07 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Huitième jour

Les foules, absence de la vision

 

I. Bien qu'il eût été impuissant contre les réponses simples, précises, sans contradiction, de Bernadette, M. Dominique avait remporté, à la fin de cette longue lutte, un avantage décisif. Il avait fortement effrayé le père de la Voyante, et il comprenait que, par ce côté, il était, pour le moment du moins, maître delà position. François Soubirous était un fort brave homme, mais ce n'était point un héros. Devant l'autorité officielle il était timide, comme- le sont habituellement les gens du menu peuple et les indigents, pour lesquels la moindre tracasserie est un désastre immense, à cause de leur misère, et qui sentent leur entière impuissance contre l'arbitraire et la persécution. Il croyait, il est vrai, à la réalité des Apparitions; mais, ne comprenant point ce que c'était, n'en mesurant pas l'importance, éprouvant même une certaine terreur au sujet de ces choses extraordinaires, il ne voyait pas grand inconvénient à s'opposer au retour de Bernadette à la Grotte. Il avait bien peut-être une vague crainte de déplaire à la « Dame » invisible qui se manifestait à son enfant, mais la peur d'irriter un homme en chair et en os, d'engager la lutte avec un personnage aussi redouté que le Commissaire, le touchait de plus près, et agissait bien plus puissamment sur son esprit.

« Tu vois que tous ces messieurs du pays sont contre nous, dit-il à Bernadette, et que si tu reviens à la Grotte, M. Dominique, qui peut tout, te fera mettre, toi et nous, en prison. N'y retourne plus ». « Père, disait Bernadette, quand j'y vais, ce n'est pas tout à fait de moi-même. En un certain moment il y a quelque chose en moi qui m'y appelle et qui m'y attire. » « Quoi qu'il en soit, reprit le père, je te défends formellement d'y aller désormais. Tu ne me désobéiras certainement pas pour la première fois de ta vie ». La pauvre enfant, prise de la sorte entre la promesse faite à l'Apparition et la défense expresse de l'autorité paternelle, répondit: « Je ferai alors tout mon possible pour m' empêcher d'y aller et résister à -l'attrait qui m'y appelle ». Ainsi se passa tristement la soirée de ce même dimanche qui s'était levé dans la glorieuse et bienheureuse splendeur de l'extase.

II. Le lendemain matin, lundi 22 février, à l'heure habituelle des Apparitions, la foule qui attendait la Voyante sur les rives du Gave ne la vit point venir. Ses parents l'avaient, dès le lever du soleil, envoyée à l'école, et Bernadette, ne sachant qu'obéir, s'y était rendue, le cœur tout gros de larmes. Les Sœurs, que leurs fonctions de charité et d'enseignement, peut-être aussi les recommandations de M. le Curé de Lourdes, retenaient à l'Hôpital et à l'École, n'avaient jamais vu les extases de Bernadette et n'ajoutaient pas foi aux Apparitions. En ces matières d'ailleurs, si le peuple se montre parfois trop crédule, il se trouve que, par un phénomène qui surprend d'abord, mais qui est incontestable, les Ecclésiastiques, les Religieux et les Religieuses sont très sceptiques et très-rebelles à croire, et que, tout en admettant théoriquement la possibilité de telles manifestations divines, ils exigent, avec une sévérité souvent excessive, qu'elles soient dix fois prouvées. Les Sœurs joignirent donc leur défense formelle à celle des parents, disant à Bernadette que toutes ces Visions n'avaient rien de réel, qu'elle avait le cerveau dérangé ou qu'elle mentait. L'une d'elles, soupçonnant une imposture en une chose si grave et si sacrée, se montrait même assez dure, traitant toutes ces choses de fourberie: « Méchante enfant, lui disait-elle, tu fais là un indigne Carnaval dans le saint temps du Carême ».

D'autres personnes, qui la virent aux récréations, l'accusaient de vouloir se faire passer pour une Sainte et de se livrer à un jeu sacrilège. La moquerie de quelques enfants de l'École s'ajoutait aux reproches amers et aux humiliations dont elle était abreuvée. Dieu voulait éprouver Bernadette. L'ayant, les jours précédents, inondée de consolations, il entendait, en sa sagesse, la laisser pour un certain temps dans le délaissement absolu, en butte aux railleries et aux injures, et la mettre aux prises, seule et abandonnée, avec l'hostilité de tous ceux dont elle était entourée. La matinée se passa dans ces angoisses, d'autant plus pénibles et déchirantes qu'elles arrivaient dans une âme toute neuve, à cet âge, habituellement calme et pur, où les impressions sont si vives, l'accoutumance des douleurs humaines n'ayant pas encore formé comme un calus autour des fibres délicates du cœur. Vers le milieu du jour, les enfants rentraient un instant chez elles pour prendre leurs repas. Bernadette, l'âme brisée entre les deux termes inconciliables de cette situation sans issue, cheminait tristement vers sa maison. La cloche de l'église de Lourdes venait de sonner l'Angélus de midi.

En ce moment une force étrangère s'empara d'elle tout à coup, agissant, non sur son esprit mais sur son corps, comme eût pu le faire un bras invisible, et la poussa hors du chemin qu'elle suivait pour la porter invinciblement dans la direction du sentier qui se trouvait à droite. Cette impulsion était pour elle, paraît-il, ce que serait, pour une feuille gisant à terre, l'impétueux souffle du vent. Elle ne pouvait pas plus s'empêcher d'avancer que si elle eût été placée soudainement sur la plus rapide des pentes. Tout son être physique se trouva brusquement entraîné vers la Grotte où ce sentier conduisait. Il lui fallut marcher, il lui fallut courir. Et cependant, le mouvement qui l'emportait n'était ni brusque ni violent. Il était irrésistible, mais n'avait rien de heurté ni de dur; tout au contraire, c'était la suprême force dans la suprême douceur. La main toute-puissante se faisait maternelle et douce, comme si elle eût craint de blesser cette frêle enfant. La Providence qui gouverne toutes choses avait donc résolu l'insoluble problème. L'enfant, soumise à son père, n'allait point à la Grotte où son cœur seul s'élançait; et voilà qu'entraînée de force par l'Ange du Seigneur elle y arriva pourtant, suivant sa promesse à la Vierge, sans que, malgré cela, sa volonté eût désobéi à l'autorité paternelle.

De tels phénomènes se sont plus d'une fois produits dans la vie de certaines âmes dont la pureté profonde a plu au cœur de Dieu. Saint Philippe Néri, sainte Ida de Louvain, saint Joseph de Copertino, sainte Rose de Lima, ont éprouvé des choses semblables ou analogues. Cet humble cœur, meurtri et abandonné, souriait déjà à l'espérance à mesure que ses pas s'approchaient de la Grotte. « Là, se disait l'enfant, je reverrai l'Apparition bien-aimée; là je serai consolée de tout; là je contemplerai ce visage si beau dont la vue me ravit de bonheur. A ces peines cruelles va succéder la joie sans bornes, car la « Dame », elle, ne m'abandonnera pas ». Elle ne savait point, en son inexpérience, que l'esprit de Dieu souffle où il veut.

Un peu avant l'arrivée à la Grotte, la force mystérieuse qui avait emporté l'enfant parut sinon s'interrompre, du moins diminuer. Bernadette marcha moins vite et avec une fatigue qu'elle n'avait pas habituellement; car c'était justement à cet endroit que, les autres jours, une puissance invisible semblait à la fois et l'attirer vers la Grotte et la soutenir dans sa marche. Elle n'éprouva ce jour-là, ni cette attraction secrète, ni cet appui mystérieux. Elle avait été poussée vers la Grotte, elle n'y avait point été attirée. La force qui l'avait saisie lui avait marqué le chemin du devoir, et montré qu'avant toutes choses il fallait obéir et tenir la promesse faite à l'Apparition; mais l'enfant n'avait point, comme les autres fois, ressenti le tout-puissant attrait. Quiconque a l'habitude de l'analyse saisira ces nuances, plus faciles à comprendre qu'à exprimer. Bien que la très-grande multitude qui, durant toute la matinée, avait si vainement attendu Bernadette se fût dispersée, il se trouvait pourtant en ce moment devant les Roches Massabielle une foule considérable. Les uns y étaient venus pour prier, les autres par simple curiosité. Beaucoup, ayant vu de loin Bernadette cheminer dans cette direction, étaient accourus et arrivaient en même temps qu'elle.

L'enfant, comme de coutume, s'agenouilla humblement et se mit à réciter son chapelet en regardant l'ouverture tapissée de mousse et de branches sauvages où la Vision céleste avait, déjà six fois, daigné apparaître à ses yeux. La foule attentive, curieuse, recueillie, haletante, s'attendait à tout instant à voir le visage de l'enfant rayonner et marquer, par sa splendeur, que l'Etre surhumain était debout devant elle. Un temps très long se passa ainsi. Bernadette priait avec ferveur; mais rien dans ses traits immobiles ne s'éclairait du divin reflet. La Vision merveilleuse ne se montra point à ses yeux et l'enfant implora sans être exaucée la réalisation de ses espérances. Le Ciel parut l'abandonner comme la Terre et demeurer aussi dur à sa prière et à ses larmes que les roches de marbre devant lesquelles ses genoux étaient ployés.

De toutes les épreuves auxquelles elle était soumise depuis là veille, celle-là était la plus cruelle, et ce fut là l'amertume des amertumes. « Pourquoi avez-vous disparu? pensait l'enfant. Et pourquoi m'abandonnez-vous? » L'Être merveilleux lui-même semblait en effet la repousser aussi, et, en cessant de se manifester, donner raison aux contradicteurs et laisser le champ libre à ses ennemis. La foule déconcertée interrogea Bernadette. Mille questions lui étaient posées par ceux qui l'entouraient. Elle attribuait l'absence de l'Apparition à quelque mécontentement. « Aurais-je fait quelque faute? » se demandait- elle. Mais sa conscience ne lui répondait par aucun reproche. Son élan vers la Vision divine qu'elle brûlait de contempler encore redoublait cependant de ferveur. Elle cherchait en son âme naïve comment elle ferait pour la revoir et elle ne le savait. Elle se sentait impuissante à évoquer cette Beauté sans tache qui lui était apparue, et elle pleurait, le cœur tourné en haut, ne sachant pas que pleurer, c'est prier.

« D'où viens-tu ? lui dit son père, au moment où elle rentra ». Elle raconta ce qui venait de se passer. « Et tu dis, reprirent les parents, qu'une force t'a emportée malgré toi? » « Oui », répondit Bernadette. « Cela est vrai, pensèrent-ils, car cette enfant n'a jamais menti ». Le père Soubirous réfléchit un long moment. Il semblait y avoir en lui comme une lutte intérieure. Enfin il releva la tête et parut prendre une résolution définitive. « Eh bien, reprit-il, puisqu'il en est ainsi, puisqu'une force supérieure t'a entraînée, je ne te défends plus d'aller à la Grotte et je te laisse libre ». La joie, une joie vive et pure, descendit sur le visage de Bernadette Ni le meunier ni sa femme n'avaient présenté comme une objection la non-Apparition de ce jour. Peut-être, au fond intime de leur cœur, en voyaient-ils la cause dans la résistance que, par effroi de l'autorité officielle, ils avaient apportée aux ordres surhumains. Ce que nous venons de raconter s'était passé dans l'après-midi, et le bruit s'en était rapidement répandu dans la ville. La brusque interruption des Apparitions surnaturelles donnait lieu aux commentaires les plus opposés. Les uns prétendaient en faire un argument sans réplique contre toutes les visions précédentes; les autres, au contraire, en tiraient une preuve de plus en faveur de la sincérité de l'enfant. Cette force irrésistible qui aurait entraîné Bernadette malgré elle, faisait hausser les épaules philosophiques de l'endroit, et fournissait un sujet d'interminables thèses aux honorables savants qui expliquaient tout par une perturbation du système nerveux.

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Prière pour demander la grâce de supporter les aridités et les tristesses

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

Notre-Dame de Lourdes, qui avez voulu que Bernadette souffrît et traversât l'épreuve sans huile consolation, apprenez-nous à supporter d'un cœur chrétien, et les traverses de la vie, et les faux jugements des hommes, et leurs injures, et leurs médisances, et leurs calomnies, et leurs contradictions. Notre-Dame de Lourdes, qui avez jugé bon en votre sagesse, de cesser alors d'apparaître à votre enfant bien-aimée, apprenez-nous aussi à supporter en nous-mêmes la sécheresse de l'âme, la stérilité du cœur, le manque de ferveur sensible, l'absence de toute consolation spirituelle, la privation apparente de Dieu. On raconte, ô Marie, que votre glorieux serviteur saint Vincent de Paul demeura trois ans dans cet état désolé et que durant ces trois années sa volonté toujours sainte ne se découragea pas un instant devant ce ciel d'airain qui était fermé et qui paraissait vide, devant cette croix rude et nue d'où il semblait que le Sauveur se fût retiré à jamais. Donnez-nous, ô notre Mère, de supporter ces aridités, si souvent, hélas! occasionnées par nos fautes et de servir le Seigneur dans le délaissement comme dans les délices, dans la peine comme dans la joie. En ces heures ternes et sans soleil où notre pauvre nature éprouve quelque chose des angoisses de votre divin Fils quand il cria dans son agonie: « O mon Dieu, ô mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? », en ces heures tristes et lamentables où l'âme est environnée de ténèbres glacées donnez- nous, ô Vierge puissante, un peu de ce courage dont vous eûtes vous-même tant besoin au pied de la Croix, lorsque vous vîtes le Dieu vivant mourir sur un gibet infâme et que Tous reçûtes en vos bras le corps inanimé de votre Jésus. Aux heures de l'abandonnement, Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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06 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Septième jour

Interrogatoire de Bernadette

 

I. La multitude émue et troublée avait suivi Bernadette, emmenée par l'agent officiel. Le Commissariat de Police n'était pas loin. Le Sergent entra avec l'enfant, et, la laissant seule dans le corridor, se retourna pour fermer la porte à la clef et au verrou. Un instant après, Bernadette se trouvait en face du redoutable chef de la Police, M. Dominique. Une foule immense stationnait au dehors. L'homme très-intelligent qui allait interroger Bernadette se sentait assuré d'un facile triomphe et il s'en était à l'avance hautement réjoui. Il était de ceux qui repoussaient obstinément l'explication des savants du pays. Il ne croyait ni à la catalepsie, ni a l'hallucination, ni aux diverses illusions d'une extase maladive. La précision des récits qu'on attribuait à l'enfant, les remarques faites par le docteur Dozous et par plusieurs autres témoins des scènes de la Grotte, lui paraissaient inconciliables avec une telle hypothèses Quant au fait même des Apparitions, il ne croyait point, dit-on, à la possibilité de ces visions ultra-mondaines, et son génie policier, très-apte à dépister des fripons derrière un fait illégal, n'allait peut-être pas jusqu'à découvrir Dieu derrière un fait surnaturel. Aussi, convaincu en lui-même qu'il ne pouvait y avoir que de fausses apparitions, avait-il résolu de trouver, par ruse ou par force, le point de l'erreur et de rendre, aux libres penseurs du Pouvoir ou d'ailleurs, le service signalé de saisir une manifestation surnaturelle, une croyance populaire en flagrant délit d'imposture.

Dans ces dispositions d'esprit, M. Dominique avait, dès les premiers jours, fait surveiller avec soin toutes les démarches de Bernadette, pour voir s'il ne surprendrait pas quelque communication mystérieuse entre la Voyante et tel ou tel membre du Clergé, soit de Lourdes, soit des environs. Il avait même, paraît-il, poussé le zèle de ses fonctions jusqu'à placer dans l'église une créature à lui pour avoir l'œil sur le confessionnal. Mais les enfants du Catéchisme se confessaient à tour de rôle toutes les quinzaines ou tous les mois, et le tour de Bernadette n'était pas encore venu durant ces jours-là. Tous ces consciencieux efforts n'avaient amené la découverte d'aucune complicité dans les actes de fourberie qu'il attribuait à Bernadette. Il en conclut qu'elle agissait probablement seule, sans cependant renoncer tout à fait à ses soupçons.

Lorsque Bernadette entra, il arrêta un instant sur elle ses yeux perçants et aigus, qu'il eut l'art merveilleux d'imprégner tout à coup de bonhomie et d'abandon. Lui, qui avait habituellement le verbe haut avec tout le monde, il se montra plus que poli avec la pauvre fille du meunier Soubirous; il fut doux et insinuant. Il la fit asseoir et prit, pour l'interroger, l'air bienveillant d'un véritable ami « Il paraît que tu vois une- belle Dame à la Grotte de Massabielle, ma bonne petite? Raconte-moi tout ». Comme il venait de dire ces mots, la porte de la salle s'était ouverte doucement et quelqu'un était entré. C'était M. Estrade, Receveur des Contributions indirectes, un des hommes considérables de Lourdes et l'un des plus intelligents. Ce fonctionnaire occupait une partie de cette même maison; et, averti, par la rumeur de la foule, de l'arrivée de Bernadette, il avait eu la très-naturelle curiosité d'assister à l'interrogatoire. Il partageait d'ailleurs, au sujet des Apparitions, les idées du Commissaire et il croyait comme lui, à une fourberie de l'enfant. Il haussait les épaules quand on lui donnait toute autre explication. Il jugeait ces choses tellement absurdes qu'il n'avait pas même daigné aller à la Grotte regarder les scènes étranges que Ton racontait. Gs philosophe s'assit un peu à l'écart, après avoir fait signe au Commissaire de ne point s'interrompre. Tout cela se passa sans que Bernadette parût y faire grande attention. La scène et le dialogue des deux interlocuteurs se trouvèrent ainsi avoir un témoin.

