23 décembre 2022

L'Avent avec les Saints du Carmel

L'Avent avec les Saints du Carmel

 

Repose-toi ô mère

 

Samedi 24 décembre 2022

 

Auprès de la Vierge Marie, vivre de la présence de Dieu,

aujourd’hui et chaque jour de nos vies

 

Ça y est, nous approchons du but de notre route ! Depuis combien de jours Joseph et Marie ont-ils quitté leur village de Nazareth pour aller se faire recenser à Bethléem, la ville de David, d’où Joseph est originaire ? L’évangéliste saint Luc, dont le récit est proclamé au cours de la Messe de la nuit de Noël, ne nous donne pas ce détail. Mais ce qu’il souligne nettement, c’est que la naissance du Sauveur va avoir lieu alors que Marie et Joseph, comme n’importe lesquels de leurs contemporains, accomplissent cet acte civique de se faire recenser.

En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte.

Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.

Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime » (Lc 2, 1-14).

Pour nous aussi, le Sauveur ne se rend présent nulle part ailleurs que dans l’ordinaire de notre vie, tandis que nous accomplissons fidèlement et humblement les tâches qui nous incombent, dans notre vie familiale, notre vie professionnelle… Quand nous nous approchons de la Crèche où Marie vient de déposer son Enfant premier-né, nous voyons de nos yeux que la venue de Dieu dans notre vie est à la fois inouïe et très simple. Depuis neuf mois, Marie laissait son enfant prendre chair de sa propre chair. Il n’y avait pour elle rien de plus mystérieux mais aussi rien de plus réel que cette vie qui grandissait en elle. Quant à nous, notre foi nous assure que la présence de Dieu en nous est la réalité la plus cachée et la plus vraie, la plus mystérieuse et la plus simple de notre existence. Agenouillés devant l’Enfant de la Crèche, nous découvrons que pour accueillir la présence de Dieu, nous n’avons qu’à faire silence, et à recevoir Celui qui nous tend les bras : « Le Sauveur est un enfant qui nous attire à lui1 ».

Lorsque les anges eurent quitté les bergers pour le ciel, ceux-ci se disaient entre eux : « Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître. »

Ils se hâtèrent d’y aller, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers. Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur.

Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé (Lc 2, 15-20).

À la Messe de l’aurore, le matin de Noël, la suite de l’Évangile est proclamée : les bergers arrivent à Bethléem, trouvent le Nouveau-né annoncé par les anges, racontent ce qu’ils ont vécu, puis s’en vont, en chantant les louanges de Dieu. Un moment entouré d’un joyeux brouhaha, le berceau de l’Enfant est à nouveau enveloppé de silence. Et Marie nous offre l’attitude spirituelle qui, le jour de Noël et tous ceux qui suivront, va nous aider à recueillir le fruit de notre retraite et à le laisser irriguer notre vie entière : « Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur ». Auprès de la Crèche, faisons mémoire de ce que le Seigneur nous a donné de vivre pendant notre retraite. Vraisemblablement, peu de choses ‘sensationnelles’, mais sans doute nous a-t-il rendus plus attentifs au discret passage de son Esprit Saint dans notre vie : c’est sa présence agissante, toujours là au cœur de nos vies. Rendons-lui grâce et gardons vif le désir de vivre chaque instant de notre existence en demeurant ‘branchés’ sur la Présence de Dieu toujours là, et d’en témoigner auprès de ceux qui nous entourent.

 

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Joyeux Noël !

 

 

fr. Anthony-Joseph Pinelli, ocd (Paris)

 

1 Hymne liturgique « C’est le temps de la joie » (T. : fr. David, osb).

 


29 novembre 2022

Le Mois des âmes du Purgatoire

Le Mois des âmes du Purgatoire

 

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Trentième jour

Intentions particulières

 

Prélude : Figurons-nous la joie des âmes que notre fidélité à suivre les exercices du mois des défunts a soulagées.

 

Méditation

 

C'est encore une excellente pratique de demander plus souvent à Dieu la délivrance de certaines âmes pour lesquelles il est raisonnable de s'intéresser davantage, quoiqu'on n'en ait qu'une connaissance un peu générale et confuse. Je m'explique.

Il y a des âmes qu'il importe, pour la gloire de Notre Seigneur, de délivrer au plus tôt ou de soulager, parce qu'elles sont plus capables que les autres de le glorifier dans le ciel. Et ce sont là les premières qu'il faut secourir.

Il y en a d'autres qui ont eu en cette vie une dévotion singulière pour la Sainte Vierge, pour saint Joseph, etc., qui par conséquent leur sont fort chères et dont la délivrance ne peut que leur être très agréable ; il faut aussi avoir pour elles des égards tout particuliers.

Il est encore de la charité chrétienne d'avoir compassion des pauvres, dont les âmes sont le plus souvent abandonnées et dénuées de tout secours.

Enfin, c'est une sainte invention de quelques personnes charitables, de s'employer principalement pour celles qui ont payé presque tout ce qu'elles devaient à la justice divine et qui sont près de sortir de leur prison, en sorte que, pour peu qu'on les secoure, toutes leurs chaînes seront brisées, leur captivité finira et elles s'envoleront au ciel où elles n'oublieront jamais leurs libérateurs. De cette manière, il est aisé d'acquérir en peu de temps de grands amis et de puissants intercesseurs auprès de Dieu.

 

Résolution : Se promettre d'être fidèle chaque année de sa vie à consacrer le mois de novembre aux âmes du purgatoire.

Bouquet spirituel : « C'est une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin que leurs péchés leur soient remis ». (2e livre des Macchabées 12, 36).

 

Exemple

Touchante prière

 

Le Père Yves, de l'ordre de Saint Dominique, provincial de la Terre sainte, tenant en main la sainte hostie, priait Dieu en cette sorte : « Mon Seigneur et mon Dieu, si le Turc avait un prisonnier, et que l'un de ses serviteurs le lui demandât, offrant un présent de telle valeur que celui que je tiens en mes mains, assurément il le délivrerait. Ah ! mon Dieu, vous n'êtes pas moins libéral. Donnez-moi donc telle ou telle âme que je vous demande, et la délivrez du purgatoire ». Belle et dévote pratique, qu'on peut faire tous les jours à la messe, lorsque le prêtre élève la sainte hostie.

