29 avril 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

 

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Veille du premier jour

Ouverture du Mois de Marie

 

« Enfin l'hiver est passé ; la nature endormie se réveille de toutes parts pour se revêtir de sa gracieuse parure, sous le souffle embaumé du printemps... La grande fête de trente jours consacrée à la Reine des cieux vient de s'ouvrir avec ses douces émotions et ses fleurs.

Salut, ô mois de mai ! salut ô mois de la plus tendre des mères ! à chacun tu apportes l'espérance et la joie ; car en ces jours bénis, nous le savons, Marie est prodigue de grâces et de bienfaits.

La nature pour vous fêter, ô douce Mère ! voudrait rivaliser avec vos enfants. Voyez quelle fraîcheur dans tout ce qu'elle offre à vos yeux, c'est pour vous rendre hommage que ces mille fleurs aux couleurs variées sont semées çà et là comme des diamants dans nos vertes prairies. Écoutez quel harmonieux concert, depuis l'heure première jusqu'au déclin du jour, s'élève constamment aux pieds de votre trône ; l'hôte de nos bois et de nos champs ne termine ses joyeux refrains que lorsque le soleil a disparu derrière l'horizon, et la brise du soir qui rafraîchit la terre et qui devant vous fait courber chaque fleur, se mêle alors au doux murmure de nos ‘limpides ruisseaux pour vous offrir, elle aussi, un humble chant d'amour.

Oh! nous sommes heureux, ô Marie de voir la terre entière s'incliner devant vous et vous reconnaître pour souveraine ; mais notre chant de fête à nous, enfants du Rosaire et de saint Dominique, serait-il au-dessous du chant de la nature ? À nous donc, enfants du Rosaire, d'entourer les autels de Marie pendant ce mois de mai ; à nous de le charger de guirlandes et de fleurs. À nous de faire monter jusqu'aux pieds du trône de notre Reine l'encens de nos prières et de nos vœux. À nous d'entonner jour et nuit sur la lyre harmonieuse du Rosaire l'hymne ravissante de l'Ave Maria. À nous de tresser autour du cœur brisé de notre Mère une couronne de consolation ; nos âmes en seront les roses ; ne sont-elles pas plus belles et plus suaves que les roses du printemps ?

Petites roses de la terre, roses mystiques bien chères à la Reine des anges, laissez votre cœur se réveiller et s'épanouir sous le souffle embaumé de son maternel amour. Pour vous, nous l'avons dit, les premiers baisers de ses lèvres immaculées ; pour vous les faveurs les plus signalées de ses mains divines. Pour vous aussi son sourire qui s'échappe des cieux comme un flot d'harmonie. Oui, oui, à vous de chanter Marie, de l'aimer et de la faire aimer… Enfants du Rosaire, pendant ce mois de mai qui s'ouvre devant vous avec tant de poésie et de charmes, vous tresserez à Marie une couronne mystique que vous déposerez à ses pieds.

Chaque jour vous cultiverez en votre âme une fleur, en pratiquant la vertu dont elle est l'emblème : Le Lundi vous cultiverez la marguerite de la modestie ; le Mardi, la giroflée de la douceur ; le Mercredi, les jacinthes de l'obéissance ; le Jeudi, les violettes de l'humilité ; le Vendredi, la rose de la charité ; le Samedi, le lys de la pureté ; le Dimanche, la primevère de la simplicité.

Si vous préférez, ne prenez que deux fleurs que vous cultiverez avec un grand soin pendant tout le mois ; choisissez celle qui vous manque le plus ; vous l'unirez au lys qui doit, dans tous les cœurs consacrés à Marie, ouvrir sa blanche corolle à l'ombre de la prudence. N'oubliez pas de mêler à ces fleurs parfumées quelques branches de myrrhe d'une sérieuse mortification, et vous unirez le tout par les liens d'un Rosaire pieusement récité.

Vous prierez pour les pêcheurs, pour les âmes du purgatoire, pour tout ce qui a besoin de prières, sans oublier celui qui vous convoque tous dans la cité des cieux où règne avec Jésus Celle que nous appelons du doux nom de Marie ». (Couronne de Marie, troisième année).

 

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Nos cum prole pia benedicat Virgo Maria.

Bénissez-nous, ô Vierge Marie, vous et votre divin Fils.

 

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30 mars 2019

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Trente-et-unième jour

Après la mort de saint Joseph

 

C’est donc à Nazareth que Saint Joseph est mort et a été inhumé dans le tombeau qu‘un homme de bien lui avait donné et préparé. Son corps fut transporté ensuite par les chrétiens à Bethléem, et déposé dans un autre tombeau.

Marie, fille de Cléophas, fut une des premières à se rendre auprès de la sainte Vierge à Nazareth, après la mort de Saint Joseph. Elle avait avec elle l’enfant qu’elle avait eu de son troisième mariage, le jeune Siméon. Elle avait laissé à la maison d'Anne, qu‘elle occupait dans le voisinage de Nazareth, ses serviteurs et tout son ameublement.

Les trois fils que Marie de Cléophas avait eus de son union avec Alphée, et qui étaient établis en leur particulier, vinrent aussi le même jour qu’elle à Nazareth pour consoler la sainte Famille, à l’occasion de la mort de saint Joseph.

Entre autres personnes qui vinrent également visiter la sainte Vierge à cette occasion, il faut encore compter Séraphia, plus connue sous le nom de Véronique, Jeanne Chusa, Marie, mère de Marc, une pieuse veuve, du nom de Léa, et le fils de Véronique, qui fut plus tard au nombre des disciples.

Mais peu de temps après la mort de saint Joseph, notre Seigneur alla s’établir à Capharnaüm, sans toutefois abandonner entièrement Nazareth. La maison de Nazareth resta comme la demeure de la sainte Vierge, et la maison de Capharnaüm devint celle de Notre Seigneur. La sainte Vierge ne faisait que des allées et venues à Capharnaüm.

Pendant son absence, la maison de Nazareth restait fermée, quoique parfaitement lavée, nettoyée et rangée. À la voir en cet état, ou l’eût prise pour une église ou une chapelle : le foyer avait l’apparence d'un autel, et un petit tabernacle, qui le surmontait, portait un vase avec des fleurs. Elle était confiée à la garde d’Esséniens amis de la sainte Famille, et surtout d’un vénérable vieillard, nommé Eliud, neveu de Zacharie, qui, étant devenu veuf, demeurait avec sa fille. Ils étaient tout dévoués à la sainte Famille.

Non loin de là, et en avant des murs de la ville, était l’endroit où Saint Joseph avait travaillé autrefois. Il était habité par des gens pauvres, mais vertueux, qui l’avaient beaucoup connu et dont les fils avaient été au nombre des compagnons d‘enfance du Sauveur. Eliud conduisit un jour Notre Seigneur chez ces braves gens, qui leur présentèrent du pain et de l’eau fraîche. L’eau de Nazareth, du reste, était excellente.

Quant à la maison que Notre-Seigneur habitait à Capharnaüm, elle n’était pas dans la ville même, mais faisait partie d’un groupe de maisons entre Capharnaüm et Bethsaïda. Cette maison appartenait à un nommé Lévi, de Capharnaüm, qui l’avait cédée à Notre-Seigneur par attachement pour la sainte Famille. Des serviteurs de Lévi y demeuraient pour le service des hôtes, et il envoyait de la ville les provisions nécessaires. C’est de cette maison que Notre Seigneur fit sa principale résidence pendant les trois années de ses courses apostoliques en Galilée et en Judée. Mais, au milieu de ces courses évangéliques, il n’oublia pas le culte qu’il avait toujours rendu à saint Joseph, et le lui continua après même que celui-ci eut quitté la terre.

Toutes les fois, en effet, que Notre-Seigneur a trouvé l’occasion de glorifier la mémoire de son saint Père nourricier, il ne l’a pas manquée et s’est fait comme un devoir de la saisir. Il semble qu‘il veuille nous répéter ici, à propos de Saint Joseph, cette parole qui résume toute sa divine vie : « Je vous ai donné l’exemple, afin que vous fassiez comme j’ai fait moi-même ».

 

Considération

Saint Joseph et la fin des temps

 

Touchons-nous a cette fin des temps, et, comme plusieurs le prétendent, la génération actuelle, c’est-à-dire les plus jeunes d‘entre nous, les derniers-nés de notre époque, verront-ils la destruction et l‘anéantissement du monde visible que nous habitons ? La prophétie dite de saint Césaire sur la dernière restauration, mais pour un temps seulement, du christianisme, va-t-elle avoir son accomplissement, et allons-nous voir apparaître le Pontife saint et le Monarque puissant qu’il annonce, d’après l'Apocalypse ? Notre très Saint Père le Pape Pie IX serait-il vraiment, aux termes de la prophétie attribuée à saint Malachie sur la succession des Papes. le onzième avant-dernier des Pontifes romains, qui doivent, d’ailleurs, se succéder rapidement les uns aux autres dans les derniers temps ? Selon les prévisions et les calculs sur l’Apocalypse du vénérable Holzauser, dont il ne faut pas oublier que les prédictions qu’il a faites se sont réalisées, les unes de son vivant, les autres après sa mort, l’Antéchrist serait-il né et grandirait-il, inconnu jusqu’à présent, dans une bourgade de l’Orient ? Notre plume tremble en écrivant ces lignes, qui pourtant ne manquent pas de vraisemblance.

Quoi qu’il en soit, il est toujours incontestable que nous commençons à être les témoins des signes avant-coureurs du dernier avènement de notre Seigneur. Sans parler des faux Prophètes et des faux Christs, que nous pouvons bien voir dans les chefs de la démagogie et de la Révolution qui se donnent souvent eux-mêmes, et que leurs partisans acceptent, comme les envoyés du ciel et les messies des temps nouveaux, entendons-nous parler d’autres choses que de luttes et de révolutions, de guerres et de bruits de guerre, de soulèvements de peuples contre peuples, de nations contre nations ? La prédication de l’Evangile par toute la terre n’est-elle pas à peu près un fait accompli, quoique la foi aille s’éteignant de jour en jour, et que Notre-Seigneur eût déjà de la peine à en retrouver, s’il revenait dès maintenant ici-bas ? Comme au temps de Noé et de Luth, les hommes ne se livrent-ils pas a toutes les voluptés charnelles et terrestres, sans vouloir rien pré— voir des maux qu’on leur annonce ? L’iniquité n’abonde-t-elle pas partout, et la charité du grand nombre ne se refroidit-elle pas d’une manière effrayante ? Ne se dessinent-ils pas de plus en plus, ces derniers jours prédits par l’Apôtre, où les hommes seront amateurs d’eux-mêmes, avides de biens, fiers, superbes, médisants, sans obéissance pour les parents, ingrats, impies, dénaturés, sans foi et sans parole, calomniateurs, intempérants, inhumains, ennemis des gens de bien, traîtres, insolents, enflés d’orgueil, ayant plus d’amour de la volupté que de Dieu ? Le mystère d’iniquité aussi se forme, et tout ce qui est Dieu, culte, enseignement divin, morale divine, expression de Dieu sur la terre, ne tend-il pas de jour en jour à s’effacer et à disparaître, pour faire place à la grande apostasie de la fin des temps ? Oui, tout annonce le commencement de la fin.

Quoi qu’il en soit encore, un autre signe des derniers temps, signe plus consolant, il est vrai, mais qui n’en est pas moins caractéristique, c’est l’accroissement, le développement et le perfectionnement du culte de Saint Joseph. Selon une opinion que nous a léguée le moyen-âge, et qui, émise par Isidore des Iles, est passée tellement dans les convictions de tous, qu’elle est devenue une sorte de prophétie, ce culte de saint Joseph doit, avant le jugement, arriver à son apogée, parce qu’a la fin des temps, Dieu, dans tout l‘empire de l’Eglise militante, le comblera des grands honneurs et le rendra l’objet de la vénération la plus profonde…, le fera reconnaître pour protecteur particulier de cette Eglise… et inspirera au Vicaire de Jésus-Christ d’ordonner que la fête du grand Patriarche soit solennellement célébrée dans toutes les contrées de l’Église Catholique... Mais puisque cette heure fortunée a sonné, c’est donc que le monde est sur son déclin et doit songer à sa fin.

Ne semble-il pas, d’ailleurs, comme d’autres l’ont remarqué avant nous, que cette apogée du culte de Saint Joseph est le dernier perfectionnement que notre-Seigneur devait donner à sa sainte religion, et que conséquemment le monde se précipite vers sa ruine ?

Mais si Dieu a réservé ce perfectionnement du culte de saint Joseph pour les derniers temps, n’est-ce point pour nous préparer un suprême refuge contre les maux qui nous menacent ? Que tous ceux donc qui veulent se prémunir contre les scandales et les chutes des derniers jours viennent se réfugier sous le manteau de Saint Joseph, sous ce royal manteau qui, pour le soustraire aux fureurs d’Hérode, emporta dans ses plis bénis notre doux Sauveur en Egypte, et avec lui l’Eglise naissante qu’il fallait déjà défendre contre ses ennemis. Laissons-nous donc aussi emporter, avec Jésus et son Eglise, par saint Joseph, et restons à l’abri de sa puissante protection dans les malheureux temps où nous vivons.

Lorsque la famine vint à sévir autrefois dans cette Egypte, tout le peuple accourait à Pharaon pour lui demander des aliments et du pain. Et Pharaon les renvoyait au premier Joseph, figure bien imparfaite du second, qu’il avait établi sur toute la terre d’Egypte, en leur disant : « Allez à Joseph, Ite Ad Joseph ». Une grande famine sévit aussi maintenant dans le monde ; et combien d’âmes périssent, parce qu’elles manquent du pain de la vérité, de la foi, de la justice, de la sainteté, de la vie éternelle ! À qui donc s‘adresseront tous ces affamés du vrai pain des corps et des âmes ? À Dieu, c’est vrai, mais qui les renverra au véritable Joseph, qu’il a constitué le maître de sa maison et le prince de tout son domaine ; le dispensateur fidèle et prudent que le Seigneur a établi sur sa famille pour donner à tous, au temps voulu, la mesure de froment appropriée aux besoins de_leurs âmes et de leurs corps. Ô vous donc tous qui avez faim de la vérité et de la justice, venez à Joseph. Il est assez riche pour répondre aux besoins de tous.

Venez à Joseph, prêtres de Jésus-Christ, dont l’auguste ministère et les saintes fonctions ont tant d’analogie avec les siens. Par lui vous obtiendrez toutes les grâces pour vous et pour les autres.

Venez à Joseph, âmes spécialement consacrées à Dieu pour avoir embrassé la vie religieuse, et, avec la vie religieuse, la bienheureuse vie intérieure. Il est le patron et le modèle des âmes intérieures.

Venez à Joseph, princes et nobles, qui, a aucun point de vue, ne pouvez avoir plus de noblesse que lui. Vous trouverez auprès de lui toutes les grâces nécessaires pour restera la hauteur de votre condition et de votre position.

Venez à Joseph, ouvriers et travailleurs de toutes les classes et de toutes les situations. Il fut aussi l‘homme de la condition ordinaire et du travail manuel, et vous devez recourir à lui dans toutes vos nécessités.

Venez à Joseph, petits enfants, qui serez pour lui autant d’Enfants-Jésus, qu’il chérira de toutes ses affections paternelles.

Venez à Joseph, adolescents de l’un et de l‘autre sexe. Il aime la jeunesse et l‘aide à garder intacte sa virginité.

Venez à Joseph, époux chrétiens, qui avez tant besoin de sa protection pour observer la chasteté de votre état.

Venez à Joseph, parents qui vous préoccupez d‘accomplir tous vos devoirs si nombreux et si difficultueux. Lui seul peut vous aider à les remplir.

Venez à Joseph, fidèles de tous les âges, de toutes les conditions et de toutes les situations. Il n’en est aucune par laquelle il n’ait passé et pour laquelle il n’ait une vraie toute-puissance de médiation auprès de Dieu.

Venez à Joseph, vieillards qui vous acheminez vers votre éternité. En vous mettant et restant sous sa protection, vous aurez, comme lui, une vieillesse sainte, respectée et honorée.

Venez à Joseph, malades, mourants et agonisants. S’il se plaît à faire sentir son assistance à tous, il a grâce surtout pour la rendre efficace envers vous.

Venons tous a Joseph, et tous nous trouverons dans son culte et sa dévotion tous les moyens de nous prémunir, nous le répétons, contre les scandales et les chutes des derniers temps.

 

Pratique

Persévérance dans le culte de Saint Joseph

 

À l’époque où nous sommes arrivés, non-seulement il n’est plus permis à personne de rester indifférent à Saint Joseph et à son culte, mais chacun doit s’employer de son mieux a lui témoigner sa vénération, son amour, sa confiance, et sa dévotion. Ne comptons donc plus avec lui ; mais à lui, après Dieu, Jésus et Marie, tout notre zèle, notre dévouement et nos affections. Et pourvu que nous ne l’égalions pas à eux dans nos sentiments et dans les hommages que nous lui rendrons, nous n’avons plus de réserves à garder avec lui, à l‘imitation, du reste, de Dieu, de Jésus et de Marie.

Mais, comme l’amour est naturellement expansif, loin de nous contenter d’offrir à saint Joseph nos seuls devoirs, nous ne négligerons rien pour lui gagner des cœurs et lui procurer de la gloire. Nous serons maintenant industrieux pour répandre son culte, pour faire connaître les salutaires pratiques approuvées par l’Eglise en son honneur. Quelle que soit la position où la divine Providence nous ait placés, nous pouvons et nous devons, sans sortir de notre sphère, sans négliger les devoirs de notre état, contribuer efficacement à sa gloire, en nous appliquant la le faire aimer et honorer de tous ceux sur lesquels nous pouvons prendre quelque influence. Et à plus forte raison, si vous avez le bonheur d‘être prêtre eu l’honneur d’être père et mère de famille, instituteur ou institutrice.

Enfin, comme dit le P. Jacquinot, employez-vous bien à l’augmentation de la gloire de Saint Joseph, en excitant les autres à lui être dévots, en leur en fournissant les moyens, en n’épargnant, en un mot, ni biens, ni sang, ni vie, s’il en est besoin, pour lui procurer de l'honneur, puisque Dieu, qui s’est rendu très admirable en ce saint, le veut ainsi ; puisque Jésus et Marie le désirent ardemment ; puisqu’il le mérite lui-même par toutes sortes de considérations, et qu’il vous en reviendra de notables avantages en l’esprit et au corps, en cette vie et en l’autre, au temps et en l’éternité. Ainsi soit-il.

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Consécration à Saint Joseph

du Vénérable Monsieur Boudon

 

Je me prosterne en votre présence, ô grand saint Joseph, et vous honore comme le chaste Epoux de la Mère de Dieu, le Chef de la plus sainte Famille qui fût jamais, le Père nourricier de Jésus-Christ, le fidèle dépositaire des trésors de la très Sainte Trinité. Je révère en votre personne le choix de Dieu le Père, qui a voulu partager avec vous son autorité sur son Fils ; le choix de Dieu le Fils, qui a voulu dépendre de vous et devoir au travail de vos mains sa subsistance ; le choix du Saint Esprit, qui a voulu vous confier son Epouse chérie et vous la donner pour compagne. Je vous félicite du bonheur que vous avez eu de porter Jésus Christ entre vos bras, de l’appuyer sur votre sein, de l’embrasser amoureusement, de l’arroser de vos larmes pendant les saintes caresses dont vous étiez si souvent favorisé par ce divin enfant. Qui pourrait comprendre les trésors de lumières, de sagesse et de grâces, que vous avez acquis, et dont vous avez été comme inondé pendant les trente années que vous avez passées entre Jésus et Marie.

Pénétré de respect et d’amour à la vue de vos grandeurs et de votre sainteté, je vous offre et je vous consacre mon cœur. Après Jésus et Marie. vous en serez le maître et le directeur. Je vous regarderai désormais comme mon père et mon protecteur; daignez me regarder comme votre enfant. Faites-moi sentir les effets de votre grand crédit auprès de Dieu et de votre grande charité pour moi. Obtenez-moi une sincère conversion et toutes les grâces dont j’ai besoin pour remplir ses adorables desseins.

Obtenez-moi cet esprit de recueillement, cette vie intérieure, cette fidélité à la grâce, cette union intime avec Dieu, cette profonde humilité de cœur, cette parfaite conformité à sa pure et sainte volonté, cette patience dans les adversités, cette estime, cet amour des croix, ce parfait abandon à la conduite du Seigneur, cette confiance a ses volontés, surtout cet amour ardent pour la personne sacrée de Jésus et pour sa sainte Mère, qui ont fait votre caractère particulier. Prenez, ô grand saint, sous votre protection, les âmes intérieures, surtout celles qui, à votre exemple, écoutent et imitent Jésus et Marie dans la retraite et le silence. Enfin, par le privilège de votre très heureuse mort entre les bras de Jésus et de Marie, obtenez-moi, ô grand Saint ! une mort semblable à la vôtre, dans le dénuement parfait de ma volonté à Jésus et à Marie. Ainsi soit-il.

 

Gloire à jamais à Jésus, Marie, Joseph.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

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Fin du Mois de Saint Joseph

 

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29 mars 2019

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Trentième jour

Mort de Saint Joseph

 

Nous n’avons guère de détails sur les derniers jours et la mort de Saint Joseph ; et ceci, sans nul doute, par la continuation du dessein de Dieu sur le bienheureux Patriarche, qui n’a eu d‘autre mission sur la terre que d’apporter sa part contributive au mystère de l’incarnation, confié à sa garde et à son fidèle gouvernement. Ôtez ce mystère, et saint Joseph n’ayant plus sa raison d’être, il n’y a plus de Joseph. Du moment donc que l’on nous a dit tout ce que Joseph a fait par rapport à l’Incarnation du Fils de Dieu en terre, l’on nous a raconté toute sa vie, et le reste n‘est plus que du détail et de l‘accessoire.

Durant son séjour à Nazareth, Notre Seigneur ne quitta guère la sainte Vierge et Saint Joseph. Dans son enfance, il est grand et élancé ; son teint est clair ; son visage, bien qu’un peu pâle, annonce la santé. Son front est haut et découvert ; ses cheveux, longs et d‘un blond foncé, se divisent par le milieu et retombent sur ses épaules. Il porte habituellement une longue tunique d’un gris foncé, qui lui recouvre les talons, et dont les manches s’élargissent par le bas.

Entre la dixième et la vingtième année de la vie du Sauveur, l’on vit deux fois Jésus, Marie et Joseph dans une maison étrangère. Pendant les dix années suivantes, ils restèrent toujours seuls dans la maison où ils demeuraient. Cette humble demeure se composait seulement de trois chambres. La Sainte Vierge occupait la plus grande et la plus belle, et l’on s’y réunissait pour prier. Ils priaient debout, les bras croisés sur la poitrine, et à haute voix, ainsi que l’indiquait le mouvement de leurs lèvres. C’était aussi ordinairement à la lueur d’une lampe à plusieurs becs, et quelquefois à la lumière d‘une sorte de candélabre attaché à la muraille. Hors le temps de la prière, ils n’étaient presque jamais ensemble. Notre Seigneur restait seul dans sa chambre ; saint Joseph travaillait dans la sienne, transportant ou coupant du bois et rabotant des planches, et souvent l’Enfant Jésus l’aidait dans ces travaux. La sainte Vierge s’occupait à coudre ou à tricoter avec de longues aiguilles de bois. Elle était assise pour ces différents travaux, et avait à ses côtés une petite corbeille.

