06 juin 2012

Le Mois du Sacré Cœur de Jésus

Le Mois du Sacré Cœur de Jésus

 04

Septième jour

Ses trois paraboles les plus touchantes

 

Voix de Jésus

 

« Je suis la Vérité, ô mon fils: Ma Parole est toujours l'expression fidèle de Mes sentiments; M'entendre c'est voir Mon Cœur à découvert. Prête donc une oreille de plus en plus attentive; car Je vais te redire ce que J'adressais autrefois aux enfants d'Israël, pour les ramener à leur Dieu. C'est toi aussi que J'avais en vue, c'est pour, toi que Je parlais, ô mon fils. « Une femme avait dix drachmes: en ayant perdu une, elle alluma un flambeau, fouilla toute la maison, et l'ayant retrouvée elle assembla ses amies et ses voisines, leur disant: « Félicitez-moi; j'avais perdu une de mes drachmes, et voilà que je t'ai retrouvée ». Écoute encore: « Un pasteur avait cent brebis: une s'étant égarée dans le désert, il quitta les quatre-vingt dix-neuf qui lui restaient; il courut après la centième; et l'ayant retrouvée, il la chargea sur ses épaules; il la rapporta joyeux au bercail; et rentré dans sa demeure, il appela ses amis et ses voisins, leur disant: « réjouissez-vous avec moi: j'ai retrouvé ma brebis qui s'était égarée ». Écoute encore: « Un homme avait deux fils: le plus jeune réclama sa portion de biens, quitta la maison paternelle, et s'en alla dans un pays éloigné où il dissipa tout par une vie licencieuse. Bientôt une grande famine survint; et voilà qu'il fut réduit à offrir ses services à un maître, qui l'envoya aux champs paître des pourceaux; et là il enviait aux pourceaux les cosses de ce qu'ils mangeaient. Mais revenu à lui-même: « Combien de mercenaires, dit-il, ont du pain en abondance dans la maison de mon père, et moi je meurs ici de faim! Je me lèverai et j'irai à mon père, et je lui dirai: « Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre vous; je ne suis plus digne d'être appelé votre fils; faites de moi l'un de vos mercenaires ». Et se levant il partit. l'apercevant, comme il était encore au loin, son père, ému de compassion, accourut à sa rencontre, se jeta à son cou, l'embrassa; et le fils lui dit: « Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre vous; je ne suis plus digne d'être appelé votre fils ». Le père alors dit aux serviteurs: « Vite, apportez sa robe première; revêtez-le; mettez un anneau à sa main, une chaussure à ses pieds; amenez le veau gras, et tuez-le, et mangeons, et faisons festin, parce que mon enfant que voici était mort, et il est ressuscité; il était perdu, et il est retrouvé ». Mon fils, tu viens de lire ici trois fois ton histoire; et tu ne l'as pas mouillée d'une seule larme... Pourquoi donc cette insensibilité? Pourquoi si peu d'affection envers Moi qui t'aime si tendrement, et qui t'aimerai toujours, si tu veux Me rester fidèle? Car, tu le sais, ô mon fils, ce ne sera pas Moi qui t'aurai quitté le premier, si tu viens jamais à être séparé de Moi ».

 

Réflexion

 

Le Cœur de Jésus pouvait-il prêter à Sa Charité, à Sa Miséricorde, un langage plus doux, plus vrai, plus touchant? D'où vient donc que mon cœur ne se fond pas de reconnaissance et d'amour ? D'où vient que je ne donne pas à ce Bon Maître, à ce Bon Pasteur, à ce Bon Père, sinon de ces larmes amères qui ont sillonné les joues de tant d'illustres pénitents, du moins de ces vifs élans de gratitude qui enlèvent une âme au monde et à elle-même, pour l'attacher inviolablement à son Dieu? Que veut de moi Jésus? Il veut mon amour. Que lui dois-je à mille titres? L'amour. Aimer le souverain bien, aimer Celui qui m'aime si ardemment, aimer toujours celui dont l'amour est éternel, et qui ne cessera de m'aimer que lorsque je cesserai de l'aimer moi-même, est-ce donc chose si difficile? N'est-ce pas à la fois le plus impérieux et le plus doux de tous les devoirs?

 

Pratique

 

1° Quand vous verrez quelqu'un de vos frères engagé dans les voies funestes du péché, dites-vous aussitôt : Et moi aussi j'étais égaré jadis loin de mon divin maître, de mon divin pasteur, de mon divin père; mais il m'a cherché, ramené, sauvé : quelle reconnaissance paiera jamais un tel bienfait? 2° Remerciez, chaque jour, le cœur de Jésus de ce qu'il vous a retiré de vos égarements, et célébrez annuellement avec ferveur l'époque de votre conversion: c'est une grâce qui, certes, mérite bien ce souvenir.

 

Admirable reconnaissance d'une âme sincèrement revenue à Dieu

 

Rien de plus touchant que les épanchements du repentir de M. Delauro-Dubez, conseiller à la Cour royale de Montpellier, grave magistrat qui avait blanchi dans l'exercice de ses nobles fonctions, et en même temps dans l'indifférence et l'oubli de ses devoirs religieux, avant vécu jusqu'à l'âge de 64 ans dans l'incrédulité. « Le souvenir, dit-il, des vertus angéliques d'une mère tendrement aimée me conduisit à un utile retour sur les égarements d'une vie si longtemps criminelle. En vain, Seigneur, vous me frappiez rudement des verges de votre amour paternel, en me faisant expier des plaisirs éphémères, de vaines jouissances et des moments d'ivresse, par des peines, des anxiétés, des douleurs et des angoisses de tout genre au dedans et au dehors. Hélas ! ces grâces multipliées dont vous me combliez pour me ramener à vous, je ne cessais de les fouler aux pieds; mon cœur s'endurcissait de plus en plus; je me précipitais d'abîme en abîme. De la profondeur de ce gouffre creusé par cinquante ans d'iniquités, j'élevai vers vous une voix suppliante, et, tout souillé, tout hideux que j'étais de l'ingratitude la plus monstrueuse, je fus écouté; vous daignâtes me tendre une main secourable, soulager ce cœur abattu, ruiné, le rendre à la vie, en lui inspirant la résolution généreuse d'abjurer toutes ses erreurs pour faire de dignes fruits de pénitence, et en lui traçant la voie qu'il avait à suivre pour parvenir jusqu'à vous. Je n'avais à vous offrir, ô mon Dieu, que les restes avilis d'une vie usée par le crime; et votre miséricordieuse bonté accueillit les larmes amères que je versai dans votre sein paternel. Elle se plut à les adoucir, à porter le calme et la paix dans cette âme oppressée sous le poids des remords, et bouleversée par l'appréhension de vos jugements. Ces jours de ma vieillesse dont l'aspect avait été pour moi si formidable, votre excessive bonté, en y versant les consolations les plus abondantes, les a rendus bien préférables à ces jours de ma jeunesse que j'appelais le plus beau temps de ma vie. O mon tendre père (vous avez bien voulu me permettre de vous appeler de ce doux nom), ma langue ne peut que bégayer l'hymne d'actions de grâces qui vous est dû pour de si grands bienfaits. Elle n'a pas de termes pour vous exprimer toute l'étendue, toute la vivacité d'une reconnaissance qui se perpétuera tous les instants de ma vie : oui, jusqu'à mon dernier soupir, j'exalterai votre miséricordieuse longanimité, vos insignes faveurs envers un pécheur aussi obstiné que je l'ai été,et aussi misérable que je le suis... » (L'athée redevenu chrétien, chap. VIII).

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05 juin 2012

Le Mois du Sacré Cœur de Jésus

Le Mois du Sacré Cœur de Jésus

 04

Sixième jour

Son amabilité dans ses enseignements

 

Voix de Jésus


« Au désert une voix se fit entendre qui prêchait la pénitence et annonçait la venue du Désiré des nations. On accourut pour entendre la parole de Jean; on l'admira; on fut tenté de le prendre pour le Messie. Mais il répondit: « Au milieu de vous il y a quelqu'un que vous ne connaissez pas, et dont je ne suis pas digne de délier la chaussure ». Bientôt après, une voix plus auguste, une voix pleine de douceur et de force, pleine d'onction et de Majesté, se fit entendre dans les bourgs et dans les villes ; toute la Judée en fut émue; l'on se pressait pour l'écouter, l'on oubliait la faim et la soif en l'écoutant. Mes amis, dans un saint enthousiasme, s'écriaient: « Vous avez les paroles de la vie éternelle; et mes ennemis eux-mêmes: « En vérité, jamais homme ne parla comme cet homme ». Car Je disais: « Je ne suis pas venu de Moi-même; c'est la Vérité qui M'a envoyé ». « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à Moi, et qu'il boive : celui qui croit en Moi sentira couler dans son cœur comme une source d'eau vivifiante ». « Venez à Moi, vous tous qui êtes dans la peine, qui êtes accablés, et Je vous soulagerai. Apprenez de Moi que Je suis Doux et Humble de Cœur. Prenez Mon joug : car il est léger, il est doux; et vous trouverez le repos de vos âmes ». « Je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu'ils l'aient avec surabondance ». « Demandez et vous recevrez; cherchez et vous trouverez; frappez et on vous ouvrira: tout ce que vous demanderez en Mon Nom vous sera accordé ». « Je suis le Bon Pasteur; le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis ». « Je suis le Pain vivant descendu du Ciel; Je suis la Résurrection et la Vie ». « Laissez les petits enfants venir à Moi : il faut leur ressembler pour entrer dans le Royaume des Cieux ». « Celui qui fait la volonté de Mon Père, celui-là est Mon frère, et Ma sœur et ma mère ». Ainsi, Je parlais à tous un langage de charité jusqu'alors inconnu à la terre, et J'annonçais à tous que le bonheur est plus haut que ce misérable monde de quelques jours. Combien de fois, ô mon fils, cette même voix t'a parlé par Ma Grâce, et par les reproches de ta conscience, et par la bouche de mes prêtres, et par les saints exemples, et par les pieuses lectures... et tu ne l'as pas écoutée! Combien de fois Je t'ai parlé pour te rendre meilleur, plus digne de Moi, plus heureux... et tu ne l'as pas voulu! »

 

Réflexion

 

Je rougirais de ne pas prêter l'oreille aux paroles d'un homme à qui je devrais les égards du respect et de la soumission; et j'ose la fermer, hélas! À la voix de mon Dieu... de mon Dieu qui ne me parle que pour me rendre digne de Lui devenir semblable, et de partager un jour son bonheur dans le Ciel! O aveuglement déplorable! Ah! que je mériterais que le Sauveur me laissât à moi-même, à mes ténèbres, à ma faiblesse, à mes mauvaises passions!... Et cependant Il me parle encore aujourd'hui, Il m'invite, Il m'exhorte à faire sur moi un retour sérieux, à obéir à Sa Grâce, et à travailler efficacement à ma perfection Pour rais-je Lui résister encore?... Non, non; à jamais je serai fidèle à suivre en tout et partout les saintes inspirations dont Il daignera me favoriser.

 

Pratique

 

1° Reconnaissez et écoutez docilement la voix du cœur de Jésus dans tout ce que vous sentirez, dans tout ce que vous entendrez, dans tout ce que vous verrez, dans tout ce que vous irez qui pourra vous porter au bien. 2° Evitez soigneusement tout ce que Jésus éviterait à votre place; faites promptement tout ce qui peut rendre votre cœur semblable au sien: car Jésus est la voie, la vérité et la vie.

 

Saint Vincent de Paul, imitateur fidèle de Jésus

 

Saint Vincent de Paul s'étudiait à imiter Jésus-Christ autant qu'il était en lui, dans sa manière d'agir et de parler. Voici le témoignage que l'un de ses disciples a rendu à ce sujet: « L'amour que M. Vincent avait pour Notre Seigneur faisait qu'il ne le perdait presque jamais de vue, marchant toujours en sa présence et se conformant à lui en toutes ses actions, paroles et pensées; car je puis dire avec vérité, et nous le savons tous, qu'il ne parlait presque jamais qu'il ne citât, en même temps, ou quelque maxime ou quelque action du Fils de Dieu: tant il était rempli de son esprit et nourri de sa doctrine. J'ai souvent admiré comme il appliquait si bien et si à propos les paroles et les exemples de ce divin Sauveur, et cela en tout ce qu'il conseillait ou recommandait; et j'ai ouï dire à l'un des plus anciens prêtres de notre congrégation, qui le connaissait depuis plus de quarante-cinq ou cinquante ans, que M. Vincent était une image de Jésus-Christ des plus parfaites qu'il eût connues sur la terre, et qu'il ne lui avait jamais ouï dire ni vu faire aucune chose que par rapport à celui qui s'est proposé aux hommes pour exemple, et qui leur a dit: « Je vous ai donné l'exemple, afin que de la manière que j'ai fait ainsi vous fassiez vous-mêmes ». C'est ce que le même M. Vincent nous excitait si souvent à pratiquer. Dans les avis importants qu'il me donna de vive voix, en me nommant supérieur de la maison où je suis, il me recommanda particulièrement, lorsque j'aurais à parler ou à agir, de faire réflexion sur moi-même, et de me dire: « Comment Notre-Seigneur aurait-il parlé ou agi dans cette occasion? De quelle façon dirait-il ceci ou ferait-il cela? O Seigneur! inspirez-moi ce que je dois faire ou ce que je dois dire, parce que de moi-même je ne puis rien sans vous! » Un célèbre docteur demandant un jour à un prêtre de la mission, quelle était la principale vertu de saint Vincent, ce prêtre lui répondit que c'était l'imitation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'il avait continuellement devant les yeux pour se conformer à lui; que c'était son livre et son miroir, dans lequel il se regardait en toutes rencontres; que lorsqu'il doutait comment il devait faire une chose pour être parfaitement agréable à Dieu, il considérait aussitôt de quelle façon Notre-Seigneur s'était comporté en pareille occasion, ou bien ce qu'il en avait dit, ou ce qu'il en avait indiqué par ses maximes; et qu'alors sans hésiter il suivait son exemple et sa parole, étant fortement persuadé que le caractère de notre perfection et de notre prédestination consiste dans notre conformité avec le Fils de Dieu. (Vie de saint Vincent de Paul, par Abelly, tome III).

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04 juin 2012

Le Mois du Sacré Cœur de Jésus

Le Mois du Sacré Cœur de Jésus

 04

Cinquième jour

Son amabilité dans sa vie mortelle.

