28 mars 2015

Le Carême avec la Vénérable Benoîte Rencurel

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Le Carême avec la Vénérable Benoîte Rencurel

 

Mgr René Combal, actuel chapelain et ancien recteur du sanctuaire Notre-Dame du Laus, nous propose de vivre le Carême en compagnie de la Vénérable Benoîte Rencurel. A l'occasion de l'année jubilaire du 350e anniversaire des premières apparitions, afin de vivre le Carême, retrouvez, chaque jour de la sainte quarantaine, une méditation pour vous plonger dans la Grâce du Laus.

 

Semaine Sainte

 

Dimanche des Rameaux et de la Passion

Dimanche 29 mars

La Passion de Benoîte

 

C’est aujourd’hui le dimanche des Rameaux et de la Passion de Jésus, que nous lisons en entier pendant la messe. La Passion et la mort de Jésus nous renvoie à nos propres souffrances et aux souffrances de l’humanité. Elle nous renvoie à tous ceux qui, comme saint Paul, revivent à leur manière la Passion du Christ. « J’achève dans ma chair ce qui manque à la Passion du Christ » écrit saint Paul.

La Passion du Christ nous renvoie aussi à la Passion de Benoîte si bien décrite par les Manuscrits du Laus. « Je lui demande, écrit Gaillard, ce qu’elle aimait mieux souffrir, si elle avait eu le choix, les tourments des démons ou les stigmates. Elle me répond, les larmes aux yeux avec un grand soupir : les stigmates, parce qu’après cette épreuve elle avait son temps libre ; alors que la persécution des démons est continuelle et ne lui donne presque pas un jour de repos ; ne sachant jamais quand cela va se produire, elle vit dans l’angoisse à cause de l’incertitude du temps et du mal qu’ils lui feront. Mais puisque Dieu le veut ainsi, elle se consacre entièrement à sa volonté et à celle de Marie, sa très chère Mère. Que Dieu fasse d’elle tout ce qui sera dans son bon plaisir, qu’elle ne veut que ce qui lui plaît et qu’elle le prie de lui faire grâce de ne pas l’offenser : ce qu’elle appréhende le plus ; que c’est une des plus grandes faveurs qu’il puisse lui faire. De plus, elle est bien aise de souffrir après que Dieu lui ai fait miséricorde. Outre qu’elle en est accablée de douleur, et ne peut s’en consoler, elle souffre encore extrêmement du corps. Le sieur Peythieu a vu le cœur lui manquer plus de cent fois, quand Dieu est offensé par des vœux extraordinaires, surtout par des ecclésiastiques et d’autres personnes consacrées à Dieu, hommes et femmes. D’autres fois se voyant presque mourir elle disait : « Mon Dieu, le cœur me manque, ne m’abandonnez pas entièrement, je me jette dans les bras de votre Providence divine dont je relève entièrement ». »

Dans son traité sur la mortification et la souffrance de Benoîte, Gaillard écrit : « Elle a commencé ses souffrances dès son enfance, elles n’ont cessé d’augmenter toujours et ne finiront qu’avec sa vie ». Elle est toute à tous et toute à chacun en particulier. Elle souffre avec tous ceux qui souffrent sans qu’on puisse exprimer la douleur qu’elle a dans l’âme et qu’elle n’ose dire à personne.

 

Lundi 30 mars

Lundi Saint

 

Des parfums de Béthanie aux parfums du Laus

 

Dans l’évangile de ce Lundi Saint, Jésus vint à Béthanie. Marie prit un parfum très pur et le versa sur les pieds de Jésus. La maison fut remplie par l’odeur du parfum.

À Pindreau, la Vierge Marie avait dit à Benoîte : « Allez au Laus, vous y trouverez une petite chapelle d’où sortiront de bonnes odeurs ». En arrivant à la chapelle de Bon Rencontre, Benoîte est enivrée par ces parfums qui l’imprègnent chaque fois que la Vierge lui apparaît. Elle a dit que l’odeur des anges est plus grande pour les uns que pour les autres. Pour l’odeur de Marie elle surpasse toute les odeurs de ces créatures… » L’odeur du Christ qui lui inspire d’aller à la Croix d’Avançon est « une odeur très odoriférante qui surpasse de beaucoup celle de Marie ». Il y a en encore davantage : « Le corps de Benoîte lui-même et tous ses vêtements exhalent tous ces parfums qui sont si délicieux qu’ils embaument tous ceux qui l’approchent. » C’est à partir de Pâques 1666 que nous avons des témoignages de personnes qui ressentent ces parfums.