Chacun des membres de la sainte Famille passait la nuit dans sa modeste chambre, où la couche était formée d’une simple couverture que l’on étendait par terre pendant la nuit, et que l’on roulait le matin quand on s’était levé.

Le divin Enfant, avant sa douzième année, rendit à Marie et à Joseph tous les petits services dont il était capable. Il en était de même à l’extérieur et dans les rues : partout il montrait le plus grand empressement à obliger le prochain. Dès ses plus jeunes années, il était le modèle des enfants de Nazareth, qui le chérissaient tous et craignaient surtout de lui faire de la peine. Quand un enfant avait désobéi, ses parents ne manquaient pas de lui dire : « Que dira le petit Jésus, quand il saura que tu as été désobéissant ? Combien cela ne lui fera-t-il pas de peine ! » Souvent ils se plaignaient à lui de leurs enfants qu’ils lui amenaient, et ils le priaient de leur dire de ne plus faire ceci ou cela. Le divin Enfant se rendait à leur désir avec une admirable simplicité, et, tout en jouant, il engageait ses petits amis à ne plus faire de peine à leurs parents. Il s’unissait à eux pour demander au bon Dieu la grâce de se corriger ; il les portait enfin à implorer leur pardon et a avouer ingénument leurs fautes.

Aussi, à partir de cette époque, devint-il le maître de ses compagnons. Souvent, assis au milieu d’eux, ou les accompagnant dans la campagne, il leur apprenait mille choses utiles. Quand il eut dix-huit ans, il commença à seconder plus activement Saint Joseph dans les travaux de sa profession. Mais plus approchait le moment où devait commencer sa mission, plus on le voyait recueilli et occupé à méditer.

Notre Seigneur était âgé d’environ trente ans, quand Saint Joseph commença à s’affaiblir et à décliner de jour en jour. Jésus et Marie se trouvaient plus souvent auprès de lui. Pendant sa maladie, Notre Seigneur sortit seulement dans les environs ; mais on ne le vit jamais beaucoup s’éloigner de la maison. Souvent aussi la très Sainte Vierge était auprès de son lit, assise par terre ou sur un morceau de bois, de forme ronde, supporté par trois pieds, et qui leur servait aussi de table. On ne les voyait manger que rarement. Les seuls aliments qu’ils prissent ou qu’ils offrissent au malade étaient de petits morceaux de pain blanc, larges de deux doigts, de forme allongée, et placés sur une assiette l’un à côté de l’autre, ou quelques fruits sur une soucoupe. Ils donnaient aussi à boire au malade avec une sorte de cruche.

Au moment où saint Joseph expira, la sainte Vierge était à son chevet, le tenant dans ses bras, et Jésus était plus vers le milieu du lit. La chambre était remplie de clartés célestes, et il s’y trouvait un grand nombre d’Anges. Et quand il eut rendu le dernier soupir, on lui croisa les bras sur la poitrine, on l’enveloppa dans un linceul blanc, on le plaça dans un cercueil assez étroit, et on le transporta dans un magnifique sépulcre que lui avait donné un homme de bien. Jésus, Marie et quelques autres personnes seulement suivirent le cercueil au tombeau ; mais il était resplendissant de lumière, et une multitude d’esprits célestes accompagnèrent ses précieuses dépouilles.

Saint Joseph devait mourir avant Notre Seigneur, car son état de faiblesse et son amour pour lui ne lui eussent pas permis de supporter les scènes de la Passion et du crucifiement. Il avait eu déjà, dans les dernières aimées de sa vie, beaucoup à souffrir des persécutions que la haine secrète des Juifs dirigeait dès lors contre le divin Sauveur. Ceux-ci le voyaient avec peine, et disaient que le fils du charpentier voulait tout savoir mieux que les autres ; et cela, parce qu’il contredisait souvent les enseignements des Pharisiens, et que beaucoup de jeunes gens s’attachaient à lui. La sainte Vierge ne souffrit pas moins de ces persécutions, bien plus cruelles que le martyre. Pour le divin Sauveur, il est impossible d’exprimer l‘ardente charité avec laquelle il supporta ces premiers témoignages de la haine de ses ennemis.

 

Considération

Saint Joseph et Pie IX

 

Il est donc écrit que notre bien aimé Pie IX sera plus qu’extraordinaire dans toutes ses œuvres comme dans ses merveilleuses destinées. Outre que, seul de tous les Souverains Pontifes qui ont gouverné l’Eglise dans la suite des âges, il a dépassé les années des plus longs règnes, y compris celui de saint Pierre, non seulement il a été annoncé dans la prophétie dite de Saint Malachie sur la succession des Papes, sous le titre que tous les événements politiques ne lui font que trop bien justifier, Crux de cruce, mais il a encore été bien plus annoncé et prédit comme le Pontife devant proclamer l’incomparable privilège de Marie, donner au culte de Saint Joseph ses derniers développements et tenir le grand Concile qui, en terrassant toutes les erreurs, doit donner à l’Eglise des jours de prospérité et de paix qu‘elle ne connaît pas depuis longtemps.

Et n’est-ce pas ce qu’il a fait, en rassemblant, malgré toutes les oppositions du monde et de l'enfer, des quatre vents du ciel, tous ces Evêques qui sont accourus à l'envi pour commencer ce Concile qui se terminera, c‘est vrai, quand il plaira à Dieu, mais qui a pu, comme peur répondre en principe à toutes les erreurs qui surgiront désormais, formuler le dogme de l'infaillibilité doctrinale du Pontife romain, dogme si approprié aux nécessités de notre temps flottant à tout vent, non de doctrine, mais même d’opinion ? N’est-ce pas ce qu’il a fait, comme pour répondre aux besoins de nos âmes, si souillées pan les vices de la chair, en prononçant dans sa suprême infaillibilité que « la doctrine qui tient que la Bienheureuse Vierge Marie a été dès le premier instant de sa conception, par un singulier privilège de Dieu, préservée de toute tache de la faute originelle et révélée de Dieu, et doit conséquemment être crue fermement et constamment par tous les fidèles », et en attachant ainsi le fleuron qui manquait au diadème dont la terre avait couronné le front de Marie ? N’est-ce pas ce qu’il a fait, comme pour opposer un contre-poids aux passions de notre siècle, si saturé d’orgueil, de cupidité, de jouissance et de concupiscence, en développant le culte de l’humble, du pauvre, du détaché, du juste Joseph ?

À peine était-il élevé sur la chaire de Saint-Pierre, que, dès le 10 septembre 1847, il rendait obligatoire pour toute I’Eglise la Fête du Patronage de saint Joseph, qu'il fixait, par son décret Urbi et orbi, au 3e Dimanche après Pâques, introduisant ainsi son culte public parmi les fidèles. Jusqu’alors Saint Joseph n’était un peu connu que des âmes pieuses, qui pouvaient l'honorer en leur particulier, mais à peu près ignoré du commun des chrétiens, qui n’avaient pas même l‘occasion de célébrer de temps à autre sa seule Fête du 19 mars, puisqu’à cause du Carême elle était remise à un jour sur semaine, lorsqu’elle tombait le Dimanche. Et Pie IX, en décrétant ainsi la Fête de son Patronage, a en quelque sorte mis et constitué le saint Patriarche dans le domaine public. Aussi, à partir de ce moment, saint Joseph est-il plus connu, plus honoré, plus invoqué.

À partir de ce moment encore, que n’a pas fait Pie IX pour saint Joseph ? N‘a-t-il pas recommandé sa dévotion toutes les fois qu’il en a trouvé l’occasion ? N'a-t-il pas approuvé, encouragé, enrichi de précieuses Indulgences les diverses pratiques en son honneur ? Et que d’Archiconfréries, de Confréries, d’Associations sous son patronage n’a-t-il pas autorisées et érigées ! Est-il une faveur qui lui ait été demandée à propos de saint Joseph, et qu‘on puisse dire qu’il ait même eu la pensée de ne pas accorder ? Il avait dit dans les premiers temps de son pontificat : « Les soutiens de l’Eglise naissante, Marie et Joseph, reprennent dans les cœurs la place qu’ils n’auraient jamais dû perdre. Encore une fois, le monde sera sauvé ». Et, pour sauver ce monde, n’a-t-il pas constamment travaillé à rendre à Marie et à Joseph cette place qu’ils auraient dû toujours occuper dans nos cœurs ?

C’est ce qu’il a fait enfin pour saint Joseph, en accédant aux vœux des Pères du Concile du Vatican, vœux d’ailleurs qu’il avait lui-même provoqués, suggérés, excités, en déclarant saint Joseph Patron de l’Eglise universelle par son décret du 8 décembre 1870, que nous ne pouvons nous dispenser de citer ici. C’est un résumé, en quelques mots, de la tradition et de la doc—trine de l’Eglise sur le saint Patriarche.

« De même, dit ce décret Urbi et orbi, que Dieu avait établi Joseph, fils du patriarche Jacob, gouverneur de toute l’Egypte, afin d’assurer des vivres au peuple, ainsi, quand fut arrivée la plénitude des temps où il devait envoyer sur la terre son Fils unique, Sauveur du monde, choisit-il un autre Joseph, dont le premier était la figure, et l’établit-il seigneur et prince de sa maison et de ses biens, en lui confiant la garde de ses principaux trésors. C’est pourquoi Joseph épousa l’immaculée Vierge Marie, de laquelle, par la vertu de l’Esprit-Saint, naquit Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui daigna passer aux yeux des hommes pour le fils de Joseph et lui fut soumis. Et Celui que tant de rois et de prophètes avaient désiré voir, Joseph, non seulement le vit, mais conversa avec lui, l‘entoura de sa paternelle affection, le couvrit de ses baisers, et mit toute sa sollicitude pour nourrir Celui que le peuple fidèle devait ensuite recevoir comme le pain descendu du ciel, pour obtenir la vie éternelle. À cause de cette sublime dignité que Dieu a conférée à son très fidèle serviteur, l’Eglise a toujours comblé le bienheureux Joseph, après la Vierge Mère de Dieu, son Epouse, des plus grands honneurs et de toutes ses louanges, comme elle a toujours, dans les circonstances difficiles, imploré son intercession. Mais comme, en ces tristes temps, l’Eglise se trouve tellement assaillie de tous côtés par ses ennemis, et Sous l’oppression de telles calamités, que les impies se persuadent déjà que les portes de l‘enfer vont enfin prévaloir contre elle, les vénérables Prélats de tout l’univers catholique ont présenté au Souverain Pontife leurs prières et celles des fidèles confiés à leurs soins, pour qu'il daignât proclamer saint Joseph Patron de l’Eglise catholique. Au saint Concile œcuménique du Vatican, ces prières et cette demande ayant été plus instamment renouvelées, notre très Saint Père le Pape Pie IX, déterminé parle désolant état de choses qu’ont fait les derniers événements à se mettre, lui et tous les fidèles, sous la très-puissante protection du saint Patriarche Joseph, a voulu répondre aux vœux des Evêques, et la solennellement déclaré Patron de l’Église Catholique, ordonnant que sa Fête, qui arrive le 19 mars, soit désormais célébrée sous le rite double de première classe, sans octave cependant, a cause du Carême. Il a réglé, en outre, que la susdite déclaration prendrait force de loi par le pré« sent décret de la Sacrée Congrégation des Rites, à partir de ce jour (8 décembre 1870), consacré à la Mère de Dieu, Vierge Immaculée et Epouse du très Chaste Joseph ».

Un autre décret, en date du 7 juillet 1871, arrête, en application de celui que nous venons de citer, les honneurs liturgiques qui, dans le culte public ecclésiastique, doivent être décernés à saint Joseph, comme Patron de l’Eglise catholique.

Et maintenant, puissions-nous voir bientôt se réaliser les espérances que nous ont données les Saints, et apparaître ce triomphe du bien sur le mal et cette pacification générale qu’ils nous ont annoncés comme devant suivre la glorification de saint Joseph ! C’était la dernière condition dont le ciel demandait l’accomplissement, disent certaines révélations particulières, qui, sans être de foi divine, sont au moins de foi humaine infiniment respectable, pour accorder cette grâce à la terre.

Puisse aussi, conséquemment, s’accomplir au plus tôt la bonne parole de Pie IX : « Encore une fois, le monde sera sauvé ! »

 

Pratique

Confréries et Archiconfréries

 

Si l’union fait la force, c’est surtout dans l’ordre spirituel et de Dieu, parce que, dans cet ordre spirituel et divin, Dieu, fidèle à sa promesse, se met toujours de part avec ceux qui s’associent en son nom pour l’honorer, dans ses Saints, en restant au milieu d’eux pour les consoler par sa présence et ses grâces. C’est ce qui explique l’origine et la nature de toutes ces pieuses Associations, qui prennent le nom de Confréries lorsqu’elles se restreignent dans une communauté plus particulière de prières et de bonnes œuvres, et que l’Eglise appelle Archiconfréries, lorsqu’elle veut généraliser leur action pour la plus grande gloire de Dieu et la plus ample édification des âmes.

Mais qui dira les nombreux avantages de ces saintes Associations aux formes si diverses, parce qu’elles répondent à tous les besoins, à tous les goûts, à toutes les situations de la vie chrétienne ? Qui dira aussi leur puissance de médiation auprès de Dieu, et de sanctification, tant pour chacun de leurs membres que pour tous en général, et à cause des pieux rapports qu’ils ont ensemble ? Qui dira, en particulier, tous les biens soit spirituels, soit temporels, qui se rencontrent dans les Associations en l’honneur du tout-puissant saint Joseph, si bon d’ailleurs pour tous ceux qui font gloire de le servir à titre spécial ?

Enrôlons-nous donc dans quelques-unes des Confréries existant sous son patronage. Grâce à Dieu, il est peu de bonnes villes où l’on n’en ait à cette heure érigé de l’autorité des Evêques, et même avec l’approbation du Souverain Pontife, si heureux de les enrichir des plus précieuses Indulgences. Nous citerons en particulier, outre les Archiconfréries du Cordon de saint Joseph et de son Culte Perpétuel, celles de Beauvais, d’Angers, de Paris, de Nevers, de Lourdoueix, en faveur des jeunes étudiants et de leurs familles ; de Lyon et de Toulouse, pour la bonne mort, et leurs nombreuses affiliations partout disséminées.

« Saint François de Sales, rapporte le pieux Abelly, conseillait aux personnes qui le consultaient d’entrer dans toutes les Confréries des lieux où elles se trouveraient, afin de participer à toutes les bonnes œuvres qui s’y font. Il les rassurait sur la fausse crainte qu’elles avaient de pêcher, si elles n’accomplissaient pas certaines pratiques qui sont plutôt recommandées que commandées par les statuts de ces Confréries. Ce que l’on recommande aux Confréries n’est que de conseil, et non de précepte. Il y a des Indulgences pour ceux qui le font, que manquent de gagner ceux qui ne le font pas, mais manquement tout à fait exempt de péché. Il y a beaucoup à gagner et rien à perdre. Il s’étonnait que si peu de personnes s’y engageassent. li ajoutait que deux sortes de personnes en étaient cause : les unes par scrupule, craignant de s’imposer un joug qu’elles ne pourraient porter ; les autres par défaut de religion, traitant d’hypocrites ceux qui s’y engagent ».

 

Prière pour notre Saint Père le Pape

 

Glorieux saint Joseph, que notre bien-aimé Pontife Pie IX vient de proclamer Patron de l’Eglise universelle, ne vous montrerez-vous point aussi son Patron particulier à lui-même ? N’est-il donc point le Pontife annoncé par les oracles des Saints, et attendu par les âges passés, comme devant mettre le comble à votre gloire et aux honneurs qui vous sont si justement dus ? N'est-il donc point ce Vicaire de Jésus-Christ prédit, il y a quatre siècles, comme devant ordonner que votre Fête fût célébrée solennellement dans toute l’étendue de l’Eglise militante ? Et n’est-ce point ce qu’il vient de décréter, après avoir tant fait, durant le cours de son long pontificat, pour l’augmentation de votre gloire et la propagation de votre culte ? Et vous l’abandonneriez il la merci de ses ennemis, si nombreux et si acharnés !

Ah ! plutôt continuez de le soutenir, de le protéger, de le défendre contre les assauts de la tempête. Déployez la force de votre bras pour confondre les desseins des impies qui travaillent à sa ruine, et, quand les puissants de la terre le délaissent, soyez son soutien, son appui et son salut.

Renversez, ô Joseph, les vaines idoles que des esprits aveugles et égarés veulent mettre à la place de l'oint du Seigneur, seul docteur infaillible pour paître les agneaux et les brebis, les fidèles et les pasteurs.

Couvrez-le de votre protection sur la terre, et plaidez sa cause dans le ciel auprès de Jésus, votre Fils, dont il est le si digne représentant et l’auguste Vicaire ici-bas.

Enfin, défendez-le de la violence des uns et de l’hypocrisie des autres, afin que, recevant de plus en plus le don de sagesse et de force, il continue, à la grande admiration du ciel et de la terre, de diriger la barque de Pierre au milieu des orages et des tempêtes que nous traversons.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

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28 mars 2019

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Vingt-neuvième jour

Jésus au milieu des Docteurs

 

La Sainte Famille, rentrée a Nazareth, ne s’occupe plus qu’à chercher en toutes choses l’accomplissement pur et simple de la divine volonté par la pratique de cette vertu de subordination et d'obéissance qui doit faire, à le bien prendre, notre bonheur et notre salut à tous,dans quelque situation que nous nous trouvions. Tous, en effet, obéissaient à Nazareth : Joseph, qui seul avait la mission de commander, obéissait à Jésus et à Marie, dont il prévenait jusqu‘aux moindres désirs ; Marie obéissait à Joseph, son époux et le chef de la Sainte Famille, et à Jésus, dont la volonté était la règle de sa propre volonté ; Jésus obéissait à l’un et à l’autre, puisque toute l’histoire de ces trente premières années de sa vie se résume dans ces mots : « Et il leur était soumis ». Tous trois enfin obéissaient à Dieu, parce que leur volonté était en tous points conforme à la sienne. Notre Seigneur nous en donne un exemple, en se rendant tous les ans, dès sa première enfance, à Jérusalem, selon les prescriptions de la loi. L’Evangile ne nous cite que le voyage qu’il y fit à l’âge de douze ans, et dans lequel il enseigna les Docteurs a-vec une sagesse et une science qu‘ils ne purent s’expliquer, traitant avec eux de toutes les sciences dites humaines. Ce qui ne doit pas nous étonner, parce qu’il veut nous apprendre que non-seulement aucune n’est étrangère à la Religion, de même que la Religion n’est étrangère à aucune, mais encore que toutes viennent de Dieu et doivent nous conduire à Dieu.

Notre Seigneur avait huit ans quand il se rendit pour la première fois à Jérusalem, à l’occasion de la Fête de Pâques. Il continua à y aller les années suivantes. Dès ces premiers voyages, il excite l’attention des amis chez lesquels descendaient ses parents, ainsi que celle des prêtres et des docteurs. L’on parlait souvent à Jérusalem de la piété extraordinaire et de l’intelligence merveilleuse du fils de Joseph, comme chez nous l’on remarque, dans les pèlerinages qui se font tous les ans, un enfant qui donne de grandes espérances, un jeune homme qui se distingue des autres par son bon sens ou sa piété, et c’est avec bonheur qu’on les revoit chaque année. Notre-Seigneur était donc déjà connu à Jérusalem quand il s’y rendit avec ses parents, à l’âge de douze ans, en la compagnie des autres familles de Nazareth.

Joseph et Marie, qui se joignaient ordinairement à leurs compatriotes, savaient par expérience que Jésus se tenait habituellement avec ceux de ses compagnons qui allaient à la fête. Pour cette fois, il s’était séparé de ses jeunes amis aux environs du Mont des Oliviers, et eux-mêmes avaient supposé qu’il les avait quitté pour rejoindre ses parents qui étaient restés en arrière. Cependant, se dirigeant vers la partie de la ville la plus rapprochée de Bethléem, il était entré dans l’hôtellerie où sa sainte Mère s’était arrêtée avant la Purification. Joseph et Marie supposaient donc que le Sauveur était en avant avec les jeunes Nazaréens, et ceux-ci qu’il venait derrière eux avec ses parents. Mais quand les deux petites troupes se furent réunies à Gophna, Marie et Joseph furent bien déconcertés en n’apercevant pas le Divin Enfant. Ils retournèrent immédiatement sur leurs pas, demandant partout de ses nouvelles, mais inutilement, parce qu’il n’était point allé chez les personnes qu’ils visitaient d’ordinaire, et où naturellement ils étaient allés le chercher.

Pour Jésus, il passa la nuit dans l’hôtellerie de la porte de Bethléem, dont les maîtres le connaissaient, ainsi que Joseph et Marie ; puis, se réunissant à quelques jeunes gens qu’il y avait rencontrés, il visita avec eux deux écoles différentes, l’une le premier jour, l’autre le second. Le troisième jour, il se rendit à une autre école voisine du Temple, et l’après-midi, au Temple, où ses parents le retrouvèrent. L’enseignement n’était pas le même dans ces trois écoles et dans la troisième on formait les lévites et les prêtres.

Cependant les questions et les réponses de l’Enfant Jésus avaient tellement étonné et irrité les docteurs et les rabbins de ces différentes écoles, qu’ils résolurent, le troisième jour dans l’après-midi, de le faire interroger publiquement par les docteurs les plus célèbres, afin qu’ils pussent l’embarrasser par leurs questions captieuses. Ce complot fut formé par les scribes et les docteurs, qui, s’ils avaient commencé par applaudir à la science du jeune Enfant, n’avaient pas tardé à ressentir contre lui une secrète jalousie. Il y avait dans le Temple, au milieu du portique et en avant du Saint, une grande salle ronde dans laquelle notre Seigneur enseigna souvent dans la suite : c’est là qu’on se réunit. Il s’y assit dans une grande chaire qu’il ne pouvait occuper tout entière. Autour de lui étaient un grand nombre d’anciens du peuple et de prêtres qui paraissaient furieux, tout en l’écoutant avec une grande attention. On craignait même qu’ils ne se portassent contre lui à quelque acte de violence. La partie supérieure de la chaire sur laquelle il était assis était ornée de tête bronzées, semblables à des têtes de chiens, et dont les sombres reflets inspiraient un effroi dont on ne pouvait se défendre. Il y avait des figures de ce genre sur plusieurs longues tables placées dans le Temple, non loin de cette salle, et sur lesquelles l’on voyait des offrandes. Il eût été difficile, d’ailleurs, de reconnaître un lieu consacré au service du Seigneur, dans cette grande salle où la foule se pressait confusément.