Voix de Jésus


« Si j'avais pu voir et entendre Jésus sur la terre, comme le purent les heureux contemporains de Sa Vie mortelle, ah! Qu'il me semble que je l'aurais aimé! Que j'aurais eu de bonheur à Le contempler, et à ouïr la voix de l'aimable Fils de Marie!... » Tels ont été souvent, ô mon fils, tes vœux et tes regrets. Mais as-tu donc oublié que Je t'ai laissé et que tu possèdes l'histoire de Ma Vie, tout empreinte de la douce Majesté de l'Homme-Dieu et de la suave onction de Sa Parole. Oh! Que ne sais-tu lire dans ces pages de Mon Évangile, avec foi et avec amour?... Partout Je m'y peins en caractères aussi vrais que touchants: partout J'y suis plein de Bonté, de mansuétude, de commisération, de zèle, de Charité; tour à tour pasteur et père, pasteur vigilant et généreux, tendre père, tendre comme la mère qui cache sous l'aile de son amour le trésor chéri de son cœur; docteur de tous les hommes, Me faisant tout à tous, me rapetissant avec les petits, donnant le lait à l'enfance, et un aliment solide à l'âge mûr, traduisant la science et la sagesse divines en une langue faite pour toutes les intelligences. Partout Je m'y montre consolateur des affligés, remède vivant de toutes les maladies; nourrissant ceux qui ont faim; relevant de terre l'humble et le pauvre, à qui J'annonçais de préférence la Bonne Nouvelle; fortifiant le faible; encourageant le pusillanime; jeûnant, veillant, priant pour les pécheurs, pour toi, mon fils, qui devais commettre tant et de si grands péchés; versant des pleurs sur les cœurs obstinés, sur toi, mon fils, qui devais opposer tant et de si grands obstacles à l'effusion et au fruit de Mes Grâces; parcourant les cités et les bourgades pour faire du bien à tous, pour épancher sur tous un Cœur surabondant en Miséricorde, en pitié, en condescendance, en bienveillance, en affabilité, en dévouement et en Amour. N'est-ce pas là, ô mon fils, tout autant d'attraits auxquels tu ne saurais résister si tu les trouvais dans un de tes semblables?... Et cependant tu ne cèdes pas à l'amabilité de Mon Divin Cœur. Ne suis-Je donc plus le même parce que Je ne suis plus visible sur la terre?.. N'ai-Je plus ce Cœur qui gagnait tous les cœurs droits et sensibles ?... A te voir si indifférent, si froid envers Moi, qui ne le croirait?... »

 

Réflexion

 

Oui, il n'est que trop vrai, je suis peu touché de l'amabilité de Jésus, qui est venu raconter au monde ce qu'il y a de bonté et d'amour dans le sein de Son Père céleste, et qui l'a fait redire à toutes les générations dans un livre où tout respire la candeur, la paix, la sérénité, la pureté du ciel. La sainteté de l'Évangile a parlé même au cœur des impies: ils n'ont pu se défendre du charme secret qu'il recèle. Comment donc la beauté, la douceur, la Charité de Jésus, qui me sont manifestées dans ce divin livre, me laissent-elles insensible?... Mon Dieu s'y présente à mon cœur sous les traits du plus aimable des enfants des hommes; que faut-il de plus pour m'obliger à l'aimer souverainement, à lui abandonner sans réserve l'empire de toutes mes affections?...

 

Pratique

 

1° Toutes les fois que vous verrez dans les créatures un reflet de quelque vertu du Sauveur, dites-vous à vous-même: J'aime cette bonté ; mais la bonté de mon Jésus n'est-elle pas bien plus aimable? J'aime cette douceur, cette charité; mais la douceur, la charité de mon Jésus n'ont-elles pas incomparablement plus de charmes? 2° Ne lisez jamais le saint Évangile, n'en écoutez jamais la lecture qu'avec un sentiment profond de foi, de respect et d'amour pour celui qui a daigné vous y retracer les qualités si touchantes de son divin cœur.

 

Foi admirable d'un religieux Trappiste touchant le Saint Evangile

 

Le frère Moyse, religieux trappiste, qui avait eu dans le monde le nom de Picault de Ligré, grand prévôt de Touraine, se tenait uni à Dieu en tous lieux, comme en tous lieux les Anges l'adorent. La campagne, le cloître, le dortoir, le réfectoire étaient pour lui comme autant d églises où il ne cessait de louer le Seigneur et de jouir de sa divine présence. Ses lectures mêmes se convertissaient en prières, en méditations. Il trouvait tant de goût à lire les actions et les maximes de Jésus-Christ dans l'Evangile, qu'à chaque ligne il s'arrêtait: c'était pour lui comme autant d'autels où sa foi immolait la raison, où par reconnaissance il s'attendrissait sur la bonté ineffable du Sauveur. Un chapitre seul le tenait huit jours sans qu'il lui fût possible d'avancer, parce qu'à chaque pas adorer, bénir, remercier Jésus-Christ, ou s'occuper des merveilles que Dieu avait opérées par son Fils, absorbait toutes les facultés de son âme. Dieu de grandeur et de majesté, comment un homme sans littérature goûtait-il dans les livres sacrés tant de suavités et de douceurs?... Ah! c'est que vous aimez à cacher vos mystères aux sages orgueilleux du siècle, et que vous les révélez aux petits; c'est que votre Esprit saint se repose avec complaisance sur les âmes véritablement humbles... Le frère Moyse ne voulait d'autre flambeau dans ses lectures que les lumières de la grâce, ni d'autre guide que sa foi. « Les hommes sont bien insensés, disait-il en tenant son Nouveau Testament, de consulter tant de livres! Qu'ils soient dociles et fidèles à pratiquer les instructions de notre divin Maître, ils deviendront bientôt de savants disciples. Il faut l'écouter avec les dispositions des premiers chrétiens, qu'il nourrissait lui-même de cette parole de vie: « On ne sentira ni indifférence ni dégoût pour cet aliment délicieux... » Ensuite élevant son livre: « Oui, divin Jésus, je vous proteste que je révère votre parole autant que votre chair adorable; je vous aimerai toujours caché dans ce volume sacré, autant que si j'avais le bonheur de jouir de votre présence dans le ciel »: pensées et mouvements dignes de saint Bernard et de saint Augustin! (Relation de la vie et de la mort de quelques religieux de la Trappe, tome III).

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03 juin 2012

Le Mois du Sacré Cœur de Jésus

Le Mois du Sacré Cœur de Jésus

 04

Quatrième jour

Bonté ineffable de Son Cœur

 

Voix de Jésus

 

« Je t'ai parlé de Ma Divinité, ô mon fils; mais que t'en ai-je dit?... Rien, en comparaison de la réalité: pour t'en faire comprendre quelque chose, il faudrait t'enlever de la terre et te transporter au milieu de Mes Saints; et quand même il entrerait dans les vues de Ma Providence de te ravir au troisième ciel, comme l'Apôtre des nations, l'éclat de la beauté du Dieu Trois Fois Saint laisserait ton âme éperdue dans un éblouissement qui accablerait ta débile nature. Mais pour te consoler de ton impuissance, pour t'aider à prendre, même dans ton exil, un avant-goût du souverain bien, je Me suis fait chair Dans ta faiblesse, tu ne pouvais monter jusqu'à Moi; je suis descendu vers toi jusqu'à prendre la nature humaine; Je Me suis donné un cœur d'homme, et Je te l'offre plein de grâce et de vérités; et Mon grand désir est de contracter avec toi l'union la plus intime. Oh ! Si tu savais comme ton cœur est fait pour Mon Cœur... comme Mon Cœur veut ton amour, ton ardent amour!... C'est Lui qui tient sans cesse Mes yeux pleins de douceur et de bienveillance fixés sur toi, pauvre créature, toi Mon affranchi par Mon Sang, toi l'enfant de Mes Douleurs, devenu Mon fils au prix de la vie du meilleur des pères. C'est Lui qui tient Mes oreilles toujours ouvertes à tes gémissements et à tes larmes, toujours à tes demandes, à tes désirs: tu ne saurais jamais les lasser. C'est Lui qui fait distiller de Mes lèvres sur tes infirmités, sur tes dégoûts, sur tes amertumes, sur toutes tes peines, le vin de Ma force et l'huile de Ma Charité; Lui qui te fait entendre quelques-unes de ces paroles intérieures si douces et si puissantes pour guérir les plaies même les plus profondes. C'est ce Cœur qui Me fait tendre constamment les bras pour te soutenir, pour te relever, pour aider tes pas mal assurés dans la voie étroite du Ciel, pour accueillir tes regrets après tes faiblesses, après tes ingratitudes, et te presser dans les douces étreintes de Ma Miséricorde et de Mon Amour; c'est Lui qui, nuit et jour, ressent pour toi la plus vive tendresse, et te présente sa blessure pour verser dans ton âme l'onction d'une piété pure et forte, qui se nourrit au milieu des épines, et qui se plaît au milieu des lys. Il est donc vrai: tu es Mon unique, mon bien-aimé. C'est Toi que Je veux et que Je chéris; c'est toi, toujours toi... Ton amour répond-il à Mon Amour? Est-ce Moi, toujours Moi que tu veux et que tu chéris?... »

 

Réflexion

 

Comment résister à cet appel si tendre que Jésus fait à mon amour? Je n'ai qu'à donner pour m'enrichir : je donnerai bien peu en donnant mon misérable cœur, et je recevrai un don au-dessus de tous les dons, je posséderai Jésus, qui fait les délices des Anges et des Saints; et avec Lui j'aurai le gage certain de mon éternelle félicité. Ah! que j'ai lieu de rougir ici de confusion. Il est si naturel de répondre à un bon cœur, à un cœur compatissant et dévoué: ce n'est pas un devoir qui coûte à remplir, c'est un doux penchant à suivre. Hélas! quel cœur fut jamais bon, compatissant et dévoué comme le Cœur de Jésus?... Et j'ai pu si longtemps Lui refuser le mien, ou ne le Lui donner qu'à moitié, ou le reprendre après le Lui avoir donné ! Oh ! jamais plus, non jamais plus ni partage, ni inconstance Désormais Jésus seul : dans la joie et dans les larmes Jésus; à la vie et à la mort Jésus....

 

Pratique

 

1° Pénétrez-vous de cette consolante vérité, que Jésus pense continuellement à vous, qu'il veille constamment sur vous, et que son cœur adorable est toujours ouvert à vos besoins et à vos prières. 2° Soyez fidèle à la sainte pratique des âmes pieuses qui, à neuf heures du matin et à quatre heures du soir, invoquent le Sacré-Cœur, et offrez-lui, en union avec elles, l'hommage de toutes vos affections.

 

Tendre dévotions de quelques Saints envers le Cœur de Jésus

 

Les Saints se sont plu à choisir le cœur de Jésus pour leur asile et leur demeure, et à exprimer dans les termes les plus touchants leur tendre dévotion à ce trésor de charité. Saint Bonaventure portait une sainte envie au fer de la lance qui ouvrit, sur le Calvaire, ce divin cœur, et il s'écriait avec transport: « Oh! si j'avais été à sa place, je n'eusse plus voulu en sortir; mais je me serais dit : Voici mon repos à jamais ; ici je fixerai ma demeure, ma demeure de prédilection et de choix ». « Si vous voulez me trouver, écrivait Saint Elzéar à Sainte Delphine, son « épouse, cherchez-moi dans la plaie du côté de Jésus-Christ: c'est le lieu de mon repos ». « Approchons-nous, dit Saint Bernard, approchons-nous de Jésus, tressaillons, soyons ravis de joie au souvenir de son cœur... Oh! qu'il est bon, qu'il est délicieux d'habiter dans ce cœur! Votre cœur, ô Jésus, a été blessé pour nous offrir un sûr asile !... Il a été percé afin que, par cette blessure extérieure, nous pussions découvrir la blessure invisible que l'amour lui a faite... Qui donc n'aimerait pas ce cœur ainsi blessé » » Saint François d'Assise (comme notre divin Sauveur le fit connaître à Sainte Marguerite-Marie, choisie du ciel pour propager la dévotion au Sacré-Cœur) vivait intimement uni à ce cœur adorable et en obtenait des grâces toutes particulières. Saint François de Sales faisait son séjour habituel dans cette retraite d'amour, et le repos qu'il y goûtait ne pouvait être interrompu même par les plus grandes occupations. Sainte Mechtilde, Sainte Gertrude, Sainte Catherine de Sienne, Sainte Claire d'Assise, Saint Ignace, Sainte Thérèse d'Avila, Saint François Xavier, et une infinité d'autres saints, qu'il serait trop long de nommer, eurent aussi une dévotion toute spéciale à cet aimable cœur. Qu'il nous suffise de citer encore Saint Louis de Gonzague, dont la piété envers le Sacré Cœur de Jésus, dans l'exercice d'une vie intérieure et d'union continuelle avec Dieu, fut le caractère distinctif. Dans l'année 1765, un novice de la compagnie de Jésus, Nicolas Louis Célestini, étant attaqué d'une maladie très-grave, et se trouvant presqu'à l'agonie, vit lui apparaître l'angélique Louis qui lui adressa les paroles les plus consolantes, et l'exhorta à aimer le Sacré-Cœur et à en propager la dévotion, qu'il lui dit être fort agréable au Ciel. Nicolas le lui promit, et reçut en récompense la guérison miraculeuse de sa maladie. (Mois consacré au Sacré-Cœur, A. M. D. G.)

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02 juin 2012

Le Mois du Sacré Cœur de Jésus

Le Mois du Sacré Cœur de Jésus

 04

Troisième jour

Sa grandeur comme Dieu

 

Voix de Jésus


« Je suis ton Dieu, mon fils. Avant que J'eusse pris le Nom de Jésus, c'est Moi qui disais à Moïse: « Je suis Celui qui suis ». Oui, Je suis l'Être par excellence, le Créateur de tous les êtres. C'est Moi qui dis, dès le commencement : « Que la lumière soit, et la lumière fut ». C'est Moi qui tirai du néant tout ce qui respire, tout ce qui sent, tout ce qui a l'existence; et soudain toutes les créatures donnèrent louange à leur Auteur. C'est Moi qui étendis les cieux comme un pavillon, qui répandis les mondes dans l'espace comme dans les champs la poussière; c'est Moi qui en réglai les mouvements si variés et si harmonieux, dont le concert publie sans cesse Ma Science, Ma Sagesse, Ma Toute-Puissance; c'est Moi qui Me suis joué dans l'univers en y semant des merveilles sans nombres, dont la voix sublime n'est pourtant qu'un faible écho des merveilles restées cachées dans le sein de Celui qui est: car au commencement J'étais le Verbe, J'étais le Verbe en Dieu, et J'étais le Verbe-Dieu; tout a été fait par Moi, et rien de ce qui est créé n'a été fait sans Moi Je suis le principe et la fin de toutes choses; tout est à Moi, tout est pour Moi, tout est par Moi; il n'est rien de beau que par Moi, rien de bon, rien d'aimable. Image consubstantielle du Père, splendeur de Sa Gloire, éclat de Sa Lumière, miroir sans tache de sa majesté, Dieu de Dieu Dieu au-dessus de tout, béni aux siècles des siècles, Je remplis de ma présence l'immensité des cieux, les extrémités de la terre, les profondeurs de l'océan, les abîmes de l'enfer; et tout grand que je suis tout parfait, tout infini, Je suis Amour et Mes délices sont d'être avec les enfants des hommes. Plus ils s'abaissent devant Moi, plus Je descends vers eux, pour les faire monter, eux si petits, si misérables, jusqu'à la hauteur de Ma Divinité: plus ils M'adorent dans l'anéantissement de leur être, plus Je les aime, plus Je les unis à Moi pour leur faire goûter combien leur Seigneur est doux. Et alors ils comprennent que Moi seul Je puis suffire à leur cœur, que Moi seul Je puis en satisfaire les désirs et en réaliser toutes les espérances ».

