02 mai 2011

Mois de Notre Dame de la Salette

Mois de Notre Dame de la Salette

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Troisième jour

Description et portrait de Notre Dame de La Salette

 

Les bergers témoins de l'apparition, ont pris soin de nous tracer eux-mêmes le portrait de Notre Dame de la Salette: le voici, tel que nous le trouvons dans leur récit, leurs lettres et conversations: « « Tout à coup, disent les enfants, une grande clarté s'est ouverte, et nous avons vu une belle dame dans cette clarté!... Elle avait une coiffure blanche, brillante, argentée, transparente d'or, haute et arrondie au sommet, légèrement inclinée en avant. Au dessus, et tout autour, était posée une couronne de roses blanches, rouges et bleues; de tous côtés s'élevaient de petites fleurs d'or, du milieu desquelles jaillissaient des flammes de lumière: entre chaque branche de fleur, se trouvait une branche de brillants: ces branches formaient des tiges, les autres, des paillettes ou des étoiles, et tous ces ornements étaient resplendissants. La coiffure de la Vierge descendait sur le cou, et cachait entièrement les cheveux et les oreilles; les traits de Marie étaient allongés, et son visage céleste, d'une blancheur et d'une beauté admirables, exprimait la douceur, la bonté, et brillait d'un éclat merveilleux. Elle avait un fichu blanc, croisé sur la poitrine, dont les deux bouts, liés par un simple nœud, croisaient sur le dos; ce fichu, et la robe dont Marie était revêtue, montaient très-haut, et cachaient presque entièrement le cou; une guirlande formée de roses semblables à celles de la couronne, bordait tout le fichu ; une large chaîne d'or tout uni, sans dessin ni anneaux, était posée le long de cette guirlande; une chaîne pareille, mais plus petite, tenait un crucifix d'or, avec un christ très-brillant; au côté droit de ce crucifix, étaient suspendues des tenailles, et au côté gauche, un marteau, tout autant d'instruments de la Passion. La robe de la Vierge était d'une blancheur virginale, semée de paillettes d'or, d'un grand éclat; sa chaussure était blanche aussi, surmontée d'une boucle en or, et entourée de roses, plus petites que celles de la couronne, mais de même couleur: et du milieu de toutes les roses que portait la Vierge, dit Mélanie, sortaient des flammes de lumière et d'or le plus beau, qui s'élevaient comme de l'encens, et venaient se mêler à la lumière qui environnait sa Protectrice... » Enfin, un tablier uni, presque aussi long que la robe, d'un tissu léger et tout brillant, complétait ce portrait descriptif de Notre Dame de la Salette. Il faut en convenir, à défaut d'autres témoignages, l'étude de la parure de la Vierge des Alpes, serait, à elle seule, une preuve de l'apparition. D'où serait venue, à deux pauvres bergers, ignorants et grossiers, la pensée de revêtir leur héroïne de formes si humbles, si mystérieuses?... et au contraire, quel imposteur ne se fût pas gardé de donner à Marie une parure sous laquelle la Sainte Vierge n'a jamais été représentée dans le passé, dans aucun tableau, par aucune statue! Les formes symboliques de la Vierge de la Salette n'ont donc pu être imaginées que par un être surnaturel, et cet être surnaturel, c'est Marie elle-même!

 

Réflexions

 

Deux points fixent ici notre attention: le symbolisme de cette parure, les analogies de cette description de la Vierge de la Salette, de tous points conformes au portrait que les Pères de l’Église nous ont laissé de Marie. Premièrement, la charité remplit l'âme de Marie; c'est sous son inspiration qu'Elle apparaît à la Salette; cette vertu est symbolisée par l'or qui éclate en toute sa personne, et dont Elle voudrait voir parées toutes nos âmes. La blancheur de ses vêtements rappelle son innocence parfaite, qu'elle voudrait donner en apanage à tous ses enfants. Les roses, emblème de virginité, couronnent sa tète, et les couleurs qui les diversifient, nous redisent ses vertus : le blanc nous prêche sa pureté sans tache; le ronge, sa charité parfaite; le bleu, l'ensemble de toutes ses vertus; le bleu, en effet, rappelant l'idée du ciel, patrie de toutes les vertus, symbolise leur réunion au cœur de Marie; enfin, le corps très-pur de Marie, semblable à un astre resplendissant, se mouvait dans une atmosphère lumineuse et tranquille: cette clarté très brillante, c'est le rejaillissement de son âme glorifiée: la clarté d'un corps glorieux, dit saint Augustin, dérive de la clarté de son âme; jugeons dès lors combien devait être resplendissant le corps .immaculé de la Mère de Dieu!... Deuxièmement, au témoignage des Pères de l’Église, la taille de Marie dépassait la grandeur moyenne: La Dame apparue aux bergers de la Salette était plus grande que toutes celles qu'ils eussent jamais vues. La figure de Marie, selon la tradition, n'était pas ronde, mais allongée ; sur l'affirmation de Mélanie, la Vierge de la Salette avait aussi les traits allongés. Aucune fierté, disent les Pères, n'apparaissait dans les traits de Marie, mais la simplicité, la candeur; rien ne sentait la mollesse, ses regards et ses paroles respiraient la douceur: son langage, dit saint Jean de Damas, était agréable, parce qu'il découlait de sa belle âme!... d'après les enfants de la Salette, les yeux de Marie exprimaient la douceur; son regard était si bon, disent-ils, si affable, qu'il les attirait vers Elle malgré eux; sa voix était si attrayante, qu'Elle leur faisait l'effet d'une musique incomparable!... Et pour l'extérieur, le corps de Marie, dit saint Ambroise, était le tableau de son âme; c'était l'image de la vertu ; son aspect, comme son âme, resplendissait d'une beauté angélique: Elle avait, dit le saint docteur, tant d'innocence et de sainteté, qu'Elle répandait la pureté dans le cœur de ceux qui la regardaient. Il était impossible de porter les yeux sur Elle, sans avoir des sentiments et des inclinations pour la chasteté! Et tel est l'effet produit en l'âme, devant la statue qui a su donner à Notre-Dame de la Salette, sa véritable expression; il s'échappe de ses traits, de tout son corps, une beauté si douce, si pure, que l'âme est saisie, et que le cœur tout ému, se sent poussé à l'amour et à la pratique de la plus belle de toutes les vertus!...

 

Pratique : Nous efforcer de pratiquer toujours, dans nos pensées, nos paroles, nos relations, nos lectures, la charité, la pureté, qui sont for de la vertu, et que nous prêchent aujourd'hui les formes symboliques de Notre-Dame de la Salette: supplier Marie d'obtenir à notre âme la céleste parure de ces vertus, qui donneront aux enfants quelques traits de ressemblance avec leur divine Mère!

 

Guérison d'un enfant, racontée par sa mère

 

Le fait suivant, arrivé au mois de novembre 1852 à L... (Ardèche), est dû à la protection bien visible de Notre Dame de la Salette qui, sous ce vocable, voulait opérer elle-même celte guérison. Pour plus d'exactitude, laissons parler cette pieuse mère: « Mon petit Charles, né le 15 juillet 1851, fut atteint l'année suivante d'une inflammation qui fut déclarée grave à son début. L'enfant dépérissait à vue d'œil, et bientôt on s'aperçut d'une déviation dans la taille; son corps décrivait une courbe de côté et se repliait sur lui-même; des palpitations presque incessantes, d'abondantes hémorragies l'avaient réduit à un état de faiblesse extrême. Trois médecins furent appelés, ils pensaient que la carie avait atteint les os, tous avaient jugé que la maladie était incurable et avaient prononcé hautement que l'enfant ne survivrait pas si jeune à tant de souffrances. Quatre mois se passèrent, le pauvre enfant s'affaiblissait progressivement, on décida une nouvelle consultation, à laquelle devait s'adjoindre un quatrième médecin; le jour était fixé pour le lundi 11 novembre. Le samedi 9 novembre, vers minuit, je lui dis: « Mon enfant, il faut demander à la Sainte Vierge de te guérir, je te conduirai à Notre Dame du Bon Secours ». Il répondit: « Je veux celle de la Salette ». « Eh bien, mon ami, répète: « Sainte Vierge de la Salette, guérissez-moi! ». L'enfant obéit et répéta ces mêmes paroles. Je promis alors qu'il porterait un an de plus le bleu et le blanc (l'enfant avait été voué avant sa naissance), et que je le conduirais à Notre-Dame de la Salette après sa première communion. Il s'endormit, et à son réveil il me dit: « Maman, je suis guéri; la Sainte Vierge m'a guéri; je l'ai vue toute en or et toute en fleurs ». Je ne pouvais croire à tant de bonheur. L'enfant se rendormit jusqu'au matin. Son père entra dans sa chambre. Lorsqu'il se réveilla, le petit Charles en le voyant s'écria : « Papa, je n'ai plus de mal, la Sainte Vierge m'a guéri ». M. L... que je n'avais pas encore vu, fut étonné de ce langage. A partir de ce moment, l'enfant alla toujours de mieux en mieux; il reprit des forces nouvelles; un mois après, il était bien portant et très droit. Les médecins ont été stupéfaits. Je racontai à monsieur le curé le prodige dont je venais d'être témoin. Monsieur le curé vint, portant à l'enfant une image de Notre-Dame de la Salette qu'il n'avait jamais vue: « Vois, mon petit, la belle image, lui dit monsieur le curé, c'est Notre-Dame du Bon-Secours ». L'enfant répondit avec assurance: « Ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai, monsieur le curé; c'est Notre-Dame de la Salette, je la connais ». L'enfant persista à dire qu'il avait vu la Sainte Vierge toute en or et toute en fleurs. Charles est aujourd'hui dans sa seizième année, et il n'a pas perdu de vue cette heureuse vision, il a conservé toujours une dévotion particulière à Notre-Dame de la Salette. Daigne cette bonne Mère obtenir à mon enfant la grâce d'être un jour un zélé serviteur de Dieu. (Annales de Notre-Dame de la Salette.)

 

Prière

 

O Notre Dame de la Salette, vous voici, sur la chaîne des Alpes, volant en quelque sorte, comme autrefois votre divin Fils, à une nouvelle conquête des âmes: et pour y mieux réussir, vous vous montrez à vos enfants, parée de l'or de la terre, des couleurs brillantes du firmament, et de l'éclat éblouissant de toutes les séductions célestes!... ô Mère, brisez en moi, sans égard pour ma faiblesse, tout obstacle à votre action maternelle! je sais trop, qu'en gagnant mon âme, vous ne ferez pas une précieuse conquête... elle est si oublieuse de ses devoirs, si inconstante dans ses résolutions, si ardente au mal, si lâche à la pratique du bien!... Mais, si vous daignez, ô Mère, abaisser sur sa misère, un regard de protection, elle sera moins indigne de vous, et aidée par votre grâce, elle voudra se parer de quelques-unes de vos vertus, et présenter à votre divin Fils, au jour du jugement, un cœur imparfait sans doute, mais qui s'est efforcé du moins d'imiter sa Mère, en suivant de loin en loin et d'un pas trop inégal, les traces de la belle vertu, qui mène sûrement au ciel. Ainsi soit-il.

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01 mai 2011

Mois de Notre Dame de la Salette

Mois de Notre Dame de la Salette

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Deuxième jour

Apparition de la Sainte Vierge à La Salette

 

L'apparition dont nous allons méditer pendant ce mois le récit et les enseignements, eut lieu le 19 septembre 1846. C'était le dernier jour des Quatre Temps, un samedi, veille, cette année-là, de la fête de Notre-Dame des Sept Douleurs, et à l'heure des premières vêpres, c'est-à-dire au moment même où l’Église chantait, dans son office, ces paroles: « Oh! de quelle abondance de larmes est inondée la Vierge Mère! Quelle angoisse! Quelle douleur !... » Cet événement extraordinaire se passait sur une montagne des Alpes, dans une paroisse nommée La Salette, canton de Corps, diocèse de Grenoble: Maximin Giraud et Mélanie Calvat, enfants de douze et treize ans, et qui s'étaient vus la veille pour la première fois, arrivaient ensemble à la suite de leurs troupeaux, sur le versant méridional de cette chaîne de montagnes: à l'heure de midi, que les deux petits bergers reconnurent au son de l'Angélus, ils se munirent de leurs provisions et allèrent prendre leur modeste repas tout près d'une source alors tarie: il y avait là quelques pierres superposées; ils s'assirent à deux ou trois pas l'un de l'autre, et, le repas fini, ils s'endormirent: à leur réveil ils allèrent chercher leur troupeau, qu'ils aperçurent à peu de distance: « Je suis revenue la première, dit ici Mélanie; lorsque j'étais à cinq ou six pas avant d'arriver à la source, j'ai vu, sur le rocher de la fontaine, une clarté comme le soleil, encore plus brillante; et j'ai dit à Maximin: « Viens vite voir une clarté là bas!... » Alors la clarté s'est ouverte, et nous avons vu une grande Dame dans la lumière »: c'était la Sainte Vierge apparaissant aux petits bergers. La Bienheureuse Mère de Dieu était assise sur une pierre près de la fontaine tarie, triste, pleurant, et la figure cachée dans ses mains. Elle était vêtue d'une robe blanche, couverte de perles: sa tête était ornée d'un riche diadème; une chaîne d'or pendait à son cou et soutenait une croix avec son Christ. Les enfants, effrayés de l'apparition subite d'une personne qui leur paraissait si étrange, se disposaient à fuir: la Sainte Vierge leur fit signe, avec bonté, de s'approcher d'Elle, et leur dit avec l'expression de la plus grande tristesse: Que la France, par ses crimes, avait provoqué la colère de son Fils; qu'il allait verser sur elle, si elle ne se convertissait, la coupe de ses vengeances: que le blasphème, en particulier, le mépris des lois de l’Église, et la profanation des jours consacrés à Dieu, excipient sa juste indignation; qu'Elle les chargeait de faire passer tout cela à son peuple, d'annoncer la disette des récoltes, les fléaux de la peste, de la famine; mais que si le peuple revenait à Dieu, le bras de sa justice serait désarmé et qu'il y aurait abondance, là même où l'on avait désespéré de récolter. Après ce discours, dont nous méditerons toutes les pensées, la Sainte Vierge confia à chacun des enfants un secret particulier, connu du pape (Bienheureux) Pie IX, seul, et que ni les promesses, ni la ruse d'autres personnes ne purent jamais arracher à leur discrétion; puis, après avoir fait quelques pas en leur présence, en marchant sur la pointe des herbes qui ne pliaient pas sous le poids de son corps, la Sainte Vierge disparut à leurs yeux, laissant après Elle une clarté éblouissante dans l'espace d'où Elle s'était élevée au ciel.

 

Réflexions

 

« Dieu, dit Bossuet, est le maître de disposer de ses créatures, soit pour les tenir sujettes aux lois générales qu'il a établies, soit pour leur donner d'autres lois, quand il juge nécessaire de réveiller le genre humain endormi, par quelque coup surprenant... » De là, les prodiges nombreux dont font mention les saintes Écritures et les Annales de l’Église. Le grand fait de l'apparition de la Sainte Vierge sur les montagnes de La Salette, est de ce nombre. Pour réveiller par quelque coup surprenant notre société endormie dans les voies de sa perdition, le Seigneur, fatigué des désordres des hommes, nous a envoyé, non un prophète, comme autrefois, mais sa sainte Mère, l'auguste Reine du ciel, la miséricordieuse Marie: c'est-à-dire, pour emprunter le langage de l'Apôtre, que Dieu, après nous avoir parlé autrefois et de plusieurs manières, par le ministère des prophètes, nous a parlé tout récemment, novissime, par sa propre Mère; qu'avons-nous fait de cette apparition de Marie, la plus éclatante, la plus propre à exciter dans nos âmes une salutaire terreur, et une douce espérance?... Il y a quelques années, les montagnes de la Salette étaient inconnues; à peine quelques bergers y conduisaient leurs troupeaux: aujourd'hui le chemin qui mène à ces sommets escarpés des Alpes, est une voie publique où passent tous les peuples; et on pourrait, avec quelque raison, appeler Notre Dame de la Salette, Notre-Dame des Nations!... Et il devait en être ainsi; ce n'est pas en vain que la Mère de miséricorde a daigné visiter les enfants des hommes; ce n'est pas en vain qu'à la vue des désordres qui excitent la colère de son Fils, Elle est venue, en quelque sorte, se réfugier dans nos montagnes, verser des larmes, nous avertir des châtiments qui nous étaient réservés, si on ne se convertissait pas ; nous rappeler la crainte de Dieu, le respect pour son saint nom, la sanctification du dimanche, l'observation de tous les commandements de Dieu et de l’Église. Des paroles descendues de si haut devaient avoir un immense retentissement, et être entendues de toutes les nations, comme le lieu où Elle s'est montrée, devait être assez haut pour être aperçu de tous les peuples. Reportez-vous à l'origine de ce grand événement : voyez sa naissance presque inconnue, sa prompte diffusion à travers la France et l'Europe, son vol rapide dans les quatre parties du monde, enfin, son arrivée providentielle dans la capitale du monde chrétien. A Dieu seul, honneur et gloire!... A l'auguste Vierge de la Salette ce résultat inespéré! Elle seule avait préparé le succès, Elle seule saura couronner son œuvre... pour couvrir toujours de sa protection, nos personnes, nos familles, notre chère patrie et le monde entier. Il est vrai qu'il est des hommes que l'on irrite, et dont on provoque les dédains quand on parle A"événements surnaturels, d'apparitions miraculeuses, en leur présence orgueilleuse, comme si le bras de Dieu était raccourci, ou si sa miséricorde ne pouvait plus faire éclater la puissance des anciens jours... A tous ces esprits orgueilleux nous opposons la parabole suivante, tirée de l’Évangile: Dix-huit siècles avant d'envoyer sa Mère sur la montagne de la Salette, Jésus-Christ était descendu lui-même des hauteurs du ciel, et Jean Baptiste, son précurseur, envoya des messagers pour lui adresser cette demande: « Êtes vous le Messie, ou devons-nous en attendre un autre? » Et le Sauveur, voulant répondre par les monuments éclatants de sa mission divine, prononça ces paroles: « Allez, et rapportez à Jean, votre maître, ce que vous avez vu, ce que vous avez entendu: les aveugles voient, les sourds entendent, les boiteux marchent, les pauvres sont évangélisés ». A tous les pieux pèlerins qui demanderont à la Mère de Dieu, si c'est réellement Elle qui descendit, il y a quelques années, sur la montagne de la Salette, Marie peut répéter la réponse de son Fils, invoquant en faveur de son apparition la grande voix de miracles nombreux et authentiques. Et le Sauveur ajouta: « Heureux celui qui ne sera pas scandalisé en moi ». L'auguste Vierge de la Salette, Mère du Dieu qui a prononcé ces paroles, a bien le droit de nous tenir le même langage.

 

Pratique : A ce premier jour du mois, en présence de cette solennelle ambassade de Dieu aux hommes, recueillons-nous... regardons cette apparition de la Sainte Vierge, et faisons la envisager aux autres, comme une source abondante, un canal nouveau des grâces du ciel, une autre porte de salut ouverte à notre siècle.

 

Guérison d'une jeune enfant, racontée par son père

(Lettre à Monsieur le Supérieur des Missionnaires de la Salette)


 

« Mon Révérend Père, il y a quatorze mois environ, j'avais l'honneur de recommander à vos ferventes prières une de mes petites tilles âgée de huit ans, Marie-Thérèse. Cette chère enfant était cruellement atteinte d'une hypertrophie de cœur; trois célèbres médecins que j'avais appelés en consultation auprès d'elle, déclarèrent unanimement que tout espoir de guérison était perdu. Un d'eux voulut tenter un remède qui eût été violent; toutefois, de l'avis de ses deux confrères, il ne persista pas, parce que, dirent-ils tous trois, il ne fallait pas faire souffrir inutilement une si frêle enfant qui devait fatalement succomber. Il n'est pas besoin de vous dire de quelle immense douleur ce verdict médical accabla notre âme. Oh! mon Révérend Père, qu'il est terrible pour un père et une mère, le jour où leurs yeux, noyés dans les larmes, voient un enfant adoré se mourir, sans qu'il soit permis à leurs cœurs éplorés d'espérer même un peu de soulagement! Les secours de la terre étant impuissants à nous conserver notre chère Marie-Thérèse, Mme P... et moi, nous unissant dans une pensée commune d'amour pour notre enfant et de foi ardente, nous demandâmes à Notre-Dame de la Salette de daigner jeter sur nous un bienveillant regard de bonne et tendre mère. Et notre prière fut comme instantanément exaucée. En effet, depuis un mois environ, notre jeune malade ne pouvait plus rester dans son lit; à peine si elle pouvait rester un peu dans un fauteuil, la tète penchée en avant et appuyée sur des carreaux. Or, le même jour où la science humaine nous disait: « Pauvres père et mère résignez-vous, Dieu vous demande votre enfant », ce même jour, ma chère Marie put reposer une bonne partie de la nuit dans son lit. Depuis ce jour, l'enflure considérable qui avait envahi son corps et qui menaçait sa poitrine, commença à s'arrêter, puis elle diminua, enfin elle disparut. Le mieux s'est continué jusqu'à ce jour. Depuis longtemps il y a guérison; aujourd'hui elle est complète. Bonne Mère de la Salette, vous avez daigné nous donner une preuve de votre immense amour en nous conservant noire enfant; comment pourrons-nous jamais vous témoigner toute notre reconnaissance! Et vous, Révérend Père, qui avez si charitablement prié pour nous, comment pourrons-nous jamais vous exprimer toute notre gratitude! En attendant qu'il nous soit permis de faire un pèlerinage à votre pieux sanctuaire, nous prions notre excellent vicaire, M. C..., qui a le bonheur de se rendre sur la sainte Montagne, de vouloir bien porter le portrait de notre chère ressuscitée. Permettez-lui d'en faire don à notre bonne mère de la Salette, et de le placer le plus près possible de sa statue, où il sera comme une prière perpétuelle de toute notre famille à notre sainte Consolatrice, à notre puissante et bien aimée Protectrice ». (Annales de Notre-Dame de la Salette, 15 août 1866.)