Voici celui de François Grimaud : « L’illustre et révérend Monseigneur Pierre Marion, évêque et comte de Gap, est allé célébrer la messe au Laus, avec tous ceux de sa maison, qui s’y confessèrent et communièrent tous. Étant informé de sa visite, il m’arriva quelque chose que je me cru obligé de faire savoir : alors que j’inscrivais des messes votives devant la chapelle, j’ai senti une odeur si suave pendant sept à huit minutes, que de ma vie je n’ai rien senti de pareil. Cela me causa une satisfaction si grande que je fus hors de moi-même ».

« Le 31 janvier 1688 la Mère de Dieu parle à Benoîte dans sa sainte chapelle et la remplit d’une odeur inconcevable. » « Le 24 mars1690, l’église fut tellement embaumée de cette odeur céleste que chacun en était charmé. » « On a observé en ce mois de mars qu’il ne s’est passé aucune semaine sans que l’église ait été embaumée par cette odeur céleste, jusqu’au mois de mai ».

Après la mort de Benoîte jusqu’à nos jours, nombreux sont les témoignages de cette expérience des parfums. Pour s’en convaincre il suffit de parcourir le livre de René Humetz, Enquête sur les parfums de Notre-Dame du Laus, édité en avril 2008 aux éditions du Sarment. On le trouve à la librairie du Laus.

 

Mardi 31 mars

Mardi Saint

 

De la trahison de Judas et du reniement de Pierre... à la Croix d’Avançon

 

La trahison de Judas et le reniement de Pierre dans l’Évangile de ce jour nous conduisent au mystère de la Passion de Jésus qui trouvera son sommet sur la Croix du Calvaire. Voilà pourquoi cet Évangile de saint Jean nous prépare à vivre et à célébrer la Croix du Vendredi Saint… Nous nous rendons avec lui et Benoîte à la Croix d’Avançon en 1669 où elle eut les deux premières visions du Christ crucifié.

« Benoîte est comme attirée depuis sa chambre par une odeur suave qui la conduit au pied de la Croix d’Avançon. Elle y voit pour la première fois le Christ crucifié qui lui donne le sens et le pourquoi de cette apparition : Il ne souffre plus ainsi à présent, mais c’est pour lui faire voir ce qu’il a souffert pour les pécheurs et l’amour qu’il a eu pour eux. » Depuis ce jour là, Benoîte, attirée par cette croix s’y rend régulièrement, pieds nus, été comme hiver, trois fois par semaine, les mercredis, vendredis, et samedis, jours où elle jeûne. Elle y passe des heures entières en prière.

La deuxième apparition de 1669 va impressionner Benoîte si fortement qu’elle serait morte de douleur si elle avait duré plus longtemps. C’est une préparation à la troisième vision de 1673 et à la crucifixion mystique qui en découlera. Voici les textes de Gaillard dans les manuscrits : « Jésus lui apparut deux fois tout sanglant à la Croix en lui disant : ce que vous me voyez souffrir n’est pas ce que je souffre à présent, mais c’est pour vous faire voir ce que j’ai souffert pour les pécheurs et l’amour que j’ai eu pour eux. La croix était toute sanglante, les anges étaient à genou au pied de la croix, lui disant beaucoup de choses des souffrances de Jésus. Si cette vision avait duré plus longtemps cette bonne fille serait morte de douleur.Quand Dieu voulait lui apparaître à la croix, il lui inspirait dans sa chambre d’y aller, en sentant une odeur très odoriférante qui surpassait de beaucoup celle de Marie : ce qu’il fit plusieurs fois. »

Demandons la grâce aujourd’hui, par l’intercession de Notre Dame du Laus et de Benoîte de mieux voir nous aussi ce que Jésus a souffert pour les pécheurs et l’amour qu’il a eu pour eux. Ce qu’il a souffert pour nous, son amour pour nous.

 

Mercredi 1er avril

Mercredi Saint

 

« Le Seigneur m’a ouvert l’oreille »

 

Dans la lecture de ce Mercredi Saint, tirée du livre d’Isaïe il est écrit : « Le Seigneur m’a ouvert l’oreille ». Lorsque nous écoutons les paroles de Jésus en Croix dans l’Évangile ainsi que  les paroles qu’il a fait entendre à Benoîte au cours de ses cinq apparitions à la Croix d’Avançon, le Seigneur nous ouvre l’oreille.

