longue captivité ne suffit point à incliner son âme vers le détachement absolu auquel l'appelait son héroïque vocation. Aussi, quand il fut rentré à Assise, Dieu le visita de nouveau par une longue et accablante maladie, qui le réduisit à une faiblesse extrême, disposant par là son âme à subir les opérations de la grâce d'en haut qui l'appelait, nous le verrons bientôt, à une si sublime destinée, celle dont il avait parlé prophétiquement à Pérouse, sans savoir combien il disait vrai.

Quand il put sortir, le jeune convalescent, dont le cœur était si tendre et l'âme si poétique, pensa que la vue des champs réjouirait son être alangui. Mais, à sa grande surprise, la beauté du paysage ne réveilla aucun écho au-dedans de lui, il lui sembla même que tout ce qu'il avait aimé jusque là lui inspirait présentement du dégoût. Il sonda son cœur et il vit que son cœur méprisait ce qu'il avait tant prisé jusqu'alors, sa conduite passée lui parut une folie.

Dieu disposait ainsi cette grande âme à recevoir une des impressions les plus profondes de la grâce qu'il ait jamais accordée à aucune âme dans les annales de la sainteté. Nous la méditerons demain.

 

Pratique : S'habituer à voir, à reconnaître, à bénir, à aimer et à adorer la main de Dieu dans tout ce qui nous arrive de fâcheux selon le monde.

Invocation : Saint François, modèle de patience, priez pour les âmes éprouvées.

 

Fioretti

La prédiction d'un compatriote

 

Les belles qualités de François le rendaient aimable à toute la ville, qui le regardait comme la fleur de la jeunesse, et en concevait de grandes espérances. Un homme fort simple, mais éclairé d'en haut, le fit encore plus estimer. Lorsqu'il le rencontrait dans les rues, il étendait son manteau par terre devant lui, et, pour raison d'un tel respect, « ce jeune homme, disait-il, fera bientôt de grandes choses : il méritera toutes sortes d'honneurs et sera révéré de tous les fidèles ». François, à qui les desseins de Dieu étaient inconnus, ne comprenait pas le sens de la prédiction. Il ignorait que ces honneurs ne lui seraient rendus qu'après des humiliations, conformément à la parole de l'Evangile. Distrait par les affaires et attaché aux vanités de ce monde, il ne pensait guère à cette divine vérité, il la goûtait encore moins ; cependant il se flattait d'être honoré quelque jour, comme on l'annonçait, ce que Dieu permit qu'il prédit lui-même dans la disgrâce de sa captivité à Pérouse. (Vie de St François d'Assise, par le Père Chalippe).

 

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02 octobre 2021

Le Mois de Saint François d’Assise

Le Mois de Saint François d’Assise

 

2 Francesco del francula

 

Troisième jour

Le Nazareth de François

 

Prélude : Entrons, avec un saint respect, dans cet intérieur où l'enfant de Bernardone et de Pica grandit, comme le fils de Marie et de Joseph, en grâce, en âge et en sagesse.

 

Réflexions

 

C'est à une des plus belles pages de l'historien populaire de notre bon saint que nous empruntons aujourd'hui notre sujet de méditation.

« Les premières années de François s'écoulèrent tranquilles et cachées près de ses parents, comme celles de l'Enfant Jésus à Nazareth. Sa mère formait son cœur ; de bons prêtres d'Assise formèrent son intelligence et lui donnèrent une instruction en rapport avec la fortune de son père. L'enfant apprit avec goût et facilité les belles lettres : plus tard, il ne parla si souvent de son ignorance que par humilité. La langue latine et la langue française lui étaient familières ; si dans sa vie il se servit peu de livres, c'est qu'il lisait dans le livre toujours ouvert pour lui, et qui renferme toute science, de Jésus crucifié. Bientôt Bernardone associa son fils à ses opérations de commerce ; l'enfant apporta à cette occupation le zèle et l'intelligence qu'il avait mis à s'instruire.

