02 février 2016

Neuvaine à Notre Dame de Lourdes

Neuvaine à Notre Dame de Lourdes

Du 2 au 11 février

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Premier jour

 

Notre-Dame de Lourdes, dans votre tendresse maternelle, Vous as révélé à Sainte Bernadette votre nom : « Je suis l'Immaculée-Conception ». Ce doux nom, pour nous inviter à la confiance et nous apporter le réconfort. Marie, ma douce Mère, j'ai entière confiance en votre puissante intercession auprès du Seigneur. Soyez mon secours, O Marie, Notre-Dame de Lourdes, Vous, l'Immaculée-Conception obtenez-moi de Notre Père des cieux, par les mérites de Votre Fils, la grâce...

 

Notre Père, Je Vous salue Marie, Gloire au Père

Notre-Dame de Lourdes, Consolatrice des affligés, priez pour nous.

 

Deuxième jour

 

Notre-Dame de Lourdes, Vous nous avez communiqué, par la voix de Sainte Bernadette, de prier pour « la conversion des pécheurs ». Vous connaissez ma faiblesse, ma lâcheté. O Marie venez m'aider à résister à toutes les tentations, moi qui suis pécheur. En ce jour, je Vous prie spécialement pour tous ceux qui souffrent dans leur esprit, leur cœur et leur corps. O Marie, Notre-Dame de Lourdes, Vous l'Immaculée-Conception, obtiens-moi de Notre Père des cieux, par les mérites de Votre Fils, la grâce...

 

Notre Père, Je Vous salue Marie, Gloire au Père

Notre-Dame de Lourdes, Consolatrice des affligés, priez pour nous.

 

Troisième jour

 

Notre-Dame de Lourdes, Vous nous dites : « Pénitence... pénitence... pénitence ». Marie, ô Mère, Vous nous assurez ainsi de l'importance, de l'efficacité de la prière, du sacrifice. Vous nous confirmez la possibilité de contribuer à l'œuvre du Salut des âmes, Marie donnez-moi une soif ardente de la prière, du sacrifice, par amour pour les âmes. Ô Marie, Notre-Dame de Lourdes, Vous, l'Immaculée-Conception, obtenez-moi de Notre Père des cieux, par les mérites de Votre Fils, la grâce...

 

Notre Père, Je Vous salue Marie, Gloire au Père

Notre-Dame de Lourdes, Consolatrice des affligés, priez pour nous.

 

Quatrième jour

 

Notre-Dame de Lourdes, O Mère, Vous nous indiquez le moyen de purification : « Allez boire à la source et vous y laver ». O Mère, prenez-moi par la main, conduisez-moi à cette source pour y découvrir, y entendre, y comprendre, sans déformation, en toute pureté, vérité, clarté, « la Parole du Royaume de Dieu », telle que Jésus l'a révélée. Ô Marie, Notre-Dame de Lourdes, Vous, l'Immaculée-Conception, obtenez-moi de Notre Père des cieux, par les mérites de Votre Fils, la grâce...

 

Notre Père, Je Vous salue Marie, Gloire au Père

Notre-Dame de Lourdes, Consolatrice des affligés, priez pour nous.

 

Cinquième jour

 

Notre-Dame de Lourdes, « qui guérissez les malades », priez pour eux, priez pour moi. O Mère Vous le savez, je trébuche et je tombe si souvent. Je Vous appelle. Venez m'aider à me relever de mes chutes et à poursuivre ma route, confiant en Votre maternelle sollicitude. Je Vous confie spécialement les malades, les désespérés. Ô Marie, Notre-Dame de Lourdes, Vous, l'Immaculée-Conception, obtenez-moi de Notre Père des cieux, par les mérites de Votre Fils, la grâce...

 

Notre Père, Je Vous salue Marie, Gloire au Père

Notre-Dame de Lourdes, Consolatrice des affligés, priez pour nous.

 

Sixième jour

 

Notre-Dame de Lourdes, Soutien de la Sainte Eglise, apprenez-moi à vivre à tout moment en présence du Seigneur, à élever mes pensées, mon cœur, mon âme vers le Père, le Fils et l'Esprit d'amour. Je Vous prie spécialement d'intercéder de toute Votre puissance et de tout Votre Amour maternel, pour la Sainte Eglise, le Saint Père le Pape et tous les pasteurs. « Que tous soient UN ». Ô Marie, Notre-Dame de Lourdes, Vous, l'Immaculée-Conception, obtenez-moi de Notre Père des cieux, par les mérites de Votre Fils, la grâce...

 

Notre Père, Je Vous salue Marie, Gloire au Père

Notre-Dame de Lourdes, Consolatrice des affligés, priez pour nous.

 

Septième jour

 

Notre-Dame de Lourdes, secours des chrétiens, je Vous appelle, priez pour moi Votre Fils Miséricordieux, implorez pour moi son Pardon, le pardon de mes fautes, le pardon de toutes les fautes de l'humanité. Vierge Sainte, Vierge Marie, voici le moment d'implorer par Vous, avec Vous, l'infinie Miséricorde de Dieu. Là est la source de tout Bien. O Marie, Notre-Dame de Lourdes, Vous, l'Immaculée-Conception, obtenez-moi de Notre Père des cieux, par les mérites de Votre Fils, la grâce...

 

Notre Père, Je Vous salue Marie, Gloire au Père

Notre-Dame de Lourdes, Consolatrice des affligés, priez pour nous.

 

Huitième jour

 

Notre-Dame de Lourdes, Consolatrice des Bienheureux, O Mère qui voyez mes peines, mes douleurs. Soyez celle qui reste auprès de moi et quand mes yeux se fermeront à cette terre, soyez encore là pour me présenter à Votre Divin Fils. Sainte Marie, ma Mère, gardez-moi toujours à Vous et serrez-moi sur Votre Cœur, puisqu'à l'ombre de la croix de Votre Fils, je suis devenu « votre enfant ». Ô Marie, Notre-Dame de Lourdes, Vous, l'Immaculée-Conception, obtenez-moi de Notre Père des cieux, par les mérites de Votre Fils, la grâce...

 

Notre Père, Je Vous salue Marie, Gloire au Père

Notre-Dame de Lourdes, Consolatrice des affligés, priez pour nous.

 

Neuvième jour

 

Notre-Dame de Lourdes, qui avez fait couler sur la terre la source qui guérit tous les maux, laissez parler mon cœur et Vous dire combien je Vous aime. Voyez, c'est ma façon de Vous exprimer mon amour, de Vous dire merci. Vierge Marie, cet amour est bien peu de chose, bien insuffisant. Pour cela, faites grandir en moi mon amour pour Vous et pour Votre Fils. Ô Marie, Notre-Dame de Lourdes, Vous, l'Immaculée-Conception, obtenez-moi de notre Père des cieux, par les mérites de Votre Fils, la grâce...

 

Notre Père, Je Vous salue Marie, Gloire au Père

Notre-Dame de Lourdes, Consolatrice des affligés, priez pour nous.

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30 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Trente-et-unième jour

Dernière station à la Grotte

 

Voici, pour cette année du moins, s'il plaît à Dieu, notre dernière station à la Grotte de Lourdes. Nous aurions voulu, n'est-il pas vrai ? Y demeurer toujours. Mais hélas ! Ici-bas tous les lilas meurent et, comme les chants des oiseaux, les Mois de Marie, surtout aux bords du Gave, sont courts...

En choisissant une grotte pour théâtre de ses dix-huit Apparitions, la Dame des Pyrénées n'a fait qu'ajouter dix-huit chapitres glorieux à l'histoire religieuse des Grottes dans le monde. Une grotte, dissimulée, parmi les arbres du Paradis terrestre, aurait servi de retraite à Adam et Eve après leur prévarication... Jacob bénit ses fils chacun selon sa bénédiction. Puis il leur donna cet ordre : « Je vais être réuni à mon peuple ; enterrez-moi avec mes pères dans la grotte qui est dans le champ d'Ephron, le Héthéen, dans la grotte du champ de Macpéla, en face de Mambré, au pays de Canaan : c'est la grotte qu'Abraham a acquise d'Ephron, le Héthéen, avec le champ, pour avoir un sépulcre qui lui appartînt. C'est là qu'on a enterré Abraham et Sara, sa femme, c'est là qu'on a enterré Isaac et Rébecca, sa femme, et c'est là que j'ai enterré Lia.... Lorsque Jacob eut achevé de donner ses ordres à ses fils, ayant retiré ses pieds dans le lit, il expira et fut réuni à ses pères.... Les fils de Jacob firent donc envers leur père comme il leur avait commandé. Ils le transportèrent au pays de Canaan et l'enterrèrent dans la grotte du champ de Macpéla ».

« Et Josué, et tout Israël avec lui, retourna au camp à Galgala. Les cinq rois s'enfuirent et se cachèrent dans la grotte à Macéda. Josué dit : « Roulez de grosses pierres à l'entrée de la grotte, et mettez-y des hommes pour les garder.... Puis Josué dit : « Ouvrez l'entrée de la grotte, faites-en sortir les cinq rois et amenez-les moi ». Ils firent ainsi et lui amenèrent les cinq rois qu'ils avaient fait sortir de la grotte, le roi de Jérusalem, le roi d'Hébron, le roi de Jérimoth, le roi de Ivachis et le roi d'Eglon.... Puis Josué les frappa de l'épée et les fit mourir ; il les pendit à cinq arbres, et ils y restèrent pendus jusqu'au soir. Vers le coucher du soleil, Josué les fit descendre des arbres ; on les jeta dans la grotte où ils s'étaient cachés, et l'on mit à l'entrée de la grotte de grosses pierres qu'on y voit encore aujourd'hui ».

« David monta du rocher de l'évasion et s'établit dans les lieux forts d'Engaddi. Saül prit trois mille hommes d'élite d'entre tout Israël, et il alla à la recherche de David et de ses gens jusque sur les rochers des boucs sauvages. Il arriva au parc des brebis qui étaient près du chemin ; il y avait là  une grotte où il entra pour se couvrir les pieds, et David et ses gens étaient au fond de la grotte.... David se leva, puis coupa à la dérobée le bord du manteau de Saül. Après cela, le cœur lui battit, de ce qu'il avait coupé le pan du manteau de Saül.... Saül s'étant levé pour sortir de la grotte, continua sa route. Alors David se leva et, sortant de la grotte, il se mit à crier après Saül : « O roi, mon seigneur ». Saül regarda derrière lui, et David s'inclina le visage contre terre, et se prosterna, et il dit à Saül : « Vois dans ma main le coin de ton manteau. Puisque j'ai coupé le coin de ton manteau et que je ne t'ai pas tué, reconnais et vois qu'il n'y a dans ma conduite ni méchanceté ni révolte et que je n'ai point péché contre toi »... Et Saül éleva la voix et pleura. Il dit à David : « Tu es plus juste que moi... Maintenant je sais que tu seras roi ».

« Elie se leva, mangea et but, et avec la force que lui donna cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu'à la montagne de Dieu, à l'Horeb. Là, il entra dans la grotte (et il y passa la nuit.... Jéhovah dit : « Sors, et tiens-toi dans la montagne devant Jéhovah, car Jéhovah va passer. Et il y eut un vent fort et violent qui déchirait les montagnes et brisait les rochers : Jéhovah n'était pas dans le vent. Après le vent, il y eut un tremblement de terre: Jéhovah n'était pas dans le tremblement de terre. Et après le tremblement de terre, un feu : Jéhovah n'était pas dans le feu. Et après le feu, le murmure d'une brise légère. Quand Elie l'entendit, il s'enveloppa le visage de son manteau, et étant sorti, il se tint à l'entrée de la  grotte... Et Jéhovah lui dit : « Va, reprenant ton chemin, au désert de Damas, et quand tu seras arrivé, tu oindras Hazaël pour roi de Syrie ; tu oindras Jéhu, fils de Nanisi, pour roi d'Israël, et tu oindras Elisée, fils de Saphat, d'Abel-Méhana, pour prophète à ta place ».

On lisait dans les mêmes écrits, comment le prophète, sur un ordre reçu de Dieu, fit transporter avec lui le tabernacle et l'arche, et qu'il se rendit ainsi à la montagne que gravit Moïse et d'où il contempla l'héritage de Dieu. Arrivé là, Jérémie trouva une habitation en forme de grotte, et il y déposa le tabernacle et l'arche, ainsi que l'autel des parfums, et en boucha l'entrée.

A son tour, Jésus, le Verbe fait chair, naquit dans une grotte, ressuscita Lazare dans une grotte, agonisa, au jardin des Oliviers, dans une grotte, fut enseveli, au Golgotha, dans une grotte... Et, selon l'Apocalypse, quand sera ouvert le sixième sceau, quand se produira le grand tremblement de terre, quand le soleil deviendra noir comme un sac de crin, quand la lune entière paraîtra comme du sang, et que les étoiles tomberont vers la terre, comme les figues vertes tombent d'un figuier secoué par un grand vent, c'est dans des grottes et dans les rochers des montagnes que les rois de la terre, et les grands, et les généraux, et les riches, et les puissants, et tout esclave ou homme libre, se cacheront.

Mais, en attendant, c'est la Grotte de Lourdes, qui, toute resplendissante de lumière, tandis que ses sœurs de l'Evangile et de la Bible sont plongées dans les ombres d'un passé évanoui, continue, depuis un demi-siècle, à abriter en sa puissante image, après l'avoir possédée en personne, Marie, l'Eve nouvelle, la Reine des Patriarches, l'Inspiratrice des Prophètes, l'Espoir des temps antiques, la Mère de l'Adam nouveau, la Consolatrice des affligés, le Secours des chrétiens, la Porte du Ciel, le Tabernacle, l'Arche d'alliance, l'Autel des parfums du second Testament...