À la première apparition il lui dit : « Ce que vous me voyez souffrir n’est pas ce que je souffre à présent, mais c’est pour vous faire voir ce que j’ai souffert pour les pécheurs et l’amour que j’ai eu pour eux ». En 1673 il lui dit : « Je me fais voir dans cet état afin que vous participiez aux douleurs de ma Passion ». En 1674, c’est l’ange qui lui dit devant Jésus tout sanglant : « Voilà ce qu’a souffert votre Père et le mien ! Ne voulez vous pas souffrir pour l’amour de Lui ! »

En novembre 1679, il n’y a pas de paroles mais il est dit : « Jésus lui apparut, encore une fois, tout sanglant et perça son cœur de tant de compassion que durant six mois, elle fut inconsolable. »

Laissons l’Esprit Saint nous ouvrir les oreilles et nous toucher le cœur devant une telle expérience.

 

Jeudi 2 avril

Jeudi Saint

 

L’institution de l’Eucharistie et l’estime que Benoîte lui portait

 

En ce Jeudi Saint, jour de l’institution de l’Eucharistie, saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens nous transmet ce qu’il a reçu de la tradition qui vient du Seigneur : « La nuit même où il était livré, le Seigneur prit du pain, puis ayant rendu grâce il dit : « Ceci est mon corps qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après cela il fit de même avec la coupe… »

Benoîte avait un sens très profond de l’Eucharistie qui provenait probablement de sa familiarité avec Marie que le Pape Jean-Paul II appelle « la femme eucharistique ». En voici la preuve avec une conversation qu’elle eut avec un ermite.

Ce texte est d’autant plus précieux qu’il nous livre des paroles de Benoîte qui sont assez rares dans les manuscrits : « Un solitaire demande à Benoîte s’il ne fallait pas mieux prier Dieu dans sa chambre que d’aller à la messe. « Non, dit-elle car le sacrifice de la messe est d’un mérite infini ; il n’est qu’un et il est commun au prêtre et à ceux qui l’entendent et qui doivent y unir leur cœur, leur intention, leur volonté à la sienne, tout au long de la messe. Mais mon bon frère, ne sortez-vous pas de votre cellule pour une raison qui me saute aux yeux, ne sortez-vous pas de votre cellule pour chercher de quoi vivre ? Ne courez-vous pas ici où là, où l’on se dissipe le plus souvent pour ne pas être toujours recueilli en soi-même ? C’est à vous et non pas à moi de juger tout ce qui se passe dans votre intérieur, d’en faire un sérieux examen et de réfléchir sur les complaisances, les soumissions, les bassesses qu’il faut faire dans le monde à ceux qui vous font du bien, où le plus souvent, Dieu peut-être offensé. Je vous demande pardon mon frère, de la liberté que j’ai prise de vous répondre sur la demande que vous m’avez faite. Car ce n’est pas à moi, une simple fille idiote de vous parler de choses que vous savez mieux que moi ». »

On trouve également ce passage important concernant la Communion spirituelle : De Benoîte à un religieux : « Ceux qui ne reçoivent pas son corps réellement, peuvent le recevoir spirituellement, pour participer au sacrifice de la messe, comme le faisaient les Pères du désert, ces fameux et illustres anachorètes Antoine, Hilaron et d’autres ». Quant à sa foi, elle est immense dans la présence réelle du Saint Sacrement : « Cette bonne fille a tant de foi et de vénération pour le Saint Sacrement de l’autel, qu’elle dit souvent que pourvu qu’elle soit dans l’église où le Saint sacrement repose et où il est exposé, si tout l’enfer venait, il ne pourrait l’épouvanter ».

Avons-nous assez d’estime pour l’Eucharistie jusqu’à nous déplacer afin de participer à la messe? Car : « Le sacrifice de la messe est d’un mérite infini ».

 

Vendredi 3 avril

Vendredi Saint

 

Le mystère de la croix et la crucifixion mystique de Benoîte

 

En ce Vendredi Saint, nous écoutons le récit de la Passion de Jésus selon saint Jean. Nous prions à toutes les grandes intentions de la prière universelle, pour tous les hommes pour lequel le Christ s’est livré et nous vénérons la Croix : « Voilà le bois de la Croix qui a porté le salut du monde ». Nous sommes conduits de nouveau à la Croix d’Avançon et invités à méditer le récit de l’apparition du Christ crucifié à Benoîte qui est à l’origine de sa crucifixion mystique.