 

Fin du Mois des Âmes du Purgatoire

 

Téléchargez toutes les méditations (pdf) en cliquant ici

 

Purgatoire 2

 

à suivre : L’Avent avec les saints du Carmel

 

28 novembre 2022

Le Mois des âmes du Purgatoire

Le Mois des âmes du Purgatoire

 

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Vingt-neuvième jour

Il faut prier pour certaines âmes en particulier

 

Prélude : Pénétrant par la pensée dans le purgatoire, considérons les âmes pour lesquelles la justice nous oblige particulièrement de prier.

 

Méditation

 

Il est certaines âmes pour lesquelles vous avez des raisons particulières de prier. Ainsi vous pouvez avoir promis des prières à l'une d'elles, vous pouvez y être obligés par l'ordre de vos supérieurs, par vos règles ou par une convention spéciale. La raison veut qu'on prie nommément pour ses parents, pour ses amis, pour ses supérieurs, pour ses directeurs, etc. C'est un devoir de reconnaissance de recommander plus souvent et avec plus de ferveur à Dieu ceux de qui l'on a reçu de plus grands biens.

La justice enfin demande qu'on se souvienne tout particulièrement de ceux à qui l'on a pu donner occasion d'offenser Dieu, afin que, si l'on est cause qu'ils brûlent dans le purgatoire, on fasse tout son possible pour les en tirer.

On ne doit donc pas blâmer, comme l'ont fait certains hérétiques, on doit au contraire louer la charité de ceux qui offrent à Dieu leurs prières et leurs bonnes œuvres pour quelques âmes du purgatoire en particulier, car il est certain, comme nous venons de le prouver, qu'on ne doit pas également prier pour tous les défunts, puisqu'on n'a pas les mêmes raisons de le faire indifféremment pour chacun d'eux.

 

Résolution : Prier spécialement pour les âmes de ceux à qui nous devons une assistance particulière.

Bouquet spirituel : « Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous du moins qui êtes mes amis ». (Job).

 

Exemple

Vision de saint Michel des Saints

 

On lit, dans la vie de saint Michel des Saints, le trait suivant : Ses prières et ses mortifications avaient pour objet la délivrance de l'âme de son père, qui pouvait être en purgatoire. Michel n'avait point oublié ce père tendrement aimé ; et, s'il avait été capable de l'oublier, les mauvais traitements, les traverses qu'il avait éprouvés depuis sa mort, n'auraient pas tardé à le faire revivre dans sa mémoire. Il pensait donc souvent à lui. Peut-être, hélas ! ce bon père, malgré ses vertus et ses mérites, était-il encore retenu dans les prisons de la divine justice pour achever de payer sa dette. Michel offrait donc pour cette âme bien-aimée, ses prières, ses larmes et les rigueurs qu'il exerçait contre lui-même. Un jour qu'il était en oraison devant une image de Notre Dame, qu'on vénérait et qu'on vénère encore près de la porte de Garb, pendant qu'il demandait à Marie de tendre une main secourable à l'âme de son père, cette âme lui apparut sous la forme et avec l'air bienveillant et doux qu'avait son père en son vivant. Michel n'osa lui parler, mais il entendit la voix de son père qui lui recommandait de persévérer dans ses pratiques pieuses et dans la résolution de se faire religieux, et qui lui demandait en outre très instamment le secours de ses prières et l'application de ses œuvres expiatoires pour sa délivrance.

 

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27 novembre 2022

Le Mois des âmes du Purgatoire

Le Mois des âmes du Purgatoire

 

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Vingt-huitième jour

Nous devons assister tous les défunts

 

Prélude : Considérons la multitude des âmes qui souffrent dans le purgatoire.

 

Méditation

 

Il n'y a aucune âme du purgatoire qui n'ait des droits très-particuliers à être assistée par nous.

En effet : 1° la loi naturelle veut que « nous fassions pour les autres ce que nous voudrions qu'ils fissent pour nous ». (Matthieu 7, 12). Eh ! quel est celui qui, brûlant dans le purgatoire, ne souhaiterait qu'on l'en retirât ? quel est celui qui serait content d'un ami, lequel ayant assez d'eau pour éteindre toutes les flammes prêtes à le consumer, n'en voudrait donner que quelques gouttes pour le soulager un peu ?

2° La loi évangélique ordonne les mêmes choses : « Vous aimerez votre prochain comme vous mêmes ». (Matthieu 21, 39). Est-ce aimer notre prochain comme nous-mêmes que de le voir dans le feu et de ne pas daigner lui tendre la main pour l'en retire ?

3° Le Sauveur donne à ce précepte de la charité une force toute nouvelle, quand il lui dit : « Le commandement que je vous fais est de vous aimer comme je vous ai aimés ». (Jean 15, 12). Comment nous a-t-il aimés ? Jusqu'à l'excès. Aimons-nous nos frères, lorsque nous les délaissons dans l'extrême besoin ?

4° Le même Sauveur nous assure que « tous les services qu'on rend au moindre des siens, il les considère comme rendus à sa personne ». Et cependant, nous abandonnons tant d'âmes qu'il chérit comme ses épouses !

5° Enfin, il est de la charité chrétienne de secourir ceux que nous voyons dans la dernière nécessité. Or, peut-on être dans une plus grande nécessité que ces âmes et particulièrement celles auxquelles on ne pense point et qui se trouvent privées de toute assistance ?

 

solution : Prier souvent en union avec les intentions de l’Église pour les âmes du purgatoire.

Bouquet spirituel : « Faisons pour les autres ce que nous souhaiterions qu'on fit pour nous-mêmes ». (Matthieu 7, 12).