II. A la question qui venait de lui être posée, l'enfant avait levé sur l'homme de police son beau regard innocent et s'était mise à raconter en son langage, c'est-à-dire en patois du pays, et avec une sorte de timidité personnelle qui ajoutait encore quelque chose à son accent de vérité, les événements extraordinaires qui remplissaient sa vie depuis quelques jours. M. Dominique l'écoutait avec une vive attention, continuant d'affecter la bonhomie et la bienveillance. De temps en temps il jetait quelques notes sur un papier qu'il avait devant lui. L'enfant le remarqua, mais ne s'en préoccupa nullement. Quand elle eut achevé son récit, le fonctionnaire de la Police, de plus en plus doucereux et empressé, lui posa des questions sans nombre, comme si sa piété enthousiaste se fût intéressée outre mesure à de si divines merveilles. Il formulait toutes ses interrogations coup sur coup, sans aucun ordre, par petites phrases brèves et précipitées, afin de ne pas laisser à l'enfant le temps de réfléchir. A ces diverses questions Bernadette répondait sans nul trouble, sans l'ombre d'une hésitation, avec la tranquille assurance de quelqu'un que l'on interroge sur l'aspect d'un paysage ou d'un tableau qu'il a sous les yeux. Parfois, afin de se faire mieux comprendre, elle ajoutait quelque geste imitatif, quelque mimique expressive, comme pour suppléer à l'impuissance de sa parole. La plume rapide de M. Dominique avait noté cependant au fur et à mesure toutes les réponses qui lui étaient faites.

Ce fut alors qu'après avoir de la sorte essayé de fatiguer et d'embrouiller l'esprit de l'enfant dans la minutieuse infinité des détails, ce fut alors que le redoutable agent de la Police prit, sans transition, une physionomie menaçante et terrible, et changea brusquement de langage: « Tu mens! s'écria-t-il violemment et comme saisi d'une soudaine colère; tu trompes tout le monde, et si tu ne confesses tout de suite la vérité, je te ferai prendre par les Gendarmes ». La pauvre Bernadette fut aussi stupéfaite à l'aspect de cette subite et formidable métamorphose que si, croyant tenir en ses mains une inoffensive branche d'arbre, elle eût senti tout à coup se tordre, s'agiter et apparaître entre ses doigts les anneaux glacés d'un serpent. Elle fut stupéfaite d'horreur; mais, contrairement au calcul profond de son interlocuteur, elle ne se troubla point. Elle resta en sa tranquillité, comme si une main invisible eût soutenu son âme devant ce choc imprévu. Le Commissaire s'était dressé debout en regardant la porte, comme pour donner à entendre qu'il n'avait qu'à faire un signe pour appeler les Gendarmes et envoyer la visionnaire en prison.

« Monsieur, répondit Bernadette avec une fermeté paisible et douce qui, dans cette misérable petite paysanne, avait une incomparable et simple grandeur, monsieur, vous pouvez me faire prendre par les Gendarmes, mais je ne puis dire autre chose que ce que j'ai dit. c'est la vérité ». « C'est ce que nous allons voir », reprit le Commissaire en se rasseyant et jugeant d'un coup d'œil exercé que la menace était absolument impuissante sur cette enfant extraordinaire. M. Estrade, témoin muet et impartial de cette scène, était partagé entre l'étonnement prodigieux que lui inspirait l'accent de conviction de Bernadette et l'admiration dont le frappait, malgré lui, l'habile stratégie de Dominique dont il avait à mesure qu'elle se déployait devant lui, compris toute la portée. La lutte prenait un caractère tout à fait inattendu entre cette force doublée de finesse, et cette faiblesse enfantine sans autre défense que sa simplicité. L'homme de police, cependant, armé des notes qu'il venait de tracer depuis trois quarts d'heure, se mit à recommencer, mais dans un tout autre ordre et avec mille formes captieuses, son interrogatoire, procédant toujours, suivant sa méthode, par brusques et rapides questions et demandant des réponses immédiates. Il ne doutait point de faire entrer de la sorte, au moins sur quelques points de détail, la petite fille en contradiction avec elle-même. Cela fait, l'imposture était démontrée et il devenait maître de la situation. Mais il épuisa vainement toute la dextérité fie son esprit dans les évolutions multipliées de cette subtile manœuvre. L'enfant ne se contredit en rien, pas même dans ce point imperceptible, dans ce minime iota dont parle l'Evangile. Aux mêmes questions, quels qu'en fussent les termes, elle répondait toujours, sinon les mêmes mots, du moins les mêmes choses, et avec la même nuance. M. Dominique s'obstinait cependant, ne fût-ce que pour fatiguer de plus en plus cette intelligence qu'il voulait prendre en défaut. Il tournait et retournait en tous les sens le récit des Apparitions sans le pouvoir entamer. Il était comme un animal qui voudrait mordre sur un diamant.

« C'est bien, dit-il enfin à Bernadette, je vais rédiger le procès-verbal et te le lire ». Il écrivit rapidement deux ou trois pages en consultant ses notes. Il avait à dessein introduit sur certains détails quelques variantes de peu d'importance comme, par exemple, la forme de la robe, la longueur ou la position du voile de la Vierge. C'était un nouveau piège. Il fut aussi inutile que tous les autres. Bernadette, tandis qu'il lisait et disait de temps en temps: « C'est bien cela, n'est-ce pas? » Bernadette répondait humblement, mais avec fermeté, aussi simple et douce qu'inébranlable: « Non, je n'ai point dit cela, mais ceci », faisait-elle. Et elle rétablissait dans sa vérité première et dans sa l nuance le détail inexact. La plupart du temps, le captieux interlocuteur contestait : « Mais tu as dit cela!.. .Je l'ai écrit au moment même!... Tu as dit ceci de telle façon, à plusieurs personnes de la ville... », etc., etc. Bernadette répondait : « Non, je n'ai point parlé ainsi, et je n'ai pas pu le faire, car ce n'est pas la vérité ». Et le Commissaire était toujours obligé de céder aux réclamations de l'enfant. Chose étrange que l'assurance modeste et invincible de cette petite fille! M. Estrade l'observait avec une surprise croissante. Personnellement, Bernadette était et paraissait d'une extrême timidité: son attitude était humble, un peu confuse même devant toute personne inconnue d'elle.

Et cependant, sur tout ce qui touchait à la réalité des Apparitions, elle montrait une force d'âme et une énergie d'affirmation peu communes. Quand il s'agissait de rendre témoignage de ce qu'elle avait vu, elle répondait sans trouble, avec une impassible assurance. Toutefois, même alors, il était aisé de deviner cette virginale pudeur d'une âme qui. eût aimé à se cacher à tous les regards. On voyait manifestement que c'était seulement par respect pour la vérité intérieure dont elle était la messagère parmi les hommes, par amour pour la « Dame » apparue à à la Grotte, qu'elle triomphait de sa timidité habituelle. Il ne fallait rien moins que le sentiment de son devoir et de sa fonction pour surmonter en elle le penchant intime de sa nature, craintive en toute autre chose et ennemie de l'éclat et du bruit. Le Commissaire revint à la menace : « Si tu continues tes visites à la Grotte, je te ferai mettre en prison; et tu ne sortiras d'ici qu'en me promettant de n'y plus revenir ». « J'ai promis à la Vision d'y aller, dit l'enfant. Et puis, quand arrive le moment, je suis poussée par quelque chose qui vient en moi et qui m'appelle ».

III. L'interrogatoire, on le voit, touchait à sa fin. Il avait été long et n'avait pas tenu moins d'une grande heure. Au dehors la multitude attendait, non sans une inquiète impatience, la sortie de l'enfant, qu'on avait vue, le matin même, transfigurée dans la lumière de l'extase divine. De la salle où se passait la scène que nous venons de raconter, on entendait confusément les cris, les paroles, les interpellations, les mille bruits divers dont se compose le tumulte des foules. La rumeur semblait grossir et devenir menaçante. A un certain moment, il y eut dans cette foule une agitation particulière, comme s'il arrivait au milieu d'elle un nouveau venu vivement attendu et désiré. Presque aussitôt des coups redoublés retentirent à la porte de la maison. Le Commissaire ne sembla pas s'en émouvoir. Les coups devinrent plus violents. Celai qui frappait secouait en même temps la porte et essayait de l'ébranler. Le policier irrité se leva et alla ouvrir lui-même. « On n'entre pas, dit-il avec colère. Que voulez-vous? » « Je veux ma fille! » répondit le meunier Soubirous en pénétrant de force, et en suivant le Commissaire dans la pièce où se trouvait Bernadette. La vue de la physionomie paisible de sa fille calma l'anxieuse agitation du père, et ce ne fut plus qu'un pauvre homme du peuple un peu tremblant devant le, personnage qui, malgré sa modeste position, était par son activité et son intelligence, le plus important et le plus redouté de ce petit pays. François Soubirous avait ôté son béret béarnais et le roulait entre ses mains. Le Commissaire, à qui rien n'échappait, devina la peur du meunier. Il reprit son air de bonhomie et de pitié compatissante. Il lui frappa familièrement sur l'épaule: « Père Soubirous, lui dit-il, prenez garde, prenez garde, prenez garde ! Votre fille est en train de se faire une mauvaise affaire: elle s'engage tout droit dans le chemin de la prison. Je veux bien ne pas l'y envoyer pour cette fois, mais à la condition que vous lui défendrez de retourner à cette Grotte où elle joue la comédie. A la première récidive je serai inflexible, et d'ailleurs, vous savez que M. le Procureur Impérial ne plaisante pas ».

« Puisque vous le voulez, monsieur Dominique, répondit le pauvre père effrayé, je le lui défendrai, et sa mère aussi: et comme elle nous a toujours obéi, elle n'ira certainement pas ». « En tout cas, si elle y va, si ce scandale continue, je m'en prendrai non-seulement à elle, mais à vous », dit le terrible Commissaire redevenant menaçant et les congédiant d'un geste. Au moment où Bernadette et son père sortirent, la foule fit entendre des cris de satisfaction. Puis, l'enfant étant rentrée chez elle, la multitude se dispersa par la ville. Le Commissaire et M. Estrade persistaient d'ailleurs l'un et l'autre dans leur incrédulité relativement au fait même de l'Apparition. Mais une nuance séparait déjà leurs deux négations, et cette nuance était un abîme. L'un supposait Bernadette adroite dans son mensonge, l'autre la, jugeait de bonne fui dans son illusion. « Elle est habile », disait le premier. « Elle est sincère », disait le second.

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Prière pour demander l'amour de la Vérité

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

Notre-Dame de Lourdes, qui avez écrasé sous votre pied le Père du Mensonge, priez l'Esprit-Saint de mettre au fond de nous-mêmes l'inébranlable amour de la Vérité. Que rien en ce monde ne nous semble au-dessus d'elle, caria Vérité c'est Dieu même. Qu'aucune difficulté, qu'aucun intérêt, qu'aucun péril ne nous la fasse renier. Proclamons-la toujours et partout sans nulle crainte des hommes, pleinement assurés que, s'ils se dressent contre nous à cause d'elle, le Seigneur saura mettre sur nos lèvres les paroles qu'il faudra dire, et faire tourner à sa gloire et à celle des justes les manœuvres et les pièges du persécuteur. Marie, à qui fut consacré ce beau pays de France, Reine de notre patrie, faites que nous quittions enfin ces sentiers de mensonge et de fourberie, de ruses et de dol, où l'oubli de Dieu et l'amour du lucre, où la vile passion de l'argent et l'ambition de dominer ont conduit, hélas! Tant d'hommes de notre nation, depuis le marchand qui trompe sur ce qu'il vend jusqu'à l'orateur et à l'écrivain qui préconisent le faux et s'efforcent de faire accepter l'imposture, jusqu'au politique qui abuse les peuples et trouble les nations par des diplomaties à doubles paroles, par le dédain des traités et des lois, par le mépris de la foi jurée. Délivrez-nous de ces hontes et de ces bassesses, ô Reine de gloire et rendez-nous la fière vertu de nos pères. Que par votre intercession, ô Marie, nous redevenions le peuple chrétien, le peuple fils aine de l'Église,' le peuple dont la loyale franchise était telle que cette qualité dominante, qui semblait être son essence, était devenue son propre nom et qu'on l'appelaît « Le peuple franc ». Mère du Dieu de Vérité, Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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05 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Sixième jour

Le monde officiel, La Police, M. Dominique, Apparition du 21 février 1854

 

I. Tandis que l'Autorité ecclésiastique, personnifiée le Clergé, gardait la sage réserve conseillée par le Curé de Lourdes, l'Autorité civile se préoccupait, elle aussi, du mouvement extraordinaire qui était en train de se produire dans la ville et aux environs, et qui, gagnant de proche en proche tout le département, en avait déjà franchi les limites du côté du Béarn. Bien qu'il n'advint aucun désordre, ces pèlerinages, ces foules recueillies, cette enfant en extase, inquiétèrent ce monde ombrageux. Au nom de la liberté de conscience, n'y avait-il pas moyen d'empêcher ces gens de prier, et surtout de prier où bon leur semblait? Tel était le problème que les autorités officielles commençaient à se poser. A des degrés divers, le Procureur impérial, le Juge de Paix, le Maire, le Substitut, le Commissaire de Police, et bien d'autres encore, prirent, ou donnèrent l'alarme. Un Miracle en plein dix-neuvième siècle, se produisant tout à coup sans demander la permission et sans autorisation préalable, parut à quelques-uns une chose intolérable et, pour l'honneur de notre époque, il importait d'y mettre bon ordre, La plupart de ces messieurs ne croyaient point du reste à la possibilité des manifestations surnaturelles, et ils ne pouvaient consentir a voir là dedans autre chose qu'une imposture ou une maladie. En tout cas; plusieurs se sentaient opposés d'instinct à tout événement, quel qu'il fût, qui pouvait, directement et indirectement, accroître l'influence de la Religion, contre laquelle ils avaient, soit des préventions sourdes, soit des haines avouées.

II. Le plus intelligent de la petite légion des fonctionnaires de Lourdes, en ce temps-là, était assurément M. Dominique J. bien que M. Dominique J.... fût hiérarchiquement le dernier de tous, puisqu'il occupait le modeste emploi de Commissaire de Police. Ainsi que quelques autres personnages ds cette histoire, nous ne le désignerons, pour ces lectures publiques, que par un de ses prénoms. Il était jeune, très-sagace en certaines circonstances, et doué d'un art de parole assez rare chez ses pareils. Sa finesse était extrême. Personne mieux que lui ne comprenait les coquins. Il était merveilleusement apte à déjouer leurs ruses; et, à ce sujet, on raconte de lui des traits étonnants. Il comprenait beaucoup moins les honnêtes gens. A l'aise dans les choses compliquées, cet homme se troublait devant la simplicité. La Vérité le déconcertait et lui semblait suspecte: le désintéressement excitait sa défiance; la franchise mettait à la torture son esprit, avide de découvrir partout des duplicités et des détours. A cause de cette monomanie, la Sainte té lui eût paru sans doute la plus monstrueuse des fourberies et l'eût trouvé implacable. De tels travers se rencontrent souvent chez les hommes de cette profession, habitués par leur emploi même à chercher des délits et à surprendre des crimes. Ils prennent à la longue une disposition d'esprit éminemment inquiète et soupçonneuse, qui leur inspire des traits de génie quand ils ont affaire à des fripons, et des sottises énormes quand ils ont affaire à des honnêtes gens, à des âmes loyales. Quoique jeune, le Commissaire de Police, alors en fonctions à Lourdes, avait contracté cette bizarre maladie des vieux policiers. Il était donc comme ces chevaux des Pyrénées dont le pied est ferme dans les sentiers tortueux et pierreux de la montagne, et qui s'abattent tous les deux cents pas dans les chemins larges et unis; comme ces oiseaux de nuit qui ne voient que dans les ténèbres, et qui, en plein jour, se cognent contre les arbres et contre les murs.

Content de sa personne, il était mécontent de sa position, à laquelle il était supérieur par son intelligence. De là un certain orgueil remuant et un désir aident de se signaler. Il avait plus que de l'influence, il avait de l'ascendant sur ses chefs; et il affectait de traiter d'égal à égal avec le Procureur impérial et avec tous les autres fonctionnaires. Il se mêlait de tout, dominait presque tout le monde, et menait, ou peu s'en faut, les affaires de la ville. Pour tout ce qui concernait le canton de Lourdes, le préfet du département, M.. le baron, Oscar-Charles-Pardoux M..., ne voyait que par les yeux de Dominique. Tel était le Commissaire de Police, tel était le personnage important de Lourdes lorsqu'eurent lieu les Apparitions à la Grotte de Massabielle.

III. C'était le troisième jour de la Quinzaine, le 21 février, Premier Dimanche de Carême. Avant le lever du soleil, une foule immense, plusieurs milliers de personnes étaient déjà réunies, devant et tout autour de la Grotte, sur les bords du Gave et dans la prairie. C'était l'heure où Bernadette avait coutume de venir. Elle arriva, enveloppée dans son capulet blanc, suivie de quelqu'un des siens, sa mère ou sa sœur. Ses parents avaient assisté la veille ou l'avant-veille à ses extases; ils l'avaient vue transfigurée, et maintenant ils croyaient. L'enfant traversa simplement, sans assurance comme sans embarras, la foule qui s'écarta avec respect devant elle en lui livrant passage; et, sans paraître s'apercevoir de l'attention universelle, elle alla, comme si elle accomplissait une chose toute simple, s'agenouiller et prier au-dessous de la niche où serpentait la branche d'églantier.

Quelques instants après, on vit son front s'illuminer et devenir rayonnant. Le sang pourtant ne se portait point au visage; au contraire, elle pâlissait légèrement, comme si la nature fléchissait quelque peu en présence de l'Apparition qui se manifestait devant elle. Tous ses traits montaient, montaient, et entraient comme dans une région supérieure, comme dans un pays de gloire, exprimant des sentiments et des choses qui ne sont point d'ici-bas. La bouche entr'ouverte était béante d'admiration, et paraissait aspirer le Ciel. Les yeux, fixes et bienheureux, contemplaient une beauté invisible, qu'aucun autre regard n'apercevait, mais que tous sentaient présente, que tous, pour ainsi dire, voyaient par réverbération sur le visage de l'enfant. Cette pauvre petite paysanne, si vulgaire en l'état habituel, semblait ne plus appartenir à la terre. C'était l'Ange de l'innocence, laissant le monde un instant derrière lui et tombant en adoration, au moment où il entr'ouvre les portes éternelles et où il aperçoit le Paradis.