Comme, les jours précédents, le Sauveur avait souvent fait usage, dans ses réponses, de comparaisons empruntées à la nature et aux différents arts, on avait eu soin de convoquer des maîtres habiles dans les différentes sciences. Ils n’eurent rien de plus pressé que de proposer toutes sortes de questions à l’Enfant Jésus, qui leur dit que les sciences profanes ne formaient pas l’objet propre de l’enseignement du Temple ; mais que cependant il leur répondrait, parce que telle était la volonté de son Père. Ils ne comprirent pas qu’il parlait de son Père qui est dans le Ciel, et supposèrent que Joseph lui avait recommandé d’étaler devant eux tout ce qu’il avait de connaissances.

Répondant donc à leurs questions, notre Seigneur parla d’abord de la médecine, et décrivit le corps humain d’une façon qui excita l’admiration des plus savants. Il traita ensuite plusieurs points relatifs à l’astronomie, à l’architecture, à l’agriculture, à la géométrie, à l’arithmétique, à la jurisprudence, et sur si bien ramener ces différentes questions à la Loi, aux promesses, aux prophéties, aux mystères du culte et des sacrifices, que ses auditeurs, surpris et confondus, passèrent successivement de l’étonnement et de l’admiration à la fureur et à la honte. Ils s’arrêtèrent enfin à ces dernières impressions, ne pouvant supporter qu’un enfant leur apprit des choses qu'ils ignoraient, et qu’il expliquât mieux qu’ils ne pouvaient le faire les mystères de la loi.

Il y avait à peu près deux heures qu’il parlait, quand Joseph et Marie se présentèrent au Temple et s’informèrent de lui aux lévites qu’ils connaissaient. Ceux-ci leur apprirent qu’il était avec les docteurs ; mais comme ils ne pouvaient pénétrer au lieu où il était, ils prièrent les lévites de lui dire de venir. Jésus leur fit répondre qu'il devait avant tout.terminer ce qu’il avait commencé. Cette réponse contrista la sainte Vierge : c’était la première fois qu’il faisait entendre à ses parents qu‘il avait à exécuter des ordres différents des leurs. Il continue donc a parler encore pendant une heure, et quand il eut réfuté et confondu tous ses adversaires, il quitta la salle et vint rejoindre ses parents dans le parvis d'Israël et des femmes. Saint Joseph, étonné, garda un humble silence ; mais la sainte Vierge, s’approchant de Jésus, lui dit : « Mon fils, pourquoi en avez-vous agi ainsi avec nous ? Voilà que votre père et moi, vous cherchions, bien affligés et bien inquiets ». Mais Jésus lui répondit, d’un ton plein de gravité : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je m’occupe de l’oeuvre de mon père ? » Ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait, et se disposèrent à quitter Jérusalem.

Pour ceux qui les entendirent, ils semblèrent étonnés et regardèrent l’Enfant et les parents. Il y eut même à craindre un instant qu’ils ne lui fissent quelque mal, car plusieurs d’entre eux paraissaient furieux. Mais voilà qu’ils laissent la Sainte Famille traverser tranquillement la foule, qui s’ouvrit devant eux pour les laisser passer. Les réponses de l’Enfant Jésus firent une grande impression sur les docteurs de la Loi. Ils notèrent la chose comme une curiosité dont on parla beaucoup ; mais il se gardèrent bien de reproduire la scène comme elle s’était passée en réalité. « Il ne s’agissait, disaient-ils, que d’un enfant présomptueux à qui on avait donné une bonne leçon : il ne manquait pas de dispositions ; mais il était important qu’elles fussent bien cultivées ».

La Sainte Famille s’éloigna ensuite du Temple, et se réunit, non loin de la porte par laquelle ils sortirent, à un groupe formé de trois hommes, de deux femmes et de quelques enfants, qui paraissaient être de Nazareth. Ils se rendirent tous ensembles en différents lieux voisins de Jérusalem : c’est ainsi qu’ils allèrent à la montagne des Oliviers, parcoururent les massifs de verdure qui s’y trouvaient, et s’arrêtèrent en plusieurs endroits où ils prièrent, les mains croisées sur la poitrine. Ils traversèrent aussi un ruisseau sur un large pont. Ils semblaient faire une sorte de pèlerinage.

Quand la Sainte Famille fut de retour à Nazareth, l’on célébra dans la maison d’Anne une grande fête à laquelle on avait invité un certain nombre de jeunes gens, parents ou amis du Sauveur. Cette fête avait-elle lieu tous les ans au retour de la Pâque, ou bien était-elle destinée à marquer l’entrée dans l’adolescence du divin Enfant, ou bien encore avait-elle pour but de célébrer le bonheur qu’on avait eu de le retrouver ? L’on ne saurait le dire ; mais, quoi qu’il en soit, notre Seigneur en était le héros. On avait dressé au-dessus de la table des berceaux de feuillage auxquels étaient suspendues des couronnes faites d’épis et de feuilles de vigne. Les enfants avaient devant eux des grappes de raisins et de petits pains. Il y avait à cette fête trente-trois jeunes gens qui devaient tous devenir, dans la suite, disciples du Sauveur. Ce nombre se rapportait aux nombre d’années qu’il a passées sur la terre. Dans cette fête, notre Seigneur raconta à ses compagnons une belle parabole, qu’ils ne parurent pas trop comprendre, d’une noce dans laquelle l’eau devait être changée en vin, et les convives indifférents en des amis fidèles ; puis d’une autre noce dans laquelle le vin serait changé en sang et le pain en chair, pour rester aux convives, jusqu’à la fin du monde, comme une consolation, un aliment, un lien vivant d’amour.

Il dit aussi au jeune Nathanaël, son parent, qu‘il assisterait un jour à ses noces.

 

Considération

Saint joseph et le Concile du Vatican I

 

Lorsque Dieu se plaît à accomplir dans son Eglise un dessein éternel de son amour pour nous, au temps convenable fixé dans sa divine sagesse, il prépare et il dispose tous les moyens nécessaires pour atteindre son but. Il choisit des hommes dont il veut faire les coopérateurs et les instruments de son œuvre, et il charge ses Anges, ses ministres fidèles, de veiller à l’exécution de ses vues et de diriger toutes choses vers la fin qu’il se propose. C’est ce qu’il a fait tout particulièrement pour la glorification de saint Joseph par le Concile de Vatican I.

Il est visible, en effet, que l’Esprit Saint a tout dirigé ici avec une admirable sagesse divine. Son intervention est manifeste.

Au moment ou l‘idée du saint Concile était inspirée à Pie IX. des lumières célestes révélaient à deux âmes pures, en Italie, le dessein du ciel de faire proclamer saint Joseph Patron de l’Église militante. Un examen approfondi donna la confiance que ces deux âmes étaient dirigées par l’Esprit de Dieu, et l’on partit de là pour former une société d’ecclésiastiques séculiers et réguliers destinée à obtenir ce but par tous les moyens qui seraient en son pouvoir. Elle prit le nom de Société promotrice du Culte de saint Joseph, et s’établit d’abord à Ferrare ; d’où elle s’est étendue avec rapidité en tous lieux. Et du sein de toutes les nations catholiques, en France, en Espagne , en Autriche, en Belgique, au Canada, des vœux s’exprimèrent avec un caractère d’enthousiasme et d’unanimité, qui ne saurait être comparé qu’à celui que le monde entier montra pour obtenir la définition dogmatique de l‘Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie.

Vers le mois de juin 1869, deux prêtres de. Ferrare, l’un religieux et l‘autre séculier, se firent présenter par le Révérendissime Père Général de l’Ordre séraphique de Saint François d’Assise au Souverain Pontife, qui leur répondit par ces étranges paroles, tenant à la fois de l’encouragement et de la prophétie : « Il paraît que Saint Joseph va devenir grand dans la sainte Eglise : Pare che san Guiseppe e par diventare un pezzo grasso nella santa Chiesa ».

Paroles qui étaient bien propres à soutenir et à exciter le zèle de la pieuse société fondée pour obtenir la glorification de Saint Joseph. C’est ce qui la détermina à faire imprimer, en vue d’exposer son but et les raisons propres à produire la conviction dans tous les cœurs, le petit opuscule : « Ad Patres Vaticanos », et à faire auprès de ces Pères du Vatican toutes les démarches nécessaires et utiles pour arriver à ses fins. C'est ce qui la détermine encore à faire rédiger par le Révérend Père Marchesi, un des consulteurs éminents de la Congrégation des Rites, son Postulatum, qui obtint tout d’abord la signature de deux cent seize Pères, parmi lesquels figuraient les noms les plus célèbres du Concile. Vingt-deux des membres de la Commission de la Foi eurent à cœur de le signer.

À ce chiffre si considérable il faut ajouter ceux qui avaient donné leur nom à deux autres Postulata déjà émis. Les Ordres religieux désiraient si vivement la glorification de Saint Joseph, que les vingt-deux Généraux qui avaient droit de vote au Concile avaient résolu de rédiger un Postulatum en leur nom et au nom des membres de leurs familles religieuses. Proposé par les soins du Révérendissime Général des Franciscains, qui prit l’initiative, il n’y eut qu’un cœur pour souscrire, et le Postulatum obtint l’adhésion de tous les Ordres religieux.

En même temps que les Ordres religieux rédigeaient leur Postulatum, le pieux directeur de l’Archiconfrérie de Saint Joseph de Beauvais, tant au nom de son Archiconfrérie qu’en celui de ses nombreuses affiliations, recueillait à Rome les signatures des Pères pour faire proclamer le grand patriarche Saint Joseph Patron de l’Eglise universelle. Il obtint environ cent quinze adhésions.

De leur côté, les Evêques italiens, français, espagnols, irlandais, et autres, s’occupaient aussi de la rédaction d’autres Postulata dans le même but d’obtenir que le glorieux Saint Joseph fût déclaré Patron de l’Eglise universelle.

Et que demandaient donc ces divers Postulata, auxquels il faudrait en ajouter beaucoup d’autres émanés de plusieurs Evêques en particulier, de différents diocèses, et des nombreuses Confréries et Associations en l’honneur du saint Patriarche ? Plusieurs ne demandaient que plus de solennité dans la célébration de ses Fêtes ; mais la plupart, d’accord avec le Postulatum de Ferrare, et considérant que « le bienheureux Joseph, par une providence spéciale de Dieu, a été jugé digne d'être choisi parmi tous les hommes comme Epoux de la Vierge, Mère de Dieu, et Père du Verbe incarné, non par voie de génération, mais par affection, par adoption, et par les droits sacrés de son mariage... » demandaient :

« 1° Que le Bienheureux Joseph, c’est-à-dire le Père de Jésus-Christ, ayant obtenu la grâce d’être supérieur à toutes les créatures, comme celle d’avoir un nom au-dessus de tous les noms, soit admis à recevoir, par l’organe de la sacrée Congrégation des Rites, dans l’Eglise catholique et dans la sainte liturgie, un culte public de dulie au-dessus, après celui de la très Sainte Vierge, de tous les autres habitants du ciel ;

2° Que Saint Joseph, à qui Dieu a confié la garde de la sainte Famille, soit établi Patron principal, après la bienheureuse Vierge Marie, de l’Eglise universelle ».

Cependant, Pie IX, qui avait aussi à cœur la glorification de l’incomparable Epoux de Marie, avait, antérieurement même à la réunion du Concile, chargé la sacrée Congrégation des Rites de faire émettre un Votum sur cette affaire. Et ce Votum fut élaboré par le pieux et savant Père Marchesi avec une science et une logique qui ne laissaient plus de place à la moindre contestation sur la prééminence, les grandeurs et la puissance d’intercession de Saint Joseph.

C’est sur ces entrefaites que le saint Concile s’est séparé, après avoir été ajourné par le grand Pontife, à qui il semble avoir laissé le soin de promulguer lui-même, dans son infaillibilité, le décret si ardemment désiré.

Ce qu’il a fait, du reste, aux applaudissements des pieux serviteurs de saint Joseph, et à la grande joie de tous les fidèles du monde catholique.

 

Pratique

Pèlerinages

 

La dévotion des pèlerinages est très ancienne dans le monde ; elle tient a un sentiment naturel à l’homme. Tous les peuples ont eu des lieux consacrés, où ils se sont fait un devoir de se rendre peur se pénétrer plus vivement des bienfaits de la Divinité, en visitant les sites qu’ils ont cru sanctifiés par sa présence ou par ses miracles. Personne ne l’ignore, les prodiges de tout genre abondent dans les sanctuaires de pèlerinage. Les guérisons miraculeuses. les soulagements vainement cherchés ailleurs, les conversions inespérées, les grâces d‘élite obtenues, consacrent, a travers les âges, cette forme de dévotion qui accueille et comprend toutes les autres, puisque toutes y sont pratiquées, sinon avec pompe, du moins avec amour.

Les pèlerinages, quand ils sont faits avec foi et piété, produisent toujours d’excellents fruits. Peu de personnes, il est Vrai, peuvent faire des voyages lointains, mais il n’en est point qui ne puissent se rendre quelquefois a ces lieux de dévotion disséminés, pour ainsi dire, dans toutes les contrées, et Où Dieu se plaît à signaler sa puissance par des grâces insignes.

À mesure que le culte de saint Joseph s’établit et se développe, des pèlerinages aussi s’établissent en son honneur, et Dieu témoigne par les plus éclatants prodiges combien il a pour agréables ces hommages rendus au saint Epoux de Marie. Voulons-nous donc solliciter quelque faveur du ciel, allons en pèlerinage aux sanctuaires consacrés à Marie, le secours des chrétiens ; puis à ceux de Joseph, l’autre dispensateur des biens de la maison de Dieu. Aujourd’hui surtout, il y a de ces sanctuaires dans toutes les contrées, et nous citerons en particulier Saint Joseph des Champs, près Laval ; Saint Joseph du Chêne, au diocèse d’Angers ; et ceux du Buisson et de la Pérusse, aux diocèses de Séez et de Digne. Mais nous pouvons aussi nous faire des lieux de pèlerinage des églises, des chapelles, des autels où nous savons que saint Joseph est plus honoré.

N’oublions pas, d’ailleurs, que la meilleure manière de faire ces pèlerinages est de s’y préparer par la componction du coeur, et de les sanctifier par la réception des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie.

 

Prière pour l'Église

 

Bienheureux Joseph, auguste Chef de la Sainte Famille, Protecteur dévoué de l’Eglise naissante, que vous avez sauvée des fureurs et de l’hypocrisie du cruel Hérode, du haut du ciel où vous jouissez d’un crédit tout puissant auprès de Jésus, votre Fils et de la Reine des Vierges, votre Epouse immaculée, assistez encore cette sainte Eglise dans les jours si mauvais que nous traversons. Bien qu’elle n’ait rien à redouter pour son immortelle existence des puissances de l’enfer, la tempête qui s’est déchaînée contre elle n’en est pas moins tellement effrayante que les âges passés n’ont rien vu de semblable. Humainement parlant, il semble qu’elle doive disparaître de ce monde, parce qu’il n’y a plus de place pour elle au soleil d’ici-bas.

Mais, ô Joseph, si le sol s’effondre sous ses pieds, et si tous les appuis humains lui font défaut, n’est-ce point le temps où les appuis divins doivent se montrer ? N’est-ce point le moment de faire voir que ce n’est point en vain que le saint Pontife qui la gouverne vous a proclamé Patron de l’Église Catholique, et qu’infaillible avant le temps de la proclamation solennelle de son infaillibilité, il nous avait déjà dit ces consolantes paroles : « Les soutiens de l’Eglise naissante, Marie et Joseph, reprennent dans les cœurs la place qu’ils n’auraient jamais dû perdre. Encore une fois, le monde sera sauvé ». Ces paroles, tout puissant Protecteur de l’Eglise, engagent votre honneur de Père de Jésus et des hommes, et vous ne pouvez pas être plus longtemps sans venir la secourir dans sa détresse. Hâtez-vous donc de lui obtenir des jours meilleurs, afin que nous puissions tous, au sein de cette Eglise, vous adresser nos actions de grâces sur la terre, jusqu’à ce que nous allions vous les offrir éternellement dans les cieux. Ainsi soit-il.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

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27 mars 2019

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Vingt-huitième jour

Retour d’Égypte

 

Hérode était mort depuis assez longtemps, mais la Sainte Famille ne pouvait encore revenir en Judée, parce qu'il y avait toujours du danger. Cependant le séjour de l’Égypte devenait de plus en plus pénible pour Saint Joseph. Les gens du pays pratiquaient un horrible culte idolâtrique : ils sacrifiaient des enfants mal venus, et ceux qui en sacrifiaient de bien conformés croyaient faire preuve d’une grande piété. Ils avaient en outre un culte secret, plein d’impuretés ; les Juifs mêmes du pays étaient infectés de ces abominations. Ils avaient un temple qu‘ils disaient être comme celui de Salomon mais c’était une vanterie ridicule, car il était tout différent. Ils avaient une imitation de l’Arche d’alliance, dans laquelle étaient des figures obscènes, et ils se livraient à de détestables pratiques.

Ils ne chantaient plus de psaumes. À l’école de Mataréa, Saint Joseph rétablit un ordre parfait. Le prêtre égyptien qui, lors de la chute des idoles dans la petite ville voisine d’Héliopolis, avait pris la défense de la Sainte Famille, était venu s’établir là avec plusieurs personnes et s’était réuni à la petite communauté juive.

Un jour que saint Joseph, occupé de son travail de charpentier, allait le cesser à l’heure ordinaire, il parut très triste, car on ne lui payait pas son salaire, et il n’avait rien à rapporter à la maison, où cependant l’on manquait de tout. Accablé de soucis, il s’agenouilla en plein air, exposa a Dieu sa détresse et le pria de venir à son secours. La nuit suivante, un Ange lui apparut en songe et lui dit que ceux qui en voulaient à la vie de l’Enfant étant morts, il devait se lever et faire ses dispositions pour retourner dans sa patrie par la mute la plus fréquentée. Il l’exhortait à ne rien craindre, parce qu’il serait à ses côtés. Saint Joseph s’empressa de faire connaître cet ordre de Dieu à la sainte Vierge et à l’Enfant-Jésus. Ils obéirent aussitôt et firent leurs préparatifs de voyage avec la même promptitude qu’ils les avaient faits lorsqu’ils avaient reçu l’ordre de s’enfuir en Égypte.

Le lendemain matin, quand on connut leur projet, beaucoup de gens, très attristés de leur départ, vinrent leur faire leurs adieux, et leur apportèrent des présents de toute espèce dans de petits vases d‘osier et d’écorce. Ces bonnes gens étaient sincèrement affligés. Il y avait parmi eux quelques Juifs, mais la plupart étaient des païens convertis. Les Israélites établis dans ce pays étaient, pour la plupart, tellement tombés dans l’idolâtrie, qu’ils n’étaient presque plus reconnaissables. Il y eut cependant des gens qui virent avec joie le départ de la Sainte Famille, car ils les regardaient comme des magiciens, qui avaient à leur service les plus puissants d’entre les mauvais esprits.

Parmi les braves gens qui leur apportèrent des présents, l’on remarqua des mères avec leurs enfants qui avaient été les compagnons de Jésus, et spécialement une femme de distinction de la ville, ayant avec elle un petit garçon, qu’elle avait coutume d’appeler le fils de Marie. Cette femme avait longtemps désiré en vain d’avoir des enfants, et c’était à la prière de la sainte Vierge que Dieu lui avait accordé ce petit garçon. Elle, s’appelait Mira, et son fils Déodatus. Elle donna, de l’argent à l’Enfant Jésus : c’étaient de petites pièces triangulaires, jaunes, blanches et brunes. Jésus, en les recevant regarda sa mère.

Quand, saint Joseph eut chargé sur l’âne leurs effets les plus nécessaires, ils se mirent en route, accompagnés de tous leurs amis. C’était le même âne que Marie avait monté en allant à Bethléem. Pour la fuite en Egypte, ils avaient emmené en outre une ânesse ; mais Joseph l’avait vendue dans au moment de détresse.

Ils passèrent entre Héliopolis et le village juif, et se détournèrent un peu au midi vers la source qui avait jailli a la prière de Marie avant leur première arrivée à Héliopolis ou On. Tout, dans ce lieu, s’était recouvert d’une belle verdure. L’eau de la source coulait autour d’un jardin carré, bordé de baumiers. Ce lieu, dont on remarquait l’entrée, était passablement grand. Il était plein de jeunes arbres fruitiers, de dattiers, de sycomores et autres, et les baumiers étaient déjà presque aussi grands que des ceps de vigne de moyenne taille. Joseph avait fait de petits vases d’écorce d’arbre, enduits de poix à certaines places, et du reste bien polis et d‘une forme élégante. Souvent, quand ils s’arrêtaient dans leurs voyages, il faisait de semblables vases destinés à différents usages. Il arracha aux petites branches rougeâtres des baumiers leurs feuilles, semblables à des feuilles de trèfle ; il y suspendit de ces petits vases d’écorce pour recueillir le baume qui en découlait, et ils l‘emportèrent avec eux pour le voyage. Ils passèrent encore quelques heures en cet endroit après que ceux qui les avaient accompagnés leur eurent fait leurs adieux vraiment touchants. La sainte Vierge lava et fit sécher quelques effets. Ils se reposèrent au bord de l’eau et remplirent leur outre ; puis ils continuèrent leur voyage par la route la plus fréquentée.

Le voyage s’accomplit sans qu’ils aient jamais été exposés au moindre danger. Jésus, Marie et Joseph avaient sur la tête, pour se garantir du soleil, un léger chapeau d’écorce très mince, assujetti sous le menton avec un mouchoir. Jésus avait sa petite robe brune et des chaussures d’écorce que Joseph lui avait fabriquées : elles couvraient les pieds à moitié. Marie n’avait que des sandales. Ils furent souvent inquiets parce que l’Enfant Jésus avait peine à marcher dans le sable brûlant. Plusieurs fois ils s’arrêtèrent et ôtèrent le sable de ses chaussures. Ils le faisaient fréquemment monter sur l‘âne pour le soulager.

Ils traversèrent plusieurs villes et passèrent près de quelques autres. L’une d’elles s’appelait Ramessès. Ils passèrent aussi un cours d’eau qu’ils avaient. dû traverser en arrivant, et qui va de la mer Rouge au Nil.

Joseph ne désirait pas revenir à Nazareth, mais s’établir à Bethléem, sa patrie. Cependant il était indécis, parce qu’il avait appris dans la terre promise que la Judée était gouvernée par Archélaüs, qui était aussi très cruel.

La sainte Famille, arrivée à Gaza, y séjourna trois mois. Beaucoup de païens habitaient cette ville. Un Ange apparut de nouveau a saint Joseph, et lui ordonna de retourner à Nazareth, ce qu’il fit aussitôt. Anne vivait encore, et elle avait eu plusieurs fois des nouvelles de la Sainte Famille depuis son départ, ainsi que quelques-uns de leurs parents.

Le retour d’Egypte eut lieu en septembre. Jésus était âgé de huit ans moins trois semaines.

