30 mars 2013

Samedi Saint: la Sainte Face de Jésus au Sépulcre

Samedi Saint

La Sainte Face de Jésus au Sépulcre

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O Jésus, dont la Face Adorable fut enfermée dans le Sépulcre, ayez pitié de nous !

 

Après avoir été couverte des baisers de Marie, parfumée par Marie Madeleine et enveloppée d'un Suaire, la sainte Face disparaît dans le Sépulcre. Ce suaire Précieux, qui portera aussi, comme celui de Véronique, l'empreinte des traits du Sauveur, va nous fournir une nouvelle méditation.

 

Premier point

La Sainte Face sur le Suaire

 

C'était l'usage chez les Juifs, d'envelopper le corps tout entier de voiles et de bandelettes avant de le déposer ans le roc qui gardait les tombeaux de famille. Joseph d'Arimathie a donné un sépulcre à Celui qui n'avait pas où reposer Sa tête, il a couvert de linceuls la Dépouille Adorable du Sauveur. L'Ange les montrera plus tard pliés avec soin dans le tombeau et portant les traces des Cinq Plaies de Jésus. Pour nous, fidèles amis de la Sainte Face, nous allons vénérer spécialement celui de ces linceuls, qui, comme le Voile de Véronique, garde les traits de Jésus. Dieu n'a point voulu que ce trésor fût ravi à Son Eglise. Il passa des mains de Nicodème à celles de Gamaliel, puis à Saint Jacques, qui le transmit à Saint Siméon, Evêque de Jérusalem. Les Croisés le rapportèrent en Europe, et aujourd'hui la Maison de Savoie conserve à Turin ce mémorial de la Passion du Sauveur. Que de miracles se sont opérés en sa présence ! Saint François de Sales vint y répandre son cœur débordant d'amour ; il ne put retenir ses larmes à la vue des marques produites par les Plaies du Sauveur.

Unissons-nous aux sentiments pieux de tous ceux qui ont prié devant cette vénérable relique. Honorons le Saint Suaire, et attachons-nous plus spécialement à cette partie qui couvrit la Face de Jésus. On a reproduit beaucoup de fac-similé de cette Sainte Relique ; estimons-nous heureux si nous avons le bonheur d'en posséder un, et que sa vue nous excite à la réparation et à l'amour.

 

Deuxième point

Le Chrétien dans le sépulcre

 

Ce n'est pas sans un secret dessein de Dieu que la Sainte Face a été ainsi imprimée sur le Saint Suaire. La couronne d'épines, les ignominies des Juifs nous y sont retracés pour nous rappeler combien Notre Seigneur a souffert pour nous, « depuis la plante des pieds jusqu'aux sommets de la tête, aucune partie n'est restée sans douleur », avait dit le prophète (Isaïe 1, 16). Puisque mon Sauveur a tant souffert, pourquoi ne souffrirais-je pas avec Lui ? Puisqu'Il a voulu être enseveli pendant plusieurs jours dans les ombres d'un tombeau, pourquoi refuserais-je d'être enseveli au monde avec Lui ?

A la vue de la Sainte Face imprimée sur le Saint Suaire, je déteste le péché, je renonce au désir de paraître, d'être honoré, loué, recherché et aimé. Je demande à Dieu, avec l'apôtre de la dévotion à la Sainte Face, Sœur Marie de Saint Pierre, l'auteur des Litanies de l'humilité, avec le vénéré Léon Papin-Dupont (le Saint Homme de Tours »), qui a récité si souvent cette pieuse prière, je demande d'être délivré de la crainte d'être humilié, méprisé, rebuté, calomnié, raillé et injurié. Comme Saint Paul, je ne veux connaître autre chose que Jésus, et Jésus crucifié (Galates 3,1). C'est en Lui que je veux chercher mon bonheur, ma paix et la source de toutes mes joies sur la terre.

Bouquet spirituel : « Pierre étant entré, vit les linceuls déposés dans le sépulcre » (Jean 20, 5).

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Texte extrait du Mois de la Sainte Face, Abbé J.-B. Fourault, aux Editions Saint Jean


22 avril 2011

Samedi Saint

 

Semaine Sainte

Triduum Pascal

Samedi Saint

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Le Roi dort

(Saint Épiphane de Salamine, IVe siècle)

 

« Un grand silence règne aujourd’hui sur la terre, un grand silence et une grande solitude,un grand silence parce que le Roi dort. La terre a tremblé et s’est calmée parce que Dieu s’est endormi dans la chair et qu’il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles. Dieu est mort dans la chair et les enfers ont tressailli. Dieu s’est endormi pour un peu de temps et il a réveillé du sommeil ceux qui séjournaient dans les enfers. Il va chercher Adam, notre premier Père, la brebis perdue. Il veut visiter tous ceux qui sont assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort. Il va, pour délivrer de leurs douleurs Adam dans ses liens et Ève captive avec lui, lui qui est en même temps leur Dieu et leur fils (…) Le Christ, ayant saisi Adam par la main, lui dit : «Éveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts... Lève-toi, toi qui dormais, car je ne t’ai pas créé pour que tu séjournes ici enchaîné dans l’enfer. Relève-toi d’entre les morts, Je suis la Vie des morts. Lève-toi, œuvre de mes mains, toi, mon effigie, qui a été faite à mon image. Lève-toi, partons d’ici, car tu es en moi et je suis en toi. À cause de toi, moi ton Dieu, je suis devenu ton fils ; à cause de toi, moi ton Seigneur, j’ai pris la forme d’esclave. Pour toi, homme, je me suis fait comme un homme, sans protection, libre parmi les morts. Pour toi qui es sorti du jardin, j’ai été livré dans le jardin et crucifié dans le jardin (...) Je me suis endormi sur la croix et la lance a percé mon côté à cause de toi.Et mon sommeil te fait sortir maintenant du sommeil de l’enfer. Lève-toi, partons d’ici, de la mort à la vie, de la corruption à l’immortalité, des ténèbres à la lumière éternelle. Levez-vous, et allons de la douleur à la joie, de la prison à la Jérusalem céleste, des chaînes à la liberté, de la captivité aux délices du Paradis, de la terre au ciel. Mon Père céleste attend la brebis perdue, la salle des noces est préparée, le Royaume des cieux qui existait avant tous les siècles vous attend ».

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Le Grand Samedi

 

Le « Grand Samedi », comme dit l’Orient, l’Église contemple d’abord le mystère de l’ensevelissement de son Seigneur, le mystère de sa mort, de son silence, de son repos. Comment pourrions-nous célébrer Pâques en sautant le Samedi Saint?

 

Dans le « catéchisme de notre cœur », a dit un grand théologien, le Samedi Saint ne semble pas occuper une très grande place. Le Jeudi Saint célèbre l’institution du sacrement de l’amour, le Vendredi Saint vénère la croix, la Nuit Pascale chante la résurrection, mais le Samedi Saint? Chaque dimanche pourtant, notre Credo confesse le mystère dont ce jour fait tout particulièrement mémoire: « Il est mort et a été enseveli; il est descendu aux enfers ». Oui, à chaque eucharistie « nous annonçons la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne! » (1 Corinthiens 11, 26).


Le Grand Samedi, comme dit l’Orient, l’Église contemple d’abord le mystère de l’ensevelissement de son Seigneur, le mystère de sa mort, de son silence, de son repos. Comment pourrions-nous célébrer Pâques en sautant le Samedi Saint? Jésus est vraiment mort. Il n’a pas fait semblant. Il n’a pas joué un jeu. Un jour, il a pris le chemin qui sera aussi le nôtre: il a quitté cette vie, ce monde, notre monde si concret, si digne d’amour; il est descendu dans l’abîme le plus profond de l’homme, de ce que la Bible appelle le shéol ou l’hadès: les ombres de la mort. Et l’Église ne craint pas de s’arrêter là un instant, de contempler avec crainte, mais aussi avec une silencieuse douceur, cette descente divine dans l’immense impuissance humaine: le Christ nous a précédés jusque dans la mort; il s’est laisser tomber entre les mains du Père et par là il a sanctifié tous les samedis saints de notre vie. Le silence de Dieu dans le repos de ce septième jour, en ce grand et saint sabbat, murmure déjà la nouvelle création du huitième jour. Et l’Église fait silence pour l’entendre.


Mais avec elle entendent tous ceux que la mort retenait captive, ceux qui, depuis le début de l’humanité, attendaient que s’ouvrît la porte du ciel. Car le Christ, descendant au shéol, va à leur mystérieuse rencontre, prenant Adam, et avec lui toute l’humanité, par la main, comme le montre si bien l’icône de la descente aux enfers, la véritable icône pascale de l’Orient: « Éveille-toi, ô toi qui dors! Relève-toi d’entre les morts! Christ t’illuminera ! » (Ep 5,14). Alors un premier pressentiment de Pâques traverse le silence de l’Église; après l’horreur du Golgotha, un premier frisson de joie ravive son attente: non, Dieu ne peut abandonner son âme au shéol, il ne peut laisser son fidèle voir la corruption (cf. Psaume 16,10). Il est descendu « pour tirer de la prison ceux qui habitent les ténèbres » (Is 42,7), « et celui qui est descendu, c’est le même qui est aussi monté au-dessus de tous les cieux, afin de remplir toute chose » (Ep 4,10).


C’est pourquoi le Samedi Saint n’est pas un jour de lamentation ni de deuil, mais le jour d’un silence aimant. Certes, baptisés en Christ, nous sommes ensevelis avec lui dans la mort (Rm 6,4) et, de cette mort, nous avons déjà un avant-goût, car nous mourons tout au long de notre vie... Mais notre espérance repose aujourd’hui dans le silence comme le Christ repose au tombeau, et avec Marie, avec les saintes femmes, nous nous asseyons près du tombeau pour entrer dans la tendresse et la douceur du repos de Dieu : de lui seul vient le salut.


Le Samedi Saint ne connaît ni célébration (ni adoration) eucharistique ni communion aux présanctifiés. Si l’Église se rassemble pour la Liturgie des Heures, elle n’a pourtant jamais voulu instituer une célébration particulière pour faire mémoire du Christ au tombeau. Son maître s’est vraiment endormi dans la mort, et elle accueille dans la foi et le silence toute la profondeur de ce mystère. Écartelés entre le désir de nous taire dans l’amour devant cet abaissement de Dieu et l’espérance paisible qui veut être partagée, nous nous rassemblons au plein midi de ce grand samedi pour l’Office de la Descente aux Enfers. Toute la liturgie traduit cet étonnement craintif de voir « l’Immortelle Vie descendre vers la mort » et cette certitude lumineuse que « l’enfer fut renversé par la splendeur de sa divinité » (Premier Tropaire); de voir le cœur de Marie transpercé par un glaive et de l’entendre sans hésitation confesser: « ...mais tu changeras mon deuil en la joie de ta résurrection » (Deuxième Tropaire). Les psaumes et les cantiques s’ouvrent à leur tour à ce double mystère: chantés (et c’est le seul jour dans l’année !) non pas en polyphonie, mais recto tono, sans antienne ni doxologie à la fin, ils expriment tous ce même ébranlement intérieur, pour se tourner tout de suite vers l’espérance et la certitude du salut: « Sauve-moi, car, dans la mort, nul souvenir de toi, le Seigneur accueillera ma prière » (Ps 6); « je descendis au pays dont les verrous m’enfermaient pour toujours, mais tu retires ma vie de la fosse, Seigneur, mon Dieu » (Jonas 2), « des profondeurs je crie vers toi, Seigneur, écoute mon appel! » (Ps 129).