Tous ceux qui ont vu Bernadette en extase, parlent de ce spectacle comme d'une chose qui est tout à fait sans analogue sur la terre. Leur impression après dix années est aussi vive que le premier jour. Chose remarquable! quoique son attention fût entièrement absorbée par la contemplation de la Vierge pleine, de grâces, elle avait en partie conscience de ce qui se passait autour d'elle. A un certain moment son cierge s'éteignit; elle étendit la main pour que la personne la plus proche le rallumât. Quelqu'un ayant voulu, avec un bâton, toucher l'églantier, elle fit vivement signe de le laisser, et son visage exprima la crainte. « J'avais peur, dit-elle ensuite naïvement, qu'on ne touchât la « Dame » et qu'on ne lui fît du mal ». Un des observateurs dont nous avons cité le nom, M. le docteur Dozous, était à côté d'elle. « Ce n'est là, pensait-il, ni la catalepsie, avec sa raideur, ni l'extase inconsciente des hallucinés ; c'est un fait extraordinaire, d'un ordre tout à fait inconnu à la Médecine ». Il prît le bras de l'enfant et lui tâta le pouls. Elle parut n'y pas faire attention. Le pouls, parfaitement calme, était régulier comme dans l'état ordinaire. « Il n'y a donc aucune excitation maladive, se dit le savant docteur, de plus en plus bouleversé ».

En ce moment, la Voyante fit, sur ses genoux, quelques pas en avant dans la Grotte. L'Apparition s'était déplacée, et c'était maintenant par l'ouverture intérieure que Bernadette pouvait l'apercevoir. Le regard de la sainte Vierge parut en un instant parcourir toute la terre, et elle le reporta, tout imprégné de douleur, vers Bernadette agenouillée. « Qu'avez-vous? que faut-il faire? » murmura l'enfant. « Prier pour les pécheurs », répondit la Mère du genre humain. En voyant ainsi la douleur voiler, comme un nuage, l'éternelle sérénité de la Vierge bienheureuse, le cœur de la pauvre bergère ressentit tout à coup une cruelle souffrance. Une indicible tristesse se répandit sur ses traits. De ses yeux, toujours tout grands ouverts et fixés sur l'Apparition, deux larmes roulèrent sur ses joues et s'y arrêtèrent, sans tomber. Un rayon de joie revint enfin éclairer son visage: car la Vierge avait sans doute tourné elle-même son regard vers l'espérance et contemplé, dans le cœur du Père, la source intarissable de la miséricorde infinie descendant sur le monde, au nom de Jésus et par les mains de l'Église.

Ce fut en cet instant que l'Apparition s'évanouit. La reine du Ciel venait de rentrer clans son Royaume. L'auréole, comme de coutume, demeura encore quelques secondes, puis s'effaça insensiblement, pareille à une brume lumineuse qui se fond et disparaît dans l'air. Les traits de Bernadette descendirent peu à peu. Il sembla qu'elle passait de la région du soleil à celle de l'ombre, et la vulgarité de la terre reprit possession de ce visage, un instant auparavant transfiguré. Ce n'était plus qu'une humble bergère, une petite paysanne, que rien en apparence ne distinguait des autres enfants. Autour d'elle se pressait la foule haletante, anxieuse, émue, recueillie. Nous aurons ailleurs l'occasion de décrire son attitude.

IV. Durant toute la matinée, après la blessé et jusqu'à l'heure des Vêpres, il ne fut bruit a Lourdes que de ces étranges événements, auxquels on donnait naturellement les interprétations les plus diverses. Pour ceux qui avaient vu Bernadette en extase, la preuve était faite d'une façon qu'ils prétendaient irrésistible. Quelques-uns rendaient leur pensée par des comparaisons assez heureuses: « Dans nos vallées le Soleil se montre tard, caché qu'il est à l'orient par le Pic et le mont du Jer. Mais, bien avant de l'apercevoir, nous pouvons remarquer, à l'ouest, le reflet de ses rayons sur les flancs des montagnes de Bastsurguères, qui deviennent resplendissantes tandis que nous sommes encore dans l'ombre; et alors, quoique nous ne voyions pas directement le Soleil, mais seulement son reflet sur les pentes, nous affirmons sa présence derrière les masses du Ger. « Bastsurguères voit le Soleil, disons-nous; et, si nous étions à la hauteur de Bastsurguères, nous le verrions aussi ». Eh bien! il en est de même quand on arrête son regard sur Bernadette illuminée par l'invisible Apparition: la certitude est la même, l'évidence toute semblable. Le visage de la Voyante devient tout à coup si clair, si transfiguré, si éclatant, si imprégné de rayons divins, que ce reflet merveilleux que nous apercevons nous donne la pleine assurance du centre lumineux que nous n'apercevons pas. Et, si nous n'avions pas, pour nous le cacher, toute une montagne de fautes, de misères, de préoccupations matérielles, d'opacité charnelle; si nous étions, nous aussi, à la hauteur de cette innocence d'enfant, de cette neige éternelle qu'aucun pied humain n'a foulée, nous aussi, nous verrions, non plus par reflet, mais directement, ce que contemple Bernadette ravie, ce qui rayonne sur ses traits en extase ».

De telles raisons, excellentes peut-être en elles-mêmes et concluantes pour ceux qui avaient été témoins de ce spectacle inouï, ne pouvaient être suffisantes pour ceux qui n'avaient rien vu. La Providence, à supposer qu'elle fût en réalité dans tout ceci, devait, ce semble, affirmer son action par des preuves, sinon meilleures (puisque presque personne ne résistait a celles-là dès qu'il avait pu les expérimenter), du moins plus matérielles, plus continues, et en quelque sorte plus palpables. Peut-être était-ce là le profond dessein de Dieu et ne convoquait-il de telles multitudes que pour avoir, à l'heure voulue, d'innombrables et d'irrécusables témoins. A l'issue des Vêpres, Bernadette sortit de l'Église avec la troupe des fidèles. Elle était, comme on le pense bien, l'objet de l'attention générale. On l'interrogeait, on l'entourait. La pauvre enfant, embarrassée de ce concours, répondait tout simplement, et tâchait de percer la foule afin de rentrer chez elle. En ce moment, un homme revêtu des insignes de la force publique, un Sergent de ville, Officier de police, s'approcha d'elle et la toucha sur l'épaule. « Au nom de la Loi », dit-il. « Que me voulez-vous? » dit l'enfant. « J'ai ordre de vous prendre et de vous emmener ». « Et où? » « Chez le Commissaire de Police. Suivez-moi ».

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Prière pour les pécheurs

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

Notre-Dame de Lourdes! l'image des iniquités de la terre a fait passer un douloureux nuage sur votre front bienheureux, et contristé, pour ainsi dire, votre félicité éternelle. Et de votre bouche sacrée est sorti l'ordre de « prier pour les pécheurs ». Nous vous obéissons, ô Vierge clémente, et nous adressons nos ardentes supplications à Dieu et à vous pour tous ceux qui ont failli ici-bas. N'est-ce pas, ô Marie, prier pour le genre humain tout entier et en premier lieu pour nous-mêmes, pour chacun de nous, dont Dieu connaît les iniquités, alors même que la terre les ignore et qu'elles échappent aux regards des hommes? Oh oui! nous sommes pécheurs! Groupés autour de vos autels, ô mon Dieu, jouissant du bonheur de croire et d'être enfants de l'Église, mais courbés en même temps sous l'ignominie de nos propres fautes, nous repoussons bien loin de nous et avec horreur la sacrilège pensée de nous attribuer vos grâces comme un mérite, et nous ne vous adressons point la prière du Pharisien. Pécheurs, très-grands pécheurs, indignes en vérité de lever sur vous nos regards, nous vous invoquons pour d'autres pécheurs, peut-être moins coupables que nous aux yeux de votre justice, laquelle ne demandera à chacun qu'en proportion de ce qu'il a reçu. Nous vous prions pour les faibles: fortifiez-les; nous vous prions pour les égarés: dirigez-les; nous vous prions pour les aveugles: éclairez-les; nous vous prions pour les malades: guérissez-les; nous vous prions pour les perdus: retrouvez-les. Nous vous prions pour ceux qui semblent tout à fait morts à la grâce: ressuscitez-les. Eh quoi! Seigneur, l'iniquité des hommes sera-t-elle plus grande que votre miséricorde et votre puissance infinies? Levez-vous, ô Dieu de Jacob et vengez-vous de vos ennemis. Vengez-vous de ceux qui vous renient, comme vous vous êtes vengé de Pierre le renieur, dont vous avez fait le prince de vos Apôtres. Vengez-vous des furieux qui vous blasphèment, comme vous vous êtes vengé de Saül le persécuteur, dont vous avez fait saint Paul. Vengez-vous des libertins de ce temps, comme vous vous êtes vengé de Madeleine, de la femme adultère, de Thaïs, d'Augustin, de Marie l'Égyptienne, dont vous avez changé les flammes et les luxures en les très-pures ardeurs de l'amour divin et de la charité. Vengez-vous des manieurs d'argent de notre époque, comme vous vous êtes vengé du publicain Mathieu, dont vous avez fait votre Évangéliste, et-du publicain Zachée qui est devenu votre hôte et votre ami. Vengez-vous, ô Fils de la Vierge! Vengez-vous de ce siècle coupable en le faisant tomber à genoux, en le prosternant devant votre Croix, en le convertissant, en faisant de lui votre missionnaire et votre apôtre. Seigneur, Seigneur, toutes les forces humaines sont à bout; la tempête ne fut jamais plus haute, plus vertigineuse et plus engloutissante: venez à nous, ô Sauveur du monde, car sans vous nous périssons. Dressez- vous à la proue de la barque et nous verrons s'apaiser brusquement toutes les fureurs, de la mer. Et lise fera un grand calme, ce grand calme, ce nouveau ciel et cette nouvelle terre, cette captivité du dragon enchaîné, ce règne préparatoire de Jésus-Christ, cette Paix, jusqu'ici inconnue, que semblent promettre à l'humanité régénérée les prophéties et les apocalypses. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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04 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Cinquième jour

La quinzaine, émotion publique, la libre pensée, le Clergé, Le curé Peyramale

 

I. De retour à Lourdes, Bernadette dut parler à ses parents de la promesse qu'elle venait de faire à la Dame mystérieuse, et des quinze jours consécutifs pendant lesquels elle devait se rendre à la Grotte. De leur côté, Antoinette et Mme Millet racontèrent ce qui s'était passé, la merveilleuse transfiguration de l'enfant durant l'extase, les paroles de l'Apparition, l'invitation de revenir pendant la Quinzaine. Le bruit de ces étranges choses se propagea t aussitôt de toutes parts, et, franchissant bien vite les couches populaires, jeta, soit dans un sens, soit dans un autre, la plus profonde agitation dans la société de ce pays. Ce jeudi, 18 février 1858, était précisément jour de marché à Lourdes. Il y avait comme à l'ordinaire beaucoup de monde, de sorte que, le soir même, la nouvelle des visions, vraies ou fausses, de Bernadette, se répandit dans la montagne et dans les vallées, à Bagnères, à Tarbes, à Cauterets, à Saint-Pé, à Nay, dans toutes les directions du département et dans les villes du Béarn les plus rapprochées. Dès le lendemain, une centaine de personnes se trouvaient déjà à la Grotte au moment où Bernadette y arriva. Le surlendemain, il y en avait quatre ou cinq cents. On en comptait plusieurs milliers le dimanche matin.

Que voyait-on cependant? qu'entendait-on sous ces roches sauvages? Rien, absolument rien, sinon une pauvre enfant en prière, qui disait voir et qui disait entendre. Plus petite en apparence était la cause, plus inexplicable humainement était l'effet. Il fallait, prétendaient les croyants, ou que le reflet d'en haut fût réellement visible sur cette enfant, ou que le souffle de Dieu, qui agite les cœurs comme il veut, eût passé sur ces multitudes. Spiritus ubi vult spirat. Un courant électrique, une irrésistible puissance à laquelle nul ne pouvait se soustraire, semblaient avoir soulevé cette population à la parole d'une ignorante bergère. Dans les chantiers, dans les ateliers, dans l'intérieur des familles, dans les réunions, parmi les laïques parmi le clergé, chez les pauvres et chez les riches, au cercle, dans les cafés, dans les auberges, sur les places, dans les rues, le soir, le matin, en particulier, en public, on ne s'entretenait que de cela. Qu'on fût sympathique, qu'on fût hostile, qu'on ne fût ni l'un ni l'autre, mais seulement curieux ou inquiet de la vérité, il n'était personne dans le pays dont ces événements singuliers ne fussent en ce moment la plus violente, j'allais dire l'unique préoccupation. L'instinct populaire n'attendait pas que l'Apparition eût dit son nom pour la reconnaître. « C'est sans doute la sainte Vierge », disait-on de tous côtés dans la multitude.

Devant l'autorité, si minime en elle-même, d'une petite fille de treize à quatorze ans, prétendant voir et entendre ce que nul autour d'elle ne voyait ni n'entendait, les philosophes du pays et les savants criaient, les uns à la comédie, les autres à la folie de la fille du meunier. Quelques-uns d'entre eux voulurent voir Bernadette, l'interroger, assister à ses extases. Les réponses de l'enfant furent simples, naturelles sans aucune contradiction, faites avec un accent de vérité auquel il était impossible de se méprendre, et qui portait dans les esprits les plus prévenus la conviction de son entière sincérité. Quant aux extases, ceux qui avaient vu à Paris les grandes actrices de notre temps, déclarèrent que l'art ne pouvait aller jusque-là. Le thème de la comédie ne tint pas vingt-quatre heures devant l'évidence. Les savants, ceux qui avaient laissé d'abord les philosophes trancher la question, prirent en ce moment le haut du pavé. « Cette petite fille, dirent-ils, est sincère, sans ses réponses, parfaitement sincère; mais elle est hallucinée: elle croit voir et ne voit pas, elle croit entendre et n'entend pas. Quant à ses extases, également sincères de sa part, elles ne relèvent ni de la comédie ni de l'art, qui seraient impuissants à produire de tels résultats; elles relèvent de la Médecine. La -fille Soubirous est atteinte d'une maladie: elle est cataleptique. Un dérangement du cerveau compliqué d'un trouble musculaire et nerveux, voilà toute l'explication des phénomènes dont le populaire fait tant de bruit. Rien n'est plus simple ».

Quelques-uns pourtant ne raisonnaient pas tout à fait ainsi. « De tels phénomènes sont rares, disait l'un des médecins les plus distingués de la ville, M. le docteur Dozous, et, pour mon compte, je ne manquerai pas cette occasion de les examiner avec soin ». M. Dufo, avocat, et plusieurs membres du barreau; M. Pougat, président du tribunal; un grand nombre d'autres, résolurent de se livrer, pendant les quinze jours annoncés à l'avance, aux plus scrupuleuses observations, et de se trouver, autant que possible, aux premières places. A mesure que la chose prenait des proportions plus considérables, le nombre des observateurs augmentait,

II. Le Clergé, naturellement, était fortement impressionné par tous ces faits; mais, avec un tact et un bon sens merveilleux, il avait pris, dès le commencement, une attitude des plus réservées et des plus prudentes. Le Clergé, surpris comme tout le monde par l'événement singulier qui s'était brusquement emparé de l'attention publique, se préoccupait vivement d'en connaître la nature. Là où, dans sa largeur d'idées, le Voltairianisme local ne voyait qu'une solution possible, le Clergé en voyait plusieurs. Le fait pouvait être naturel; et, dans ce cas, être produit par une comédie très-habile ou par une maladie très étrange: mais il pouvait être surnaturel; et alors, il y avait à examiner si ce Surnaturel était diabolique ou divin. Dieu a ses miracles, mais le démon a ses prestiges. Le Clergé savait toutes ces choses, et il résolut d'étudier avec un soin extrême les moindres circonstances de l'événement qui était en train de se produire. Il avait d'ailleurs, dès les premiers moments, accueilli avec une très-grande défiance le bruit d'un fait aussi surprenant. Toutefois, ce pouvait être divin, et il n'entendait pas se prononcer à la légère.

L'enfant dont le nom était devenu subitement si célèbre dans ce pays, était complètement inconnue des prêtres de la ville. Depuis les quinze jours de sa rentrée à Lourdes chez ses parents, elle allait au catéchisme; mais l'ecclésiastique chargé cette année-là d'instruire les enfants, M. l'abbé Ponian, ne l'avait point remarquée. Il l'avait pourtant interrogée une fois ou deux, mais sans savoir son nom et sans faire aucune attention à sa personne, perdue qu'elle était dans la foule des enfants, ignorée encore comme le sont habituellement les dernières venues. Lorsque toutes les populations accouraient déjà à la Grotte, vers le troisième jour de la Quinzaine demandée par l'Apparition mystérieuse, M. l'abbé Pomian désirant connaître cette. enfant extraordinaire dont on parlait de toutes parts, l'appela par son nom au catéchisme, comme il faisait souvent quand il voulait interroger. Au nom de Bernadette Soubirous, une petite fille, assez chétive et pauvrement vêtue, se leva humblement. L'ecclésiastique ne remarqua en elle que sa simplicité, et aussi son extrême ignorance de toute matière religieuse.

III. La paroisse avait en ce moment à sa tête un prêtre dont il importe de faire le portrait. M. l'abbé Peyramale, âgé alors d'environ cinquante ans, était, depuis déjà deux années, curé-doyen de la ville et du canton de Lourdes. C'était un homme que la nature avait fait brusque, violent peut-être dans son amour du bien, et que la grâce avait adouci, tout en laissant deviner par moments l'arbre primitif, l'arbre rugueux, mais foncièrement bon, sur lequel la délicate et puissante main de Dieu avait greffé le chrétien et le prêtre. Sa fougue native, entièrement apaisée pour tout ce qui le concernait lui-même, était devenue le pur zèle de la maison de Dieu. En chaire, sa parole, apostolique toujours, était quelquefois rude; elle poursuivait tout ce qui était mal, et aucun abus, aucun désordre moral, d'où qu'il vînt, ne le trouvait indifférent ou faible. Souvent la société de l'endroit, flagellée dans quelqu'un de ses vices ou de ses travers par l'ardente parole du pasteur, avait jeté les hauts . cris. Il ne s'en était point ému et avait fini presque toujours par être, Dieu aidant, vainqueur dans la lutte.