Mais, dès ses premiers temps, il différa grandement de son père par sa manière d'envisager la richesse. Généreux jusqu'à la prodigalité, il se plaisait plus à dépenser l'or qu'à l'amasser, et, montrant une grande âme jusque dans les défauts de sa folle jeunesse, il semblait un fils de roi plutôt qu'un fils de marchand. Il aimait l'éclat des fêtes, la beauté des vêtements, la splendeur des repas ; il donnait aux plaisirs du monde et à la société de ses joyeux amis tout le temps que lui laissait le négoce paternel, et, sans mener une vie coupable, il menait une vie dissipée.

Une grâce spéciale de Dieu et l'élévation naturelle de son âme le préservèrent toujours des mauvaises mœurs : son cœur demeura pur, et quand plus tard Dieu marqua son corps des stigmates de sa Passion, il les imprima sur une chair virginale. Le doux adolescent avait d ailleurs une autre sauvegarde puissante contre les tentations des sens et les embûches du démon, c'était l'amour des pauvres qui précéda en lui l'amour de la pauvreté, et qui, de degré en degré, le porta jusqu'aux sommets les plus sublimes de la sainte charité. Il chérissait les pauvres comme frères, se plaisait à les secourir et se sentait particulièrement touché quand ils lui demandaient l'aumône pour l'amour de Dieu. Ces mots d'amour de Dieu remplissaient dès lors son âme, encore mondaine, d'une mystérieuse émotion. Une seule fois, préoccupé d'une affaire de son négoce, il rebuta un mendiant qui l'implorait avec cette divine formule. Mais aussitôt, rentrant en lui- même, il se repentit amèrement, courut tout en pleurs après le pauvre repoussé, lui fit une large aumône, et prit de ce jour la résolution, à laquelle il ne faillit point, de ne jamais refuser l'aumône à personne.

Ce mélange de vertus naissantes et de qualités naturelles, le charme de sa jeunesse, vivacité, son ardeur, sa générosité d'âme, gagnèrent à François, dès son adolescence, les sympathies de tous : ses compagnons le choisissaient volontiers pour chef et maître de leurs jeux ; son père, tout en regrettant ses prodigalités, était secrètement flatté de ses succès et du prestige qui déjà l'entourait, et Pica, sa pieuse mère, entrevoyait avec joie, sous ses qualités et ses défauts mêmes, le germe de célestes vertus et l'espérance d'un grand amour de Dieu ».

 

Pratique : Concourir, dans la sphère de son influence, à l'éducation chrétienne de la jeunesse.

Invocation : Saint François, qui avez passé la jeunesse dans l'innocence, priez pour les jeunes gens dont la vertu est exposée à faire naufrage.

 

Fioretti

Les deux étudiants

 

Un jour que saint François prêchait à Bologne, ses paroles avaient une onction si merveilleuses qu'elles paraissaient plutôt sortir de la bouche d'un ange que de celle d'un homme : c'étaient autant de flèches aiguës qui transperçaient le cœur de ceux qui les écoutaient. Aussi produisirent-elles la conversion d'une multitude de personnes. De ce nombre se trouvèrent deux étudiants distingués de la Marche d'Ancône, dont l'un s'appelait Pellegrino et l'autre Rinieri. Intérieurement touchés de la grâce en entendant les paroles du saint, ils vinrent le trouver aussitôt après sa prédication, lui protestant qu'ils voulaient entièrement renoncer au monde et entrer dans son Ordre. Connaissant alors, par révélation, que c'était Dieu lui-même qui les lui envoyait et qu'ils devaient se sanctifier dans son Institut, voyant aussi la grande ferveur dont ils étaient animés, saint François les reçut avec joie et leur dit : « Pellegrino, vous suivrez dans l'ordre la voie de l'humilité ; et vous, frère Rinieri, vous vous dévouerez au service des religieux ». Les nouveaux frères se montrèrent fidèles à ces recommandations. (Légendes du Moyen-âge, traduites par l'abbé Riche).

 

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01 octobre 2021

Le Mois de Saint François d’Assise

Le Mois de Saint François d’Assise

 

Baptistère de St Rufin d'Assise-001

 

Deuxième jour

Le baptême

2 Octobre

 

Prélude : L'Esprit Saint plane au-dessus du petit enfant qui se présente au baptême, accompagné des anges impatients de faire une cour à cet élu de Dieu, qui va entrer dans l’Église où son œuvre sera si puissante.