 

Réflexion

 

Jésus est mon Dieu... Ai-je bien senti jamais la grandeur de cette vérité?... Ai-je bien compris jamais combien, chétive créature, je suis au-dessous de sa majesté infinie; combien cette Majesté mérite l'adoration la plus profonde; combien, daignant abaisser sur moi des regards de complaisance et d'amour, elle mérite, de ma part, le retour de la plus vive gratitude et de l'amour le plus ardent?... Ah ! Si cette pensée pouvait ne pas me quitter: « Jésus, comme Dieu, est près de moi, Il est en moi, Il veut bien agréer, demander mon amour »; de quel respect serais-je saisi pour sa présence! avec quelle réserve, quelle circonspection réglerais-je, en tout temps, en tous lieux, jusqu'à mes moindres actions, jusqu'à mes plus secrètes pensées ! Avec quelle ferveur je pousserais vers Lui de tendres soupirs!...

 

Pratique

 

1° Marchez constamment en la présence de ce grand Dieu qui, pour se rapprocher de vous, a daigné prendre un cœur semblable au vôtre, et vous serez parfait. 2° Prenez l'heureuse habitude de vous rappeler cette sainte présence par la vue des créatures : il n'en est pas une où ne reluise l'éclat de ses perfections adorables.

 

Application constante de Saint Vincent de Paul à la présence de Dieu

 

L'application de Saint Vincent de Paul à Dieu était telle, selon le témoignage d'un très vertueux prêtre, qui l'avait particulièrement connu, que son esprit était continuellement attentif à la présence de ce divin Maître. Quelque sorte d'affaires et d'occupations qui pussent lui arriver, il était toujours recueilli, toujours maître de lui-même. On remarquait que, pour l'ordinaire, avant de répondre à ce qu'on lui demandait, surtout si c'était quelque chose d'important, il faisait une petite pause pendant laquelle il élevait son esprit à Dieu pour implorer sa lumière et sa grâce, afin de ne rien dire et de ne rien faire que selon sa volonté et pour sa plus grande gloire. Quand il marchait dans la ville, c'était toujours avec recueillement, louant Dieu et le priant au fond de son cœur; et sur ses dernières années, lorsqu'il allait avec son compagnon dans la voiture dont il était obligé de se servir, il avait ordinairement les yeux fermés, afin de se mieux entretenir avec Dieu. Il avait la sainte coutume, toutes les fois qu'il entendait sonner l'horloge, qu'il fût seul ou en compagnie, de se découvrir et de faire un signe de croix. Il disait que cette pratique était très propre à renouveler dans l'esprit la présence de Dieu, et à rappeler le souvenir des résolutions prises dans l'oraison du matin : aussi l'a-t-il introduite parmi les prêtres de sa compagnie, qui en usent selon que le temps et les lieux le peuvent permettre. Comme il connaissait par son expérience les grâces et les bénédictions attachées à ce recueillement intérieur, il y portait les autres autant qu'il le pouvait. Dans ce but il fit mettre en divers endroits du cloître de Saint-Lazare ces paroles écrites en gros caractères : Dieu vous regarde; et il disait qu'une personne qui se rendrait fidèle à cette salutaire pensée de la présence de Dieu, parviendrait bientôt à une très haute sainteté. Il se servait des choses naturelles et sensibles pour s'élever au Créateur : il ne s'arrêtait pas à la figure extérieure, ni même aux bonnes qualités particulières des êtres créés, mais il s'en servait seulement pour passer à la considération des perfections de Dieu. Quand il voyait des campagnes couvertes de blé, ou des arbres chargés de fruits, il en prenait sujet d'admirer cette abondance inépuisable de bien qui est en Dieu, de louer et de bénir le soin paternel de sa providence. Lorsqu'il voyait des fleurs ou quelque autre chose belle ou agréable, il disait dans son cœur ces paroles qu'on a trouvées écrites de sa main: « Qu'y a-t-il de comparable à la beauté de Dieu qui est le principe de toute perfection des créatures? N'est-ce pas de lui que les fleurs, les oiseaux, les astres, la lune et le soleil empruntent leur, lustre et leur beauté? » (Vie de Saint Vincent de Paul, par Louis Abelly).

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01 juin 2012

Le Mois du Sacré Cœur de Jésus

Le Mois du Sacré Cœur de Jésus

 04

Deuxième jour

Droits qu'il a sur notre cœur

 

Voix de Jésus


« Tu ne M'aimes pas, mon fils, non, tu ne M'aimes pas. Je ne dis point: tu ne M'aimes pas comme Je t'aime; le pourrais-tu quand tu le voudrais?... Mais tu ne M'aimes pas comme tu pourrais M'aimer; hélas ! Est-il même bien vrai que ton amour pour Moi soit égal à celui que tu ressens pour les créatures en qui J'ai mis quelque reflet de Mon amabilité, ou qui t'ont fait quelque bien? Vois donc l'injustice et l'ingratitude. Quel est l'ouvrage de Mes mains qui puisse subsister devant Moi, s'il M'est comparé? Dans quelle créature as-tu jamais trouvé rien qui ne s'efface devant Ma Beauté ineffable, devant Ma Douceur, Ma Bonté, Ma Générosité, Ma Patience, Ma Sainteté, Ma Puissance, Ma Sagesse, Ma Science, Ma Perfection infinie?... Quelle est celle à qui tu doives ce que tu Me dois? Je t'ai créé à Mon image et à Ma ressemblance; Je t'ai ménagé des plaisirs purs et innocents sur la terre, où tu n'es placé que pour te rendre digne d'une vie meilleure, d'une vie divine; Je t'ai donné tout ce que tu possèdes; Je t'ai fait tout ce que tu es; tu m'appartiens donc tout entier: tu es bien Mon champ, tu es Ma vigne choisie, et nul autre que Moi n'a le droit d'en jouir.

 

Quelle est encore la créature qui ait jamais fait pour toi ce que J'ai fait... ce n'est point assez, la millième partie de ce que J'ai fait... pour toi, misérable héritier de la corruption originelle; pour toi, dont Je savais bien d'avance toute l'ingratitude, dont J'avais compté de toute éternité les négligences, les fautes, les outrages, les crimes?... Je Me suis anéanti pour toi jusqu'à la forme d'un esclave; pour toi Je suis né dans une crèche; pour toi Je Me suis imposé les peines et les privations de la fuite et de l'exil; pour toi Je Me suis rendu obéissant à Marie et à Joseph; pour toi J'ai enduré les calomnies et les persécutions des Juifs qui s'étaient faits Mes ennemis; pour toi J'ai été baigné d'une sueur de Sang au Jardin des Oliviers; pour toi J'ai laissé déchirer ma chair en lambeaux sous les coups de la Flagellation; pour toi Je Me suis laissé clouer en holocauste sur le bois du supplice; pour toi Je suis mort de la mort la plus douloureuse; et maintenant, ressuscité, c'est pour toi que Je vis: Je vis dans le Ciel, offrant les traces glorieuses de Mes Plaies pour ton Salut; Je vis dans l'Eucharistie, où Je Me fais ton breuvage et ta nourriture. Ouvre donc les yeux, ô mon fils, vois et considère ce que Je te suis, et ce que tu me devrais être: sois le juge entre ton cœur et Mon Cœur, et rends enfin justice à Mes droits si légitimes ».

 

Réflexion

 

N'ai-je pas méconnu jusqu'à présent les droits du Cœur de Jésus?... Hélas! je suis, à toute sorte de titres, son inaliénable propriété; et j'ai violé mille fois cette propriété Divine, au profit injuste de mes passions... Encore aujourd'hui, que de pensées, que de désirs, que de paroles, que d'actions je dérobe à Son Amour !... Ah! que désormais tout soit à Lui; que tout en moi vive pour Lui, pour Lui seul, puisque tout en moi appartient à Lui seul; que ce ne soit plus moi qui vive, mais qu'en moi vive Jésus: qu'Il soit l'âme de mon âme, et la vie de ma vie!...

 

Pratique

 

1° Dites souvent du fond du cœur, et surtout dans les moments de tentation : « O Jésus, soyez toujours mon Seigneur et mon Dieu ». 2° Ne prononcez jamais Son Doux Nom qu'avec un profond respect et un tendre amour, au souvenir de ce qu'Il est et de ce qu'il a fait pour vous.

 

Amour ardent de Sainte Marie-Madeleine de Pazzi envers Jésus

 

Dès l'âge de huit à neuf ans, sainte Madeleine de Pazzi s'était pénétrée, dans l'exercice de la prière, d'un tel désir d'aimer le Seigneur et de lui plaire, que tous les amusements du monde n'étaient plus pour elle qu'ennui et amertume: le seul bonheur qu'elle connût était de parler à Dieu ou de Dieu... On ne pourrait exprimer jusqu'où allait sa dévotion pour la sainte Eucharistie. Elle aimait à être auprès des personnes qui venaient d'avoir le bonheur de communier, et il semblait que l'amour lui fît sentir la présence de Jésus-Christ. Engagée à ce divin époux par sa profession dans l'ordre des Carmélites, elle en reçut un accroissement admirable de grâces; et souvent, dans la vivacité de ses sentiments, elle ne pouvait contenir ses transports, et s'écriait: « O Amour ! faut-il que Vous ne soyez point aimé, ni même connu de vos propres créatures!... O mon Jésus! Que n'ai-je une voix assez forte pour me faire entendre jusqu'aux extrémités du monde!... Je publierais partout que cet Amour doit être connu, aimé, estimé comme le seul vrai bien... » D'autres fois elle invitait toutes les créatures à se changer en autant de langues pour louer, bénir, glorifier les trésors immenses de l'amour divin. Elle versait des larmes continuelles pour obtenir la conversion des pécheurs; et lorsque son oraison était interrompue par la nécessité d'aller prendre un peu de repos, il lui arrivait souvent de s'écrier: « Comment puis-je me reposer, quand je considère que mon Dieu est si grièvement offensé sur la terre ! O Jésus! je le fais par obéissance, et pour me conformer à votre sainte volonté ». Rien n'était capable d'interrompre son union avec Dieu. Il lui suffisait d'entendre prononcer son nom, pour éprouver les plus vifs transports d'amour. Elle répétait souvent, et avec une ferveur incroyable, la doxologie: « Gloire soit au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit »; elle s'inclinait alors, et s'offrait tout entière à celui de qui elle avait tant reçu. En toutes choses, elle envisageait uniquement la volonté de Dieu et le désir de lui plaire. Sa maxime était « Que la volonté de Dieu est toujours très-aimable. Que notre bonheur est grand, disait-elle à. ses sœurs! C'est un merveilleux échange que celui que nous faisons avec Dieu, et toujours à notre avantage, lorsque nous agissons dans la vue de lui plaire et de l'honorer ». « Venez, disait-elle encore, venez et aimez votre Dieu qui vous aime tant. O amour! je meurs de douleur quand je vous vois si peu connu et si peu aimé. O amour, amour! si vous ne savez où vous reposer, venez à moi et je vous recevrai. O âmes créées pour aimer, pourquoi n'aimez-vous pas? » (Vie de Sainte Marie-Madeleine de Pazzi, dans Godescard).

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31 mai 2012

Le Mois du Sacré Cœur de Jésus

Le Mois du Sacré Cœur de Jésus

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Pratiques utile pour bien sanctifier le Mois du Sacré Cœur

 

1° Avant de lire l'exercice de chaque jour, implorer l'assistance du Saint-Esprit, et lui demander avec ferveur la grâce de se le rendre profitable; lire l'exercice avec une religieuse attention, et s'arrêter à goûter les paroles qui toucheront le plus le cœur; terminer chaque fois par l'acte d'offrande qui est à la suite de ces pratiques. 2° Chaque vendredi, réciter pieusement les litanies du Sacré-Cœur qui se trouvent après le dernier exercice. 3° Se pénétrer, dès le commencement de ce mois, d'un, grand désir d'obtenir du cœur adorable de Jésus la grâce dont on a le plus de besoin et la correction du défaut auquel on est le plus porté; demander instamment cette double faveur à la fin de chaque exercice. 4° Entendre chaque jour, s'il est possible» ou tout au moins chaque vendredi, la sainte Messe à cette intention; l'offrir aussi en esprit de reconnaissance pour l'amour ineffable de Jésus, et de réparation pour toutes les ingratitudes des hommes: on peut, dans ce but, se servir utilement de l'exercice pour la sainte Messe qui termine cet opuscule. 5° Faire tous ses efforts pour se rendre digne de communier pendant ce mois plus souvent que d'ordinaire; ne pas le laisser finir du moins sans se procurer le bonheur de s'unir au divin cœur de Jésus dans le sacrement de son amour, avec les dispositions qui peuvent lui être le plus agréables.

 

Acte d'offrande au Sacré Cœur de Jésus

O mon aimable Jésus, je Vous donne mon cœur en reconnaissance de tous Vos bienfaits; je me consacre à Vous entièrement, en réparation de toutes mes infidélités passées; et je me propose, avec le secours de Votre Sainte Grâce, de ne plus Vous offenser à l'avenir.

 

Notre Saint Père le Pape Pie VII a accordé une indulgence de cent jours, aux fidèles qui récitent, avec un cœur contrit, cet acte d'offrande devant un tableau ou une image du Sacré-Cœur. Cette indulgence ne peut être gagnée qu'une fois par jour. Ceux qui, pendant un mois, récitent ainsi ce même acte chaque jour, peuvent gagner, une fois dans ce mois, une indulgence plénière, pourvu que, s'étant confessés, ils fassent la sainte communion, et prient devant un tableau ou une image du Sacré-Cœur, selon les intentions du Souverain Pontife. Ces deux indulgences sont applicables aux âmes du Purgatoire. Rescrit du 9 juin 1807, du 26 septembre 1817.

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Premier jour

Le Sauveur invite le fidèle à lui consacrer ce mois

 

Voix de Jésus


« Ecoute, ô mon fils; laisse-Moi te parler au cœur. Je t'aime, Je t'aime infiniment plus que tu ne pourras jamais le comprendre, et Je veux te parler pour te rendre heureux. Je suis venu au monde, et le monde ne M'a point connu; Je suis venu au milieu des miens, et les miens n'ont pas voulu Me recevoir; encore aujourd'hui, Je réside parmi les hommes dans le Sacrement où l'Amour m'a fait leur captif, il y a plus de dix-huit siècles, et les hommes Me méconnaissent et M'oublient Les ingrats! ils pensent à tout: à leurs parents, à leurs amis, à leurs bienfaiteurs, à leurs moindres affaires de ce lieu de passage, à leurs viles passions; et ils ne pensent point à Moi, leur Dieu, leur Créateur, leur Sauveur, à Moi qui Me suis rendu victime du plus grand Amour possible. Ils Me délaissent comme un étranger isolé au milieu d'un peuple auquel il est inconnu; ils ne Me visitent point; ils Me regrettent presque le peu d'instants que la coutume ou le respect humain leur fait passer dans Mes Temples. Que dis-je? ils M'offensent; ils ne pèsent nullement les suites de leurs outrages; ils dédaignent le ciel que Je leur offre, ils bravent l'enfer dont Je les menace; ils chassent, comme un souvenir importun, la pensée du grand Sacrifice que J'ai fait pour les sauver; ils détournent les yeux de l'image sainte de la Croix qui leur représente l'héroïsme sanglant de Mon Amour; et ils abandonnent ainsi Mon Cœur Sacré aux seuls hommages des Anges qui l'environnent, et du petit nombre d'amis fidèles qui se plaisent à l'adorer, à le louer et à l'aimer.