Les lectures, elles aussi, nous gardent éveillés dans cette même attitude, exigeante, à la fois d’un infini respect et d’un grand silence (l’évangile nous montre le Christ enseveli et mis au tombeau), mais aussi d’une attente vivante et espérante (la première lettre de Pierre proclame le Christ prêchant la Bonne Nouvelle à ceux que la mort retenait captive). En réponse, le choral de l’attente de la résurrection, comme une première lueur de Pâques, acclame déjà dans l’espérance « Jésus vainqueur, amour plus fort que notre mort! », et Marie, que notre dernier chant rejoint auprès de son Fils endormi dans la paix, nous enseigne une dernière fois en ce Samedi Saint l’abandon au Père qui ouvre déjà les portes de la vie, pour relever le Fils d’entre les morts, pour prendre aussi auprès de lui tous ceux à qui le Christ a tendu la main: « Viens! Mon Père t’attend! La salle des Noces est prête. Le royaume des Cieux s’ouvre à toi! » (Pseudo-Épiphane, Homélie du Samedi Saint).

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« Le mystère du Samedi Saint »

Méditation de Benoît XVI à l'occasion de la vénération du Saint Suaire de Turin

 

Chers amis, C'est pour moi un moment très attendu. En diverses autres occasions, je me suis trouvé face au Saint-Suaire, mais cette fois, je vis ce pèlerinage et cette halte avec une intensité particulière: sans doute parce que les années qui passent me rendent encore plus sensible au message de cet extraordinaire Icône; sans doute, et je dirais surtout, parce que je suis ici en tant que Successeur de Pierre, et que je porte dans mon cœur toute l'Eglise, et même toute l'humanité. Je rends grâce à Dieu pour le don de ce pèlerinage et également pour l'occasion de partager avec vous une brève méditation qui m'a été suggérée par le sous-titre de cette Ostension solennelle: « Le Mystère du Samedi Saint ».


On peut dire que le Saint-Suaire est l'Icône de ce mystère, l'Icône du Samedi Saint. En effet, il s'agit d'un linceul qui a enveloppé la dépouille d'un homme crucifié correspondant en tout point à ce que les Evangiles nous rapportent de Jésus, qui, crucifié vers midi, expira vers trois heures de l'après-midi. Le soir venu, comme c'était la Parascève, c'est-à-dire la veille du sabbat solennel de Pâques, Joseph d'Arimathie, un riche et influent membre du Sanhédrin, demanda courageusement à Ponce Pilate de pouvoir enterrer Jésus dans son tombeau neuf, qu'il avait fait creuser dans le roc à peu de distance du Golgotha. Ayant obtenu l'autorisation, il acheta un linceul et, ayant descendu le corps de Jésus de la croix, l'enveloppa dans ce linceul et le déposa dans le tombeau (cf. Mc 15, 42-46). C'est ce que rapporte l'Evangile de saint Marc, et les autres évangélistes concordent avec lui. A partir de ce moment, Jésus demeura dans le sépulcre jusqu'à l'aube du jour après le sabbat, et le Saint-Suaire de Turin nous offre l'image de ce qu'était son corps étendu dans le tombeau au cours de cette période, qui fut chronologiquement brève (environ un jour et demi), mais qui fut immense, infinie dans sa valeur et sa signification.


Le Samedi Saint est le jour où Dieu est caché, comme on le lit dans une ancienne Homélie: « Que se passe-t-il? Aujourd'hui, un grand silence enveloppe la terre. Un grand silence et un grand calme. Un grand silence parce que le Roi dort... Dieu s'est endormi dans la chair, et il réveille ceux qui étaient dans les enfers » (Homélie pour le Samedi Saint, PG 43, 439). Dans le Credo, nous professons que Jésus Christ « a été crucifié sous Ponce Pilate, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers. Le troisième jour est ressuscité des morts ».


Chers frères et sœurs, à notre époque, en particulier après avoir traversé le siècle dernier, l'humanité est devenue particulièrement sensible au Mystère du Samedi Saint. Dieu caché fait partie de la spiritualité de l'homme contemporain, de façon existentielle, presque inconsciente, comme un vide dans le cœur qui s'est élargi toujours plus. Vers la fin du xix siècle, Nietzsche écrivait: "Dieu est mort! Et c'est nous qui l'avons tué!". Cette célèbre expression est, si nous regardons bien, prise presque à la lettre par la tradition chrétienne, nous la répétons souvent dans la Via Crucis, peut-être sans nous rendre pleinement compte de ce que nous disons. Après les deux guerres mondiales, les lager et les goulag, Hiroshima et Nagasaki, notre époque est devenue dans une mesure toujours plus grande un Samedi Saint: l'obscurité de ce jour interpelle tous ceux qui s'interrogent sur la vie, et de façon particulière nous interpelle, nous croyants. Nous aussi nous avons affaire avec cette obscurité.


Et toutefois, la mort du Fils de Dieu, de Jésus de Nazareth a un aspect opposé, totalement positif, source de réconfort et d'espérance. Et cela me fait penser au fait que le Saint-Suaire se présente comme un document « photographique », doté d'un « positif » et d'un « négatif ». Et en effet, c'est précisément le cas: le mystère le plus obscur de la foi est dans le même temps le signe le plus lumineux d'une espérance qui ne connaît pas de limite. Le Samedi Saint est une « terre qui n'appartient à personne » entre la mort et la résurrection, mais dans cette « terre qui n'appartient à personne » est entré l'Un, l'Unique qui l'a traversée avec les signes de sa Passion pour l'homme: « Passio Christi. Passio hominis ». Et le Saint-Suaire nous parle exactement de ce moment, il témoigne précisément de l'intervalle unique et qu'on ne peut répéter dans l'histoire de l'humanité et de l'univers, dans lequel Dieu, dans Jésus Christ, a partagé non seulement notre mort, mais également le fait que nous demeurions dans la mort. La solidarité la plus radicale.


Dans ce « temps-au-delà-du temps », Jésus Christ « est descendu aux enfers ». Que signifie cette expression? Elle signifie que Dieu, s'étant fait homme, est arrivé au point d'entrer dans la solitude extrême et absolue de l'homme, où n'arrive aucun rayon d'amour, où règne l'abandon total sans aucune parole de réconfort: « les enfers ». Jésus Christ, demeurant dans la mort, a franchi la porte de cette ultime solitude pour nous guider également à la franchir avec Lui. Nous avons tous parfois ressenti une terrible sensation d'abandon, et ce qui nous fait le plus peur dans la mort, est précisément cela, comme des enfants, nous avons peur de rester seuls dans l'obscurité, et seule la présence d'une personne qui nous aime peut nous rassurer. Voilà, c'est précisément ce qui est arrivé le jour du Samedi Saint: dans le royaume de la mort a retenti la voix de Dieu. L'impensable a eu lieu: c'est-à-dire que l'Amour a pénétré « dans les enfers »: dans l'obscurité extrême de la solitude humaine la plus absolue également, nous pouvons écouter une voix qui nous appelle et trouver une main qui nous prend et nous conduit au dehors. L'être humain vit pour le fait qu'il est aimé et qu'il peut aimer; et si dans l'espace de la mort également, a pénétré l'amour, alors là aussi est arrivée la vie. A l'heure de la solitude extrême, nous ne serons jamais seuls: « Passio Christi. Passio hominis ».


Tel est le mystère du Samedi Saint! Précisément de là, de l'obscurité de la mort du Fils de Dieu est apparue la lumière d'une espérance nouvelle: la lumière de la Résurrection. Et bien, il me semble qu'en regardant ce saint linceul avec les yeux de la foi, on perçoit quelque chose de cette lumière. En effet, le Saint-Suaire a été immergé dans cette obscurité profonde, mais il est dans le même temps lumineux; et je pense que si des milliers et des milliers de personnes viennent le vénérer, sans compter celles qui le contemplent à travers les images, c'est parce qu'en lui, elles ne voient pas seulement l'obscurité, mais également la lumière; pas tant l'échec de la vie et de l'amour, mais plutôt la victoire, la victoire de la vie sur la mort, de l'amour sur la haine; elles voient bien la mort de Jésus, mais elles entrevoient sa Résurrection; au sein de la mort bat à présent la vie, car l'amour y habite. Tel est le pouvoir du Saint-Suaire: du visage de cet « Homme des douleurs », qui porte sur lui la passion de l'homme de tout temps et de tout lieu, nos passions, nos souffrances, nos difficultés, nos péchés également, « Passio Christi. Passio hominis », de ce visage émane une majesté solennelle, une grandeur paradoxale. Ce visage, ces mains et ces pieds, ce côté, tout ce corps parle, il est lui-même une parole que nous pouvons écouter dans le silence. Que nous dit le Saint-Suaire? Il parle avec le sang, et le sang est la vie! Le Saint-Suaire est une Icône écrite avec le sang; le sang d'un homme flagellé, couronné d'épines, crucifié et transpercé au côté droit. L'image imprimée sur le Saint-Suaire est celle d'un mort, mais le sang parle de sa vie. Chaque trace de sang parle d'amour et de vie. En particulier cette tâche abondante à proximité du flanc, faite de sang et d'eau ayant coulé avec abondance par une large blessure procurée par un coup de lance romaine, ce sang et cette eau parlent de vie. C'est comme une source qui murmure dans le silence, et nous, nous pouvons l'entendre, nous pouvons l'écouter, dans le silence du Samedi Saint.


Chers amis, rendons toujours gloire au Seigneur pour son amour fidèle et miséricordieux. En partant de ce lieu saint, portons dans les yeux l'image du Saint-Suaire, portons dans le cœur cette parole d'amour, et louons Dieu avec une vie pleine de foi, d'espérance et de Charité. Merci.

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Prière pour le Samedi Saint

 

Notre Père

 

Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre Nom soit sanctifié, que Votre Règne vienne, que Votre Volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour. Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Ne nous laissez pas succomber à la tentation, mais délivrez-nous du mal. Car à Vous sont le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles des siècles. Amen.


Psaume 42

 

Rendez-moi justice, ô mon Dieu, défendez ma cause contre un peuple sans foi; de l'homme qui ruse et trahit, libérez-moi. C'est Vous, Dieu, ma forteresse: pourquoi me rejeter? Pourquoi vais-je assombri, pressé par l'ennemi? Envoyez Votre Lumière et Votre Vérité: qu'elles guident mes pas et me conduisent à Votre Sainte Montagne, jusqu'en Votre Demeure. J'avancerai jusqu'à l'autel de Dieu, vers Dieu qui est toute ma joie; je Vous rendrai grâce avec ma harpe, Dieu, mon Dieu! Pourquoi te désoler, ô mon âme, et gémir sur moi? Espère en Dieu! De nouveau je rendrai grâce: il est mon sauveur et mon Dieu!

 

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, au Dieu qui est, qui était et qui vient, pour les siècles et les siècles. Amen.

 

Psaume 43

 

Dieu, nous avons entendu dire, et nos pères nous ont raconté, quelle action Vous accomplissez de leur temps, aux jours d'autrefois. Vous, par Votre main, Vous avez dépossédé les nations, et ils purent s'implanter; et Vous avez malmené des peuplades, et ils purent s'étendre. Ce n'était pas leur épée qui possédait le pays, ni leur bras qui les rendait vainqueurs, mais votre droite et votre bras, et la lumière de Votre Face, car Vous les aimiez. Vous, Dieu, Vous êtes mon roi, Vous décidez des victoires de Jacob: avec Vous, nous battions nos ennemis; par Votre Nom, nous écrasions nos adversaires. Ce n'est pas sur mon arme que je compte, ni sur mon épée, pour la victoire. Vous nous avez donné de vaincre l'adversaire, Vous avez couvert notre ennemi de honte. Dieu était notre louange, tout le jour: sans cesse nous rendions grâce à Votre Nom. Maintenant, Vous nous humiliez, Vous nous rejettez, Vous ne sortez plus avec nos armées. Vous nous faites plier devant l'adversaire, et nos ennemis emportent le butin. Vous nous traitez en bétail de boucherie, Vous nous dispersez parmi les nations. Vous vendez votre peuple à vil prix, sans que Vous gagnez à ce marché. Vous nous exposez aux sarcasmes des voisins, aux rires, aux moqueries de l'entourage. Vous faites de nous la fable des nations; les étrangers haussent les épaules. Tout le jour, ma déchéance est devant moi, la honte couvre mon visage, sous les sarcasmes et les cris de blasphème, sous les yeux de l'ennemi qui se venge. Tout cela est venu sur nous sans que nous Vous ayons oublié: nous n'avions pas trahi Votre Alliance. Notre coeur ne s'était pas détourné et nos pieds n'avaient pas quitté Votre chemin quand Vous nous poussiez au milieu des chacals et nous couvrais de l'ombre de la mort. Si nous avions oublié le Nom de notre Dieu, tendu les mains vers un dieu étranger, Dieu ne l'eût-il pas découvert, lui qui connaît le fond des coeurs? C'est pour toi qu'on nous massacre sans arrêt, qu'on nous traite en bétail d'abattoir. Réveillez-Vous! Pourquoi dormez-Vous, Seigneur? Levez-Vous! Ne nous rejetez pas pour toujours. Pourquoi détourner Votre Face, oublier notre malheur, notre misère? Oui, nous mordons la poussière, notre ventre colle à la terre. Debout! Venez à notre aide! Rachetez-nous, au nom de Votre Amour.