Ces hommes de devoir sont gênants; et on leur pardonne rarement l'indépendance et la sincérité de leur langage. On le pardonnait pourtant à. celui-là: car, lorsqu'on le voyait cheminer par la ville avec sa soutane rapiécée et reprisée, ses gros souliers raccommodés et son vieux tricorne déformé, on savait que l'argent de sa garde-robe s'employait à secourir les malheureux. Ce prêtre, si austère dans ses mœurs, si sévère dans ses doctrines, était d'une bonté de cœur inexprimable, et il dépensait son patrimoine à faire le Lien, aussi obscurément qu'il le pouvait. Mais son humilité n'avait pu parvenir à cacher comme il l'eût voulu sa vie de dévouement; la reconnaissance des pauvres avait parlé : la vie privée est d'ailleurs Lien vite percée à jour dans les petites villes, et il était devenu l'objet de la vénération générale. Rien qu'à voir la façon dont ses paroissiens ôtaient leur chapeau quand il passait dans la rue ; rien qu'à l'accent familier, affectueux et content, dont les pauvres gens, assis sur le pas de leur porte, disaient: « Bonjour, Monsieur le curé! » on devinait qu'un lien sacré, celui du bien modestement accompli, unissait le pasteur à ses ouailles. Les Libres Penseurs disaient de lui: « Il n'est pas toujours commode, mais il est charitable et ne tient pas à l'argent. C'est le meilleur des hommes, malgré la soutane ». Plein d'abandon et de bonhomie dans la vie privée, ne supposant alors jamais le mal et se laissant même quelquefois tromper par des gens qui exploitaient sa bonté, il était, comme prêtre, prudent jusqu'à la défiance dans tout ce qui touchait aux choses de son Ministère et à l'intérêt éternel de la Religion. L'homme pouvait être parfois abusé, le prêtre jamais. Il y a des grâces d'état.

Ce prêtre éminent unissait à un cœur d'apôtre un bon sens d'une rare fermeté et un caractère que rien au monde ne pouvait faire fléchir quand il s'agissait de la Vérité. Les événements ne devaient pas tarder à mettre en lumière ces qualités de premier ordre. En le plaçant à Lourdes à cette époque, la Providence avait eu ses desseins. Domptant en cela sa peu expectante nature, M. l'abbé Peyramale, avant de permettre à son clergé de faire un seul pas et de se montrer à la Grotte, avant de se le permettre à lui-même, résolut d'attendre que les événements eussent pris un caractère nettement détermina, que les preuves se fussent produites dans un sens nu dans l'autre, et que l'autorité ecclésiastique eût prononcé. Il chargea quelques laïques intelligents et sûrs de se rendre aux Roches Massabielle toutes les fois que Bernadette et la multitude s'y transporteraient, et de le tenir au courant, jour par jour et heure par heure, de ce qui se passerait; mais, en même temps qu'il prenait ses mesures pour être parfaitement renseigné, il les prenait aussi pour ne compromettre en rien le Clergé dans cette affaire, dont la véritable nature était encore douteuse. « Laissons faire, disait-il aux impatients. Si, d'un, côté, nous sommes rigoureusement obligés d'examiner avec une extrême attention les faits qui se passent en ce moment, de l'autre, la plus vulgaire prudence nous interdit de nous mêler de nos personnes à la foule qui court vers la Grotte en chantant des cantiques. Abstenons-nous d'y paraître, et ne nous exposons ni à consacrer par notre présence une supercherie ou une illusion, ni à combattre par une décision prématurée, par une attitude hostile, une œuvre venant peut-être de Dieu. Attendons et laissons agir la Providence ».

Telles furent les considérations de haute sagesse qui déterminèrent en ces circonstances M. le curé Peyramale à interdire formellement à tous les prêtres placés sous sa juridiction de paraître à la Grotte de Massabielle, et se faire à lui-même une loi de n'y point aller. Mgr Laurence, évêque de Tarbes, approuva cette prudente réserve, et étendit même à tous les ecclésiastiques du diocèse la défense de se mêler en quoi que ce soit des événements de Lourdes. Cette ligne de conduite, quelque malaisée qu'elle pût être à tenir, fut pourtant observée. Au milieu de ces populations, soulevées tout à coup comme un Océan par un souffle inconnu, et poussées vers la mystérieuse roche, où l'Apparition surnaturelle s'entretenait avec une enfant, le Clergé tout entier, sans une seule exception, se tint à l'écart. Dieu, qui dirigeait invisiblement toutes choses, donna à ses prêtres la force de ne point céder à ce courant inouï et de demeurer immobiles au sein de ce prodigieux mouvement. Cette immense abstention du Clergé devait montrer manifestement que la main et l'action de l'homme n'étaient pour rien en ces événements, et qu'il fallait en chercher la cause ailleurs, ou pour mieux dire plus haut.

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Prière pour le Clergé

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

Notre-Dame de Lourdes! en ce jour où il a été donné à nos esprits attentifs et émus d'entrevoir une âme de prêtre selon votre cœur, nous vous prions, ô Reine de l'Église, pour tous les prêtres de la Catholicité. Nous vous prions en particulier, pour celui à qui vous avez plus spécialement confié le soin de nos âmes, pour notre père spirituel, le Curé de notre paroisse. Donnez-leur à tous, donnez-lui à lui-même l'esprit qui fait les vrais apôtres, l'esprit du saint Curé d'Ars, l'esprit de saint François de Sales, l'esprit de saint Bernard et de François d'Assise, l'esprit de saint Pierre, de saint Paul et de saint Jean, l'esprit du Bon Pasteur, venu en ce monde à la recherche des brebis perdues de la maison d'Israël. Sanctifiez le Clergé chrétien, pour qu'à son tour le Clergé chrétien forme ici-bas des peuples vertueux et qu'il conduise l'âme des multitudes, dans les chemins du Seigneur. Obtenez-lui des grâces surabondantes, en ces temps difficiles où il a tant besoin de la force d'en haut pour faire entendre la parole du salut à ces sociétés incroyantes et corrompues, parmi lesquelles nous avons le malheur de vivre. Nous sommes sourds, aveugles, paralytiques, nous sommes morts, ô Mère du Dieu tout-puissant; et du fond de notre abîme, nous élevons nos cris vers Vous. Envoyez vos Apôtres pour rendre l'ouïe à notre oreille insensible, la vue à nos yeux éteints, le mouvement à notre corps infirme, pour ressusciter notre cadavre, plus pourri dans sa tombe et dans les liens du péché, que celui de Lazare sous ses bandelettes funèbres. Reine des Apôtres, Mère du Dieu-Homme, mère du Dieu réssusciteur, mère de l'Homme ressuscité, Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous ! Ainsi-soit-il.

 

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03 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Quatrième jour

Troisième Apparition

 

I. Durant ces premiers jours de la semaine, plusieurs personnes parmi les gens du peuple vinrent chez les Soubirous interroger Bernadette. Les réponses de l'enfant furent nettes et précises. Elle pouvait être dans l'illusion; mais il suffisait de la voir et de l'entendre pour être certain de sa bonne foi. Sa parfaite simplicité, son âge innocent, l'accent irrésistible de ses paroles, je ne sais, dans tout cet ensemble, quelle autorité étonnante imposaient la confiance, et, la plupart du temps, déterminaient la conviction. Tous ceux qui la voyaient sortaient de leur entretien complètement convaincus de sa véracité, et persuadés qu'un fait extraordinaire s'était passé aux Roches de Massabielle. La déclaration d'une petite fille ignorante ne pouvait pourtant pas suffire pour établir un événement aussi entièrement en dehors de la marche ordinaire des choses. Il fallait d'autres preuves que la parole d'une enfant. Qu'était-ce, d'ailleurs, que cette Apparition, en la supposant réelle? Était-ce un esprit de lumière ou un ange de l'abîme? N'était-ce point quelque âme en souffrance, errante et demandant des prières? ou bien telle où telle personne, morte naguère dans le pays en odeur de sainteté, et se manifestant dans sa gloire? La foi et la superstition proposaient chacune leurs hypothèses.

Les cérémonies funèbres du mercredi des Cendres contribuèrent-elles à incliner-vers l'une de ces Solutions une jeune fille et une dame de Lourdes? Virent-elles, dans la blancheur éclatante des vêtements de l'Apparition, quelque idée de linceul ou quelque apparence de fantôme? Nous ne savons. La jeune fille se nommait Antoinette Peyret et faisait partie de la Congrégation des Enfants de Marie; l'autre était Mme Millet. « C'est sans doute quelque âme du Purgatoire qui implore des Messes », pensèrent-elles. Et elles allèrent trouver Bernadette. « Demande à cette Dame qui elle est et ce qu'elle veut, lui dirent-elles, qu'elle te l'explique; ou, mieux encore, comme tu pourrais ne pas bien comprendre, qu'elle te le mette en écrit ». Bernadette, qui se sentait, par un mouvement intérieur, vivement portée à retourner à la Grotte, obtint de ses parents une nouvelle permission; et le lendemain matin, jeudi 18 février, vers six heures, à la naissance de l'aube, après avoir entendu à l'église la Messe de cinq heures et demie, elle prit, avec Antoinette Peyret et Mme Millet, la direction de la Grotte.

II. La réparation du moulin de M. de Laffitte était terminée et le canal qui le faisait mouvoir avait été rendu a son libre cours; de sorte qu'il était impossible de passer comme auparavant par l'île du Chalet pour se rendre au but du voyage. Il fallait monter sur le flanc des Espélugues, en prenant un chemin fort malaisé qui conduisait à la forêt de Lourdes, redescendre ensuite par des casse-cou jusqu'à la Grotte, au milieu des rochers et du tertre, rapide et sablonneux, de Massabielle. Devant ces difficultés inattendues, les deux compagnes de Bernadette furent un peu effrayées. Celle-ci, au contraire, parvenue en cet endroit, éprouva comme. un frémissement, comme une hâte d'arriver. Il lui semblait que quelqu'un d'invisible la soulevait et lui prêtait une énergie inaccoutumée. Elle, d'ordinaire si frêle, se sentait forte en cet instant. Son pas devint si rapide à la montée de la côte, qu'Antoinette et Mme Millet, toutes deux dans la force de l'âge, avaient peine à la suivre. Son asthme, qui lui interdisait toute course précipitée, paraissait avoir momentanément disparu. Arrivée au sommet, elle n'était ni haletante ni fatiguée. Tandis que ses deux compagnes ruisselaient de sueur, son visage était calme et reposé. Elle descendit les rochers, qu'elle franchissait pourtant pour la première fois, avec la même aisance et la même agilité, ayant toujours conscience d'un invisible appui qui la guidait et qui la soutenait. Sur ces pentes à peu près à pic, au milieu de ces pierres roulantes, au-dessus de l'abîme, son pas était aussi ferme et aussi assuré que si elle eût marché sur le sol large et plan d'une grande route. Mme Millet et Antoinette n'essayèrent pas de la suivre dans cette impossible allure. Elles descendirent avec la lenteur et les précautions nécessitées par une voie si périlleuse. Bernadette arriva par conséquent à la Grotte quelques minutes avant elles. Elle se prosterna, commença la récitation du chapelet, en regardant la niche, encore vide, que tapissaient les branches de l'églantier.

Tout à coup elle pousse un cri. La clarté bien connue de l'auréole rayonne dans le fond de l'excavation; une Voix se fait entendre et l'appelle. La merveilleuse. Apparition se trouvait encore une fois, debout à quelques pas au-dessus d'elle. La Vierge admirable penchait vers l'enfant son visage tout illuminé d'une sérénité éternelle; et, d'un geste de sa main, elle lui faisait signe d'approcher. En ce moment arrivaient, après mille efforts pénibles, les deux compagnes de Bernadette, Antoinette et Mme Millet. Elles aperçoivent les traits de l'enfant, transfigurés par l'extase. Celle-ci les entend et les voit. « Elle est là, dit-elle. Elle me fait signe d'avancer ». « Demande lui si Elle est fâchée que nous soyons ici avec toi. Sans cela nous nous retirerions ». Bernadette regarda la Vierge, invisible pour toute autre qu'elle, écouta un instant et se retourna vers ses compagnes. « Vous pouvez rester », répondit-elle. Les deux femmes s'agenouillèrent à côté de l'enfant et allumèrent un cierge bénit qu'elles avaient apporté. C'était sans cloute la première fois, depuis la création du monde, qu'une telle lueur brillait en ce lieu sauvage. Cet acte si simple, qui semblait inaugurer un sanctuaire, avait en lui-même une mystérieuse solennité.

A supposer que l'Apparition fût divine, ce signe d'adoration visible, cette humble petite flamme allumée par deux pauvres femmes de la campagne ne s'éteindrait plus, et irait chaque jour grandissant dans la longue série des siècles. Le souffle de l'incrédulité aurait beau s'épuiser en efforts, l'orage de la persécution aurait beau se lever; cette flamme entretenue par la foi des peuples, continuerait de monter, droite et inextinguible, vers le trône de Dieu. Tandis que ces rustiques mains, sans doute inconscientes d'elles-mêmes, l'allumaient ainsi en toute simplicité et pour la première fois dans cette Grotte où priait une enfant, l'aube, blanchissante d'abord, avait successivement pris la teinte de l'or et celle de la pourpre, et le Soleil, qui devait bientôt, à travers et malgré les nuages, inonder la terre de sa lumière, commençait à poindre derrière la cime des monts. Bernadette, ravie en extase, contemplait la beauté sans tache. Ses compagnes l'interpellèrent alors: « Avance vers Elle, puisqu'elle t'appelle et te fait signe. Approche-toi. Demande-lui qui Elle est? pourquoi elle vient ici?... Est-ce une âme du Purgatoire qui implore des prières, qui souhaite qu'on dise des Messes pour elle?... Prie-la d'écrire sur ce papier ce qu'elle désire. Nous sommes disposées à faire tout ce qu'elle veut, tout ce qui est nécessaire pour son repos ».

La Voyante prit le papier, l'encre et la plume qu'on lui tendait, et s'avança vers l'Apparition, dont le regard maternel l'encouragea en la voyant approcher. Pourtant, à chaque ,pas que faisait l'enfant, l'Apparition reculait peu à peu dans l'intérieur de l'excavation. Bernadette la perdit de vue un instant et pénétra sous la Voûte de la Grotte d'en-bas. Là, toujours au-dessus d'elle mais beaucoup plus près, dans l'ouverture de la niche, elle revit la Vierge rayonnante. Bernadette, tenant en main les objets qu'on venait de lui donner, se dressa sur ses pieds pour atteindre, avec ses petits bras et sa modeste taille, a la hauteur où se tenait debout l'Être surnaturel. Ses deux compagnes avancèrent aussi pour tâcher d'entendre l'entretien qui allait s'engager. Mais Bernadette, sans se retourner, et comme obéissant elle-même à un geste de l'Apparition, leur fit signe de la main de ne point approcher. Toutes confuses, elles se retirèrent un peu à l'écart. « Ma Dame, dit l'enfant, si vous avez quelque chose à me communiquer, voudriez-vous avoir la bonté d'écrire qui vous êtes et ce que vous désirez ». La divine Vierge sourit à cette demande naïve. Ses lèvres s'ouvrirent et elle parla: « Ce que j'ai à vous dire, répondit-Elle, je n'ai point besoin de l'écrire. Faites-moi seulement la grâce de venir ici pendant quinze jours ». « Je vous le promets », dit Bernadette.

La Vierge sourit de nouveau et fit un signe de satisfaction, montrant ainsi sa pleine confiance en la parole de cette pauvre paysanne de quatorze ans. Elle savait que la petite bergère de Bartrès était comme ces enfants très-purs dont Jésus aimait à caresser les têtes blondes, en disant: « Le royaume des cieux est pour ceux-là qui leur ressemblent ». A la parole de Bernadette, Elle répondit, elle aussi, par un engagement solennel: « Et Moi, dit-elle, je vous promets de vous rendre heureuse, non point dans ce monde, mais dans l'autre ». A l'enfant qui lui accordait quelques jours, Elle assurait en compensation, l'éternité. Bernadette, sans perdre de vue l'Apparition, retourna vers ses compagnes.

Elle remarqua que, tout en la suivant elle-même des yeux, la Vierge reposa un long moment et avec bienveillance son regard sur Antoinette Peyret, celle des deux qui n'était point mariée et qui faisait partie de la Congrégation des Enfants de Marie. Elle leur répéta ce qui venait de se passer. « Elle te regarde en ce moment », dit l'a Voyante à Antoinette. Celle-ci fut toute saisie de cette parole, et, depuis cette époque, elle vit de ce souvenir. « Demande-lui, dirent-elles, si cela la contrarierait que, durant cette Quinzaine, nous vinssions t'accompagner ici tous les jours? » Bernadette s'adressa à l'Apparition. « Elles peuvent revenir avec vous, répondit la Vierge, elles et d'autres encore. Je désire y voir du monde ». En disant ces mots, Elle disparut, laissant après elle cette clarté lumineuse dont elle était entourée et qui s'évanouit elle-même peu à peu. Cette fois-là, comme les autres, l'enfant remarqua un détail qui semblait comme la loi de cette auréole dont la Vierge était constamment entourée. « Quand la Vision a lieu, disait-elle en son langage, je vois la Lumière tout d'abord et ensuite la « Dame »; quand cette Vision cesse, c'est la « Dame » qui disparaît la première et !a Lumière en second lieu.

