26 novembre 2022

L'Avent avec les Saints du Carmel

Accueillir la présence de Dieu dans nos vies

à l’école des Saints du Carmel

 

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Première semaine

Guidés par sainte Thérèse d’Avila, veiller dans l’attente de Celui qui vient

 

La menace d’un nouveau déluge ?

 

Tandis que nous nous préparons à la venue du Fils de Dieu dans notre humanité, dans la Crèche de Bethléem, la liturgie du premier dimanche de l’Avent oriente notre cœur vers sa venue à la fin des temps : telle est d’abord « la venue du Fils de l’homme » dont Jésus parle à ses disciples dans l’Évangile de ce jour. Prenons le temps de prêter attention aux sentiments qui habitent notre cœur lorsque nous recevons cette annonce :

« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme. En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme. Alors deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée. » (Mt 24,37-44)

Peut-être sommes-nous d’abord un peu déroutés : le temps de l’Avent ne doit-il pas nous préparer à accueillir le mystère de l’enfance du Fils de Dieu qui naît en notre humanité ? Or, c’est comme si ce passage de l’Évangile nous arrachait au début de l’histoire – la naissance de Jésus en notre monde – pour nous expédier brutalement vers la fin de l’Histoire – la venue du Seigneur à la fin des temps !

De plus, ce déplacement vers l’avenir ultime de l’humanité n’a-t-il pas quelque chose d’inquiétant, puisqu’il est mis en relation avec le Déluge ? Il est en effet question de cet épisode relaté par le livre de la Genèse, qui vit la disparition de la quasi-totalité de l’humanité et des animaux, moyen radical pour faire advenir une création renouvelée : « La terre s’était corrompue devant la face de Dieu, la terre était remplie de violence. Dieu regarda la terre, et voici qu’elle était corrompue car, sur la terre, tout être de chair avait une conduite corrompue. Dieu dit à Noé : "Et voici que moi je fais venir le déluge". » (Gn 6, 11-12. 17).

Enfin, notre perplexité et notre trouble risquent d’atteindre leur comble en raison du caractère soudain de cette « venue du Fils de l’homme », face à laquelle on est pris au dépourvu : « Jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche, les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis ».

Déroutés, inquiétés, perplexes… n’ayons ni peur ni honte d’éprouver ces sentiments, mais ne nous laissons pas paralyser par eux, n’en restons pas là ! En effet, soyons attentifs au fait que, dans ce discours adressé à ses disciples, Jésus emploie un genre littéraire bien connu de la Bible : celui des apocalypses. Cette manière « apocalyptique » de parler emploie souvent des images déroutantes, mais ce n’est pas dans le but d’écrire un scénario-catastrophe qui nous terroriserait. « Apocalypse » veut dire « révélation » : le style « apocalyptique » nous « révèle » ce qui va venir, afin de nourrir notre espérance. Et ce que nous espérons, c’est le salut offert par Dieu, lui qui « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité ; en effet, il n’y a qu’un seul Dieu ; il n’y a aussi qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus » (1 Tm 2, 4-5).

 

Le choix de veiller

 

Mais tout de même, est-ce que le Déluge ne nous menace pas ? Définitivement : non ! Non, car le Déluge est déjà venu dans notre vie, il nous a déjà submergés et a déjà fait de nous une création nouvelle : le déluge qui nous a engloutis, c’est notre baptême, par lequel nous avons été plongés dans la mort et la résurrection du Christ Jésus ! Ce jour-là, comme à Noé, Dieu nous a dit : « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous. Oui, j’établis mon alliance avec vous : aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre » (Gn 9, 9. 11). Et même, lors de notre baptême, Dieu a fait alliance avec nous d’une manière infiniment plus grande, car il a fait alliance avec nous en son Fils, mort et ressuscité pour le salut de tous.