 

Considération

Saint Joseph d’après M. Louis Veuillot

 

C’est donc par le grand Publiciste que nous allons terminer la chaîne, trop courte à notre gré, des éloquents témoignages que nous avons eu à cœur de reproduire à la gloire de saint Joseph. À la suite des Saints, des Docteurs, et de ceux qui ont qualité pour enseigner dans l’Église, nous en avons appelé à la magistrature et a la politique. C’est bien le moins que nous en appelions également à la presse, cette grande corruptrice du monde, pour qu’elle vienne, dans sa partie saine, et dans la personne de Monsieur Louis Veuillot, déposer son tribut d’hommages aux pieds du Père nourricier de Jésus.

Et qu’elles sont bonnes à lire, les pages que lui a consacrées, dans sa Vie de Notre Seigneur, l’éminent polémiste, qui est vraiment un lion, toujours rageur, nous voulons bien écrire le mot, quelquefois même furieux, lorsqu’il s’agit d’avoir raison du parti pris, de la mauvaise foi, de la méchanceté pure, pour ne pas dire davantage, des ennemis de Dieu et de son Christ, de son Église, de tout ce qu’il y a de saint et de vénérable ici-bas ; mais devenant doux agneau, à la voix pleine de charme et de mansuétude, quand il s’agit de glorifier. Dieu et ses Saints, le Christ et l’Evangile, l’Eglise et ses institutions, les personnes et les choses qui lui appartiennent !

Ce n’est pourtant pas tout d‘abord que l’illustre écrivain a rendu hommage à saint Joseph, qu’il avait un peu oublié dans les premières éditions de son admirable Vie de Notre Seigneur Jésus-Christ ; et c'est par suite des reproches que lui a faits sa conscience chrétienne qu’il en a parlé dans les dernières éditions. Nous aimons ces saints remords, qui sont le partage des nobles âmes, et nous voyons là la conduite de la Providence a l’égard de saint Joseph et de ses pieux serviteurs. Même pour les intelligences supérieures, elle commence par le laisser en quelque sorte dans l’ombre, et ce n’est que par la suite qu’elle le fait resplendir à leurs yeux devenus plus Clairvoyants. Comme si Dieu voulait nous faire comprendre que leurs sentiments pour le grand Saint sont moins l’effet d’un enthousiasme plus ou moins irréfléchi que le résultat d’une conviction sérieuse et approfondie.

Voyons maintenant ces pages non moins admirables que toutes celles que nous avons citées jusqu‘à présent :

« Quand Marie, dit-il, est de retour à Nazareth, un autre personnage se montre ; c’est Joseph, ouvrage non moins merveilleux de la grâce de Jésus.

L'Evangile n’a qu’un mot à sa louange : « Il était juste ». La charge dont il est honoré et la manière dont il la remplit font comprendre l’abondance de cette justice.

Il reçut de Dieu à l’égard de Marie et de Jésus l’affection, la vigilance, et l’autorité de l’époux et du père.

Il est fait sur le modèle de Marie : comme elle, fils de David, vierge comme elle, humble comme elle, et comme elle obéissant, plein de prudence et de courage.

Il ressemble au patriarche Joseph, en le dépassant autant par la perfection de ses mérites que par le caractère de sa mission. Non-seulement instruit, mais inspiré et dirigé de Dieu, Joseph, fils de Jacob, réserve le froment nécessaire pour lui et pour le peuple ; Joseph, époux de Marie, reçoit le pain vivant et le garde pour lui et tout le genre humain.

Il lui est dit : « Prends l’enfant », comme si Dieu lui adressait la parole que le Prophète adresse à Dieu lui-même : « À toi le soin du pauvre ».

Joseph est le type des Apôtres qui porteront le Christ dans tout l’univers. Ainsi s’expriment Saint Jean Damascène, Saint Bernard, Saint Hilaire de Poitiers et d’autres Pères et Docteurs.

Un grand serviteur de Dieu qui a vécu de nos jours, pénètre plus avant de ce beau mystère. Lorsque Joseph, après Marie s’approche pour adorer Jésus à la Crèche, c’est dit le Père Faber, l’ombre du Père éternel qui s’arrête au dessus de la l’enfant, et la naissance temporelle du Fils de Dieu se, complète par cette figure de la nativité sans commencement et sans fin. Joseph était, en face de Jésus, visiblement à la place du Père éternel. L’âme humaine de Jésus l’a regardé non seulement avec l’amour le plus tendre, mais encore avec un respect profond et une soumission ineffable. C’est pourquoi devant l’humble et doux Joseph, le respect surtout nous domine, à cause de cette ombre d’identité avec le Père.

Nous ne pouvons décrire sa sainteté, parce que nous manquons de terme de comparaison. Cette sainteté, plus élevée que celle des autres saints, est encore d’un genre différent.

Joseph a été une apparition dans le monde, une apparition du Père non engendré et éternel.

Il est doux et clément, il est pauvre et obscur ; il est passif et docile, et il est en même temps la forteresse inexpugnable où s’abritent l’honneur de Marie et la vie de Jésus.

Caché comme Dieu, plein d’une tranquillité divine, juste d’une justice tempérée par la miséricorde comme celle de Dieu.

Il communique avec Dieu pendant son sommeil, comme si le sommeil n’était que le repos mystique de la contemplation.

Le premier, après Marie, il adora Jésus, et l’Enfant le sanctifia de nouveau. en l’élevant à une sphère plus éminente de sainteté, afin qu’il pût être le supérieur officiel de son Dieu.

Qui peindra ce moment de la Crèche, lorsque Jésus naissant contemple pour la première fois de ses yeux humains le visage de Marie ? Qui dira la joie et le respect de ses regards tournés vers Saint Joseph, l’homme choisi pour être appelé son père ? Qui méritera cette gloire, qui méritera de vivre plus qu’aucun autre dans son intimité, et qui enfin, nous le pouvons penser, l’aimera le plus ?

Jésus, Marie, Joseph ! Trois royaumes de Dieu dont Dieu était le seul roi. Trois créations et le Créateur était une de ces créations ; trois, et cependant unité merveilleuse par l'amour : Trinité terrestre ».

 

Pratique

Vœux à saint Joseph

 

Qu’est-ce d’abord qu’un vœu ? Un vœu est une promesse que l’on fait à Dieu et par laquelle on s’engage, sans y être obligé, à quelque chose qu’on croit lui être agréable. Dieu a agréé les vœux des hommes sous la loi de nature, sous la loi de Moïse, et sous la loi évangélique. Le vœu, en effet, est un acte d’adoration et un hommage que nous rendons au souverain domaine de Dieu sur nous, en reconnaissant que c’est de lui seul que nous pouvons tenir ce que nous désirons ; et pour le toucher davantage, nous nous engageons à quelque œuvre qui lui soit plus agréable. L’on ne peut donc faire de vœux qu’à Dieu, mais on peut les faire à Dieu en l’honneur des Saints ; et Dieu a tellement pour agréables ces vœux qu’on lui fait en l’honneur des Saints, qu’il les exauce plus souvent, on dirait, que ceux qu’on lui adresse directement à lui-même. Nous en avons la preuve dans tous ces ex-voto que nous voyons appendus aux autels des Saints, et surtout de la sainte Vierge et de saint Joseph, ainsi que dans toutes ces tablettes commémoratives des grâces obtenues par leur intercession, qui garnissent les murs de leurs chapelles et sanctuaires.

Nous ne sommes nullement forcés de faire ces vœux ; mais une fois qu’ils sont formulés et articulés, nous devons les tenir, à l’imitation du pieux matelot qui fait son vœu au moment du danger, mais qui l’accomplit lorsqu’il a touché la terre.

N’oublions pas, d’ailleurs, que convenablement la matière de notre vœu doit être en rapport avec notre position sociale, notre fortune et la grâce que nous désirons obtenir. Il aurait autrement quelque chose de dérisoire et indiquerait une parcimonie qui ne serait guère capable de toucher le coeur de Dieu.

Mais il y a des personnes qui craignent de trop s’engager en faisant des vœux. La chose est pourtant bien simple. Comme la plupart des vœux sont conditionnels, votre promesse vous engagera, si vous obtenez, et ne vous engagera pas, si vous n’obtenez pas.

Quant aux ex-voto, qui consistent le plus souvent dans des tablettes commémoratives du bienfait obtenu, n’hésitez pas à les déposer au plus tôt, surtout si vous les avez eux dans la pensée en formulant votre vœu.

 

Prière pour la France

 

Grand Saint Joseph, illustre Patron de l’Église universelle, ne prendrez-vous point également sous votre protection la nation qu’on appelle la plus belle portion de cette Eglise, la France, notre bien-aimée patrie, et qui doit être aussi votre terre de prédilection ? Puisqu’elle est la nation préférée de Dieu, bénie de Jésus, aimée de Marie, ne doit-elle pas être aussi votre nation privilégiée ? Le royaume de Marie n’est-il pas aussi par suite le royaume de Joseph ?

Et d’ailleurs, n’a-t-on pas dit avec raison que par-dessus toutes les autres Eglises du monde Catholique, l’Église de France vous a toujours rendu le plus d’honneurs dans les temps passés, comme elle vous en rend encore dans le temps présent ? Et aujourd’hui que le grand mouvement vers vous s’est prononcé, la France n’y est-elle pas entrée à pleines voiles pour le provoquer, le diriger et le pousser à ses derniers développements ? Aussi, si l’on a dit que, dans les temps anciens, en récompense de sa dévotion envers vous, une Vierge libératrice lui fut envoyée pour l’arracher à la domination étrangère, qu’en récompense de sa dévotion actuelle, elle soit encore délivrée de ses ennemis du dehors et de ses ennemis plus acharnés du dedans, afin que, rendue à elle-même et à ses instincts chrétiens, elle puisse accomplir les plus nobles destinées que le Seigneur lui a faites.

Nous mettons donc de nouveau toute notre confiance en vous, ô bon Saint Joseph, et nous espérons bien que cette confiance ne sera pas confondue. Vous sauverez l’Église, et avec l’Église, notre France et votre France. Vous verrez nos nécessités, vous entendrez nos prières et vous nous obtiendrez ces jours de paix et de vraie liberté qui nous manquent, ces jours meilleurs dont nous avons tant besoin.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

 

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26 mars 2019

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Vingt-septième jour

Mataréa

 

Après un séjour d’à peu près dix-huit mois, Jésus ayant environ deux ans, la Sainte Famille quitta Héliopolis par suite du manque d’ouvrage et de beaucoup de persécutions. Ils se dirigèrent au midi, vers Memphis. Comme ils passaient par une petite ville peu éloignée d’Héliopolis, et qu’ils se reposaient dans le vestibule d’un temple d’idoles, l’idole tomba et se brisa. Elle avait une tête de bœuf, avec trois cornes, et dans le corps plusieurs ouvertures dans lesquelles on déposait et on brûlait les victimes. Il s’ensuivit un grand tumulte parmi les prêtres idolâtres, qui arrêtèrent la Sainte Famille et la menacèrent. Mais l’un d‘entre eux représenta aux autres qu’il valait mieux se recommander au Dieu de ces gens, et rappela les fléaux qui avaient frappé leurs ancêtres lorsqu’ils avaient persécuté le peuple auquel-ceux-ci appartenaient, notamment la mort des premiers-nés de chaque famille dans la nuit qui avait précédé la sortie de ce peuple. Sur ces observations, on laissa aller la Sainte Famille sans lui faire de mal.

Ils allèrent alors jusqu’à Troya, endroit situé sur la rive orientale du Nil, en face de Memphis. C’était un bourg considérable, Où il y avait beaucoup de boue. Ils avaient l'idée de s’y fixer, mais on ne les reçut nulle part. On refusa même de leur donner de l’eau à boire et quelques dattes qu’ils demandaient. Memphis était située sur l’autre rive du Nil. Le fleuve était large en cet endroit, et il y avait quelques îles. Une partie de la ville était aussi de ce côté du Nil. Il s’y trouvait du temps de Pharaon un grand palais avec des jardins et une haute tour, sur laquelle montait souvent la fille de Pharaon. On y voyait aussi la place où Moïse enfant avait été trouvé au milieu des roseaux. Memphis formait comme trois villes des deux côtés du Nil, et il semblait que Babylone, une ville placée sur la rive orientale, plus en aval du fleuve, en fit aussi partie. Du reste, à l’époque de Pharaon, la contrée du Nil entre Héliopolis, Babylone et Memphis, était tellement couverte de hautes dignes de pierres, de canaux et d’édifices voisins les uns des autres, que tout cet ensemble ne paraissait faire qu’une seule ville. Au temps de la Sainte Famille, ces mêmes villes étaient isolées et même séparées par des ruines immenses.

De Troya, les saints exilés revinrent au nord, en descendant le cours du fleuve, dans la direction de Babylone, qui était dépeuplée, mal bâtie et fangeuse. Ils la contournèrent, passèrent entre le Nil et la ville, et firent un peu de chemin dans la direction opposée à celle qu’ils avaient d’abord prise. Ils suivirent, en descendant le Nil, une chaussée sur laquelle Jésus passa plus tard lorsqu’il alla en Arabie et en Egypte après la résurrection de Lazare, avant de rejoindre ses disciples à Sichar, près du puits de Jacob.

Ils firent environ deux lieues le long du Nil. La route était bordée çà et là de bâtisses en ruines. Il leur fallut traverser encore un canal et un petit bras du fleuve, et ils arrivèrent à un endroit qui plus tard s’appela Mataréa. Il était voisin d’Héliopolis. Cet endroit, situé sur une langue de terre, en sorte que l’eau le bordait de deux côtés, était assez dépeuplé ; les habitations y étaient très dispersées et mal bâties ; elles étaient faites avec du bois de dattier et du limon desséché, et couvertes en roseaux. Joseph y trouva de l’ouvrage. Il bâtit des maisons plus solides en branches entrelacées, et construisit au-dessus des galeries où l’on pouvait se promener.

Ils se logèrent en cet endroit sous une voûte sombre, dans un lieu isolé, à peu de distance de la porte par laquelle ils étaient entrés. Joseph disposa en outre une construction légère en avant de cette voûte. Ici aussi une idole, qui était dans un petit temple, tomba à leur arrivée, et plus tard toutes les idoles de l’endroit. Ce fut encore un prêtre qui calma le peuple en rappelant le souvenir des plaies d’Egypte. Plus tard, quand une petite communauté de Juifs et de païens convertis se fut rassemblée autour d’eux, les prêtres leur abandonnèrent le petit temple dont l‘idole était tombée à leur entrée, et Saint Joseph en fit une synagogue. Il devint comme le père de la communauté et leur apprit à chanter régulièrement les psaumes, car ils avaient oublié en grande partie le culte de leurs pères.

Il y avait là quelques Juifs très pauvres, vivant dans des fosses et des trous creusés dans la terre. Dans le village juif situé entre On et le Nil demeuraient, au contraire, beaucoup d’Israélites qui avaient un temple à eux, mais qui étaient tombés dans l’idolâtrie : ils avaient un veau d’or, une figure avec une tête de bœuf, et à l’entour de petites figures d‘animaux ressemblant à des putois, avec de petits baldaquins au-dessus. Ce sont des animaux qui défendent l’homme contre les crocodiles, des ichneumons.

Ils avaient aussi une imitation de l’Arche d'alliance, dans laquelle étaient d’affreuses choses. Ils pratiquaient un culte abominable, qu’ils exerçaient en se livrant à toutes sortes d’impuretés dans un passage souterrain, croyant amener par là la venue du Messie. Ils étaient très endurcis et ne voulaient pas entendre parler d’amendement. Plus tard, plusieurs d’entre eux vinrent ici de cet endroit, qui était éloigné de deux lieues au plus. Ils ne pouvaient pas venir directement, a cause des canaux et des chaussées, mais il leur fallait faire un détour autour d‘Héliopolis.

Ces Juifs du pays de Gessen avaient déjà fait connaissance avec la Sainte Famille lorsqu’elle était à On, et Marie faisait pour eux tentes sortes d’ouvrages de femme, comme du tricot et des broderies. Elle ne voulait pas faire des choses inutiles et des objets de luxe, mais seulement des choses d'un usage habituel et des habits qu’on mettait pour prier. Lorsque certaines femmes lui commandaient des ornements a la mode pour satisfaire leur vanité, Marie les refusait, quelque besoin qu’elle eût d’avoir de l’ouvrage, et malgré les injures qu’elles pouvaient lui dire.

Au commencement, la position des fugitifs fut pénible à Mataréa. Il n’y avait là ni bois ni eau potable. Les habitants brûlaient de l’herbe. desséchée ou des roseaux. La sainte Famille ne mangeait la plupart du temps que des aliments froids. Joseph trouva du travail ; il mit les cabanes en meilleur état. Seulement les gens du pays le traitaient presque comme un esclave ; ils lui donnaient ce qu’ils voulaient ; quelques fois il recevait un salaire pour son travail, quelquefois il ne recevait rien. Les habitants étaient très peu industrieux dans la construction de leurs cabanes. Il n’y avait pas de bois en cet endroit, sauf quelques souches que l’on rencontrait çà et là ; mais ils n’avaient pas d’instruments pour les façonner. La plupart n’avaient que des couteaux de pierre ou d’os. Ils gagnaient leur vie à extraire de la tourbe. Joseph avait apporté, lui, les plus indispensables de ses outils.

La sainte Famille s’installa bientôt assez bien. Joseph divise son habitation en compartiments à l’aide de cloisons en clayonnage ; il disposa un foyer et fabriqua des escabeaux et de petites tables. Les gens du lieu prenaient leur repas par terre.

La Sainte Famille vécut là plusieurs années, dans cette habitation ainsi disposée. Dans le mur de la voûte où Marie prenait son repos, Joseph avait pratiqué une cavité où était le lit de Jésus. Marie dormait a côté, et priait souvent la nuit à genoux devant la couche de l’Enfant. Joseph dormait dans un autre endroit.

Il y avait aussi un oratoire disposé par Saint Joseph dans l’habitation. Il était dans un couloir séparé. Joseph et la sainte Vierge y avaient leurs places distinctes ; il y avait aussi pour l’Enfant Jésus un petit coin où il priait debout, assis ou agenouillé. La sainte Vierge avait une espèce de petit autel devant lequel elle priait : c’était une sorte de table couverte en blanc et en rouge ; on la tirait comme d'un compartiment pratiqué dans le mur et qui pouvait se fermer. Il y avait dans l’enfoncement du mur une espèce de reliquaire, avec de petits bouquets dans des vases en forme de calice, et de plus le bout du bâton de saint Joseph, avec la fleur qui l’avait fait désigner dans le Temple comme Epoux de Marie. Il y avait une autre relique, mais on ne peut bien préciser ce que c‘était, dans une boîte transparente, comme cinq petits bâtons blancs de la grosseur d’un fort tuyau de paille; ils étaient croisés les uns sur les autres et comme attachés par le milieu; ils paraissaient plus larges et arrondis par en haut : c’était comme une petite gerbe.

A Mataréa encore, où les habitants n‘avaient d’autre eau potable que l'eau trouble du Nil, Marie, en priant, trouva une fontaine. Ils souffriront donc d‘abord de grandes privations, n’ayant que des fruits à manger et de mauvaise eau à boire. Il y avait longtemps qu’ils n’avaient eu de bonne eau, et Joseph voulait aller avec son âne en chercher dans le désert, à la fontaine du jardin de Baume, lorsque la sainte Vierge, étant en prière, vit un Ange qui lui dit qu’elle trouverait une source derrière sa demeure. Elle alla alors de l’autre côté du mur, où était son habitation, jusqu’à un espace libre placé plus bas, parmi des décombres où se trouvait un vieil arbre très gros. Elle avait à la main un bâton au bout duquel était une petite pelle, comme en portent souvent dans ce pays les gens qui voyagent ; elle en frappa la terre au pied de l’arbre, et il en sortit aussitôt un filet d’eau limpide. Pleine de joie, elle appela aussitôt Saint Joseph, qui, creusant la terre en cet endroit, découvrit la source qui avait été autrefois maçonnée, et qui depuis avait été bouchée et encombrée. Joseph la dégagea et la restaure à merveille. Il y avait aussi près de cette fontaine, du côté par où Marie était venue, une grande pierre assez semblable à un autel, et qui avait dû en servir autrefois.

Ce fut là que la sainte Vierge, par la suite, lava souvent et fit sécher au soleil les vêtements et les linges de l’Enfant Jésus. Cette fontaine resta inconnue et fut exclusivement à l’usage de la Sainte Famille jusqu'au temps où Jésus fut assez grand pour rendre divers petits services, comme de puiser de l’eau pour sa mère. Il amena une fois d’autres enfants à la fontaine, et leur donna à boire dans le creux d’une grande feuille. Les enfants ayant raconté cela à leurs parents, d’autres personnes vinrent à la source, qui pourtant resta principalement à l’usage des familles juives.

Un jour que Marie priait à genoux sur la route où elle habitait, Jésus se glissa jusqu’à la fontaine avec une entre, et y puisa de l’eau ; c’était la première fois. Marie fut profondément émue lorsqu’elle le vit revenir, et, toujours agenouillée, elle le pria de ne plus faire cela, pour ne pas courir le risque de tomber dans l’eau. Jésus lui dit qu’il prendrait garde, mais qu’il désirait puiser de l’eau pour elle toutes les fois qu'elle en aurait besoin.

Le petit Jésus rendait à ses parents des services de tente espèce, et il se montrait très attentif et très soigneux. Ainsi le voyait-on, quand Joseph ne travaillait pas trop loin de la maison, lui porter l’outil qu’il pouvait avoir oublié. Il faisait attention à tout, et la joie qu’il leur donnait compensait, et bien au delà, tout ce qu’ils avaient à souffrir. Plus d’une fois aussi, Jésus alla au village des Juifs, qui était bien à un mille de Malaréa, porter l’ouvrage de sa mère et rapporter du pain. Les vilaines bêtes qui se rencontrent fréquemment dans ce pays ne lui faisaient pas de mal et se montraient familières avec lui. On l’a même vu jouer avec des serpents.

La première fois qu’il alla seul au village des Juifs, dans sa cinquième ou dans sa septième année, il portait une petite robe brune, bordée de fleurs jaunes, que la Sainte Vierge lui avait faite. Il s’agenouilla pour prier sur le chemin, et deux Anges lui apparurent et lui annoncèrent la mort d'Hérode. Il ne le dit pas à ses parents, soit par humilité, soit parce que les Anges lui dirent de n’en rien faire, soit parce qu’il savait qu’ils ne devaient pas encore quitter l’Egypte. Une autre fois il alla au même village avec d’autres enfants juifs ; et lorsqu’il revint à la maison, il pleura amèrement sur l’état de dégradation où étaient tombés les Israélites qui habitaient ce lieu.

La fontaine de Mataréa existait avant la sainte Vierge, qui l’a seulement retrouvée. Elle était cachée sous des décombres, mais la maçonnerie ancienne existait encore. Job, qui vint en Egypte avant Abraham et qui habita précisément en ce lieu, avait découvert cette source et sacrifié sur la grosse pierre qui se trouvait auprès. Abraham, lors de son séjour en Egypte, planta aussi ses tentes près de cette fontaine, et y instruisit le peuple.