C’est le prêtre Jean Peythieu qui nous rapporte cet événement majeur dans la vie de Benoîte : « La plus célèbre de ces apparitions a été de notre Seigneur Jésus Christ sur une croix en l’année 1673, au mois de juillet, un vendredi. Benoîte moissonnait avec quelques personnes et en présence de quelques étrangers, dans une terre qui était à la chapelle, lorsque par un mouvement divin elle vit notre Divin Sauveur tout ensanglanté qui lui dit : « Ma fille, je me fais voir dans cet état afin que vous participiez aux douleurs de ma Passion ». Et ce qui est merveilleux c’est que, depuis, elle était crucifiée tous les vendredis : son corps étendu en forme de croix, ses pieds l’un sur l’autre, ses doigts tant soit peu fermés et rétrécis aussi, moins pliables qu’une barre de fer.

Mais en échange des ces grandes douleurs elle était très souvent visitée par la Reine de l’Univers qui la laissa dans cette souffrance jusqu’à ce que nous commençâmes à bâtir. Alors, la très digne Mère lui apparut et dit : « Vous n’aurez plus les souffrances du vendredi, vous êtes nécessaire pour distribuer les vivres à cette grande quantité d’hommes et de jeunesse qui viendront des villages pour creuser les fondations et préparer l’emplacement du logement des prêtres. Les prêtres, eux, ne sont pas disponibles parce qu’ils confessent. » Fait admirable, parmi les ouvriers qui étaient quelque fois au nombre de cent ou cent vingt de tout âge et de tout sexe, on n’a entendu aucune parole injurieuse ou malhonnête. Cela dura pendant les deux années de travaux ».

Nous avons à vivre à notre manière notre propre crucifixion mystique. Si, comme le disait le pape Jean Paul II à une assemblée de prêtres et de religieux « dans les difficultés de notre vie quotidienne, nous unissons nos souffrances à celles du Christ crucifié, nous sommes unis immédiatement à la Puissance de sa Résurrection et à la force animatrice de son Esprit ».

 

Nota Bene : ce jour, commence la Neuvaine à la Miséricorde Divine, retrouvez-là en cliquant ICI

 

Samedi 4 avril

Samedi Saint

La veillée au tombeau

La mort et le tombeau de Benoîte

 

Aujourd’hui, samedi Saint, nous demeurons auprès du tombeau du Seigneur et méditons dans le silence et la prière sa Passion et sa mort attendant dans l’espérance la Nuit de sa Résurrection. Alors éclatera la joie de Pâques. Pour nous y aider nous pouvons nous rendre dans la chambre de Benoîte et auprès de son tombeau où son corps repose depuis la fin décembre 1718 dans l’attente de sa résurrection et de la nôtre.

C’est grâce à une lettre du Père Jean-Baptiste Royère à François Malaval, le saint mystique et aveugle de Marseille, que nous connaissons les derniers instants et la mort de Benoîte : « Le mercredi, jour des Innocents, elle nous pria de dire une grande messe pour elle. Ce fut Monsieur l’abbé Poligny qui voulut la dire. Après quoi nous sommes allés la visiter et elle nous dit qu’elle allait mourir. L’après midi nous lui avons donné l’extrême onction qu’elle demandait depuis plusieurs jours. Elle se confessa aussi et se fit laver les pieds et les mains ; quand ce fut l’onction des oreilles Monsieur le Supérieur lui dit : « sœur Benoîte, défaites vous que nous fassions l’onction des oreilles ». Elle répondit : « Elles en ont tant écouté ! » Quand elle reçut les dernier sacrement elle fut toute consolée, n’attendant plus que cet heureux moment où son âme devrait se séparer de son corps. Je m’approchai alors d’elle et lui fit prononcer plusieurs fois le nom de Jésus et de Marie, et je lui présentai le crucifix qu’elle prit entre ses mains tenant la bouche collée contre les pieds de son divin époux.

« Ma bonne sœur, lui dis-je alors, nous sommes vos enfants, ne voulez-vous pas leur donner votre bénédiction ». Elle répondit : « C’est à la Bonne Mère à nous la donner » et tout aussitôt elle sortit la main du lit et nous dit : « Je vous la donne bien volontiers mes Bons Pères ». Elle s’en excusa par respect. Cependant elle ne voulu pas nous refuser cette consolation. Nous nous réunîmes pour dire nos offices en attendant de revenir avec elle toute la nuit. Mais Dieu en ordonna autrement. Sur les huit heures elle dit adieu à ses nièces, à Mr le Prieur, à toute la Compagnie. Elle dit qu’on alluma son cierge ; elle demanda à Mr le Prieur de lui faire la recommandation de l’âme ; elle dit : « La mort vient comme un larron sans crier gare ».

