21 août 2021

Le Mois de Saint Dominique

Le Mois de Saint Dominique

 

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Vingt-deuxième jour

La loi de pauvreté

 

Prélude. - Représentons-nous saint Dominique, entouré de ses frères et présidant leur premier chapitre général, à Bologne.

 

Réflexions

 

Lorsque Dominique eut satisfait l'ardent désir de son cœur, en dotant l'Espagne de fondations fécondes en fruits de sainteté, il voulut voir Paris, bénir cette famille naissante que Dieu semblait avoir en prédilection. Mais son âme l'attirait à Rome. Il se dirigea vers la Ville Reine pour la cinquième fois.

C'est à cette époque que s'ouvrit, dans la ville de Bologne, le premier chapitre général de l'Ordre Dominicain. Qu'il dut être beau, ce premier revoir des frères, disséminés par le zèle sur tant de points divers, et se réunissant pour parler des absents, pour raconter les bénédictions du passé, pour s'interroger sur les difficultés du présent et pour entrevoir ensemble, sous les regards et sous la bénédiction du Père, les espérances de l'avenir !

Dominique présida cette première réunion solennelle, malgré son humilité, qui s’alarmait des périls de la supériorité et qui voulait éloigner les témoignages de vénération filiale dont ses disciples l'entouraient, pour s'en aller prêcher la foi chez les idolâtres. Ceux-ci ne le permirent point, et Dominique, fondateur, devint, par le suffrage unanime de ses fils, le Maître Général de l'ordre.

Une autre préoccupation se fit jour, dès la première séance, dans les paroles et les exhortations du saint. Jusque là, l'ordre n'avait pas encore embrassé la sainte pauvreté, comme il convenait à ces sublimes imitateurs des apôtres. Dominique de Guzman ambitionna la gloire de François d'Assise et fit acclamer, par ses frères, la sainte loi de la pauvreté évangélique, comme l'une des ba ses fondamentales de leur constitution.

Après avoir réduit l'ordre à la sévérité de la pauvreté apostolique, le chapitre général de Bologne porta diverses lois qui font encore autorité, par rapport à l'abstinence, au jeûne, à l'obéissance, à l'étude de la science sacrée, à la prière , à la conservation de l'esprit religieux.

Sauf certaines modifications, exigées par le changement des temps et des lieux, les constitutions bolognaises sont encore en vigueur dans l'ordre, tandis que nous voyons les constitutions humaines politiques changer à chaque instant, comme pour nous montrer que, si Dieu ne bâtit pas la maison, c'est en vain que travaillent ceux qui la bâtissent.

 

Pratique : Pratiquer la vertu de pauvreté, au moins dans son esprit, chacun selon son état.

Invocation : Saint Dominique, pauvre volontaire des biens de la fortune, priez pour nous !

 

Trait historique

Les deux pauvres de Jésus-Christ

 

Pendant une absence de Dominique, le procureur du couvent de Bologne avait augmenté les bâtiments d'une façon que le saint jugea contraire à la sainte vertu de pauvreté. Avant son départ, il avait laissé des ordres pour les changements projetés, et même une sorte de plan ou de modèle, pour assurer l'observance si chère à son âme, de la loi de pauvreté, qu'il considérait comme une indispensable condition de la vie religieuse. Il regarda le nouveau bâtiment et des larmes coulèrent sur ses joues : « Voulez-vous bâtir des palais comme celui-ci, tandis que je suis encore vivant ? s'écria-t-il, sachez que, si vous le faites, vous ruinerez l'ordre : vous avez percé mon cœur ». Ces paroles percèrent aussi les cœurs de ceux qui les entendirent, et pendant tout le temps qu'il vécut ; personne n'osa parler de terminer le couvent. On n'y posa pas une pierre, et cependant les cellules qu'il trouvait si inconvenantes étaient, après tout, pauvres, étroites et très peu différentes de celles qui avaient été élevées auparavant. On jugera de la pauvreté et de l'humilité des bâtiments par une autre circonstance qui arriva vers ce temps-là. Saint François était aussi venu à Bologne, pour visiter les religieux de son ordre, récemment établis en cette ville, mais les trouvant dans une grande et spacieuse maison, il en fut si indigné, qu'il ordonna à tous les frères de la quitter, et il alla lui-même se loger au couvent des Frères Prêcheurs, « qu'il trouva, dit le père Chalippe, dans une maison plus à son gré, et auprès desquels il resta quelques jours en compagnie de son ami saint Dominique ». (Vie de St Dominique traduite de l'anglais par l'abbé Chirat).

 

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20 août 2021

Le Mois de Saint Dominique

Le Mois de Saint Dominique

 

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Vingt-et-unième jour

En Espagne

 

Prélude. - Dominique redescend le versant des Pyrénées, et salue les anges gardiens de sa bien-aimée patrie.

 

Réflexions

 

La grâce ne détruit point la nature, elle la perfectionne et l'embellit. Or, l'un des sentiments les plus naturels à l'homme, c'est l’amour de sa patrie. Ce sol privilégié où l'on a respiré l'air natal, entre les bras de sa mère, conserve un charme que l'exilé seul a bien senti.

Notre saint patriarche avait une des natures les plus merveilleusement douées, qu'on rencontre dans les annales de la sainteté. Le sentiment dont nous parlons, loin de lui être étranger, existait chez lui à un haut degré. Il avait quitté la terre natale et la maison de ses pères, pour obéir à l'impérieux attrait de la grâce divine, qui l'appelait à faire de la terre entière la patrie de son apostolat et de sa grande postérité. Mais, dans un coin aimé de son âme, Dominique conservait l'amour et le souvenir de l'Espagne. Dès qu'il le put, il y revint, sinon pour l'habiter, au moins pour la doter des plus beaux fruits de son zèle apostolique.

Celui qui a vécu loin de son pays pourrait seul décrire, ou plutôt il peut seul sentir, ce que dut être ce doux revoir !... Avec quelle émotion Dominique salua, du sommet des Pyrénées, l'ange protecteur de son héroïque patrie ! Avec quelle joie intime il revoyait les chers souvenirs de son enfance ! Les historiens nous ont conservé plus d'un épisode de ce retour : ils témoignent tous de l'amour ardent de Dominique pour l'Espagne.