On l'appelle Grotte de Massabielle, c'est-à-dire de « Masse vieille », de « vieux rocher ». Son nom évoque son histoire, et son histoire est belle. La Science nous l'apprend. A rencontre des monts voisins dont la cime hautaine atteste les grandes révolutions terrestres qui soulevèrent les Pyrénées, Massabielle demeura disloquée, renversée à demi... Plus tard, disent encore les Savants, le fleuve de glace qui descendit du cirque de Gavarnie inondant la vallée du Gave la couvrit de ses vagues... Elle fut ignorée des hommes, durant de longs siècles,... jusqu'au jour où, le 11 février 1858, cette Grotte, manifestement prédestinée par le Christ pour l'honneur de sa Mère, devint ce qu'elle est encore aujourd'hui : l'abri des justes, le refuge des pécheurs, le tombeau du Mal, le berceau du Bien, l'hôpital des incurables, le laboratoire des Savants honnêtes, le foyer des miracles, l'oratoire des âmes, le rendez-vous des peuples, le sanctuaire de Jésus en son eucharistique présence, le Gethsémani de la Vierge dolente, le Tabor de l'Immaculée-Conception. Car, comme le disait Pie X en l'une de ses audiences de mars 1904, « Je considère les Apparitions de Lourdes avec toutes leurs conséquences si admirables, si opportunes et si salutaires, comme une des grâces les plus insignes qui aient été méritées à l'Eglise par la proclamation dogmatique de l'Immaculée-Conception ».

Des flancs de cette Grotte entre toutes bénie sortent des brises légères, maternelles caresses de Marie sur les âmes ; et, mieux qu'en la grotte d'Horeb, Jéhovah est dans ces brises surnaturellement fécondes... Sur son seuil, expirent les rafales des humaines passions, les commotions de la Politique antireligieuse, les embrasements de l'Anarchie, car Jéhovah n'est point dans ces vents, dans ces tremblements, dans ces feux. Et quand se sont apaisées les insolences haineuses, les justes, tel Elie, se livrent, pour la restauration des vertus dans le monde, à de saintes et royales onctions...

En cette Grotte, règne surtout la Vierge. Impossible de risquer la moindre coupure à son manteau de mérites immense autant qu'indéchirable. Mais, avec l'audace du repentir escomptant la clémence, on peut, d'un bord, d'un pan, d'un pli, si petit soit-il, de ce manteau de notre Reine, enrichir sa personnelle indigence, et se présenter devant Dieu, certain d'être mieux accueilli que David par l'inconstant Saül. Et maintenant, Grotte pyrénéenne, palladium de la France et du monde, après avoir passé, près de ton églantier, devant ta niche, à la lumière des blancs cierges dont la mèche fumante noircit sans cesse les parois de tes excavations, le Mois des fleurs, il nous faut te quitter, pour aller dans nos familles, en souvenir des grâces que tu nous procuras, porter des fruits...

O toi qui fus témoin des larmes de Bernadette en sa dernière visite, avant son départ pour Nevers ! Asile saint dont les délices inspirèrent à l'enfant virginale cette réponse où s'exhalait toute la gratitude de son âme : « A Lourdes, la Grotte était mon Ciel ! » pour nous aussi, durant trente-un jours, tu auras été un coin du Ciel !... Vois nos pleurs, perçois nos battements d'amour, et permets-nous d'adresser à ta royale Hôtesse, tandis que nous jetons sur sa statue un suprême regard, le cri final de l'Eglise, en une de ses Antiennes, pendant le Carême, saison mystique, Cure d'âme de l'année : « Adieu, à la plus belle des créatures, adieu Dame de Lourdes, Reine de notre Mois de Mai trop tôt fini, adieu et priez le Christ, votre Fils, notre divin Sauveur, pour chacun de nous tous : Vale, ô valde decora, et pro nobis Christum exora ! »

 

Examen et résolution

 

Comment avons-nous passé ces cinq semaines ?... Avons-nous scrupuleusement suivi le régime, le traitement du confesseur, médecin de notre conscience ?... Nos stations journalières à la Grotte ont-elles été des moments d'étude religieuse, de prière fervente, de sanctification effective ?... Qu'ont été nos oraisons, nos confessions, nos adorations, nos communions, nos conversations, nos actions ? Nous sentons-nous l'âme mieux portante, plus fraîche? Avons-nous plus de lumières sur Marie, plus d'amour pour cette bonne Mère, plus de confiance en sa miséricorde, plus de zèle pour l'avancement de sa gloire ? De quels défauts nous sommes-nous corrigés ? De quelles vertus nous sommes-nous parés ?... Quelles grâces avons-nous sollicitées, obtenues ?... Qu'espérons-nous encore ?...

Humilions-nous, si nous avons à nous reprocher quelque infidélité. Remercions, si notre programme spirituel, de tous points réalisé, nous a valu un notable amendement.... Et prenons des résolutions en rapport avec nos besoins.... Avons-nous besoin d'être humbles... purs... détachés de quelque créature... charitables dans nos paroles... fidèles à tel exercice de piété depuis quelque temps négligé... mortifiés dans telle fréquentation, en telle lecture ?... Prenons la résolution, non point vague, générale, mais précise, particulière, de le devenir... Et que nos résolutions, au lieu d'être ce que l'on ne tient pas, ce qui partant accuse et aggrave, soient, au contraire, ce que nous tenons, ce qui nous tient et ce qui, devant Dieu, nous sauvera.... Tel ce dernier jour du Mois de Mai, le dernier jour de notre vie arrivera, plus tôt peut-être que nous n'y songeons.... Heureux serons-nous alors, si nous avons pensé à Marie, parlé à Marie, ressemblé à Marie, travaillé, souffert, vécu pour Marie : le dernier jour de notre terrestre existence sera pour nous le premier du Mois de Marie qui, au Ciel, ne finira jamais...

 

Prière

 

O Notre Dame, nous ne saunons mieux clore le cycle de nos invocations quotidiennes qu'en vous adressant la prière composée, le 8 septembre 1903, par le pieux Pie X, en vue de l'année jubilaire de la Proclamation du Dogme de votre Immaculée Conception : « Vierge très sainte, qui, ayant plu au Seigneur êtes devenue sa Mère immaculée de corps et d'esprit, dans la foi et l'amour, regardez avec bienveillance les malheureux qui implorent votre puissant patronage. Le malin serpent, contre qui fut lancée la première malédiction, ne continue que trop à combattre par ses embûches les enfants d'Eve. Ah ! Vous, ô notre Mère bénie, notre Reine et notre avocate qui, dès le premier instant de votre conception, avez écrasé la tête de l'ennemi, exaucez les prières que nous vous conjurons, unis à vous d'un seul cœur, de présenter au trône de Dieu, pour que nous ne tombions jamais dans les pièges qui nous sont tendus, et qu'ainsi nous arrivions tous au port du salut, et qu'à travers tant de dangers, l'Eglise et la société chrétienne entonnent encore une fois l'hymne de la délivrance, de la victoire et de la paix. Ainsi soit-il ».

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

 

Fin du Mois de Marie

 

Prochain Mois de dévotion, le Mois de Saint Pierre, rendez-vous le 31 mai.

 

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Téléchargez l'intégralité des méditations du Mois de Marie à la Grotte de Lourdes (pdf) en cliquant ici

 

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29 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Trentième jour

Dix-huitième Apparition

 

Aussitôt Bernadette se leva et courut chez sa plus jeune tante Basile pour la prier de l'accompagner à Massabielle. L'entrée de la Grotte était alors défendue par ordre de l'autorité administrative, et une palissade en planches fermait le devant des excavations. Pour ne pas tomber sous les coups de l'arrêté préfectoral, Bernadette et sa tante prirent le chemin qui conduit aux prairies dites de la Ribère, et allèrent s'agenouiller sur la rive droite du Gave, en face du rocher des apparitions. En traversant le quartier de Lapaca, elles furent accostées par d'anciennes voisines qui, leur ayant demandé où elles allaient, se mirent à leur faire cortège. Plus loin, sur les pelouses qui se trouvaient en contre-bas de la route de Pau, elles rencontrèrent plusieurs groupes de femmes priant à genoux, tournées vers la niche miraculeuse. Dès que Bernadette apparut, tous ces groupes se levèrent et vinrent s'établir en demi-cercle autour d'elle. On était si heureux de prier à côté de la petite voyante ! Presque aussitôt que l'enfant eut fixé son regard sur le rocher au delà  du Gave, les rayonnements de l'extase éclatèrent sur sa figure, et, dans les transports de son âme ravie, elle s'écria : « Oui, oui, la voilà ! Elle nous salue et nous sourit par-dessus les barrières ».

Ainsi cette dix-huitième Apparition fut comme un suprême encouragement pour la vaillance de Bernadette. Chère enfant ! Elle avait souffert, beaucoup souffert pour sa Dame : on l'avait importunée, ridiculisée, menacée, tentée, de toute manière ; on avait insulté à sa détresse par des offres scandaleuses d'argent ; on n'avait pas craint de la faire passer pour hallucinée, n'ayant pu réussir à l'entacher de folie, au regard du public ; elle avait vu une administration tracassière déployer son autorité, ses violences, ses ruses, pour discréditer l'oeuvre de la Grotte, infirmer les premiers miracles de la Source, et procéder à l'enlèvement des objets de piété entassés par la reconnaissance et la dévotion populaires.

Et maintenant, de la rive droite du Gave, ses yeux attristés, se tournant vers la roche, se heurtaient aux planches de la palissade : cercueil arrogant dressé par l'autoritarisme laïque pour essayer, en vain, une fois de plus le long des siècles, d'y coucher, comme une prétendue morte, la foi nouvellement née des pèlerins. D'autres souffrances devaient, en un proche avenir, visiter Bernadette : elle perdrait sa mère ; il lui faudrait quitter Lourdes, aller à Nevers s'ensevelir vivante dans un cloître. Pour tant d'épreuves, sa vaillance méritait un encouragement : la Dame lui apparut : « Oui, oui, la voilà ! Elle nous salue et nous sourit pardessus les barrières »...

Il fallait aussi encourager les croyants qui, malgré les oppositions administratives, se faisaient les défenseurs, les vengeurs de la Dame, encouraient des critiques, des disgrâces, des procès-verbaux pour elle, et ne cessaient quand même de venir jeter courageusement leurs prières avec leurs offrandes, vers la niche bénie, « par-dessus les barrières ». Il fallait apporter un salut à ces persécutés, faire briller un sourire sur leurs larmes, leur mettre au cœur l'espérance invincible que les planches des fossoyeurs voleraient en éclats, et que la victoire finale appartiendrait à ces deux grandes méconnues des pouvoirs humains : la Religion, la Liberté. Et la Vierge apparut. « Oui, oui, la voilà ! Elle nous salue et nous sourit par-dessus les barrières »...

Les barrières n'ont jamais manqué et ne manqueront jamais aux disciples de Marie et de Jésus. Il y a les barrières légales, les premières planches en furent fabriquées contre Jésus par Hérode, le massacreur des Innocents, et, plus tard, par les Juifs. Dans la suite, les planches pourries ont été remplacées par des neuves, avec des couleurs et des formes différentes. Toujours, il y a eu, quelque part, des lois humaines en insurrection contre la légalité divine : comme si le droit pouvait prévaloir contre le droit ; comme si Dieu, Législateur par excellence, de qui émane éternellement toute autorité, toute justice, pouvait être contrarié dans ses ordonnances par les élucubrations fantaisistes de législateurs humains sans compétence ni durée ! Heureusement, un jour vient où, en dépit de la Force contemptrice du Droit, le Surnaturel réapparaît. « Oui, oui, la voilà ! Elle nous salue et nous sourit par-dessus les barrières »...

Il y a les barrières sociales. Quand la loi divine n'est plus en faveur parmi les lois humaines, une dépression religieuse se produit dans la société. Les amis du Christ sont vus d'un mauvais œil. On n'apprécie que les impôts qu'ils soldent au fisc ; pour tout le reste, on les considère comme taillables et corvéables à merci. Et les barrières sociales doublées des barrières domestiques, à cause des intérêts connexes de la famille, se dressent implacables devant ceux que le Surnaturel attirait sans obstacle autrefois. Heureux les vaillants : la Grâce aura pour eux des saints et des sourires qui les réconforteront. « Oui, oui, la voilà ! Elle nous salue et nous sourit par-dessus les barrières »...

Il y a les barrières diaboliques. On ne les voit pas au dehors, celles-là ; mais on les sent, dans le mystère des vies, au dedans. Mauvaises pensées, désirs corrupteurs, imaginations affreuses, dégoûts du Bien, frénésies du Mal : autant de barrières opposées par le Démon au libre cours de la Vérité et de la Vertu dans les âmes ! Ce ne sont pas les plus faciles à démolir : on n'a point, pour cette besogne, les stimulants extérieurs de l'amour-propre et de la constatation matérielle du succès ; on est seul à seul avec sa conscience et Dieu ; on n'est jamais sûr, tant l'illusion subtile peut se glisser en nous, de les avoir, pour de bon, abattues ; on a peur, et quelquefois non sans raison, qu'elles ne soient, au contraire, consolidées ; elles se redressent avec une rapidité électrique ; c'est toujours, ou presque toujours, à recommencer. De là des appréhensions, des découragements, des marasmes terribles. Heureux qui, en ces occurrences recourt à la prière pour implorer le Christ, au chapelet pour appeler la Dame : le Surnaturel, par ses saints et ses sourires, les consolera et les fortifiera. « Oui, oui, la voilà : elle nous salue et nous sourit par-dessus les barrières »...

Le soleil se couchait cependant à l'horizon, et les ombres de la nuit commençaient à gagner le bassin de Massabielle. La Vierge jeta un dernier et profond regard d'affection sur sa petite privilégiée, puis elle disparut. C'était fini ! Bernadette ne devait plus revoir la Mère de Dieu que dans les splendeurs du paradis.

 

Examen

 

Voyez-vous comment il ne faut pas compter naïvement sur les appuis humains pour la prospérité et la totale liberté des œuvres religieuses ?... Nous avons vu naguère l'administration civile favoriser les rassemblements populaires autour de la Grotte et nous l'avons louée de son attitude... Voici maintenant un arrêté préfectoral interdisant l'accès de Massabielle... voici la palissade !... Les conflits entre les deux pouvoirs existeront tant que le corps en chacun de nous s'insurgera contre l'esprit : l'Etat est le corps d'une nation, la Religion en est l'âme... Avez-vous suivi Bernadette, sa tante et les anciennes voisines sur la rive droite du Gave, pour tourner la difficulté administrative et jouir quand même de la vue de la Dame ?... Il n'y a que les idéologues et les orgueilleux dont l'état mental confine à la folie qui puissent se targuer d'éteindre aux yeux des croyants les lumières du Ciel... Dieu et son Christ regarderont toujours à travers les nuages, par-dessus les barrières.... Et mieux que le soleil, la lune et les étoiles, les divins regards éclaireront le monde...