Alors, si nous sommes déjà passés par le déluge, c’est dans la paix que nous pouvons attendre la venue du Fils de l’homme : ce dimanche, pour nous préparer à sa venue, Jésus ne nous dit pas : « Craignez ! » Il nous dit plutôt : « Veillez ! » « Veillez, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra ». Mais ne veillons pas avec crainte, veillons dans la joie de la venue d’un Ami. « Tenez-vous donc prêts, c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra ». Et cette surprise ne doit pas nous angoisser : c’est la délicatesse de l’amour et non pas la peur qui doit nous tenir en éveil. Dieu ne vient pas dans nos vies pour nous piéger, mais pour nous aimer : avec lui, les surprises sont toujours des bonnes surprises !

Puisqu’il en est ainsi, comment ne pas désirer que la venue du Fils de l’homme dans notre vie ne soit pas que pour la fin des temps, mais qu’elle advienne dès maintenant ? Justement, dans la deuxième lecture de la Messe de ce dimanche, saint Paul nous interpelle avec vigueur, il nous encourage à nous réveiller de notre torpeur, car la venue de Dieu dans nos vies se produit « maintenant » ! Dieu est là en ce moment :

Frères, vous le savez : c’est le moment, l’heure est déjà venue de sortir de votre sommeil. Car le salut est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants. La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. (Rm 13, 11-12)

 

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Découvrir la Présence avec sainte Thérèse d’Avila

 

Dans l’un des ouvrages où sainte Thérèse d’Avila (1515-1582) nous livre sa pédagogie de la prière, le Chemin de perfection (écrit vers 1566), elle oriente notre cœur vers cette attention à la venue de Dieu, à la présence de Dieu en nous, ici et maintenant :

« Si on parle, tâcher de se rappeler qu’il y a en nous-même quelqu’un à qui parler ; si on écoute, se rappeler qu’on doit écouter Celui qui nous parle de plus près. Enfin, songer que nous pouvons, si nous le voulons, ne jamais nous éloigner d’une si bonne compagnie et regretter de laisser parfois longtemps seul notre Père, qui a besoin de nous ; si possible, souvent dans la journée ; sinon, quelquefois. Quand cette habitude sera prise, vous y gagnerez tôt ou tard. Lorsque le Seigneur vous l’aura accordée, vous ne voudrez l’échanger contre aucun trésor. Puisqu’on n’apprend rien sans un peu de peine, pour l’amour de Dieu, estimez que le soin que vous consacrerez à cela est bien employé ; je sais que si vous vous y appliquez, en une année, peut-être même en une demi-année, vous obtiendrez un résultat, avec la grâce de Dieu. C’est obtenir en bien peu de temps de bonnes bases au cas où le Seigneur voudrait vous élever à de grandes choses ; qu’il vous trouve prête alors, et près de lui. Plaise à Sa Majesté de ne pas nous permettre de nous éloigner de sa présence. Amen » (Chemin de perfection 29, 7-8).

Ainsi, au moment où nous nous mettons en route pour accueillir la venue de Celui qui vient, nous découvrons qu’il est mystérieusement déjà là, au plus profond de notre cœur. Sainte Thérèse nous enseigne que, veiller dans l’attente de Celui qui vient, c’est nous rendre attentifs à la présence de Celui qui est déjà là ! Nous pouvons passer le plus clair de notre temps, parfois même de longues années, dans l’oubli ou l’ignorance de cette vérité. Thérèse nous confie que ce fut son cas :

« Faisons attention : il y a en nous un palais d’une immense richesse, construit tout en or et en pierres précieuses, enfin, digne d’un tel Seigneur, et la beauté de cet édifice dépend de vous ; c’est vrai, car il n’est plus bel édifice qu’une âme pure et pleine de vertus ; plus elles sont grandes, plus les pierreries resplendissent ; dans ce palais habite ce grand Roi qui consent à être notre père ; il se tient sur un trône de très haut prix, qui est votre cœur (…) Cela fut obscur pour moi pendant un certain temps. Je comprenais bien que j’avais une âme, mais ce que méritait cette âme, qui l’habitait, je ne le comprenais point ; mes yeux, pour ne pas voir, étaient sans doute bouchés par les vanités de la vie. Il m’est avis que si j’avais compris, comme je le fais aujourd’hui, qu’en ce tout petit palais qu’est mon âme habite un si grand Roi, je ne l’aurais pas laissé seul si souvent, je me serais tenue de temps en temps auprès de Lui, et j’aurais fait le nécessaire pour que le palais soit moins sale » (Chemin de perfection 28, 9-11).