 

Exemple

Marie et les âmes du purgatoire

 

Un religieux dominicain étant sur le point de mourir, l'un de ses frères, qui connaissait l'intimité sainte dans laquelle il avait vécu vis-à-vis de la Mère de Dieu, lui demanda s'il espérait échapper aux tourments du purgatoire et aller directement au ciel. Il lui répondit qu'il ne doutait pas qu'au moment de sa mort Marie ne vînt pour conduire elle-même son âme au séjour de l'Eternel. Il ajouta qu'il était également convaincu qu'au même moment, plus de trois cents âmes sortiraient du purgatoire et l'accompagneraient au ciel ; et qu'enfin, si quelques-uns de ses frères devaient у demeurer encore pour achever l'œuvre de leur purification, l'auguste Vierge n'oublierait point ses obligations de mère, et qu'elle irait les visiter plus souvent, les consoler et adoucir chaque jour leurs peines par les effusions de sa miséricorde.

 

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26 novembre 2022

L'Avent avec les Saints du Carmel

Accueillir la présence de Dieu dans nos vies

à l’école des Saints du Carmel

 

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Première semaine

Guidés par sainte Thérèse d’Avila, veiller dans l’attente de Celui qui vient

 

La menace d’un nouveau déluge ?

 

Tandis que nous nous préparons à la venue du Fils de Dieu dans notre humanité, dans la Crèche de Bethléem, la liturgie du premier dimanche de l’Avent oriente notre cœur vers sa venue à la fin des temps : telle est d’abord « la venue du Fils de l’homme » dont Jésus parle à ses disciples dans l’Évangile de ce jour. Prenons le temps de prêter attention aux sentiments qui habitent notre cœur lorsque nous recevons cette annonce :

« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme. En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme. Alors deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée. » (Mt 24,37-44)

Peut-être sommes-nous d’abord un peu déroutés : le temps de l’Avent ne doit-il pas nous préparer à accueillir le mystère de l’enfance du Fils de Dieu qui naît en notre humanité ? Or, c’est comme si ce passage de l’Évangile nous arrachait au début de l’histoire – la naissance de Jésus en notre monde – pour nous expédier brutalement vers la fin de l’Histoire – la venue du Seigneur à la fin des temps !

De plus, ce déplacement vers l’avenir ultime de l’humanité n’a-t-il pas quelque chose d’inquiétant, puisqu’il est mis en relation avec le Déluge ? Il est en effet question de cet épisode relaté par le livre de la Genèse, qui vit la disparition de la quasi-totalité de l’humanité et des animaux, moyen radical pour faire advenir une création renouvelée : « La terre s’était corrompue devant la face de Dieu, la terre était remplie de violence. Dieu regarda la terre, et voici qu’elle était corrompue car, sur la terre, tout être de chair avait une conduite corrompue. Dieu dit à Noé : "Et voici que moi je fais venir le déluge". » (Gn 6, 11-12. 17).

Enfin, notre perplexité et notre trouble risquent d’atteindre leur comble en raison du caractère soudain de cette « venue du Fils de l’homme », face à laquelle on est pris au dépourvu : « Jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche, les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis ».

Déroutés, inquiétés, perplexes… n’ayons ni peur ni honte d’éprouver ces sentiments, mais ne nous laissons pas paralyser par eux, n’en restons pas là ! En effet, soyons attentifs au fait que, dans ce discours adressé à ses disciples, Jésus emploie un genre littéraire bien connu de la Bible : celui des apocalypses. Cette manière « apocalyptique » de parler emploie souvent des images déroutantes, mais ce n’est pas dans le but d’écrire un scénario-catastrophe qui nous terroriserait. « Apocalypse » veut dire « révélation » : le style « apocalyptique » nous « révèle » ce qui va venir, afin de nourrir notre espérance. Et ce que nous espérons, c’est le salut offert par Dieu, lui qui « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité ; en effet, il n’y a qu’un seul Dieu ; il n’y a aussi qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus » (1 Tm 2, 4-5).

 

Le choix de veiller

 

Mais tout de même, est-ce que le Déluge ne nous menace pas ? Définitivement : non ! Non, car le Déluge est déjà venu dans notre vie, il nous a déjà submergés et a déjà fait de nous une création nouvelle : le déluge qui nous a engloutis, c’est notre baptême, par lequel nous avons été plongés dans la mort et la résurrection du Christ Jésus ! Ce jour-là, comme à Noé, Dieu nous a dit : « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous. Oui, j’établis mon alliance avec vous : aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre » (Gn 9, 9. 11). Et même, lors de notre baptême, Dieu a fait alliance avec nous d’une manière infiniment plus grande, car il a fait alliance avec nous en son Fils, mort et ressuscité pour le salut de tous.

Alors, si nous sommes déjà passés par le déluge, c’est dans la paix que nous pouvons attendre la venue du Fils de l’homme : ce dimanche, pour nous préparer à sa venue, Jésus ne nous dit pas : « Craignez ! » Il nous dit plutôt : « Veillez ! » « Veillez, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra ». Mais ne veillons pas avec crainte, veillons dans la joie de la venue d’un Ami. « Tenez-vous donc prêts, c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra ». Et cette surprise ne doit pas nous angoisser : c’est la délicatesse de l’amour et non pas la peur qui doit nous tenir en éveil. Dieu ne vient pas dans nos vies pour nous piéger, mais pour nous aimer : avec lui, les surprises sont toujours des bonnes surprises !

Puisqu’il en est ainsi, comment ne pas désirer que la venue du Fils de l’homme dans notre vie ne soit pas que pour la fin des temps, mais qu’elle advienne dès maintenant ? Justement, dans la deuxième lecture de la Messe de ce dimanche, saint Paul nous interpelle avec vigueur, il nous encourage à nous réveiller de notre torpeur, car la venue de Dieu dans nos vies se produit « maintenant » ! Dieu est là en ce moment :

Frères, vous le savez : c’est le moment, l’heure est déjà venue de sortir de votre sommeil. Car le salut est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants. La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. (Rm 13, 11-12)

 

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Découvrir la Présence avec sainte Thérèse d’Avila

 

Dans l’un des ouvrages où sainte Thérèse d’Avila (1515-1582) nous livre sa pédagogie de la prière, le Chemin de perfection (écrit vers 1566), elle oriente notre cœur vers cette attention à la venue de Dieu, à la présence de Dieu en nous, ici et maintenant :