Elle dit à sa filleule Benoîte et à sa chère Isabelle de dire les litanies de l’Enfant Jésus et aussitôt, levant les yeux au ciel, entre les bras de sa nièce et la venue des Anges qu’on reconnut à son visage riant, elle décéda joyeusement, et son âme, selon qu’on peut le croire pieusement, fut portée au ciel par les Esprits Bienheureux. »

Dès lors, le corps de Benoîte repose dans son tombeau dans le chœur de la Basilique devant la chapelle de Bon Rencontre et le Saint Sacrement, près de la lampe à huile du sanctuaire et de l’autel où la messe est célébrée chaque jour. Sur la pierre est gravé : « Tombeau de la sœur benoîte, morte en odeur de sainteté, 1718 »

Nous n’oublions pas pour terminer la prédiction de la Vierge sur l’avenir du Laus faite en 1679 : « La Mère de Dieu confirme à Benoîte ce que l’Ange lui avait dit au commencement de la dévotion du Laus : qu’elle serait plus grande après sa mort… parce que ses ossements feraient des miracles ; que les personnes infirmes y viendront de toutes parts et de bien loin pour guérir et guériront… » Nous en sommes témoins !

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Saintes et joyeuses fêtes de Pâques à vous tous...!!!!


30 mars 2013

Samedi Saint: la Sainte Face de Jésus au Sépulcre

Samedi Saint

La Sainte Face de Jésus au Sépulcre

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O Jésus, dont la Face Adorable fut enfermée dans le Sépulcre, ayez pitié de nous !

 

Après avoir été couverte des baisers de Marie, parfumée par Marie Madeleine et enveloppée d'un Suaire, la sainte Face disparaît dans le Sépulcre. Ce suaire Précieux, qui portera aussi, comme celui de Véronique, l'empreinte des traits du Sauveur, va nous fournir une nouvelle méditation.

 

Premier point

La Sainte Face sur le Suaire

 

C'était l'usage chez les Juifs, d'envelopper le corps tout entier de voiles et de bandelettes avant de le déposer ans le roc qui gardait les tombeaux de famille. Joseph d'Arimathie a donné un sépulcre à Celui qui n'avait pas où reposer Sa tête, il a couvert de linceuls la Dépouille Adorable du Sauveur. L'Ange les montrera plus tard pliés avec soin dans le tombeau et portant les traces des Cinq Plaies de Jésus. Pour nous, fidèles amis de la Sainte Face, nous allons vénérer spécialement celui de ces linceuls, qui, comme le Voile de Véronique, garde les traits de Jésus. Dieu n'a point voulu que ce trésor fût ravi à Son Eglise. Il passa des mains de Nicodème à celles de Gamaliel, puis à Saint Jacques, qui le transmit à Saint Siméon, Evêque de Jérusalem. Les Croisés le rapportèrent en Europe, et aujourd'hui la Maison de Savoie conserve à Turin ce mémorial de la Passion du Sauveur. Que de miracles se sont opérés en sa présence ! Saint François de Sales vint y répandre son cœur débordant d'amour ; il ne put retenir ses larmes à la vue des marques produites par les Plaies du Sauveur.

Unissons-nous aux sentiments pieux de tous ceux qui ont prié devant cette vénérable relique. Honorons le Saint Suaire, et attachons-nous plus spécialement à cette partie qui couvrit la Face de Jésus. On a reproduit beaucoup de fac-similé de cette Sainte Relique ; estimons-nous heureux si nous avons le bonheur d'en posséder un, et que sa vue nous excite à la réparation et à l'amour.

 

Deuxième point

Le Chrétien dans le sépulcre

 

Ce n'est pas sans un secret dessein de Dieu que la Sainte Face a été ainsi imprimée sur le Saint Suaire. La couronne d'épines, les ignominies des Juifs nous y sont retracés pour nous rappeler combien Notre Seigneur a souffert pour nous, « depuis la plante des pieds jusqu'aux sommets de la tête, aucune partie n'est restée sans douleur », avait dit le prophète (Isaïe 1, 16). Puisque mon Sauveur a tant souffert, pourquoi ne souffrirais-je pas avec Lui ? Puisqu'Il a voulu être enseveli pendant plusieurs jours dans les ombres d'un tombeau, pourquoi refuserais-je d'être enseveli au monde avec Lui ?