Alors, telle est la grâce que nous pouvons demander à Dieu au début de cette retraite : qu’il nous rende davantage attentifs à sa présence en nous. Pour désirer et accueillir cette grâce d’une attention plus grande à la présence de Dieu en nous, nous pouvons mettre en œuvre le conseil de sainte Thérèse :

Si on parle, tâcher de se rappeler qu’il y a en nous-même quelqu’un à qui parler ; si on écoute, se rappeler qu’on doit écouter Celui qui nous parle de plus près. Enfin, songer que nous pouvons, si nous le voulons, ne jamais nous éloigner d’une si bonne compagnie et regretter de laisser parfois longtemps seul notre Père, qui a besoin de nous ; si possible, souvent dans la journée ; sinon, quelquefois.

 

Des moyens concrets au quotidien

 

Au milieu de nos activités quotidiennes, tout au long de notre journée, bien des moyens sont à notre disposition pour nous tourner régulièrement vers cette présence intérieure de Dieu en nous, pour lui parler dans le silence de notre cœur, pour écouter sa voix au plus profond de nous. Par exemple :

- choisir un verset de l’Écriture, de préférence un verset en « tu », que nous dirons à Dieu régulièrement au long de notre journée. Ce peut être, par exemple, un verset de psaume : « Ta parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route » (Ps 118, 105) ; « Écoute, Seigneur, je t’appelle ! Pitié ! Réponds-moi ! » (Ps 26, 7) ; « Tu es mon Dieu ! je n’ai pas d’autre bonheur que toi » (Ps 15, 2). Ce peut être encore toute autre prière adressée à Dieu ou à Jésus par un personnage de la Bible : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute » (1 S 3, 9) ; « Augmente en nous la foi ! » (Lc 17, 5) ; « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime » (Jn 21, 17) ; « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! » (Lc 18, 13).

- faire sonner à intervalles de temps réguliers mon smartphone, ou mon ordinateur, ou une horloge, etc. pour me rappeler la présence de Dieu en moi : quand j’entends ce rappel sonore (trois fois par jour, toutes les heures, etc.), je peux en un instant « plonger dans mon cœur » à la rencontre de Dieu qui est là, et lui adresser, brièvement, dans le silence de mon cœur, une parole spontanée pour lui dire mon amour, ma joie, ma reconnaissance…

- avant une rencontre professionnelle ou amicale, prendre quelques instants de recueillement pour demander à Dieu la grâce d’être attentif à sa présence en moi et en la personne que je vais rencontrer. Bien sûr, il ne s’agit pas de « penser » à Dieu pendant tout l’entretien, mais plutôt de vivre ce rendez-vous en étant connecté à la présence de Celui qui ne nous quitte jamais.

Et n’hésitons pas à inventer aussi nous-mêmes les petits moyens qui raviveront et entretiendront la flamme de notre amour pour Dieu présent en nous ! Dans tous les cas, il ne s’agit pas de nous concentrer sur la présence de Dieu, mais d’ouvrir notre cœur à cette présence de Dieu, d’orienter notre être vers Dieu qui est présent, d’aimer Celui qui est déjà là. « Il ne s’agit pas de beaucoup penser, mais de beaucoup aimer ; donc, tout ce qui vous incitera à aimer davantage, faites-le », écrit sainte Thérèse (Château intérieur IV, 1, 7).

 

Veillons dans l’attente de Celui qui vient ! Soyons vigilants : Il est présent, ici et maintenant !

 

Bonne entrée en retraite ! bonne entrée en Avent !