 

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, au Dieu qui est, qui était et qui vient, pour les siècles et les siècles. Amen.

 

Psaume 62

 

Dieu, Vous êtes mon Dieu, je Vous cherche dès l'aube: mon âme a soif de Vous; après Vous languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau. Je Vous ai contemplé au sanctuaire, j'ai vu Votre force et Votre gloire. Votre Amour vaut mieux que la vie: Vous serez la louange de mes lèvres! Toute ma vie je vais Vous bénir, lever les mains en invoquant Votre Nom. Comme par un festin je serai rassasié; la joie sur les lèvres, je dirai Votre louange. Dans la nuit, je me souviens de Vous et je reste des heures à Vous parler. Oui, Vous êtes venu à mon secours: je crie de joie à l'ombre de Vos ailes. Mon âme s'attache à Vous, Votre main droite me soutient. Mais ceux qui pourchassent mon âme, qu'ils descendent aux profondeurs de la terre, qu'on les passe au fil de l'épée, qu'ils deviennent la pâture des loups! Et le roi se réjouira de son Dieu. Qui jure par Lui en sera glorifié, tandis que l'homme de mensonge aura la bouche close!

 

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, au Dieu qui est, qui était et qui vient, pour les siècles et les siècles. Amen.


Prière du Samedi Saint

Ô Dieu d’amour, qui avez proclamé devant nous, pendant toute cette semaine, l’immensité de Votre Miséricorde, daignez agréer l’humble expression de notre imparfaite reconnaissance. Vous avez eu pitié de nous, et Vous nous avez envoyé Votre Fils unique, qui nous as aimé jusqu’à donner sa Vie pour nous: nous Vous en bénissons, et nous Vous en bénirons jusqu’à la fin de notre vie. Mais, Seigneur, venez en aide à notre grande faiblesse. Accordez-nous, au milieu des préoccupations qui nous absorbent et des passions qui nous assaillent, de mieux discerner la voix de notre tendre et compatissant Sauveur. Donnez-nous d’entrer joyeusement par la porte bénie que sa mort nous as ouverte, et de le suivre dans cette voie d’humilité et d’amour, d’obéissance et de sacrifice, où il a marché Lui-même.


Et que la vue de Votre Sépulcre, ô Jésus, nous émeuve et nous instruise. C’est pour nous, que Vous, la Lumière du monde, Vous avez consenti à passer par les ténèbres de la tombe. Quand il nous semblera que la méchanceté du monde est sur le point d’anéantir Votre Evangile, et que l’incrédulité va remplacer pour toujours la Foi ici-bas, rappellez-nous que ce triomphe n’est jamais que momentané, et que c’est à Vous qu’appartient la victoire définitive. Et, quand nous nous sentirons à notre tour enveloppés des ténèbres du tombeau, vivifiez notre espérance et redisez-nous qu’il n’y a plus de mort pour ceux qui vivent avec Vous et pour Vous. Amen.

 

Psaume 2

 

Pourquoi ce tumulte des nations, ce vain murmure des peuples? Les rois de la terre se dressent, les grands se liguent entre eux contre le Seigneur et Son Messie: « Faisons sauter nos chaînes, rejetons ces entraves! » Celui qui règne dans les cieux s'en amuse, le Seigneur les tourne en dérision; puis il leur parle avec fureur, et sa colère les épouvante: « Moi, j'ai sacré mon roi sur Sion, ma sainte montagne ». Je proclame le décret du Seigneur! Il m'a dit: « Tu es mon fils; moi, aujourd'hui, je t'ai engendré. Demande, et je te donne en héritage les nations, pour domaine la terre tout entière. Tu les détruiras de ton sceptre de fer, tu les briseras comme un vase de potier ». Maintenant, rois, comprenez, reprenez-vous, juges de la terre. Servez le Seigneur avec crainte, rendez-lui votre hommage en tremblant. Qu'il s'irrite et vous êtes perdus: soudain sa colère éclatera. Heureux qui trouve en lui son refuge!

 

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, au Dieu qui est, qui était et qui vient, pour les siècles et les siècles. Amen.

 

Psaume 148

 

Alléluia! Louez le Seigneur du haut des cieux, louez-le dans les hauteurs. Vous, tous ses anges, louez-le, louez-le, tous les univers. Louez-le, soleil et lune, louez-le, tous les astres de lumière; vous, cieux des cieux, louez-le, et les eaux des hauteurs des cieux. Qu'ils louent le nom du Seigneur: sur son ordre ils furent créés; c'est lui qui les posa pour toujours sous une loi qui ne passera pas. Louez le Seigneur depuis la terre, monstres marins, tous les abîmes; feu et grêle, neige et brouillard, vent d'ouragan qui accomplis sa parole ; les arbres des vergers, tous les cèdres; Les montagnes et toutes les collines, les bêtes sauvages et tous les troupeaux, le reptile et l'oiseau qui vole; les rois de la terre et tous les peuples, les princes et tous les juges de la terre; tous les jeunes gens et jeunes filles, les vieillards comme les enfants. Qu'ils louent le nom du Seigneur, le seul au-dessus de tout nom; sur le ciel et sur la terre, sa splendeur: il accroît la vigueur de son peuple. Louange de tous ses fidèles, des fils d'Israël, le peuple de ses proches ! Alléluia!

 

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, au Dieu qui est, qui était et qui vient, pour les siècles et les siècles. Amen.

 

Psaume 150

 

Alléluia! Louez Dieu dans son temple saint, louez-le au ciel de sa puissance; louez-le pour ses actions éclatantes, louez-le selon sa grandeur! Louez-le en sonnant du cor, louez-le sur la harpe et la cithare; louez-le par les cordes et les flûtes, louez-le par la danse et le tambour! Louez-le par les cymbales sonores, louez-le par les cymbales triomphantes ! Et que tout être vivant chante louange au Seigneur ! Alléluia!

 

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, au Dieu qui est, qui était et qui vient, pour les siècles et les siècles. Amen.

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03 avril 2010

Semaine Sainte

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Semaine Sainte 2010

Samedi Saint

Textes extraits des révélations de Maria Valtorta

Le jour

L'aube arrive hésitante, avec peine. Et l'aurore tarde étrangement, bien qu'il n'y ait pas de nuages dans le ciel. Mais il semble que les astres aient perdu toute vigueur. De même qu'elle était pâle la lune pendant la nuit, ainsi est pâle le soleil à son lever. Voilés... Ils ont peut-être pleuré, eux aussi, pour avoir cet aspect voilé comme les ont les yeux des bons qui ont pleuré et qui pleurent pour la mort du Seigneur ? A peine Jean comprend que les portes sont rouvertes, il sort, sourd aux supplications maternelles. Les femmes se renferment dans la maison encore plus craintives maintenant que l'apôtre aussi s'en est allé. Marie, toujours dans sa pièce, les mains sur les genoux, regarde fixement par la fenêtre qui s'ouvre sur un jardin pas très vaste mais suffisamment grand, tout plein de roses fleuries le long des hautes murailles et de parterres fantaisistes. Les touffes de lys, au contraire, n'ont pas encore les tiges des futures fleurs, touffus, beaux, mais n'ayant que les feuilles. Elle regarde, regarde et je crois qu'elle ne voit rien que ce qui est dans son pauvre cerveau fatigué : l'agonie de son Fils. Les femmes vont et viennent. Elles s'approchent, la caressent, la prient de se restaurer... et chaque fois, avec leur venue, vient un flot d'un parfum lourd, mélangé, étourdissant.

Marie en éprouve chaque fois un frisson, mais rien d'autre. Pas un mot, pas un geste, rien. Elle est épuisée. Elle attend. Elle n'est qu'attente. Elle est Celle qui attend. Un coup à la porte... Les femmes courent ouvrir. Marie se tourne sur son siège sans se lever et fixe l'entrée entrouverte. La Magdeleine entre. "C'est Manaën... Il voudrait qu'on l'emploie à quelque chose." "Manaën... Fais-le entrer. Il a toujours été bon. Mais je croyais que ce n'était pas lui..." "Qui croyais-tu que c'était, Mère ?..." "Après... après. Fais passer." Manaën entre. Il n'est pas pompeux comme d'habitude. Il a un vêtement très commun, d'un marron presque noir et un manteau pareil. Pas de bijoux et pas d'épée. Rien. Il semble un homme aisé, mais du peuple. Il se penche d'abord pour saluer, les mains croisées sur la poitrine, puis il s'agenouille comme devant un autel. "Lève-toi et pardonne-moi si je ne réponds pas à ton inclination. Je ne puis pas..." "Tu ne dois pas. Je ne le permettrais pas. Tu sais qui je suis. Aussi je te prie de me considérer comme ton serviteur. As-tu besoin de moi ? Je vois que tu n'as pas un homme dans ton entourage. Je sais par Nicodème que tous se sont enfuis. Il n'y avait rien à faire, c'est vrai, mais au moins Lui donner le réconfort de nous voir. Moi... moi, je l'ai salué au Sixte, et ensuite je ne l'ai pas pu car... Mais c'est inutile de le dire. Cela aussi fut voulu par Satan. Maintenant je suis libre et je viens me mettre à ton service. Commande, Femme." "Je voudrais savoir et faire savoir à Lazare... Ses sœurs sont en peine, et ma belle-sœur et l'autre Marie aussi. Nous voudrions savoir si Lazare, Jacques, Jude et l'autre Jacques sont saufs." "Judas ? L'Iscariote ! Mais il a trahi !" "Jude, fils du frère de mon époux." "Ah ! J'y vais" et il se lève. Mais en le faisant, il a un mouvement de douleur. "Mais tu es blessé ?" "Hum !... oui. Ce n'est rien. Un bras qui me fait un peu souffrir." "A cause de nous, peut-être ? Est-ce pour cela que tu n'étais pas là-haut ?"

 

"Oui, pour cela. Et c'est seulement de cela que je souffre, pas pour la blessure. Le reste de pharisaïsme, d'hébraïsme, de satanisme qui était en moi, car le satanisme est devenu le culte d'Israël, est tout sorti avec ce sang. Je suis comme un petit qui, après qu'on a coupé l'ombilic sacré, n'a plus de contact avec le sang maternel, et les quelques gouttes qui restent encore dans le cordon coupé n'entrent pas en lui, empêchées comme elles le sont par le lacet de lin. Mais elles tombent... inutiles désormais. Le nouveau-né vit avec son cœur et son sang. Ainsi de moi. Jusqu'à présent, je n'étais pas encore complètement formé. Maintenant je suis arrivé à terme, et je viens, et j'ai été mis au Jour. Je suis né d'hier. Ma mère, c'est Jésus de Nazareth. Et il m'a enfanté quand il a poussé son dernier cri. Je sais... car je me suis enfui dans la maison de Nicodème cette nuit. Seulement je voudrais le voir. Oh ! quand vous irez au Tombeau, dites-le-moi. Je viendrai... Son visage de Rédempteur, moi je l'ignore !" "Il te regarde, Manaën. Tourne-toi." L'homme, qui était entré avec la tête si inclinée et qui ensuite n'avait eu d'yeux que pour Marie, se tourne presque épouvanté et il voit le Suaire. Il se jette par terre pour adorer... Et il pleure. Puis il se lève, il s'incline devant Marie et dit : "Je vais." "Mais c'est le sabbat. Tu le sais. Déjà ils nous accusent de violer la Loi, à son instigation." "Nous sommes pareils, car eux violent la loi de l'Amour. La première est la plus grande. Lui le disait. Que le Seigneur te réconforte." Il sort. Et les heures passent. Comme elles sont lentes pour qui attend... Marie se lève et, en s'appuyant aux meubles, elle se présente à l'entrée. Elle cherche à traverser le vaste vestibule de l'entrée. Mais quand elle n'a plus d'appui, elle vacille comme si elle était ivre.  Marthe, qui la voit de la cour qui est au-delà de l'entrée ouverte au bout du vestibule, accourt. "Où veux-tu aller ?" "Là, à l'intérieur. Vous me l'avez promis." "Attends Jean." "C'est assez attendu. Vous voyez que je suis tranquille. Allez, puisque vous avez fait fermer de l'intérieur et faites ouvrir. Moi, j'attends ici." Suzanne, car toutes sont accourues, s'en va appeler le maître avec les clefs. Pendant ce temps Marie s'appuie à la petite porte comme si elle voulait l'ouvrir par la force de sa volonté. Voilà l'homme. Craintif, abattu, il ouvre et se retire. Et Marie, aux bras de Marthe et de Marie d'Alphée, entre dans le Cénacle. Tout est encore comme à la fin de la Cène.