 

Prière

 

O Notre-Dame de la Salette, de même que vous avez franchi autrefois les montagnes d'Israël, de nos jours, vous avez abaissé, en quelque sorte, les collines éternelles jusqu'au niveau des monts de la terre, et vous vous êtes montrée à nous, comme à vos proches de la Judée. O Mère médiatrice! daignez reproduire dans nos âmes les mystères de votre apparition à la Salette; toujours placée entre Dieu et nous, parlez-lui de nous, parlez-nous de Dieu; des hauteurs de ce Liban céleste où vous êtes couronnée, descendez jusqu'au cœur de chacun de vos enfants; saisissez-les dans la solitude du recueillement et du silence; que votre voix retentisse à leur oreille, comme autrefois à l'oreille de votre cousine Élisabeth; car votre voix est douce et votre parole persuasive: elle instruit, elle fortifie, elle console; et dans les élévations où notre âme, quoique pécheresse, arrive par la prière, sur les hauteurs où la foi transporte nos cœurs affligés, ô Vierge de la Salette, daignez nous entendre, nous appeler, et dire à chacun de nous comme aux bergers des Alpes: « Mon enfant, approchez, et n'ayez pas peur!... »

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30 avril 2011

Mois de Notre Dame de la Salette

 

Mois de Notre Dame de la Salette

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Premier jour

Les apparition en général et leur opportunité

 

Les apparitions surnaturelles, les manifestations divines ne sont, ni inventées par une superstition aveugle, ni nouvelles dans l’Église catholique: l'histoire est pleine des récits authentiques et touchants de ce divin commerce du ciel avec la terre: Dieu se promène avec le premier homme, sous une forme sensible, au paradis terrestre; il est assis à côté d'Abraham, sous la tente et les chênes du désert; il apparaît à Jacob dans un songe mystérieux; Moïse entend sa voix dans un buisson en feu ou sur le Sinaï: et dans les autres âges, lorsqu'il ne se montre pas lui-même, Il se révèle par les patriarches, par les prophètes; et sous la loi nouvelle par les anges, par les élus, par sa divine Mère. Aux esprits orgueilleux que pourraient étonner ces communications surnaturelles, il faut montrer une apparition bien autrement surprenante: celle qui a ouvert le ciel pour faire place au Fils de Dieu qui est descendu au milieu de nous: « Il a paru sur la terre, dit l'Apôtre, et il a conversé avec les hommes ». Or, après cette grande apparition, visible à tous les yeux, d'une durée de trente-trois ans, pendant lesquels le Fils de Dieu a vécu, agi, parlé au milieu de nous, se faisant l'ami de l'homme, le compagnon exilé de sa vie; quel esprit sincère peut se donner le droit injurieux, la prétention orgueilleuse de nier le divin commerce de Dieu avec l'homme, à travers les divers âges religieux de ce monde? Au reste, ces communications surnaturelles ont trois principaux motifs: Le premier est au cœur même de Dieu qui nous recherche toujours parce qu'il nous aime; n'a-t-il pas dit que ses délices étaient de vivre et d'habiter au milieu des enfants des hommes? 2° Les apparitions sont une sorte de chaîne mystérieuse entre l’Église du ciel et l’Église de la terre, unissant les membres d'une même famille; et enfin, Père des élus et des hommes, Dieu ne veut pas le silence entre ses enfants, mais il les envoie quelquefois se visiter et converser ensemble des douleurs de l'exil et des gloires de la patrie, pour les amener tous à la conquête du ciel. Mais, de toutes les apparitions, celles de la Sainte Vierge sont les plus fréquentes: établie au Calvaire Mère des hommes, elle ne saurait les délaisser, et son Assomption dans le ciel place sous nos yeux une image aussi douce que merveilleuse: c'est Marie assise sur un trône resplendissant, à côté de son fils; mais Elle y apparaît si occupée des hommes, qu'Elle semble oublier sa propre gloire: comme si le ciel était trop au-dessus de la terre, Elle descend ici-bas pour converser avec ses enfants: et que de fois Elle s'est montrée à eux, aux vierges dans les cloîtres, aux enfants au fond des vallons obscurs, aux bergers sur de hautes montagnes; et cette condescendance de la Sainte Vierge nous touche, mais elle ne nous étonne pas: Elle est notre Mère, et une mère peut-elle n'être pas partout où sont ses enfants pour les consoler ou les instruire?

 

Réflexions

 

Nous ne cherchons pas ici à soulever indiscrètement les voiles de l'avenir: cependant, l'illusion n'est plus possible: aveugle et sourde en son orgueil, notre société avance toujours sur la pente des abîmes; vaine de sa science trompeuse, fière de son progrès matériel, confiante en sa force apparente, elle s'en va, insultant le ciel, humiliant l’Église, foulant dédaigneusement aux pieds toutes les lois de Dieu... Encore quelques nouveaux crimes peut-être, et la mesure débordera de toutes parts... Le ciel semble prêt à venger les iniquités sans nombre, dont le flot monte sans cesse; les signes avant-coureurs éclatent en divers lieux... il n'est pas jusqu'à ce calme apparent dont nous jouissons qui ne soit un indice que les nuages se forment dans les régions cachées des tempêtes!... En un mot, dans cet oubli passé et présent des choses de Dieu, nous allions toucher à un moment solennel, à une heure terrible. Le bras du Seigneur depuis longtemps alourdi et lassé par nos crimes, allait enfin frapper; et, dans l'attente du coup suprême de la justice, il se faisait au ciel un grand silence. Alors, notre divine Mère, descendant de son trône de gloire, se prosterne devant Dieu pleine de douleurs mystérieuses: « Grâce, ô mon Fils Jésus, s'écrie-t-elle, grâce pour des coupables qui sont aussi mes enfants! » « O ma mère bien-aimée, répond le Verbe incarné... eh quoi! le Martyre du Golgotha sera-t-il donc toujours renouvelé en votre cœur?... C'est assez, ma Mère, c'est assez d'inépuisable amour!... Laissez-moi venger vos douleurs méprisées! » « Non, mon Fils, non, vous ne frapperez pas encore; vous êtes né de moi, le doux Sauveur des hommes ». Et Jésus, résistant doucement à Marie: « Faites place à ma justice, ne retenez plus mon bras, ô ma Mère; il faut frapper des ingrats qui me méprisent et qui vous font gémir! » Mais, Marie, intercédant toujours: « Encore, encore la miséricorde, répétait-elle... j'irai visiter les coupables, mon fils, je leur parlerai; ils écouteront la voix de leur Mère, et ils se convertiront... » Et sans attendre le dernier mot de la justice, Marie est partie du ciel, hâtant ses pas!... et le visage voilé de ses mains virginales, la voilà; la voilà tristement assise sur les rochers des montagnes de la Salette, versant d'abondantes larmes, nous conjurant d'apaiser la colère de son Fils et de consoler ses douleurs. En face de ce message divin et des larmes de Marie devant les abîmes ouverts de nos temps si malheureux, qui ne déclarera merveilleusement opportune, cette grande apparition de la Sainte Vierge, et bien miséricordieusement providentielle, la dévotion à Notre Dame de la Salette, qui nous avertit de tous nos maux et nous en offre les remèdes salutaires ?

 

Pratique : Professer un respect religieux pour tous événements merveilleux et suffisamment authentiques de l'ordre surnaturel; s'abstenir tout au moins de toute critique, souvent aussi injuste qu'elle est peu éclairée.

 

Guérison d'un jeune Séminariste

 

Un vénérable chanoine du chapitre cathédral de V.... et ancien supérieur du petit séminaire de cette ville, a rapporté le fait suivant; la rédaction est de la plus rigoureuse exactitude. Au mois de mai 1847, moins d'un an après l'apparition, je fis le pèlerinage de la sainte Montagne, et j'emportai alors comme souvenir, un flacon d'eau de la source miraculeuse. Le mois suivant, un de nos enfants fut atteint d'une douleur très-vive à l'index de la main gauche. Le mal était des plus douloureux. Un matin, il entre dans ma chambre et me dit : « Monsieur le supérieur, je n'y tiens plus; si cela continue, j'en perds la tête; je suis fou de douleur ». A son état d'exaltation, je voyais bien que la souffrance était bien grande: j'essayais de le consoler; mais c'est un remède qu'il venait me demander, et où le prendre? lorsque tout à coup, le flacon d'eau de La Salette me vint à la pensée. Ce fut pour moi comme un trait de lumière. Je m'adressai alors à l'enfant, et lui dis: « Mon ami, croyez-vous à l'apparition de la Sainte Vierge à la Salette? » « Ah! Monsieur, si j'y crois! il me semble que j'y crois comme vous ». J'avais en effet raconté mon pèlerinage à nos enfants, et mon récit les avait vivement impressionnés. « Eh bien! lui dis-je, puisque vous croyez à l'apparition, nous allons essayer d'un remède ». Je lui recommandai avant, de se mettre à genoux sur mon prie-Dieu et de réciter de tout son cœur un acte de Contrition, trois Ave Maria suivis de l'invocation que nous récitâmes ensemble. Il fit sa prière avec tant de ferveur que je sentis ma confiance redoubler. J'enlevai de son doigt l'enveloppe qui le couvrait. C'était vraiment hideux à voir. L'enflure, la couleur de la chair, la pourriture qui en sortait, tout cela expliquait son état d'exaltation et la violence de son mal. Je trempai dans cette eau une simple compresse que j'appliquai sur ce membre malade, et je l'envoyai à l'infirmerie, lui recommandant bien de revenir le soir et le lendemain matin aussi, et ainsi de suite deux fois par jour, jusqu'à complète guérison. Le soir, à l'heure désignée, je l'attendais dans ma chambre, mais l'enfant ne parut pas; je le fis appeler, il était au dortoir, dans son alcôve, et sur le point de se coucher. Il vint bientôt. « Excusez-moi, M. le Supérieur, me dit-il en entrant, je ne l'avais pas oublié; mais, comme je ne souffrais pas, je n'ai pas voulu vous déranger ce soir ». « Et depuis quand ne sentez-vous plus votre mal, lui dis-je? » Après un moment de réflexion, il me répondit: « J'ai accepté aujourd'hui même une partie de balle qu'on m'avait proposée; j'ai même remarqué que la balle a plusieurs fois frappé sur mon doigt, et je n'ai ressenti aucune douleur ». Ces détails me firent la plus vive impression, et je ne doutai pas un instant que la confiance de ce cher enfant avait été récompensée par un trait particulier de la protection de Notre-Dame de la Salette. Je le fis passer à l'infirmerie pour examiner ce doigt. Quelle ne fut pas alors ma surprise! Non seulement il n'y avait plus d'enflure ni de plaie, mais le doigt était dans l'état le plus sain sans porter la plus légère trace du mal. Je conduisis alors l'enfant auprès de nos Messieurs (les professeurs) qui prenaient ensemble un moment de récréation, et comme moi, ils admirèrent ce trait prodigieux de la bonté de Notre Dame de la Salette. Je voulus alors, pour l'exciter à une grande reconnaissance, lui faire quelques réflexions sur la bonté que la Sainte Vierge lui avait témoignée. Mais, à mesure que je parlais, il se mit à pleurer et avec une telle abondance de larmes, que j'en fus vraiment peiné un instant. « Qu'avez-vous donc, mon enfant, lui dis-je, et d'où vient que vous pleurez de la sorte ? » II me fit cette touchante réponse: « Ah! Monsieur le Supérieur, je ne puis vous dire combien je suis touché. Si je m'étais trouvé bien malade, je comprendrais que la Sainte Vierge eût pensé à me guérir; mais qu'Elle ait eu la pensée de s'occuper d'un doigt! de si peu de chose! quelle condescendance! » Et le pauvre enfant n'en pouvait plus d'émotion. Quelques années après, ayant terminé ses études, il quitta le séminaire, et par un sentiment de reconnaissance que j'aimais en lui, il m'écrivait quelquefois. Dans une de mes réponses à ses lettres, j'eus la pensée de lui demander le récit de sa guérison qu'il me donna tel que je viens de le rapporter, et il ajouta ce détail: « Non seulement le mal n'a jamais reparu, mais encore, bien que je sois sujet, à l'entrée de l'hiver, à avoir des mains difformes, sous l'action du froid, le doigt de la Sainte Vierge (c'est ainsi qu'il appelait le doigt guéri) est le seul qui ne subisse en aucune manière l'influence du froid, et il semble jouir d'un printemps perpétuel ».

 

Prière

 

O Marie, on a écrit de votre Fils: « Il est venu du ciel pour sauver les pécheurs ». Elle est venue du ciel pour sauver les pécheurs, pouvons-nous dire aussi en parlant de vos apparitions sur nos montagnes. O Mère de tous les hommes! du haut de votre trône où vous dominez sur nous, bien autrement encore que des hauteurs de la Salette, voyez toujours le monde du même regard, aimez-le toujours du même amour; il est chrétien encore, malgré l'affaiblissement de sa foi. Regardez tous les peuples infortunés qui vous invoquent; éclairez les idolâtres, ramenez les hérétiques, touchez les indifférents, convertissez les pécheurs; rendez à la religion toute la vigueur de sa jeunesse, pacifiez le monde, et bénissez-nous tous; car vous êtes, ô bonne Mère, la tige principale, nous sommes les rejetons; et comme les Fils de l'Olivier nous viendrons, pendant ce mois, enlacer en quelque sorte nos âmes aux fleurs et aux couronnes de vos autels: vous ne trouverez en nous ni des anges, ni des saints, mais vous verrez à vos pieds des pécheurs repentants qui vous veulent encore pour Mère, et qui vous proclameront toujours leur Reine sur la terre et dans le ciel. Ainsi soit-il.

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29 avril 2011

Mois de Notre Dame de la Salette

Mois de Notre Dame de la Salette

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Première partie
L’Apparition

 

Instruction sur le Mois de Marie

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Origine du mois de Marie

 

« Toutes les nations me diront bienheureuse ». Par ces paroles, Marie avait prédit sa gloire future, et l'amour de tous ses enfants; cette prédiction s'affirme chaque jour elle-même: autant il y a de nations et de cœurs qui glorifient Dieu, autant il y a de nations et de cœurs qui bénissent Marie. La gloire de la Sainte Vierge se répand dans une proportion égale à la diffusion de la foi, et l'amour de Marie, dans le cœur des peuples, est la mesure de leur amour pour Dieu; la prédiction de la Reine des Prophètes aura ainsi son accomplissement définitif, complet et parfait, au jour bienheureux auquel s'accomplira celle de Jésus-Christ: Et il n'y aura qu'un troupeau et un pasteur. Mais à chaque nouveau danger de l'Église, se manifestent de nouveaux hommages, de nouvelles tendresses pour la plus tendre des Mères: à chaque besoin public éclate, au milieu des nations fidèles, un soupir suppliant vers la protectrice de toutes les nations: c'est ainsi qu'ont pris naissance les diverses dévotions en l'honneur de la Mère de Dieu; dévotions qui pourraient servir de monuments séculaires, sur la route des âges, indiquant les différents besoins des siècles. Le siècle dernier a marqué les pages de son histoire par un débordement effroyable d'incrédulité et d'erreurs; il a signalé aussi ses derniers jours par l'institution du plus tendre, du plus efficace exercice de dévotion envers la Sainte Vierge, l'institution du Mois de Marie. Cette dévotion est, en effet, la réunion de toutes les dévotions en l'honneur de la Mère de Dieu; c'est un faisceau de flèches d'amour que nos cœurs lancent au cœur de Marie; c'est la guirlande de toutes les fleurs de la terre que nous semons aux pieds de la maîtresse du monde; c'est la couronne de tous nos sentiments que nous offrons à la Reine de tous les cœurs; c'est, en un mot, comme une armée de tous ses enfants, rangés en bataille autour de ses autels, et s'efforçant de retenir leur Mère, captive tout un mois dans nos églises, dans les liens de leur amour! La dévotion du mois de Marie a pris naissance en Italie, terre privilégiée où la religion a placé son trône, et où l'auguste Mère de Dieu reçoit les plus touchants hommages; et qui n'admirerait ici ce dessein providentiel de Dieu, qui a donné une patrie commune à son Église, et à la dévotion la plus chère au cœur de sa Mère! Le même sentiment de piété qui avait porté les fidèles à honorer Marie, trois fois le jour, à lui dédier un jour de chaque semaine, et une fête chaque mois, leur a inspiré la salutaire pensée de lui consacrer un mois tout entier, parmi les mois de l'année : et ce n'est pas trop d'un mois mis à répandre nos prières et nos cantiques devant les autels de notre Mère. Cette Mère, l'adorable Trinité a mis toute sa puissance à la produire; le temps, quatre mille ans à nous la montrer, et à la fin des âges, la cour des anges, des saints et des vierges passera les siècles éternels à la bénir, à la chanter dans les cieux.

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Harmonies du mois de Mai avec le culte de la Sainte Vierge

 

Le cœur, dit agréablement un auteur moderne, doit toujours présenter ce qu'il a de mieux: c'est pourquoi la piété publique a choisi de préférence le plus beau mois de l'année, le mois de Mai... le mois de Mai, qui par le renouvellement de la nature, invite l'âme à renaître aussi à la grâce; le mois de Mai, qui transforme la terre en un jardin embaumé, dont les fleurs semblent exhaler leurs parfums les plus exquis et emprunter une voix pour inviter Marie à descendre du ciel, et à habiter parmi elles... Et Marie entend toutes ces voix de la création, et Elle descend sur nos autels, disant: « Abîmes des mers, terre, collines, vallons et montagnes, me voici, donnez-moi des fleurs, soutenez-moi au milieu des fleurs, fulcite me floribus!... » Nous aimons ce symbolisme, qui, par les plus gracieuses harmonies, rapproche ce que le ciel possède de plus aimable, et la terre de plus délicat et de plus pur. Écoutons saint Bernard : « Le culte de Marie est un parfum; et dans ce beau mois, les champs sont inondés des plus suaves odeurs. Le nom de la Vierge est une mélodie; et les oiseaux, à cette époque du printemps, chantent sous la nouvelle et fraîche verdure des bois et des haies. Ce nom d'une Mère divine ravit notre âme de joie, et l'enivre d'espoir; et tout dans la nature respire aussi le bonheur; le cœur des enfants des hommes sourit à l'espérance, à la vue de tant de trésors répandus dans la création. Le culte de Marie, c'est la lumière; et le soleil la verse plus pure sur nos têtes. Marie, enfin, c'est la Mère du bel amour, et l'air embaumé qu'on respire, et toute la nature renaissante nous commande aussi l'amour de Dieu, auteur de tant de bienfaits, et la dévotion à l'auguste Marie, dont il a fait sa divine Épouse !... » N'est-ce pas cette admirable harmonie que le Saint-Esprit a voulu exprimer dans le Cantique des Cantiques, par ces paroles: « Levez-vous, hâtez-vous, mes bien-aimés, car l'hiver est passé, les pluies ont cessé , les fleurs ont apparu dans nos campagnes, le temps de tailler les forêts est venu, la voix de la tourterelle a été entendue dans nos contrées; le figuier a poussé ses bourgeons; les vignes fleurissant ont répandu leur odeur. Levez-vous donc, ô mes bien-aimés, levez-vous, et venez!... » Ne croit-on pas ici entendre la Vierge elle-même, nous invitant à lui consacrer notre amour pendant ce beau mois de Mai, et venant nous apprendre, par cette gracieuse peinture, les délices qu'il fera goûter à nos âmes dans sa célébration?...