 

O mon fils, mets-toi de ce petit nombre, qui M'est si agréable et si cher. Que Je sois pour toi ce que sont à ces cœurs mondains si aveugles, si insensibles, les misérables intérêts de cette courte vie; et tu Me seras un dédommagement précieux de la perte de tant d'insensés qui préfèrent les eaux bourbeuses de l'iniquité, à ce fleuve d'eau vive dont Je suis la Source, les grossières voluptés du monde aux chastes délices de Mon Amour. Consacre à Mon Divin Cœur trente-trois jours d'hommages en reconnaissance des trente-trois années que j'ai passées pour toi sur la terre; en réparation de l'oubli et des outrages que Mes autres enfants Me prodiguent chaque jour, à chaque instant du jour; en témoignage de ton dévouement sincère et perpétuel au Cœur de Celui qui t'a tant aimé, qui t'aime encore si tendrement et qui désire pouvoir t'aimer pendant l'éternité. Pour ton Dieu, pour ton Jésus, dis-moi, mon fils, est-ce trop?... »

 

Réflexion

 

Hélas! en accordant à Jésus ce qu'Il me demande, qu'aurai-je fait encore qui puisse entrer en comparaison avec ce que je Lui dois? Et comment pourrais-je ne pas mettre mon bonheur à répondre, avec le plus vif empressement, à une si douce et si tendre invitation de Son Cœur adorable? J'ai tant à réparer envers Lui; et je suis si faible, si languissant, si dénué de mérites et de vertus!... Ah! béni soit-il de ce qu'Il daigne m'offrir de quoi suppléer à tout ce qui me manque. Oui, voici de quoi payer mes dettes, de quoi me guérir de mes maux, de quoi me fortifier, de quoi m'enrichir pour le Ciel. Jésus ne se laisse pas vaincre en générosité: si en ce Mois je donne tout sans réserve à Son Divin Cœur, je recevrai en échange une effusion surabondante de grâces et le don Ineffable de Son Amour, qui est cette perle précieuse, ce trésor caché dont Il nous parle dans Son Évangile, cet unique nécessaire, sans lequel tout le reste n'est rien, avec lequel on possède tout ce que les plus vastes désirs peuvent embrasser.

 

Pratique

 

1° Pendant tout ce Mois faites, chaque jour, une visite au Sacré Cœur, dans l'intention d'honorer Son Amour envers les hommes, et de Lui faire réparation pour leurs ingratitudes. 2° Imposez-vous aussi chaque jour, à la même fin, une légère privation quelconque: le Cœur de Jésus pèse l'amour et la volonté qui produisent l'œuvre plutôt que l'œuvre elle-même.

 

Pieux sentiments d'une âme toute dévouée à Jésus

 

Mademoiselle Victorine de Galard-Terraube, morte en 1836, après une trop courte vie consacrée à compatir à toutes les douleurs, à répandre un baume salutaire sur toutes les afflictions, à soulager de son mieux toutes les infortunes, se sentait pénétrée de la plus vive douleur au sujet de l'oubli et de l'ingratitude des hommes envers le Cœur de Jésus: faveur spéciale que les âmes ordinaires ne conçoivent même pas, et qui n'est guère accordée qu'à celles qui sont embrasées de l'amour divin. « A chaque nouvelle profanation, écrivait-elle, la pensée qui s'empare toujours de moi, c'est que tout le monde, dans ces temps malheureux, trouve des cœurs sensibles, et que mon Jésus n'en trouve pas: tout le monde est plaint, et mon Jésus ne l'est par personne. C'est alors que je sens toujours, je l'avoue, mon bien faible amour se ranimer, que je m'offre à ce bon Sauveur sans réserve, et que je le conjure de vouloir bien faire son séjour dans mon cœur, en en chassant tout ce qui pourrait le contrister ». L'ingratitude des hommes envers un Dieu qui les a tant aimés, l'aveuglement des pécheurs, l'indifférence des justes eux-mêmes a la vue des crimes qui inondent la terre : telles étaient les causes ordinaires des larmes que Victorine répandait en la présence du Seigneur. L'état de la France, sous le rapport religieux, l'occupait d'une manière tonte particulière. Elle voyait, avec une douleur profonde, la foi bannie de tant de cœurs, la religion de nos pères devenue comme étrangère au plus grand nombre, ses préceptes publiquement violés, ses solennités profanées audacieusement. Ce qui l'affligeait particulièrement, c'était de voir que même parmi les âmes pieuses, dont les vertus peuvent seules arrêter les coups terribles de la trop juste colère du Seigneur, il en était si peu qui parussent assez reconnaître l'amour de notre divin Jésus, et entrer dans ces sentiments d'expiation, d'amende honorable et de dévouement dont il lui semblait qu'elles auraient dû être constamment animées. Ames justes, marchez, au moins de loin, nous vous en conjurons, sur les traces de Victorine; cherchez, comme elle, à aimer davantage votre Dieu, à proportion qu'il est plus offensé. Ah! qu'il n'ait pas à répéter, de nos jours, ces plaintes si touchantes qu'il faisait entendre autrefois par la bouche du Roi-Prophète: « J'ai attendu quelqu'un qui s'affligeât avec moi, et personne ne s'est présenté; quelqu'un qui cherchât à me consoler, et je ne l'ai pas trouvé ». (Vie de Mademoiselle de Galard-Terraube, 5e partie.)

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30 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Trente-et-unième jour

Transformation de la Grotte, Le curé Peyramale, la statue de la Vierge, l'église et la crypte souterraine, inauguration, les processions pèlerinages, les guérisons, les morts et les survivants, la sœur Marie-Bernard

 

I. Retournons à Lourdes. Le temps avait marché. L'activité humaine s'était mise à l'œuvre. Les abords de la Grotte, où la Vierge était apparue, avaient changé d'aspect. Sans rien perdre de sa grandeur, ce lieu sauvage et abrupt avait pris une physionomie gracieuse, douce et vivante. Encore inachevée, mais peuplée d'ouvriers en travail, une église superbe, fièrement jetée sur le sommet des Roches Massabielle, s'élevait joyeusement vers le ciel. Le grand tertre escarpé et inculte, par où jadis les pieds montagnards avaient peine à descendre, était revêtu de gazon vert, planté d'arbustes, semé de fleurs. La Grotte était fermée d'une grille à la façon d'un sanctuaire. A la voûte était suspendue une lampe d'or. Sous ces roches agrestes, que la Vierge avait foulées de son pied divin, des faisceaux de cierges brûlaient nuit et jour. Hors de cette enceinte close, la Source miraculeuse alimentait trois forts tuyaux de bronze. Une piscine, cachée aux regards par une petite construction, permettait aux malades de se plonger dans l'onde bénie.

Encourageant les travailleurs, veillant à toutes choses, suscitant des idées, mettant quelquefois lui-même la main à l'œuvre pour redresser une pierre posée à faux ou un arbre mal planté, un homme à haute taille, au front vaste et ferme, semblait être partout a la fois. Sa puissante stature, ta longue robe noire, le signalaient de loin aux regards. On devine son nom. C'était le pasteur de la ville de Lourdes, c'était le curé Peyramale. « Quand donc, disait-il souvent, me sera-t-il donné d'assister, au milieu des Prêtres et des Fidèles, à la première procession qui viendra inaugurer en ces lieux bénis le culte public de l'Église catholique? Ne devrai-je pas chanter en ce moment mon « Nunc dimittis » et n'expirerai-je point de joie à cette fête? Ses yeux se remplissaient de larmes à cette pensée. Jamais désir ne fut, au fond d'une âme, plus ardent et plus caressé que ce vœu innocent d'un cœur tout épris de Dieu. Parfois, aux heures où il y avait le moins de monde aux Roches Massabielle, une petite fille venait s'agenouiller humblement devant le lieu de l'Apparition et boire à la Source. C'était une enfant du peuple, pauvrement vêtue. Rien ne la distinguait du vulgaire, et, à moins que quelqu'un parmi les pèlerins ne la connût ou ne la nommât aux autres, nul ne devinait que ce fut là Bernadette. La privilégiée du Seigneur était rentrée dans l'ombre et le silence. Elle allait toujours à l'école des Sœurs où elle était la plus simple et aurait voulu être la plus effacée. Les visites innombrables qu'elle y recevait ne troublaient point cette âme paisible, où vivait pour toujours le souvenir du ciel entr'ouvert et l'image de la Vierge incomparable. Bernadette conservait ces choses en son cœur. Les peuples cependant accouraient de toutes parts, les miracles s'accomplissaient et le temple s'élevait. Et Bernadette, de même que le saint curé de Lourdes, attendait comme le plus fortuné des jours après ceux de la visite divine, celui où elle verrait de ses yeux les Prêtres du vrai Dieu conduire eux-mêmes les Fidèles, la croix en tête et bannières déployées, à la Roche de l'Apparition.

II. Malgré le mandement de l'Évêque, l'Église, en effet, n'avait encore pris possession, par aucune cérémonie publique, de cette terre à jamais sacrée. Cette prise de possession eut lieu solennellement le 4 avril 1864, par l'inauguration et la, bénédiction d'une superbe statue de la sainte Vierge, qui fut placée, avec toute la pompe usitée en pareil cas, dans cette niche rustique, bordée de plantes sauvages, où la Mère de Dieu était apparue à la fille des hommes. Le temps était magnifique. Le jeûna soleil du printemps s'était levé et s'avançait dans un dôme d'azur, que ne ternissait aucun nuage. La ville de Lourdes était pavoisée de fleurs, d'oriflammes, de guirlandes, d'arcs de triomphe. A la haute tour de la paroisse, à toutes les chapelles de la cité, à toutes 'es églises des environs, les bourdons, les cloches et les campaniles sonnaient à toute volée. Des peuples immenses étaient accourus à cette grande fête de la Terre et du Ciel. Une procession, comme on n'en avait jamais vu de mémoire d'homme, se mit en marche pour aller de l'église de Lourdes à la Grotte de l'Apparition.

Des troupes, avec toutes les richesses et tout l'éclat de l'appareil militaire tenaient la tête. A leur suite, les confréries de Lourdes, les sociétés de Secours mutuels, toutes les Corporations de ces contrées, portant leurs bannières et leur croix; la Congrégation des Enfants de Marie, dont les traînantes robes avaient l'éclat de la neige; les Sœurs de Nevers avec leur long voile noir; les Filles de la Charité, aux grandes coiffes blanches; les Sœurs de Saint Joseph enveloppées dans leur manteau sombre; les ordres religieux d'hommes, les Carmes, les Frères de l'instruction et des Écoles chrétiennes, des multitudes prodigieuses de pèlerins, hommes, femmes, enfants, vieillards, cinquante à soixante mille hommes rangés en deux interminables files serpentaient le long du chemin fleuri qui conduisait aux Roches illustres de Massabielle. D'espace en espace, des •chœurs de voix humaines et d'instruments faisaient entendre des fanfares, des cantiques, toutes les explosions de l'enthousiasme populaire. Ensuite, fermant ce cortège inouï, s'avançait solennellement, entouré de quatre cents prêtres en habit de chœur, de ses grands vicaires, des dignitaires et du chapitre de son église cathédrale, très-haut et très-éminent prélat, Sa Grandeur, Monseigneur Bertrand-Sévère Laurence, évêque de Tarbes, la mitre au front, revêtu de son costume pontifical, d'une main bénissant les peuples, de l'autre s' appuyant sur son grand bâton d'or.

Une émotion indescriptible, une ivresse comme en connaissent seules les multitudes chrétiennes assemblées sous le regard de Dieu remplissait tous les cœurs. Il était enfin venu, après tant de peines, tant de luttes, tant de traverses, le jour du triomphe solennel.. Des larmes de bonheur, d'enthousiasme et d'amour coulaient sur les visages émus de ces peuples, remués par le souffle de Dieu. Quelle joie indicible devait, au milieu de cette fête universelle, remplir le cœur de Bernadette, marchant sans doute en tête de la Congrégation des Enfants de Marie? Quels sentiments d'écrasante félicité devaient inonder l'âme du vénérable Curé de Lourdes, chantant sans doute, à côté de l'Évêque, l'Hosanna de la victoire divine? Ayant été tous deux à la peine, le moment était pour eux venu d'être tous deux à la gloire.

III. Hélas! parmi les Enfants de Marie on cherchait en vain Bernadette; parmi le Clergé qui entourait le prélat on cherchait en vain le Curé Peyramale. Il est des joies trop fortes pour la terre et qui sont réservées pour le Ciel. Ici-bas, Dieu les refuse à ses fils plus chers. A cette heure où tout était en fête, et où le soleil heureux éclairait le triomphe des fidèles et des croyants, le Curé de Lourdes, atteint d'une maladie que l'on jugeait mortelle, était en proie à d'atroces souffrances physiques. Il était étendu sur son lit de douleur, au chevet duquel veillaient et priaient nuit et jour deux religieuses hospitalières. Il voulut se faire lever pour voir passer le grand cortège, mais les forces lui manquèrent, et il n'eut même pas la vision fugitive de toutes ces splendeurs. A travers les rideaux fermés de sa chambre, le son joyeux des cloches argentines ne lui arrivait que comme un glas funèbre. Quant à Bernadette, Dieu lui marquait aussi sa prédilection, comme il a coutume de le faire pour ses élus, en la faisant passer par la grande épreuve de la douleur. Tandis que, dominant l'immense procession des Fidèles, Sa Grandeur Monseigneur Laurence, évêque de Tarbes, allait, au nom de l'Église, prendre possession des Roches Massabielle et inaugurer solennellement le culte de la Vierge qui était apparue à la Voyante, Bernadette, comme le prêtre éminent dont nous venons de parler, était frappée par la maladie; et la maternelle Providence, redoutant peut-être pour son enfant bien-aimée la tentation de quelque vaine gloire, lui dérobait le spectacle de ces fêtes inouïes, où elle eût entendu son nom acclamé par des milliers de bouches et glorifié du haut de la chaire chrétienne par l'ardente parole des prédicateurs. Trop indigente pour être soignée en sa maison, ou ni elle ni les siens n'avaient jamais voulu recevoir aucun don, Bernadette avait été transportée à l'hôpital où elle gisait sur l'humble grabat de la charité publique, au milieu de ces pauvres, que le Monde qui passe appelle malheureux, mais que Jésus-Christ a bénis, en les déclarant les bienheureux de son Royaume éternel.