La suite des événements et l'ordre donné par Jésus ont empêché qu'on ne dérange. Les sièges ont seulement été reportés à leur place. Et Marie, qui pourtant n'avait pas été dans le Cénacle, va directement à la place où était assis son Jésus. Il semble qu'une main la conduise. Elle semble presque une somnambule tant elle est rigide dans son effort pour y aller... Elle va, tourne autour du lit siège, se glisse entre lui et la table... elle reste debout un moment et puis s'abat en travers de la table, en éclatant en sanglots. Puis elle se calme. Elle s'agenouille et prie, la tête appuyée au bord de la table. Elle caresse la nappe, le siège, la vaisselle, le bord du grand plateau où était l'agneau, le grand couteau qui a servi à découper, l'amphore mise devant cette place. Elle ne sait pas qu'elle touche ce qu'a touché aussi l'Iscariote. Et elle reste comme hébétée, la tête appuyée sur ses bras croisés, qu'elle a mis sur la table. Toutes se taisent, jusqu'au moment où sa belle-sœur lui dit : "Viens Marie. Craignons les juifs. Voudrais-tu qu'ils entrent ici ?" "Non, non. C'est un lieu saint. Allons. Aidez-moi... Vous avez bien fait de me le dire. Je voudrais aussi un coffre, beau, grand, fermé pour y renfermer tous mes trésors." "Demain, je te le fais apporter du palais. C'est le plus beau de la maison. Il est robuste et sûr. Je te le donne avec joie" promet la Magdeleine. Elles sortent. Marie est vraiment épuisée. Elle vacille en franchissant les quelques marches. Et si sa douleur est moins dramatique, c'est parce qu'elle n'a plus la force d'être telle. Mais dans sa tranquillité, elle est encore plus tragique. Elles rentrent dans la pièce où elles étaient d'abord et, avant de retourner à sa place, Marie caresse, comme si c'était un visage de chair, le Saint Visage du Suaire. Un autre coup à la porte. Les femmes se hâtent de sortir et d'entrouvrir la porte. Marie dit de sa voix lasse : "Si c'étaient les disciples, et en particulier Simon Pierre et Judas, qu'ils viennent tout de suite me trouver." Mais c'est Isaac le berger. Il entre en pleurant après quelques minutes et se prosterne devant le Suaire et puis devant la Mère, et il ne sait que dire. C'est elle qui dit : "Merci. Il t'a vu et je t'ai vu. Je le sais. Il vous a regardé tant qu'il a pu." Isaac pleure encore plus fort. Il ne peut parler que quand il a fini de pleurer. "Nous ne voulions pas nous en aller, mais Jonathas nous en a prié.

Les juifs menaçaient les femmes... et ensuite, nous n'avons plus pu venir. Tout... tout était fini... Où devions-nous aller alors ? Nous nous sommes dispersés à travers la campagne et quand il a fait nuit, nous nous sommes réunis à moitié route entre Jérusalem et Bethléem. Il nous semblait éloigner sa Mort en allant vers sa Grotte... Mais ensuite, nous avons senti qu'il n'était pas juste d'aller là...  C'était de l'égoïsme et nous sommes revenus vers la ville... Et nous nous sommes trouvés sans savoir comment, à Béthanie..." "Mes fils !" "Lazare !" "Jacques !" "Ils sont tous là. A l'aurore les champs de Lazare étaient couverts de gens errants qui pleuraient... Ses inutiles amis et disciples !... Moi... je suis allé chez Lazare et je croyais être le premier... Pas du tout, il y avait déjà là tes deux fils, femme, et le tien, avec André, Barthélemy, Matthieu. C'est Simon le Zélote qui les avait persuadé d'y aller. Et Maximin, sorti de bon matin dans la campagne, en avait trouvé d'autres. Lazare les a tous secourus et il y est encore occupé. Il dit que le Maître lui en avait donné l'ordre et le Zélote dit la même chose." "Mais Simon et Joseph, mes autres fils, où sont-ils ?" "Je ne sais pas, femme. Nous étions restés ensemble jusqu'au tremblement de terre. Puis... Je ne sais plus rien de précis. Au milieu des ténèbres et des éclairs et des morts ressuscités et du tremblement du sol et du tourbillon de l'air, j'ai perdu la tête. Je me suis trouvé au Temple et je me demande encore comment j'ai pu être là-dedans, au-delà de la limite sacrée. Pense qu'entre moi et l'autel des parfums, il n'y avait qu'une coudée... Pense que là où j'avais les pieds, c'était réservé aux prêtres de service !... Et... et j'ai vu le Saint des Saints !... Oui, car le Voile du Saint est déchiré de haut en bas comme si l'aurait arraché la volonté d'un géant... Si on m'avait vu là à l'intérieur, on m'aurait lapidé. Mais personne n'y voyait plus. Je n'ai rencontré que des spectres de morts et des spectres de vivants. Car ils paraissaient des spectres à la lueur des éclairs, à la clarté des incendies et avec la terreur sur le visage..." "Oh ! mon Simon ! mon Joseph !" "Et Simon Pierre ? Et Judas de Kériot ? Et Thomas et Philippe ?" "Je ne sais pas Mère... Lazare m'a envoyé voir car on lui avait dit qu'ils... vous avaient tués." "Va tout de suite alors le tranquilliser. J'ai déjà envoyé Manaën. Mais va toi aussi et dis... et dis que Lui seul a été tué. Et moi avec Lui. Et si tu vois d'autres disciples amène-les là avec toi. Mais l'Iscariote et Simon Pierre, je les veux, moi."

"Mère... pardonne-nous si nous n'avons pas fait davantage." "Je pardonne tout... Va." Isaac sort, Marthe et Marie, Salomé et Marie d'Alphée l'étouffent de prières, de recommandations, d'ordres. Suzanne pleure doucement car personne ne lui parle de son époux. C'est alors que Salomé se souvient du sien et qu'elle pleure elle aussi. Silence de nouveau jusqu'à un nouveau coup à la porte. Comme la ville est tranquille, les femmes ont moins peur. Mais quand par la porte entrouverte elles voient se profiler le visage rasé de Longin, elles s'enfuient toutes comme si elles avaient vu un mort dans son suaire ou le démon en personne. Le maître de maison qui flânait dans le vestibule est le premier à s'enfuir. Voilà qu'accourt la Magdeleine qui était avec Marie. Longin, avec un petit sourire moqueur, involontaire sur les lèvres, est entré, et de lui-même il a fermé la lourde porte. Il n'est pas en uniforme mais il a un vêtement gris et court, sous un manteau foncé lui aussi. Marie-Magdeleine le regarde et lui la regarde. Puis, toujours adossé à la porte, Longin demande : "Puis-je entrer sans contaminer personne et sans effrayer personne ? J'ai vu ce matin à l'aurore le citoyen Joseph et il m'a parlé du désir de la Mère. Je demande pardon de ne pas y avoir pensé de moi-même. Voici la lance. Je l'avais gardée comme souvenir d'un... du Saint des Saints. Oh ! pour cela, il l'est ! Mais il est juste que l'ait la Mère. Pour les vêtements... c'est plus difficile. Ne le lui dites pas... mais peut-être ont-ils été déjà vendus pour quelques deniers... C'est le droit des soldats, mais j'essaierai de les trouver..." "Viens. Elle est là." "Mais je suis païen !" "N'importe. Je vais le lui dire si tu le désires." "Oh ! non... je ne pensais pas le mériter." Marie-Magdeleine va trouver la Vierge. "Mère, Longin est là dehors... Il t'offre la lance." "Fais-le passer." Le maître de maison, qui est sur le seuil, bougonne : "Mais c'est un païen." "Je suis la Mère de tous, homme, comme Lui est le Rédempteur de tous."

Longin entre, et sur le seuil salue à la romaine avec un geste du bras (il a enlevé son manteau) et ensuite vocalement : "Ave, Domina. Un romain te salue : Mère du genre humain. La vraie Mère.   Moi, je n'aurais pas voulu être à... à... à cette chose, mais j'en avais l'ordre. Cependant, si je sers à te donner ce que tu désires, je pardonne au destin de m'avoir choisi pour cette horrible chose. Voici" et il lui donne la lance enveloppée dans un drap rouge, le fer seul, pas la hampe. Marie la prend en devenant encore plus pâle. Ses lèvres s'effacent à cause de sa pâleur. Il semble que la lance lui fait perdre son sang. Et elle tremble jusqu'avec ses lèvres en disant : "Qu'il te conduise à Lui, à cause de ta bonté." "C'était l'unique Juste que j'aie rencontré dans le vaste empire de Rome. Je regrette de ne l'avoir connu que par les paroles de mes compagnons. Maintenant... c'est trop tard !" "Non, fils. Lui a fini d'évangéliser. Mais son Évangile reste, dans son Église." "Où est son Église ?" Longin est légèrement ironique. "Elle est ici. Aujourd'hui elle est frappée et dispersée, mais demain elle se réunira comme un arbre qui remet en place sa chevelure après la tempête. Et même s'il n'y avait plus personne, moi j'y suis. Et l'Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu et le mien, est tout entier écrit dans mon cœur. Je n'ai qu'à regarder mon cœur pour pouvoir le répéter." "Je viendrai. Une religion, qui a pour chef un tel héros, ne peut être que divine. Ave, Domina !" Longin aussi s'en va. Marie baise la lance où se trouve encore le Sang de son Fils... Et elle ne veut pas enlever ce Sang, "rubis de Dieu sur la lance cruelle" dit-elle... La journée passe ainsi au milieu des éclaircies et des averses orageuses. Jean revient seulement quand le soleil au zénith dit que c'est midi. "Mère, je n'ai trouvé personne sauf... Judas de Kériot." "Où est-il ?" "Oh ! Mère ! Quelle horreur ! Il est pendu à un olivier, enflé et noir, comme s'il était mort depuis des semaines. Décomposé, horrible... Au-dessus de lui, les vautours, les corbeaux, que sais-je, crient dans des rixes atroces... C'est leur vacarme qui m'a attiré dans cette direction. J'étais sur la route du Mont des Oliviers, et sur un talus j'ai vu ces tourbillons d'oiseaux noirs. J'y suis allé... Pourquoi ? Je ne sais pas, et j'ai vu. Quelle horreur !..."