N'est-elle pas admirable cette dernière Apparition faite d'un salut et de sourires pour la consolation de Bernadette et des persécutés de Lourdes ?... Comme on reconnaît bien la Consolatrice des affligés, le Secours des Chrétiens, la céleste Auxiliatrice des âmes, des familles, des peuples et, en particulier, de la France, car c'est en France que se passaient ces choses.... car c'est en France que nous avons la Sainte Vierge, si en Italie on a la Papauté... Ah ! Si nous nous tournions amoureusement vers Marie, en nos jours de tristesses !... Comme elle nous consolerait !...

Ne sommes-nous pas de ces chrétiens de peu de foi qui, attribuant aux lois humaines une force d' obligation et de durée dont elles sont dépourvues quand elles sont un attentat au droit, se lamentent découragés et ne voient point du côté du Ciel les saluts et les sourires par-dessus les fragiles et grotesques barrières ?... Si quelques membres de nos familles ont perdu leur place ou ont été privés d' avancement parce qu'ils étaient catholiques, mais sans avoir prêté le flanc à une telle mesure par négligence professionnelle ou bravade inutile, avons-nous invoqué la Dame et l'avons-nous adjurée de nous sourire et de nous regarder par-dessus ces barrières sociales ?... Avons-nous cherché à étudier et à combattre notre défaut dominant, avons-nous chassé les tentations obsédantes du Démon, en demandant à la Dame d'avoir pitié de nous et de nous témoigner sa pitié par des saints et des sourires ?...

Est-ce surtout les jours de fête de la Sainte Vierge que, redoublant de dévotion envers elle, nous l'avons suppliée de nous accorder ses maternelles faveurs ?... Elle avait décliné son nom, le jour de la fête de son Annonciation... Et elle sourit par dessus les barrières, le jour de la fête où on l'honore, le 16 juillet, comme la Dame du Mont-Carmel... N'y a-t-il pas dans le choix de ces coïncidences liturgiques comme un indice de la ferveur avec laquelle nous devons célébrer les fêtes de Marie ?... N'y a-t-il pas aussi pour nous une implicite exhortation à porter ou à reprendre le Scapulaire du Mont-Carmel ?...

 

Prière

 

O Notre Dame, puisque nous sommes au terme des Apparitions dont vous avez, à Lourdes, honoré Bernadette et la France, permettez-moi de vous adresser la prière de l'écrivain que je citais avant-hier et auquel vous aurez fait bon accueil, à son entrée dans l'Eternité. Son cri d'âme résume si bien ce que nous avons dit de vous : « Si Vous êtes évidemment Celle qui se promena sous des figures, sous des noms divers dans l'Ancien Testament. Vous êtes, sans crèche et sans croix, la Vierge antérieure aux Evangiles ». Vous êtes la fille de l'impérissable Dessein, la Sagesse qui est née avant tous les siècles.... Vous êtes donc, sous un nouvel aspect, la plus ancienne des Vierges.... L'Immaculée Conception nous ramène à travers la Bible, jusqu'au chaos de la Genèse... et, forcément, je pense à Eve devenue sainte maintenant, et qui, désolée par les douleurs de ses descendants, par ces maladies affreuses qu'ils n'auraient pas connues, sans sa faute, se tient là  près de vous et vous supplie de payer à ses malheureux sa dette, de les guérir ». Et Vous qui ne fîtes point ici-bas de miracles, de votre vivant, Vous en faites maintenant, et pour elle et pour nous. Lumière de bonté qui ne connaît pas les soirs, havre des pleure-misère, Marie des compatissances, Mère des pitiés !

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

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28 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Vingt-neuvième jour

Première Communion de Bernadette et Récompense

 

Dans l'intervalle du 7 avril au 16 juillet, la Dame n'apparut point. La mission publique de Bernadette était remplie. Il fallait qu'elle rentrât dans la vie privée. D'autant qu'elle avait à se préparer à sa Première Communion. Ayant goûté à la Grotte, et jusqu'au mystique enivrement, les suavités de la Mère de Dieu, le temps lui devait durer de goûter à l'autel les suavités de Jésus, le divin Fils. Elle fut instruite de ses devoirs religieux à la chapelle de l'Hospice, et le 3 juin, en cette même chapelle, elle s'approcha de la Table sainte pour la première fois. A l'occasion de cette douce et sainte fête, on espérait à Lourdes que la petite voyante serait favorisée d'un de ces ravissements angéliques qui faisaient l'admiration des foules aux roches Massabielle. Il n'en fut rien. Bernadette, les mains jointes, s'avança vers l'autel, reçut son Dieu dans son cœur virginal et revint à sa place, sans donner d'autre signe que celui d'une immense et profonde félicité. La sœur de M. Estrade ayant demandé à la première communiante : « Dis-moi, Bernadette, qu'est-ce qui t'a rendue la plus heureuse : ou de recevoir le bon Dieu, ou de converser, à la Grotte, avec la sainte Vierge ? » Bernadette hésita un moment, puis elle répondit : « Je ne sais : ces choses-là  vont ensemble et ne peuvent pas être comparées. Ce que je sais, c'est que j'ai été bien heureuse dans les deux circonstances ».

Le 16 juillet, ce double bonheur lui fut réservé : les deux circonstances se réunirent, comme se réunissent parfois deux arcs-en-ciel, pour verser leurs radiations sur son âme. Elle avait communié le matin, pour la troisième ou quatrième fois, et dans l'après-midi de la même journée, vers le soir, se trouvant en prière dans l'église paroissiale, elle entendit la voix douce de la Vierge Immaculée retentir au fond de son cœur, lui disant de venir à la Grotte. Pourquoi ce retour à l'église, dans la soirée ? Peut-être, pour assister à une de ces Bénédictions du Très Saint-Sacrement qui sont revêtues de tant de poésie céleste et qu'on donne dans les paroisses où la piété est en honneur, au déclin de certains jours... ; sûrement, pour prolonger son action de grâces, au pied de l'autel, dans le voisinage du Sauveur dont, le matin, elle s'était nourrie. Le quart d'heure qui suit la sainte Communion ne suffisant point, selon elle, à la reconnaissance, elle revenait là où était son trésor Et la Vierge, pour la récompenser de sa délicatesse, lui faisait percevoir, à l'oreille du cœur, l'appel connu des Visions... Quelle félicité ! Elle allait passer de l'Autel à la Grotte, du Fils, caché sous le voile du Sacrement, au face à face de la Mère « Ces choses là  vont ensemble », si « elles ne peuvent pas être comparées ».

Les récompenses surnaturelles, décernées par Jésus et Marie aux âmes qui les servent, sont plus nombreuses, en ce monde, que ne l'imaginent les superficiels. Les intimités du Divin sont faites de douceurs sans pareilles. La vie des Saints est pleine de ces gâteries excessives : la Croix a distillé des baumes qui leur ont procuré des surabondances d'allégresse dans les tribulations ; la douleur est devenue leur volupté ; leurs mécontentements ont fait leurs joies. Ceux-là mêmes qui restent étrangers à ces ivresses de la sainteté ne laissent pas, dans la vie ordinaire, que de bénéficier de l'admirable système de compensations institué par Dieu, en faveur de ses serviteurs et de ses servantes, pour leur ménager comme des senteurs de roses parmi les meurtrissures des épines...

C'est surtout dans nos églises, devant le tabernacle, que ces grâces rémunératrices sont départies. Autrefois, le Psalmiste chantait : « Que tes demeures sont aimables, Jéhovah Sabaoth ! Tes autels, Jéhovah Sabaoth, mon roi et mon Dieu ! Heureux ceux qui habitent ta maison ! Mieux vaut un jour dans tes parvis que mille loin de toi. Je préfère me tenir sur le seuil de la maison de mon Dieu, plutôt que d'habiter sous les tentes des méchants, car Jéhovah Dieu est un soleil et un bouclier ; il donne la grâce et la gloire ». Qu'eût dit le chantre d'Israël, s'il avait pu entrevoir, et, mieux encore, savourer l'Eucharistie ?... C'est dans le commerce eucharistique, aux heures d'adoration, de communion, d'actions de grâces, que se font sentir les plus enchanteresses pénétrations de Dieu... La Dame, elle-même, ne nous trouve jamais plus beaux, n'est jamais autant portée à nous bénir, que lorsque, comme Bernadette, elle nous voit dans la posture de la prière, en nos églises paroissiales, sous l'influence directe du Très Saint-Sacrement Passion de l'Eucharistie, quand serez- vous la mienne, comme vous avez été, à partir de son institution, le soir du Jeudi Saint, la passion de Marie ? O manifestations, ô caresses maternelles de la Dame ! Ô Epiphanies, ô donations particulières, ô tendresses du Fils ! « Ces choses-là vont ensemble et ne peuvent pas être comparées ».

 

Examen

 

N'avons-nous pas une piété intermittente, faite d'accès les jours de grande solennité, et de calme plat, sinon de dégoût et d'infidélités, le reste du temps ?... Bernadette aimait et servait également la Dame, quoiqu'elle ne parût point... Attachons-nous à la Première Communion l'importance qu'elle mérite, surtout à une époque et dans une société où la Première Communion devient souvent le seul acte public de religion que l'on fasse en toute sa vie ?...

Comment préparons-nous nos enfants à la Première Communion ? Leur en parlons-nous longtemps à l'avance pour faire miroiter devant leurs yeux cette céleste perspective, pour accélérer les palpitations d'amour de leur cœur innocent ? Les faisons-nous prier avec nous, au pied de leur lit, dans une chambre recueillie et non pas au milieu des conversations de famille, pour obtenir de Dieu et de la Vierge la grâce de les préparer à la venue de ce grand jour ?... Leur faisons-nous, nous-même le catéchisme, leur inspirant le goût de ce livre, leur faisant apprendre, réciter, comprendre leurs leçons ?... Ne sommes-nous pas de ces pères qui ne parlent jamais de Religion devant leurs enfants et qui font croire de bonne heure à leur fils, par leurs criminels exemples, que la Religion n'est bonne que pour les femmes ?... Ne sommes-nous pas de ces mères inintelligentes, volages, qui se déchargent à peu près exclusivement de la question religieuse, pour ce qui regarde leurs enfants, sur les éducateurs et les éducatrices à qui elles les ont confiés ?...

Nous occupons-nous des enfants pauvres pour les habiller, des enfants élevés entièrement dans l'ignorance de Dieu à la mode laïque, pour les instruire ?... Au lieu de gaspiller notre temps et nous plaindre de nos trop longs désœuvrements ou de notre ennuyeuse solitude, ne pourrions-nous pas, ne devrions-nous pas, catéchistes volontaires, adopter des petits garçons, des petites filles, qui sans nous seraient des échantillons du paganisme moderne, pour remplir envers eux nos devoirs de religieuse paternité, maternité... Ignorons-nous qu'on compte par milliers dans nos grandes villes les enfants non baptisés, et les jeunes gens qui, baptisés, n'ont jamais communié ?... Oh ! On se ferait volontiers catéchiste des enfants appartenant à des familles aisées et surtout riches... Mais catéchiste des enfants déguenillés, mal-propres, comme il y en a tant dans nos cités par l'incurie ou la misère des parents !... Bernadette fut instruite à la chapelle de l'Hospice...

Célébrons-nous chaque année l'anniversaire de notre première Communion ? Nous rappelons-nous ce que nous étions alors et ce que nous avons promis ?... Le souvenir de notre première Communion n'est-il pas pour nous accusateur ?... Il l'est sûrement, si nos communions subséquentes ont eu moins de ferveur, au lieu d'en avoir davantage.... La première fois, nous étions nécessairement, à cause de notre âge, des novices de la Communion ; par la répétition des mêmes actes, nous aurions dû devenir, si je puis ainsi dire, des profès : quelle erreur de croire et quelle honte d'être contraint d'avouer que notre première Communion fut la plus belle non seulement à cause de sa poésie, mais encore à cause de nos dispositions !... Comme si à vingt ans, à quarante ans, et plus tard, on ne devrait pas être, religieusement, plus habile, plus parfait qu'à douze ans !...

Communions-nous souvent, selon le désir de Notre-Seigneur et la pressante invitation que vient d'adresser Pie X, son vicaire infaillible ?... Des scrupules entretenus par le Démon qui y trouvera son compte, des paresses spirituelles plus ou moins avouables, ne nous éloignent-ils pas, malgré l'avis contraire de notre confesseur, de la  sainte Table : Que valent nos préparations éloignées et prochaines ?... nos actions de grâces ?... nos visites au Saint Sacrement dans la soirée ?... nos assistances aux Saints ?... Faisons-nous de l'Eucharistie notre divine panacée dans les doutes, dans nos peines, dans nos chutes ?... Marie ne nous attire à elle que pour nous jeter dans le Cœur de Jésus...