IV. Aujourd'hui, quatorze ans se sont écoulés depuis les Apparitions de la Très Sainte Vierge. Le vaste temple est achevé. Des Missionnaires diocésains de la maison de Garaison ont été installés par l'Évêque à quelques pas de la Grotte et de l'église pour distribuer aux pèlerins la parole apostolique, les sacrements et le corps du Seigneur. Les pèlerinages ont pris un développement sans exemple peut-être dans l'univers, car jamais, jusqu'à notre époque, ces vastes mouvements de la foi populaire n'avaient eu à leur disposition les tout-puissants moyens de transport inventés par la science moderne. Le chemin de fer des Pyrénées, pour lequel un tracé plus direct et moins coûteux était marqué d'avance entre Tarbes et Pau, a fait un détour pour passer à Lourdes, où il verse incessamment d'innombrables voyageurs, qui viennent, de tous les points de l'horizon, invoquer la Vierge apparue à la Grotte, et demander à la Source miraculeuse la guérison de leurs maux. On y accourt non-seulement des diverses provinces de la France, mais encore de l'Angleterre, de la Belgique, de l'Espagne, de la Russie, de l'Allemagne, Du fond des lointaines Amériques, de pieux chrétiens se sont levés, et ont franchi les Océans pour se rendre à la Grotte de Lourdes, et s'agenouiller devant ces Roches célèbres, que la Mère de Dieu a sanctifiées en les touchant. Souvent, ceux qui ne peuvent venir écrivent aux Missionnaires, et demandent qu'on leur fasse parvenir en leur pays un peu de cette eau miraculeuse. Il s'en envoie dans le monde entier.

De soixante à quatre-vingts lieues arrivent presque tous les jours d'immenses processions transportées de ces distances énormes sur les ailes rapides de la vapeur. Nous en avons vu venir de Bayonne, de Peyrehorade, de la Teste, d'Arcachon, de Bordeaux. Il en viendra de Paris. Sur la demande des Fidèles, le chemin de fer du Midi organise chaque fois des trains spéciaux, des trains de pèlerinage, consacrés exclusivement à ce vaste et pieux mouvement de la foi catholique. A l'arrivée de ces trains, les cloches de Lourdes sonnent à toute volée. Et, de ces noirs wagons, sortent et se mettent en procession dans la cour du chemin de fer, les jeunes filles habillées de blanc, les femmes, les veuves, les enfants, les hommes mûrs, les vieillards, le Clergé revêtu de ses habits sacrés. Les bannières et les banderoles flottent au vent. On voit passer la croix du Christ, la statue de la Vierge, l'image des Saints. Les chants en l'honneur de Marie éclatent sur toutes les lèvres. L'innombrable procession traversa la ville, qui a, ces jours-là, l'aspect d'une cité sainte, comme Rome ou Jérusalem. A ce spectacle le cœur s'élève: il monte vers Dieu et se sent porté de lui-même à ces hauteurs sublimes où des larmes viennent aux yeux et où l'âme est délicieusement oppressée par la présence sensible du Seigneur Jésus. On croit avoir durant un instant comme une vision du Paradis. La main du Tout-Puissant ne se fatigue point de répandre au lieu où sa Mère apparut des grâces de toute nature. Les miracles y sont devenus innombrables.

V. Ces faits ont reçu la plus immense publicité, et l'incrédulité n'a jamais osé les prendre corps à corps et les combattre. Quarante-cinq éditions du livre dont nous venons de lire l'abrégé se sont écoulées sans que personne ait entrepris l'impossible tâche de réfuter les événements miraculeux qu'il raconte et qui ont eu pour témoins des peuples entiers. Voulant pousser jusques en leurs derniers retranchements les incroyants et les libres penseurs, un chrétien de notre temps, M. E. Artus, a ouvert un pari de 10 000 francs ou de toute autre somme plus forte si on le voulait, contre quiconque contesterait la véracité des nombreux miracles rapportés par M. Henri Lasserre; et il a choisi à l'avance pour juges de ce débat les membres les plus honorables et les plus illustres de l'Académie de médecine, de l'Académie des sciences et de toutes les classes de l'Institut. Nul, dans tout le camp de la libre pensée, n'a essayé de tenir le pari. L'incrédulité en masse a reculé. Après la publication de ce livre, Notre Très-Saint Père le Pape Pie IX a solennellement reconnu la vérité des Apparitions et des Miracles de Lourdes, par un Bref adressé à M. Henri Lasserre et cité plus haut. Et depuis ce moment, sur la supplique de M. Henri Gaston de Béarn, prince de Viana, Sa Sainteté a accordé (outre des faveurs moindres pour un simple pèlerinage pieusement accompli), l'Indulgence Plénière la rémission de tous les péchés aux Fidèles de l'un et de l'autre sexe qui, vraiment pénitents, ayant confessé leurs péchés et reçu la Communion, visiteront dévotement un jour de l'année, à leur choix, l'église de Notre Dame de Lourdes, et qui y prieront avec piété pour la concorde des princes chrétiens, l'extirpation des hérésie et l'exaltation de Notre Mère la Sainte Eglise.

VI. La plupart des personnages nommés dans le cours de cette histoire vivent encore. Il n'en est que quelques-uns qui ne soient plus de ce monde. Le préfet Pardoux, le juge Jean D., le maire H Anselme, Mgr Laurence sont morts. Plusieurs ont fait des pas en avant dans le chemin de la fortune. M. Gustave R. a quitté le Ministère des Cultes qui, ce semble, lui convenait peu, pour administrer les lingots d'or de la Banque de France. M. Vital, Procureur Impérial, est devenu Conseiller à la Cour. M. Dominique est Commissaire central dans une des plus grandes villes de France. Bourriette, Croisine Bouhohorts et son fils, Henri Busquet,, Mlle Moreau de Sazenay, la veuve Crozat, Jules Lacassagne, presque tous ceux dont nous avons raconté la guérison sont encore pleins de vie et témoignent par leur santé retrouvée et leurs infirmités disparues, de la toute-puissante miséricorde de l'Apparition de la Grotte. M. le docteur Dozous continue d'être le médecin le plus éminent de Lourdes. M. le docteur Vergez est médecin des eaux de Barèges et il peut attester aux visiteurs de ces thermes célèbres des miracles qu'il constata jadis. M. Estrade, cet observateur impartial dont nous avons -plus d'une fois reproduit les impressions, est Receveur des Contributions Indirectes, à Bordeaux. M. l'abbé Peyrainale a guéri de la cruelle maladie dont nous parlions plus haut. Il est toujours le vénéré pasteur de cette chrétienne ville de Lourdes où sa personnalité, puissante dans le bien, est à jamais marquée en traits ineffaçables. Longtemps, très-longtemps après lui, alors qu'il sera couché sous les herbes au milieu de la génération qu'il a formée au Seigneur, alors que les successeurs de ses successeurs habiteront en son Presbytère et occuperont a l'église son grand fauteuil de bois, sa pensée sera encore vivante dans l'âme de tous; et quand on dira ces mots : « le Curé de Lourdes », c'est à lui que l'on pensera. Tandis que les millions se dirigent vers la Grotte pour faire achever le temple auguste, le père Soubirous est demeuré un pauvre meunier, vivant Déniblement du labeur de Ses mains. Marie, celle de ses filles qui était avec la Voyante lors de la première Apparition, a épousé un bon paysan, qui est devenu meunier et qui travaille avec son beau-père. L'autre compagne de l'enfant, Jeanne Abadie, est servante à Bordeaux.

VII. Bernadette n'est plus à Lourdes. On a vu comme elle avait, en maintes circonstances, repoussé les dons enthousiastes et refusé d'ouvrir à la fortune qui frappait à l'humble porte de sa maison. Elle rêvait d'autres richesses. « On saura un jour, avaient, à l'origine, dit les incroyants, comment elle sera récompensée ». Bernadette, en effet, a choisi sa récompense et mis la main sur son trésor. Elle s'est faite Sœur de charité. Elle s'est vouée à soigner, dans les hôpitaux, les pauvres et les malades recueillis par la pitié publique. Après avoir vu devant ses yeux la face resplendissante de la Mère du Dieu trois fois saint, que pouvait-elle faire autre chose que de devenir la servante attendrie de ceux dont le Fils de la Vierge a dit: « Ce que vous ferez au plus humble de ces petits, c'est à Moi-même que vous le ferez ».

C'est chez les Sœurs de la Charité et de l'Instruction chrétienne de Nevers que la Voyante a pris le voile. Elle se nomme la sœur Marie-Bernard. L'auteur de ce livre l'a vue naguère en son costume de religieuse, à la maison mère de bette Congrégation. Bien qu'elle ait aujourd'hui vingt-sept à vingt-huit ans, sa physionomie a conservé le caractère et la grâce de l'enfance. Elle possède un charme incomparable, un charme qui n'est point d'ici-bas et qui élève l'âme vers les régions du ciel. Eu sa présence, le cœur se sent remué dans ce qu'il a de meilleur par je ne sais quel sentiment religieux, et on la quitte tout embaumé par le parfum de cette paisible innocence. On comprend que la sainte Vierge l'ait aimée. D'ailleurs, rien d'extraordinaire, rien qui la signale aux regards et qui puisse faire deviner le rôle immense qu'elle a rempli entre la Terre et le Ciel. Sa simplicité n'a pas même été atteinte par le mouvement inouï qui s'est fait autour d'elle. Le concours des multitudes et l'enthousiasme des peuples n'ont pas plus troublé son âme que l'eau ne ternirait, en le baignant une heure ou un siècle, l'impérissable pureté du diamant.

Dieu la visite encore, non plus par des Apparitions radieuses, mais par l'épreuve sacrée de la souffrance. Elle est souvent malade, et ses tortures sont cruelles. Elle les supporte avec une patience douce et presque enjouée. Plusieurs fois on l'a crue à la mort: « Je ne mourrai pas encore », dit-elle en souriant. Jamais, à moins d'être interrogée, elle ne parle des faveurs divines dont elle a été l'objet. Elle fut le témoin de la Vierge. Maintenant qu'elle a rempli son message, elle s'est retirée à l'ombre de la vie religieuse, humble et cherchant à se perdre dans la foule de ses compagnes. C'est pour elle un chagrin lorsque le monde la vient chercher au sein de sa retraite et que quelque circonstance la force à se produire encore. Elle redoute le bruit et fuit la gloire humaine. Elle repousse loin d'elle tout ce qui peut lui rappeler la célébrité de son nom dans l'univers chrétien. Ensevelie en sa cellule ou absorbée dans le soin des malades, elle ferme son oreille à tous les tumultes de la terre: elle en détourne sa pensée et son cœur pour se recueillir dans la paix de sa solitude ou dans les joies de sa charité. Elle vit dans l'humilité du Seigneur et elle est morte aux vanités d'ici-bas Ce livre dont nous achevons la dernière page, ce livre qui parle tant de Bernadette, la sœur Marie-Bernard ne le lira jamais.

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Prière pour l'œuvre de Notre-Dame de Lourdes

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Que vous demanderons-nous, ô Notre-Dame de Lourdes, en ce dernier jour du beau mois fleuri qui vous est consacré? Que vous demanderons-nous après avoir terminé ce livre où sont racontés les Miracles de votre toute -puissante bonté, ces Miracles que vous continuez chaque jour aux Roches bénies de Massabielle? Nous vous prierons, ô Marie, pour l'Oeuvre même que vous avez fondée: pour l'œuvre générale et publique que vous avez établie , en faveur du genre humain, aux lieux illustres où jaillit la Source miraculeuse; pour l'œuvre particulière et cachée que vous avez établie, durant ces trente et un jours, au fond du cœur de chacun de nous. Notre-Dame de Lourdes, protégez ce Pèlerinage sacré, ce Sanctuaire de grâces et de bénédictions que vous avez remis à la garde fragile des hommes; et empêchez qu'il ne périsse par leurs fautes, comme périssent, hélas! Ici bas, tant de grâces de Dieu dont ne craint point d'abuser la basse ingratitude des enfants d'Adam.

Reine de Vérité, préservez contre toute atteinte la divine intégrité de votre incomparable histoire. Vous l'avez défendue à l'origine contre les attaques ouvertes ou les pièges cachés de l'incrédulité, irritée jusqu'à la fureur. Défendez-la désormais contre ce fatal esprit de légende, que le Démon fait si souvent surgir à côté des actes divins, afin de les perdre plus tard en les rendant réfutables par ce mélange d'erreur. A toujours défendez-la contre le zèle irrespectueux des faux historiens, contre tous ceux qui, par des faits acceptés sans critique, par des miracles apocryphes, par des inventions humaines oseraient se flatter d'embellir en quoi que ce soit ce qu'a jugé bon d'accomplir en ce monde la Sagesse éternelle qui gouverne la Terre et le Ciel. Défendez-la contre ces écrits inconsidérés qui ont tant de fois compromis ou discrédité les événements les plus certains et les mieux établis, et, par l'adjonction de ce Surnaturel imaginaire, œuvre de l'homme, altéré, dans l'âme des peuples, la foi au Surnaturel véritable, œuvre de Dieu. Que votre divine histoire demeure à jamais immuable et solide comme le Roc que foulèrent vos pieds.

Veillez aussi, ô Marie, sur ces Roches très-saintes où les multitudes, toutes frémissantes d'amour, viennent se prosterner à genoux. Défendez-les contre toute profanation, et que le seuil en soit à jamais sacré comme celui du temple auguste d'où le fouet de Jésus indigné chassa les vendeurs et les trafiquants. Donnez, donnez avec surabondance et conservez aux gardiens de ce lieu béni l'esprit de pauvreté, l'esprit de l'humble Bernadette et de son indigente famille, cet esprit de pauvreté dont, avec Jésus et Joseph, vous fûtes, ô Vierge de Nazareth, le modèle idéal. Que par le spectacle de leur dévouement apostolique, ils édifient les fidèles et les infidèles, accourus de tout l'univers. Qu'entre leurs mains votre œuvre demeure pure, ô Marie, et que nulle âme, venue pour y chercher la Foi, n'y trouve jamais le scandale ou la pierre d'achoppement! Que cette œuvre demeure pure à jamais comme la Source sacrée que votre volonté fit jaillir.

Notre-Dame de Lourdes, bénissez l'Êvêque de ce diocèse de Tarbes où vous êtes apparue. Confirmez-le dans toutes les vertus épiscopales, et pénétrez-le de plus en plus de l'esprit même du Sauveur. Qu'il veille particulièrement, qu'il veille avec un soin pieux à ce que nul alliage indigne ne se mêle à l'immaculée pureté et à l'absolue vérité de votre œuvre très-sainte. Bénissez-le, ô Marie, et embrasez son âme de ce puissant et divin sentiment qui faisait appliquer si justement à Jésus ces paroles du Prophète: « Le zèle de Votre Maison me dévore ».

Notre-Dame de Lourdes, bénissez encore une fois l'infaillible Chef de l'Église, Notre Très-Saint Père le Pape, assis en cette Chaire de Vérité sur laquelle, depuis bientôt dix-neuf siècles, plane l'Esprit de Dieu. Bénissez ce Saint-Siége qui a eu la gloire de proclamer votre Immaculée Conception, et qui a reconnu solennellement, la vérité de vos Apparitions et la réalité de vos Miracles. Pour Notre Très-Saint-Père nous avons prié en commençant votre histoire; pour Notre Très-Saint-Père, nous vous prions encore en la finissant. Ne représente-t-il pas en ce monde Celui qui a dit de lui-même: « Je suis le commencement et la fin, je suis l'Alpha et l'Oméga de toutes choses ».

