30 décembre 2013

Neuvaine à Notre Dame du Puy 1/4

Neuvaine à Notre Dame du Puy

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Premier jour

Origine de la dévotion à Marie, son ancienneté

 

La première gloire de Notre-Dame du Puy est fondée sur l'ancienneté de son origine, et cette première considération nous amène naturellement à considérer l'ancienneté de la dévotion même à Marie, à cette auguste Reine dont la splendeur a si glorieusement éclairé les rochers abrupts du Mont Anis. Dévotion à Marie ! 1°Elle est aussi ancienne que le monde ; 2° elle est aussi ancienne que l'Église ; 3° elle doit être aussi ancienne que le cœur de tous les chrétiens.

 

La dévotion à Marie est aussi ancienne que le monde

 

J'aurais pu dire quelque chose de plus, et, me transportant dans le sein de Dieu lui-même, représenter cette Vierge auguste, prédestinée avant tous les siècles, et vivant, pour ainsi dire, déjà dans les pensées de l'Éternel, J'aurais pu contempler les Saints Anges, dès le premier moment de leur félicité, recevant une communication claire et sublime des abaissements du Verbe, et en l'adorant d'avance dans le mystère de Son Incarnation, saluant aussi par une vénération anticipée la créature privilégiée qui devait un jour devenir Sa Mère. Mais il ne m'appartient pas de sonder les profondeurs des mystères divins ; et sans remonter si haut, la terre ne m'offre-t-elle pas des marques assez reculées de la dévotion à la Mère de Dieu ?

A peine le premier homme a-t-il sacrifié son bonheur à une vaine et déplorable curiosité, que Dieu fait briller les premiers rayons de cette gloire qui doit environner son existence. La voyez-vous paraître cette femme puissante et redoutable à l'enfer? En vain le démon voudrait-il la supplanter, comme il a su le faire à l'égard de la première Ève; elle le foulera sous ses pieds, et écrasera, sans rien craindre, sa tête superbe.

Dès ce moment, tous les Patriarches et tous les Prophètes annonceront, comme en chœur, la venue future et désirée de cette aurore bienfaisante qui apportera au monde la lumière et la vie. Ils célébreront avec Isaïe cette Vierge qui doit concevoir et donner à la terre le véritable Emmanuel, le Dieu avec nous. Les figures se joindront aux prédictions des envoyés du ciel, pour esquisser d'avance les traits qui doivent la caractériser. Ce sera ici le buisson de Moïse, qui, plein de Dieu et brûlant sans se consumer, figurera le sein virginal, qui, sanctuaire de la Divinité, sera, sans se consumer, brûlé par le feu du divin amour; là la baguette d'Aaron,qui, fleurissant contre les lois ordinaires de la nature, présagera l'enfantement surnaturel et ineffable de la Vierge-Mère ; plus loin l'arche d'alliance, qui, composée d'un bois incorruptible, nous apprendra que dans cette arche de l'alliance nouvelle il ne saurait y avoir ni corruption, ni souillure ; ce sera la toison de Gédéon, qui, demeurée sèche au milieu de l'humidité générale répandue sur la terre, nous préparera à voir cette créature bénite, seule préservée du torrent d'iniquités qui inonde le monde ; et heureusement humectée de la rosée céleste au milieu de la sécheresse universelle, nous montrera la grâce inondant son cœur parmi la disette à laquelle sont réduites toutes les nations qui ne reçoivent que par son canal les présents du ciel. Que dirons-nous du trône de Salomon, tout couvert de l'or le plus pur ? N'est-ce pas l'âme de Marie, toute radieuse de l'or de la charité ? La nuée d'Élie d'où s'échappe cette pluie si douce, si féconde, n'est-ce pas Marie, répandant avec Jésus toutes les grâces sur la terre ?

Mais pourquoi parler de ces figures mortes et inanimées, quand tant d'autres figures animées et vivantes viennent s'offrir à mes regards ? Sara de stérile devient féconde, et enfante, dans la personne d'Isaac, la victime sacrée de l'obéissance ; Marie voit la fécondité s'unir en Elle, avec la virginité, et engendre par un prodige ineffable le Dieu fait obéissant jusqu'à la crèche et jusqu'à la croix. Rebecca revêt Jacob des riches habits de son fils aîné, et attire ainsi sur lui la bénédiction paternelle ; Marie revêt en Jésus l'humanité de la nature divine comme d'un riche manteau, et fait ainsi découler sur elle les trésors dont elle est la source. Marie, sœur de Moïse, passe sa vie dans l'exercice de la pureté, et chante à la tête des filles d'Israël un cantique de louanges après la délivrance de son peuple ; Marie, Mère de Jésus, conserve avec fidélité le glorieux privilège d'une inaltérable modestie, et entonne, pour célébrer les Divines Miséricordes du Sauveur, un cantique d'actions de grâces et d'amour. Jahel est bénie entre les femmes pour avoir immolé le persécuteur des enfants de Dieu ; Marie, pour avoir renversé le pouvoir de l'oppresseur tyrannique du genre humain, est exaltée au-dessus de toutes ses semblables. Judith tranche la tête d'Holopherne, et le peuple est sauvé ; Marie écrase la tête du démon, et le salut est assuré à l'univers. Esther se présente devant Assuérus, et sa médiation puissante détourne la mort prête à frapper toute la nation juive ; Marie se prosterne devant le Trône de Dieu, et les fléaux temporels ou spirituels dont les hommes étaient menacés, sont dissipés par la force de ses supplications. Abigaïl apaise par sa prudence et par ses présents la colère du roi David, qui allait frapper un prince orgueilleux et insensible ; Marie, par l'offrande de ses vœux et de ses vertus, désarme le courroux du Seigneur irrité de l'orgueil et de l'insensibilité des hommes qui, destinés à être rois des créatures, en sont devenus, par de honteuses passions, les misérables esclaves.

Les païens eux-mêmes n'ont pas été sans quelque pressentiment de la gloire future de cette Reine incomparable; leurs sibylles ont célébré ses louanges ; leurs poètes ont salué son aurore ; leurs druides ont élevé un autel à la Vierge qui devait enfanter. La terre semble s'être unie au ciel pour l'honorer par un concert universel d'éloges et d'espérances. Serions-nous les seuls à ne pas vénérer celle que tous les âges ont environné de leur vénération ?

 

La dévotion à Marie est aussi ancienne que l'Église

 

En vain l'hérésie voudrait-elle, dans ses blasphèmes, ranger la piété envers la Mère de Dieu parmi les pratiques inconnues aux premiers siècles de la foi chrétienne, et inventées par le mysticisme des siècles modernes ; jamais l'Église n'a oublié ce que mérite de respect et d'hommage l'auguste Mère du Créateur. Formée par l'exemple même du glorieux Archange qui la salua avec tant d'égard et de soumission, elle l'a toujours traitée avec la même soumission et les mêmes égards. Quelle joie, quels transports dans Élisabeth, lorsque, ravie à la vue de la Mère future de son Sauveur, elle s'écrie, pleine de l'Esprit de Dieu : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. Et d'où me vient cette grâce que la « Mère de mon Seigneur veuille venir à moi ? Je n'ai pas plutôt entendu votre voix, lorsque vous m'avez saluée, et que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein. Vous êtes bienheureuse d'avoir cru, parce que la parole du Seigneur s'accomplira en vous ! »

Quelles marques de tendresse Jésus ne lui donne-t-il pas lui-même en opérant à sa demande le premier de ses miracles, et en la confiant sur la croix à son Disciple bien-aimé ! Quelle attention filiale dans saint Jean, devenu, par le choix même du Fils de Dieu, son remplaçant sur la terre ! Quelle dévotion dans les Saints Apôtres qui ne croient pas pouvoir mieux se préparer à la réception de l'Esprit divin, qu'en se tenant en prières dans la compagnie de Marie ! Quel empressement à tout quitter pour venir, ainsi que l'enseigne la tradition, entourer son lit de mort, assister à ses derniers moments, et ensevelir, pour quelques instants, ce corps qu'une résurrection prématurée devait bientôt rappeler à la vie et transporter dans le ciel ! N'est-ce pas Saint Pierre qui consacra et érigea en chapelle la pauvre demeure de Nazareth, où Marie a pris naissance, reçu son éducation, et conçu le Verbe divin ? N'a-t-on pas lieu de croire que c'est lui qui joignit dans les prières du Saint Sacrifice la commémoraison de la Mère avec l'immolation du Fils ? Ne sont-ce pas les Apôtres qui, avant de se séparer, ont composé ce symbole de foi où Marie est déclarée Vierge et Mère de Dieu ? Ne croit-on pas avec raison que Saint Jacques a prêché en Espagne la dévotion envers cette auguste Reine, avec la connaissance de Jésus et de sa divinité ? Les privilèges de Marie ne se trouvent-ils pas déjà exprimés dans les anciens Pères qui se rattachaient de si près aux temps apostoliques ? Un auteur ancien écrivant à Saint Jean, sous le nom de saint Ignace, n'affirme-t-il pas que dans elle « la nature d'une sainteté angélique se trouvait associée avec la nature humaine ? » Saint Ignace lui-même ne reconnaît-il pas que « c'est d'elle qu'est véritablement né le Fils de Dieu, sans que jamais elle ait eu connaissance d'un homme mortel ? »

Saint Justin et saint Irénée ne proclament-ils pas que « comme la première Eve a été, par sa désobéissance, la cause de la perte du genre humain, ainsi la seconde Ève a été, par son obéissance, le principe de son salut ? » Ce dernier n'ajoute-t-il pas ailleurs que « comme le genre humain avait été assujetti à la mort par une vierge, il a été par une autre vierge délivré de la mort ». Nous pourrions ajouter à ces antiques témoignages bien d'autres éloges prodigués dans le siècle suivant par un Origène qui la nomme « la mère du Fils unique de Dieu, le temple de sa gloire, le palais du Créateur, la maison immaculée du céleste Époux » ; par un saint Grégoire de Néocésarée, qui proclame que « le trésor de toutes grâces était renfermé en elle, et que seule parmi les familles du monde elle a été parfaite de corps et d'esprit » ; par un saint Denis d'Alexandrie qui la peint comme « la fille unique de la vie, comme un tabernacle qui a été fait non par la main des hommes, mais par le Saint-Esprit, et qui par là mérite toute espèce de louanges, comme un paradis virginal qui possède tout et ne manque de rien » ; par un saint Méthode qui la dit « mère du Créateur, mère des fidèles, propitiatoire de la divinité, robe sans tache, créature assez riche pour avoir prêté à Dieu qui n'a besoin de rien la chair qu'il n'avait pas ». Mais ce que nous avons exposé suffit abondamment pour démontrer que la piété de l'Église envers Marie a pris naissance avec son établissement, et que si elle s'est développée davantage dans les siècles postérieurs, c'est parce qu'elle avait sa source dans la foi primitive et dans les enseignements apostoliques.

 

La dévotion à Marie doit être aussi ancienne que le cœur de tous les chrétiens

 

Et certes peut-on, sans aimer Marie, commencer à porter ce nom ? Être chrétien, n'est-ce pas connaître, servir, aimer Jésus ? Jésus n'est-il pas le Fils de Marie ? Comment aimerait-on le Fils sans aimer la Mère ? D'ailleurs la vie du chrétien ne commence-t-elle pas par un bienfait de cette illustre protectrice ? S'il est vrai, comme l'a publié saint Bernard, que Dieu n'accorde aucune grâce sur la terre, qui ne passe par les mains de Marie, n'est-ce pas à Marie que nous sommes redevables de notre adoption divine par le baptême ? Et serait-il possible de ne pas, dès le premier instant de sa raison, consacrer son cœur tout entier à cette bienfaitrice libérale, dont la bonté a prévenu nos prières et nos mérites pour nous introduire dans le bercail de l'Église et nous rendre participants des glorieuses prérogatives d'enfants de Dieu ?

C'est donc à vous, ô Marie ! Qu'après Dieu, j'aurais du offrir les prémices de mes affections ; c'est à vous, qu'après Dieu, j'aurais dû adresser mes premiers vœux et mes premiers sentiments ; mais hélas ! N'ai-je pas trop tardé peut être à m'acquitter de ce devoir ? Les plus belles années de ma vie ne se sont-elles pas écoulées sans penser à vous, et n'ont-elles pas été peut-être employées à déchirer votre cœur en offensant votre divin Fils ? Ô ma tendre Mère ! Je vous ai connue trop tard ; j'ai commencé trop tard à vous aimer ; mais si mon amour n'a pas été aussi ancien que mon existence, je veux du moins qu'il commence dès ce moment pour se perpétuer jusqu'à mon dernier soupir. Aidez-moi vous-même à vous aimer, à vous servir, et assurez ainsi ma persévérance et mon salut, puisqu'il est impossible de se perdre quand on a le bonheur de vous aimer et de vous servir.

 

Prière à la Très Sainte Vierge

Tirée des sermons de l'empereur Léon VI, dit le Sage ou le Philosophe

 

O Vierge bienheureuse, la prédiction que Vous avez faite s'est réellement accomplie pour Vous. Oui, voici que toutes les nations célèbrent Vos louanges en Vous proclamant bienheureuse.... Bienheureuse ! C'est le titre que Vous donnent tous les peuples de la terre, à la vue des prodiges ineffables accomplis par Votre ministère, de ces prodiges par lesquels le bras du Tout-Puissant a fait briller en vous sa puissance, lorsque, par un mystère qui surpasse la raison, prenant de vous une chair mortelle, il a, par son humilité, renversé le prince superbe de l'orgueil et exalté la bassesse des humbles. Bienheureuse ! ainsi vous saluent ceux qui, réduits à l'indigence avant que germât sans semence l'épi fécond que vous avez produit, ont été, depuis sa naissance, comblés de la douce abondance de tous les biens. Il est vrai que l'ancien peuple d'Israël avait une arche qui, reproduisant d'avance vos traits, le protégeait quand il était pressé par l'adversité et le soulageait, quelquefois dans ses besoins. Mais ce qui se passait alors, n'étant qu'une image et une figure de l'avenir, était loin d'égaler les dons répandus par votre munificence. Aussi les Juifs n'obtenaient-ils pas toujours secours par son assistance ; le salut ne leur était donné que lorsque, animés envers Dieu d'un esprit de piété, ils ne s'éloignaient point de la voie droite des préceptes divins.... Mais il n'en est pas ainsi de vous, ô Marie ! Ce n'est pas là l'assistance, la protection, la défense que vous accordez au peuple nouveau. Vous avez commencé par aider de votre puissance ceux qui avaient entièrement succombé aux attaques du péché, et maintenant encore, ce n'est pas seulement aux âmes fidèles à marcher dans la route des commandements célestes que vous prodiguez vos faveurs, c'est envers ceux-là même qui marchent dans les sentiers du déréglement et s'exposent, par leur désobéissance, à de justes peines, que vous déployez votre miséricordieux pouvoir, afin de les arracher aux supplices qu'ils ont mérités ; car Dieu, par respect pour son arche sacrée, se montre clément à l'égard de ceux qui sont indignes de toute clémence, les exempte du châtiment, incline la balance de sa justice et la fait pencher d'un autre côté. Par égard pour vous, il semble faire acception des personnes ; les mains qui sont tendues vers lui sont celles-là même qui l'ont porté sur la terre ; pourrait-il ne pas les honorer ? Non, elles ne s'élèveront pas en vain vers lui; il ne saurait les mépriser ; il se laisse fléchir, et, n'écoutant que sa miséricorde et sa clémence, il remet la dette aux pécheurs, et daigne rendre ses faveurs à des ingrats qui n'avaient à attendre qu'une juste punition. Ainsi, dès que vous êtes présente, il ne reste pas même à nos adversaires la confiance de prononcer une parole ; dès que la joie de votre splendeur a brillé, il n'y a plus de place pour la tristesse. Vous êtes, dès le commencement, venue dans le monde pour le ramener à un état plus heureux; vous conservez encore aujourd'hui la même volonté et vous ne cessez de répandre sur nous des bienfaits.

Les Israélites avaient aussi un chandelier remarquable par l'éclat de sept lampes lumineuses, ainsi qu'une urne où la manne était conservée, une branche mystérieuse qui donnait une fleur, symbole glorieux de votre virginité, et beaucoup d'autres objets précieux qui distinguaient avec raison ce peuple de toutes les autres nations; mais tous ces monuments religieux se sont évanouis avec le bruit et la majesté de leur nom; car, comme ils étaient une ombre de votre grandeur, ô Marie, ils se sont éclipsés à la lueur de votre lever radieux. Pour vous, qui brillez comme un chandelier éclairé d'une perpétuelle lumière, vous avez toujours arraché et vous arrachez encore les âmes à la mort ténébreuse du péché ; vous embaumez le monde par les fleurs de vos vertus ; vous lui avez donné la fleur du salut, et en même temps vous le nourrissez par l'aliment substantiel du pain de vie. C'est de vous, comme d'une source intarissable, que découlent de continuels bienfaits, et par cette émission perpétuelle de grâces, vous comprimez l'impétuosité et la violence-des malheurs que nous endurons. Les nuages de la tristesse se dissipent lorsque, par votre clarté, vous ramenez la sérénité sur notre vie; les maladies s'enfuient, la terreur des périls se change en sécurité ; point de bien qui ne soit obtenu quand vous le voulez ; point de mal qui ne soit banni pourvu que vous prêtiez voire secours. Il vous accorde tout, et par vous il se plaît à tout prodiguer, celui qui, pour honorer l'ouvrage de ses mains, vous a fait naître dans ce monde.... ô Vierge ! Ô Mère ! qui avez réuni dans votre personne deux privilèges si différents, la virginité et la fécondité ! Ô puissante protectrice ! Ô asile assuré ! Ô ancre inébranlable qui maintenez par votre force et conservez l'univers !... Ah ! Je ne vous demande pas de prolonger les années de ma vie ; cette vie, je ne l'aime pas avec tant d'ardeur ; je n'éprouve peint un insatiable désir de cette navigation pleine d'amertume et d'agitation ; mais si Dieu a décrété mon émigration prochaine de ce monde, accordez-moi du moins d'être soulagé du poids de mes péchés. Si, au contraire, il me fallait demeurer encore dans la chair.... faites que je paisse, d'une manière utile et à moi-même et au peuple, le troupeau qui m'est confié ; ou plutôt paissez-moi vous-même avec lui ; conduisez tous mes pas, de peur que, dans ce jugement suprême, on ne me demande compte des déréglements d'autrui, et que les fautes des sujets ne deviennent la cause de la damnation du monarque. Puissions-nous tous plutôt dans la vie future, comme dans ce jour de la vie présente, célébrer une fête éternelle et nous réjouir à jamais dans le grand triomphe des premiers-nés du Seigneur, en Jésus-Christ, votre premier-né, votre Fils, le Seigneur de toute créature, à qui convient la gloire, la puissance, l'honneur et l'adoration dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

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Deuxième jour

Le Sanctuaire de Marie au Puy

 

Le Sanctuaire de Notre-Dame du Puy, concentré d'abord dans un espace étroit, et dépouillé presque de tout ornement, s'est agrandi avec les années, a revêtu de jour en jour une nouvelle magnificence, et a fini par devenir un monument unique qui attire l'admiration des savants aussi bien que la dévotion des âmes pieuses. C'est que dans tous les temps, les fidèles ont eu un zèle ardent pour décorer les palais de Marie ; c'est que les motifs les plus graves justifiaient cette sainte ferveur ; c'est que la dévotion sait inventer mille moyens de réaliser le désir de glorifier ainsi la puissante et miséricordieuse protectrice du genre humain. Ainsi nous arrivons naturellement à considérer: 1° quel a été, dès les premiers siècles de l'Église, le zèle des chrétiens à honorer la Très Sainte Vierge par l'érection et l'embellissement de ses temples ; 2° quels motifs puissants les ont animés dans ces religieuses entreprises ; 3° quels moyens nous pouvons employer pour nous montrer les dignes enfants de ces antiques et dévoués serviteurs de la Mère de Dieu.

 

Zèle des anciens chrétiens à honorer la Très Sainte Vierge par l'érection et l'embellissement de ses temples

 

Nous avons déjà parlé de la tradition qui rapporte à Saint Pierre la consécration de la première chapelle dédiée à Marie, dans la chambre même de Nazareth, où le Verbe s'est fait chair, et nous aurions pu ajouter a ce premier exemple les souvenirs de l'Église Espagnole, attribuant à Saint Jacques la construction de la célèbre église de Notre-Dame du Pilier, ainsi que les vieilles chroniques de France nous montrant à Marseille un sanctuaire bâti par Sainte Marthe, sous le vocable de cette auguste reine. Mais, pour ne point entrer dans des discussions étrangères à notre sujet, qui ne sait qu'un des plus anciens temples élevés à la gloire de Marie est dû à la piété du Saint Pape Callixte I, auquel l'on attribue ordinairement la fondation de l'église de Sainte-Marie au-delà du Tibre dans la capitale du monde chrétien ; fondation accompagnée, au rapport de Paul Orose et de Charlemagne, d'un prodige qui frappa de surprise les idolâtres, étonnés de voir naître une fontaine d'huile dans ce lieu le jour même où prit naissance le Sauveur du monde ? Qui ne sait que le grand Constantin, après sa conversion au christianisme, ayant fondé la ville célèbre qu'il appela de son nom, voulut la dédier à la Vierge Marie, Mère de Dieu notre Seigneur, en présence de tous les Pères assemblés pour le grand Concile de Nicée, et qu'au moment où, bâtissant une église en l'honneur de cette glorieuse patronne de la nouvelle cité, il ne pouvait trouver personne d'assez habile pour élever d'énormes colonnes destinées à l'ornement de cette basilique, la bienheureuse Vierge, selon la narration de Saint Grégoire de Tours, apparut en songe à l'architecte chargé de ce travail, pour lui révéler un moyen facile de réussir dans cette difficile entreprise ? Sainte Hélène, digne émule de la dévotion de son illustre fils, n'enrichit-elle pas la Palestine de trois temples magnifiques également destinés à rappeler la mémoire des mystères dont Marie a été l'instrument, l'un au lieu où elle eut le bonheur d'enfanter le Sauveur ; le second dans la vallée de Josaphat, où l'on croit qu'elle fut ensevelie ; le troisième près de Bethléem, où l'ange apparut aux bergers ? L'impératrice Pulchérie, sœur de l'empereur Théodose-le-Jeune, si connue par la protection qu'elle donna aux Pères du Concile d'Éphèse, ne rivalisa-t-elle pas, sous le même rapport, de dévouement avec la mère du premier empereur chrétien, en dotant la ville de Constantinople de trois nouveaux édifices religieux, l'un sur la place des fondeurs, appelé Chalcoprace, que consacra le patriarche saint Germain, et où l'on déposa la ceinture de la Vierge, dont ce Saint Prélat a si magnifiquement célébré la valeur dans plusieurs admirables discours ; l'autre, que l'on nomma Notre-Dame conductrice, parce qu'elle voulut elle-même servir de guide à deux aveugles qui vinrent, sur son inspiration, y retrouver la lumière, et où se conservait sa précieuse image peinte d'après nature par Saint Luc, avec les langes sacrés du Sauveur, dont l'avait enrichie l'impératrice Eudoxie ; le dernier enfin, si célèbre sous le nom d'église des Blaquernes, qui, bâti sur le port de Constantinople, possédait une précieuse collection de reliques antiques et vénérables ? Le successeur de cette pieuse princesse, Léon, surnommé le Grand, ajouta à ces somptueux édifices deux basiliques nouvelles, décorées avec une magnificence royale, l'une au port et l'autre sous les murailles, pour servir de défense à cette fameuse cité, que l'on nommait par excellence la ville de la Vierge. Mais il semble que l'empereur Justinien surpassa tous ses prédécesseurs par l'espèce de sainte passion qui le portait à préparer à Marie et à ses fervents serviteurs de nouveaux et religieux asiles. Parmi les ouvrages exécutés sous son règne et par son ordre, on compte, outre plusieurs autres monuments moins connus, les églises bâties à l'honneur de Marie sur la montagne des Oliviers, sur le sommet du Sinaï, en Samarie, à Jéricho, à Carthage, à Constantinople, à Antioche, et surtout la célèbre Notre-Dame-la-Neuve, qu'il fit construire dans la ville de Jérusalem, et dont l'érection fut signalée par la découverte d'une forêt de cèdres et d'une carrière de marbre rouge qui, chacune dans son genre, fournit à l'édifice les matériaux nécessaires à sa solidité et à son embellissement.