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Sentiments et conseils pratiques pour le mois de Marie

 

Le mois de Marie est devenu de nos jours dans l’Église, une dévotion particulière, qui nous arrive, soit comme récompense d'un Carême bien observé, soit comme réparation à ce qui manquait de notre part, à ce saint temps de pénitence: c'est une sorte de jubilé annuel offert par Marie, à tous les pécheurs, pour qu'ils se convertissent; à tous les justes, pour se sanctifier encore; à tous les cœurs enfin, pour qu'ils s'excitent à aimer Jésus et sa Mère, d'un amour toujours plus vif et plus efficace; et voici à cette fin quelques conseils pratiques: Vous vous rendrez tous les soirs dans une chapelle consacrée à la Sainte Vierge pour y suivre fidèlement le pieux exercice du mois de Marie: Il est à désirer que, durant ce mois, on entende la messe tous les jours en l'honneur de la Sainte Vierge: Ce serait faire une chose bien agréable au cœur de Marie, et très-utile à votre âme, que de vous disposera faire la communion, le samedi de chaque semaine, jour spécialement, consacré par l’Église à la Mère du Sauveur: Ne laisser passer aucun jour de ce mois sans faire une mortification, pour nous corriger de nos défauts principaux, acquérir les vertus nécessaires à notre sanctification, au salut du prochain et surtout de nos proches; afin que, par les mérites de Jésus, munis de la protection de Marie, et sentant ses vertus, nous arrivions au bonheur de la contempler dans le ciel.

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Prière

Offrande du Mois à Notre Dame de La Salette

 

O Marie! voici dans votre sanctuaire, les enfants dévoués au culte de votre apparition sur les montagnes de la Salette: à genoux au pied de votre autel, et sous le regard maternel de votre image vénérée, nous vous offrons et vous consacrons ce mois béni, qui porte un nom si doux, si cher à votre cœur, le Mois de Marie. Du haut de ce trône nouveau, par vous dressé sur la terre de France, au sommet des Alpes, daignez répandre sur nous une effusion abondante des dons célestes, et rendre efficaces les pieux exercices qui vont partout commencer en votre honneur; nous viendrons méditer tous les jours les enseignements salutaires de votre apparition; et s'il est doux pour un enfant de rencontrer les regards de sa mère, avec quel bonheur nous entendrons votre voix sur la montagne! ô divine Marie, touchez nos cœurs, ouvrez notre esprit à l'intelligence de votre céleste message, pour glorifier votre saint nom, étendre de plus en plus votre règne, et mériter ainsi les grâces diverses qui, après nous avoir sanctifiés pendant les jours trop rapides de ce mois, nous conduiront dans un siècle qui ne doit pas finir, à la bienheureuse éternité. Ainsi soit-il.

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12 février 2011

Le Mois du Saint Esprit

Le Mois du Saint Esprit

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Treizième jour

Les diverses opérations du Saint Esprit


En promettant le Saint Esprit à ses Apôtres, le divin Sauveur emploie ces expressions dans lesquelles je dois trouver aujourd'hui un beau sujet de méditation: « Moi je prierai mon Père, et il vous donnera un autre Consolateur ». Ai-je d'abord bien remarqué ces mots: « Un autre Consolateur? » Ils signifient évidemment que déjà un consolateur avait été donné aux Apôtres par le Père céleste. Or, ce Consolateur était Jésus christ lui-même. Aussi la promesse d'un consolateur nouveau est-elle faite après que le Sauveur a dit à ses disciples: « Moi je vais vers mon Père; mais je ne vous laisserai point orphelins ». C'est donc pour les consoler de son absence, après qu'il sera retourné à son Père, que Jésus christ promet aux hommes le Saint Esprit, en l'appelant un autre Consolateur. Le Saint Esprit, par son ministère, dédommagera les disciples de l'Homme-Dieu de la perte qu'ils doivent faire en étant privés de sa présence sensible. Il entre dans le plan divin que l'Eglise soit gouvernée par le Saint Esprit, et que tous les fidèles reçoivent par lui l'abondance des biens spirituels que le Fils de Dieu est venu apporter au monde par son Incarnation. Le Saint Esprit conduira les fidèles dans les voies de Dieu, il les fortifiera dans les épreuves de la vie présente, il leur inspirera le goût de Dieu, le goût de Jésus Christ, le goût du ciel. Telle est la fin de sa mission. Ici je veux entendre le grand Docteur saint Augustin. Jésus christ, nous dit ce Père de l'Eglise, fut pour les Apôtres un avocat et un intercesseur par la prière, il fut encore pour eux comme un excitateur qui les poussa dans la voie du ciel par des exhortations puissantes; enfin la présence, les actes, les discours de Jésus christ ne cessèrent jamais de soutenir le courage des Apôtres, en répandant dans leur âme l'onction divine et toujours bien douce de sa grâce. Eh bien! en annonçant qu'il va quitter la terre, en promettant aux hommes un autre Consolateur qui viendra du ciel, qui sera envoyé par Dieu le Père, le divin Maître annonce que le Saint Esprit fera tout ce qu'il a fait lui-même, et continuera jusqu'à la fin des temps à diriger, à soutenir, à consoler les fidèles pour les aider à-conquérir le ciel, et pour empêcher qu'en passant à travers les choses temporelles, ils aient le malheur d'oublier et de perdre les choses éternelles. Ainsi parle l'Eglise dans une prière qui appartient à la liturgie. Oh ! comme je désire cette opération de l'Esprit Saint dans mon âme! Seigneur Jésus, je l'espère comme un effet et une conséquence de la promesse que vous avez faite à vos Apôtres, la veille de votre mort.

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Le Saint-Esprit console les Ames en les élevant lui-même jusqu'à Dieu


Une âme qui peut sortir de la vie des sens, de la vie purement naturelle, et monter jusqu'à Dieu, trouve la source de tous les biens et de toutes les consolations. Mais par quel acte cette âme va-t-elle à Dieu, et s'élève-t-elle jusqu'à lui? On me l'a dit depuis longtemps, cet acte c'est la prière. Tous les enfants n'ont-ils pas appris que la prière est l'élévation de l'âme vers Dieu? Mais quelle est l'âme capable de cet acte, de cette élévation qui- produit l'union avec Dieu? Celle dont le Saint Esprit devient le Maître. Sans le Saint-Esprit qui vient au secours de notre faiblesse, qui crie dans nous: Père, Père, l'âme serait toujours sur la terre, attachée à la créature, incapable de parler avec Dieu. C'est le Saint Esprit, dit le grand Apôtre, qui, dans le fonds de nos cœurs, demande par des gémissements inénarrables, et opère cette action divine que les saints ont connue, et que les âmes pieuses sentent en elles-mêmes à chaque instant. O action divine, opération infiniment douce, que tu es précieuse pour moi! Comme je te désire ! En criant dans nous: « Mon Père! » le Saint Esprit nous remplit d'amour, il nous donne la confiance, il nous inspire les saints désirs; or tout cela plaide en notre faveur auprès de Dieu; d'où il suit que le Saint Esprit, seul et unique auteur de tous ces mouvements surnaturels, est véritablement notre avocat auprès de Dieu, et qu'il fait descendre dans nous, du sein éternel du Père céleste, toutes les consolations capables d'adoucir la rigueur de notre exil. Mais je veux voir cette action du Saint Esprit dans tonte sa richesse, et je l'étudie auprès d'un grand maître, l'Apôtre des nations. Et d'abord, ce qui est incontestablement vrai, d'après l'enseignement de saint Paul toujours en parfaite harmonie avec la doctrine du Sauveur, c'est que la première pensée, le premier mouvement qui remue mon âme et la porte à vouloir prier, me vient directement du Saint Esprit comme une grâce, un don parfaitement gratuit. « Vous êtes parfaitement reconnus pour être la lettre du Christ, écrite par notre ministère, non avec de l'encre, mais avec l'Esprit du Dieu vivant; non sur des tables de pierre, mais sur les tables charnelles du cœur. Or, une telle confiance, nous l'avons en Dieu par le Christ, non que nous soyons suffisants pour former aucune pensée par nous-mêmes, comme de nous; mais notre suffisance vient de Dieu ». Voilà une première vérité qui nous montre notre effroyable misère, et, en même temps, la nécessité du secours, de l'aide qui nous vient par le Saint Esprit.


En second lieu, il n'est pas moins certain que par nous-mêmes nous ne saurions jamais parler à Dieu, ni lui demander quoi que ce soit d'une manière efficace. J'ai vu, il n'y a qu'un moment, cette vérité clairement enseignée par le divin Sauveur, quand il dit: « Le Saint Esprit viendra dans vous ». Mais cet enseignement qui écrase l'orgueil est, d'un autre côté, bien consolant pour moi; car enfin,n'est-il pas doux de penser que si je veux m'approcher de Dieu, c'est le Saint Esprit qui me pousse, qui m'invite et qui m'encourage? N'est-il pas doux encore de savoir que je n'ai qu'à abandonner au Saint Esprit la direction de ma prière, puisque lui seul est capable de dicter à l'âme docile les choses que cette âme doit dire à Dieu? Mais il y a dans ce que m'apprend le grand Apôtre une parole sur laquelle je veux m'arrêter davantage. Saint Paul dit: « Le Saint-Esprit demande par des gémissements ineffables »; quel est donc le vrai sens de ces derniers mots, gémissements ineffables? La prière n'est-elle pas en réalité un gémissement, un cri que pousse vers son Dieu l'âme qui souffre de sa misère, de sa faiblesse, de ses tentations, et surtout de sou éloignement de Dieu? Ce gémissement, l'Apôtre l'appelle inénarrable, parce que, dit saint Augustin, c'est un gémissement céleste, divin, autant dans son principe qui est le Saint Esprit que dans sa fin, dans son objet qui est Dieu. Saint Anselme, d'accord avec le grand Evêque d'Hippone, ajoute: « Ce gémissement de l'âme est caché, inconnu et incompréhensible, à cause de la gloire qui en est l'objet ». Non, les gémissements de l'âme qui cherche le bien dans Dieu, sont inexplicables, parce que le Saint Esprit qui opère dans nous ne dévoile pas ses secrets. Celui-là seul qui scrute les cœurs sait ce que l'Esprit désire. Les gémissements du cœur sont encore inénarrables, parce que la vertu qui leur est propre est supérieure à tous les discours. Dieu en est le silencieux témoin. C'est ce qui consolait le Roi-Prophète, qui s'écriait avec une grande effusion de confiance et d'amour: Non, mon Dieu, mes gémissements ne sont pas pour vous une chose cachée. Mais si tout ce que j'apprends ici est certain, qui dira le bonheur d'avoir dans soi-même le Saint Esprit? Existe-t-il pour l'homme ici-bas un bien plus précieux, plus désirable, que la présence du Saint Esprit dans sou âme? Hélas! parler, souffrir, gémir sans le Saint-Esprit, quoi de plus affreux? Que de pauvres âmes crient au dedans d'elles-mêmes et gémissent seules ! Pleurer et gémir en étant seul, quelle situation, quel état digne d'une profonde pitié! O âme fidèle, ne sois jamais seule. Appelle le Saint Esprit, il sera pour toi un vrai consolateur, parce qu'il t'apprendra à monter jusqu'à Dieu où tu ne manqueras jamais de trouver la source des plus ineffables consolations.

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Le Saint Esprit est donné à l'âme fidèle comme un guide sûr et toujours actif


S'il est vrai, comme nous le voyons par la sainte Ecriture, que Dieu envoie à l'homme les esprits célestes dont il fait ses ministres; si ces ministres de Dieu deviennent comme un feu brûlant, actif, qui rend l'âme de l'homme plus forte, plus vigoureuse dans les combats, qui te soutient contre la malice des esprits de ténèbres, qui nous dira les effets de la présence du Saint Esprit lui-même dans une âme qu'il possède, dont il s'est rendu le maître, et qui consent à se livrer à lui comme au souverain Maître de toute son existence? Quand il nous parle du Saint Esprit, saint Augustin l'appelle impulsion, exhortation, invitation, parce que c'est le propre du Saint Esprit, régnant sur une âme, de la pousser en avant, de l'exhorter, de l'exciter, pour que jamais cette âme ne s'arrête dans la voie qui conduit à la perfection. Si nous sommes lâches, si notre volonté s'engourdit, si nous sommes tentés d'inaction, le Saint Esprit agit sur nous; voilà l'aiguillon qui, en nous piquant, nous réveille, nous excite et nous fait marcher. Les opérations du Saint Esprit nous sont connues par les effets qu'elles produisent. Voyez le chemin qu'a parcouru dans six mois ce pécheur converti, cette femme qui a consenti à devenir chrétienne, après dix ou vingt ans perdus dans la dissipation et la mondanité. N'est-ce pas aux exhortations fortes du Saint Esprit dont l'aiguillon se faisait sentir, que ces âmes doivent les progrès qu'elles ont fait en si peu de temps? Oh! de quoi serait donc capable un chrétien qui consentirait à écouter les exhortations intérieures de l'Esprit Saint! Quelquefois une âme paresseuse est lente dans les voies de Dieu; qu'elle ait recours au Saint Esprit, qu'elle le sollicite. Le Saint Esprit viendra, il poussera l'âme avec force, il l'excitera au bien, à la fidélité, à la ferveur, et cette âme longtemps indolente, presque sans mouvement, étonnera ceux qui la connaissent et qui verront la rapidité de sa marche. Voyez les Apôtres après la Pentecôte. Quelle force motrice dans ces âmes hier si lentes à croire et à faire! quelle activité! quels innombrables travaux! Faut-il voir dans eux ces mêmes hommes qui s'endormirent à Gethsémani, et qui n'osèrent pas approcher du Calvaire?


Hélas! un grand nombre de pauvres âmes ont cessé de marcher, de travailler, de combattre; peut-être même plusieurs n'ont-elles jamais commencé. Où est la cause de ce mal? Ne faut-il pas l'attribuer à l'éloignement du Saint-Esprit? On n'entend pins ses exhortations, on ne sent plus l'impulsion secrète, que l'on a connue autrefois, tout est silencieux dans le cœur. Mais le Saint Esprit se plaît-il à déserter une âme, après l'avoir remplie? Non, certes, jamais. La vérité est que le Saint Esprit a été négligé, que ses exhortations ont été reçues avec indifférence d'abord, et puis avec tristesse; on les a trouvées importunes, on les a méprisées. Ses sollicitations intérieures ont offensé l'amour-propre qui, bientôt ligué avec la sensualité, a éteint sous ses vapeurs épaisses la flamme divine qui éclairait l'âme; le Saint Esprit a été éconduit comme un hôte fâcheux, querelleur, dont les représentations ne pouvaient pas être tolérées, C'est l'histoire de beaucoup de femmes dévotes abandonnées à leur propre esprit, et pour lesquelles le Saint Esprit n'est plus qu'un étranger odieux qu'on sait bien tenir à distance. Ames infortunées, tous les travers de votre prétendue piété attestent ce que je dis; non, vous n'êtes plus exhortées, poussées, sollicitées et conduites par le Saint Esprit; vous ne voulez plus de lui; aussi vos œuvres ne sont-elles plus que des œuvres mortes. Mon Dieu, si j'étais une de ces âmes, je sécherais de douleur, en voyant ici mon portrait. Mais non, Seigneur, je ne voudrais pas d'une douleur sans espérance. Je sais, que le Saint Esprit revient quand on l'appelle, et voilà précisément ce que je vais faire. Je crierai vers le ciel à chaque instant, et le ciel s'ouvrira pour moi, et le Saint Esprit descendra de nouveau dans mon cœur que je veux lui livrer, lui abandonner entièrement, afin qu'il l'avertisse, qu'il l'exhorte, qu'il le reprenne, qu'il le corrige, qu'il le pousse avec force dans la voie de la perfection, à laquelle je sais bien que le Seigneur m'appelle.

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Le Saint Esprit est donné à l'âme fidèle comme un principe de douceur et de joie


C'est une erreur funeste de croire qu'en entrant dans la bonne voie, en voulant avec sincérité pratiquer le bien suivant l'esprit de l'Evangile, on devient exempt de tentations, de doutes, d'anxiétés, de peines intérieures capables de répandre et même d'entretenir dans l'âme une grande amertume. Hélas! la paix parfaite, la joie sans mélange de tristesse, ne sont que pour le ciel, Demandons à saint Paul ce qu'il a souffert dans son cœur, lui qui nous parle si souvent de ses tristesses et de sa douleur habituelle. Continuus dolor cordi meo. Mais le même Apôtre appelle Dieu le consolateur des humbles, des petits. Or ce Dieu Consolateur nous le connaissons, et Jésus-christ nous l'a annoncé, c'est le Saint Esprit. Ecoutons l'Eglise, quand elle adresse ses supplications solennelles au Saint-Esprit. Elle l'appelle à grands cris, en le nommant Père des pauvres, Donateur de tous les biens, Lumière des cœurs, Consolateur parfait; doux, aimable habitant de notre âme, son rafraîchissement, son repos, son soulagement dans les larmes. C'est vous, dit toujours l'Eglise en parlant au Saint Esprit, c'est vous qui lavez nos âmes, qui les purifiez; c'est vous qui, vraie lumière des cœurs, redressez les voies tortueuses, rendez flexible l'âme, qui vous opposait de la résistance; c'est vous qui répandez l'eau salutaire, la rosée qui rafraîchit, sur notre âme sèche et aride. Si maintenant je mets en regard toutes ces délicieuses paroles et le grand mot de Jésus-christ: Je vous enverrai un autre Consolateur, il m'est impossible de ne pas voir dans le langage de l'Eglise le commentaire de la parole du divin Sauveur.


Saint Bernard, en traitant le sujet dont je m'occupe, disait à ses religieux: Le Saint-Esprit est pour nous le gage du salut, les arrhes du ciel, la lumière de la science, la force qui fait vivre. Il rend possible tout ce qui ne le serait pas sans lui. Que de larmes le Saint-Esprit essuie tous les jours! Que de douleurs il apaise! Combien d'âmes désolées hier, lui doivent aujourd'hui des torrents de pures délices! Saint Paul qui a dit avec tant de force ses continuelles épreuves, nous parle avec la même éloquence de la joie que le Saint Esprit fait surabonder dans son âme. L'Eglise nous dit aussi que le Saint Esprit est une onction spirituelle pour tous les cœurs dont il ferme les plaies, et dont il dissipe les amertumes. Qui dira les tempêtes du cœur apaisées tous les jours par le Saint Esprit? un rayon de lumière, une étincelle de ce feu divin dont le Saint Esprit est le foyer éternel, une goutte de cette eau vive dont il est le divin réservoir, tout suffit à l'âme affligée, triste, découragée, abattue, pour la rendre forte, énergique, capable de tout dans le domaine de la sainteté. Oh! comme elles sont à plaindre, ces pauvres chères âmes qui ne connaissent pas le Saint-Esprit, qui ne lui parlent jamais, qui vivent seules, sans cet hôte divin dont la présence procure tous les genres de biens! Puissent-elles un jour comprendre leur profonde misère, et faire connaissance avec le Saint Esprit! Alors elles l'invoqueront, elles dirigeront vers lui tous leurs désirs, et bientôt elles éprouveront la vérité de la promesse de Jésus-christ: « Mon Père vous enverra un autre Consolateur »!