Déjà à l’époque de la Sainte Famille, les lépreux faisaient usage de son eau comme ayant une vertu particulière. Beaucoup plus tard, lorsque déjà on avait élevé sur l’habitation de Marie une petite église chrétienne, avec une entrée près du maître-autel pour descendre dans le caveau où avait longtemps demeuré la Sainte Famille, on vit la fontaine entourée d’habitations, et son eau employée comme remède contre différentes espèces de lèpre. On vit aussi des gens qui s’y baignaient pour être délivrés de certaines maladies de peau. Cela avait encore lieu lorsque les mahométans furent maîtres du pays. On vit aussi les Turcs entretenir une lampe toujours allumée dans l’église qui avait servi de demeure à Marie. Ils craignaient qu’il ne leur arrivât malheur s’ils négligeaient de l’entretenir. Dans les temps modernes, la source resta isolée, à une assez grande distance des habitations. Il n’y avait plus de ville en cet endroit, et l’on n’y voyait plus que des arbres à fruits sauvages.

 

Considération

Saint Joseph d’après M. Pierre Pradié

 

M. Pierre Pradié, l’un de nos Représentants catholiques, est avant tout un philosophe chrétien qui, en 1863, à la vue de notre société en décomposition, disons le mot, en vraie putréfaction, publia sort Monde nouveau, ou le Monde de Jésus-Christ. Il intitule un des chapitres de son livre : Ou le Monde nouveau, ou la Fin du Monde. Il eût pu donner ce titre à tout le livre, puisque c’est l’inévitable alternative dans laquelle il nous voit comme fatalement placés ; qu’il discute avec autant de foi que de science ; et dont l’issue lui paraît remise entre nos mains, en ce sens que le Christianisme ne peut pas avoir accompli toutes ses destinées, et que, si les catholiques ont confiance en Dieu et travaillent en conséquence, ils peuvent encore sauver le monde et amener l’apparition du Monde nouveau. Monde nouveau, dans lequel saint Joseph occupera la place qui lui convient, et à l’occasion duquel M. Pradié nous a donné sur lui de magnifiques pages, que nous sommes heureux de reproduire ici.

« Saint Joseph, le charpentier, dit-il, est le père du Monde nouveau, dont Marie est la mère, et Jésus le grand monarque. Cela veut dire que le Monde nouveau sera le monde de l’artisan affranchi par le travail, le sacrifice et l’amour : par le travail, Saint Joseph ; par le sacrifice, Jésus ; par l’amour, la Vierge.

Jésus entre Joseph et Marie. Le travail, le sacrifice, l’amour. Le travail du peuple, le sacrifice du riche, l’amour de tous. Jésus-Christ donnant son cœur à tous, et devenant par ce don du cœur l‘époux de l’humanité et le grand monarque, le monarque pacifique, régnant par le cœur sur tous, entre Joseph et Marie, entre le travail et l’amour par le sacrifice. Tout est dans ces quelques mots !

C'est le règne du Père, du Fils et du Saint Esprit, avec un caractère spécial, le caractère de l’amour, ou du Saint Esprit qui, étant l’expression de toutes les tendances divines, sera plus spécialement l’expression du monde des derniers temps, ou l’expression des dernières tendances divines à l’égard de l’humanité. Ce sera l'accomplissement de la prière que l’humanité fait tousles jours à Dieu depuis près de deux mille ans : Que votre Règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Ce sera le triomphe !

« Dieu, dit-il plus bas, premier type des êtres, s’est constitué en famille et en société, dans le temps et dans l’éternité. Dans l’éternité, sa famille est le Père, le Verbe et l’Esprit. Dans le temps, sa famille est Joseph, Marie et Jésus-Christ. Sa société céleste, c'est l’Eglise des Anges et des Saints dans la gloire ; et sa société terrestre , c’est l’Eglise marchant vers la gloire.

Ces divers éléments, premiers types du monde, sont fortement liés et combinés entre eux. Le Père est, dans les profondeurs de l’Etre divin, ce qu’est Joseph dans les profondeurs de la famille de Dieu sur la terre. Le Père est le grand inconnu de la famille divine dans le ciel; Joseph est le grand inconnu de la famille divine sur la terre. Qui pourrait souder les profondeurs mystiques d’un époux-vierge, gardien de la plus belle et de la plus pure des vierges, vivant dans l‘intimité de cette créature privilégiée entre toutes les créatures ; pénétrant au fond de son être par une méditation permanente, constamment éclairée des lumières de la grâce ; s'associant, sans rien dire, au rôle divin de la Mère de Dieu; souffrant des labours de la multitude, la nourrissant du produit de ses sueurs, toujours sans rien dire; ayant toutes les gloires du dévouement et de l’esprit de sacrifice de la multitude, vivant et mourant, comme elle, sous le poids de ses vertus, inconnu à tout autre qu’à Dieu ?

Joseph, le charpentier, est donc le premier type et le modèle du prolétaire, de l‘homme du peuple, mourant, tout aussi inconnu sur les champs de bataille ou sur son grabat, plein de gloire souvent, mais d'une gloire que tout le monde ignore, excepté Celui qui voit tout, et qui, sur tout, ne perd jamais de vue le pauvre.

Mais si, du côté de la terre, Joseph, le charpentier, est le modèle du peuple, de l’artisan, du prolétaire, il est, du côté du ciel, l’Epoux de la Mère de Dieu, et le Père adoptif de Celui qui relie toutes les créatures entre elles et à Dieu.

Comme père et chef de la famille divine, Joseph est le chef et le père des hommes, le père et le chef des multitudes.

La Vierge est le premier type et le modèle de l’autre moitié de l’humanité, et se relie à Dieu comme Fille du Père, Epouse du Saint-Esprit, Mère du Verbe. Mère du Fils de l’homme, elle est la mère des hommes ; fille, épouse, mère de l’homme ; fille, épouse, mère de Dieu.

Entre ces deux personnages divins, le Christ nous apparaît, les dépassant de toute la hauteur de sa personne divine ; si, comme homme, il leur est soumis, le Christ, Fils de Dieu, fils de l’homme, ayant le corps et l’âme de l’homme unis à la personne de Dieu, relie la terre au ciel, la matière à l’esprit, l’homme a la femme, Joseph à Marie, centre de la famille divine, centre de la famille humaine, trait d’union entre le Père et le Saint-Esprit, entre Joseph et Marie, le Christ est le trait d’union de tous les êtres, ou le médiateur, par le sacrifice, de toutes les unions naturelles et surnaturelles.

Et ces deux familles, la famille de Dieu dans le ciel, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et la famille de Dieu sur la terre, Joseph, Marie, Jésus, sont le premier type de l’Eglise, épouse mystique de Jésus-Christ, premier type elle-même de toutes les autres sociétés ».

Mais le Monde nouveau que M. Pradié appelle de toutes ses espérances et de tous ses vœux, et qui doit être « le monde de saint Joseph, le monde du charpentier..., modelé sur le type de la sainte Famille..., où tout sera constitué sur ce type de la sainte Famille, Joseph, Marie, Jésus..., » quand surgira-t-il ? Puisse-t-il se lever bientôt sur nos têtes et nous apparaître à tous dans la merveilleuse splendeur de ses réalités ? En l’attendant, et le bâtant de toutes les aspirations de nos âmes et de nos besoins, retenons toujours les magnifiques enseignements qu’on vient de nous donner sur le glorieux saint Joseph.

 

Pratique

Saint Joseph, patron de la bonne mort

 

Il est dans notre vie un moment suprême, moment qui ne se présente qu’une fois, moment qui décide de notre sort éternel ; c’est le moment de notre mort. Mais si nous voulons être efficacement assistés dans ce terrible moment, adressons-nous à saint Joseph, qui, ayant eu la faveur insigne de mourir entouré des soins de Jésus et de Marie, entre leurs bras, dans leurs divines mains, qui lui fermèrent les yeux et lui rendirent les derniers devoirs, a fait la plus précieuse mort qui fût et qui sera jamais, et qui par suite a reçu de Dieu grâce particulière pour aider les mourants, secourir les agonisants, et obtenir à tous une sainte mort.

N’est-il pas, d’ailleurs, le Père de notre Juge, et n’a-t-il pas tout pouvoir pour adoucir la rigueur de ses arrêts ? D’autant plus que, si le souverain Juge prononce en toute justice, il prononce aussi en toute miséricorde, cherchant avant tout à la faire prévaloir sur la justice. Ils sont donc bien heureux, ceux qui mettent saint Joseph dans leurs intérêts et qui l’ont pour avocat auprès de Jésus. Ils peuvent avoir la confiance de n’être pas condamnés.

Telles sont les grandes raisons qui ont porté les fidèles à invoquer saint Joseph comme patron de la bonne mort. La grâce d‘une bonne mort, c’est l’objectif, on dirait, de toutes nos dévotions envers lui. C’est ce que tous les auteurs qui ont écrit sur le saint Patriarche nous recommandent toujours à la fin de lui demander. C’est ce que nous lui demandons nous-mêmes, comme d’instinct, en terminant nos divers exercices en son honneur. C’est ce que toutes ses Confréries et Associations se proposent ordinairement comme but principal, de même que toutes les Associations pour la bonne mort ont choisi saint Joseph pour leur principal patron.

Invoquons-le donc, implorons-le, conjurons-le, afin qu’il nous obtienne et nous procure une bonne mort. Prions le tous les jours à cette intention. Enrôlons-nous dans les Associations instituées à cet effet ; et si nous l’avons bien prié, invoqué et servi pendant la vie, soyons persuadés que, loin de nous abandonner, il viendra puissamment, au contraire, à notre secours, à l’heure de la mort.

 

Prière pour obtenir la grâce d’une bonne mort

 

Bienheureux Joseph, ce n’est pas sans raison que, de préférence à tant d’autres saints ; on vous honore comme patron des agonisants, comme protecteur Spécial de tous ceux qui veulent faire une bonne mort. La vôtre a été si douce, si belle, si précieuse, qu’elle est l’objet de l’envie de tout ce qu’il y a de justes sur la terre. Vous aviez continuellement à votre chevet Jésus et Marie, Jésus soutenant de sa main divine votre tête languissante, Marie essuyant la sueur qui baignait votre front pâle et décoloré, tous deux empressés à vous rendre les services que vous leur aviez prodigués pendant votre vie. Ah ! Pouviez-vous ne pas mourir d’amour en vous voyant, dans votre agonie, soutenu par un Dieu qui s’était fait votre fils, consolé par la Mère d’un Dieu dont vous étiez l’époux? Puis donc, ô Saint Patriarche, que votre mort a été si douce, si glorieuse, si précieuse aux yeux de Dieu, j’implore aujourd’hui votre protection pour l’heure de la mienne. Obtenez-moi, je vous en conjure, pour ce moment si redoutable au pécheur, de détester sincèrement tous les péchés de ma vie ; d'espérer fermement en la miséricorde infinie de ce Dieu sauveur qui, pour mon salut, a commencé par la crèche et fini par la croix ; enfin, de mettre ma confiance en Marie et en vous.

J’avoue, mon tout-puissant protecteur, que par mes péchés je me suis rendu indigne de la grâce que je vous demande. Vous, vous aviez bien droit à une sainte mort, puisque toute votre vie avait été sainte ; moi, j’aurais bien droit de ne m’attendre qu’à une mort malheureuse, puisque je l’ai méritée par ma mauvaise vie ; mais si vous me défendez, je ne puis me perdre. Non-seulement vous avez été le grand ami de mon Juge, mais encore son gardien et son père nourricier ; si vous me recommandez à lui, il ne pourra pas me condamner. Il ne me condamnera donc pas, et c’est à vous et à votre puissante intercession que je devrai mon salut et ma bienheureuse éternité. Ainsi soit-il.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

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25 mars 2019

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Vingt-sixième jour

Héliopolis

 

Après s’être rafraîchis et restaurés dans le jardin des Baumiers, nos pieux voyageurs se dirigèrent vers une grande ville bien bâtie, mais en partie ruinée : c’était Héliopolis, qui s’appelle aussi « On ». C’est là que du temps des enfants de Jacob habitait le prêtre égyptien Putiphar, chez lequel demeurait Asnath, la fille qu’aurait eue Dina après son enlèvement chez les Sichémintes, et que le Patriarche Joseph épousa.

C’est aussi là que demeurait Denys l’Aéropagite à l’époque de la mort de Jésus. La ville avait été dévastée et dépeuplée par la guerre, et des gens de toute espèce étaient venus s’établir dans ses édifices en ruines.

Ils passèrent sur, sur un pont très élevé et très long, une large rivière, le Nil qui paraissait avoir plusieurs bras. Ils vinrent sur une place située devant la porte de la ville et qui était entourée d‘une espèce de promenade. Là se trouvait, sur un tronçon de colonne, plus large par le bas que par le haut, une grande idole à tête de bœuf, qui tenait dans ses bras quelque chose de semblable à un enfant emmailloté. Elle était entourée de pierres, formant comme des bancs. ou des tables, sur lesquelles les gens qui venaient de la ville, en grand nombre, vers cette idole, déposaient leurs offrandes. Non loin de là se trouvait un très-grand arbre sous lequel la sainte Famille s’assit pour se reposer.

Ils étaient là depuis quelques instants à peine, lorsque la terre trembla et que l’idole chancela et tomba. Il s’ensuivit beaucoup de tumulte et de cris parmi le peuple, et un certain nombre d’ouvriers qui travaillaient à un canal du voisinage s’empressèrent d’accourir. Un brave, homme, qui devait être un ouvrier du canal, et qui avait déjà accompagné la sainte Famille sur le chemin, les conduisit en toute hâte vers la ville. Ils étaient déjà hors de la place où était l’idole, lorsque le peuple les remarqua, et leur attribuant la chute de la statue, se,précipita vers eux avec furie, en les injuriant et les menaçant. Mais cela ne fut pas long, car la terre trembla,de nouveau, le grand arbre s’abattit, laissant à nu ses racines, et le sol qui entourait le piédestal de l’idole devint un bourbier d’eau noire et fangeuse dans lequel la statue s’enfonça jusqu’aux cornes. Quelques un des plus méchants parmi cette foule furieuse furent aussi engloutis dans cette mare d’eau noirâtre. Cependant la sainte Famille gagna tranquillement la ville, où elle s’établit dans un édifice massif adossé à un grand temple d’idoles, et dans lequel on avait pratiqué un certain nombre de chambres.

Saint Joseph établit pour quelque temps la sainte Famille dans la grande ville ruinée. Elle s’étend le long d’un grand fleuve à plusieurs bras. On la voit de loin à cause de sa position élevée. Il y a des parties voûtées sous lesquelles coule le fleuve. On en traverse les bras sur des poutres placées dans l’eau pour ce but. L’on rencontrait çà et là dans la ville de grands restes d’édifices, des tours à demi détruites, des temples presque entiers ; des colonnes, semblables à des tours, sur lesquelles on pouvait monter par l’extérieur, et aussi d’autres colonnes très élevées, pointues par en haut et couvertes d’images étranges, ainsi que beaucoup de grandes figures semblables à des chiens accroupis avec des têtes-humaines.

La Sainte Famille habitait les salles d’un grand bâtiment supporté d’un côté par de grosses colonnes peu élevées, les unes carrées, les autres rondes. Beaucoup de gens s’étaient arrangé des habitations sous ces colonnes. En haut, au-dessus de cet édifice, se trouvait un chemin par lequel on allait et venait. En face était un grand temple d’idoles avec deux cours.

En avant de cet espace fermé d’un côté par un mur, s’ouvrant de l’autre sens une rangée de gros piliers peu élevés, Joseph avait disposé une légère construction en bois, divisée par des cloisons en plusieurs compartiments, et dans laquelle ils demeuraient. Ils avaient, derrière une de ces cloisons, un petit autel où ils priaient : c’était une petite table avec une couverture rouge et une autre couverture blanche et transparente par-dessus ; une lampe la surmontait. Saint Joseph, du reste, travaillait souvent au dehors. Il faisait de longs bâtons avec des pommeaux ronds à l’extrémité, de petits escabeaux à trois pieds et des corbeilles. Il fabriquait aussi des cloisons légères en branches entrelacées. Les gens du pays y ajoutaient un certain enduit, et s’en servaient pour disposer des cabanes a compartiments contre les murs et même dans ces murs, qui étaient d’une épaisseur extraordinaire. Il faisait aussi, avec des planches longues et minces, de petites tours légères, a six ou huit pans, se terminant en pointe, et surmontées d’un bouton. Il y avait une ouverture, en sorte qu’une personne pouvait s’y asseoir comme dans une guérite. Des degrés étaient pratiqués à l’extérieur peur monter jusqu’en haut. L’on rencontrait de petites tours semblables devant les temples des idoles, et aussi sur les toits plats. On s’asseyait dedans. C’était peut-être des espèces de corps de garde ou des abris centre le soleil.

La Sainte Vierge s’occupait à tresser des tapis. Elle s’occupait aussi d’un autre travail pour lequel elle se servait d’un bâton à l‘extrémité duquel était un pommeau, soit qu’elle filait, soit qu’elle fit quelque autre ouvrage. On la visitait souvent, ainsi que l’Enfant Jésus, qui était près d’elle par terre dans une espèce de petit berceau, ordinairement placé sur une espèce de tréteau semblable a un tréteau de scieur. L‘enfant était gracieusement couché dans ce berceau, et Marie était souvent assise à côté de lui, tricotant, et ayant auprès d’elle la petite corbeille qui renfermait ses fournitures.

Les hommes qui habitaient cette ville en ruine étaient légèrement vêtus, à demi nus, et n’ayant seulement que des, espèces de tabliers ou plutôt des robes courtes autour du corps. Il y avait là peu de Juifs. On les voyait rôder avec précaution, comme s‘ils n’avaient. pas eu la permission d’habiter dans cet endroit.

Au nord d’Héliopolis, entre cette ville et le Nil, qui se divisait en plusieurs bras, se trouvait le pays de Gessen. Il y avait là un lieu où demeuraient entre deux canaux un assez grand nombre de Juifs, fort dégénérés en ce qui touchait la pratique de leur religion. Plusieurs d‘entre eux avaient fait connaissance avec la sainte Famille ; Marie faisait pour eux des ouvrages de femme, au moyen desquels elle se procurait du pain et d’autres aliments. Les Juifs de la terre de Gessen avaient un temple qu’ils mettaient en parallèle avec celui de Salomon, quoiqu’il fût bien différent.

Pendant son séjour a Héliopolis, non loin du temple d’idoles auprès duquel il habitait, Joseph avait construit un oratoire où les Juifs qui habitaient cet endroit se réunissaient avec la sainte Famille. Auparavant, ils n’avaient pas de lieu pour prier en commun. Cet oratoire était surmonté d‘une coupole légère qu’on pouvait ouvrir, et alors en se trouvait comme en plein air. Au milieu se trouvait une table ou un autel sur lequel étaient posés des rouleaux écrits. Le prêtre ou le docteur était un homme très avancé en âge. Les femmes étaient d’un côté, les hommes de l’autre, quoique moins rigoureusement qu’en Palestine.

La Sainte Vierge, la première fois qu’elle vint dans cet oratoire, avec l’Enfant Jésus, s’assit par terre, appuyée sur un bras. Elle avait devant elle l’Enfant, vêtu d’une robe bleu de ciel, et elle joignait ses petites mains sur sa poitrine. Joseph se tenait derrière elle comme il faisait toujours, quoique les autres, hommes et femmes, fussent assis ou debout, les uns d’un côté, les autres de l’autre.

Et l’Enfant Jésus grandissait et recevait souvent la visite d‘autres enfants. Il pouvait déjà parler et courir. Il était habituellement près de saint Joseph, et allait souvent avec lui lorsqu’il travaillait au dehors. Il avait une petite robe, semblable à une petite chemise, tricotée ou faite d’un seul morceau.

Comme ils habitaient dans le voisinage du temple, et que quelques unes des idoles qui s’y trouvaient avaient été renversées, comme d’ailleurs on se souvenait de la chute de l’idole qui avait eu lieu devant la porte lors de leur entrée, bien des gens attribuèrent ces divers accidents à la colère des dieux contre eux, et ils eurent beaucoup de persécutions à souffrir à cause de cela.

 

Considération

Saint Joseph d’après Monsieur Auguste Nicolas

 

Aux témoignages que nous avons rapportés jusqu’à présent à la gloire de saint Joseph, il nous reste à ajouter ceux des pieux laïques de notre temps, et ce ne sont pas des moins considérables, qui ont eu aussi à cœur d’attacher leur fleuron à la couronne du saint Patriarche. Et que nous sommes heureux de pouvoir citer ici l’un de nos meilleurs apologistes, Monsieur Auguste Nicolas, ancien Magistrat ; l’un de nos Représentants , M. Pierre Pradié, et le Roi de la presse, M. Louis Veuillot, que nos publicistes regardent comme leur maître à tous ! Voici d’abord ce que dit de saint Joseph M. Auguste Nicolas dans ses Nouvelles Etudes philosophiques sur le Christianisme :

« Représentez-vous toute l’économie du mystère de l’Incarnation comme un grand tableau dans lequel vous verrez dépeints Dieu le Père, son Fils unique, le Saint-Esprit et la sainte Vierge, et ces quatre personnes éclatantes d’autant de lumières qu’elles opèrent de prodiges dans ce mystère. Mais au lieu que, dans un tableau matériel, l’ombre a toujours pour objet de faire ressortir les figures en repoussoir ou en relief, ici, au contraire, il faut une ombre pour tempérer et pour éteindre leur trop grand éclat, de pour qu’elles n’éblouissent ou qu‘elles n'aveuglent les yeux des mortels; et le seul Joseph a une vertu d’obscurité si étendue, qu’elle suffit pour les voiler toutes, jusqu’au temps où il plaise à Dieu de les manifester.

La très Sainte Vierge, en effet, est cachée à l’ombre de Saint Joseph : sa virginité, sa maternité divine, sont enveloppées du voile de son mariage avec lui. Le Saint Esprit est pareillement caché sous cette même ombre ; car ce qui est né de Marie, dit l’Evangile, est l'ouvrage du Saint-Esprit : c'est la son chef-d’œuvre, sa gloire, dont l’humble Epoux de Marie éteint en lui les rayons. Que dirai-je de ce chef-d’œuvre lui-même, de l'Homme-Dieu enseveli dans cette obscurité jusqu'à passer pour fils du charpentier ? Enfin, Dieu le Père est tellement dérobé par saint Joseph, qu’il aura besoin, en quelque sorte, de venir revendiquer lui-même son Fils au jour de son baptême, par cette parole céleste ; Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toutes mes complaisances.