Si, de l'Orient, nous revenons parcourir les royaumes de notre Europe, que de nouvelles preuves du dévouement des peuples pour préparer à Marie des demeures dignes de ses hautes prérogatives ! En France, Notre Dame de Chartres, Notre Dame du Puy, Notre Dame de Rocamadour, Notre-Dame de Boulogne, Notre Dame de Liesse, Notre Dame de Fourvière, Notre-Dame des Vertus, Notre Dame de Paris, etc... en Espagne, Notre Dame de Montserrat, Notre Dame de la Garde, Notre Dame de Guadeloupe, Notre Dame de la Roche-Française, dont l'église magnifique fut bâtie par Jean II, roi de Castille ; en Italie, ou plutôt dans Rome seule, centre glorieux de cette illustre péninsule, quarante-six temples dédiés à la Vierge-Mère, à la tête desquels viennent se placer les basiliques célèbres de Notre Dame des Neiges et de Sainte Marie Majeure, où se garde une autre image de Marie, sortie des pinceaux de l'évangéliste Saint Luc. Partout Marie a des palais où, reine bienfaisante, elle donne une audience facile à ceux qui l'invoquent ; et comme s'il ne suffisait pas qu'elle eût des sanctuaires désignés par son nom et soumis à son empire, voilà que Jésus lui-même veut partager avec elle ses propres temples, et lui céder en quelque sorte, dans toutes les églises de l'univers, une chapelle consacrée à son culte, et un autel qui, surmonté de son image, emprunte d'elle son titre et ses droits à la confiance populaire.

 

Mais quels puissants motifs ont poussé toutes les générations à ces pieuses constructions ?

 

Thomas A Kempis, ou l'auteur des ouvrages qui portent son nom, nous l'explique par cette belle parole : « Comme autrefois le temple de Salomon surpassait par la splendeur de ses ornements tous les temples de l'univers, et attirait par la célébrité de son nom et l'abondance de ses richesses les glorieux hommages des rois et des peuples, ainsi le temple spirituel de Dieu, qui est Marie, brille par sa pureté sans tache au dessus de tous les temples de l'univers, et mérite par là des honneurs plus grands et un plus ardent amour ». C'est donc parce qu'elle a été le temple de la Divinité, un temple vraiment digne de Dieu, un temple convenable à sa grandeur, un temple unique dans son genre, un temple vivant, un temple saint, un temple plus grand que le ciel, un temple où s'est reposé l'Esprit Saint et où s'est concentrée la nature divine, c'est pour cela qu'on s'est empressé à lui dresser à elle-même des autels et des temples, afin d'honorer dans sa personne le Dieu Sauveur dont elle a été le Glorieux sanctuaire. Oui, son cœur était bien le sanctuaire de la Divinité, lorsque, à la parole de l'ange, l'Esprit Saint descendait en elle, et que la vertu du Très-Haut la couvrait de son ombre ; il était bien son sanctuaire, pendant ces mois de bénédictions et de grâces, où le Fils de Dieu reposait dans ses entrailles virginales ; il ne l'était pas moins quand, après la Résurrection et l'Ascension du divin Sauveur, tous les jours elle allait le recevoir à l'autel des mains du disciple bien-aimé, et s'unissait intimement à lui dans le sacrement auguste de sa charité. Que dis-je ! n'avait-elle pas même commencé à être son temple par la vertu de l'innocence, qui attire Dieu dans les âmes pures, avant de le devenir par le mystère ineffable de l'Incarnation du Verbe ? N'a-t-elle pas continué à l'être tous les jours de sa vie par sa fidélité à demeurer attachée à lui par le recueillement intérieur et les transports du saint amour ? Le temple de Dieu est saint ; et quel temple égala jamais en sainteté et en perfection la conscience si pure de la Vierge immaculée ? Le temple de Dieu est une maison de prières ; et dans quelle maison offrit-on jamais au Seigneur des prières plus ferventes et d'aussi profondes adorations ? Le temple du Seigneur est un lieu de sacrifices ; et quels sacrifices n'a pas immolés dans le secret au Seigneur, l'âme tendre et sensible de Marie, soit au moment où elle entendait la parole de Siméon, soit lorsqu'elle fuyait avec Jésus vers l'Égypte, soit quand, debout au pied de la croix, elle recueillait sur elle les gouttes précieuses de son sang adorable, soit enfin lorsque, condamnée à un exil prolongé sur là terre, elle soupirait après l'heure de sa délivrance, mais avec un abandon sans réserve à la volonté suprême. Ô palais auguste que la Sagesse éternelle s'est bâti de toute éternité ! Ô sanctuaire ineffable où se sont opérés les plus hauts mystères ! n'est-il pas juste que nous vous consacrions des églises, puisque vous-même avez été comme le premier temple où s'est consommée la grande œuvre de notre salut ? Mais ne sommes-nous pas aussi les temples et les sanctuaires du Tout-Puissant ? Et si les édifices religieux élevés à la gloire de votre nom sont capables de vous plaire, ne vous plaisez-vous pas davantage encore dans la consécration qui vous est faite des corps et des âmes de vos enfants ? Mais voyez-vous en nous des sanctuaires dignes de vous et de votre Fils ? N'y apercevez6vous pas des souillures qui puissent blesser la pureté de vos regards et des siens ? O Marie ! purifiez, sanctifiez, ornez, embellissez ces églises intérieures et animées, afin qu'elles soient dignes de la majesté du grand Dieu qui a dit: Si quelqu'un m'aime, nous viendrons à lui et nous établirons en lui notre demeure.

 

Moyens à prendre pour imiter le zèle des premiers chrétiens à l'égard des temples de Marie

 

Des grands et des rois ont employé leur puissance et leurs richesses à dresser des monuments à l'honneur de la Mère de Dieu ; ils ne pouvaient sans doute en faire un meilleur usage. Mais tous ne sont pas nés dans l'illustration et la grandeur; il n'a pas été donné à tous de jouir de l'abondance et de posséder des trésors. Que reste-t-il donc aux petits et aux pauvres pour témoigner à Marie, dans ses temples, leur dévouement et leur amour? Eh! ne savonsnous pas qu'à l'exemple de Dieu, Marie ne regarde pas la valeur des dons, mais l'affection de celui qui donne? Si l'obole de la veuve ('2) était plus agréable au Seigneur que les riches offrandes des opulents du siècle, une obole présentée à Marie dans son sanctuaire ne sera-t-elle pas quelquefois reçue avec plus de bienveillance que les sommes énormes prodiguées peut-être par l'orgueil plutôt que par la piété? De pauvres ouvrières, de simples filles de campagne, en ornant l'autel de celle qu'elles aiment à appeler leur Mère, et en déposant devant son image un humble bouquet de fleurs empruntées à la nature, n'auront-elles pas souvent plus de mérites au jugement de Marie que les dames opulentes et les superbes seigneurs des plus illustres cités? Sachons donc, chacun selon ses facultés, contribuer, soit par nos présents, soit par notre travail, à la gloire des lieux consacrés à la Reine du ciel.

Mais cherchons plutôt encore à les honorer par notre piété; dérobons, autant qu'il dépendra de nous, quelques instants à nos occupations temporelles pour venir orner sa maison par notre présence, car la présence d'enfants chéris est pour une bonne mère le plus doux de tous les ornements ; avec cux, la demeure la plus humble devient pour elle un palais; sans eux, les palais même ne lui semblent qu'une obscure prison. Cependant, pour que cette vue satisfasse son cœur et le comble de joie, il faut qu'elle trouve dans sa jeune famille les sentiments de l'affection et la perfection des œuvres. C'est donc avec un esprit recueilli, avec un cœur obéissant, avec une âme embrasée d'amour que nous devons paraître dans la maison de cette Vierge miséricordieuse, à qui nous sommes redevables de la vie spirituelle. Loin de nous, quand nous nous présentons devant son trône, cet esprit de légèreté qui l'afflige, ces révoltes passionnées qui la désolent, cette froideur et cette insensibilité qui la dégoûtent. Allons à elle dans son sanctuaire; mais allons-y pour prier avec attention, pour écouter avec docilité ses inspirations salutaires, pour reconnaître ses bontés par une charité vive et agissante; allons à elle avec ces saintes dispositions, et elle nous obtiendra d'être sur la terre de dignes sanctuaires de la Divinité, et de mériter, après cette vie, une place dans le temple de la gloire.

 

Prière de Saint Germain, archevêque de Constantinople


Je vous salue, ô vous qui, touchée de compassion à la vue de l'affreuse nudité où nous avait réduits, dans le jardin d'Éden, le fruit pernicieux qui donna la mort à nos âmes, nous avez recouverts d'un vêtement magnifique.., que la main des hommes n'a point tissu, mais qui nous a été imposé par Dieu lui-même; vous qui, lorsque nous étions enfoncés dans la fange de l'iniquité, nous avez été donnée comme la rémission des péchés, ô épouse sacrée du Tout Puissant !... Je vous salue, ô vous qui, sous vos pas si bien réglés, avez foulé ce tyran qui m'entraînait, pour me nuire, à la transgression, ce conseiller perfide, cet ennemi de tout bien, ce serpent trompeur qu'on appelle le Diable, et avez pris, comme par la main, notre nature corruptible et toujours prête à tomber, pour la conduire, dans votre compagnie, au sanctuaire spirituel et au tabernacle divin qui ne vieillit jamais ! Je vous salue, ô vous qui avez fait éclore la clarté d'un jour de joie et d'allégresse sur la tête de ceux qui se trouvaient comme enchaînés dans les ténèbres du trépas, dans l'abîme de l'infirmité, et auxquels vous avez promis de dissiper, par la puissance de Dieu, cette obscurité funeste, ô Marie, plus sublime que tous les miracles. Je vous salue, ô vous qui distillez sur nous la rosée divine de l'intelligence, ô nuée brillante qui avez fait lever sur notre horizon, enveloppé des ombres de la mort, le plus éclatant de tous les soleils !... ô source qui, prenant votre origine dans le ciel, formez ces fleuves rapides de la connaissance de Dieu, qui entraînent, par les eaux limpides et pures de la foi orthodoxe, le limon de l'hérésie ! Je vous salue, ô divin paradis, ô séjour de la sagesse, ô jardin plein de charmes, planté parla main du Tout-Puissant,... où fleurit le bois de vie pour communiquer la science de la vérité et donner l'immortalité à ceux qui en goûtent ! Je vous salue, ô édifice sacré, ô palais immaculé et sans tache du grand Roi, de Dieu lui-même, ô vous qui avez été revêtue de sa majesté et avez appelé tous les hommes à recevoir en vous une sainte hospitalité, où ils pourront jouir des mystères de la foi depuis leur première origine !... Je vous salue, ô nouvelle Sion, ô sainte Jérusalem, ô cité auguste du grand Roi, dans les tours de laquelle Dieu est clairement connu, et au milieu de laquelle il passe sans l'ébranler et sans lui porter atteinte, tandis qu'il émeut les nations et fait tomber les rois à vos pieds pour rendre hommage à votre gloire !... Je vous salue, ô montagne féconde et ombragée, où a été nourri l'Agneau raisonnable qui a effacé nos péchés et guéri nos maladies, et d'où s'est détachée, sans l'aide d'une main humaine, cette petite pierre qui a renversé les autels des idoles, et, par un prodige admirable à nos yeux, est devenue la pierre angulaire ! Je vous salue, ô saint trône de Dieu, ô trésor sacré, ô brillante et glorieuse maison, ô vénérable tabernacle, ô vase choisi que Dieu a réservé pour son usage, ô propitiatoire de tout l'univers, ô ciel qui racontez la gloire du Très-Haut, ô miraculeux Orient d'où s'élève un astre qui ne connaît pas de couchant, dont le sommet du ciel est le point de départ, et dont personne ne saurait éviter la chaleur, c'est-à-dire la conduite providentielle !.... Je vous salue, Marie, pleine de grâce, plus sainte que les saints, plus haute que les cieux, plus glorieuse que les chérubins, plus digne d'honneur que les séraphins, et plus vénérable que toute créature !... Je vous salue, ô radieuse colombe qui nous avez apporté le rameau d'olivier, symbole du salut et signe certain de la fin du déluge où s'engloutissaient les intelligences, ô urne d'or pur qui renfermez la manne véritable, Jésus-Christ, la douceur et les délices de nos âmes !

O Reine de pureté qui méritez tout hommage et toute vénération, ô cœur dédié au Seigneur par une consécration qui surpasse la condition de toute créature, ô terre que l'homme n'a point cultivée, ô champ toujours intact, ô vigne abondante en pampres magnifiques, ô vase où se puise la joie, ô source qui répandez l'eau comme par torrent, ô Vierge-Mère, ô Mère toujours Vierge, ô trésor d'intégrité, ô chef-d'œuvre de chasteté, daignez, par la vertu de vos douces supplications, que l'autorité maternelle rend si puissantes auprès de votre Fils et de votre Dieu, de ce Dieu créateur de tous, que vous avez engendré sans père, nous conduire dans le port assuré du salut, et tenant en main le gouvernail de l'ordre ecclésiastique, nous préserver du naufrage dont nous menacent les flots de l'hérésie et des scandales ; ornez les prêtres, comme d'un manteau glorieux, de la justice et de la joie pure, d'une foi droite et irréprochable ; dirigez dans la paix et dans le repos les sceptres des empereurs orthodoxes qui, de préférence à la pourpre, à l'or, aux diamants, aux pierres précieuses, vous regardent comme leur couronne, leur vêtement royal et l'ornement inamissible de leur puissance ; renversez et subjuguez les nations barbares et infidèles qui vous déchirent par leurs blasphèmes et outragent avec vous le Dieu qui de vous a pris naissance ; soyez, à l'heure du combat, la protectrice de l'armée qui s'appuie toujours sur votre secours, et confirmez, selon le précepte de Dieu, le peuple appelé à la dépendance dans la pratique d'une facile et soumise obéissance; couronnez de triomphes cette ville (Constantinople) qui vous appartient et qui vous considère comme sou rempart et son fondement; doublez ses forces et soyez sa gardienne; conservez toujours la beauté de ce temple sacré, votre demeure ; défendez vos panégyristes de toutes calamités et de toute angoisse spirituelle; donnez la liberté aux captifs ; tendez au monde entier votre main auxiliatrice, afin que nous puissions célébrer, dans une pompeuse splendeur, avec la solennité de ce jour, toutes vos autres solennités , en Jésus-Christ, le Roi de l'univers et notre vrai Dieu, à qui conviennent la gloire et l'empire, ainsi qu'au Père, centre de la sainteté et principe de la vie, dans la compagnie de l'Esprit consubstantiel, qui partage leur essence et leur domination, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

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Troisième jour

La statue miraculeuse de Notre Dame du Puy

 

La Très Sainte Vierge, en jetant un si vif éclat sur son Image du Puy, n'a pas voulu glorifier seulement cette antique et vénérable Statue, riche et précieux don du plus saint de nos rois ; elle s'est proposé en même temps de recommander aux fidèles une pieuse confiance et une tendre dévotion pour toutes les autres représentations de son auguste personne. Aussi la perte de ce religieux trésor peut-elle jusqu'à un certain point se compenser par les souvenirs qui nous en restent et par les autres figures qui rappellent à nos yeux les traits de cette Mère chérie. Nous sommes ses enfants, et à ce titre, il faut nous faire un bonheur comme un devoir 1° d'honorer ses Images, 2° de propager ses Images, 3° de retracer son Image dans toute notre conduite, trois pensées importantes qui méritent toute notre attention.

 

Il faut honorer les Images de Marie

 

L'église l'a fait dans tous les temps. C'est une tradition antique et universelle que Saint Luc, peintre et médecin tout ensemble, employa son talent à reproduire le visage sacré de cette auguste Vierge dans plusieurs tableaux, dont les plus célèbres sont celui que la princesse Eudoxie, femme de Théodose, envoya à l'impératrice Pulchérie, qui lui fit bâtir un temple magnifique à Constantinople, et celui que Rome conserve encore aujourd'hui, et qui fut porté en procession à travers les rues et les places publiques de cette glorieuse cité par Saint Grégoire le Grand, au moment où elle était désolée par une peste cruelle, dont la vue de cette miraculeuse peinture dissipa en un moment les miasmes empoisonnés. Les Pères du second Concile de Nicée, septième général, ont déclaré hautement « qu'ils vénéraient les Images de la Mère de Dieu, de Notre Dame, l'irréprochable, l'immaculée et la glorieuse mère de toute pureté qui a enfanté le Fils du Très-Haut ». Dans cette noble et catholique assemblée, on ne craignit pas de citer des faits miraculeux opérés par ces Images sacrées, entre autres la révélation faite par une d'elles à saint Basile, du trépas sanglant de Julien l'Apostat, accordé aux prières du Saint martyr Mercure, et la tentation dont, au rapport d'un ancien auteur, fut tourmenté un fervent anachorète, à qui le démon voulut, mais en vain, persuader de ne plus rendre hommage a une pieuse figure de, Marie, exposée dans sa cellule. Saint Jean de Damas, ce célèbre athlète de la vraie Foi contre l'hérésie des iconoclastes, cet illustre docteur, qui, après avoir eu la main coupée par le bourreau, la recouvra par la puissance de son auguste protectrice, rapporte la guérison d'un homme perclus de la moitié du corps, qui fut rappelé à sa première vigueur par Saint Étienne le Jeune, en révérant deux images, l'une de Jésus et l'autre de sa Mère, présentées à sa vénération. Saint Germain, patriarche de Constantinople, dans une de ses lettres lue au septième Concile général, raconte qu'à Sozopolis, ville de la Pisidie, on voyait une Statue de la Vierge dont la main laissait découler continuellement un baume précieux qui guérissait toutes sortes de maladies, ce que confirme la Vie de saint Eutychius, patriarche de la même ville, qui rendit la santé à un enfant moribond, en le frottant de cette divine liqueur. Nous serions infinis, si nous voulions raconter en détail tous les exemples qui peuvent inspirer le respect pour les saintes Images de Marie. Ici c'est, d'après le récit de Nicéphore, un de ces précieux trésors découvert dans un cyprès par l'éclat d'une grande lumière qui en jaillit la nuit et le jour ; là c'est un portrait de Marie qui fait reconnaître saint Alexis que la pénitence avait, quoique présent, dérobé à l'œil même de ses parents désolés ; plus loin c'en est un autre qui console Marie Égyptienne au moment où elle était arrêtée par une main invisible à la porte de l'église, dans laquelle elle cherchait vainement à pénétrer pour adorer la sainte Croix ; d'un autre côté, c'est une figure irritée de cette Mère ordinairement si pleine de douceur, qui repousse l'impie Anatolius, prosterné devant elle pour prier ; c'est enfin, selon le témoignage de saint Grégoire Pape, une représentation de cette puissante Patronne de Constantinople, qui, portée solennellement autour des murailles, délivre la ville des Sarrasins dont les troupes la tenaient assiégée depuis deux ans.

Cette dévotion, si conforme à la raison et à la piété, bien loin de s'affaiblir avec le temps, n'a cessé de prendre de nouvelles forces. L'histoire que nous venons de lire en est une preuve évidente qui se retrouve dans tous les lieux célèbres consacrés à la Reine du ciel. Que dis-je ! Est-il aujourd'hui, je ne dis pas une église, mais une maison pieuse qui ne se montre parée de quelqu'un de ces religieux ornements ? D'innombrables médailles ne reproduisent-elles pas sur le cuivre et sur l'argent les plus célèbres Images de la Mère de Dieu ? Celle qui a mérité, par les grâces qu'il a plu à Dieu d'y attacher, d'être appelée miraculeuse, ne brille-telle pas sur la poitrine des femmes chrétiennes, et ne se cache-t-elle pas même quelquefois sous les vêtements des hommes qui ont conservé le sentiment précieux de la foi ? Le Saint Scapulaire, si heureusement empreint des traits de Marie, n'est-il pas comme un préservatif assuré suspendu au cou de la plupart des fidèles ? N'est-ce pas enfin aux pieds de cette Vierge toute-puissante, rendue visible par le pinceau ou par la sculpture, que les âmes les plus égarées, que les ennemis même de l'Église viennent abjurer leurs erreurs et leurs déréglements ?

Que l'image de Marie soit donc, Seigneur, l'objet de nos respects ; qu'elle garde nos demeures, qu'elle conserve nos personnes, qu'elle nous accompagne dans toutes nos démarches. Fidèles à l'honorer, et protégés continuellement par sa présence, nous braverons, sans rien craindre, les séductions du monde et les attaques de l'enfer ; les traits de l'enfer et du monde viendront s'émousser sur elle, comme sur un bouclier d'airain, comme sur un rempart inexpugnable.

