13 mars 2012

Litanies de la Passion de Jésus

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Litanies de la Passion de Jésus

 

Seigneur, ayez pitié de nous.

Christ, ayez pitié de nous.

Seigneur, ayez pitié de nous.

Christ, écoutez-nous.

Christ, exaucez-nous.

Père Céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Fils Rédempteur, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Esprit Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Trinité Sainte, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.


Jésus, qui avez institué le saint Sacrement de l'autel, en mémoire de votre passion, ayez pitié de nous.

Jésus, sortant du cénacle pour aller mourir, ayez pitié de nous.

Jésus, priant dans le jardin des olives, ayez pitié de nous.

Jésus, consolé par un Ange, ayez pitié de nous.

Jésus, suant sang et eau, ayez pitié de nous.

Jésus, vendu et trahi par Judas, ayez pitié de nous.

Jésus, pris et lié par les soldats,

Jésus, abandonné de vos disciples,

Jésus, présenté à Anne et à Caïphe,

Jésus, souffleté par un valet,

Jésus, accusé par de faux témoins,

Jésus, jugé digne de mort,

Jésus, outragé, frappé pendant la nuit,

Jésus, renié trois fois par Saint Pierre,

Jésus, méprisé par Hérode,

Jésus, revêtu d'une robe blanche,

Jésus, a qui fut préféré Barrabas,

Jésus, flagellé,

Jésus, meurtri pour nos crimes,

Jésus, vêtu de pourpre,

Jésus, couronné d'épines

Jésus, frappé d'un roseau,

Jésus, présenté au peuple,

Jésus, condamné à mort par Pilate,

Jésus, livré à la volonté des Juifs,

Jésus, chargé de sa Croix,

Jésus, conduit au Calvaire,

Jésus, dépouillé de vos habits,

Jésus, attaché à la Croix,

Jésus, élevé en Croix,

Jésus, qui avez prié pour vos ennemis

Jésus, mis au rang des scélérats,

Jésus, blasphémé sur la Croix,

Jésus, qui avez promis le paradis au bon larron ,

Jésus, qui avez recommandé votre mère à Saint Jean,

Jésus, abandonné de votre Père,

Jésus, abreuvé de vinaigre dans votre soif,

Jésus, qui avez dit : Tout est consommé,

Jésus, qui avez recommandé votre âme à votre Père,

Jésus, obéissant jusqu'à la mort de la Croix,

Jésus, mort sur la Croix,

Jésus, percé d'une lance,

Jésus, qui avez fait éclater votre puissance après votre mort,

Jésus, descendu de la Croix,

Jésus, enseveli,


Soyez-nous propice, pardonnez-nous Seigneur.

Soyez-nous propice, exaucez-nous Seigneur.

De tout mal, délivrez-nous, Seigneur.

De tout péché, délivrez-nous, Seigneur.

De la peste, de la famine et de la guerre, délivrez-nous, Seigneur.

De tout danger de l'âme et du corps,

De la mort éternelle,

Par vos travaux et vos veilles,

Par votre douloureuse flagellation,

Par votre couronnement d'épines,

Par votre soif, vos larmes et votre nudité,

Par votre précieuse mort et votre Croix,

Par votre sang très précieux,

Par vos très-saintes plaies,

 

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous, Seigneur.

 

Le Seigneur Jésus-Christ s'est humilié lui-même,

Il s'est rendu obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la Croix.

 

Prions

 

Adorable Jésus, souffrant et mourant par Amour pour nous, accordez-nous la grâce de souffrir avec Vous, et pour Vous; afin que, vivant, souffrant et mourant dans Votre Amour, nous soyons éternellement heureux avec Vous et en Vous. Ainsi soit-il.

 

grunewaldchrist1

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Exercice pour s'unir à Jésus souffrant pendant la Sainte Messe

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Exercice pour s'unir à Jésus souffrant pendant la Sainte Messe

 

Au commencement de la Messe

Jésus prosterné au Jardin des Oliviers

 

Vos angoisses au jardin ont été si violentes, ô mon Jésus, que Votre Visage s'est entièrement couvert d'une sueur de Sang, et que Vous avez été obligé de Vous écrier: « Mon âme est triste jusqu'à la mort ». C'est moi, Seigneur Jésus, qui suis la cause de Vos douleurs et de Votre tristesse, et mon cœur ne se fend pas de regret ! je n'éprouve pas dans mon âme des torrents d'amertume ! Qui donnera de l'eau à ma tête, et a mes yeux une fontaine de larmes, afin que je pleure jour et nuit les outrages que le péché a causés a la majesté de mon Dieu ?

 

Au Kyrié

Jésus accueille avec bonté le traître Judas

 

Vous daignez, ô mon Jésus, recevoir le baiser perfide de Judas, et rendre à ce traître un baiser paternel. Ne souffrez pas, Seigneur, que j'imite Votre infidèle Apôtre en m'approchant de Vos Autels pour abuser de Vos grâces. Eloignez de moi toute affection désordonnée aux créatures, afin que je Vous aime de tout mon cœur, et que je Vous aime uniquement, car Vous êtes vraiment le Dieu de mon cœur.

 

Au Gloria

Jésus lié et garrotté

 

On vous lie, ô Jésus, comme si Vous étiez un scélérat. Quel mal avez-Vous donc fait, Vous qui êtes venu nous délivrer de l'esclavage du péché ? Ne permettez pas, ô mon Sauveur, que je secoue jamais le joug si doux de Vos commandements pour vivre à ma liberté. Tirez-moi, je Vous prie, après Vous par les douces chaînes d'un amour pur et sans bornes, et je courrai à l'odeur de Vos parfums.

 

Aux Oraisons

Jésus conduit chez Anne et Caïphe

 

On Vous traîne, ô Jésus, chez les grands prêtres, comme un malfaiteur coupable des plus grands crimes. Vous recevez des soufflets, Votre Visage est couvert de crachats; Vous êtes véritablement l'opprobre des hommes et l'abjection du peuple. Je Vous fais amende honorable pour tant d'outrages, et je Vous supplie, ô mon Jésus, de m'accorder la patience, la douceur et le silence que Vous avez gardés devant vos accusateurs.

 

A l'Epître

Jésus renié trois fois par Saint Pierre

 

Vous jetez, ô Jésus, un regard plein de douceur sur Pierre, le chef de vos disciples; et ce regard fait couler de ses yeux une source intarissable de larmes. Ne permettez pas, ô mon divin Maître, que je me sépare jamais de Votre Amour; mais, si j'ai le malheur de Vous offenser, accordez-moi la grâce de revenir promptement à Vous, et de Vous servir ensuite avec plus de ferveur.

 

A l'Evangile

Jésus méprisé et revêtu d'une robe blanche

 

Hérode Vous méprise avec toute sa cour, ô mon Jésus, a cause de Votre modestie et de Votre humilité; et, après Vous avoir revêtu d'une robe blanche par dérision, il Vous renvoie a Pilate. Revêtez-moi, ô Jésus, de la vertu d'humilité, accordez-moi la grâce de ne pas proférer une seule parole, lorsqu'on me méprise, et d'être prêt a sacrifier ma vie pour empêcher que Votre Majesté Divine ne soit offensée

 

Au Credo

Jésus mis en parallèle avec Barrabas

 

Vous avez entendu avec humilité, ô mon Jésus, la voix unanime d'un peuple méchant et injuste qui préférait à Vous le voleur Barrabas. Quand j'ai péché mortellement, j'ai préféré à Vous le monde, mes passions, le démon; j'ai demandé Votre mort; j'ai consenti à tous les tourments de Votre Passion. Dieu de bonté, ayez pitié de moi: je ne préférerai jamais rien à Vous; je ne désire plus que Vous. Car, que désiré-je dans le ciel, et qu'ai-je souhaité sur la terre, si ce n'est Vous seul ?

 

A l'Offertoire

Jésus flagellé

 

Depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, Vous n'étiez qu'une plaie affreuse, ô mon Jésus, lorsque les soldats, comme des bêtes féroces, déchirèrent impitoyablement Votre Corps virginal, et que, Vous voyant tombé par terre, ils Vous foulèrent aux pieds dans des ruisseaux de sang. Et c'est moi, ô mon Divin Sauveur, qui Vous ai fait souffrir un supplice si ignominieux et si cruel ! ce sont mes péchés qui Vous ont mis en un si horrible état ! Comment ne pas mourir de douleur, après Vous avoir ainsi traité ? Prosterné aux pieds du Trône de Votre Grâce, je Vous supplie de ne pas venger tant d'inhumanité et de barbarie sur moi qui suis l'auteur des souffrances et des ignominies que Vous avez endurées pour mon amour. Voyez l'amertume de mon âme, et ne me condamnez pas; mais convertissez-moi, pardonnez-moi.

 

A la Préface

Jésus couronné d'épines

 

Sortez, fille de Sion, et venez voir le Roi Salomon ceint de son diadème. O le plus beau des enfants des hommes ! O Roi de gloire ! Jésus Christ, mon Sauveur, est-ce Vous que je vois couronné d'épines ? Mais quelle douleur perce mon cœur, lorsque je pense que c'est moi, mon Doux Jésus, qui, par mes péchés, ai déchiré Votre Chair innocente; moi qui ai défiguré l'incomparable beauté de Votre Visage, et qui Vous ai couronné d'épines ! je Vous reconnais pour mon Seigneur et mon Dieu, pour mon Roi et mon Maître; daignez régner éternellement dans mon cœur. Je renonce a la vanité, a l'orgueil, a l'ambition que Vous avez expiés par un si horrible supplice, me souvenant que, si je veux recevoir un jour les récompenses de la gloire, je dois souffrir en ce monde toutes les épines de la couronne de mon Sauveur.

 

Au Sanctus

« Voilà l'Homme ! »

 

Quel est celui qui vient d'Edom sous les vêtements de Bostra ? c'est Vous, mon Jésus, couronné d'épines, tout couvert de Sang et de Plaies. Un roseau est Votre sceptre, des épines votre couronne, une pourpre usée et déchirée Votre manteau royal. Vous êtes beau en cet état, ô Jésus, cette pourpre sanglante, qui Vous décore, annonce le vainqueur du péché, de la mort et de l'enfer. Associez-moi a Vos triomphes qui ont donné la paix à la terre. Revêtez-moi de Votre Patience, de Votre Douceur, de Votre Charité, de Votre Esprit de sacrifice; et, lorsque Vous viendrez sur une nuée avec une grande puissance, alors, ô Jésus couronné d'épines, avez pitié de moi qui suis un grand pécheur.

 

Au Mémento des vivants

Jésus condamné à mort

 

Vous avez été établi par votre Père céleste, fi mon Jésus ! le juge des vivants et des morts; et je vous vois, la corde au cou, les mains liées, la tète nue, comme un criminel, recevant, avec la plus grande résignation, l'arrêt qui vous condamne à être crucifié. Puisque vous, ô mon Sauveur! vous, le Dieu tout-puissant, le Dieu bon, vous, l'innocence même et le Saint des Saints, consentez à mourir pour moi, comme un vil scélérat, je supplie votre infinie miséricorde d'effacer la sentence de damnation éternelle que je me suis attirée par mes péchés, afin que j'entende au dernier jour avec vos élus:Venez, les bénis de mon père, possédez le royaume éternel...

 

A l'Elévation

Jésus chargé de Sa Croix

 

Votre Père Céleste, ô mon Jésus, a déposé sur Vous toutes nos iniquités. Chargé de ce pesant fardeau dans la Croix, Vous êtes monté au Calvaire. Mais, avant d'y arriver, affaibli par la vive douleur de Vos Plaies, Vous faites presque autant de chutes que de pas; toutes les fois que Vous succombez, on Vous relève en Vous frappant cruellement. Plaise à Dieu, ô mon bien-aimé Sauveur, que je m'efforce de marcher après Vous, pour porter ma croix à Votre suite, avec joie et en esprit de pénitence !

 

Après l'Elévation

Jésus rencontre sa Très Sainte Mère

 

Quelle source d'amertume pour Votre Cœur, ô Jésus, et pour celui de Votre Divine Mère, lorsqu'Elle Vous aperçut portant Votre Croix ! Quels tourments cruels percèrent Vos âmes, lorsque Vos yeux se rencontrèrent ! O Reine des Martyrs, ma tendre Mère, que n'ai-je, comme vous, l'âme percée d'un glaive de douleur, en voyant le Cœur de Jésus abreuvé d'amertumes ! Gravez en moi Sa douloureuse Passion; obtenez-moi d'en être tellement touché, que je meure au péché, au monde et à moi-même.

 

Au Mémento des Morts

Jésus est crucifié

 

Quelle douleur excessive Vous avez soufferte, ô mon Jésus, lorsque l'on Vous perçait les mains et les pieds avec de longs clous ! O Jésus, que l'Amour a cloué sur une Croix, je veux vivre et mourir crucifié avec Vous sur la terre, afin de pouvoir régner avec Vous, couronné de gloire dans le Ciel. Que cet amour, ô mon Jésus crucifié, s'étende sur les fidèles morts dans Votre Grâce, qu'ils puisent aussi bientôt dans les sources du Sauveur les eaux de la joie éternelle.

 

Au Pater

Jésus élevé en croix

 

Vous êtes vraiment un Homme de Douleur, ô mon tout aimable Rédempteur, et Vous savez ce que c'est que souffrir. Après mille tourments et mille outrages variés et choisis pour Vous faire souffrir ce qu'il y a de plus douloureux et de plus amer, on dresse le gibet honteux auquel Vous êtes suspendu par trois clous. Mais qui comprendra les douleurs inouïes que Vous endurez de la secousse et de l'enfoncement de la Croix, de la dislocation de Vos os, de la rupture de Vos veines ? Enfin la Croix est dressée, et le Maître de la nature est suspendu entre le Ciel et la terre; et Vous souffrez toujours: Votre Corps pesant et tout déchiré n'est soutenu que sur des clous, n'est appuyé que sur des plaies; mais Votre Tête Sacrée surtout, de quels tourments, grand Dieu ! N'est-elle pas affligée ! Comment la tenir ? Si Vous la levez, les épines dont elle est couronnée s'enfonceront davantage, et Vous verrez les pontifes et la cohorte insolente qui Vous insultent et Vous outragent. L'abaisserez-Vous, la vue de Votre Sainte Mère Vous pénétrera d'amertume; si Vous la remuez, le mouvement seul est capable d'aigrir et de rouvrir Vos plaies. Quel supplice, que ne puis-je le partager avec Vous, ou du moins alléger de si cruelles douleurs ! Attirez-moi Vous-même à Vous, ô mon doux Sauveur! selon Votre promesse; attirez, par la force de Votre Amour, toutes les affections de mon âme, afin que je m'offre à Vous sur la croix, et que j'y meure d'amour pour Vous qui allez y mourir d'Amour pour moi.

 

A la Communion

Dernières paroles de Jésus mourant

 

Votre premier soin en mourant, ô Jésus, fut de réconcilier avec Votre Père les pécheurs, et ceux même qui Vous attachèrent à la Croix. « Mon Père, disiez-vous, pardonnez-leur; car ils ne savent ce qu'ils font ». Je pardonne, ô mon Jésus, de tout mon cœur pour l'amour de Vous a tous ceux qui m'ont jamais fait quelque mal, (surtout à...) Faites, je vous prie, que j'entende, a l'heure de ma mort, ces paroles adressées au bon larron: 3Vous serez avec moi dans le paradis », et souffrez que je Vous embrasse comme mon Frère dans le Sacrement de Votre Amour, Vous, ô mon aimable Jésus, qui m'avez donné la très Douce Marie pour Mère, et qui avez permis que Vous fussiez abandonné de Votre Père, à Votre dernière Agonie, afin qu'il ne m'abandonnât pas éternellement dans mes péchés. Vous avez eu une soif très ardente de mon salut, afin qu'a son tour mon âme soupirât après Vous qui êtes la Fontaine de Vie; jusqu'à ce qu'ayant consommé le cours de cette vie mortelle, je remette mon esprit entre Vos mains. Venez, Seigneur Jésus, venez dans un cœur qui Vous aime et Vous désire.

 

Aux dernières Oraisons

Jésus-Christ meurt

 

Que ne m'a-t-il été permis, ô mon Jésus, de recevoir le dernier soupir de Votre Vie dans ma bouche et dans mon cœur, afin que je puisse dire: « Je vis, non, ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi ! » Que Vous êtes bon, ô Jésus, car ce que je désire si ardemment, Vous me l'accordez dans le Glorieux et Auguste Sacrement de l'Autel, où Vous me donnez non-seulement Votre Souffle Divin, mais aussi Votre Corps et Votre Substance Sacrée que je reçois dans ma bouche et dans mon cœur. Comment pourrais-je m'empêcher de Vous aimer ?

 

A la Bénédiction

Le Cœur de Jésus est percé d'un coup de lance

 

Vous, avez voulu, ô Jésus, que Votre Cœur fut ouvert pour me servir de retraite et de maison de refuge. C'est le lieu de mon repos, j'y habiterai, parce que je l'ai choisi.

 

Au dernier Evangile

Jésus est mis dans un Sépulcre neuf

 

Votre Corps Virginal, ô mon Jésus, enveloppé d'un linceul blanc fut renfermé dans un sépulcre nouveau: vous m'apprenez par la que c'est avec un cœur nouveau et sanctifié par Votre Grâce que je me rendrai digne de Vous recevoir. Lavez-moi de plus en plus, ô mon Sauveur, et purifiez-moi de mon péché. Créez en moi un cœur pur dans lequel, comme dans un linceul blanc, je recevrai Votre Corps Saint, ressuscité et glorieux, et je serai tellement uni à lui par amour que je pourrai dire avec vérité: « Ni la mort, ni la vie, ni aucune créature ne me séparera de la charité de Dieu, qui est en Jésus-Christ Notre-Seigneur ».

 

Texte extrait de l'Année Pieuse, de P. Ligny, Amiens, Typographie Alfred Caron, 1854

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17 avril 2011

Lundi Saint

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Semaine Sainte 2011

Lundi Saint

 

Evangile selon saint Jean

 

Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie où habitait Lazare, celui qu'il avait ressuscité d'entre les morts. On donna un repas en l'honneur de Jésus. Marthe faisait le service, Lazare était avec Jésus parmi les convives. Or, Marie avait pris une livre d'un parfum très pur et de très grande valeur ; elle versa le parfum sur les pieds de Jésus, qu'elle essuya avec ses cheveux ; la maison fut remplie par l'odeur du parfum. Judas Iscariote, l'un des disciples, celui qui allait le livrer, dit alors : « Pourquoi n'a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d'argent, que l'on aurait données à des pauvres ? » Il parla ainsi, non parce qu'il se préoccupait des pauvres, mais parce que c'était un voleur : comme il tenait la bourse commune, il prenait pour lui ce que l'on y mettait. Jésus lui dit : « Laisse-la ! Il fallait qu'elle garde ce parfum pour le jour de mon ensevelissement. Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. » Or, une grande foule de Juifs apprit que Jésus était là, et ils arrivèrent, non seulement à cause de Jésus, mais aussi pour voir ce Lazare qu'il avait ressuscité d'entre les morts. Les chefs des prêtres décidèrent alors de faire mourir aussi Lazare, parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s'en allaient, et croyaient en Jésus.

 

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Méditation

 

Nous avons remarqué plus haut que le récit évangélique qui vient d'être lu se rapporte au Samedi, veille du Dimanche des Rameaux, et qu'il a été inséré dans la Messe d'aujourd'hui parce que, dans l'antiquité, ce Samedi n'avait pas de Station. La sainte Eglise a voulu porter notre attention sur cet intéressant épisode des derniers jours de notre Rédempteur, parce qu'il nous aide à saisir l'ensemble des circonstances qui se produisaient à ce moment autour de lui. Marie-Madeleine, dont la conversion était, il y a quelques jours, l'objet de notre admiration, est appelée à figurer dans les scènes de la Passion et de la Résurrection de son maître. Type de l'âme purifiée et admise ensuite aux faveurs célestes, il nous importe de la suivre dans les diverses phases que la grâce divine lui fait parcourir. Nous l'avons montrée s’attachant aux pas de son Sauveur et subvenant à ses besoins; ailleurs le saint Evangile nous la tait voir préférée à Marthe sa sœur, parce qu'elle a choisi la meilleure part ; dans les jours où nous sommes, elle nous intéresse surtout par son tendre attachement à Jésus. Elle sait qu'on le cherche pour le faire mourir ; et l'Esprit Saint, qui la conduit intérieurement à travers les états toujours plus parfaits qui se succèdent en elle, veut qu'aujourd'hui elle accomplisse une action prophétique à l'égard de ce qu'elle redoute le plus. Entre les trois présents des Mages, l'un d'eux était un signe de mort pour le divin Roi que ces hommes fidèles étaient venus saluer du fond de l'Orient : c'était la myrrhe, parfum funéraire qui fut employé si abondamment dans la sépulture du Sauveur. Nous avons vu que Madeleine, au jour de sa pénitence, témoigna de son changement de vie par l'effusion du plus précieux de ses parfums sur les pieds de Jésus. Aujourd'hui, elle a recours encore à cette touchante manifestation de son amour. Son maître divin est à table chez Simon le Lépreux ; Marie, la Mère de douleurs, est avec lui, ainsi que les disciples ; Marthe veille au service ; tout est calme dans cette maison ; mais de tristes pressentiments sont au fond des cœurs. Tout à coup Madeleine paraît, portant dans ses mains un vase rempli d'une huile de nard du plus grand prix. Elle se dirige vers Jésus, et s'attachant à ses pieds, elle les inonde de ce parfum ; et cette fois encore elle les essuie avec ses cheveux. Jésus était étendu sur un de ces lits dont les Orientaux se servaient, lorsqu'ils prenaient leur repas dans les festins ; il était donc facile à Madeleine d'arriver aux pieds de son maître, et de renouveler cette démonstration de respect et de tendresse à laquelle elle s'était livrée autrefois chez le pharisien ; mais en ce jour le récit sacré ne nous dit pas qu'elle ait mêlé ses larmes à son parfum. Deux des Evangélistes, dont saint Jean a voulu compléter la narration trop succincte, nous apprennent qu'elle répandit aussi cette huile de senteur sur la tête du Sauveur. Madeleine sentait-elle en ce moment toute la portée de l'action que l'Esprit divin lui inspirait ? L'Evangile ne le dit pas ; mois Jésus révéla le mystère à ses disciples ; et nous qui recueillons ses paroles, nous apprenons par ce fait que la Passion de notre Rédempteur est, pour ainsi dire, commencée, puisque déjà la main de Madeleine L'embaume pour le tombeau. La suave et pénétrante odeur du parfum avait rempli toute la salle. L'un des disciples, Judas Iscariote, ose protester contre ce qu'il appelle une profusion. La bassesse de cet homme et son avarice Font rendu insensible et sans pudeur. La voix de plusieurs des disciples s'unit à la sienne : tant leurs pensées étaient vulgaires encore! Jésus permit cette indigne réclamation pour plusieurs motifs. Il voulait d'abord annoncer sa mort prochaine à ceux qui l'entouraient, en leur dévoilant le secret exprime par cette effusion d'un parfum sur son corps. Son but ensuite était de glorifier Madeleine, dont l'amour était à la fois si tendre et si ardent ; et c'est alors qu'il annonça que la renommée de cette illustre pénitente s'étendrait par toute la terre, aussi loin que l'Evangile lui-même pénétrerait. Enfin il voulait par avance consoler les âmes pieuses auxquelles son amour inspirerait de faire des largesses à ses autels, et les venger des critiques mesquines dont elles devaient souvent être l'objet. Recueillons ces enseignements divins. Aimons à honorer Jésus dans sa personne comme dans ses pauvres Honorons Madeleine et mettons-nous à sa suite, lorsque bientôt nous la verrons si assidue au Calvaire et au sépulcre. Enfin préparons-nous à embaumer notre Sauveur, en réunissant pour sa sépulture la myrrhe des Mages, qui figure la pénitence, et le précieux nard de Madeleine, qui représente l'amour généreux et compatissant.


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Nous terminerons la journée par cette belle prière empruntée à l'antique Liturgie Gallicane

 

O Christ! ô Dieu, souverain Seigneur, crucifiez-nous comme vous même à ce monde ; que votre vie soit en nous. Mettez sur vous nos péchés, afin qu'ils soient, eux aussi, par vous attachés à la Croix. Vous qui avez été élevé de terre,afin de nous soustraire au joug de l'impur tyran, attirez-nous à vous. Nous sommes, il est vrai, exposés aux insultes du diable; à cause de notre chair et de ses convoitises ; mais ce n'est pas lui, c'est vous que nous voulons servir. Nous voulons vivre sous vos lois; nous vous prions de nous gouverner, vous qui, par la mort de la Croix, avez daigné nous délivrer , nous mortels et envahis par la mort. Aujourd'hui donc, pour cet immense bienfait, nous vous présentons notre très humble service ; nous vous adorons, nous vous implorons, nous vous supplions de venir promptement vers nous, ô Dieu éternellement puissant ! que votre Croix, par sa vertu souveraine , triomphe en nous des attraits du monde; que votre bonté rétablisse nos âmes dans leur état primitif de vertu et de grâce. Vous accomplit ce qui jusqu'alors n'était que possible ; vous devant qui le passé et le présent sont unis, faites que voire Passion nous soit salutaire en ce moment, comme si elle avait lieu aujourd'hui ; qu'une goutte de votre sang divin épanché un jour sur la terre soit aujourd'hui notre salut ; qu'elle lave tous les péchés e notre nature terrestre; qu'elle se mêle à la terre de notre corps ; et qu'elle nous rende tout vôtres , étant redevenus votre corps par notre réconciliation avec vous, notre Chef, qui vivez et régnez avec le Père et le Saint-Esprit. Maintenant donc commencez à régner sur nous, Homme-Dieu , Christ Jésus , Roi dans les siècles des siècles!

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Textes du Serviteur de Dieu Dom Prosper Guéranger, extraits de « L'Année Liturgique »

16 avril 2011

Dimanche des Rameaux

 

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Semaine Sainte 2011

Dimanche des Rameaux

L'entrée de Jésus à Jérusalem

 

Jésus passe son bras autour des épaules de sa Mère qui s'est levée quand Jean et Jacques d'Alphée l'ont rejointe pour lui dire: « Ton Fils arrive », et puis ils sont revenus en arrière pour se réunir à leurs compagnons qui avancent lentement en parlant, alors que Thomas et André ont couru vers Bethphagé pour chercher l'ânesse et l'ânon et les amener à Jésus. Jésus, pendant ce temps, parle aux femmes: « Nous voici près de la ville. Je vous conseille d'y aller et d'y aller en toute sûreté. Entrez dans la ville avant Moi. Près de En Rogel, se trouvent les bergers et les disciples les plus fidèles. Ils ont l'ordre de vous accompagner et de vous protéger ». « C'est que... Nous avons parlé avec Aser de Nazareth et Abel de Bethléem de Galilée et aussi avec Salomon. Ils étaient venus jusqu'ici pour guetter ton arrivée. La foule prépare une grande fête. Et on voulait voir... Tu vois comme remue le haut des oliviers? Ce n'est pas le vent qui les agite ainsi. Mais ce sont des gens qui coupent des branches pour en joncher le chemin et t'abriter du soleil. Et là-bas?! Regarde, ils sont en train de dépouiller les palmiers de leurs éventails. On dirait des grappes et ce sont des hommes grimpés sur les fûts qui n'en finissent pas de cueillir... Et sur les pentes tu vois des enfants qui se baissent pour cueillir des fleurs. Et certainement les femmes dépouillent les jardins des fleurs et des plantes odorantes pour en joncher le chemin. Nous voulions voir... et imiter le geste de Marie de Lazare qui recueillit toutes les fleurs foulées par ton pied quand tu es entré dans le jardin de Lazare », demande Marie de Cléophas au nom de toutes. Jésus caresse sur la joue sa vieille parente qui semble une enfant désireuse de voir un spectacle, et il lui dit: « Dans la grande foule, tu ne verrais rien. Allez en avant, à la maison de Lazare, celle qui a Matthias comme gardien. Je passerai par là, et vous me verrez d'en haut ». « Mon Fils... et tu vas seul? Je ne puis rester près de Toi?, dit Marie en levant son visage si triste et en fixant ses yeux de ciel sur son doux Fils. Je voudrais te prier de rester cachée. Comme la colombe dans le creux du rocher. Plus que ta présence, ta prière m'est nécessaire, Maman aimée! » « Si c'est ainsi, mon Fils, nous prierons, toutes, pour Toi ». « Oui. Après l'avoir vu passer, vous viendrez avec nous dans mon palais de Sion. Et j'enverrai des serviteurs au Temple et toujours à la suite du Maître pour qu'ils nous apportent ses ordres et ses nouvelles », décide Marie de Lazare toujours rapide pour saisir ce qu'il y a de mieux à faire et pour le faire sans retard. « Tu as raison, ma sœur. Bien qu'il me peine de ne pas le suivre, je comprends le bien fondé de cet ordre. Et du reste Lazare nous a dit de ne contredire le Maître en rien, et de Lui obéir même dans les plus petits détails. Et nous le ferons ».

 

« Et alors, allez. Vous voyez ? Les routes s'animent. Les apôtres vont me rejoindre. Allez. La paix soit avec vous. Je vous ferai venir aux heures que je jugerai bonnes. Maman, adieu. Sois en paix. Dieu est avec nous ». Il l'embrasse et la congédie. Et les disciples obéissantes s'en vont sans tarder. Les dix apôtres rejoignent Jésus: « Tu les as envoyées en avant? » « Oui. Elles verront mon entrée d'une maison ». « De quelle maison ? » demande Judas de Kériot. « Eh! elles sont désormais si nombreuses les maisons amies! » dit Philippe. « Pas chez Annalia? » insiste l'Iscariote. Jésus répond négativement et se met en chemin vers Bethphagé qui est peu éloignée. Il en est tout proche quand reviennent les deux qu'il a envoyés prendre l'ânesse et l'ânon. Ils crient: « Nous avons trouvé comme tu l'as dit, et nous t'aurions amené les animaux. Mais leur maître a voulu les étriller et les orner des meilleurs harnachements pour te faire honneur. Et les disciples, unis à ceux qui ont passé la nuit dans les rues de Béthanie pour t'honorer, veulent avoir l'honneur de te les conduire, et nous avons consenti. Il nous a paru que leur amour méritait une récompense ». « Vous avez bien fait. Avançons, en attendant ». « Sont-ils nombreux les disciples? » demande Barthélémy. « Oh! une multitude. On n'arrive pas à passer par les rues de Bethphagé. Aussi j'ai dit à Isaac de conduire l'âne chez Cléonte, le fromager », répond Thomas. « Tu as bien fait. Allons jusqu'à cet escarpement des collines, et attendons un peu à l'ombre de ces arbres ». Ils vont à l'endroit indiqué par Jésus. « Mais nous nous éloignons! Tu dépasses Bethphagé en la contournant par derrière! » s'écrie l'Iscariote. « Et si je veux le faire, qui peut m'en empêcher? Suis-je peut-être déjà prisonnier, pour qu'il ne me soit pas permis d'aller où je veux? Et est-on pressé que je le sois et craint-on que je puisse échapper à la capture? Et si j'estimais juste de m'éloigner pour des lieux plus sûrs, y a-t-il quelqu'un qui pourrait m'en empêcher? » Jésus darde son regard sur le Traître qui ne parle plus et hausse les épaules, comme pour dire: « Fais ce que bon te semble ». Ils tournent en effet en arrière du petit village, je dirais un faubourg de la ville elle-même car, du côté ouest, il est vraiment peu éloigné de la ville, faisant déjà partie des pentes de l'Oliveraie qui couronne Jérusalem du côté oriental. En bas, entre les pentes et la ville, le Cédron brille au soleil d'avril.

 

Jésus s'assoit dans cette silencieuse verdure et se concentre dans ses pensées. Puis il se lève et va réellement sur la cime de l'escarpement. Jésus me dit: « Ici tu mettras la vision du 31 Juillet 1944: Jésus qui pleure sur Jérusalem, à partir de la phrase que je t'ai dite pour commencer la vision ». Et ensuite, il recommence à me montrer les phases de son entrée triomphale. (30 Juillet)Je ne sais comment faire pour décrire, car je ressens au cœur un tel malaise que j'ai peine à rester assise. Mais il y a si longtemps que c'est ainsi. Je dois écrire ce que je vois. Pour moi s'éclaire l'Évangile d'aujourd'hui: 5e dimanche après la Pentecôte. D'un coteau près de Jérusalem, Jésus regarde la ville qui s'étend à ses pieds. Le coteau n'est pas très haut. Au maximum comme peut l'être la petite place Saint Miniato du mont, à Florence; mais cela suffit pour que l'œil domine l'étendue de toutes les maisons et des rues qui montent et descendent sur les petits accidents de terrain sur lesquels se trouve Jérusalem. Cette colline est certainement bien plus haute, si on prend le niveau le plus bas de la ville, que ne l'est le Calvaire, mais elle est plus proche de l'enceinte que ce dernier. Elle commence exactement tout près des murs et s'élève rapidement en s'éloignant de ceux-ci, alors que de l'autre côté elle descend mollement vers une campagne toute verte qui s'étend vers l'est, vers l'orient si j'en juge du moins par la lumière solaire. Jésus et les siens sont sous un bosquet, à l'ombre, assis. Ils se reposent du chemin parcouru. Puis Jésus se lève, quitte l'endroit boisé où ils étaient assis et s'en va tout à fait au sommet du coteau. Sa haute personne se détache nettement dans l'espace vide qui l'entoure. Il paraît encore plus grand ainsi, debout, et seul. Il tient les mains serrées sur sa poitrine, sur son manteau bleu, et regarde extrêmement sérieux. Les apôtres l'observent, mais ils le laissent faire sans bouger ni parler. Ils doivent penser qu'il s'est éloigné pour prier. Mais Jésus ne prie pas. Après avoir longuement regardé la ville en tous ses quartiers, en toutes ses élévations, en toutes ses particularités, parfois avec de longs regards sur tel ou tel point, parfois en insistant moins, Jésus se met à pleurer sans sanglots ni bruit.