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11 février 2011

Le Mois du Saint Esprit

Le Mois du Saint Esprit

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Douzième jour

L'esprit D'amour


Voici un grand mot tombé de la plume céleste de saint Paul, mot profond, éloquent, et que l'âme pieuse ne saurait trop répéter, en s'efforçant de pénétrer le sens admirable qu'il renferme. La Charité, dit le grand Apôtre, est répandue dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous est donné. Or, comme rien n'est au-dessus de la Charité qui est la reine des vertus et dont le privilège est de survivre à la foi et à l'espérance pour subsister éternellement, il est de la dernière évidence que, pour notre âme, l'unique nécessaire consiste dans la Charité, et par conséquent dans la réception en nous de cet Esprit-Saint dont le ministère est la sanctification des membres de Jésus-Christ par la Charité. C'est le Saint Esprit qui établit le règne de la Charité dans notre cœur, comme le dit clairement le grand Apôtre. Que la Charité ou l'Amour nous vienne par le Saint Esprit, c'est ce que la foi nous enseigne de la manière la plus formelle. Saint Paul a écrit ce grand mot: « Le fruit du Saint Esprit, c'est la Charité ». Tous les biens qu'énumère le même Apôtre, après avoir écrit cette ligne étincelante de clarté, doivent être regardés comme les fruits, les effets, les conséquences de la Charité. Ainsi ont pensé saint Augustin, saint Anselme, saint François de Sales, et bien d'autres commentateurs. Le vrai fruit du Saint-Esprit, celui qui renferme tout, qui produit tout, c'est donc la Charité. Le disciple bien-aimé de Jésus nous dit: Dieu est Charité, et celui qui demeure dans la Charité, demeure dans Dieus. Or, nous savons que dans l'adorable Trinité c'est le Saint Esprit qui est l'Amour, la Charité; l'Eglise l'enseigne formellement; dans ses hymnes sacrées, elle appelle le Saint-Esprit, feu, charité, ignis, charitas. Il est donc certain que la présence du Saint Esprit dans moi est nécessaire pour que je possède la Charité, comme aussi la Charité, en régnant dans mon cœur, suppose la présence du Saint Esprit dont elle est inséparable, comme le fruit est inséparable de l'arbre destiné à le produire. Ces premières considérations doivent servir à m'introduire dans l'examen de plusieurs vérités dont je verrai bientôt l'importance pratique. Oh! puissent ces vérités, me pénétrer vivement du désir de recevoir le Saint Esprit, et de préparer mon âme, par le recueillement et le silence, à recevoir les grâces précieuses que le Saint-Esprit se plaît à répandre dans le cœur des fidèles.

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La nature de l'amour divin, ou de la vraie Charité


Quand je cherche la nature de l'Amour divin, il est bien évident qu'il s'agit de cet Amour considéré dans une âme à laquelle le Saint Esprit a daigné le communiquer. Car vu dans Dieu, dans son principe, dans son infinie perfection, l'Amour peut-il être bien défini et clairement conçu par ma pauvre intelligence? Hélas! je serais tenté d'appliquer à cet Amour éternel, infini, incompréhensible, les paroles qu'a dites le Prophète Isaïe en parlant du Verbe Eternel: « Qui racontera sa génération? O mon Dieu, vous êtes Puissance, Sagesse, Amour, je le sais, je me prosterne, j'adore! » Mais s'il s'agit de pénétrer par mon intelligence dans le sein de cette même Puissance, de cette Sagesse, de cet Amour, je m'arrête étonné, ébloui, confondu, et je confesse mon néant. J'ajoute néanmoins une chose, et c'est une vérité dont il m'est permis d'être fier, j'ajoute que, par la lumière de la foi, je peux concevoir des choses admirables sur vos perfections infinies, en m'élevant de la connaissance des effets à la cause qui les produit, en me servant de vos œuvres comme d'un point d'appui pour m'élancer jusqu'à vous, pour m'élever à la contemplation de quelques rayons de votre éternelle clarté. Mais je reviens à moi, et je demande ce qu'est dans mon cœur cet amour que le Saint Esprit lui communique en venant l'habiter. Et ici je rencontre saint Augustin qui m'offre ses lumières et qui me dit: « J'appelle Amour un mouvement de mon âme vers la jouissance de Dieu pour lui-même, vers la jouissance de moi-même et de mon prochain pour Dieu, à cause de Dieu. Si ce mouvement est dans moi, il produit l'union de moi-même avec Dieu et avec mon prochain; s'il est dans l'âme des autres, il tend à produire l'union de mon âme avec Dieu et avec mon prochain ». Comme cet enseignement est clair et comme il est doux pour l'âme fidèle! Le Saint Esprit, en venant dans mon cœur, lui communique ce mouvement par lequel ce même cœur gravite vers Dieu et s'arrête dans lui, pour s'en nourrir, pour y trouver sa jouissance. Ce mouvement imprimé dans mon âme par le Saint Esprit m'attache à mon âme elle-même, parce que cette âme unie à Dieu, possédant Dieu, jouissant de Dieu, est nécessairement agréable à Dieu; or comment n'aimerais-je pas cette âme dont le Saint Esprit lui-même assure que Dieu fait ses délices? Enfin ce mouvement imprimé à mon cœur par le Saint Esprit me porte vers mon prochain, parce que mon prochain n'est autre chose, suivant l'admirable définition de saint Augustin, qu'un être qui est en possession de Dieu, ou un être auquel je puis procurer ce bien inestimable, un être qui peut encore devenir l'ami de Dieu et le glorifier éternellement. O Charité, ô Amour divin, comme tes effets sont beaux, comme ils sont riches et précieux pour moi! je cesse d'être étonné, en contemplant cette lumière qui jaillit de la parole du Cantique: Alors même que l'homme aurait donné toutes les richesses de sa maison pour acquérir la Charité, il les mépriserait comme s'il n'avait rien donné.


Que sont en effet tous les trésors, que suis-je moi-même comparé à la Charité, à l'Amour par lequel je monte jusqu'à Dieu et je me plonge dans l'Océan de son éternelle lumière? Lorsque je lis dans la Sainte Ecriture que l'Amour est un feu, je dois m'arrêter à ce mot et m'en servir pour comprendre mieux les ineffables richesses de l'Amour. S'il est désigné, nommé comme un vrai feu, c'est qu'il produit dans l'ordre moral, dans l'ordre surnaturel, tous les effets que produit le feu matériel dans l'ordre matériel et physique. L'Amour éclaire l'âme fidèle, pourrait-elle en douter? Oh! comme elle y voit bien, quand elle aime beaucoup! L'Amour lave, nettoie, purifie; que reste-t-il d'impur dans- une âme dont il s'est emparé? Alors même que cette âme s'est trouvée chargée des plus monstrueuses iniquités, Jésus Christ lui dit: « Beaucoup de péchés te sont remis, parce que tu as beaucoup aimé ». L'Amour brûle; quelle chaleur dans l'âme des Saints! L'Amour se communique et se propage. Voyez les Apôtres, et dites si, pleins du feu dont le Saint Esprit avait embrasé leur âme, ils tardèrent beaucoup a répandre ce feu sur le monde entier. Il est possible que certaines âmes ne comprennent pas ces vérités; il est possible que ces mêmes âmes n'éprouvent qu'un dégoût mortel pour de semblables considérations. Qui s'en étonnerait? L'homme animal, nous dit saint Paul, ne conçoit rien aux choses de Dieu. « Mais, s'écrie saint Augustin , donnez-moi un cœur qui aime; celui-là sent ce que je dis ». O âme chrétienne, si tu n'aimes pas encore, n'éprouverais-tu pas au moins un commencement de désir d'aimer? Eh bien, ne perds pas cette première grâce; va prier, demande le Saint-Esprit, et le Dieu des miséricordes fera descendre sur toi les dons divins, et tu possédera l'Amour de Dieu.

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Les biens que l'Amour divin apporte avec lui dans notre âme


C'est une bien grande chose que d'habiter dans Dieu, et d'avoir la certitude qu'à son tour Dieu habite en nous. Or, comme je l'ai déjà vu, le Saint Esprit fait cette promesse à l'âme qu'il visite et qui ne refuse pas de le recevoir. Mais, comprends-le bien, ô âme chrétienne, cette présence de l'amour divin au milieu de toi, entraîne nécessairement avec elle des biens immenses, à moins que tu ne t'obstines à les repousser. Le plus grand de tous les biens que procure l'amour, et que l'amour seul peut nous donner, se rapporte à Jésus Christ. Le divin Sauveur nous a parlé avec force et avec une sorte d'insistance sur la nécessité d'être uni à lui pour arriver à Dieu. Il se compare à une vigne, et il nous appelle les ceps de cette vigne. Or de même que le cep ou le sarment coupé, retranché de la vigne, meurt, se dessèche, n'est utile que pour le feu, de même aussi une âme séparée de Jésus Christ est une âme morte, incapable de porter le moindre fruit pour la vie éternelle, et destinée au feu de l'enfer. C'est la raison pour laquelle Jésus christ nous dit: demeurez dans moi, et moi je demeurerai dans vous. Eh bien, quel est le moyen par lequel une branche d'arbre, un cep de vigne demeurent verts, pleins de vie, productifs? Ce moyen c'est la sève. Or, la sève qui tient l'âme humaine unie à Jésus christ, cherchez-la, et dites si elle est autre chose que l'amour. Non, mille fois non, si l'amour ne descend pas du Cœur de Jésus christ dans notre propre cœur, et si de notre cœur cet amour pur, surnaturel, divin, ne remonte pas vers le Cœur de Jésus-christ, la sève n'existe plus pour nous, nous sommes des branches séparées du tronc, des rameaux retranchés de la vigne. Alors que devenons-nous? Jésus-christ répond: « Vous n'êtes capables de rien! » Oh! qui comprendra le malheur d'une âme qui n'adhère pas à Jésus-christ, qui est séparée de lui? qu'est-elle aux yeux de Dieu qui a mis toutes ses complaisances dans Jésus-christ son Fils? Ame infortunée, Jésus-christ est nul pour elle, je la vois dans un vide affreux. Mais d'où vient ce vide? de l'absence, de l'éloignement du Saint Esprit; car le Saint Esprit seul prend de Jésus-christ pour nous le communiquer. Que prend-il? Son amour. Or, si cet amour n'habite plus dans nous, nous vivons loin de Jésus christ, séparés de Jésus christ. C'est donc un bien inappréciable que cet amour répandu par le Saint Esprit dans nos âmes; oui, sans doute, puisque par cet amour nous ne formons plus qu'un même corps avec Jésus christ. De même, dit saint Augustin, que plusieurs grappes de raisin étant pressées, on n'a qu'un seul et même vin, que beaucoup de grains de froment étant moulus, on obtient un seul et même pain, de même aussi tous les chrétiens fondus ensemble dans l'amour ne font qu'un seul et même corps avec Jésus Christ. Quelqu'un négligera-t-il ce trésor, l'amour, la divine Charité dont le Saint Esprit est l'éternel principe? Mais j'ai dit à peine quelques effets de cet amour dans le cœur du fidèle. Pour les indiquer tous, il faudrait énumérer les dons et les fruits du Saint-Esprit dont me parlent les écrivains sacrés; et. ce n'est pas en quelques lignes qu'il serait possible de peindre cet admirable tableau.


L'âme chrétienne cherchera le moyen d'étudier ce magnifique sujet des plus profondes méditations. Cependant je veux répondre encore une fois à cette question: Quel bien procure à l'âme la présence du Saint Esprit et, par conséquent, de l'amour divin au milieu d'elle? Je dis que le Saint Esprit fortifie l'âme et la porte, en quelque sorte, dans le chemin qui la sépare du ciel. Ceci est une vérité d'expérience. Qui trouve le joug du Seigneur doux et léger? qui trouve la paix, le repos et la joie dans l'humilité que prescrit l'Evangile? qui est fort et constant dans le combat spirituel? qui évite le découragement et les chutes? Ah ! la réponse est facile: c'est celui qui aime. L'amour est fort comme la mort; l'amour nous porte; à cheval sur l'amour, suivant l'expression du premier de tous les ascétiques, l'âme court, elle vole, elle s'élève jusqu'à la plus sublime perfection. Qu'on le confesse au moins naïvement, non, rien n'est impossible, que dis-je? rien ne paraît difficile à l'amour. D'où viennent donc tant de défaillances? d'où viennent ces irrésolutions, ces changements subits, ces rechutes? d'où vient cette perpétuelle inconstance dans les voies du salut? On se plaint plus que jamais aujourd'hui de la rigueur de la loi de Dieu, de la sévérité de l'Evangile; le joug qu'il impose,on l'accuse d'être écrasant. On se remue, on cherche beaucoup pour trouver un livre, un directeur qui adoucisse l'aspérité des discours de Jésus christ. Eh bien! ce livre est trouvé, ce directeur je vais le nommer, il s'appelle l'Amour. Aimez, s'écrie saint Augustin, et faites tout ce que vous voudrez; c'est-à-dire, aimez, et en vous soumettant au joug de l'Evangile, vous serez si heureux, si consolés dans votre odeur, que vous ferez tout avec plaisir, comme si vous ne faisiez que votre volonté. O Amour, comme je sens que ta présence m'est nécessaire! Que deviendrais-je sans toi? Esprit Saint, venez, descendez dans mon pauvre cœur, et allumez-y pour toujours ce feu divin que vous puisez éternellement dans le sein du Père et du Fils, afin que je sois un jour élevé à la société de leur gloire.


En quoi se résument les biens que le Saint Esprit communique à l'âme fidèle


Il existe pour les âmes saintes un sentiment que l'on peut comparer an sens du goût et qui, comme ce sens que Dieu a donné à notre corps pour lui faciliter l'action de manger et de boire, en la lui rendant agréable, rend douce et agréable pour nous la personne adorable du divin Sauveur, ses mystères, ses actions, ses pensées, ses sentiments et son langage. J'appelle ce sens intérieur le goût de Jésus-christ. Avoir le goût de Jésus christ, c'est donc éprouver pour le divin Sauveur un attrait, une propension, une sympathie qui fait désirer Jésus christ, qui fait aimer tout ce qui est de lui, tout ce qui le touche, tout ce qui vient de sa personne divine, enfin tout ce qui se rapporte à cette même personne. Jésus-christ, en appelant à sa suite les premiers Apôtres, leur communiqua un peu de ce goût, de cet attrait qui les attacha à lui. Mais ce n'était que peu de chose comparé à ce qui devait arriver plus tard, et le divin Maître déclara, avant sa mort, qu'il était expédient pour ses Apôtres de perdre sa personne sensible, afin que le Saint Esprit vînt en eux, et leur communiquât cette grande lumière qui, en les éclairant sur la grandeur, les perfections, les amabilités de leur Maître, devait exciter en eux un vif sentiment d'amour, un attrait irrésistible, enfin le goût le plus fort pour sa personne adorable. Voyez les Apôtres, voyez saint Paul, tous les fidèles de la primitive Eglise, et dites le goût que tous avaient pour Jésus Christ devenu leur vie, toute leur félicité et leur seule gloire. Le goût de Jésus-christ est une disposition de l'âme qui est due au Saint-Esprit; seul le Saint-Esprit communique ce goût; il est donc surnaturel. Quand une âme le possède, elle aime Jésus Christ sans rien distinguer, ni excepter dans lui. Elle aime Jésus Christ tel qu'il est, elle aime sa vie et sa mort, ses humiliations et sa gloire; elle aime sa croix, son autel, sa vie eucharistique; elle aime tout ce qui est de Jésus Christ, parce qu'elle est entraînée vers lui par le goût qui domine en elle. Le goût de Jésus christ a fait les Saints comme aussi le dégoût, l'antipathie, l'éloignement d'un grand nombre d'âmes pour Jésus-christ peuplent l'enfer. Ce qui inspire le dégoût de Jésus christ, c'est l'attrait prononcé auquel on se livre par rapport à tout ce que Jésus christ a condamné par ses exemples et par ses discours. Comment parviendrait-on à concilier ce dégoût avec l'amour que Jésus christ exige?


Que le dégoût à l'égard de Jésus Christ soit très commun aujourd'hui, c'est ce qui n'a pas besoin d'être prouvé. Les conversations d'un grand nombre de personnes adonnées à certaines pratiques de Religion, et chargées de plusieurs bonnes œuvres attestent que les maximes de Jésus Christ font souffrir beaucoup, et qu'on les rejette avec un mépris qui n'est que trop manifeste. Hélas! il faut bien l'avouer, Jésus christ fatigue, impatiente certaines personnes dévotes; elles ont pour sa vraie doctrine le même dégoût, la même antipathie que les écrivains impies professent pour sa Personne infiniment sainte. Le Saint Esprit n'habite pas dans ces âmes. Voyez, au contraire, les âmes vraiment pieuses que le Saint Esprit a visitées, qu'il a sanctifiées. Quel goût prononcé, quel attrait vif et puissant pour Jésus Christ! Ces âmes courent toujours au-devant de Jésus Christ. Tout ce qu'il est fait leurs délices; tout ce qu'il a fait les transporte d'admiration et d'amour; chacune de ses paroles fait bondir leur poitrine. Ces âmes courent au-devant de Jésus, de ses ordres, des manifestations de sa volonté. Il en est qui ont un tel goût pour ce divin Maître qu'elles ne veulent pas se contenter de suivre ses commandements; un. attrait doux, délicieux, les attire vers ce que Jésus-christ a aimé, et ce qu'il a conseillé. De là la perfection évangélique qui est l'effet du goût le plus prononcé pour Jésus christ, pour son esprit et pour son cœur. Eh bien, âme fidèle, où en es-tu par rapport à ce bien inestimable qui s'appelle le goût de Jésus christ? Il s'agit pour toi d'un trésor qui surpasse tout; car enfin, si ton goût est acquis à Jésus, si ton attrait te porte sans cesse vers lui, quels ne seront pas tes progrès dans la vertu? Si donc tu comprends ces choses, tu vas demander à grands cris le Saint Esprit, parce que lui seul donne le goût de Jésus christ. Avec l'esprit du monde, le goût du monde arrive; or le goût du monde c'est le goût des choses de la terre, et saint Paul assure que ceux qui goûtent les choses terrestres, qui se délectent dans elles, sont les ennemis de la croix de Jésus. Oh! comme il serait bon de méditer souvent cette grande parole!

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10 février 2011

Le Mois du Saint Esprit

Le Mois du Saint Esprit

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Onzième jour

L'Esprit de Vérité


C'était après la dernière cène; le divin Maître encore à table avec ses disciples, leur annonçait les plus ineffables mystères de l'amour. « Si vous m'aimez, leur dit-il, gardez mes commandements. Et moi je prierai mon Père, et il vous donnera un autre Paraclet pour qu'il demeure toujours avec vous, l'Esprit de Vérité que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit pas et ne le connaît pas; mais vous, vous le connaîtrez, parce qu'il demeurera au milieu de vous, et qu'il sera en vous ». Ici je vois clairement l'action perpétuelle du Saint Esprit sur l'Eglise dont les Apôtres sont établis les  fondateurs. Cette action toute divine conservera l'Eglise dans la vérité, la rendra forte et invincible devant ses ennemis, et la conduira jusqu'à ses immortelles destinées. Mais l'action du Saint Esprit ne doit pas être considérée uniquement dans ses rapports avec l'Eglise constituée en société ; chacun des membres de l'Eglise, chaque fidèle en particulier peut être dirigé, soutenu, sanctifié par celte même action, et c'est ce qu'il m'importe de bien comprendre aujourd'hui. Non, c'est sans aucun doute, la promesse de Jésus Christ est pour moi, et, si je le veux, le Saint Esprit me sera donné, il résidera en moi, il sera ma lumière et ma force, il me sanctifiera pour la bienheureuse éternité. Mais avant de considérer la grandeur du bien que me promet Jésus Christ, je m'arrête un moment sur cette parole de mon adorable Maître: « Le monde ne peut pas le recevoir ». Pourquoi? Parce qu'il ne le voit pas et qu'il ne sait pas ce qu'il est.


Or, nous dit un savant commentateur, le monde, cela signifie les hommes mondains, animaux, selon l'énergique expression de saint Paul, les hommes charnels, attachés au mal par des affections toutes terrestres, par l'amour des richesses, des honneurs, des plaisirs, de la gloire, de la mollesse, de toutes les jouissances que procure la vie présente; ces hommes sont les ennemis pratiques de la croix de Jésus, parce qu'ils n'ont du goût que pour les choses de la terre, comme l'affirme le grand Apôtre. Ces hommes forment la société que Jésus Christ appelle le monde, et c'est là cette société que le divin Sauveur déclare incapable de recevoir le Saint Esprit. Je ne dois pas être surpris de cette impossibilité où se trouve le monde de recevoir l'Esprit de Dieu, puisque cet esprit étant céleste, surnaturel, divin, son règne ne peut s'établir que sur les âmes rendues par la grâce surnaturelles, célestes, divines, et par là même, ennemies de tout ce qui constitue l'homme mondain. Le grand docteur saint Basile nous dit: « De même qu'une glace couverte d'une poussière épaisse ne saurait refléter l'image d'une personne, ni la lumière du soleil, de même aussi la clarté, la lumière du Saint Esprit s'arrête devant une âme couverte de cette couche de terre grossière qui lui vient des pensées et des affections terrestres ». Non, le mondain ne reçoit pas le Saint Esprit, et cela parce qu'il ne le voit pas; ses,yeux sont fermés pour cette admirable lumière, ou bien ils se trouvent pleins d'une poussière qui les empêche de voir. Oh! combien d'âmes sont dans cet état effrayant! En ne voyant pas le Saint Esprit, on ne sait pas ce qu'il est, ajoute Jésus-christ; comment alors pourrait-on l'estimer, le désirer, le demander, comment surtout pourrait-on l'aimer, le goûter, l'embrasser avec joie comme un consolateur, au milieu des tristesses de ce monde? Mais je laisse l'âme mondaine pour m'occuper de moi qui, par un effet de l'infinie miséricorde de mon Dieu, ai le désir, la volonté de connaître et de recevoir le Saint-Esprit. Oui, Seigneur, c'est de votre Esprit que je veux m'occuper aujourd'hui; vous m'instruirez vous-même sur ce magnifique sujet; vous me direz l'objet de cette admirable promesse faite à tous vos disciples: « Je prierai mon Père, et il vous enverra l'Esprit Consolateur, l'Esprit de Vérité ». Répandez sur moi cet Esprit, et rendez-moi capable de l'estimer, de l'aimer, et de le désirer avec une telle ardeur que je puisse, comme les Apôtres, être plein de lui-même pendant ma vie et à l'heure de ma mort.