A la vue de la Sainte Face imprimée sur le Saint Suaire, je déteste le péché, je renonce au désir de paraître, d'être honoré, loué, recherché et aimé. Je demande à Dieu, avec l'apôtre de la dévotion à la Sainte Face, Sœur Marie de Saint Pierre, l'auteur des Litanies de l'humilité, avec le vénéré Léon Papin-Dupont (le Saint Homme de Tours »), qui a récité si souvent cette pieuse prière, je demande d'être délivré de la crainte d'être humilié, méprisé, rebuté, calomnié, raillé et injurié. Comme Saint Paul, je ne veux connaître autre chose que Jésus, et Jésus crucifié (Galates 3,1). C'est en Lui que je veux chercher mon bonheur, ma paix et la source de toutes mes joies sur la terre.

Bouquet spirituel : « Pierre étant entré, vit les linceuls déposés dans le sépulcre » (Jean 20, 5).

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Texte extrait du Mois de la Sainte Face, Abbé J.-B. Fourault, aux Editions Saint Jean

24 mars 2013

La Semaine Sainte avec Sainte Brigitte de Suède

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La Semaine Sainte avec Sainte Brigitte de Suède

Extrait des Quinze Oraisons

 

Lundi Saint

Deuxième Oraison

 

O Jésus ! Vraie Liberté des Anges. Paradis de délices, ayez mémoire de l'horreur et tristesse que Vous endurâtes lorsque Vos ennemis, ainsi que des lions furieux Vous entourèrent, et par mille injures, soufflets, égratignures et autres supplices inouïs Vous tourmentèrent à l'envi. En considération de ces tourments, je Vous supplie, ô mon Sauveur, de me délivrer de tous mes ennemis visibles et invisibles et de me faire arriver sous Votre protection à la perfection du Salut éternel. Ainsi soit-il.

 

Notre Père, je Vous salue Marie

 

Mardi Saint

Quatrième Oraison

 

O Jésus ! Céleste Médecin, élevé en Croix pour guérir nos plaies par les Vôtres, souvenez-Vous des langueurs et meurtrissures que Vous avez souffertes en tous Vos membres, dont aucun ne demeura en sa place, en sorte qu'il n'y avait douleur semblable à la Vôtre. Depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, aucune partie de Votre Corps n'était sans tourment; et cependant, oubliant toutes Vos souffrances, Vous n'avez pas cessé de prier Votre Père pour vos ennemis, Lui disant : « Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font ». Par cette grande Miséricorde, et en mémoire de cette douleur, faites que le souvenir de Votre très amère Passion opère en nous une parfaite contrition et la rémission de tous nos péchés. Ainsi soit-il.

 

Notre Père, je Vous salue Marie

 

Mercredi Saint

Septième Oraison

 

O Jésus ! Fontaine de Pitié inépuisable, qui, par une profonde affection d'Amour, avez dit sur la Croix : « J'ai soif ! », mais de la soif du Salut du genre humain. Je Vous prie, ô mon Sauveur, d'échauffer le désir de nos cœurs pour tendre à la perfection dans toutes nos œuvres ; et d'éteindre entièrement en nous la concupiscence charnelle et l'ardeur des appétits mondains. Ainsi soit-il.

 

Notre Père, je Vous salue Marie

 

Jeudi Saint

Huitième Oraison

 

O Jésus ! douceur des cœurs, suavité des esprits, par l'amertume du fiel et du vinaigre que Vous avez goûtés en la Croix, pour l'Amour de nous, accordez-nous de recevoir dignement Votre Corps et Votre Sang Précieux pendant notre vie et à l'heure de notre mort, pour servir de remède et de consolation à nos âmes. Ainsi soit-il.

 

Notre Père, je Vous salue Marie

 

Vendredi Saint

Neuvième Oraison

 

O Jésus ! Vertu royale, joie de l'esprit, ayez souvenance de la Douleur que Vous avez endurée, lorsque, plongé dans l'amertume à l'approche de la mort, insulté, outragé par les Juifs, Vous criâtes à hautes voix que Vous aviez été abandonné par Votre Père, disant : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-Vous abandonné ? ». Par cette angoisse, je Vous en conjure, ô mon Sauveur, ne m'abandonnez pas dans les terreurs et les douleurs de ma mort. Ainsi soit-il.