 

Les larmes gonflent ses yeux, puis coulent et roulent sur ses joues et tombent parterre... des larmes silencieuses et tellement tristes, comme celles de quelqu'un qui sait qu'il doit pleurer, seul, sans espérer de réconfort ni de compréhension de personne. A cause d'une douleur qui ne peut être annulée et qui doit être soufferte absolument. Le frère de Jean, à cause de sa position, est le premier à voir ces pleurs et il le dit aux autres qui se regardent entre eux, étonnés. « Personne de nous n'a fait de mal », dit quelqu'un, et un autre: « La foule aussi ne nous a pas insultés. Il ne s'y trouve personne qui Lui soit ennemi ». « Pourquoi pleure-t-il alors? » demande le plus âgé de tous. Pierre et Jean se lèvent ensemble et s'approchent du Maître. Ils pensent que l'unique chose à faire c'est de Lui faire sentir qu'ils l'aiment et de Lui demander ce qu'il a. « Maître, tu pleures? », dit Jean en mettant sa tête blonde sur l'épaule de Jésus, qui le dépasse de la tête et du cou. Et Pierre, en Lui mettant une main à la taille, en l'entourant presque d'un embrassement pour l'attirer à lui, Lui dit: « Quelque chose te fait souffrir, Jésus? Dis-le à nous qui t'aimons ». Jésus appuie sa joue sur la tête blonde de Jean et, desserrant ses bras, il passe à son tour son bras autour de l'épaule de Pierre. Ils restent ainsi embrassés tous les trois, dans une pose si affectueuse. Mais les larmes continuent de couler. Jean, qui les sent tomber dans ses cheveux, recommence à Lui demander: « Pourquoi pleures-tu, mon Maître? Peut-être que de nous il te vient de la peine? » Les autres apôtres se sont réunis au groupe affectueux et attendent anxieusement une réponse. « Non, dit Jésus. Pas de vous. Vous êtes pour Moi des amis et l'amitié, quand elle est sincère, est baume et sourire, jamais larme. Je voudrais que vous restiez toujours mes amis. Même maintenant que nous allons entrer dans la corruption qui fermente et qui corrompt celui qui n'a pas une volonté décidée de rester honnête ». « Où allons-nous, Maître? Pas à Jérusalem? La foule t'a déjà salué joyeusement. Veux-tu la décevoir? Allons-nous peut-être en Samarie pour quelque prodige? Justement maintenant que la Pâque est proche? » Les questions viennent en même temps de différents côtés.

 

Jésus lève la main pour imposer le silence et puis, de sa main droite, il montre la ville. Un geste large comme celui du semeur qui jette son grain devant lui et il dit: « Elle est la Corruption. Nous entrons dans Jérusalem. Nous y entrons. Et seul le Très-Haut sait comment je voudrais la sanctifier en y amenant la Sainteté qui vient des Cieux. La resanctifier, cette ville qui devrait être la Cité Sainte. Mais je ne pourrai rien lui faire. Corrompue elle est, et corrompue elle reste. Et les fleuves de sainteté qui coulent du Temple vivant, et qui couleront encore davantage dans peu de jours jusqu'à le vider de la vie, ne suffiront pas pour la racheter. Ils viendront au Saint la Samarie et le monde païen. Sur les temples mensongers s'élèveront les temples du vrai Dieu. Les cœurs des gentils adoreront le Christ. Mais ce peuple, cette ville sera toujours pour Lui une ennemie et sa haine l'amènera au plus grand péché. Cela doit arriver. Mais malheur à ceux qui seront les instruments de ce crime. Malheur!... » Jésus regarde fixement Judas qui est presque en face de Lui. « Cela ne nous arrivera jamais. Nous sommes tes apôtres et nous croyons en Toi, prêts à mourir pour Toi ». Judas ment effrontément et soutient sans embarras le regard de Jésus. Les autres unissent leurs protestations. Jésus répond à tous pour éviter de répondre directement à Judas. « Veuille le Ciel que vous soyez tels, mais vous avez encore beaucoup de faiblesse en vous et la tentation pourrait vous rendre semblables à ceux qui me haïssent. Priez beaucoup et veillez beaucoup sur vous. Satan sait qu'il va être vaincu et il veut se venger en vous arrachant à Moi. Satan est autour de nous tous: de Moi, pour m'empêcher de faire la volonté du Père et d'accomplir ma mission; de vous, pour faire de vous ses serviteurs. Veillez. Dans ces murs Satan prendra celui qui ne saura pas être fort. Celui pour lequel cela aura été une malédiction d'être choisi parce qu'il a donné à ce choix un but humain. Je vous ai choisis pour le Royaume des Cieux et non pour celui du monde. Souvenez-vous-en. Et toi, cité qui veux ta ruine et sur qui je pleure, sache que ton Christ prie pour ta rédemption. Oh! si au moins en cette heure qui te reste tu savais venir à Celui qui serait ta paix! Si au moins tu comprenais à cette heure l'Amour qui passe au milieu de toi et si tu te dépouillais de la haine qui te rend aveugle et folle, cruelle pour toi-même et pour ton bien ! Mais un jour viendra où tu te rappelleras cette heure! Trop tard alors pour pleurer et te repentir! L'Amour sera passé et sera disparu de tes routes et il restera la Haine que tu as préférée. Et la haine se tournera vers toi, vers tes enfants. Car on a ce qu'on a voulu, et la haine se paie par la haine. Et ce ne sera pas alors la haine des forts contre le désarmé. Mais ce sera haine contre haine, et donc guerre et mort. Entourée de tranchées et de gens armés, tu souffriras avant d'être détruite et tu verras tomber tes fils tués par les armes et par la faim, et les survivants être prisonniers et méprisés, et tu demanderas miséricorde, et tu ne la trouveras plus parce que tu n'as pas voulu connaître ton Salut. Je pleure, amis, car j'ai un cœur d'homme et les ruines de la patrie m'arrachent des larmes. Mais que ce qui est juste s'accomplisse puisque dans ces murs la corruption dépasse toute limite et attire le châtiment de Dieu. Malheur aux citoyens qui sont la cause du mal de leur patrie! Malheur aux chefs qui en sont la principale cause! Malheur à ceux qui devraient être saints pour amener les autres à être honnêtes, et qui au contraire profanent la Maison de leur ministère et eux-mêmes! Venez. A rien ne servira mon action. Mais faisons en sorte que la Lumière brille encore une fois au milieu des Ténèbres! »

 

Et Jésus descend suivi des siens. Il s'en va rapidement par le chemin, le visage sérieux et je dirais presque renfrogné. Il ne parle plus. Il entre dans une maisonnette au pied de la colline et je ne vois pas autre chose. Jésus dit: « La scène racontée par Luc paraît sans liaison, pour ainsi dire illogique. Je déplore les malheurs d'une ville coupable et je ne sais pas compatir aux habitudes de cette ville? Non. Je ne sais pas, je ne puis les compatir, puisque même ce sont justement ces habitudes qui engendrent les malheurs, et de les voir rend plus aiguë ma douleur. Ma colère contre les profanateurs du Temple est la conséquence logique de ma méditation sur les malheurs prochains de Jérusalem. Ce sont toujours les profanations du culte de Dieu, de la Loi de Dieu, qui provoquent les châtiments du Ciel. En faisant de la Maison de Dieu une caverne de voleurs, ces prêtres indignes et ces indignes croyants (de nom seulement) attiraient sur tout le peuple malédiction et mort. Inutile de donner tel ou tel nom au mal qui fait souffrir un peuple. Cherchez le nom exact en ceci: « Punition d'une vie de brutes ». Dieu se retire et le Mal s'avance. Voilà le fruit d'une vie nationale indigne du nom de chrétienne. Comme alors, maintenant aussi, dans cette partie de siècle, je n'ai pas manqué par des prodiges de secouer et de rappeler. Mais comme alors, je n'ai attiré sur Moi et mes instruments que moquerie, indifférence et haine. Pourtant que les particuliers et les nations se souviennent que c'est inutilement qu'ils pleurent quand auparavant ils ne veulent reconnaître leur salut. Inutilement qu'ils m'invoquent quand à l'heure où j'étais avec eux ils m'ont chassé par une guerre sacrilège qui en partant de consciences particulières, vouées au Mal, s'est répandue dans toute la Nation. Les Patries ne se sauvent pas tant par les armes que par une forme de vie qui attire les protections du Ciel. Repose, petit Jean, et fais en sorte d'être toujours fidèle au choix que j'ai fait de toi. Va en paix ». Quelle fatigue! Je n'en peux vraiment plus...

 

Jésus a à peine le temps d'entrer dans la maison pour en bénir les habitants que l'on entend une gaie sonnerie de grelots et des voix en fête. Et tout de suite après, le visage émacié et pâle d'Isaac apparaît dans l'ouverture de la porte et le fidèle berger entre et se prosterne devant son Seigneur Jésus. Dans l'encadrement de la porte grande ouverte se pressent de nombreux visages et en arrière on en voit d'autres... On se bouscule, on se presse, on veut s'avancer... Quelques cris de femmes, quelques pleurs d'enfants pris au milieu de la cohue, et des salutations, des cris joyeux: « Heureux jour qui te ramène à nous! La paix à Toi, Seigneur! C'est un heureux retour, ô Maître, pour récompenser notre fidélité ». Jésus se lève et fait signe qu'il va parler. Tout le monde se tait, et on entend nettement la voix de Jésus. « Paix à vous! Ne vous entassez pas. Maintenant nous allons monter ensemble au Temple. Je suis venu pour être avec vous. Paix! Paix! Ne vous faites pas de mal. Faites place, mes aimés! Laissez-moi sortir et suivez-moi, pour que nous entrions ensemble dans la Cité Sainte ». Les gens obéissent tant bien que mal, et font un peu de place, assez pour que Jésus puisse sortir et monter sur l'ânon. Car Jésus indique le poulain jamais monté jusqu'alors comme sa monture. Alors de riches pèlerins, qui se pressent dans la foule, étendent sur la croupe de l'ânon leurs somptueux manteaux et quelqu'un met un genou à terre et l'autre à servir de marchepied au Seigneur qui s'assoit sur l'ânon, et le voyage commence. Pierre marche à côté du Maître et de l'autre côté Isaac tient la bride de la bête qui n'est pas entraînée, et qui pourtant marche tranquillement comme si elle était habituée à cet office sans s'emballer ou s'effrayer des fleurs qui, jetées comme elles le sont vers Jésus, frappent souvent les yeux et le museau de la bête, ni des branches d'olivier et des feuilles de palmiers agitées devant et autour de lui, jetées par terre pour servir de tapis avec des fleurs, ni des cris de plus en plus forts: « Hosanna, Fils de David! » qui montent vers le ciel serein pendant que la foule se tasse de plus en plus et grossit à cause des nouveaux venus.

 

Passer par Bethphagé, par les rues étroites et contournées, n'est pas chose facile et les mères doivent prendre les enfants dans leurs bras, et les hommes protéger les femmes de coups trop violents, et il arrive qu'un père place son fils sur ses épaules à califourchon et le porte élevé au-dessus de la foule alors que les voix des petits semblent des bêlements d'agneaux ou des cris d'hirondelles et que leurs menottes jettent des fleurs et des feuilles d'oliviers que leurs mères leur présentent, et envoient aussi des baisers au doux Jésus... Une fois sorti des rues étroites de la petite bourgade, le cortège se range et se déploie, et de nombreux volontaires s'en vont en avant pour prendre la tête et désencombrer le chemin, et d'autres les suivent en jonchant le sol de branches et quelqu'un, le premier, jette son manteau pour servir de tapis, et un autre, et quatre, et dix, et cent, et mille, l'imitent. Le chemin a en son milieu une bande multicolore de vêtements étendus sur le sol, et après le passage de Jésus ils sont repris et portés plus en avant, avec d'autres, avec d'autres, et toujours des fleurs, des branchages, des feuilles de palmiers s'agitent ou sont jetés par terre, et des cris plus forts s'élèvent tout autour en l'honneur du Roi d'Israël, à l'adresse du Fils de David, de son Royaume! Les soldats de garde à la porte sortent pour voir ce qui arrive. Mais ce n'est pas une sédition et, appuyés sur leurs lances, ils se rangent de côté pour observer, étonnés ou ironiques, le cortège étrange de ce Roi assis sur un ânon, beau comme un dieu, simple comme le plus pauvre des hommes, doux, bénissant... entouré de femmes et d'enfants et d'hommes désarmés criant: « Paix! Paix! », de ce Roi qui, avant d'entrer dans la ville, s'arrête un moment à la hauteur des tombeaux des lépreux de Hinnon et de Siloan (je crois bien parler de ces lieux où j'ai vu d'autres fois des miracles de lépreux) et s'appuyant sur l'unique étrier sur lequel il appuie son pied, puisqu'il est assis sur l'âne et non à cheval, il se lève et ouvre les bras en criant dans la direction de ces pentes horribles, où des visages et des corps effrayants se montrent en regardant vers Jésus et élèvent le cri lamentable des lépreux: « Nous sommes infectés! », pour écarter des imprudents qui pour bien voir Jésus monteraient aussi sur les terrasses contaminées: « Que celui qui a foi invoque mon Nom et ait la santé grâce à cela! » et il les bénit en reprenant sa route et en ordonnant à Judas de Kériot: « Tu achèteras de la nourriture pour les lépreux et avec Simon tu la leur porteras avant le soir ».

 

Le cortège entre sous la voûte de la Porte de Siloan et puis comme un torrent se déverse dans la ville en passant par le faubourg d'Ophel, où chaque terrasse est devenue une petite place aérienne remplie de gens qui crient des hosannas, jettent des fleurs et renversent des parfums en bas, sur la route, en essayant de les jeter sur le Maître, et l'air est saturé par l'odeur des fleurs qui meurent sous les pas de la foule et des essences qui se répandent dans l'air avant de tomber dans la poussière de la route, le cri de la foule semble augmenter et se renforcer comme si chacun criait dans un porte-voix, car les nombreux archivoltes dont Jérusalem est remplie l'amplifient ne cessant pas de le faire résonner. J'entends crier, et je crois que cela veut dire ce que disent les évangélistes: « Scialem, Scialem melchil! » (ou malchit: je m'efforce à rendre le son des paroles, mais il est difficile car elles ont des aspirations que nous n'avons pas). C'est un bruit continu, semblable à celui d'une mer en tempête dans laquelle n'est pas encore tombé le bruit de la lame qui fouette la plage et les écueils, qu'une autre lame ramasse et relève en un nouveau claquement sans jamais s'arrêter. J'en suis assourdie! Parfums, odeurs, cris, des branches et des vêtements qui s'agitent, couleurs... C'est une vision étourdissante. Je vois la foule qui n'en finit pas de se mélanger, des visages connus qui apparaissent et disparaissent: tous les disciples de tous les coins de la Palestine, tous ceux qui suivent Jésus... Je vois pendant un instant Jaïre, je vois Jaïa l'adolescent de Pella (me semble-t-il) qui était aveugle avec sa mère et que Jésus guérit, je vois Joachim de Bozra et ce paysan de la plaine de Saron avec ses frères, je vois le vieux et solitaire Matthias de cet endroit près du Jourdain (rive orientale) auprès duquel Jésus se réfugia alors que tout était inondé, je vois Zachée avec ses amis convertis, je vois le vieux Jean de Nobé avec presque tous ses concitoyens, je vois le mari de Sara de Jutta... Mais qui peut retenir ces visages et ces noms si c'est un kaléidoscope de visages connus et inconnus, vus plusieurs fois ou une seule?... Voici maintenant le visage du pastoureau pris à Ennon. Et près de lui le disciple de Corozaïn qui quitta la sépulture de son père pour suivre Jésus; et tout près, pour un instant, le père et la mère de Benjamin de Capharnaüm avec leur jeune fils qui manque de tomber sous les pieds de l'ânon en se jetant en avant pour recevoir une caresse de Jésus. Et, malheureusement, des visages de pharisiens et de scribes, livides de colère à cause de ce triomphe, qui, arrogants, fendent le cercle d'amour qui se serre autour de Jésus, et Lui crient: « Fais taire ces fous! Rappelle-les à la raison! Ce n'est qu'à Dieu que l'on adresse des hosannas. Dis-leur de se taire! »

 

À quoi Jésus répond doucement: « Même si je leur disais de se taire et qu'ils m'obéissent, les pierres crieraient les prodiges du Verbe de Dieu ». En effet les gens crient: « Hosanna, hosanna au fils de David! Béni Celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna à Lui et à son Règne! Dieu est avec nous! L'Emmanuel est venu! Il est venu le Royaume du Christ du Seigneur! Hosanna! Hosanna de la Terre jusqu'en haut des Cieux! Paix! Paix, mon Roi! Paix et bénédiction à Toi, Roi saint! Paix et gloire dans les Cieux et sur la Terre! Gloire à Dieu pour son Christ! Paix aux hommes qui savent l'accueillir! Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté et gloire dans les Cieux très Hauts car l'heure du Seigneur est venue! » (et ceux qui poussent ce dernier cri, c'est le groupe compact des bergers qui répètent le cri de la naissance). Outre ces cris continuels, les gens de Palestine racontent aux pèlerins de la Diaspora les miracles qu'ils ont vus et à ceux qui ne savent pas ce qui arrive, aux étrangers qui passent par hasard par la ville et qui demandent: « Mais qui est Celui-là? Qu'arrive-t-il? », ils expliquent: « C'est Jésus! Jésus, le Maître de Nazareth de Galilée! Le Prophète! Le Messie du Seigneur! Le Promis! Le Saint! » D'une maison dont on a dépassé depuis peu la porte, car la marche est très lente dans une telle confusion, il sort un groupe de robustes jeunes gens portant en l'air des vases de cuivre pleins de charbon allumé et d'encens qui brûle en répandant des nuages de fumée odorante. Et leur geste est bien vu et on le répète. Plusieurs courent en avant ou reviennent en arrière vers leurs maisons pour se faire donner du feu et des résines odorantes pour les brûler en hommage au Christ. La maison d'Annalia apparaît. La terrasse enguirlandée de vigne avec ses feuilles nouvelles qui tremble à un doux vent d'avril, a sur le côté qui donne sur la rue toute une rangée de jeunes filles vêtues de blanc et voilées de blanc, au milieu desquelles se trouve Annalia, avec des corbeilles de pétales de rosés effeuillées et de muguets qui déjà voltigent en l'air. « Les vierges d'Israël te saluent, Seigneur! » dit Jean qui s'est frayé un chemin et qui maintenant est à côté de Jésus, pour attirer son attention sur la guirlande de pureté qui se penche en souriant du parapet pour joncher le chemin de pétales rouges comme du sang et de muguets blancs comme des perles.

 

Jésus retient un instant les rênes et arrête l'ânon. Il lève son visage et sa main pour bénir cette virginité énamourée de Lui, jusqu'à renoncer à tout autre amour terrestre. Et Annalia se penche et crie: « Ton triomphe, je l'ai vu, Ô mon Seigneur! Prends ma vie pour ta glorification universelle! » et en criant très fort, pendant que Jésus passe au-dessous de sa maison et avance, elle le salue: « Jésus! » Et un autre cri, différent, dépasse la clameur de la foule. Mais les gens, bien qu'ils l'entendent, ne s'arrêtent pas. C'est un fleuve d'enthousiasme, un fleuve de peuple en délire qui ne peut s'arrêter. Et alors que les derniers flots de ce fleuve sont encore en dehors de la porte, les premiers montent déjà les pentes qui conduisent au Temple. « Ta Mère! » dit Pierre en montrant une maison presque à l'angle d'un chemin qui monte au Moriah et par lequel le cortège s'est engagé. Et Jésus lève son visage pour sourire à sa Mère qui est en haut, parmi les femmes fidèles. La rencontre d'une caravane nombreuse arrête le cortège quelques mètres après que la maison est dépassée. Et pendant que Jésus s'arrête avec les autres, en caressant les enfants que les mères Lui présentent, un homme accourt et se fraie un passage en criant: « Laissez-moi passer! Une femme est morte. Une jeune fille. Subitement. Sa mère appelle le Maître. Laissez-moi passer! Lui l'a déjà sauvée une fois! » Les gens lui font place et l'homme accourt près de Jésus: « Maître, la fille d'Elise est morte. Elle t'a saluée de ce cri, puis elle s'est affaissée en disant: « Je suis heureuse », et elle a expiré. Son cœur s'est brisé dans l'allégresse de te voir triomphant. Sa mère m'a vu sur la terrasse près de sa maison et elle m'a envoyé t'appeler. Viens, Maître ». « Morte! Morte Annalia! Mais hier seulement, elle était saine, en bonne santé, heureuse? » Les apôtres se groupent agités, les bergers aussi. Tout le monde l'a vue hier en parfaite santé. Tout à l'heure ils l'ont vue rose, riante... Ils n'arrivent pas à se persuader du malheur... Ils demandent, s'informent des détails... « Je ne sais pas. Vous avez tous entendu ses paroles. Elle parlait fort, avec assurance. Puis je l'ai vue s'affaisser plus blanche que ses vêtements et j'ai entendu crier sa mère... Je ne sais pas autre chose. »

 

« Ne vous agitez pas, elle n'est pas morte. Une fleur est tombée et les anges de Dieu l'ont recueillie pour la porter dans le sein d'Abraham. Bientôt le lys de la Terre s'ouvrira heureux au Paradis, ignorant pour toujours l'horreur du monde. Homme, dis à Élise qu'elle ne pleure pas le sort de son enfant. Dis-lui qu'elle a eu une grande grâce de Dieu, et que d'ici six jours elle comprendra quelle grâce Dieu a faite à sa fille. Ne pleurez pas. Que personne ne pleure. Son. triomphe est encore plus grand que le mien parce que les anges escortent la vierge pour la conduire à la paix des justes. Et c'est le triomphe éternel qui grandira sans jamais connaître de descente. En vérité je vous dis que c'est pour vous tous, mais non pour Annalia, que vous avez raison de pleurer. Allons ». Et il répète aux apôtres et à ceux qui l'entourent: « Une fleur est tombée. Elle s'est couchée en paix et les anges l'ont recueillie. Bienheureuse celle qui est pure de chair et de cœur car bientôt elle va voir Dieu ». « Mais comment, de quoi est-elle morte, Seigneur? » demande Pierre qui ne peut y croire. « D'amour. D'extase, De joie infinie. Heureuse mort! » Ceux qui sont loin en avant ne savent pas; ceux qui sont très en arrière ne savent pas. Aussi les hosannas continuent, bien qu'auprès de Jésus il s'est formé un cercle de pensif silence. C'est Jean qui le rompt: « Oh! je voudrais le même sort avant les heures qui vont venir! » « Moi aussi, dit Isaac. « Je voudrais voir le visage de la jeune fille morte d'amour pour Toi... » « Je vous prie de me sacrifier votre désir. J'ai besoin de vous près de Moi... » « Nous ne te laisserons pas, Seigneur. Mais pour cette mère aucun réconfort? », demande Nathanaël. « J'y pourvoirai... » Ils sont aux portes de l'enceinte du Temple. Jésus descend de l'ânon que quelqu'un de Bethphagé prend en garde. Il faut se rappeler que Jésus ne s'est pas arrêté à la première porte du Temple, mais qu'il a suivi l'enceinte, en s'arrêtant seulement quand il se trouve sur le côté nord de l'enceinte, près de l'Antonia. C'est là qu'il descend et entre dans le Temple comme pour faire voir qu'il ne se cache pas au pouvoir qui domine, se sentant innocent dans toute sa conduite. La première cour du Temple présente le chahut habituel des changeurs et des vendeurs de colombes, passereaux et agneaux, seulement que maintenant les vendeurs sont délaissés car tout le monde est accouru pour voir Jésus. Et Jésus entre, solennel dans son vêtement de pourpre, et il tourne ses regards sur ce marché et sur un groupe de pharisiens et de scribes qui l'observent de dessous un portique.

 

Son regard est fulgurant d'indignation. Il se précipite au milieu de la cour. Son saut inattendu paraît un vol. Le vol d'une flamme, car son vêtement est une flamme dans le soleil qui inonde la cour. Et il tonne d'une voix puissante: « Hors de la maison de mon Père! Ce n'est pas un lieu d'usure et de marché. Il est écrit: « Ma maison sera appelée maison de prière ». Pourquoi donc en avez-vous fait une caverne de voleurs, de cette maison où on invoque le Nom du Seigneur? Hors d'ici! Purifiez ma Maison. Qu'il ne vous arrive pas qu'au lieu de me servir de cordes je vous frappe avec les foudres de la colère céleste. Hors d'ici ! Hors d'ici les voleurs, les brocanteurs, les impudiques, les homicides, les sacrilèges, les idolâtres de la pire idolâtrie: celle du propre moi orgueilleux, les corrupteurs et les menteurs. Dehors! Dehors! Ou bien le Dieu Très-Haut balayera pour toujours ce lieu et exercera sa vengeance sur tout un peuple ». Il ne répète pas la fustigation de l'autre fois, mais comme les marchands et les changeurs tardent à obéir, il va au comptoir le plus proche et le renverse en répandant balances et pièces de monnaie sur le sol. Les vendeurs et les changeurs se hâtent de suivre l'ordre de Jésus, après avoir eu ce premier exemple. Et Jésus crie derrière eux: « Combien de fois devrai-je vous dire que ce ne doit pas être un lieu de souillure mais de prière? » Et il regarde ceux du Temple qui, obéissant aux ordres du Pontife, ne font pas un geste de représailles. La cour purifiée, Jésus va vers les portiques où sont rassemblés des aveugles, des paralytiques, des muets, des estropiés et autres affligés qui l'invoquent à grands cris. « Que voulez-vous que je vous fasse? » « La vue, Seigneur! Les membres! Que mon fils parle! Que ma femme guérisse! Nous croyons en Toi, Fils de Dieu! » « Que Dieu vous écoute. Levez-vous et dites des hosannas au Seigneur! » Ce n'est pas un par un qu'il guérit les nombreux malades, mais il fait de la main un geste large, et grâce et santé en descendent sur les malheureux qui se dressent sains avec des cris de joie qui se mêlent à ceux des nombreux enfants qui se serrent près de Lui en répétant: « Gloire, gloire au Fils de David! Hosanna à Jésus de Nazareth, Roi des Rois, et Seigneur des Seigneurs !" Des pharisiens, en feignant le respect, Lui crient: « Maître, tu les entends? Ces enfants disent ce qu'il ne faut pas dire. Reprends-les! Qu'ils se taisent! »

 

« Et pourquoi? Le roi prophète, le roi de ma race n'a-t-il pas dit peut-être: « De la bouche des enfants et des nourrissons tu as fait sortir la louange parfaite pour confondre tes ennemis? » N'avez-vous pas lu ces paroles du psalmiste? Permettez aux petits de dire mes louanges. Elles leur sont suggérées par leurs anges qui voient sans cesse mon Père et connaissent ses secrets et les suggèrent à ces innocents. Maintenant laissez-moi tous aller prier le Seigneur » et passant devant les gens il passe dans l'atrium des Israélites pour prier... Et puis, sortant par une autre porte, en frôlant la piscine probatique, il sort de la ville pour revenir sur les collines du mont des Oliviers. Les apôtres sont enthousiastes... Le triomphe leur a donné de l'assurance, et ils sont oublieux, complètement oublieux de toutes les terreurs que les paroles du Maître avaient suscitées... Ils parlent de tout... Ils brûlent d'être renseignés sur Annalia. Jésus les retient, non sans peine, d'y aller, en les assurant qu'il y pourvoira d'une manière qu'il sait, Lui... Sourds, sourds, sourds à toute parole d'avertissement divin... Hommes, hommes, hommes, qu'un cri d'hosanna rend oublieux de tout... Jésus parle aux serviteurs de Marie de Magdala qui l'ont rejoint au Temple et puis les congédie... « Et maintenant, où allons-nous? » demande Philippe. « A la maison de Marc de Jonas? » dit Jean. « Non. Au camp des galiléens. Peut-être que mes frères sont venus et je veux les saluer » dit Jésus. « Tu pourrais le faire demain », lui fait observer le Thaddée. « C'est une bonne chose de le faire pendant qu'on peut le faire. Allons chez les galiléens. Ils seront contents de nous voir. Vous aurez des nouvelles de vos familles. Moi, je verrai les enfants... » « Et ce soir ? Où allons-nous dormir? Dans la ville? En quel endroit? Là où est ta Mère? Ou bien chez Jeanne? » demande Judas Iscariote. « Je ne sais. Certainement pas dans la ville. Peut-être encore sous quelques tentes galiléennes... » « Mais pourquoi? » « Parce que je suis le Galiléen et que j'aime ma Patrie. Allons ». Ils se remettent en route pour monter vers le camp des galiléens, qui est sur l'oliveraie du côté de Béthanie et c'est tout un groupement de tentes toutes blanches sous le gai soleil d'avril.

 

Extraits de « L’Évangile tel qu'il m'a été révélé », de Maria Valtorta

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Prière

 

O Dieu, qui, par un ordre merveilleux de votre Providence,avez voulu vous servir des choses même insensibles pour exprimer l'admirable économie de notre salut, éclairez, s'il vous plaît, les cœurs de vos fidèles serviteurs, et faites-leur comprendre, pour leur salut, le mystère représenté dans l'action de ce peuple qui, poussé par l'inspiration céleste, marcha en ce jour au-devant du Rédempteur, et joncha de rameaux de palmier et d'olivier la route qu'il devait parcourir. Les branches de palmier marquaient la victoire qui allait être remportée sur le prince de la mort; et les branches d'olivier publiaient en quelque manière que l'onction spirituelle allait se répondre. Cette heureuse multitude d'hommes pressentit alors que notre Rédempteur, touché des misères de l'humanité, allait livrer le combat avec le prince de la mort pour la vie du monde entier, et qu'il triompherait par sa mort même. C'est pour cela qu'il lui fit hommage de ces branches d'arbre dont les unes exprimaient la victoire et le triomphe, et les autres l'effusion de la miséricorde. Nous donc qui possédons la foi dans sa plénitude, voyant dans cet événement le fait et la signification, nous vous supplions, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, par le même Jésus-Christ notre Seigneur, dont vous nous avez rendus les membres, de nous faire triompher en lui et par lui de l'empire de la mort, et de nous rendre participants de sa glorieuse Résurrection. Lui qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

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01 mai 2010

Litanies en l'honneur du Saint Suaire

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Le Saint-Suaire, icône de la souffrance


« Le regard fixé sur le Saint-Suaire, je voudrais vous saluer tous cordialement, fidèles de l’Église de Turin, et pèlerins qui êtes venus de toutes les parties du monde, pendant cette période d’ostension, pour contempler un des signes les plus bouleversants de l’amour souffrant du Rédempteur. En entrant dans la cathédrale, qui montre encore les blessures causées par le terrible incendie de l’année dernière, je me suis arrêté en adoration devant l’Eucharistie, le sacrement qui est au centre des attentions de l’Église et qui, sous d’humbles apparences, garde la présence véritable, réelle et substantielle du Christ. À la lumière de la présence du Christ au milieu de nous, je me suis ensuite arrêté devant le Saint-Suaire, le précieux Linge de lin qui peut nous aider à mieux comprendre le mystère de l’amour du Fils de Dieu pour nous.

 

Ce linge sacré et l’histoire de Jésus

Devant le Saint-Suaire, image intense et poignante d’un supplice inénarrable, je veux rendre grâce au Seigneur pour ce don singulier qui demande au croyant attention amoureuse et pleine disponibilité pour marcher à la suite du Seigneur. Le Saint-Suaire est provocation à l’intelligence. Il exige avant tout un effort de tout homme, en particulier du chercheur, pour recevoir avec humilité le profond message adressé à sa raison et à sa vie. La mystérieuse fascination qu’exerce le Saint-Suaire pousse à poser des questions sur le rapport existant entre ce Linge sacré et l’histoire de Jésus. Puisqu’il ne s’agit pas d’une matière de foi, l’Église n’a pas de compétence spécifique pour se prononcer sur ces questions. Elle confie aux scientifiques la tâche de continuer à enquêter pour arriver à formuler des réponses adéquates aux interrogations liées à ce Suaire qui, selon la tradition, aurait enveloppé le corps de notre Rédempteur après qu’il eut été déposé de la Croix. L’Église les exhorte à affronter l’étude du Saint-Suaire sans positions préconçues, qui donneraient pour certains des résultats qui ne le sont pas ; elle invite les hommes de science à agir dans la liberté intérieure et avec un profond respect aussi bien de la méthodologie scientifique que de la sensibilité des croyants.