 

Il faut propager les images de Marie

 

Car nous ne devons pas nous contenter de jouir nous-même des avantages qu'elles procurent ; mais il convient de les communiquera tous ceux qui nous environnent. Avons-nous des parents vertueux et de pieux amis ? encourageons-les à persévérer, à croître même dans ces utiles pratiques. Aurions-nous le malheur de voir ceux que nous chérissons, dans l'oubli de leur devoirs, et dans la haine de Dieu ? faisons tous nos efforts pour leur inspirer du moins quelque confiance aux saintes Images de Marie. Obtiendrions-nous seulement qu'ils consentissent à les porter sur eux-mêmes, soyons persuadés qu'alors nous aurions déjà remporté une grande victoire. Qui n'a pas appris qu'armés de ce nouveau palladium, des voyageurs exposés, comme il n'est que trop ordinaire aujourd'hui, à d'horribles dangers, sur ces nouvelles routes si rapides et si périlleuses, ont seuls été préservés au milieu des cadavres et des flammes, d'une mort qui semblait inévitable ? Ne sait-on pas que de braves soldats ont vu quelquefois tous leurs compagnons d'armes tomber sans vie à leurs côtés, tandis qu'une main invisible détournait les coups qui auraient dû les renverser, parce que les traits de Marie, gravés sur une pieuse médaille, reposaient sur leur cœur ? Des époux, des frères n'ont-ils pas échappé souvent à un trépas funeste, parce qu'ils portaient, peut-être sans le savoir, ce puissant préservatif, qu'avait déposé dans leurs vêtements l'industrieuse sollicitude d'une épouse ou d'une sœur ? Ce sont là des moyens de propagation, qui ne surpassent ni les forces ni les ressources de qui que ce soit; les pauvres même et les petits peuvent les réaliser dans le cercle étroit qui les environne ; mais le riche est capable d'étendre plus loin les effets de son zèle ; il peut, en visitant les malheureux, joindre à l'aumône corporelle une image simple, mais touchante, de celle qui a consenti elle-même à vivre dans l'indigence, une médaille commune, mais souvent bien puissante, de cette douce et aimable patronne des infirmes et des misérables, dont elle a partagé le sort. Cette charité ne sera sans doute ni moins agréable à Dieu, ni moins utile aux infortunés qui en seront l'objet, que toutes les autres œuvres de bienfaisance auxquelles nous pourrions nous adonner.

 

Il faut retracer en nous-même l'Image de Marie

 

Mais le point essentiel pour nous, c'est de ne pas oublier nos propres intérêts en procurant ceux du prochain; c'est de graver en nous, comme des enfants bien nés, tous les traits de notre mère ; car comment montrer que nous lui appartenons, s'il ne se trouve en nous aucun caractère de ressemblance avec elle ? Aussi semble-t-elle nous dire, avec bien plus de raison encore que le grand Apôtre : « Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même de Jésus Christ ». Écoutons cette parole, et travaillons à nous conformer au grand modèle qui nous est offert.

1° Modèle de foi, Marie n'hésite pas en entendant la promesse de l'ange ; elle croit à l'oracle céleste, et si elle demande comment ce prodige s'accomplira, ce n'est pas par suite d'un doute, c'est par le désir d'apprendre l'ordre de la Providence dans cet auguste mystère. Aussi Sainte Élisabeth lui dira-t-elle : « Vous êtes heureuse, parce que vous avez cru ».

2° Modèle de pureté; Marie estime si fort cette belle vertu, qu'elle aimerait mieux renoncer au privilège de la maternité divine, que de porter atteinte à la sainte virginité. « Comment cela se fera-t-il, puisque je suis étrangère à tout commerce humain ? »

3° Modèle d'obéissance; Marie a renoncé à sa propre volonté, pour suivre en tout point la volonté de Dieu manifestée par ses supérieurs ; elle obéit à tous, aux empereurs païens, à la loi mosaïque, aux auteurs de ses jours, à Saint Joseph, au Disciple bien-aimé. Elle obéit en tout, dans les occasions les plus pénibles, comme dans les circonstances les plus aisées, quand il faut fuir en Égypte, comme quand il faut revenir à Nazareth. Elle obéit avec des dispositions toujours parfaites, dans la seule vue de plaire au Seigneur et de procurer sa gloire.

4° Modèle d'humilité ; Marie ne se prévaut ni de sa naissance, ni des grâces spirituelles qu'elle a reçues ; elle cache à tous, même à saint Joseph, le secret de sa grandeur ; elle se proclame servante du Seigneur, au moment où elle en devient la mère ; elle passe sa vie dans l'obscurité d'une pauvre chaumière, sans éclat, sans actions brillantes, sans développements miraculeux de sa puissance ; elle se plaît à être oubliée, et comptée pour rien.

5° Modèle de patience ; Marie souffre tout sans murmurer et sans se plaindre : la crèche et son dénuement, l'exil et ses privations, le Calvaire et ses douleurs ne sauraient l'abattre; elle est debout au pied de la croix, non moins résignée dans ce moment suprême, que quand elle se voyait, à Bethléem, contrainte de se réfugier dans une pauvre étable.

6° Modèle de charité ; Marie aime Dieu, jusqu'à vivre, jusqu'à mourir d'amour ; elle aime le prochain, jusqu'à consentir à la mort cruelle de celui qui possède son cœur tout entier et comme son créateur, et comme son fils. Prodiges ineffables, qui ne se représentent nulle part ailleurs ! Mourir d'amour pour Dieu, et sacrifier pour l'homme le Dieu dont l'amour occasionne sa mort ! quelle tendresse admirable! quelle ineffable charité !

Jetez, chrétiens, les yeux sur ce grand modèle, et faites de généreux efforts pour le reproduire dans votre conduite ; que la foi dirige toutes vos œuvres, que la pureté règne dans votre cœur, que l'obéissance règle vos démarches, que l'humilité vous porte à vous anéantir devant Dieu et devant les hommes, que la patience vous soutienne dans les afflictions, que la charité enfin couronne toutes vos vertus, et alors vous deviendrez véritablement dignes d'appeler Marie votre mère, et de vous compter au nombre de ses bien-aimés enfants.

 

Prière de saint Germain de Constantinople

 

O Marie, Mère de Dieu, accordez votre secours et votre protection à ceux qui célèbrent vos solennités; délivrez-nous par vos puissantes prières de toute nécessité et de tout péril; éloignez de nous non-seulement le poison funeste de la maladie, et les calamités de tout genre, mais encore la juste colère de votre fils et ses terribles menaces pour l'avenir ; placez-moi, en vertu de votre titre de Mère du Seigneur, dans ce lieu de délices, où brille la lumière, où règne la paix, où se distribuent avec abondance tous les biens capables de combler les désirs de l'homme. Qu'elles soient réduites au silence les lèvres artificieuses dont l'orgueilleuse malice et les fiers dédains osent insulter votre innocence ; que leur image soit réduite au néant dans votre cité ; que vos ennemis soient confondus, qu'ils tombent en défaillance, qu'ils périssent, et qu'ils sachent que vous vous appelez Notre Dame. seule vous êtes la Mère de Dieu, la plus sublime de toutes les créatures terrestres, la divine épouse que nous bénissons dans la foi, que nous honorons par le désir, que nous révérons avec crainte, que nous ne cessons d'exalter, et que, dans notre vénération, nous proclamons bienheureuse. Oui, bienheureux parmi les hommes est votre père, bienheureuse votre mère parmi les femmes ; bienheureuse votre maison, bienheureux ceux qui vous ont connue, bienheureux ceux qui vous ont vue ; bienheureux ceux qui ont eu de douces relations avec vous ; bienheureux ceux qui vous ont servie, bienheureux les lieux que vos pieds ont foulés ; bienheureux le temple où vous avez été offerte ; bienheureux Zacharie qui vous a reçue dans ses bras ; bienheureux Joseph, qui vous a prise pour son épouse ; bienheureuse votre couche, bienheureux votre tombeau, car vous êtes le souverain honneur, la récompense souveraine, la souveraine grandeur.

Mais, ô ma reine, ô seule consolation que Dieu m'a donnée, rosée céleste qui apaisez mes brûlantes ardeurs, pluie bienfaisante qui descendez d'en haut pour humecter mon cœur desséché, lampe brillante qui dissipez les ténèbres de mon âme, guide fidèle de mes pas, soutien de ma faiblesse, vêtement de ma nudité, richesse de mon indigence, remède de mes inguérissables blessures, ô vous qui éteignez mes larmes, qui faites cesser mes gémissements, qui dissipez mes calamités, qui allégez mes douleurs, qui brisez mes chaînes, ô espérance de mon salut, exaucez mes prières, soyez touchée de mes soupirs, accueillez mes lamentations, et prenez pitié de mes misères ; que les entrailles de votre miséricorde se laissent attendrir et fléchir par mes pleurs ; car vous êtes la Mère du Dieu de bonté et de clémence. Regardez-moi et recevez favorablement mes supplications, comblez le désir de mon âme altérée... Introduisez-moi dans la terre promise à la douceur, dans les tabernacles des justes, dans la région des saints. Daignez, ô vous qui êtes la protectrice, la joie, l'allégresse, les délices de tous, daignez, je vous eu conjure, m'inonder de consolations... dans la félicité vraiment ineffable du divin roi qui est né de vous, dans son incorruptible sanctuaire, dans ses douceurs perpétuelles dans ses satisfactions exemptes de tout dégoût, dans son royaume interminable et sans fin. Oui, vous êtes ma reine, vous êtes mon refuge, ma vie et mon secours, mou armure et ma gloire, mon espérance et ma force, accordez-moi la grâce de jouir... dans ce céleste séjour des dons inénarrables et incompréhensibles de votre Fils. Car vous avez, je le sais, en votre qualité de Mère du Très Haut, autant de pouvoir que de tendresse ; c'est cette pensée qui m'inspire la confiance, et m'anime d'une sainte audace. Ne permettez pas, ô reine de pureté, que je sois frustré dans mon attente, mais faites plutôt que j'en obtienne l'accomplissement, ô épouse de Dieu même, qui par un ineffable prodige avez enfanté l'attente de l'univers notre divin maître Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai Seigneur, à qui convient toute gloire, tout honneur et toute adoration avec le Père éternel et l'Esprit vivifiant, maintenant et toujours, et dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

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Neuvaine à Notre Dame du Puy 2/4

Neuvaine à Notre Dame du Puy

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Quatrième jour

Les reliques conservées à Notre Dame du Puy

 

Il semblerait, selon les raisonnements de l'esprit humain, que là où se montre la Très Sainte Vierge, toute autre dévotion inférieure devrait disparaître ; car, quelle peut être la gloire des serviteurs de Dieu devant la splendeur de sa Mère? Tout éclat étranger ne doit-il pas s'éclipser devant la radieuse Image de celle qui est en même temps la reine des hommes et la maîtresse des anges ? Cependant la Sainte Vierge ne prétend pas s'attirer ces hommages exclusifs, et comme à Rocamadour elle s'est plu à s'associer le grand Solitaire qui a donné son nom au rocher où elle a suspendu son temple, ainsi, sur la montagne d'Anis, elle a voulu partager la vénération dont elle est l'objet avec les apôtres, les martyrs, les vierges et les confesseurs, dont elle a réuni autour d'elle les restes précieux. C'est que, par cette conduite, Marie a prétendu, 1° confirmer la Foi de la Sainte Église, 2° rehausser son honneur aux yeux des mortels, 3° nous apprendre à fouler aux pieds les vaines inquiétudes de la jalousie : nouveaux sujets d'études religieuses et de profondes méditations.

 

Marie, en s'associant les reliques des serviteurs de Dieu, confirme la foi de la sainte Église

 

On sait avec quelle rage les hérétiques, dans ces derniers temps comme dans les siècles plus anciens, se sont déchaînés contre les reliques sacrées des héros de la religion catholique. Détruire leurs autels, abattre leurs temples, profaner leurs ossements, disperser aux vents la poussière de leurs restes consumés par les flammes, tels ont été les exploits surtout des derniers et prétendus réformateurs. Insensés ! Ils ne voyaient donc pas qu'ils agissaient contre l'Écriture Sainte, dont ils prétendaient rappeler la pureté, contre l'enseignement général de tous les docteurs qui ne sauraient se confondre ainsi dans une même illusion, contre l'histoire de tous les siècles qui renverse leurs coupables nouveautés, contre la sentence de tous les Conciles qui se réunissent dans une seule et même décision, contre le sentiment même de la raison qui les condamne d'extravagance et de folie !

Et certes, les livres sacrés ne nous disent-ils pas que Joseph ordonna de transporter ses ossements dans la Terre promise, et que Moïse exécuta religieusement sa volonté ; que Josias détruisant l'idolâtrie, respecta le tombeau d'un prophète du Seigneur et défendit de remuer ses cendres : que le cadavre d'Élisée rappela un mort à la vie par la seule puissance de son attouchement ; que le manteau d'Élie servit au même prophète à diviser les eaux du Jourdain ; que l'hémorroïsse, dans l'Évangile, recouvra la santé en portant la main sur la frange des vêtements du Sauveur ; que les linges qui avaient été à l'usage de saint Pierre dissipaient toutes les maladies, et que les infirmités disparaissaient même sous la vertu de son ombre ?

Tous les docteurs des premiers siècles n'ont-ils pas tenu le même langage ? Saint Athanase ne loue-t-il pas Saint Antoine de sa dévotion à porter, dans les grandes solennités, le manteau de Saint Paul Ermite ? Saint Basile ne déclare-t-il pas que les corps des martyrs sont comme des tours qui protègent les villes et les provinces ? Saint Grégoire de Nysse ne témoigne-t-il point que les restes vénérables de Saint Théodore étaient placés avec honneur dans un lieu auguste et sacré ? Saint Grégoire de Naziance ne reproche-t-il pas à l'Apostat Julien de mépriser les reliques des martyrs, tandis qu'il admirait le bûcher d'un Hercule victime de la vengeance d'une femme ? Mais, sans accumuler les citations, qu'il nous suffise de recueillir ce témoignage solennel du grand Saint Ambroise, lorsqu'il disait : « J'honore, dans la chair des martyrs, les cicatrices endurées pour le nom de Jésus-Christ ; j'honore des cendres consacrées par la confession du Seigneur ; j'honore dans ces cendres les semences de l'éternité ; j'honore ce corps qui m'a montré à aimer mon Dieu, qui m'a appris à ne pas craindre la mort. Eh ! Pourquoi les fidèles n'honoreraient-ils pas ce corps que les démons révèrent, et qu'après avoir affligé dans le supplice, ils glorifient dans le sépulcre ? J'honore ce corps que Jésus-Christ a honoré par le glaive et qui règne dans le ciel avec Jésus-Christ ».

Parlerai-je des faits de l'histoire ? Montrerai-je la chaire de Saint Jacques conservée précieusement dans son église de Jérusalem ? Dirai-je comment les ossements de Saint Ignace furent transportés de Rome à Antioche, où ils se gardaient comme un trésor inestimable ; comment le même honneur fut rendu aux reliques de Saint Polycarpe, estimées plus précieuses que l'or et que les pierreries ; comment le grand Constantin enrichit Constantinople des restes de Saint André, de Saint Luc et de Saint Timothée ? Mais tous les doutes ne s'évanouissent-ils pas surtout devant la pompeuse translation de Saint Babylas au milieu des chants du peuple fidèle ; devant les innombrables miracles opérés au moment de l'invention du corps de Saint Etienne, et dont le grand Augustin nous a conservé de si frappants souvenirs, devant tant d'autres prodiges qui ont illustré les tombeaux des Gervais et des Protais, des Martin, des Geneviève, des Janvier, des Népomucène, prodiges si évidents qu'ils ont arraché de la bouche de Luther lui-même cet aveu solennel : « Qui peut disconvenir que Dieu ne fasse encore aujourd'hui par Ses Saints, auprès de leurs tombeaux et en présence de leurs reliques, des merveilles qui paraissent aux yeux de tout le monde ? »

Ajoutez à ces autorités déjà si respectables les décisions des Conciles anciens et nouveaux : partout vous retrouverez les mêmes usages et la même doctrine. Dès le quatrième siècle, le Concile de Gangres prononce anathème contre ceux qui avaient en horreur les lieux consacrés par la présence des martyrs. Celui de Carthage, terni en 368, confirme la pratique d'honorer les vraies reliques, en ordonnant de détruire les autels qui en renfermaient de fausses ou de douteuses. En Espagne, le Concile de Brague prescrit, en 675, le respect et la vénération avec lesquels on doit porter les châsses des serviteurs de Dieu. Celui de Mayence, en Allemagne, célébré en 813, ordonne, d'un côté, de solenniser la fête des saints dont les corps reposent dans la paroisse, et défend, de l'autre, de les transférer sans la permission de l'évêque. « Oui, dit le second Concile général de Nicée (787), notre Sauveur Jésus Christ nous a laissé les reliques de ses saints comme des fontaines salutaires d'où découlent en mille manières ses bienfaits ». C'est d'après ces témoignages irréfragables que le Concile de Trente a déclaré que les Corps saints doivent être vénérés comme les temples vivants de Jésus Christ, et condamné ceux qui oseraient soutenir qu'il n'est pas permis de rendre aux reliques un hommage religieux. Pouvait-il, après de tels antécédents, donner une décision différente ?

Et quand la foi se tairait, la raison ne parlerait-elle pas assez haut pour nous faire comprendre que, comme les enfants se plaisent à honorer les cendres de leurs pères, comme l'on conserve avec respect, dans l'or quelquefois, et dans les pierreries, le cœur des héros qui ont arraché leur patrie à la ruine et à l'esclavage, comme l'on va même jusqu'à garder avec un soin presque scrupuleux les objets souvent les plus simples qui n'ont d'autre mérite que d'avoir appartenu à des hommes célèbres et à d'illustres génies, ainsi la religion peut, sans blesser la raison, présenter à la vénération de ses disciples les cilices du solitaire, les chaînes du confesseur, les grils de fer du martyr, et à plus juste titre encore ces membres généreux que la pénitence a consumés ou qu'a déchirés le fer sanglant du bourreau. C'est pour rappeler, c'est pour maintenir, c'est pour propager ces hautes vérités, ces enseignements catholiques, que Marie a recueilli dans son temple tant de pieux trésors et de précieuses reliques. elle nous apprend par cette sage conduite que les vœux des âmes infidèles aux principes de la véritable église ne sauraient lui être agréables, et que nos prières, pour être exaucées, doivent partir d'un cœur soumis sans réserve à cette divine et infaillible autorité.

 

Marie, en s'associant les reliques des Saints, rehausse son honneur aux yeux de tous les mortels

 

Car, s'il est vrai qu'il n'y a rien qui fasse mieux ressortir les beautés d'un ouvrage que les contrastes, et la perfection des principaux traits d'un tableau que l'adroite disposition de ses ombres, ne peut-on pas dire que les Saints, malgré tous leurs mérites, ne semblent placés près de la Vierge-Mère que pour relever davantage l'éclat de ses privilèges et la splendeur de ses vertus ? Quelle différence, en effet, n'y a-t-il pas entre le cœur de Marie et le cœur des Saints, même les plus excellents ? On peut, comme dit saint Bernard, trouver ailleurs sur la terre des femmes qui, ou soient demeurées vierges, ou aient vécu dans l'humilité, ou se soient distinguées par la douceur, ou aient pratiqué la Charité et la Miséricorde ; mais quelle autre femme a jamais joint les joies de la maternité à l'honneur de la virginité ? N'est-ce pas là une grâce qui lui a été tellement particulière que personne ne l'a obtenue avant elle, et qu'après elle personne n'aura le bonheur de la posséder. Et sans parler même de cette haute et mystérieuse vocation, pour nous borner a ce qui lui a été plus personnel et plus intime, n'est-elle pas cette Vierge accomplie qui a surpassé toutes celles qui l'avaient précédée ou qui pourront la suivre dans la glorieuse carrière de la sainteté ? En elle, les vertus qui paraissaient communes n'ont-elles pas pris par leur perfection un caractère tout spécial et tout singulier ? On a vu des âmes pures ravir par leur modestie l'admiration de l'univers ; mais quelle pureté pourrait être mise en parallèle avec ce lys éclatant en blancheur que n'a jamais flétri la tache même la plus légère ? On a vu de grands Saints unir l'abondance des mérites aux abaissements de l'humilité ; mais quelle humilité oserait entrer en comparaison avec les anéantissements héroïques de cette incomparable reine, qui, tandis que Dieu l'élève jusqu'au Ciel, s'enfonce elle-même jusque dans l'abîme ? On a vu des cœurs embrasés pour Dieu de l'amour le plus vif et le plus ardent. mais que leur amour paraîtra faible, si on le rapproche de ce feu sacré qui dévorait celui de Marie, et dont la douce violence rompit enfin les chaînes qui attachaient à un corps mortel une âme incapable de supporter plus longtemps, loin de Jésus, les rigueurs d'une vie importune !

Venez donc, illustres serviteurs de Dieu, venez, par vos imperfections même, donner un nouvel éclat à l'admirable perfection de Votre Auguste Souveraine ; venez en même temps vous ranger autour d'elle pour lui offrir les hommages légitimement dus à sa grandeur ; venez, en vous courbant vous-mêmes devant elle, nous apprendre le recueillement et la ferveur que nous devons porter dans son sanctuaire ; venez enfin reconnaître, en présence de ses autels, que les dons spirituels qui ont orné votre vie et préparé votre gloire sont des effets de sa miséricorde et de sa tendresse pour vous ; venez jeter en quelque sorte à ses pieds, comme les vieillards dont il est parlé dans l'Apocalypse, ces palmes et ces couronnes que vous n'avez conquises que par son assistance maternelle. Mais permettez-nous en même temps de nous joindre à vous pour remercier, pour prier, pour vénérer, pour aimer celle qui est notre mère aussi bien que la vôtre. Soutenues de vos prières, nos prières seront plus ferventes; confondus avec vos hommages, nos hommages seront plus dignes de sa grandeur ; unis à vos actions de grâces, nos remerciements mériteront davantage d'être agréés ; échauffé par votre amour, notre amour sera moins glacé et moins languissant. Vous nous présenterez à cette puissante protectrice, vous qui êtes si particulièrement ses amis qu'elle partage son temple avec vous, et le pouvoir que vous exercez auprès d'elle nous préparera une aimable réception et d'abondantes faveurs.

 

Marie en s'associant les reliques des Saints, nous apprend à fouler aux pieds les vaines inquiétudes de la jalousie

 

La jalousie ne saurait entrer dans son cœur virginal, où règne la plus excellente charité ; elle voit sans peine les pieux fidèles passer de son autel à ceux des saints qui l'environnent, et quelquefois même, se prosterner devant leurs reliques avant que de saluer sa glorieuse image. C'est que la gloire de Dieu et le salut des hommes, sont le premier vœu et comme le premier besoin de son âme. Hélas ! Que ces sentiments sont rares aujourd'hui sur la terre ! Depuis que par l'envie du démon, le péché est entré dam le monde, les hommes ont été remplis de jalousie, et, par suite, d'un esprit de contention, de ruse, de malignité, de murmure, de médisance, d'outrages, de révolte, de dureté. C'est la jalousie qui arma la main du premier des homicides, et le poussa à répandre le sang de son frère ; c'est la jalousie qui inspira aux Pharisiens une haine injuste contre le Sauveur, et l'horrible pensée du déicide ; c'est la jalousie qui suscita à Paul des émules, jusque dans le ministère sacré de la prédication évangélique. La jalousie est une passion qui dessèche l'âme et le corps, un poison qui se glisse jusque dans les os pour les corrompre, une souillure qui couvre le front de rougeur, une source de meurtres et d'homicides, un désordre qui exclut du royaume de Dieu. L'envieux ne jouit pas tant de son propre bonheur qu'il n'est affligé de celui d'autrui ; il semble que le bien fait au prochain soit une perte pour lui, et qu'il souffre un tort quand le prochain obtient un succès. Les noirs soupçons fatiguent son cœur, il épie un regard, un geste, une parole pour surprendre un témoignage souvent imaginaire d'une prétendue préférence ; il n'est pas heureux, et il ne permet pas aux autres de l'être; parents, amis, enfants, épouse, tous ces êtres dont il devrait faire le bonheur, il les trouble, il les afflige, il les désespère par ses plaintes et par ses murmures. Que de péchés naissent de cette source empoisonnée ! De combien de péchés n'a-t-elle pas été pour moi le principe !