 

Notre Père, je Vous salue Marie

 

Samedi Saint

Quatorzième Oraison

 

O Jésus ! Fils unique du Père, Splendeur et Figure de Sa substance, souvenez-Vous de l'étroite et humble recommandation que Vous fîtes à votre Père, en Lui disant : « Mon Père, je remets Mon Esprit entre Vos mains » et Votre Corps tout déchiré et Votre Cœur brisé, et les entrailles de Votre Miséricorde ouvertes pour nous racheter, Vous avez expiré. Par cette précieuse Mort, je Vous supplie, O Roi des Saints ! Confortez-moi et donnez-moi le secours pour résister au démon à la chair et au sang, afin qu'étant mort au monde, je vive en Vous seul. Recevez je Vous prie, à l'heure de ma mort, mon âme pèlerine et exilée qui retourne vers Vous. Ainsi soit-il.

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Sainte Brigitte de Suède

1303-1373

 

« Née du sang royal de Suède, mariée au Prince de Mérici, Brigitte éleva saintement ses huit enfants, parmi lesquels figure Sainte Catherine de Suède. Après la mort de son époux, elle fonda un Ordre Religieux où l'on suit la Règle de Saint Augustin », signale le Missel Vespéral Romain. Elle se confessait tous les jours, passait de longues heures devant le Saint Sacrement, et fut favorisée de nombreuses visions et révélations qu'elle consigna par écrit. C'est à Rome, dans la Basilique Saint Paul-Hors-les-Murs, que le Christ lui dicta quinze Oraisons par la bouche d'un Crucifix toujours visible. « J'ai reçu en mon corps 5480 coups. Si vous voulez les honorer par quelques vénération, vous direz quinze Notre Père, quinze je Vous salue Marie et les quinze Oraisons pendant un an entier, lui déclare le Seigneur. L'année écoulée, vous aurez salué chacune de Mes Plaies » Ces Quinze Oraisons ont été approuvées le 31 mai 1862, par le Bienheureux Pie IX, qui les a recommandées « pour le bien des âmes et pour la pure vérité ».

 

Extrait du Famille Chrétienne N°1836, du 23 mars 2013

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Téléchargez le texte de ces prières (pdf) en cliquant ici

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22 avril 2011

Samedi Saint

 

Semaine Sainte

Triduum Pascal

Samedi Saint

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Le Roi dort

(Saint Épiphane de Salamine, IVe siècle)

 

« Un grand silence règne aujourd’hui sur la terre, un grand silence et une grande solitude,un grand silence parce que le Roi dort. La terre a tremblé et s’est calmée parce que Dieu s’est endormi dans la chair et qu’il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles. Dieu est mort dans la chair et les enfers ont tressailli. Dieu s’est endormi pour un peu de temps et il a réveillé du sommeil ceux qui séjournaient dans les enfers. Il va chercher Adam, notre premier Père, la brebis perdue. Il veut visiter tous ceux qui sont assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort. Il va, pour délivrer de leurs douleurs Adam dans ses liens et Ève captive avec lui, lui qui est en même temps leur Dieu et leur fils (…) Le Christ, ayant saisi Adam par la main, lui dit : «Éveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts... Lève-toi, toi qui dormais, car je ne t’ai pas créé pour que tu séjournes ici enchaîné dans l’enfer. Relève-toi d’entre les morts, Je suis la Vie des morts. Lève-toi, œuvre de mes mains, toi, mon effigie, qui a été faite à mon image. Lève-toi, partons d’ici, car tu es en moi et je suis en toi. À cause de toi, moi ton Dieu, je suis devenu ton fils ; à cause de toi, moi ton Seigneur, j’ai pris la forme d’esclave. Pour toi, homme, je me suis fait comme un homme, sans protection, libre parmi les morts. Pour toi qui es sorti du jardin, j’ai été livré dans le jardin et crucifié dans le jardin (...) Je me suis endormi sur la croix et la lance a percé mon côté à cause de toi.Et mon sommeil te fait sortir maintenant du sommeil de l’enfer. Lève-toi, partons d’ici, de la mort à la vie, de la corruption à l’immortalité, des ténèbres à la lumière éternelle. Levez-vous, et allons de la douleur à la joie, de la prison à la Jérusalem céleste, des chaînes à la liberté, de la captivité aux délices du Paradis, de la terre au ciel. Mon Père céleste attend la brebis perdue, la salle des noces est préparée, le Royaume des cieux qui existait avant tous les siècles vous attend ».

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Le Grand Samedi

 

Le « Grand Samedi », comme dit l’Orient, l’Église contemple d’abord le mystère de l’ensevelissement de son Seigneur, le mystère de sa mort, de son silence, de son repos. Comment pourrions-nous célébrer Pâques en sautant le Samedi Saint?