 

Le Suaire, miroir des récits évangéliques

Ce qui compte surtout pour le croyant, c’est que le Saint-Suaire soit un miroir de l’Évangile. En effet, si l’on réfléchit à ce Linge sacré, on ne peut faire abstraction de cette considération : l’image qu’il présente a un rapport si profond avec tout ce que racontent les Évangiles de la Passion et de la mort de Jésus que tout homme sensible se sent touché intérieurement et profondément ému lorsqu’il la contemple. Celui qui l’approche est par ailleurs conscient que le Saint-Suaire ne garde pas pour lui le coeur des hommes, mais renvoie à Celui à qui la Providence aimante du Père l’a donné. Aussi est-il juste d’avoir conscience du caractère sacré de cette image, que tous voient et que personne ne peut, pour l’instant, expliquer. Pour toute personne qui réfléchit, elle est un motif de réflexions profondes, qui peuvent en arriver à concerner sa propre vie. Le Saint-Suaire constitue ainsi un signe vraiment singulier qui renvoie à Jésus, Parole véritable du Père, et qui invite à modeler notre existence sur celle de Celui qui s’est donné lui-même pour nous. Dans le Saint-Suaire se reflète l’image de la souffrance humaine. Il rappelle à l’homme moderne, souvent distrait par le bien-être et les conquêtes technologiques, le drame de tant de nos frères, et il l’invite à s’interroger sur le mystère de la souffrance pour en approfondir les causes. L’empreinte du corps martyrisé du Crucifié, en témoignant de l’effrayante capacité qu’a l’homme d’infliger la souffrance et la mort à ses semblables, devient comme l’icône de la souffrance de l’innocent de tous les temps : des innombrables tragédies qui ont marqué l’histoire passée, et des drames qui continuent à se produire dans le monde.

 

Sortir de notre égoïsme

Devant le Saint-Suaire, comment ne pas penser à des millions d’hommes qui meurent de faim, aux horreurs perpétrées dans les si nombreuses guerres qui ensanglantent les nations, à l’exploitation brutale de femmes et d’enfants, aux millions d’êtres humains qui vivent dans les privations et les humiliations en marge des métropoles, spécialement dans les pays en voie de développement ? Comment ne pas rappeler avec amertume et compassion tous ceux qui ne peuvent pas jouir des droits civils élémentaires, les victimes de la torture et du terrorisme, les esclaves d’organisations criminelles ? En évoquant ces situations dramatiques, le Saint-Suaire nous pousse non seulement à sortir de notre égoïsme, mais il nous porte à découvrir le mystère de la souffrance qui, sanctifiée par le sacrifice du Christ, engendre le salut pour toute l’humanité. Le Saint-Suaire est aussi l’image de l’amour de Dieu, tout comme celle du péché de l’homme. Il invite à redécouvrir la cause ultime de la mort rédemptrice de Jésus. Dans l’incommensurable souffrance qu’il atteste, l’amour de celui qui « a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3, 16) se rend presque palpable et manifeste ses surprenantes dimensions. Devant lui, les croyants ne peuvent pas ne pas s’exclamer en toute vérité : « Seigneur, tu ne pouvais pas m’aimer davantage ! », et se rendre compte aussitôt que le responsable de cette souffrance, c’est le péché : ce sont les péchés de tout être humain. En nous parlant d’amour et de péché, le Saint-Suaire nous invite tous à imprimer dans notre esprit le visage de l’amour de Dieu, pour en exclure l’effrayante réalité du péché. La contemplation de ce Corps martyrisé aide l’homme contemporain à se libérer de la superficialité et de l’égoïsme avec lesquels, bien souvent, il traite de l’amour et du péché. Faisant écho à la Parole de Dieu et aux siècles de conscience chrétienne, le Saint-Suaire murmure : crois en l’amour de Dieu, le plus grand trésor qui ait été donné à l’humanité, et fuis le péché, le plus grand malheur de l’histoire.

 

Une image de l’impuissance et du silence

Le Saint-Suaire est aussi l’image d’une impuissance : l’impuissance de la mort, par laquelle se révèle la conséquence extrême du mystère de l’Incarnation. Le drap du Saint-Suaire nous pousse à nous mesurer avec l’aspect le plus troublant du mystère de l’Incarnation, qui est aussi celui qui montre avec quelle vérité Dieu s’est vraiment fait homme, prenant notre condition en toute chose, à l’exception du péché. Chacun est profondément ému à la pensée que le Fils de Dieu n’a pas, lui non plus, résisté à la force de la mort, mais nous sommes tous touchés à la pensée qu’il a tellement participé à notre condition humaine qu’il a voulu se soumettre à l’impuissance totale du moment où la vie s’éteint. C’est l’expérience du samedi saint, passage important du chemin de Jésus vers la Gloire, d’où se dégage un rayon de lumière qui affecte la souffrance et la mort de tout homme. En nous rappelant la victoire du Christ, la foi nous communique la certitude que le sépulcre n’est pas le but ultime de l’existence. Dieu nous appelle à la résurrection et à la vie immortelle. Le Saint-Suaire est une image du silence. C’est le silence tragique de ce qui est incommunicable, qui trouve dans la mort sa plus haute expression, et c’est le silence de la fécondité, qui appartient à celui qui renonce à se faire entendre pour atteindre, au plus profond, les racines de la vérité et de la vie. Le Saint-Suaire exprime non seulement le silence de la mort, mais aussi le silence courageux et fécond du dépassement de l’éphémère, grâce à l’immersion totale dans l’éternelle actualité de Dieu. Il donne ainsi l’émouvante confirmation du fait que la toute-puissance de notre Dieu n’est arrêtée par aucune force du mal, mais sait au contraire changer en bien la force même du mal. Notre temps a besoin de redécouvrir la fécondité du silence, pour surmonter la dissipation des sons, des images, des bavardages qui, trop souvent, empêchent d’entendre la voix de Dieu.

 

L’amour vainqueur du désespoir

Bien chers frères et sœurs, votre archevêque, le cher cardinal Giovanni Saldarini, Gardien pontifical du Saint-Suaire, a proposé comme mot d’ordre de cette ostension solennelle ces paroles : « Tous les hommes verront ton salut ». Oui, le pèlerinage que des foules nombreuses entreprennent vers cette Ville est vraiment une « venue pour voir » ce signe tragique et éclairant de la Passion, qui annonce l’amour du Rédempteur. Cette icône du Christ abandonné dans la condition dramatique et solennelle de la mort, qui est depuis des siècles l’objet de représentations significatives et qui est, depuis cent ans, grâce à la photographie, répandue sous la forme d’innombrables reproductions, nous exhorte à aller au coeur du mystère de la vie et de la mort pour découvrir le grand et consolant message qu’il renferme. Le Saint-Suaire nous présente Jésus au moment de sa plus grande impuissance et il nous rappelle que le salut du monde entier se trouve dans l’anéantissement de cette mort. Le Saint-Suaire devient ainsi une invitation à vivre toute expérience, y compris celle de la souffrance et de la suprême impuissance, avec l’attitude de celui qui croit que l’amour miséricordieux de Dieu vainc toute pauvreté, toutes limites, toute tentation de désespoir. Que l’Esprit de Dieu, qui habite en nos coeurs, suscite en chacun de nous le désir et la générosité nécessaires pour recevoir le message du Saint-Suaire, et pour en faire le critère qui inspire notre existence. Âme du Christ, sanctifie-moi! Corps du Christ, sauve-moi! Passion du Christ, réconforte-moi! Dans tes blessures, cache-moi ! ».

 

(Vénérable Jean Paul II, le  24 mai 1998)

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Litanies en l'honneur du Saint Suaire


Seigneur, ayez pitié de nous.

Christ, ayez pitié de nous.

Seigneur, ayez pitié de nous.

Christ, écoutez-nous.

Christ, exaucez-nous.

Dieu le Père, du haut des cieux, ayez pitié de nous.

Dieu le Fils, Rédempteur du monde, ayez pitié de nous.

Dieu le Saint-Esprit, ayez pitié de nous.

Trinité sainte, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.


Sainte Marie, conçue sans péché, priez pour nous.

Relique des reliques, préservez-nous de la mauvaise mort.

Suaire de la tète de Notre-Seigneur Jésus-Christ, préservez-nous de la mauvaise mort.

Suaire, que Marie-Madeleine et les deux anges virent dans le sépulcre, préservez-nous de la mauvaise mort.

Suaire, que saint Jean vit dans le monument séparé des autres linges, préservez-nous de la mauvaise mort.

Suaire d'honneur, préservez-nous de la mauvaise mort.

Suaire, fait par les mains de la Bienheureuse Vierge Marie,

Suaire royal,

Suaire, vêtement précieux,

Suaire, où reposa après sa mort la chair immaculée du roi du monde,

Suaire, notre louange,

Suaire, notre salut,

Suaire, notre joie,

Suaire, notre sanctuaire,

Suaire, tabernacle du Pasteur des pasteurs,

Suaire, sépulcre nouveau et pur du Seigneur,

Suaire, sépulcre glorieux,

Suaire, sépulcre précieux,

Suaire, sépulcre adorable,

Suaire, sépulcre vénérable,

Suaire, sépulcre digne d'honneur,

Suaire, trône du pacifique Salomon,

Suaire, couche fleurie de l'épouse,

Suaire, couche de Salomon gardée par soixante vaillants,

Suaire, où l'Agneau sans tache, le Christ immolé, a reposé pendant trois jours,

Suaire, tabernacle d'alliance,

Suaire, arche du Testament,

Suaire, miroir de patience,

Suaire, miroir d'obéissance,

Suaire, miroir de pauvreté,

Suaire, miroir de pitié,

Suaire, miroir insigne de dévotion,

Suaire, miroir de la mort du Christ,

Suaire, plein d'amabilité,

Suaire, plein de célébrité,

Suaire, orné de miracles,

Suaire, faisant des prodiges,

Suaire, lumière des aveugles,

Suaire, oreille des sourds,

Suaire, langue des muets,

Suaire, bâton des boiteux,

Suaire, médecine des infirmes,

Suaire, salut des malades,

Suaire, consolation de ceux qui souffrent,

Suaire, qui chasse la peste,

Suaire, soutien des obsédés,

Suaire, terreur des démons,

Suaire, résurrection des morts,

Suaire incorruptible, que le feu ne toucha pas,

Suaire, drapeau triomphant,

Suaire impénétrable aux traits,

Suaire, bouclier du salut,

Suaire, fort inexpugnable,

Suaire, honneur des princes,

Suaire, magnificence, des rois,

Suaire, gloire des peuples,

Suaire, trésor des chrétiens,

Suaire, semblable au sein de Marie,

Suaire, rempli de grâces,

Suaire, gardant le Seigneur,

Suaire, avec nous dans la vertu,

Suaire, avec nous dans le combat,

Suaire, avec nous dans le secours,

Suaire, miroir de la divine justice,

Suaire, paradis de délices,

Suaire, jardin fermé de l'Epoux et de l'Epouse,

Suaire, rempli de parfums,

Suaire, répandant l'odeur du baume,

Suaire, précieux comme l'encens,

Suaire, empourpré de sang,

Suaire, qui donne la componction à l'âme,

Suaire, pressoir de la charité,

Suaire, manteau d'Elie laissé sur la terre,

Suaire, où le Christ en mourant a détruit la mort,

Suaire, où en ressuscitant il a réparé notre vie,

Suaire, d'où il est monté des enfers en vainqueur,

Suaire, cause de notre joie,

Suaire, siège de sagesse,

Suaire, escabeau des pieds du Christ,

Suaire, corporal très sacré,

Suaire, où reposa l'humanité du Christ,

Suaire, robe d'allégresse,

Suaire, gage de la gloire éternelle,

Suaire, notre ombrage au jour du jugement,

Suaire, doux rafraîchissement,

Suaire, repos de ceux qui sont dans la tribulation,

Suaire, refuge des affligés,

Suaire, consolation des malheureux,

Suaire, port des naufragés,

Suaire, voile des matelots,

Suaire, espoir de l'Eglise,

Suaire, couronne des Chrétiens,

Suaire, défense des royaumes,

Suaire, protection de tous ceux qui recourent à vous,

 

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous, Seigneur.


Prions


O Seigneur Jésus, qui, parmi les insignes marques de votre amour, nous avez laissé le très saint Suaire, accordez-nous, qu'après l'avoir vénéré sur la terre, nous puissions mériter votre gloire dans le ciel. Vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Sindone

Suaire de Notre Seigneur Jésus-Christ,  préservez-nous.

Suaire de Notre Seigneur Jésus-Christ,  préservez-nous.

Suaire de Notre Seigneur Jésus-Christ,  préservez-nous.

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Téléchargez le texte des Litanies du St Suaire (pdf) en cliquant ici

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17 avril 2010

Litanies des souffrances de Jésus Christ

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Litanies des souffrances de Jésus-Christ

Seigneur, ayez pitié de nous.

Christ, ayez pitié de nous.

Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, écoutez-nous.

Jésus-Christ, exaucez-nous.

Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Dieu le Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Esprit-Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Trinité Sainte, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Jésus, qui nous avez été donné par Dieu pour être la paix et la réconciliation des pécheurs, ayez pitié de nous.

Jésus, dont l'œuvre sur la terre a été la conversion des pécheurs, ayez pitié de nous.

Jésus, qui par Votre Bonté envers les pécheurs repentants, avez donné lieu de Vous regarder comme leur ami, ayez pitié de nous.

Jésus, qui avez enduré tant de peines sur la terre, pour les pécheurs, ayez pitié de nous.

Jésus, qui avez été troublé, et qui avez versé des larmes sur l'état des pécheurs, ayez pitié de nous.

Jésus, qui avez vécu dans une humiliation continuelle, pour les pécheurs, ayez pitié de nous.

Jésus, homme de douleur, rassasié d'opprobres pour les pécheurs, ayez pitié de nous.

Jésus, qui avez souffert une cruelle agonie, jusqu'à avoir une sueur de sang pour les pécheurs, ayez pitié de nous.

Jésus, qui pendant les jours de ta chair avez souffert tant de contradictions, et dans Votre Passion avez enduré tant de supplices pour les pécheurs, ayez pitié de nous.

Jésus, qui avez porté sur la Croix l'iniquité de tous les pécheurs, ayez pitié de nous.

Jésus, qui du haut de la Croix avez prié Votre Père avec de grands cris pour les pécheurs, ayez pitié de nous.

Jésus, qui avez demandé miséricorde pour ceux mêmes qui vous ont crucifié, ayez pitié de nous.

Jésus, dont le sang crie de meilleures choses que celui d'Abel, ayez pitié de nous.

Jésus, qui êtes mort sur la croix pour la rédemption des pécheurs, ayez pitié de nous.

Jésus, qui êtes ressuscité pour la justification des pécheurs, ayez pitié de nous.

Jésus, qui êtes monté au Ciel pour aller intercéder pour les pécheurs, ayez pitié de nous.

Jésus, qui avez envoyé Votre Saint Esprit pour sanctifier les pécheurs, ayez pitié de nous.

Jésus, qui n'êtes pas venu sur la terre pour juger les pécheurs, mais pour les sauver, ayez pitié de nous.

Donnez-nous de sentir au fond de nos cœurs jusqu'à la fin de nos jours, la douleur de Vous avoir offensé, Jésus-Christ, nous Vous en supplions par les vives douleurs que le péché Vous a causé pendant tous les jours de ta chair.

Donne-nous une véritable horreur et une haine parfaite du péché, Jésus-Christ, nous Vous en supplions par l'impression douloureuse que le péché a fait sur Vous dans le jardin des Oliviers.

Donnez-nous un désir ardent d'être purifiés de toute souillure de la chair, et de l'esprit, Jésus-Christ nous Vous en supplions par les mérites de ce baptême de sang que Vous avez ardemment désiré pour le salut des pécheurs.

Donnez-nous de verser des torrents de larmes sur nos péchés, Jésus-Christ, nous Vous en supplions par les ruisseaux de sang que Vous avez  tu as répandu fur le Calvaire.

Donnez-nous de crucifier le vieil homme avec ses convoitises, Jésus-Christ nous Vous en supplions par les mérites de Votre Mort douloureuse sur la Croix.

Donnez-nous de mourir au monde et au péché, Jésus-Christ, nous Vous en supplions par les mérites de Votre sépulture.

Donnez-nous de ressusciter à la grâce et de devenir de nouvelles créatures formées à Votre image, Jésus-Christ nous Vous en supplions par les mérites de ta résurrection glorieuse.

Donnez-nous de vivre de la vie nouvelle, Jésus-Christ, nous Vous en supplions par Votre vie nouvelle qui n'est plus sujette à la mort.

Donnez-nous de remporter la victoire sur toutes les tentations, Jésus-Christ, nous Vous en supplions par la victoire entière que Vous avez remportée fur l'enfer  et sur la mort en sortant vainqueur du tombeau.

Donnez-nous d'élever nos cœurs en haut et de transporter notre conversation au Ciel, Jésus-Christ, nous Vous en supplions par les mérites de Votre Ascension glorieuse.

Donnez-nous des cœurs nouveaux et faites que nous soyons tous enseignés de Dieu, Jésus-Christ, nous Vous  en supplions par l'avènement du Saint Esprit que Vous avez répandu sur Votre Église.

Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.

Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.

Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous, Seigneur.

Jésus-Christ, écoutez-nous.

Jésus-Christ, exaucez-nous.

C'est à cause de nos fautes qu'il a été transpercé,

C'est par ses blessures que nous sommes guéris.

Prions

Conservez ô Dieu l'ouvrage de Votre Miséricorde, puisque Vous nous avez fait trouver la délivrance dans le sang de l'Agneau de Dieu et que nous avons goûté combien combien vous êtes bon  Seigneur, et comme les trésors de Votre Amour se font ouverts pour nous; maintenant que nos yeux ont vu le Salut que Vous avez préparé à la face des peuples, la lumière éclairant les nations, et la gloire de Votre peuple Israël; Faites, ô  Seigneur, que nous saisissions de toutes les capacités de notre foi le grand Salut éternel. Augmentez en nous la Foi, remplissez-nous d'espérance en Vos promesses, et allumez en nos cœurs le feu de Votre Divine Charité. Affermissez en nous tout ce que Votre grâce a déjà produit sur nous, pauvres pécheurs, faites que, main dans la main avec Vous, sur les sentiers de la vie, nous soyons introduits par Vous sur les parvis de Votre Sainteté, dans le Sanctuaire de Votre ta gloire. Ainsi soit-il.

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02 avril 2010

La Passion corporelle de Jésus

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La Passion corporelle de Jésus


S'il est une légende ancrée dans les esprits, c'est celle de la dureté de cœur des chirurgiens : l'entraînement, n'est-ce pas, émousse les sensations et cette accoutumance, étayée par la nécessité d'un mal pour un bien, nous constitue dans un état de sereine insensibilité. Ceci est faux. Si nous nous raidissons contre l'émotion, qui ne doit ni paraître, ni, même extérieure, entraver l'acte chirurgical, comme le boxeur, d'instinct, contracte l'épigastre où il attend un coup de poing, la pitié en nous reste toujours vivante et s'affine même avec l'âge. Quand on s'est penché pendant des années sur la souffrance d'autrui, quand on y a goûté soi-même on est certes plus près de la compassion que de l'indifférence, parce que l'on connaît mieux la douleur, parce qu'on en sait mieux les causes et les effets. Aussi, lorsqu'un chirurgien a médité sur les souffrances de la Passion, quand il en a décomposé les temps et les circonstances physiologiques, quand il s'est appliqué à reconstituer méthodiquement toutes les étapes de ce martyre d'une nuit et d'un jour, il peut, mieux que le prédicateur le plus éloquent, mieux que le plus saint des ascètes (à part ceux qui en ont eu la directe vision, et ils en sont anéantis), compatir aux souffrances du Christ. Je vous assure que c'est abominable ; j'en suis venu pour ma part à ne plus oser y penser. C'est lâcheté sans aucun doute, mais j'estime qu'il faut avoir une vertu héroïque ou ne pas comprendre, qu'on doit être un saint ou un inconscient, pour faire un Chemin de Croix. Moi, je ne peux plus. Et c'est pourtant ce Chemin de Croix qu'on me demande d'écrire; c'est ce que je ne veux pas refuser, parce que je suis sûr  qu'il doit faire du bien. O bone et dulcissime Jesu, venez à mon aide. Vous qui les avez supportées, faites que je sache bien expliquer vos souffrances. Peut-être, en m'efforçant de rester objectif, en opposant à l'émotion mon « insensibilité » chirurgicale, peut-être pourrai-je arriver au bout. Lector amice, sub aliena potestate constitutus sum; si non possis portare modo, habe me excusatum. Si je sanglote avant la fin, hé bien, mon pauvre ami, fais comme moi sans honte; c'est simplement que tu auras compris. Suis-moi donc: nous avons pour guides les Livres sacrés et le Saint Linceul, dont l'étude scientifique m'a démontré l'authenticité.

 

La Passion, au vrai, commence à la Nativité, puisque Jésus dans Son omniscience divine, a toujours su, vu et voulu les souffrances qui attendaient Son humanité. Le premier sang versé pour nous le fut à la Circoncision, huit jours après Noël. On peut déjà imaginer ce que doit être pour un homme la prévision exacte de son martyre. En fait, c'est à Gethsémani que va commencer l'holocauste Jésus, ayant fait manger aux Siens Sa chair et boire Son sang, les entraîne à la nuit dans ce clos d'oliviers, dont ils ont l'habitude. Il les laisse camper près de l'entrée, emmène un peu plus loin Ses trois intimes et s'en écarte à un jet de pierre, pour se préparer en priant. Il sait que son heure est venue. Lui-même a envoyé le traître de Karioth: quod facis, fac citius. Il a hâte d'en finir et Il le veut. Mais comme Il a revêtu, en s'incarnant, cette forme d'esclave qu'est notre humanité, celle-ci se révolte et c'est toute la tragédie d'une lutte entre Sa Volonté et la nature. « Coepit pavere et taedere ». Cette coupe qu'il lui faut boire, elle contient deux amertumes: Tout d'abord les péchés des hommes, qu'Il doit assumer, Lui le Juste, pour racheter Ses frères et c'est sans doute le plus dur; une épreuve que nous ne pouvons pas imaginer, parce que les plus saints d'entre nous sont ceux qui le plus vivement sentent leur indignité et leur infamie. Peut-être comprenons nous mieux la prévision, la pré dégustation des tortures physiques, qu'Il subit déjà en pensée ; pourtant nous n'avons expérimenté que le frisson rétrospectif des souffrances passées. C'est quelque chose d'indicible. « Pater, si vis, transfer calicem istum a me; verumtamen non mea voluntas sed tua fiat ». C'est bien Son Humanité qui parle... et qui se soumet, car Sa Divinité sait ce qu'Elle veut de toute éternité ; l'Homme est dans une impasse. Ses trois fidèles sont endormis, « prae tristitia », dit saint Luc. Pauvres hommes!


La lutte est épouvantable; un ange vient Le réconforter, mais en même temps, semble-t-il, recevoir son acceptation. « Et factus in agonia, prolixius orabat. Et factus est sudor ejus sicut guttae sanguinis decurrentis in terram ». C'est la sueur de sang, que certains exégètes rationalistes, subodorant quelque miracle, ont traitée de symbolique. Il est curieux de constater que de bêtises ces matérialistes modernes peuvent dire en matière scientifique. Remarquons que le seul évangéliste qui rapporte le fait est un médecin. Et notre vénéré confrère Luc, medicus carissimus, le fait avec la précision, la concision d'un bon clinicien. L'hémathidrose est un phénomène très rare mais bien décrit. Elle se produit, comme l'écrit le Docteur Bec, "dans des conditions tout à fait spéciales : une grande débilité physique, accompagnée d'un ébranlement moral, suite d'une émotion profonde, d'une grande peur" (et cœpitpavere et taedere). La frayeur, l'épouvante sont ici au maximum et l'ébranlement moral. C'est ce que Luc exprime par « agonia », qui en grec, signifie lutte et anxiété. « Et Sa sueur devint comme des gouttes de sang roulant jusque par terre. »


A quoi bon expliquer le phénomène ? Une vasodilatation intense des capillaires sous-cutanés, qui se rompent au contact des culs de sacs de millions de glandes sudoripares. Le sang se mêle à la sueur ; et c'est ce mélange qui perle et se rassemble et coule sur tout le corps, en quantité suffisante pour tomber sur le sol. Notez que cette hémorragie microscopique se produit dans toute la peau, qui est déjà ainsi lésée dans son ensemble, en quelque sorte endolorie, attendrie, pour tous les coups futurs. Mais passons. Voici Judas et les valets du temple, armés de glaives et de bâtons ; ils ont des lanternes et des cordes. Comme le procès criminel doit être jugé par le procurateur, ils ont obtenu un peloton de la cohorte romaine ; le tribun de l'Antonia les accompagne, afin d'assurer l'ordre. Le tour des Romains n'est pas encore venu ; ils sont là derrière ces fanatiques, distants et méprisants. Jésus se met en avant; un mot de Lui suffit à renverser Ses agresseurs, dernière manifestation de Son pouvoir, avant qu'Il s'abandonne à la Volonté divine. Le brave Pierre en a profité pour amputer l’oreille de Malchus et, miracle dernier, Jésus l'a ressoudée. Mais la bande hurlante s'est ressaisie, a garrotté le Christ; elle L'emmène, sans aménité, on peut le croire, laissant filer les comparses. C'est l'abandon, tout au moins apparent. Jésus sait bien que Pierre et Jean Le suivent « a longe » et que Marc n'échappera à l'arrestation qu'en s'enfuyant tout nu, laissant aux gardes le drap qui l'enveloppait.


Mais les voici devant Caïphe et le sanhédrin. Nous sommes en pleine nuit, il ne peut s'agir que d'une instruction préalable. Jésus refuse de répondre : Sa doctrine, Il l'a prêchée ouvertement. Caïphe est désorienté, furieux et l'un de ses gardes, traduisant ce dépit, lance un grand coup dans la figure du prévenu : « sic respondes pontifici ! » Ceci n'est rien ; Il faut attendre le matin, pour une audition de témoins. Jésus est entraîné hors de la salle ; dans la cour, Il voit Pierre qui L'a renié par trois fois et, d'un regard, Il lui pardonne. On Le traîne dans quelque salle basse et la canaille des valets va s'en donner à cœur joie contre ce faux prophète (dûment garrotté) qui tout à l'heure encore les a jetés à terre par on ne sait quelle sorcellerie. On l'accable de gifles et de coups de poing, on Lui crache au visage, et, puisqu'aussi bien il n'y a pas moyen de dormir on va s'amuser un peu. Un voile sur Sa tête, et chacun y va de son coup; les soufflets retentissent et ces brutes ont la main lourde : « Prophétise; dis-nous, Christ, qui t'a frappé ». Son corps est déjà tout endolori, Sa tête sonne comme une cloche, des vertiges Le prennent... et Il se tait. D'un mot, Il pourrait les anéantir « et non aperuit os suum ». Cette racaille finit par se lasser et Jésus attend.

 

Au petit jour, deuxième audience, défilé lamentable de faux témoins qui ne prouvent rien. Il faut qu'Il se condamne Lui-même, en affirmant Sa filiation divine et ce bas histrion de Caïphe proclame le blasphème en déchirant ses vêtements. Oh, rassurez-vous ; ces bons Juifs prudents et peu portés à la dépense ont une fente toute préparée et légèrement recousue, qui peut servir un grand nombre de fois. Il n'y a plus qu'à obtenir de Rome la condamnation à mort qu'elle s'est réservée dans ce pays de protectorat. Jésus, déjà harassé de fatigue et tout moulu de coups, va être traîné à l'autre bout de Jérusalem, dans la ville haute, à la tour Antonia, sorte de citadelle, d'où la majesté romaine assure l'ordre dans la cité trop effervescente à son gré. La gloire de Rome est représentée par un malheureux fonctionnaire, petit romain de la classe des chevaliers, parvenu trop heureux d'exercer ce commandement difficile sur un peuple fanatique, hostile et hypocrite, très soucieux de garder sa place, coincé entre les ordres impératifs de la métropole et les menées sournoises de ces Juifs souvent très bien en cour auprès des Empereurs. En résumé, c'est un pauvre homme. Il n'a qu'une religion, s'il en a une, celle de Divus Caesar. C'est le produit médiocre de la civilisation barbare, de la culture matérialiste. Mais comment trop lui en vouloir ? Il est ce qu'on l'a fait ; la vie d'un homme a pour lui peu de prix, surtout si ce n'est pas un citoyen romain. La pitié ne lui a pas été enseignée et il ne connaît qu'un devoir : maintenir l'ordre. (Ils se figurent à Rome que c'est commode !) Tous ces Juifs querelleurs, menteurs et superstitieux avec tous leurs tabous et leur manie de se laver pour rien, leur servilité et leur insolence et ces lâches dénonciations au Ministère contre un Administrateur colonial qui agit de son mieux, tout cela le dégoûte. Il les méprise... et il les craint.


Jésus, tout au contraire (dans quel état pourtant paraît-Il devant lui, couvert d'ecchymoses et de crachats), Jésus lui en impose et lui est sympathique. Il va faire tout ce qu'il peut pour Le tirer des griffes de ces énergumènes « et quaerebat dimittere illum » : Jésus est Galiléen ; passons-Le à cette vieille canaille d'Hérode, qui joue les roitelets nègres et se prend pour quelqu'un. - Mais Jésus méprise ce renard et ne lui répond mot. - Le voici revenu, avec la tourbe qui hurle et ces insupportables pharisiens qui piaillent sur un ton suraigu en agitant leurs barbiches. Odieux ces palabres! Qu'ils restent dehors, puisqu'aussi bien ils se croiraient souillés, rien qu'à entrer dans un prétoire romain. Pontius interroge ce pauvre homme, qui l'intéresse. Et Jésus ne le méprise pas. Il a pitié de son ignorance invincible ; Il lui répond avec douceur et tente même de l'instruire. - Ah, s'il n'y avait que cette canaille qui hurle dehors, une bonne sortie de la cohorte ferait vite « cum gladio » taire les plus braillards et s'égailler les autres. Il n'y a pas si longtemps que j'ai fait massacrer dans le temple quelques Galiléens un peu trop excités. Oui, mais ces sanhédrites sournois commencent à insinuer que je ne suis pas l'ami de César, et avec ça il n'y a pas à plaisanter ? Et puis, mehercle; que signifient toutes ces histoires de Roi des Juifs, de Fils de Dieu et de Messie ? Si Pilate avait lu les Ecritures, peut-être serait-il un autre Nicodème, car Nicodème aussi est un lâche ; mais c'est la lâcheté qui va rompre les digues. Cet homme est bien un Juste : je le fais flageller (oh, logique romaine!) peut-être que ces brutes auront quelque pitié.


Mais moi aussi je suis un lâche ; car si je m'attarde à plaider pour ce Quirite lamentable, ce n'est que pour retarder ma douleur. « Tunc ergo apprehendit Pilatus Jesum et flagellavit ». Les soldats de garde emmènent Jésus dans l'atrium du prétoire et appellent à la rescousse toute la cohorte ; les distractions sont rares dans ce pays d'occupation. Pourtant le Seigneur a souvent manifesté une spéciale sympathie pour les militaires. Comme Il a admiré la confiance et l'humilité de ce centurion et son affectueuse sollicitude pour son serviteur qu'Il a guéri ! (Rien ne m'ôtera la conviction que c'était l'ordonnance de ce lieutenant d'infanterie coloniale.) Et tout à l’heure, ce sera le centurion de garde au Calvaire qui, le premier, proclamera Sa divinité. La cohorte semble prise d'un délire collectif, que Pilate n'a pas prévu. Satan est là, qui leur souffle la haine. Mais il suffit. Plus de discours, rien que des coups et tâchons d'aller jusqu'au bout. Ils Le déshabillent et L'attachent tout nu à une colonne de l'atrium. Les bras sont tirés en l'air et les poignets liés en haut du fût.


La flagellation se fait avec des lanières multiples, sur lesquelles sont fixées, à quelque distance de l'extrémité libre, deux balles de plomb ou des osselets. (C'est du moins à ce genre de flagrum que répondent les stigmates du Saint Linceul). Le nombre de coups est fixe à 39 par la loi hébraïque. Mais les bourreaux sont des légionnaires déchaînés; ils Iront jusqu'aux limites de la syncope. En fait, les traces du Linceul sont innombrables et presque toutes sur la face postérieure; le devant du corps est contre la colonne. On les voit sur les épaules, sur le dos, les reins. Les coups de fouet descendent sur les cuisses, sur les mollets ; et là, l'extrémité des lanières, au delà des balles de plomb encercle le membre et vient marquer son sillon jusque sur la face antérieure. Les bourreaux sont deux, un de chaque côté, de taille inégale (tout ceci se déduit de l'orientation des traces du Linceul). Ils frappent à coups redoublés, avec un grand ahan. Aux premiers coups, les lanières laissent de longues traces livides, de longs bleus d'ecchymose sous-cutanée. Rappelez-vous que la peau a été déjà modifiée, endolorie par les millions de petites hémorragies intradermiques de la sueur de sang. Les balles de plomb marquent davantage. Puis, la peau, infiltrée de sang, attendrie, se fend sous de nouveaux coups. Le sang jaillit ; des lambeaux se détachent et pendent. Toute la face postérieure n'est plus qu'une surface rouge, sur laquelle se détachent de grands sillons marbrés ; et, çà et là, partout, les plaies plus profondes dues aux balles de plomb. Ce sont ces plaies en forme d'haltère (les deux balles et la lanière entre les deux) qui s'imprimeront sur le Linceul.