"Quelle horreur ! Tu dis bien. Mais au-dessus de la Bonté il y a eu la Justice. En effet la Bonté est absente en ce moment... Mais Pierre ! Mais Pierre !... Jean, j'ai la lance. Mais les vêtements... Longin n'en a pas parlé." "Mère, j'ai l'intention d'aller au Gethsémani. Lui a été pris sans manteau. Peut-être est-il encore là. Puis j'irai à Béthanie." "Va. Va, pour le manteau... Les autres sont chez Lazare. Ne va donc pas chez Lazare. Pas besoin. Va et reviens ici." Jean part en courant, sans prendre de nourriture. Comme Marie qui reste à jeun. Les femmes ont mangé debout du pain et des olives tout en travaillant à leurs baumes. Jeanne de Chouza arrive avec Jonathas. C'est un masque de pleureuse. Dès qu'elle voit Marie, elle dit : "Il m'a sauvée ! Il m'a sauvée et Lui est mort ! Maintenant je voudrais ne pas avoir été sauvée !" C'est la Mère Douloureuse qui doit consoler cette enfant guérie, mais restée d'une sensibilité morbide. Elle la console et la fortifie en lui disant : "Tu ne l'aurais pas connu et aimé et tu ne pourrais pas le servir maintenant. Combien il y aura à faire dans l'avenir ! Et nous devrons agir, puisque tu le vois... Nous sommes restées, et les hommes se sont enfuis. C'est toujours la femme qui donne la vie. Pour le Bien. Pour le Mal. Nous engendrerons la nouvelle Foi. D'elle nous sommes remplies, déposée en nous par Dieu notre Époux. Et nous l'engendrerons à la Terre, pour le bien du monde. Regarde, comme il est beau ! Comme il sourit et mendie le saint travail que nous ferons ! Jeanne, moi je t'aime, tu le sais. Ne pleure plus." "Mais Lui est mort ! Oui, là il ressemble encore à un vivant. Mais maintenant il n'est plus vivant. Qu'est le monde sans Lui ?" "Il reviendra. Va, prie, attends. Plus tu croiras, plus tôt il ressuscitera. C'est ma force cette croyance... Et seuls Dieu, Satan et moi, nous savons quels assauts sont donnés à cette Foi dans sa Résurrection." Jeanne aussi s'en va, mince et penché comme un lys trop chargé d'eau. Mais après son départ, Marie retombe dans son tourment. "A tous ! A tous je dois donner la force. Et qui me la donne à moi ?" Et elle pleure en caressant le Visage de l'image, car maintenant elle est assise près du coffre sur lequel le Suaire est étendu.

Joseph et Nicodème arrivent, et ils évitent aux femmes de sortir pour acheter de la myrrhe et de l'aloès car ils en apportent des sachets. Mais leur force cède devant le Visage imprimé sur la toile et devant le visage ravagé de la Mère. Ils s'assoient dans un coin après l'avoir saluée et se taisent, sérieux, funèbres... puis ils s'en vont. Et elle n'a plus la force de parler, mais à mesure que descend le soir, qu'avance un amas de nuages étouffant, elle devient davantage une pauvre créature déchirée. Les ombres du soir sont aussi pour elle comme pour ceux qui souffrent, la source d'une plus grande douleur. Les autres aussi deviennent plus tristes et en particulier Salomé, Marie d'Alphée et Suzanne. Mais pour elles arrive enfin le réconfort, car en groupe viennent Zébédée, l'époux de Suzanne et Simon et Joseph d'Alphée. Les deux premiers restent dans le vestibule pendant qu'ils expliquent que Jean les a trouvés en passant par le faubourg d'Ophel. Les deux autres, de leur côté, ont été trouvés errant dans la campagne par Isaac, se demandant s'ils allaient revenir dans la ville ou aller trouver leurs frères qu'ils supposaient à Béthanie. Simon dit : "Où est Marie ? Je veux la voir" et, précédé par sa mère, il entre et embrasse sa parente affligée. "Tu es seul ? Pourquoi Joseph n'est-il pas avec toi ? Pourquoi vous êtes-vous quittés ? Encore une brouille entre vous ? Vous ne devez pas. Vous voyez ? La raison du désaccord est morte !" Et elle montre le Visage du Suaire. Simon le regarde et pleure. Il dit : "Nous ne nous sommes plus quittés, et nous ne nous quitterons pas. Oui, la raison du désaccord est morte, mais pas comme tu le crois. Elle est morte car, maintenant. Joseph a compris... Joseph est dehors... et n'ose pas venir..." "Oh ! non. Je ne fais jamais peur et je ne suis que pitié. J'aurais pardonné même au Traître, mais je ne puis plus : il s'est tué." Et elle se lève. Elle marche courbée en appelant : "Joseph ! Joseph !" Mais Joseph, noyé de pleurs, ne répond pas. Elle vient à la porte, comme elle l'avait fait pour parler à Judas et, en s'appuyant sur le chambranle, elle tend l'autre main et la pose sur la tête du plus âgé et du plus tenace de ses neveux. Elle le caresse et dit : "Laisse-moi m'appuyer à un Joseph ! Tout était paix et sérénité tant que j'ai eu ce nom comme roi dans ma maison. Puis mon saint est mort... et tout le bien humain de la pauvre Marie est mort aussi. Il m'est resté le bien surnaturel de mon Dieu et Fils... Maintenant je suis la Délaissée... Mais si je puis être dans les bras d'un Joseph que j'aime, et tu le sais si je t'aime, je me sentirai moins délaissée.

Il me semblera revenir en arrière, et pouvoir dire : "Jésus est absent, mais il n'est pas mort. Il est à Cana, à Naïm pour des travaux, mais maintenant il revient..." Viens, Joseph. Entrons ensemble là où Lui t'attend pour te sourire. Il nous a laissé son sourire pour nous dire qu'il n'a pas de rancœur." Joseph entre, et elle le tient par la main, et comme il la voit assise, il s'agenouille devant elle, la tête sur ses genoux et il sanglote : "Pardon ! Pardon !" "Ce n'est pas à moi, c'est à Lui que tu dois le demander." "Il ne peut me le donner. Sur le Calvaire, j'ai cherché à attirer son regard. Il a regardé tout le monde, mais pas moi... Il a raison... Je l'ai connu et aimé comme Maître trop tard.  Maintenant, c'est fini." "Maintenant cela commence. Tu iras à Nazareth et tu diras : "Je crois". Ta croyance aura une valeur infinie. Tu l'aimeras avec la perfection des apôtres de l'avenir qui auront le mérite d'aimer le Jésus connu seulement par l'esprit. Le feras-tu ?" "Oui ! Oui ! Pour réparer. Mais je voudrais entendre de Lui une parole et je ne l'entendrai jamais plus..." "Le troisième jour il ressuscitera et il parlera à ceux qu'il aime. Tout le monde attend sa Voix." "Tu es bénie, toi qui peux croire..." "Joseph ! Joseph ! Mon époux était ton oncle et il a cru à une chose qui est encore plus difficile à croire que celle-ci. Il a su croire que la pauvre Marie de Nazareth était l'Épouse et la Mère de Dieu. Pourquoi toi, neveu de ce Juste et qui portes son nom, ne peux-tu croire qu'un Dieu puisse dire à la Mort : "Suffit !" et à la Vie "Reviens !" ?" "Je ne mérite pas cette foi, car j'ai été mauvais. J'ai été injuste avec Lui. Mais toi... toi tu es la Mère. Bénis-moi. Pardonne-moi... Donne-moi la paix..." "Oui... Paix... Pardon... Oh ! Dieu ! Une fois j'ai dit : "Comme il est difficile d'être les 'rédempteurs' !. Maintenant je dis : "Comme il est difficile d'être la Mère du Rédempteur !" Pitié, mon Dieu ! Pitié !... Va, Joseph. Ta mère a tant souffert en ces heures. Réconforte-la... Je reste ici... avec tout ce que j'ai de mon Enfant... Et mes larmes solitaires t'obtiendront la Foi. Adieu, mon neveu. Dis à tous que je veux me taire... réfléchir... prier... Je suis... Je suis une pauvre femme, tenue suspendue au-dessus d'un abîme par un fil... Le fil, c'est ma Foi... Et votre manque de foi, car personne ne sait croire totalement et saintement, heurte continuellement ce fil... Et vous ne savez pas quelle fatigue vous m'imposez...

Vous ne savez pas que vous aidez Satan à me tourmenter. Va!..." Et Marie reste seule... Elle s'agenouille devant le Suaire. Elle baise le front, les yeux, la bouche de son Fils et elle dit : "Ainsi ! Ainsi ! pour avoir de la force... Je dois croire. Je dois croire. Pour tous." La nuit est tombée, sans étoiles, obscure, étouffante. Marie reste dans l'ombre avec sa douleur. La journée du sabbat est finie.

La nuit

Marie d'Alphée entre avec circonspection et elle écoute. Peut-être pense-t-elle que la Vierge s'est assoupie. Elle s'approche, se penche et elle la voit à genoux, le visage par terre contre le Suaire. Elle murmure : "Oh ! malheureuse ! Elle est restée ainsi !" Elle doit penser qu'elle s'est endormie ou évanouie ainsi. Mais Marie, sortant de son oraison, dit : "Non, je priais." "Mais à genoux ! Dans l'obscurité ! Dans le froid ! La fenêtre ouverte ! Regarde ? Tu es glacée." "Mais je me sens tellement mieux, Marie. Pendant que je priais et l'Éternel seul sait comment j'étais épuisée après avoir soutenu tant de fois qui vacillaient, éclairé tant d'esprits que sa mort elle-même n'a pas éclairés il m'a semblé sentir un parfum angélique, une fraîcheur du Ciel, une caresse d'aile... Un instant... Pas plus. Il m'a semblé que dans la mer de myrrhe, qui dans sa furie me submerge depuis trois jours désormais, s'infusait une goutte de pacifiante douceur. Il m'a semblé que la voûte fermée du Ciel s'entrouvrait, et qu'un filet de lumineux amour descendait sur l'Abandonnée. Il m'a semblé que, venant de distances infinies, un murmure incorporel disait : "C'est réellement terminé". Ma prière, désolée jusqu'à ce moment-là, s'est faite plus tranquille. Elle s'est teinte de la paix lumineuse oh ! à peine une nuance ! de la lumineuse paix qu'étaient mes contacts avec Dieu dans l'oraison... Mes oraisons !... Marie, tu as beaucoup aimé, toi, ton Alphée quand tu étais la vierge épouse ?" "Oh ! Marie !... Je jubilais à l'aurore en me disant : "Une nuit est passée. Une de moins à attendre". Je jubilais au coucher du soleil en me disant : "Un autre jour est fini. Plus proche est mon entrée sous son toit".

Et quand le soleil descendait, je chantais comme une alouette en pensant : "Il viendra d'ici peu". Et quand je le voyais venir, avec son beau visage comme mon Jude c'est pour cela que Jude est mon préféré avec son œil de cerf énamouré comme l'est mon Jacques, oh ! alors, je ne savais plus où j'étais ! Et quand il me saluait en disant : "Douce épouse !" et que je pouvais lui dire : "Mon seigneur" alors je... je crois que si j'avais été écrasée à ce moment-là par un lourd char ou frappée par une flèche, je n'aurais pas senti la douleur. Et ensuite, quand je fus son épouse... Ah !..." Marie se perd dans l'extase de ses souvenirs. Puis elle demande : "Mais pourquoi cette question ?" "Pour t'expliquer ce qu'étaient pour moi les oraisons. Multiplie par cent tes sentiments, fais-les monter à mille et mille puissances, et tu comprendras ce qu'a toujours été pour moi l'oraison, l'attente de cette heure... Oui, je crois que même si je ne priais pas dans la paix de la grotte ou de ma pièce, mais que je me livrais aux travaux de la femme, mon âme priait sans arrêt... Maïs quand je pouvais dire : "Voilà que vient l'heure de me recueillir en Dieu" j'avais mon cœur qui brûlait en battant fort. Et quand je me perdais en Lui... alors... Non... Cela je ne puis l'expliquer. Quand tu seras dans la lumière de Dieu, tu le comprendras... Tout cela depuis trois jours était perdu... Et c'était encore plus déchirant que de n'avoir plus de Fils... Et Satan travaillait ces deux plaies superposées de la mort de mon Enfant et de l'abandon de Dieu, en créant la troisième plaie de la terreur de l'absence de foi. Marie, je t'aime bien et tu es ma parente. Tu le diras plus tard à tes fils apôtres, pour qu'ils sachent résister dans l'apostolat et triompher de Satan. Moi, je suis certaine que si j'avais accepté le doute, et si j'avais cédé à la tentation de Satan, et si j'avais dit : "Il n'est pas possible qu'il ressuscite" en niant Dieu car dire cela c'était nier la Vérité et la Puissance de Dieu dans le néant serait retombée une si grande Rédemption. Moi, nouvelle Ève, j'aurais mordu de nouveau à la pomme de l'orgueil et du sens spirituel et j'aurais défait l'œuvre de mon Rédempteur. Les apôtres seront continuellement tentés ainsi : par le monde, par la chair, par le pouvoir, par Satan. Qu'ils restent fermes, contre toutes les tortures, et les corporelles seront les plus légères, pour ne pas détruire ce que Jésus a fait." "Toi, Marie, dis-le à mes fils... Que veux-tu que sache dire ta pauvre belle-sœur ? ! Oh ! pourtant ! S'ils étaient venus ! Patience, fuir à la première heure ! Mais ensuite !"