 

fr. Anthony-Joseph Pinelli, ocd (Paris)

 

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Prier chaque jour de la semaine avec sainte Thérèse d’Avila

 

Lundi 28 novembre

Seul face à Dieu

 

« Il me resta le désir de la solitude, le goût des entretiens où l’on parlait de Dieu ; lorsque quelqu’un s’y prêtait, j’y trouvais une plus grande joie qu’à toute la politesse des conversations mondaines. Mes communions et confessions étaient beaucoup plus fréquentes, je les désirais. » Livre de la Vie 6,4

 

« Je vais la séduire, je la conduirai au désert, et je parlerai à son cœur. » Osée 2,16

Comment vais-je entrer dans l’essentiel pendant cet Avent ? Quels moyens vais-je prendre pour cela ?

 

Mardi 29 novembre

Agir par amour

 

« Ne cherchez pas à être utiles au monde entier, mais à celles qui vivent en votre compagnie… Le Seigneur regarde moins la grandeur de nos œuvres que l’amour avec lequel on les fait. » 7èmes Demeures 4,14-15

 

« Jésus partit pour la Galilée proclamer la Bonne Nouvelle : ‘Le Royaume de Dieu est tout proche, convertissez-vous’. » Marc 1,15

Je réfléchis aujourd’hui à ce que je pourrais vivre par amour pendant l’Avent afin que ma vie soit plus évangélique.

 

Mercredi 30 novembre

A l’école de saint Joseph

 

« Je pris pour avocat et maître le glorieux saint Joseph et je me recommandai beaucoup à lui… Ce saint nous secourt en toutes circonstances ; le Seigneur veut ainsi nous faire comprendre que, de même qu’Il fut soumis sur terre à Joseph qu’on appelait son père, et qui à ce titre pouvait lui commander, le Seigneur fait encore au ciel tout ce que Joseph lui demande. » Vie 6,6

 

« Lui, de condition divine, s’anéantit lui-même, prenant la condition d’esclave et devenant semblable aux hommes, il se rendit obéissant. » Philippiens 2,6-7

Je demande à saint Joseph qu’il nous apprenne à vivre l’obéissance à la volonté de Dieu.

 

Jeudi 1er décembre

Traverser les eaux troubles

 

« Je sais bien que sans le secours de Dieu il m’eût été impossible d’en finir si spontanément avec de si mauvaises habitudes et de renoncer à de si mauvaises actions. Que le Seigneur soit béni de m’avoir délivrée de moi-même ! » Vie 23,1

 

« Ainsi parle le Seigneur : Ne crains pas, je t’ai appelé par ton nom, tu es à Moi. Si tu traverses les eaux, je serai avec toi. » Isaïe 43,1-2

Je fais mémoire des grâces de libération vécues et je confie au Seigneur le salut de mes proches.

 

 

Vendredi 2 décembre

Servir le cœur libre

 

« Nous devons rendre grâce au Seigneur qui nous permet de désirer Le contenter, même si nos œuvres sont minces. Cette manière de vivre en compagnie du Christ est profitable dans tous les états, c’est un moyen extrêmement sûr de progresser. » Vie 12,3

 

« Lorsque vous aurez fait tout ce qui vous a été prescrit, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles ; nous avons fait ce que nous devions faire. » Luc 17,10

La bonté de nos actions dépend-t-elle de la bonté de l’autre envers nous ? Jusqu’où suis-je libre de pardonner à mon prochain ?

 

Samedi 3 décembre

Chercher Dieu même quand Il semble lointain

 

« Oh! Que de fois je me rappelle l’eau vive que le Seigneur donna à la Samaritaine ! … Je suppliais très souvent le Seigneur de me donner de cette eau. » Vie 30, 19

 

« Celui qui boira l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif, l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle. » Jean 4,14

Dans notre prière, ne nous lassons jamais de Le chercher ardemment, même s’Il semble se faire absent.