« Si on parle, tâcher de se rappeler qu’il y a en nous-même quelqu’un à qui parler ; si on écoute, se rappeler qu’on doit écouter Celui qui nous parle de plus près. Enfin, songer que nous pouvons, si nous le voulons, ne jamais nous éloigner d’une si bonne compagnie et regretter de laisser parfois longtemps seul notre Père, qui a besoin de nous ; si possible, souvent dans la journée ; sinon, quelquefois. Quand cette habitude sera prise, vous y gagnerez tôt ou tard. Lorsque le Seigneur vous l’aura accordée, vous ne voudrez l’échanger contre aucun trésor. Puisqu’on n’apprend rien sans un peu de peine, pour l’amour de Dieu, estimez que le soin que vous consacrerez à cela est bien employé ; je sais que si vous vous y appliquez, en une année, peut-être même en une demi-année, vous obtiendrez un résultat, avec la grâce de Dieu. C’est obtenir en bien peu de temps de bonnes bases au cas où le Seigneur voudrait vous élever à de grandes choses ; qu’il vous trouve prête alors, et près de lui. Plaise à Sa Majesté de ne pas nous permettre de nous éloigner de sa présence. Amen » (Chemin de perfection 29, 7-8).

Ainsi, au moment où nous nous mettons en route pour accueillir la venue de Celui qui vient, nous découvrons qu’il est mystérieusement déjà là, au plus profond de notre cœur. Sainte Thérèse nous enseigne que, veiller dans l’attente de Celui qui vient, c’est nous rendre attentifs à la présence de Celui qui est déjà là ! Nous pouvons passer le plus clair de notre temps, parfois même de longues années, dans l’oubli ou l’ignorance de cette vérité. Thérèse nous confie que ce fut son cas :

« Faisons attention : il y a en nous un palais d’une immense richesse, construit tout en or et en pierres précieuses, enfin, digne d’un tel Seigneur, et la beauté de cet édifice dépend de vous ; c’est vrai, car il n’est plus bel édifice qu’une âme pure et pleine de vertus ; plus elles sont grandes, plus les pierreries resplendissent ; dans ce palais habite ce grand Roi qui consent à être notre père ; il se tient sur un trône de très haut prix, qui est votre cœur (…) Cela fut obscur pour moi pendant un certain temps. Je comprenais bien que j’avais une âme, mais ce que méritait cette âme, qui l’habitait, je ne le comprenais point ; mes yeux, pour ne pas voir, étaient sans doute bouchés par les vanités de la vie. Il m’est avis que si j’avais compris, comme je le fais aujourd’hui, qu’en ce tout petit palais qu’est mon âme habite un si grand Roi, je ne l’aurais pas laissé seul si souvent, je me serais tenue de temps en temps auprès de Lui, et j’aurais fait le nécessaire pour que le palais soit moins sale » (Chemin de perfection 28, 9-11).

Alors, telle est la grâce que nous pouvons demander à Dieu au début de cette retraite : qu’il nous rende davantage attentifs à sa présence en nous. Pour désirer et accueillir cette grâce d’une attention plus grande à la présence de Dieu en nous, nous pouvons mettre en œuvre le conseil de sainte Thérèse :

Si on parle, tâcher de se rappeler qu’il y a en nous-même quelqu’un à qui parler ; si on écoute, se rappeler qu’on doit écouter Celui qui nous parle de plus près. Enfin, songer que nous pouvons, si nous le voulons, ne jamais nous éloigner d’une si bonne compagnie et regretter de laisser parfois longtemps seul notre Père, qui a besoin de nous ; si possible, souvent dans la journée ; sinon, quelquefois.

 

Des moyens concrets au quotidien

 

Au milieu de nos activités quotidiennes, tout au long de notre journée, bien des moyens sont à notre disposition pour nous tourner régulièrement vers cette présence intérieure de Dieu en nous, pour lui parler dans le silence de notre cœur, pour écouter sa voix au plus profond de nous. Par exemple :

- choisir un verset de l’Écriture, de préférence un verset en « tu », que nous dirons à Dieu régulièrement au long de notre journée. Ce peut être, par exemple, un verset de psaume : « Ta parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route » (Ps 118, 105) ; « Écoute, Seigneur, je t’appelle ! Pitié ! Réponds-moi ! » (Ps 26, 7) ; « Tu es mon Dieu ! je n’ai pas d’autre bonheur que toi » (Ps 15, 2). Ce peut être encore toute autre prière adressée à Dieu ou à Jésus par un personnage de la Bible : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute » (1 S 3, 9) ; « Augmente en nous la foi ! » (Lc 17, 5) ; « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime » (Jn 21, 17) ; « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! » (Lc 18, 13).

- faire sonner à intervalles de temps réguliers mon smartphone, ou mon ordinateur, ou une horloge, etc. pour me rappeler la présence de Dieu en moi : quand j’entends ce rappel sonore (trois fois par jour, toutes les heures, etc.), je peux en un instant « plonger dans mon cœur » à la rencontre de Dieu qui est là, et lui adresser, brièvement, dans le silence de mon cœur, une parole spontanée pour lui dire mon amour, ma joie, ma reconnaissance…

- avant une rencontre professionnelle ou amicale, prendre quelques instants de recueillement pour demander à Dieu la grâce d’être attentif à sa présence en moi et en la personne que je vais rencontrer. Bien sûr, il ne s’agit pas de « penser » à Dieu pendant tout l’entretien, mais plutôt de vivre ce rendez-vous en étant connecté à la présence de Celui qui ne nous quitte jamais.

Et n’hésitons pas à inventer aussi nous-mêmes les petits moyens qui raviveront et entretiendront la flamme de notre amour pour Dieu présent en nous ! Dans tous les cas, il ne s’agit pas de nous concentrer sur la présence de Dieu, mais d’ouvrir notre cœur à cette présence de Dieu, d’orienter notre être vers Dieu qui est présent, d’aimer Celui qui est déjà là. « Il ne s’agit pas de beaucoup penser, mais de beaucoup aimer ; donc, tout ce qui vous incitera à aimer davantage, faites-le », écrit sainte Thérèse (Château intérieur IV, 1, 7).

 

Veillons dans l’attente de Celui qui vient ! Soyons vigilants : Il est présent, ici et maintenant !