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Le Saint Esprit dissipe l'ignorance


J'ai entendu le divin Maître: « Mon Père vous enverra l'Esprit de Vérité ». Quel trésor pour l'homme, et quel immense bien lui promet Jésus Christ par cette divine parole! Sans doute, le Fils de Dieu, le Verbe Incarné est lui-même la Vérité; il l'a plusieurs fois affirmé: « Ego sum Veritas », et c'est la raison pour laquelle, en dehors de Jésus Christ, de son enseignement, de sa doctrine, l'homme s'agite en vain pour trouver la vérité, la vraie lumière qui satisfait l'intelligence, et descend jusqu'au fond du cœur pour l'inonder de sa douce et suave clarté. Il était réservé au Saint-Esprit d'ouvrir lui-même l'esprit et le cœur des hommes pour les rendre capables de voir, de connaître, de goûter Jésus-christ, et de s'attacher à lui comme au seul bien capable de rassasier leur âme tout entière. Sans le Saint Esprit l'homme marche dans l'incertitude, et il ne cesse de demander comme cet infortuné proconsul Romain: « Qu'est-ce que la Vérité? » Avec le Saint-Esprit tous les doutes, toutes les erreurs, tous les mensonges sont dissipés, et l'âme fidèle se repose délicieusement dans le sein de la vérité. Mais le premier effet que produit le Saint-Esprit dans une âme dont il s'empare consiste à éloigner de cette âme la nuit, l'obscurité qu'engendre l'ignorance. J'ai dit là un grand mot, l'ignorance! Quoi de plus humiliant pour nous, quoi de plus dangereux? et néanmoins, quand il s'agit des choses nécessaires, je ne crois pas qu'il se rencontre dans l'homme un mal plus commun que celui de l'ignorance. Ignorer c'est ne pas voir, ne pas savoir. La privation de lumière, de clarté, de vérité, constitue l'état d'ignorance. Or, dans la vie chrétienne, dans la vie spirituelle l'ignorance consiste à ne pas voir Dieu, Jésus-christ; à ne pas se voir soi-même. Oh! quelles ténèbres épaisses environnent Dieu, Jésus Christ, l'âme humaine, quand l'intelligence n'est pas éclairée par le Saint Esprit, l'Esprit de Vérité! Cet état est affreux, et néanmoins il est très-commun. Depuis le fauteuil académique jusqu'à la mine où travaille un malheureux couvert de quelques sales haillons, comptez les hommes pour lesquels Dieu est un mot, Jésus-christ un être inconnu, l'âme humaine un rien du tout. Quelle épouvantable dégradation! Mais l'état d'ignorance est-il un état coupable?


Voilà une question assez sérieuse, pour mériter un examen attentif. Si l'état d'ignorance est volontaire, évidemment il est coupable: car enfin personne ne niera que la volonté de vivre sans connaître Dieu, sans étudier Jésus Christ, sans examiner la situation de notre âme, ses rapports avec Dieu, avec Jésus-christ, ne soit un crime pour l'homme baptisé. Mais la cause, mais le principe de cette ignorance, où faut-il les chercher? Hélas! oui, on les rencontre presque toujours dans la volonté. Celle-ci craint la lumière, la vérité, parce que, dit le Saint Esprit, elle craint, elle refuse de bien faire. Combien de cœurs impatients de la lumière! Ils se fâchent contre elle, ils la repoussent, elle leur est insupportable parce qu'elle fait naître le remords opposé à cette fausse sécurité qui est pour le plus grand nombre des hommes, le vrai charme de la vie. Aussi que de prétextes pour ne pas lire, pour ne pas entendre certaines choses! Quelle préférence pour les livres et pour les docteurs qui ne troublent pas. Eh bien, j'entends un juste de l'Ancien Testament qui s'écrie: « Envoyez, Seigneur, votre lumière et votre vérité, afin qu'elles me dirigent et me conduisent jusqu'à vos saints tabernacles ». Voilà bien le cri d'une âme qui craint l'ignorance, qui la redoute comme un grand mal. Ce cri est-il le mien, toujours, dans toutes les circonstances! Mais le contraire de l'ignorance, c'est la science, et celle-ci est un don du Saint Esprit; on l'appelle la science de Dieu, la science des Saints, elle nous vient par le Saint-Esprit que Jésus Christ appelle l'Esprit de Vérité. Cette science est le pain de l'intelligence qui la reçoit pour s'en nourrir. Dieu, Jésus Christ, l'Evangile, les vertus chrétiennes, quel vaste champ pour l'esprit de l'homme toujours avide de savoir! Et comme une âme est heureuse, quand on peut lui appliquer cette parole: « Dieu la nourrit du pain de l'intelligence et de la vie ». Je serai cette âme, si je le veux. Le Saint Esprit ne m'a-t-il pas été promis? En venant dans moi, n'apporte-t-il pas la clarté, la lumière, un grand jour? Si donc j'ai la noble ambition de marcher dans la lumière, de voir la nuit de l'ignorance se dissiper pour moi, et faire place à une céleste clarté, je dois appeler le Saint-Esprit, le demander avec ferveur, avec persévérance, et le divin Sauveur qui me l'a promis se hâtera de me dire: « Vous recevrez dans vous la vertu du Saint-Esprit ».

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Le Saint Esprit corrige les erreurs


Le disciple bien-aimé de Jésus a écrit ces lignes qu'on ne saurait trop méditer: Nous, nous sommes de Dieu. Nous connaissons l'esprit de Vérité, et l'esprit d'erreur ». Il faut bien que ces deux esprits existent, puisque ceux qui sont de Dieu les connaissent, et par là même, savent les distinguer. Je ne dois pas confondre l'erreur avec l'ignorance; celle-ci ne voit pas,.ne sait pas, elle représente les ténèbres, la nuit. Quant à l'erreur, elle sait, elle voit, mais elle sait mal et elle voit sous un faux jour; la lumière qu'elle voit, n'est pas la vraie lumière. Or, Jésus Christ est la Vérité. C'est un affreux malheur que cet état dans lequel une âme croit savoir, et se persuade qu'elle possède la lumière, alors que l'esprit d'erreur dont nous parle saint Jean est le seul qui la dirige. Ecoutons Jésus Christ; il nous adresse cette parole profonde: « Prenez garde que la lumière qui est en vous ne soit ténèbres », et ailleurs: « Si la lumière qui est en vous n'est que ténèbres, les ténèbres elles-mêmes que seront-elles? » Mais l'erreur est-elle coupable? Hélas! Oui, bien souvent et dans mille circonstances. Le vrai, surtout en morale, contrarie la nature gâtée par le péché. On raisonne avec lui, on invente des sophismes pour le combattre; à force de désirer qu'une chose soit bonne ou licite, on finit par se persuader qu'il en est ainsi. Le cœur séduit, entraîne l'esprit, et celui-ci devenu la dupe des désirs mauvais, se hâte bien vite d'entrer dans le calme, dans la paix épouvantable qui constitue une fausse conscience. Cet état est plus commun qu'on ne le pense ordinairement. Beaucoup d'âmes lâches l'ont embrassé volontiers; la lumière dont elles se croient en possession, Jésus Christ l'appelle ténèbres! Le domaine de l'erreur est très grand; il s'étend tous les jours davantage. Que de dévots se plaisent sur ce domaine! Là ils trouvent la voie large dans laquelle il y a une place pour les sacrements et toutes les bonnes œuvres, et une autre pour l'orgueil, l'avarice, l'ambition, la mondanité et tous les désordres dont gémit le vrai fidèle. Eh bien, voici le grand docteur, le docteur de la Vérité qui met en fuite l'erreur et fait briller la vraie lumière. Jésus-christ le promet à ses disciples. « Le Saint-Esprit, dit le Sauveur, vous enseignera toute vérité. Le Saint-Esprit vous enseignera toutes choses; il vous donnera l'intelligence de toutes les paroles que vous avez entendues de moi ». Quelle magnifique promesse!


Non, personne ne tombe dans l'erreur, s'il possède le Saint-Esprit, s'il le consulte, s'il l'écoute, s'il ne lui résiste jamais. Voilà pourquoi les amis de Dieu sont toujours dans la lumière, dans la vérité; ils marchent, nous dit le Sauveur, ils marchent comme des fils de la lumière. Quelle prérogative digne de mon ambition! Etre fils de la lumière! Oh! si toujours la lumière, la Vérité était ma mère! Si elle enfantait toutes mes pensées, tous mes jugements, toutes mes appréciations, tous mes désirs et tous mes actes! Qui connaît un plus riche trésor ici-bas? Avec cette qualité, fils de la lumière, on voit Jésus-Christ tel qu'il est; on ne se trompe ni sur ses mystères, ni sur ses œuvres, ni sur le sens de ses paroles. C'est un état bien digne de l'ambition de toute âme droite qui veut sincèrement le bien, le beau et le vrai. Suis-je une de ces âmes? J'ai célébré souvent la fête de la Pentecôte; j'ai été confirmé, ai-je reçu le Saint Esprit, l'Esprit de Vérité qui éloigne et détruit toutes les erreurs? C'est quelque chose d'assez important pour attirer et pour fixer mon attention. L'âme peu soucieuse de la Vérité néglige le Saint Esprit, elle lui résiste, elle éteint en elle sa divine lumière. Arrivée à cet état déplorable, il n'y a pas de sottise, d'absurdité, dans le domaine de l'erreur, que cette pauvre égarée ne soit capable de saluer avec transport comme la vraie reine de l'intelligence: La Vérité! Que de pauvres âmes, autrefois filles de la lumière, ne sont plus aujourd'hui qu'un amas de ruines! Tout a été renversé en elles, tout a été détruit! Hélas! le Saint Esprit, en se retirant, a laissé le vent de l'erreur entrer par toutes les ouvertures, et celui-ci a tout renversé. Aussi qu'on ne s'étonne pas si, dans cette âme, le faux s'appelle le vrai, le laid a pris le nom du beau, le mal celui du bien. O Saint-Esprit qui m'avez été promis par mon adorable Sauveur! venez, venez à mon âme, ne tardez pas. Avec vous, à l'aide de votre adorable lumière, je verrai bien mon Jésus, sa vie et ses actions; je verrai bien le sens de ses divines paroles, et je tressaillerai de bonheur, comme Jean-Baptiste dans le sein d'Elisabeth, parce que je nagerai dans l'Océan de la plus pure lumière!

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Le Saint Esprit guérit la duplicité dans les âmes


L'Esprit de Vérité est l'ennemi de l'ignorance et de l'erreur, combien ne l'est-il pas de la fausseté, de la duplicité et de l'hypocrisie! La Vérité est simple. Les ajustements dont on la couvre pour déguiser sa vraie nature lui vont mal, parce qu'ils la défigurent. Elle est si belle, si gracieuse, la Vérité! pourquoi s'efforce-t-on de la rendre méconnaissable, en lui enlevant tous ses charmes? La Vérité a pour caractères la simplicité et la droiture. Le Saint Esprit nous dit: « Rendez droites ses voies ». « La simplicité des justes, nous dit l'Ecriture, les dirigera ». Quel savant et habile directeur! Mais combien d'âmes le craignent! Il leur faut des détours, des ruses, des chemins peu battus; de là les finesses, les dissimulations, les mensonges ou en actes ou en paroles. Ces pauvres âmes ont oublié le terrible anathème: « Les lèvres menteuses sont en abomination devant Dieu ». Jésus Christ est venu à nous vrai enfant, avec toute la simplicité de l'enfance. Il nous a déclaré cette vérité importante: « Si quelqu'un ne devient pas semblable à ce petit enfant, il n'entrera pas dans le ciel ». L'homme vrai est simple, droit, sans hypocrisie. Sa bouche est l'écho de son esprit et de son cœur; il en est de même de toute sa conduite, elle est vraie parce qu'elle représente ce qui se passe dans le cœur; elle est donc le miroir du cœur. Mais où se trouve l'homme vrai, simple, toujours droit et sincère? Là où le Saint Esprit habite. « Les pensées humaines sont perverses, a dit le Saint Esprit lui-même ». Oui, l'âme humaine est viciée, et elle incline vers la fausseté et le mensonge; la duplicité lui apparaît comme un art digne d'être cultivé; aussi, quand l'empire de la foi s'affaiblit, on ne voit plus qu'hypocrisie, duplicité et mensonge. Que de femmes dévotes savent cela par expérience!


Hélas! tromper pour elles, c'est une habitude bien ancienne, c'est un besoin. Le directeur de leur conscience devient innocemment le complice de leur orgueil, tant les discours qu'elles tiennent ressemblent à la vérité dont ils imitent le ton. Qui corrigera ces pauvres âmes? Le Saint Esprit en les éclairant sur les dangers de cet orgueil qui les domine et qui les rend, presque à leur insu, les viles esclaves de la supercherie et du mensonge. Le Saint-Esprit est Vérité; Jésus-christ l'appelle Esprit de Vérité. Il est donc l'adversaire implacable de la fausseté, de la dissimulation, de l'hypocrisie. « Il converse avec les simples », nous dit l'Ecriture. Ce qu'il aime, c'est la candeur et la droiture. Quand il a apparu sur la terre, il a pris la figure d'une blanche et simple colombe. Qu'on ne lui parle pas de détours et de ruses, il les abhorre. Saint Paul le savait bien quand il écrivait aux fidèles de Corinthe: « Je ne veux pas qu'on s'éloigne de la simplicité qui est dans Jésus-christ ». L'âme fidèle médite volontiers cette parole de nos Livres Saints: « Celui qui marche avec simplicité marche avec confiance ». Elle comprend que marcher dans la dissimulation, suivre les voies obliques, c'est renoncer aux motifs raisonnables d'une vraie confiance en Dieu. Pour rien au monde elle ne voudrait tomber dans ce malheur. Vouloir paraître ce que l'on n'est pas, c'est la loi presque universelle aujourd'hui. Etre bon, spirituel, vertueux, c'est de quoi en n'a aucun souci, pourvu qu'on paraisse tel. Les apparences sont tout, la réalité n'est plus rien. De là cette ignoble comédie qui se joue partout, depuis le palais des souverains jusqu'à la mansarde du plus pauvre artisan. O mon Dieu, qui nous rendra vrais, droits et sincères? Le Saint Esprit si nous le demandons, si nous l'attirons dans nous. Quant à l'esprit de l'homme abandonné à lui-même, il est faux, trompeur, hypocrite. Non, mon Dieu, je ne veux pas être faux et trompeur. Je sais que si l'on peut tromper les créatures, on né parvient jamais à tromper votre œil infiniment éclairé. Vous, Seigneur, vous êtes la Vérité, et en aimant la Vérité, c'est vous-même que j'aime. Envoyez dans moi cet esprit que vous promettiez à vos premiers disciples, afin qu'il éloigne de moi l'ignorance, qu'il corrige mes erreurs, qu'il redresse toutes mes voies, et je deviendrai vrai, droit, sincère comme le sont tous les enfants du Père céleste.

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09 février 2011

Le Mois du Saint Esprit

Le Mois du Saint Esprit

 

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Dixième jour

 

Le Saint Esprit communique l'Esprit de Jésus Christ


La mission du Saint Esprit a pour objet la gloire de Jésus Christ. Jésus Christ sera glorifié, quand le Saint Esprit établira son royaume qui est l'Eglise. Alors le nom de Jésus sera connu dans le monde entier par la prédication de l'Evangile, et le Saint Esprit formera lui-même les membres de ce corps dont Jésus est le chef, en donnant aux âmes une nouvelle vie. Tous les effets de sainteté et toutes les œuvres de la grâce dans les justes viennent du Saint Esprit comme Esprit de Jésus, et cet Esprit ne se communique absolument qu'à Jésus et à ses membres; il n'est donné que par ses mérites, pour l'accomplissement de ses desseins, et pour la formation mystérieuse de son corps mystique qui est l'Eglise. Toutes ces vérités se trouvent renfermées dans ces admirables paroles du divin Sauveur: « L'Esprit de vérité me glorifiera, parce qu'il recevra de ce qui est à moi et il vous l'annoncera ». Ainsi ce que le Saint Esprit apporte aux hommes, ce qu'il vient leur donner, c'est ce qui est de Jésus-christ, de la substance de son âme, de ses pensées, de ses sentiments, de son cœur; c'est évidemment l'Esprit de Jésus Christ. Paf son Ascension dans le ciel, Jésus-christ a enlevé aux hommes la vue et la jouissance de son humanité sainte, de son corps adorable. Le jour de la Pentecôte, il leur envoie son Esprit. Certes, c'était avec une profonde sagesse qu'il leur disait: « Il est expédient pour vous que je m'en aille ». Et les Apôtres ne disaient-ils pas dans leur premier sermon: « Après avoir été élevé par la main de Dieu, il a envoyé son Esprit »?


II est donc certain que Jésus Christ a voulu donner son Esprit à ceux qui sont à lui. H n'est pas moins certain que sans l'Esprit de Jésus-christ, on ne peut pas être membre vivant de son corps mystique, et qu'on vit alors séparé de lui. Arrêtez la sève d'un arbre, qu'elle ne se communique plus à une branche; cette branche meurt, il faut la couper: c'est du bois sec destiné au feu. Eh bien! Jésus-christ a dit: « Je suis la vigne, vous êtes les sarments; de même que le sarment ne porte plus de fruit, s'il est séparé de la-vigne, vous, sans moi, vous ne pouvez rien faire ». Celui donc qui ne reçoit pas la sève divine qu'on appelle l'Esprit de Jésus Christ, qui ne participe plus à cet Esprit, est une branche morte, sèche, propre seulement au feu. Mais que faut-il entendre par ces mots: avoir l'Esprit de Jésus-christ? Une jeune personne a toutes les idées, tous les penchants, tous les goûts de sa mère. Les opinions, les jugements de sa mère sont la règle invariable de ses opinions et de ses jugements. Elle aime les personnes que sa mère affectionne, elle trouve désagréables celles que sa mère ne peut souffrir; elle a tellement reçu de sa mère tous les genres d'impression que sa démarche, son maintien, tout son extérieur la rend semblable à sa mère. Son langage, le son de sa voix, tout rappelle sa mère; elle va jusqu'à aimer ou détester les genres d'aliments que sa mère aime ou déteste. Cette jeune personne a l'esprit de sa mère. Maintenant il est aisé de comprendre ce que c'est que d'avoir l'esprit de quelqu'un. Tous les jours on répète ces paroles. Celui-ci a l'esprit français, cet autre a l'esprit italien. On dit encore: l'esprit religieux, l'esprit mondain, l'esprit du siècle, l'esprit des franciscains, des dominicains, des jésuites; chaque siècle, chaque peuple, a son esprit propre; il en est de même de tous les corps, de toutes les sociétés civiles ou religieuses. Or, l'Eglise catholique a son esprit propre, son esprit particulier, et cet esprit c'est l'Esprit de Jésus Christ. Et comme chacun doit avoir l'esprit de son état, de sa condition, de la profession qu'il exerce; comme il serait révoltant de voir le noble avec l'esprit de l'artisan, le prince avec l'esprit d'un valet, la dame de qualité avec l'esprit de ses domestiques, on peut juger du dégoût qu'inspire à Dieu, à Jésus-christ, le chrétien qui a l'esprit païen, ou l'esprit mondain, ce qui est parfaitement la même chose. Mon état, ma condition, c'est d'être chrétien, catholique, enfant de Dieu et de l'Eglise, membre du corps dont Jésus-christ est le chef.


Eh bien! l'esprit du christianisme, l'esprit de l'Eglise épouse de Jésus Christ, c'est l'Esprit de Jésus Christ lui-même. Cet Esprit est commun à tous les Elus; il les lie entre eux pour n'en faire qu'un seul et unique corps qui reçoit la vie, le mouvement, la chaleur de Jésus Christ son adorable chef. Je dois comprendre combien il m'importe de savoir si l'Esprit de Jésus Christ est en moi. S'il n'y est pas, le Saint Esprit n'est pas venu me visiter; j'ai perdu mon temps jusqu'ici, et les méditations que j'ai faites sur le Saint Esprit n'ont pas encore produit les effets que Dieu attendait. Mais aujourd'hui, je vais méditer avec une attention scrupuleuse ce sujet si important; je vais me pénétrer de cette grande vérité, que le Saint Esprit veut bien m'enseigner et qu'il me fera comprendre. Je la goûterai, j'en pénètrerai mon âme, et sans doute, je prendrai avec force et avec courage des résolutions qui seront pour moi le commencement d'une vie toute nouvelle.