 

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21 octobre 2008

Neuvaine à Sainte Thérèse d'Avila

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Sainte Thérèse de Jésus d'Avila

Réformatrice du Carmel

1515-1582

Fête le 15 octobre

Née dans une noble famille d'Avila en Castille, elle entre à 20 ans au Carmel. Elle se rend compte que les pratiques religieuses de cet Ordre se sont dégradées et elle veut le réformer pour le faire revenir à la Règle primitive, malgré bien des résistances. Elle fonde de nombreux couvents en Espagne. Elle vit des expériences mystiques très fortes et rencontre Saint Jean de la Croix, lui même mystique. Elle nous a laissé des écrits de haute spiritualité, en particulier « Le château intérieur de l'âme » qui est une extraordinaire méthode de prière et d'oraison qui la range parmi les meilleurs guides de l'oraison contemplative. Paul VI la proclame Docteur de l'Eglise en 1970. « Qu'il est admirable de songer que Celui dont la grandeur emplirait mille mondes et beaucoup plus, s'enferme ainsi en nous qui sommes une si petite chose ! » (Chemins de la Perfection)

« Qu’il est admirable de songer que Celui dont la grandeur emplirait mille mondes et beaucoup plus, s’enferme ainsi en nous qui sommes une si petite chose ! » (Sainte Thérèse d'Avila)

Neuvaine à Sainte Thérèse d'Avila


Premier jour


Me voici encore à vos pieds, ô ma Mère; et toujours pour obtenir la grâce que je sollicite depuis tant d’années; mes espérances sont augmentées, mais, hélas! ce ne sont que des espérances, je suis toujours dans le monde, toujours loin de vos saints asiles, et je ne vois pas même de route certaine pour y arriver. Je persiste, ô mon Dieu, à me soumettre sans réserve à votre sainte volonté; je ne demandais que de la connaître. Eût-elle été opposée à mes vœux, sur le champ je m’y serais soumise, j’aurais renoncé à mes plus chers desseins, et je me serais fixée dans l’état où votre adorable Providence m’aurait retenue. Mais soyez-en loué à jamais, ô mon Dieu, votre miséricorde n’a point rejeté mes vœux; votre oracle a parlé; vous avez agréé mon sacrifice; et il ne me reste qu’à attendre le moment que vous avez marqué. Je l’attends ô mon Dieu, et c’est avec autant de soumission que d’empressement: mais vous nous permettez de vous prier, et vous ne prenez point mes sollicitations pour des révoltes. Hâtez donc, ô mon Dieu, hâtez, précipitez cet heureux moment.


Deuxième jour


Ô ma bonne Mère, joignez vos instances à celles d’un enfant que vous ne pouvez plus désavouer: jetez les yeux sur moi, voyez l’esclavage où je suis, l’agitation où je vis; mes prières gênées, mes méditations coupées, mes dévotions contrariées; voyez les affaires temporelles dont je suis assaillie; voyez le monde, qui sème sous mes pas ses pompes, ses jeux, ses spectacles, ses conversations, ses délices, ses vanités, ses méchancetés, ses tentations, sans que je puisse ni fuir ni me détourner; voyez les dangers que je cours, les épines sur lesquelles je marche, mes fautes, le peu de bien que je fais; voyez mes désolations, mes tristesses, mes ennuis; ayez pitié de moi; obtenez-moi, enfin la sainte liberté des enfants de Dieu.