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Prière pour demander la vertu d'Espérance

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

Notre-Dame de Lourdes, nous osons vous demander pour nous-mêmes ce que vous avez promis à Bernadette ravie. Assurez-nous le bonheur, non point sur cette terre fugitive où nous ne faisons que passer, mais en ce monde définitif et éternel où, au milieu des Anges et des Saints, vous êtes assise sur un Trône de gloire, ô Reine des Bienheureux. Avec une vertu solide, faites descendre en nos coeurs cette immortelle espérance, qui allégera pour nous toutes les peines de la vie, qui adoucira toutes les amertumes de notre exil, et qui nous fera goûter, même dès ici-bas parmi les inévitables traverses et les labeurs de l'humaine existence, la paix, la douce paix du chrétien, cet avant-goût terrestre du bonheur des élus. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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02 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

 3

Troisième jour

Deuxième Apparition, rumeur populaire

 

I. La scène que nous venons de raconter avait duré environ un quart d'heure: non point que Bernadette eût eu conscience du temps, mais il se peut mesurer par cette circonstance qu'elle avait pu dire les cinq dizaines de son chapelet. Complètement revenue à elle, Bernadette acheva de se déchausser, traversa le petit cours d'eau et rejoignit ses compagnes. Absorbée par la pensée de ce qu'elle venait de voir, elle ne craignait plus la froideur de l'eau. Toutes les forces enfantines de l'humble petite fille étaient concentrées à repasser encore en son cœur le souvenir de cette Apparition inouïe. Jeanne et Marie l'avaient vue tomber à genoux et se mettre en prière; mais ce n'est point rare, Dieu merci, parmi les enfants de la montagne, et, occupées à leur besogne, elles n'y avaient fait nulle attention.

Bernadette fat surprise du calme complet de sa sœur et de Jeanne, qui venaient de terminer en ce moment même leur petit travail, et qui, entrant sous la Grotte, s'étaient mises à jouer comme si rien d'extraordinaire ne se fût accompli. « Est-ce que vous n'avez rien vu? » leur dit l'enfant. Elles remarquèrent alors, qu'elle paraissait agitée et émue. « Non, répondirent-elles. Et toi, est-ce que tu as vu quelque chose? » La Voyante craignit-elle de profaner, en le disant, ce qui remplissait son âme? voulut-elle le savourer en silence? fut-elle retenue par une sorte de timidité craintive? toujours est-il qu'elle obéit a ce besoin instinctif des âmes humbles de cacher comme un trésor les grâces particulières dont Dieu les favorise. « Si vous n'avez rien vu, dit-elle, je n'ai rien à vous dire ». Les petits fagots étaient terminés. Les trois enfants reprirent le chemin de Lourdes.

Mais Bernadette n'avait pu dissimuler son trouble. Chemin faisant, Marie et Jeanne la tourmentèrent pour savoir ce qu'elle avait vu. La petite bergère céda à leurs instances et a leur promesse de garder le secret. « J'ai vu, dit-elle, quelque chose habillé de blanc ». Et elle leur décrivit, en son langage, sa merveilleuse Vision. « Voilà ce que j'ai vu, dit-elle en terminant; mais, je vous en prie, n'en dites rien ». Marie et Jeanne ne doutèrent point. L'âme, dans sa pureté et son innocence première, est naturellement croyante, et le doute n'est point le mal de l'enfance naïve. D'ailleurs, l'accent vivant et sincère de Bernadette, encore tout émue, encore tout imprégnée de ce qu'elle venait de voir s'imposait irrésistiblement. Marie et Jeanne ne doutèrent pas, mais elles furent effrayées. Les enfants des pauvres sont toujours craintifs. Cela n'est que trop explicable: la souffrance leur vient de tous les côtés.

« C'est peut-être quelque chose pour nous faire du mal, dirent-elles. N'y revenons plus, Bernadette ». A peine arrivées à la maison, les confidentes de la petite bergère ne purent longtemps garder leur secret. Marie raconta tout à sa mère. « Ce sont des enfantillages », dit celle-ci.... « Que me raconte donc ta sœur? » reprit- elle en interrogeant Bernadette, Celle-ci recommença son récit. La mère Soubirous haussa les épaules: « Tu t'es trompée. Ce n'était rien du tout. Tu as cru voir quelque chose et tu n'as rien vu. Ce sont des lubies, des enfantillages ». Bernadette persista dans son dire. « Quoiqu'il en soit, reprit la mère, n'y retourne plus; je te le défends ». Cette défense serra le cœur de Bernadette : car, depuis que l'Apparition s'était évanouie, son plus grand désir était de la revoir. Cependant elle se résigna et ne répondit rien.

II. Deux jours, le vendredi et le samedi, se passèrent. Cet événement extraordinaire se présentait à chaque instant à la pensée de Bernadette, et il faisait le sujet constant de ses entretiens avec sa sœur Marie, avec Jeanne et quelques autres enfants. Bernadette avait encore au fond de l'âme, et dans toute sa suavité, le souvenir de la céleste Vision. Une passion, si l'on peut se servir de ce mot profané pour désigner un sentiment si pur, était née dans ce cœur innocent dé petite fille: l'ardent désir de revoir la Dame incomparable. Ce nom de « Dame » était celui qu'elle lui donnait en son rustique langage. Toutefois quand on lui demandait si cette Apparition ressemblait à quelqu'une des dames qu'elle voyait, soit dans la rue, soit à l'église, à quelqu'une des personnes célèbres dans le pays pour leur beauté éclatante, elle secouait la tête et souriait doucement: « Rien de tout cela n'en donne une idée, disait-elle. Elle est d'une beauté qu'il est impossible d'exprimer ». Elle, désirait donc la revoir. Les autres enfants étaient partagés entre la peur et la curiosité.

III. Le Dimanche, le soleil s'était levé radieux, et il faisait un temps magnifique. Il y a souvent dans les vallées pyrénéennes de ces jours de printemps, tièdes et doux, égarés dans la saison d'hiver. En revenant de la Messe, Bernadette pria sa sœur Marie, Jeanne et deux ou trois autres enfants, d'insister auprès de sa mère pour qu'elle levât sa défense et leur permît de retourner aux Roches de Massabielle. « Peut-être est-ce quelque chose de méchant », disaient les enfants. Bernadette répondait qu'elle ne le croyait pas, qu'elle n'avait jamais vu une physionomie si merveilleusement bonne. « En tout cas, reprenaient les petites filles, qui, plus instruites que la pauvre bergère de Bartrès, savaient un peu de catéchisme, en tout cas, il faut lui jeter de l'eau bénite. Si c'est le diable, il s'en ira. Tu lui diras: « Si vous venez de la part de Dieu, approchez; si vous venez de la part du démon, allez vous-en ».

Ce n'était point tout à fait la formule précise des exorcismes: mais, en vérité, les petites théologiennes de Lourdes raisonnaient, en cette affaire, avec autant de prudence et de justesse qu'aurait pu le faire un docteur en Sorbonne. Il fut donc décidé, dans ce concile enfantin, que l'on apporterait de l'eau bénite. Une certaine appréhension était d'ailleurs venue à Bernadette elle-même à la suite de ces causeries. Restait à obtenir la permission. Les enfants toutes réunies la demandèrent après le repas de midi. La mère Soubirous voulut d'abord maintenir sa défense, alléguant que le Gave longeait et baignait les Roches Massabielle, qu'il y aurait peut-être du danger, que l'heure des Vêpres était proche et qu'il ne fallait pas s'exposer aies manquer, que c'étaient là des enfantillages, etc. Mais on connaît à quel point d'insistance et de pression irrésistible peut s'élever une légion d'enfants. Toutes promirent d'être prudentes, d'être expéditives, d'être sages, et la Mère finit par céder.

Le petit groupe se rend à l'église et y prie quelques instants. Une des compagnes de Bernadette avait apporté une bouteille d'un demi-litre: on la remplit d'eau bénite. Arrivées à la Grotte, rien ne se manifesta tout d'abord. « Prions, dit Bernadette, et récitons le chapelet ». Voilà les enfants qui s'agenouillent et qui commencent, chacune à part soi, la récitation du Rosaire. Tout à coup le visage de Bernadette paraît se transfigurer et se transfigure en effet. Une émotion extraordinaire se peint dans tous ses traits; son regard, plus brillant, semble aspirer une lumière divine. Les pieds posés sur le roc, vêtue comme la première fois, l'Apparition merveilleuse venait de se manifester à ses yeux. « Regardez ! dit-elle: La voilà! » Hélas! la vue des autres enfants n'était pas miraculeusement dégagée comme la sienne du voile de chair qui empêche Je voir les corps spiritualisés. Les petites filles n'apercevaient que le rocher désert et les branches de l'églantier, qui descendaient, en faisant mille arabesques, jusqu'au pied, de cette niche mystérieuse où Bernadette contemplait un Être inconnu. Toutefois» la physionomie de Bernadette était telle qu'il n'y avait pas moyen de douter. L'une des enfants plaça la bouteille d'eau bénite entre les mains de la Voyante.

Alors Bernadette, se souvenant de ce qu'elle avait promis, se leva, et secouant vivement et à plusieurs reprises la petite bouteille elle aspergea la Dame merveilleuse, qui se tenait toute gracieuse à quelques pas devant elle, dans l'intérieur de la niche. « Si vous venez de la part de Dieu, approchez », dit Bernadette. A ces mots, à ces gestes de l'enfant, la Vierge s'inclina à plusieurs reprises et s'avança presque sur le bord du rocher. Elle semblait sourire aux précautions de Bernadette et à ses armes de guerre, et, au nom sacré de Dieu, son visage s'illumina. « Si vous venez de la part de Dieu, approchez », répétait Bernadette.... Mais, la voyant si belle, si éclatante de gloire, si resplendissante de bonté céleste, elle sentit son cœur lui faillir au moment d'ajouter: « Si vous venez de la part du Démon, allez-vous-en ». Ces paroles qu'on lui avait dictées, lui semblèrent monstrueuses en présence de l'Etre incomparable, et elles s'enfuirent pour jamais de sa pensée sans être montées jusqu'à ses lèvres. Elle se prosterna de nouveau et continua de réciter le chapelet, que la Vierge semblait écouter, en faisant elle-même glisser le sien entre ses doigts. A la fin de cette prière, l'Apparition s'évanouit.

IV. En reprenant le chemin de Lourdes, Bernadette était dans la joie. Elle repassait au fond de son âme ces choses si profondément extraordinaires. Ses compagnes éprouvaient une vague terreur. La transfiguration du visage de Bernadette leur avait montré la réalité d'une Apparition surnaturelle. Or, tout ce qui dépasse la nature l'effraye. « Éloignez-vous de nous, Seigneur, de peur que nous ne mourions », disaient les Juifs du Vieux Testament. « Nous avons peur, Bernadette. Ne retournons plus ici. Ce que tu as vu vient peut-être pour nous faire du mal, disaient à la jeune Voyante ses compagnes craintives ». Comme elles l'avaient promis, les enfants rentrèrent pour les Vêpres. A la sortie de l'Église, la beauté du temps attira sur la route une partie de la population, allant, venant, devisant aux derniers rayons du soleil, si doux en ces splendides jours d'hiver. Le récit des petites filles circula çà et là dans quelques groupes de promeneurs. St c'est ainsi que le bruit de ces choses étranges commença à se répandre dans la ville. La rumeur, qui n'avait d'abord agité qu'une humble société d'enfants, grossissait comme un flot qui monte et pénétrait de l'une à l'autre dans les couches populaires. Les carriers, très nombreux en ce pays, les couturières, les ouvriers, les paysans, les servantes, les bonnes femmes, les pauvres gens s'entretenaient, ceux-ci pour y croire, ceux-là pour le contester, d'autres pour en rire, plusieurs pour l'exagérer et broder des contes, de ce prétendu fait de l'Apparition. Sauf une ou deux exceptions, la bourgeoisie ne prit pas même la peine d'arrêter sa pensée à ces enfantillages. Chose singulière ! le père et la mère de Bernadette, tout en croyant à sa pleine sincérité, considéraient l'Apparition comme une illusion. « C'est une enfant, disaient-ils. Elle a cru voir; mais elle n'a rien vu. Ce sont des imaginations de petite fille ». Toutefois, la précision extraordinaire des récits de Bernadette les préoccupait. Par moments, entraînés par l'accent de leur fille, ils se sentaient ébranlés dans leur incrédulité. Tout en désirant qu'elle n'allât plus à la Grotte, ils n'osaient plus le lui défendre. Elle n'y revint pourtant point jusqu'au jeudi.

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Prière pour demander la vertu de Persévérance

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.


Notre-Dame de Lourdes! Nous avons, nous aussi, comme l'enfant à qui vous apparaissiez, nos effrois et nos terreurs devant les manifestations d'en haut. Nous aussi, quand se présente à notre âme quelque chose de divin, comme le devoir à accomplir, comme la religion à pratiquer, nous éprouvons un certain tremblement et une sorte de défaillance. Apprenez-nous, ô Marie, à surmonter avec l'aide de la prière, la première teneur de notre nature craintive. Faites-nous comprendre que la vertu n'est austère qu'en apparence, et que si un certain effroi en précède les actes, une joie ineffable les accompagne et les suit: tout à l'inverse du péché qui nous séduit et nous trompe par l'appât du plaisir et qui ne laisse après lui que le vide et la déception, que l'amertume et la tristesse. L'expérience a prouvé mille fois cette vérité à nos esprits; et il semble pourtant que nous l'ignorions entièrement, tant nous sommes rebelles ou lents à faire le bien, tant nous succombons aisément à la tentation. O notre Mère, faites pénétrer cette vérité jusqu'au fond de nos cœurs, afin qu'elle aide notre faiblesse et que nous suivions toujours dans la vie les voies et les sentiers du Seigneur. Et quand Dieu nous fait une grâce spéciale, donnez-nous aussi, comme à l'humble bergère que vous avez aimée, de la garder en notre mémoire et de la conserver dans notre cœur, sans nous en laisser distraire par les événements, par les troubles, par les railleries, ou les contradictions du dehors. Par un tel respect de la grâce reçue, donnez-nous de mériter chaque fois une grâce nouvelle, afin que, marchant de la sorte de vertus en vertus, nous arrivions enfin jusqu'au pied du Trône de Dieu, dans ce séjour bienheureux où l'éternel repos et l'éternelle vie succéderont pour jamais à nos labeurs éphémères et à nos chagrins d'un jour. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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01 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

 

2

Deuxième jour

Première Apparition

 

I. Bernadette et ses deux compagnes, cheminant de là sorte, étaient arrivées au fond de l'île du Chalet, à l'endroit même où le ruisseau du moulin venait rejoindre le Grave. En face d'elles s'élevait une masse de rochers, à la base desquels se trouvait une grotte assez large et très peu profonde. Par un de ces jeux de la nature, comme on en remarque parfois, une sorte de niche naturelle, grande à peu près comme une très-haute fenêtre, dominait cette cavité. Au pied de cette niche serpentait un rosier sauvage qui avait poussé dans les fentes du roc. On nommait ces excavations la Grotte de Massabielle, « Massabielle », en patois du pays, veut dire « vieux rocher ». Le ruisseau était ce jour-là presque à sec, à cause de réparations que l'on faisait au moulin. Il n'y avait guère qu'un filet d'eau.

Tombées des divers arbustes qui poussaient dans les anfractuosités du rocher, des branches de bois mort tapissaient ce lieu désert, que le dessèchement accidentel du canal rendait en ce moment plus accessible que de coutume. Joyeuses de cette trouvaille, diligentes et actives comme la Marthe de l'Évangile, Jeanne et Marie ôtèrent bien vite leurs sabots de bois et traversèrent le ruisseau. « L'eau est bien froide », dirent-elles en arrivant sur l'autre rive et remettant leurs sabots. On était au mois de février, et ces torrents de la Montagne, à peine sortis des neiges éternelles où leur source se forme, sont généralement d'une température glaciale. Bernadette, moins alerte ou moins empressée, chétive d'ailleurs, était encore en deçà du petit cours d'eau. C'était pour elle tout un embarras que de traverser ce faible courant. Elle avait des bas, tandis que Marie et Jeanne étaient nu-pieds dans leurs sabots, et elle avait à se déchausser. Devant l'exclamation de ses compagnes, elle redouta le froid de l'eau. « Jetez deux ou trois grosses pierres au milieu du ruisseau, leur dit-elle, pour que je puisse passer à pied sec ». Les deux glaneuses de bois s'occupaient déjà a composer leur petit fagot. Elles ne voulurent pas perdre leur temps à se déranger: « Fais comme nous, répondit Jeanne: mets-toi nu-pieds ». Bernadette se résigna, et, s' adossant à un fragment de roche qui était là, elle commença à défaire sa chaussure. Il était environ midi, l'Angélus devait sonner en ce moment à tous les clochers des villages pyrénéens.

Elle était en train d'ôter son premier bas, lorsqu'elle entend autour d'elle comme le bruit d'un coup de vent, se levant dans la prairie avec je ne sais quel caractère d'irrésistible puissance. Elle crut à un ouragan soudain et se retourna instinctivement. A sa grande surprise, les peupliers qui bordent le Gave étaient dans une complète immobilité. Aucune brise, même légère, n'agitait leurs branches paisibles. « Je me serai trompée », se dit-elle. Et, songeant encore a ce bruit, elle ne savait que croire. Elle se remit a se déchausser. En ce moment, l'impétueux roulement de ce souffle inconnu se fit entendre de nouveau. Bernadette leva la tête, regarda en face d'elle et poussa aussitôt, ou plutôt voulut pousser un grand cri, qui s'étouffa dans sa gorge. Elle frissonna de tous ses membres, et, terrassée, éblouie, écrasée en quelque sorte par ce qu'elle aperçut devant elle, elle s'affaissa sur elle-même, ploya, pour ainsi dire, tout entière, et tomba à deux genoux.

Un spectacle vraiment inouï venait de frapper son regard. Le récit de l'enfant, les interrogations innombrables que lui ont faites depuis cette époque mille esprits investigateurs et sagaces, les particularités précises et minutieuses dans lesquelles tant d'intelligences en éveil l'ont forcée de descendre, permettent de tracer d'une main aussi sûre de chaque détail que de la physionomie générale, le portrait étonnant de l'Être merveilleux qui apparut en cet instant aux yeux de Bernadette, terrifiée et ravie.