 

Prière

 

O Notre Dame, sans vous manifester extérieurement à Bernadette pendant les deux mois qui précédèrent sa Première Communion, vous ne laissâtes pas que de la travailler intérieurement. Et si sa mère se chargea, au foyer, de la robe blanche et du voile dont elle avait besoin, comme première communiante, pour la toilette de son corps, c'est vous sa Mère du Ciel, qui vous occupâtes particulièrement de la parure de son âme. Hélas ! vous savez les épreuves par lesquelles passent aujourd'hui les premiers communiants : aidez les prêtres, les parents, les personnes pieuses qui les préparent, et montrez-vous pour cette jeunesse admise, d'ordinaire en ce mois de Mai, à  l'eucharistique festin la Dame véritable de la première Communion.... C'est aussi l'usage, en ce grand jour, qu'après avoir ratifié, la main sur l'Evangile, ses promesses baptismales, on se consacre à vous ... Acceptez cette consécration de vos enfants de France tout parés de blancheur et, par un attrait plus vif pour le Bien, par une perception plus nette de vos beautés sans tache, donnez-leur, comme récompense, la plus précieuse qu'ils puissent recevoir, d'avoir, pour vous et leur Dieu Jésus-Christ, une fidélité qui ne s'altère point...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

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27 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Vingt-huitième jour

Le Cierge bénit

 

A partir du jour de l'Annonciation, la douce Vision ne reçut plus le nom vague et impersonnel de « la Dame », mais bien le nom plus tendre et mieux déterminé de Notre Dame de la Grotte ou de Notre Dame de Massabielle. Les fêtes de Pâques suivirent de très près le jour où la Dame du rocher s'était déclarée la Mère Immaculée du divin Rédempteur. Heureux et fiers de ce que la Reine du ciel prenait droit de cité parmi eux, les habitants de Lourdes allèrent avec enthousiasme s'asseoir au banquet eucharistique ; à part quelques philosophes sans foi, l'entraînement fut général. Tandis que la ville était dans l'allégresse, la petite fille, objet des prédilections de la Vierge, devrait-elle être mise à l'écart et sevrée des joies de la Résurrection ? Le cœur de la céleste Mère ne put y consentir, et le mercredi de Pâques, 7 avril, nous retrouvons encore Bernadette à la Grotte, contemplant dans les jubilations de l'extase son affectionnée et puissante protectrice. Ce fut la Dix-septième Apparition. Le docteur Dozous qui en fut témoin va s'en faire pour nous le narrateur :

« Bernadette était à genoux, récitant avec une ferveur angélique les prières de son chapelet qu'elle avait à la main gauche, pendant qu'elle tenait de la main droite un gros cierge bénit allumé. Au moment où elle commençait à faire à genoux son ascension ordinaire, il survint tout à coup un temps d'arrêt dans ce mouvement, et sa main droite, se rapprochant alors de la gauche, plaça la flamme du gros cierge sous les doigts de cette main, assez écartés les uns des autres pour que cette flamme pût facilement passer entre eux. Activée en ce moment par un courant d'air assez fort, elle ne parut produire sur la peau qu'elle atteignait aucune altération. Étonné de ce fait étrange, j'empêchai que personne ne le fît cesser et, prenant ma montre, je pus, durant un quart d'heure, l'observer parfaitement. Bernadette, après cet intervalle de temps, toujours en extase, s'avança vers le haut de la Grotte, en déplaçant ses mains et les éloignant l'une de l'autre. Elle fit ainsi cesser l'action de la flamme sur la main gauche. Sa prière terminée et la transfiguration de son visage ayant disparu, Bernadette se leva et se disposa à s'éloigner de la Grotte. Je la retins un moment et je lui demandai de me montrer sa main gauche que j'examinai avec le plus grand soin. Je ne trouvai nulle part la moindre trace de brûlure. M'adressant alors à la personne qui s'était emparée du cierge, je la priai de le rallumer et de me le remettre. Aussitôt, je plaçai plusieurs fois de suite la flamme du cierge sous la main gauche de Bernadette qui l'en éloigna bien vite, en me disant : « Vous me brûlez. »

Trois concupiscences, trois flammes, peuvent nous brûler et nous brûlent trop souvent. La flamme de la sensualité : première concupiscence ! Qui n'en connaît les ravages ? En chacun de nos organes, de la plante des pieds au sommet de la tête, elle est capable de nous faire sentir ses brûlures. Pas n'est besoin qu'elle soit très vive, tant elle est pénétrante, pour nous contraindre de crier, où qu'elle nous atteigne : « Vous me brûlez ! » Elle brûla la pauvre Eve. Elle brûle tous ses imitateurs... Mais elle fut impuissante sur Marie, l'Eve nouvelle, comme elle ne peut rien sur les enfants fidèles de Marie. C'est que pleine de grâce, la femme bénie, entre toutes les femmes, fut pleine aussi de pureté ; or, la pureté reçue, conservée en une âme, frappe d'impuissance la concupiscence de la chair, quelque ardente qu'elle soit... Heureux les cœurs purs : les flammes charnelles ne les brûleront point !... « Je ne trouvai nulle part, disait le docteur Dozous, la moindre trace de brûlure ».

La flamme de la curiosité : deuxième concupiscence ! Elle aussi est destructive. On veut savoir les pourquoi, les comment des choses, pénétrer les arcanes des êtres. On est intrigué surtout par les mystères du Mal : on en subit la fascination. Ayant vu, on a hâte d'apprendre encore, par expérience, ce que la richesse, enviée chez les autres, comporte de jouissances dans l'organisation et la pratique de la Vie. Autant de points d'interrogation qui, piquant l'intelligence et le cœur, comme des pointes de feu, nous obligent à crier : « Vous me brûlez ! ».... Ainsi fut brûlée Eve par le Serpent perfidement interrogateur. Ainsi sont brûlés la plupart de ses fils et de ses filles qui demandent aux conversations imprudentes, aux lectures corruptrices, aux spectacles obscènes, aux acquisitions indélicates, aux vols déguisés ou manifestes, le bonheur illusoire de savoir, de voir, de posséder... Tout autre fut la seconde Eve, la très Sainte Vierge Marie : elle crut à la parole de l'ange, et la foi, annihilant en son âme la curiosité naturelle, elle s'en remit à la puissance, à l'amour, à la fidélité de Dieu. A cette condition seulement, nous pourrons, nous aussi, ressembler à Bernadette. « Je ne trouvai nulle part, disait le docteur Dozous, la moindre trace de brûlure ».

La flamme de la superbe : troisième concupiscence ! Elle est la plus dévastatrice : on la trouve à la racine de tout péché. Sans elle, les sens ne s'insurgeraient point contre l'esprit, de même que les yeux ne s'ouvriraient point aux visions subversives. Mais on a un fonds de vanité qui fait qu'on se pavane, étalant ses qualités, vraies ou supposées, comme le paon, dans les basses-cours ou les parcs, étale les couleurs de sa queue ; on a un fonds d'amour-propre qui fait qu'on se recherche soi-même, avec la persuasion qu'on est ou qu'on pourrait être, en donnant sa mesure, supérieur à tous ; on a un fonds d'orgueil qui fait qu'on s'imagine ne produire que des pensées justes et profondes, à la manière des génies ; que des actes éclatants, à l'instar des héroïnes et des héros. En ce triple fonds gît, chez nous, au sommet de la tête, la superbe, avec ses dédains, ses prurits, ses fièvres. Elle met notre esprit en ébullition permanente, comme la sensualité y met notre corps ; la curiosité, notre cœur. Et ainsi, à chaque instant, est-on contraint de se tourner vers elle pour lui dire, tant elle est échauffante : « Vous me brûlez ! »...

Elle brûla Eve. Elle brûle les ambitieux, les ambitieuses qui travaillent, par tous les moyens possibles, y compris les malhonnêtes, à dominer, à éclipser les rivaux, les rivales... Rien de tel en Marie : de l'humilité pour abattre la superbe, encore de l'humilité, toujours de l'humilité ! Mère de Dieu, elle se définit servante du Seigneur, sans jamais, dans l'Evangile, s'attribuer un autre titre... Quel exemple ! Mais aussi quelle grandeur en cet abaissement ! La superbe fut châtiée en Eve par la révélation immédiate de la bête humaine, substituée à la déesse manquée.... L'humilité, en Marie, fut récompensée par la royauté, terrestre et céleste, décernée à la femme spiritualisée... Si nous ressemblons à la première, orgueilleuse, nous n'échapperons point aux flammes torturantes, et notre tête, comme d'ailleurs notre cœur et notre corps, sera un volcan fertile en éruptions... En ressemblant à la seconde, humble, nous ne connaîtrons que les feux qui, insensibilisant la nature, rendent plus douces les transformations de la grâce... « Je ne trouvai nulle part, disait le docteur Dozous, la moindre trace de brûlure »....

 

Examen

 

N'auriez-vous pas voulu être du nombre de ceux et celles qui, ayant appris de Bernadette, à  Lourdes, la définition, par la Dame, de l'Immaculée-Conception, se rendaient à la Grotte pour dire en des supplications fraîches comme la grande nouvelle : « Notre-Dame de la Grotte, Notre-Dame de Massabielle, priez pour nous » ?... Avez-vous remarqué la relation religieuse du fait des Apparitions avec le regain de vitalité des communions pascales, cette année-là, en l'église de Lourdes ? Là-bas encore, la raison d'être de Marie était Jésus : elle en est le chemin bordé de lys... Vous qui vous plaignez dans vos paroisses de la diminution des Pâques, développez d'abord le culte de Marie : elle est comme le dais odorant sous lequel Jésus, le Très-Saint Sacrement, se plaît à se montrer pour passer parmi nous... Cette apparition de Marie, le mercredi de Pâques, ne vous a-t- elle pas fait songer aux apparitions de Jésus ressuscité ?... La date du 25 mars 1858 était comme la date de la glorieuse Résurrection du culte de Marie pour les temps qui vont venir, et l'Immaculée apparaissait dans l'intimité à Bernadette comme Jésus à ses apôtres ravis de joie en le revoyant...

Savez-vous que le cierge est le symbole de Jésus qu'on offre à Dieu pour être soi-même moins indigne ? La cire représente le corps du Sauveur ; la mèche insérée, son âme ; la lumière, sa divinité. Comprenez- vous dès lors le rôle du cierge ?... Jeanne d'Arc disait à ses juges : « J'ai aussi offert des cierges par la main du prêtre devant l'autel de sainte Catherine, en l'honneur de Dieu, de la Sainte Vierge et de mes deux saintes ; mais je n'en ai jamais allumé autant que j'aurais voulu »... Etonnez-vous des cierges offerts aussi par Bernadette... N'en concluons pas, comme certaines bonnes femmes, que toute la religion consiste à allumer des cierges, que le cierge dispense, par conséquent, tant il tient notre place devant Dieu, de prier, de restituer, de se confesser et de communier... Nous ressemblerions alors, si vous me permettez ce souvenir plaisant, au cocher de fiacre de Paris arborant une tige de buis à la tête de son cheval, le dimanche des Rameaux, et disant d'un air très convaincu : « On a de la religion, dame, ou l'on n'en a pas ! »

Quels sont en nous les sens qui nous font ou voudraient nous faire sentir leur brûlure ?... Si votre pied vous scandalise, a dit Jésus, coupez-le ; si votre main vous scandalise, amputez-la ; si c'est votre œil, arrachez-le... Pratiquons-nous la mortification de la chair pour rester purs ?... N'avons-nous pas, sans la mortifier suffisamment, la concupiscence des yeux ?... Que sont nos curiosités, nos avidités ?... Un jour, il faudra tout quitter et nous quitter nous-mêmes... Comment domptons-nous l'orgueil, la vanité, l'amour-propre, l'instinct de domination ?... Fiers au dehors par parade, ne sommes-nous point, dans l'ombre, les plats valets de l'ambition, sous couleur de dévouement et même de piété, recourant ainsi diplomatiquement aux grandes choses comme à un beau manteau pour cacher nos platitudes ?... Est-ce que, nonobstant nos apparences de santé surnaturelle, un médecin d'âme qui nous ausculterait pourrait rédiger un bulletin analogue à celui, du docteur Dozous pour Bernadette : « Je ne trouvai nulle part la moindre trace de brûlure » ? Dans les âmes même réputées vertueuses, il y à ce qu'on voit avec ses naïvetés de regard et ce qu'elles montrent pour donner le change, et il y a, ensuite et surtout, à l'insu du grand nombre, ce qui est...

 

Prière

 

O Notre Dame, un de vos serviteurs les plus illustres, mort naguère au sein de souffrances chrétiennement supportées, Huysmans, de sa plume parfois malicieuse jusqu'à l'injustice mais toujours originale et artistique, écrivait, à propos des cierges qui brûlent sans intermittence sous les excavations de votre Grotte : « Le spectacle de ces milliers de cierges en ignition est admirable ! Quels navrements désordonnés et quels espoirs troublants ils recèlent ! De combien d'infirmités, de maladies, de chagrins de ménage, d'appels désespérés, de conversions, de combien de terreurs et d'affolements ils sont l'emblème ! Cette grotte, elle est le hangar... où tous les écrasés de la vie viennent s'abriter... le refuge des existences condamnées, des tortures que rien n'allège ; toute la souffrance de l'univers tient condensée en cet étroit espace. Ah ! Les cierges, ils pleurent des larmes désolées de mères... et tous sont fidèles à la mission dont ils furent chargés ; tous, avant d'expirer, se tordent plus violemment, jettent un dernier cri de leurs flammes, devant la Vierge »... Moi aussi, ô Notre Dame, pour le Christ et pour vous, je veux être un cierge. Gardez-moi blanc, droit, rayonnant. Pour que je sois, en quelque manière, inextinguible, à l'encontre du cierge de Bernadette éteint depuis longtemps, donnez à ma flamme mourante d'allumer d'autres cierges : d'autres âmes. Grâce à cette transmission de lumière, quand sera épuisée ici-bas ma provision de cire, je laisserai du moins, en votre honneur, d'autres clartés. Je me survivrai de la sorte à moi-même, et cette survivance terrestre sera, pour votre gloire, un accroissement de ma lumière, au Ciel !

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

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26 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Vingt-septième

« Je suis l'Immaculée Conception ! »

 

Le moment le plus solennel des Apparitions était venu : la grande révélation, sorte de codicile du Nouveau Testament pour la mise en relief de la figure de Marie et les besoins des temps modernes, allait se faire. Recueillons-nous et écoutons Bernadette nous narrer elle-même, elle en est seule capable, ces choses merveilleuses.

« Quand je fus à genoux devant la Dame, je lui demandai pardon de ce que j'arrivais en retard. Toujours bonne pour moi, elle me fit signe de la tête que je n'avais pas besoin de m'excuser. Alors je lui exprimai toutes mes affections, tous mes respects et le bonheur que j'avais de la revoir. Après l'avoir entretenue de tout ce qui me vint dans le cœur, je pris mon chapelet. Pendant que j'étais en prières, la pensée de lui demander son nom se présenta à mon esprit avec une persistance qui me faisait oublier toutes les autres pensées. Je craignais de me rendre importune en réitérant une demande toujours demeurée sans réponse, et cependant quelque chose m'obligeait à parler. Enfin, d'un mouvement que je ne pus contenir, les paroles sortirent de ma bouche, et je priai la Dame de vouloir bien me dire qui elle était.

Comme à mes précédentes questions, la Dame inclina la tête, sourit, mais ne répondit pas. Je ne sais pourquoi, je me sentis plus courageuse, et je revins à lui demander la grâce de me faire connaître son nom. Elle renouvela son sourire et sa gracieuse salutation, mais elle continua à garder le silence. Une troisième fois, les mains jointes, et tout en me reconnaissant indigne de la faveur que je réclamais, je recommençai ma prière. La Dame se tenait debout au-dessus du rosier et se montrait comme elle se montre dans la médaille miraculeuse. A ma troisième demande, elle prit un air grave et parut s'humilier... Elle joignit ensuite ses mains et les porta sur le haut de la poitrine... elle regarda le ciel... puis, séparant lentement les mains et se penchant vers moi, elle me dit, en laissant trembler sa voix : « Je suis l'Immaculée Conception ».