Troisième jour


Ne suis-je pas assez éprouvée, ne connaissez-vous pas à fond le vœu de mon cœur; après tant d’années de constance? Doutez-vous de ma résolution, m’avez-vous vue varier un seul instant, ne m’avez-vous pas toujours aperçue toute tournée vers la voix qui m’appelle, tendant à elle de toutes mes pensées, de tous mes désirs et de toutes mes forces; soupirant sans cesse après le bonheur de la suivre; fondant en larmes de me voir ainsi renvoyée d’année en année; conjurant Dieu de toute la ferveur, et dans toute la sincérité de mon âme, de briser, enfin, mes liens; vous pressant, vous sollicitant de m’aider à les rompre, employant pour vous y engager, l’intercession de vos plus chères filles? N’ai-je pas connu assez le monde pour le détester à jamais, pour ne jamais le regretter? J’ai considéré tant de fois, une à une, toutes les douceurs de cet état, auquel je veux renoncer! Vous m’êtes témoin, ô mon Jésus, qu’il n’en est point que j’aie balancé à vous sacrifier. Vaines douceurs, douceurs pleines d’amertume, fussent-elles mille fois plus pures, je préfère le Calice de mon Sauveur. Ne me dites point, ma Sainte Mère, que je ne connais pas encore assez votre règle. Ah! ne m’avez-vous pas vu la lire sans cesse, la méditer, la porter toujours sur moi, en faire mes délices? Je ne me suis rien déguisé, abaissements, pauvreté, austérités de toutes espèces, privations de toutes sortes, solitude, délaissements, contradictions, humiliations, mépris, mauvais traitements, j’ai mis tout au pis; rien ne m’a effrayée, j’ai comparé l’état de Princesse et l’état de Carmélite, et toujours j’ai prononcé que celui de Carmélite valait mieux que celui de Princesse; et jamais ce jugement ne s’effacera de mon cœur; j’ai vu, ô mon Jésus, j’ai soupesé la croix, dont je, vous prie de me charger. Ah! que n’est-elle aussi pesante que la vôtre!


Quatrième jour


Ô ma bonne Mère, que faut-il donc de plus? Mes jours se dissipent, mes années s’écoulent; hélas! que me restera-t-il à donner à Dieu? Vos filles elles-mêmes ne me trouveront-elles pas trop âgée? Ouvrez-moi donc enfin, ô ma Mère, ouvrez-moi la porte de votre maison, tracez-moi la route, frayez-moi le chemin, aplanissez-moi tout obstacle; dès le premier pas, j’ai besoin de tous vos secours pour me déclarer à celui dont le consentement m’est nécessaire; faites-moi naître une occasion favorable, préparez-moi son cœur, disposez-le à m’écouter, défendez-moi de sa tendresse, défendez-moi de la mienne, donnez-moi avec le courage de lui parler, des paroles persuasives qui vainquent toutes ses répugnances; mettez-moi sur les lèvres ce que je dois lui dire, ce que je dois lui répondre; parlez-lui vous-même pour moi, et répondez-moi pour lui. Vous obtîntes autrefois tant de grâces pour rompre les liens qui vous retenaient dans le monde; vous en obtenez tant de pareilles pour vos filles; intercédez donc aussi pour moi, ô ma Mère, et dites à mon cœur, avant que je sorte d’ici, que je puis parler quand je voudrai et que le cœur du Roi est incliné à mes vœux; mais, ma sainte Mère, comment apprendra-t-il ma résolution? Y consentira-t-il? La verra-t-il s’exécuter sans être touché de Dieu, et sans retourner entièrement vers lui. Moi Carmélite et le Roi tout à Dieu. Quel bonheur ! Dieu le peut, Dieu le fera, ô ma sainte Mère, si vous le lui demandez. Hélas! il le ferait même pour moi, si j’avais autant de foi que de désir; ah! je crois, ô mon Dieu, je crois, ô ma bonne Mère, présentez ma foi aux pieds de votre divin Époux; qu’elle croisse, qu’elle s’augmente entre vos mains, et qu’elle égale la vôtre; et comme elle a mérité des miracles, après cela qu’aurais-je à désirer? Mourir, et mourir Carmélite; et laisser ici-bas toute ma famille dans le chemin du Ciel.