 

Réflexions

 

L'histoire de notre bon Saint est remplie de merveilles. Dès ses premiers pas dans la carrière de ce monde, on eut dit que le ciel s'appliquait à l'entourer de miracles, comme plus tard on dira qu'il semble avoir recouvré sur la nature le domaine suprême d'Adam avant la chute.

Avec quelle impatience, cette pieuse mère, qui l'avait enfanté à l'instar de la naissance du Sauveur, ne dut-elle pas presser l'heureux moment où ce cher fils serait en même temps le fils de Dieu et le frère de Jésus ! Toutes les heures, qui allaient s'écouler entre la naissance et la régénération, lui semblaient dérobées au seul légitime seigneur de son enfant. Le baptême eut donc lieu aussitôt que la mère put faire procurer au nouveau-né cet inestimable bienfait, dont le délai entraîne toujours la privation de beaucoup de mérites et expose souvent aux plus graves conséquences.

Lorsque le prêtre demanda comment on voulait nommer ce catéchumène, les parents répondirent qu'il s'appellerait Jean. C'est le nom du précurseur de Jésus, c'est aussi le nom du disciple bien-aimé. À ces deux titres, il convenait admirablement au thaumaturge, prédestiné à marcher devant la face du Seigneur et à préparer ses voies dans les âmes, pour qui il serait une lumière ardente et brillante. Il convenait aussi à ce préféré du Seigneur Jésus, qui serait admis à pénétrer dans les secrets de son cœur divin et à boire le calice de sa Passion.

Mais, le père de l'enfant avait une autre pensée. S'il consentit à lui laisser imposer le nom de Jean, il se réservait d'y ajouter cet autre nom que le fils de Bernardone a immortalisé et qui est une si grande gloire pour la France chrétienne.

Le surnom de François, qui devint bientôt son seul nom, lui fut donné par son père, suivant les uns en souvenir de la France où il se trouvait au moment de la naissance de ce fils premier-né, suivant les autres à cause de la facilité avec laquelle l'enfant apprit la langue française et de la grâce qu'il mettait à la parler. Quoi qu'il en soit, François porta toujours à la France une affection toute filiale, et notre patrie peut à juste titre se glorifier de lui comme d'un enfant d'adoption.

C'est en effet une grande gloire pour la France d'avoir souvent, dans l'histoire de l’Église, partagé avec Rome les prédilections des saints et de Jésus qui les inspire. Malgré les défaillances de l'heure présente, Dieu nous maintient ce privilège, c'est un signe de sa miséricorde, c'est aussi un heureux présage pour l'avenir de notre pays. On ne peut désespérer d'une nation aussi visiblement aimée du ciel.

 

Pratique : S'employer pour empêcher qu'on diffère, autour de nous, le baptême des nouveaux-nés.

Invocation : Saint François, qui aimez la France, priez pour elle.

 

Baptistère de St Rufin d'Assise 4-001

 

Fioretti

Les parrains mystérieux

 

D'après une tradition constante, un jeune homme inconnu apparut au moment où l'on présentait le nouveau-né sur les fonts baptismaux, le prit dans ses bras et l'y tint pendant toute la cérémonie, sans rien dire, mais les yeux fixés sur lui avec une céleste complaisance. Au retour du baptême, un autre inconnu, un autre envoyé de Dieu, le caressa doucement et traça sur son épaule droite un signe de croix, comme pour le marquer dès sa naissance du caractère sacré de Jésus-Christ. La suite de sa vie, pleine de grâces si extraordinaires et de si merveilleuses vertus, fait croire sans peine à ces mystérieuses prémices. Dans toutes les œuvres divines, la grandeur des fondements est en rapport avec la beauté de l'édifice. Mais, au début, Dieu agit seul ; plus tard, l'homme, correspondant à ses grâces, agit avec lui, et coopère, dans sa liberté, à la grande œuvre de sa propre sainteté. (Histoire populaire de saint François d'Assise, par le Marquis de Ségur).

 

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