Et maintenant, ô Notre-Dame de Lourdes, nous vous prions aussi pour l'œuvre particulière que vous avez fondée en nous-mêmes. Conservez en nos cœurs la foi ardente qui, par moments est venue échauffer nos âmes pendant que nous contemplions vos merveilles. Maintenez en nos cœurs les bonnes résolutions que nous avons prises, durant ce mois qui nous a tous réunis en votre nom. Humblement prosternés à vos pieds, nous nous consacrons à Vous, ô Notre-Dame de Lourdes, nous nous donnons à Vous, nous remettons à Votre bonté la direction de notre vie. Soyez désormais notre espérance et notre force, notre consolation et notre soutien, notre joie et notre amour. Chaque jour, nous ajouterons à nos prières, Ces mots, désormais chers à notre cœur: « Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous ». Nous les répéterons souvent en nous-mêmes, sachant que vous les entendez et que vous êtes à côté de nous, ô Notre Mère, invisible et présente. Nous les dirons enfin à l'heure redoutable où nous irons paraître devant le Souverain Juge. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous! Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous! Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous! Ainsi soit-il.

 

Fin du Mois de Marie

 

Prochain Mois de Dévotion, le Mois du Sacré Cœur, rendez-vous le 31 mai

 

Téléchargez l'intégralité des méditations du Mois de Marie de Notre Dame de Lourdes (pdf) en cliquant ici

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29 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Trentième jour

M. Roger Lacassagne et son fils Jules

 

I. Autre épisode. Il y a bientôt deux ans, j'eus l'honneur de visiter chez lui rue du Chai des Farines, n. 6, à Bordeaux, M. Roger Lacassagne, employé aux douanes de Bordeaux, et je fus frappé tout d'abord par l'aspect de cette physionomie froide et digne. Il me demanda avec cette politesse un peu brusque des hommes de discipline, quel était l'objet de ma visite. « Monsieur, lui dis-je, j'ai appris l'histoire de votre voyage à la Grotte de Lourdes, et, dans l'intérêt d'études que je fais en ce moment, je suis venu pour entendre ce récit de votre bouche ». Aux mots « la Grotte de Lourdes » ce rude visage s'était épanoui et l'émotion d'un puissant souvenir avait tout à coup attendri ces lignes austères. « Asseyez-vous, me dit ce brave homme, et pardonnez-moi de vous recevoir dans cette pièce en désordre. Ma famille part aujourd'hui pour Arcachon et vous nous voyez dans tout l'embarras du déménagement ». « Cela ne fait rien. Racontez-moi les événements dont on m'a parlé et que je' ne connais que confusément ». « Pour moi, dit-il d'une voix où je sentais des larmes, pour moi, je n'en oublierai de ma vie aucun détail ». « Monsieur, reprit-il après un moment de silence, je n'ai que deux fils. Le plus jeune, dont j'ai seulement à vous entretenir, s'appelle Jules. Il va venir tout à l'heure. Vous verrez comme il est doux, comme il est pur, comme il est bon ». M. Lacassagne ne me dit pas ce qu'était son affection pour ce plus jeune fils. Mais l'accent de sa voix, qui s'adoucissait en quelque sorte et devenait caressante pour parler de cet enfant, me révélait toute la profondeur de son amour paternel. Je compris que là, dans ce sentiment si tendre et si fort, se concentrait l'âme virile qui s'ouvrait devant moi.

Sa santé, continua-t-il, avait été excellente jusqu'à l'âge de dix ans. A cette époque survint inopinément, et sans cause physique apparente, une maladie dont je-ne mesurai pas tout la gravité. Le 25 janvier 1865, au moment où nous venions de nous mettre à table pour prendre le repas du soir, Jules se plaignit d'un embarras au gosier qui l'empêchait d'avaler tout aliment solide. Il dut se borner à prendre un peu de potage. Cet état ayant persisté le lendemain, je fis appeler un des médecins les plus distingués de Toulouse, M. Noguès. « C'est nerveux, me dit le docteur, qui me donna l'espoir d'une prochaine guérison ». Peu de jours après, en effet, l'enfant put manger, et je le croyais tout à fait remis, lorsque la maladie reprit et se continua avec des intermittences plus ou moins régulières jusque vers la fin du mois d'avril. A partir de ce moment, cet état devint stationnaire. Le pauvre enfant en fut réduit à se nourrir exclusivement de liquides, de lait, de jus de viande, de bouillon. Encore le bouillon devait-il être un peu clair, car telle était l'étroitesse de l'orifice qui restait encore dans la gorge qu'il lui était absolument impossible d'avaler, même du tapioca. Le pauvre petit, réduit à cette misérable alimentation, maigrissait à vue d'œil et dépérissait lentement. Les médecins, car ils étaient deux, et dès le commencement, j'avais prié une notabilité médicale, M. Roques, de s'adjoindre à M. Noguès; les médecins, étonnés de la singularité et de la persistance de cette affection, cherchaient vainement à en pénétrer nettement la nature pour en déterminer le remède.

II. Un jour, c'était le 10 mai, j'ai tant souffert, monsieur, et tant pensé à cette malheureuse maladie, que j'ai retenu toutes ces dates; un jour, j'aperçois Jules dans le jardin, qui courait avec une précipitation inaccoutumée et comme par saccades. Monsieur, je craignais pour lui la moindre agitation. « Jules, arrête-toi! » lui criai-je en allant vers lui et le saisissant par la main. Il m'échappa aussitôt : « Papa, me dit-il, je ne peux pas. Il faut que je coure, c'est plus fort que moi ». Je le pris sur mes genoux, ses jambes s'agitaient convulsivement. Un peu plus lard ce fut la tête qui devint grimaçante et se contorsionna. Le vrai caractère de la maladie se déclarait enfin. Mon malheureux enfant était atteint de cette maladie dont on appelle habituellement les accès la danse de Saint-Guy. Cependant, bien qu'elle reconnût le mal, la médecine fut impuissante à le vaincre. Tout au plus, au bout de quinze mois de traitement, put-elle maîtriser les accidents extérieurs tels que l'agitation des jambes et de la tête; ou plutôt, pour mieux dire et pour exprimer toute ma pensée, ces accidents disparurent d'eux-mêmes sous les seuls efforts de la nature. Quant à ce rétrécissement extrême de la gorge, il était passé à l'état chronique et il résista à tout. Les remèdes de toute sorte, la campagne, les bains de Luchon furent successivement et inutilement employés pendant près de deux ans. Ces divers traitements ne faisaient qu'exaspérer le malade. Notre dernier essai avait été une saison aux bains de mer. Ma femme avait conduit notre malade à Saint Jean de Luz. Il est inutile de vous dire que dans l'état où il était, les soins physiques absorbaient tout. Avant toute chose, en effet, nous voulions qu'il vécût. Nous avions dès l'origine suspendu ses études, et tout travail lui était interdit: nous le traitions en végétal. Or, il a l'esprit actif, sérieux, et cette privation de tout exercice intellectuel le jetait dans un grand ennui. Le pauvre petit était d'ailleurs honteux de son mal; il voyait les autres enfants bien portants et il se sentait comme disgracié et maudit: aussi s'isolait-il... » Le père, tout remué par ces souvenirs, s'arrêta un instant comme pour maîtriser un sanglot dans la voix.

« Il s'isolait, reprit-il. Il était triste. Quand il trouvait quelque livre, il le lisait pour se distraire. A Saint Jean de Luz, il aperçut un jour sur la table d'une dame qui demeurait dans le voisinage, une petite Notice sur l'Apparition de Lourdes. Il la lut et en fut, paraît-il, profondément frappé. Il dit le soir à sa mère que la sainte Vierge pourrait bien le guérir; mais elle ne fit aucune attention à ces paroles, qu'elle considéra comme un propos d'enfant. De retour à Bordeaux, car un peu avant cette époque j'avais reçu mon changement et nous étions venus habiter ici, de retour à Bordeaux, l'enfant était absolument dans le même état. C'était au mois d'août de l'année dernière. Tant de vains efforts, tant de science dépensée sans résultat par les meilleurs médecins, tant de soins perdus finirent, et certes vous le comprenez, par nous jeter dans le plus profond abattement. Découragés par l'inutilité de ces diverses tentatives, nous cessâmes toute espèce de remède, laissant agir la nature et nous résignant au mal inévitable qu'il plaisait au Créateur de nous envoyer. Il nous semblait que tant de souffrance avait en quelque sorte redoublé notre amour pour cet enfant... Cependant, continua le père après un nouveau silence, les forces de l'enfant diminuaient visiblement. Depuis deux ans, il n'avait pas pris un seul aliment solide. Ce n'était qu'à grands frais, par une nourriture liquide que tout notre génie s'employait à rendre substantielle, par des soins exceptionnels, que nous avions pu prolonger sa vie aussi longtemps. Il était devenu d'une maigreur effrayante. Sa pâleur était extrême: il n'y avait plus de sang sous sa peau: on eût dit une statue de cire. Il était visible que la Mort s'avançait à grands pas. Elle était plus que certaine, elle était imminente. Ma foi, monsieur, quelque démontrée que fût pour nous l'impuissance de la Médecine, je ne pus, dans ma douleur, m'empêcher de frapper encore à cette porte. Je n'en connaissais pas d'autre en ce monde. Je m'adressai au médecin le plus éminent de Bordeaux, à M. Gintrac père.

III. M. Gintrac examina le gosier de l'enfant, le sonda et constata, outre ce rétrécissement extrême qui bouchait presque entièrement le canal alimentaire, des rugosités du plus mauvais signe. Il hocha la tête et me donna peu d'espoir. Il vit mon anxiété terrible. « Je ne dis pas qu'il ne puisse guérir, ajouta-t-il; mais il est bien malade ». Ce furent ses propres paroles. Il jugea absolument nécessaire d'employer les remèdes; locaux: d'abord des injections, puis le contact d'un linge imbibé d'éther. Mais ce traitement bouleversait mon fils ; devant ces résultats, le chirurgien, M. Sentex, interne de l'hôpital, nous conseilla lui-même de le cesser. Que faire encore? nous nous étions adressés aux plus grands médecins de Toulouse et de Bordeaux et tout avait été impuissant. L'évidence fatale était devant mes yeux : notre pauvre fils était condamné, et cela sans appel. Monsieur, de si cruelles convictions entrent difficilement dans le cœur d'un père. J'essayais encore de me tromper; ma femme et moi nous nous consultions: je pensais à l'hydrothérapie.

Ce fut dans cette situation désespérée et désespérante que Jules dit à sa mère, avec un accent de confiance et de certitude absolue qui la frappa, les paroles suivantes: « Vois-tu, maman, M. Gintrac ni aucun autre médecin ne peut rien à ma maladie. C'est la sainte Vierge qui me guérira. Envoie -moi à la Grotte de Lourdes et tu verras que je serai guéri. J'en suis sûr ». Ma femme me rapporta ce propos. « Il n'y a pas à hésiter! m'écriai-je, il faut le conduire à Lourdes. Et au plus tôt ». Ce n'est point, monsieur, que j'eusse la foi. Je ne croyais pas aux Miracles, et je ne croyais pas comme possibles ces interventions extraordinaires de la Divinité. Mais j'étais père, et aucune chance, quelque minime qu'elle fût, ne me semblait méprisable. J'espérais d'ailleurs que, en dehors de ces événements surnaturels qu'il me coûtait d'admettre, cela pourrait produire sur l'enfant un effet moral salutaire. Quant à une guérison complète, vous comprenez, monsieur, que je n'en abordais pas même la pensée. Nous étions en hiver, au commencement de février. La saison était mauvaise, et j'en redoutais pour Jules les moindres intempéries. Je voulus attendre un beau jour. Depuis que, huit mois auparavant, à Saint Jean de Luz, il avait lu la petite Notice, le sentiment qu'il venait de nous exprimer, ne l'avait pas quitté. L'ayant manifesté une première fois là-bas, sans qu'on voulût y faire attention, il n'en avait plus reparlé ; mais cette idée était restée en lui et y avait travaillé pendant qu'il subissait, avec quelle patience, monsieur, il fallait le voir, les traitements des médecins. Cette foi si pleine et si entière était d'autant plus extraordinaire, que nous n'avions pas élevé notre enfant dans les habitudes d'une dévotion exagérée Ma femme accomplissait ses devoirs religieux, mais c'était tout; et quant à moi, j'étais, comme je viens de le dire, dans des idées philosophiques tout à fait différentes.

IV. Le 12 février, le temps s'annonça comme devant être magnifique. Nous prîmes le train de Tarbes. Pendant toute la route, l'enfant fut gai, plein d'une foi absolue en sa guérison, d'une foi.... renversante. « Je guérirai, me disait-il à chaque instant. Tu verras. Bien d'autres ont guéri: pourquoi pas moi? La sainte Vierge va me guérir ». Et moi, monsieur, j'entretenais, sans la partager, cette confiance si grande, cette confiance que je qualifierais d'étourdissante, si je ne craignais de manquer de respect à Dieu qui la lui inspirait. A Tarbes, à l'hôtel Dupont où nous descendîmes, on remarqua ce pauvre enfant si pâle, si malingre et en même temps si doux, si charmant. On l'aima rien qu'en le voyant. J'avais dit à l'hôtel le but de notre voyage. Dans les vœux que firent pour nous ces braves gens, il se mêlait comme un heureux pressentiment. Et quand nous partîmes, je vis bien qu'on attendait notre retour avec impatience. A tout événement et malgré mes doutes, je pris avec moi une petite boîte de biscuits. Quand nous arrivâmes à la crypte qui est au-dessus de la Grotte, la Messe se disait. Jules pria avec une foi qui était visible sur tous ses traits, avec uns ardeur vraiment céleste. Il était tout transfiguré, ce pauvre ange! Le prêtre fut frappé de sa ferveur et, quand il eut quitté l'autel, il ressortit presque aussitôt de la sacristie et s'avança vers nous. Une bonne pensée lui était venue en voyant ce pauvre petit. Il m'en fit part, et se retournant vers Jules, encore agenouillé « Mon enfant, lui dit-il, voulez-vous que je vous consacre à la sainte Vierge? » « Oh! oui », répondit Jules. Le prêtre procéda aussitôt à cette très simple cérémonie et récita sur mon fils les formules consacrées. « Et maintenant, s'écria l'enfant, avec un accent dont la parfaite confiance me frappa, et maintenant, papa, je vais guérir ».