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Nécessité de l'esprit de Jésus Christ


Le divin Sauveur disait un jour à ses disciples: « Je suis en mon Père, et vous en moi, et moi en vous ». En parlant ainsi, Jésus Christ nous apprenait l'art divin de notre union avec Dieu. De même que le Fils de Dieu est dans sou Père, ayant avec lui la même nature, il veut que nous soyons en lui; nous promettant de son coté, d'être dans nous, par une même vie, et par un même esprit. Les Apôtres l'avaient bien compris, eux qui disaient hardiment en parlant de Jésus Christ: « Il nous a donné de son Esprit »! Certes, rien ne doit m'étonner, après ces paroles: « Nous avons tous reçu de sa plénitude ». Telle est la fin de l'Incarnation du Verbe, la communication de l'Esprit de Jésus Christ faite à l'homme le jour de la Pentecôte. Le Chrétien ne vivra donc plus de son propre esprit, de son esprit d'homme, mais il vivra de l'esprit qu'il reçoit dans les sacrements, de l'Esprit de Jésus-christ qui lui est donné par l'effusion du Saint-Esprit dans son âme. Comment pourrais-je concevoir le moindre doute sur cette vérité? n'est-il pas certain que, pour être sauvé, il faut être devenu enfant de Dieu par une nouvelle création qui a lieu dans le baptême? eh bien! Jésus-christ lui-même appelle le baptême une renaissance dans le Saint-Esprit, et saint Paul, en écrivant aux fidèles d'Ephèse, leur dit: « Nous sommes créés en Jésus Christ ».


Jésus Christ, voilà la terre natale des Elus; ils en prennent le suc, ils se nourrissent de sa substance. Mais après avoir reçu la vie, il faut que nous agissions. La vie spirituelle nous est donnée pour l'action, c'est-à-dire, pour le travail que Dieu doit récompenser un jour dans le ciel. Or, sans l'Esprit de Jésus Christ, il n'y a point de mouvement surnaturel en nous. C'est saint Paul qui le dit: « La loi de l'Esprit de vie est en Jésus-christ ». Il en est tellement ainsi que le premier acte par lequel nous nous élevons vers Dieu, la prière, n'est possible que par l'Esprit de Jésus-christ qui nous est communiqué. Rien n'est donc plus certain, il est impossible d'être enfant de Dieu, d'avoir la vie en nous, et de faire le premier pas dans la voie du salut, sans l'Esprit de Jésus Christ. « Ceux-là, dit saint Paul, sont nommés enfants de Dieu, qui sont poussés, conduits, par l'Esprit de Dieu ». Et le même Apôtre ajoute: « Parce que vous êtes ses enfants, Dieu a envoyé dans vos cœurs l'Esprit de son Fils ». Est-il possible d'établir d'une manière plus forte et plus évidente, la nécessité d'avoir l'Esprit de Jésus Christ pour être enfant de Dieu? Qui, s'étonnera maintenant, d'entendre le grand Apôtre déclarer à la face du monde entier que pour lui, quoiqu'il paraisse vivre, ce n'est pas lui qui vit, mais Jésus Christ qui vil en lui? Ce langage doit être celui de tous les chrétiens. Et ce n'est pas une exagération, car saint Paul ne s'adressait ni à des prêtres, ni à des religieux, quand il écrivait ces mots si énergiques, si profonds, sur le ton le plus impératif qui fut jamais: « Ressentez dans vous-mêmes ce qui est dans Jésus Christ ».


N'est-ce pas avoir les pensées, les sentiments, les désirs, le cœur de Jésus Christ? n'est-ce pas avoir un seul et même esprit avec lui? Mais il y a quelque chose de plus fort encore dans la doctrine de saint Paul: « Si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Jésus-christ, il n'est pas de lui ». Quel coup de tonnerre! le chrétien lâche et mondain qui n'en est pas ému, n'est pas endormi, il est mort!... Voilà une de ces vérités que je devrais méditer tous les jours de ma vie.. Si je n'ai pas l'Esprit de Jésus Christ, je ne suis pas de lui, je ne lui appartiens pas, je ne lui suis pas uni, je ne puis plaire à Dieu, j'ai cessé d'être son enfant et l'héritier de son royaume. Les Apôtres venaient de parler, Jésus Christ les regarde et leur dit: « Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes ». Terrible reproche! ne s'adresse-t-il pas à moi? Sais-je bien de quel esprit je suis, c'est-à-dire, quel est l'esprit qui m'anime? est-ce l'esprit de la chair et du sang, comme s'exprime le disciple bienaimé, ou l'Esprit de Jésus-christ? « Ce qui est né de la chair, dit le Sauveur, est charnel; mais ce qui vient de l'Esprit est spirituel ». Or, mes œuvres sont-elles spirituelles? mes pensées et mes sentiments, mes craintes et mes désirs, mes joies et mes espérances, sont-ils des fruits de l'Esprit, des fruits dignes de Jésus Christ, de la nature de ceux qu'il a portés lui-même? Alors je sais à qui j'appartiens, parce que je sais de quel Esprit je suis. Heureuse l'âme qui peut dire avec Jésus-christ: « L'Esprit de Dieu s'est reposé sur moi! » Puis-je tenir ce langage?

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La nature de l'esprit de Jésus Christ


L'Esprit de Jésus Christ n'est point quelque chose de vague et d'indéfini que chacun a le droit d'interpréter ou d'expliquer suivant les convenances de son amour-propre, et les désirs plus ou moins légitimes de son cœur. S'il s'agissait d'une théorie sans application à la pratique, l'Esprit de Jésus Christ pourrait exciter l'admiration des hommes, sans les troubler dans les jouissances qu'ils cherchent continuellement, au milieu d'un monde que le divin Sauveur n'a cessé de maudire, pendant qu'il était sur la terre. Mais rien, au contraire, n'est plus positif et plus clairement défini dans l'Evangile que l'Esprit de Jésus Christ; et pour quiconque veut réfléchir, il est évident qu'on peut réduire à un mot, tout ce qui concerne cet Esprit qui, de Jésus Christ, passe dans l'âme de ses disciples. Que je prenne toutes les paroles que le divin Sauveur a dites de lui-même, que je place à côté de ces paroles toutes les actions qui composent l'histoire de la vie mortelle du Fils de Dieu, il me sera facile de réduire à une simple expression tout ce que j'aurai vu et entendu. Cette expression qui résume tout est celle-ci: Immolation. Quand je dis renoncement, sacrifice, dépouillement, violence, abnégation, j'exprime toujours la même idée, et je proclame la même vérité, je dis: Immolation. Faut-il maintenant accumuler ici les preuves de cette grande vérité j que l'Esprit de Jésus Christ est un esprit d'immolation et de sacrifice? Mais je n'ai qu'à ouvrir l'Evangile, et à chacune de ces pages divines, je ne manquerai pas de trouver la preuve éclatante de cette proposition.


A peine Jésus est né, et déjà les ambassadeurs du ciel viennent annoncer au monde que ce petit Enfant qui lui est donné, vient sur la terre pour Dieu et pour les hommes! Il vient pour son Père, et sa vie sera un sacrifice perpétuel qui le glorifiera au plus haut des cieux. Il vient pour les hommes, il sera immolé pour leur salut, il se donnera, il se livrera pour les affranchir du joug honteux du péché et de la captivité de l'enfer. Mais c'est de la bouche même de Jésus-christ que je veux savoir ce qui constitue son Esprit; il doit me l'apprendre lui-même. Je l'entends: « Mon Père, je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu'ils soient sanctifiés dans la vérité ». Ce qui signifie, je me sacrifie, je m'offre, je me consacre moi-même pour eux, comme une hostie sainte: telle est la fin de la mission du Fils de Dieu considérée par rapport aux hommes. Si je considère cette Mission divine par rapport à Dieu, je trouve toujours la même idée de sacrifice entier, d'immolation parfaite et absolue. Je ne suis pas descendu du ciel pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m'a envoyé. Je ne cherche pas ma gloire, mais la gloire de celui qui m'a envoyé. Je fais continuellement ce qui plaît à mon Père. Mais je veux entendre saint Paul, cet homme extraordinaire à qui le Saint Esprit a si bien fait connaître Jésus Christ. Il s'écrie, dans son admirable Epitre aux Romains: Jésus Christ ne s'est pas satisfait lui-même, mais il a dit à son Père: « les injures qu'on vous a faites sont retombées sur moi ». Voilà donc toute l'âme de Jésus Christ, voilà son cœur découvert à tous ses disciples. Non, Jésus Christ n'est pas venu pour chercher sa gloire, mais la gloire de son Père; Jésus Christ n'est pas venu pour faire sa volonté, mais celle de son Père. Jésus Christ ne s'est pas satisfait lui-même, il n'a pas mis ses complaisances en lui-même, mais il les a mises dans l'accomplissement des ordres de son Père, relativement au salut des Hommes pour lesquels sa vie mortelle a été un long et douloureux sacrifice, couronné par une mort sanglante sur l'arbre de la croix. Pour consommer ce sacrifice, il s'est humilié, anéanti; il s'est rendu obéissant jusqu'à la mort, et à la mort la plus ignominieuse, la mort des grands coupables, pour lesquels le supplice de la croix était ordinairement réservé.


Ai-je compris maintenant l'Esprit de Jésus Christ, sa nature, son essence, ses œuvres? Sacrifice, immolation, renoncement, tout est là! Aussi quand le divin Maître appellera à lui des hommes destinés à devenir ses disciples, il leur donnera, pour première condition du salut, la nécessité du renoncement, de l'abnégation, la nécessité du sacrifice d'eux-mêmes pour la gloire de Dieu et le salut de leurs frères. Il avait bien compris la nature de l'Esprit de Jésus Christ, l'Apôtre qui disait aux premiers fidèles: « Vous devez être des hosties vivantes, saintes, agréables à Dieu ». Aussi quand il parle de lui-même, il s'écrie: « Je me suis fait tout à tous pour les sauver tous »; et ailleurs: « Je tâche moi-même de plaire à tous, en toutes choses, ne cherchant point ce qui m'est avantageux à moi-même, mais ce qui est avantageux à plusieurs, pour qu'ils soient sauvés ». Je puis donc maintenant arriver à une conclusion vraie, quand j'examinerai si j'ai l'Esprit de Jésus Christ. Puisque cet Esprit n'est autre chose que l'Esprit de renoncement, de sacrifice, d'immolation de moi-même à la gloire et à la volonté de Dieu pour le bien et le salut de mes frères, je sais que je possède d'une manière plus ou moins parfaite l'Esprit de Jésus Christ, suivant le degré de perfection que le Saint Esprit m'a communiqué dans l'amour du renoncement, de l'immolation et des sacrifices. Ici l'illusion n'est pas à craindre, et si je parviens à ce degré de vertu qui permet de dire: « Je fais toujours et en toutes choses ce qui plaît à mon Père », il me sera permis d'ajouter avec saint Paul: « Je suis l'imitateur de Jésus Christ; ce n'est plus moi qui vis, mais Jésus Christ qui vit en moi ». Où est donc aujourd'hui l'Esprit de Jésus Christ? Tous ceux qui célèbrent les grandes fêtes de l'Eglise, qui participent aux saints mystères, reçoivent-ils le Saint Esprit? Les Apôtres en furent remplis dans le grand jour de la Pentecôte qui les transforma en de nouvelles créatures, et quand l'historien sacré me dit: « Ils furent tous remplis du Saint-Esprit », il veut que je sache bien que cet Esprit était celui de leur divin Maître. Quand il se fut emparé de leur âme, l'univers ne tarda pas à reconnaître l'empire de la croix. Oh! que de bien font les âmes qui ont l'Esprit de Jésus-christ! Qui sait ce que je ferais moi-même, si, dépouillé de mon propre esprit, je m'abandonnais sans réserve à l'Esprit de Dieu! ô mon Dieu, venez; parlez-moi; agissez en maître; prenez tout!...

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Les effets de l'esprit de Jésus Christ


Quand saint Paul écrivait aux Galates: « Si nous vivons de la vie de l'Esprit, marchons par l'Esprit »; et ensuite: « Marchez par l'Esprit, il voulait leur apprendre la nécessité de montrer, par leurs œuvres, la nature et les qualités de l'Esprit qu'ils avaient reçu dans le baptême ». Il est manifeste que l'arbre devant être jugé par ses fruits, selon la parole même de Jésus-christ, c'est par nos œuvres que nous devons juger de l'Esprit qui nous anime; tout autre moyen pourrait nous induire en erreur. Quand Jésus Christ a prêché la nécessité d'adopter son Esprit pour avoir la vie éternelle, il a dit: « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même ». Et puisque l'Esprit de Jésus Christ est essentiellement un Esprit d'immolation et de sacrifice, il est évident que, pour me revêtir de cet Esprit, je suis obligé de commencer par le dépouillement de moi-même, par l'abnégation de mon propre esprit, par le renoncement à ma mauvaise nature. Il faut donc que j'immole à Dieu tout ce qu'il y a dans moi qui se trouve opposé à l'Esprit de Jésus Christ. Or, si je me connais bien, il me sera facile de convenir que tout mon être est en opposition avec cet Esprit saint, innocent, sans souillure, séparé de l'Esprit fies pécheurs, plus élevé que les cieux. Ce qui constitue mon esprit propre, c'est l'égoïsme, ou l'amour de moi. Cet amour a pour objet toutes mes facultés, tout mon être. J'aime mon intelligence, j'aime mon cœur, j'aime mes sens, mes organes, mon corps. De là trois grandes divisions dans l'amour désordonné de ma propre personne, et qu'on peut considérer comme les principales branches d'un arbre qui ne produit que des fruits de mort: l'amour de la gloire, l'amour des richesses, l'amour des plaisirs.


Or, le renoncement dont Jésus-christ a fait la condition essentielle de la vie chrétienne, consiste à immoler à Dieu ces trois, penchants de ma nature viciée par le péché. Il suit de là que je connaîtrai le degré auquel l'Esprit de Jésus Christ est élevé dans mon âme, par le degré d'amour que j'aurai pour les humiliations, pour la pauvreté et pour les souffrances. Toute spiritualité qui ne repose pas sur cette base, est une spiritualité fausse et trompeuse. Satan s'est transformé en ange de lumière. Avec ce dépouillement, on voit toujours arriver l'oubli de soi-même, et une vive ardeur pour les intérêts de Dieu. C'est ce qui arriva à sainte Thérèse qui put dire avec vérité: « C'est de vous que je me soucie, ô mon Dieu, et non de moi!... »  Ce fut le caractère des Apôtres, après la descente du Saint-Esprit. Dépouillés d'eux-mêmes, c'est-à-dire de tout orgueil, de toute ambition, de toute avarice, de toute sensualité, ils purent dire avec vérité: rien pour moi, Seigneur, ni salaire, ni richesses, ni gloire, ni plaisirs; abandon de tout pour vous seul. Voilà ce que criait le cœur des Apôtres. Le divin Maître le leur avait appris dans tout le cours de sa vie, et dans toutes les circonstances de sa passion. Pour former ses disciples à cette vie nouvelle, que disait Jésus-christ: « Vous serez haïs de tous »; voilà pour les consolations. « Ils vous flagelleront »; voilà pour la gloire. « Vous ne porterez rien avec vous, ni pain, ni argent, ni deux tuniques »; voilà pour les richesses; tel sera pour les apôtres l'oubli qu'ils feront d'eux-mêmes et des penchants de la nature mauvaise. Sans doute, c'est là ce qu'on appelle la perfection, et aujourd'hui cette perfection de l'Esprit de Jésus-christ se trouve encore dans un grand nombre d'âmes. On en voit qui se dépouillent d'une manière absolue et vont offrir à Jésus Christ, dans le silence du cloître, le sacrifice parfait de tous les biens et de tous les avantages que les mondains recherchent avec une infatigable activité.


Mais pour n'être pas obligé de pratiquer cette perfection sublime, je n'en suis pas moins tenu à l'obligation de me revêtir de l'Esprit de Jésus Christ, suivant ma vocation, mon état, et surtout suivant la mesure des grâces que j'ai reçues du Ciel. Il n'y a pas deux esprits dans l'Eglise de Jésus; il ne peut y avoir que l'Esprit de son divin époux; tout autre esprit lui est étranger; elle l'a en horreur. Il faut donc que je puisse dire, avec un degré de vérité relatif à mon état, ce que disait l'illustre vierge et apôtre des derniers siècles: « Seigneur, ce n'est pas de moi que je me soucie, mais de vous seul et de votre gloire ». Or, je ne pourrai tenir ce langage qu'après avoir acquis un certain degré de renoncement à moi-même et à mes penchants naturels; par conséquent, un certain degré d'humilité, de pauvreté, de mortification des sens. Jusqu'à quel point de perfection, Dieu veut que je m'élève? ma conscience et un bon directeur doivent répondre. Mais la question déjà résolue, c'est qu'il n'y a pas d'Esprit de Jésus Christ, là où règne l'amour exclusif de soi, l'amour de la gloire, des richesses et des plaisirs; la question déjà résolue, c'est que celui qui n'a pas l'Esprit de Jésus-christ n'est pas de lui!.... O précieuse dévotion qui a pour objet le Saint Esprit que de lumières vous apportez à mon âme! quelle force, quelle énergie, vous communiquez à ma volonté! Je me trouve tout changé, converti en une nouvelle créature. Non, plus d'égoïsme, plus d'amour de moi-même; tout sera offert, tout sera immolé! l'Esprit de Jésus Christ s'est emparé de moi; je le sens; c'est vrai! O Dieu! soyez béni à jamais!...

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08 février 2011

Le Mois du Saint Esprit

Le Mois du Saint Esprit

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Neuvième jour

Le règne du Saint Esprit sur une âme


Dieu a tout fait pour sa gloire. Il ne pouvait pas se proposer une autre fin; elle eût été indigne de lui. Par la création, Dieu a voulu manifester ses attributs, et par là même se glorifier. En lisant dans ce livre admirable, l'homme, était appelé à contempler son auteur, et à lui payer un tribut de louanges. Le péché a obscurci l'intelligence des malheureux enfants d'Eve; la plupart ont cessé de voir Dieu dans ses œuvres, et ont refusé de se soumettre à son empire. On eût dit que le magnifique spectacle de la création ne servait plus à la glorification de son auteur. Alors le Fils éternel du Très-Haut reçut de son Père une mission. Il le dit lui-même: « Mon Père m'a envoyé ». Quelle était la fin de cette mission? encore la glorification de Dieu: « Je cherche la gloire de celui qui m'a envoyé ». En réparant, par un prodige bien plus admirable que celui de la création , la pauvre humanité déchue et dégradée, Jésus-christ rendait le fils d'Adam capable de s'élever jusqu'à Dieu, par la pensée et par l'amour. Par là même, l'homme pouvait glorifier Dieu. Or, cette œuvre divine, la mission du Fils de Dieu, fut consommée après trente-trois ans. Alors Jésus Christ, sur le point de quitter le monde pour retourner à son Père, put faire monter vers le Ciel cette prière sublime: « Mon Père, je vous ai glorifié sur la terre; j'ai manifesté votre nom aux hommes; J'ai achevé l'ouvrage dont vous m'aviez chargé ». Bientôt après, du sommet du Calvaire, le Sauveur s'écriera d'une voix forte qui doit être entendue par toutes les générations qui peuplent la terre: « Tout est consommé! » La mission du Fils de Dieu était finie. L'œuvre de la création avait duré six jours, et Dieu s'était reposé le septième, comme le dit l'Ecrivain sacré.