II. Au-dessus de la Grotte devant laquelle Marie et Jeanne, empressées et courbées vers la terre, ramassaient du bois mort; dans cette niche rustique formée par le rocher, se tenait debout, au sein d'une clarté surhumaine, une femme d'une incomparable splendeur. L'ineffable lueur qui flottait autour d'elle ne troublait ni ne blessait les yeux comme l'éclat du soleil. Tout au contraire, cette auréolé, vive comme un faisceau de rayons et paisible comme l'ombre profonde, attirait invinciblement le regard, qui semblait s'y baigner et s'y reposer avec délices. C'était, comme l'Étoile du matin, la lumière dans la fraîcheur. Rien de vague, d'ailleurs, ou de vaporeux dans l'Apparition elle-même. Elle n'avait point les contours fuyants d'une vision fantastique; c'était une réalité vivante, un corps humain, que l'œil jugeait palpable comme la chair de nous tous, et qui ne différait d'une personne ordinaire que par son auréole et par sa divine beauté.

Elle était de taille moyenne. Elle semblait toute jeune et elle avait la grâce de la vingtième année; mais, sans rien perdre de sa tendre délicatesse, cet éclat, fugitif dans le temps, avait en elle un caractère éternel. Bien plus, dans ses traits aux lignes divines se mêlaient en quelque sorte, sans en troubler l'harmonie, les beautés successives et isolées des quatre saisons de la vie humaine. L'innocente candeur de l'Enfant, la pureté absolue de la Vierge, la gravité tendre de la plus haute des Maternités, une Sagesse supérieure à celle de tous les siècles accumulés, se résumaient et se fondaient ensemble, sans se nuire l'une à l'autre, dans ce merveilleux visage de jeune fille. A quoi le comparer en ce monde déchu, où les rayons du beau sont épars, brisés et ternis, et où ils ne nous apparaissent jamais sans quelque impur mélange? Toute image, toute comparaison serait un abaissement de es type indicible. Nulle majesté dans l'univers, nulle distinction de ce monde , nulle simplicité d'ici-bas, ne peuvent en donner une idée et aider à le faire mieux comprendre. Ce n'est point avec les lampes de la terre que l'on peut faire voir, et, pour ainsi dire, éclairer les astres du ciel.

La régularité même et l'idéale pureté de ces traits, où rien n'était heurté, les dérobe à la description. Faut-il dire cependant que la courbe ovale du visage était d'une grâce infinie, que les yeux étaient bleus et d'une suavité qui semblait fondre le cœur de quiconque en était regardé? Les lèvres respiraient une bonté et une mansuétude divines. Le front paraissait contenir la sagesse suprême, c'est-à-dire la science de toutes choses, unie à la vertu sans bornes. Les vêtements, d'une étoffe inconnue, et tissés sans -doute dans l'atelier mystérieux où s'habille le lis des vallées, étaient blancs comme la neige immaculée des montagnes, et plus magnifiques en leur simplicité que le costume éclatant de Salomon dans sa gloire. La robe, longue et traînante, la robe aux chastes plis, laissait ressortir les pieds, qui reposaient sur le roc et foulaient légèrement la branche de l'églantier. Sur chacun de ces pieds, d'une nudité virginale, s'épanouissait la Rose mystique, couleur d'or.

Sur le devant, une ceinture, bleue comme le ciel et nouée à moitié autour du corps, pendait en deux longues bandes qui touchaient presque à la naissance des pieds. En arrière, enveloppant dans son amplitude les épaules et le haut des bras, un voile blanc, fixé autour de la tête, descendait jusque vers le bas de la robe. Ni bagues, ni collier, ni diadème, ni joyaux: nul de ces ornements dont s'est parée de tout temps la vanité humaine. Un chapelet, dont les grains étaient blancs comme des gouttes de lait, dont la chaîne était jaune comme l'or des moissons, pendait entre les mains, jointes avec ferveur. Les grains du chapelet glissaient l'un après l'autre entre les doigts. Toutefois les lèvres de cette Reine des Vierges demeuraient immobiles. Au lieu de réciter le rosaire, elle écoutait peut-être en son propre cœur l'écho éternel de la Salutation Angélique et le murmure immense des invocations venues de la terre. Chaque grain qu'Elle touchait, c'était sans doute une pluie de grâces célestes qui tombait sur les âmes, comme des perles de rosée dans le calice des fleurs. Elle gardait le silence; mais, plus tard, sa propre parole et les faits miraculeux que nous aurons à raconter devaient attester qu'Elle était la Vierge immaculée, la très-auguste et très sainte Marie, Mère de Dieu. Cette Apparition merveilleuse regardait Bernadette, qui, dans son saisissement, s'était, comme nous l'avons dit, affaissée sur elle-même, et, sans s'en rendre compte, prosternée soudainement à genoux.

III. L'enfant, dans sa première stupeur, avait instinctivement mis la main sur son chapelet; et, le tenant dans ses doigts, elle voulut faire le signe de la croix et porter la main à son front: Mais son tremblement était tel qu'elle n'eut pas la force de lever le bras; il retomba, impuissant, sur ses genoux ployés. Le regard et le sourire de la Vierge incomparable rassurèrent bien vite la petite bergère effrayée. D'un geste grave et doux, qui avait l'air d'une toute-puissante bénédiction pour la terre et les cieux, elle fit Elle-même, comme pour encourager l'Enfant, le signe de la Croix. Et la main de Bernadette, se soulevant peu à peu comme invisiblement portée par Celle que l'on nomme le Secours des "Chrétiens, fit en même temps le signe sacré.

L'enfant n'avait plus peur. Éblouie, charmée, doutant pourtant par instants d'elle-même et se frottant les yeux, le regard constamment attiré par cette céleste Apparition, ne sachant trop que penser, elle récitait humblement son chapelet: « Je crois en Dieu; Je vous salue, Marie, pleine de grâces... » Comme elle venait de le terminer en disant: « Gloire au Père, au Fils et à l'Esprit, dans les siècles des siècles », la Vierge lumineuse disparut tout à coup, rentrant sans doute dans les Cieux éternels où réside la Trinité Sainte. Bernadette éprouva comme le sentiment de quelqu'un qui redescend ou qui retombe. Elle regarda autour d'elle. Le Gave courait toujours en mugissant à travers les cailloux et les roches brisées; mais ce bruit lui semblait plus dur qu'auparavant, les eaux lui paraissaient plus sombres, le paysage plus terne, la lumière du soleil moins claire. Devant elle s'étendaient les Roches de Massabielle, sous lesquelles ses compagnes glanaient des débris de bois. Au-dessus de la Grotte, la niche où reposait la branche d'églantier était toujours béante; mais rien d'inaccoutumé n'y apparaissait, nulle trace ne lui était restée de la visite divine, et elle n'était plus la Porte du Ciel.

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Prière pour demander l'esprit de Pauvreté, de Silence et d'Oraison

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

Notre-Dame de Lourdes! en souvenir de cette première Apparition dont tant d'événements qui vont suivre doivent attester la vérité; au nom du mystérieux silence qui tenait fermées vos lèvres bénies; au nom de la modestie de vos vêtements; au nom du choix que vous avez fait d'une grotte déserte pour tous manifester aux regards éblouis de l'innocence en extase, donnez-nous à nous-même l'amour de la retraite, de la simplicité et du silence. Apprenez-nous à fuir le bruit, à fuir le luxe, à fuir la foule agitée, toutes choses où n'habite point la grâce de Dieu. Guérissez nos intempérances de langue, et rappelez toujours à notre conscience qu'il n'est pas une seule de nos paroles .dont nous ne devions rendre compte au dernier jugement. Guérissez nos délicatesses extrêmes et nos vanités ridicules, notre attachement insensé à la mode du jour, aux parures, aux bijoux, aux meubles inutiles, aux frivolités de toute espèce, à la recherche efféminée du bien-être: guérissez notre coupable amour pour ces fastueuses pompes de Satan, auxquelles nous avions renoncé par notre baptême et qui ne sont dignes que de notre mépris. Donnez-nous de comprendre la vraie pauvreté de la richesse, et la vraie richesse de la pauvreté. Guérissez notre folle estime pour ce qu'on appelle le Monde, et faites-nous toujours souvenir que Jésus-Christ n'a pas prié pour le Monde et qu'il en a maudit l'esprit empoisonné. A l'amour de la retraite, de la pauvreté et du silence, ajoutez, nous vous en supplions, ô Marie, le don de la prière. En mémoire de ce Rosaire que Bernadette aperçut entre vos mains sacrées, enseignez-nous à vous invoquer vous-même avec cette piété filiale qui obtient tout, et à vous dire, avec les mêmes sentiments que l'Ange Gabriel, et que les cœurs fidèles: « Je vous salue, Marie, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Ainsi soit- il.

 

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30 avril 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Premier jour

Lourdes, Les Roches Massabielle et la Famille Soubirous

 

I. Dans le département des. Hautes-Pyrénées, à l'embouchure des sept vallées du Lavedan, entre les dernières ondulations des coteaux qui terminent la plaine de Tarbes et les premiers escarpements abrupts qui commencent la Grande-Montagne, est située la ville de Lourdes. Les maisons, assises irrégulièrement sur un terrain accidenté, sont groupées presque en désordre à la base d'un rocher énorme, isolé de tout et sur lequel est hissé, comme un nid d'aigle, un formidable château fort. Au pied de ce roc, du côté opposé à la ville, à l'ombre des aulnes, des frênes et des peupliers, le Gave court tumultueusement, brisant ses eaux écumantes contre un barrage de cailloux et faisant tourner sur ses rives les roues sonores de trois ou quatre moulins. Lourdes est le carrefour des eaux thermales, et depuis un siècle ou deux cette petite ville est traversée constamment par les baigneurs et les touristes venus de tous les coins de l'Europe. Il en est résulté une civilisation assez avancée. La cité entière et la forteresse sont situées sur la rive droite du Gave. Un vieux pont, bâti en amont, à quelque distance des premières maisons de la ville, ouvre une communication avec la campagne, les prairies, les forêts et les montagnes de la rive gauche. Sur cette dernière rive, un peu au-dessous du pont et en fa:e du château, une prise d'eau pratiquée dans le Gave donne naissance à un très-fort canal. Ce canal va rejoindre le Gave à un kilomètre en aval, après avoir dépassé de quelques mètres seulement les Roches Massabielle, dont il baigne la base. L'île très-allongée qui est formée par le Gave et par ce courant, est une vaste et verdoyante prairie. Dans le pays on l'appelle l'île du Chalet, ou, plus brièvement, le Chalet. Le moulin de Savy, le seul qui se trouve sur la rive gauche, est bâti à cheval sur le canal et sert de pont entre la prairie et la terre ferme.

II. Le 11 février inaugurait en 1858 la semaine des réjouissances profanes qui, suivant un usage immémorial, précèdent les austérités du Carême. C'était le jour du Jeudi Gras. Le temps était froid, un peu couvert, mais très calme. Dans les profondeurs du ciel, les nuages se tenaient immobiles. Aucune brise ne les poussait les uns contre les autres, et l'atmosphère était d'une entière placidité. Par moments tombaient du ciel quelques rares gouttes d'eau. Ce jour-là, d'après les privilèges particuliers de ses Offices Propres, le diocèse de Tarbes célébrait la mémoire et la fête de l'illustre bergère de France, sainte Geneviève. Onze heures du matin avaient déjà sonné à l'horloge de l'église de Lourdes. Tandis que, presque partout, se préparaient de joyeuses réunions et des festins, une famille de pauvres gens, qui demeuraient comme locataires dans une misérable maison de la rue das Petits-Fossés, n'avait pas même de bois pour faire cuire son maigre dîner. Le père, encore jeune, exerçait la profession de meunier, et il avait pendant quelque temps exploité, comme fermier, un petit moulin assis au nord de la ville, sur l'un des ruisseaux qui se jettent dans le Gave. Mais ce métier exige des avances, les gens du peuple ayant coutume de faire moudre à crédit; et le pauvre meunier, pour cette raison, avait été obligé de renoncer à la ferme du petit moulin, où son travail, loin de le mettre dans l'aisance, avait contribué à le jeter dans une indigence plus profonde. En attendant des jours meilleurs, il travaillait, non point chez lui, car il n'avait rien au monde, pas même un petit, jardin, mais de divers côtés, chez quelques voisins, qui l'employaient. de temps en temps comme journalier. Il se nommait François Soubirous et était marié à une très-honnête femme, Louise Castérot, qui était une bonne chrétienne et qui soutenait son courage. Ils avaient quatre enfants: deux filles, dont l'aînée avait environ quatorze ans, et deux garçons beaucoup plus jeunes; le dernier avait environ trois ans.

III. Depuis quinze jours seulement leur fille aînée, une chétive enfant, demeurait avec eux. C'est cette petite fille qui doit jouer un rôle considérable dans notre récit, et nous avons étudié avec soin toutes les particularités et tous les détails de sa vie. Lors de sa naissance, sa mère, malade à cette époque, n'avait pu l'allaiter, et elle l'avait mise en nourrice dans un village voisin, à Bartrès, où l'enfant demeura après son sevrage. Louise Soubirous était devenue mère une seconde fois; et deux enfants à soigner en même temps l'eussent retenue au logis et empêchée d'aller en journée et dans les champs, ce qu'elle pouvait faire aisément avec un seul nourrisson. C'est pour cela que les parents laissèrent leur première-née à Bartrès. Ils payaient pour son entretien, quelquefois en argent et plus souvent en nature, une pension de cinq francs par mois.

Lorsque la petite fille eut atteint l'âge d'être utile, et qu'il fut question de la reprendre dans la maison paternelle, les bons paysans qui l'avaient nourrie s'aperçurent qu'ils s'étaient attachés à elle et qu'ils la considéraient, ou à peu près, comme une de leurs enfants. Dès ce moment, ils se chargèrent d'elle pour rien, l'employant à garder les brebis. Elle grandit ainsi au milieu de cette famille adoptive, passant toutes ses journées dans la solitude, sur les coteaux déserts où paissait son humble troupeau. En fait de prières, elle ne connaissait au monde que le chapelets Soit que sa mère nourrice le lui eût recommandé, soit que ce fût un besoin naïf de cette âme innocente, partout et à toute heure, en gardant ses brebis, elle récitait cette prière des simples. Puis elle s'amusait toute seule avec ces joujoux naturels que la Providence maternelle fournit aux enfants du pauvre, plus aisés à contenter, en cela comme en tout, que les enfants du riche: elle jouait avec les pierres qu'elle entassait en petits édifices enfantins, avec les plantes et les fleurs qu'elle cueillait çà et là, avec l'eau des ruisseaux où elle jetait et suivait de l'œil d'immenses flottes de brins d'herbes; elle jouait avec celui qui était son préféré dans le troupeau confié à ses soins. « De tous mes agneaux, disait-elle un jour, il y en a un que j'aime plus que tous les autres ». « Et lequel? » lui demanda-t-on. « Celui que j'aime, c'est le plus petit ». Et elle se plaisait à le caresser et à folâtrer avec lui.

Elle était elle-même parmi les enfants comme ce pauvre agneau, faible et petit, qu'elle aimait. Quoiqu'elle eût déjà quatorze ans, tout au plus si on lui en eût donné onze ou douze. Sans être pour cela maladive, elle était sujette aux oppressions d'un asthme qui parfois la faisait beaucoup souffrir. Elle prenait en patience son mal, et acceptait ses douleurs physiques avec cette résignation tranquille qui paraît aux uns si difficile et que les autres semblent trouver toute naturelle. A cette école innocente et solitaire, la pauvre bergère apprit peut-être ce que le monde ignore : la simplicité qui plaît tant à Dieu. Loin de tout contact impur, s'entretenant avec la Vierge Marie, passant son temps et ses : heures à la couronner de prières en égrenant son chapelet, elle conserva cette candeur absolue, cette pureté baptismale que le souffle du monde ternit si vite, même chez les meilleurs.

Telle était cette âme d'enfant, limpide et paisible comme ces lacs inconnus qui sont perdus dans les hautes montagnes et où se mirent en silence toutes les splendeurs du ciel. « Heureux les cœurs purs, dit l'Evangile: ce sont ceux-là qui verront Dieu! » Ces grands dons sont des dons cachés, et l'humilité qui les possède les ignore souvent elle-même. La petite fille avait déjà quatorze ans; et si tous ceux qui l'approchaient par hasard se sentaient attirés vers elle et secrètement charmés, elle n'en avait point conscience. Elle se considérait comme la dernière et la plus arriérée des enfants de son âge. Elle ne savait, en effet, ni lire ni écrire. Bien plus, elle était tout à fait étrangère à la langue française, et ne connaissait que son pauvre patois pyrénéen. On ne lui avait jamais appris le catéchisme. En cela aussi son ignorance était extrême: « Notre Père, Je vous salue. Je crois en Dieu, Gloire au Père », récités au courant du chapelet, constituaient tout son savoir religieux. Après de tels détails, il est inutile d'ajouter qu'elle n'avait point fait sa première communion. C'était précisément pour l'y préparer et l'envoyer au catéchisme que les Soubirous venaient de la retirer du village perdu, habité par ses parents nourriciers, et de la prendre chez eux, à Lourdes, malgré leur excessive pauvreté.