Le grand mystère de la Grotte était enfin manifesté. Or, en répondant à Bernadette : « Je suis l'Immaculée Conception », la Dame faisait entendre au monde la réponse victorieuse des trois hérésies contemporaines. L'hérésie, par la bouche du Naturalisme, avait dit : Il n'est point de Surnaturel. Mystères et miracles sont impossibles : la Nature suffit à tout ; la Raison comprend tout ; la Science, enrichie des modernes découvertes, explique, supplante tout. La Foi, c'est donc l'erreur ; la Grâce, une chimère; la Révélation, un leurre... Et tandis que le Naturalisme parlait si mal et criait si fort, la Vierge est apparue, à Lourdes, à une enfant innocente qui priait ; et l'Apparition, intrinsèquement surnaturelle, historiquement authentique, renouvelée jusqu'à  maintenant seize fois, a montré qu'une fois de plus, selon sa vieille et incorrigible habitude, l'hérésie avait abominablement menti.

De vrai, si Marie est Immaculée dès le premier instant de sa Conception, en vue des mérites du Christ, que s'ensuit-il ? Il s'ensuit que tous les hommes sont maculés dans leur conception, à cause de leur solidarité avec Adam pécheur ; il s'ensuit que nous avions tous besoin d'une Rédemption; il s'ensuit que le Surnaturel déborde le monde par la Foi et la Grâce, jaillies du Cœur du Christ, sur le Calvaire, avec le sang rédempteur ; il s'ensuit que le mystère de toutes parts nous environne, que le miracle est un jeu de la puissance créatrice, une caresse plus chaude du divin amour, et que le Naturalisme, avec ses dénégations tapageuses, n'est qu'un nouveau mode de détraquement du pauvre esprit humain... L'hérésie, par la bouche du Matérialisme, avait dit : « La Matière est la reine du monde ; nous n'avons pas à nous occuper de l'Esprit ; nous ignorons son existence ; en tout cas, il ne peut être que de la matière organisée. Ce qui est palpable, tangible : voilà ce qu'il faut croire, voilà ce qui est beau ! »

Et tandis que le Matérialisme parlait si mal et criait si fort, la Vierge est apparue, à Lourdes, à une enfant innocente qui priait ; et sa figure d'une beauté sans ombre respirait une pureté sans tache. Et elle recommandait la prière et la pénitence pour les pécheurs ; et elle ordonnait la construction d'une chapelle, abri des chastetés humaines ; et elle invitait les âmes plus que les corps à se rafraîchir dans les ondes purificatrices ; et elle prescrivait de manger l'herbe des mortifications qui épurent la vertu, au lieu de s'asseoir aux banquets plantureux qui déchaînent la luxure ; et, à la voyante l'adjurant de décliner son nom, elle répondait : « Je suis l'Immaculée Conception ».

Et cette définition, consécration des symboles, des gestes précédents, a démontré mieux que toutes les argumentations que le Matérialisme n'est qu'une élucubration morbide de la chair et du cœur, et qu'une fois de plus, selon sa vieille et incorrigible habitude, l'hérésie avait abominablement menti. L'hérésie, par la bouche du Libéralisme avait dit : « Ils ne sont plus, les temps où le trône s'appuyait sur l'autel, l'épée sur la croix. D'autres idées mènent le monde. Si respectable soit-elle, la religion catholique ne doit plus être traitée en favorite. Que l'Eglise soit libre dans l'Etat libre ! Qu'on accorde à toutes les confessions religieuses les mêmes droits ; que tous les citoyens jouissent également de la liberté de croire, de penser, d'écrire, de parler, d'agir, et que la Presse, disciplinée, s'il y a lieu, par une censure pourtant large, devienne à travers le monde le véhicule vertigineux des libertés conquises ! L'ultramontanisme est suranné, fini : que le Pape ne s'ingère point dans nos affaires sociales, qu'il s'occupe de spiritualité, tant qu'il voudra, mais qu'il ne s'avise point de se réclamer d'une infaillibilité chimérique pour nous imposer de nouvelles croyances !... »

Et tandis que le Libéralisme parlait si mal en ses insinuations si perfides, la Vierge est apparue, à  Lourdes, à une enfant innocente qui priait ; et, après avoir révélé ses secrets, intimé ses ordres, elle a dévoilé sa céleste identité, en disant : « Je suis l'Immaculée Conception ! » Et cette simple définition a renversé de fond en comble l'édifice du système libéral... Si Marie est seule l'Immaculée Conception, il en résulte que, par contre, nous apportons tous en venant au monde le péché originel, et qu'en butte à la concupiscence, nous naissons devant Dieu, en un état de malédiction, plus enclins à l'Erreur qu'à  la Vérité, au Mal qu'au Bien. Mais si telles sont nos inclinations natives, il s'ensuit que mettre, au point de vue des libertés, l'Erreur et la Vérité, le Mal et le Bien sur un même pied d'égalité, c'est infliger à la Vérité et au Bien un mépris dont personne ne les relèvera, c'est favoriser la prépondérance de l'Erreur et du Mal, c'est s'exposer fatalement à pervertir les masses, et mener les âmes, les familles et les sociétés aux pires cataclysmes...

Au surplus, si Marie est l'Immaculée Conception, et si, pour justifier cette appellation basée sur une prérogative spéciale, elle opère, à Lourdes, dans l'ordre physique, intellectuel et moral, des cures prodigieuses que les moins clairvoyants et les moins sympathiques, pourvu qu'ils soient de bonne foi, sont contraints de constater, il faut conclure logiquement que l'Eglise catholique, qui revendique pour elle, comme il est juste, le bénéfice des Apparitions et des miracles à Massabielle, doit être considérée, non comme une étrangère à qui, par bonté de cœur, on peut concéder la tolérance, mais plutôt comme une Mère et une reine à qui les pouvoirs humains doivent amour, respect, docilité, défense et protection...

Enfin, si cédant à une inspiration du Saint-Esprit et obtempérant aux désirs les plus ardents de la piété chrétienne, le Pape proclame, le 8 décembre 1854, le dogme de l'Immaculée Conception ; et si, quatre ans plus tard, le 25 mars 1858, Marie descend du Ciel pour affirmer elle-même qu'elle est, effectivement, l'Immaculée Conception, il faut en inférer de toute nécessité qu'en matière doctrinale, le Pape est infaillible, puisque ce qu'il définit à Rome se trouve ratifié à Lourdes... Voilà comment la Dame a montré, une troisième fois que, selon sa vieille et incorrigible habitude, l'hérésie libérale avait, elle aussi, abominablement menti !

 

Examen

 

N'êtes-vous pas frappé de l'action de la grâce dans l'âme de Bernadette en prière ?... « La pensée de lui demander son nom se présenta à mon esprit avec une persistance qui me faisait oublier toutes les autres pensées ».... Il est des choses que nous sommes portés à demander fréquemment à Dieu dans nos prières, malgré quelquefois les nombreuses déceptions éprouvées et les efforts que nous faisons pour n'y plus songer du tout... N'y-a-t-il pas là  en nous un travail, un courant mystérieux de la grâce ?... Le Saint-Esprit qui prie en nous est le divin souffleur... Si nous savions l'écouter, lui obéir !... Nous nous plaignons de ne point recevoir pour nos demandes les réponses du Ciel, Nous le croyons fâché contre nous. Erreur : La Dame inclina la tête, sourit, mais ne répondit pas... Que d'étonnements nous aurons dans l'Eternité, quand Dieu nous initiera à ses sourires sans réponse !...

Persévérons-nous comme Bernadette dans nos prières malgré les délais de Dieu à nous exauce ?... Elle recommença jusqu'à trois fois avec des renchérissements de ferveur et d'humilité sa demande... « Une troisième fois, les mains jointes, et tout en me reconnaissant indigne, je recommençai ma prière »... Quand nous avons à décliner notre nom, nos titres, ne lit-on pas sur notre physionomie les satisfactions d'un orgueil plus ou moins raffiné ?... Ne les déclinons-nous pas même sans raison, pour le puéril plaisir de paraître quelqu'un, oubliant parfois que les titres dont nous nous prévalons, au lieu d'être la justification de nos mérites, sont la rançon, indigne sinon sacrilège, de l'argent donné, des cadeaux multipliés, des bassesses commises ?... Nous n'en devrions jamais parler pour nous épargner les rires des malins, les compliments des hypocrite, des faibles ou des sots.... Et nous avons à la langue d'insatiables démangeaisons !... La Dame prit un air grave, parut s humilier et regarda le ciel avant de donner sa réponse...

Remercions-nous la Sainte Vierge de nous faire vivre à une époque où nous la pouvons invoquer sous un vocable nouveau ?... Immaculée, elle l'était, nous le savions, mais nous sommes bien plus sûrs de lui être agréables aujourd'hui, en l'appelant comme elle s'est appelée elle-même... Cette définition fait la gloire de notre siècle et le bonheur des Enfants de Marie dignes de ce beau nom... Quoique notre orthodoxie soit, je le suppose, à l'abri de toute atteinte du hideux Modernisme condamné par l'Eglise, ne nous conduisons-nous pas, sur tel ou tel point, en hérétiques ? Sommes-nous des âmes de Foi ?... La Foi, il faut l'admettre théoriquement, mais il faut aussi la vivre.... Vivons-nous en état de grâce ?... Comptons-nous plus sur la grâce que sur nos personnels efforts ?... Ne sommes-nous pas des Rationalistes à notre manière, ayant toujours peur de faire la part trop large à la Foi, trop petite à la Raison ?... Ne subissons-nous pas les engouements, les griseries, les infatuations de la Science et de la Critique modernes ? Avant d'être un savant, un critique ou mieux, pour être, sans crainte de se fourvoyer, un savant, un critique, il faut être un chrétien docile aux données de la Révélation... N'oublions jamais que nous ne sommes que des roseaux pensants et que, pour ne pas rompre, nous avons besoin de plier devant l'autorité divine et de nous appuyer toujours sur le chêne immortel qu'est l'Eglise...

Ne sommes-nous pas aussi quelque peu Matérialistes, en pratique ?... Pour nous l'âme est-elle plus que le corps ? que sont nos prières, nos mortifications, nos énergies, nos espérances en face des tombeaux ?... Quelle est notre pureté ?... Sous prétexte que tout pouvoir émane de Dieu et qu'il faut obéir aux pouvoirs établis, ne sommes-nous pas des adorateurs des soleils levants, des domestiques du pouvoir civil, des apologistes de la loi, quelle quelle soit, parce qu'elle est la loi ?... Ne prenons-nous pas trop facilement notre parti des humiliations, des rapines, des injustices dont l'Eglise est l'objet, faisant fléchir les principes pour mettre en œuvre les plus honteux expédients ?... N'oublions-nous pas que, depuis le péché originel, la liberté dégénère très vite en licence et qu'il importe pour soi, pour les familles et les peuples, de tenir en laisse les humaines passions ?...

Voyons-nous dans les faits et les miracles de Lourdes une nouvelle preuve, fournie par Marie, de la divinité et de l'éternelle fécondité de l'Eglise catholique dont nous sommes les fils ?... Acceptons-nous avec reconnaissance les encycliques du Souverain. Pontife, qu'elles cadrent ou non avec nos préférences et notre mentalité ?... Il en est qui veulent bien avoir les idées du Pape, mais à condition, admirez leur modestie, que le Pape ait leurs propres idées.... Avons-nous été heureux et fiers des condamnations récentes dont Rome a frappé les agissements de la Politique et les élucubrations de l'Hérésie ?... Ne parlons-nous pas, avec trop de sans-gêne et sans autre compétence que celle que nous attribue l'orgueil, des décisions pontificales ?... La voix de Rome sera toujours la voix de Dieu. Ecouter Pierre c'est écouter Jésus. La Dame, à quatre ans de distance, se fit l'écho du Pape...

 

Prière

 

O Notre Dame, bénie soyez-vous d'avoir condescendu à vous définir vous-même l'Immaculée-Conception ! Vous seule pouviez, en toute vérité, vous décerner un pareil titre. Vous le deviez à Dieu le Père qui, comme Fille privilégiée, vous avait comblée de grâce, à Dieu le Fils qui, comme Mère, vous voulut toute pure, à Dieu le Saint-Esprit qui, comme Epouse, vous para de tous les joyaux de la sainteté la plus étincelante. Vous le deviez à la terre pour y détruire les erreurs. Et comme si ce n'était point assez d'avoir réduit en poudre les affirmations du Naturalisme, du Matérialisme et du Libéralisme d'il y a cinquante ans, vous venez d'inspirer à Pie X, notre bien aimé Pontife, une encyclique qui tuera l'arrogant Modernisme. Car c'est vous, il n'y a pas à en douter, qui, à l'aurore des Noces d'or de vos apparitions aux Pyrénées, avez décidé le Pape à frapper ce grand coup. Ne semble-t-il pas l'insinuer lui-même, quand à la fin de sa Lettre : Pascendi Dominici Gregis, il écrit : « Que la Vierge Immaculée, destructrice de toutes les hérésies, vous secoure de sa prière ». Vous nous secourrez intellectuellement, moralement, socialement, ô Vierge Immaculée, et nous serons sauvés...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

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25 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Vingt-sixième jour

Préparatifs

 

Du 4 au 24 mars, tous les jours et à chaque heure du jour, un mouvement incessant de va-et-vient était établi sur le chemin du Pont-Vieux, et le dessous de la Grotte ne désemplissait jamais. Le dimanche, en particulier, les travaux des champs étant suspendus, on voyait, sur toutes les routes, de longues files de villageois qui venaient renouveler leurs hommages à la Dame de Bernadette. Quant à l'enfant, ne soupçonnant pas qu'elle pût être l'objet d'une attention quelconque, elle ne mettait aucun soin ni à se cacher, ni à se produire. Quatre fois par jour, comme avant les Apparitions, elle traversait une partie de la ville causant et babillant avec ses camarades d'école...