De son côté, l'Espagne salua, avec enthousiasme et ferveur, ce grand homme, sa gloire. Le jeune chanoine d'Osma lui revenait Prêcheur, père d'un ordre déjà célèbre, thaumaturge, fléau de l'hérésie, soutien et honneur de la sainte Eglise de Dieu. Tous s'empressaient sur les pas de l'homme de Dieu, riche seulement des biens surnaturels, mais riche à profusion, et tout prêt à répandre ses dons surabondants sur la terre natale. Il fonda le couvent de Ségovie, où le souvenir des austérités et des extases du saint revit toujours dans une grotte fameuse. Il planta le blanc drapeau des Prêcheurs au centre de la capitale espagnole, et tous, princes, grands et petits, y bénissent encore celui que ses compatriotes appelèrent « le bon Dominique de Guzman ».

 

Pratique : Chercher à faire du bien dans son pays natal.

Invocation : Saint Dominique, gloire de la catholique Espagne, priez pour nous.

 

Trait historique

Comment voyagent les saints

 

Dominique voyageait toujours à pied, avec son bagage sur les épaules et son bâton à la main. En sortant des villes ou des villages qu'il traversait, il ôtait sa chaussure, poursuivant nu-pieds sa route, malgré les sentiers âpres, les pierres aiguës et les épines. Il ne voulait jamais permettre qu'un de ses compagnons de voyage portât sa besace, malgré toutes leurs filiales instances. Lorsque, de la pente des collines, il a percevait la ville ou ils allaient entrer, il s'arrêtait, la regardait longuement, pleurait sur les misères et les péchés de ses habitants. Puis, poursuivant sa route, quand il arrivait aux portes de la ville, il reprenait ses chaussures et s'agenouillait pour demander humblement à Dieu que ses péchés n'attirassent point sur elle les châtiments du ciel. Il regardait rarement autour de lui ; ses yeux, presque constamment baissés, semblaient ne pas voir les objets environnants. Si la pluie venait à tomber ou si quelque accident survenait, il exhortait ses compagnons à la confiance et entonnait une hymne à la sainte Vierge ou au Saint Esprit. Il gardait fidèlement les jeûnes, les abstinences, les moments de silence et toutes les constitutions de l'Ordre. Il trompait la longueur du chemin en s'entretenant des choses de Dieu ou en faisant de pieuses lectures à ses compagnons. Son courage lui fit toujours mépriser tout danger personnel. Il sentait et disait que c'était une bonne et joyeuse chose de louer Dieu, aussi chantait- il volontiers des psaumes et des cantiques sacrés. Les haltes dans les couvents ou même dans les auberges, étaient toujours l'occasion de répandre la parole de Dieu. Enfin, dit le Bx Jourdain de Saxe, partout où il était, sur la route avec ses compagnons, ou avec ses convives et la famille des hôtes qui le recevaient, ou bien au milieu de grands personnages, de princes ou de prélats, sa parole édifiait toujours, et les traits historiques qu'il avait coutume de citer, animaient les âmes de ses auditeurs à l'amour de Jésus-Christ et au mépris du monde. Partout en un mot, soit par ses paroles, soit par ses œuvres, il se montrait l'homme de l'Evangile. (Vie de St Dominique, par divers auteurs).

 

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19 août 2021

Le Mois de Saint Dominique

Le Mois de Saint Dominique

 

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Vingtième jour

Le Salve Regina

 

Prélude. - Se recueillir, sous les regards de Marie, pour méditer sur le beau témoignage de prédilection que cette sainte mère donna à l'ordre naissant, pendant le séjour de Dominique à Rome, et que le cérémonial dominicain a fidèlement honoré de puis par un rite quotidien.

 

Réflexions et trait historique

 

Nous voici arrivés à cette belle époque de la vie du saint patriarche, où les prodiges semblent naître à chaque pas sur sa route et où la sainte Vierge manifeste avec une tendre sollicitude son maternel patronage sur l'ordre naissant.

Empruntons la parole de cette sœur Cécile qui fut, pour Dominique, quelque chose de ce que fut Paule pour Jérôme ; Claire d'Assise pour François d'Assise ; Jeanne de Chantal pour François de Sales.

« Un soir que Dominique était resté dans l'église à prier, il en sortit à l'heure de minuit, et entra dans le corridor où les frères do avaient leurs cellules et dormaient. Lorsqu'il eut achevé ce qu'il était venu faire, il se mit de nouveau à prier à l'une des extrémités du corridor, et regardant par hasard à l'autre bout, il vit s'avancer trois femmes, dont l'une qui était au milieu paraissait la plus belle et la plus vénérable. Ses compagnes portaient l'une un vase magnifique, l'autre un aspersoir qu'elle présentait à sa maîtresse. Celle-ci aspergeait les frères et faisait sur eux le signe de la croix. Dominique alla au-devant de la femme qui bénissait, et qui était déjà au milieu du corridor, près de la lampe suspendue en cet endroit. Il se prosterna à ses pieds , et, quoiqu'il l'eût déjà reconnue, il la supplia de lui dire qui elle était.

En ce temps-là, cette belle et dévote antienne, le Salve Regina ne se chantait point dans le couvent des frères et des sœurs de Rome ; elle y était seulement récitée à genoux après Complies. La femme qui bénissait répondit donc au bienheureux Dominique : « Je suis celle que vous invoquez tous les soirs, et lorsque vous dites : Eia ergo, advocata nostra ! Je me prosterne devant ‬mon Fils pour la conservation de cet ordre ».

Alors, le bienheureux Dominique s'informa qui étaient ces deux jeunes filles, dont elle était accompagnée. À quoi la bienheureuse Vierge répondit : « L'une est Céline, l'autre Catherine ». Et ayant achevé sa ronde, aspergé et béni le reste des frères, elle disparut.