Les Apôtres et tous les autres Saints, les Docteurs, les Pasteurs, les Confesseurs, les Martyrs, ont ou tous pour mission de prêcher Jésus-Christ à toute créature, de répandre au loin la bonne odeur de son nom, de le faire retentir devant les puissances, et d’en porter le son jusqu’aux extrémités de la terre. Mais Joseph est un saint tout singulier, prédestiné pour un ministère tout contraire, pour cacher sa gloire jusqu’au temps de sa manifestation, pour en assourdir les reflets, pour en favoriser les retards et les surprises.

L’Homme-Dieu, ayant voulu réserver à sa mort et a sa croix le miséricordieux prodige d’attirer à soi toutes choses et de triompher hautement des puissances du siècle, eût fait, si les mystères de sa conception divine et de sa naissance d’une Vierge eussent été divulgués avant ce temps, céder prématurément et trop ouvertement à sa divinité ces puissances, qui ne l’eussent pas crucifié, dit saint Paul, si elles eussent connu en lui un Roi de gloire. Mais, dans l’idée qu‘il est né d’un mariage ordinaire, elles prennent le Dieu pour un enfant. Il vient à petit bruit exécuter ses grands desseins en les cachant a l’ombre de Joseph, qu‘on prend pour son père, et qui écarte ou déconcerte les soupçons, jusqu’au jour où, faisant éclater tout à coup sa force et sa gloire dans la faiblesse et l’ignominie de sa mort, on reconnaîtra les divins stratagèmes de ce puissant Réparateur de l’homme, qui se sera servi d'un Joseph pour les cacher, comme d’une croix pour les faire à jamais triompher dans le monde.

Tel est le rôle unique de Joseph : rôle obscur, mais d’autant plus sublime. Comme c’est un plus grand prodige de voir la gloire de Dieu anéantie que de la voir éclatante de majesté, la toute-puissance de Dieu s’est montrée plus miraculeuse en un sens dans le seul Joseph, dont elle s’est servi comme d’un voile pour cacher sa gloire, que dans tout le reste des saints qu’elle a employés pour la manifester; et l’on doit regarder et vénérer ce grand saint comme ces augustes ténèbres dont parle l’Ecriture, sous lesquelles la majesté de Dieu a voulu se retirer ».

Mais, comme ces nuages dont le soleil n’éclaire que la partie que nous ne voyons pas, et qui sont d’autant plus lumineux du côté du ciel qu’ils sont plus obscurs à la terre, la gloire de Joseph éclate aux yeux de Dieu et des Anges en raison de son obscurité aux regards des hommes.

Et c’est de la que part l’illustre apologiste pour considérer ce grand patron des âmes cachées et suréminentes, soit comme Epoux de Marie, soit comme Père, comme nourricier, comme gouverneur de Jésus. Après quoi il ajoute :

« Saint Joseph est un Saint, si j’ose ainsi dire, de choix, comme le plus caché de tous les Saints, et par cela même, au sens chrétien, comme le plus illustre, le plus digne de tous les honneurs, parce qu’il n’a jamais été touché de l’honneur. Aussi toutes les âmes vraiment grandes, qui sont toujours les plus simples, ressentent son attrait, et se font gloire d’avoir pour patron dans le ciel celui qui a été le patron de notre Dieu lui-même sur la terre. Gerson avait pour lui une dévotion toute particulière ; il a composé des discours latins et français, des poèmes et des offices en son honneur ; il a stimulé les princes de son temps à lui vouer des têtes, à bâtir des temples sous son invocation. Bossuet lui a consacré les prémices de son éloquence, et il fit tellement partager à la reine-mère et à Louis XIV sa vénération pour ce glorieux dépositaire de la virginité de Marie et de l’humanité du Fils de Dieu, que, sur lettres closes et ordres très-exprès du grand roi, les cours souveraines ordonnèrent que sa Fête serait chômable et obligatoire, avec interruption de travail et cessation entière des affaires, par tout le royaume ».

Et nous, ajoutons, ce que l’éminent apologiste ne savait peut-être pas, que l’édit du roi est du 12 mais l661, et que le 14, les vicaires généraux du cardinal de Retz, archevêque de Paris, faisaient un Mandement en conséquence et pour que la Fête fût chômée et célébrée le samedi suivant, 19 du même mois. La Fête de saint Joseph était donc d’obligation en France avant 1789. Espérons que dans des jours meilleurs, et eu égard au décret du Souverain Pontife en date du 8 décembre 1870, elle le redeviendra encore.

 

Pratique

Dévotion au Cœur de Saint Joseph

 

Après le Cœur adorable de Jésus et le Cœur immaculé de Marie, il n’est pas de cœur plus digne de notre vénération et de notre amour que le Cœur très pur de saint Joseph, orné de tous les dons les plus sublimes de la nature et de la grâce, créé exprès par l’adorable Trinité pour être uni par des liens aussi étroits qu’indissolubles au très Saint Cœur de Marie, dont il a été aimé d’un amour particulier ; et qui, après celui de Marie, a été mis en communication plus directe qu’aucun autre avec le Cœur sacré de Jésus, puisqu’en le portant si souvent dans ses bras, il a eu l’insigne privilège de presser son cœur de fils contre son propre coeur de père. Et d’ailleurs, quelle union ! Quelles communications ! Quelles correspondances ! Quel échange d’indicibles sentiments entre ce Cœur et ceux de Jésus et de Marie, pendant les trente ans qu’ils vécurent ensemble, Joseph étant époux et père, Marie mère et épouse, Jésus l’auguste fils de l'un et de l’autre !

Aussi, dit le P. Faber, le Cœur très pur de Joseph, si semblable au Cœur immaculé de Marie et a celui de Jésus, quoique avec une différence sensible, était-il pour le Sauveur une cause spéciale de joie, parce qu’égalant en grandeur et en prix le monde commun, il était en lui-même un monde à part, où l’insatiable amour de Jésus pour les hommes pouvait s’épancher en torrents d’impétueuse affection, et sa soif d’amour humain trouver un soulagement inexprimable.

C’est à nous de voir, après cela, si nous ne devons pas avoir un culte spécial pour cet incomparable Cœur de saint Joseph, et si nous ne pouvons pas nous laisser aller à tous les épanchements de nos cœurs pour ce saint Cœur, sans être exposés à jamais regretter de lui témoigner toute notre vénération, notre amour et notre confiance. C‘est à nous de déterminer ensuite les pieux exercices par lesquels nous tiendrons à honorer cet incomparable Cœur.

 

Prière

Au Cœur de Saint Joseph

 

Aimable Cœur de saint Joseph, chef-d’œuvre des mains de Dieu, qui vous a fait le plus noble et le plus parfait de tous les cœurs, après ceux de Jésus et de Marie, recevez en ce moment mes plus humbles salutations, mes hommages les plus sincères, l’expression de mon plus entier dévouement. Je vous salue et vous révère, ô Cœur si cher à mon cœur, car vous êtes jour et nuit le sujet de mes pensées et l’objet de mes désirs. Vous êtes la belle et florissante école où je veux désormais étudier la science du saint amour. Vous êtes le char triomphal dans lequel je souhaite d’être conduit aux collines des vertus. Vous êtes la fournaise embrasée dans laquelle je viens m’échauffer des feux de la divine charité. Vous êtes le paradis de délices où je serai heureux de respirer le parfum des célestes affections qu’il faut avoir pour Jésus et Marie. Vous êtes la vive source d’où je puiserai les eaux des chastes joies pour arroser la terre de mon âme. Vous êtes la solitude bénie où j’ai résolu de consacrer mes jours au service de votre divin Fils et de votre Epouse immaculée. Vous êtes le petit nid où je veux vivre et mourir en repos. Vous êtes la clef dorée avec laquelle je puis et dois entrer au trésor des bénédictions et des faveurs du ciel. Vous êtes la porte par où je passerai pour arriver au Cœur de Jésus et au Cœur de Marie, Cœurs divins dont l‘excellence surpasse toute richesse et le mérite toute louange ; Cœurs précieux, plus brillants que le soleil, plus blancs que la neige, plus embaumés que les lys ; Cœurs dans lesquels Dieu a renfermé tous les biens, seuls désirables, seuls délectables.

Oh ! Qui me fera la grâce de cacher mon cœur dans ces sacrés Cœurs ? Vous, bon saint Joseph, dont le Coeur ne fit qu’un cœur avec ceux de Jésus et de Marie, embrasez alors mon cœur du feu de cet amour divin qui consumait le vôtre sur la terre, dirigez tentes ses inspirations, purifiez et sanctifiez toutes ses affections. Et puissé-je n’avoir qu'un seul cœur avec vous pour aimer Jésus et Marie dans le temps, afin que je puisse les glorifier dans le ciel pendant l’éternité ! Ainsi soit-il.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

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24 mars 2019

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Vingt-cinquième jour

Stations en Egypte

 

Il faisait nuit lorsque nos saints voyageurs entrèrent dans le désert. Ils commencèrent par cheminer le long d’un bois ; mais à quelque distance du chemin et en avant du bois, ils entrevirent une misérable cabane. Non loin de la cabane était suspendue à un arbre une lanterne, qu’on pouvait voir de très loin, et qui était destinée à attirer les voyageurs. Le chemin était très difficile et coupé ça et là par des fossés. Il y avait aussi des fossés autour de la cabane, et sur les parties du chemin où l’on pouvait passer étaient tendus des fils cachés qui correspondaient à des sonnettes placées dans la cabane. Les voleurs qui y habitaient étaient ainsi avertis de la présence des voyageurs et venaient les dépouiller. Cette cabane de voleurs n’était pas toujours à la même place ; elle était mobile, et ses habitants la transportaient ailleurs, suivant les circonstances.

Au moment où la sainte Famille s’approcha de la lanterne, elle se vit entourée du chef des voleurs et de cinq de ses compagnons. Ils avaient d’abord de mauvaises intentions ; mais il partit de l’Enfant Jésus un rayon de lumière qui toucha comme un trait le cœur du chef, lequel ordonna à ses gens de ne pas faire de mal aux saints voyageurs. La Sainte Vierge vit aussi ce rayon arriver au cœur du brigand, comme elle le raconta à la prophétesse Anne, après son retour.

Le voleur conduisit alors la sainte Famille dans sa cabane, où se trouvait sa femme avec deux enfants. La nuit était venue. Le brigand fit part à sa femme du mouvement extraordinaire qui s’était produit en lui a la vue de l’Enfant. Celle-ci accueillit la Sainte Famille non sans bienveillance, mais avec une réserve embarrassée. Les saints voyageurs s’assirent à terre dans un coin et se mirent à manger quelque chose des provisions qu’ils avaient avec eux. Leurs hôtes furent d’abord timides et craintifs, ce qui pourtant ne paraissait pas être dans leurs habitudes ; Peu à peu cependant ils se rapprochèrent. Puis survinrent d’autres hommes qui, pendant ce temps, avaient mis sous un abri l’âne de Saint Joseph. Ces gens enfin s’enhardirent, se placèrent autour de la Sainte Famille et lui adressèrent la parole. La femme, de son côté, présenta à Marie des petits pains avec du miel et des fruits, ainsi que des coupes remplies de je ne sais quelle liqueur. Le feu était allumé dans une excavation pratiquée dans un coin de la hutte. La femme disposa une place séparée pour la sainte Vierge, et lui apporta, sur sa demande, une auge pleine d’eau pour baigner l’Enfant Jésus. Elle lava aussi ses langes et les fit sécher devant le feu.

Marie baigna l’Enfant Jésus sous un drap. Le voleur était si ému, qu’il dit à sa femme : « Cet enfant juif n’est pas un enfant ordinaire ; c’est un saint enfant. Prie la mère de nous laisser baigner notre petit garçon lépreux dans l’eau où elle l’a lavé ; cela le guérira peut-être ». Quand la femme s’approcha de Marie, celle-ci lui dit, avant qu’elle n’eût parlé, de laver son enfant lépreux dans cette eau. La femme apporta alors dans ses bras un petit garçon d’environ trois ans. Il était rongé de la lèpre, et son visage n’était qu’une croûte. L’eau dans laquelle Jésus avait été baigné paraissait plus claire qu‘auparavant. Quand l’enfant y eut été mis, les croûtes de la lèpre se détachèrent et tombèrent par serre. Il était parfaitement guéri.

La mère était transportée de joie. Elle voulait embrasser Marie et l’Enfant-Jésus ; mais Marie lui fit signe de n’en rien faire. Elle ne se laissa pas toucher par elle, non plus que le petit Jésus. Elle lui dit de creuser une citerne dans le roc et d’y verser cette eau, qui, donnait à la citerne la même vertu. Elle s’entretint encore avec elle, et cette femme lui promit de renoncer, aussitôt qu’elle le pourrait, à sa vie criminelle. Le père et la mère furent extrêmement heureux de la guérison de leur enfant. Plusieurs de leurs compagnons étant venus pendant la nuit, on leur montra l’enfant guéri, et on leur raconta ce qui s’était passé. Ces nouveaux venus, parmi lesquels étaient quelques jeunes garçons, entourèrent la sainte Famille et la regardèrent avec étonnement.

C'était d’autant plus étonnant de voir ces brigands se montrer si respectueux envers la sainte Famille, que, pendant cette même nuit où ils reçurent de si saints hôtes, ils arrêteront plusieurs autres voyageurs attirés par la lumière placée dans leur voisinage, et les conduisirent dans une grande caverne placée plus avant dans la forêt. Cette caverne, dont l’entrée était cachée par des broussailles, et qui était toute couverte d’herbes et d‘arbustes, de façon à ce qu’on ne pouvait soupçonner son existence, paraissait être leur magasin. Il s’y trouvait alors plusieurs enfants volés, âgés de sept à huit ans, et une vieille femme chargée de garder tout ce qu’il y avait là, ainsi que des vêtements, des tapis, de la viande, des chameaux, des moutons, des animaux plus grands, et toute espèce de butin. C’était un endroit spacieux, et tout s’y trouvait en abondance.

Marie n’a guère dormi de toute cette nuit, pendant laquelle elle reste presque tout le temps assise sur son lit. Joseph et Marie repartirent le matin de bonne heure, munis de quelques provisions. Leurs hôtes les accompagneront jusqu’à une certaine distance, en les faisant passer avec précaution les fossés qui coupaient le chemin et les remettant dans la bonne route.

Ces voleurs prirent congé de la Sainte Famille avec une grande émotion, et le chef dit aux voyageurs, d’une façon très expressive : « Souvenez-vous de nous en quelque lieu que vous alliez ». Paroles quasi prophétiques qui eurent leur dernier accomplissement sur le Calvaire, au moment où l’enfant guéri hier de la lèpre, et devenu alors le bon larron, dit à Jésus mourant : « Souvenez-vous de moi quand vous serez dans votre royaume ». La femme du brigand renonça, au bout d’un certain temps, à la vie qu’elle menait : elle s'établit dans un endroit où la Sainte Famille s’était reposée peu après ; une source y avait jailli, un jardin de baumiers s‘y était planté, et plusieurs honnêtes familles s‘y établirent avec elle.

La Sainte Famille entra ensuite un désert. Comme ils avaient perdu leur chemin, l’on vit s’approcher d’eux des reptiles de diverses espèces, entre autres des lézards rampants avec des ailes de chauves souris, et aussi des serpents ; ils ne cherchaient pourtant pas à leur faire du mal, et paraissaient seulement vouloir leur montrer le chemin. Plus tard encore, comme ils ne savaient plus quelle direction prendre, elle leur fut indiquée par un gracieux miracle. Des deux côtés du chemin sortit de terre la plante appelée rose de Jéricho, avec sa tige droite, ses feuilles frisées et sa fleur au milieu. Ils s‘avancèrent alors pleins de joie, et virent à perte de vue s’élever des plantes semblables ; il en fut ainsi tout le long dit désert. Puis il fut révélé à la sainte Vierge qu’à une époque postérieure les gens du pays viendraient cueillir ces fleurs et les vendraient aux voyageurs étrangers pour avoir du pain. C’est en effet ce qui eut lieu dans la suite. Le nom de cet endroit était comme Gase ou Gose. Puis ils arrivèrent à un lieu qui s’appelait comme Lepe ou Lape. Il y avait de l’eau en cet endroit ; il s’y trouvait des fossés, des canaux et des digues élevées. Ils traversèrent un cours d’eau à l’aide d’un radeau formé de poutres, sur lequel se trouvaient des espèces de grandes cuves dans lesquelles on passait les ânes. Deux hommes laids, basanés, à moitié nus, avec des nez épatés et de grosses lèvres, les passèrent. Ils arrivèrent ensuite près des maisons isolées du bourg ; les habitants étaient si grossiers et si hautains, qu’ils passèrent outre sans entrer en pourparler avec eux. C’était la première ville égyptienne, et par conséquent païenne, qu’ils rencontraient. Ils avaient voyagé dix jours sur le territoire de la Judée et dix jours dans le désert.

Ensuite la Sainte Famille entra dans un pays de plaines appartenant au territoire égyptien, où se trouvaient de vastes prairies couvertes de troupeaux errants. L’on y voyait aussi des arbres auxquels des idoles, semblables à des enfants au maillot, étaient attachées par deux bandelettes, qui étaient couvertes de figures ou de caractères. L’on y rencontrait aussi ça et là des hommes gros et trapus, habillés assez singulièrement et légèrement, qui venaient devant ces idoles et leur rendaient hommage. La sainte Famille entra dans un hangar où était du bétail qui sortit pour lui faire place. Ils manquaient entièrement d’aliments, et n’avaient ni pain ni eau. Personne ne leur donna rien. Marie pouvait à peine allaiter son enfant. Ils eurent beaucoup a souffrir dans ce voyage. Enfin quelques bergers, étant venus abreuver leurs troupeaux à un puits ordinairement fermé, leur donnèrent un peu d’eau sur les instantes prières de Saint Joseph.

En partant de là, les pauvres fugitifs, dépourvus de tout secours et épuisés, parcoururent un petit bois à la sortie duquel se trouvait un dattier très élancé, portant à son sommet des fruits réunis en grappes. Marie vint près de cet arbre, tenant l’Enfant Jésus dans ses bras ; elle fit une prière et éleva l’Enfant en l’air : alors l’arbre courba sa tête vers eux comme s’il se fût agenouillé, et ils cueillirent tous ses fruits. L‘arbre resta dans cette position.

L’on vit aussi beaucoup de gens du lieu précédent suivre la sainte Famille, et Marie donner des fruits de l’arbre à plusieurs enfants demi-nus qui couraient après elle. A un quart de lieue environ de ce premier arbre, ils se trouvèrent près d’un grand sycomore d’une grosseur extraordinaire. Il était creux, et ils s’y cachèrent pour éviter les gens qui les suivaient et qu’ils avaient alors perdus de vue ; ceux-ci passèrent outre. La sainte Famille passa la nuit dans cet arbre.

Le lendemain ils continuèrent leur route ,à travers les sables du désert. Privés d‘eau depuis longtemps et épuisés, ils s’assirent près d’un monticule de sable. La sainte Vierge implora Dieu, et une source abondante jaillit à côté d’elle et arrosa le terrain du voisinage. Joseph fit un petit bassin pour cette source, et creusa un conduit pour l’écoulement de l’eau. Ils se reposèrent en cet endroit. Marie lava l’Enfant Jésus. Joseph fit boire l’âne et remplit son outre d’eau. Puis, de vilaines bêtes comme d’énormes lézards, et aussi des tortues, s’approchèrent pour se rafraîchir. Elles ne firent pas de mal à la sainte Famille, mais les regardèrent d’un air amical. L’eau qui coulait de la source faisait un assez grand circuit et se perdait de nouveau dans la terre à peu de distance.

La portion de terrain qu’elle arrosait fut singulièrement bénie : bientôt il fut couvert de verdure, et le précieux arbre qui produit le baume y vont en grande quantité ; la Sainte Famille, à son retour d’Egypte, put déjà y prendre du baume. Ce lieu devint plus tard célèbre comme jardin de baume. Diverses personnes s’y établirent, et entre autres la mère de l’enfant du voleur qui avait été guéri de la lèpre. Une belle clôture formée de baumiers entourait le jardin, où se trouvaient plusieurs autres arbres fruitiers. À une époque postérieure, on creusa là un autre puits large et profond, d’où l’on tirait, à l’aide d’une roue mise en mouvement par des bœufs, une grande quantité d’eau qu’on mêlait avec celle de la source de Marie, pour arroser tout le jardin : sans ce mélange, l’eau du nouveau puits aurait été nuisible. Les bœufs qui mettaient la roue en mouvement ne travaillaient pas depuis le samedi à midi jusqu’au lundi matin.

 

Considération

Saint Joseph d’après le Père Huguet

 

Quand il s’agit de saint Joseph, comment n’alléguerait-on pas le Père Huguet, son grand zélateur, qui a tant fait et fait tant encore tous les jours pour l’extension de son culte ? C’est d’abord par son Propagateur de la dévotion à Saint Joseph, Bulletin mensuel du Culte Perpétuel, des Confréries, des Associations en son honneur, et des faveurs obtenues par sa puissante médiation, qu’il publie avec un zèle toujours croissant depuis 1862. C’est ensuite par tous les ouvrages qu’il ne cesse de publier à sa gloire et qui se multiplient sous sa plume avec une abondance presque prodigieuse. Il ne tient pas, il est vrai, à donner soit du neuf, soit du sien, et il semble ne vouloir que faire partager à tous les sentiments de son cœur si dévoué à saint Joseph, en nous les présentant sous toutes les formes qu’il peut leur donner. De sorte que de lui l’on ne sait vraiment quoi citer. Reproduisons néanmoins ce qu’il appelle dans son « Auréole de Saint Joseph » la profession solennelle de ses prérogatives et de ses grandeurs. C’est à lui qu’il parle et qu’il dit.

« Ô très saint, très glorieux, très puissant et très aimable Joseph, vous fûtes prévenu des plus précieuses bénédictions de Dieu, dès le sein de votre pieuse Mère, par la sanctification de votre âme et votre confirmation en grâce. À votre naissance, vous parûtes dans le monde comme le lien des deux Testaments, le commencement du Nouveau et la fin de l’Ancien, sans être entièrement à celui-ci ou à celui-là, mais tout à Jésus-Christ, la pierre angulaire qui les a liés ensemble.

La très Sainte Trinité vous favorisa de sublimes prérogatives qui vous ont élevé au-dessus de tous les Saints. Le Père éternel vous nomma pour son représentant sur la terre, pour servir de père, de parrain, de tuteur et de gouverneur à son Fils unique. Le Saint Esprit vous remplit de tous ses dons pour vous préparer aux desseins que Dieu avait eus sur vous de toute éternité. La Sagesse incarnée vous choisit pour être le soutien de sa Mère, son Père nourricier, et le gardien très fidèle de l’une et de l’autre.

L’auguste Reine du ciel et de la terre vous regarde toujours avec respect comme son seigneur, avec amour comme son cher et angélique Epoux, et avec confiance comme le très sage tuteur de son divin Fils. Vous fûtes égal aux Anges en pureté, aux Chérubins en science, et aux Séraphins en charité.