Cinquième jour


Mais s’il faut encore par quelque délai acheter de si grandes grâces; ah! du moins, ma sainte Mère, augmentez-en le pressentiment dans mon cœur; faites-y luire le plein jour de la volonté de Dieu; daignez sans cesse m’y certifier ma vocation, mais surtout ne me laissez pas perdre cet intervalle, quel qu’encore qu’il puisse être, aidez-moi à me défaire dès aujourd’hui de tous les attachements contraires à ma vocation. Hélas! à quoi ne s’attache pas notre cœur, et presque toujours sans que nous nous doutions de l’attachement. Parents, amis, meubles, habits, bijoux, bonne chère, commodités, habitudes, consolations humaines: que sais-je? Voyez, faites moi voir, arrachez-y tout ce que je ne dois pas porter chez vous. Ah! n’épargnez rien au-dedans de moi; mais au dehors, ma bonne Mère, retenez par vos instances les plus vives, ce bras terrible qui a déchiré mon âme par tant de funestes coups. Ô mon Dieu, conservez la Reine; donnez-lui la consolation de me voir au nombre de ses chères carmélites; conservez toute ma famille, conservez tous ceux que j’aime, ne m’en détachez que par votre grâce. Non, je ne serai pas rebelle, et je foulerai aux pieds toutes mes inclinations pour suivre votre voix. Mais, ô ma sainte Mère, pendant que je travaille à déraciner toutes mes anciennes attaches, ne permettez pas que j’en contracte de nouvelles; protégez-moi contre toutes les occasions, contre tous les pièges qu’on me tend.


Sixième jour


À mesure que mon cœur se videra de toutes les pensées de la terre, il se remplira de celles de ma vocation, de celles du Ciel. Ô ma Mère, dilatez, étendez dans mon âme toutes les vertus religieuses; que dès à présent j’en pratique tout ce qu’il m’est possible de pratiquer dans le monde; donnez-moi des occasions fréquentes d’obéir, de me mortifier, de m’humilier, de me confondre avec mes inférieurs, de descendre au-dessous d’eux, de fouler aux pieds le monde et ses vanités, de glorifier Dieu sans respect humain, d’embrasser, sans honte, la croix de Jésus, de confesser hautement sa Religion et son Église, de renoncer à moi-même et à toutes mes affections, de goûter les contradictions, les délaissements, le défaut de consolations humaines; de sentir le froid, le chaud, la faim, la lassitude , de me dépouiller de ma propre volonté, de me résigner à celle de Dieu; de m’élever à lui ; de le prier, de converser avec lui, de l’aller visiter au pieds de ses autels; de participer à sa Sainte-Table, d’entendre sa Parole, d’assister à ses saints offices. Multipliez toutes les occasions pareilles, et que je n’en perde pas une; que partout, et dans les lieux les plus consacrés au monde, je porte un cœur crucifié, un cœur de Carmélite; que toutes mes pensées soient dignes de vous.


Septième jour


Soyez sans cesse à mes côtés, ô ma sainte Mère, pour me dire, sans relâche, songez à votre vocation, il vous reste peu de temps, songez à former une Carmélite; une Carmélite ne penserait pas, ne dirait pas, ne ferait pas cela. Ah! qu’avec cette assistance, j’espérerais former en moi dès à présent, et au milieu même du monde, une parfaite Carmélite, à qui il ne manquerait que le cloître et l’habit. Daignez donc, ma sainte Mère, si vous voulez encore me laisser dans le monde, daignez ne me pas perdre un moment de vue ; veillez sur moi comme sur une de vos filles, soyez mon soutien, soyez ma sûre garde, soyez mon conseil assidu.


Huitième jour


Je vous recommande non seulement mon cœur pour y former toutes les vertus et toutes les perfections de votre règle, mais encore mon corps pour le mettre en état d’en soutenir les austérités; je ne demande pas une santé parfaite, je veux ô ma sainte Mère, vous ressembler en tout point, je veux ressembler à Jésus-Christ, mon divin modèle, et porter sa croix en mon cœur et en mon corps jusqu’au dernier soupir. Ou souffrir ou mourir, sera ma devise, comme ce fut la vôtre; mais qu’au milieu des douleurs et des infirmités, mon tempérament se fortifie, afin que sa faiblesse ne soit pas un obstacle à ma vocation, quand par la miséricorde de Dieu, tous les autres obstacles seront levés.