Daignez, ô mon Dieu, me préserver de retomber jamais sous l'empire de cette funeste passion, et comme elle vient ordinairement d'un grand fond d'orgueil qui porte l'âme à chercher la prédilection et à craindre le mépris, inspirez-moi cette profonde et salutaire humilité qui a été le fondement de tous les mérites et de tous les privilèges de la Très Sainte Vierge. Elle vous a plu par sa pureté, mais c'est par son humilité qu'elle a mérité de vous concevoir dans ses chastes entrailles. Une fois bien établi dans cette vertu, je ne m'offenserai plus de voir les autres plus favorisés que moi, puisque j'aimerai à me tenir à la dernière place, dans l'intime conviction de mon néant et de ma misère. Mais de quelle grâce n'ai-je pas besoin pour vaincre l'amour-propre qui me domine ? C'est à vous, ô Vierge très-humble, que j'ai recours, et c'est par vous que j'espère obtenir cette précieuse faveur qui assurera mon repos sur la terre, et mon salut dans la vie future.

 

Prière de saint Jean de Damas

 

Je vous salue, Marie, dont le nom semble indiquer l'abondance infinie des louanges que vous méritez. Car quelque innombrables que soient les éloges que l'on puisse faire de vous, jamais on ne parviendra à exprimer ce qui convient à votre dignité. Je vous salue, grande reine, qui avez obtenu de dominer, par l'autorité maternelle, le dominateur de l'univers ; assurer que tout vous est soumis, ce n'est pas s'éloigner beaucoup de la vérité.

Je vous salue, buisson environné de flammes, qui ne portent aucun préjudice et aucune atteinte à sa tige miraculeuse ; ainsi inaccessible au péché, vous avez, par votre enfantement divin, rouvert aux mortels l'accès du royaume céleste. Je vous salue, arche sacrée, sanctuaire construit parla main de Dieu, où le créateur du siècle nouveau a déposé ses trésors, et d'où est sorti Jésus le nouveau Noé qui a rempli de sainteté le monde de ces derniers temps. Je vous salue, tige sacrée, rameau planté par le Seigneur lui-même, vous qui seule féconde entre toutes les vierges, avez fait sans aucun secours humain germer comme une belle Fleur, un fils tout-puissant qui est le maître de l'univers. Je vous salue, urne fabriquée de l'or le plus pur, vase séparé de tout autre vase, d'où le monde entier reçoit le don de la manne céleste, je veux dire le pain de vie, cuit aux saintes ardeurs de la divinité. Je vous salue, tabernacle élevé par la puissance de Dieu, nouvelle création, Ciel nouveau mille fois supérieur à la voûte du firmament, d'où est sorti le Très-Haut pour habiter en personne avec les hommes, et d'où a découlé sur la terre, l'éternelle propitiation. Je vous salue encensoir d'or, mais d'un or tout spirituel, qui portant en vous un charbon divin, exhalez les doux parfums de l'esprit et dissipez l'odeur infecte de la corruption mondaine...

Je vous salue, temple du Seigneur, séjour de pureté, vous dont David a dit : « Seigneur, votre temple est saint et admirable par sa justice » ; vous à qui Jésus-Christ a emprunté le tabernacle de son corps pour faire des mortels le tabernacle du Dieu vivant. Je vous salue, source expiatrice, fontaine abondante en eaux célestes, ruisseau qui roulez des flots de sainteté, et d'où surgit le Saint des saints, qui efface les péchés du genre humain. Je vous salue, lieu ineffable où repose le Seigneur, terre que ses pieds ont doucement foulée, qui avez attaché à un lieu, en le revêtant de la chair, celui qui était libre de tout lieu, qui avez rendu composé celui qui était simple, temporel celui qui était éternel, borné celui qui ne connaissait point de bornes...

Je vous salue, porte tournée à l'orient, d'où s'élance le soleil levant de la vie, dont les rayons diminuent pour l'homme le triste couchant de la mort. Je vous salue, trône glorieux dont le faîte s'élève jusqu'aux nues, siège animé, où prend place le roi du ciel, et où il goûte un repos plus doux que dans les célestes intelligences elles-mêmes. Je vous salue, vrai chérubin, âme embrasée d'ardeurs, riche en sentiments divins qui sont comme autant d'yeux pour vous, centre de clarté, qui lancez des traits multipliés de grâce, et dont la libéralité transmet aux hommes la lumière qui ne se couche jamais.

Je vous salue, mère étrangère aux douceurs du mariage, seule immaculée parmi les mères, qui avez obtenu les joies de la maternité , en conservant les privilèges de la virginité ; prodige singulier, prodige nouveau qui surpasse tous les miracles. Je vous salue, vierge féconde, seule mère parmi les vierges, qui avez gardé le trésor de la virginité en recevant les consolations de la maternité, merveille qui, parla grandeur de l'étonnement qu'elle inspire, éclipse toutes les autres merveilles. Je vous salue, sceau royal, qui avez formé de votre substance le roi de l'univers qui naît de vous dans un petit corps semblable à celui de sa mère; car c'est une loi invariable, que telle est la mère, tel doit être le fils. Je vous salue, livre scellé, étranger à toutes les pensées des passions, où se laisse entrevoir, mais seulement à l'œil virginal, celui qui est l'arbitre de la loi divine. Je vous salue, volume pur et incorruptible, où est gravé le nouveau mystère, où le verbe exempt de toute forme a pris un corps dessiné d'après la forme et les couleurs humaines, en se rendant semblable à nous sous tous les rapports, excepté sous celui du péché.

Je vous salue, fontaine scellée, source d'innocence d'où a découlé, sans porter atteinte aux sceaux de la virginité, Jésus le ruisseau de la vie, qui par la participation de ses biens, nous a rappelés à l'immortalité et ramenés à ce paradis qui ne vieillit jamais. Je vous salue, jardin fermé, bosquet fertile, mais où la virginité n'a jamais donné aucun accès, et dont l'odeur est comme celle d'un champ en plein rapport, qu'a béni le Seigneur à qui vous avez communiqué la vie. Je vous salue, rose incorruptible, dont le parfum est si suave qu'on ne saurait en exprimer la douceur ; le Seigneur l'a senti, et il est venu se reposer en elle, il a germé d'elle comme une fleur qui a réduit au néant la vaine odeur du monde... Je vous salue, ô lys, dont le Fils Jésus revêt de splendeur les lys de nos campagnes, ô parterre odoriférant, où ce divin Sauveur a, sans culture et sans travail mortel, revêtu cette robe éclatante qui fait pâlir les ornements d'un Salomon. Je vous salue, céleste aromate dont les gouttes embaumées exhalent une odeur si douce à celui qui a dit dans le Cantique des Cantiques : « Mon nard a donné son odeur ».

Je vous salue, fille auguste, jeune prêtresse du Dieu vivant, dont la pureté excite les désirs, et dont la parure attire l'admiration du Seigneur, comme il le témoigne dans le même livre par ces paroles : « Que vos pas sont beaux, que votre chaussure est brillante, fille d'Aminadab ». Je vous salue, illustre sœur, amour suprême de ce noble frère dont vous partagez le titre et la beauté, et qui vous dit encore: « Vous avez blessé mon cœur, ô ma sœur, ô mon épouse, vous avez blessé mon cœur ». Je vous salue, chaste épouse, dont l'Esprit-Saint a présidé les noces, et dont l'époux est Jésus-Christ même qui chante dans les Cantique des Cantiques : « Vous êtes toute belle, ô ma bien-aimée, et il ri y a point de tache en vous; venez, ô mon épouse, venez du Liban ».

Je vous salue, or très pur, éprouvé par le feu du Saint Esprit dans le creuset du siècle, et que la rouille de la malice n'a jamais souillé, or mystérieux dont se composaient le chandelier, la table et tous les autres objets qui, selon les prescriptions de la loi, faits de ce précieux métal, représentaient, dans un sens allégorique et nullement ambigu, votre personne sacrée sous des noms divers et multipliés. Je vous salue, bois incorruptible, qui n'avez jamais admis en vous de vers rongeur, vous qui avez fourni la matière pour élever à Dieu un tribunal et un autel spirituels formés, non d'un bois impérissable, mais de votre sein immaculé. Je vous salue, pourpre royale, qui de votre sang virginal avez tissé un vêtement écarlate au Dieu qui a dit : « Les plis de votre Me sont comme la pourpre qui a été liée et teinte dans les canaux du roi ; que vous êtes belle ! que vous êtes aimable ! » Je vous salue, lien fortement filé, qui renfermez dans vos nœuds les hautes pensées et les sentiments sublimes, qui ne mollissez jamais, et jamais ne cédez aux attaques de la séduction... ; pourpre sacrée, or précieux qui se confondent dans un même tissu, pour former l'éphod du Pontife suprême des vertus célestes... Je vous salue, nuée légère, qui, comme à l'autel, avez caché le pain de vie, et sur laquelle s'est assis le Seigneur, ainsi qu'Isaïe l'a prophétisé. Je vous salue, vierge sans tache, honneur de la sainte intégrité, qui avez enfanté le Verbe Immaculé, et fait luire la splendeur de la virginité qui abrège la durée du monde, en multipliant les élus. Je vous salue, modèle de pureté, qui pouvez seule vous glorifier d'avoir un cœur sans souillure, montagne vraiment agréable à Dieu, du haut de laquelle est communiqué au nouvel Israël une sainteté plus excellente et plus durable que l'ancienne.

Je vous salue, toison de Gédéon, symbole de victoire, de laquelle a coulé en figure la rosée immortelle, qui a tenu ce langage : « Ayez confiance, j'ai vaincu le monde... » Je vous salue, nuée lumineuse, qui couvra de l'ombre de votre intercession le nouvel Israël dans la solitude de cette vie, et du fond de laquelle ont retenti les décrets de la grâce... Je vous salue, chandelier d'or, vase solide de la virginité, dont l'inspiration du Saint-Esprit est la mèche mystérieuse, et dont l'huile est le corps sacré emprunté à votre chair immaculée, heureuse combinaison d'où procède la lumière qui ne connaît pas de couchant, et qui allumé par votre saint ministère a brillé sur les peuples assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort, pour les conduire à la vie éternelle. Je vous salue, pleine de grâce ; que peut-il y avoir, et quant au nom et quant à la réalité, de plus consolant, de plus gracieux que vous, par qui est venu au monde Jésus-Christ la joie immortelle, le remède à la tristesse attirée par Adam sur nos têtes. Je vous salue, paradis de délices, jardin plus fortuné que l'Éden, où a germé la plante verdoyante de toute vertu, et brillé l'arbre de la vie ; car c'est par le saint commerce que vous avez eu avec Dieu, que nous sommes rappelés à la vie primitive, malgré les menaces du glaive flamboyant dont parle l'Écriture, et qui cède et fuit devant vous. Je vous salue, cité du grand Roi, pour emprunter les oracles de David, cité célèbre et glorieuse, où s'ouvre le palais des cieux, où les habitants de la terre inscrits comme citoyens, tressaillent d'une joie perpétuelle, et dont l'esprit enfin et la langue de tous font de grandes et admirables peintures en Jésus-Christ duquel vous m'obtiendrez grâce pour la faute que j'ai commise en osant, malgré ma misère et mon peu de talent pour la parole, essayer de chanter vos louanges innombrables. A lui soit, comme il convient, gloire, honneur et adoration, maintenant et toujours et dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

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Cinquième jour

Les sanctuaires qui environnent l'Eglise de Notre Dame du Puy

 

La Très Sainte Vierge a recueilli dans son temple les reliques précieuses d'un grand nombre de Saints avec lesquels elle s'est plu à partager les hommages des peuples ; elle a fait plus encore : elle a groupé autour de son sanctuaire une multitude de pieux établissements qui l'environnent comme les rayons d'un centre glorieux, et que du sommet de son rocher elle semble dominer par Sa hauteur de sa position et protéger par l'étendue de ses regards. Les uns sont des paroisses confiées au clergé séculier qui s'y acquitte avec zèle du ministère pastoral; les autres sont des édifices religieux affectés à certaines confréries qui s'y rassemblent pour prier et pour entendre la parole de Dieu ; quelques-uns sont des communautés religieuses qui se sanctifient elles-mêmes et quelquefois sanctifient les autres avec elles. Tous méritent notre respect et peuvent offrir à notre esprit d'utiles sujets de méditation.

 

Respect dû aux églises paroissiales

 

Tous les temples élevés à la gloire de Dieu méritent un profond respect de notre part, selon cette parole de l'Écriture : « Tremblez en approchant de mon sanctuaire », « car le temple est le séjour de la gloire du Seigneur » ; « c'est la maison de prière », où s'établit un saint commerce entre le Créateur et ses créatures; c'est le lieu destiné au sacrifice, où s'immole sur l'autel la même victime qui a répandu sur la croix son sang adorable pour le salut de l'univers.

Mais l'église paroissiale doit avoir pour nous des souvenirs encore plus précieux : c'est là que, dès notre entrée dans la vie, nous avons été présentés sur les fonds sacrés du baptême, où l'eau sainte de la régénération, en effaçant le péché de notre origine, a gravé dans notre âme le caractère auguste d'enfants de Dieu ; c'est là que notre langue, commençant à peine à bégayer, se formait à prononcer les noms si doux de Jésus et de Marie, que notre esprit s'éclairait par des instructions simples et profondes de la lumière de la foi et que notre cœur, prévenu parles heureuses impressions de la grâce, commençait à ressentir déjà les délicieux élans de la charité ; c'est là que chaque dimanche le ministre choisi du ciel comme notre pasteur, célèbre pour nous, ainsi que pour toute la famille dont il est le père commun, l'adorable mystère du Saint Autel, et nous adresse, du haut de la chaire évangélique, des leçons familières et des conseils proportionnés à nos besoins présents; c'est là que, pour la première fois, il nous a été donné de nous asseoir au banquet divin et de goûter cette nourriture céleste que chaque année encore nous devons venir recevoir au pied du même autel, comme la brebis fidèle retourne avec empressement au bercail qui l'a vue naître ; c'est là que, réunis souvent avec nos frères dans une aimable et solennelle assemblée, nous aimons à chanter, d'une seule voix et dans un même chœur, les louanges du Dieu bienfaisant qui se plaît à répandre sur nous de douces et d'abondantes faveurs ; c'est là que se sanctifient, par la bénédiction du prêtre, les religieuses alliances qui donneront bientôt à l'Église des enfants nouveaux et de nouveaux défenseurs; c'est de là que le divin Sauveur enverra un jour ses ministres pour nous assister dans nos derniers combats, quand notre âme, accablée par la maladie, luttera péniblement avec la mort sur un lit de douleurs ; ou plutôt c'est de là qu'il sortira lui-même pour nous visiter sur notre triste couche et pour nous fortifier par sa présence au milieu des pénibles angoisses du trépas ; c'est là enfin qu'après notre dernier soupir seront portés nos restes inanimés, que l'eau sainte effacera les souillures légères échappées à notre faiblesse, et que les supplications de nos proches et de nos amis seront rendues plus efficaces par l'autorité de l'Église et la bénédiction de ses prêtres.

La paroisse ! N'est-ce pas le point de réunion des habitants d'une même contrée, l'école sacrée de l'enfance et de la vieillesse, le centre de la véritable civilisation ? La paroisse ! N'est-ce pas la flèche qui domine le château du riche comme la cabane du pauvre, qui, par le son mystérieux de sa cloche, rappelle à l'un et à l'autre la pensée d'un Dieu, que leur dérobent trop souvent les préoccupations et les intérêts de la terre, qui, par l'aspect du champ de repos, consacré par les prières de la religion, remet souvent sous leurs yeux l'idée si salutaire et si frappante de leur fin dernière ? La paroisse! n'est-ce pas là que la vie du chrétien prend son origine, reçoit ses développements, ranime ses forces, et, vaincue par l'âge ou les infirmités, vient enfin terminer sa course ?

Ne serait-ce donc pas tomber dans un grand désordre, que de passer sa vie dans l'éloignement continuel de ce bercail préparé à nos besoins spirituels, de méconnaître le pasteur légitime envoyé pour nous conduire dans les voies du salut, d'ignorer, je ne dis pas seulement ses conseils, mais jusqu'au son même de sa voix, de ne jamais édifier nos frères par notre présence dans l'assemblée des enfants de Dieu ? Mais aussi ne serait-ce pas un désordre également condamnable de venir dans ce lieu vénérable sans modestie et sans retenue, d'assister aux saints offices sans joindre nos voix aux accords des prêtres et des fidèles, de nous tenir dans le sanctuaire sans recueillement et sans piété, de n'apporter aux pieds des autels que des yeux égarés, des ornements mondains, une langue immortifiée, un esprit distrait, un cœur glacé et insensible ? N'ai-je,pas eu le malheur de me rendre coupable de ces excès ? pourrais-je m'y laisser encore aller à l'avenir ? Non, mon Dieu, et pour arrêter ma légèreté, je n'entrerai jamais dans ces églises qui doivent m'être si chères, sans répéter ces paroles du Prophète : « Que ce lieu est terrible! Oui, c'est vraiment ici la maison de Dieu et la porte du ciel. Oui, le Seigneur est véritablement dans ce lieu et je n'y pensais pas ».

 

Zèle empressé à s'enrôler dans les confréries

 

Plus un pays est pieux, plus les confréries s'y multiplient ; plus les confréries se multiplient dans un pays, et. plus la dévotion s'y propage. C'est là un fait incontestable démontré par l'expérience et dont la ville du Puy offre elle-même un grand exemple. Là, il n'est presque pas d'état et de condition qui n'ait son association particulière : c'est tantôt la congrégation des domestiques, tantôt celle des jeunes personnes, tantôt des réunions de pénitents, tantôt des assemblées d'artisans et d'ouvrières; chacun a son patron, chacun a ses exercices et ses jours de fête, et ce que l'on remarque dans ce pays de foi, on le voit s'accomplir de même dans les villes les plus dissipées, dans les campagnes les plus étrangères à la religion. Si dans les villages livrés à l'indifférence, si dans les grandes cités dévorées par les passions, il se trouve encore quelques âmes dans lesquelles la dévotion ne soit pas entièrement éteinte, c'est uniquement aux pieuses congrégations et surtout aux confréries de la Très Sainte Vierge que l'on est redevable de ce phénomène religieux. Aussi cet usage des associations chrétiennes a-t-il été de tout temps cher à l'Église et.à ses enfants. Dès les premiers siècles, Tertullien en traçait ainsi la forme et le réglement:

« Nous nous réunissons en assemblée et en congrégation, afin de faire à Dieu une sainte violence et de lui arracher ses grâces à force de prières ; car cette contrainte lui est agréable.... Nous nous formons en un même corps par le dévouement intime à une même croyance, par l'unité d'une même règle, par le sceau d'une même espérance.... Nos réunions sont consacrées à nourrir notre foi des paroles révélées, à ranimer notre espoir, à fixer en Dieu notre confiance, à inculquer dans notre âme la sainte discipline et à digérer les préceptes du Seigneur. Nous ajoutons à ces pratiques des exhortations, des châtiments, des censures divines. Si quelqu'un pèche assez grièvement pour mériter d'être séparé de la communication de la prière, retranché du corps des fidèles et privé de tout commerce avec les saints, nous regardons cette sentence comme un terrible préjugé de la condamnation future. La présidence appartient aux plus anciens et aux plus vertueux. Tous les mois, chacun des membres dépose une modique offrande, quand il le veut ou s'il le veut, pourvu qu'il en ait le moyen. Ce sont là comme les dépôts de la piété. A cette vue, les païens s'écrient: « Voyez comme ils s'aiment les uns les autres » (car pour eux ils se poursuivent d'une haine mutuelle) ; « voyez comme ils sont prêts à sacrifier leur vie pour leurs frères » (car pour eux ils sont disposés plutôt à donner la mort à leurs semblables). Si nous nous réunissons dans des repas de Charité, c'est pour confondre nos efforts dans un soin égal à garder la modestie et la pudeur; nous nous nourrissons bien moins d'aliments matériels que de vérité et de vertu ; nous ne blessons personne; nous ne causons à personne de déplaisir. Certes, quand des hommes probes, honnêtes, pieux et chastes se réunissent, leur assemblée doit être appelée non une faction, mais un sénat ».

Que les ennemis des confréries chrétiennes lisent attentivement ce passage, et ils ne manqueront pas de sentir l'injustice de leurs censures et de leurs attaques; que les âmes pieuses s'appliquent aussi à les méditer, et elles se sentiront portées plus vivement à s'engager dans ces saintes congrégations fondées sur la pratique des premiers serviteurs de Jésus-Christ, encouragées par les faveurs de l'Église, autorisées par l'exemple de tous les saints, et réclamées par notre propre intérêt, puisque c'est là souvent que nous trouverons des supérieurs vigilants pour nous avertir de nos défauts, des frères charitables pour nous animer par le spectacle de leurs vertus, des prédications touchantes pour dissiper nos langueurs, des fêtes pompeuses pour stimuler notre lâcheté, une espèce de nécessité d'approcher à certaines époques de ces sacrements salutaires sans lesquels nous tomberions bientôt de défaillance.

Mais aimons surtout les confréries de Marie; elles ont fait dans tous les temps les délices et la sécurité de ses enfants. Heureuse l'âme qui durant toute sa vie est demeurée unie par des liens sacrés à la Très Sainte Vierge ! Elle pourra dire, comme le fameux Juste-Lipse, au moment de la mort : « Ma plus grande consolation dans cet instant, c'est d'avoir été de la congrégation de la Vierge Mère de Dieu ». Elle pourra s'écrier comme lui avec une tendre confiance : « O Mère de mon Dieu, assistez votre serviteur qui est maintenant aux prises avec toute l'éternité ; ne m'abandonnez pas à cette heure, d'où dépend pour jamais le salut de mon âme ». Elle ne saurait abandonner,dans ce dernier passage, ceux qui ne l'ont jamais abandonnée durant les jours de leur vie mortelle.