Souvent, le soir, à la sortie des classes, on apercevait une jeune fille se détacher sans bruit de ses compagnes et prendre en toute hâte la direction de Massabielle. Parvenue sous le rocher elle baisait la terre, jetait un regard ardent sur la niche et répandait son cœur dans une affectueuse prière. Avant que la nuit arrivât, elle se levait souriante, faisait un salut d'adieu et disparaissait avec le même empressement qu'elle était venue... Cette jeune fille n'était autre que Bernadette. Aux jours où l'école était fermée, elle allait passer de longues heures avec Celle qui lui avait promis de la rendre heureuse, non pas en ce monde, mais dans l'autre. Elle ne se présentait plus à la Grotte comme durant la quinzaine des Apparitions, c'est-à-dire accompagnée de la foule et à travers les ovations. Elle arrivait seule, enfoncée dans son capulet et faisant le moins de bruit possible. Soit par un sentiment d'humilité, soit pour ne pas attirer l'attention des assistants, elle franchissait la place qu'elle occupait au temps des visions et allait se réfugier au fond de la Grotte. Là, recueillie, effacée, souvent inconnue, elle se livrait à ses méditations et récitait avec piété son petit chapelet.

L'intérieur de la Grotte avait changé d'aspect. Des mains pieuses y avaient élevé un autel rustique, sur lequel on avait placé une statue de la Sainte Vierge. A cette statue, on avait bientôt ajouté des médailles, des cadres, une foule d'objets de piété, comme en une chapelle livrée au culte. Des cierges en grand nombre y brûlaient jour et nuit, et les voûtes de Massabielle commençaient à retentir du chant de cantiques en l'honneur de la Madone des Pyrénées. Aucun pèlerin ne quittait la Grotte sans jeter sur le sol, et plus tard dans un coffret, une pièce de monnaie destinée à l'érection de la chapelle réclamée par la Dame. Le petit trésor n'était gardé par personne, et jamais aucune main téméraire n'osa y toucher.

Cependant, une opinion, tenace comme une certitude, régnait à Lourdes et dans toute la contrée environnante relativement aux visions : c'était que la Dame de la Grotte n'avait pas dit son dernier mot. Les merveilles des extases, le jaillissement extraordinaire de la fontaine, les récits et les ambassades de la voyante demeuraient, en effet, sans explication suffisante, si l'Apparition continuait à se taire sur son nom et sur le but de ses visites. Or, les personnes qui analysaient les événements se refusaient à croire qu'un drame dont toutes les données étaient célestes, pût se terminer sans laisser dans les esprits autre chose que le souvenir brillant, mais stérile, d'une représentation théâtrale.

La période du 4 au 24 mars s'était néanmoins écoulée et aucun fait nouveau n'était venu dissiper les nuages, ni précipiter le dénouement attendu. En ce dernier jour, veille de l'Annonciation, un souffle du ciel passa dans toute la région, invitant les âmes pieuses à se rendre, le lendemain à la Grotte de Massabielle... Il faut cependant le dire, on ne vit pas à la Grotte, ce jour-là, les grandes foules des Apparitions précédentes. On y remarquait plutôt, avec quelques hommes agenouillés ça et là, une riche couronne de jeunes vierges et de pieuses mères, faisant une garde d'honneur à la Dame cachée. En obéissant à l'impulsion intérieure qu'elles avaient ressentie, toutes ces âmes d'élite s'étaient pénétrées de la pensée que quelque grand événement se préparait à la Grotte. À l'avance, elles se demandaient quel pouvait être cet événement. Bernadette entendit aussi, la veille, un appel intérieur.

Qu'on juge de sa joie quand elle comprit que la divine Mère l'appelait à un nouveau rendez-vous. Auprès de l'âtre de famille, dans la veillée du 24 mars, Bernadette fit part à ses parents de l'avis intérieur qu'elle avait reçu et parla, comme d'une chose assurée, du bonheur qui l'attendait le lendemain à la Grotte. Toute pleine de cette pensée, elle alla se coucher, mais le sommeil ne put arriver à ses paupières. La nuit lui parut longue et bien des Ave Maria du chapelet passèrent sur ses lèvres. C'était la veille d'une grande fête de la Vierge : l'Annonciation, première page de la genèse évangélique ; et cette fête, étant donné l'appel de la Dame, devait ménager à Bernadette des visions, des auditions, des goûts de paradis. Il est plus difficile de deviner ses impressions que de les analyser. Elle n'avait plus vu la Dame depuis trois semaines, et elle la reverrait le lendemain : quelle poésie en une telle perspective ! On comprend son insomnie : les grandes allégresses, comme les grandes douleurs, empêchent de dormir...

Les âmes pieuses perçoivent aussi les appels de la grâce. En la vigile des fêtes, quand les cloches sonnent les premières Vêpres et l'Angélus du soir, la voix de la Dame et de Jésus retentit en notre être religieux : « Va à confesse, prépare ta communion de demain, je t'apparaîtrai, je te visiterai, je t'emplirai de mes intimités ». Bernadette constata une prévenance insolite. Aussitôt que les premières lueurs du jour parurent, elle quitta sa couchette, s'habilla avec diligence, et, sans écouter son asthme, qui se réveillait dans sa petite poitrine, elle prit, d'un pas agile, le chemin de Massabielle. O confusion pour elle ! La niche était déjà  illuminée et la Dame attendait !... « Elle était là, disait Bernadette, paisible, souriante et regardant la foule comme une mère affectueuse regarde ses enfants ».

L'histoire du monde, notre histoire personnelle, sont remplies des prévenances de Dieu et de la Dame : il est nécessaire que l'Etre, la Sainteté, la Science, la Puissance qu'est Dieu, préviennent le néant, la misère, l'ignorance, la faiblesse qu'est l'homme. Nous ne pourrons jamais arriver avant Dieu. Nous souvenant que l'exactitude, politesse des grands, doit être davantage la politesse des chrétiens, à qui le Christ donne audience, nous devons, nous pouvons cependant être rigoureusement exacts à l'heure de la messe et des autres offices qui se célèbrent en nos temples sacrés...

Que d'indélicatesses, de fautes, je n'ose dire de crimes, dont certains catholiques se rendent coupables sur ce point ! D'une ponctualité mathématique, tels des instruments de précision, aux concerts, aux cours des facultés, aux salons pour les visites et les dîners, ils traînent en longueur, quand il s'agit d'assister à une cérémonie liturgique. Certaines vaniteuses se font même comme une spécialité des retards aux messes, aux sermons, aux Saints, pour se ménager dans l'église une entrée plus sensationnelle !... L'autel est tout illuminé, Jésus, la Dame attendent, et nous n'y sommes point ! Ah ! Si nous savions leur amour impatient !...

 

Examen

 

Quelles que soient les joies sensibles dont nous soyons privés devant le Saint-Sacrement ou l'autel de Marie, continuons-nous, autant que cela est compatible avec nos devoirs d'état, à venir faire notre adoration ou notre visite à la Sainte Vierge ?... Souvent le soir, à la sortie des classes, Bernadette se rendait en toute hâte à la Grotte, et cependant la Dame ne lui apparaissait plus... Nous nous dégoûtons si vite quand nous ne sentons plus rien... Le soir ! Quel moment propice pour la visite à l'église ! Ce fut le soir du Jeudi Saint et au soir de sa vie que Jésus institua l'Eucharistie... La tombée de la nuit fait penser à la tombée de cette nuit où personne ne peut plus travailler et qui s'appelle la mort : la vie est un jour, la mort c'est la nuit et demain, si nous sanctifions la veille, c'est le Ciel !...

Profitons-nous de nos loisirs pour prolonger notre présence à l'église ?... Aux jours où l'école était fermée, Bernadette allait passer de longues heures à la Grotte.... Nous nous plaignons parfois de manquer de temps pour nos exercices de piété... et quand le temps abonde, nous ne faisons pas davantage, si nous ne faisons pas moins, pour Dieu et Marie...

Aimons-nous à nous trouver dans l'église, quand il n'y a personne ou peu de monde, afin de tenir compagnie à Notre-Seigneur, à la Vierge, et de prier avec plus de recueillement... Bernadette arrivait seule à la Grotte et restait seule sous la roche... Ah ! Les coins de chapelle obscure, on les recherche quand on sait en éveiller les échos, en utiliser les ombres... Comme la Grotte fut promptement transformée en chapelle rustique !... On a beau voler les Fabriques et chercher à appauvrir le Culte, les dons des fidèles ne manqueront jamais... Quand l'Eglise n'aura plus l'or des Rois de l'Orient, elle aura les présents des bergers... C'est l'éternelle histoire...

Comment sanctifions-nous la veille des fêtes ? La veille c'est l'espérance... Le jour c'est déjà  presque le passé... Obéissons-nous aux appels de Dieu ?... Il nous appelle par la voix de notre conscience, par la vue d'un bon exemple, par le rafraîchissement d'un souvenir, par le son des cloches, par la rencontre d'un prêtre.... Préparons-nous soigneusement la veille au soir notre méditation du lendemain ?... Aspirons-nous en quelque sorte Dieu, en songeant à la messe que nous entendrons, à la communion que nous ferons ?... Bernadette sanctifia tout particulièrement cette veille de l'Annonciation... Ô nuit sainte, ô nuit bienheureuse pendant laquelle l'enfant ne put dormir !... Tardive aurore, devait-elle dire, hâte ton cours...

Que serions-nous sans les prévenances de Dieu ?... Il nous prévient dans notre cœur par les mouvements de sa grâce... Il nous prévient au tabernacle par sa présence perpétuelle... Il ne nous fait jamais attendre.... Il nous attend toujours... Le monde était illuminé par la lumière physique toute vierge, quand Adam fut créé... Notre tête était illuminée par la Foi baptismale, quand la Raison, à l'âge des premiers discernements, nous permit de voir un peu clair... La cathédrale de Reims était illuminée, quand Clovis, au jour de Noël, pour son baptême et celui de ses Francs, y entra... l'illumination de nos autels où se trouvent Jésus et sa Mère : quelle félicité pour des yeux clairvoyants !... Je comprends que le fier Sicambre et tant d'autres aient eu des illusions de Ciel !...

 

Prière

 

O Notre Dame, avec quelle complaisance ne deviez-vous point, à son insu, regarder Bernadette dans la Grotte quand, pleine de votre souvenir, elle venait respirer à Massabielle l'air que vous aviez vous-même respiré !... Elle ne vous voyait point.... Mais elle était bien sûre que vous la contempliez... Est-il besoin de voir pour aimer?... La Foi n'est-elle pas plus illuminatrice que nos yeux?... Faites-nous partager la foi de Bernadette.... Elle n'était point seule l'objet de vos regards : vous les promeniez sur tous ceux et toutes celles qui, à la Grotte, venaient vous invoquer.... Mais aussi immense dut être la joie de cette enfant, quand, la veille, vous lui fîtes part du rendez-vous du lendemain. Et le lendemain, plus diligente qu'elle, comme une Mère impatiente de la revoir et de lui accorder une grâce plus grande, vous l'attendiez dans la niche au milieu d'une apothéose lumineuse. Appelez-nous mystérieusement, à notre tour, prévenez-nous de vos amabilités royales, et que notre passion soit comme en Bernadette de vous voir, de vous prier, d'écouter vos paroles, pour vous servir mieux encore et plus vous admirer !...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

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24 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Vingt-cinquième jour

La Foule, l'enfant, la Dame

 

Les témoins de l'Apparition du 4 mars purent s'approprier le mot évangélique : « Aujourd'hui nous avons vu des merveilles ». On y vit une merveille de rassemblement populaire. Parmi les personnes éloignées qui avaient projeté le voyage de Lourdes, un grand nombre s'étaient réservées pour le dernier jour de la quinzaine, espérant que la Vierge, ce jour-là, se manifesterait à la Grotte par quelque prodige éclatant. La veille et dans la nuit du 3 au 4 mars, de toutes les parties de la France, mais en particulier des villes et des villages environnants, partirent de petites colonnes de dix, quinze et vingt pèlerins, se dirigeant vers la cité de Marie. Ces caravanes, convergeant vers le même point, se réunirent les unes aux autres comme le ruisseau à la rivière et finirent par créer d'interminables et volumineux courants.

Aux approches de Lourdes, sur les routes de Pau, de Tarbes, de Bagnères et d'Argelès, ces courants humains, vus aux premières lueurs du jour, ressemblaient à quatre grands fleuves, prêts à se heurter les uns contre les autres. Après avoir fait cependant pacifiquement leur jonction sur la place de Lourdes, ils descendaient, en flots précipités et puissants, les pentes abruptes qui se trouvaient derrière la citadelle et allaient se confondre, dans un immense remous, autour de la roche de Massabielle.

Il serait difficile de dire le nombre des spectateurs réunis à la Grotte dans la matinée du 4 mars. Les évaluations les plus modérées le portèrent au chiffre de quinze à vingt mille... Les chemins de fer n'arrivaient pas encore aux Pyrénées, et le concours des pèlerins parut prodigieux. De grand matin, les soldats en tenue de parade, se présentèrent à la mairie et furent échelonnés, l'arme au bras, sur le chemin de Massabielle. Trois ou quatre brigades de gendarmerie appelées du dehors, les unes à pied, les autres à cheval, faisaient circuler dans les rues et les voies que devait parcourir la voyante. La brigade locale, comme un piquet d'honneur, se tenait en faction sous l'arcade de la Grotte. Le maire, l'adjoint et le commissaire de police de Lourdes, ceints de leurs écharpes, se portaient un peu partout, distribuant avec bienveillance les avertissements et les conseils...

Une telle floraison populaire valait infiniment mieux que la floraison du rosier. Là était le miracle. Rien n'est beau comme ces manifestations de la piété publique. Les foules mondaines sont bruyantes, grossières, affolées : il est rare que des désordres, sinon des malheurs, n'assombrissent ou même n'ensanglantent les fêtes du plaisir ; les foules pieuses sont calmes, délicates, dignes ; l'éducation n'est plus la même : elles se ressentent, en leur attitude, du voisinage de la Dame et de Dieu... Pourquoi faut-il que le peuple ait échappé à la Religion, pour se laisser remorquer par l'impiété hâbleuse ? Allons au peuple, obligeons-le à revenir : la Démocratie a besoin de la Dame, comme marraine, pour un baptême divin...