Nous descendîmes à la Grotte. Jules s'agenouilla devant la statue de la Vierge et pria. Je le regardais, et je vois encore l'expression de son visage, de son attitude, de ses mains jointes. Il se leva: nous allâmes devant la Fontaine. Ce moment était terrible. Il lava son cou et sa poitrine. Puis, il prit le verre et but quelques gorgées de l'eau miraculeuse. Il était calme, heureux, il était gai, il était rayonnant de confiance. Pour moi, je tremblais et frémissais à défaillir devant cette épreuve suprême. Mais je contenais, quoique avec peine, mon émotion. Je ne voulais pas lui laisser voir mon doute. « Essaye maintenant de manger », lui dis-je en lui tendant un biscuit. Il le prit: et je détournai la tête,ne me sentant pas la force de le regarder. C'était en effet, la vie ou le trépas de mon fils qui allait se décider. Dans cette question, formidable pour le cœur d'un père, je jouais en quelque sorte ma dernière carte. Si j'échouais, mon bien-aimé Jules était mort. L'épreuve était décisive et je ne pouvais affronter ce spectacle. Je fus bientôt tiré de cette angoisse poignante. La voix de Jules, une voix joyeuse et douce me cria : « Papa! j'avale, je puis manger, j'en étais sûr, j'avais la foi! » Quel coup, monsieur! Mon enfant, déjà la proie du tombeau, était sauvé, et cela soudainement. Et moi, son père, j'assistais a cette éclatante résurrection.

Eh bien! monsieur, pour ne pas troubler la foi de mon fils, j'eus la force de ne pas paraître étonné. « Oui, mon Jules, cela était certain et il n'en pouvait être autrement », lui dis-je d'une voix que toute l'énergie de ma volonté parvint à rendre calme. Et cependant, monsieur, il y avait en tempête. Que l'on eût ouvert ma poitrine, et on l'aurait trouvée toute brûlante, comme si elle eût été pleine de feu. Nous renouvelâmes l'expérience. Il mangea encore quelques biscuits, non-seulement sans difficulté, mais avec un appétit croissant. Je fus obligé de le modérer. J'avais besoin de crier mon bonheur, de remercier Dieu. « Attends-moi, dis-je à Jules, et prie la bonne Vierge Je monte à la Chapelle ». Et, le laissant un instant agenouillé à la Grotte, je courus annoncer au prêtre cette heureuse nouvelle. J'étais dans une sorte d'égarement. Outre ma félicité, si inattendue et si brusque qu'elle en était terrible, outre le bouleversement de mon cœur, j'éprouvais en mon âme, en mon esprit un trouble inexprimable. Une révolution se faisait dans mes pensées, confuses, agitées, tumultueuses. Toutes mes idées philosophiques chancelaient ou s'écroulaient en moi-même.

Le prêtre descend en toute hâte et il aperçoit Jules achevant son dernier biscuit. L'Evêque de Tarbes se trouvait précisément ce jour-là à la Chapelle: il voulut voir mon fils. Je lui racontai la cruelle maladie qui venait d'avoir un si heureux terme. Tout le monde caressait l'enfant, tout le monde se réjouissait avec moi. Moi, cependant, je pensais à la mère et au bonheur qu'elle allait avoir. Avant de rentrer à l'hôtel, je courus au télégraphe. Ma dépêche ne contenait qu'un seul mot : « Guéri! » A peine était-elle partie que j'eusse voulu la ressaisir: « Peut-être, me disais-je, que je me suis trop hâté. Qui sait s'il n'y aura pas de rechute ! » Je n'osais pas croire au bonheur qui m'arrivait; et quand j'y croyais, il me semblait qu'il allait m' échapper. Quant à l'enfant, il était heureux, heureux sans le moindre mélange d'inquiétude. Il était éclatant dans sa joie et dans sa pleine sécurité. « Tu vois bien, papa, me répétait-il à chaque instant, il n'y avait que la sainte Vierge qui pouvait me guérir. Quand je, te le disais, j'en étais sûr ». A l'hôtel, il mangea d'un excellent appétit. Je ne pouvais me lasser de le regarder manger. Il voulut revenir et revint à pied à la Grotte remercier sa libératrice. « Tu seras bien reconnaissant envers la sainte Vierge? » lui dit un prêtre. D'un geste il montra l'image de la Vierge, puis le Ciel. « Ah! je ne l'oublierai jamais! » s'écria-t-il.

V. A Tarbes, nous nous arrêtâmes à l'hôtel où nous étions descendus la veille. On nous attendait. On avait (il me semble que je vous l'ai déjà dit) je ne sais quel heureux pressentiment. Ce fut une joie extraordinaire. On se groupait autour de nous pour le voir manger avec un sensible plaisir de tout ce que l'on servait sur la table, lui qui, la veille encore, ne pouvait avaler que quelques cuillerées de liquide. Ce temps me semblait déjà bien loin de moi. Cette maladie, contre laquelle avait échoué la science des plus habiles médecins et qui venait d'être si miraculeusement guérie, avait duré deux ans et dix-neuf jours. Nous avions hâte de revoir la mère. Nous prîmes l'express de Bordeaux. L'enfant était rompu de fatigue par le voyage, et je dirais aussi par les émotions, n'était sa paisible et constante sérénité en présence de cette guérison soudaine, qui le comblait d'allégresse, mais qui ne l'étonnait pas. Il désira se coucher en arrivant. Il était accablé de sommeil, et ne soupa point. Quand elle le vit ainsi appesanti, brisé, refusant de manger, sa mère, qui était mourante de joie avant notre retour, fut saisie par un doute affreux. Elle était désolée. Elle me disait que je l'avais trompée, et j'avais toutes les peines du monde à me faire croire. Quel ne fut pas son bonheur, lorsque, le lendemain, notre Jules, assis à notre table, déjeuna avec nous, et de meilleur appétit que nous-mêmes. C'est alors seulement qu'elle fut tranquille et rassurée ».

« Et depuis ce moment, demandai-je à M. Lacassagne, n'y a-t-il eu aucune rechute, aucun accident ? » « Non, monsieur, absolument rien. Je ne puis dire que la guérison fit des progrès ou se consolida, attendu qu'elle avait été aussi complète qu'instantanée. La transition d'une maladie si ancienne et si rebelle à cette guérison si entière, si absolue, s'était faite sans la moindre gradation comme sans aucune commotion apparente. Mais la santé générale s'améliora à vue d'œil, sous l'influence d'un régime réparateur, dont il était temps que mon pauvre fils éprouvât les salutaires effets.... » « Depuis cette époque, ajouta le père, il est d'une piété angélique. Vous allez le voir. La noblesse de ses sentiments se lit sur son visage. Il est bien né, sa nature est droite et élevée. Il est incapable d'un mensonge ou d'une bassesse. Mais sa piété a développé au plus haut degré ses qualités natives. Il fait ses études dans une pension voisine, chez M. Gonangle, dans la rue du Mirail. Le pauvre enfant a rattrapé bien vite le temps qu'il avait perdu. Il aime l'étude. Il est le premier de sa classe. A la dernière distribution, il a eu le prix d'excellence. Mais avant tout il est le plus sage, le plus doux, le meilleur. Il est le bien-aimé de ses maîtres et de ses camarades. Il est notre joie, notre consolation ».

En ce moment la porte s'ouvrit et Jules entra avec sa mère dans la pièce où nous nous trouvions. Je lui pris la tête et l'embrassai avec attendrissement. La flamme de la santé rayonne sur son visage. Son front, large et haut, est magnifique; son attitude a une modestie et une fermeté douce qui inspirent un secret respect. Ses yeux, très-grands et très-vifs, reflètent une intelligence rare, une pureté absolue, une belle âme. « Vous êtes un heureux père », dis-je à M. Lacassagne. « Oui, monsieur, bien heureux. Mais nous avons bien souffert, ma pauvre femme et moi ». « Ne vous plaignez pas, lui dis-je en nous éloignant un peu de Jules. Ce chemin de douleurs était la voie qui vous conduisait des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie, de vous-même à Dieu. A Lourdes, la sainte Vierge s'est montrée deux fois la mère des vivants. Elle a donné à votre fils la vie temporelle, pour vous donner, à vous, la Vie véritable, la Vie qui ne doit point finir! » Je quittai cette famille bénie de Dieu; et, sous l'impression de ce que j'avais entendu et vu, j'écrivis, le cœur tout ému, ce que je viens de raconter.

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Prière pour l'Enfance

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, vous aimez les enfants, les enfants que Jésus aimait. Aux premières pages de votre histoire, c'est à une enfant que vous vous révélez; la guérison d'un enfant forme ce dernier épisode dont le récit vient de nous attendrir. Bénissez l'Enfance, ô Marie! Conservez dans leur baptismale innocence ces petits êtres bien-aimés dont les anges contemplent la face de Dieu, et qui sont ici-bas la joie de nos maisons et l'espérance du genre humain. Gardez-les contre les influences corruptrices qui les environnent de toutes parts; contre les relations mauvaises; contre les funestes lectures; contre la naturelle tendance au mal que portent en eux tous les fils d'Adam; contre les pièges du démon qui cherche l'heure de troubler, par une première faute, le doux Paradis de ces âmes, tout fraîchement sorties des mains créatrices de Dieu. Gardez-les contre nous-mêmes: contre notre faiblesse pour eux; contre notre éducation, parfois si frivole et si insensée; contre les scandaleux exemples de nos défauts et de nos vices. Que, préservée par vous, la pureté de leur âme réjouisse le regard de notre Père qui est aux Cieux. Relevez, ô Marie, ceux qui sont déjà tombés et envoyez l'Ange du repentir rendre la blancheur de la neige à leur innocence souillée. Bénissez les Enfants! Que, de même qu'ils croissent en âge, ils croissent en sagesse et en vertu, comme faisait, Bienheureuse Mère, cet Enfant-Dieu que vos flancs ont porté, ce Jésus adoré que vos mamelles ont nourri. Qu'ils soient, dès à présent, les bons anges de nos foyers. Que la simplicité de leur Foi, la tranquille fermeté de leur Espérance immortelle, la bonne droiture de leur Amour pour Dieu et pour le prochain, nous fassent rentrer en nous-mêmes et nous rendent semblables à eux. Bénissez nos fils et nos filles, ô Marie! bénissez leur enfance, bénissez leur jeunesse, bénissez leur âge mûr, bénissez leur vieillesse chenue. Que, guidés par vous dans la vie, ô Vierge puissante, les générations qui nous suivent, et les races qui sont encore à naître, passent ici-bas en faisant le bien. Que du berceau à la tombe, nos descendants soient, en un mot, ce que nous ne sommes pas, c'est-à-dire des Chrétiens dignes de ce nom et de vrais disciples de Jésus-Christ; et qu'ils réparent le mal qu'auront pu faire en ce monde leurs pères et leurs mères, disparus et ensevelis! Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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28 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Vingt-neuvième jour

M. Henri Lasserre

 

I. Pendant toute ma vie j'ai joui d'une vue excellente. Je distinguais les objets à une immense distance; et, d'autre part, je lisais couramment un livre, quelque rapproché qu'il fût de mes yeux. Des nuits passées à l'étude ne m'avaient jamais fait éprouver la moindre fatigue. J'étais émerveillé, j'étais heureux de la souplesse et de la force de cette vue, si puissante et si nette. Aussi éprouvai-je uns grande surprise et un cruel désenchantement lorsque, dans le courant de juin et de juillet 1862, je sentis ma vue s'affaiblir peu à peu, s'appesantir aux travaux du soir et finir graduellement par me refuser tout service, au point que je dus cesser complètement de lire et d'écrire. Je consultai plusieurs médecins et notamment deux illustres spécialistes, MM. Desmares et -Giraud-Teulon. Les remèdes qui me furent ordonnés ne me firent à peu près rien. Mon mal ne tarda pas à prendre cette physionomie chronique qui caractérise les infirmités incurables. Sur le conseil des médecins, j'avais condamné mes yeux à un repos absolu. Non content de ne sortir qu'en me précautionnant de lunettes bleues, j'avais quitté Paris pour la campagne, et je m'étais retiré chez ma mère, au Coux, sur les bords de la Dordogne. J'avais pris pour secrétaire un enfant qui me lisait les livres que j'avais besoin de consulter, et qui écrivait sous ma dictée. Septembre était arrivé. Cet état durait depuis environ trois mois et je commençais à m'inquiéter très sérieusement. J'avais d'immenses tristesses dont je ne parlais a personne. Mes parents, mes amis et moi, nous étions à peu près convaincus que ma vue était perdue.

II. J'ai un ami très intime, un ami de la première enfance, à qui je confie habituellement mes peines et mes joies. Je dictai pour lui à mon secrétaire une lettre dans laquelle je lui parlais de la situation douloureuse où je me trouvais placé et des angoisses que j'éprouvais pour l'avenir. L'ami dont je parle est protestant, et sa femme est également protestante: cette double circonstance est à noter.. Pour des raisons fort graves, je ne puis le nommer ici en toutes lettres; nous l'appellerons M. de ***. Il me répondit quelques jours après. Sa lettre m'arriva le 15 septembre, et elle me surprit étrangement. « Mon cher ami, me disait-il, tes quelques lignes m'ont fait plaisir; mais, ainsi que je t'ai déjà dit, il me tarde d'en voir de ton écriture. Ces jours derniers, en revenant de Cauterets, je suis passé à Lourdes (près de Tarbes): j'y ai visité la célèbre Grotte et j'ai appris des choses si merveilleuses en fait de guérisons produites par ses eaux, que je t'engage très sérieusement à en essayer. Si j'étais catholique, croyant, comme toi, et si j'étais malade, je n'hésiterais pas à courir cette chance. S'il est vrai que des malades ont été subitement guéris, tu peux espérer d'en grossir le nombre; et si cela n'est pas vrai, qu'est-ce que tu risques à en essayer? Il paraît qu'il n'est pas nécessaire d'aller à Lourdes même pour prendre cette eau et qu'on peut s'en faire envoyer ». Cette lettre de mon ami était faite pour m'étonner. Un conseil comme celui qu'il me donnait très-sérieusement et avec une vive insistance, un tel conseil venant de me jeta dans la stupéfaction. Je résolus pourtant de ne pas le suivre, et je lui répondis en alléguant que je n'avais peut-être point la foi nécessaire. Mon état cependant demeurait stationnaire ou même s'aggravait lentement.

III. Dans les premiers jours d'octobre, je fus obligé de faire un voyage à Paris. Par une coïncidence toute fortuite, M. de *** s'y trouvait en ce moment avec sa femme. Ma première visite fut pour eux. Mon ami était descendu chez sa sœur, Mme P., qui habite Paris avec son mari. « Et vos yeux ? », me demanda Mme de *** dès que j'entrai dans le salon? « Mes yeux sont toujours dans la même situation, et je commence a croire qu'ils sont à jamais perdus ». « Mais pourquoi n'essayes-tu pas du remède que nous t'avons conseillé? me dit mon ami. Je ne sais quoi me donne l'espérance que tu guériras ». « Bah! lui répondis-je, je t'avouerai que, sans nier précisément et sans être hostile, je n'ai pas grand' foi en toutes ces eaux et en ces prétendues Apparitions. Tout cela est possible et je n'y répugne point; mais, ne l'ayant point examiné, je ne l'affirme ni ne le conteste: c'est en dehors de moi. En somme, je n'ai pas envie de recourir au moyen que tu me conseilles ». « Tu n'a pas d'objections valables, me répliqua-t-il, D'après tes principes religieux, tu dois croire et tu crois à la possibilité de ces choses-là. Eh bien, pourquoi alors ne tenterais-tu point l'expérience? Qu'est-ce qu'il t'en coûte? Je te l'ai dit, la chose ne peut te faire de mal, puisque c'est de l'eau naturelle, de l'eau qui est chimiquement composée comme l'eau ordinaire; et, puisque tu crois aux miracles et que tu as foi en ta religion, n'es-tu pas déjà frappé qu'un tel recours en la sainte Vierge te soit conseillé, et avec cette insistance, par deux protestants? Je te le déclare à l'avance, si tu es guéri, ce sera là contre moi un terrible argument ».