Or, le bienheureux Dominique retourna prier au lieu où il était auparavant ; et à peine commençait-il à prier, qu'il fut ravi en esprit jusqu'à Dieu. Il vit le Seigneur ayant à sa droite la bienheureuse Vierge, et il lui semblait que Notre Dame était vêtue d'une chape de couleur de saphir. Et, regardant tout autour de lui, il voyait devant Dieu des religieux de tous les ordres, mais il n'en voyait aucun du sien. Il se prit donc à pleurer amèrement , et il n'osait s'approcher du Seigneur ni de sa mère. Notre Dame lui fit signe avec la main de venir. Mais, il n'osait point s'approcher, jusqu'à ce que le Seigneur lui eut fait signe à son tour. Il vint alors, et se prosterna devant eux en pleurant amèrement. Le Seigneur lui dit : « Pourquoi pleures-tu si amèrement ? » Il répondit : « Je pleure, parce que je vois ici des religieux de tous les ordres, et que je ne vois personne du mien ». Et le Seigneur lui dit : « Veux-tu voir ton ordre ? » Il répondit en tremblant : « Oui, Seigneur ».

À ce moment, la bienheureuse Vierge ouvrit la chape dont elle hein paraissait revêtue, et l'étendant sous les yeux du bienheureux Dominique, de telle sorte qu'elle couvrait de son immensité toute de la céleste patrie, il vit sous elle une multitude de ses frères.

Le bienheureux Dominique se prosterna pour rendre grâce à Dieu et à la bienheureuse Marie, sa mère, et la vision disparut ; il revint à lui-même et sonna la cloche des matines. Lorsque les matines furent terminées, il convoqua les frères au chapitre, où il leur fit un beau discours sur l'amour et la vénération qu'ils devraient avoir pour la bienheureuse Vierge, et il leur rapporta entre autres choses cette vision.

Le bienheureux Dominique lui même raconta cette vision à la Sœur Cécile et aux autres sœurs de Saint Sixte, comme si elle fût arrivée à un autre ; mais les frères qui étaient présents faisaient signe aux sœurs que c'était à lui même qu'elle était arrivée ».

 

Pratique : Se renouveler dans une dévotion affectueuse, constante et pratique, envers la très Sainte Vierge.

Invocation : Saint Dominique, vous qui, comme un autre Elie, avez été ardent propagateur du culte de Marie, priez pour nous !

 

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18 août 2021

Le Mois de Saint Dominique

Le Mois de Saint Dominique

 

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Dix-neuvième jour

L'Habit des Frères Prêcheurs

 

Prélude. - Se recueillir pour écouter le récit, qui nous a été conservé par la Sœur Cécile, des origines de l'habit dominicain.

 

Réflexions et trait historique

 

« Dieu lui avait inspiré (au Bienheureux Réginald, jusque- là chanoine d'Orléans et docteur célèbre de Paris), le désir d'abandonner toutes choses pour la prédication de l'Evangile, et il se préparait à ce ministère, sans savoir encore de quelle façon le remplir , car il ignorait qu'un ordre de prédicateurs avait été institué. Or, il arriva que, dans un entretien confidentiel avec un cardinal, il lui ouvrit son cœur à ce sujet, lui disant qu'il pensait à tout quitter pour prêcher Jésus-Christ çà et là dans un état de pauvreté volontaire. Alors le cardinal lui dit : « Voilà justement qu'un ordre vient de s'élever, qui a pour but d'unir la pratique de la pauvreté à l'office de la prédication, et nous avons dans la ville le maître du nouvel ordre, qui y annonce même la parole de Dieu ».

Ayant ouï cela, maître Réginald s'empressa de chercher le bienheureux Dominique, et de lui révéler le secret de son âme. La vue du saint et la grâce de son discours le séduisirent ; il résolut dès lors d'entrer dans l'ordre.

Mais l'adversité, qui est l'épreuve de tous les saints projets, ne tarda pas de s'en prendre au sien. Il tomba si gravement malade, que la nature paraissait succomber sous les assauts de la mort, et que les médecins désespéraient de le sauver. Le bienheureux Dominique, affligé de perdre un enfant dont il n'avait pas même joui, se tourna vers la divine miséricorde avec importunité, la suppliant, ainsi qu'il l'a raconté lui-même aux frères, de ne pas lui ravir un fils qui était plutôt conçu que né, et de lui en accorder la vie au moins pour un peu de temps. Pendant qu'il priait ainsi, la bienheureuse Vierge Marie, mère de Dieu et maîtresse du monde, accompagnée de deux jeunes filles d'une beauté sans mesure, apparut à maître Réginald éveillé et consumé par les ardeurs de la fièvre, et il entendit cette reine du ciel qui lui disait : « Demande-moi ce que tu veux, et je te le donnerai ».

Comme il délibérait en lui même, une des jeunes filles qui accompagnaient la bienheureuse Vierge lui suggéra de ne rien demander, mais de s'en remettre à la volonté de la reine des miséricordes, ce qu'il agréa volontiers. Alors celle-ci, étendant sa main virginale, lui fit une onction sur les yeux, les oreilles, les narines, la bouche, les mains, les reins et les pieds, et elle prononçait en même temps certaines paroles appropriées à chaque onction. Je n'ai pu connaître que les paroles relatives à l'onction des reins et des pieds. Elle disait donc, en louchant les reins : « Que tes reins soient ceints du cordon de la chasteté » ; et en touchant les pieds : « Joins tes pieds pour la prédication de l'Evangile de paix ». Elle lui montra ensuite l'habit des frères prêcheurs, en lui disant : « Voici l'habit de ton ordre » ; et elle disparut à ses yeux.

Réginald se trouva aussitôt guéri, oint qu'il avait été par la mère de Celui qui a le secret de tout salut. Le lendemain matin, quand Dominique vint le voir et lui eut familièrement demandé de ses nouvelles, il répondit qu'il n'avait plus aucun mal, et lui raconta sa vision ».