On y vit une merveille de simplicité enfantine. Pendant les préparatifs du dehors et les impatiences de l'attente, que se passait-il à la demeure des Soubirous ? Oh ! Là, rien n'était changé. Le maître et la maîtresse de la maison vaquaient, comme d'habitude, aux petits soins du ménage et se demandaient peut-être comment ils pourraient nourrir leurs enfants pendant la journée. Bernadette, toujours fidèle à ses engagements, sentant l'heure de la vision approcher, se levait prestement et procédait à sa petite toilette. Après s'être agenouillée quelques instants devant le modeste crucifix de cuivre appendu à côté de sa couchette, elle prenait son chapelet du dimanche et partait pour la Grotte.

Dès que la voyante apparut sur le seuil de sa porte, un frémissement, pareil à celui d'une commotion électrique, parcourut les lignes des spectateurs depuis la ville jusqu'au bord du Gave. Chacun se haussait sur les pieds en disant à son voisin : « Bernadette vient », « Bernadette arrive ». L'enfant s'enfonça dans les rangs, sans paraître remarquer la foule des admirateurs et l'appareil déployé sur son passage. Comme s'il eût été question d'une grande dignitaire, deux gendarmes, sabre au clair, vinrent se placer devant elle pour lui tenir le chemin ouvert et la soustraire aux empressements de la multitude. Elle marchait derrière eux, simple, modeste, tranquille et absolument avec la même désinvolture qu'aux jours où elle conduisait son petit troupeau sur les collines de Bartrès...

Aussitôt que Bernadette eut commencé sa prière, la grande voix, la voix tumultueuse qui remplissait le vallon, cessa de se faire entendre. Comme sur un ordre venu du Ciel, toutes les têtes se découvrirent et tous les genoux fléchirent. Saisis d'une secrète terreur, les cœurs battirent d'émotion, et l'on s'attendait à chaque instant à voir éclater, à la Grotte, quelque signe manifeste de la puissance d'en haut. N'était-ce point un signe manifeste, une merveille, de la puissance d'en haut que la tenue de Bernadette : point de mire de tant de regards, objet de tant d'honneurs, cause de tous les tressaillements, centre de toutes les espérances ? Que de femmes soi-disant fortes se seraient évanouies, en route, entre les deux gendarmes, devant un tel spectacle ! Que de reines vaillantes pâlissent d'émotion, tremblent de peur, à la vue des frénétiques enthousiasmes du peuple même qui les aime !.... Les orgueilleuses auraient été guindées, maniérées, fières, stupides. Bernadette était naturelle, parce que son âme était toute surnaturalisée. Le Surnaturel lui donnait le ton, son humilité le prenait.

On y vit une merveille d'intimité surnaturelle. Au cours de l'extase, la voyante s'attendrit jusqu'aux larmes, et l'on crut que la divine apparition lui faisait ses adieux. Quelques instants après cependant, sa figure se rasséréna, s'épanouit et laissa refléter des rayons d'espérance. Quel était le sujet de ce colloque intime où les joies et les tristesses se révélaient tour à  tour ? Rien d'explicite n'a été recueilli à cet égard. Bernadette resta près d'une heure en extase. A l'encontre de ce qu'avaient espéré les pèlerins, aucun signe miraculeux ne se produisit à la Grotte. Pour les habitués de l'observation religieuse, ce tête-à-tête, ce cœur à cœur de l'enfant avec la Dame était un signe miraculeux de premier ordre.

La Vierge n'aurait eu qu'à  faire transparaître, tant soit peu, la buée lumineuse de la niche, qu'à montrer sa blanche robe, sa ceinture bleue, sa figure si belle, qu'à  adresser un mot à la multitude haletante, et les transports d'admiration auraient atteint leur maximum d'intensité et d'éclat, en son honneur. Non. Elle s'enferme, avec une pauvre et ignorante petite fille, dans un insondable mystère. Pour elle seule, les confidences qu'on ne réserve qu'aux intimes, les larmes qu'on ne répand que devant les intimes, les joies qu'on ne manifeste qu'aux intimes, les sourires qui ne fleurissent sur les lèvres qu'en faveur des intimes. Quelle privauté, et quelles leçons en cette privauté !...

 

Examen

 

Constatez-vous la magie souveraine de la Religion sur les foules, mieux encore la secrète influence de la grâce sur elles, car c'est la grâce de Dieu qui les ébranle et les oriente dans la direction du Divin ?... L'homme est un animal religieux : la Religion vraie ou fausse l'attirera toujours. Et quand Dieu trouvera que, les aberrations humaines excédant la mesure, l'animalité submerge la Religion, il fera souffler un grand vent pour emporter les immondices, balayer les nuages et faire reluire dans le ciel des âmes les vérités obscurcies.... Les foules redeviendront croyantes et subiront irrésistiblement l'attraction religieuse, le jour où, dans l'Eglise rajeunie, fortifiée en la sainteté de ses membres, elles assisteront, comme en Bernadette, aux transfigurations du Surnaturel.... Les bergères innocentes renverseront alors de leur trône les infâmes courtisanes, et les meneurs de la Politique antireligieuse verront, pour la joie des sages, leur règne terminé ou, du moins, suspendu.... Sur la foi de Bernadette, une vingtaine de mille pèlerins envahit le vallon désert...

La vue des soldats en tenue de parade, des gendarmes à pied ou à cheval, sur le chemin et jusque sous l'arcade de la Grotte, ne vous a-t-elle pas réjoui ?... Pendant des siècles, l'armée fut en France l'auxiliaire, la noble émule de la Religion pour l'honneur et le bonheur de la Patrie.... Depuis quelques années, que dis-je ? il y a quelques mois à peine, on l'a employée à des besognes honteuses.... Pauvre armée, grande Muette des consignes redoutables, quand reconquerra-t-elle le prestige dont l'impiété l'a dépouillée ?... Quand la Religion et le Patriotisme, déliant sa langue, lui permettront-ils de faire entendre le chant interrompu des gestes héroïques ?...

Ne vous a-t-il pas été agréable aussi de voir le maire, l'adjoint, le commissaire de police favoriser le rassemblement à la Grotte.... Croyez-vous qu'en France on en ferait autant partout aujourd'hui ?... Quelle pitié que l'accord religieux, militaire et administratif, ait été officiellement supprimé !... Oui comptera les chrétiennes ou même libérales municipalités ?... Tous les éléments de la vie nationale ne devraient-ils point servir à honorer Dieu, le Christ, la Vierge ?... Autres temps, autres mœurs... Nous intéressons-nous religieusement et d'une manière pratique, aux ouvriers, aux ouvrières, aux enfants du peuple ?... Quel bien nous pourrions faire !...

« Bernadette vient », « Bernadette arrive », disait-on de toute part.... Ainsi devrait-on désirer, saluer, fêter notre venue !... On fit silence dès que l'enfant commença sa prière... Il est des conversations que l'on devrait cesser, des respects que l'on devrait nous témoigner, dès que nous arrivons.... Et quelquefois tels sont la pusillanimité, le laxisme, le manque total d'influence de certains chrétiens, de certaines chrétiennes, que les propos déplacés se poursuivent, s'ils ne deviennent point plus déplacés encore, malgré leur arrivée.... Où sont ceux, celles qui imposent aux autres, par leur seule présence, une salutaire retenue ?... On fait vite de la camaraderie aujourd'hui !...

Au milieu du monde, vivons-nous dans l'intimité de Marie ?... Nonobstant un immense entourage qui n'a d'yeux, d'oreilles, de langue, d'esprit et de cœur que pour elle, Bernadette s'absorbe dans la Dame.... Pour qui sont nos effusions intimes, nos larmes, nos joies, nos tristesses, nos sourires ?... Là où est l'intimité, là est le cœur... Si nous étions simples, humbles, purs, fervents comme Bernadette, la Vierge, pour ainsi dire, s'absorberait aussi en nous !...

 

Prière

 

O Notre Dame, le peuple de France, jadis le plus chrétien du monde, s'est éloigné de son Dieu, de son Christ et de vous.... Que sont les vingt mille pèlerins à côté des millions d'électeurs approuvant avec des cris de haine la Séparation de l'Eglise et de l'Etat ? Mettez fin aux triomphes numériques du Mal et ramenez dans le giron les masses populaires qui se sont égarées.... Bénissez nos casernes, moralisez nos soldats, sanctifiez leurs chefs et si, malgré les promesses du Pacifisme, par la force des choses, doivent venir des jours de batailles sanglantes, faites qu'à des souffles de victoire flotte notre drapeau.... éclairez aussi tous les représentants de l'autorité civile. Qu'ils se rappellent, afin de régler sagement leur conduite, que l'administration, selon un aphorisme célèbre, doit faire feu pour les plaisirs du peuple, assez pour ses besoins, tout pour ses vertus. Donnez-nous part, enfin, à l'influence sociale dont jouit Bernadette : on se taisait à son approche, on priait à son exemple, on rivalisait avec elle de piété filiale envers vous !...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

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23 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Vingt-quatrième jour

La dévotion à la Sainte Vierge

 

Le mercredi, 3 mars, fut une journée d'épreuve pour Bernadette : il fallait bien que la Croix marquât son âme apostolique. La Dame attendue n'apparut point. Mais l'apôtre se montra à tous comme un modèle de dévotion à la Dame. La vraie dévotion à la Vierge doit être faite de fidélité aux promesses du passé.

Nous avons tous vu la Dame, par la Foi : consacrés à elle, dès notre baptême, au soir de notre première communion et, plus officiellement encore, lors de notre réception comme enfants de Marie, nous lui avons promis d'être fidèles à certaines pratiques : récitation quotidienne du rosaire, du chapelet ou de quelques dizaines ; port du scapulaire, d'une médaille ; abstinences, mortifications, petit office, les samedis ; communion en chacune de ses fêtes ; fuite de telle occasion dangereuse, correction de tel défaut.... Que faisons-nous de ces promesses ?... Que ne ressemblons-nous à la fidèle Bernadette ? Au matin du 3 mars, elle récita pieusement son chapelet à la Grotte, mais elle ne donna aucun des signes qui caractérisaient ses extases. Elle alla faire sa prière accoutumée sous l'églantier, baisa la terre et revint s'agenouiller à sa place habituelle. Sans regarder davantage au rocher, elle inclina la tête pour se recueillir, demeura quelques instants dans cette attitude ; puis, ayant baisé la terre de nouveau, elle fit le signe de la croix et se leva.

La vraie dévotion à la Vierge doit être faite de résignation aux contrariétés du présent. On comptait sur telle date pour tel événement. On a beaucoup prié et souffert dans ce but : l'événement avorte. La Dame ne paraît pas !... Tombé, depuis quelque temps, en pleine sécheresse spirituelle, on soupirait après une retraite, un pèlerinage, une confession, pour recevoir comme une pluie de grâces. Vaine attente : on reste sec. La Dame ne paraît pas !... Pour peu que ces désappointements se prolongent, on se décourage, on se dégoûte, on se mutine, on lâche tout.... Que n'imitons-nous la sereine Bernadette ? Les personnes qui l'entouraient se mirent à l'interroger comme d'habitude. L'enfant répondit simplement : « La Dame n'est pas venue aujourd'hui ».

La vraie dévotion à la Vierge doit être faite de confiance dans les dédommagements de l'avenir. Dieu a ses raisons de ne pas nous exaucer sur-le-champ. Les événements futurs nous l'apprendront, un peu du moins, si nous savons écouter, comprendre leurs leçons. Mais, en attendant, il faut s'opiniâtrer à croire en sa bonne et intelligente Providence. Il fait le sourd, ne l'est point, et, à son heure, il nous montrera qu'il avait entendu. Vous qui seriez porté, sur les conseils perfides du Malheur, à vous laisser aller à la désespérance en jalousant, jusqu'à  la rage, le bonheur apparent de ceux et celles qui vivent près de vous, gardez votre âme en une sainte patience : Dieu vous témoignera sa compassion. La Dame reviendra... Ainsi se conduisait la confiante Bernadette.

« Peut-être que les apparitions sont finies ? », fit observer l'un des assistants. « Je n'en sais rien, reprit l'enfant, mais en tout cas la quinzaine n'est pas terminée et je reviendrai encore demain ». Comme on le voit, Bernadette ne cherchait jamais à se composer ou à déguiser ce qui se passait à  l'intérieur de la Grotte. Elle acceptait les événements tels qu'ils se présentaient. Sans croire faire de la vertu, elle était toujours soumise et toujours véridique. Ce sont bien là  les traits caractéristiques de la vraie dévotion à la Très Sainte Vierge !...

Cependant le dernier jour de la quinzaine allait luire. On pressentait une manifestation imposante. En prévision des. affluences qui arriveraient en ville le lendemain, le maire de Lourdes adressait, le 3 mars, au capitaine commandant le fort, la réquisition suivante : « La présence considérable d'étrangers que l'on m'annonce pour demain, jour de marché, m'oblige à venir vous demander, dans l'intérêt du bon ordre, de mettre votre troupe à ma disposition. Je vous prie, en conséquence, de vouloir faire que vos soldats disponibles soient rendus demain matin, à six heures, à l'hôtel de la mairie ». Le lendemain, en effet, se produisait la quinzième Apparition.

 

Examen

 

Avons-nous d'abord de la dévotion à la Sainte Vierge ?... Grand serait notre malheur si nous n'avions point de dévotion pour elle ! Nous ressemblerions, en pratique, aux Protestants dont la religion est hélas ! Stérile, parce qu'ils n'ont ni l'arbre, ni le fruit, ni la femme que le Sauveur Jésus a replacés dans le paradis de l'Incarnation : l'arbre, c'est la croix ; le fruit, l'Eucharistie ; la femme, Marie. Sans l'Eve nouvelle, on n'atteint pas à l'arbre ; à plus forte raison ne cueille t-on pas le fruit ! Cette trilogie, divinement réparatrice de la Chute dans l'Eden, est de nécessité dogmatique et morale.... Sans Marie, nous n'aurions plus de Mère, et il y aurait alors les orphelins de la grâce comme il y aies orphelins de la nature...