Mme de *** joignit ses instances à celles de son mari; M. et Mme P., qui sont tous deux catholiques, insistèrent non moins vivement. J'étais poussé dans mes derniers retranchements. « Eh bien! leur dis-je alors, je vais vous avouer toute la vérité et vous ouvrir le fond de mon cœur. La foi ne me manque point, mais j'ai des défauts, des faiblesses, mille misères, et tout cela tient, hélas! aux fibres les plus vivantes et le s plus sensibles de ma malheureuse nature. Or, un miracle comme celui dont je pourrais être l'objet m'imposerait l'obligation de tout sacrifier et de devenir un saint: ce serait une responsabilité terrible, et je suis si lâche qu'elle me fait peur. Si Dieu me guérit, que va-t-il exiger de moi? tandis qu'avec tin médecin, j'en serais quitte avec un peu d'argent. C'est odieux, n'est-ce pas? mais telle est la triste pusillanimité de mon cœur. Vous supposiez ma foi chancelante? Vous vous imaginiez que je craignais de voir le miracle ne pas réussir? Détrompez-vous, j'ai peur qu'il réussisse! »

Mes amis cherchèrent à me convaincre que je m'exagérais d'un côté la responsabilité dont je parlais et que je la diminuais de l'autre. « Tu n'es pas moins obligé maintenant à la vertu que tu ne le serais à la suite de l'événement que nous supposons, me disait M. de***. Et d'ailleurs, quand même la guérison se ferait par les mains d'un médecin, ce n'en serait pas moins une grâce de Dieu, et alors les scrupules auraient les mêmes raisons d'élever la voix contre tes faiblesses ou tes passions ». Tout cela ne me semblait point parfaitement juste, et M. de ***, esprit logique s'il en fut jamais, se rendait probablement compte de ce que son raisonnement avait d'inexact; mais il voulait, autant que possible, calmer les appréhensions que je ressentais si vivement et me décider à suivre le conseil qu'il me donnait, sauf ensuite à me rappeler lui-même cette grave responsabilité sur laquelle il essayait alors de me rassurer. Vainement je tentai encore de me débattre contre l'insistance de plus en plus pressante de mon ami, de sa femme et de ses hôtes. Je finis, de guerre lasse, par leur promettre de faire ce qu'ils désiraient. « Dès que j'aurai un secrétaire, leur dis-je, j'écrirai à Lourdes; mais je suis arrivé d'aujourd'hui seulement et je n'ai pas eu encore le temps d'en chercher un ». « Mais je t'en servirai! » s'écria mon ami. « Eh bien soit! demain nous déjeunerons ensemble, je te dicterai une lettre après déjeuner ». « Pourquoi pas tout de suite? me dit-il vivement. Nous gagnons un jour ». Il y avait dans la chambre voisine du papier et de l'encre. Je lui dictai une lettre pour M. le Curé de Lourdes, et elle fut mise à la poste le soir même.

IV. Le lendemain, M. de *** vint chez moi. « Mon bon ami, me dit-il, puisque le sort en est jeté et que tu vas décidément tenter la chose, il faut la faire sérieusement et te mettre dans les conditions requises pour qu'elle réussisse, sans quoi l'expérience serait absolument vaine. Fais les prières nécessaires, va te confesser, mets ton âme dans un état convenable, accomplis les dévotions que ta religion t'ordonne. Tu comprends que ceci est d'une nécessité primordiale ». « Tu as parfaitement raison, lui répondis-je, et je ferai ce que tu me dis. Mais il faut avouer que tu es un singulier protestant. Ces jours-ci tu me prêchais la foi, aujourd'hui tu me prêches les pratiques religieuses. Les rôles sont étrangement intervertis, et qui nous entendrait, toi, le protestant, moi, le catholique, serait fortement étonné; et je l'avoue, hélas! l'impression produite ne serait pas à mon avantage ». « Je suis un homme de science, me répliqua de ***. Et je veux tout naturellement que, puisque nous faisons une expérience, nous la fassions dans les conditions voulues. Je raisonne comme si je faisais de la physique ou de la chimie ». Je le déclare a ma honte, je ne me préparai point comme me le conseillait si judicieusement mon ami. J'étais en ce moment même dans une très-mauvaise disposition d'âme. Une semaine environ se passa ainsi; M. et Mme de ** s'informaient chaque jour si je n'avais point encore de nouvelles de l'eau miraculeuse, et si le Curé de Lourdes ne m'avait point écrit. M. le Curé me répondit enfin, m'annonçant que l'eau de Lourdes avait été mise au chemin de fer et qu'elle ne tarderait point à me parvenir. Nous attendions ce moment avec une impatience bien concevable; mais, le croirait-on? la préoccupation était beaucoup moins grande chez moi que chez mes amis protestants. L'état de mes yeux était toujours le même : impossibilité absolue de lire et d'écrire.

V. Une après-midi, vers quatre heures, c'était le vendredi 10 octobre 1862, je rentrai chez moi plus malade encore que de coutume. Au moment où j'allais monter l'escalier, mon concierge m'appela. « On a apporté du chemin de fer une petite caisse pour vous », me dit-il. J'entrai vivement dans la loge. Une petite caisse en bois blanc s'y trouvait en effet, portant d'une part mon adresse, et de l'autre ces mots, destinés sans doute à l'octroi: « Eau naturelle ». C'était l'eau de Lourdes. J'éprouvai au fond de moi-même une violente émotion; mais je n'en laissai rien paraître. « C'est bien, dis-je à mon concierge. Je prendrai cela tout à l'heure. Je vais rentrer sans tarder ». Et je ressortis tout pensif. Je me promenai un instant dans la rue. « La chose devient sérieuse, pensai-je en moi-même. Mon ami a raison; il faut que je me prépare. Dans la situation d'âme où je suis depuis quelque temps, je ne puis, sans m'être purifié, demander à Dieu de faire un miracle en ma faveur. Ce n'est pas avec un cœur rempli de misères volontaires que je puis implorer de lui une grâce si grande. Que je tente moi-même de guérir mon âme, avant de le supplier de guérir mon corps! » Et, réfléchissant à ces graves considérations, je me dirigeai vers la maison de mon confesseur, M. l'abbé Ferrand de Missol, qui demeure tout à fait dans mon voisinage. Sa servante me dit qu'il n'était point libre en ce moment, et m'engagea à revenir le soir après son dîner, c'est-à-dire vers sept heures. Je me résignai à ce parti. Dès que je fus à la porte de la rue, je m'arrêtai un instant. Je balançai entre le désir d'aller faire une visite qui me tenait à cœur, et la pensée de rentrer chez moi pour prier. J'hésitai un long moment, délibérant en moi-même. Enfin le bon mouvement l'emporta et je revins vers la rue de Seine. Je pris chez mon concierge la petite caisse, à laquelle était jointe une Notice sur les Apparitions de Lourdes, et je gravis rapidement l'escalier.

VI. Arrivé dans mon appartement, je m'agenouillai au bord de mon lit et- je priai, tout indigne que je me sentais de tourner mes regards vers le ciel et de parler à Dieu. Puis je me relevai. J'avais, en entrant, placé sur ma cheminée la petite caisse en bois blanc et la brochure. Je regardais à chaque instant cette boîte qui contenait l'eau mystérieuse, et il me semblait que dans cette chambre solitaire, quelque chose de grand allait se passer. Je redoutais de toucher de mes mains impures à ce bois qui renfermait l'onde sacrée, et, d'un autre côté, je me sentais étrangement tenté de l'ouvrir et de ne pas attendre la confession que je me proposais de faire le soir. Cette lutte dura quelques instants; elle se termina par une prière: « Oui, mon Dieu, m'écriai-je, je suis un misérable pécheur, indigne d'élever la voix vers vous et de toucher un objet que vous avez béni. Mais c'est l'excès même de ma misère qui doit exciter votre compassion. Mon Dieu, je viens a vous et à la sainte Vierge Marie, plein de foi et d'abandon; et, du fond de l'abîme, j'élève mes cris vers, vous. Ce soir, je confesserai mes fautes à votre ministre, mais ma foi ne peut pas et ne veut pas attendre. Pardonnez-moi, Seigneur, et guérissez-moi. Et vous, Mère de miséricorde, venez au secours de votre malheureux enfant ! » Et, m'étant ainsi réconforté par la prière, j'osai ouvrir la petite caisse dont j'ai parlé. Elle contenait une bouteille pleine d'eau.

J'enlevai le bouchon, je versai de l'eau dans une tasse et je pris dans ma commode une serviette. Ces vulgaires préparatifs, que j'accomplissais avec un soin minutieux, étaient empreints, je m'en souviens encore, d'une secrète solennité qui me frappait moi-même, tandis que j'allais et venais dans ma chambre. Dans cette chambre, je n'étais pas seul: il était manifeste qu'il y avait Dieu. La sainte Vierge, invoquée par moi, y était aussi sans doute. La foi, une foi ardente et chaude, était venue embraser mon âme. Quand tout fut achevé, je m'agenouillai de nouveau. « Sainte Vierge Marie, dis-je à haute voix, ayez pitié de moi et guérissez mon aveuglement physique et moral! » Et en disant ces paroles, le cœur plein dé confiance, je me frottai successivement les deux yeux et le front avec ma serviette que je venais de tremper dans l'eau de Lourdes. Ce geste que je viens de décrire ne dura pas trente secondes. Qu'on juge de mon saisissement, j'allais presque dire de mon épouvante! A peine avais-je touché de cette eau miraculeuse mes yeux et mon front, que' je me sentis guéri tout à coup; brusquement, sans transition, avec une soudaineté que, dans mon langage imparfait, je ne puis comparer qu'à celle de la foudre. Étrange contradiction de la nature humaine! Un instant auparavant, j'en croyais ma foi qui me promettait ma guérison; et maintenant, je n'en pouvais croire mes sens qui m'assuraient que cette guérison était accomplie!

Non! je n'en croyais point mes sens. Tellement que, malgré cet effet en quelque sorte foudroyant, je commis la faute de Moïse et je frappai deux fois le rocher. Je veux dire que, pendant un certain temps encore, je continuai de prier et de mouiller mes yeux et mon front, n'osant point me lever, n'osant point vérifier ma guérison. Au bout de dix minutes pourtant, la force que je sentais toujours dans mes yeux et l'absence complète de lourdeur dans la vue ne pouvaient plus me laisser aucun doute. « Je suis guéri! » m'écriai-je. Et je courus pour prendre un livre quelconque et lire... Je m'arrêtai tout à coup. « Non! non! me dis-je en moi-même, ce n'est pas un livre quelconque que je puis prendre en ce moment ». Et j'allai chercher alors sur ma cheminée la Notice sur les Apparitions. Certes, ce n'était que justice. Je lus cent quatre pages sans m'interrompre et sans éprouver la moindre fatigue! Vingt minutes auparavant je n'aurais pas pu lire trois lignes. Et si je m'arrêtai à la page 104, c'est qu'il était cinq-heures trente-cinq minutes du soir et qu'à cette heure-là, le 10 octobre, il fait à peu près nuit à Paris. Lorsque je quittai le livre, on allumait déjà le gaz dans les magasins de la rue que j'habite.

Le soir je me confessai et je fis part à l'abbé Ferram, de la grande grâce que la sainte Vierge venait de me faire. Quoique je ne me fusse nullement préparé, ainsi que je l'ai dit, il voulut bien me laisser communier le lendemain, pour remercier Dieu d'un bienfait si spécial et si extraordinaire et pour fortifier les résolutions qu'un tel événement devait faire naître en mon cœur. M. et Mme de ***, comme on le pense bien, furent singulièrement remués par cet événement auquel la Providence leur avait fait prendre une part si directe. Quelles réflexions firent-ils? Quelles pensées vinrent les visiter? Que se passa-t-il dans le fond de ces deux âmes? C'est leur secret et le secret de Dieu. Ce que j'en pus savoir, je n'ai point reçu le droit de le dire. Sept années se sont écoulées depuis ma miraculeuse guérison. Ma vue est excellente. Ni la lecture, ni le travail ardu, ni les longues veilles ne la fatiguent. Dieu me fasse la grâce de ne la jamais employer qu'au service du bien !

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Prière pour l'auteur de ce livre

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, dont nous lisons depuis bientôt un mois la divine et touchante histoire, combien de fois il nous est arrivé d'être remués profondément par le récit de vos miracles, et de sentir des pleurs monter à nos paupières au spectacle de vos bienfaits. Et il nous semble, ô notre Mère, que i nos cœurs s'élèvent maintenant vers Vous avec une foi plus ardente, avec une espérance plus assurée, avec un amour plus tendre et plus filial. Au nom de ces sentiments de notre âme, au nom du bien dont ce même livre a été l'instrument en tant d'autres lieux, nous vous prions, ô Secours des Chrétiens, de bénir, en ce monde et en l'autre, l'historien de vos merveilles. Bénissez Henri Lasserre, ô Vierge clémente. Vous avez jadis guéri ses yeux malades: guérissez aujourd'hui son âme, malade aussi comme toutes celles d'ici-bas. Oubliez, et que Dieu oublie toutes les fautes de sa vie. Demandez à votre Fils, demandez à Notre-Seigneur Jésus-Christ, de le combler de grâces surabondantes, et de lui faire la grâce des grâces, celle de ne jamais résister aux bonnes inspirations, mais de les suivre toujours et de s'améliorer d'heure en heure. Songez, ô Vierge compatissante, songez aux larmes qu'il a souvent répandues en écrivant ces pages et en se disant à lui-même combien il était indigne d'être votre historien. Rendez-le digne du livre qu'il a écrit, ô Vierge Marie, et faites un saint de celui qui a mis sa joie à étudier votre histoire et sa gloire à la raconter. Bénissez Henri Lasserre. Bénissez autour de lui la compagne aimée de sa vie, bénissez leur descendance jusqu'à la plus extrême postérité. Bénissez tous les siens, bénissez ses amis. Femme, enfants, parents, amis, accordez à tous les vertus qu'il leur désire ; bénissez tous ceux pour lesquels il prie, soit qu'ils vivent encore en ce monde, soit que le temps ait fini pour eux. Bénissez Henri Lasserre, et écartez de lui également et la paresse de l'artiste et la vanité de l'écrivain. Que l'amour de Dieu et du prochain remplisse son âme et soit le principe de toutes ses. pensées, de tous ses écrits, de tous ses actes. Bénissez sa plume, ô Mère de la Divine Grâce, et faites-en un instrument pour la conversion des âmes pour la propagation du bien, pour le salut de notre pays, pour la gloire de Dieu, pour le service de l'Église. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit il.

 

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