Elle était depuis deux semaines rentrée au logis paternel. Préoccupée de son asthme, de sa frêle apparence, sa mère avait pour elle des soins particuliers. Tandis que les autres enfants de la famille allaient nu-pieds dans leurs sabots, celle-ci avait des bas dans les siens; tandis que sa sœur et ses frères couraient librement au dehors, elle était presque constamment utilisée à l'intérieur. L'enfant, habituée au grand air, eût aimé à sortir. Donc ce jour-là était le Jeudi Gras: onze heures avaient sonné, et ces pauvres gens n'avaient pas de bois pour préparer leur dîner. « Va en ramasser sur le bord du Gave ou dans les Communaux », dit la mère à Marie, sa seconde fille. De même qu'en bien des endroits, les indigents avaient, dans la commune de Lourdes, un menu droit de cueillette sur les branches desséchées que le vent faisait tomber Ides arbres, sur les épaves de bois mort que le torrent déposait et laissait parmi les cailloux du rivage. Marie chaussa ses sabots. L'aînée, celle dont nous venons de parler, la petite bergère de Bar très, la regardait d'un œil d'envie. « Permettez-moi de la suivre, dit-elle enfin à sa mère, je rapporterai, moi aussi, mou petit paquet de bois ». « Non, répondit Louise Soubirous: tu tousses, tu prendrais du mal ». Une jeune fille de la maison voisine, Jeanne Abadie, âgée d'environ quinze ans, était entrée sur ces entrefaites et se disposait également à aller à la cueillette du bois. Toutes ensemble insistèrent, et la mère se laissa fléchir. L'enfant avait en ce moment, comme c'est la coutume parmi les paysannes du Midi, la tête coiffée d'un mouchoir, noué sur le côté. Cela ne parut pas suffisant à la mère. « Prends ton capulet », lui dit-elle. Le capulet est un vêtement très-gracieux, particulier aux races pyrénéennes, et qui tient à la fois de la coiffure et du petit manteau; c'est une espèce de capuchon, en drap très-fort, tantôt blanc comme la toison des brebis, tantôt d'un rouge éclatant, qui couvre la tête et retombe en arrière sur les épaules jusqu'à la hauteur des reins. Le capulet de la petite bergère de Bartrès était blanc.

IV. Les trois enfants sortirent de la ville, et, traversant le pont, arrivèrent bientôt sur la rive gauche du Gave. Elles passèrent par le moulin de Savy et entrèrent dans file du Chalet, cherchant çà et là des débris de bois pour faire leur petit fagot. Elles descendaient peu à peu la prairie en suivant le cours du Gave. La frêle enfant que la mère avait hésité à laisser sortir cheminait un peu en arrière. Moins heureuse que ses deux compagnes, elle n'avait encore rien trouvé, et son tablier était vide, tandis que celui de sa sœur et de Jeanne commençaient à se garnir de menues branches et de copeaux. Vêtue d'une robe noire tout usée et raccommodée, son délicat visage encadré dans le capulet blanc qui recouvrait sa tête et retombait sur ses épaules, les pieds fermés dans ses grossiers sabots, elle avait une grâce innocente et rustique qui charmait le cœur plus encore que les yeux.

Elle était petite pour son âge. Bien que ses traits enfantins fussent un peu hâlés par le soleil, ils n'avaient rien perdu de leur délicatesse native. Ses cheveux, noirs et fins, paraissaient à peine sous son mouchoir. Son front, assez découvert, était d'une incomparable pureté de lignes. Ses sourcils bien arqués, ses yeux bruns, plus doux en elle que des yeux bleus, avaient une beauté tranquille et profonde, dont aucune passion mauvaise n'avait jamais troublé la limpidité magnifique. C'était l'œil simple dont parle l'Évangile. La bouche, merveilleusement expressive, laissait deviner dans l'âme un mouvement habituel de bonté et de compassion pour toute souffrance. La physionomie, douce et intelligente, plaisait; et tout cet ensemble possédait un attrait extraordinaire, qui se faisait sentir aux côtés les plus élevés de l'âme. Qu'était-ce que cet attrait, j'allais dire cet ascendant et cette autorité secrète en cette pauvre enfant ignorante et vêtue de haillons? C'était la plus grande et la plus rare chose qui soit en ce monde: la majesté de l'innocence.

Nous n'avons point encore dit son nom. Elle avait pour patron un grand Docteur de l'Église, celui dont le génie s'abrita plus particulièrement sous la protection de la Mère de Dieu, l'auteur du Memorare, « Souvenez-vous, ô très-pieuse Vierge Marie », l'admirable saint Bernard. Toutefois, suivant une habitude qui a sa grâce, ce grand nom donné à cette humble paysanne avait pris une tournure enfantine et champêtre. La petite fille portait un joli nom, gracieux comme elle: elle s'appelait Bernadette. Elle suivait sa sœur et sa compagne le long de la prairie du moulin, et cherchait, mais inutilement, parmi les herbes, quelques morceaux de bois pour le foyer de la maison. Telle devait être Ruth ou Noémi, allant glaner dans les champs de Booz.

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Prière pour demander l'esprit de simplicité et d'humilité

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

O Notre-Dame de Lourdes, ô Vierge Marie que Dieu voulut choisir pour épouse et pour mère dans le pauvre atelier d'un charpentier de village; Vous qu'il aima à cause de votre humilité profonde et de votre simplicité absolue; Vous dont le cœur maternel s'incline doucement vers ceux qui vous ressemblent et qui, du haut du Ciel où vous régnez dans la gloire, avez regardé d'un œil de prédilection cette violette cachée sous l'herbe, cette fleur perdue dans les bois, cette petite Bernadette ignorée de tous: ô trône vivant de la Sagesse éternelle! donnez-nous de comprendre enfin le néant de tout ce qui brille, le néant de tout ce dont le monde est épris, et la divine réalité de tout ce que dédaigne l'orgueil insensé des humains. O Vierge des Vierges, qui aviez à peine seize ans quand l'Ange Gabriel vous proclama o bénie entre toutes les femmes, et vous annonça que vous étiez élue pour être la Mère du Dieu trois fois Saint, ô très-pure Marie, qui avez gardé toute la vie la candide innocence du premier âge, obtenez-nous la grâce de nous pénétrer à jamais de cette parole de Notre-Seigneur, votre Fils: « En vérité, en vérité je vous le déclare, si vous ne devenez semblable à ces petits enfants, vous n'entrerez point dans le Royaume des Cieux ». Donnez-nous aussi d'aimer ceux que vous aimez vous-même: les pauvres, les humbles, les simples, et de vénérer dans leur personne les préférés du Seigneur, les futurs princes de son Royaume. Donnez-nous l'esprit de pauvreté, l'esprit d'humilité, l'esprit de simplicité: là seulement est la vie véritable, là est la paix de l'âme, là est la joie du cœur. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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29 avril 2012

Le Mois de Marie de Notre Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Veille du premier jour

Notre Dame de Lourdes

 

Dans les paroisses où l'ouverture du Mois de Marie ne se fait pas la veille, il faudra omettre cette lecture préparatoire et commencer par le premier jour. Dans ce cas cependant il sera bon de reporter à cette lecture du premier jour, le paragraphe du présent chapitre; en remplaçant Lien entendu le mot demain par celui d'aujourd'hui à la première et à la dernière ligne dudit paragraphe.

 

I. Nous inaugurerons demain les exercices du Mois de Marie. Quelle lecture ferons-nous durant ces trente et un jours, ces trente et un jours du beau mois des fleurs, consacrés à Celle qui a été, qui est et qui sera éternellement la fleur même de l'Humanité? En ces temps si tourmentés, si coupables et si malheureux, quel est le cœur qui n'a besoin d'espérance? quelle est l'âme qui n'a besoin de sentir que dans les profondeurs de l'invisible, la Providence de Dieu ne cesse d'être présente, et qu'elle veille toujours sur nous avec une maternelle sollicitude? Quel est l'esprit chrétien qui, malgré sa foi pleinement assurée, n'aime avoir surgir des preuves nouvelles, des preuves palpables et saisissantes de l'immuable vérité de notre sainte religion? Il n'est personne qui n'éprouve de tels désirs. Voilà pourquoi nous lirons cette année-ci le récit des récentes Apparitions de Marie, l'histoire des miracles que la très-auguste Mère de Dieu continue d'accomplir et qui seront pour nous la preuve, toute contemporaine, de ses grandeurs éternelles. Ce récit, cette histoire, ces preuves d'hier et d'aujourd'hui, nous les trouverons dans le livre que nous tenons en nos mains: « Notre-Dame de Lourdes, par M. Henri Lasserre ». Cet ouvrage a été résumé et divisé en trente et un chapitres pour être lu en l'honneur de la très-sainte Vierge durant les pieux exercices que nous commencerons demain.

 

II. Mais avant d'entrer dans la narration des faits surnaturels qui se sont passés à Lourdes, écoutons l'historien nous expliquer loyalement le point de vue où il s'est placé, la méthode qu'il a suivie, le but qu'il s'est proposé. Voici sa Préface: « A la suite d'une grâce signalée, dont le récit trouvera place dans le cours de ce livre, je promis, il y a quelques années, d'écrire l'histoire des événements extraordinaires qui ont donné lieu au Pèlerinage de Lourdes. Si j'ai eu le tort très-grave de différer longtemps l'exécution de ma promesse, j'ai mis du moins une conscience absolue à étudier avec un soin scrupuleux le sujet que je voulais traiter. En présence de l'incessante procession de visiteurs, de pèlerins, d'hommes, de femmes, de peuples entiers, qui viennent s'agenouiller devant une grotte déserte, entièrement ignorée il y a dix ans et que la parole d'une enfant a fait tout à coup considérer comme un sanctuaire divin; en voyant s'élever le vaste édifice que la foi populaire érige en cet endroit et qui coûtera près de deux millions, j'ai éprouvé le besoin, non-seulement de rechercher les preuves du fait surnaturel, mais encore d'examiner de quelle manière, par quel logique enchaînement de choses ou d'idées, la croyance s'en était universellement répandue.

Comment cela s'est-il produit? Comment un tel événement s'est-il accompli en plein dix-neuvième siècle? Comment le témoignage d'une ignorante petite fille sur un fait aussi extraordinaire, sur des Apparitions que personne autour d'elle n'apercevait, a-t-il pu trouver crédit et enfanter de si prodigieux résultats? Il y a des gens qui répondent d'un mot péremptoire à de telles questions, et le mot de « superstition s est très-commode pour cela. Pour moi, je ne suis pas si expéditif; et j'ai voulu me rendre compte d'un phénomène si en dehors du cours ordinaire des choses et si digne d'attention à quelque point de vue que Ton se place. Que le Miracle soit vrai ou qu'il soit faux; que la cause de ce vaste courant de peuples soit dans l'action divine ou dans l'erreur humaine, une semblable étude n'en est pas moins du plus haut intérêt. Je remarque cependant que les sectaires du Libre Examen se gardent bien de la faire. Ils préfèrent nier tout court. C'est à la fois et plus facile et plus prudent.

Je comprends tout autrement qu'eux l'inquiète recherché de la vérité. Si nier tout court leur parait simple, affirmer tout court me semblerait hasardé. J'ai vu des savants parcourir péniblement les sentiers ardus de la Montagne, afin de s'expliquer à eux-mêmes pourquoi tel insecte qui se trouve pendant l'été sur les sommets se rencontre pendant l'hiver dans les vallons. Cela est fort bien et je les loue. Je me dis toutefois que les grands mouvements humains, que les causes qui mettent en branle des multitudes immenses méritent, peut-être autant, d'occuper et d'exercer la sagacité de l'esprit. L'Histoire, la Religion, la Science, la Philosophie, la Médecine, l'analyse des divers ressorts de la nature humaine, ont un égal intérêt à cette curieuse étude. Cette étude j'ai voulu la faire complète.

Aussi ne me suis je contenté ni des documents officiels, ni des lettres, ni des procès-verbaux, ni des attestations écrites. J'ai voulu, autant que possible, tout connaître, tout voir par moi-même, tout faire revivre à mes yeux par le souvenir et le récit de ceux qui avaient vu. J'ai fait de longs voyages à travers la France pour interroger tous ceux qui avaient figuré, soit comme personnages principaux, soit comme témoins, dans les événements que j'avais à raconter, pour contrôler leurs récits les uns par les autres et parvenir de la sorte à une entière et lumineuse vérité. J'ai la confiance que, Dieu aidant, mes efforts n'ont pas été entièrement vains,

La vérité une fois connue, je l'ai écrite avec autant de liberté que si, comme le duc de Saint-Simon, j'eusse fermé ma porte et raconté une histoire destinée à ne paraître que dans un siècle. J'ai voulu tout dire tant que les témoins sont encore vivants; j'ai voulu donner leurs noms et leur demeure, pour qu'il fût possible de les interroger et de refaire, afin de contrôler mon propre travail, l'enquête que j'ai faite moi-même. J'ai voulu que chaque lecteur pût examiner par lui-même mes assertions, et rendre hommage à la Vérité si j'ai été sincère; j'ai voulu qu'il pût me confondre et me déshonorer si j'ai menti. Étudier les faits non-seulement dans leur écorce extérieure, mais dans les délicatesses de leur physionomie et dans leur vie cachée; rechercher, avec une attention constamment en éveil, le lien souvent lointain, souvent inaperçu tout d'abord, qui les unit; comprendre et exposer clairement leur cause, leur origine, leur génération; surprendre et voir agir, dans des profondeurs qu'on tente d'éclairer, les lois éternelles et les harmonies merveilleuses de l'ordre miraculeux: tel est le but que j'ai eu la hardiesse de concevoir.

Avec une telle pensée, aucune circonstance n'était indifférente et ne devait être négligée. Le moindr8 détail pouvait contenir une lumière et permettre de prendre, si je puis ainsi parler, la main de Dieu en flagrant délit. De là, mes recherches; de là, la forme, très-différente du style habituel des histoires officielles, qu'a prise de lui-même mon récit; de là, tant dans la relation des Apparitions que dans celle des guérisons miraculeuses, ces portraits, ces dialogues, ces paysages, ces circonstances d'heure et de lieu, ces constatations du temps qu'il faisait; de là, ces mille détails qui m'ont coûté tant de peine à relever, mais qui m'ont donné, à mesure que je les recueillais pieusement, l'indicible joie de voir par moi-même, de goûter et de sentir, dans tout le charme d'une découverte à peine soupçonnée à l'avance, l'harmonie profonde des oeuvres qui viennent de Dieu.

Cette joie, j'essaye de la communiquer à mes lecteurs, à mes amis, à ceux qui sont curieux des secrets d'en haut. Quelques-uns de ces détails arrivent parfois avec un si merveilleux à-propos, que le lecteur habitué aux dissonances de ce monde, pourrait soupçonner le peintre d'avoir mis de la complaisance dans son tableau. Mais Dieu est un artiste qui n'a pas besoin qu'on invente pour lui. Les œuvres surnaturelles qu'il daigne accomplir ici-bas sont parfaites par elles-mêmes. Les copier fidèlement, ce serait rencontrer l'idéal. Mais qui peut les copier de la sorte? Qui peut les voir dans toute leur beauté et leur harmonie? Qui n'a la vue troublée? Qui peut pénétrer tous les secrets de ces humbles et grandes choses? Personne, hélas! Presque tout nous échappe et nous ne faisons qu'entrevoir. Je viens d'oser dire ce que j'eusse voulu faire. Le lecteur seul verra ce que j'ai fait.

 

III. À peine ce livre fut-il entre les mains du public que plus de soixante Evêques de France l'honorèrent des approbations les plus explicites, et que, sur sa lecture, Notre Très-Saint-Père le Pape Pie IX reconnut par un acte signé de sa main, la vérité des Apparitions et des Miracles de la Sainte Vierge à la Grotte de Lourdes. Il adressa à l'auteur le Bref suivant, que nous allons lire et écouter debout, par respect pour la parole du représentant de Jésus-Christ.

 

Bref de Sa Sainteté Pie IX, Pape,

A son bien-aimé fils, Henri Lasserre.

 

Bien-aimé Fils, salut et bénédiction apostolique.

 

Recevez Nos félicitations, bien cher Fils. Gratiné jadis d'un insigne bienfait, vous venez, scrupuleusement et avec amour, d'accomplir le vœu que vous aviez fait: vous venez d'employer vos soins à prouver et à établir la récente Apparition de la très-clémente Mère de Dieu; et cela d'une telle manière que la lutte même de l'humaine malice contre la miséricorde divine sert précisément à faire ressortir avec plus de force et d'éclat la lumineuse évidence du fait.

 

Dans l'exposition que vous faites des événements, leur trame et leur enchaînement, tous les hommes pourront voir clairement et avec certitude comment notre très sainte Religion tourne et aboutit au véritable avantage des peuples; comment elle comble de biens non-seulement célestes et spirituels, mais encore temporels et terrestres. tous ceux qui accourent à elle. Ils pourront voir comment, même en l'absence de toute force matérielle, cette Religion est toute-puissante à maintenir l'ordre; comment, parmi les multitudes émues, elle sait contenir dans de sages limites l'emportement et l'indignation, même justes, des esprits agités. Ils pourront voir enfin comment le Clergé coopère par ses loyaux efforts et par son zèle à de tels résultats, et comment, bien loin de favoriser la superstition, il se montre infiniment plus lent et plus sévère que tout le monde quand il s'agit de porter ua jugement sur des faits qui semblent surpasser les forces de la nature.

 

Avec une non moins vive lumière, votre récit rendra manifeste cette vérité, que l'impiété déclare tout à fait en vain la guerre à la Religion, et que les méchants tentent très-inutilement d'entraver par des machinations humaines les divins conseils de la Providence, la perversité des hommes et leur coupable audace servant au contraire de moyen à la Providence pour donner à ses œuvres plus de puissance et plus de splendeur.

 

Telles sont les raisons qui nous ont fait accueillir avec la plus vive joie votre livre intitulé: « Notre-Dame de Lourdes ». Nous avons foi que Celle qui, de toutes parts, attire vers Elle, par les miracles de sa puissance et de sa bonté, des multitudes de pèlerins, veut également se servir de votre livre pour propager plus au loin et exciter envers Elle la piété et la confiance des hommes, afin que tous puissent participer à la plénitude de ses grâces. Comme gage de ce succès que Nous prédisons à votre œuvre, recevez Notre bénédiction apostolique, que Nous vous adressons bien affectueusement en témoignage de Notre gratitude et de Notre paternelle bienveillance.

 

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 4 septembre 1869, de Notre Pontificat l'an 24.

Pie IX, Pape.

 

Le Ciel a ratifié la parole de son Pontife. Dieu a béni ce livre, traduit aujourd'hui dans presque toutes les langues et répandu dans tout l'univers. La sainte Vierge a daigné s'en servir pour attirer à Lourdes des pèlerinages immenses, des malades qu'elle a guéris, des incroyants qu'elle a convertis. Avec une ferme espérance, prions-la de vouloir Lien s'en servir également au milieu de nous pour produire des effets aussi excellents. Mais avant toute invocation, que la première prière que nous allons lui adresser soit pour le Père bien-aimé de l'Eglise universelle, Notre Très-Saint-Père le Pape Pie IX.