"Tu vois que Lazare et Simon avaient l'ordre de les conduire à Béthanie. Jésus sait tout..." "Oui... Mais... Oh ! quand je les verrai, je leur ferai d'âpres reproches. Ils ont été des lâches. Que tous le soient, mais pas eux, mes fils ! Je ne leur pardonnerai jamais..." "Pardonne, pardonne... Cela a été un moment d'égarement... Ils ne croyaient pas que Lui pouvait être pris. Lui l'avait dit..." "C'est bien pour cela que je ne leur pardonne pas. Ils le savaient. Ils étaient donc déjà préparés. Quand on sait une chose et que l'on croit celui qui la dit, rien n'étonne plus !" "Marie, à vous aussi il a dit : "Je ressusciterai". Et pourtant... Si je pouvais vous ouvrir la poitrine et la tête, sur le cœur et sur le cerveau, je verrais écrit : "Cela ne peut être"." "Mais au moins... Oui... Il est difficile de croire... Mais nous sommes restées pourtant sur le Calvaire." "Par une grâce gratuite de Dieu. Autrement nous aurions fui nous aussi. Longin, tu l'as entendu ? A dit : "Chose horrible". Et c'est un guerrier. Nous, femmes, seules avec un garçon, nous avons résisté grâce à une aide directe de Dieu. Ne t'en glorifie donc pas. Ce n'est pas notre mérite." "Et pourquoi pas à eux ?" Parce qu'ils seront les prêtres de demain. lis doivent donc savoir. Savoir, pour l'avoir éprouvé, comme il est facile à celui qui a été fidèle à un Credo d'abjurer. Jésus ne veut pas de prêtres qui le sont si peu, qu'ils ont été ses ennemis les plus tenaces..." Tu parles de Jésus, toi, comme s'il était déjà revenu." "Tu le vois ? Toi aussi tu avoues que tu ne crois pas. Comment donc peux-tu faire des reproches à tes fils ?" Marie d'Alphée ne sait que répliquer. Elle reste tête basse, remue machinalement des objets. Elle trouve la petite lampe et sort avec elle, pour revenir ensuite après l'avoir allumée, et la met à sa place ordinaire. Marie s'est assise de nouveau près du Suaire déplié. Le Suaire, à la lumière jaune de la lampe à huile, avec sa flamme qui tremble, acquiert une vivacité particulière et paraît mouvoir la bouche et les yeux. "Tu ne prends rien ?" demande sa belle-sœur un peu mortifiée. "Un peu d'eau. J'ai soif." Marie va et revient... avec du lait. "N'insiste pas, je ne puis pas. De l'eau, oui. Je n'ai plus d'eau en moi... Je crois n'avoir pas de sang non plus. Mais..." On frappe à la porte. Marie d'Alphée sort. Un chuchotement dans le vestibule et puis Jean passe la tête à l'intérieur.

"Jean, tu es revenu ? Encore rien ?" "Si. Simon Pierre... et le manteau de Jésus... ensemble... Au Gethsémani. Le manteau..." Jean glisse à genoux et dit : "Le voilà... Mais il est tout déchiré et tout plein de sang. Les empreintes des mains sont de Jésus. Seul Lui les avait si longues et si fines. Mais les déchirures viennent de dents. On voit nettement que c'est une bouche d'homme. Je pense que cela a été... que cela a été Judas Iscariote car, près de l'endroit où Simon Pierre a trouvé le manteau, il y avait un morceau du vêtement jaune de Judas. Il est revenu là... ensuite... avant de se tuer. Regarde, Mère." Marie n'a fait que caresser et baiser le lourd manteau rouge de son Fils, mais pressée par Jean, elle l'ouvre et voit les empreintes de sang, foncées sur la couleur rouge du Sang et les déchirures des dents. Elle tremble et murmure : "Que de sang !" Elle paraît ne voir que lui. "Mère... la terre en est rougie. Simon, qui est accouru là-haut aux premières heures du matin, dit que l'herbe avait encore du sang frais sur les feuilles... Jésus... Je ne sais pas... Il ne nie paraissait pas blessé... D'où venait tant de sang ?" "De son Corps. Dans l'angoisse... Oh ! Jésus-Victime totale ! Oh ! mon Jésus !" Marie pleure avec tant d'angoisse, avec une lamentation épuisée, que les femmes se présentent à la porte, regardent et puis se retirent. "Cela, cela alors que tous t'abandonnaient... Vous, que faisiez-vous, pendant que Lui souffrait sa première agonie ?" "Nous dormions, Mère..." Jean pleure. "Simon était là ? Raconte." "J'étais allé chercher le manteau. J'avais pensé le demander à Jonas et à Marc... Mais ils se sont enfuis. La maison est fermée et tout est à l'abandon. Alors je suis descendu aux murs pour faire toute la route faite jeudi... J'étais tellement las ce soir, et affligé, que je ne pouvais maintenant me rappeler où Jésus avait quitté son manteau. Il me semblait qu'il l'avait et puis qu'il ne l'avait pas... A l'endroit de la capture, rien... Où nous étions tous les trois, rien... Je suis allé par le sentier pris par le Maître... Et j'ai cru que Simon Pierre était mort lui aussi, car je l'ai vu là tout blotti contre un rocher. J'ai crié. Il a levé la tête... et je l'ai cru fou tant il était changé. Il a poussé un cri et a cherché à fuir. Mais il titubait, aveuglé par les larmes qu'il avait versées, et je l'ai saisi.

Il m'a dit : "Laisse-moi. Je suis un démon. Je l'ai renié, comme Lui disait... et le coq a chanté et Lui m'a regardé. Je me suis enfui... j'ai couru de tous côtés à travers la campagne et puis je me suis trouvé ici. Et tu vois ? Ici Jéhovah m'a fait trouver son Sang pour m'accuser. Du sang partout ! Du sang partout ! Sur la roche, sur la terre, sur l'herbe. C'est moi qui l'ai fait répandre. Comme toi, comme tous. Mais moi, ce Sang, je l'ai renié". Il me paraissait en délire. J'ai essayé de le calmer et de l'éloigner. Mais il ne voulait pas. Il disait : "Ici ! Ici ! Pour garder ce Sang et son manteau. Et c'est avec mes larmes que je veux le laver. Quand il n'y aura plus de sang sur l'étoffe, peut-être alors je reviendrai parmi les vivants en me battant la poitrine et en disant : 'J'ai renié le Seigneur' ". Je lui ai dit que tu le voulais, que tu m'avais envoyé le chercher. Mais il ne voulait pas le croire. Alors je lui ai dit que tu voulais aussi Judas pour lui pardonner et que tu souffrais de ne pouvoir plus le faire à cause de son suicide. Alors il a pleuré avec plus de calme. Il a voulu savoir. Tout. Et il m'a raconté que l'herbe avait encore du Sang frais et que le manteau était tout maltraité par Judas, dont il avait trouvé un morceau de vêtement. Je l'ai laissé parler, parler, et puis je lui ai dit : "Viens près de la Mère". Oh ! combien j'ai dû prier pour le persuader ! Et quand il me semblait avoir réussi à le persuader, et que je me levais pour venir, lui ne voulait plus. C'est seulement vers le soir qu'il est venu. Mais après avoir passé la porte, il s'est caché de nouveau dans un jardin désert en disant : "Je ne veux pas que les gens me voient. Je porte écrite sur mon front la parole : Celui qui renie Dieu". Maintenant qu'il fait tout à fait nuit, j'ai réussi à le traîner jusqu'ici." "Où est-il ?" "Derrière cette porte." "Fais-le entrer." "Mère..." "Jean..." "Ne lui fais pas de reproches. Il est repenti." "Me connais-tu si peu encore ? Fais-le entrer." Jean sort. Il revient seul. Il dit : "Il n'ose pas. Essaie de l'appeler, toi." Et Marie doucement : "Simon de Jonas, viens." Rien. "Simon Pierre, viens." Rien. "Pierre de Jésus et de Marie, viens." Un âpre accès de pleurs. Mais il n'entre pas. Marie se lève. Elle laisse le manteau sur la table et va à la porte.

Pierre est blotti là dehors, comme un chien sans maître. Il pleure si fort et tout pelotonné qu'il n'entend pas le bruit de la porte qui s'ouvre en grinçant, ni le bruit des sandales de Marie. Il s'aperçoit qu'elle est là, quand elle se penche pour lui prendre une main pressée sur ses yeux et l'oblige à se lever. Elle entre dans la pièce en le traînant comme un enfant. Elle ferme la porte et met le verrou, et courbée par la douleur, comme lui l'est par la honte, elle revient à sa place. Pierre va à ses pieds, à genoux, et il pleure sans retenue. Marie caresse ses cheveux grisonnants, tout en sueur à cause de la douleur. Pas autre chose que cette caresse jusqu'à ce qu'il soit plus calme. Enfin, quand Pierre dit : "Tu ne peux me pardonner. Ne me caresse donc pas, car je l'ai renié", Marie dit : "Pierre, tu l'as renié, c'est vrai. Tu as eu le courage de le renier en public, le lâche courage de le faire. Les autres... Tous, sauf les bergers, Manaën, Nicodème et Joseph et Jean, n'ont eu que la lâcheté. Ils l'ont renié tous : hommes et femmes d'Israël, sauf quelques femmes... Je ne nomme pas les neveux et Alphée de Sara : eux étaient parents et amis. Mais les autres !... Et ils n'ont même pas eu le courage satanique de mentir pour se sauver, ni le courage spirituel de se repentir et de pleurer, ni celui encore plus grand de reconnaître publiquement l'erreur. Tu es un pauvre homme. Tu l'étais, plutôt, tant que tu as présumé de toi. Maintenant tu es un homme. Demain, tu seras un saint. Mais même si tu n'avais pas été ce que tu es, je t'aurais cependant quand même pardonné. J'aurais pardonné à Judas, pour sauver son esprit. Car la valeur d'un esprit, même d'un seul, mérite tous les efforts pour surmonter les répugnances et les ressentiments, jusqu'à en être brisé. Souviens-t'en Pierre, Je te le répète : "La valeur d'une âme est telle, même si on doit en mourir par l'effort de subir son voisinage, il faut la tenir ainsi dans ses bras comme je tiens ta tête chenue, si on comprend qu'en la tenant ainsi on peut la sauver". Ainsi, comme une mère qui, après le châtiment paternel, prend sur son cœur la tête du fils coupable, et davantage par les paroles de son cœur déchiré qui bat, qui bat d'amour et de douleur, que par les coups paternels, ravise et obtient. Pierre de mon Fils, pauvre Pierre qui as été, comme tous, entre les mains de Satan dans cette heure de ténèbres, et ne t'en es pas aperçu, et qui crois avoir agi par toi-même, viens, viens ici sur le cœur de la Mère des fils de mon Fils. Ici, Satan ne peut plus te faire de mal. Ici se calment les tempêtes et, en attendant le soleil : mon Jésus qui ressuscitera pour te dire : "Paix, mon Pierre", se lève l'étoile du matin, pure, belle, et qui rend pur et beau tout ce qu'elle baise, comme il arrive sur les claires eaux de notre mer dans les frais matins du printemps.