Commentant cette vision le père Lacordaire dit : « Dominique longtemps, chanoine d'Osma, avait continué en France d'en porter l'habit, et l'avait adopté pour le costume de son ordre. Cet habit consistait en une tunique de laine blanche recouverte d'un surplis de lin, l'un et l'autre enveloppés d'une chape et d'un capuce de laine noire. Or, dans le vêtement que la sainte Vierge montra à Reginald , le surplis de lin était remplacé par un scapulaire de laine blanche, c'est-à dire par une simple bande d'étoffe destinée à couvrir les épaules et la poitrine, en descendant des deux côtés jusqu'aux genoux. Ce vêtement n'était pas nouveau. Il en est question dans la vie des religieux de l'Orient, qui l'avaient sans doute adopté pour complément de la tunique, lorsque le travail ou la chaleur les contraignait de se dépouiller du manteau. Né au désert d'un sentiment de pudeur, tombant comme un voile sur le coeur de l'homme, le scapulaire était devenu, dans la tradition chrétienne, le symbole de la pureté, et par conséquent l'habit de Marie, la reine des vierges. En même temps donc qu'en la personne de Reginald, Marie ceignait les siens de l'ordre, du « cordon de la chasteté », et préparait ses pieds à la « prédication de l'évangile de paix », elle lui donnait dans le scapulaire le signe extérieur de cette vertu des anges sans laquelle il est impossible de sentir et d'annoncer les choses célestes. Après ce grand événement, l'un des plus fameux de l'antiquité dominicaine, l'ordre quitta le surplis de lin pour le scapulaire de laine, devenu la partie principale et caractéristique de son habillement. Lorsque le frère prêcheur fait profession, son scapulaire seul est bénit par le prieur qui reçoit ses vœux, et en aucun cas il ne peut sortir de sa cellule sans en être revêtu, même pour aller au tombeau ».

 

Pratique : Se renouveler dans l'estime et l'amour délicat de la belle vertu de pureté.

Invocation : Saint Dominique, vous qui resplendissez parmi les vierges, priez pour nous !

 

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17 août 2021

Le Mois de Saint Dominique

Le Mois de Saint Dominique

 

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Dix-huitième jour

Paris

 

Prélude. - Pénétrons avec un saint respect dans cette maison de Saint Jacques, à Paris, où Dieu vient d'appeler les premiers Prêcheurs à fonder leur premier établissement dans la capitale de la France.

 

Réflexions

 

Au jour où l'immortel Lacordaire vint inaugurer l'ordre et l'habit des Frères Prêcheurs en face de son pays, le grand orateur ne choisit pas d'autre sujet que celui-ci : la vocation de la Nation Française !

« La nation franque, s'écriait le sublime enfant de Saint Dominique, était la première nation catholique donnée par Dieu à son Eglise. Ce n'est pas moi qui décerne cette louange magnifique à ma patrie ; c'est la papauté à qui il a plu, par justice, d'appeler nos rois « les fils aînés de l’Église ». De même que Dieu a dit à son fils de toute éternité : « Tu es mon premier-né », la papauté a dit à la France : « Tu es ma fille aînée ». Elle a fait plus, s'il est possible ; afin d'exprimer plus énergiquement ce qu'elle pensait de nous, elle a créé un barbarisme sublime : elle a nommé la France « le royaume christianissime ». Ainsi, primogéniture dans la foi, excellence dans la foi, tels sont nos titres, telle était notre vocation ».

Plus loin, après avoir montré comme la France est demeurée fidèle à cette vocation providentielle, l'éloquent Prêcheur concluait : « Nous pouvons le dire, confondant par un orgueil légitime les fils avec les pères, nous avons accepté le contrat proposé par le Fils de Dieu au libre arbitre des nations : nous avons connu, aimé, suivi la vérité ; nous avons combattu pour elle les combats du sang et de l'esprit ; nous avons vaincu Arius, Mahomet, Luther et fondé temporellement la papauté. L'arianisme défait, le mahométisme défait, le protestantisme défait, un trône assuré au pontificat, voilà les quatre couronnes de la France, couronnes qui ne se flétriront pas dans l'éternité ».

Ce que le digne héritier de l'esprit de saint Dominique a si splendidement exposé dans ce chef d'œuvre que tout catholique français devrait savoir par cœur, le patriarche de l'ordre apostolique l'avait compris et deviné : il vit, dans son regard de prophète, l'appoint que sa postérité spirituelle devait apporter à l'accomplissement du rôle de la France dans cette grande mission de la Providence ; il voulut que ses fils prissent immédiate possession de leur place au centre même du champ de bataille : il les envoya à Paris !

Paris, le cœur de la France, aujourd'hui comme alors, Paris, le centre de cette vie que Dieu réglait et sur laquelle Dieu voulait bien compter, Paris effraya les premiers Prêcheurs qui lui furent députés par le saint fondateur. Mais, Marie, la reine de la France et la reine des Frères Prêcheurs, encouragea ses enfants à défendre son royaume, où elle leur assignait ce poste d'honneur, que l'éloquent restaurateur de l'ordre dominicain leur a rendu et qu'ils occupent, avec tant d'éclat, pour la défense de la vérité et l'honneur de la France.

 

Pratique : Priez souvent pour que la France reste fidèle à sa belle vocation.

Invocation : Saint Dominique, qui, comme Michel, protecteur de la France, vous êtes levé pour la défense du nom de Jésus, priez pour nous !

 

Trait historique

Les premiers Dominicains de Paris

 

À mesure qu'ils avançaient vers la grande cité, ils sentaient croître en eux le doute et l'affliction. Leur humilité leur faisait redouter de prêcher dans une ville, où une université célèbre renfermait tant de fameux docteurs et de maîtres versés dans les sciences sacrées ; mais Dieu voulut bien les encourager, en révélant à frère Laurent tout le bien qui résulterait de cette mission, les faveurs que Dieu et la bienheureuse Vierge leur accorderaient dans leur maison de Saint Jacques, et les brillantes étoiles de sainteté et de savoir qui s'élèveraient de ce couvent pour illuminer non-seulement l'ordre, mais la France et l’Église entière. Cette révélation consola si fort l'âme de frère Laurent qu'il en fit part à ses compagnons pour les consoler eux-mêmes, et ceux ci y ayant ajouté foi, car ils avaient une haute idée de la sainteté de frère Laurent, conçurent une grande confiance ; ils entrèrent donc avec joie dans la capitale de la France, et toutes choses arrivèrent comme elles avaient été prédites. (Diario Domenicano, par Marchese).