A chaque coup, le corps tressaille d'un soubresaut douloureux. Mais Il n'a pas ouvert la bouche et ce mutisme redouble la rage satanique de Ses bourreaux. Ce n'est plus la froide exécution d'un ordre judiciaire; c'est un déchaînement de démons. Le sang ruisselle des épaules jusqu'à terre (les larges dalles en sont couvertes) et s'éparpille en pluie, des fouets relevés, jusque sur les rouges chlamydes des spectateurs. Mais bientôt les forces du supplicié défaillent ; une sueur froide inonde Son front ; la tête Lui tourne d'un vertige nauséeux ; des frissons Lui courent le long de l'échine, Ses jambes se dérobent sous Lui et, s'Il n'était lié très haut par les poignets, Il s'écroulerait dans la mare de sang. - Son compte est bon, bien qu’on n'ait as compté. Après tout on n'a pas reçu l'ordre de le tuer sous le fouet. Laissons-Le se remettre ; on peut encore s'amuser.


Ah ce grand nigaud prétend qu'il est roi, comme s'il en était sous les aigles romaines, et roi des Juifs encore, comble de ridicule ! Il a des ennuis avec ses sujets ; qu'à cela ne tienne, nous serons ses fidèles. Vite un manteau, un sceptre. On l'a assis sur une base de colonne (pas très solide la Majesté !) Une vieille chlamyde de légionnaire sur les épaules nues lui confère la pourpre royale ; un gros roseau dans sa main droite et ce serait tout à fait ça, s'il n'y manquait une couronne ; quelque chose d'original ! (Dans dix-neuf siècles, elle Le fera reconnaître, cette couronne, qu'aucun crucifié n'a portée). Dans un coin, un fagot de bourrées, de ces arbrisseaux qui foisonnent dans les buissons de la banlieue. C'est souple et ça porte de longues épines, beaucoup plus longues, plus aiguës et plus dures que l'acacia. On en tresse avec précaution, aïe, ça pique, une espèce de fond de panier, qu'on Lui applique sur le crâne. On en rabat les bords et avec un bandeau de joncs tordus, on enserre la tête entre la nuque et le front. Les épines pénètrent dans le cuir chevelu et cela saigne. (Nous savons, nous chirurgiens, combien cela saigne, un cuir chevelu.) Déjà le crâne est tout englué de caillots ; de longs ruisseaux de sang ont coulé sur le front, sous le bandeau de jonc, ont inondé les longs cheveux tout emmêlés et ont rempli la barbe. La comédie d'adoration a commencé. Chacun tour, de rôle vient fléchir le genou devant Lui, avec une affreuse grimace, suivie d'un grand soufflet : « Salut, roi des juifs! » Mais Lui ne répond rien. Sa pauvre figure ravagée et pâlie n'a pas un mouvement. Ce n'est vraiment pas drôle! Exaspérés, les fidèles sujets Lui crachent au visage. « Tu ne sais pas tenir ton sceptre, donne. » Et pan, un grand coup sur le chapeau d'épines, qui s'enfonce un peu plus ; et horions de pleuvoir. Je ne me rappelle plus ; serait-ce un de ces légionnaires, ou bien l'a-t-il reçu des gens du sanhédrin ? Mais je vois à présent qu'un grand coup de bâton donné obliquement a laissé sur la joue une horrible plaie contuse, et que Son grand nez sémitique, si noble, est déformé par une fracture de l'arête cartilagineuse. Le sang coule de ses narines dans ses moustaches. Assez, mon Dieu !


Mais voici que revient Pilate, un peu inquiet du prisonnier : qu'en auront fait ces brutes ? Aïe, ils l'ont bien arrangé. Si les Juifs ne sont pas contents ! Il va Le leur montrer au balcon du prétoire, dans Sa tenue royale, tout étonné lui-même de ressentir quelque pitié, pour cette loque humaine. Mais il a compté sans la haine : « Tolle, crucifige ! » Ah les démons ! Et l'argument terrible pour lui : « Il s'est fait roi ; si tu l'absous, tu n'es pas l'ami de César. » Alors, le lâche s'abandonne et se lave les mains. Mais, comme l'écrira saint Augustin, ce n'est pas toi, Pilate, qui L'as tué, mais bien les Juifs, avec leurs langues acérées ; et en comparaison d'eux, tu es toi-même beaucoup plus innocent. On lui arrache la chlamyde, qui a déjà collé à toutes ses blessures. Le sangs recoule; Il a un grand frisson. On lui remet Ses vêtements qui se teintent de rouge. La croix est prête, on la Lui charge sur les épaules. Par quel miracle d'énergie peut-Il rester debout sous ce fardeau? Ce n'est en réalité, pas toute la croix, mais seulement la grosse poutre horizontale, le patibulum,qu'Il doit porter jusqu'au Golgotha, mais cela pèse encore près de 50 kilos. Le pieu vertical, lestipes, est déjà planté au Calvaire. Et la marche commence, pieds nus dans des rues au sol raboteux semé de cailloux. Les soldats tirent sur les cordes qui Le lient, soucieux de savoir s'Il ira jusqu'au bout. Deux larrons Le suivent en même équipage. La route heureusement n'est pas très longue, environ 600 mètres et la colline du Calvaire est presqu'en dehors de la porte d'Ephraïm. Mais le trajet est très accidenté, même à l'intérieur des remparts. Jésus, péniblement, met un pied devant l'autre, et souvent Il s'effondre. Il tombe sur les genoux qui ne sont bientôt qu'une plaie. Les soldats d'escorte Le relèvent, sans trop Le brutaliser . ils sentent qu'Il pourrait très bien mourir en route.


Et toujours cette poutre, en équilibre sur l'épaule, qui la meurtrit de ses aspérités et qui semble vouloir y pénétrer de force. Je sais ce que c'est : j'ai coltiné jadis, au 5e Génie, des traverses de chemin de fer, bien rabotées, et je connais cette sensation de pénétration dans une épaule ferme et saine. Mais Lui, Son épaule est couverte de plaies, qui se rouvrent et s'élargissent et se creusent à chaque pas. Il est épuisé. Sur Sa tunique sans couture une tache énorme de sang va toujours en s'élargissant et s'étend jusque sur le dos. Il tombe encore et cette fois de tout son long ; la poutre Lui échappe ; va-t-Il pouvoir Se relever ? Heureusement vient à passer un homme, retour des champs, ce Simon de Cyrène, qui tout comme ses fils Alexandre et Rufus, sera bientôt un bon chrétien. Les soldats le réquisitionnent pour porter cette poutre ; il ne demande pas mieux le brave homme ; oh, comme je le ferais bien ! Il n'y a plus finalement que la pente du Golgotha à gravir et, péniblement, on arrive au sommet. Jésus s'affaisse sur le sol et la crucifixion commence. Oh, ce n'est pas très compliqué les bourreaux savent leur métier. Il faut d'abord Le mettre à nu. Les vêtements de dessus c'est encore facile. Mais la tunique, intimement, est collée à Ses plaies, pour ainsi dire à tout son corps et ce dépouillement est simplement atroce. Avez-vous jamais enlevé un premier pansement mis sur une large plaie contuse et desséché sur elle ? Ou avez-vous subi vous-même cette épreuve qui nécessite parfois l'anesthésie générale ? Si oui, vous pouvez savoir un peu de quoi il s'agit. Chaque fil de laine est collé à la surface dénudée, et, quand on le soulève, il arrache une des innombrables terminaisons nerveuses mises à nu dans la plaie. Ces milliers de chocs douloureux s'additionnent et se multiplient, chacun augmentant pour la suite la sensibilité du système nerveux. Or, il ne s'agit pas ici d'une lésion locale, mais de presque toute la surface du corps, et surtout de ce dos lamentable. Les bourreaux pressés y vont rudement. Peut-être cela vaut-il mieux, mais comment cette douleur aiguë, atroce, n'entraîne-t-elle pas la syncope ? Comme il est évident que, d'un bout à l'autre, Il domine, Il dirige Sa Passion.


Le sang ruisselle à nouveau. On L'étend sur le dos. Lui a-t-on laissé l'étroite ceinture que la pudeur des juifs conserve aux suppliciés ? J’avoue que je ne sais plus : cela a si peu d'importance ; dans tous les cas, en Son Linceul, Il sera nu. Les plaies de son dos, des
cuisses et des mollets s'incrustent de poussière et de menus graviers. On l'a mis au pied du stipes, les épaules couchées sur le patibulum. Les bourreaux prennent les mesures. Un coup de tarière, pour amorcer les trous des clous, et l'horrible chose commence. Un aide allonge l’un des bras, la paume en haut. Le bourreau prend son clou (un long clou pointu et carré, qui, près de sa grosse tête, est large de huit millimètres), il le pique sur le poignet, dans ce pli antérieur, qu'il connaît d'expérience. Un seul coup de son gros marteau : le clou est déjà fiché dans le bois, où quelques panpans énergiques le fixent solidement. Jésus n'a pas crié, mais Son visage horriblement s'est contracté. Mais, surtout, j'ai vu au même instant Son pouce, d'un mouvement violent, impérieux, se mettre en opposition dans la paume : Son nerf médian a été touché. Mais, alors, je ressens ce qu'Il a éprouvé : une douleur indicible, fulgurante, qui s'est éparpillée dans Ses doigts, a jailli, comme un trait de feu, jusqu'à Son épaule et éclaté dans Son cerveau. C'est la douleur la plus insupportable qu'un homme puisse éprouver, celle que donne la blessure des gros troncs nerveux. Presque toujours elle entraîne la syncope et c'est heureux. Jésus n'a pas voulu perdre Sa connaissance. Encore, si le nerf était entièrement coupé. Mais non, j'en ai l'expérience, il n'est que partiellement détruit ; la plaie du tronc nerveux reste en contact avec ce clou, et sur lui, tout à l'heure, quand le corps sera suspendu, il sera fortement tendu comme une corde à violon sur son chevalet. Et il vibrera à chaque secousse, à chaque mouvement, réveillant la douleur horrible. Il en a pour trois heures. L'autre bras est tiré par l'aide ; les mêmes gestes se répètent, et les mêmes douleurs. Mais cette fois, songez-y bien, Il sait ce qui l'attend. Il est maintenant fixé sur le patibulum, qu'Il suit étroitement des deux épaules et des deux bras. Il a déjà forme de croix comme Il est grand!


Allons, debout! Le bourreau et son aide empoignent les bouts de la poutre et redressent le condamné, assis d'abord et puis debout et puis, Le reculant, L'adossent au poteau. Mais c'est, hélas, en tiraillant sur Ses deux mains clouées (Oh, Ses médians!) D'un grand effort, à bout de bras, mais le stipes n'est pas très haut, rapidement, car c'est bien lourd, ils accrochent d'un geste adroit le patibulum en haut du stipes. A son sommet, deux clous fixent le titulus trilingue. Le corps tirant sur les bras, qui s'allongent obliques, s'est un peu affaissé. Les épaules blessées par les fouets et par le portement de croix ont raclé douloureusement le rude bois. La nuque, qui dominait le patibulum, l'a heurté en passant, pour s'arrêter en haut du pieu. Les pointes acérées du grand chapeau d'épines ont déchiré le crâne encore plus profond. Sa pauvre tête penche en avant, car l'épaisseur de Sa couronne l'empêche de reposer sur le bois; et chaque fois qu'Il la redresse, Il en réveille les piqûres. Le corps, pendant, n'est soutenu que par les clous plantés dans les deux carpes (oh, les médians!). Il pourrait tenir sans rien d'autre. Le corps ne se déplace pas en avant. Mais la règle est de fixer les pieds. Pour ce, pas besoin de console ; on fléchit les genoux, et l'on étend les pieds à plat sur le bois du stipes. Pourquoi, puisque c'est inutile, donner à faire au charpentier ? Ce n'est certes pas pour soulager la peine du crucifié. Le pied gauche à plat sur la croix. D'un seul coup (le marteau, le clou s'enfonce en son milieu (entre les deuxième et troisième métatarsiens). L'aide fléchit aussi l'autre genou et le bourreau ramenant le pied gauche devant le droit que l'aide tient à plat, d'un second coup, au même endroit, il perfore ce pied. Tout cela est facile, et puis à grands ahans, le clou est poussé dans le bois. Ici, merci mon Dieu, rien qu'une douleur bien banale, mais le supplice à peine a commencé. A deux hommes, tout le travail n'a guère duré plus de deux minutes et les plaies ont fort peu saigné. On s'affaire alors auprès des deux larrons ; pour ceux-là des cordes suffisent, et les trois gibets sont garnis face à la ville déicide.


N'écoutons pas tous ces Juifs triomphants, qui insultent à Sa douleur. Il leur a déjà pardonné, car ils ne savent ce qu'ils font. Jésus, d'abord, s'est affaissé. Après tant de tortures, pour un corps épuisé, cette immobilité semble presque un repos, coïncidant avec une baisse de Son tonus vital. Mais Il a soif. Oh, il ne l'a pas encore dit ; avant de se coucher sur la poutre, Il a refusé la potion analgésique, vin mêlé de myrrhe et de fiel, que préparent les charitables femmes de Jérusalem. Sa souffrance Il la veut entière ; Il sait qu'Il la dominera. Il a soif. Oui, « Adhaesit lingua mea faucibus meis ». Il n'a rien bu ni rien mangé depuis hier au soir. Il est midi. Sa sueur de Gethsémani, toutes Ses fatigues, la grosse hémorragie du prétoire et les autres et même ce peu qui coule de ses plaies, tout cela Lui a soustrait une bonne partie de Sa masse sanguine. Il a soif. Ses traits sont tirés, Sa figure hâve est sillonnée de sang qui se coagule partout. Sa bouche est entr'ouverte et Sa lèvre inférieure déjà commence à pendre ? Un peu de salive coule dans Sa barbe, mêlée au sang issu de Son nez écrasé. Sa gorge est sèche et embrasée, mais Il ne peut plus déglutir. Il a soif. Dans cette face tuméfiée, toute sanglante et déformée, comment pourrait-on reconnaître le plus beau des enfants des hommes ? « Vermis sum et non homo ». Elle serait affreuse, si l'on n'y voyait pas malgré tout resplendir la majesté sereine du Dieu qui veut sauver Ses frères. Il a soif. Et tout à l'heure Il le dira, pour accomplir les Ecritures. Et un grand benêt de soldat, voilant sa compassion sous une raillerie, imbibant une éponge de sa posca acidulée, acetum, disent les Evangiles, la Lui tendra au bout d'un roseau. En boira-t-il seulement une goutte ? On a dit que le fait de boire détermine chez ces pauvres suppliciés une syncope mortelle. Comment, après avoir reçu l'éponge, pourra-t-il donc parler encore deux ou trois fois ? Non, non, Il mourra à Son heure. Il a soif.


Et cela vient de commencer. Mais, au bout d'un moment, un phénomène étrange se produit. Les muscles de Ses bras se raidissent d'eux-mêmes, en une contracture, qui va s'accentuant ; Ses deltoïdes, Ses biceps sont tendus et saillants, Ses doigts s'incurvent en crochets. Des Crampes ! Vous avez tous, peu ou prou, senti cette douleur progressive et aiguë, dans un mollet, entre deux côtes, un peu partout. Il faut, toute affaire cessante, détendre en l'allongeant ce muscle contracté. Mais regardons ! Voici maintenant aux cuisses et aux jambes les mêmes saillies monstrueuses, rigides, et les orteils qui se recourbent. On dirait un blessé atteint de tétanos, en proie à ces horribles crises, que l'on ne peut pas oublier. C'est ce que nous appelons la tétanie, quand les crampes se généralisent ; et voici que c'est fait. Les muscles du ventre se raidissent en vagues figées ; puis les intercostaux, puis les muscles du cou et les muscles respiratoires. Son souffle peu à peu est devenu plus court, superficiel. Ses côtes, déjà soulevées par la traction des bras, se sont encore surélevées ; l'épigastre se creuse et aussi les salières au-dessus des clavicules. L'air entre en sifflant mais ne sort presque plus. Il respire tout en haut, inspire un peu, ne peut plus expirer. Il a soif d'air. (C'est comme un emphysémateux en pleine crise d'asthme.) Sa figure pâle a peu à peu rougi ; elle a passé au violet pourpre et puis au bleu. Il asphyxie. Ses poumons gorgés d'air ne peuvent plus se vider. Son front est couvert de sueur, Ses yeux exorbités chavirent. Quelle atroce douleur doit marteler son crâne ! Il va mourir. Hé bien, tant mieux. N'a-t-Il donc pas assez souffert ? Mais non, son heure n'est pas venue. Ni la soif ni l'hémorragie, ni l'asphyxie, ni la douleur n'auront raison du Dieu Sauveur et s'Il meurt avec ces symptômes, Il ne mourra vraiment que parce qu'Il le veut bien, « habens in potestate ponere animam suam et recipere eam ». Et c'est ainsi qu'Il ressuscitera. Alléluia !


Que se passe-t-il donc ? Lentement, d'un effort surhumain, Il a pris point d'appui sur le clou de Ses pieds, oui, sur Ses plaies. Les cous-de-pied et les genoux s'étendent peu à peu et le corps, par à coups remonte, soulageant la traction des bras (cette traction qui était de plus de 90 kilos sur chaque main.) Alors, voici que de lui-même, le phénomène diminue, la tétanie régresse, les muscles se détendent, tout au moins ceux de la poitrine. La respiration devient plus ample et redescend, les poumons se dégorgent et bientôt la figure a repris sa pâleur d'avant. Pourquoi tout cet effort ? C'est qu'Il veut nous parler « Pater dimitte illis ». Oh oui, qu'Il nous pardonne, à nous qui sommes ses bourreaux. Mais au bout d'un instant, Son corps commence à redescendre... et la tétanie va reprendre. Et chaque fois qu'Il parlera (nous avons retenu au moins sept de ses phrases) et chaque fois qu'Il voudra respirer, il Lui faudra se redresser, pour retrouver Son souffle, en se tenant debout sur le clou de Ses pieds. Et chaque mouvement retentit dans Ses mains, en douleurs indicibles (oh, Ses médians!) C'est l'asphyxie périodique du malheureux qu'on étrangle et qu'on laisse reprendre vie, pour l'étouffer en plusieurs fois. A cette asphyxie Il ne petit échapper, pour un moment, qu'au prix de souffrances atroces et par un acte volontaire. Et cela va durer trois heures. Mais mourez donc, mon Dieu !


Je suis là au pied de la croix, avec Sa Mère et Jean et les femmes qui Le servaient. Le centurion, un peu à part, observe avec une attention déjà respectueuse Entre deux asphyxies, Il se dresse et Il parle : « Fils, voici votre Mère ». Oh oui, chère Maman, qui depuis ce jour-là nous avez adoptés! ? Un peu plus tard ce pauvre bougre de larron s'est fait ouvrir le paradis. Mais, quand donc mourrez-vous, Seigneur ! Je sais bien, Pâques vous attend et votre corps ne pourrira pas, comme les nôtres. Il est écrit: « Non dabis sanctum luum videre corruptionem ». Mais, mon pauvre Jésus (excusez le chirurgien), toutes vos plaies sont infectées ; elles le seraient d'ailleurs à moins. Je vois distinctement sur elles suinter une lymphe blonde, et transparente, qui se collecte au point déclive en une croutelle cireuse. Sur les plus anciennes déjà des fausses membranes se forment, qui sécrètent un seropus. Il est écrit aussi : « Putruerunt et corruptae sunt cicatrices meae ». Un essaim de mouches affreuses, de grosses mouches vert et bleu, comme on en voit aux abattoirs et aux charniers, tourbillonne autour de Son corps ; et brusquement elles s'abattent sur l'une ou l'autre plaie, pour en pomper le sue et y pondre leurs œufs. Elles s'acharnent au visage ; impossible de les chasser. Par bonheur, depuis un moment le ciel s'est obscurci, le soleil s'est caché ; il fait soudain très froid. Et ces filles de Béelzéboub ont peu à peu quitté la place.


Bientôt trois heures. Enfin! Jésus lutte toujours. De temps en temps, Il se redresse. Toutes Ses douleurs, Sa soif, Ses crampes, l'asphyxie et les vibrations de Ses deux nerfs médians ne Lui ont pas arraché une plainte. Mais, si Ses amis sont bien là, Son Père, et c'est l'ultime épreuve, Son Père semble l'avoir abandonné. « Eli, Eli,lammasabachtani ? » Il sait maintenant qu'Il s'en va. Il crie « Consumatum est ». La coupe est vide, la tâche est faite. Puis, de nouveau se redressant et comme pour nous faire entendre qu'Il meurt de par Sa volonté « iterum clamans voce magna » : Mon Père, dit-Il, je remets mon âme entre Vos mains (habens in potestate ponere animam suam). Il est mort quand Il l'a voulu. Et qu'on ne me parle plus de théories physiologiques! « Laudato si Missignore per sora nostra morte corporale ! » Oh oui, Seigneur, soyez loué, pour avoir bien voulu mourir. Car nous n'en pouvions plus. Maintenant tout est bien. Dans un dernier soupir, Votre Tête vers moi, lentement, s'est penchée, droit devant Vous, Votre menton sur le sternum. Je vois à présent bien en face Votre visage détendu, rasséréné, que malgré tant d'affreux stigmates illumine la majesté très douce de Dieu qui est toujours là. Je me suis affalé à genoux devant Vous, baisant Vos pieds troués, où le sang coule encore, en se coagulant vers les pointes. La rigidité cadavérique Vous a saisi brutalement, comme le cerf forcé à la course. Vos jambes sont dures comme l'acier... et brûlantes. Quelle température inouïe Vous a donné cette tétanie? La terre a tremblé; que m'importe ? et le soleil s'est éclipsé. Joseph est allé réclamer Votre corps à Pilate, qui ne le refusera pas. Il hait ces Juifs, qui l'ont forcé à Vous tuer ; cet écriteau sur Votre Tête proclame bien haut sa rancune « Jésus, roi des Juifs », et crucifié comme un esclave ! Le centurion est allé faire son rapport, après Vous avoir, le brave homme, proclamé le vrai Fils de Dieu. Nous allons Vous descendre et ce sera facile, une fois les pieds décloués. Joseph et Nicodème décrocheront la poutre du stipes. Jean Votre bien aimé Vous portera les pieds; à deux autres, avec un drap tordu en corde nous soutiendrons Vos reins. Le linceul est prêt, sur la pierre ici tout près, face au sépulcre ; et là, tout à loisir, on déclouera Vos mains. Mais qui vient là? Ah oui, les Juifs ont dû demander à Pilate qu'on débarrasse la colline de ces gibets qui offensent la vue et souilleraient la fête de demain. Race de vipères qui filtrez le moucheron et déglutissez le chameau ! Des soldats brisent à grands coups de barre de fer les cuisses des larrons. Ils pendent maintenant lamentablement et, comme ils ne peuvent plus se soulever sur les cordes des jambes, la tétanie et l'asphyxie les auront bientôt achevés. Mais rien à faire ici pour vous! « Os non comminuetis ex eo ». Laissez-nous donc en paix ; ne voyez-vous pas qu'Il est mort? - Sans doute, disent-ils. Mais quelle idée a pris l'un d'eux ? D'un geste tragique et précis, il a levé la hampe de sa lance et, d'un seul coup oblique au côté droit, il l'enfonce profondément. Oh pourquoi ? « Et aussitôt, de la plaie est sorti du sang et de l'eau ». Jean l'a bien vu et moi aussi, et nous ne saurions mentir: un large flot de sang liquide et noir, qui a jailli sur le soldat et peu à peu coule en bavant sur la poitrine, en se coagulant par couches successives. Mais, en même temps, surtout visible sur les bords, a coulé un liquide clair et limpide comme de l'eau. Voyons, la plaie est au-dessous et en dehors du mamelon (5e espace), le coup oblique. C'est donc le sang de l'oreillette et l'eau sort de Son péricarde. Mais alors, mon pauvre Jésus, Votre cœur était tout, cette douleur angoissante et cruelle du cœur serré dans un étau.


N'était-ce pas assez de ce que nous voyions? Est-ce pour que nous le sachions que cet homme a commis son agression bizarre ? Peut-être aussi les Juifs auraient-ils prétendu que Vous n'étiez pas mort mais évanoui ; Votre résurrection demandait donc ce témoignage. Merci, soldat, merci, Longin; tu mourras un jour en martyr chrétien. Et ; maintenant, lecteur, remercions Dieu, qui m'a donne la force d'écrire cela jusqu'au bout ; non pas sans larmes ! Toutes ces douleurs effroyables, que nous avons vécues en Lui, Il les a toute sa vie prévues, préméditées, voulues, dans Son Amour pour racheter toutes nos fautes. « Oblatus est quia ipse voluit ». Il a dirigé toute Sa Passion, sans éviter une torture ; en acceptant les conséquences physiologiques, mais sans être dominé par elles Il est mort quand et comme et parce qu'Il l'a voulu. Jésus est en agonie jusqu'à la fin des temps. Il est juste, il est bon de souffrir avec Lui et de Le remercier, quand Il nous envoie la douleur, de nous associer à la Sienne. Il nous faut achever, comme l'écrit Saint Paul, ce qui manque à la Passion du Christ, et, avec Marie, Sa Mère et notre Mère, accepter joyeusement, fraternellement notre Compassion.


O Jésus, qui n'avez pas eu pitié de Vous-même, qui êtes Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur. 


Laus Christo. Circoncision 1940.

Docteur Pierre BARBET,

Chirurgien de l'Hôpital Saint-Joseph de Paris.

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Semaine Sainte 2010, Vendredi Saint 1/2