 

Bonne entrée en retraite ! bonne entrée en Avent !

 

fr. Anthony-Joseph Pinelli, ocd (Paris)

 

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Prier chaque jour de la semaine avec sainte Thérèse d’Avila

 

Lundi 28 novembre

Seul face à Dieu

 

« Il me resta le désir de la solitude, le goût des entretiens où l’on parlait de Dieu ; lorsque quelqu’un s’y prêtait, j’y trouvais une plus grande joie qu’à toute la politesse des conversations mondaines. Mes communions et confessions étaient beaucoup plus fréquentes, je les désirais. » Livre de la Vie 6,4

 

« Je vais la séduire, je la conduirai au désert, et je parlerai à son cœur. » Osée 2,16

Comment vais-je entrer dans l’essentiel pendant cet Avent ? Quels moyens vais-je prendre pour cela ?

 

Mardi 29 novembre

Agir par amour

 

« Ne cherchez pas à être utiles au monde entier, mais à celles qui vivent en votre compagnie… Le Seigneur regarde moins la grandeur de nos œuvres que l’amour avec lequel on les fait. » 7èmes Demeures 4,14-15

 

« Jésus partit pour la Galilée proclamer la Bonne Nouvelle : ‘Le Royaume de Dieu est tout proche, convertissez-vous’. » Marc 1,15

Je réfléchis aujourd’hui à ce que je pourrais vivre par amour pendant l’Avent afin que ma vie soit plus évangélique.

 

Mercredi 30 novembre

A l’école de saint Joseph

 

« Je pris pour avocat et maître le glorieux saint Joseph et je me recommandai beaucoup à lui… Ce saint nous secourt en toutes circonstances ; le Seigneur veut ainsi nous faire comprendre que, de même qu’Il fut soumis sur terre à Joseph qu’on appelait son père, et qui à ce titre pouvait lui commander, le Seigneur fait encore au ciel tout ce que Joseph lui demande. » Vie 6,6

 

« Lui, de condition divine, s’anéantit lui-même, prenant la condition d’esclave et devenant semblable aux hommes, il se rendit obéissant. » Philippiens 2,6-7

Je demande à saint Joseph qu’il nous apprenne à vivre l’obéissance à la volonté de Dieu.

 

Jeudi 1er décembre

Traverser les eaux troubles

 

« Je sais bien que sans le secours de Dieu il m’eût été impossible d’en finir si spontanément avec de si mauvaises habitudes et de renoncer à de si mauvaises actions. Que le Seigneur soit béni de m’avoir délivrée de moi-même ! » Vie 23,1

 

« Ainsi parle le Seigneur : Ne crains pas, je t’ai appelé par ton nom, tu es à Moi. Si tu traverses les eaux, je serai avec toi. » Isaïe 43,1-2

Je fais mémoire des grâces de libération vécues et je confie au Seigneur le salut de mes proches.

 

 

Vendredi 2 décembre

Servir le cœur libre

 

« Nous devons rendre grâce au Seigneur qui nous permet de désirer Le contenter, même si nos œuvres sont minces. Cette manière de vivre en compagnie du Christ est profitable dans tous les états, c’est un moyen extrêmement sûr de progresser. » Vie 12,3

 

« Lorsque vous aurez fait tout ce qui vous a été prescrit, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles ; nous avons fait ce que nous devions faire. » Luc 17,10

La bonté de nos actions dépend-t-elle de la bonté de l’autre envers nous ? Jusqu’où suis-je libre de pardonner à mon prochain ?

 

Samedi 3 décembre

Chercher Dieu même quand Il semble lointain

 

« Oh! Que de fois je me rappelle l’eau vive que le Seigneur donna à la Samaritaine ! … Je suppliais très souvent le Seigneur de me donner de cette eau. » Vie 30, 19

 

« Celui qui boira l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif, l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle. » Jean 4,14

Dans notre prière, ne nous lassons jamais de Le chercher ardemment, même s’Il semble se faire absent.

 

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Le Mois des âmes du Purgatoire

Le Mois des âmes du Purgatoire

 

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Vingt-septième jour

Les indulgences

 

Prélude : Représentons-nous le purgatoire ouvert au moyen d'une clef d'or que la miséricorde de Jésus Christ et la tendresse compatissante de l’Église ont déposée entre nos mains.

 

Méditation

 

Un des moyens les plus efficaces pour soulager et délivrer les âmes du purgatoire est le bon usage des indulgences accordées aux vivants avec la faculté de les appliquer aux morts.

Un pieux auteur, considérant le peu d'estime que la plupart des chrétiens font des indulgences, s'écrie : « Pour concevoir l'estime que méritent les indulgences, il suffit de savoir, ô mon aimable Jésus ! qu'elles sont les fruits de votre précieux sang.

Une goutte de ce sang adorable aurait suffi pour ouvrir le ciel et fermer l'enfer, parce que la moindre de vos souffrances est d'une valeur infinie. Cependant, vous avez voulu passer trente-trois années dans les travaux, les peines, les humiliations et mourir sur la croix au milieu des plus cruels tourments. Telle est la source où sont puisées les indulgences.

C'est parce que vous avez enduré pour nous une surabondance de douleurs que vous voulez nous accorder une  surabondance de grâces. Vous avez mis entre les mains de votre Église les mérites infinis de vos souffrances, et même les mérites que Marie et tous les saints unis à vous ont acquis : c'est dans ce trésor qu'elle puise pour acquitter nos dettes, lorsqu'il nous accorde par l'indulgence la rémission des peines temporelles qui nous étaient dues.

 

solution : Nous renouveler dans la dévotion aux indulgences.

Bouquet spirituel : « Je vous donnerai les clefs du royaume des cieux ». (Matthieu 16, 18).