Votre saint cœur fut orné des grâces les plus précieuses qui aient été accordées aux justes depuis le commencement du monde. Vous unîtes vos adorations à celles de Marie, vos vœux aux cantiques des Anges, et vos offrandes aux présents des rois, pour saluer avec eux le Verbe fait chair dans l‘étable de Bethléem. Vous fûtes le témoin de la divine enfance de Jésus, le fidèle compagnon de son exil et son aide dans ses travaux. Votre cœur très pur servit de trône a Celui qui habitait avant tous les siècles dans le sein adorable de son Père.

Vous eûtes toujours les yeux du corps et de l’esprit fixés sur l’Enfant Dieu pour remarquer tous les mouvements de sa divine personne, et tirer de grands avantages pour la, perfection de votre âme des exemples d‘un modèle si accompli. Quand il reposait entre vos bras, vous le preniez avec autant de respect que d’amour sur votre cœur, vous le couvriez de vos baisers et de vos larmes, vous le caressiez avec des tendresses et des suavités ineffables.

Vous fûtes le premier chrétien et le premier apôtre du monde envoyé de Dieu pour y faire connaître le Messie. Vous adoriez souvent les desseins de la Providence qui vous avait mis en main un rabot, au lieu du sceptre des rois de Judée, vos ancêtres. Vous viviez plus heureux dans votre pauvre maison de Nazareth que vous n’eussiez fait dans le palais de David, votre aïeul.

Vous conversâtes pendant trente ans avec notre doux Sauveur et sa très Sainte Mère, acquérant en leur compagnie des richesses inestimables de grâces et de vertus. Votre sainte vie fut couronnée de la plus précieuse mort, rendant votre belle âme entre les mains de Jésus et de Marie, pour être portée par les Anges dans le sein d’Abraham, et peu de temps après conduite dans le ciel et réunie à son corps glorieux.

Enfin, et sans fin, puisque je ne prétends pas en mettre à vos grandeurs ni à vos louanges, vous fûtes admirable dans tous vos états et vos mystères. Noble dans votre origine, parfait dans votre corps, très pur dans votre âme, prudent dans votre conduite, vierge dans votre union angélique avec Marie, infatigable dans, vos travaux, éminent dans votre contemplation, sage dans toute votre vie, heureux dans votre mort, glorieux dans votre résurrection, surabondant de délices dans votre récompense, en un mot Joseph, Père de Jésus et Epoux de Marie !

Ô grandeurs ! Ô privilèges incommunicables ! Ô vertus sublimes ! Je les crois fermement, je les publie hautement. Ô Joseph, incomparable Joseph ! Je vous révère avec amour, je vous chéris avec respect, je vous honore en toute humilité ! Béni soit Dieu qui vous a élu et élevé à de si grandes choses ! Mon esprit est ravi et mon âme tressaille de joie à la vue de tant de merveilles renfermées dans votre auguste personne. Puisse Celui qui vous a fait le sujet d’une si haute et si éminente perfection, d’une gloire si accomplie et d’un mérite approchant de l’infini, répandre la connaissance et l’amour de votre nom par tout l’univers ! Plût à Dieu que toutes les créatures, ou au moins que toutes les âmes chrétiennes, enflammées d’un saint zèle, s’entendissent pour exalter la gloire de Jésus et de Marie en louant Saint Joseph !

Oh ! Que les hommes sont aveugles de ne pas voir les trésors de grâces que Dieu a mis entre vos mains, pour en disposer selon votre volonté en faveur de vos fidèles serviteurs ! »

 

Pratique

Pieux exercices

 

Le fidèle serviteur de Saint Joseph s’acquitte chaque jour de certains exercices de piété qu’il a arrêtés avec lui, selon son attrait ou ses besoins et auxquels il est aussi exact qu’à ceux qu’il a voués chaque jour à la Sainte Vierge. Ayons donc les nôtres bien fixés, bien déterminés, et que ce soit un devoir sacré pour nous de ne jamais y manquer. Nous le devons bien au saint Epoux de Marie, au glorieux Père nourricier de Jésus ; mais lors même que nous ne serions pas assez touchés de hommages à lui rendre, faisons-le au moins pour les avantages que nous y trouverons et les fruits de salut que nous en recueillerons. Ne nous imposons pas trop de graves obligations avec lui, si nous sommes exposés à les enfreindre, mais au moins soyons fidèles à celles plus ou moins adoucies que nous aurons contractées.

N’oublions pas, du reste, que ces exercices de piété doivent surtout tendre à notre avancement spirituel, et que les meilleurs sont les exercices de la vie intérieure. Les actes intérieurs relèvent admirablement le culte extérieur que nous rendons soit à Dieu, soit aux Saints. Ils enrichissent ceux qui les font avec ferveur et remplissent leur cœur d’amour et de vénération. Rien de plus aisé et de plus facile, d’ailleurs, que ces pieux exercices, puisqu‘on peut les pratiquer en tout temps et en tout lieu. Il suffit pour cela d‘une élévation d'esprit ou d’une oraison jaculatoire poussée avec ardeur vers le ciel, et animée de quelque acte intérieur qui lui donne sa valeur et son prix.

Ceux que l’on conseille ordinairement en l'honneur de saint Joseph sont les actes intérieurs de foi en ses glorieux privilèges, d’amour de complaisance d’abord, d’amour parfait ensuite, de louange, d’admiration, de confiance, d’offrande, d'humilité, de reconnaissance, d’imitation.

Le Père Lallemand pratiquait chaque jour, à la gloire du Saint Patriarche, quatre petits exercices intérieurs, deux dans la matinée et deux dans l’après-dîner, dont il tira de merveilleux avantages pour sa sanctification.

 

Prière

Tirée du Père Huguet

 

Mon très aimable Protecteur, saint Joseph, ne serais-je pas du nombre de ceux qui ont port à vos, bienfaits ? Votre bonté, dont j’ai si souvent éprouvé les effets, m’en donne l’assurance. Mais aussi je le déclare à la face du Ciel et de la terre, que les biens que j‘attends de vous ne sont pas la cause de l’amour que je vous porte, ni des services que je vous ai voués. C’est ce que vous êtes en vous-même qui vous a gagné mon cœur. Ce sont les rapports ineffables et personnels que vous avez avec la très Sainte Trinité qui me portent à vous aimer plus vivement et à vous invoquer plus assidûment que les autres bienheureux. Les unions saintes et célestes qui vous lient intimement à Dieu dans l'ordre de l’union hypostatique, sont les nœuds qui m'attachent indissolublement à vous. J’aime votre Fils et votre divine Epouse en vous aimant ; je m’approche de vous pour avoir de l’accès auprès d’eux ; je m’applique à imiter vos vertus pour avoir quelque ressemblance avec leurs perfections. Si jamais, comme je l’espère, j’ai le bonheur d’arriver au port de la céleste patrie, d‘être admis dans l’éternelle société de Jésus et de Marie, je confesserai que c’est, après Dieu et sa sainte Mère, au glorieux saint Joseph que je dois ce bonheur et cette gloire.

C'est dans ces sentiments que je vous renouvelle en ce moment ma consécration, en vous disant : « Ô Bienheureux Joseph, digne Epoux de la Reine des vierges, je me consacre à votre culte et me donne tout à vous ; soyez mon père, mon protecteur et mon guide dans la voie du salut ; obtenez-moi la grâce de faire, à votre exemple, toutes mes actions pour la plus grande gloire de Dieu, en expiation de mes péchés et en réparation des outrages faits aux sacrés Cœurs de Jésus et, de Marie. C’est ce que je vous demande, en vous priant de m’assister tous les jours de ma vie, et particulièrement à l’heure de ma mort. Ainsi soif-il ».

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

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23 mars 2019

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Vingt-quatrième jour

Stations en Judée

 

La Sainte Famille, dans la nuit de son départ, traversa plusieurs endroits et se reposa le matin sous un de ces hangars que l‘on rencontrait sur les routes pour la commodité des voyageurs. Vers le soir, comme ils ne pouvaient pas aller plus loin, ils entrèrent dans un petit endroit appelé Nazara, qui renfermait une population à part et qu’on traitait avec un certain mépris. Elle n’était ni juive ni païenne ; mais sa religion était un mélange de paganisme et de judaïsme. Ils allaient adorer au temple du mont Garizim, près de Samarie, dont ils étaient éloignés de quelques lieues, par un chemin difficile et montueux. Ils étaient accablés de charges de toute nature, comme de travailler comme des esclaves au Temple de Jérusalem et faire d’autres travaux publics.

Ces pauvres gens accueillirent très amicalement la Sainte Famille, qui passa chez eux tout le jour suivant, qui était le jour du sabbat. Lors du retour d'Egypte, la sainte Famille visita de nouveau ces bonnes gens ; et aussi, plus tard, lorsque Jésus alla au Temple dans sa douzième année, et lorsqu’il en revint. Dans la suite, ces braves gens se firent baptiser par saint Jean, puis se réunirent aux disciples de Jésus.

Mais le jour même du sabbat, après sa clôture , la sainte Famille quitta Nazara et voyagea toute la nuit. Puis, tout le dimanche et la nuit suivante jusqu’au lundi, elle resta cachée près de ce grand vieux térébinthe sous lequel elle s‘était arrêtée en allant à Bethléem, lorsque la Sainte Vierge avait tant souffert du froid. C'était le térébinthe d’Abraham, près du bois de Moreh, à peu de distance de Sichem, de Thenat, de Siloh et d’Arumah. Les projets d’Hérode étaient connusdans ce pays, et la Sainte Famille n’y était pas en sûreté. C‘était près de cet arbre que Jacob avait enfoui les idoles de Laban. Josué rassembla le peuple près de ce térébinthe, sous lequel il avait dressé le tabernacle. Où était l’Arche d‘alliance, et il l’y fit renoncer aux idoles. Ce fut la aussi qu’Abimelech, le fils de Gédéon, fut salué roi par les Sichémites.

Le lundi matin, de bonne heure, la sainte Famille, se trouvant dans une contrée fertile, se reposa près d’une petite source ; à côté d’un buisson de baume. L'Enfant Jésus avait les pieds nus ; il était sur les genoux de la sainte Vierge. Ces arbrisseaux de baume étaient couverts de baies rouges ; il y avait à quelques branches des incisions d’où sortait un liquide qui était recueilli dans de petits vases. Personne ne songeait à les voler. Saint Joseph remplit de cette liqueur les petites cruches qu’il avait avec lui. La Sainte Famille mangea des petits pains et des baies cueillies sur les arbrisseau voisins. L’âne buvait et paissait dans le voisinage. L’on voyait à leur gauche , dans le lointain, les hauteurs sur lesquelles était Jérusalem. C‘était un tableau très touchant.

Le mardi, Zacharie et Eiisabeth ayant appris aussi le danger qui les menaçait par un» messager de confiance que la Sainte Famille leur avait sans doute envoyé, Elisabeth porta le petit Jean à un lieu très retiré dans le désert, à deux lieues d’Hébron. Zacharie les accompagna jusqu‘à un endroit où ils traversèrent un petit cours d’eau sur une poutre ; puis il se sépara d’eux et se dirigea vers Nazareth par le chemin que Marie avait suivi lors de sa visite à Elisabeth. Probablement il voulait prendre des informations plus précises auprès de Sainte Anne. Plusieurs amis de la Sainte Famille à Nazareth sont très attristés de son départ. Le petit Jean n’avait sur lui qu’une peau d‘agneau. Quoiqu’il eût à peine dix-huit mois, il pouvait déjà courir et sauter. Il portait dès lors à main un petit bâton blanc avec lequel il jouait à la manière des enfants. Il ne fait pas voir dans ce désert une immense étendue de pays sablonneuse et stérile, mais plutôt une solitude avec des rochers, des défilés, des grottes, des bosquets, des arbres et divers arbrisseaux produisant des baies et des fruits sauvages.

Elisabeth porta le petit Jean dans une caverne où Madeleine séjourna quelques temps après la mort de Jésus. L’on ignore combien de temps Elisabeth s’y tint cachée cette fois avec son enfant, si jeune encore. Elle y resta probablement jusqu’au moment où la persécution d’Hérode ne parut plus à craindre. Elle revint alors avec son fils à Jutta ; mais elle se retira encore dans le désert avec le petit Jean, lorsque Hérode convoqua les mères qui avaient des enfants de moins de deux ans, c’est à dire près d’un an plus tard.

Après que la Sainte Famille eut franchi quelques uns des sommets de la montagne des Oliviers, elle alla au-delà de Bethléem, dans la direction d’Hébron, et à deux lieues environ du bois de Mambré, entra dans une grotte spacieuse, placée dans une gorge sauvage, au-dessous de laquelle se trouvait un endroit dont le nom ressemble assez à celui d’Ephraïm. Ce devait être la sixième station de leur voyage. Ils arrivèrent accablés de fatigue et d’ennui. Marie était triste et pleurait. Ils souffraient de toute espèce de privations, car ils devaient suivre des chemins détournés, évitant toutes les ville et les hôtelleries fréquentées. Ils se reposèrent ici tout un jour. Plusieurs grâces miraculeuses leur apportèrent un peu de soulagement. Une source jaillit dans la grotte, à la prière de la Sainte Vierge. Une chèvre sauvage vint à eux et se laissa traire. Un Ange leur apparut aussi et les consola.

Un prophète avait souvent prié dans cette grotte. Samuel, à ce que l’on croit, s’y arrêta quelques fois. David garait aux environs les troupeaux de son père. Il pria ici et y reçut des ordres apportés par un Ange, et entre autres, l’ordre de se présenter au combat contre Goliath.

En quittant cette grotte, nos saints voyageurs firent sept lieues au midi, laissant toujours la mer Morte à leur gauche, et, à deux lieues au-delà d’Hébron, se trouvèrent dans le désert ou s’était réfugié le petit Jean-Baptiste. Ils passèrent à une portée de trait de la grotte où où il était. Et la Sainte Famille, fatiguée et épuisée, s’avança dans le sable du désert. L’outre qui contenait l’eau et les petites cruches de baume étaient vides. La Sainte Vierge était en proie à une vive inquiétude ; elle avait soif et Jésus aussi. Ils se détournèrent un peu de la route, vers un enfoncement où il y avait des buissons et un peu de gazon desséché. La Sainte Vierge descendit de l’âne et s’assit par terre. Elle avait son Enfant devant elle ; elle était toujours inquiète et priait. Pendant que la Sainte Vierge demandait de l’eau comme Agar dans le désert, il survint un incident singulièrement touchant. La grotte dans laquelle Elisabeth avait caché le petit Jean était tout près de là, au milieu de rochers élevés, et le petit Jean se mit à errer à peu de distance parmi les broussailles et les pierres. Il semblait plein d‘un désir inquiet, comme s’il eût attendu quelque chose. La vue de ce petit enfant, courant d’un pas assuré dans le désert, faisait une vive et touchante impression. De même qu’il avait tressailli dans le sein de sa mère comme pour aller à la rencontre de son Seigneur, il était excité cette fois par le voisinage de son Rédempteur souffrant de la soif. Il avait une peau d’agneau jetée sur les épaules et attachée autour des reins ; il tenait à la main son petit bâton, au haut duquel flottait une banderole d'écorce. Il sentait que Jésus passait, qu’il avait soif ; il se jeta à genoux et cria vers Dieu les bras étendus. Puis il se leva vivement, courut, poussé par l’esprit, jusqu’à une haute paroi du rocher, et frappa le sol avec son bâton. Il en sortit aussitôt une source abondante. Jean courut en toute hâte à l’endroit où elle descendait. Il s’y arrêta et vit dans le lointain la sainte Famille qui passait. En ce moment, la sainte Vierge éleva l’Enfant Jésus en l’air et le tourna de ce côté en disant : « Voilà Jean dans le désert ! » Et Jean tressaillit de joie près de l’eau qui se précipitait. Il fit un signe en agitant la banderole de son bâton, puis il s’enfuit dans la solitude.

Cependant la source ne tardait pas à se rapprocher du chemin que suivaient les voyageurs. Ils passèrent outre et s’arrêtèrent, pour se reposer, en un endroit assez agréable et ombragé par quelques arbres. La sainte Vierge descendit de l'âne avec le divin Enfant. Elle était profondément émue, ainsi que saint Joseph. Marie s’assit sur l’herbe. Joseph creuse à quelque distance, un petit bassin que l'eau vint remplir. Quand elle s’y montra tout à fait limpide, ils en burent tous. Marie baigna l’Enfant ; et ils se lavèrent les mains, les pieds et le visage. Joseph amena aussi l’âne, qui se désaltéra, et il remplit son outre. Ils étaient pleins de joie et de reconnaissance. Le gazon desséché s‘imbiba et se redressa. Le soleil se montra brillant ; tous étaient ranimés et consolés. Leur halte en cet endroit fut bien de deux à trois heures.

La dernière halte de la sainte Famille dans les Etats d’Hérode fut à peu de distance d’une ville, sur la frontière du désert, à deux lieues environ de la mer Morte. La ville s’appelait comme Anam, Anem ou Anim. Ils s’adressèrent dans une maison isolée : c’était une hôtellerie à l’usage des gens qui voyageaient dans le désert. Il s’y trouvait des cabanes et des hangars appuyée contre une éminence, et à quelque distance des arbres fruitiers à l‘état sauvage. Les habitants paraissaient être des chameliers, car ils avaient plusieurs chameaux qui erraient dans des pâturages entourés de haies. C’étaient des gens de mœurs assez farouches, et qui s’étaient livrés au brigandage. Cependant ils reçurent bien la Sainte Famille et lui donnèrent l’hospitalité. Dans la ville voisine, il y avait aussi beaucoup de gens à la vie désordonnée, qui s’étaient établis à la suite, de guerres. Il se trouvait entre autres, dans l’hôtellerie, un homme d’environ vingt ans, qui s’appelait Ruben.

Le jeudi suivant, les étoiles brillent au ciel, et la Sainte Famille traverse durant la nuit un endroit sablonneux où l’on ne trouve que des arbustes desséchés. Il présentait de grands dangers, à cause d’une multitude de serpents qui étaient cachés dans les broussailles où ils se tenaient roulés en cercle sous le feuillage. Ils s’approchèrent en sifflant et dressèrent leurs têtes contre la Sainte Famille, qui passa tranquillement, tout entourée de lumière. Il s’y trouvait encore des animaux malfaisants d’une autre espèce. Ils avaient un long corps noirâtre, avec des pieds très courts et des espèces d’ailes sans plumes, ressemblant à de grandes nageoires. Ils passaient rapidement comme s’ils eussent volé : il y avait dans la forme de leur tête quelque chose qui tenait du poisson. C’étaient peut-être des lézards volants, La Sainte Famille arriva comme au bord d’un chemin creux ou d’une profonde excavation dans le sol. Ils voulaient se reposer là, derrière des buissons.

La Sainte Famille fit ensuite deux lieues vers l’orient en suivant la grande route ordinaire. Le nom du dernier endroit où ils arrivèrent, entre la Judée et le désert, était quelque chose comme Mara. Ce qui faisait penser au lieu d’où Sainte Anne était originaire ; mais ce n’était point lui. Les habitants étaient sauvages et inhospitaliers, et la Sainte Famille ne reçut d’eux aucune aide. Ils entrèrent ensuite dans un grand désert de sable. Il n’y avait plus de chemin ni rien qui leur indiquât la direction à prendre, et ils ne savaient comment faire. Après avoir un peu marché, ils gravirent devant eux une sombre chaîne de montagnes. Ils furent un instant très inquiets, mais ils se mirent à genoux et appelèrent Dieu à leur secours. Plusieurs grands animaux sauvages se rassemblèrent autour d’eux. Il semblait d’abord qu’il y eût du danger ; mais ces animaux n’étaient pas méchants. Au contraire, ils les regardèrent d’un air amical, et il fut bientôt visible que ces bêtes étaient envoyées pour leur montrer le chemin. Elles regardaient du côté de la montagne, couraient en avant, puis revenaient, comme fait un chien qui veut conduire quelqu’un. Enfin la Sainte Famille suivi des animaux, et arriva à travers les montagnes à une contrée triste et sauvage.

 

Considération

Saint Joseph d’après Dom Guéranger

 

Voici ce que dit de Saint Joseph et de son culte le docte et pieux dom Guéranger, abbé de Solesmes, restaurateur de l’Ordre des Bénédictins en France, dans le dernier volume de son Année liturgique :

« La bonté de Dieu et la fidélité de notre Rédempteur à ses promesses s’unissent toujours plus étroitement de siècle en siècle, pour protéger en ce monde l’étincelle de la vie surnaturelle qu’il doit conserver jusqu’au dernier jour. Dans ce but miséricordieux, une succession non interrompue de secours vient réchauffer, pour ainsi dire, chaque génération et lui apporter un nouveau motif de confiance dans la divine Rédemption. À partir du XIIIe siècle, où le refroidissement du monde commença à se faire sentir, ainsi que l’Eglise nous en rend témoignage, chaque époque a vu s’ouvrir une nouvelle source de grâces. ce fut d‘abord la Fête du Très Saint Sacrement, dont les développements ont produit successivement la procession solennelle, les expositions, les saluts, les quarante heures. Ce fut ensuite la dévotion au Saint Nom de Jésus, dont saint Bernardin de Sienne fut le principal apôtre, et celte du Via Crucis ou Chemin de la Croix, qui produit tant de fruits de componction dans les âmes. Le XVIe siècle vit renaître la fréquente communion, par l’influence principale de saint Ignace de Loyola et de sa Compagnie. Au XVIIe, fut promulgué le culte du Sacré Cœur de Jésus, qui s’établit dans le siècle suivant. Au XIXe, la dévotion à la très Sainte Vierge a pris des accroissements et une importance qui sont un des caractères surnaturels de notre temps. Le saint Rosaire, le saint Scapulaire, que nous avaient légués les âges précédents, ont été remis en honneur ; les pèlerinages en l’honneur de la Mère de Dieu, suspendus par les préjugés jansénistes et rationalistes, ont repris leur cours ; l’Archiconfrérie du Saint Cœur de Marie a étendu ses affiliations dans le monde entier : des prodiges nombreux sont venus récompenser la foi rajeunie ; enfin notre temps a vu le triomphe de l’Immaculée Conception préparé et attendu dans les siècles moins favorisés.