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Semaine Sainte 2010

Vendredi Saint

Extrait des révélations de Maria d'Agreda

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Commencement de la Passion

A l'entrée de la nuit qui suivit le jeudi de la cène, le doux Jésus résolut de commencer sa douleureuse passion. Il sortit donc de la salle où il avait célébré de si grands mystères et parla longuement aux disciples. Il rencontra aussi sa sainte mère, qui était sortie en même temps de sa retraite, il la regarda d'un air joyeux, et lui dit ces seules paroles; ma mère, je serai avec vous dans vos tribulations, accomplissons la volonté du Père éternel et le salut du monde, ensuite il lui donna sa bénédiction et la quitta. Elle se retira de nouveau dans la chambre de la maison du cénacle, parce que le maître se trouvant présent à cette douloureuse séparation, lui avait offert, par l'inspiration divine, la maison et tout ce qu'elle renfermait, pour tout le temps qu'elle resterait à Jérusalem. La sainte Vierge se retira livrée à une douleur que chaque chrétien peut s'imaginer, mais elle ne cessa point d'être présente en esprit à tout ce qui se fit dans cette cruelle nuit, Elle vit lorsque Judas alla vers les prêtres et les pharisiens, et l'apparition du démon en forme visible, pour le détourner de vendre son divin maître. Elle vit Jésus se retirer au jardin de Gethsémani et découvrit sa profonde tristesse; elle connut que toutes les angoisses qu'il eut jusqu'à éprouver des sueurs de sang, provenaient de ce qu'il voyait que toutes ses souffrances seraient non-seulement sans fruit pour les méchants, mais seraient encore par leur malice la cause d'un plus grand châtiment; c'est pourquoi il priait son Père d'éloigner de lui cette amertume sous le nom de calice. Elle connut encore qu'après la prière de Jésus-Christ, le Père éternel envoya l'archange saint Michel pour lui dire de se consoler dans ses peines, car parmi ceux qu'il sauverait par son sang divin, serait Marie sa mère, digne fruit de sa rédemption. Elle vit que trouvant ses disciples endormis, avant de les éveiller, il s'arrêta un peu à les regarder avec compassion et pleura sur leur négligence et leur tiédeur. Non-seulement elle vit ceci et tout ce qui arriva au jardin en détail, mais elle considéra autant qu'il fut possible, chaque action ‘que faisait son divin fils dans sa passion. Elle se retira avec les saintes femmes, lorsque Jésus se retira avec ses trois disciples, elle pria aussi comme Jésus avait prié le Père éternel d'éloigner et de suspendre toute consolation qui pourrait l'empêcher de souffrir avec son fils; et elle demanda que son corps put partager toutes les souffrances qu'il endurerait lui-même. Elle éprouva aussi une profonde tristesse, elle fit la même prière que Jésus fit pour les pécheurs, elle entra en agonie et eut aussi une sueur de sang, l'archange Gabriel fut également envoyé pour la fortifier, comme saint Miche! l'avait été pour Jésus. Lorsqu'elle se retira pour prier, elle prit avec elle les trois Maries, laissant les autres femmes et elle alla aussi les visiter au moment où Jésus visita les apôtres, et les exhorta à être vigilantes contre le démon. Lorsque Jésus dit à ses apôtres : tristis et anima mea usque ad mortem , elle dit aussi aux trois Maries; mon âme est triste, parce que mon fils bien-aimé et mon Seigneur doit souffrir et mourir et que je ne dois pas mourir avec lui. Priez, mes amies, afin de ne pas entrer en tentation. Au milieu de ces tourments, la sainte Vierge non-seulement eut toujours un coeur magnanime, mais encore elle songea au moyen de pouvoir soulager son divin fils, et elle envoya un de ses anges pour essuyer avec des linges qu'elle lui donna le visage de son Dieu agonisant. Lorsque les soldats partirent avec Judas pour arrèter Jésus, la très-sage reine, prévoyant les outrages, les injures et les mauvais traitements, que ces méchants lui feraient souffrir, invita aussitôt les, saints anges afin de compenser avec elle par leurs louanges et leurs adorations tous les affronts qu'ils lui faisaient. Ainsi pour les offenses outrageantes qu'il recevait de ces méchants et pour le baiser que Judas lui donna comme signal pour le trahir, elle offrait à proportion des actes de vénération et de louanges à sa divine majesté et retenait ainsi l'indignation de Dieu, afin qu'il n'engloutît pas ces misérables. Elle pria surtout pour Judas, et à sa considération Dieu envoya à son coeur de fortes et nombreuses inspirations et de grandes grâces afin qu'il rentrât en lui-même. Lorsqu'elle vit que par la vertu de ces puissantes paroles dites à cette troupe maudite : Ego sum, ils étaient tous tombés à terre avec les chevaux, et que les démons étaient abattus et restaient renversés pendant un demi quart d'heure, elle chanta des cantiques de louanges et de victoire au Très-Haut. Il est vrai que par pitié pour ces malheureux, elle pria le Seigneur de leur laisser la vie et de les faire lever. Le Seigneur leur accorda donc le pouvoir d'exercer contre lui toute leur rage, il leur demanda de nouveau : Qui cherchez-vous? Ils répondirent, Jésus de Nazareth, il leur dit: C'est moi; et ils se jetèrent sur lui comme des chiens enragés et des bêtes féroces. Lorsque Jésus fut lié, elle ressentit aussi les douleurs des chaînes et des cordes comme si elle eût été liée en effet. Elle éprouva la même chose pour les coups, les mauvais traitements, les soufflets que souffrit le Sauveur, dans son arrestation, et lorsqu'on déchira ses habits et qu'on lui arracha les cheveux. A la fuite des apôtres elle ne s'indigna pas contre eux, mais elle les recommanda instamment au Seigneur, et quoiqu'elle fut affligée de les voir .chancelants dans leur foi, néanmoins elle pria pour eux, et elle offrit au Seigneur tous les devoirs et toute la vénération de l'église entière résumée en elle. Tandis que Jésus accablé de coups était au pouvoir de ses ennemis, la sainte Vierge était dans le Cénacle, Judas croyant par la suggestion de Lucifer son pardon impossible, et tourmenté par l'appréhension du déshonneur qu'il aurait dans le monde pour avoir trahi son maître, fut tellement agité qu'il entra en fureur contre lui-même; il se retira à l'écart et voulut se précipiter d'une des fenêtres les plus élevées du palais du Pontife, mais il en fut empêché. Il sortit de cette maison poussant des cris comme une bête féroce, se mordant les poings, s'arrachant les cheveux et se donnant mille malédictions. Lucifer le voyant en cet état, lui persuada de rendre l'argent aux prêtres, il voulait ainsi empêcher la mort de Jésus-Christ qu'il soupçonnait toujours davantage d'être le Messie à la vue de sa douceur au milieu des outrages. Mais n'ayant pu encore réussir dans son dessein Lucifer augmenta le désespoir de Judas et lui persuada qu'il valait mieux de délivrer en un instant de tant de peines et d'ignominie. Le malheureux apostât y consentit, et sortant de la ville, homicide de lui-même, il se pendit à un arbre. Cette mort affreuse arriva le jour même du vendredi quelques heures avant que Jésus n'expirât. Son corps, resta trois jours suspendu à l'arbre avec les entrailles crevées et quoique les juifs cherchassent plusieurs fois à l'enlever pour l'ensevelir, parce qu'il revenait de cette mort une grande gloire au Sauveur, ils ne purent jamais le faire. Enfin, après trois jours les démons par la permission de Dieu, enlevèrent le cadavre maudit de l'arbre et le transportèrent en enfer où ils avaient conduit son âme. La troupe des soldats envoyée pour arrêter le Seigneur, afin de l'amener ,en sûreté, car ils le prenaient pour un magicien à cause de ses miracles et pensaient qu'il pourrait s'échapper de leurs mains, le lièrent étroitement aux flancs, aux bras, et au cou de deux longues et grosses cordes et d'une pesante, longue et forte chaîne qui avait servi de levier pour fermer et ouvrir une porte de prison et aux extrémités de laquelle ils avaient attaché des me- cottes de fer, dont ils lui attachèrent les mains derrière le dos. L'ayant lié de cette cruelle manière ils partirent du mont des oliviers avec un grand tumulte, les uns tirant les cordes par-devant et les autres par-derrière ils le faisaient tomber à terre, ils exhalaient leur rage contre lui par des coups de pied aux cotés, des coups de poing au visage et à la tête, ils lui déchirèrent les habits, et lui arrachèrent la barbe, ils le tramèrent par les cheveux, et lui enfoncèrent la pointe de leurs bâtons dans les côtés; ils lui donnèrent des coups sur les épaules, et le traînèrent tantôt d'un côté tantôt de l'autre du chemin. Le Seigneur tomba plusieurs fois le visage contre terre avec une grande douleur, car ayant les mains liées derrière le dos il se meurtrissait le divin visage et se couvrait de plaies, et ne pouvant plus se relever, les coups et les mauvais traitements de toute sorte qu'il recevait étaient innombrables, jusqu'à lui marcher dessus, et comme un doux agneau, il supportait ces affreuses cruautés avec une patience admirable. Lucifer était en fureur à la vue de cette résignation et pour en triompher il voulut lui-même prendre les cordes pour le traîner avec une plus grande violence; mais la sainte Vierge, qui voyait tout ceci en esprit, et qui ressentait dans son corps très-pur tous les mauvais traitements, arrêta Lucifer dans son exécrable dessein, et lui enleva les forces afin qu'il ne pût l'exécuter. Ils arrivèrent dans la ville en poussant des cris, des sifflements, des hurlements, comme si on avait arrêté un chef de brigands. Les personnes se mettaient à la fenêtre et à la porte avec des flambeaux, ils l'injuriaient et l'insultaient l'appelant faux prophète, magicien, pervers, méchant et scélérat : et cum iniquis reputatus est. Ils le conduisirent au tribunal d'Anne, pontife, qui le reçut assis sur son siège, Lucifer se plaça à ses côtés, environné d'une multitude innombrable de démons appliqués à irriter ce juge contre Jésus-Christ, afin d'éprouver sa divine patience. Le Sauveur, reçut alors ce cruel soufflet de la main gantée de fer d'un des serviteurs auquel il avait guéri miraculeusement l'oreille au jardin de Gethsémani. Le Seigneur, lui fit cette réponse célèbre en recevant le soufflet: si male locutus sum: testimonium perhibe de malo, qui couvrit ce méchant de confusion, mais ne l'amenda pas. Le coup fut si sanglant qu'il lui enfonça toutes les dents et lui fit couler le sang de la bouche, du nez et des yeux; dans le même instant la mère de Dieu ressentit dans son visage ce coup terrible qui lui fit verser des larmes de sang. En ce moment Jean et Pierre arrivèrent à la maison d'Anne. Après y être entrés Pierre s'approcha du feu dans le vestibule, et la portière l'ayant vu lui demanda s'il était disciple du Nazaréen. Elle fit cette demande avec moquerie et mépris, c'est pourquoi Pierre en éprouva de la honte, et saisi de crainte et de lâcheté, il nia qu'il le fut. Après ce reniement il sortit de la maison d'Anne, mais il suivit ensuite le Seigneur dans la maison de Caïphe où il fut amené avec de grandes railleries. Il fut reçu avec des rires, des insultes et de grandes moqueries, pour lui il priait le Père éternel pour eux, et la divine mère priait avec lui. Caïphe était assis sur son siége magnifique entouré des scribes et des pharisiens assistés de Lucifer, qui désirait toujours mieux s'assurer si Jésus était le Messie, il inspira donc à Caïphe de lui dire: Je t'adjure au nom de Dieu vivant de nous dire ouvertement si in es le Christ fils de Dieu. A la réponse pleine de douceur de Jésus-Christ, Lucifer fut si tourmenté que ne pouvant le supporter, il se précipita au fond de l'abîme. Il en sortit par la permission de Dieu, mais incertain si le Christ avait ainsi parlé pour se délivrer des mains des ses ennemis. Revenu de nouveau dans la salle, il excita les ministres à lui donner des soufflets, des coups de poing, à lui arracher les cheveux, à lui cracher au visage et à le fouler aux pieds. Les anges qui l'adoraient et le louaient étaient confondus des jugements incompréhensibles de la divine sagesse, en voyant que sa divine Majesté consentait à être présentée comme coupable et que le prêtre inique se montrait comme juste et zélé pour l'honneur de Dieu, à qui il prétendait ôter sacrilègement la vie; et l'innocent agneau gardait le silence sans ouvrir la bouche. Dans cette maison, on banda les yeux au Seigneur pal-ce qu'il apparaissait sur son visage une douceur et une splendeur qui causaient une grande peine et confusion à ses ennemis. Ils attribuèrent tout cela à l'art magique, et ils lui couvrirent le visage avec de sales haillons, et lui firent de mauvais traitements et des insultes indicibles, la Vierge mère non-seulement les vit, mais les ressentit tous, dans le même temps et dans les mêmes parties, que les souffrit le rédempteur. Il fut facile à saint Pierre, au milieu de la foule des personnes qui entraient dans la maison de Caïphe, de s'introduire aussi à la faveur de l'obscurité de la nuit. Nais une servante le vit dans la cour et se tournant vers les soldats qui étaient auprès du feu: cet homme, dit-elle, est un de ceux qui allaient dans la compagnie de Jésus de Nazareth; et un de ceux qui étaient là, ajouta: en vérité, tu es réellement Galiléen et un de ceux qui suivaient Jésus. Saint Pierre le nia et jura qu'il n'était pas disciple de Jésus et il quitta le feu et la cour. Mais il ne pouvait pas s'éloigner de la vue de son divin maître, retenu par la compassion pour ses souffrances, il tournoya donc pendant une heure environ, un parent de Malechus le vit et le reconnut; tu es Galiléen lui dit-il, et disciple de Jésus, je t'ai vu avec lui dans le jardin, et de nouveau Pierre jura qu'il ne le connaissait pas, et alors le coq chanta pour la seconde fois, et la prophétie de Jésus-Christ fut accomplie, qu'il le renierait trois fois cette nuit avant que le coq chantât deux fois. Ayant entendu le chant du coq, Pierre se souvint des paroles de Jésus, qui en ce moment, le regarda avec sa grande miséricorde, il sortit aussitôt en versant des larmes, et se retira dans une grotte appelée encore galligante: Chant du coq, il y pleura amèrement pendant trois heures, il rentra en grâce et obtint son par-. don par le moyen de la sainte Vierge. Elle avait vu sa faute de sa retraite et aussitôt elle pria pour lui avec larmes et prosternée à terre; elle lui envoya même un de ses anges pour le consoler, non pas d'une manière visible pal-ce que son péché était trop récent, mais à l'intérieur, sans que Pierre le vit.

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La sentence de mort


Après minuit , ceux du conseil arrêtèrent que tandis qu'ils dormiraient, Jésus-Christ resterait ainsi lié dans un lieu souterrain de la maison, qui servait de prison pour les plus grands voleurs et scélérats. Cette prison était si obscure que la lumière y pénétrait à peine, et si sale et puante qu'elle était insupportable pour tous. Ils enfermèrent là le fils de Dieu, le traînant attaché avec les chaînes et les cordes dont ils l'avaient lié au jardin des olives. Il y avait dans un coin de la prison une pierre ou une pointe de rocher, à laquelle ils attachèrent le Seigneur de telle sorte qu'il ne pouvait ni se remuer ni s'asseoir, et l'ayant ainsi lié ils sortirent de ce lieu fétide, en fermèrent la porte et y laissèrent l'un d'eux de garde au-dehors. Les saintes anges entrèrent pour vénérer le Sauveur, et lui demandèrent de vouloir bien leur permettre de le délier, mais le doux Jésus ne le permit pas, pour souffrir davantage, et il les envoya consoler sa mère affligée. Après que ces méchants et ces ivrognes eurent soupé, excités par le démon, ils allèrent le détacher du rocher et le mirent au milieu de la prison, ils voulurent le contraindre à parler et à faire quelque miracle, mais Jésus, la sagesse incarnée ne répondant rien, ils l'accablèrent de coups et de soufflets, et leur rage croissant ils lui bandèrent de nouveau les yeux, avec un dégoûtant chiffon, et le frappèrent avec violence sur le cou et au visage, en lui disant, devine qui t'a frappé. Lucifer irrité de sa patience inspira à ces cruels ivrognes de le mettre entièrement nu et de lui faire de plus grands outrages. Mais la très-pure Vierge qui voyait et contemplait tout empêcha cet odieux outrage, elle pria avec instance le Seigneur de ne pas permettre cette ignominie et sa prière fut exaucée. lIs l'attachèrent donc de nouveau au rocher et sortirent de la prison, les anges entrèrent pour compatir à ses douleurs et l'adorer ; en ce temps là il priait le Père éternel pour ceux qui l'avaient ainsi maltraité. A l'aurore, les princes des prêtres et les scribes s'assemblèrent et le divin agneau fut amené devant eux. C'était un spectacle digne de piété de voir le divin Jésus défiguré, le visage meurtri et couvert de dégoûtants crachats, qu'il n'avait pu enlever ayant les mains liées derrière le dos. En le voyant dans cet état ses ennemis mêmes furent effrayés. Ils lui demandèrent de nouveau à dessein s'il était fils de Dieu, et ayant entendu qu'il l'était, ils le jugèrent digne de mort, et ils résolurent de l'envoyer à Pilate proconsul de l'empereur romain à qui étaient réservées les causes capitales. Le soleil était déjà levé, et la mère affligée résolut de sortir de sa retraite pour suivre son fils si cruellement traité. Lorsqu'elle sortait de la maison avec les Marie et Magdeleine, saint Jean arriva pour l'informer de tout ce qui était arrivé, ne sachant pas qu'elle avait vu tout en esprit. Il demanda d'abord pardon de la lâcheté qu'il avait eue de s'enfuir, et se mit à raconter tout ce qui était arrivé jusqu'alors, l'humble reine n'interrompit point son récit, et écouta tout avec une extrême souffrance. Après qu'il eut fini de parler, ils versèrent tous des larmes, et ils se mirent en marche. La sainte Vierge entendit les divers entretiens de la foule, dans les rues, sur son fils bien-aimé, elle ne s'arrêta jamais, et ne s'indigna point contre ceux qui en parlaient mal, mais elle pria pour eux. Un grand nombre de personnes la re- connurent à son manteau noir et à son cordon pour la mère de Jésus, quelque uns étaient naturellement touchés de compassion pour elle, et d'autres l'injuriaient à pause de la mauvaise éducation donnée à son fils. Mais voilà qu'ils aperçoivent un grand tumulte, et qu'ils entendent un grand bruit, et tout-à-coup elle voit au milieu de cette canaille son divin fils, elle se jeta à terre et l'adora profondément. Ils se jetèrent l'un à l'autre un douloureux regard qui pénétra leurs coeurs d'une douleur inexprimable, ils se parlèrent seulement dans l'intérieur de leur âme. On le traînait vers Pilate, et la mère affligée versant des larmes le suivait avec les saintes femmes en disant : mon fils, mon bien-aimé fils. Ils arrivèrent enfin en présence de Pilate qui quoique païen eut égard aux lois cerémonielles des juifs, qui leur défendaient d'entrer dans le prétoire, il sortit donc pour interroger le prétendu coupable. La mère affligée était toujours présente avec saint Jean et les saintes femmes, les anges les avaient amenés dans un lieu d'où elles pouvaient voir tout et entendre ce qui se disait. La sainte Vierge couverte de son manteau noir versait des larmes de sang par la violence de sa douleur; elle ressentait en elle-même toutes les souffrances que souffrait son divin fils. Elle pria le Père éternel afin que Pilate connut clairement l'innocence de Jésus, il la connut en effet, mais il ne correspondit pas à la grâce qu'il avait reçue par le moyen de la mère de miséricorde. Il s'efforça néanmoins de ne pas condamner un innocent, en l'envoyant à Hérode, fils de cet Hérode qui avait fait massacrer les saints innocents qui était venu à la fête des azymes, lorsqu'il apprit que Jésus était né dans son royaume. A cette occasion ils oublièrent même quelques différends, et devinrent amis. Il est impossible de dire les souffrances et les douleurs que souffrit Jésus dans ce trajet de Pilate à Hérode, de la part de ces bourreaux excités par Lucifer, qui voulait s'assurer toujours davantage par la grandeur de la patience de Jésus, s'il était le Messie. Sa mère affligée, suivit derrière la masse de la populace, toute occupée de son divin fils. La grande reine n'entra pas dans la maison d'Hérode, mais elle vit tout ce qui s'y fit, et entendit toutes les demandes d'Hérode. Lorsqu'il en sortit revêtu de l'habit des insensés, elle comprit toute la grandeur de cette injure et l'adora profondément comme la sagesse infinie. Elle le suivit avec la même constance, lorsqu'il fut ramené chez Pilate; plusieurs fois à cause de la foule, et par la violence avec laquelle on le traînait, embarrassé par sa longue tunique, Jésus tomba par terre; en tombant les veines s'ouvrirent par la manière dont ils le traînaient cruellement, et aussi par les coups et les mauvais traitements' qu'il recevait, ne pouvant se relever, parce qu'il avait les mains enchaînées et attachées derrière le dos. Alors la prudente et tendre mère ordonna aux saints anges, non-seulement de recueillir ces gouttes de sang très-précieux, qui tombaient à terre, afin qu'elles ne fussent pas profanées et foulées aux pieds, mais elle leur commanda aussi de soutenir leur Créateur, lorsqu'il serait exposé à tomber. . Mais elle ne voulut pas donner cet ordre aux anges avant d'en avoir obtenu la permission du Seigneur, qu'elle pria de condescendre en cela, aux humbles prières de sa mère affligée. Jésus fut ramené devant Pilate, qui voyant son innocence, et l'envie et la haine des juifs, essaya de le délivrer. Il parla seul avec Jésus, il dit aussi en secret à quelques-uns des chefs de la synagogue, qu'il y avait dans la prison un scélérat infâme, condamné par le peuple, qu'ils devaient donc demander qu'on délivrât le Nazaréen et non Barrabas, c'était le nom de l'homicide et du meurtrier. Cette coutume de délivrer un criminel à la fête de Pâques avait été introduite chez les Juifs, en souvenir de la délivrance d'Egypte. La mère affligée était présente dans la maison de Pilate, à tout ce qu'il fit pour délivrer son fils. Elle vit aussi l'ambassade de la femme de Pilate nommé Procule à son mari et elle vit que c'était une suggestion de Lucifer. pour empêcher la rédemption. La divine Marie était de toute part transpercée d'un glaive de douleur, mais elle le fut plus cruellement lorsqu'elle entendit que Barrabas était préféré à son divin fils. Le moyen tenté par Pilate pour délivrer le Seigneur, n'ayant pas réussi, il pensa à un moyen d'habilité toute humaine, ce fut de le faire flageller pour apaiser ainsi la haine des juifs, et comme suffisamment châtié ensuite de le délivrer. Mais il jugea contre toute justice, car il avait bien reconnu l'innocence de Jésus. Pour exécuter cette flagellation, on choisit six jeunes hommes robustes des plus inhumains et des plus barbares. ils l'amenèrent dans une cour, où était une colonne, et lui enlevèrent les cordes, les chaînes et les menottes, ils lui ôtèrent d'abord le manteau blanc, ensuite ils le dépouillèrent de sa robe sans couture et son corps fut tout nu, excepté une espèce de caleçon, qu'ils voulaient même lui ôter, mais la grande reine l'empêcha, en priant le Père éternel de ne pas le permettre. La flagellation commença sous les yeux de la mère affligée, ils le lièrent si étroitement à la colonne avec des petites cordes, qu'elles lui entrèrent dans la chair et que ses divines mains se gonflèrent. Ensuite ils se mirent à le flageller deux à deux, les uns après les autres, avec une cruauté si inouïe que la férocité humaine n'en était pas capable, si Lucifer lui-même ne se fut comme incorporé dans le coeur de ses bourreaux impitoyables. Les deux premiers flagellèrent l'innocent Jésus avec des cordes tordues, dures et grosses en y employant toute la fureur de la rage et toutes leurs forces. Ces premiers coups de fouets firent sur son corps divin si délicat de grandes et livides meurtrissures, il se fendit de toutes par en se gonflant, et le sang était sur le point de couler à travers les blessures. Les deux premiers bourreaux étant épuisés de fatigue, les deux seconds se mirent à leur place, ils le frappèrent avec des courroies de cuir très-dures sur les premières blessures et firent crever les meurtrissures livides et gonflées qu'avaient fait les premiers, de sorte que le sang divin en sortit, et non-seulement il couvrit le corps sacré d Jésus-Christ, mais encore il baigna les vêtements des sacrilèges bourreaux et découla jusqu'à terre, ces seconds étant hors d'haleine, les troisièmes les remplacèrent et se servirent de nouveaux instruments qui étaient des nerfs d'animaux très-durs, semblables à des verges sèches. Ils flagellèrent le Sauveur avec une cruauté plus grande encore, parce qu'ils frappaient sur les blessures faites par les deux premiers et les seconds; mais comme les veines de son corps divin avaient déjà été rompues et qu'il n'était plus qu'une seule plaie, ces troisièmes bourreaux ne pouvaient plus faire de nouvelles plaies dans aucune partie du corps, c'est pourquoi en redoublant leurs, coups terribles ils arrachèrent la chaire divine et immaculée, de sorte qu'il en tomba des morceaux à terre et les os furent mis à découvert en diverse parties des épaules. Pour satisfaire encore mieux leur férocité inouïe ils le flagellèrent au visage, aux jambes, aux pieds et aux mains, sans épargner une seule partie. Le sang divin se répandit à flots sur la terre. Son divin visage et tout meurtri, déchiré et si couvert de sang et d'horribles crachats qu'on ne pouvait plus le reconnaître. De même la mère des douleurs, dans un coin de la cour, avec la sainte suite qui l'accompagnait dans ses douleurs, ressentait dans son âme et dans son corps virginal tous les coups mot tels qu'endurait son divin fils, et elle fut si affligée que saint Jean et les Maries ne reconnaissaient plus les traits de son visage, parce que sa douleur et ses souffrances étaient sans mesure, à cause de sa grande foi et la parfaite connaissance qu'elle avait de l'incomparable dignité de son divin fils. Elle seule sut apprécier, mieux que toutes les créatures, l'innocence de Jésus-Christ, la dignité de sa divine personne, l'énormité des injures qu'il recevait et les tourments indicibles qu'il supportait. Cependant dans le désir de le voir mourir sur la croix, ils le délièrent et il tomba par terre baigné dans son sang. Ils lui ordonnèrent de se vêtir, un de ces méchants lui avait caché sa tunique sans couture, et le voyant ainsi nu et couvert seulement de plaies et de sang, ils l'injurièrent et le couvrirent de railleries. En ce temps, ils allèrent dire à Pilate que prétendant devenir roi des juifs, il était juste de le couronner d'épines. Ayant obtenu cette injuste permission de Pilate, ils lui mirent sur les épaules des haillons de pourpre et un roseau à la main en guise de sceptre, et enfin ils enfoncèrent violemment sur sa tête divine une couronne d'épines pour servir de diadème. Elle était composée de joncs marins, très-épineux, avec des pointes fines et dures et ils la lui placèrent de manière que les épines en grand nombre pénétrèrent les os de la tête, d'autres arrivèrent jusqu'aux oreilles et d'autres encore jusqu'aux yeux. Après cette douloureuse et cruelle ignominie, ils adorèrent comme un roi de théâtre, celui qui par nature et à toute sorte de titres, était le véritable roi des rois et le Seigneur des seigneurs. Tous les soldats de la cohorte se rassemblèrent aussitôt en présence des prêtres et des pharisiens et ayant mis au milieu d'eux l'aimable Jésus, ils le chargèrent de blasphèmes avec des railleries indicibles, les uns se mettaient à genoux devant lui et lui disaient par moquerie Je vous salue roi des juifs. D'autres lui donnaient de sanglants soufflets, et d'autres lui frappaient la tête avec le roseau, quelques uns couvraient son divin visage de dégoûtants crachats et tous l'accablaient d'injures, et d'outrages de toutes sortes inspirés par le démon. Pilate pensa que le coeur de ce peuple ingrat et furieux, serait attendri à un spectacle si douloureux, c'est pourquoi il le fit montrer au public d'une grande fenêtre, en disant Voilà l'homme; qu'avez-Vous sujet de craindre qu'il se fasse roi, puisqu'il ne ressemble plus à un homme et qu'on ne trouve rien en lui qui soit digne de mort, Mais le peuple en fureur, cria : Crucifiez-le! Crucifiez-le! La mère des douleurs en voyant son fils réduit à un semblable état, se mettant à genoux, l'adora, et le reconnut pour vrai Dieu et vrai homme; saint Jean, les saintes femmes et tous les anges qui assistaient la grande reine en firent autant. La grande reine pria le Père éternel de faire connaître plus clairement à Pilate l'innocence de Jésus, c'est pourquoi Pilate prit Jésus à part, et lui fit les interrogations rapportées par les évangélistes, aussi il le montrait au peuple en répétant que Jésus était innocent. Les juifs s'aperçurent du désir de Pilate de délivrer Jésus, ils crièrent donc à Pilate, en faisant un grand bruit et en le menaçant, s'il ne condamnait pas Jésus à mort, Pilate alors se troubla beaucoup et vaincu parla crainte, il s'assit sur son tribunal vers l'heure de midi, la veille de la Pâque des juifs, il se lava d'abord les mains, croyant aveuglement se purifier ainsi de l'injustice qu'il commettait et il prononça enfin la sentence de mort contre l'auteur de la vie. La mère affligée vit et entendit tout et la cruelle amertume de son coeur accablé de tristesse et d'affliction se renouvela, et le glaive tic douleur divisa, pénétra et transperça, sans aucune pitié son âme. Mais comme la grandeur des douleurs que ressentit la très-sainte Vierge surpassent tout ce que l'intelligence humaine peut comprendre, il faut le laisser à la piété chrétienne. De même il est impossible de rapporter tous les actes intérieurs héroïques d'adoration, de louanges, de vénération, d'amour, de compassion, de douleur et de conformité à la divine volonté qu'elle fit.

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Prions

Regardez, Seigneur, nous Vous en prions, la famille qui Vous appartient: c'est pour elle que Jésus, le Christ, notre Seigneur, ne refusa pas d'être livré aux mains des méchants ni de subir le supplice de la Croix. Lui qui vit et règne avec Vous dans l'Unité du Saint Esprit, maintenant et toujours et pour les siècles et les siècles. Amen.


Semaine Sainte 2010, Vendredi Saint 2/2

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Semaine Sainte 2010

 

Vendredi Saint

Textes extrait des révélations de Maria d'Agreda

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Jésus monte au Calvaire, sa mort


 