 

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16 août 2021

Le Mois de Saint Dominique

Le Mois de Saint Dominique

 

Dominicaines

 

Dix-septième jour

Le Monastère des dominicaines

 

Prélude. - Représentons-nous le saint fondateur, prêchant avec force et douceur, aux religieuses qui l'écoutent avec un filial respect et s'empressent de se ranger sous la conduite de l'éloquent directeur que le Pape leur a donné.

 

Réflexions

 

Les Papes Innocent et Honorius avaient toujours nourri la pensée de faire de Saint Sixte un couvent, pour y réunir un certain nombre de religieuses qui vivaient à Rome, dans une trop grande liberté, sans clôture, et quelques-unes même dans la maison de leurs parents. Dominique se décida à abandonner ce premier asile de son Ordre, en l'échangeant contre celui de Sainte Sabine, devenu si célèbre depuis, et il entreprit l'œuvre de réformation dont le Souverain Pontife l'avait chargé.

C'est dans cette négociation longue, difficile, souvent douloureuse, que Dominique manifesta tous les dons que le Saint Esprit lui avait départis. Son indomptable fermeté de caractère, sa patience inaltérable au milieu des plus humiliantes déceptions, son humble fidélité à tous les ordres du Saint Siège, la douceur de son âme, la persuasive autorité de son éloquence, éclatèrent au grand jour, pendant tous les pourparlers qui précédèrent l'entrée des religieuses à Saint Sixte. La plupart refusaient de sacrifier la liberté qu'elles avaient eue jusque là de sortir du cloître et de visiter leurs parents.

Dominique trouva, dans le secours de la Vierge Marie, un auxiliaire puissant pour vaincre toutes ces difficultés. Il y avait à Rome un monastère de religieuses appelé Sainte Marie au-delà du Tibre, à cause de sa position. On y conservait un des portraits de la Sainte Vierge, attribué par la tradition au pinceau de saint Luc. Celle-là était célèbre et vénérée entre toutes, parce que le pape saint Grégoire le Grand avait arrêté le fléau de la peste en la portant en procession dans la ville de Rome. On croyait aussi que le pape Sergius III l'ayant placée dans la basilique de Saint Jean de Latran, elle était revenue d'elle-même à son ancienne demeure. L'abbesse de ce monastère et toutes les religieuses, excepté une, firent profession d'obéissance entre les mains de Dominique, à cette seule condition qu'elles emporteraient avec elles l'image de la Sainte Vierge, et que si l'image quittait Saint Sixte d'elle-même pour retourner à son Eglise primitive, leur vœu d'obéissance serait annulé. Dominique accepta la condition, et le tranquille établissement du tableau de saint Luc, qui ne retourna plus au Trastevere, consolida l'œuvre tant désirée de la réformation de la vie religieuse parmi les femmes à Rome.

 

Pratique : Invoquer l'assistance de la Sainte Vierge dans toutes ses entreprises, surtout quand elles sont difficiles.

Invocation : Saint Dominique, qui êtes le Benjamin très aimé de Marie, priez pour nous !

 

Trait historique

Le jeune ressuscité

 

Comme donc le bienheureux Dominique était assis avec les cardinaux, l'abbesse et ses filles étant présentes, voilà qu'un homme entre en s'arrachant les cheveux et en poussant de grands cris. On lui demande ce qu'il a, il répond : « C'est le neveu de monseigneur Etienne, qui vient de tomber de cheval et de se tuer ! » Or, le jeune homme s'appelait Napoléon. Son oncle, en l'entendant nommer, se pencha défaillant sur la poitrine du bienheureux Dominique. On le soutint ; le bienheureux Dominique se leva, lui jetant de l'eau bénite, et le laissant dans les bras des autres, courut à l'endroit où le corps du jeune homme était gisant, tout brisé et horriblement déchiré. Il ordonna qu'on le transportât dans une chambre séparée, et qu'on l'y enfermât. Puis il dit au frère Tancrède et aux autres frères de tout préparer pour la messe. Le bienheureux Dominique, les cardinaux, les frères, l'abbesse et les religieuses allèrent donc au lieu où était l'autel, et le bienheureux Dominique célébra avec une grande abondance de larmes. Mais, lorsqu'il fut arrivé à l'élévation du corps du Seigneur, et qu'il le tenait en haut dans ses mains, selon la coutume, lui même fut élevé de terre d'une coudée, tous le voyant et en étant dans la stupeur. La messe achevée, il retourna au corps du défunt, lui, les cardinaux, l'abbesse, les sœurs, et tout le monde qui se trouvait là, et lorsqu'il fut auprès du corps, il en arrangea les membres l'un après l'autre de sa main très sainte ; ensuite il se prosterna à terre, en priant et pleurant. Trois fois il toucha le visage et les membres du défunt pour les remettre en leur lieu, et trois fois il se prosterna. Lorsqu'il se fut relevé pour la troisième fois, il fit le signe de la croix sur le mort, et debout du côté où était la tête, les mains tendues vers le ciel, son corps au-dessus de terre de plus d'une coudée, il cria à haute voix : « Ô jeune homme Napoléon, je te dis au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, lève-toi ! » Aussitôt, à la vue de tous ceux qu'un si étonnant spectacle avait attirés, le jeune homme se leva sain et sauf et dit au bienheureux Dominique : « Père, donnez-moi à manger ». Le bienheureux Dominique lui donna à manger et à boire et le rendit joyeux et sans aucune trace de blessure au cardinal son oncle. (Relation de la Sœur Cécile).

 

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15 août 2021

Le Mois de Saint Dominique

Le Mois de Saint Dominique

 

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Seizième jour

Le couvent de Saint Sixte

 

Prélude. - Suivons pieusement Dominique, qui se rend pour la quatrième fois à Rome, et laisse partout sur sa route les plus suaves parfums.

 

Réflexions

 

Un attrait mystérieux, et comme invincible, pousse sans cesse Dominique vers Rome : c'est à Rome d'ailleurs que Dieu semble vouloir manifester le mieux son serviteur ! Nous en avons déjà médité les motifs ; mais, nous ne saurions trop les peser devant Dieu, à une époque où, le principe d'autorité étant ébranlé partout, l’Église doit sauver ce grand principe social, en manifestant de plus en plus la forte organisation de sa hiérarchie et l'autorité suprême du siège apostolique.