Notre dévotion à la Sainte Vierge est-elle une dévotion d'esprit avant d'être, ou tout en étant, une dévotion de cœur ? Est-elle raisonnée pour être raisonnable... autant du moins que la raison éclairée par la Foi peut nous permettre de comprendre les sublimités de Marie ?... Avons-nous fait, continuons-nous à faire, une étude approfondie des grandeurs, des fonctions, des beautés de cette Divine Mère ? Connaissons-nous l'histoire de sa vie, telle qu'en des traits saillants et suffisamment révélateurs l'a contée l'Evangile ?... Affectionnons-nous la lecture des livres sérieux qui parlent d'elle ?... Comment devenir convaincu, et la conviction est le premier facteur naturel de toute dévotion, quand on n'a rien étudié, rien appris ? On s'expose à ne faire que de la sentimentalité, et la sentimentalité, fille de l'ignorance, devient logiquement, dès l'irruption de la première épreuve, la mère du caprice.... La crème peut être le dessert du repas spirituel, mais non certes le plat de résistance : les âmes se nourrissent d'idées fortes et se détraquent le tempérament avec les fadaises du cœur...

Ne regardons-nous pas nos consécrations réitérées à Marie comme de pures formalités n'entraînant aucune conséquence de conduite... Ne portons-nous pas le titre d'enfants de Marie comme un titre simplement honorifique qui ne saurait en rien lier la liberté ?... Avons-nous tenu vis-à-vis de la Sainte Vierge nos promesses passées, je n'ose dire nos vœux ?... Qu'avons-nous fait de notre scapulaire, de notre médaille, du supplément d'exercices de piété ou de pratiques de mortification qu'en une heure de ferveur ou d'épreuve sous le coup d'un gros événement contraire, nous nous étions imposés.... Mieux vaudrait ne rien promettre du tout, plutôt que de ne point tenir... On indispose, on afflige ainsi la Vierge au lieu de se concilier ses faveurs et de la réjouir... Quels saints nous serions si nous avions été fidèles à tous nos engagements dans l'ensemble et le détail de notre vie chrétienne !...

Quelle est notre résignation aux contrariétés du présent ?... Il est rare qu'un jour se passe sans que de notre côté, du côté de notre famille ou de la société, nous n'ayons à éprouver quelque déconvenue... Se résigner, d'après l'étymologie latine du terme, c'est signer de nouveau, c'est-à-dire apposer soi-même courageusement sa signature au bas du décret de souffrance que Dieu a permis ou voulu contre nous.... La résignation est la marque caractéristique de l'amour vrai, du dévouement qui, au lieu de se payer de sourires ou de mots, s'affirme par les œuvres...

Encore que nos prières ne soient point exaucées depuis longtemps peut-être, avons-nous toujours foi en notre Etoile, je veux dire en Marie?... Elle n'est point sourde à nos supplications, elle n'a pas cessé d'être puissante et bonne.... Elle reviendra, et son retour, rémunérateur de notre longue et douloureuse attente, nous comblera de joie...

 

Prière

 

O Notre Dame, notre dévotion pour vous doit être une dévotion filiale. Ce mot résume tout : n'êtes-vous pas notre Mère ? Ne sommes-nous pas vos enfants ? Or, entre une mère et son enfant quelles relations existe-t-il ? Il y a identité de vie, communauté de biens, air de famille, échange réciproque de confiance et d'amour. L'identité de vie m'impose donc l'obligation de fuir le péché et de garder la grâce ; la communauté de biens m'oblige à m'enrichir de plus en plus par la pratique des vertus ; l'air de famille m'excitera à rester humble, aimant, innocent comme vous, et la réciprocité de confiance amoureuse deviendra l'enchantement, le soleil sans ombre de ma vie.... Elle m'aime, je l'aime.... Elle me comprend, je la comprends. Qu'importe dès lors qu'elle paraisse, cette Vierge chérie, ou ne paraisse point !... Elle est ma Mère et la sera toujours...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

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22 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Vingt-troisième jour

Pourquoi les Processions

 

Mais pourquoi la Dame veut-elle des processions ? Ne pourrions-nous pas éclaircir, si peu soit-il, ce mystère de sa volonté ?... Marie veut « qu'on vienne en procession » pour imposer des sacrifices.

« Je veux qu'on vienne ». Mais, pour venir, il faudra traverser des distances plus ou moins longues : de là, un premier sacrifice de déplacement ; les inventions modernes, avec leurs prodigieuses facilités de locomotion, le rendront plus commode, sans réussir à le supprimer. Mais les déplacements sont nécessairement dispendieux, de là, un second sacrifice : l'argent ; les excursions lointaines, même à prix réduit, ne laissent pas, en fin de compte, que de coûter fort cher. Ceux qui voyagent beaucoup se sanctifient rarement, s'il faut en croire l'auteur de l'Imitation ; il aurait pu ajouter qu'à  moins de voyager pour affaires, ils s'enrichissent difficilement... Or, en voyage, si confortablement installé qu'on soit, on se heurte toujours à quelque contrariété, à  quelque surmenage, à quelque lassitude : de là  un troisième sacrifice de gêne, de fatigue ; il n'est point de plaisir, même permis, sans peine.Mais tout cela nécessite une trêve aux occupations journalières, personne n'est, en ce monde, un privilégié de la bilocation : il faut fermer son magasin, son bureau, sa porte, ou pourvoir à son remplacement : de là  un quatrième sacrifice de temps... Enfin, on ne peut aller en pèlerinage, ni figurer dans les rangs d'une procession, sans afficher son catholicisme, sans subir le contrôle des voisins, des spectateurs, sinon des policiers : de là  un cinquième sacrifice de respect humain ; sacrifice quelquefois le plus onéreux de tous, et même héroïque, quand, par exemple, la Religion ne jouissant plus des faveurs, que dis-je des tolérances loyales de l'Etat, il suffit de se montrer catholique, pour être aussitôt traité en ennemi... La Dame, telle une reine, entend faire, à Lourdes, la revue de ses troupes, l'inspection des plus braves d'entre ses sujets, et elle les oblige à accepter ces divers sacrifices : en une phrase laconique comme un ordre souverain, elle mande : « Je veux qu'on y vienne en procession ».

Marie veut « qu'on vienne en procession », pour recevoir des hommages. On sait les triomphes décernés par le peuple de Rome aux Césars victorieux. Les chefs de nation : rois, reines, empereurs, impératrices, ont leurs jours d'apothéoses populaires. Le Sauveur a consenti à avoir sa fête triomphale des Rameaux. Pourquoi la Dame de toutes les Victoires n'aurait-elle pas ses grandioses ovations ? Elle les eut, pendant les siècles où la France fut son royaume : Regnum Gallicae, regnum Mariae : les villes et les villages rivalisèrent d'entrain pour organiser sur les places publiques, à  travers les campagnes, à la saison des fleurs, les plus idéales théories. Mais les mœurs ont changé : les saltimbanques ont la liberté de la rue, les serviteurs de Marie en sont presque partout frustrés... Or, la Dame ne se résigne point à la suppression de ces hommages extérieurs du Culte : pour les recevoir de la part de l'élite des foules, elle choisit, dans le cadre d'un site admirable, un vaste emplacement : « Je veux qu'on y vienne en procession », c'est-à-dire en pèlerin et non en touriste, car la procession, faite dans l'esprit qui la doit animer, est la plus vibrante manifestation de foi, de charité...

Marie veut « qu'on y vienne en procession », pour offrir des réparations. Elle fit la première procession du Très Saint-Sacrement lorsque, avec la célérité de l'amour, elle s'en alla, escortée par les anges, vers les montagnes de Judée, dans la maison de Zacharie, portant, près de son Cœur, vivant ciboire, l'Emmanuel, le Verbe nouvellement incarné. Et, depuis la Visitation, chacune de ses démarches a été comme une procession, en l'honneur de son Fils... Ce Fils aurait voulu la continuation des processions eucharistiques que la Fête-Dieu ramenait jadis si belles en notre pays. Nous n'avons plus voulu : en ces dernières années, les processions, trop souvent, n'étaient guère dans la composition des cortèges, qu'une exhibition de décadence religieuse dans le corps social. Des enfants, des femmes au déclin de l'âge, des veuves, quelques jeunes gens, une poignée d'hommes, débris des fidélités d'autrefois : c'était tout. Dieu a trouvé que ce n'était point assez, et il a permis à l'impiété, laquelle trouvait que c'était encore trop, d'interdire ces pompes du dehors. Moins favorisé que les charlatans et les courtisanes, le Christ, de par la haine, n'avait plus le droit de sortir de ses temples : il fallait qu'il restât captif dans son tabernacle comme en une prison... La Vierge prévoyait cette séquestration, et afin de donner à Jésus un dédommagement, elle ferait de Lourdes un refuge de la liberté, un centre de communions et d'adorations ferventes, un théâtre où se déploieraient, en une physionomie à part, les files variées des plus solennelles processions du Très Saint Sacrement : « Je veux qu'on y vienne en procession ».

Marie veut « qu'on vienne en procession », pour affirmer sa puissance. On devra acheter le terrain, construire une chapelle, frayer des chemins, pratiquer des lacets dans la montagne, reculer le Gave, aménager une esplanade, trouver, pour tant de frais, des monceaux d'or : la Dame, intermédiaire toute-puissante sur les éléments résoudra, comme en se jouant, ces difficultés matérielles... On devra canaliser l'eau de la fontaine, installer des piscines, faciliter les libations, les immersions, mettre en contact direct le mal physique avec l'onde miraculeuse : la Dame toute-puissante sur les corps, rendra, tant qu'elle voudra, la santé aux malades.... Il faudra guerroyer avec l'ennemi du Bien, avec les passions humaines et restituer aux pécheurs la grâce, la vertu : la Dame, toute-puissante sur les démons et les âmes y vaincra les résistances diaboliques, intellectuelles, morales, et multipliera les miracles d'ordre spirituel... Il faudra, enfin, imprimer aux multitudes un mouvement irrésistible et provoquer, à la Grotte, des quatre coins du monde, de merveilleux rassemblements : la Dame, toute-puissante sur les masses, fera circuler en elles je ne sais quel courant d'électricité divine qui les ébranlera et les rassemblera.... Et ainsi le déploiement des processions sera la synthétique et colossale démonstration de sa puissance ! « Je veux qu'on vienne en procession ».

Est-on venu ? Les sacrifices ont-ils été accomplis ? les hommages reçus ? les réparations offertes ? la puissance affirmée ? Les faits se chargent aujourd'hui de répondre, sur quel ton affirmatif ! On est venu, sans entente préalable, de tous les points du globe, en une unanimité dont le Catholicisme seul a le secret ; on vient encore, on continuera, si la Dame le veut, à venir : voilà, avec la plus belle prophétie, le plus grand miracle de Lourdes !...

 

Examen

 

Comprenons-nous pour Dieu la nécessité du sacrifice ?... Pour qui sont nos déplacements... nos dépenses d'argent... nos fatigues... notre temps... nos victoires de respect humain ?... Que de déplacements, de dépenses, de fatigues ne s'impose-t-on pas pour ceux et celles qu'on aime !... Ce n'est jamais trop loin... ce n'est jamais trop cher,... ce n'est jamais trop pénible... On a toujours le temps.... On s'expose à toutes les critiques, à toutes les disgrâces... même pour le mal notoire, on secoue tout préjugé d'honnêteté, on brave, on nargue l'opinion.... Et pour Dieu... pour Jésus... pour la Vierge... que faisons-nous ?... Quels hommages de vénération, de reconnaissances, de louange et d'amour offrons-nous à la Très Sainte Vierge?... S'en sommes-nous pas arrivés à nous contenter avec elle de ces formules obséquieuses que la banalité routinière a vidées de tout sens et que nous trouvons stéréotypées aux dernières lignes de nos lettres, ou au commencement et à la fin de nos visites de cérémonie ?... Avons-nous le sentiment des réparations personnelles, domestiques et sociales que Marie et Jésus attendent de nos cœurs délicats ?... J'ai cherché des consolateurs, des consolatrices, et je n'en ai point trouvé... La vue de la puissance exercée par la Sainte Vierge, à Lourdes, sur le Cœur de Dieu, les éléments, les démons, les corps, les âmes, les multitudes, a-t-elle donné à notre confiance pratique en cette bonne Mère un regain d'actualité ?... Peuple ingrat, auras-tu donc toujours des yeux pour ne point voir !...

Assistons-nous, si elles se font encore dans notre paroisse, aux processions du Saint-Sacrement et de la Sainte Vierge ?... Quand nous ne voulons pas qu'un usage tombe en désuétude ou qu'en nous traite en quantité négligeable, nous devons témoigner de notre attachement à cet usage en en suivant, aussi nombreux que possible, les prescriptions... Ne pas affirmer sa vitalité, c'est être, socialement, près de mourir... En cas d'interdiction municipale, assistons-nous aux processions dans l'église ?... Ce serait le moyen de prendre une pacifique et significative revanche... Dieu permettra que l'impiété ferme les églises, le jour où la piété des fidèles ne saura plus les remplir... Religieusement, on a le pouvoir de se suicider... Pas n'est besoin alors des coups de l'ennemi. Comment assistons-nous aux processions ? Par habitude ?... par esprit de parti politique ?... par vanité ?... par intérêt ?... ou par foncière dévotion.... Ceux qui y assistent doivent être autrement fervents que ceux qui, par curiosité ou impuissance, les voient passer... A l'instar de la Très Sainte Vierge, faisons-nous de chacune de nos visites, de chacun de nos voyages, de tous nos déploiements d'activité, comme une procession en l'honneur de Dieu... en attendant que l'Eglise, au jour de nos funérailles, fasse faire, jusqu'à la paroisse et au cimetière, une procession à notre corps, tandis que notre âme, si elle fut toute pure, fera, escortée par les Anges, son entrée processionnelle en Paradis ?...

 

Prière

 

O Notre Dame, si, d'après le proverbe : « Ce que femme veut, Dieu le veut », à  plus forte raison Dieu veut-il ce que vous voulez ! Vous étiez donc sûrement l'interprète du vouloir divin, lorsque vous disiez : « Je veux des processions ». Vous les avez eues magnifiques en la terre de Lourdes et, pour prouver votre joie d'en contempler les files, vous avez fait, surtout au passage du Très Saint Sacrement, les plus impressionnants miracles. Ainsi avez-vous décerné au culte extérieur, public, qu'on vous rend sur votre demande, une éclatante récompense. Multipliez les prodiges ; nous multiplierons les sacrifices, les hommages, les réparations, les enthousiasmes que la ferveur des processions comporte, jusqu'au jour où, vous ayant honorée ici-bas avec toute la pompe dont nous étions capables, vous nous admettrez près de vous, à la suite de l'Agneau, au défilé des processions du Ciel : Fête-Dieu qui n'aura pas de fin...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

 

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