Neuvième jour


Mais tandis que je m’occupe de mon cœur, que je m’en propose les vertus, et que je m’y exerce, ne me laissez pas non plus, ô ma sainte Mère, négliger l’état où la Providence me retient encore, quelque court que doive être le temps qu’elle m’y retiendra. Suggérez-moi aussi tous les devoirs, obtenez-moi de les remplir ponctuellement avec autant d’exactitude, d’émulation, et de perfection, que si je devais être toute ma vie ce que je suis à présent; multipliez aussi, sous mes mains, les occasions de faire le bien propre de cet état, le bien que je ne pourrai plus faire dans le cloître. Hélas ! qu’ai-je fait ici pour répondre à la Providence, et la justifier de m’avoir placée, et de m’avoir tenue plus de trente ans dans ce rang d’élévation? Ô mon Dieu ! Remplissez le peu de jours qui me restent de cette grandeur, et que de leur plénitude soient comblés tous les vides de ma vie passée. Donnez-moi dans ce court espace de temps de servir la Religion, l’Église et l’État; de tirer de la misère tous les malheureux, de soutenir, de ranimer, d’encourager la piété, de protéger l’innocence opprimée, d’imposer un silence éternel à la calomnie et à la médisance, de vous gagner toute ma maison, d’édifier toute la Cour; et avant de m’enfermer pour travailler uniquement à mon salut, d’avoir procuré celui de tous ceux à qui l’élévation dont je descends m’aura donnée en spectacle. Ainsi soit-il.

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03 avril 2008

Sainte Thérèse d'Avila

Num_riser0045La Transverbération du Coeur de Sainte Thérèse d'Avila

Fête le 26 août

Jésus alluma en elle un tel feu de l'amour et un tel désir de le voir qu'elle en était blessée d'une plaie divine, qui, en la faisant languir et mourir, lui causait un plaisir ineffable, auquel tous les plaisirs du monde ne peuvent être comparés. Pour perpétuer la mémoire de cette mystérieuse blessure, le pape Benoît XIII, à la demande des carmélites d'Espagne et d'Italie établit en 1726 cette fête de la "transverbération" : « La transverbération de Sainte Thérèse », chapelle Cornaro, Rome. Oeuvre de Gian Lorenzo Bernini (1652)

Extrait de l'autobiographie de Sainte Thérèse de Jésus

« J'ai vu dans sa main [de l’ange chérubin] une longue lance d'or, à la pointe de laquelle on aurait cru qu'il y avait un petit feu. Il m'a semblé qu'on la faisait entrer de temps en temps dans mon cœur et qu'elle me perçait jusqu'au fond des entrailles; quand il l'a retirée, il m'a semblé qu'elle les retirait aussi et me laissait toute en feu avec un grand amour de Dieu. La douleur était si grande qu'elle me faisait gémir; et pourtant la douceur de cette douleur excessive était telle, qu'il m'était impossible de vouloir en être débarrassée. L'âme n'est satisfaite en un tel moment que par Dieu et lui seul. La douleur n'est pas physique, mais spirituelle, même si le corps y a sa part. C'est une si douce caresse d'amour qui se fait alors entre l'âme et Dieu, que je prie Dieu dans Sa bonté de la faire éprouver à celui qui peut croire que je mens. » (Chapitre XXIX, 17e partie)

Un chirurgien en a fait une description détaillée, insistant sur une déchirure : "elle est longue, étroite et profonde, et pénètre la substance même de l'organe, ainsi que les ventricules. La forme de cette ouverture laisse deviner qu'elle a été faite avec un art consommé, par un instrument long, dur et très aigu; et c'est seulement à l'intérieur de cette ouverture que l'on peut reconnaître des indices de l'action du feu ou d'un commencement de combustion...". Trois cents ans après la mort, trois médecins ont confirmé l'état de conservation, lequel selon eux, ne pouvait être obtenu par aucun moyen connu.

Prière

Dieu Tout-Puissant, Tu as embrasé notre Mère Sainte Thérèse du Feu de Ton Amour, et Tu lui as donné la force d'accomplir pour Ta Gloire des oeuvres difficiles; accorde-nous, à sa prière, d'expérimenter en nous-mêmes la force de Ton Amour qui nous rendra toujours plus généreux à Ton Service. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

Prière extraite du Missel du Carmel (Editions du Carmel, Toulouse)

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