 

Exemple

La valeur des indulgences

 

Le bienheureux Berthold, de l'ordre de Saint François, après un sermon qu'il fit sur le prix et le mérite de l'aumône, avait accordé dix jours d'indulgence à tous les assistants, selon qu'il en avait reçu le pouvoir du Souverain Pontife. Une dame chrétienne, réduite à une extrême pauvreté, vint lui exposer sa misère. Le bon Père, qui n'avait rien à lui, ne put que lui renouveler le don qu'il lui avait fait de dix jours d'indulgence. Puis il lui dit d'aller chez un banquier qu'il lui indiqua et qui, jusqu'alors, n'avait eu nul souci des biens spirituels. « Offrez-lui, lui dit Berthold, de lui céder le mérite de vos dix jours d'indulgences en échange de l'aumône qu'il vous fera ».

La pauvre femme s'y rendit en toute confiance et simplicité. Le banquier l'accueillit avec assez de bonté et lui demanda combien elle prétendait avoir en échange de ses dix jours. « Autant, dit-elle, qu'ils pèseront dans la balance ». En disant cela, elle se sentait animée d'une force intérieure qui lui donnait confiance. « Eh bien, reprit le banquier, écrivez-les sur ce papier, posez- les sur un des plateaux de cette balance, je mets un réal (1) sur l'autre ». Mais, ô prodige ! le premier plateau ne bouge pas. Étonné, l'homme ajoute un réal, puis cinq, dix, vingt, autant enfin qu'il en fallait à la pauvre femme pour la tirer de l'état précaire dans lequel elle se trouvait.

Le banquier comprit enfin la valeur des intérêts célestes, et ce miracle fut pour lui une précieuse leçon. Mais ce sont surtout les pauvres âmes du purgatoire qui connaissent la valeur des indulgences ! Si nous savions quelle reconnaissance elles ont pour nous quand nous leur appliquons le mérite de quelques œuvres, même simples, courtes, ordinaires, un chapelet, une prière, une aumône, un mot de consolation dit à leur intention, une communion surtout ! Et pourtant nous négligeons tous ces moyens si faciles ! nous ne supportons pas la vue de la souffrance, le spectacle nous en émeut, et nous ne sentons rien à la pensée des tourments du purgatoire !

 

(1) Petite monnaie espagnole valant 24 centimes.

 

Purgatoire 2

 

25 novembre 2022

Le Mois des âmes du Purgatoire

Le Mois des âmes du Purgatoire

 

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Vingt-sixième jour

L'aumône

 

Prélude : Nous représenter l'aumône comme un torrent d'eau froide qui tombe dans le feu.

 

Méditation

 

Faire l'aumône, c'est verser un torrent d'eau rafraîchissante dans les flammes qui dévorent les âmes, car l'aumône a une vertu singulière pour expier non-seulement nos péchés, mais encore les péchés d'autrui.

Un savant et pieux auteur nous suggère à ce sujet un excellent conseil que nous ferons bien de suivre : « Il faudrait, dit-il, toutes les fois qu'un pauvre, mourant de faim, frappe à votre porte ou vous tend la main dans les rues, vous représenter que c'est une âme du purgatoire qui s'adresse à vous pour vous supplier humblement d'avoir pitié d'elle dans l'affliction où elle est ».

Donnez donc aux pauvres, volontaires ou non, donnez dans la vue de délivrer par cet acte de charité quelque âme du purgatoire. C'est une œuvre de miséricorde bien digne d'un chrétien, c'est un exercice de pénitence très salutaire qui vous servira beaucoup à expier les fautes commises pendant votre vie, à acquitter de grandes dettes sans qu'il vous en coûte beaucoup, « à vous faire avec votre argent des amis qui, après la mort, selon la promesse du fils de Dieu, vous recevront dans les tabernacles éternels ». (Luc 16, 9).

Si donc vous aimez vos frères, si vous aimez Jésus-Christ, si vous vous aimez vous-mêmes, imposez-vous l'aumône comme une loi, et que ce soit au profit des âmes du purgatoire.

 

Résolution : Voir une âme du purgatoire dans la personne du nécessiteux que nous assistons par nos aumônes.

Bouquet spirituel : « Comme l'eau éteint le feu le plus ardent, ainsi l'aumône détruit les péchés ». (Ecclésiaste, 3, 33).

 

Exemple

Une négligence

 

L'abbé Trithème, écrivain distingué de l'ordre de saint-Benoît, raconte que Raban Maur, premier abbé de Fulde au IXe siècle, ensuite archevêque de Mayence, avait donné l'ordre au procureur de l'abbaye, nomme Édelard, de faire en tout temps les plus abondantes aumônes ; et, lorsqu'il mourrait un religieux, de donner pauvres, pendant trente jours, la nourriture qui lui était destinée. Édelard, dominé par la passion de l'avarice, ne s'acquittait point de ce qui lui était commandé par le prieur. Mais un soir, en traversant le chœur, aux il y vit tous les religieux morts depuis qu'il avait la charge de procureur ; ils venaient lui reprocher sa négligence et son avarice qui les retenaient dans le purgatoire faute de l'aumône dont la divine justice réclamait le mérite. Puis ils lui prédirent que dans trois jours, il viendrait subir les châtiments qu'il méritait.

Édelard, saisi de remords et de frayeur, tombe sans connaissance : on l'emporte dans sa cellule, et là, refusant tous les secours humains, il demande le prieur pour lui confesser ses fautes avant de mourir. L'abbé, après lui avoir parlé de la miséricorde de Dieu. lui donne les sacrements des mourants et lui voit rendre le dernier soupir. À quelque temps de là, l’âme du frère Édelard lui apparaît et lui dit : « Je vous remercie, mon Père, de l'aumône que vous avez versée dans le sein des pauvres à mon intention ; mais selon la divine justice, le mérite en a été appliqué à ceux qui, à cause de moi, étaient retenus dans le purgatoire, faute de l'expiation dont mon avarice les privait. Ne vous lassez pas, ô mon Père, d'apaiser le juste Juge, car je dois rester dans la prison expiatrice jusqu'à ce que tous mes frères en soient délivrés ».

 

Purgatoire 2

 

24 novembre 2022

Le Mois des âmes du Purgatoire

Le Mois des âmes du Purgatoire

 

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Vingt-cinquième jour

La résignation

 

Prélude : Rappelons-nous l'impression que nous a déjà causée tant de fois, pendant ces saints exercices, la considération des peines du purgatoire.