Le pape Honorius fit au saint prêcheur l'accueil le plus paternel et il insista auprès de lui, pour que, sans délai, il établit un couvent de son ordre dans la ville pontificale. Ce fut l'origine du couvent de Saint Sixte. Pendant qu'on le bâtissait sur la route que suivaient autrefois les triomphateurs romains pour monter au Capitole, Dominique, le grand conquérant des âmes, poursuivait le cours des triomphes de son apostolat. Les foules suivaient cet admirable prêcheur, la nature obéissait à ses commandements, sa famille spirituelle grandissait à vue d'œil. Quand il eut bâti son couvent, cent religieux l'y suivirent. Qui dira la ferveur de ces premiers Dominicains à Rome ! L'histoire nous a conserve les touchants récits de leur vénération pour le père. C'est que, à ce moment de sa vie, Dominique révéla toute la splendeur de sa mission providentielle : l'étoile étincelait, et la torche embrasait la ville et le monde. En aucun lieu et en aucun temps, le saint fondateur ne manifesta davantage l'autorité que Dieu lui avait don née sur les âmes ; c'est l'heure triomphale de sa belle existence.

Mais, encore une fois, cette mission extraordinaire, cette autorité exceptionnelle, cette influence miraculeuse sur les hommes et sur les choses, tout cela reste soumis à la volonté du successeur de Pierre. Rien ne se fera jamais, dans l'Église de Dieu, en dehors de cette soumission, qui sera même d'autant plus empressée que les hérauts de la Providence auront reçu une mission plus importante. Ainsi l'a voulu, ainsi l'a réglé le divin fondateur de la sainte Église.

 

Pratique : Se renouveler dans le respect et la soumission dus au pape dans l’Église universelle et aux évêques dans leurs diocèses.

Invocation : Saint Dominique, héraut du ciel, priez pour nous !

 

Trait historique

La visite des Anges

 

Un jour qu'il n'y avait rien à manger au couvent de Saint Sixte, Dominique commanda à frère Roger, le cellérier, de rassembler les frères pour le dîner, parce que le Seigneur pourvoirait à leurs besoins. On couvrit donc les tables, on posa les coupes, et, à un signal donné, tout le couvent entra au réfectoire. Le Bienheureux père prononça les bénédictions, et, tout le monde s'étant assis, frère Henri le Romain commença la lecture. Cependant le bienheureux Dominique priait, les mains jointes sur la table : et voilà que tout à coup, selon qu'il l'avait promis, par l'inspiration de l'Esprit Saint, deux beaux jeunes hommes, ministres de la divine Providence, apparurent au milieu du réfectoire, portant des pains dans deux nappes blanches, qui leur pendaient de l'épaule devant et derrière. Ils commencèrent la distribution par les rangs inférieurs, l'un à droite, l'autre à gauche, et mirent devant chaque frère un pain entier d'une admirable beauté. Puis, lorsqu'ils furent parvenus jusqu'au bienheureux Dominique, et qu'ils eurent mis semblablement devant lui un pain entier, ils inclinèrent la tête et disparurent,sans qu'on ait jamais su jusqu'aujourd'hui où ils allaient et d'où ils venaient. Le bienheureux Dominique dit aux frères : « Mes frères, mangez le pain que le Seigneur vous a envoyé ». Il dit ensuite aux frères servants de verser du vin. Mais ceux-ci répondirent : « Père saint, il n'y en a pas ». Alors le bienheureux Dominique, plein de l'esprit de prophétie, leur dit : « Allez au muid, et versez aux frères le vin que le Seigneur leur a envoyé ». Ils y allèrent, en effet, et trouvèrent le muid plein jusqu'au bord d'un vin excellent qu'ils s'empressèrent d'apporter. Et le bienheureux Dominique dit : « Buvez, mes frères, du vin que le Seigneur vous a envoyé ». Ils mangèrent donc et burent tant qu'il leur plut ce jour- là, le lendemain et le surlendemain… Le bienheureux père fit ensuite un très-beau sermon aux frères, pour les avertir de ne jamais se défier de la divine providence, même dans la plus grande pénurie. On apporta de ce pain et de ce vin aux sœurs qui demeuraient encore à Sainte Marie-au-delà du Tibre, et elles le conservèrent longtemps comme des reliques. (Relation de la ur Cécile).

 

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14 août 2021

Le Mois de Saint Dominique

Le Mois de Saint Dominique

 

En chemin 1

 

Quinzième jour

La Dispersion

 

Prélude. - Représentons-nous le saint patriarche, debout devant l'autel, et parlant à ses frères agenouillés à ses pieds pour recevoir leur obédience.

 

Réflexions

 

C'est aux pieds de Notre Dame de Prouilhe que Dominique rassemble ses premiers fils, les pères de l'ordre dominicain, pour leur distribuer le monde. Marie, la reine du très Saint Rosaire, préside à cet acte de sublime détermination, jugée imprudente et folle par les contemporains. Mais, encore une fois, la sagesse.de Dieu a des pensées que ne comprendra jamais la sagesse du monde.

Devant ce spectacle, on se reporte involontairement à treize siècles en arrière, et la pensée vient naturellement à l'esprit de comparer Dominique à Simon Pierre. Alors comme aujourd'hui, au Cénacle comme à Prouilhe, Marie préside, le représentant de Jésus-Christ est debout avec autorité, et des Apôtres reçoivent leur mission.

Bienheureux compagnons de l'homme apostolique, redites nous, vous qui les avez entendues et goûtées, les exhortations pleines de feu qui réchauffèrent votre zèle, au moment de cette dispersion, Ah ! comme il dut en coûter à votre cour de quitter ce père, d'abandonner ce doux et cher asile de Saint Romain où venaient de s'écouler de si beaux jours, les jours de votre séminaire, de votre Nazareth, de votre éducation apostolique. Mais, l'heure a sonné, la moisson est blanche, elle attend les moissonneurs. Partez donc avec la faucille d'or de votre éloquence : il ne faut pas d'autre arme. Ne demandez ni argent, ni besace, ni vêtements. Dominique vous les refuserait : il vous envoie, avec votre cœur, avec votre doctrine, avec votre amour. Cela suffit, quand Dieu est avec nous, pour sauver le monde.