 

Profonde estime pour les Ordres religieux

 

On sait avec quel acharnement le fanatisme et l'impiété ont déchaîné leur rage contre cette sainte milice, qui se sépare du monde pour vaquer avec plus de liberté à la pratique de la perfection et à la sanctification des âmes. C'est un crime à leurs yeux que d'embrasser la pratique des conseils évangéliques; les théâtres, les lieux de plaisirs et de débauches ne leur sembleront mériter aucun blâme ; tous leurs anathèmes seront pour les hommes humbles et modestes, pour les vierges pures et timides, qui n'ont en vue que la gloire de Dieu et leur salut éternel.

Mais en attaquant ces antiques et vénérables institutions ne va-t-on pas directement contre l'exemple et les leçons du Fils de Dieu ? Jésus-Christ, par sa pauvreté, son obéissance, sa chasteté, n'a-t-il point consacré en sa personne le triple vœu qui fait l'essence de la vocation religieuse ? ne les a-t-il pas promulgués solennellement, quand il a dit : « Si quelqu'un veut venir après Moi, qu'il se renonce soi-même... Il en est qui se sont rendus étrangers au mariage pour le royaume des cieux; mais tous ne comprennent pas cette parole »... « Si vous voulez être parfait, allez, vendez tout ce que vous possédez, donnez-le aux pauvres, et venez et suivez-moi ».

Ces oracles divins n'ont-ils pas été, dès le commencement, entendus par tant de pieux solitaires et de fervents cénobites qui remplirent de leurs vertus encore plus que de leur multitude, les déserts de la Thébaïde et de l'Egypte? Saint Augustin n'a-t-il pas transformé en monastère son palais épiscopal ? Quelle admirable variété de costumes et de règlements dans ces troupes choisies qui s'avancent à la suite des Benoît, des Dominique, des François, des Bruno, des Jean de Matha, des Thérèse, des Jean de Dieu, des François de Sales, des Vincent de Paul, des Jean-Baptiste de la Salle ! Les hommes ne marchent pas seuls dans cette pénible carrière ; les femmes, malgré la faiblesse de leur sexe, les jeunes filles, malgré la légèreté de leur âge, les accompagnent et quelquefois les dépassent.

Mais ces admirables sociétés ne sont pas seulement utiles aux sujets qui les composent ; c'est de leur sein que découlent les bénédictions du Ciel, et la civilisation du monde ; leurs prières seules auraient dû suffire pour les recommander à l'intérêt des nations, qui sans elles auraient disparu souvent devant le souffle de la colère du Seigneur. Mais que d'autres bienfaits ! Et comment en retracer ici le tableau ? les malades soulagés dans leurs souffrances, les enfants recueillis dans leur abandon, les jeunes gens formés à la science et à la vertu par une éducation religieuse, les vieillards assistés dans leur décrépitude, les captifs arrachés à l'esclavage, les ignorants instruits, les mystères de la loi défendus, les sacrements administrés, les sauvages appelés à l'Évangile ; et puis les marais desséchés, les montagnes défrichées, les monuments élevés, les arts développés, les marbres richement sculptés, la peinture perfectionnée, les manuscrits propagés, les langues anciennes conservées, l'histoire confirmée, les ouvrages anciens promulgués, la poésie même cultivée avec un succès capable de le disputer presque aux chefs-d'œuvre de l'antiquité, voilà ce qu'ont fait, pour la société, pour la famille, pour les talents, ceux que l'ingratitude d'un siècle de prétendues lumières poursuit aujourd'hui de ses dédains et de. sa haine.

Gardons-nous bien de partager sa folie et son impiété. Si Dieu dans sa miséricorde nous appelle à braver les mépris du fanatisme, en nous donnant à lui sans réserve, ne nous rendons pas indignes, par nos résistances ou notre faiblesse, d'une si précieuse faveur ; si sa volonté, au contraire, nous retient dans la poussière d'un monde corrupteur, admirons dans des âmes plus courageuses que nous, un détachement que nous n'avons pas le courage de pratiquer; environnons de notre estime et de nos éloges, et ceux qui prient dans la solitude, et ceux qui travaillent dans le monde au bien public ; aidons-les dans leurs besoins, soutenons-les dans leurs combats, vengeons-les avec force et avec prudence des calomnies dont on les accable, et n'oublions jamais que quand des hommes pervertis ont voulu saper la religion dans, ses fondements, ils ont commencé par ébranler et détruire ces ordres religieux, qui sont comme les plus solides boulevards élevés de la main de Dieu pour la défense de son église.

 

Prière de Thomas A Kempis

 

O rejeton vraiment insigne, noblement issu de l'illustre tige des patriarches, glorieusement produit de la race sacerdotale, dignement émané du digne sang des pontifes, prédit par le chœur véridique des prophètes, sorti de la souche distinguée des rois, vous remontez jusqu'à David par la ligne d'une origine directe ; l'éclat de votre naissance a jeté sur la célèbre tribu de Juda, un nouveau reflet de lumière, et fait éprouver au peuple d'Israël un vif sentiment de bonheur. Élu d'avance et d'une manière singulière parmi le peuple élu de Dieu, favorisé de parents saints, religieux et agréables au Seigneur, vous vous êtes, par une disposition de la providence divine, levé sur la terre comme une aurore qui porte avec elle la sérénité. O heureuse Marie, ô vierge sans tache, digne de toute louange et de tout honneur, vous méritez d'être entourée de l'affection et du respect de tous. O diamant radieux des vierges, c'est vous qui, dès le commencement et avant tous les siècles, avez été prédestinée de Dieu pour enfanter dans le temps prescrit le Rédempteur du monde ; c'est vous que les patriarches ont désirée, les prophètes annoncée, la multitude des rois et des justes adoptée, le peuple dévot en Israël longtemps attendue ; c'est vous qui avez enfin été, par la miséricorde de Dieu, produite à la vue du monde languissant. O vierge sacrée, ô très illustre Marie, quel éclat, quelle louanges, s'attachent à votre nom sur toute la terre ! non, du couchant à l'aurore, il n'est pas une contrée, soit parmi les Juifs et les Gentils, soit parmi les Grecs et les Latins, soit parmi les Romains et les enfants de la Germanie, où votre nom n'ait été prêché avec l'Évangile de Jésus-Christ, et tous les jours encore il est prêché cet auguste nom dans toutes les églises de Dieu, dans les chapelles et dans les cloîtres, dans les champs et dans les forêts dédiés au Seigneur ; il est prêché par les petits et par les grands, par les prêtres et par les docteurs, ainsi que par les orateurs des divers ordres, qui tous ambitionnent également l'avantage de vous exalter et de vous glorifier. Car vous élever jusqu'aux astres des cieux, et proclamer à haute voix la supériorité de votre sainteté et de vos attraits sur la dignité même angélique ; c'est pour les âmes des justes un ardent besoin et une joie délicieuse. Le chant, la prière, la méditation, la célébration de vos solennités saintes, ne sauraient les fatiguer, tant l'amour a de force, tant la dévotion a de douceur ! C'est l'accomplissement de cette parole de la Sagesse : « Ceux qui me mangent auront encore faim, et ceux qui me boivent auront encore soif ». Louange et gloire au Dieu Très-Haut, qui vous accorde dans ce monde, ô Marie, des grâces si étendues préférablement aux autres filles des hommes, et qui maintenant a fixé votre place près du trône de son Fils au royaume céleste, dans un lieu dont la hauteur domine les chœurs des anges et des saints, dans un lieu magnifique qui, préparé pour vous de toute éternité, doit être le séjour durable d'une félicité sans terme.

O vierge souverainement vénérable, ô Marie, mère et fille du roi éternel, que toute bouche vous bénisse, que tout honneur, que tout hommage vous soient rendus ; vous possédez au plus haut degré la blancheur de la virginité, la profondeur de l'humilité, la ferveur de la charité, la douceur de la patience, la plénitude de la miséricorde, la dévotion de l'oraison, la pureté de la méditation, la sublimité de la contemplation, la tendresse de la compassion, la prudence du conseil, la puissance de la protection ; vous êtes le palais de Dieu, la porte du ciel, le paradis de délices, le puits de grâce, la gloire des anges, la joie des hommes, la règle des mœurs, la splendeur des vertus, le flambeau de la vie, l'espoir des indigents, le salut des infirmes, la mère des orphelins. O vierge des vierges, pleine de charmes et de suavité, étincelante comme l'étoile, vermeille comme la rose, brillante comme la perle, éclatante comme le soleil et la lune au ciel et sur la terre ; ô vierge douce et innocente comme la jeune brebis, simple comme la colombe, prudente comme la noble princesse, active comme l'humble servante. O sainte racine, cèdre élevé, vigne féconde, figuier d'une ravissante douceur, palmier d'une admirable étendue ; en vous se trouvent tous les biens, par vous nous sont données les éternelles récompenses. C'est donc près de vous que tous pendant le temps de notre vie nous devons nous réfugier, comme des enfants dans le sein de leur mère, comme des orphelins dans la maison de leur père, afin que vos glorieux mérites et vos prières nous garantissent de tous les maux. Ainsi soit-il.

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Neuvaine à Notre Dame du Puy 3/4

Neuvaine à Notre Dame du Puy

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Sixième jour

Le noble épiscopat, le vénérable Chapitre et les glorieuses alliances de Notre Dame du Puy

 

Honorer les évêques, unir nos voix à celles des pieux chanoines qui chantent tous les jours les louanges de la Très Sainte Vierge, nous glorifier d'appartenir à cette auguste Reine par les nœuds d'une sainte alliance, ce sont là trois grandes leçons que nous donne encore Marie dans son sanctuaire, et que nous devons, pour le bien de notre âme, recueillir avec autant de docilité que d'empressement.

 

Honneur aux évêques

 

Marie a été par les Apôtres honorée comme la Mère de Dieu; mais les Apôtres, à leur tour, ont reçu de Marie, malgré, sa haute dignité, les hommages justement dus au caractère épiscopal dont ils étaient revêtus. C'est que l'évêque, appelé de Dieu, comme le grand-prêtre Aaron, est le représentant de Jésus Christ sur la terre ; il parle au nom du Très-Haut, dont il est te prédicateur ; il a été placé par l'Esprit Saint pour gouverner l'Eglise que le Sauveur a acquise par son sang ; l'écouter, c'est écouter Jésus-Christ; le mépriser, c'est mépriser le Divin Maître et le Père céleste qui l'a envoyé ; il offre le sacrifice, et sa prière apaise la colère céleste ; il impose les mains, et le divin Esprit descend sur les fidèles, et de saints ministres sont consacrés, et de nouveaux prélats s'élèvent pour continuer et perpétuer le pouvoir auguste de l'apostolat. Âme du grand corps de son église, c'est lui qui porte, de toutes parts, soit par lui-même, soit par ses délégués, le mouvement et la vie ; il instruit par la langue des docteurs ; il régénère par la main qui verse sur les fonds sacrés l'eau purifiante du baptême ; il assiste par les pasteurs inférieurs les indigents et les malades ; il bénit par leur ministère la légitimité des unions chrétiennes ; il siège en la personne des confesseurs au saint tribunal, et prononce par leur bouche les paroles de la réconciliation ; car le prêtre ne peut rien que par l'évêque, dont il tient la place et dont il exerce l'autorité dans la mesure qui lui est confiée. A l'évêque a été donnée par le Fils de Dieu cette noble et solennelle mission : « Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie : les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et retenus à ceux à qui vous les retiendrez ». L'Église, enfin agitée par les attaques de l'hérésie ou par les scandales du déréglement, veut-elle prononcer des décisions infaillibles ou frapper de ses anathèmes les prévaricateurs, c'est l'évêque seul qui peut s'asseoir dans l'assemblée des juges suprêmes de la vérité, ou lancer sur les coupables les foudres vengeresses qui les séparent du nombre des fidèles et les livrent au pouvoir de l'enfer. Honneur donc aux évêques ! Regardons-les comme nos pères ; écoutons-les comme nos docteurs, suivons-les comme nos guides, obéissons à leur voix comme à la voix de nos pasteurs. Honneur aux évêques ! Ne rougissons pas de nous agenouiller à leurs pieds, de baiser avec respect l'anneau sacré qui brille à leur doigt comme un gage précieux de leur alliance avec l'église qu'ils doivent gouverner, et de recevoir religieusement par leurs mains les bénédictions célestes dont ils sont les dispensateurs.

Honneur aux évêques ! Quelque élevés que nous soyons, quelque savants que nous prétendions être, n'allons pas, en matière de foi et de doctrine, présumer de nos propres lumières jusqu'à préférer nos vues et nos idées personnelles aux graves enseignements qu'ils font entendre du haut de leurs chaires apostoliques ; souvenons-nous que, hommes du monde ou membres du clergé, nous avons une même obligation d'aller puiser à ces sources salutaires les leçons que nous devons étudier pour nous-mêmes ou communiquer aux autres. Honneur aux évêques ! Soyons soumis à leurs ordres, en rendant à Dieu, par l'obéissance a leurs commandements, ce que nous devons à Dieu, comme nous rendons à César, par notre déférence aux décisions des magistrats, ce que nous devons à César. Honneur aux évêques ! Gardons-nous bien de toucher, par les égarements d'une langue criminelle, les oints et les christs du Seigneur ; ayons toujours devant les yeux cet oracle du Saint-Esprit : « Vous ne parlerez pas mal de ceux qui sont comme les dieux de la terre, et vous ne maudirez pas le prince de votre peuple ». Bien loin de les blâmer, de les tourner en ridicule, de les condamner, nous nous plairons à relever leurs vertus, à exalter leur zèle, à publier leurs bonnes œuvres. Honneur aux évêques ! S'il est dit, à l'égard des plus petits et des plus simples disciples du Sauveur : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés », nous éviterons avec soin esprit jeune encore, d'un esprit ignorant, d'un esprit souvent borné, les actes et les démarches de ceux que notre Seigneur a placés sur son tribunal spirituel pour porter des sentences qui descendent et partent du ciel.

Honneur aux évêques ! Gémissons sur l'épouvantable désordre dont nous sommes tous les jours témoins dans le malheureux siècle où nous vivons; gémissons de voir nos dignes prélats continuellement insultés par des feuilles impies et mensongères, attaqués par d'ignobles pamphlets, maltraités par les prétendus interprètes des lois, réformés dans leur enseignement doctrinal par des autorités séculières, critiqués même, et souvent avec amertume, par de faux frères, ou plutôt par des enfants égarés, qui ne craignent pas de joindre leur voix à celle des ennemis de la religion pour outrager ceux que leur devoir serait de respecter et de défendre. Honneur aux évêques ! Et certes ne méritent-ils pas nos hommages par leur science et par leur piété, aussi bien que par leur dignité et leur caractère ?

 

Union de prières avec les Chanoines qui récitent le Saint Office

 

L'Église désirerait que ses enfants pussent être jour et nuit en oraison devant la majesté infinie de Dieu ; mais les devoirs de la société sont pour la plupart des fidèles un obstacle à cette adoration perpétuelle. Comment, en effet, les chefs de maison, les mères de famille, les magistrats, les hommes d'étude, les artisans, les ouvriers pourraient-ils, sans manquer à leurs obligations, se rendre plusieurs fois par jour dans le temple saint pour ne s'occuper que des louanges spirituelles de la Divinité ? C'est pour suppléer à cette absence involontaire de la plus grande partie des chrétiens, que les Chapitres ont été établis, afin que les membres qui les composent viennent du moins, aux heures marquées, offrir au Seigneur de pieuses supplications, d'abord pour eux-mêmes, et ensuite pour leurs frères exposés par la nécessité des circonstances à la dissipation et aux pièges innombrables du monde. Mais en donnant ainsi aux personnes appelées à vivre dans le siècle des représentants devant le Seigneur, l'Église n'a pas prétendu les exempter de tout exercice de religion et de piété. Bien loin de là, elle a encouragé par ses indulgences et par ses grâces le zèle des âmes pieuses pour l'oraison et pour la prière. Elle avait bien compris que le Bréviaire, tel qu'il est récité par les chanoines et les religieux, était une charge trop pesante pour être imposé, pour être proposé même aux simples fidèles. Aussi, afin de ne pas effrayer la tiédeur ou surcharger la faiblesse, a-t-elle, dans sa prudente sollicitude, imaginé de rédiger un Petit Office consacré à la louange de Marie, et qui, par sa brièveté, peut être à la portée de tous, comme il devait être au goût de tous par l'auguste objet qu'il avait en vue.

Composé d'abord, à ce que l'on croit, par le Bienheureux Pierre Damien, cardinal et évêque d'Ostie, sur l'ordre du pape Grégoire VII, prescrit aux prêtres par Urbain II dans le Concile de Clermont pour le succès de la croisade, recommandé spécialement par Pie V à ceux qui sont obligés de dire le Saint Bréviaire, adopté dans un grand nombre de communautés religieuses, récité par une multitude de grands serviteurs et d'illustres servantes de Dieu, tel qu'un Saint Louis, roi de France ; une Sainte Élisabeth, reine de Pologne ; un Saint Charles, cardinal et archevêque de Milan ; un Saint Vincent Ferrier ; une Sainte Brigitte ; une Sainte Catherine de Suède, sa fille, et tant d'autres qu'il serait trop long de citer, le Petit Office de Marie fait encore aujourd'hui la consolation de plus d'une âme fidèle, dont la plus douce joie est de s'acquitter en sa présence de cet acte de religion. Avons-nous pour ce pieux exercice la même dévotion que ces fervents chrétiens, dont plusieurs vivaient comme nous, et peut-être plus que nous, au milieu du monde ? N'avons-nous pas cru que les occupations de notre état ne nous laissaient pas le loisir d'embrasser une pratique que des rois et des princes savaient allier avec les embarras de la plus haute position sociale ? Si quelquefois nous avons entrepris de le réciter, au moins à certains jours plus spécialement consacrés à la Très Sainte Vierge, n'avons-nous pas quitté peut-être bientôt, par légèreté et par inconstance de caractère, la résolution que nous avions formée dans le moment de la ferveur ? Enfin, quand nous avons eu le bonheur de pouvoir offrir à Marie cet hommage de fidélité, ne nous en sommes-nous pas acquittés avec dégoût, avec dissipation, avec froideur, avec précipitation, sans penser presque aux paroles qui coulaient sur nos lèvres, sans presque éprouver aucun des sentiments exprimés dans les psaumes par le Prophète, et dans les prières qui les accompagnent par l'Église, qui les a si sagement disposées pour l'édification et la sanctification de ses enfants ?

 

Sainte hardiesse à ne pas rougir des nœuds qui nous lient à Marie

 

C'était pour les communautés que Notre Dame du Puy honorait de son alliance, une distinction et une gloire, de posséder le droit de s'asseoir dans le chœur de sa basilique, parmi les ministres dévoués à son culte. Les princes eux-mêmes et les monarques, ainsi que nous l'avons vu, s'estimaient heureux de pouvoir partager leurs places et leurs vêtements ; ils se dépouillaient avec joie des ornements de la royauté pour se couvrir de l'humble livrée de la Vierge de Nazareth; décorés de ces marques d'un pieux esclavage, ils ne croyaient pas descendre de leur dignité ; ils pensaient au contraire monter à une dignité plus sublime ; servir Marie leur paraissait un plus grand honneur que de dominer sur les provinces d'un vaste empire ; servir Dieu, c'est régner; c'est encore régner que de servir la Mère de Dieu.

Mais, hélas ! À quels excès de déréglement ne conduisent pas la fausseté de l'opinion et la faiblesse du caractère ? N'arrive-t-il pas souvent que, aveuglé par les raisonnements trompeurs du monde, on regarde comme une bassesse de porter les marques du dévouement pour celle que les anges se font gloire de révérer et de servir ? N'en vient-on pas jusqu'à rougir de célébrer ses fêtes, de communier dans les jours de ses mystères, de tenir à la main la couronne de prières établie en son honneur, de la saluer trois fois le jour, au son de la cloche qui nous rappelle la visite de l'envoyé céleste, de recourir à elle dans les tentations et dans les périls, de montrer en un mot qu'on la regarde comme sa souveraine et comme sa mère ? N'est-on pas assez lâches, dans certaines circonstances, pour ne pas prendre sa défense devant les impies qui l'outragent, ou les mondains qui la tournent en ridicule. ? Ne laisse-t-on pas même quelquefois des enfants et des inférieurs manquer au respect qui lui est dû, sans avoir le courage de faire entendre un mot de réprimande et de reproche ?

Eh ! Quoi ? est-ce donc un sujet d'humiliation de servir celle que Dieu a prédestinée de toute éternité pour être la Mère de son propre Fils! est-ce donc se dégrader que de faire profession d'une juste vénération pour cette créature privilégiée, qui dans le ciel est élevée au-dessus des hommes et des séraphins ? Quoi ! l'on recherche avec ardeur les emplois qui approchent des grands et des puissants du monde, on se glorifie de les posséder, on en porte les marques distinctives avec un orgueil poussé quelquefois jusqu'à la folie ; et quand il s'agit non plus d'une princesse mortelle ou d'une reine selon le monde, mais d'une reine céleste et d'une immortelle princesse, on se laisse dominer par le sentiment absurde d'une coupable honte! Mais reste-t-il donc dans ces âmes pusillanimes quelques sentiments de foi et de raison ? Où est la foi, si l'on ne croit pas à la grandeur de cette Vierge-Mère ? Et si l'on croit à sa grandeur, et qu'on rougisse de lui appartenir, où est la raison, où est la sagesse, où est le bon sens ?

O Marie, je crois à votre grandeur, car mon cœur n'a pas perdu la foi ; ô Marie, votre grandeur à laquelle je crois, me fait comprendre la gloire qui se trouve à vivre fidèle à votre service, car mon esprit jouit de sa raison toute entière. O Marie, fondé sur la foi et sur la raison, je veux donc à jamais me faire gloire d'être votre sujet, votre serviteur, votre enfant ; recevez-moi, a ce triple titre, sous votre puissante protection, et faites que mon courage à soutenir vos intérêts, m'assure, avec le secours de vos prières, les bénédictions de Dieu sur la terre, et dans le ciel une couronne impérissable.