 

Méditation

 

Nous pouvons encore aider beaucoup au soulagement des âmes du purgatoire en souffrant avec patience les maux que Dieu nous envoie; car il ne nous arrive rien de fâcheux en cette vie qui ne serve à la satisfaction de nos péchés et de ceux de nos frères, si nous le recevons de la main de Dieu avec joie ou du moins sans plainte et sans chagrin.

Si Dieu veut donc que nous soyons affligés par quelque longue maladie, par une perte imprévue, dans nos biens, dans notre honneur du côté de nos parents ; s'il permet que nos ennemis nous persécutent ou que nos amis nous abandonnent, embrassons croix de tout notre cœur et gardons-nous bien d'en murmurer. Nous en retirerons de grands trésors de mérites pour assister dans le besoin ces âmes souffrantes qui nous conjurent d'avoir pitié d'elles.

La résignation est aussi grandement méritoire, lorsque nous endurons les peines de cette vie, ces non pas avec joie, mais du moins sans impatience. Ce n'est pas peu de chose, remarque saint Bernard, de ne point se laisser abattre, quand on tombe dans l'adversité. En effet, l'expérience de chaque jour ne nous fait que trop sentir qu'il est difficile de recevoir une injure et de ne pas se venger, de souffrir beaucoup et de souffrir patiemment.

 

Résolution : Souffrir joyeusement ou du moins avec patience les peines de cette vie, en vue du purgatoire.

 

Bouquet spirituel : « Par la résignation, nous expions si bien nos péchés en cette vie que le feu du purgatoire ne trouve plus ou presque plus de matière en l'autre ». (Saint Augustin, 42e sermon sur la Sainteté).

 

Exemple

Vision de sainte Gertrude

 

Une jeune religieuse du monastère de sainte Gertrude qui, par sa ferveur et sa piété, en faisait l'édification, venait de mourir. Gertrude, très sensible à cette perte, priait un jour pour le repos de son âme, lorsque Jésus lui permit de l'apercevoir devant son trône, couronnée de la plus éclatante lumière, couverte de vêtements magnifiques et de joyaux précieux. Mais quelle ne fut pas sa surprise en remarquant en elle une sorte de préoccupation, lui voyant les yeux baissés, comme si la honte l'eût empêchée de les lever vers l'adorable Majesté.

Émue de voir sa fille spirituelle trembler ainsi devant le céleste Époux, elle se tourna vers lui et lui dit : « Très doux Jésus ! pourquoi votre bonté n'invite-t-elle pas cette âme, qui s'est donnée tout à vous, à jouir sans crainte de la joie de votre présence ? »

Aussitôt le Seigneur, avec un sourire d'ineffable tendresse, fit signe à la bonne religieuse de s'avancer vers lui. Mais, plus troublée encore, elle hésita, trembla, et enfin, après une profonde inclination, se retira.

L'étonnement de Gertrude était à son comble. « Comment, ma fille, lui dit-elle, vous vous éloignez de votre Époux qui vous appelle ? » La bonne religieuse répondit : « Ah ! ma mère, je ne suis pas encore digne de lever les yeux sur l’Agneau immaculé ; il me reste encore quelques taches que vous n'apercevez point. Il faut être si pur pour s'unir au divin Soleil de justice ! »

 

Purgatoire 2

 

L'Avent avec les Saints du Carmel

Accueillir la présence de Dieu dans nos vies

à l’école des Saints du Carmel

 

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Introduction

 

« Marcher sur cette route magnifique de la présence de Dieu où l’âme chemine "seule avec le Seul" » (Dernière retraite1 n. 23). Ces mots lumineux de sainte Élisabeth de la Trinité (1880-1906) constituent le porche d’entrée de notre retraite d’Avent. En effet, pendant ce temps préparatoire à la solennité de Noël, nous marchons vers Bethléem : c’est le lieu de la naissance du Sauveur dans notre chair, c’est le lieu où le Fils de Dieu s’est rendu présent à notre terre, dans notre humanité, afin que nous puissions l’y rencontrer. Mais cette présence de Dieu en notre monde n’a pas été effective seulement à une époque, il y a deux millénaires, ni seulement en un lieu, celui de la vie terrestre du Christ Jésus. Désormais, c’est en tout lieu et en tout temps, ici et maintenant, que Dieu nous appelle à le rencontrer, à découvrir qu’il est présent en nous et au milieu de nous. En marchant vers Bethléem, lieu de la présence du Fils de Dieu, Enfant nouveau-né dans la Crèche, nous découvrons que Dieu nous appelle à accueillir sa présence à chaque instant de notre vie.

 

Vivre dans la présence de Dieu, c’est le cœur ardent de la spiritualité du Carmel, c’est la grâce que ses membres s’efforcent d’accueillir de jour en jour, c’est l’appel dont ils désirent transmettre la flamme à tous. Lorsque saint Albert de Jérusalem (v. 1150-1214) donna une formule de vie à nos premiers frères, qui étaient des ermites vivant sur le Mont Carmel, en Terre sainte, il exprima ainsi ce qu’était leur vocation dans l’Église : « Méditant jour et nuit la loi du Seigneur et veillant dans la prière ». Ces paroles constituent aujourd’hui encore le précepte central de la Règle du Carmel 2.

 

Déjà le patriarche du Carmel, le saint Prophète Élie, s’exclamait, dans l’Ancien Testament : « Il est vivant, le Seigneur, le Dieu d’Israël en présence de qui je me tiens » (1R 17, 1). Là est sa première parole, qu’il proclame comme une devise. La Bible ne nous dit pas grand-chose des origines d’Élie, mais sa conscience de vivre dans la présence de Dieu est en quelque sorte sa carte d’identité. Longtemps après Élie, à l’aube de la Nouvelle Alliance, c’est Zacharie, le père de saint Jean-Baptiste, qui exulte de joie à l’approche de la venue du Messie en chantant : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui visite et rachète son peuple (…) afin que nous le servions dans la justice et la sainteté, en sa présence tout au long de nos jours » (Lc 1, 68. 75). Ainsi, toute la révélation biblique constitue un grand appel à accueillir la présence de Dieu en notre humanité. Et, nous qui nous préparons à fêter Noël, à quoi nous servirait de faire mémoire de la venue du Fils de Dieu en notre chair il y a 2000 ans, si nous n’accueillions pas de façon renouvelée sa présence dans nos vies, aujourd’hui ? Comme l’a dit un mystique du XVIIe siècle, Angelus Silesius : « Le Christ serait-il né mille fois à Bethléem, s’il ne naît pas en toi, c’est en vain qu’il est né ».