La petite troupe fut donc dispersée, par le saint fondateur. Il les envoya fonder des centres de prédication à Rome, à Paris, à Bologne, en Espagne, partout où l'esprit du ciel lui inspira de choisir les premiers sièges de l'apostolat de son ordre. Harangués par leur chef, ces soldats vaillants du plus héroïque des capitaines partirent, avec une sainte ardeur et une naïve confiance, à la conquête du monde.

 

Pratique : Se confier aveuglément en la Providence, quand on est certain d'accomplir la sainte volonté de Dieu dans une entreprise humainement jugée difficile ou même impossible.

Invocation : Saint Dominique, vous que Dieu a envoyé dans le monde entier, priez pour nous !

 

Trait historique

Le départ

 

Quand Dominique eut exhorté les Frères à garder leurs vœux et à travailler de tout leur cœur à la fondation de nouveaux couvents, à la prédication et aux études, il les congédia, après les avoir bénis. Les nouveaux apôtres partirent à pied, sans argent, dénués de toutes ressources humaines, avec la mission non-seulement de prêcher, mais de fonder des couvents. Un seul d'entre eux, Jean de Navarre, refusa de se mettre en route à de telles conditions, et demanda de l'argent. Dominique, voyant un frère prêcheur qui ne se confiait pas pour vivre à la Providence, se prit à pleurer et se jeta aux pieds de cet enfant de peu de foi. Mais, comme il ne pouvait vaincre sa défiance envers Dieu, il ordonna qu'on lui remit douze deniers. Quelques cisterciens qui étaient présents témoignèrent, dit-on, leur surprise, en des termes peu mesurés, qu'on osât envoyer des hommes sans lettres et sans science, pour enseigner et prêcher ; leurs expressions étaient plus que libres, elles étaient méprisantes ; Dominique supporta ces officieuses remarques avec l'égalité d'âme qu'il montrait toujours en pareille circonstance. « Que dites-vous, mes frères, répliqua-t- il avec douceur, n'êtes vous pas un peu comme les Pharisiens ? Je sais, je suis même certain que mes enfants voyageront sains et saufs, mais qu'il n'en sera pas de mème de vous ». (Vie de saint Dominique, par divers auteurs).

 

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13 août 2021

Le Mois de Saint Dominique

Le Mois de Saint Dominique

 

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Quatorzième jour

Le Maître du Sacré Palais

 

Prélude. - Dans le palais du Pape, sous les yeux et avec les encouragements du vicaire infaillible de Jésus-Christ, Dominique enseigne, et ses auditeurs ravis témoignent par leur attitude de l'impression que produit sur les âmes, ce grand Prêcheur.

 

Réflexions

 

Dominique eut voulu revenir bien vite près de ses frères et commencer avec eux, cette fois avec autorité, la vie apostolique assignée à son Institut par l'organe du chef de l’Église. Mais, Dieu voulait montrer en cet homme extraordinaire le modèle des prédicateurs de l'Evangile, dont le principal devoir est d'enseigner en union et en conformité de vues avec le Saint-Siège, d'où émane toute vérité dans le monde. À la veille de la Réforme, à l'approche des prédications insurgées contre la papauté, cette leçon de la Providence est d'une importance capitale, et on a trop négligé jus qu'ici de la faire ressortir, quand on parle de Dominique ou des origines de son Ordre.

Pendant le Carême, Dominique eut souvent l'occasion de prêcher à Rome. Les succès de sa parole inspirèrent au Pape la pensée de lui confier le soin d'expliquer les Epîtres de saint Paul dans le Sacré Palais, en présence des cardinaux et de la cour pontificale. On venait de tous côtés l'entendre, et docteurs et écoliers lui donnaient le titre de Maître. Le Souverain Pontife, frappé de l'utilité de ces prédications, les érigea en institution permanente et créa l'office de Maître du Sacré Palais, conservé depuis à l'un des fils de saint Dominique.

Cette création mémorable rappellera aux siècles futurs l'apostolat de saint Dominique et la providentielle mission qu'il fut chargé d'exercer dans l’Église de Dieu, par lui-même et par sa postérité religieuse. De prédicateur et de docteur tenant au Vatican une école spirituelle, le Maître du Sacré Palais est devenu le théologien du Pape, le censeur universel des livres qui s'impriment ou s'introduisent à Rome, le seul qui ait puissance d'élever au doctorat dans l'Université Romaine, l'électeur de ceux qui prêchent devant le Saint Père dans les solennités, fonctions relevées encore par un grand nombre de privilèges honorables, et dont l'héritage s'est justement et inviolablement transmis d'un fils de saint Dominique à un autre de ses fils.

Un contemporain nous a gardé le souvenir de l'apostolat du saint pendant cette prolongation de séjour à Rome. « Nous parlions ensemble, dit Guillaume de Montferrat, du salut éternel de nos âmes et de celui de tous les hommes. Je n'avais jamais trouvé quelqu'un d'aussi parfait, ni qui fût épris d'autant d'ardeur pour le salut du monde, quoiqu'en vérité j'aie eu de fréquents rapports avec des personnages d'une éminente sainteté. Je me déterminai donc à me ranger au nombre de ses disciples, après que j'aurais étudié la théologie pendant deux ans à l'Université de Paris. Il fut ainsi arrêté entre nous et nous convînmes également, que, quand il aurait établi la discipline parmi ses Frères, nous irions ensemble convertir les païens de la Perse ou de la Grèce, et en suite ceux qui habitent les contrées méridionales ».

 

Pratique : S'examiner sur la question de savoir, si, selon les devoirs de son état particulier, on travaille de son mieux au salut des âmes.

Invocation : Saint Dominique, vous qu'un zèle ardent consumait pour le salut des pécheurs, priez pour nous !