L'œuvre de la rédemption a duré trente-trois ans, après lesquels le Fils de Dieu est monté au ciel pour être éternellement glorifié, assis à la droite de la Majesté divine. C'est alors que commence la mission du Saint Esprit. Elle consiste à répandre dans les âmes la vie surnaturelle, en leur communiquant la connaissance et l'amour de Dieu et de Jésus-christ, puisque c'est en cela que consiste précisément la vie éternelle, suivant la parole du Sauveur lui-même. La mission du Saint-Esprit est pour la glorification de Jésus-christ: « Lui-même me glorifiera!... » et cette glorification du Fils de Dieu par le Saint Esprit consistera dans une œuvre admirable. Le Saint Esprit formera des images vivantes de Jésus Christ, en faisant passer dans l'âme des prédestinés, les pensées, les sentiments de Jésus-christ, en leur faisant pratiquer les vertus que Jésus Christ a pratiquées le premier, en les rendant dignes de devenir avec Jésus Christ l'objet des complaisances de Dieu le Père. Telle est la gloire que doit procurer à Dieu la mission du Saint Esprit. Le Saint Esprit vient donc visiter les hommes pour leur faire connaître Jésus Christ, pour le manifester, pour établir son règne sur les cœurs; il vient découvrir toutes les richesses renfermées dans la personne adorable de Jésus-christ, dans ses mystères, dans sa doctrine. Il vient, en quelque sorte, remplir en faveur de Jésus Christ, la mission que le divin Sauveur a remplie à l'égard de Dieu le Père. Cette mission durera autant que le monde, l'œuvre du Saint Esprit ne sera consommée qu'au jour du dernier jugement. Alors le Saint Esprit dira, comme Jésus Christ: « J'ai manifesté votre nom aux hommes, j'ai achevé l'œuvre dont vous m'aviez chargé, je vous ai glorifié sur la terre. Tout est consommé! Le repos de l'éternité commencera! » L'œuvre toute divine de la sanctification des âmes est donc l'œuvre particulière du Saint Esprit, et cette œuvre consiste à faire vivre les Élus de la vie même de Jésus Christ. Je dois maintenant examiner comment je pourrai parvenir à cette vie toute surnaturelle qui doit me rendre une image vivante de Jésus-christ, modèle parfait de tous les prédestinés.

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Aspirer le Saint-Esprit


Il y a dans l'homme deux sortes de vie: celle de l'âme et celle du corps, la vie matérielle et la vie spirituelle. Le principe de la vie propre à notre corps, c'est l'air au milieu duquel nous vivons, l'air qui nous environne et qui pénètre dans nos organes. Sans l'air, condition nécessaire de notre vie, nous mourrions. Un animal expire dès qu'il est totalement privé d'air. Plus de mouvement, plus d'action, si l'air ne pénètre plus dans notre corps. Cela est vrai pour l'homme, et pour tous les êtres dont l'existence est soumise aux mêmes lois qui régissent notre propre existence. Or, il y a pour notre vie spirituelle, un air tout spirituel qu'il nous faut nécessairement aspirer, si nous voulons conserver cette vie précieuse. Cet air, c'est le Saint Esprit. Il est à remarquer que dans l'Écriture sainte, la même expression est souvent employée pour désigner l'air matériel qui fait vivre le corps, et le Saint Esprit qui donne la vie à notre âme. Le même mot renferme les deux sens ou les deux-idées. Eh bien ! depuis la Pentecôte, le Saint-Esprit qui a donné la vie à l'Eglise, continue de vivifier cette Église en l'animant toujours de son souffle divin. C'est par l'opération du Saint-Esprit que l'Eglise vit, qu'elle parle, qu'elle agit; c'est par lui qu'elle combat et qu'elle triomphe; le jour où le Saint-Esprit se retirerait, l'Eglise ne serait plus qu'un cadavre. Il en est de même de notre âme. Quand Saint Paul a dit: « En Dieu nous avons la vie, le mouvement et l'existence », il a parlé sans doute de l'immensité de Dieu dans laquelle nous sommes plongés, comme dans un océan qui n'a pas de rivages; mais pour l'homme spirituel, il y a quelque chose de bien précieux dans ces admirables paroles. La vie surnaturelle, la vie du juste, c'est le mouvement, l'existence dans le Saint Esprit, ou plutôt par le Saint Esprit; si une âme quittait cette atmosphère divine, si elle sortait du Saint Esprit, si elle en était séparée, elle serait privée de la vie, du mouvement, de l'existence même, c'est-à-dire de la vie de la grâce, du mouvement surnaturel, de l'existence qui est particulière aux enfants de Dieu. Une âme qui n'a pas dans elle le Saint Esprit, qui n'est plus en communication avec lui, peut faire des actes qui ont l'apparence du bien; mais il y manque le principe de vie que le Saint Esprit seul peut leur donner; ce sont les mouvements d'un mort qui ont pour principe une cause toute différente de la vie. Qui ne connaît ces êtres tout matériels qui imitent l'homme, et que l'on fait mouvoir par des ressorts cachés?


Il y a des chrétiens qui ne sont pas autre chose. On touche une corde invisible qui s'appelle caprice, humeur, goût, caractère, amour-propre, sensualité, et on les fait mouvoir. Ils tombent à genoux, ils se jettent dans un confessionnal, ils s'assoient à la table sainte, ils courent vers la demeure du pauvre; vous les diriez pleins de vie. C'est une erreur; la vie, c'est précisément ce qui leur manque. Ces âmes vivent en dehors de l'atmosphère divine qui est le Saint-Esprit; si vous leur en parliez, elles vous répondraient peut-être comme certains disciples d'Ephèse: « Nous n'avons pas même entendu dire qu'il y eût un Saint Esprit ».  Dieu fait cette distinction importante parmi les chrétiens, et de même que nous distinguons facilement un automate d'un homme plein de vie, Dieu distingue l'âme pieuse que le Saint Esprit anime et dirige, de l'âme mondaine qui n'offre à son regard pénétrant qu'un simulacre de christianisme et de vertu. Ces principes sont aussi clairs, aussi évidents que les vérités les plus simples et dont personne ne doute. Mais alors quelle doit être ma conduite relativement au Saint Esprit? David va me répondre: « J'ai ouvert ma bouche, et j'ai aspiré l'Esprit ». Ces paroles renferment une grande instruction. Et d'abord l'expression employée par le Roi-Prophète n'est autre chose que l'explication de la doctrine qui vient d'être exposée. Aspirer l'air, c'est attirer l'air extérieur dans sa poitrine. Celui qui n'aspire plus, a cessé de vivre; l'air extérieur n'est plus reçu au dedans ni renvoyé au dehors; la vie organique a fini. David voulait autre chose que cette vie toute matérielle; ce qu'il désirait avant tout, c'était la vie surnaturelle, la vie du cœur. Dans la ferveur de sa prière il s'écrie: « J'ai ouvert la bouche, et j'ai attiré l'Esprit, je l'ai aspiré ». Rien n'est capable de nous faire comprendre la vivacité des saints désirs comme ce langage figuré. Mais laissons parler saint Augustin. « Que désirait le Prophète, s'écrie cet illustre Docteur, si ce n'est l'observation de la loi divine? Mais il ne trouvait rien dans son infirmité et dans sa bassesse qui fût propre aux choses grandes et fortes. Alors, il ouvre la bouche pour attirer dans lui ce qui est indispensable à l'accomplissement de la volonté divine; dévoré par une soif ardente, il aspire l'Esprit qui est bon, afin de pouvoir par cet Esprit ce qu'il ne pouvait pas par lui-même, c'est-à-dire, observer une loi juste, bonne et sainte ».


Voilà mon modèle. Si je veux ce que David et après lui tous les saints ont voulu, l'accomplissement de la volonté de Dieu en moi, il faut que mon âme aspire sans cesse le Saint-Esprit comme ma poitrine aspire l'air extérieur. Toute la vie spirituelle est dans la connaissance et l'amour de la vérité. La lumière surnaturelle et la charité nous sont indispensables. Or, comme il est certain que le Saint Esprit a reçu la mission de communiquer aux âmes cette lumière et cet amour; attirer en soi le Saint-Esprit, l'aspirer continuellement, par de saints désirs, par tous les élans du cœur, c'est le moyen assuré pour ne le perdre jamais, pour vivre dans lui, pour être pénétré de sa substance, comme notre corps vit dans l'air et en est tout pénétré. Malheur à moi si je ne comprends pas ces vérités importantes! je vivrai, c'est vrai, mais de quelle vie! de la vie toute naturelle, toute sensuelle des mondains; je ne vivrai plus de la vie de Dieu!...

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Vivre dans le Saint Esprit


Peut-on concevoir un état plus heureux que celui d'une âme qui ne vit que de la vie de Dieu, parce qu'elle est toute plongée dans cette atmosphère divine qu'on appelle le Saint Esprit, parce que cet Air céleste qui sort de la bouche de Dieu, inonde son intelligence et son cœur? Pour en avoir quelque idée, il faut revenir à la comparaison qui est fondée sur le langage du Saint Esprit lui-même. Quels effets produit l'air que nous respirons, et dans lequel nous sommes plongés comme les poissons dans la mer? Le premier de ces effets, c'est la jouissance du spectacle admirable que présente à nos regards la nature, avec ses innombrables variétés de formes et de couleurs. Retranchez l'air que les rayons du soleil pénètrent, et vous serez à l'instant même privé de la beauté de ce spectacle. Tous les effets de lumière qui nous ravissent, lorsque nous contemplons le monde matériel, sont dus à l'atmosphère qui environne notre planète. Eh bien! il en est de même dans l'ordre surnaturel; tout ce qu'il y a de beau et de ravissant dans Dieu, dans Jésus Christ, dans les mystères augustes de la religion chrétienne, ne peut être aperçu que par une âme que le Saint Esprit environne et pénètre; c'est ce qui explique la différence qui existe entre les âmes sensuelles, mondaines, et les âmes vraiment spirituelles. Celles-ci n'ont qu'à regarder Jésus-christ dans quelqu'un de ses mystères, elles n'ont qu'à regarder une ligne de son Evangile, pour entrer dans de saints transports, et goûter d'ineffables délices. Les autres n'ont rien vu; elles ne commenceront à jouir des magnificences du monde spirituel qu'après avoir aspiré le Saint Esprit et s'être plongées dans sa lumière. Si l'air est nécessaire à nos yeux, il ne l'est pas moins à tous les autres sens de notre corps. Sans lui, il n'y a plus de son pour récréer nos oreilles, ou pour entendre la parole de l'homme. Privé de la jouissance de l'air, l'odorat n'existe plus, et le suave parfum que répandent les fleurs nous devient tout à fait inconnu.


Enfin, chacun de nos organes perd à l'instant même ses facultés, s'il cesse d'être en rapport avec l'air qui l'environne. Notre corps tout entier se trouve paralysé et sans mouvement, si on le prive de cette condition essentielle à la vie. C'est l'image fidèle de ce qui arrive à notre âme, lorsque le Saint-Esprit s'éloigne d'elle et qu'elle ne vit plus de la vie de Dieu; les sons harmonieux et divins de la parole éternelle qui viennent réjouir le juste dans cette triste vallée de larmes, le doux parfum qu'exhale la vie du Sauveur et de sa sainte Mère, les tressaillements de l'espérance et de l'amour qu'excite le Saint Esprit, tout disparaît, et vous ne voyez plus rien de la vie surnaturelle, de la vie si pure et si douce que les élus mènent sur cette terre; le goût du ciel et des choses de Dieu n'existe plus. Tous les sens intérieurs sont paralysés; vous n'avez plus devant vous„qu'un cadavre. Oh! combien j'en connais de ces âmes infortunées! Mais aussi combien d'autres qui ne cessèrent jamais de s'enivrer des joies pures que procure la parole de Jésus Christ, et les exemples qu'il a laissés aux hommes ! combien de justes qui savourent délicieusement les divins parfums que répand dans l'Eglise le souvenir de Jésus et de sa sainte Mère! Il en est encore de ces justes pleins de vie, rayonnants d'une jeunesse éternelle, et dont la céleste vigueur semble croître avec les années! qu'on demande à ces âmes ce qui les soutient, ce qui les anime, ce qui les rend capables de tous les genres de bien; elles répondront avec David: « J'ouvre la bouche de mon cœur, et j'aspire continuellement le Saint-Esprit ». On peut, sans être privé d'air, voir très-mal les objets; on peut être dans un état fâcheux qui s'oppose à toutes les jouissances que l'air procure à nos sens. Si l'air est corrompu, c'est un grand mal; la corruption de l'air engendre toutes les maladies. Eh bien! il y a beaucoup de chrétiens qui respirent un air corrompu. Dans le monde, on s'occupe de Dieu, de la religion, de certaines bonnes œuvres. Mais le monde gâte tout ce qu'il touche; aussi les principes qu'on reçoit de lui en matière de piété et de vertu, produisent sur l'âme le même effet que produit sur le corps un air vicié, corrompu. Cet effet est déplorable : il consiste à empoisonner le cœur qui est la source de la vie. Pour éviter un pareil danger, il faut chercher sincèrement Dieu et sa justice, il faut avoir faim et soif de la vérité. Or, le Saint Esprit seul communique Dieu et sa justice; le Saint Esprit seul donne la connaissance de la vérité, et nous apprend à la discerner de l'erreur. Oh ! quel grand zèle je vais avoir pour demander le Saint Esprit, pour l'attirer dans moi par tous les moyens que Dieu a mis en mon pouvoir! Mon Dieu! ne permettez pas que j'oublie jamais cette résolution.

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Respirer le Saint-Esprit


Notre poitrine respire, quand elle pousse au dehors l'air qu'elle avait aspiré. Ce mouvement est continuel dans nous; c'est une double action qui prouve la présence de la vie, et dont la cessation complète est la mort. On conçoit aisément ce qu'il faut entendre par ces mots: Respirer le Saint Esprit. Une âme pleine de Dieu, que peut-elle produire au dehors? évidemment des actes surnaturels qui tiennent de Dieu, qui ont, en quelque sorte, sa nature. Nous lisons dans le livre de la Genèse, que Dieu, après avoir formé l'homme du limon de la terre, répandit sur son visage un Souffle de vie, et l'homme devint une âme vivante, et saint Jean rapporte que Jésus Christ, après sa résurrection, souffla sur ses Apôtres, et leur dit: « Recevez le Saint-Esprit »; il respira sur eux le Saint Esprit qui était en lui. L'Eglise imite cette action du Sauveur dans les cérémonies qui accompagnent le baptême: le prêtre souffle sur la personne qu'il baptise, en disant: « Sors de cet enfant, esprit mauvais, et laisse la place au Saint Esprit ». Le Saint-Esprit nous est donc communiqué par le sacrement de baptême, nous recevons par lui une vie nouvelle, la vie de Jésus-christ. Dès lors il est facile de comprendre que toutes nos pensées, tous nos sentiments, et par là même notre langage rappelleront à nos frères les pensées, les sentiments et le langage de Jésus-christ; nous respirerons sur eux l'Esprit de Jésus Christ lui-même. Saint Paul ne disait-il pas: « Nous sommes la bonne odeur de Jésus-christ »? or, que veut dire le grand Apôtre, sinon que nous répandons autour de nous un parfum spirituel qui réjouit les âmes et qui les pénètre?


L'âme respire Dieu par son langage qui est tout céleste, par les divers mouvements qu'elle imprime à son corps, par la modestie qu'elle communique au front, par le feu divin dont elle embellit les yeux, par un ensemble de choses que tout le monde sent et qu'il est très difficile de définir. L'Ecriture sainte répète souvent ces expressions: « Dieu reçut ce sacrifice en odeur de suavité; la fumée de l'encens s'éleva vers Dieu comme une odeur suave ». Sans doute, ce langage est figuré. Mais il est très propre à me faire comprendre ce qu'est une âme qui respire le Saint Esprit. Saint Paul dit que les uns répandent une odeur de mort, et les autres une odeur de vie. Il est certain que l'homme qui n'aspire que l'odeur corrompue et infecte du monde et des plaisirs grossiers de la chair, ne peut répandre sur ses frères qu'une odeur pestilentielle, une odeur de mort. Quand certaines personnes sortent d'une maison, il faudrait appeler les Anges et les prier de venir avec leurs encensoirs d'or, brûler dans ce lieu où l'air est corrompu, quelques grains de l'encens qu'ils prennent au ciel, pour ramener les doux parfums de la pureté dans ces lieux; Mais à la place de cette femme légère et dissipée qui ne répand autour d'elle que l'odeur forte et désagréable de la mort, supposons la femme chrétienne et pieuse, la vierge dont le front est pur et le langage tout céleste; n'est-il pas vrai qu'on a respiré autour d'elle un doux parfum? La bonne odeur de Jésus Christ dont parle l'Apôtre s'est répandue comme le parfum que Madeleine répandit sur les pieds du Sauveur, et dont toute la maison du pharisien fut remplie. Il y a des âmes dont la respiration est funeste, elle corrompt l'air. Il y en a d'autres dont la respiration répand l'odeur de Dieu, de Jésus Christ, l'odeur du ciel. Respirer le Saint Esprit, c'est donc communiquer ce que l'on a au-dedans de soi de bon, de doux, de pur, de céleste. Marie, Mère de Jésus, respirait le Saint Esprit; ceux qui l'avaient vue et entendue étaient pleins de Dieu. Les Apôtres respiraient le Saint-Esprit. La première fois qu'on les vit et qu'on entendit leur parole, on fut rempli de l'Esprit de Dieu. En lisant encore aujourd'hui ce qu'ils ont écrit, il y a dix-huit siècles, on sent Dieu, Jésus Christ, le Saint-Esprit; on en est tout pénétré.


Eh bien! respirer le Saint Esprit, c'est le communiquer à ses frères par un souffle, une respiration toute surnaturelle. C'est répandre autour de soi une odeur de vie, c'est embaumer l'air, c'est-à-dire l'âme, le cœur auquel on s'adresse, avec lequel on entre en communication. Puis-je dire que je produis cet effet? Toutes les personnes avec lesquelles j'entretiens des rapports d'affaires ou d'amitié, peuvent-elles rendre ce témoignage, et quand je les quitte, disent-elles avec bonheur: Dieu a passé par là? Le feu de la charité, l'amour de l'innocence, l'esprit de l'Evangile a été soufflé, respiré sur nous; nous en sommes pénétrés, et nous sentons en nous quelque chose qui vient de nous être donné. O Saint Esprit, vous seul pouvez m'apprendre cet art divin de vous introduire dans les âmes; hélas! le plus souvent, c'est un esprit de vanité, de colère et de jalousie que je respire sur mes frères; est-ce donc là ce qu'ils doivent attendre de moi, après toutes les grâces dont vous m'avez favorisé? Non, mon Dieu, non, je ne veux plus porter l'odeur de la mort parmi vos enfants, mais je laisserai toujours au milieu d'eux une odeur de vie qui les rendra meilleurs, et ce sera en soufflant sur eux comme Jésus Christ, pour leur communiquer l'Esprit de grâce et de sainteté!...

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07 février 2011

Le Mois du Saint Esprit

Le Mois du Saint Esprit

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Huitième jour

La vie par le Saint Esprit


L'apôtre saint Paul, dans son admirable Epitre aux Romains, nous révèle les plus sublimes mystères de cette vie spirituelle que le Saint Esprit communique à l'âme des justes, et qui diffère  essentiellement de la vie mondaine. Ecoutons le Docteur des nations: « Mes frères, nous ne sommes pas redevables à la chair, pour vivre selon la chair; si vous vivez selon la chair, vous mourrez. Si, au contraire, vous faites mourir par l'Esprit les œuvres de la chair, vous vivrez ». Et ailleurs: « La chair convoite contre l'Esprit, et l'Esprit convoite contre la chair; et ils sont opposés l'un à l'autre. Je vous le dis donc: Conduisez-vous selon l'Esprit, et vous n'accomplirez point les œuvres de la chair ». Ceux qui sont à Jésus-christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses désirs déréglés. Si donc, nous vivons par l'Esprit, conduisons-nous aussi par l'Esprit. Ces principes sont d'une telle clarté qu'on hésite presque à les expliquer. Il est évident, d'après la doctrine de l'Apôtre, que notre nature déréglée par le péché, dirige ses affections vers les objets créés, et cherche sa félicité dans la jouissance des biens sensibles. Même après avoir été régénérés par le baptême, nous avons à combattre continuellement contre la convoitise et contre ses désirs, parce qu'ils sont opposés à l'Esprit de Dieu.