 

Prière pour le Pape

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

O très-sainte Vierge, qui avez enfanté le Soleil de Justice et donné à la Terre le Dieu du Ciel, protégez à jamais celui qui représente ici-bas votre Fils: protégez Notre Saint-Père le Pape, vicaire terrestre de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Soutenez-le contre les hommes de ténèbres, qui s'efforcent de le renverser, parce qu'il est le candélabre sacré qui porte et qui présente aux regards de tous la Lumière même du Monde. Marie, engendrée sans péché, soyez la gardienne toute-puissante de cette Chaire infaillible, qui a proclamé comme un dogme votre Immaculée Conception et fait entrer dans les trésors inviolables de l'Église cette vérité que croyait déjà dans tous les siècles et dans tous les pays, la foi filiale du peuple chrétien. Notre-Dame de Lourdes, si féconde en miracles, protégez, de cette main à qui rien ne peut résister, protégez ce Siège de Rome qui a reconnu en notre siècle la vérité de vos Apparitions, de ces glorieuses Apparitions, dont nous allons, entendre l'histoire. Bénissez le Pasteur, ô notre Mère ! bénissez le Pasteur, c'est le cri du troupeau! Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

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24 avril 2012

Le Mois de la Passion de Jésus 4/4

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Le Mois de la Passion de Jésus

« Regardez et voyez s'il une douleur semblable à ma douleur ».

 

Vingt-cinquième jour

« Voilà votre Fils, voilà votre Mère »


Réflexions pratiques

 

Considérez, ô mon âme, que Jésus, ayant épuisé tous les trésors de Son Amour, il ne Lui restait plus sur la terre qu'une Mère affligée, Il nous la donne dans la personne de Saint Jean: « Voilà votre Mère ». Recevez avec reconnaissance cette preuve si sensible de la bonté de Jésus, et croyez qu'il ne pouvait vous laisser, en mourant, un plus précieux héritage. Marie vit bien qu'en acceptant Saint Jean pour son fils, Elle adoptait tous les hommes pour ses enfants; dès lors, Elle reçoit un cœur de Mère pour les pécheurs, Elle les regarde comme des enfants de douleur qu'elle a engendrés au pied de la Croix. Aimez une si bonne Mère, et montrez, par vos paroles et vos actions, que vous êtes Son fils.

 

Prière

 

O Marie, Médiatrice de la paix entre Dieu et les hommes, notre asile et notre espérance, Jésus scella de Son Sang sur la Croix le testament de réconciliation et de grâce qui nous donne droit au ciel; et c'est vous qui fûtes la coopératrice à ce grand ouvrage seul digne d'un Dieu. Ah! si notre perfidie pouvait refroidir Votre Amour pour nous, rappelez-vous le Calvaire: c'est là, ô Reine de douleur, que notre Sauveur, près d'expirer, nous mettant à sa place, par un excès de charité incompréhensible, nous donna à vous pour fils dans la personne de Saint Jean: « Femme, voilà vos enfants, ils vous appartiennent, ils sont le fruit de vos angoisses et de vos douleurs; élargissez vos entrailles maternelles pour les recevoir, Je ne vous ai rendue toute-puissante, qu'afin de les gagner par Vous à Mon Divin Cœur ». Des recommandations si pressantes, de la part d'un fils bien-aimé qui meurt, ne sauraient échapper de la mémoire d'une Mère; non, ma Sainte Mère, Vous ne pouvez nous laisser orphelins, à la vue d'une Charité sans exemple. Ah! si quelque chose pouvait tempérer nos douleurs dans ces jours de deuil, ce seraient surtout les desseins de prédilection que Jésus a eus sur nous en Vous remplissant de tendresse pour Vos enfants. Vous les appelez à Vous par la suavité de Vos caresses, Vous les réchauffez avec joie dans Votre Cœur plein d'Amour. Tant de bonté, ô Marie, Vous a conquis nos cœurs; nous sommes prêts à Vous obéir, à Vous aimer, à Vous vénérer; et notre plus grand bonheur c'est de Vous appartenir comme enfants d'une famille dont Vous êtes l'ornement et la gloire.

 

Pratique : De temps en temps, pendant la journée, jetez les yeux sur l'image de Jésus crucifié, et baisez la avec un tendre amour. Faites dévotement le chemin de la croix. (Indulgence plénière).

 

Aspiration : Seigneur Jésus, vous m'avez aimé jusqu'à mourir pour moi ; faites que je vous aime au moins jusqu'à vivre pour vous.

 

Vingt-sixième jour

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? »

 

Réflexions pratiques

 

Considérez ô mon âme, que Jésus, ne trouvant sur la terre personne qui le consolât dans de si affreux tourments, s'adressa à son Père pour lui demander quelque soulagement; mais le Père éternel qui voyait son fils couvert de la robe du pécheur, employa sa toute-puissance pour faire dans le Cœur de Jésus une profonde impression de douleur et d'angoisse. Alors le Sauveur, qui avait toujours souffert, sans se plaindre, proféra ces paroles: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? » Comprenez de là quel était l'excès de sa douleur et de sa tristesse intérieure, et combien vous aimait un Dieu qui mourait privé de toute consolation, pour vous consoler au moment de votre mort.

 

Prière

 

O Jésus! véritable consolateur des affligés, dans quel nouvel abîme de souffrances je vous vois plongé! Personne ne prend part à vos douleurs, personne ne vous console dans votre abandon universel. Le ciel parait d'intelligence avec la terre pour vous délaisser entièrement En vain vous vous plaignez à votre Dieu en des termes capables d'attendrir les rochers; il est sourd à vos soupirs et à vos plaintes. C'est encore votre amour, ô mon doux Sauveur! qui vous a réduit à ce cruel abandon: oui, c'est votre amour, votre seul amour qui vous a fait souffrir cet excès de désolation et de tristesse, sans assistance, sans secours, sans consolation. J'ai attendu que quelqu'un prit part à ma douleur, et personne ne l'a fait; j'ai attendu que quelqu'un me consolât, mais je n'ai trouvé personne. Cette mer de douleurs et d'amertumes dans laquelle vous mourez me donne l'espérance que je ne serai point abandonné de vous. Il est vrai, Seigneur Jésus, que je mérite, non pas que vous me consoliez, mais que vous me laissiez pauvre et désolé: car je vous ai souvent abandonné moi-même. Si telle est votre volonté, frappez, mon Dieu, je suis entre vos mains, et je m'incline sous votre verge; je ne refuse pas la part du calice, mais, ô Saint délaissé! ne m'abandonnez pas; envoyez-moi votre Ange qui me réconforte et me soutienne, ou plutôt venez me consoler vous-même dans mes peines, et surtout dans les angoisses de ma dernière agonie.

 

Pratique : De temps en temps, pendant la journée, jetez les yeux sur l'image de Jésus crucifié, et baisez la avec un tendre amour. Faites dévotement le chemin de la croix. (Indulgence plénière).

 

Aspiration : Seigneur Jésus, vous m'avez aimé jusqu'à mourir pour moi ; faites que je vous aime au moins jusqu'à vivre pour vous.

 

Vingt-septième jour

« J'ai soif »


Réflexions Pratiques

 

Considérez, ô mon âme, que l'abondante effusion de sang, que Jésus avait soufferte, excita en lui une soif brûlante: « J'ai soif ». Aussitôt ses cruels bourreaux lui appliquent à la bouche une éponge pleine de vinaigre: « Ils m'ont donné du fiel pour ma nourriture; et dans ma soif ils m'ont présenté du vinaigre à boire ». Ceux-là donnent aussi du vinaigre à Jésus, qui passent les premières années de leur vie dans l'assouvissement de leurs passions, et consacrent à Dieu les tristes restes d'une vie épuisée. La véritable soif du Sauveur, c'est le désir de votre salut. Soulagez cette soif ineffable en travaillant avec crainte à votre sanctification.

 

Prière

 

Mon cher Jésus, il n'est point de douleur que vous n'ayez soufferte pour la guérison de nos maux; vous avez voulu accumuler sur votre corps souffrances sur souffrances, afin de nous donner des marques toujours nouvelles de votre amour. Vous avez soif, et ils vous donnent du fiel et du vinaigre! Quoi! vous êtes la fontaine dont les eaux vives et fortifiantes jaillissent jusqu'à la vie éternelle; vous avez donné à la Samaritaine cette eau délicieuse et abondante qui éteint pour toujours la soif des passions mondaines, et qui excite une sainte avidité pour les biens célestes; et dans la soif ardente qui vous consume, ils vous présentent un breuvage amer plus propre à vous déchirer les entrailles qu'à vous rafraîchir. Vous souffrez une autre soif, ô Jésus! et vous la souffrirez jusqu'à la consommation des siècles: c'est le désir du salut des hommes, lequel ne sera satisfait que lorsque vous les aurez reçus dans votre royaume éternel. Mais hélas! les insensés ne cessent de vous abreuver de fiel et de vinaigre; ils se sont éloignés de vous, préférant les plaisirs trompeurs de Babylone au bonheur plus vrai de la Jérusalem céleste. Ne permettez pas, mon Seigneur, qu'ils abusent plus longtemps de votre Sang très précieux, et qu'ils ferment l'oreille à la voix de vos souffrances. Sauvez les pécheurs: que ce soit là le premier fruit de cette soif que vous avez soufferte sur la croix et votre plus douce récompense pour les traits si multipliés de votre amour pour nous.

 

Pratique : De temps en temps, pendant la journée, jetez les yeux sur l'image de Jésus crucifié, et baisez la avec un tendre amour. Faites dévotement le chemin de la croix. (Indulgence plénière).

 

Aspiration : Seigneur Jésus, vous m'avez aimé jusqu'à mourir pour moi ; faites que je vous aime au moins jusqu'à vivre pour vous.

 

Vingt-huitième jour

« Tout est consommé »

 

Réflexions pratiques

 

Considérez, ô mon âme, que Jésus sur la croix dit d'une voix mourante: « Tout est consommé, l'œuvre de votre rédemption est achevée, la justice divine est satisfaite, le paradis est ouvert, je n'ai plus qu'à mourir ». Tout est-il consommé pour vous? Avez-vous fait tout ce que le Seigneur vous a commandé ? Que vous serez heureuse à la mort, si > après avoir imité l'humble résignation de votre divin Maître, vous pouvez dire: « Tout est consommé », et ajouter avec Saint Paul: « J'ai combattu un bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi; au reste» la couronne de justice m'est réservée, et le Seigneur, juste juge, me la donnera! »

 

Prière

 

Mon Sauveur, tout est consommé! la rage et la fureur des bourreaux, vos travaux, vos souffrances et vos humiliations, la mission que vous avez reçue de votre Père, l'iniquité des Juifs, la colère de Dieu contre les pécheurs, votre charité pour les élus, l'œuvre de notre rédemption, les figures et les prophéties, vous avez tout accompli. Oui, tout est consommé de votre part: vous n'avez plus rien à souffrir pour notre salut, et vous avez employé toute votre vie à l'œuvre que Dieu vous avait confiée. Puis-je dire tout est consommé: j'ai fait la sainte volonté de Dieu sur la terre, en m'appliquant à l'œuvre particulière qu'il m'a donnée à faire, j'ai fait tout ce qu'il m'a commandé? Heureuse l'âme qui peut se rendre ce consolant témoignage, et qui, purifiée par le feu de la tribulation et de la douleur, jette un dernier regard sur cette terre qu'elle abandonne, et prend son essor vers le ciel, après avoir consommé, par la patience, tout ce qui la retenait dans cette vie de misère et de péché. Au moins, ô Jésus! accordez-moi la grâce de vous aimer et de vous servir avec plus de ferveur: achevez l'ouvrage de ma sanctification que votre miséricorde a commencé, afin que je puisse dire, à l'heure de ma mort, que tout est consommé selon vos desseins, afin que vous me consommiez vous-même dans l'unité divine, selon la parole que vous en avez donnée à vos Apôtres, après leur avoir distribué le Sacrement de l'unité et de la consommation chrétienne.

 

Pratique : De temps en temps, pendant la journée, jetez les yeux sur l'image de Jésus crucifié, et baisez la avec un tendre amour. Faites dévotement le chemin de la croix. (Indulgence plénière).

 

Aspiration : Seigneur Jésus, vous m'avez aimé jusqu'à mourir pour moi ; faites que je vous aime au moins jusqu'à vivre pour vous.

 

Vingt-neuvième jour

« Mon Père, je remets mon âme entre vos mains »

 

Réflexions pratiques

 

Considérez, ô mon âme, que la tête vénérable de Jésus se penche, ses yeux, qui avaient été la consolation des affligés, commencent à se fermer, ses lèvres, d'où sortaient les paroles de la vie éternelle, deviennent froides et livides. Toutefois fortifié par sa propre vertu, il lève la tète, il ouvre les yeux et, les tenant attachés au ciel: « Mon Père, s'écrie-t-il, je remets mon âme entre vos mains ». Recueillez, avec un profond respect, ces dernières paroles de votre Sauveur, conservez-les précieusement, afin que vous puissiez les lui rendre tous les jours, avant votre repos et à l'heure de votre mort, avec un cœur brûlant d'amour.

 

Prière

 

Mon Père, mon aimable Père, je connais la mansuétude et la bonté de votre cœur: aussi, je me jette dans le sein et dans les bras de votre divine miséricorde, je m'abandonne avec une confiance pleine d'amour à votre adorable volonté: si elle paraît amère à ma faiblesse, votre grâce rendra léger un moment de souffrances qui sera suivi d'un poids éternel de gloire. Le soin de ma dépouille mortelle m'inquiète peu: car je sais que vous ranimerez ma poussière par le souffle de votre puissance. Mais, pour mon âme, ô mon Père! que vous avez créée à votre image, et qui soupire ardemment après le bonheur de vous voir et de vous posséder, je désire la remettre entre vos mains sacrées, dans lesquelles seules elle trouvera le repos et la sécurité. Ah! si je vivais, comme le doit faire un fils qui rend à son père l'amour, le respect et l'obéissance qu'il lui doit, avec quel pieux empressement je conserverais mon âme pure et simple comme la colombe, pour la rendre agréable à vos yeux et digne de vous être remise! mais n'est-ce pas à vous, mon Dieu, qu'il appartient de purifier et de sanctifier mon âme, mon esprit, mon cœur, ma volonté? Disposez de moi, selon votre bon plaisir; car, dès maintenant et toujours, je veux m'abandonner à vous sans réserve; tous les jours de ma vie, avant de prendre mon repos, et aussi à ma dernière heure, je veux vous dire avec amour: « Mon Père, je remets mon âme entre vos mains ».

 

Pratique : De temps en temps, pendant la journée, jetez les yeux sur l'image de Jésus crucifié, et baisez la avec un tendre amour. Faites dévotement le chemin de la croix. (Indulgence plénière).

 

Aspiration : Seigneur Jésus, vous m'avez aimé jusqu'à mourir pour moi ; faites que je vous aime au moins jusqu'à vivre pour vous.

 

Trentième jour

A trois heures, Jésus expire sur la Croix

 

Réflexions pratiques

 

Considérez, ô mon âme, que Jésus, laissant échapper de son Cœur affligé un profond soupir et baissant la tète, en signe de soumission, expira par la force de la douleur, et remit son âme entre les mains de Dieu son Père. Jésus est mort; Jésus, le fils de Dieu, l'auteur de la vie, est mort sur une croix, comme un malfaiteur, entre deux scélérats: quelle mort après une telle vie! Votre Jésus est mort, et c'est pour vous qu'il est mort: que rendrez-vous au Seigneur pour un si grand bienfait? Ah! si vous aimez Jésus, vous pleurerez sa mort par les larmes de la componction, vous mourrez vous-même de douleur et d'amour, à la vue d'un Dieu que vos péchés ont attaché à la croix et mis à mort.

 

Prière

 

O Jésus, mon Sauveur, Vous êtes mort pour réparer l'honneur de Dieu outragé par le péché, pour m'arracher à l'enfer et m'ouvrir le ciel. Un Dieu mort sur une croix pour sa créature: je ne comprendrai jamais ce profond, ce sublime mystère, si je n'apprends auparavant quelle est la puissance de l'amour. Faites-moi, je vous prie, comprendre toute la grandeur de la charité qui vous a porté à mourir pour moi, afin que je n'aime plus que vous seul, et que je vous rende la reconnaissance que je vous dois pour une mort si glorieuse à Dieu et si salutaire à mon âme. Que puis-je faire, Seigneur, sinon d'adorer, dans une sainte frayeur, ce terrible mystère, de vous offrir tout ce que j'ai de volonté, de vie et d'affection, pour vous être consacré par tel genre de mort qu'il vous plaira de m'envoyer? Si je ne puis mourir pour vous, qui avez daigné mourir pour moi; s'il ne m'est pas accordé de vous donner mon sang et ma vie par la main des bourreaux, j'accepte au moins avec résignation la mort que vous m'avez destinée, et j'espère de votre miséricorde que vous la rendrez sainte, bonne et heureuse. Il est vrai, ô Jésus! que vous m'avez racheté de votre sang, mais à quoi me servirait ce sang précieux, si je me damnais misérablement? Non, vous ne permettrez pas que je me perde, et que je sois éternellement séparé de vous ; mais vous daignerez recevoir dans vos mains ma pauvre âme, comme votre Père reçut votre âme bienheureuse, l'accueillir avec bonté et l'introduire dans votre royaume céleste.

 

Pratique : De temps en temps, pendant la journée, jetez les yeux sur l'image de Jésus crucifié, et baisez la avec un tendre amour. Faites dévotement le chemin de la croix. (Indulgence plénière).

 

Aspiration : Seigneur Jésus, vous m'avez aimé jusqu'à mourir pour moi ; faites que je vous aime au moins jusqu'à vivre pour vous.

 

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Fin du Mois de la Passion de Jésus

 

Prochain Mois de dévotion, Mois de Marie de Notre Dame de Lourdes