 

Trait historique

Saint Pierre et saint Paul

 

Jour et nuit, Dominique, pendant son séjour prolongé à Rome, recommandait à Dieu ses enfants et son œuvre, surtout durant ses longues veilles dans les églises, qui étaient sa seule demeure. Il aimait d'une affection particulière celle des saints Apôtres, et c'est en priant sur leur tombeau qu'il fut honoré d'une seconde vision, dans laquelle il puisa un nouveau courage et une grande consolation. Les apôtres Pierre et Paul lui apparurent. Le premier lui donna un bâton et le second un livre, et il entendit une voix qui lui disait : « Va et prêche, car c'est à ce ministère que tu es appelé ». Il lui sembla voir en même temps ses enfants aller deux à deux par le monde annonçant la parole de Dieu . Quelques historiens ajoutent que le Saint Esprit apparut en ce moment sur sa tête en forme de langue de feu et qu'il fut alors confirmé en grâce et exempté de beaucoup de tentations. D'autres assurent que, depuis ce jour, il porta toujours sur lui le livre des Saints Evangiles et les Epitres de saint Paul. Dans tous ses voyages aussi, il se servait toujours d'un bâton, probablement en souvenir de cette vision. (Vie de saint Dominique, par le B. Humbert).

 

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12 août 2021

Le Mois de Saint Dominique

Le Mois de Saint Dominique

 

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Treizième jour

L'ordre apostolique

 

Prélude. - Dominique, humblement agenouillé aux pieds du trône pontifical, reçoit des mains du vicaire de Jésus-Christ la bulle qui confirme son ordre et lui assigne un rang spécial dans les familles religieuses.

 

Réflexions

 

Peu d'histoires ramènent aussi puissamment que celle-ci l'attention du lecteur catholique vers la nécessité de regarder toujours, du côté de Rome et de son siège suprême, pour rester de dignes enfants de l'Église, pour y opérer le bien que la Providence peut nous appeler à faire et pour rester dans l'ordre divin, en dehors duquel il n'y a qu'erreur, révolte, égarement et perversion.

Dominique est un des plus parfaits modèles de cette soumission entière du cœur et de l'esprit à la direction du Saint Siège apostolique.

Innocent III venait de mourir ; mais, Pierre ne meurt jamais. Le saint fondateur le savait bien. Il se dirigea humblement, pour la troisième fois, vers Rome, afin de rendre compte à Honorius III de la mission que Pierre lui avait confiée par la bouche d'Innocent. Les oppositions furent vives, elles ne manquent jamais aux œuvres de Dieu, et, avec les intentions les plus droites, beaucoup d'hommes fidèles se font les instruments de l'homme ennemi pour entraver les entreprises saintes. Le vicaire de Jésus-Christ, qui reçoit de plus haut ses inspirations et à qui l'assistance spéciale est pro mise du divin fondateur de l’Église, combla Dominique des témoignages de sa bienveillance pontificale. Il confirma de son autorité suprême l'ordre Dominicain et lui assigna ainsi définitivement son rang glorieux dans ces familles religieuses , que Dieu suscite dans le cours des siècles pour aider son Eglise dans le difficile voyage qu'elle poursuit vers l'éternité.

Les trois bulles qu’Honorius III accorda à saint Dominique présentent une gradation providentielle, qui nous révèle peu à peu les rayons de cette grande lumière que l'ordre nouveau était destiné à répandre sur le monde. « Dans la grande bulle, délibérée en consistoire et signée par les Cardinaux, il n'est question en aucune manière du but de l'ordre. On le désigne simplement comme un ordre canonique sous la règle de saint Augustin ». La seconde bulle est plus claire dans sa brièveté ; elle appelle les enfants de Dominique « des champions de la foi et de vraies lumières du monde ». Enfin, le troisième diplôme les qualifie ouvertement de « Prêcheurs », les loue pour le passé de leurs travaux apostoliques, et les encourage pour l'avenir.

C'est cette troisième bulle, que nous allons lire, comme notre charte de noblesse et comme un témoignage de la sollicitude de Jésus-Christ envers l'Ordre Apostolique des Prêcheurs.

 

Pratique : Parler toujours avec respect des actes du Saint Siège et ne se départir jamais de sa piété filiale en vers le Souverain Pontife.

Invocation : Saint Dominique, vous qui avez été choisi et aimé par notre divin Sauveur, priez pour nous !

 

Trait historique

Une bulle d'Honorius III

 

« Honorius, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à ses chers fils le Prieur et les Frères de Saint Romain, Prêcheurs dans le pays de Toulouse, salut et bénédiction apostolique.

Nous rendons de dignes actions de grâces au dispensateur de tous les dons pour celui qu'il vous a fait, et dans lequel nous espérons vous voir persévérer jusqu'à la fin. Dévorés au-dedans du feu de la charité, vous répandez au dehors un parfum célèbre qui réjouit les cœurs sains et rétablit ceux qui sont malades. Vous leur présentez, en habiles médecins, des mandragores spirituelles qui les préservent de la stérilité, c'est-à-dire la semence de la parole de Dieu, échauffée par une salutaire éloquence. Serviteurs fidèles, le talent qui vous a été confié fructifie dans vos mains, et vous le restituerez au Seigneur avec surabondance. Athlètes invincibles du Christ, vous portez le bouclier de la foi et le casque du salut, sans crainte de ceux qui peuvent tuer le corps, employant avec magnanimité contre les ennemis de la foi cette parole de Dieu qui va plus loin que le glaive le plus aigu, et laissant vos âmes en ce monde pour les retrouver dans la vie éternelle.

Mais parce que c'est la fin et non le combat qui couronne, et que la persévérance seule recueille le fruit de toutes les vertus, nous prions et exhortons sérieusement votre charité par ces lettres apostoliques, et pour la rémission de vos péchés, de vous fortifier de plus en plus dans le Seigneur, de répandre l'Evangile à temps et à contre-temps, d'accomplir enfin pleinement le devoir d'évangélistes. Si vous souffrez pour cette cause quelques tribulations, non seulement supportez-les avec égalité d'âme, mais réjouissez-vous et triomphez avec l'Apôtre d'avoir été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus. Car ces légères et courtes afflictions sont en travail d'un poids immense de gloire, à qui ne sont pas comparables les maux de ce temps.

Nous vous demandons aussi, nous qui vous tenons sur notre sein comme des fils plus particulièrement aimés, d'intercéder pour nous auprès de Dieu par le sacrifice de vos prières, afin que peut-être il accorde à vos suffrages ce que nous n'obtiendrions pas par nos propres mérites ». (Bullaire de l'Ordre des Frères Prêcheurs).

 

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