Ainsi il y a dans l'homme deux principes contraires qui le font agir, et qui remuent toutes ses affections: l'un qui le porte vers le ciel, et l'autre qui l'incline vers la terre; l'Esprit qui est la source de la pureté et de l'innocence, le détache de l'amour des créatures et l'élève vers son Créateur, en lui inspirant des désirs chastes et saints, et des pensées salutaires. La chair, de son côté, l'attache aux biens créés, aux choses sensibles, et le rend leur esclave. Elle ne suggère que des pensées basses et terrestres, des désirs illicites et déréglés, parce qu'elle est toute corrompue par sa propre origine. Ce combat dangereux dure autant que la vie. On ne peut le soutenir que par la grâce du Sauveur qui, seule, donne la force nécessaire pour que la victoire reste à l'Esprit. Le grand Apôtre s'écrie: « Je vois dans les membres de mon corps, une loi qui combat contre la loi de mon esprit, et qui me rend captif sous la loi du péché qui est dans mes membres. Malheureux homme que je suis! qui me délivrera de ce corps de mort? Ce sera, la grâce de Dieu par Jésus-christ Notre-Seigneur ». Heureuses les âmes qui connaissent ce terrible duel, comme l'appelle l'Eglise? heureux le chrétien dont le cœur est le théâtre de ce rude combat! c'est une preuve que l'Esprit de Dieu est en lui; car, dit saint Augustin, l'Esprit convoite contre la chair dans ceux qui sont bons; les mauvais ayant, perdu cet Esprit, la convoitise de la chair n'a plus d'objet; c'est l'état affreux dans lequel vivent beaucoup de chrétiens qui ne combattent plus, parce qu'ils suivent en tout les appétits mauvais de leur pauvre nature. Ils vivent tranquilles, c'est-à-dire, sans combattre; leur paix et leur tranquillité ne sont autre chose que les arrhes de l'enfer. Pour moi qui veux me sanctifier, je veux aussi ce combat, et je l'accepte.


Le Saint Esprit est venu, il m'a revêtu des armes nécessaires pour marcher contre l'ennemi, et pour recevoir ses attaques. Me voici, je suis prêt. Ce sera donc l'Esprit qui combattra !a chair, et si la chair m'attaque, je me vengerai contre elle en l'écrasant, en la crucifiant. Je ferai comme saint Paul qui la châtiait et la réduisait à l'esclavage. Saint Anselme, en traitant ce sujet, me dit: La concupiscence ne veut pas me permettre de faire le bien, que je voudrais? moi je l'empêcherai de faire le mal qu'elle veut. D'ailleurs quand elle crie, quand elle s'agite, je n'ai pas peur, parce que je ne consens pas à ce qu'elle désire! C'en est donc fait, ma vie sera une vie spirituelle. Oh! comme j'aime à revenir sur ce mot de saint Paul: « l'Esprit convoite contre la chair! » Précieuse convoitise! je vais l'irriter, la provoquer, la rendre toujours plus vive, afin qu'elle prenne un empire absolu, et que l'Esprit soumette entièrement la chair. C'est ce que produit dans les âmes justes la présence de l'Esprit de Dieu. Non, je ne suis pas le débiteur de la chair; elle est ma plus cruelle ennemie; tous ses efforts tendent à me damner pour une éternité. Qu'elle en prenne donc son parti, elle obéira à la loi de l'Esprit, et je saurai châtier et punir ses insolentes révoltes. Je suis le débiteur de l'Esprit; Je lui dois tous les biens de la grâce, il veut me conduire à la possession d'un bien infini. Je l'aime, et je me donne à lui; je vivrai de la vie de l'Esprit, en ayant toujours présente à ma mémoire cette parole de saint Paul: « Tous ceux qui sont poussés par l'Esprit de Dieu, sont les enfants de Dieu ».

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En quoi consiste la vie de l'Esprit


Suivons toujours l'enseignement admirable de saint Paul: « Ceux qui sont charnels aiment et goûtent les choses de la chair; ceux qui sont spirituels aiment et goûtent les choses de l'Esprit ». Ces paroles doivent me faire comprendre une chose, c'est qu'il ne s'agit pas, dans toute la doctrine que je  médite, de quelques vérités spéculatives qu'il est facile d'admettre en théorie, en les oubliant dans la pratique. Il s'agit, au contraire, de choses très précises, qui regardent toute ma conduite, et qui doivent avoir la plus grande influence sur toutes les actions de ma vie considérées dans leurs plus petits détails. La vie de la chair, disent les grands Docteurs qui ont expliqué saint Paul, consiste à s'occuper des choses de la terre par-dessus tout, à les aimer de préférence, à les rechercher avec ardeur, à s'en nourrir continuellement, à placer sa félicité dans les jouissances qu'elles procurent. Les hommes charnels, dit un savant commentateur du grand Apôtre, cherchent avec ardeur les biens de ce monde, ils applaudissent quand ils les voient, ils les embrassent avec transport. Les choses de la chair dont parle l'Apôtre, ce sont tous les objets sensibles et agréables à la chair, c'est-à-dire, à la nature viciée par le péché.


D'après cette définition de l'homme charnel, qui ne vit pas de l'Esprit et qui, par là même, ne saurait être compté parmi les enfants de Dieu, je comprends ce qu'il faut penser de l'immense majorité des chrétiens que j'ai sous les yeux, de ceux en particulier qui peuplent les grandes villes. Ou saint Paul a menti, ou ces pauvres chrétiens ne sont plus enfants de Dieu. Mais il est pour moi d'une importance extrême que je sache si je n'ai rien à craindre personnellement. Pour cela, il faut que j'examine sérieusement le caractère de l'homme spirituel opposé à l'homme charnel. L'homme spirituel est celui qui ambitionne les vraies richesses, les dons de la grâce, la possession de Dieu. Ses pensées sont dans le ciel, ses vœux sont pour le ciel, son ambition ne s'arrête jamais plus bas que le ciel. L'homme spirituel sait que par la chair, il est poussé vers les choses du temps, et détourné de sa fin qui est la possession éternelle de Dieu. Alors il craint sa chair, il redoute ses appétits, il déteste ses prétentions. Il veut dominer par l'Esprit de Dieu qui lui a été communiqué, cette partie de son être qui est faite pour obéir, et qui ne peut supporter le joug qu'elle cherche continuellement à secouer. L'homme spirituel voudrait, en quelque manière, sortir de son corps, et ne plus le sentir; il le regarde comme un esclave, comme un animal indompté dont l'humeur fougueuse est un danger pour lui. Il se dit à lui-même: mon corps n'est pas moi, pas plus que ce meuble, que cet habit n'est moi. Il sait que ce même corps n'est qu'une maison de boue destinée à la destruction. L'homme spirituel se persuade que tout ce qui est visible n'est qu'un fantôme, une figure, une vapeur qui s'évanouira bientôt; que c'est une simple apparence, et que la réalité c'est l'Esprit, c'est Dieu, c'est l'âme créée à l'image et à la ressemblance de Dieu. Il comprend que le corps ne sera un jour glorifié que pour avoir pris, autant qu'il était en lui, les qualités de l'Esprit, et qu'il sera appelé alors un corps spirituel! Dans cette persuasion, le fidèle s'efforce de rendre son corps spirituel, autant qu'il le peut, à l'exemple des saints qui ont réduit d'une manière si étonnante les exigences de leurs sens. Ce n'est pas que l'homme spirituel ignore que le corps est pour lui une machine précieuse, très utile, sans laquelle il ne peut rien ici-bas, pas même souffrir pour la gloire de Jésus. Il veut donc conserver cet instrument, et il le doit; mais il étudie avec soin ce qu'il faut accorder par nécessité, et ce qu'il faut refuser pour éviter les révoltes. Il use de finesse, il agit par politique, comme on le fait envers des personnes haïssables dont on a besoin, et que l'on ménage néanmoins pour ne pas tout perdre en un instant. D'après ce principe, l'homme spirituel consulte la vertu de prudence, pour savoir ce qu'il convient d'accorder à ce corps dont les désirs sont insatiables. Il lui mesure avec parcimonie la nourriture, le sommeil, les plaisirs. Il le loge, il le couvre de vêtements; mais une sainte avarice et une rigueur prudente président à cette distribution, puisque la conduite contraire serait tout simplement la sensualité!...


Oh! comme les yeux vont se plaindre! ne les écoutez pas, et refusez-leur beaucoup de choses. L'ouïe sera réduite à entendre Dieu et sa parole, les gémissements et les soupirs du pauvre; elle devra renoncer à mille satisfactions ou criminelles ou dangereuses. L'odorat sera sanctifié, s'il est réduit à vous rendre le service de distinguer la pureté de l'air, ou à juger si les objets dont il faut que vous vous serviez sont véritablement sains. Quant au goût, on peut dire que ses exigences sont devenues telles que beaucoup de chrétiens vivent en qualité de ses esclaves. Oh! quelle sévérité l'homme spirituel déploie contre lui! Il consulte la saine raison pour distinguer ce qui est nuisible ou utile à la conservation, et puis il est impitoyable. Hélas! combien ces détails vont exciter la pitié des mondains! ils n'y verront qu'une folie, je les plains sincèrement, et je me tais. Aujourd'hui, on apprend aux enfants l'art si facile des jouissances physiques. L'industrie et les arts sont coupables devant Dieu, des plus perfides' inventions; et bien des mères qui se disent chrétiennes apprennent à la jeune fille à n'avoir d'autre Dieu que sa chair!... 0 mon Dieu, je ne puis douter de la vérité de ces principes; je les trouve pratiqués par tous les saints, et si je me trompais en les adoptant, je me tromperais avec les justes de tous les siècles, avec saint Paul le docteur des nations; je me tromperais avec Jésus Christ!... Ah! je comprends cette parole de l'Apôtre, et je la méditerai souvent: « L'amour des choses de la chair est une mort ; au lieu que l'amour des choses de l'Esprit est la vie et la paix ».

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Nécessité de la vie de l'esprit


Le grand Apôtre développe son admirable doctrine sur la vie spirituelle, et voici ce qu'il enseigne à tous les disciples de Jésus Christ: « Ceux qui vivent selon la chair, ne peuvent plaire à Dieu; pour vous, vous ne vivez pas de la chair, mais selon l'Esprit, si toutefois l'Esprit habite en vous. Que si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Jésus-christ, il n'est point à lui ». Ici, je dois remarquer avant tout, combien le ton que prend saint Paul est affirmatif; combien la décision qu'il donne est formelle, absolue, n'admettant aucune exception, et rejetant par là même, toute explication par laquelle on s'efforcerait d'atténuer ou d'affaiblir la force de sa parole. Or, quelle est cette décision que tous les sophismes fournis par la fausse piété, par la piété mondaine, ne pourront jamais affaiblir! c'est celle-ci: « Ceux qui vivent selon la chair, ne peuvent plaire a Dieu », Dieu est un Esprit infiniment pur, et par là même, en vertu de sa sainteté parfaite, il déteste, il abhorre les affections impures et les œuvres détestables de la chair. Ceux-là donc qui se renferment dans leur être purement naturel, et que le Saint Esprit ne régénère pas; ceux qui ne vivent pas de la vie surnaturelle, de la vie de l'Esprit, ceux-là ne peuvent plaire à Dieu. Les vertus que fait pratiquer la raison abandonnée à elle-même ne s'élèvent jamais jusqu'à Dieu, et ne peuvent lui être assez agréables pour mériter une récompense éternelle.


O Dieu! je veux vous plaire; arrachez de mon cœur, cet amour funeste des choses sensibles! cet amour tue l'âme pendant cette vie, et devient pour elle le principe de la mort éternelle. Cet amour, Dieu le haïra toujours, parce que, toujours, il sera opposé à sa pureté infinie. Saint Paul ajoute: « Pour vous, vous vivez selon l'Esprit ». En parlant ainsi, le grand Apôtre désigne les chrétiens, les vrais disciples de Jésus-christ. Ceux-ci ne suivent pas les affections terrestres, et ne s'inquiètent pas des avantages, des biens et des plaisirs que procure la vie présente. Ils ont été régénérés par le Saint Esprit, ils sont devenus des hommes spirituels, et leur amour se porte vers les choses surnaturelles. Nous sommes appelés des hommes spirituels, dit le grand pape saint Léon, si les affections charnelles ne dominent pas dans notre cœur; et l'on peut dire de nous que nous avons quitté la chair, lorsque nous ne suivons plus sa volonté. Mais remarquons la restriction que saint Paul met tout à coup à ce qu'il vient d'affirmer: « Si toutefois l'Esprit de Dieu habite en vous!... » Que signifie cette parole, sinon que la régénération par le baptême ne suffit pas, lorsque parvenus à l'âge de raison, nous avons le malheur de renoncer aux engagements que nous avons pris à l'égard de Dieu et de sa loi sainte, pour vivre suivant les maximes du monde et selon les désirs corrompus de notre cœur? Ce serait donc une erreur monstrueuse de dire: Je suis baptisé, donc me voilà sauvé. Cette proposition est le comble de la démence, et la marque d'un esprit épouvantablement égaré. Ce que saint Paul ajoute, après les paroles que je viens d'entendre, met dans le plus grand jour son enseignement divin: « Si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Jésus Christ, il n'est pas de lui ». Par cet Esprit, dit saint Augustin, il faut entendre le Saint-Esprit lui-même, ou l'Esprit de grâce et d'amour qu'il répand dans les âmes; c'est la même chose. Pour plaire à Dieu, il faut être à Jésus-christ; pour être à Jésus-christ, il faut avoir son Esprit: voilà des principes incontestables. Donc la vie de l'esprit, la vie de l'homme spirituel n'est autre chose que la vie de Jésus Christ, copiée, imitée, répétée par ses disciples.


Donc, pour savoir si je suis de Jésus Christ et par là même de Dieu, je n'ai qu'à répondre à cette question: mes pensées, mes affections, mon langage et mes œuvres, sont-ils une imitation des pensées, des affections, des œuvres de Jésus Christ, ou une imitation de la vie des mondains? Donc, porter les marques extérieures du chrétien, fréquenter les assemblées des fidèles, vaquer à des œuvres bonnes et louables, ce n'est pas un motif suffisant pour croire que l'on est un membre vivant du corps mystique dont Jésus-Christ est le chef, et le seul motif raisonnable qui peut me porter à espérer ce bonheur, c'est la présence de l'Esprit de Jésus Christ dans moi. Enfin l'Apôtre ajoute: « L'Esprit est vivant à cause de la justice », c'est-à-dire, le Saint Esprit qui est lui-même la vie essentielle et incréée est la cause de notre vie spirituelle; c'est lui qui nous communique cette vie divine en nous faisant vivre dans la grâce, dans la pureté, dans l'amour; c'est ce que disent saint Chrysostôme, saint Ambroise et saint Augustin, en expliquant les paroles de saint Paul. Qui doutera maintenant de la nécessité de cette vie de l'Esprit? qui osera la regarder comme un état de perfection auquel doivent sans doute aspirer les prêtres et les religieux, mais qui n'est pas commandé aux simples fidèles? Quoi! être un homme spirituel, s'efforcer de le devenir, travailler tous les jours pour cela, c'est à peine un conseil évangélique? chacun est libre de le pratiquer, et personne n'y est tenu? Erreur fatale, qui précipite un grand nombre de chrétiens dans la vie des sens, dans la vie mondaine, triste avant coureur de la mort éternelle. Ah! je comprends aujourd'hui ce que le Saint Esprit veut de moi; je comprends ce qu'il se propose de faire, si je lui ouvre mon cœur, si je lui livre mon âme. Il établira la vie de Jésus Christ dans moi; il fera de moi un homme spirituel; il m'élèvera au-dessus de ma nature grossière et corrompue; il me fera monter par Jésus Christ jusqu'à Dieu, et me rendra son enfant sur la terre, pour me rendre plus tard dans le ciel l'héritier de sa gloire.

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Les avantages de la vie de l'esprit


Le Saint Esprit, dans l'Écriture, oppose toujours l'homme animal à l'homme spirituel. Ce sont comme deux adversaires continuellement en face l'un de l'autre. Les vices, les défauts du premier nous font connaître les propriétés et les avantages du second. « L'homme animal, a dit saint Paul, ne pénètre pas les choses qui sont de l'Esprit de Dieu ». Hélas! il n'y a qu'à regarder autour de soi pour faire l'application de ce terrible anathème. Parlez à un grand nombre de chrétiens, de Dieu, de Jésus Christ, de l'évangile, du ciel, de l'enfer, vous les laisserez aussi froids qu'ils l'étaient avant de vous entendre. Ils sont dans une sorte de stupidité qui ne se réveille qu'au son de l'argent, ou aux clameurs que pousse la joie mondaine. Mais l'homme spirituel comprend les choses de Dieu. Certes, oui, il les comprend et il les pénètre; saint Paul nous assure qu'il juge de tout, c'est-à-dire, qu'il voit avec évidence la vérité des mystères les plus sublimes révélés par Jésus-christ et enseignés par l'Église, et tandis que la raison de l'homme animal ne peut les concevoir, l'homme spirituel est frappé des lumières et de la clarté qui les environnent. Le grand Apôtre élève encore bien plus haut l'homme spirituel; je l'entends qui s'écrie: « l'Esprit pénètre tout, et même ce qu'il y a de plus caché dans les profondeurs de Dieu, c'est-à-dire, les secrets de Dieu les plus impénétrables, et ce qu'il y a de plus élevé au-dessus de la raison. Or, cet esprit nous est donné, nous l'avons reçu, l'homme spirituel le possède. « Il découvre, dit Job, ce qui, pour l'homme animal, est enseveli dans de profondes ténèbres, et il produit au jour l'ombre de la mort ». N'est-ce pas l'homme spirituel qui a trouvé dans les pages si courtes et si simples de l'Évangile, tous ces trésors de science sacrée que nous nommons les œuvres de saint Augustin, de saint Basile, de saint Jean Chrysostôme et de saint Bernard? Une seule ligne, un mot de ce livre divin n'a-t-il pas suffi pour faire composer des traités admirables qui, bien loin d'épuiser cette source féconde, laissent encore aux saints et aux âmes pieuses des siècles à venir, des richesses incalculables à découvrir? N'est-ce pas l'homme spirituel qui pénètre dans les âmes, qui sonde les cœurs, qui connaît les consciences et met au grand jour leurs secrets?


Oh! comme je désire que mon directeur soit un homme spirituel! il vérifiera en ma faveur la parole de Job, en découvrant ce qui est enseveli dans de profondes ténèbres, en répandant la lumière de Dieu là où régnait auparavant l'ombre funeste de la mort. L'homme spirituel connaît le prix des grâces, il apprécie les bienfaits de Dieu, c'est là un grand bonheur. Je ne puis en douter, après que Jésus Christ lui-même s'est écrié: « Ah! si vous connaissiez le don de Dieu! » Qui le connaît ce don admirable, digne d'une éternelle reconnaissance? C'est l'homme spirituel qui a reçu le Saint-Esprit, et qui vit de la vie de l'Esprit. Saint Paul me l'assure: « Nous avons reçu l'Esprit de Dieu, afin que nous connaissions les dons que Dieu nous a faits », c'est-à-dire, pour avoir cette sagesse céleste qui nous fait connaître les biens ineffables que Dieu avait préparés avant tous les siècles, et qu'il commence à nous prodiguer durant cette vie, avant qu'il nous enrichisse de leur plénitude dans le séjour de l'éternelle gloire. L'homme spirituel qui ne vit plus que de la vie de l'Esprit, est un instrument docile entre les mains de la divine sagesse; elle en fait ce qu'elle veut, un Augustin, un François d'Assise, une Thérèse; saint Paul l'appelle un homme poussé par l'Esprit. Quelle admirable expression! De même que l'âme fait mouvoir le corps, détermine ses mouvements, le transporte d'un lieu à un autre, le Saint-Esprit devenu en quelque sorte l'âme du juste qui vit par lui, le pousse où il veut et devient le maître absolu de tous ses mouvements; toutes ses démarches, toutes ses résolutions doivent être attribuées à l'Esprit de Dieu qui est en lui. De quoi n'est-il point capable? Oh! si je pouvais dire avec saint Paul: « Nous, nous avons l'Esprit de Jésus-christ! » Mais, hélas! j'ai encore à travailler beaucoup pour détruire dans moi l'homme animal, éternel ennemi de la vie spirituelle dont Jésus-christ m'a donné le modèle et m'a exposé les principes! A combien de pauvres âmes s'adressent aujourd'hui ces reproches de saint Paul: « Il faut que je vous parle comme à des hommes charnels, et non comme à des hommes spirituels; n'est-il pas visible que vous êtes encore charnels, et que votre conduite est toute humaine »? L'apôtre saint Jude appelle les hommes qui n'ont pas l'Esprit de Dieu, des animaux. Et telle est la division qui existe parmi les chrétiens: les uns sont mondains, sensuels, charnels, ce sont des animaux qui ne vivent que de la vie des sens: leurs organes sont tout, leur corps est leur divinité. Les autres sont des hommes spirituels qui ne s'occupent qu'à perfectionner en eux les dons du Saint-Esprit et la vie de la grâce. Le choix m'est donné. En finissant cette méditation qui est peut-être la plus importante de toutes, et sur laquelle je me propose de revenir dans le courant de l'année, pour réveiller ma paresse dans les voies de Dieu, je veux me rappeler ces belles paroles du grand Apôtre: « L'homme ne recueillera que ce qu'il aura semé; celui qui sème dans sa chair, recueillera de la chair, la corruption, la mort; et celui qui sème dans l'Esprit, recueillera de l'Esprit la vie éternelle! »

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