 

Prière d'un anonyme dans Alcuin

 

Que toute créature exalte la Mère du Créateur ! que le Ciel et la terre s'inclinent devant son auguste majesté, avec tout ce qu'ils renferment ; que les enfants de l'Église exaltent leur mère; que ceux qui ont été rachetés par le Seigneur lui disent : « O reine du monde, nous élevons vers vous tout à la fois et nos mains, et nos yeux, et notre esprit ; nous fléchissons les genoux devant la gloire de votre grandeur, nous courbons la tête en votre présence, et nous dirigeons vers vous dans le ciel des prières pleines de soupirs ! Ne dédaignez d'abaisser du sommet de l'Olympe ces yeux avec lesquels vous contemplez la gloire incompréhensible de la lumière éternelle, sur les supplications de vos serviteurs jetés, loin de leur sublime patrie, dans la corruption du monde. Voici que pécheurs nous sommes debout devant ce juge terrible, dont la main redoutable fait brandir sur nos têtes le glaive de sa colère, et qui pourra la détourner de nous ? » Personne, ô bonne maîtresse, ne saurait être plus propre à opposer sa main à l'épée du Seigneur, que vous, créature bien-aimée de Dieu, qui la première avez communiqué à la terre la miséricorde céleste. Ouvrez donc, ô mère de clémence, la porte de votre tendre cœur aux gémissements et aux vœux des enfants d'Adam, qui de toutes les parties de l'univers viennent chercher, à l'ombre de votre protection, un abri contre la terreur des divines vengeances. Les yeux baignés de larmes, le cœur pénétré de dévotion, nous vous supplions à grands cris d'adoucir à notre égard l'indignation qu'ont allumée dans votre Fils la gravité de nos offenses, et de nous concilier par vos prières la grâce que nous avons perdue par notre ingratitude. C'est par ses plaies que nous avons été guéris ; c'est à lui que nous venons encore demander remède, parce que nos cicatrices se sont envenimées et corrompues, et qu'il n'y a rien de sain en nous. Regardez, auguste princesse, et voyez les douleurs et les blessures de notre âme ; car nous vous avons révélé notre cœur avec confiance, nous savons que votre bonté est inappréciable, et que vous êtes véritablement la mère de miséricorde, puisque vous qui avez d'un pied toujours sûr traversé les routes glissantes de ce monde immonde, et qui durant les jours de cette vie au milieu des pécheurs avez brillé devant Dieu d'une telle sainteté, que seule vous avez mérité d'approcher du trône de l'éternel monarque, vous n'avez pas cependant horreur du pécheur même le plus corrompu, vous ne le méprisez pas, s'il soupire vers vous, et demande votre intervention avec un cœur pénitent. Votre pieuse main le retire du gouffre du désespoir, votre souffle lui inspire le doux remède de l'espérance, et quoiqu'il ait mérité le dédain du monde entier, vous l'embrassez avec un amour maternel, vous le réchauffez dans votre sein, et vous ne l'abandonnez pas dans sa misère que vous ne l'aviez fait rentrer en grâce avec le juge redoutable de l'univers...

On a dit de vous, ô Mère de Dieu, des choses admirables, mais il y a encore place à de nouvelles louanges; mais quand il s'agit de vous louer, toute langue ne fait que balbutier. Car il n'est point de langage, point de discours chez aucune nation vivant sous le ciel, qui puisse expliquer pleinement l'étendue de votre gloire. O grande, ô pieuse, ô très aimable Marie ! Vous ne sauriez même être nommée sans échauffer l'âme, ni rappelée à la pensée sans réjouir le cœur de ceux qui vous aiment ; jamais vous n'entrez dans la mémoire du pieux chrétien sans y répandre la douceur que la libéralité divine vous a rendue comme naturelle. Et maintenant nous Tous suivons, ô grande reine, en poussant vers vous ce cri de tout notre cœur : aidez notre faiblesse, enlevez notre opprobre. Voyez-vous cette tunique de peau qui nous environne ? C'est la tunique d'Ève notre mère, cette tunique qu'elle nous a transmise dès le commencement, lorsqu'elle a revêtu la chair de ses enfants de sa confusion, comme d'un double habillement. Car notre terre a reçu de sa main la semence d'une double misère ; elle a conçu et enfanté pour nous les épines et les ronces ; de l'iniquité dans notre âme, des calamités dans notre corps; elle a communiqué la mort à l'une et à l'autre. O malheureux héritage, ô cruelle infirmité de la chair humaine, jusqu'à quand te souffrirons-nous ? tu as fait courber profondément nos épaules, car tu es un fardeau bien lourd, et nous t'avons trop longtemps portée. Hélas ! Combien tu nous as abaissés au dessous des anges, en nous rendant semblables aux animaux sans raison ! Quelle force tu as déployée, toi qui n'a pu être guérie que par la mort du Fils de Dieu ! Combien tu t'es élevée au-dessus de nous, lorsque dans ta folie tu as prétendu t'élever jusqu'à celui qui est au-dessus de tout ! Et qui donc nous délivrera de la corruption de cette peau vile et misérable ? Ce sera la grâce de notre Sauveur, de votre Fils, ô Marie, de ce Fils, qui pour nous décharger de nos infirmités, s'est fait infirme volontairement lui-même, et qui, pour devenir la mort de notre mort, a malgré son innocence subi la mort pour les pécheurs. Et qui a, pour parler en notre faveur au cœur de notre Seigneur Jésus-Christ, autant de qualités que vous, ô bienheureuse Marie, qui vous reposez avec tant de suavité, au midi éternel dans les embrassements de votre Fils bien-aimée, et jouissez dans la plénitude de la joie de ses familiers entretiens ? Parlez, ô grande reine, car votre Fils vous écoute, invoquez sur nous le nom de sa bonté, afin que nous soyons guéris de la lèpre du corps et de l'esprit ; faites-nous rejeter ce venin homicide, qu'Ève a distillé des restes de son fruit maudit pour nous en composer un funeste breuvage. Ah ! plût à Dieu que dans son ivresse elle eût seule épuisé ce calice, ou plutôt qu'elle l'eût répandu tout entier. Que par vos prières, ô nouvelle Ève, notre joug tombe en pourriture devant l'onction de la miséricorde de Dieu ; que notre jeunesse se renouvelle comme celle de l'aigle, afin que devenus des hommes nouveaux, unis à de nouveaux citoyens, nous chantions d'une nouvelle voix un cantique nouveau dans ce lieu où toutes choses sont nouvelles, célébrant le jubilé éternel au son des cymbales de la jubilation. Qu'elle soit ôtée de nos yeux la nuée grossière qui les couvre, afin que contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous soyons absorbés par l'Esprit du Seigneur dans la mer immense de la divine lumière, et que liés à notre Dieu par les chaînes de la charité, nous ne fassions plus avec lui qu'un même esprit ; que cette grâce, ô Marie, nous soit accordée par votre Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, à qui appartient la louange, la gloire et l'action de grâces dans les siècles éternels. Ainsi soit-il.

 

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Septième jour

Les privilèges accordés aux pèlerins de Notre Dame du Puy

 

Je ne m'arrêterai pas ici à considérer les privilèges temporels dont jouissaient les serviteurs de Marie fidèles à la visiter dans son église du Puy. Mais, à la vue de ces grâces spirituelles accordées avec tant de profusion à cette auguste Basilique, nous pourrons nous appliquer à méditer sur cette multitude d'indulgences, et souvent d'indulgences plénières, que l'Église, dans sa tendre condescendance, se plaît à accorder à ses enfants. Trois pensées serviront à nous occuper utilement : 1° la vérité des indulgences ; 2° l'utilité des indulgences ; 3° la facilité des indulgences. N'est-il pas juste de travailler à obtenir des faveurs certaines dans leur existence, avantageuses dans leurs effets, faciles dans leur acquisition ? Sachons réfléchir et décider.

 

Vérité des indulgences

 

Personne n'ignore que l'indulgence est la rémission de la peine temporelle due aux péchés, et que, comme le péché est effacé par l'absolution, ainsi est remise par l'indulgence la peine temporelle que le pénitent a méritée par les fautes vénielles dont il s'est rendu coupable, ou qui lui reste à acquitter, par une espèce de commutation, à la place des tourments éternels dont il s'était rendu digne par les offenses mortelles de sa vie précédente. Or, cette pratique des indulgences est tellement fondée sur la vérité, qu'elle a commencé avec l'Église et s'est avec elle perpétuée jusqu'à nos jours. Les Apôtres nous en ont donné le premier exemple, et l'on sait que saint Paul, après avoir, par une juste rigueur, retranché du corps des fidèles l'incestueux de Corinthe, consentit, par une douceur tout évangélique, à user d'indulgence à son égard, de peur qu'accablé sous le poids de la tristesse, il ne tombât dans l'abîme du désespoir. La sévérité des pénitences publiques imposées aux coupables n'empêcha pas les premiers pasteurs de se montrer indulgents envers les pénitents dont la contrition paraissait plus vive et la ferveur plus ardente. Du fond de leurs prisons ou du pied même de l'échafaud sur lequel ils allaient expirer, les confesseurs et les martyrs demandaient grâce pour certains pécheurs, et priaient les évêques de les réconcilier, en considération du mérite de leurs souffrances, dont ils désiraient leur faire l'application. Cette faveur ne leur était pas refusée, et l'on était convaincu qu'en vertu de l'union qui existe entre tous les membres de la grande famille, dont Jésus-Christ est le chef, les biens spirituels étaient tellement communs, que la surabondance des grâces qui se trouvait dans les plus parfaits pouvait être légitimement communiquée aux plus misérables. La cessation des persécutions put bien mettre un terme à l'intercession des martyrs, puisqu'il n'y avait plus d'épreuves ni de combats, mais elle ne tarit point la source de ces bénédictions spirituelles qui sortent du trésor inépuisable où Dieu aime à réunir, avec les mérites infinis de Jésus-Christ, les mérites, bien inférieurs sans doute, mais cependant encore très précieux, de ses serviteurs et de sa divine Mère. Aussi ce pieux usage s'est-il toujours conservé, malgré les efforts des hérétiques pour le renverser, et le saint Concile de Trente a-t-il décidé, avec son autorité infaillible, que « le pouvoir d'accorder les indulgences a été donné par Jésus-Christ à son Église... et que ce serait s'exposer à l'anathème que d'oser disputer à l'Église le droit de les accorder ».

Et certes, l'Église n'est-elle pas investie par Jésus-Christ même de l'autorité la plus absolue sur les consciences ? Le Sauveur n'a-t-il pas dit aux Apôtres, et par eux à leurs successeurs : « Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera également délié devant le trône de Dieu » ? Qui pourrait croire que l'Église aurait assez de puissance pour fermer les portes de l'enfer et n'en aurait pas une assez grande pour ouvrir celles du purgatoire ? Est-il donc moins facile de payer à la justice de Dieu la dette légère d'une peine temporelle que d'arracher de ses mains vengeresses une âme exposée à d'éternels supplices ? Pierre, et celui qui le remplace sur la terre, n'ont-ils pas reçu les clefs du royaume céleste ? et comment pourraient-ils en ouvrir l'entrée, s'il ne leur avait pas été donné de lever l'obstacle des peines temporelles qui en excluent encore les âmes déjà réconciliées, mais non encore entièrement quittes envers la justice de Dieu ?

Et ne dites pas que l'Église peut bien avoir le pouvoir de délier les vivants, mais qu'elle ne saurait exercer son autorité sur les morts, qui ne sont plus en sa dépendance ; car, d'après les enseignements de la foi, autre est la manière dont elle procède à l'égard des chrétiens qui sont encore sur la terre, et autre celle dont elle use par rapport aux défunts qui sont déjà entrés dans la vie future : elle absout les premiers, elle intercède pour les seconds ; envers les uns, elle déploie l'autorité de juge ; envers les autres, elle emploie la prière de suppliant ; elle décharge ceux-là de toute obligation, en dédommageant cependant, par une offrande proportionnée, la justice suprême ; mais pour ceux-ci, elle se contente de les racheter en comptant au Seigneur, jusqu'à la dernière obole, la solde de la dette qu'ils avaient contractée envers lui. Les vivants sont délivrés par sentence, les morts sont par rançon rendus à la liberté. Ainsi l'Église, en accordant aux uns et aux autres les célestes faveurs dont elle est la dispensatrice, ne fait qu'accomplir le ministère de justice et de charité dont l'a chargé dès le commencement son divin et tout-puissant fondateur.

 

Utilité des indulgences

 

Qui peut dire : « Mon cœur est sans tache ; je suis pur de tout péché ? » Qui oserait, après avoir eu le malheur d'offenser Dieu, se rendre le consolant témoignage qu'il a non seulement obtenu le pardon de ses fautes, mais encore satisfait à toutes les exigences de la rigueur d'un Dieu justement irrité ? Que de grands pécheurs qui ne pourraient même acquitter pendant toute leur vie les dettes immenses qu'ils ont contractées par leurs énormes et innombrables désordres ! Si la sainte Épouse de Jésus-Christ n'excédait pas les bornes de l'équité, lorsque, dans les premiers siècles, elle condamnait les impudiques et les adultères, même pour une seule chute, à de longues années d'humiliations et d'austérités, comment seraient-ils capables d'atteindre l'indispensable proportion de la pénitence, ces malheureux qui ont passé leur vie tout entière dans la fange et l'infamie des passions ? Mais que les plus grands coupables ne se laissent point abattre ; qu'ils renaissent à la confiance ; qu'ils jettent un regard d'espérance sur la généreuse, mais prudente libéralité de leur mère. Loin de nous la pensée de croire qu'elle vienne, par une indulgence insensée, détruire dans les âmes l'esprit de mortification et de sacrifice. Elle ne prétend pas, par une fausse douceur, mettre des coussins sous les coudes du pénitent ; elle veut seulement le soulager dans sa faiblesse, l'aider dans ses efforts, suppléer à son impuissance, comme si elle lui disait : « Je connais la grandeur de vos fautes ; je sais combien rude devrait être votre pénitence ; mais je n'ignore pas non plus la faiblesse de votre nature. Travaillez selon vos forces ; priez, veillez, jeûnez, ne ménagez point votre corps ; réduisez-le en servitude ; domptez, avec les passions charnelles, les déréglements de votre cœur et les attachements pervers de votre volonté. Quand vous en serez là, c'est-à-dire quand vous ferez de votre part tout ce qui dépendra de vous pour rapprocher Dieu et désarmer sa colère, comptez sur moi ; je n'abandonne pas les âmes qui se livrent sans ménagement au martyre intérieur de la mortification. Payez de vos dettes ce que vous êtes capable de payer par vous-même, et ce qui surpasserait réellement vos forces, je m'engage à l'acquitter en tout ou en partie à votre place. Voici des indulgences plus restreintes, en voici de plus étendues; tantôt ce sont des cinquante, des cent, des mille jours de rémission que je vous présente ; tantôt des trois, des sept, des dix années que je mets à votre disposition ; quelquefois des pardons pleins et entiers, des jubilés grands et solennels, où comme dans l'ancienne loi, chacun est délivré de toutes ses dettes, rendu à la liberté, et rétabli dans la possession de tous ses biens ».

Tel est le langage de l'Église, qui, placée entre Dieu et le pécheur, ménage également les intérêts de l'un et de l'autre, et sauve le pénitent en réparant, avec une sage proportion, les outrages faits à la majesté de Dieu et en achevant de purifier les âmes coupables, mais vraiment contrites. Voyez comme elle leur offre en même temps de nouveaux et efficaces moyens de sanctification ; car cette remise de la peine due aux péchés, elle ne l'accorde pas gratuitement; elle veut qu'on y arrive par des prières et par des bonnes œuvres. Réciter certaines oraisons, visiter des églises, se prosterner devant de pieuses images ou les porter avec respect, répandre des aumônes dans le sein des pauvres, jeûner à certains jours marqués, honorer la croix et la passion du Sauveur, s'approcher dévotement des sacrements de la réconciliation et de l'Eucharistie, en un mot, honorer Dieu, soulager le prochain , se sanctifier soi-même, tels sont les suppléments réclamés de nous pour tenir place des pénitences plus austères dont nous étions comptables à la vengeance du Seigneur. Et les ennemis de l'Église ont dit qu'en accordant des indulgences, elle favorisait le relâchement et tendait à éteindre l'esprit de la vraie pénitence ! Quelle extravagance et quelle folie ! L'expérience n'est-elle pas là pour réfuter, par d'incontestables exemples, ces inventions et ces calomnies de l'erreur.

 

Facilité des indulgences

 

C'est bien à ce sujet que l'on peut appliquer cet oracle de Dieu par la bouche de Moïse : « Le commandement que je vous fais aujourd'hui n'est pas au-dessus de vous, ni loin de vous, ni place au plus haut des cieux, de peur que vous ne disiez : « Oui d'entre nous pourra monter au ciel et nous l'apporter, afin que nous l'entendions et que nous le mettions en pratique ? Il n'est pas au-delà de la mer pour vous donner occasion de dire : « Qui de nous pourra traverser l'Océan et l'apporter jusqu'à nous, afin que nous puissions l'entendre et le pratiquer ; il est près de vous, dans votre bouche, dans votre cœur afin que vous l'accomplissiez ». Et en effet les pieuses pratiques dont nous venons de parier ne sont-elles pas aussi faciles que salutaires ? Quoi de plus aisé que de repasser les grains d'un chapelet en répétant la Salutation de l'ange ? Que peut-il en coûter pour glorifier dans de saintes litanies les noms sacrés de Jésus et de Marie ? Est-ce un grand et pénible sacrifice que de faire par des actes courts, mais fervents, une profession sincère de la foi, de l'espérance et de l'amour ? Faut-il un grand héroïsme pour passer un quart-d'heure dans l'exercice de l'oraison ? Serait-ce un lourd fardeau que de porter sur soi l'image de la Très Sainte Vierge ? Une légère aumône donnée à l'indigence et au malheur serait-elle au-dessus de nos ressources et de nos moyens ? Enfants de ces illustres pèlerins qui traversaient les flots irrités et les terres infidèles pour aller se prosterner dans les lieux consacrés par la vie et par la mort du Sauveur, regarderions-nous comme impossible de parcourir dans une église voisine de notre demeure la voie sacrée de la croix ? Avons-nous besoin d'un grand courage pour aller nous prosterner aux pieds d'un prêtre plein de miséricorde et de charité, pour lui faire, sous le sceau d'un secret inviolable, l'humble aveu de nos fautes, et obtenir par cet acte d'humiliation, et surtout par un profond repentir, le pardon des péchés qui ont souillé notre conscience ? Pourrait-il enfin se faire que notre cœur redoutât comme une peine ce qui doit être pour un chrétien le principe de la joie et du bonheur ; qu'il ne se décidât qu'avec répugnance à venir se présenter an banquet divin et se nourrir du pain des anges ? Non, il n'est rien dans ces recommandations de l'Église qui soit rude et difficile, tout est à la portée des âmes mêmes les plus simples et les moins avancées dans la perfection, il ne faut pour les accomplir que la bonne volonté et le désir de posséder plutôt Dieu dans son royaume. Quoi ! Seigneur, vous mettez sous mes yeux et entre mes mains des moyens si certains, si décisifs, si faciles, pour m'acquitter envers vous de toutes les dettes que j'ai eu le malheur d'accumuler depuis que je suis dans le monde, et je serais assez misérable, assez faible, assez coupable pour refuser de m'en prévaloir ! Ne permettez pas que je tombe dans ce nouveau désordre qui me serait peut-être plus funeste que tous ceux dans lesquels je me suis précipité jusqu'à ce jour, et si j'ai souvent violé les préceptes de votre loi, ne me laissez pas, par un excès d'ingratitude, rejeter avec mépris les secours que vous me présentez pour réparer les funestes effets de mes anciennes passions.

 

Prière de Saint André de Jérusalem

 

Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Je vous salue, instrument de joie, qui, après avoir détruit la condamnation infernale, l'a remplacée parle bonheur de la justification. Je vous salue, vierge vraiment bénie, illustre princesse, temple auguste de la divine splendeur, palais du grand roi élevé par la main du tout-puissant, couche nuptiale où le Fils de Dieu a contracté avec la nature humaine une admirable alliance, créature prédestinée avant que de naître, réconciliation de Dieu avec l'homme, trésor de la vie immortelle, ciel plus élevé que le firmament, et où le soleil de la gloire a fixé son domicile ; lieu capable de contenir le Très-Haut, qui ne saurait être contenu que dans vous seule; terre sainte et virginale, de laquelle a été tiré l'Adam nouveau, pour le rachat de l'ancien....

Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, le Seigneur qui a dit : « Que la lumière soit, que le firmament se forme », le Seigneur qui a produit ensuite tous les autres prodiges de cette admirable création....

Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. Oui, vous êtes vraiment bénie, car le Seigneur vous a bénie comme son tabernacle, lorsque vous avez porté dans votre sein Jésus-Christ, plein de la gloire de son Père; Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble; Jésus-Christ, avec les deux natures dont il se compose et qui forment la perfection de son être.

Vous êtes bénie entre toutes les femmes, vous qui avez renfermé dans le sanctuaire inviolable de votre virginité le céleste trésor en qui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science.... Vous êtes vraiment bénie, vous qui, seule entre toutes les mères, avez été préparée pour mère à votre Créateur, sans que la fécondité maternelle portât aucune atteinte à l'éclat de votre virginité.... Vous êtes vraiment bénie vous qui, seule, avez eu l'honneur de donner la vie à Jésus notre Sauveur, le fruit béni de vos entrailles ; vous par qui toutes les nations font entendre ce cri d'allégresse : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » ; et encore : « Béni est pour l'éternité le nom de sa gloire ; sa gloire remplira toute la terre ».

Vous êtes bénie entre toutes tes femmes, vous que toutes les générations appellent bienheureuse, que les rois comblent de louanges, que les princes vénèrent, dont les riches du peuple sollicitent par leurs prières un regard, à la suite de laquelle le chœur des vierges, dont les unes suivent et les autres précèdent, s'efforce d'entrer dans le temple du Maître de l'univers. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, vous qu'Isaïe d'un œil éclairé par la lumière céleste, a nommé Vierge et Prophétesse.... ; qu'il a clairement représentée sous la figure d'un livre dont les feuillets sont fermés par un sceau divin. Vous êtes vraiment bénie, vous qu'Ézéchiel a annoncée comme l'Orient, comme la porte close par laquelle Dieu seul doit passer, et qui après son passage doit rester close comme auparavant. Vous êtes seule véritablement-bénie, vous que Daniel, cet homme de désirs, a vue sous la figure d'une grande montagne, que l'admirable Habacuc a contemplée sous l'emblème d'une colline ombragée, et que David, votre aïeul, a célébrée, dans ses chants prophétiques, comme la montagne de Dieu, la montagne grasse, la montagne fertile, la montagne où il a plu au Seigneur d'habiter. Vous êtes bénie entre toutes tes femmes, vous que Zacharie, dans ses divines et claires visions, a considérée sous l'image d'un chandelier d'or, où brillent sept lampes et sept tuyaux du même métal, symbole des sept dons du divin Esprit qui l'illuminent de toutes parts....

Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni ; ce fruit, dis-je, qui, mangé par Adam, notre premier père, lui a fait heureusement rejeter l'ancien et trompeur aliment que la ruse du démon lui avait fait avaler ; ce fruit d'où découle ce goût suave qui ôte au bois son amertume et s'infiltre dans la nature humaine pour la purifier ; ce fruit qui, au désert, a fait jaillir du rocher, pour abreuver Israël dans sa course errante, des sources qui se débordaient comme des fleuves, a ramené à la douceur les eaux de Mara, et fait pleuvoir un pain céleste, nouveau genre de nourriture que n'a pas produit le sein de la terre entrouverte par la charrue. Béni ce fruit qui, par le ministère d'Élisée, a rendu potables et fécondes, en vertu du mélange d'un sel mystérieux, des eaux stériles et amères. Béni ce fruit qui, comme une grappe choisie de raisin, après avoir germé dans le sein incorruptible d'une vierge, et donné une fleur odorante, s'est colorée en prenant sa maturité. Béni ce fruit d'où naissent les fontaines de cette eau qui jaillit jusqu'à la vie éternelle, ce fruit qui forme le pain de vie, je veux dire le corps du Seigneur, et nous fournit le breuvage salutaire du calice de l'immortalité. Béni ce fruit dont toute langue célèbre la sainteté dans le ciel, sur la terre et dans les enfers.... Oui, ô Marie! vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni.