L'injuste sentence étant pr6noncée, ils amenèrent Jésus de Nazareth un peu à l'écart, et le dépouillèrent des ignominieux haillons de pourpre pour le revêtir de ses propres habits, avec la couronne d'épines, afin qu'on le reconnût. La ville était remplie de monde, à cause du concours d'étrangers venus à la grande fête de Pâques, ils accoururent donc tous pour voir ce qui se passait et ils remplirent les rues jusqu'au palais de Pilate. Jésus apparut au milieu de tout ce peuple, à la vue d'un si pitoyable spectacle, il s'éleva un bruit comme un murmure confus, ou l'on ne distinguait que la joie insolente et les injures des princes des prêtres et des pharisiens. Le reste de la multitude était divisé en sentiments et en opinions diverses et tout était plein de confusion suivant les pensées de chacun. Il y en avait dans la foule plusieurs qui avaient été guéris par les miracles de Jésus, d'autres qui avaient entendu sa doctrine et l'avaient embrassée, et ils le plaignaient amèrement, d'autres gardaient le silence, on ne voyait donc que confusion. Des onze apôtres, saint Jean seulement était présent, lorsqu'il vit son bien-aimé Seigneur et son maître, amené publiquement pour être crucifié, son coeur fut transpercé d'une si cruelle douleur qu'il perdit connaissance et resta sans mouvement et sans pouls comme s'il eût été privé de vie, et les autres Maries eurent aussi une défaillance semblable à la mort. La reine des vertus fut invincible et conserva toujours un coeur magnanime dans sa plus grande douleur, elle ne s'évanouit jamais et n'eut aucune défaillance comme les autres. Elle fut en tout forte, admirable et prudente dans toutes ses actions extérieures, elle agit avec tant de sagesse que sans faire entendre aucune plainte ni pousser aucun cri elle ranima les Maries et saint Jean et elle pria, le Seigneur de les fortifier, par sa divine vertu, et par l'efficacité de ses saintes prières, ils reprirent de nouvelles forces. Au milieu de cette confusion et dans son immense douleur, elle ne fit jamais une action ni un mouvement où ne respirât la modestie, mais avec la sérénité d'une reine elle répandait des larmes continuelles, et était attentive au divin Jésus, elle priait le Père, éternel, lui offrait les souffrances et la passion de son fils et elle imitait les actes intérieurs que faisait le sauveur. Elle considérait la grande malice du péché, pénétrait les mystères de la rédemption et invitait les anges à louer et à adorer le Très-Haut, elle priait aussi pour les amis, pour les ennemis. Son amour s'élevait à son plus haut degré et elle éprouvait une douleur qui correspondait à son amour, c'est pourquoi elle pratiquait en mène temps toutes les vertus à la grande admiration des esprits célestes et l'extrême complaisance de. la très-sainte Trinité. En présence d'une foule immense, les bourreaux présentèrent la croix à Jésus et la mirent sur ses délicates toutes couvertes de plaies , et afin qu'il pût la porter ils lui délièrent les mains, mais non le reste du corps. Ils lui mirent la chaîne autour du cou et lui lièrent le corps avec de longues cordes, et avec une ils le tiraient par devant et avec l'autre par derrière. La croix était d'un bois très-pesant et longue de quinze pieds. Le héraut avec une trompette marcha au-devant pour lire la sentence, et toute cette multitude de peuple confuse et bruyante, les bourreaux et les soldats, se mirent en mouvement avec des railleries, des rires, des cris et un grand bruit, dans un désordre effroyable, pour aller à travers les rues de Jérusalem, du palais de Pilate au mont du Calvaire. Notre-Seigneur commença le douloureux voyage au milieu de mille injures, plusieurs fois il tomba par terre parce que les uns le tiraient par-devant et les autres par-derrière, et aussi à cause de la charge pesante de la croix. Dans ses diverses chutes à terre le rédempteur se fit de nouvelles et nombreuses plaies qui lui causèrent une immense douleur, mais surtout celles des deux genoux. Le poids si lourd de la croix lui fit encore une grande plaie à l'épaule sur laquelle elle s'appuyait, et en le secouant et en le tirant avec violence il heurtait fréquemment la tête contre la croix et chaque coup faisait pénétrer plus profondément les épines dans le crâne, ce qui faisait éprouver une insupportable et nouvelle douleur au rédempteur. Toute la foi, la science et l'amour se trouvaient pour ainsi dire renfermés en ce triste moment dans le grand coeur de la divine mère, c'est pourquoi elle seule avait une véritable connaissance et faisait une appréciation juste et digne des grandes souffrances et de la mort d'un Dieu fait homme pour les hommes, Sans jamais cesser de prêter l'attention nécessaire à ce qu'il fallait faire extérieurement, elle contemplait et pénétrait avec sa sagesse profonde tous les mystères de la rédemption du monde et la manière dont elle s'accomplissait, par l'ignorance des hommes qui étaient rachetés, Elle appréciait d'une manière digne, quel était celui qui souffrait, ce qu'il souffrait, de qui et pour qui il souffrait, de sorte qu'elle eut après son divin fils la science la plus sublime de la dignité, de la personne de Jésus-Christ, en qui se trouvait réunies les deux natures divine et humaine, ainsi que des perfections et des attributs de chacune d'elle. Elle seule entre les pures créatures parvint à apprécier et à estimer la sainte passion et l'ignominieuse mort de son Dieu fait homme; et non-seulement la douce colombe vit comme témoin oculaire de tout ce qu'il souffrit, mais encore elle le connut par sa propre expérience dans son coeur très-pur. Il arrivait quelquefois que la mère des douleurs ne voyait pas souffrir son fils bien-aimé dans quelque rue qui conduisait au Calvaire, mais elle ressentait dans son corps virginal et dans son esprit tous les tourments de son fils, et elle s'écriait: Ah! mon fils, quel martyre souffre mon fils. Elle fut si admirable dans sa constance à souffrir avec son divin fils, qu'elle en fit son unique modèle et jamais l'amoureuse mère ne se permit aucune sorte de soulagement pendant toute la cruelle passion, non-seulement clans son corps car dans ce temps elle ne reposa point, ne dormit ne mangea ni ne but, mais même dans son esprit, suspendant toutes les considérations qui pouvaient adoucir ses douleurs, excepté lorsque le Très-Haut lui communiquait une influence divine pour lui conserver la vie. Le Très-Haut opéra un autre mystère secret contre Lucifer par le moyen de sa divine mère. Le dragon infernal et ses ministres considéraient avec attention tout ce qui se passait dans la passion, et ils ne pouvaient encore s'assurer de la vérité, mais lorsque le Seigneur reçut la croix, ces ennemis insensés sentirent min nouvel accablement dans leurs, forces, et ne comprenant la cause de cette oppression, ils en furent étonnés, et ils furent saisis d'une tristesse mêlée de rage. Lorsque le prince des ténèbres éprouva ces effets tout nouveaux, il jugea que la passion et la mort de Jésus- Christ le menaçaient d'une ruine irréparable et que son empire allait être détruit. Pour ne pas attendre cet évènement en présence de Jésus-Christ, il résolut de s'enfuir avec tous ses compagnons, et de se réfugier dans les cavernes infernales. Mais tandis qu'il formait ce dessein, il fut retenu par le pouvoir de notre grande reine, car le Très-Haut en ce moment l'éclaira de sa lumière et l'investit de sa puissance, en lui faisant connaître ce qu'elle devait faire, Alors la divine mère se tourna vers l'orgueilleux Lucifer et toutes ses légions, et les arrêta avec un empire de reine afin qu'ils ne s'enfuissent pas; et leur ordonna d'attendre la fin de toute la passion de son divin fils et d'être présents à ce qui arriverait sur le mont de Calvaire. Les esprits rebelles ne purent résister au commandement de la puissante reine, parce qu'ils reconnurent la vertu divine qui opérait sur elle, c'est pourquoi dociles à ses ordres ils accompagnaient Jésus. Christ comme vaincus et enchaînés jusqu'au Calvaire, où l'éternelle sagesse avait résolu de triompher de l'enfer du trime de la croix. Cependant les bourreaux traînaient notre Sauveur avec une cruauté et des outrages incroyables, les uns le tiraient en avant par les cordes pour le faire marcher plus vite, et les autres pour le faire souffrir le tiraient en arrière afin d'augmenter ses peines. Ces violences si cruelles et le poids si pesant de la croix le faisaient tomber à terre, et dans la chute qu'il faisait en tombant sur les pierres il se faisait des larges plaies. Il recevait de continuelles injures et de railleries, ils jetaient sur sa divine face des crachats et de la boue, d'une si horrible manière qu'ils lui couvraient les yeux, et un grand nombre de personnes se voilaient la face de leurs mains parce qu'elles en étaient saisies de confusion. La mère affligée voyait tout cela et adorait continuellement son divin fils portant la divine croix, elle priait intérieurement avec humilité que puisqu elle ne pouvait le soulager du poids si pesant de la croix, et qu'il ne voulait pas permettre que les anges le fissent, comme elle le désirait dans sa grande compassion envers lui, il daignât au moins par sa puissance, inspirer à ces bourreaux de lui chercher quelqu'un pour l'aider à la porter. Le divin fils exauça cette prière, c'est pourquoi il advint que le voyant épuisé et craignant qu'il ne mourût avant qu'ils le crucifiassent, ils forcèrent Simon de Cyrène à l'aider à porter la croix. Il y avait parmi la foule qui suivait le Seigneur, plusieurs femmes de Jérusalem, qui s'affligeaient et pleuraient amèrement comme le raconte l'évangéliste. Le Seigneur se tourna vers elles, et leur dit; filles de Jérusalem ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous et sur vos enfants, et le reste comme il est rapporté par saint Luc. Le Cyrénien prit la croix et suivit Jésus qui marchait entre deux voleurs, afin que tout le monde crût qu'il était un malfaiteur et un scélérat comme les autres. La mère affligée se trouvait très-rapprochée de son divin fils, comme elle l'avait désiré, quelle fut la grandeur ,de la douleur et la peine extrême de cette sainte mère, en voyant si près d'elle son fils bien-aimé si cruellement maltraité, et qu'elle fut celle du fils, en voyant sa mère dans les douleurs de la mort, il faut le laisser à ht pieuse considération des fidèles. Le nouvel Isaac arriva au mont du sacrifice accablé de lassitude et épuisé, couvert dû sang et de plaies, et si défiguré qu'il était impossible reconnaître. La divine mère parvint aussi au Calvaire, et voyant que les bourreaux se disposaient à le dépouiller, elle se mit à genoux et l'offrit au Père éternel pour le salut du monde. Ensuite elle remarqua qu'on avait donné selon la coutume aux deux larrons un vin généreux et aromatisé pour les fortifier, mais qu'ils voulaient donner à son fils un breuvage de fiel, elle pria intérieurement le divin Jésus de ne pas martyriser sa sainte bouche et de ne point le prendre, le divin fils écouta cette amoureuse prière de sa mère, il goûta l'amère boisson, mais il ne la but point. C'était déjà l'heure de la fête, c'est-à-dire midi, toutes les douleurs du rédempteur lui furent renouvelées, ils lui arrachèrent de vive force la robe sans couture qui était collée aux plaies; en la tirant par la tête sans ôter la couronne d'épines, ils enlevèrent, par la violence qu'ils y mirent cette couronne avec la tunique sans couture, renouvelant ainsi les blessures de sa tête sacrée, avec une cruauté inouïe et une douleur incompréhensible. ils lui remirent de nouveau cette couronne avec violence, de sorte que la mère affligée vît son divin fils qui n'était plus qu'une plaie, et si elle ne mourut pas d'affliction et de douleur, ce fut par un miracle de la toute-puissance de Dieu. Tandis que les bourreaux se préparaient à le crucifier, il pria le Père éternel pour le genre humain et pour ceux qui le crucifiaient, et sa miséricordieuse mère unit sa prière à la sienne. Lorsque les bourreaux firent les trous à la croix pour les clous, l'amoureuse mère put alors s'approcher, elle prit son bras languissant et baisa sa divine Main, elle l'adora avec une grande vénération, et l'agonisant Jésus fut un peu consolé et fortifié de la beauté de cette grande âme. ils le poussèrent violemment et le firent tomber sur la croix, alors élevant les yeux au ciel, il étendit les bras et mit sa main droite sur le trou, il s'offrit de nouveau au Père éternel, alors avec une cruauté inouïe ils clouèrent cette main toute-puissante avec un clou angulaire et très-gros, qui brisa les veines et rompit les nerfs. Le bras gauche ne put atteindre au trou, parce que les nerfs s'étaient retirés et parce qu'ils l'avaient fait à dessein plus distant qu'il ne fallait, alors ils prirent la chaîne qu'il avait portée à son cou, et mettant son poignet à la menotte qui était à l'un des bouts, ils tirèrent le bras avec une cruauté inouïe et le clouèrent, le sang se répandait en abondance avec une souffrance incroyable du fils et de la mère qui était là présente. ils passèrent ensuite aux pieds, et les plaçant l'un sur l'autre, ils les lièrent avec la même chaîne, et tirant avec une grande violence et cruauté, ils les clouèrent ensemble avec un troisième clou un peu plus fort que les autres. Le sacré corps fut ainsi cloué sur la divine croix, mais dans un tel état qu'on pouvait lui compter les os, qui étaient entièrement disloqués et qui étaient sortis de leur place. Ceux de la poitrine, des épaules et des cuisses furent déboîtés et entièrement déjoints par la cruelle violence des bourreaux. Considérons ici maintenant le coeur si accablé de la pauvre mère, et son corps virginal environné de douleurs de touts parts. Ah! ma grande reine sans consolation. Après que le Seigneur qui n'était plus qu'une plaie eut été crucifié, afin que les clous ne se détachassent point et que le corps divin ne tombât à terre, ces monstres de cruauté jugèrent bon de les river par derrière. Ils commencèrent donc par élever la croix pour la renverser sens dessus-dessous, et appuyer ainsi contre la terre Jésus crucifié. Cette nouvelle cruauté fit frémir tous les assistants, et il s'éleva un grand bruit dans la foule touchée de compassion. La mère affligée recourut au Père éternel pour cette inconcevable cruauté, afin qu'il ne permît qu'elle se fit selon l'intention des bourreaux, et elle commanda aux anges de venir au secours de leur créateur. Dès qu'ils eurent fini, ils élevèrent la croix et la firent tomber dans le trou creusé à cet effet, mais ces monstres soutinrent le corps avec leurs lances et lui firent de profondes blessures sous les bras, en enfonçant le fer dans la chair pour aider à dresser la croix. A ce spectacle si cruel, le peuple redoubla ses cris et le bruit et la confusion augmentèrent, de sorte que le coeur de la pauvre mère était entièrement accablé de douleur. Les juifs le blasphémaient, les dévots le pleuraient, les étrangers étaient confondus d'étonnement, et quelques uns n'osaient pas le regarder par l'horreur qu'ils en éprouvaient,, et le corps sacré répandait son sang en abondance par les blessures qui avaient été faites et les plaies qui avaient été renouvelées. Ils crucifièrent également les deux voleurs, et ils dressèrent leurs croix l'une à droite l'autre à gauche, ils le placèrent au milieu, afin qu'il fut considéré comme le chef et le plus grand des scélérats. Les pontifes et les pharisiens branlaient la tête avec des gestes de mépris, ils l'insultaient et lui jetaient de la poussière et des pierres , en disant; toi qui détruis le temple de Dieu et le rebâtis en trois jours, sauve- toi toi-même. Les deux voleurs l'injuriaient aussi et lui disaient; si tu es le fils de Dieu, sauve-toi toi-même et nous aussi. Cependant la sainte Vierge à genoux adorait son divin fils, elle pria le Père éternel de faire éclater l'innocence de Jésus-Christ. Sa prière fut exaucée la terre trembla, le soleil s'éclipsa, la lune s'obscurcit et les éléments furent dans la confusion, les montagnes se, fendirent ainsi que le voile du temple, les tombeaux s'ouvrirent ‘et les bourreaux se retirèrent contrits, gémissants et convertis, parce que Jésus en agonie, proféra ces paroles qui renferment l'excès de la charité : Mon père, pardonnez leur, car ils ne savent ce qu'ils font. L'un des voleurs appelé Dismas, entendant ces paroles, et la sainte Vierge près de laquelle il était intercédant en même temps pour lui, il fut éclairé intérieurement et par cette divine lumière, il fut touché de contrition pour ses péchés, il reprit son compagnon et défendit l'honneur de Jésus-Christ, il se recommanda au Sauveur et le paradis lui fut promis. Le bon larron ayant été justifié, Jésus jeta un regard plein de tendresse sur sa mère, et proféra la troisième parole : femme voilà votre fils, en lui montrant saint Jean, et il dit à celui-ci : voilà votre mère. Il était près de trois heures et il adressa à son père la quatrième parole: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez vous abandonné, s'affligeant de ce que la divinité avait suspendu les divines influences à sa sainte humanité, et aussi parce qu'il voyait un grand nombre de méchants, qui quoique devenus ses membres, et malgré son sang versé avec une si surabondante profusion, devaient se séparer de son corps divin et se damner. C'est pourquoi il proféra la cinquième parole : j'ai soif. Il avait soif de voir tous les hommes correspondre au salut par la foi et la charité qu'ils lui devaient. Mais les méchants lui présentèrent à l'extrémité d'un roseau une éponge trempée de fiel et de vinaigre. A la prière de la sainte Vierge, il refusa pour ne pas martyriser sa sainte bouche. Il prononça la sixième parole : Consummatum est, pour annoncer que la grande oeuvre de la rédemption du monde était accomplie. Enfin il ajouta; mon père, je remets mon. âme entre vos mains, il prononça ces divines paroles d'une voix forte èt sonore, en élevant au ciel ses yeux pleins de sang, et inclinant sa tête divine, il expira. Si la divine mère n'expira pas aussi ce fut par un miracle de la toute-puissance de Dieu. Lucifer et tous les siens par la vertu de ces dernières paroles fut vaincu et précipité dans l'enfer, et son empire fut détruit. La sainte Vierge demeura au pied de la croix jusqu'à la fin du jour, où l'on ensevelit le corps du rédempteur. Et en récompense de cette dernière douleur la très-pure mère fut toute spiritualisée dans le peu de l'être terrestre, que son corps virginal avait encore. Chaque père de famille fait son testament avant de mourir, ainsi Jésus-Christ avant de prononcer les sept paroles fit son testament sur la croix concerté avec le Père éternel, il resta scellé et caché pour les hommes, il ne fut ouvert qu'à la divine mère comme coadjutrice de la rédemption. il la déclara héritière, et exécutrice testamentaire pour accomplir sa divine volonté, et tout fut remis dans ses mains par le divin maître, comme le Père avait tout remis dans celles du fils. Ainsi notre grande reine dut distribuer les trésors dus à son fils parce qu'il est Dieu, et acquis par ses mérites infinis. Elle fut déclarée donc la dépositaire de toutes les richesses, dont son fils, notre rédempteur nous cède les droits auprès du Père éternel, afin que les secours, les grâces, et les faveurs soient accordés par la sainte Vierge et qu'elle les distribue de ses mains miséricordieuses et libérales.

Friday

Triomphe de Notre Seigneur sur la Croix contre la mort et contre l'Enfer

 

Dans tout le cours de la vie divine de Jésus-Christ notre souverain bien, la divine providence ne permit jamais que les démons le reconnussent pour Dieu et rédempteur du monde, et en conséquence ils ne connurent jamais la sublime dignité de la très-sainte Vierge. Lucifer resta toujours dans son aveuglement, car tantôt il jugeait qu'il était Dieu à l'éclat de ses miracles, ensuite il cessait de le croire en le voyant si pauvre et si humble. Il fut enfin entièrement convaincu au triomphe glorieux de la divine croix. Au moment que Notre-Seigneur embrassa la croix bien-aimée, Lucifer, avec les siens, se sentit affaibli, comme privé de sa force, vaincu et lié, et l'extrémité des chaînes fut placée entre les mains de la divine mère, afin que par la vertu de son divin fils elle les tint assujettis et enchaînés. Ils firent tous leurs efforts pour s'enfuir et se précipiter dans l'abîme, mais ils furent contraints et forcés par la grande reine, à la grande honte de l'orgueilleux et superbe Lucifer, de voir la fin de tous ces mystères. Lucifer donc et toutes les légions infernales étaient accablés d'un tourment insupportable par la présence de Jésus-Christ, et ils étaient forcés par la mère à leur grand chagrin et à contre-coeur de ne pas cesser de se tenir autour de la croix. Lorsque Jésus-Christ commença à parler sur la croix, il voulut que les démons l'entendissent, qu'ils pénétrassent le sens des paroles et comprissent tous les profonds mystères qu'elles renfermaient. En l'entendant recommander à son Père ses ennemis, ils reconnurent clairement qu'il était le véritable Messie, c'est pourquoi ils éprouvèrent une grande rage de la force de ces paroles pleines d'une charité infinie, et ils voulaient se précipiter dans les abîmes, mais ils furent arrêtés par le commandement de la puissante reine. Lorsqu'ils l'entendirent promettre le paradis au bon larron, ils comprirent le fruit de la rédemption, Lucifer en devint furieux, et il en vint à humilier son grand orgueil aux pieds de la grande reine pour lui demander de le chasser de sa présence et le précipiter avec les siens dans l'enfer, mais cela ne leur fut pas permis pour leur plus grand supplice et plus cruel tourment. Lorsqu'il recommanda sa mère à saint Jean, en l'appelant femme ils connurent qu'elle était véritablement cette grande femme qu'ils avaient vue dans le ciel après leur création et qu'elle était celle qui devait écraser la tête de Lucifer, comme il en avait été menacé dans le paradis terrestre. A la quatrième parole qui témoigne de son abandon, ils connurent la charité incompréhensible de Jésus qui se plaignait à son Père, non pas de ce qu'il souffrait , mais parce qu'il désirait souffrir encore davantage pour le genre humain. Ils entrèrent dans une plus grande rage lorsqu'ils entendirent, J'ai soif parce qu'ils virent bien qu'il n'avait pas soif dans son corps, mais dans son âme, à cause de l'ardente charité dont il était enflammé pour notre salut éternel. Lorsqu'ils entendirent la sixième parole mystérieuse, tout est consommé, consummatum est, ils eurent une entière connaissance du grand mystère de l'incarnation et de la rédemption qui étaient déjà accomplis à leur éternelle honte et confusion. Le règne de Jésus-Christ était ainsi établi et l'empire de satan entièrement détruit, c'est pourquoi lorsque Jésus prononça ces paroles : Mon Père je remets mon âme entre vos mains, et, qu'il inclina la tête et expira, la terre s'ouvrit aussitôt et Lucifer avec tous les siens fut englouti d'une manière terrible dans le fond des enfers, avec plus de rapidité que la foudre, qui tombe des nues. Il tomba dans l'enfer désarmé et vaincu et sa tête fut écrasée sous les pieds de Jésus-Christ et de sa mère. Cette chute si rapide de Lucifer avec tous ses démons, fut plus honteuse et leur causa un tourment plus grand que, lorsqu'ils furent précipités la première fois du ciel. Et quoique ce malheureux séjour soit toujours un lieu de profondes ténèbres, et couvert des ombres de la mort, néanmoins à cette occasion il devint plus triste encore, car les damnés y éprouvèrent une nouvelle horreur par la violence avec laquelle les démons y furent précipités. Judas principalement ressentit un tourment plus grand; ce malheureux en tombant dans l'enfer, fut jeté dans un abîme sans fond où les démons avaient déjà voulu précipiter d'autres âmes, mais ils ne l'avaient jamais pu, sans en connaître la raison. Dès le commencement, cet abîme horrible de tourments particuliers avait été destiné pour Judas et pour les imitateurs de Judas, les mauvais prêtres, les religieux relâchés, les chrétiens de mauvaise vie qui après avoir reçu le saint baptême, se damnant parce qu'ils ne profitent pas des saints sacrements, de la doctrine, de la passion et de la mort de Jésus-Christ, et de la toute puissante intercession de sa très-sainte Mère. Aussitôt que Lucifer, le Seigneur le permettant ainsi, se fut remis de sa chute si terrible, il réunit en assemblée tous les chefs des légions infernales et leur parla ainsi : Mes complices, vous voyez que nous avons perdu l'empire que nous avions sur le monde, et que nous avons été terrassés par l'homme Dieu et mis sous les pieds de sa mère. Que faire maintenant ô mes compagnons, comment pourrons-nous rétablir notre empire détruit? Comment pourrons nous perdre les hommes? Qui ne suivra désormais et n'imitera cet homme Dieu? Les hommes marcheront tous à sa suite, ils lui donneront tous leur coeur à l'envi, ils embrasseront sa loi, observeront ses préceptes, et personne ne prêtera plus l'oreille à nos tromperies, ils rejetteront les richesses et fuiront les honneurs que nous leurs promettons pour les tromper. Ah! sans doute, sur cet exemple, ils aimeront tous la pauvreté, la pureté, l'obéissance et. le mépris. Ils obtiendront tous cette félicité éternelle que nous avons perdue; ils s'humilieront tous jusqu'au-dessous de la poussière et ils souffriront avec patience pour imiter leur rédempteur. Mon orgueil néanmoins ne cède point. Allons, courage, concertons-nous. Approchez pour conférer avec moi sur les moyens par lesquels nous ferons la guerre au monde racheté par un homme Dieu et protégé par sa mère notre terrible ennemie. A cette proposition si difficile, quelques chefs des démons, les plus rusés, répondirent en l'excitant à empêcher les fruits de la rédemption et ils dirent : Il est vrai que les hommes possèdent maintenant une loi très-douce, des sacrements qui sont très-efficaces, les nouveaux exemples d'un divin maître, et la toute-puissante intercession de cette nouvelle femme; mais la nature humaine est toujours la même et les choses délectables et sensibles n'ont pas été changées, c'est une condition de la nature humaine, qu'occupée à un objet elle ne peut ètre attentive à ce qui lui est opposé. Ils résolurent alors de maintenir l'idolâtrie dans le monde, afin que les hommes ne parvinssent jamais à la connaissance du vrai Dieu et de la rédemption; et si l'idolâtrie était détruite, qu'il fallait introduire de nouvelles sectes et hérésies dans le monde. Alors furent inventés par ces monstres infernaux les dogmes erronés d'Arius, de Pélage, de Nestorius, de Mahomet et des autres hérétiques maudits. Tout cela fut approuvé par Lucifer, parce qu'il détruisait le fondement de la vie éternelle bienheureuse. D'autres démons prirent l'engagement de mettre tous leurs soins, à rendre négligents les parents et les chefs de famille dans l'éducation de leurs enfants et de leurs subordonnés. D'autres prirent la charge de semer la division entre les maris et les épouses pour faire naître des haines et des querelles entre eux, parce que ce serait une disposition prochaine à l'adultère. Les autres dirent, il faut travailler à enlever la piété et tout ce qui est spirituel et divin, faire en sorte que les hommes ne comprennent pas la vertu des sacrements, et qu'ils les reçoivent en état de péché; et lorsqu'il arrivera qu'ils n'auront pas commis des fautes mortelles, qu'ils les reçoivent sans ferveur et sans dévotion, car puisque ces bienfaits sont spirituels, il est nécessaire de les recevoir avec ferveur et bonne volonté, pour que ceux qui y participent en retirent des fruits plus abondants. S'ils en viennent à mépriser le remède, alors négligents de leur salut ils ne pourront pas recouvrer leurs forces, ils ne résisteront pas à nos tentations, et aveuglés ils ne reconnaîtront pas nos tromperies et nos piéges, et n'apprécieront pas l'amour de leur propre rédempteur, ni la protection de la puissante femme. Par-dessus tout ils résolurent d'un commun accord de mettre tout leur zèle et tout leur soin à effacer de la mémoire des fidèles, le souvenir de la douloureuse passion de Jésus-Christ, parce qu'ils oublieraient ainsi les peines de l'enfer, et le danger de leur éternelle damnation. Il n'est pas possible de rapporter ici les avis et les résolutions de ces esprits rebelles, qui tramèrent la destruction de l'église et la perte des fidèles. il suffit de dire, que ce conciliabule infernal dura une année entière. Lucifer écouta tous les projets des démons, et les approuva, il excita ensuite toutes ses légions infernales, et mit tout en oeuvre contre le monde racheté et surtout contre les chrétiens. Il ordonna à ses complices animés par la rage de semer la discorde dans l'église et dans les chefs et les maîtres l'ambition, l'avidité, la sensualité, l'avarice, afin que les pêchés se multipliant, parmi les chrétiens et surtout dans les chefs et ceux qui doivent conduire les autres, Dieu s'irrite justement contre eux par leur ingratitude; alors il adviendra, qu'il leur refusera et leur soustraira les secours de la grâce, ils se fermeront par leurs péchés la voie maintenant ouverte de la rédemption, et ainsi l'enfer triomphera. Quiconque lira ce chapitre doit réfléchir sérieusement, que Lucifer et l'enfer est toujours le même, qu'il a la même haine et la même rage contre nous qui sommes si faibles, c'est pourquoi il faut ranimer tout notre zèle pour notre salut. Nous ne devons pas nous laisser séduire par les appâts trompeurs du monde, des sens et de l'enfer, mais il nous faut recourir aux plaies de notre rédempteur et vivre sous le manteau de notre divine reine.

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Coup de lance au Divin Côté

 

La mère des douleurs couverte d'un manteau noir, resta toujours débout sur le Calvaire, appuyée sur la sainte croix, adorant le très-saint corps de Jésus qui avait expiré sur elle et la personne divine à laquelle Son corps resta toujours uni. La grande reine était toujours constante à pratiquer intérieurement les plus héroïques vertus, et restait immobile au milieu des mouvements impétueux de ses plus cruelles douleurs. L'affliction la plus grande de cette miséricordieuse et divine mère était la coupable ingratitude que les hommes témoignaient pour cet incompréhensible bienfait à leur grand dommage et à leur propre perte. Elle était aussi dans une grande sollicitude pour la sépulture du corps sacré et pour savoir celui qui l'enlèverait de la croix; lorsqu'elle vit tout-à-coup une troupe de gens armés, qui s'approchaient du Calvaire; les battements de son coeur redoublèrent, parce qu'elle craignit quelque nouvel outrage au corps sacré du rédempteur. Elle s'adressa à saint Jean et aux saintes femmes et leur dit: Hélas, ma douleur est arrivée à son plus haut degré et mon coeur en est brisé dans la poitrine. Hélas, les bourreaux ne sont pas peut-être satisfaits d'avoir donné la mort à mon fils, ils eurent encore faire de nouveaux outrages au corps sacré! C'était déjà le soir du vendredi et la grande fête du sabbat des Juifs commençait, c'est pourquoi, afin de pouvoir la célébrer sans embarras, ils avaient demandé à Pilate la permission de rompre les jambes aux trois crucifiés, pour hâter leur mort, afin qu'on pût les descendre de la croix sur le déclin du jour. Les soldats que la mère affligée avait vus arrivaient dans cette intention au Calvaire. A leur arrivée, trouvant encore en vie les deux larrons, ils leur rompirent les jambes, et ils moururent aussitôt. S'approchant alors de Jésus, ils remarquèrent qu'il était déjà mort, et un soldat nommé Longin, lui transperça le côté avec une lance et il en sortit du sang et de l'eau. Le Seigneur qui était mort, ne put sentir cette cruelle blessure, mais la mère affligée qui était là présente, la ressentit toute dans son coeur, comme si réellement elle avait été transpercée de la lance. Mais cette douleur fut encore moindre que celle que ressentit son âme, en voyant la nouvelle cruauté avec laquelle ils avaient percé le divin côté de son fils déjà mort. Touchée de compassion et de pitié pour Longin, elle dit: Que le Tout-Puissant vous regarde avec les yeux de sa miséricorde infinie, à cause de la douleur immense que vous avez causée à mon âme. Elle fut exaucée aussitôt, car il tomba, quelques gouttes de sang et de l'eau qui sortaient du divin corps sur le visage de Longin, et par l'intercession de la divine mère affligée, il obtint la vue du corps qu'il avait à peine, et celle de son âme, car il connut la majesté du Seigneur crucifié, fut converti, et pleurant ses péchés, il le confessa pour vrai Dieu et rédempteur du monde, et il le prêcha comme tel aux Juifs qui l'environnaient. La grande mère de la sagesse connut le mystère du coup de lance, et comprit comment, dans ce reste de sang et d'eau qui coulait du divin côté, la nouvelle Église sortait lavée, purifiée et renouvelée par la vertu de la passion et de la mort, et comment de son coeur sacré il sortait comme d'un tronc des rameaux qui, chargés de fruits de vie éternelle, devaient se répandre dans le monde entier. La divine mère pria, afin que tous les mystères de la rédemption fussent accomplis pour le bonheur de tout le genre humain. En ce moment, elle vit s'avancer sur la montagne une autre troupe de personnes qui portaient des échelles, c'était Joseph d'Arimathie, Nicodème et leurs serviteurs. Arrivés au pied de la croix, où se trouvait la mère des douleurs, au lieu de la saluer et de la consoler, ils furent si touchés de compassion à sa vue et ils éprouvèrent une telle douleur en voyant le divin Seigneur cloué sur la croix, qu'ils restèrent quelque temps sans pouvoir proférer une parole. Enfin, fortifiés par la reine des vertus, ils reprirent courage et la saluèrent avec une humble compassion. Ils se disposèrent ensuite à ôter les clous et descendre le corps sacré. Joseph désirait que la mère affligée se retirât un peu à l'écart afin de ne pas renouveler ses douleurs, mais toujours constante et courageuse, elle leur dit: Puisque j'ai eu la consolation de voir- mettre mon fils en croix, permettez que j'ai encore celle de l'en voir descendre, car cet acte de si grande piété me causera plus de soulagement que de peine et de souffrance. A ces paroles si généreuses, ils se mirent aussitôt à descendre le corps de la croix. Ils enlevèrent d'abord la grande couronne d'épines, et après l'avoir baisée avec une grande vénération, ils la remirent à la sainte Vierge. Elle la reçut à genoux et l'adora, elle l'approcha avec piété de son visage et la couvrit de larmes abondantes; saint Jean et les saintes femmes l'adorèrent aussi. Ils en firent de même pour les clous sacrés, qu'ils enlevèrent successivement des divines plaies. Pour recevoir le corps sacré, la mère des douleurs se mit à genoux et étendit ses bras avec un linceul déployé. Saint Jean tenait la tête, la Magdeleine les pieds pour aider Nicodème et Joseph, de cette manière ils le placèrent tous ensemble avec une grande vénération et des larmes abondantes, sur le sein de la mère des douleurs. Elle l'adora profondément, en versant des larmes de sang par l'excès de sa cruelle douleur. Tous les saints anges qui étaient là présents l'adorèrent aussi, mais ils ne furent pas vus des assistants. Saint Jean l'adora et après lui tous les autres fidèles, dans les bras de sa mère en pleurs. Après avoir accompli ce devoir, saint Jean et Joseph prièrent la Vierge mère de permettre qu'on donnât la sépulture au divin corps; et après l'avoir embaumé, ils le placèrent dans un linceul pour le porter au sépulcre. La grande peine pleine de prudence, quoique accablée de douleur, convoqua du ciel plusieurs choeurs d'anges, afin qu'avec ses anges gardiens ils vinrent assister aux funérailles de leur créateur. Les esprits célestes accoururent aussitôt en forme visible pour elle, et la sainte et dévote procession, des anges et des hommes commença. Saint Jean, Nicodème, Joseph, et le centurion qui avaient assisté à la mort du rédempteur, et qui l'avaient confessé pour fils de Dieu, portèrent le sacré corps. Derrière eux marchait la mère affligée, accompagnée des Maries et des autres dévotes femmes, et après celles-ci, divers autres fidèles qui avaient été éclairés de la divine lumière; ils le conduisirent en pleurant à un jardin où Joseph avait un sépulcre neuf, dans lequel ils le mirent avec une grande vénération. Avant de le fermer avec la pierre, la divine mère se mit à genoux et adora de nouveau son fils, et tous les autres l'imitèrent en pleurant. Le sépulcre, étant fermé la Vierge ordonna aux saints anges d'y rester en garde, tandis qu'elle allait conduire de nouveau au Calvaire cette sainte compagnie de fidèles, pour y adorer la sainte croix. Dès qu'ils eurent fini, elle fut accompagnée jusqu'au cénacle de ces pieux fidèles, qui se retirèrent ensuite dans leurs maisons, remplis de célestes consolations. La très-sainte Vierge, saint Jean et les saintes femmes restèrent seuls au cénacle. Saint Jean pria alors la sainte Vierge de prendre un peu de repos: Mon repos, répondit-elle, consiste à voir mon fils ressuscité. Après ces paroles, elle se retira dans une chambre accompagnée de saint Jean, là, elle se jeta aux pieds de l'apôtre, et lui rappela ce que le Seigneur lui avait dit sur la croix, et elle le pria, comme prêtre du Très-Haut, de lui commander toujours, comme sa servante, tout ce qu'elle devait faire à l'avenir. Saint Jean lui donna des raisons pour démontrer que ce droit lui appartenait bien plutôt comme mère; mais ce fut en vain; car l'humble reine ajouta, mon fils, je dois avoir toujours quelqu'un à qui je puisse assujettir ma volonté, et certes, comme fils, vous devez me donner cette consolation dans ma solitude. Le saint répondit à ces paroles, qu'il soit fait comme vous le voulez, ma mère, Alors la Vierge lui demanda la permission de se retirer seule, pour méditer sur les mystères de la passion du divin fils, et le pria de pourvoir à la nourriture des saintes femmes et de les assister. L'apôtre exécuta ces ordres, ensuite ils se retirèrent tous pour employer cette nuit dans de douloureuses méditations sur la passion du rédempteur. A l'aurore du samedi, saint Jean entra dans l'oratoire de la divine mère pour la consoler, et il en reçut la bénédiction qu'il reçut le premier de la Vierge mère. Il sortit de la maison pour chercher saint Pierre à la prière de la sainte Vierge. Saint Jean avait fait à peine quatre pas pour trouver saint Pierre, qu'il le rencontra par la disposition de la divine Providence; il sortait d'une grotte souterraine, où jusqu'alors il avait pleuré son péché, plein de confusion et versant de larmes, et il s'avançait vers le cénacle. Saint Jean avait reçu l'ordre de la divine mère, qu'après qu'il l'aurait retrouvé, il l'accueillit avec de témoignages d'amour et de tendresse, qu'il le consolât, et l'emmenât vers elle, et qu'il en fit autant pour les autres apôtres. Après l'avoir fortifié en premier lieu par de douces paroles, ils allèrent tous les deux à la recherche des autres, et en ayant trouvé quelques-tins, ils vinrent tous ensemble au cénacle. Saint Pierre entra le premier, et se prosterna aux pieds de la divine reine: J'ai péché, dit-il, en versant des larmes, j'ai péché devant mon Dieu, j'ai offensé mon divin maître, et vous, ô ma mère, et opprimé par la douleur et les larmes, il ne put pas en dire davantage. La miséricordieuse mère de la piété se mit aussi à genoux, demandons, dit-elle, pardon de votre faute, ô Pierre, à mon fils, votre maître. Les autres se joignirent à eux, et tous versant des larmes prosternés à ses pieds, lui demandèrent pardon de leur lâcheté et d'avoir abandonné leur divin maître et son fils. La mère de la clémence les fit lever, leur promit à tous le pardon qu'ils désiraient, et sa médiation pour l'obtenir. Après avoir passé le jour du sabbat dans de saints entretiens et de pieuses méditations, elle se retira le soir pour contempler les divines actions que l'âme très-sainte de Jésus faisait aux limbes, car elle voyait clairement en esprit toutes les choses. Elle vit que lorsque l'âme de son divin fils entra aux limbes, cette obscure prison fut illuminée et remplie de célestes consolations. Ensuite il fut commandé aux anges de conduire dehors toutes les âmes des limbes et celles du purgatoire, et réunies toutes ensemble, elles donnèrent mille louanges et mille-bénédictions à leur libérateur. La grande reine vit tout cela et en éprouva une grande joie dans son âme, sans qu'elle se fît sentir dans la partie sensitive, parce qu'elle avait prié le Père éternel de lui suspendre toutes les consolations extérieures, pendant tout le temps que son divin fils resterait dans le sépulcre. Ce jour fut terrible pour l'enfer, qui par la permission de Dieu ressentit cette descente triomphante aux limbes. Les démons étaient encore affaiblis, abattus et accablés par la chute qu'ils avaient faite sur le calvaire, mais en entendant la voix des anges qui précédaient le Seigneur, ils se troublèrent et furent saisis de crainte, et comme font les serpents, lorsqu'ils sont poursuivis, ils se cachèrent-dans les cavernes infernales. L'indicible confusion des malheureux damnés fut encore plus grande et principalement de Judas, parce que les démons exhalèrent avec une grande fureur contre lui leur indignation et leur rage.

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Prions

 

Seigneur, nous savons que Vous nous aimez dans mesures, Vous qui n'avez pas refusé Votre propre Fils mais qui l'avez livré pour sauver tous les hommes; aujourd'hui encore, montrez-nous Votre Amour: nous voulons suivre le Christ qui marche librement vers Sa Mort; soutenez-nous comme Vous l'avez soutenu, et sanctifiez-nous dans le Mystère de Sa Pâque. Lui qui vit et règne avec Vous dans l'Unité du Saint Esprit, maintenant et toujours et pour les siècles et les siècles. Amen.