Mais la dévotion envers Marie ne pouvait se développer ainsi sans amener avec elle le culte fervent de Saint Joseph. Marie et Joseph ont une part trop intime dans le divin mystère de l’Incarnation, l‘une comme Mère du Fils de Dieu, l’autre comme gardien de l’honneur de la Vierge et Père nourricier de l’Enfant Dieu, pour que l’on puisse les isoler l’un de l'autre. Une vénération particulière envers saint Joseph a donc été la suite du développement de la piété envers la très Sainte Vierge. Mais la dévotion à l’égard de l’Epoux de Marie n’est pas seulement un juste tribut que nous rendons à ces admirables prérogatives, elle est encore pour nous la source d’un secours nouveau d’une immense étendue qui a été déposé entre les mains de saint Joseph par le Fils de Dieu. Écoutez le langage inspiré de l’Eglise dans la sainte Liturgie : « Ô Joseph, l’honneur des habitants du ciel, l’espoir de notre a vie ici-bas, le soutien de ce monde ! » Quel pouvoir dans un homme ! Mais aussi, cherchez un homme qui ait eu avec le Fils de Dieu des rapports aussi intimes que Joseph. Jésus daigna être soumis à Joseph ici-bas ; au ciel, il tient à honorer Celui dont il voulut emprunter le secours, et à qui il confia son enfance avec l‘honneur de sa Mère. Il n’est donc pas de limites au pouvoir de Saint Joseph, et la sainte Eglise nous invite à recourir avec une confiance absolue à ce tout-puissant Protecteur. Au milieu des agitations terribles auxquelles le monde est en proie, que les fidèles l’invoquent avec foi, et ils seront protégés. En tous les besoins de l’âme et du corps, en toutes les épreuves et les crises que le chrétien peut avoir à traverser, dans l'ordre temporel comme dans l’ordre spirituel, qu’il ait recours à Saint Joseph, et sa confiance ne sera pas trompée. Le roi d'Egypte disait à ses peuples affamés : « Allez à Joseph ». Le Roi du ciel nous fait la même invitation, et le fidèle gardien de Marie a plus de crédit auprès de lui que le fils de Jacob, intendant des greniers de Memphis, n’en eut auprès de Pharaon.

La révélation de ce nouveau refuge préparé pour les derniers temps a été d’abord communiquée, selon l’usage que Dieu garde pour l’ordinaire, à des âmes privilégiées auxquelles elle était confiée comme un germe précieux ; ainsi en fut-il pour l‘institution de la Fête du saint Sacrement, pour celle du Sacré Cœur de Jésus-et pour d’autres encore. Au XVIe siècle, sainte Thérèse, dont les écrits étaient appelés à se répandre dans le monde entier, reçut dans un degré supérieur les communications divines à ce sujet, et elle consigna. ses sentiments et ses désirs dans sa Vie, écrite par elle-même. On ne s’étonnera pas que Dieu ait choisi la réformatrice du Carmel pour la propagation du culte de Saint Joseph, quand on se rappellera que ce fut par l’influence de l’Ordre des Carmes, introduit en Occident au XIIIe siècle, que ce culte s'établit d‘abord dans nos contrées. Voués depuis tant de siècles à la religion envers Marie, les solitaires du Mont Carmel avaient découvert avant d’autres le lien qui rattache les bonheurs auxquels a droit la Mère de Dieu à ceux qui sont dus à son virginal Epoux. Sur cette terre où s’est accompli le divin mystère de l’Incarnation, l’œil du fidèle plonge plus avant dans ses augustes profondeurs. Entouré de tant de souvenirs ineffables, le chrétien arrive plus promptement a comprendre que le Fils de Dieu prenant la nature humaine, s’il lui fallait une Mère, il fallait à cette Mère un protecteur ; en un mot, que Jésus, Marie et Joseph forment, à des degrés divers, l’ensemble de relations et d‘harmonies sous lesquelles l’ineffable mystère devait se produire sur la terre... Et Pie IX, à la veille des grandes tribulations de l‘Eglise, par un instinct surnaturel, a voulu appeler au secours du troupeau qui lui est confié le puissant Protecteur qui n’a jamais eu tant de maux à combattre, ni tant de fléaux a détourner.

Mettons donc désormais notre confiance dans le pouvoir de l’auguste Père du peuple chrétien, Joseph, sur qui tant de grandeurs n’ont été accumulées qu’afin qu’il répandit sur nous, dans une mesure plus abondante que les autres saints, les influences du divin mystère de l’Incarnation, dont il a été, après Marie, le principal ministre sur la terre ».

 

Pratique

Saintes Conventions

 

Le secret de cette pratique, nous dit le Père Huguet, consiste à déclarer à nos saints de prédilection que, quand nous produirons certains signes extérieurs, comme des génuflexions ou des inclinations de tête devant leurs images, certaines paroles, des mouvements de cœur, ou autres choses semblables, à leur endroit, nous aurons l’intention de leur rendre tel ou tel honneur, ou de leur dire telle ou telle autre chose, en les priant que chaque fois que nous produirons ces signes avec l’intention déjà formulée, ils tiennent pour fait ou pour dit ce que notre faiblesse ne nous permet pas de faire ou de dire actuellement, comme nous le désirons de tout notre cœur.

Quoique nous n’ayons pas leur consentement ou leur agrément exprès sur ces pratiques, il est certain néanmoins que les bienheureux ont pour agréables ces actes de piété en leur honneur, qu’ils exaucent nos bons désirs, et secondent nos intentions en nous obtenant ce que nous leur demandons. Mais si cette doctrine s’applique à tous les saints, elle s’applique bien d’avantage à saint Joseph, à qui Dieu a accordé une puissance de médiation à laquelle ne peut être comparée celle des autres saints. Arrêtons donc avec lui de ces pieuses conventions qui lui seront si agréables, et qui, sous tous les rapports, nous seront si utiles à nous-mêmes.

Et, pour rendre plus sacrées ces saintes conventions, choisissons un jour de fête pour lui en faire, après une fervente communion, la déclaration solennelle, en présence de Jésus-Christ, son Fils adoptif, que nous posséderons dans notre cœur, de la bienheureuse Vierge Marie, son épouse immaculée, et de tous les Saints du Paradis qui se réjouiront en nous voyant nous engager ainsi avec celui à qui le Père éternel, le Roi de gloire, et la Reine Mère de Dieu, ont rendu et rendront à jamais des honneurs plus éclatants et plus doux que toutes nos dévotions.

 

Prière

Tirée de Dom Guéranger

 

Père et protecteur des fidèles, glorieux Joseph, nous bénissons notre mère la Sainte Eglise, qui, dans ce déclin du monde, nous a appris à espérer en vous. De longs siècles se sont écoulés sans que vos grandeurs fussent encore manifestées ; mais vous n’en étiez pas moins au ciel l’un des plus puissants intercesseurs du genre humain. Chef de la Sainte Famille dont un Dieu est membre, vous poursuiviez votre ministère paternel à notre égard. Votre action cachée se faisait sentir pour le salut des peuples et des particuliers ; mais la terre éprouvait vos bienfaits sans avoir encore institué, pour les reconnaître, les hommages qu’elle vous offre aujourd’hui. Une connaissance plus étendue de vos grandeurs et de votre pouvoir, ainsi que la proclamation de votre protectorat sur tous nos besoins, était réservée à ces temps malheureux où l’état du monde aux abois appelle des secours qui ne furent pas révélés aux âges précédents. Nous venons donc à vos pieds, ô Joseph ! Afin de rendre hommage en vous, à votre puissance d’intercession qui ne connaît pas de limites, à une bonté qui embrasse dans une même adoption tous les frères de Jésus et les enfants de Marie.

Mais en notre qualité de frères de Jésus et d’enfants de Marie, nous sommes aussi vos enfants, ô Joseph. Soyez alors notre bon père, et daignez accepter nos instances que la sainte Eglise. encourage et qui montent vers vous plus pressantes que jamais. En ces temps où les saints manquent et où les vérités sont diminuées, nous savons qu’il vous faut peser de tout le poids de vos mérites, pour que le plateau de la divine balance n’incline pas du côté de la justice. Daignez, ô Protecteur universel, ne pas vous lasser dans ce labeur : l’Eglise de votre Fils adoptif vous en supplie aujourd’hui. Le sol miné par la liberté effrénée de l’erreur et du mal est, à chaque instant, sous le point de fondre sous ses pieds. Ne vous reposez pas un instant, et, par votre intervention paternelle, hâtez-vous de lui préparer une situation plus calme. Ainsi soit-il.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

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22 mars 2019

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Vingt-troisième jour

Départ pour l’Égypte

 

Mais que les joies de la terre, même les plus saintes, sont de courte durée ! Déjà Jésus, Marie et Joseph ne sont plus a Nazareth. La veille du jour où nous sommes arrivés, saint Joseph était revenu de bonne heure de la maison de Sainte Anne. Celle-ci et sa fille aînée étaient encore à Nazareth. A peine étaient elles allées se reposer, que l’Ange avertit Joseph. Marie et l’Enfant Jésus avaient leur chambre a coucher à droite du foyer ; Sainte Anne, a gauche ; la fille aînée de celle-ci, entre la chambre de sa mère et celle de Saint Joseph. Ces différentes pièces étaient séparées par des cloisons en branches d’arbres tressées ; elles étaient aussi couvertes par en haut avec un clayonnage de même espèce. Le lit de Marie était en outre séparé du reste de la chambre par une sorte de paravent. L’Enfant Jésus couchait à ses pieds sur un tapis: quand elle se levait, elle pouvait le prendre sans difficulté.

Saint Joseph dormait dans sa chambre, couché sur le côté, la tête appuyée sur son bras, quand un jeune homme, resplendissant de lumière, s’approcha de sa couche et lui parla. Joseph se releva ; mais il était accablé de sommeil, et il se recoucha. Le jeune homme le prit alors par la main, et Joseph se réveilla tout a fait et se leva. Le jeune homme disparut. Joseph alla allumer sa lampe à celle qui était devant le foyer, au milieu de la maison. Il frappa à la porte de la sainte Vierge, et demanda si elle pouvait le recevoir. Après quoi il entra et parla à Marie, qui n’ouvrit pas le rideau placé devant elle. Puis il alla dans l’écurie où était son âne, et entra dans une chambre où étaient divers effets. Il faisait les préparatifs pour le départ.

Quand saint Joseph ont quitté la sainte Vierge, elle se leva et s’habiller pour le voyage. Elle alla ensuite trouver sa mère et lui fit connaître l’ordre donné par Dieu. Alors Sainte Anne se leva aussi, ainsi que Marie d’Héli et son fils. Ils laissèrent l'Enfant Jésus reposer encore. La volonté de Dieu était au-dessus de tout pour ces saintes personnes : quelque affliction qu’elles eussent dans le cœur, elles disposèrent tout pour le voyage, avant de se livrer à la tristesse des, adieux. Marie ne prit pas, à beaucoup près, tout ce qu’elle avait apporté de Bethléem. Elles firent un paquet de médiocre grosseur avec ce que Joseph avait préparé, et y joignirent quelques couvertures. Tout se fit avec calme et très promptement, comme lorsqu’on vient d’être réveillé pour partir secrètement.

Puis Marie alla chercher l’Enfant, et son empressement fut tel, qu’on ne la vit pas le changer de langes. Le moment des adieux était arrivé, et l’on ne put dire combien amère était l’affliction de Sainte Anne et celle de sa fille aînée. Elles pressèrent en pleurant l’Enfant Jésus contre leur cœur, et le petit garçon lui-même le couvrit de baisers. Sainte Anne embrassa à plusieurs reprises la Sainte Vierge, pleurant amèrement, comme si elle ne devait plus la revoir. Marie d’Héli se jeta par terre et versa des larmes abondantes.

Il n’était pas encore minuit lorsqu’ils quittèrent la maison. Anne et Marie d’Héli accompagnèrent la sainte Vierge à pied pendant quelque temps. Saint Joseph venait derrière avec l’âne. On allait dans la direction de la maison de Sainte Anne ; seulement on la laissait un peu à droite. Marie portait dans ses bras l’Enfant Jésus, soigneusement emmailloté, et retenu par un grand linge noué autour du cou de sa mère. Elle avait un long manteau qui l'enveloppait ainsi que l’Enfant, et un grand voile carré, ramassé par derrière autour de la tête, mais qui retombait à longs plis sur les côtés. Elles avaient fait un peu de chemin, lorsque saint Joseph les rejoignit avec l’âne sur lequel étaient attachées une entre pleine d’eau et une corbeille où se trouvaient plusieurs objets, des petits pains, des oiseaux vivants et une petite cruche. Le petit bagage des voyageurs et quelques couvertures étaient empaquetés autour du siège, placé en travers, qui avait une planchette pour les pieds. Elles s’embrassèrent encore en pleurant ; Sainte Anne bénit la Sainte Vierge, et celle-ci monta sur l’âne que Joseph conduisait et se mit en route.

Enfin, ce matin, de bonne heure, Marie d‘Héli alla chez Sainte Anne avec son petit garçon, et pria son beau-père de se rendre à Nazareth avec un de ses serviteurs ; après quoi, elle retourna chez elle. Puis Sainte Anne rangea tout dans la maison de Joseph et empaqueta beaucoup de choses. Le matin, il vint deux hommes de la maison de Sainte Anne : l’un d‘eux ne portait sur lui qu’une peau de mouton et avait des sandales grossières assujetties avec des courroies autour des jambes ; l’autre avait un vêtement plus long. Celui-ci était, sans nul doute, le mari actuel de Sainte Anne. Ils aidèrent à tout mettre en ordre dans la maison de Joseph, à empaqueter tout ce qui pouvait être retiré, et à le porter dans la maison de Sainte Anne.

 

Considération

Saint Joseph d’après le Père Faber

 

Le Père Faber, mort en 1864, supérieur de l’Oratoire de Londres, fut un de ces nombreux ministres anglicans qui, en 1845, amenés par leurs seules études à reconnaître la vérité, surent faire tous les sacrifices pour suivre la voix de leur conscience, en abandonnant le schisme et rentrant dans le sein de l‘Eglise. Une des dévotions les plus chères au Père Faber, après sa conversion, était celle à Saint Joseph. Il le priait tous les jours avec autant de ferveur que de confiance; il ne manquait aucune occasion d‘en parler dans ses discours et dans ses ouvrages ; il exhortait à recourir à lui en pleine confiance tous ceux qu'il dirigeait.

« Marie, disait-il, doit être le premier objet de notre dévotion, Joseph le second ».

« Marie et Joseph, disait-il encore, sont d’une sainteté si sublime, qu’elle est capable de ravir d’admiration toutes les créatures, non-seulement jusqu’à la fin des temps, mais dans l’éternité ».

Nous regrettons de ne pouvoir donner ici que quelques lignes des admirables pages qu’il a consacrées au saint Patriarche dans ses deux ouvrages: Le saint Sacrement, et Bethléem ou le Mystère de la sainte Enfance.

« Qui peut douter, dit-il, dans le premier de ces ouvrages, que tout n’ait été disposé, dans la personne de saint Joseph, de manière à être une préparation digne de la haute dignité que Dieu devait lui conférer ? Qui peut douter que tout n’ait tendu à le former et à lui donner la consécration qui convenait au Père nourricier du Verbe fait chair ?…

Non seulement saint Joseph semble nous représenter tous à Bethléem, en Egypte, dans le désert et à Nazareth, mais il y est encore comme l’ombre du Père éternel. C’est là ce qui constitue la sublimité de sa dignité. L’incommunicable et a jamais bénie paternité de Dieu lui est communiquée d’une manière figurative. Il est le Père nourricier de Jésus ; aux yeux du monde extérieur, il passe pour son véritable père. Il en exerce l’autorité, et remplit envers lui tous les devoirs de l’affection et de la sollicitude paternelles. Que dis-je ? Dans sa nature humaine, Notre Seigneur est subordonné à saint Joseph, lui qui, dans sa nature divine, ne pouvait jamais être subordonné au Père éternel. Les ineffables trésors de Dieu, Jésus et Marie, sont confiés à la garde de saint Joseph ; et lui-même est un trésor en même temps qu’il est le gardien des trésors de Dieu. Il occupe une place dans le plan de la Rédemption. Comme Jésus et comme Marie, il a ses types, ses précurseurs et ses prophéties dans l’Ancien Testament. Il prête son concours a Dieu pour tenir secret le mystère de l'Incarnation ; et en sa qualité de représentant du Père éternel, il nous rappelle constamment, dans son ministère auprès de l’Enfant Jésus, le souvenir de sa divinité...

Quoi d’étonnant donc dans ce que les théologiens nous rapportent touchant les grâces nombreuses et les dons précieux dont il a été orné ? Est-il surprenant que les fidèles croient que pour lui, le moment de la résurrection des justes fut anticipé, qu’il fut un de ceux qui parcoururent les rues de Jérusalem le jour de Pâques avec leur corps ressuscité, et qu’il monta ainsi dans les cieux, le jour de l’Ascension, à la suite de Notre seigneur ? »

Et maintenant, si nous ouvrons « Bethléem ou le Mystère de la Sainte Enfance », voici ce que nous y lisons entre autres choses non moins édifiantes assurément :

« Après Marie, Joseph s’approche aussi pour adorer l’Enfant Dieu.... Joseph, le plus caché de tous les saints de Dieu, et enveloppé dans les nuages mêmes et les ombres qui environnent la source incréée de la Divinité. Son âme est un abîme de grâces sans nom ; de grâces plus profondes que celles d’où jaillissent les vertus ordinaires. Il ne nous est pas possible de donner un nom au caractère de sa sainteté. Nous ne pouvons le comparer avec aucun autre des saints de Dieu. De même que son office était unique, de même sa grâce a été toute spéciale ; elle a suivi ce qu’il y avait de particulier dans son office ; elle a été aussi unique. Joseph a été pour Marie parmi les hommes ce que Gabriel était pour elle parmi les Anges ; mais il a été plus rapproché d’elle que Gabriel, car Joseph était de la même nature que Marie. Il a donc été pour elle, après Bethléem, ce que saint Jean a été après le Calvaire, de sorte que, probablement, s’il nous était possible de l’apercevoir, nous concevrions une certaine analogie entre sa sainteté et celle du disciple bien-aimé. Mais sa sanctification est cachée dans l’obscurité. Il est probable qu’il a reçu le don de la justice originelle, comme Saint Jean-Baptiste. Ce qui est certain, c’est qu’il a été un vaisseau de la prédilection divine, prédestiné de toute éternité à un office particulier et incomparablement sublime, et revêtu des grâces les plus magnifiques destinées,à le rendre digne de cet office. Car quelque merveilleux que fût son office à l’égard de Marie, l’office qu’il avait à remplir à l’égard de Jésus était encore de beaucoup supérieur, à moins peut-être que l’on ne dise, ce qui est plus vrai, que le premier n’était qu’une partie du second…

Joseph, saisi de respect, s’approche de Jésus qui vient de naître, afin de l’adorer avant de lui commander. Son âme se remplit silencieusement d’amour, et volontiers sa vie se briserait et s’écoulerait sur la terre de la grotte, aux pieds de l’Enfant, comme elle le fit plus tard sur ses genoux ; mais le temps n’était pas encore venu, et l’Enfant le sanctifia de nouveau ; il le revêtit d’une force pleine de calme et d’une douceur pleine de force, et l’éleva à une sphère plus élevée de sainteté et d’ineffable grâce, afin qu’il pût être le supérieur officiel de son Dieu... »

 

Pratique

Missives à Saint Joseph

 

Qu’entend-on par Missives à Saint Joseph ? L’on entend par Missives à Saint Joseph des lettres qu’on lui écrit et lui adresse comme on ferait à un père, à un bienfaiteur, à un protecteur, dont on réclamerait les bonnes grâces, la faveur, la protection. Sans doute qu’on ne les lui enverra pas par la poste, mais on les lui fera parvenir en les déposant devant son image, au pied de sa statue, sur son autel. Par cette acte de vraie foi, d’amoureuse confiance, de reconnaissance de sa bonté pour les hommes et de sa puissance auprès de Dieu, nous semblons mettre le saint Patriarche en demeure de nous accorder l’effet de nos demandes. Et ces missives deviennent ainsi de vraies suppliques, qui, comme dit Saint Léonard de Port Maurice, sont d’abord présentées à Saint Joseph, Saint Joseph les remet ensuite à Marie, qui les soumet à son tour, à Jésus. Et Jésus, après avoir entériné ces suppliques, en remet les rescrits à Marie, qui les rend à Joseph peur sortir tout leur effet.

On rapporte du Père Louis Lallemand que, pendant qu‘il était recteur au collège de Bourges, la Fête de Saint Joseph approchant, il manda les Pères Paul Bagueneau et Jacques Nouet, qui y étaient régents des basses classes, et leur promit de leur faire obtenir, par l’intercession de ce grand Saint, tout ce qu’ils demanderaient, s‘ils voulaient exhorter leurs écoliers à lui être dévots, et à faire quelque chose d’extraordinaire pour le jour de sa Fête. Les deux jeunes régents s’y engagèrent et firent communier ce jour là tous leurs écoliers. Puis, ils allèrent proposer au Père recteur chacun ce qu’ils souhaitaient que saint Joseph leur obtint. Le Père Nouet demanda la grâce de parler et d’écrire dignement de Notre Seigneur. Mais le lendemain étant allé trouver le Père Lallemand pour lui dire qu’après y avoir bien pensé, il avait envie de demander une autre grâce qu’il croyait plus utile pour sa perfection, le Père lui répondit qu’il n’était plus temps de demander une autre grâce, parce que la première lui avait déjà été accordée, et qu’il ne s’était engagé que pour celle-ci.

Adressons, écrivons, envoyons des missives à saint Joseph avec la même Foi et la même confiance, et, comme ces saints religieux, nous ne tarderons pas à obtenir l’effet de nos demandes.

 

Prière pour la délivrance des âmes du Purgatoire

 

Bienheureux Saint Joseph, vous à qui Dieu a accordé de causer tant de joie dans les Limbes, lorsque votre sainte âme y est descendue, après votre bienheureuse mort, pour annoncer aux justes de l’ancienne loi, qui y étaient retenus, que l’œuvre de la Rédemption allait enfin se consommer, et que bientôt l’heure de la délivrance sonnerait pour eux ; vous a qui Jésus, dans le ciel où vous régnez maintenant avec lui au sein d‘une gloire incomparable, et donné, comme à Marie, tenté puissance dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, non-seulement pour réfréner les démons, mais encore pour pouvoir secourir les pauvres âmes du Purgatoire ; vous si compatissant et si bon peur les affligés, les malheureux, ceux qui sont dans les gémissements et les larmes, daignez, nous vous en conjurons, faire ressentir les effets de votre puissante protection aux âmes si souffrantes du Purgatoire et particulièrement à l’âme de N. (mettre ici des noms) qui m’est singulièrement chère…

Vous savez bien mieux que nous, bon saint Joseph, combien elles souffrent, ces pauvres âmes, combien il leur tarde de voir arriver le jour de leur délivrance, combien elles ont hâte d’être admises dans le séjour du rafraîchissement, de la lumière et de l’éternelle paix. Avec toute votre puissance et votre bonté, venez donc au plus tôt à leur secours. Elles sont dans les flammes, apaisez-en les ardeurs ; elles sont dans les ténèbres, faites luire sur elles la lumière qui réjouit et console ; elles sont dans d‘indicibles tourments, apportez-leur tout le soulagement qui est en votre pouvoir. Elles ne savent, ô cruelle incertitude ! quand finiront ces terribles expiations ; obtenez-leur de Jésus, par Marie, leur entière amnistie. Puis, venez leur annoncer, comme vous le fîtes autrefois aux Limbes, que la justice divine est enfin satisfaite, et que vous venez les chercher pour les introduire dans le saint Paradis, où elles seront si heureuses de chanter éternellement les miséricordes de Jésus, les bontés de Marie, et la puissance de votre médiation.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

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