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Neuvaine à Notre-Dame du Puy 4/4

Neuvaine à Notre-Dame du Puy

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Huitième jour

Les honneurs rendus à Marie dans son église du Puy

 

Les papes et les évêques, les princes et les rois, les grands et les petits, les nationaux et les étrangers, des chrétiens de tout âge, de tout sexe, de toute condition, se sont empressés, depuis plusieurs siècles, d'honorer Marie dans la sainte basilique qu'elle a choisie pour sa demeure, soit en lui faisant de pieuses visites, soit en lui présentant de riches offrandes, mais toujours en déposant à ses pieds les sentiments d'un respect profond et d'un entier dévouement. C'est que Marie est digne des hommages de l'univers : 1° par sa dignité ; 2° par ses prérogatives ; 3° par sa sainteté. Serait-il possible de méditer ces vérités et de rester indifférent à son égard ?

 

Honneur dû à Marie à cause de sa dignité

 

Marie est la Mère de Dieu ! Quelle grandeur peut être comparée à ce titre auguste ? S'il est vrai, comme le dit saint Eucher, que « tel est le fils, telle également est la mère », et que, selon le langage d'un ancien auteur, « la chair de Marie est la chair de Jésus-Christ », qui pourrait exprimer la hauteur de cette sublime vocation ? Qu'il nous suffise de méditer cette parole du grand saint Grégoire : « Si vous voulez connaître la Très Sainte Vierge et vous former une idée de sa qualité et de sa grandeur, jetez les yeux sur son Fils, et l'excellence de l'un vous mettra en état de comprendre l'excellence de l'autre ». Les peuples n'honorent pas seulement les rois, ils étendent leurs hommages jusqu'à la noble princesse qui leur a donné le jour ; la splendeur du diadème fait rejaillir son éclat sur le sein qui les a portés et sur les mamelles qui les ont nourris. Marie a nourri Jésus, le Roi des rois ; elle a porté dans ses chastes entrailles le Monarque de l'univers, les rayons de la Divinité ne doivent-ils pas resplendir sur elle ? ne doit-elle pas partager jusqu'à un certain point les hommages que les nations rendent au Maître tout-puissant qu'elle a le droit d'appeler son fils ?

Oui, le Fils de Dieu est son fils ! Et, dans le jour de sa naissance, elle a pu lui dire ce que le Père éternel lui disait avant tous les siècles : « Vous êtes mon Fils, et je vous ai engendré aujourd'hui ». Le Fils de Dieu est son fils ! Et longtemps avant l'accomplissement de ce grand mystère, le Prophète l'avait annoncé par cet oracle solennel : « Voici qu'une vierge concevra et qu'elle enfantera un fils qui sera nommé Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous ». Le Fils de Dieu est son fils ! Et un des plus illustres Archanges sera chargé de lui révéler ce divin secret ; il lui dira : « L'esprit-Saint surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre, c'est pourquoi le Saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu ». Le Fils de Dieu est son fils ! Et sainte Élisabeth, éclairée d'une lumière surnaturelle, reconnaîtra l'excellence de sa dignité, en s'écriant : « Et d'où me vient ce bonheur, que la Mère de mon Seigneur daigne venir à moi ? » Le Fils de Dieu est son fils ! Et tous les Pères de l'Église s'accorderont dès le commencement dans cette doctrine si bien exprimée par cette parole de saint Grégoire de Naziance : « Si quelqu'un ne croit pas que la sainte Vierge Marie est Mère de Dieu, il est hors de la Divinité ». Le Fils de Dieu est son fils ! Et le Concile général d'Ephèse, assemblé dans la cause de Nestorius, fulminera contre lui et ses sectateurs cette terrible sentence : « Si quelqu'un ne confesse pas que l'Emmanuël est Dieu véritable, et par conséquent que la Vierge Marie est Mère de Dieu, parce qu'elle a engendré corporellement Dieu qui s'est fait chair, qu'il soit anathème ». Le Fils de Dieu est son fils ! Et l'Église, dans le Symbole de sa foi, fera solennellement répéter à ses enfants que « le Verbe éternel s'est incarné de la Vierge Marie par l'opération de l'Esprit Saint ». Le Fils de Dieu est son Fils ! Et tous les jours, et plusieurs fois le jour, elle placera sur nos lèvres cette glorieuse invocation : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous ».

Mère de Dieu ! Quel titre ! Quelle dignité ! Quelle sublime exaltation ! Qu'au nom de Mère de Dieu, le ciel s'incline, la terre se prosterne, l'enfer frémisse jusqu'au fond de ses abîmes. Et comment donc l'hérésie a-t-elle osé disputer à cette auguste Mère de si légitimes hommages ? ne serait-ce pas un crime que de laisser sans honneur celle que Dieu a daigné élever à une place si éminente ? Les mépris déversés sur la Mère, ne retomberaient-ils pas nécessairement sur le Fils ? Le Fils n'est-il pas glorifié par la gloire que le chrétien fidèle rend à sa Mère ?

 

Honneur dû à Marie à cause de ses prérogatives

 

Sans doute la Mère de Dieu devait bien recevoir de son divin Fils des privilèges capables de la distinguer des autres créatures ; aussi des merveilles particulières éclateront-elles dans sa conception, dans sa vie, dans sa mort, dans sa résurrection, dans son triomphe après son trépas.

1° Merveilles dans sa conception immaculée et sans tache. Tous les hommes, frappés en Adam apporteront avec eux à leur entrée dans le monde la souillure originelle ; quelques âmes privilégiées seront, il est vrai, sanctifiées dès le sein maternel ; mais quoique purifiées avant leur naissance, elles auront, dans le temps qui s'est écoulé entre leur conception et leur réconciliation miraculeuse, subi la loi commune du péché, et courbé la tête sous le joug du démon. Marie seule n'a jamais été sujette de l'enfer ; seule elle a pu dès le commencement de son existence entendre cette parole du Seigneur: Vous êtes toute belle, ô ma bien-aimée, et il n'y a pas de tâche en vous ; seule comme le disent les saints docteurs, « elle n'a pas été infectée par le souffle venimeux du dragon infernal ; seule elle a toujours été dans la lumière et jamais dans les ténèbres ; seule elle peut être appelée un paradis où le serpent n'a jamais eu d'entrée ; seule parmi les enfants d'Adam elle a participé à sa chair sans participer à ses souillures, et certes, qui pourrait le croire, le Fils de Dieu eût-il voulu naître d'une vierge que le péché originel aurait un moment déshonorée ». Que l'on célèbre donc la nativité de quelques saints personnages que Dieu a daigné appeler à lui avant leur apparition sur la terre ; pour Marie ce ne sera pas seulement sa naissance que nous fêterons avec une pieuse joie, ce sera surtout sa conception immaculée que nous honorerons avec l'Église dans le sentiment d'une juste admiration et d'une allégresse religieuse.

2° Merveilles dans sa vie, exemption de tout péché même véniel. L'homme quelque saint, quelque parfait qu'il soit, s'il n'est prévenu d'une grâce singulière de Dieu, ne saurait passer un temps considérable, et à plus forte raison tout le temps de son existence, sans tomber dans quelqu'une de ces fautes légères, de ces petites imperfections qui échappent nécessairement à la faiblesse humaine. Le plus juste, dit le Sage, pèche sept fois le jour. C'est une vérité dont ne nous convainc que trop notre propre et malheureuse expérience, mais pour Marie l'Église croit, selon la décision d'un concile général, que jamais la moindre faute n'est entrée dans son cœur, que jamais elle n'a cédé à la plus légère imperfection. La gloire du Fils demandait que sa Mère fût toujours intacte, et le démon ne pouvait avoir rien de commun avec celle que des liens si nobles et si étroits attachaient à la Divinité.

3° Merveilles dans sa mort, causée non par la maladie, mais par l'amour. Les hommes finissent ordinairement par suite d'infirmités ou par affaiblissement de l'âge. S'ils ont le bonheur d'être fidèles au service de Dieu, ils peuvent mourir dans les sentiments, dans les transports de l'amour ; mais l'amour n'est pas la cause de leur trépas, ce n'est pas en eux la violence de l'amour qui arrache du corps une âme incapable de rester plus longtemps séparée de l'objet de sa tendresse ; mais Marie, qui n'avait pas péché en Adam, ne connaissait pas les douleurs de la maladie ; l'âge ne pouvait la faire courber sous son poids ; il fallait pour mettre un terme à sa vie un autre principe de séparation et de rupture entre l'âme qui vivifiait le corps, et le corps qui retenait l'âme captive. Ce grand principe ce sera l'amour, amour qui, né avec elle, s'est toujours accru durant les longues années de son exil sur la terre ; amour dont la violence est devenue si impérieuse qu'elle ne peut plus y résister davantage; amour qui a frappé enfin la victime et brisé les nœuds pénibles qui l'attachaient encore à ce monde périssable. Marie rend son dernier soupir, et ce dernier soupir n'est en elle qu'un acte plus ardent d'amour et de charité.

4° Merveilles après son trépas dans sa résurrection anticipée. Il n'a été, il ne sera donné à aucun des élus de reprendre, avant le jour du dernier jugement sa dépouille mortelle ; alors seulement est fixée pour le genre humain cette grande résurrection qui réunira chaque âme au corps, qu'elle avait animé durant la vie. Mais Marie a partagé la gloire de son divin Fils ; comme lui, victorieuse de la mort, elle s'est hâtée de sortir radieuse de sa sépulture ; elle est ce sanctuaire du Très-haut auquel Dieu n'a pas laissé ressentir la corruption du tombeau. Les reliques des saints sont répandus de toutes parts dans l'Église, chaque pays, chaque contrée a conservé les membres et les ossements de ceux qui les ont sanctifiés par leur zèle ou édifiés par leurs vertus. Marie est la seule dont le corps ne parait nulle part, dont on chercherait en vain les ossements précieux : serait-ce que les chrétiens, fidèles à conserver les moindres restes des confesseurs et des martyrs, auraient, par une coupable négligence, laissé perdre les restes bien plus sacrés de la Mère du Rédempteur ? n'est-ce pas plutôt que cette chaire virginale transportée d'avance dans le ciel, ne saurait plus se retrouver sur la terre ? Le tombeau de Marie n'est-il pas vide comme celui du Sauveur, et ce vide même n'est-il pas comme un témoin qui dépose en faveur de sa résurrection glorieuse et anticipée ?

5° Merveilles dans le triomphe qui lui est accordée au plus haut des deux. Portée sur les ailes des anges, elle s'est élancée vers le séjour de la félicité ; les esprits bienheureux se sont empressés de voler à sa rencontre ; de saints cantiques ont retenti autour d'elle : « Ouvrez vous, Portes éternelles, laissez entrer la Mère du roi des rois ». Princes de la sainte cité, demandez-vous avec étonnement : « Quelle est celle-ci qui s'avance du désert, inondée de délices et appuyée sur son bien-aimé ? » Car Jésus lui-même s'est levé pour aller à la rencontre de sa Mère, et la présenter au Père éternel, qui pose sur sa tête la couronne immortelle ; un siège éclatant de lumière a été placé pour elle à la droite du Dieu qu'elle a enfanté ; elle s'assoit sur ce trône éblouissant de splendeur, et commence, pour ne jamais le voir finir, Ce règne de bonheur et de gloire que le souverain juge lui a préparé comme la récompense de ses sacrifices.

O Marie, si je n'ai pas comme vous été conçu dans l'innocence, j'ai du moins été dès les premiers instants de ma vie rétablie dans cette innocence parla grâce du saint baptême. Que je ne l'ai-je conservée aussi bien que vous par la fidélité à éviter les moindres fautes ? Que n'ai-je travaillé à exciter dans mon cœur ce saint amour qui me préparerait aux consolations d'une sainte mort ? et ne puis-je pas comme vous me mettre en état de mériter, sinon immédiatement après mon trépas, du moins à la fin des siècles, la grâce de ressusciter îla gloire ? Ne puis-je pas me rendre digne, eu marchant sur vos traces, de m'asseoir à vos côtés dans le royaume éternel, et de partager à jamais les délices qui inondent votre cœur ?

 

Honneur dû à Marie à cause de son éminente sainteté

 

La sainteté, c'est aux yeux de Dieu le plus grand titre à son estime. Quand une pieuse femme s'écrie en parlant du Sauveur : « Bienheureux le sein qui vous a porté, et les mamelles qui vous ont nourri » ; le Sauveur répond : « Bien plus heureux ceux qui écoutent ma parole, et qui la mettent en pratique ». Être mère de Dieu, c'est beaucoup, c'est beaucoup de ressusciter dans la splendeur, d'être exalté au plus haut des cieux; mais tous les titres et tous les privilèges s'éclipsent devant l'éclat radieux de la sainteté. Et où trouver une sainteté comparable à celle de Marie ? Sainteté pure dans son principe, entière dans son étendue, inébranlable dans sa fermeté.

1° Sainteté pure dans son principe. Les vertus de Marie ne prenaient pas leur source dans la vanité, dans le goût, dans le caprice du moment, dans l'intérêt personnel; son intention toujours droite n'avait que Dieu en vue dans toutes ses actions, dans toutes ses paroles, dans toutes ses pensées, dans toutes ses affections : L'idée de Dieu, pouvait-elle dire avec le Prophète, est toujours présente à mon esprit ; la volonté de Dieu faisait la règle et le but de toutes ses démarches.

2° Sainteté entière dans son étendue. Il n'est pas une vertu qu'elle n'ait pratiquée ; et dans chacune de ces vertus il n'est pas un degré de perfection qu'elle n'ait atteint, autant qu'il est possible à une créature. Les autres saints ont eu chacun quelque vertu favorite dans laquelle, sans négliger le reste, ils paraissaient exceller d'une manière particulière; c'était dans les Apôtres, le zèle ; dans les Martyrs, le courage; dans les Anachorètes, l'austérité ; c'était dans un Saint François de Sales, la douceur ; dans un Saint Vincent de Paul, l'humilité ; dans une Sainte Thérèse, la patience ; dans un Saint François Xavier, l'ardeur de la Charité; encore n'avaient-ils dans ces vertus de prédilection pu monter que quelques-unes de ces marches mystérieuses qui conduisent au sommet de la perfection ; mais dans Marie se trouve réuni par une heureuse alliance le chœur aimable de toutes les vertus ; mais Marie a, par rapport à chacune de ces vertus, franchi jusqu'à la dernière ligne , jusqu'à la dernière barrière qui sépare le créateur d'une perfection consommée.

3° Sainteté inébranlable dans sa fermeté. Rien de plus commun que de voir les âmes chrétiennes se démentir dans les engagements qu'elles ont contractés avec Dieu. Pleines de courage dans un moment de ferveur, elles ne montrent souvent, quelques instants après, que tiédeur et indifférence ; elles passent avec une déplorable facilité de la piété à l'oubli de la religion, de la vertu au vice, de la table de Jésus-Christ à la table du démon. Mais Marie avait compris que l'assurance du salut ne se trouve que dans la persévérance, et malgré la longueur de sa vie, elle ne s'est jamais laissée aller au moindre relâchement; toujours fidèle, toujours exacte, toujours vigilante, elle se fortifiait chaque jour davantage par le bon usage des grâces célestes, et par la sainte habitude de la docilité aux inspirations intérieures.

Hélas ! Que mes dispositions ont été jusqu'à présent éloignées de celle de Marie ? Que de défaut d'intention pure dans mes démarches ! Que de recherches de moi-même et de mes intérêts personnels ! Combien a été petit le nombre de mes vertus ! Combien ces vertus si rares ont-elles encore été imparfaites ! Que de légèreté dans ma conduite et d'inconstance dans mes résolutions! En sera-t-il toujours de même ? Ne prendrais-je pas enfin une détermination inébranlable d'être à Dieu sans réserve et pour toujours: je le souhaite je le désire, mais est-il vrai que je le veuille sincèrement ? O Marie, soutenez ma faiblesse, et fortifiez ma volonté chancelante. J'ai mis en vous ma confiance; non, je ne serai pas confondu.

 

Prière de Thomas A Kempis

 

Je viens, ô Vierge sainte, avec humilité et révérence, avec confiance et dévotion me présenter devant vous, portant sur mes lèvres la Salutation de Gabriel que je veux vous offrir en suppliant... Le ciel se réjouit, la terre entière est dans le ravissement quand je dis : « Je vous salue, Marie ». Satan fuit, l'enfer tremble, quand je dis : « Je vous salue, Marie ». La tristesse s'éloigne, la joie revient quand je dis : « Je vous salue, Marie ». La tiédeur s'évanouit, le cœur se fond d'amour, quand je dis : « Je vous salue, Marie ». La dévotion croît, la componction prend naissance, l'espérance se dilate, la consolation augmente, quand je dis : « Je vous salue, Marie ». L'âme se ranime, la volonté malade se fortifie dans le bien, quand je dis : « Je vous salue, Marie ». Car telle est la suavité de cette Salutation bénite qu'aucune parole humaine ne saurait l'expliquer ; c'est un abîme toujours plus profond que nulle créature ne peut sonder. Aussi fléchissant de nouveau les genoux devant vous, ô Vierge très sainte, me fais-je un bonheur de répéter : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce »...

Oh ! Plût au Ciel, que pour satisfaire au désir que j'éprouve de vous honorer, de vous saluer avec toutes les forces de mon cœur, tous mes membres soient changés en autant de langues, et ces langues en voix de feu, pour que je trouve le moyen de vous glorifier éternellement, ô Mère de mon Dieu ! Plût au Ciel que je puisse, pour tant de péchés par lesquels je vous ai contristée en offensant grièvement votre Fils, vous offrir cette douce Salutation de l'archange, comme une pure et sainte victime d'oraison, destinée à expier tous mes déréglements ! plût au ciel, puisque ma vie est si fragile et si passagère, que, pour tous mes excès et mes négligences, pour toutes mes pensées vaines, immondes et perverses, tous les esprits bienheureux et toutes les âmes des justes vous disent, ô très pieuse Vierge, et vous redisent mille et mille fois, dans les sentiments d'une dévotion pure et d'une ardente prière, cette première Salutation que l'auguste Trinité a voulu vous faire adresser par son ange...

Et maintenant, prosterné en votre présence, je veux, s'il était possible, vous offrir avec une bouche d'or, cette Salutation angélique, qui, instituée et réglée par le Saint Esprit, convient si bien à la grandeur de votre dignité et de votre sainteté. Cette prière est petite par le nombre des mois, mais profonde par le sens des mystères ; courte en paroles, mais étendue en vertu ; plus douce que le miel, et plus précieuse que l'or, digne d'être continuellement ruminée dans la bouche du cœur, d'être souvent lue et répétée par des lèvres pures... mais malheur aux âmes dégoûtées ; malheur à ceux qui prient sans recueillement et sans piété, qui ne pèsent point ces paroles d'or, qui ne sentent pas le goût de ce breuvage délicieux, qui tant de fois disent : « Je vous salue, Marie », sans attention et sans respect.

Ô très Douce Marie, gardez-moi de cette grave négligence, de cette funeste lâcheté, et accordez-moi le pardon des fautes que j'ai commises à cet égard; à l'avenir je serai plus dévot, plus fervent et plus attentif en disant : « Je vous salue, Marie », soit au chœur, soit dans ma cellule, soit dans le jardin, soit dans la campagne, soit dans tout autre lieu. Et maintenant que vous demanderai-je, ô ma très chère maîtresse, et que puis-je vous demander de mieux, de plus utile, de plus nécessaire pour moi indigne pécheur, que de trouver grâce devant vous et devant votre Fils bien-aimé ? J'implore donc la grâce de Dieu par votre intervention et votre libéralité, ô vous, qui, selon le témoignage de l'ange, avez trouvé auprès de Dieu la plénitude de la grâce. Aucune demande ne saurait m'être plus chère, et il n'est rien dont j'aie un plus pressant besoin que la grâce et la miséricorde de Dieu. La grâce de Dieu me suffit, quand même tout le reste me serait refusée, car que sont sans elle tons mes efforts ? et qu'y a-t-il d'impossible, quand elle m'aide de son assistance ? J'ai dans mon âme beaucoup d'infirmités diverses ; mais la grâce divine est un remède bien efficace contre toutes les passions ; si elle daigne se communiquer à nous, il n'en est pas qu'elle ne dompte. J'ai aussi une grande indigence de science et de sagesse spirituelle ; mais la grâce divine est la souveraine maîtresse, qui enseigne la discipline céleste, dont les leçons suffisent pour me donner en un moment toutes les instructions nécessaires ; car faire au-delà du nécessaire quelque demande, ou vouloir acquérir quelque connaissance au-delà de ce qui est permis, c'est un excès dont nous éloigne la grâce qui nous avertit de nous humilier sous sa puissance, et de nous contenter de sa possession. Obtenez-moi donc, ô Marie, ô vierge clémente, obtenez-moi cette grâce qui est si noble et si précieuse, que je ne dois raisonnablement rien demander ou rien désirer autre chose que la grâce pour la' grâce elle-même.

 

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Neuvième jour

Les miracles opérés par Notre Dame du Puy

 

Le pouvoir de faire des miracles est une faveur que Dieu accorde quelquefois à ses amis, plutôt pour manifester sa puissance et faire impression sur le cœur des peuples qui en sont témoins, que pour l'avantage et l'utilité des thaumaturges qui les opèrent. S'il en résulte quelquefois pour eux un peu d'honneur aux yeux des hommes, il ne leur en revient cependant pas plus de mérites que des actions les plus ordinaires et les plus communes. C'est ce qui nous explique pourquoi nous ne trouvons dans la vie de la Très Sainte Vierge le récit d'aucun prodige, quoiqu'en sa qualité de Mère de Dieu elle semble avoir eu plus de droit que toute autre à la communication de la puissance divine. Mais si elle n'en a pas fait durant les jours de son pèlerinage, combien ne les a-t-elle pas multipliés depuis son exaltation dans la gloire, quoique cependant elle paraisse dans quelques circonstances fermer l'oreille à la prière de ceux qui réclament les secours de sa merveilleuse autorité! De là trois sujets de réflexion : 1° Marie n'a pas fait de miracles durant sa vie, et c'est pour nous apprendre l'humilité ; 2° Marie a fait depuis sa bienheureuse mort et elle fait encore tous les jours de grands, de nombreux miracles, et c'est pour nous exciter à la confiance ; 3° Marie refuse quelquefois de faire des miracles que semble réclamer une piété véritable, et c'est pour punir ou corriger notre présomption.