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01 avril 2010

Semaine Sainte 2010

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Semaine Sainte 2010

La Dernière Cène de Notre Seigneur Jésus-Christ

Extrait des visions de la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

Préparatifs de la Pâque

Jésus étant âgé de trente-trois ans dix-huit semaines moins un jour. C'est hier soir qu'eut lieu le dernier grand repas du Seigneur et de ses amis, dans la maison de Simon le lépreux, à Béthanie, où Marie-Madeleine répandit pour la dernière fois des parfums sur Jésus: Judas se scandalisa à cette occasion; il courut à Jérusalem, et complota encore avec les princes des prêtres pour leur livrer Jésus. Apres le repas, Jésus revint dans la maison de Lazare, et une partie des apôtres se dirigea vers l'auberge située en avant de Béthanie. Dans la nuit, Nicodème vint encore chez Lazare, et s'entretint longtemps avec le Seigneur; il retourna à Jérusalem avant le jour, et Lazare l'accompagna une partie du chemin. Les disciples avaient déjà demandé à Jésus où il voulait manger la Pâque. Aujourd'hui, avant l'aurore, le Seigneur fit venir Pierre, Jacques et Jean : il leur parla beaucoup de tout ce qu'ils avaient à préparer et à ordonner à Jérusalem, et leur dit que, lorsqu'ils monteraient à la montagne de Sion, ils trouveraient l'homme à la cruche d'eau ils connaissaient déjà cet homme, car, à la dernière Pâque, à Béthanie, c'était lui qui avait préparé le repas de Jésus; voilà. pourquoi saint Matthieu dit : un certain homme. Ils devaient le suivre jusqu'à sa maison, et lui dire: " Le maître vous lait savoir que son temps est proche, et qu'il veut faire la Pâque chez vous ". Ils devaient ensuite se faire montrer le Cénacle qui était déjà préparé, et y faire toutes les dispositions nécessaires. Je vis les deux apôtres monter à Jérusalem en suivant un ravin au midi du Temple, vers le côté septentrional de Sion. Sur le flanc méridional de la montagne du temple il y avait des rangées de maisons: ils marchaient vis-à-vis ces maisons an remontant un torrent qui les en séparait Lorsqu'ils eurent atteint les hauteurs de Sion qui dépassent la montagne du Temple, ils se dirigèrent vers le midi, st rencontrèrent, au commencement d'une petite montée, dans le voisinage d'un vieux bâtiment à plusieurs cours, l'homme qui leur avait été désigné : ils le suivirent et lui dirent ce que Jésus leur avait ordonné. Il se réjouit fort à cette nouvelle, et leur répondit qu'un repas avait déjà été commandé chez lui (probablement par Nicodème), qu'il ne savait pas pour qui, et qu'il était charmé d'apprendre que c'était pour Jésus. Cet homme était Héli, beau-frère de Zacharie d'Hébron, dans la maison duquel Jésus, l'année précédente, avait annoncé la mort de Jean-Baptiste. Il n'avait qu'un fils, lequel était lévite, et lié d'amitié avec Luc, avant que celui-ci ne fût venu au Seigneur, et en outre, cinq filles non mariées. Il allait tous les ans à la fête de Pâques avec ses serviteurs, louait une salle et préparait la Pâque pour des personnes qui n'avaient pas d'hôte dans la ville. Cette année, il avait loué un Cénacle, qui appartenait à Nicodème et à Joseph d'Arimathie. Il en montra aux deux apôtres la situation et la distribution intérieure.

Le Cénacle


Sur le côté méridional de la montagne de Sion, non loin du château ruiné de David et du marché qui monte vers ce château du côté du levant, se trouve un ancien et solide bâtiment entre des rangées d'arbres touffus, au milieu d'une cour spacieuse environnée de bons murs. A droite et à gauche de l'entrée, on voit dans cette cour d'autres bâtisses attenant au mur, notamment à droite, la demeure du majordome, et tout auprès, celle où la sainte Vierge et les saintes femmes se tinrent le plus souvent après la mort de Jésus. Le Cénacle, autrefois plus spacieux, avait alors servi d'habitation aux hardis capitaines de David, et ils s'y exerçaient au maniement des armes. Avant la fondation du Temple, l'arche d'alliance y avait été déposée assez longtemps, et il y a encore des traces de son séjour dans un lieu souterrain. J'ai vu aussi le prophète Malachie caché sous ces mêmes voûtes: il y écrivait ses prophéties sur le saint Sacrement et le sacrifice de la Nouvelle Alliance. Salomon honora cette maison, et il y faisait quelque chose de symbolique et de figuratif que j'ai oublié. Lorsqu'une grande partie de Jérusalem fut détruite par les Babyloniens, cette maison fut épargnée. J'ai vu bien d'autres choses à son sujet, mais je n'en ai retenu que ce que je viens de dire. Cet édifice était en très mauvais état lorsqu'il devint la propriété de Nicodème et de Joseph d'Arimathie: ils avaient disposé très commodément le bâtiment principal, qu’ils louaient pour servir de Cénacle aux étrangers que les fêtes de Pâques attiraient à Jérusalem. C'est ainsi que le Seigneur s'en était servi à la dernière Pâque. En outre, la maison et ses dépendances leur servaient, pendant toute l'année, de magasin pour des pierres tumulaires et autres, et d'atelier pour leurs ouvriers: car Joseph d'Arimathie possédait d'excellentes carrières dans sa patrie, et il en faisait venir des blocs de pierre, dont on faisait sous sa direction des tombes, des ornements d'architecture et des colonnes qu'on vendait ensuite. Nicodème prenait part à ce commerce, et lui-même aimait à sculpter dans ses moments de loisir. Il travaillait dans la salle ou dans un souterrain qui était au-dessous, excepté à l'époque des fêtes: ce genre d'occupation l'avait mis en rapport avec Joseph d’Arimathie; ils étaient devenus amis et s'étaient souvent associés dans leurs entreprises. Ce matin, pendant que Pierre et Jean, envoyés de Béthanie par Jésus, s'entretenaient avec l'homme qui avait loué le Cénacle pour cette année, Je vis Nicodème aller et venir dans les bâtiments à gauche de la cour où l'on avait transporté beaucoup de pierres qui obstruaient les abords de la salle à manger. Huit jours auparavant, j'avais vu plusieurs personnes occupées à mettre des pierres de côté, à nettoyer la cour et à préparer le Cénacle pour la célébration de la Pâque ; je pense même qu'il y avait parmi elles des disciples, peut-être Aram et Themeni, les cousins de Joseph d'Arimathie. Le Cénacle proprement dit est à peu près au milieu de la cour, un peu dans le fond; c'est un carré long, entouré d'un rang de colonnes peu élevées, qui, si l'on dégage les intervalles entre les piliers, peut être réuni à la grande salle intérieure, car tout l'édifice est comme à jour et repose sur des colonnes et des piliers ; seulement, dans les temps ordinaires, les passages sont fermés par des entre-deux. La lumière entre par des ouvertures au haut des murs. Sur le devant, on trouve d'abord un vestibule, où conduisent trois entrées; puis on arrive dans la grande salle intérieure, au plafond de laquelle pendent plusieurs lampes: les murs sont ornés pour la fête, jusqu'à moitié de Leur hauteur, de belles nattes ou de tapis, et on a pratique dans le haut une ouverture, où l'on a étendu comme une gaze bleue transparente. Le derrière de cette salle est séparé du reste par un rideau du même genre. Cette division en trois parties donne au Cénacle une ressemblance avec le Temple; on y trouve aussi le parvis, le Saint et le Saint des Saints. C'est dans cette dernière partie que sont déposés, à droite et à gauche, les vêtements et les objets nécessaires à la célébration de la fête. Au milieu est une espèce d'autel. Hors du mur sort un banc de pierre élevé sur trois marches; sa forme est celle d'un triangle rectangle dont la pointe est tronquée; ce doit être la partie supérieure du fourneau où l'on fait rôtir l'agneau pascal, car aujourd'hui, pendant le repas, les marches qui sont autour étaient tout à fait chaudes. Il y a sur le coté une sortie conduisant dans la salle qui est derrière cette pierre saillante. C’est là qu'on descend à l'endroit où l'on allume le feu: on arrive aussi par là à d'autres caveaux voûtés, situés au-dessous de la salle. L'autel ou la pierre saillante renferme divers compartiments, comme des caisses ou des tiroirs à coulisse. Il y a aussi en haut des ouvertures, une espèce de grille en fer, une place pour faire le feu, une autre pour l'éteindre. Je ne puis pas décrire textuellement tout ce qui se trouve là: cela semble être une espèce de foyer pour faire cuire des pains azymes et d'autres gâteaux pour la Pâque, ou encore pour brûler des parfums et certains restes du repas après la fête : c'est comme une cuisine pascale. Au-dessus de ce foyer ou de cet autel se détache de la muraille une sorte de niche en bois : plus haut se trouve une ouverture avec une soupape, probablement pour laisser sortir la fumée. Devant cette niche ou au-dessus je vis l'image d'un agneau pascal: il avait un couteau dans la gorge et il semblait que son sang coulât goutte à goutte sur l'autel; Je ne me souviens plus bien comment cela était fait. Dans la niche de la muraille, sont trois armoires de diverses couleurs qu'on fait tourner comme nos tabernacles pour les ouvrir ou les fermer; j'y vis toutes espèces de vases pour la Pâque et des écuelles rondes; plus tard, le saint Sacrement y reposa. Dans les salles latérales du Cénacle sont des espèces de couches en maçonnerie disposées en. plan incliné, où se trouvent d'épaisses couvertures roulées ensemble, et où l'on peut passer la nuit. Sous tout l'édifice se trouvent de belles caves. L'Arche d'alliance fut déposée autrefois au-dessous de l'endroit même où le foyer a été depuis construit. Sous la maison se trouvent cinq rigoles, qui conduisent les immondices et les eaux sur la pente de la montagne car la maison est située sur un point élevé. J'ai vu précédemment Jésus y guérir et y enseigner : les disciples aussi passaient souvent la nuit dans les salles latérales.

Dispositions pour le repas pascal

Lorsque les apôtres eurent parlé à Héli d'Hébron, celui-ci rentra dans la maison par la cour: pour eux, ils tournèrent à droite et descendirent au nord à travers Sion. Ils passèrent un pont et gagnèrent, par un sentier couvert de broussailles, l'autre côté du ravin qui est en avant du Temple et la rangée de maisons qui se trouve au sud de cet édifice. Là était la maison du vieux Siméon, mort dans le Temple après la présentation du Christ; et ses fils, dont quelques-uns étaient secrètement disciples de Jésus, y logeaient actuellement. Les apôtres parlèrent à l'un d'eux, qui avait un emploi dans le Temple; c'était un homme grand et très brun. Ils allèrent avec lui à l'est du Temple, à travers cette partie d'Ophel par où Jésus était entré dans Jérusalem, le jour des Rameaux, et gagnèrent le marché aux bestiaux, situé dans la partie de la ville qui est au nord du Temple. Je vis dans la partie méridionale de ce marché de petits enclos où de beaux agneaux sautaient sur le gazon comme dans de petits jardins. C'étaient les agneaux de la Pâque qu'on achetait là. Je vis le fils de Siméon entrer dans l'un de ces enclos : les agneaux sautaient après lui et le poussaient avec leurs têtes comme s'ils l'eussent connu. Il en choisit quatre, qui furent portés au Cénacle. Je le vis dans l’après-midi s'occuper, au Cénacle, de la préparation de l’agneau pascal. Je vis Pierre et Jean aller encore dans différents endroits de la ville et commander divers objets. Je les vis aussi devant une porte, au nord de la montagne du Calvaire, dans une maison où logeaient la plupart du temps les disciples de Jésus, et qui appartenait à Séraphia (tel était le nom de celle qui fut appelée depuis Véronique). Pierre et Jean envoyèrent de là quelques disciples au Cénacle et les chargèrent de quelques commissions que j'ai oubliées. Ils entrèrent aussi dans la maison de Séraphia, où ils avaient plusieurs arrangements à prendre. Son mari, membre du conseil, était la plupart du temps hors de chez lui pour ses affaires, et même lorsqu'il était à la maison, elle le voyait peu. C'était une femme à peu prés de l'âge de la sainte Vierge, et depuis longtemps en relation avec la sainte Famille; car lorsque Jésus enfant resta à Jérusalem après la fête, c'était par elle qu'il était nourri. Les deux apôtres prirent là divers objets, qui furent ensuite portés au Cénacle par des disciples, dans des paniers couverts. C'est là aussi qu'on leur donna le calice dont le Seigneur se servit pour l'institution de la sainte Eucharistie.

Du calice de la Sainte Cène

Le calice que les apôtres emportèrent de chez Véronique est un vase merveilleux et mystérieux. Il était resté longtemps dans le Temple, parmi d'autres objets précieux d'une haute antiquité dont on avait oublié l'usage et l'origine. Quelque chose de semblable est arrivé dans l'Eglise chrétienne, où bien des objets sacrés, précieux par leur beauté; leur antiquité, sont tombes dans l'oubli avec le temps. On avait souvent mis au rebut, vendu, ou fait remettre à neuf de vieux vases et de vieux bijoux enfouis dans la poussière du Temple. C'est ainsi que, par la permission de Dieu, ce saint vase, qu'on n'avait jamais pu fondre à cause de sa matière inconnue, avait été trouvé par les prêtres modernes dans le trésor du Temple parmi d'autres objets hors d'usage, puis vendu à des amateurs d'antiquité. Ce calice, acheté par Séraphia avec tout ce qui s'y rattachait, avait déjà servi plusieurs fois à Jésus pour la célébration des fêtes et à dater de ce jour, il devint la propriété constante de la sainte communauté chrétienne. Ce vase n'avait pas toujours été dans son état actuel: je ne me souviens plus quand on avait mis ensemble les diverses pièces dont il se composait maintenant, ni si c'était par l'ordre du Seigneur. Quoi qu'il en soit, on y avait joint une collection portative d'objets accessoires, qui devaient servir pour l’Institution de la sainte Eucharistie. Le grand calice était posé sur un plateau dont on pouvait tirer encore une sorte de tablette, et autour de lui étaient six petits verres. Je ne me souviens plus si la tablette contenait des choses saintes. Dans ce grand calice se trouvait un autre petit vase ; au-dessus un petit plat, puis un couvercle bombé. Dans la pied du calice était assujettie une cuillère qu'on en tirait facilement. Tous ces vases étaient recouverts de beaux linges et renfermés dans une enveloppe en cuir, si je ne me trompe : celle-ci était surmontée d'un bouton. Le grand calice se compose de la coupe et du pied qui doit avoir été ajouté plus tard, car ces deux parties sont d'une matière différente. La coupe présente une masse brunâtre et polie en forme de poire; elle est revêtue d'or, et il y a deux petites anses par où on peut la prendre, car elle est assez pesante. Le pied est d'or vierge artistement travaillé; il est orné dans le bas d'un serpent et d'une petite grappe de raisin, et enrichi de pierres précieuses. Le grand calice est resté dans l'église de Jérusalem, auprès de saint Jacques le Mineur, et je le vois maintenant encore conservé quelque part dans cette ville; il reparaîtra au jour, comme il y est reparu cette lois. D'autres églises se sont partagé les petites coupes qui l'entourent; l'une d'elles est allée à Antioche, une autre à Éphèse: chacune des sept églises a eu la sienne. Elles appartenaient aux patriarches qui y buvaient un breuvage mystérieux, lorsqu'ils recevaient et donnaient la bénédiction, ainsi que je l'ai vu plusieurs fois. Le grand calice était déjà chez Abraham: Melchisédech l'apporta avec lui du pays de Sémiramis dans la terre de Chanaan, lorsqu'il commença quelques établissements au lieu où lut plus tard Jérusalem ; il s'en servit lors du sacrifice où il offrit le pain et le vin en présence d'Abraham, et il le laissa à ce patriarche. Ce vase avait été aussi dans l'arche de Noé. “ Voici des hommes, de beaux hommes qui viennent d'une superbe ville: elle est bâtie à l'antique ; on y adore ce qu'on veut, on y adore même des poissons. Le vieux Noé, avec un pieu sur l'épaule, se tient dans le côté de l'arche ; le bois de construction est rangé tout autour de lui. Non, ce ne sont pas des hommes: ce doit être quelque chose de plus relevé, tant ils sont beaux et sereins; ils apportent à Noé le calice qui, sans doute, a été égaré quelque part. Je ne sais pas comment s'appelle cet endroit. Il y a dans le calice une espèce de grain de blé, mais plus gros que les nôtres ; c'est comme une graine de tournesol ; et il y a aussi une petite branche de vigne. Ils parlent à Noé de sa grande célébrité; ils lui disent de prendre ce calice avec lui, qu'il y a là quelque chose de mystérieux. voyez, il met le grain de blé et la petite branche de vigne dans une pomme jeune qu'il place dans la coupe. Il n'y a point de couvercle au-dessus, car ce qu'il y a mis doit toujours croître en dehors. Le calice est fait d'après un modèle qui, je crois, est sorti de terre quelque part, d'une façon merveilleuse. Il y a là un mystère, mais il est lait sur ce modèle. Ce calice est celui que J'ai vu figurer dans la grande parabole l, à l'endroit où était le buisson ardent. Le grain de froment s’est développé jusqu'à l'époque de Jésus-Christ ”. La Sœur raconta tout ce qu’il vient d'être dit du calice dans un état d'intuition tranquille et voyant devant elle tout ce qu'elle décrivait. Souvent elle semblait lutter contre ce qui se présentait à elle et poussait des exclamations mouvantes. Pendant son récit relatif à Noé, elle était tout absorbée dans sa vision. A la fin, elle poussa un cri d’effroi, regarda autour d'elle et dit: " Ah ! j'ai peur d'être obligée d'entrer dans l'arche ; je vois Noé, et je croyais que les grandes eaux arrivaient ". Plus tard, étant tout à fait revenue à son état naturel, elle dit: " Ceux qui ont apporté le calice à Noé portaient de longs vêtements blancs et ressemblaient aux trois hommes qui vinrent chez Abraham et lui promirent que Sara enfanterait. Il m'a semblé qu'ils enlevaient de la ville quelque chose de saint qui ne devait pas être détruit avec elle et qu'ils le donnaient à Noé. La ville même périt dans le déluge avec tout ce qu'elle contenait. Le calice fut à Babylone, chez des descendants de Noé restés fidèles au vrai Dieu, ils étaient tenus en esclavage par Sémiramis. Melchisédech les conduisit dans la terre de Canaan. et emporta le calice. Je vis qu'il avait une tente près de Babylone, et qu'avant  de les emmener, il y bénit le pain et le leur distribua, sans quoi ils n'auraient pas eu force de le suivre. Ces gens avaient un nom comme Samanéens. Il se servit d'eux et de quelques Chananéens habitant des cavernes, lorsqu'il commença à bâtir sur les collines sauvages où fut depuis Jérusalem ". Il fit des fondations profondes à la place où furent ensuite le Cénacle et le Temple et aussi vers le Calvaire. Il y planta le blé et la vigne. " Après le sacrifice de Melchisédech, le Calice resta chez Abraham. Il alla aussi on Egypte, et Moise en fut possesseur. Il était fait d'une matière singulière, compacte, comme celle d'une cloche, et qui ne semblait pas avoir été travaillée comme les métaux, mais être le produit d'une sorte de végétation. J'ai vu à travers. Jésus seul savait ce que c'était ".

Jésus va à Jérusalem

Le matin, pendant que les deux apôtres s'occupaient, à Jérusalem, des préparatifs de la Pâque, Jésus, qui était resté à Béthanie, fit des adieux touchants aux saintes femmes, à Lazare et à sa mère, et leur donna encore quelques instructions. Je vis le Seigneur s'entretenir seul avec sa mère ; il lui dit, entre autres choses, qu'il avait envoyé Pierre, qui représentait la foi, et Jean, qui représentait l’amour, pour préparer la Pâque à Jérusalem. Il dit de Madeleine, dont la douleur la jetait dans une sorte d'égarement, que son amour était grand, mais encore un peu selon la chair, et qu'à cause de cela, la douleur la mettait hors d'elle-même. Il parla aussi des projets du traître Judas, et la sainte Vierge pria pour lui. Judas était encore allé de Béthanie à Jérusalem, sous prétexte de faire des payements et divers arrangements. Le matin, Jésus s'enquit de lui auprès des neuf apôtres, quoiqu'il sût très bien ce qu'il faisait. Il courut toute la journée chez des Pharisiens, et arrangea tout avec eux. On lui fit même voir les soldats chargés de s'emparer du Sauveur. Il calcula toutes ses allées et venues de manière à pouvoir expliquer son absence. Il ne revint vers le Seigneur que peu de temps avant la Cène. J'ai vu tous ses complots et toutes ses pensées. Lorsque Jésus parla de lui à Marie, je vis beaucoup de choses touchant son caractère. Il était actif et serviable, mais plein d'avarice, d'ambition et d'envie, et il ne luttait pas contre ses passions. Il avait fait de miracles et guéri des malades en l'absence de Jésus. Lorsque le Seigneur annonça à la sainte Vierge ce qui allait arriver, elle le pria, de la manière la plus touchante, de la laisser mourir avec lui. Mais il lui recommanda d'être plus calme dans sa douleur que les autres femmes; il lui dit aussi qu'il ressusciterait, et lui indiqua le lieu où il lui apparaîtrait. Elle ne pleura pas beaucoup, mais elle était profondément triste et plongée dans un recueillement qui avait quelque chose d'effrayant. Le Seigneur la remercia, comme un fils pieux, de tout l'amour qu'elle lui avait porté, et la serra contre son cœur. Il lui dit aussi qu'il ferait spirituellement la Cène avec elle, et lui désigna l'heure où elle la recevrait. Il fit encore à tous de touchants adieux et donna des enseignements sur plusieurs objets. Jésus et les neuf apôtres allèrent, vers midi, de Béthanie à Jérusalem; ils étaient suivis de sept disciples qui, à l'exception de Nathanael et de Silas, étaient de Jérusalem et des environs. Parmi eux étaient Jean Marc et le fils de la pauvre veuve qui le jeudi précédent, avait offert son denier dans le Temple, pendant que Jésus y enseignait. Jésus l'avait pris avec lui depuis peu de jours. Les saintes femmes partirent plus tard. Jésus et sa suite erraient ça et là autour du mont des Oliviers, dans la vallée de Josaphat et jusqu'au Calvaire. Tout en marchant, il ne cessait de les instruire. Il dit, entre autres choses, aux apôtres que jusqu'à présent il leur avait donné son pain et son vin, mais qu’aujourd’hui il voulait leur donner sa chair et son sang, qu'il leur laisserait tout ce qu'il avait. En disant cela, le Seigneur avait une expression si touchante que toute son âme semblait se répandre au dehors, et qu'il paraissait languir d'amour dans l'attente du moment où il se donnerait aux hommes. Ses disciples ne le comprirent pas: ils crurent qu'il s'agissait de l'agneau pascal. On ne saurait exprimer tout ce qu'il y avait d'amour et de résignation dans les derniers discours qu'il tint à Béthanie et ici. Les saintes femmes se rendirent plus tard dans la maison de Marie, mère de Marc. Les sept disciples qui avaient suivi le Seigneur à Jérusalem ne firent point ce chemin avec lui: ils portèrent au Cénacle les habits de cérémonie pour la Pâque, les déposèrent et revinrent dans la maison de Marie, mère de Marc. Lorsque Pierre et Jean vinrent de la maison de Séraphia au Cénacle avec le calice, tous les habits de cérémonie étaient déjà dans le vestibule, où ces disciples et quelques autres les avaient apportés. Ils avaient aussi couvert de tentures les murailles nues de la salle, dégage les ouvertures en haut, et apprêté trois lampes suspendues. Pierre et Jean gagnèrent ensuite la vallée de Josaphat, et appelèrent le Seigneur et les neuf apôtres. Les disciples et les amis qui devaient faire aussi la Pâque dans le Cénacle vinrent plus tard.

Dernière Pâque

Jésus et les siens mangèrent l'agneau pascal dans le Cénacle, divisés en trois troupes de douze, dont chacun, était présidée par l'un d'eux, faisant l'office de père de famille. Jésus prit son repas avec les douze apôtres dans la salle du Cénacle. Nathanaël le prit avec douze autres disciples dans l’une des salles latérales, douze autres avaient à leur tête Eliacim, fils de Cléophas et de Marie d’Héli, et frère de Marie de Cléophas: il avait été disciple de Jean Baptiste. Trois agneaux furent immolés pour eux dans le Temple avec les cérémonies habituelles. Mais il y avait un quatrième agneau, qui fut immolé dans le Cénacle ; c'est celui-là que Jésus manges avec les apôtres. Judas ignora cette circonstance, parce qu'il était occupé de ses complots et n'était pas revenu lors de l'immolation de l'agneau: il vint très peu d'instants avant le repas. L’immolation de l'agneau destiné à Jésus et aux apôtres fut singulièrement touchante : elle eut lieu dans le vestibule du Cénacle avec le concours d'un fils de Siméon, qui était Lévite. Les apôtres et les disciples étaient là, chantant le ils. psaume. Jésus parla d'une nouvelle époque qui commençait; il dit que le sacrifice de Moïse et la figure de l'agneau pascal allaient trouver leur accomplissement: mais que, pour cette raison, l’agneau devait être immolé comme il l’avait été autrefois en Egypte, et qu'ils allaient sortir réellement de la maison de servitude. Les vases et les instruments nécessaires furent apprêtés, an amena un beau petit agneau, orné d'une couronne qui fut envoyée à la sainte Vierge dans le lieu où elle se tenait avec les saintes femmes. L’agneau était attaché le des contre une planche par le milieu du corps, et il me rappela Jésus lié à la colonne et flagellé. Le fils de Siméon tenait la tête de l'agneau : Jésus le piqua au cou avec la pointe d’un couteau qu'il donna au fils de Siméon pour achever l'agneau. Jésus paraissait éprouver de la répugnance à le blesser ; il le fit rapidement, mais avec beaucoup de gravité. Le sang fut recueilli dans un bassin et on apporta une branche d’hysope, que Jésus trempa dans le sang. Ensuite il alla à la porte de la salle, en peignit de sang les deux poteaux et la serrure, et fixa au-dessus de la porte la branche teinte de sang. Il lit ensuite une instruction, et dit, entre autres choses, que l'ange exterminateur passerait outre, qu’ils devaient adorer en ce lieu sans crainte et sans inquiétude lorsqu'il aurait été immolé, lui, le véritable agneau pascal ; qu'un nouveau temps et un nouveau sacrifice allaient commencer, qui dureraient jusqu'à la fin du monde. Ils se rendirent ensuite au bout de la salle, près du foyer où avait été autrefois l'arche d'alliance : il y avait déjà du feu. Jésus versa le sang sur ce foyer. et le consacra comme autel. Le reste du sang et la graisse furent jetés dans le feu sous l’autel. Jésus, suivi de ses apôtres, fit ensuite le tour du Cénacle en chantant des psaumes, et consacra en lui un nouveau Temple. Toutes les portes étaient fermées pendant ce temps. Cependant le fils de Siméon avait entièrement préparé l’agneau. Il l'avait passé dans un pieu : les jambes de devant étaient sur un morceau de bois placé en travers : celles de derrière étaient étendues le long du pieu. Hélas ! il ressemblait a Jésus sur la croix, et il fut mis dans le fourneau pour être rôti avec les trois autres agneaux apportés du temple. Les agneaux de Pâque des Juifs étaient tous immolés dans le vestibule du Temple, et cela en trois endroits : pour les personnes de distinction, pour les petites gens et pour les étrangers. L'agneau pascal de Jésus ne fut pas immole dans le Temple : tout le reste fut rigoureusement conforme a la loi. Jésus tint plus tard un discours à ce sujet, il dit que l'agneau était simplement une figure, que lui-même devait être, le lendemain, l'agneau pascal, et d'autres choses que j'ai oubliées. Lorsque Jésus eut ainsi enseigné sur l'agneau pascal et sa signification, le temps étant venu et Judas étant de retour, on prépara les tables. Les convives mirent les habits de voyage qui se trouvaient dans le vestibule, d'autres chaussures, une robe blanche semblable à une chemise, et un manteau, court par devant et plus long par derrière ; ils relevèrent leurs habits jusqu'à la ceinture, et ils avaient aussi de larges manches retroussées. Chaque troupe alla à la table qui lui était réservée : les deux troupes de disciples dans les salles latérales, le Seigneur et les apôtres dans la salle du Cénacle. Ils prirent des bâtons à la main. et ils se rendirent deux par deux à la table, où ils se tinrent debout à leurs places, appuyant les bâtons à leurs bras et les mains élevées en l'air. Mais Jésus, qui se tenait au milieu de la table, avait reçu du majordome deux petits bâtons un peu recourbés par en haut, semblables à de courtes houlettes de berger. Il y avait à l'un des côtés un appendice formant une fourche, comme une branche coupée. Le Seigneur les mit dans sa ceinture de manière à ce qu'ils se croisassent sur sa poitrine, et en priant il appuya ses bras étendus en haut sur l'appendice fourchu. Dans cette attitude, ses mouvements avaient quelque chose de singulièrement touchant : il semblait que la croix dont il voulait bientôt prendre le poids sur ses épaules dût auparavant leur servir d'appui. Ils chantèrent ainsi : " Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël " ! ou " Loué soit le Seigneur ", etc. Quand la prière fut finie, Jésus donna un des bâtons à Pierre et l'autre à Jean. Ils les mirent de côté ou les firent passer de main en main parmi les saints apôtres. Je ils m'en souviens plus très exactement. La table était étroite et assez haute pour dépasser d'un demi pied les genoux d'un homme debout ; sa forme était celle d'un fer à cheval ; vis-à-vis de Jésus, à l'intérieur du demi cercle, était une place libre pour servir les mets. Autant que je puis m'en souvenir, à la droite de Jésus étaient Jean, Jacques le Majeur et Jacques le Mineur ; au bout de la table, à droite, Barthélémy ; puis, en revenant à l'intérieur, Thomas et Judas Iscariote. A la gauche, Simon, et prés de celui-ci, en revenant, Matthieu et Philippe. Au milieu de la table était l'agneau pascal, dans un plat. Sa tête reposait sur les pieds de devant, mis en croix ; les pieds de derrière étaient étendus, le bord du plat était couvert d'ail. A côté se trouvait un plat avec le rôti de Pâque, puis une assiette avec des légumes verts serrés debout les uns contre les autres, et une seconds assiette, où se trouvaient de petits faisceaux d'herbes amères, semblables à des herbes aromatiques ; puis, encore devant Jésus, un plat avec d'autres herbes d'un vert jaunâtre, et un autre avec une sauce ou breuvage de couleur brune. Les convives avaient devant eux des pains ronds en guise d'assiettes ; ils se servaient de couteaux d'ivoire. Après la prière, le majordome plaça devant Jésus, sur le table, le couteau pour découper l'agneau. Il mit une coupe de vin devant le Seigneur, et remplit six coupes, dont chacune se trouvait entre les deux apôtres. Jésus bénit le vin et le but ; les apôtres buvaient deux dans la même coupe. Le Seigneur découpa l'agneau ; les apôtres présentèrent tour à tour leurs gâteaux ronds et reçurent chacun leur part. Ils la mangèrent très vite, en détachant la chair des os au moyen de leurs couteaux d'ivoire ; les ossements furent ensuite brûlés. Ils mangèrent très vite aussi de l’ail et des herbes vertes qu'ils trempaient dans la sauce. Ils firent tout cela debout, s'appuyant seulement un peu sur le dossier de leurs sièges. Jésus rompit un des pains azymes et en recouvrit une partie : il distribua le reste. Ils mangèrent ensuite aussi leurs gâteaux. On apporta encore une coupe de vin mais Jésus n'en but point : Prenez ce vin, dit-il, et partagez-le entre nous ; car je ne boirai plu, de vin jusqu’à ce que vienne le royaume de Dieu. Lorsqu'us eurent bu, ils chantèrent, puis Jésus pria ou enseigna, et on se lava encore les mains. Alors ils se placèrent sur leurs sièges. Tout ce qui précède s'était fait très vite, les convives restant debout. Seulement vers la fin ils s'étaient un peu appuyés sur les sièges. Le Seigneur découpa encore un agneau, qui fut porté au. : saintes femmes dans l'un des bâtiments de la cour où elles prenaient leur repas. Les apôtres mangèrent encore des légumes et de la laitue avec la sauce. Jésus était extraordinairement recueilli et serein : je ne l'avais jamais vu ainsi. Il dit aux apôtres d'oublier tout ce qu'ils pouvaient avoir de soucis. La sainte Vierge aussi, à la table des femmes, était pleine de sérénité. Lorsque les autres femmes venaient à elle et la tiraient par son voile pour lui parler, elle se retournait avec une simplicité qui me touchait profondément. Au commencement, Jésus s'entretint très affectueusement avec ses apôtres, puis il devint sérieux et mélancolique. “ Un de vous me trahira. dit-il, un de vous dont la main est avec moi à cette table ”. Or, Jésus servait de la laitue, dont il n'y avait qu'un plat, à ceux qui étaient de son côté, et il avait chargé Judas, qui était à peu près en face de lui, de la distribuer de l'autre côté. Lorsque Jésus parla d'un traître, ce qui effraya beaucoup les apôtres, et dit : “ un homme dont la main est à la même table ou au même plat que moi ”,  cela signifiait : “  un des douze qui mangent et qui boivent avec moi, un de ceux avec lesquels je partage mon pain ”. Il ne désigna donc pas clairement Judas aux autres, car mettre la main au même plat était une expression indiquant les relations les plus amicales et les plus intimes. Il voulait pourtant donner un avertissement à Judas, qui, en ce moment même, mettait réellement la main dans le même plat que le Sauveur, pour distribuer de la laitue. Jésus dit encore : “ Le Fis de l'homme s’en va, comme il est écrit de lui ; mais malheur à l'homme par qui le Fils de l'homme sera livré : il vaudrait mieux pour lui n'être jamais né. ” Les apôtres étaient tout troublés et lui demandaient tour à tour : “ Seigneur, est-ce moi ” ? car tous savaient bien qu'ils ne comprenaient pas entièrement ses paroles. Pierre se pencha vers Jean par derrière Jésus, et lui fit signe de demander au Seigneur qui c'était ; car, ayant reçu souvent des reproches de Jésus, il tremblait qu'il n'eût voulu le désigner. Or, Jean était à la droits de Jésus et comme tous, s'appuyant sur le bras gauche, mangeaient de la main droite, sa tête était prés de la poitrine de Jésus. Il se pencha donc sur son sein et lui dit : “ Seigneur, qui est-ce ? Alors il fut averti que Jean avait Judas en vue. Je ne vis pas Jésus prononcer ces mots : “ Celui auquel je donne le morceau de pain que j'ai trempé ” ; je ne sais pas s'il le dit tout bas, mais Jean en eut connaissance lorsque Jésus trempa le morceau de pain entouré de laitue, et le présenta affectueusement à Judas, qui demanda aussi : “  Seigneur, est-ce moi ” ? Jésus le regarda avec amour et lui fit une réponse conçue en termes généraux. C'était, chez les Juifs, un signe d'amitié et de confiance. Jésus le fit avec une affection cordiale, pour avertir Judas sans le dénoncer aux autres. Mais celui-ci était intérieurement plein de rage. Je vis, pendant tout le repas, une petite figure hideuse assise à ses pieds, et qui montait quelquefois jusqu'à son coeur. Je ne vis pas Jean redire à Pierre ce qu’on avait appris de Jésus ; mais il le tranquillisa d'un regard.