C'est pour cela que je t'ai tant désiré. Au pied de la Croix, j'étais martyrisée par Lui et par vous et  comment ne l'as-tu pas senti ? et j'ai appelé vos esprits si fort que je crois qu'ils sont venus réellement à moi. Et, renfermés en mon cœur, ou plutôt déposés sur mon cœur, comme les pains de proposition, je les ai tenus sous le bain de son Sang et de ses larmes. Je le pouvais, car Lui, en Jean, m'a rendue Mère de toute sa descendance... Combien je t'ai désiré !... En ce matin-là, en cet après-midi-là, et nuit et nouveau jour... Pourquoi as-tu fait tant attendre une Mère, pauvre Pierre, blessé et piétiné par le Démon ? Ne sais-tu pas que c'est la tâche des mères de remettre en ordre, de guérir, de pardonner, de ramener ? Je te ramène à Lui. Voudrais-tu le voir ? Voudrais-tu voir son sourire pour te persuader qu'il t'aime encore ? Oui ? Oh ! alors, détache-toi de mon pauvre sein de femme, et mets ton front sur son front couronné, ta bouche sur sa bouche blessée, et baise ton Seigneur." "Il est mort... Je ne pourrai jamais plus." "Pierre, réponds-moi. Quel est pour toi le dernier miracle de ton Seigneur ?" "Celui de l'Eucharistie. Ou plutôt, non. Celui du soldat guéri là-bas... là-bas... Oh ! ne me fais pas souvenir !..." "Une femme fidèle, aimante, courageuse, l'a rejoint sur le Calvaire et a essuyé son Visage. Et Lui, pour dire ce que peut l'amour, a fixé son Visage sur la toile. Le voilà, Pierre. Voilà ce qu'a obtenu Une femme à l'heure des ténèbres infernales et du courroux divin, seulement parce qu'elle a aimé. Rappelle-le-toi cela, Pierre, pour les heures où il te semblera que le Démon est plus fort que Dieu. Dieu était prisonnier des hommes, déjà accablé, condamné, flagellé, déjà mourant... Et pourtant, puisque même dans les plus dures persécutions. Dieu est toujours Dieu, et que si on frappe l'Idée, Dieu qui la suscite est intouchable, voilà que Dieu, aux négateurs, aux incrédules, aux hommes des sots "pourquoi", des coupables "cela ne peut être", des sacrilèges "ce que je ne comprends pas n'est pas vrai", répond, sans parole, par ce linge. Regarde-le. Un jour, tu me l'as dit, tu disais à André : "Le Messie se manifestera à toi ? Cela ne peut être vrai !" et puis ta raison humaine dut se soumettre à la force de l'esprit qui voyait le Messie là où la raison ne le voyait pas. Une autre fois, sur la mer en tempête, tu demandais : "Est-ce que je viens, Maître ?" et puis, à moitié chemin, sur l'eau démontée, tu as douté en disant : "L'eau ne peut me soutenir" et par le doute sur le poids il s'en est fallu de peu que tu ne te noies.

C'est seulement quand contre la raison humaine prévalut l'esprit qui sut croire, que tu pus trouver l'aide de Dieu. Une autre fois tu disais : "Si Lazare est mort depuis déjà quatre jours, pourquoi sommes-nous venus ? Pour mourir inutilement". Car, avec ta raison humaine, tu ne pouvais admettre d'autre solution. Et ta raison fut démentie par l'esprit qui, en t'indiquant par le ressuscité la gloire de Celui qui le ressuscitait, te montra que vous n'y étiez pas allés inutilement. Une autre fois, et même plusieurs autres, tu disais en entendant ton Seigneur parler de mort, et de mort atroce : "Cela ne t'arrivera jamais !" Et tu vois quel démenti a eu ta raison. Moi, j'attends, maintenant, d'entendre la parole de ton esprit dans ce dernier cas..." "Pardon." "Pas cela. Une autre parole." "Je crois." "Une autre." "Je ne sais pas..." "J'aime. Pierre, aime. Tu seras pardonné, tu croiras, tu seras fort. Tu seras le Prêtre, non le pharisien qui accable et n'a que formalismes et pas de foi active. Regarde-le. Ose le regarder. Tous l'ont regardé et vénéré. Même Longin... Et tu ne saurais pas ? Tu as pourtant su le renier ! Si tu ne le reconnais pas maintenant, à travers le feu de ma maternelle, affectueuse douleur qui vous unit, vous rend la paix, tu ne pourras plus. Lui ressuscite. Comment pourras-tu le regarder dans son nouvel éclat, si tu ne connais pas son visage dans le trépas de Maître que tu connais pour arriver au Triomphateur que tu ne connais pas ? Car la douleur, toute la Douleur des siècles et du monde, l'a travaillé par le ciseau et la massette dans ces heures qui vont du soir du Jeudi à l'heure de none de Vendredi, et elles ont changé son visage. Avant c'était seulement le Maître et l'Ami. Maintenant c'est le Juge et le Roi. Il est monté sur son siège pour juger, et il a ceint le diadème. Il restera ainsi. Sauf qu'après la Résurrection, il ne sera plus l'Homme Juge et Roi. Mais le Dieu Juge et Roi. Regarde-le. Regarde-le pendant que l'Humanité et la Douleur le voilent pour pouvoir le regarder quand il triomphera dans sa Divinité." Pierre lève finalement la tête des genoux de Marie et la regarde, avec ses yeux rougis par les larmes, dans un visage de vieil enfant désolé et étonné du mal fait et du si grand bien qu'il trouve.

Marie le force à regarder son Seigneur et alors, pendant que Pierre comme devant un visage vivant, gémit : "Pardon, pardon ! Je ne sais comment cela s'est passé. Ce que cela a été. Je n'étais pas moi. Il y avait quelque chose qui faisait que je n'étais pas moi ! Mais je t'aime, Jésus ! Je t'aime, mon Maître ! Reviens ! Reviens ! Ne t'en va pas ainsi sans me dire que tu m'as compris !" Marie répète le geste déjà fait dans la chambre du tombeau. Les bras tendus, debout, elle paraît la prêtresse au moment de l'offertoire. Et comme là elle a offert l'Hostie sans tache, ici elle offre le pécheur repenti. C'est bien la Mère des saints et des pécheurs ! Et puis elle lève Pierre, elle le console encore, et lui dit : "Maintenant je suis plus contente. Je te sais ici. Maintenant tu vas à côté avec les femmes et Jean. Vous avez besoin de repos et de nourriture. Va et sois bon..." comme à un enfant. Puis, dans la maison qui plus calme en cette seconde nuit depuis sa mort, tend à revenir aux habitudes humaines du sommeil et de la nourriture, et présente l'aspect las et résigné des habitations où les survivants reviennent doucement du coup de la mort, Marie seule veut rester debout, ferme à sa place, en son attente, en sa prière. Toujours. Toujours. Toujours. Pour les vivants et pour les morts. Pour les justes et les coupables. Pour le retour, le retour, le retour du Fils. Sa belle-sœur a voulu rester avec elle mais maintenant elle dort lourdement assise dans un coin, la tête renversée contre le mur. Marthe et Marie viennent deux fois, mais ensuite endormies se retirent dans une pièce voisine et après quelques mots tombent elles aussi dans le sommeil... Et plus loin, dans une chambre petite comme un jouet, Salomé dort avec Suzanne, alors que sur deux nattes jetées sur le sol, dorment bruyamment Pierre et Jean. Le premier avec encore un sanglot machinal perdu dans son ronflement, le second avec un sourire d'enfant qui rêve quelque joyeuse vision. La vie reprend son activité, et la chair ses droits... Seule l'Étoile du Matin brille sans sommeil, avec son amour qui veille près de l'image de son Fils. Et la nuit du Samedi Saint passe ainsi, jusqu'au moment où le chant du coq, à la première clarté de l'aube, fait lever Pierre avec un cri et son cri apeuré et douloureux réveille les autres dormeurs. La trêve est finie pour eux, et la peine recommence. Alors que pour Marie ne fait que grandir l'anxiété de l'attente.

Texte extrait de l'Evangile tel qu'il m'a été révélé, tome 9, chapitres 34-35

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11 avril 2009

La Nuit de la Résurrection

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La Nuit de la Résurrection

Extrait des révélations de la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

Bientôt après je vis la tombeau du Seigneur ; tout était calme et tranquille alentour : il y avait six à sept gardes, les uns assis, les autres debout vis-à-vis et autour de la colline. Pendant toute la journée, Cassius n'avait presque pas quitté sa place dans le fossé, à l'entrée de la grotte. En ce moment il était encore là, dans la contemplation et dans l'attente, car il avait reçu de grandes grâces et de grandes lumières : il était éclairé et touché intérieurement. Il faisait nuit, les lanternes placées devant la grotte jetaient alentour une vive lueur. Je m'approchai alors en esprit du saint corps pour l'adorer. Il était enveloppé dans son linceul et entouré de lumière et reposait entre deux anges que j'avais vus constamment en adoration à la tête et aux pieds du Sauveur, depuis la mise au tombeau. Ces anges avaient l'air de prêtres ; leur posture et leurs bras croisés sur la poitrine me firent souvenir des Chérubins de l'arche d'alliance, mais je ne leur vis point d'ailes. Du reste, le saint sépulcre tout entier me rappela souvent l'arche d'alliance à différentes époques de son histoire. Peut-être cette lumière et la présence des anges étaient-elles visibles pour Cassius, car il était en contemplation prés de la porte du tombeau, comme quelqu'un qui adore le Saint Sacrement.

En adorant le saint corps, je vis comme si l'âme du Seigneur, suivie des âmes délivrées des patriarches, entrait dans le tombeau à travers le rocher et leur montrait toutes les blessures de son corps sacré. En ce moment, les voiles semblèrent enlevés : je vis le corps tout couvert de plaies, c'était comme si la divinité qui y habitait eut révélé à ces âmes d'une façon mystérieuse toute l'étendue de son martyre. Il me parut transparent de manière que l'intérieur était visible ; on pouvait reconnaître dans tous leurs détails les lésions et les altérations que tant de souffrances y avaient produites, et voir jusqu'au fond de ses blessures. Les âmes étaient pénétrées d'un respect indicible mêlé de criante et de compassion.


J'eus ensuite une vision mystérieuse que je ne puis pas bien expliquer ni raconter clairement. Il me sembla que l'âme de Jésus, sans avoir encore rendu la vie à son corps par une complète union, sortait pourtant du sépulcre en lui et avec lui : je crus voir les deux anges qui adoraient aux extrémités du tombeau enlever ce corps sacre, nu, meurtri, couvert de blessures, et monter ainsi jusqu'au ciel à travers les rochers qui s'ébranlaient ; Jésus semblai ; présenter son corps supplicié devant le trône de son Père céleste, au milieu de choeurs innombrables d'anges prosternés : ce fut peut-être de cette manière que les âmes de plusieurs prophètes reprirent momentanément leurs corps après la mort de Jésus et les conduisirent au temple, sans pourtant revenir à la vie réelle, car elles s'en séparèrent de nouveau sans le moindre effort. Je ne vis pas cette fois les âmes des patriarches accompagner le corps du Seigneur. Je ne me souviens pas non plus où elles restèrent jusqu'au moment où je les vis de nouveau rassemblées autour de l'âme du Seigneur.


Pendant cette vision, je remarquai une secousse dans le rocher : quatre des gardes étaient allés chercher quelque chose à la ville, les trois autres tombèrent presque sans connaissance. Ils attribuèrent cela à un tremblement de terre et en méconnurent la véritable cause. Mais Cassius fut très ému : car il voyait quelque chose de ce qui se passait, quoique cela ne fût pas très clair pour lui. Toutefois, il resta à sa place, attendant dans un grand recueillement ce qui allait arriver. Pendant ce temps les soldats absents revinrent.