 

Eh bien, pendant cette retraite de l’Avent, nous vous proposons de nous mettre ensemble à l’école de la spiritualité du Carmel pour accueillir la présence de Dieu dans nos vies. Chaque vendredi, nous recevrons une méditation basée sur les textes bibliques de la liturgie de la messe du dimanche de l’Avent qui suivra. Chacune de ces méditations sera éclairée par l’enseignement d’un saint du Carmel, et comportera des pistes de mise en pratique de cet enseignement pour la semaine qui suit. Voici l’itinéraire que nous allons parcourir :

 

Vendredi 25 novembre : pour le 1er dimanche de l’Avent : guidés par sainte Thérèse d’Avila, VEILLER dans l’attente de Celui qui vient.

Vendredi 2 décembre : pour le 2ème dimanche de l’Avent : stimulés par saint Jean de la Croix, nous laisser CONVERTIR pour accueillir Celui qui vient.

Vendredi 9 décembre : pour le 3ème dimanche de l’Avent : éclairés par sainte Thérèse de Lisieux, DISCERNER dans nos vies l’action de Celui qui vient.

Vendredi 16 décembre : pour le 4ème dimanche de l’Avent : enseignés par saint Joseph, ACCUEILLIR le don inouï de Celui qui vient.

Enfin, le jour de Noël : auprès de la Vierge Marie, VIVRE en la PRÉSENCE de Dieu, aujourd’hui et chaque jour de nos vies.

 

Dès maintenant, demandons à l’Esprit Saint de préparer notre cœur pour cette retraite : Viens Esprit Saint, souffle en nos cœurs pour nous disposer à rencontrer de façon renouvelée le Seigneur Jésus présent dans nos vies ! Laissons-nous aussi toucher par les paroles de sainte Élisabeth de la Trinité qui ouvraient cette méditation introductive : « Dieu nous a élus en Lui avant la création, afin que nous soyons immaculés et saints en sa présence dans l’amour (…) afin de marcher, sans jamais connaître les détours, sur cette route magnifique de la présence de Dieu où l’âme chemine "seule avec le Seul" » (Dernière retraite, n. 23).

 

Que cette « route magnifique » soit le chemin de notre retraite : bonne retraite de l’Avent !

 

 

1 ÉLISABETH de la TRINITÉ, Œuvres complètes, Cerf, Paris, 1996.

2 Martin BATTMAN (édit.), La Règle de l’Ordre de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel, DDB, Paris, 1982.

 

23 novembre 2022

Le Mois des âmes du Purgatoire

Le Mois des âmes du Purgatoire

 

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Vingt-quatrième jour

L'oubli des injures

 

Prélude : Écoutons encore les supplications lamentables des âmes du purgatoire qui nous conjurent de venir à leur aide.

 

Méditation

 

Voici maintenant un acte de vertu si facile à pratiquer, que le plus faible des hommes peut le faire sans peine, et si. héroïque que le plus fort ne peut rien faire de plus glorieux. Vous avez reçu un affront ? oubliez l'injure qu'on vous a faite et offrez à Jésus crucifié le sacrifice de vos ressentiments. Si vous le faites de bon cœur, ce sera pour vous un puissant moyen de satisfaire à la justice de Dieu, tant pour vos péchés que pour ceux d'autrui.

Saint Augustin l'enseigne expressément : « Il faut, dit ce Père, travailler incessamment à expier nos péchés par des prières continuelles, par des jeunes fréquents et par de grandes aumônes, mais surtout par une grande facilité à pardonner les injures, car il faut que tous les péchés que nous n'avons pas achevé d'expier soient consumés par le feu du purgatoire ». Il ajoute que « ceux qui veulent effacer entièrement leurs péchés et se garantir des peines du purgatoire feront l'un et l'autre en donnant beaucoup d'aumônes, et surtout en pardonnant à leurs ennemis ».

Mais il y a un témoignage plus explicite et plus consolant encore, c'est celui de Jésus-Christ lui-même qui donne une indulgence plénière et un acte de pardon universel à ceux qui pardonnent à leurs ennemis. « Pardonnez, dit- il, et on vous pardonnera ». (Luc 6, 32.) Si vous pardonnez aux hommes les fautes qu'ils commettent contre vous, votre Père qui est dans le ciel vous pardonnera celles que vous commettez contre lui. » (Matthieu 5, 14).

Cet acte d'indulgence peut s'appliquer aux âmes du purgatoire d'une manière très utile pour elles et pour nous.

 

Résolution : Pardonner les injures en vue de la délivrance des âmes du purgatoire.

Bouquet spirituel : « Pardonnez et l'on vous pardonnera ». (Evangile selon Saint Luc 6, 32).

 

Exemple

Généreux pardon

 

Une noble veuve n'avait qu'un fils qui fut méchamment assassiné par son ennemi. Le meurtrier, craignant d'être pris, se cacha. Mais bien qu'il se crût en sûreté, on sut néanmoins où il était, et non-seulement la mère, mais encore le juge en fut averti. Déjà on était en campagne pour le prendre lorsque cette femme généreuse, étouffant tout sentiment de vengeance, lui envoya dire de se sauver au plus tôt. Et, pour lui en faciliter le moyen, elle lui fit donner de l'argent et le cheval même de son fils qu'il avait si cruellement assassiné. Après quoi, elle se mit à pleurer pour l'âme de ce cher fils dont le salut était alors tout ce qui lui tenait à cœur. À peine avait-elle commencé son oraison, qu'il lui apparut tout resplendissant de gloire et l'assura qu'en récompense de la charité qu'elle venait d'exercer, Dieu l'avait sur le champ délivré des flammes du purgatoire auxquelles il avait été condamné pour plusieurs années. (Osorius, Sermon pour le vendredi après les Cendres).

 

Purgatoire 2