 

Marie n'a pas fait de miracles durant sa vie, et c'est une leçon d'humilité qu'elle nous donne

 

Les Apôtres exercent sur la nature un pouvoir comme absolu ; ils guérissent les malades, ils redressent les boiteux, ils fortifient les paralytiques, ils ressuscitent les morts; le démon lui-même cède à leur empire et quitte à leur parole les corps des possédés qu'il tourmentait. Marie, du moins l'histoire de l'Évangile garde sur ce point un silence qui nous porte à le penser, Marie ne fait rien de semblable. Aux noces de Cana, elle ne soulage pas par elle-même l'indigence des nouveaux époux ; elle ne commande pas aux éléments ; elle se contente d'adresser à son Fils une simple prière. L'obscurité dont elle s'enveloppe en cette occasion, elle aime à s'y plonger de plus en plus durant tout le reste de sa vie. Dieu, qui la regardait avec tant d'amour, se plaît à favoriser lui-même le choix qu'elle a fait d'une profonde humilité, et à environner toutes ses actions de mystérieuses ténèbres. Cependant qui pourrait douter que si Marie eût sollicité quelques grâces merveilleuses, elle n'eût été infailliblement exaucée? Mère de son Dieu, aurait-elle pu souffrir de sa part un triste et pénible refus ? Mais la vie cachée est la sublime vocation à laquelle elle est appelée par la Providence ; elle ne veut, elle ne désire d'autre avantage sur la terre que d'être ignorée, méconnue, méprisée même du monde. Il faut donc que l'humilité soit un trésor bien précieux, puisque la Très Sainte Vierge, si éclairée des lumières d'en haut, l'a préférée à la grâce même des miracles; il faut qu'elle ait une bien grande valeur devant le Fils de Dieu, puisque après l'avoir embrassée lui-même en s'anéantissant jusqu'à la croix, il a voulu en orner sa Mère comme du bijou le plus riche, comme de la plus brillante parure. Il faut surtout qu'elle soit aussi nécessaire que pénible à l'homme, puisque le maître de la vraie sagesse a pris de si étonnants moyens pour nous engager à la pratiquer, et nous a fourni, pour nous servir de règle et d'encouragement dans cette difficile carrière, de si admirables exemples.

Mais ces exemples admirables, qui s'applique à les retracer dans sa conduite ? Ne semble-t-il pas, au contraire, que la principale étude, je ne dis pas seulement des mondains, mais des chrétiens eux-mêmes, soit de paraître et de briller aux yeux de leurs semblables ? On en cherche avec ardeur toutes les occasions; on s'efforce de mettre au jour les talents que l'on peut avoir reçus de la nature; on proclame ses bonnes œuvres; on aime à manifester, à exagérer même ses vertus ; que dis-je ! On se glorifie souvent des avantages les moins propres à nourrir la vanité, si la vanité savait être raisonnable; on exalte sa naissance, comme s'il avait dépendu de nous de naître dans un palais plutôt que dans une chaumière ; on étale avec faste ses richesses, comme si les richesses pouvaient augmenter ou accroître notre mérite ; on est flatté de rouler dans un équipage brillant et d'être escorté par de nombreux serviteurs, comme si cette pompe extérieure ne nous était pas étrangère ; on en vient même jusqu'à se complaire dans l'éclat des vêtements et dans le clinquant de la parure, comme si c'était un grand honneur de cacher les misères de l'humanité sous le produit des plantes ou sous la dépouille des animaux. Ainsi l'orgueil va-t-il chercher son aliment jusque dans les objets non-seulement les plus indifférents, mais encore les plus propres à le renverser et à le confondre.

Oh ! Que bien plus sage est l'âme fidèle à imiter le soin de Marie à demeurer dans l'obscurité ! Pénétrée de la connaissance de sa misère, elle ne court pas après les applaudissements et les éloges ; elle n'expose pas le trésor de ses mérites et de ses vertus à la rapacité du brigand infernal en les étalant aux yeux du monde. Prudente et sage, elle les renferme précieusement dans le secret de son cœur, comme dans un coffre impénétrable, où ses richesses se conservent en assurance sous la garde de l'humilité. Le Sauveur l'a dit : « Celui qui s'abaisse sera élevé » ; elle estime heureuse d'être au dernier rang sur la terre, dans l'espérance d'occuper au ciel un rang distingué parmi les élus.

 

Marie a fait depuis sa bienheureuse mort et fait encore tous les jours de grands, de nombreux miracles, et c'est un motif de confiance qu'elle nous présente

 

Quelle est dans le monde la province, la ville, je dirai presque la famille, où ne se conserve le souvenir de quelques prodiges de miséricorde opérés par la puissante bonté de cette douce et tendre Mère ? Ces innombrables pèlerinages où pendent de toutes parts des tableaux commémoratifs, de riches offrandes, des cœurs d'or et de vermeil, ne sont-ils pas comme des témoins toujours subsistants des grâces accordées par la Très Sainte Vierge à des âmes reconnaissantes ? Prodiges temporels : ce sont des maladies guéries, des périls évités, des affaires conduites à une heureuse fin, des familles consolées, des rejetons accordés à des mariages stériles, des enfants rendus à la tendresse maternelle, des morts arrachés au tombeau. Prodiges spirituels : ce sont des pécheurs convertis, des âmes tièdes ranimées, des tentations vaincues, des passions domptées, des vertus acquises, des mérites accumulés. Prodiges perpétuels ; les autres Saints semblent avoir un temps de splendeur après lequel ils disparaissent pour faire place à leurs successeurs : les Grégoire thaumaturge, les Gervais et les Protais, les Martin de Tours, les Geneviève de Paris et tant d'autres qui, avant ou après eux, ont étonné le monde par l'exercice d'une puissance merveilleuse, ne jettent plus aujourd'hui le même éclat. Mais le pouvoir de Marie est toujours le même; je me trompe : il va tous les jours prenant de nouveaux accroissements, et nous pouvons dire, sans crainte d'être démentis, que jamais il ne s'est déployé d'une manière aussi sensible, aussi manifeste, aussi étendue qu'à notre époque.

Heureux donc ceux qui placent en Marie leur Confiance ! Oui, il est bon de se confier en Marie, plutôt que de se reposer sur la protection des hommes, d'espérer en elle, plutôt que de mettre dans les princes du siècle son espérance. Si la maladie m'étend sur un lit de douleur, si la pauvreté me fait sentir ses privations, si le danger menace des personnes qui me sont chères, c'est à Marie que je m'adresserai pour obtenir, pourvu que telle soit la volonté de Dieu, et que ces grâces séculières ne nuisent point à mon salut, le remède dans mes souffrances, le soulagement dans ma pauvreté, la conservation des objets légitimes de mon amour. Je lui dirai : « Celui que vous aimez est malade » ; « guérissez-moi, ô ma reine ! Car le trouble et l'angoisse ont pénétré jusqu'à mes os ». Et puis : « Je suis pauvre et réduit à la mendicité ; « souvenez-vous de mon indigence ». Et encore : « les périls nous ont environnés ; détournez de nous la colère du Seigneur ». Si les passions se révoltent dans mon cœur comme des bêtes farouches, si les tentations s'élèvent comme d'impétueuses tempêtes, si la faiblesse, comme un épuisement intérieur en moi, m'expose à de tristes chutes, c'est encore vers Marie que je tournerai mes regards avec d'autant plus de sécurité que je saurai plus certainement que mes demandes ne peuvent manquer de lui plaire. Je lui dirai : « O ma Mère ! Une bête cruelle menace de me mettre en pièces ; ne permettez pas que mes ennemis puissent dire : « Nous l'avons dévoré ». Jeté dans la haute mer par les vents tumultueux qui agitent mon cœur, j'ai été presque submergé dans les flots et par la violence de l'orage. Délivrez-moi des profondes eaux ; ne souffrez pas que je disparaisse englouti dans l'abîme. Atteint d'une maladie de langueur, mon esprit est tombé en défaillance ; vivifiez-moi dans votre miséricorde. Si enfin, ce qu'à Dieu ne plaise, le péché s'emparait de mon cœur et me donnait un coup mortel, je ne me livrerais pas au désespoir ; je me souviendrais que Marie est le refuge des âmes égarées ; je la prierais avec une nouvelle ardeur ; je m'écrierais du fond de ma misère : O Vierge clémente ! Qui avez arraché tant d'infortunés aux tourments futurs, ayez pitié de moi et daignez, vous en avez le pouvoir, me ressusciter par votre puissante intercession ; n'abandonnez pas mon âme à l'enfer ; retirez-la des mains du prince cruel qui y domine. Ah ! Déjà, si vous n'étiez souvent venue à mon aide, cette âme coupable n'aurait eu d'autre habitation que les cachots éternels. O Mère du Dieu des vertus ! convertissez-moi encore aujourd'hui ; convertissez-moi, ô vous qui avez donné le salut au monde, et par un heureux changement, assurez-moi le bonheur d'être un jour avec vous dans le paradis.

 

Marie cependant refuse quelquefois de faire des miracles que semble réclamer une piété véritable

 

Et d'où vient qu'elle s'abstient dans certaines circonstances d'opérer les œuvres merveilleuses que l'on sollicite auprès d'elle ? Serait-ce la puissance qui lui ferait défaut ? Non sans doute, car en sa qualité de Mère de Dieu, elle peut tout obtenir de celui qu'elle a mis au monde. Serait-ce la bonté qui lui manquerait ? Non sans doute, car elle est notre mère, et ne saurait sans de graves et imposantes raisons ne pas faire droit à nos requêtes. Mais prenons y garde ; on demande quelquefois ce que l'on ne devrait pas demander, et dans les demandes même légitimes, non-seulement on ne prend pas les moyens pour assurer l'effet de ses désirs, mais on fait même souvent ce qui peut mettre obstacle au succès : dans le premier cas, c'est irréfléxion ; dans le second, c'est témérité ; dans le troisième, c'est dérision.

1° Demandes irréfléchies. On prie pour arriver aux honneurs, et peut-être les honneurs nous enfleraient ; on prie pour avoir des richesses, et peut-être les richesses nous séduiraient ; on prie pour réussir dans un établissement projeté, et peut-être cet établissement nous pervertirait ; on prie pour recouvrer la santé, et peut-être la santé nous perdrait ; on prie pour la vie d'un enfant encore dans l'âge de l'innocence, et peut-être, si sa vie était prolongée, aurait-il le malheur de tomber dans la réprobation. L'on ne voit pas ces inconvénients et ces dangers ; Marie les voit et les apprécie ; comment pourrait-elle, en exauçant des vœux inconsidérés, faire le malheur de ceux qui l'invoquent ?

2° Demandes téméraires. Ce que l'on réclame peut être juste et conforme à la volonté de Dieu, mais on ne s'applique nullement à aider la grâce qui n'opère rien sans nous. Ainsi l'on demande la conversion, mais on ne rentre pas en soi-même, on n'examine pas sa conscience, on ne va que rarement se présenter au saint tribunal, on ne s'excite point au repentir et à la ferme résolution de renoncer au péché. Croyons-nous que Marie soit obligée de tout faire, tandis que nous languirons dans une coupable oisiveté ? Ainsi l'on voudrait obtenir la faveur insigne de la dévotion, mais on ne s'adonne que faiblement à la prière, on ne se fait pas une habitude de l'oraison, on n'assiste que de loin en loin et sans esprit intérieur à la sainte messe, on n'approche du banquet divin qu'avec dégoût et à de longs intervalles. Oserions-nous le penser ? Marie montrerait-elle pour notre sanctification plus de zèle et d'ardeur que nous n'en montrons nous-mêmes : travaillons selon nos forces, et la protection de la Très Sainte Vierge ne nous manquera jamais.

3° Demandes dérisoires. On sollicite une grâce, et on emploie tous les moyens pour y mettre obstacle ; on fait des vœux pour garder la belle vertu de modestie, mais en même temps on donne toute liberté à ses regards, on se nourrit de lectures romanesques et de feuilletons licencieux, on se jette dans des sociétés dangereuses, on se permet des conversations libres et familières, on ouvre son cœur à toutes les impressions de la volupté : quelle moquerie dans une semblable prière ! On voudrait que Marie accordât le détachement du monde, et cependant on suit ses maximes, on fréquente ses assemblées, on se livre à ses plaisirs, on assiste à ses spectacles, on prend une part active à ses danses et à ses folies : est-ce là une prière ? n'est-ce pas plutôt une insultante risée ? On invoque Marie pour avoir la charité, et l'on nourrit dans son cœur les sentiments de la haine ; la douceur, et l'on se livre sans résistance à l'emportement ; l'humilité, et l'on ne respire que l'orgueil ; la justice, et l'on ne s'occupe qu'à s'enrichir par des voies iniques ; le détachement, et l'on n'a d'autres pensées que celles de l'intérêt. Arrêtons-nous, c'est assez de dérision et d'outrages; si nous avons ainsi prié, gardons-nous bien de nous plaindre ; le droit de se plaindre appartient à Marie, et non pas à nous. Sachons-nous réformer, sachons prier avec les dispositions convenables, et nous verrons se réaliser pour nous cette parole de Saint Bernard, que jamais une grâce n'a été en vain demandée à cette Vierge également bonne et puissante, mais non moins sage et discrète dans la distribution de ses faveurs.

 

Autre prière de Thomas à Kempis

 

O Vierge fervente et toujours pure, ô Mère de Dieu, ô Marie, qui surabondez d'ineffables délices que l'esprit humain ne peut ni exprimer, ni comprendre ; me voici, moi, votre pauvre serviteur, prosterné, le cœur rempli de pieuses affections et la tête humblement courbée, devant le trône glorieux où vous êtes, dans le royaume céleste, assise au dessus des anges, et que vous avez mérité, ô très digne Mère de Dieu, par une humilité plus profonde que celle de toutes les filles de Jérusalem.

Je sais, ô Mère privilégiée, que je ne suis pas digne de lever vers vous mes regards impurs, trop souvent hélas ! Souillés par la concupiscence de la chair, par la concupiscence des yeux, et par l'orgueil de la vie... Mais encouragé par la multitude de votre miséricorde, je nourris la bonne et ferme espérance d'obtenir promptement la grâce d'une pleine réconciliation par votre bonté à vous révéler à moi et à intercéder en ma faveur... C'est appuyé sur votre clémence et votre mansuétude, que je viens me réfugier sous votre protection, là où les infirmes reçoivent la force, et les captifs la délivrance; soyez donc miséricordieuse envers moi ; soyez à mon cœur une bonne mère, afin que par une heureuse expérience j'éprouve maintenant que vous êtes la consolatrice de tous, et le soulagement fidèle de ceux qui vous servent et espèrent en vous.

Mais ce que je vous demande encore, ô Marie, ô glorieuse Mère de Dieu, c'est de ne pas vous lasser depuis ce moment jusqu'à ma dernière heure, de fixer sur moi un regard serein et propice ; recevez-moi sous votre garde, et étendez sur moi vos bras saints et maternels dans tous les lieux où je marcherai, surtout quand viendra ce dernier jour dont j'ignore l'époque, et cette heure si redoutable de la mort à laquelle je ne saurais échapper ; ô reine clémente, ma confiance salutaire dans toutes mes angoisses, mais principalement à cet instant suprême, souvenez-vous alors de moi, assistez-moi à la fin de la vie, et consolez mon âme tremblante. Protégez-la contre la malice des esprits immondes ; qu'ils n'osent pas s'approcher de moi ; honorez-moi de votre aimable présence ; que la multitude des anges et des saints viennent avec vous me visiter. Travaillez par vos prières très pures à apaiser, avant que je quitte la lumière, la face divine de votre Fils que j'ai si souvent et si grièvement offensé par mes péchés ; après quoi recevez cette pauvre âme au moment où elle quittera cet exil pour le grand voyage, et introduisez la par les portes du Ciel dans les délicieuses demeures du paradis. Placez-moi près de vous, et parlez pour moi à votre Fils, faites entendre pour moi à ce roi de tous les siècles une bonne et douce parole, vous qui avez reçu le glorieux salut de la bouche de Gabriel...

Agréez donc la prière que votre serviteur répand maintenant devant vous; regardez-moi, ô vierge Marie, très miséricordieuse Mère de Jésus, qui vous a aimée par-dessus toutes les créatures, et souvenez-vous toujours de moi. Si quelquefois je vous oublie, c'est, vous le savez, avec un vrai déplaisir ; pour vous, veuillez ne pas me mettre en oubli, vous qui avez enfanté la miséricorde.

Il me faut, ô vierge Marie, il me faut déjà prendre congé de vous ; je vous salue les genoux en terre, j'incline dévotement mon front en votre présence ; les mains jointes, je vous offre mes actions de grâce ; et afin que vous écoutiez favorablement et que vous exauciez ma prière, j'honorerai encore votre face par une respectueuse salutation : « Je vous salue, Marie pleine grâce, le Seigneur est avec vous, vous fille bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de vos entrailles Jésus-Christ. Ainsi soit-il.

 

Neuvaine extraite du livre « Les Gloires de Notre Dame du Puy », Père Caillau, Paris, Librairie Camus, 1846

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26 août 2010

Notre Dame du Puy

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18 juillet 2008

Litanies de Notre Dame du Puy

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Notre-Dame du Puy

La statue (XVIIème siècle) qui se trouve actuellement sur le maître-autel de la Cathédrale Notre Dame du Puy en Velay, provient de l'ancienne chapelle de Saint-Maurice du Refuge, actuelle chapelle de la visitation sur le site du Conseil Général. Elle fut couronnée par l'évêque du Puy au nom du Pape Pie IX, le 8 juin 1856, jour anniversaire de la destruction de la précédente effigie qui fut brûlée par les ultra-révolutionnaires de Louis Guyardin (le représentant de la Convention en mission en Haute-Loire) le 8 juin 1794, jour de Pentecôte devenu celui de l'être Suprême. Cette vierge Noire aurait été offerte par le Roi Louis IX (Saint Louis) au retour de la 7ème croisade. C'était une statue de cèdre pouvant provenir d'Egypte et représenter une déesse orientale ou une vierge copte (Chrétien d'Egypte ou d'Ethiopie). Nous ne connaissons de cette vierge Noire que de rares reproductions d'aprés un dessin exécuté en 1777 sur les indications du géologue Faugeas de Saint-Fons. Mais la Cathédrale du Puy possédait déjà une statue de la Vierge bien avant le règne de Louis IX puisque sa présence est signalée dès le Xème siècle et qu'elle aurait servi de modèle aux premières Vierges de Majesté Auvergnates comme l'estiment certains auteurs. Chaque 15 août, une procession solennelle de la Vierge "Noire" est faite à travers les rues de la ville.

Litanies de Notre Dame du Puy

Seigneur, ayez pitié de nous.
O Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.
Père du Ciel qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Saint-Esprit qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Sainte Trinité qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Notre Dame du Puy, priez pour nous
Notre Dame du Puy, Vierge très-sainte, priez pour nous
Notre Dame du Puy, Vierge très-digne, priez pour nous
Notre Dame du Puy, Vierge très-pure, priez pour nous
Notre Dame du Puy, Vierge très-illustre, priez pour nous
Notre Dame du Puy, Vierge très-glorieuse, priez pour nous
Notre Dame du Puy, Vierge très-précieuse, priez pour nous
Notre Dame du Puy, Vierge très-juste, priez pour nous
Notre Dame du Puy, Mère de la miséricorde, priez pour nous
Notre Dame du Puy, Mère de la prudence, priez pour nous
Notre Dame du Puy, Mère de l'obéissance, priez pour nous
Notre Dame du Puy, Mère de la grâce, priez pour nous
Notre Dame du Puy, Mère de la pureté, priez pour nous
Notre Dame du Puy, Mère de la confiance, priez pour nous
Notre Dame du Puy, Mère de la patience, priez pour nous

Notre Dame du Puy, Reine des cieux, priez pour nous
Notre Dame du Puy, Reine des des Anges, priez pour nous
Notre Dame du Puy, Reine des Patriarches, priez pour nous
Notre Dame du Puy, Reine des Apôtres, priez pour nous
Notre Dame du Puy, Reine des Martyrs, priez pour nous
Notre Dame du Puy, Reine de tous les saints, priez pour nous

Notre Dame du Puy, source de l'humilité, priez pour nous
Notre Dame du Puy, source de la piété, priez pour nous
Notre Dame du Puy, source de la charité, priez pour nous
Notre Dame du Puy, source de la grandeur, priez pour nous
Notre Dame du Puy, source de la bonté, priez pour nous
Notre Dame du Puy, source de la vérité, priez pour nous
Notre Dame du Puy, source de la consolation, priez pour nous
Notre Dame du Puy, source du salut, priez pour nous
Notre Dame du Puy, source de la réparation, priez pour nous
Notre Dame du Puy, source de la douceur, priez pour nous
Notre Dame du Puy, source de la béatitude, priez pour nous
Notre Dame du Puy, source de la beauté, priez pour nous
Notre Dame du Puy, source de la perfection, priez pour nous
Notre Dame du Puy, plus élevée que les cieux, priez pour nous
Notre Dame du Puy, placée au-dessus des puissances, p. pour nous.
Notre Dame du Puy, plus estimable qu'une pierre précieuse,
Notre Dame du Puy, plus belle que la lune, priez pour nous
Notre Dame du Puy, plus précieuse qu'un trésor, priez pour nous
Notre Dame du Puy, plus brillante que les étoiles, priez pour nous
Notre Dame du Puy, qui êtes au-dessus de tout éloge, pr. pour nous.
Notre Dame du Puy, fleur de la véritable sagesse, priez pour nous
Notre Dame du Puy, fleur de la véritable science, priez pour nous
Notre Dame du Puy, fleur de la véritable indulgence, priez pour nous
Notre Dame du Puy, fleur de la véritable excellence, priez pour nous
Notre Dame du Puy, fleur de la véritable justice, priez pour nous
Notre Dame du Puy, fleur de la véritable milice, priez pour nous
Notre Dame du Puy, fleur de la véritable joie, priez pour nous
Notre Dame du Puy, pierre la plus précieuse du ciel, priez pour nous
Notre Dame du Puy, qui êtes sans tache, priez pour nous
Notre Dame du Puy, porte du paradis, priez pour nous
Notre Dame du Puy, route du bon conseil, priez pour nous
Notre Dame du Puy, avocate des pécheurs, priez pour nous
Notre Dame du Puy, élevée au-dessus de toutes les créatures,
Notre Dame du Puy, pendant toute l'éternité, priez pour nous

Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous Seigneur !
Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous , Seigneur!
Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous Seigneur !

Notre Dame du Puy, priez pour nous,
Afin que nous soyons dignes des promesses du Christ.

Prions

Seigneur, protégez vos serviteurs, en leur accordant les bienfaits de la paix, et faites que, pleins de confiance en la protection de la bienheureuse vierge Marie, ils soient à l'abri des attaques de tous leurs ennemis. Par Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen.

Téléchargez le texte des Litanies de Notre Dame du Puy (pdf) en cliquant ici

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