Ma contemplation se tourna de nouveau vers les saintes femmes : elles avaient fini de préparer et d'empaqueter leurs aromates et s'étaient retirées dans leurs cellules. Toutefois elles ne s'étaient pas couchées pour dormir, mais s'appuyaient seulement sur les couvertures roulées. Eues voulaient se rendre au tombeau avant le jour. Elles avaient manifesté plusieurs fois leur inquiétude, car elles craignaient que les ennemis de Jésus ne leur tendissent des embûches lorsqu'elles sortiraient, mais la sainte Vierge, pleine d'un nouveau courage depuis que son fils lui était apparu, les tranquillisa et leur dit qu'elles pouvaient prendre quelque repos et se rendre sans crainte au tombeau, qu'il ne Leur arriverait point de mal. Alors elles se reposèrent un peu.


Il était à peu près onze heures de la nuit lorsque la Sainte Vierge, poussée par l'amour et par un désir irrésistible, se leva, s'enveloppa dans un manteau gris, et quitta seule la maison. Je me demandais avec inquiétude comment on laissait cette sainte mère, si épuisée, si affligée, se risquer seule ainsi au milieu de tant de dangers. Elle alla, plongée dans la tristesse, à la maison de Caïphe, puis au palais de Pilate, ce qui l'obligeait à traverser une grande partie de la ville, et elle parcourut ainsi tout le chemin de la croix à travers les rues désertes, s'arrêtant à tous les endroits où le Sauveur avait eu quelque chose à souffrir ou quelque outrage à essuyer. Elle semblait chercher un objet perdu ; souvent elle se prosternait par terre et promenait sa main sur les pierres : après quoi elle la portait à sa bouche, comme si elle eût touche quelque chose de saint, le sang sacré du Sauveur qu'elle vénérait en y appliquant ses lèvres. L'amour produisait en elle quelque chose de surhumain : car toutes les places sanctifiées lui apparaissaient lumineuses. Elle était absorbée dans l'amour et l'adoration. Je l'accompagnai pendant tout le chemin et je ressentis et fis tout ce qu'elle ressentit et fit elle-même, selon la faible mesure de mes forces.


Elle alla ainsi jusqu'au Calvaire, et comme elle en approchait, elle s'arrêta tout d'un coup. Je vis Jésus avec son corps sacré apparaître devant la sainte Vierge, précédé d'un ange, ayant à ses côtés les deux anges du tombeau, et suivi d'une troupe nombreuse d'âmes délivrées. Il ne faisait aucun mouvement et semblait planer dans la lumière qui l'entourait ; mais il en sortit une vois qui annonça à sa mère ce qu'il avait fait dans les limbes, et qui lui dit qu'il allait ressusciter et venir à elle avec son corps transfiguré ; qu'elle devait l'attendre près de la pierre où il était tombé au Calvaire.


L'apparition parut se diriger du côté de la ville, st la sainte Vierge, enveloppée dans son manteau, alla s'agenouiller en priant à la place qui lui avait été, désignée. Il pouvait bien être minuit passé, car Marie était restée assez longtemps sur le chemin de la croix. Je vis alors le cortège du Sauveur suivre ce même chemin, tout le supplice de Jésus fut montré aux âmes avec ses moindres circonstances : les anges recueillaient, d'une manière mystérieuse, toutes les portions de sa substance sacrée qui avaient été arrachées de son corps. Je vis que le crucifiement, l'érection de la crois, l'ouverture du côté, la déposition et l'ensevelissement leur furent aussi montrés. La sainte Vierge de son côté contemplait tout cela en esprit et adorait, pleine d'amour.


Il me sembla ensuite que le corps du Seigneur reposait de nouveau dans le tombeau, et que les anges y rejoignaient, d'uns façon mystérieuse, tout ce que les bourreaux et leurs instruments de supplice en avaient enlevé. Je le vis de nouveau resplendissant dans son linceul, avec les deux anges en adoration à la tête et aux pieds. Je ne puis exprimer comment je vis tout cela. Il y a là tant de choses, des choses si diverses et si inexprimables, qua notre raison dans son état ordinaire n'y peut rien comprendre. D'ailleurs, ce qui est clair et intelligible quand la le vois, devient plus tard complètement obscur et je ne puis le rendre avec des paroles.


Lorsque le ciel commença à blanchir à l'orient, je vis Madeleine, Marie, fille de Cléophas, Jeanne Chusa et Salomé quitter le Cénacle, enveloppées dans leurs manteaux. Elles portaient des aromates empaquetés, et l'une d'elles avait une lumière allumée, mais cachée sous ses vêtements. Les aromates consistaient en fleurs fraîches qui devaient être jetées sur le corps, en sucs extraits de diverses plantes, en essences et en huiles dont elles voulaient l'arroser. Je les vis se diriger timidement vers la petite porte de Nicodème.

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Samedi Saint

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Samedi Saint

Mémoire et Sacrifice


« Que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande... » (Prière eucharistique III) 


En commençant la célébration de l’Eucharistie, avant même de faire le signe de la croix, le prêtre se penche pour vénérer l’autel. Ce geste, si simple et parlant, nous plonge immédiatement dans l’abîme : personne ne peut être à la hauteur de l’événement qui va être célébré. Car cet autel, sur lequel je viens de déposer un baiser, est à la fois la table du jeudi saint, la croix du vendredi saint, et le tombeau d’où le Seigneur Ressuscité est sorti victorieux, libre et vainqueur, au matin de Pâques. À chaque Messe, en effet, nous sommes contemporains de l’ensemble du Mystère pascal de Jésus. Tout prêtre, j’imagine, quand il accomplit ce geste, se sent, comme moi, dépassé par l’aventure dans laquelle il se lance avec la communauté rassemblée. Eucharistie et mystère pascal. Comment faire pour vivre, pour traduire dans toute l’action liturgique (la prière, la prédication, les chants, l’animation, les divers gestes symboliques) ... à la fois, la joie du repas pascal, le drame du Golgotha et le mystère du matin de la Résurrection ? - Nous sommes vraiment aux côtés de Jésus, comme ceux qui l’entouraient, le soir du jeudi saint. C’est un merveilleux moment d’amitié et de douceur. Après avoir lavé les pieds de ses disciples, le Seigneur leur explique : « C’est un exemple que je vous ai donné, afin que vous fassiez vous aussi comme j’ai fait pour vous » (Jn 13, 15). Oui, l’humilité est la reine de toutes les vertus, et ceux qui participent à la Messe comprennent, en contemplant l’exemple donné par le  Serviteur, que leur vocation est de servir, quel que soit leur état de vie. Ils sentent aussi que l’atmosphère de  l’Église est celle d’une famille. 


Mgr Philippe Barbarin

(Congrès eucharistique Québec 2008)

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Mais l’Eucharistie nous rend aussi contemporains du vendredi saint. C’est l’heure du sacrifice suprême, où le Seigneur a versé son sang sur la croix, pour la rémission de nos péchés. Les Apôtres n’ont pas eu le courage de le suivre, malgré leurs promesses de fidélité. Et même si nous ne valons pas plus qu’eux, en nous souvenant des larmes d’amertume qui sont venues sur le visage de Pierre après son reniement, nous demandons la grâce de demeurer fidèles au Christ, jusque dans les heures de ténèbres. Enfin, la célébration de l’Eucharistie est surtout le mystère du matin de Pâques. De tant de haine et d’injustice, l’amour de Dieu triomphe, et le corps de Jésus, vivant et ressuscité, se tient devant nous. Il porte encore les marques de ses plaies; les portes du Royaume s’ouvrent, et l’Esprit Saint nous est donné comme une force et une source de pardon. Même s’il est retourné auprès de son Père, Jésus nous assure que sa présence ne nous fera plus jamais défaut : « Voici que je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin des temps » (Mt 28, 20).

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Méditation

Le Samedi Saint, jour de silence et de conversion


Aujourd’hui, c’est un jour de silence dans l’Eglise : le Christ gît au tombeau, et l’Eglise médite, admirative, sur ce que le Seigneur a fait pour nous. Elle reste silencieuse pour apprendre du Maître, en contemplant son corps détruit. (…) Le Samedi Saint n’est pas une journée triste. Le Seigneur a vaincu le démon et le péché, et dans quelques heures, il vaincra également la mort par sa glorieuse résurrection. Il nous a réconcilié avec le Père céleste. Nous sommes de nouveau enfants de Dieu ! (…) L’on comprend que l’on ait mis le corps sans vie du Fils dans les bras de la Mère, avant de lui donner une sépulture. Marie est la seule créature capable de lui dire qu’elle comprend parfaitement son Amour pour les hommes, car elle n’a pas été la cause de ses douleurs. La Vierge très pure parle pour nous ; mis elle parle pour nous faire réagir, pour nous nous expérimentions sa douleur, devenue une seule et même chose avec la douleur du Christ. Tirons de cela des résolutions de conversion et d’apostolat, d’identification plus profonde avec le Christ, afin d’être entièrement tourné vers les âmes. Demandons au Seigneur qu’il nous transmette l’efficacité salvatrice de sa Passion et de sa Mort. Considérons le panorama qui se présente à nous. La foule qui nous entoure attend que les Chrétiens lui fasse découvrir les merveilles de la rencontre avec Dieu. Il faut que cette semaine sainte – et chaque jour par la suite – soit pour nous l’occasion d’un saut en qualité, pour dire au Seigneur de se mettre totalement dans nos vies. Il faut communiquer à de nombreuses personnes la Vie nouvelle que le Christ nous a obtenu par la Rédemption.


Mgr Echavarria, prélat de l’Opus Dei

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Prions


Dieu éternel et Tout-Puissant, dont le Fils unique est descendu aux profondeurs de la terre, d'où Il est remonté glorieux: accorde à Tes fidèles, ensevelis avec Lui dans le Baptême, d'accéder par Sa Résurrection à la Vie éternelle. Lui qui vit et règne avec Toi dans l'Unité du Saint Esprit, pour les siècles et les siècles. Amen.

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10 avril 2009

Le Carême avec Jean Paul II

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Le Carême avec Jean Paul II

 

11 avril

Samedi Saint

« Près du lieu où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans ce jardin, un tombeau neuf c'est là qu'ils déposèrent Jésus. » (Jean 19: 41-42).

A méditer

« Le sépulcre vide, au pied du Calvaire, est la Parole définitive de ce que le Père révèle à travers le Fils, avant Sa Résurrection. Plongés dans l'eau du Saint Baptême, nous participons à la Mort rédemptrice du Christ. Nous sommes « mis au tombeau avec Lui » (Colossiens 2: 12), pour pouvoir « mener une vie nouvelle », de la même manière que le Christ est ressuscité des morts « par la toute puissance du Père » (Romains 6: 4).

Homélie, Samedi Saint, 18 avril 1992

Fioretti

En fait, Jean Paul II n'avait jamais eu peur de la mort, et pas plus maintenant qu'il entrevoyait au loin le seuil au-delà duquel il allait rencontrer Dieu. Il se faisait souvent conduire dans sa chapelle, où il restait longuement pour parler avec son Seigneur. Quand on le regardait prier, dans ces moments-là, on comprenait parfaitement ce qu'avait écrit Saint Paul, qui parlait de supporter la souffrance pour compléter, pour le Corps du Christ, qui est l'Église, ce qui manque aux souffrances du Christ.

« Une vie avec Karol », Stanislas Dzwisz, Desclée de Brouwer/Seuil

Prière

Seigneur Jésus-Christ, Toi qui dans la Puissance de l'Esprit Saint, as été conduit par le Père, des ténèbres de la mort à la Lumière d'une vie nouvelle dans la Gloire, fais que le signe du Tombeau vide nous parle, à nous et aux générations futures, et qu'il devienne source de Foi vive, de Charité généreuse et de ferme espérance; à Toi Jésus, présence cachée et victorieuse dans l'histoire du monde, honneur et gloire pour les siècles.

Vendredi Saint 2000

Boîte à idée

Aujourd'hui, je me joins au silence de Marie et des Saintes Femmes qui attendent dans l'espérance la joie de Pâques.

Texte extrait du hors série de Carême 2009, du magazine « Il est Vivant! »

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