Le lavement des pieds

ils se levèrent de table, et pendant qu'ils arrangeaient leurs vêtements, comme us avaient coutume de le faire pour la prière solennelle, le majordome entra avec deux serviteurs pour desservir, enlever la table du milieu des sièges qui l'environnaient et la mettre de côté. Quand cela fut fait, il reçut de Jésus l'ordre de faire porter de l'eau dans le vestibule, et il sortit de la salle avec les serviteurs. Alors Jésus, debout au milieu des apôtres, leur parla quelque temps d'un ton solennel. Mais j'ai vu et entendu tant de choses jusqu'à ce moment, qu'il ne m'est pas possible de rapporter avec certitude le contenu de son discours ; je me souviens qu'il parla de son royaume, de son retour vers son père, ajoutant qu'auparavant il leur laisserait tout ce qu'il possédait, etc. Il enseigna aussi sur la pénitence, l'examen et la confession des fautes, le repentir et la justification. Je sentis que cette instruction se rapportait au lavement des pieds, et je vis aussi que tous reconnaissaient leurs péchés. s'en repentaient, à l'exception de Judas. Ce discours fut long et solennel. Lorsqu'il fut terminé, Jésus envoya Jean et Jacques le Mineur chercher l'eau préparée dans le vestibule, et dit aux apôtres de ranger les sièges en demi cercle. Il alla lui-même dans le vestibule, déposa son manteau, se ceignit et mit un linge autour de son corps. Pendant ce temps, les apôtres échangèrent quelques paroles, se demandant quel serait le premier parmi eux ; car le Seigneur leur avait annoncé expressément qu'il allait les quitter et que son royaume était proche, et l'opinion se fortifiait de nouveau chez eux qu'il avait une arrière-pensée secrète, et qu'il voulait parler d'un triomphe terrestre qui éclaterait au dernier moment. Jésus étant dans le vestibule, fit prendre à Jean un bassin et à Jacques une outre pleine d'eau ; puis, le Seigneur ayant versé de l'eau de cette outre dans le bassin, ordonna aux disciples de le suivre dans la salle où le majordome avait placé un autre bassin vide plus grand que le premier. Jésus, entrant d'une manière si humble, reprocha aux apôtres, en peu de mots, la discussion qui s'était élevée entre eux ; il leur dit, entre autres choses, qu'il était lui-même leur serviteur et qu'ils devaient s'asseoir pour qu'il leur lavât les pieds. Ils s’assirent donc dans le même ordre que celui où ils étaient placés à la table, les sièges étant ranges en demi cercle. Jésus allait de l'un à l'autre, et leur versait sur les pieds, avec la main, de l'eau du bassin que tenait Jean ; il prenait ensuite l'extrémité du linge qui le ceignait, et il les essuyait. Jean vidait chaque fois l'eau dont on s'était servi dans le bassin placé au milieu de la salle, et revenait près du Seigneur avec son bassin. Alors Jésus faisait, de nouveau, couler l'eau de l'outre que portait Jacques dans le bassin qui était sous les pieds des apôtres et les essuyait encore. Le Seigneur qui s'était montré singulièrement affectueux pendant tout le repas pascal s'acquitta aussi de ces humbles fonctions avec l’amour le plus touchant. Il ne fit pas cela comme une pure cérémonie, mais comme un acte par lequel s'exprimait la charité la plus cordiale. Lorsqu'il vint à Pierre, celui-ci voulut l'arrêter par humilité et lui dit : “ Quoi ! Seigneur, vous me laveriez les pieds ” ! Le Seigneur lui répondit : “ Tu ne sais pas maintenant ce que je fais, mais tu le sauras par la suite ”. Il me sembla qu'il lui disait en particulier : “  Simon, tu as mérité d'apprendre de mon père qui je suis, d'où je viens et où je vais ; tu l'as seul expressément confessé : c'est pourquoi je bâtirai sur toi mon Eglise, et les portes de  l'enfer ne prévaudront point contre elle.. Ma force doit rester prés de tes successeurs jusqu'à la fin du monde ”. Jésus le montra aux autres apôtres, et leur dit que lorsqu'il n'y serait plus, Pierre devait remplir sa place auprès d'eux. Pierre lui dit : “ Vous ne me laverez jamais les pieds ”. Le Seigneur lui répondit : “ Si je ne te lave pas, tu n'auras  point de part avec moi ”. Alors Pierre lui dit : “ Seigneur, lavez-moi non seulement les pieds, mais encore les mains et la tête ”. Et Jésus lui répondit : “ Celui qui a déjà été lavé n'a plus besoin que de se laver les pieds : il est pur dans tout le reste. Pour vous aussi vous êtes . purs ; mais non pas tous ”. Il désignait Judas par ces paroles. Il avait parlé du lavement des pieds comme d'une purification des fautes journalières, parce que les pieds, sans cesse en contact avec la terre, s'y salissent incessamment si l'on manque de vigilance. Ce lavement des pieds fut spirituel et comme une espèce d'absolution. Pierre, dans son zèle, n'y vit qu'un abaissement trop grand de son maître : il ne savait pas que Jésus, pour le sauver, s'abaisserait le lendemain jusqu'à la mort ignominieuse de la croix. Lorsque Jésus lava les pieds à Judas, ce fut de la manière la plus touchante et la plus affectueuse : il approcha son visage de ses pieds ; il lui dit tout bas qu'il devait rentrer en lui-même, que depuis un an il était traître et infidèle. Judas semblait ne vouloir pas s'en apercevoir, et adressait la parole à Jean ; Pierre s'en irrita et lui dit : “ Judas, le Maître te parle ” ! Alors Judas dit à Jésus quelque chose de vague, d’évasif, comme : “ Seigneur, à Dieu ne plaise ” ! Les autres n'avaient point remarqué que Jésus s'entretint avec Judas, car il parlait assez bas pour n'être pas entendu d’eux : d’ailleurs ils étaient occupés à remettre leurs chaussures. Rien de toute la passion n'affligea aussi profondément le Sauveur que la trahison de Judas. Jésus lava encore les pieds de Jean et de Jacques. Jacques s'assit et Pierre tint l'outre : puis Jean s'assit et Jacques tint le bassin. Il enseigna ensuite sur l'humilité : il leur dit que celui qui servait les autres était le plus grand de tous, et qu'ils devaient dorénavant se laver humblement les pieds les uns aux autres ; il dit encore, touchant leur discussion sur la prééminence, plusieurs choses qui se trouvent dans l’Evangile : après quoi il remit ses habits. Les apôtres déployèrent leurs vêtements qu'ils avaient relevés pour manger l'agneau pascal.

Institution de la Sainte Eucharistie

Sur l'ordre du Seigneur, le majordome avait de nouveau tressé la table, qu'il avait quelque peu exhaussée ; il la couvrit d'un tapis sur lequel il étendit une couverture rouge, et par-dessus celle-ci une couverture blanche ouvrée à jour. Ayant ensuite replacé la table au milieu de la salle, il mit dessous une urne pleine d'eau et une autre pleine de vin. Pierre et Jean allèrent dans la partie de la salle où se trouvait le foyer de l'agneau pascal pour y prendre le calice qu'ils avaient apporté de chez Séraphia, et qui était dans son enveloppe. Ils le portèrent entre eux deux comme s’ils eussent porté un tabernacle, et le placèrent sur la table devant Jésus. n’y avait là une assiette ovale avec trois pains azymes blancs et minces, qui étaient rayés de lignes régulières ; il y avait trois de ces lignes dans la largeur, et chaque pain était à peu près une fois plus long que large. Ces pains, où Jésus avait déjà fait de légères incisions pour les rompre plus facilement. turent placés sous un linge auprès au demi pain déjà mis de côté par Jésus lors du repas pascal : il y avait aussi un vase d'eau et de vin, et trots boites, l'une d'huile épaisse, l'autre d'huile liquide, et la troisième vide avec une cuiller à spatule. Dès les temps anciens, on avait coutume de partager le pain et de boire au même calice à la fin du repas c'était un signe de fraternité et d'amour usité pour souhaiter la bienvenue et pour prendre congé ; je pense qu'il doit y avoir quelque chose à ce sujet dans l'Ecriture sainte. Jésus, aujourd'hui, éleva à la dignité du plus saint des sacrements cet usage qui n'avait été jusqu'alors qu'un rite symbolique et figuratif. Ceci fut un des griefs portés devant Caiphe par suite de la trahison de Judas : Jésus fut accusé d'avoir ajouté aux cérémonies de la Pâque quelque chose de nouveau : mais Nicodème prouva par les Ecritures que c'était un ancien usage. Jésus était placé entre Pierre et Jean : les portes étaient fermées, tout se faisait avec mystère et solennité. Lorsque le calice fut tiré de son enveloppe, Jésus pria et parla très solennellement. Je vis Jésus leur expliquer la Cène et toute la cérémonie : cela me fit l'effet d'un prêtre qui enseignerait aux autres à dire la sainte Messe. Il retira du plateau sur lequel se trouvaient les vases une tablette à coulisse, prit un linge blanc qui couvrait le calice et l'étendit sur le plateau et la tablette. Je le vis ensuite ôter de dessus le calice une plaque ronde qu'il plaça sur cette même tablette. Puis il retira les pains azymes de dessous le linge qui les couvrait, et les mit devant lui sur cette plaque ou patène. Ces pains, qui avaient la forme d'un carré oblong, dépassaient des deux cotés la patène, dont les bords cependant étaient visibles dans le sens de la largeur Ensuite il rapprocha de lui le calice, en retira un vase plus petit qui s'y trouvait, et plaça à droite et à gauche les six petits verres dont il était entouré. Alors il bénit le pain, et aussi les huiles, à ce que je crois : il éleva dans ses deux mains la patène avec les pains azymes, leva les yeux, pria, offrit, remit de nouveau la patène sur la table et la recouvrit. Il prit ensuite le calice, y fit verser le vin par Pierre, et l'eau qu'il bénit auparavant, par Jean, et y ajouta encore un peu d'eau qu'il versa dans une petite cuiller : alors il bénit le calice, l'éleva en pliant, en fit l'offrande et le replaça sur la table. Jean et Pierre lui versèrent de l'eau sur les mains au-dessus de l'assiette où les pains azymes avaient été placés précédemment : il prit avec la cuiller, tirée du pied du calice, un peu de l'eau qui avait été versée sur ses mains, et qu'il répandit sur les leurs ; puis l'assiette passa autour de la table, et tous s'y lavèrent les mains. Je ne me souviens pas si tel fut l'ordre exact des cérémonies : ce que je sais, c'est que tout me rappela d'une manière frappante le saint sacrifice de la Messe et me toucha profondément. Cependant Jésus devenait de plus en plus affectueux ; il leur dit qu'il allait leur donner tout ce qu'il avait, c’est-à-dire lui-même : c'était comme s'il se fût répandu tout entier dans l'amour. Je le vis devenir transparent ; il ressemblait à une ombre lumineuse. se recueillant dans une ardente prière, il rompit le pain en plusieurs morceaux, qu'il entassa sur la patène en forme de pyramide ; puis, du bout des doigts, il prit un peu du premier morceau, qu'il laissa tomber dans le calice. Au moment où il faisait cela, il me sembla voir la sainte Vierge recevoir le sacrement d'une manière spirituelle, quoiqu’elle ne fût point présente là. Je ne sais comment cela se fit, mais je crus la voir qui entrait sans toucher la terre, et venait en face du Seigneur recevoir la sainte Eucharistie, puis je ne la vis plus, Jésus lui avait dit le matin, à Béthanie, qu'il célébrerait la Pâque avec elle d'une manière spirituelle, et il lui avait indiqué l’heure où elle devait se mettre en prière pour la recevoir en esprit. Il pria et enseigna encore : toutes ses paroles sortaient de sa bouche comme du feu et de la lumière, et entraient dans les apôtres, à l'exception de Judas. Il prit la patène avec les morceaux de pain (je ne sais plus bien s'il l'avait placée sur le calice, et dit : “Prenez et mangez, ceci est mon corps, qui est donné pour vous ”. En même temps, il étendit sa main droite comme pour bénir, et, pendant qu'il faisait cela, une splendeur sortit de lui ; ses paroles étaient lumineuses : le pain l'était aussi et se précipitait dans la bouche des apôtres comme un corps brillant : c'était comme si lui-même fût entré en eux. Je les vis tous pénétrés de lumière. Judas seul était ténébreux. Il présenta d'abord le pain à Pierre, puis à Jean: ensuite il fit signe à Judas de s'approcher ; celui-ci fut le troisième auquel il présenta le sacrement, mais ce fut comme si la parole du Sauveur se détournait de la bouche du traître et revenait à lui. J'étais tellement troublée, que je ne puis rendre les sentiments que j'éprouvais. Jésus lui dit : “ Fais vite ce que tu veux faire ”. Il donna ensuite le sacrement au reste des apôtres, qui s'approchèrent deux à deux, tenant tour à tour l'un devant l'autre, un petit voile empesé et brodé sur les bords qui avait servi à recouvrir le calice. Jésus éleva le calice par ses deux anses jusqu'à la hauteur de son visage, et prononça les paroles de la consécration : pendant qu'il le faisait, il était tout transfiguré et comme' transparent ; il semblait qu'il passât tout entier dans ce qu'il allait leur donner. Il fit boire Pierre et Jean dans le calice qu'il tenait à le main, et le remit sur la table. Jean, à l'aide de la petite cuiller, versa le sang divin du calice dans les petits vases, et Pierre les présenta aux apôtres, qui burent deux dans la même coupe. Je crois, mais sans en être bien sure, que Judas prit aussi sa part du calice, il ne revint pas à sa place, mais sortit aussitôt du Cénacle les autres crurent, comme Jésus lui avait fait un signe, qu'il l'avait charge de quelque affaire. Il se retira sans prier et sans rendre grâces, et vous pouvez voir par là combien l'on a tort de se retirer sans actions de grâces après le pain quotidien et après le pain éternel. Pendant tout le repas, j'avais vu prés de Judas une hideuse petite figure rouge, qui avait un pied comme un os desséché, et qui quelquefois montait jusqu’à son cœur ; lorsqu'il fut devant la porte, je vis trois démons autour de lui : l'un entra dans sa bouche, l'autre le poussait, le troisième courait devant lui. Il était nuit, et on aurait cru qu'ils l'éclairaient ; pour lui, il courait comme un insensé. Le Seigneur versa dans le petit vase dont J'ai déjà parlé un reste du sang divin qui se trouvait au fond du calice. puis il plaça ses doigts au-dessus du calice, et y fit verser encore de l'eau et du vin par Pierre et Jean. Cela fait, il les fit boire encore dans le calice, et le reste, versé dans les coupes, fut distribué aux autres apôtres. Ensuite Jésus essuya le calice, y mit le petit vase où était le reste du sang divin, plaça au-dessus la patène avec les fragments du pain consacré, puis remit le couvercle, enveloppa le calice et le replaça au milieu des six petites coupes. Je vis, après la résurrection, les apôtres communier avec le reste du saint Sacrement. Je ne me souviens pas d'avoir vu que le Seigneur ait lui-même mangé et bu le pain et le vin consacrés, à moins qu'il ne l'ait fait sans que je m'en sois aperçue. En donnant l’Eucharistie, il se donna de telle sorte qu'il m'apparut comme sorti de lui-même et répandu au dehors dans une effusion d'amour miséricordieux. C'est quelque chose qui ne peut s'exprimer. Je n'ai pas vu non plus que Melchisédech lorsqu'il offrit le pain et le vin. y ait goûté lui-même. J'ai su pourquoi les prêtres y participent, quoique Jésus ne l'ait point fait. Pendant qu'elle parlait, elle regarda tout à coup autour d'elle comme si elle écoutait. Elle reçut une explication dont elle ne put communiquer que ceci : “  Si les anges l'avaient distribué, ils n'y auraient point participé ; si les prêtres n'y participaient pas, l'Eucharistie se serait perdue : c'est par là qu'elle se conserve ”. Il y eut quelque chose de très régulier et de très solennel dans les cérémonies dont Jésus accompagna l'institution de la sainte Eucharistie, quoique ce fussent en même temps des enseignements et des leçons. Aussi je vis les apôtres noter ensuite certaines choses sur les petits rouleaux qu'ils portaient avec eux. Tous ses mouvements à droite et à Fauche étaient solennels comme toujours lorsqu'il priait. Tout montrait en germe le saint sacrifice de la Messe. Pendant la cérémonie, je vis les apôtres, à diverses reprises, s'incliner l'un devant l'autre, comme font nos prêtres.

Instructions secrètes et conspirations

Jésus fit encore une instruction secrète. Il leur dit comment ils devaient conserver le saint Sacrement en mémoire de lui jusqu’à la fin du monde ; il leur enseigna quelles étaient les formes essentielles pour en faire usage et le communiquer, et de quelle manière ils devaient, par degrés, enseigner et publier ce mystère, il leur apprit quand ils devaient manger le reste des espèces consacrées, quand ils devaient en donner à la sainte Vierge, et comment ils devaient consacrer eux-mêmes lorsqu'il leur aurait envoyé le Consolateur. Il leur parla ensuite du sacerdoce, de l'onction, de la préparation du saint Chrême et des saintes huiles (1). Il y avait là trois boites, dont deux contenaient un mélange d'huile et de baume, et qu'on pouvait mettre l'une sur l’autre, il y avait aussi du coton prés du calice. Il leur enseigna à ce sujet plusieurs mystères, leur dit comment il fallait préparer le saint Chrême, à quelles parties du corps il fallait l'appliquer, et dans quelles occasions. Je me souviens, entre autres choses, qu'il mentionna un cas où la sainte Eucharistie n'était plus applicable : peut-être cela se rapportait-il à l’Extrême Onction ; mes souvenirs sur ce point ne sont pas très clairs. Il parla de diverses onctions, notamment de celle des rois, et dit que les rois, même injustes, qui étaient sacrées, tiraient de là une force intérieure et mystérieuse qui n'était pas donnée aux autres. Il mit de l’onguent et de l'huile dans la boite vide, et en fit un mélange. Je ne sais pas positivement si c'est dans ce moment, ou lors de la consécration du pain, qu'il bénit l'huile. Je vis ensuite Jésus oindre Pierre et Jean, sur les mains desquels il avait déjà, lors de l'institution du saint Sacrement, versé l’eau qui avait coule sur les siennes, et auxquels il avait donné à boire dans le calice. Puis, du milieu de la table, s'avançant un peu sur le côté, il leur imposa les mains, d'abord sur les épaules et ensuite sur la tête. Pour eux, ils joignirent leurs mains et mirent leurs pouces en croix, ils se courbèrent profondément devant lui, peut-être s'agenouillèrent-ils. Il leur oignit le pouce et l'index de chaque main, et leur fit une croix sur la tête avec le Chrême. Il dit aussi que cela leur resterait jusqu'à la fin du monde. Jacques le Mineur, André, Jacques le Majeur et Barthélémy reçurent aussi une consécration. Je vis aussi qu'il mit en croix, sur la poitrine de Pierre, une sorte d’étole qu'on portait autour du cou, tandis qu'il la passa en sautoir aux autres, de l'épaule droite au côté gauche. Je ne sais pas bien si ceci se fit lors de l'institution du saint Sacrement ou seulement lors de l'onction. Je vis que Jésus leur communiquait par cette onction quelque chose d’essentiel et de surnaturel que je ne saurais exprimer. Il leur dit que, lorsqu’ils auraient reçu le Saint Esprit, ils consacreraient le pain et le vin et donneraient l'onction aux autres apôtres. Il me fut montré ici qu'au jour de la Pentecôte, avant le grand baptême, Pierre et Jean imposèrent les mains aux autres apôtres, et qu'ils les imposèrent à plusieurs disciples huit jours plus tard. Jean, après la résurrection, administra pour la première fois le saint Sacrement à la sainte Vierge. Cette circonstance fut fêtée parmi les apôtres. L'Eglise n'a plus cette fête ; mais je la vois célébrer dans l'Eglise triomphante. Les premiers jours qui suivirent la Pentecôte, je vis Pierre et Jean seuls consacrer la sainte Eucharistie ; plus tard, d'autres consacrèrent aussi. Le Seigneur consacra encore du feu dans un vase d'airain ; il resta toujours allumé par la suite, même pendant de longues absences ; il lut conservé à côté de l'endroit où était déposé le saint Sacrement, dans une partie de l'ancien foyer pascal, et on l'y alla toujours prendre pour des usages spirituels. Tout ce que Jésus fit lors de l'institution de la sainte Eucharistie et de l'onction des apôtres se passa très secrètement, et ne fut aussi enseigné qu'en secret. L'Eglise en a conservé l'essentiel en le développant sous l'inspiration du Saint Esprit pour l'accommoder à ses besoins. Les apôtres assistèrent le Seigneur lors de la préparation et de la consécration du saint Chrême, et lorsque Jésus les oignit et leur imposa les mains, cela se fit d'une façon solennelle. Pierre et Jean furent-ils consacrés tous deux comme évêques, ou seulement Pierre comme évêque et Jean comme prêtre? Quelle fut l'élévation en dignité des quatre autres ? C'est ce que je ne saurais dire. La manière différente dont le Seigneur plaça l'étole des apôtres semble se rapporter à des degrés différents de consécration. Quand ces saintes cérémonies turent terminées, le calice prés duquel se trouvait aussi le saint Chrême fut recouvert et le saint Sacrement fut porta par Pierre et Jean dans la derrière de la salle, qui était séparé du reste par un rideau et qui fut désormais la sanctuaire. Le lieu où reposait le saint Sacrement n'était pas tort élevé au-dessus du fourneau pascal. Joseph d'Arimathie et Nicodème prisent soin du sanctuaire et du Cénacle pendant l'absence des Apôtres. Jésus fit encore une longue instruction et pria plusieurs fois. Souvent il semblait converser avec son Père céleste : il était plein d'enthousiasme et d'amour. Les apôtres aussi étaient remplis d'allégresse et de zèle, et lui faisaient différentes questions auxquelles il répondait. Tout cela doit être en grande partie dans l'Ecriture sainte. Il dit à Pierre et à Jean qui étaient assis la plus près de lui différentes choses qu’ils devaient communiquer plus tard, comme complément d’enseignements antérieurs, aux autres apôtres, et ceux-ci aux disciples et aux saintes femmes, selon la mesure de leur maturité pour de semblables connaissances. Il eut un entretien particulier avec Jean ; je me rappelle seulement qu'il lui dit que sa vie serait plus longue que celle des autres. Il lui parla aussi de sept Eglises, de couronnes, d'anges. et lui fit connaître plusieurs figures d'un sens profond et mystérieux qui désignaient, à ce que je crois, certaines époques. Les autres apôtres ressentirent, à l'occasion de cette confidence particulière, un léger mouvement de jalousie. Il parla aussi de celui qui le trahissait. “ Maintenant il fait ceci ou cela ”, disait-il ; et je voyais, en effet, Judas faire ce qu'il disait. Comme Pierre assurait avec beaucoup de chaleur qu'il resterait toujours fidèlement auprès de lui, Jésus lui dit : “ Simon, Simon, Satan vous a demandé pour vous cribler comme du froment ; mais j'ai prié pour toi, afin que la foi ne défaille point. ” Quand une fois tu seras converti, confirme tes frères. “Comme il disait encore qu'ils ne pouvaient pas le suivre où il allait, Pierre dit qu'il le suivrait jusqu'à la mort, et Jésus répondit : “  En vérité, avant que le coq n'ait chanté trois fois, tu me renieras trois fois ”. Comme il leur annonçait les temps difficiles qui allaient venir, il leur dit : “ Quand je vous ai envoyés, sans sac, sans bourse, sans souliers, avez-vous manqué de quelque chose ” ? “  Non ”, répondirent-ils. “ Maintenant ”, reprit-il, “ que celui qui a un sac et une bourse les prenne. Que celui qui n'a rien vende sa robe pour acheter une épée, car on va voir l'accomplissement de cette prophétie : il a été mis au rang des malfaiteurs. Tout ce qui a  été écrit de moi va s'accomplir ”. Les apôtres n'entendirent tout ceci que d'une façon charnelle, et Pierre lui montra deux épées, elles étaient courtes et larges comme des couperets. Jésus dit : “ C'est assez, sortons d'ici ”. Alors ils chantèrent le chant d'actions de grâces, la table fut mise de côté, et ils allèrent dans le vestibule. Là, Jésus rencontra sa mère Marie, fille de Cléophas. et Madeleine, qui le supplièrent instamment de ne pas aller sur le mont des Oliviers ; car le bruit s'était répandu qu'on voulait s'emparer de lui. Mais Jésus les consola en peu de paroles et passa rapidement : il pouvait être 9 heures. Ils redescendirent à grands pas le chemin par où Pierre et Jean étaient venus au Cénacle, et se dirigèrent vers le mont des Oliviers. J'ai toujours vu ainsi la Pâque et l'institution de la sainte Eucharistie. Mais mon émotion était autrefois si grande que mes perceptions ne pouvaient être bien distinctes : maintenant je l'ai vue avec plus de netteté. C'est une fatigue et une peine que rien ne peut rendre. On aperçoit l'intérieur des coeurs, on voit l'amour sincère et cordial du Sauveur, et l'on sait tout ce qui va arriver. Comment serait-il possible alors d'observer exactement tout ce qui n'est qu’extérieur : on est plein d'admiration, de reconnaissance et d'amour : on ne peut comprendre l'aveuglement des hommes ; on pense avec douleur à l'ingratitude du monde entier et à ses propres péchés. Le repas pascal de Jésus se fit rapidement, et tout y fut conforme aux prescriptions légales. Les Pharisiens y ajoutaient ça et là quelques observances minutieuses.

Coup d'oeil sur Melchisédech

Lorsque Notre-Seigneur Jésus-Christ prit le calice lors de l'institution de la sainte Eucharistie, j’eus uns autre vision qui se rapportait à l'Ancien Testament. Je vis Abraham agenouille devant un autel ; dans le lointain étaient des guerriers avec des bêtes de somme et des chameaux : un homme majestueux s'avança prés d'Abraham et plaça sur l'autel le même calice dont Jésus se servit plus tard. Je vis que cet homme avait comme des ailes aux épaules ; il ne les avait pas réellement ; mais c'était un signe pour m'indiquer qu'un ange était devant mes yeux. C'est la première fois que j'ai vu des ailes à un ange. Ce personnage était Melchisédech Derrière l'autel d'Abraham, montaient trois nuages de fumée : celui du milieu s'élevait assez haut ; les autres étaient plus bas. Je vis ensuite deux rangs de figures se terminant à Jésus. David et Salomon s'y trouvaient. (Etait-ce la suite des possesseurs du calice, des sacrificateurs, ou des ancêtres de Jésus ? la Sœur a oublié de le dire.) Je vis des noms au-dessus de Melchisédech, d'Abraham et de quelques rois. Puis je revins à Jésus et au calice. Le 3 avril 1821, elle dit, étant en extase : “ Le sacrifice de Melchisédech eut lieu dans la vallée de Josaphat, sur une hauteur. Je ne puis maintenant retrouver l'endroit ”. Melchisédech avait déjà le calice. Je vis qu'Abraham devait savoir d'avance qu'il viendrait sacrifier ; car il avait élevé un bel autel, au-dessus duquel était comme une tente de feuillage. Il y avait aussi une sorte de tabernacle où Melchisédech plaça le calice. Les vases où l'on buvait semblaient être de pierres précieuses. Il y avait un trou sur l'autel, probablement pour le sacrifice. Abraham avait amené un superbe troupeau. Lorsque ce patriarche avait reçu le mystère de la promesse, il lui avait été révélé que le prêtre du Très-Haut célébrerait devant lui le sacrifice qui devait être institué par le Messie et durer éternellement. C'est pourquoi, lorsque Melchisédech fit annoncer son arrivée par deux coureurs dont il se servait souvent, Abraham l'attendit avec une crainte respectueuse, et éleva l’autel et la tente de feuillage. Je vis qu'Abraham plaça sur l'autel, comme il le faisait toujours en sacrifiant, quelques ossements d'Adam ; Noé les avait gardés dans l'arche. L'un et l'autre priaient Dieu d'accomplir la promesse qu'il avait faite à ces os, et qui n'était autre que le Messie. Abraham désirait vivement la bénédiction de Melchisédech. La plaine était couverte d'hommes, de bêtes de somme et de bagages. Le roi de Sodome était avec Abraham sous la tante. Melchisédech vint d'un lieu qui fut depuis Jérusalem ; il y avait abattu une forêt et jeté les fondements de quelques édifices ; un bâtiment semi-circulaire était à moitié achevé et un palais était commencé. Il vint avec une bête de somme grise, ce n'était pas un chameau, ce n'était pas non plus notre âne ; cet animal avait le cou large et court. Il était très léger à la course, il portait d'un côté un grand vaisseau plein de vin et de l'autre une caisse où se trouvaient des pains aplatis et différents vases. Les vases, en forme de petits tonneaux, étaient transparents comme des pierres précieuses. Abraham vint à la rencontre de Melchisédech. Je vis celui-ci entrer dans la tente derrière l'autel, offrir le pain et le vin en les élevant dans ses mains, les bénir et les distribuer : il y avait dans cette cérémonie quelque chose de la sainte Messe. Abraham reçut un pain plus blanc que les autres, et but du calice qui servit ensuite à la Cène de Jésus, et qui n'avait pas encore de pied. Les plus distingués d'entre les assistants distribuèrent ensuite au peuple qui les entourait du vin et des morceaux de pain. Il n'y eut pas de consécration : les anges ne peuvent pas consacrer. Mais les oblations furent bénies, et je les vis reluire. Tous ceux qui en mangèrent furent fortifiés et élevés vers Dieu, Abraham fut aussi béni par Melchisédech : je vis que c'était une figure de l'ordination des prêtres. Abraham avait déjà reçu la promesse que le Messie sortirait de sa chair et de son sang. Il me fut enseigné. plusieurs fois que Melchisédech lui avait lait connaître ces paroles prophétiques sur le Messie et son sacrifice: “  Le Seigneur a dit à mon Seigneur, asseyez-vous à ma droite jusqu'à ce que je réduise vos ennemis à vous servir de marchepied. Le Seigneur l'a juré et ne s'en repentira pas. Vous êtes prêtre dans l'éternité selon l'ordre de Melchisédech. ” Je vis aussi que David. Lorsqu'il écrivit ces paroles, eut une vision de la bénédiction donnée par Melchisédech à Abraham. Abraham, ayant reçu le pain et le vin, prophétisa et parla par avance de Moise, des lévites, et de ce que le premier donna à ceux-ci en partage. Je ne sais pas si Abraham offrit aussi lui-même ce sacrifice. Je le vis ensuite donner la dîme de ses troupeaux et de ses trésors; j'ignore ce que Melchisédech en fit ; je crois qu'il la distribua. Melchisédech ne paraissait pas vieux; il était svelte, grand, plein d'une douce majesté ; il avait un long vêtement, plus blanc qu'aucun vêtement que j'aie jamais vu : le vêtement blanc d'Abraham paraissait terne à côté. Lors du sacrifice. Il mit une ceinture où étaient brodés quelques caractères, et une coiffure blanche semblable à celle que portèrent plus tard les prêtres. Sa longue chevelure était d'un blond clair et brillanta comme de la soie ; il avait une barbe blanche, courte et pointue, son visage était resplendissant. Tout le monde le traitait avec respect; sa présence répandait partout la vénération et un calme majestueux. Il me fut dit que c'était un ange sacerdotal et un messager de Dieu. Il était envoyé pour établir diverses institutions religieuses. Il conduisait les peuples, déplaçait les races, fondait les villes. Je l'ai vu en divers lieux avant le temps d'Abraham. Ensuite je ne l'ai plus revu.

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