 

Dans le « catéchisme de notre cœur », a dit un grand théologien, le Samedi Saint ne semble pas occuper une très grande place. Le Jeudi Saint célèbre l’institution du sacrement de l’amour, le Vendredi Saint vénère la croix, la Nuit Pascale chante la résurrection, mais le Samedi Saint? Chaque dimanche pourtant, notre Credo confesse le mystère dont ce jour fait tout particulièrement mémoire: « Il est mort et a été enseveli; il est descendu aux enfers ». Oui, à chaque eucharistie « nous annonçons la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne! » (1 Corinthiens 11, 26).


Le Grand Samedi, comme dit l’Orient, l’Église contemple d’abord le mystère de l’ensevelissement de son Seigneur, le mystère de sa mort, de son silence, de son repos. Comment pourrions-nous célébrer Pâques en sautant le Samedi Saint? Jésus est vraiment mort. Il n’a pas fait semblant. Il n’a pas joué un jeu. Un jour, il a pris le chemin qui sera aussi le nôtre: il a quitté cette vie, ce monde, notre monde si concret, si digne d’amour; il est descendu dans l’abîme le plus profond de l’homme, de ce que la Bible appelle le shéol ou l’hadès: les ombres de la mort. Et l’Église ne craint pas de s’arrêter là un instant, de contempler avec crainte, mais aussi avec une silencieuse douceur, cette descente divine dans l’immense impuissance humaine: le Christ nous a précédés jusque dans la mort; il s’est laisser tomber entre les mains du Père et par là il a sanctifié tous les samedis saints de notre vie. Le silence de Dieu dans le repos de ce septième jour, en ce grand et saint sabbat, murmure déjà la nouvelle création du huitième jour. Et l’Église fait silence pour l’entendre.


Mais avec elle entendent tous ceux que la mort retenait captive, ceux qui, depuis le début de l’humanité, attendaient que s’ouvrît la porte du ciel. Car le Christ, descendant au shéol, va à leur mystérieuse rencontre, prenant Adam, et avec lui toute l’humanité, par la main, comme le montre si bien l’icône de la descente aux enfers, la véritable icône pascale de l’Orient: « Éveille-toi, ô toi qui dors! Relève-toi d’entre les morts! Christ t’illuminera ! » (Ep 5,14). Alors un premier pressentiment de Pâques traverse le silence de l’Église; après l’horreur du Golgotha, un premier frisson de joie ravive son attente: non, Dieu ne peut abandonner son âme au shéol, il ne peut laisser son fidèle voir la corruption (cf. Psaume 16,10). Il est descendu « pour tirer de la prison ceux qui habitent les ténèbres » (Is 42,7), « et celui qui est descendu, c’est le même qui est aussi monté au-dessus de tous les cieux, afin de remplir toute chose » (Ep 4,10).


C’est pourquoi le Samedi Saint n’est pas un jour de lamentation ni de deuil, mais le jour d’un silence aimant. Certes, baptisés en Christ, nous sommes ensevelis avec lui dans la mort (Rm 6,4) et, de cette mort, nous avons déjà un avant-goût, car nous mourons tout au long de notre vie... Mais notre espérance repose aujourd’hui dans le silence comme le Christ repose au tombeau, et avec Marie, avec les saintes femmes, nous nous asseyons près du tombeau pour entrer dans la tendresse et la douceur du repos de Dieu : de lui seul vient le salut.


Le Samedi Saint ne connaît ni célébration (ni adoration) eucharistique ni communion aux présanctifiés. Si l’Église se rassemble pour la Liturgie des Heures, elle n’a pourtant jamais voulu instituer une célébration particulière pour faire mémoire du Christ au tombeau. Son maître s’est vraiment endormi dans la mort, et elle accueille dans la foi et le silence toute la profondeur de ce mystère. Écartelés entre le désir de nous taire dans l’amour devant cet abaissement de Dieu et l’espérance paisible qui veut être partagée, nous nous rassemblons au plein midi de ce grand samedi pour l’Office de la Descente aux Enfers. Toute la liturgie traduit cet étonnement craintif de voir « l’Immortelle Vie descendre vers la mort » et cette certitude lumineuse que « l’enfer fut renversé par la splendeur de sa divinité » (Premier Tropaire); de voir le cœur de Marie transpercé par un glaive et de l’entendre sans hésitation confesser: « ...mais tu changeras mon deuil en la joie de ta résurrection » (Deuxième Tropaire). Les psaumes et les cantiques s’ouvrent à leur tour à ce double mystère: chantés (et c’est le seul jour dans l’année !) non pas en polyphonie, mais recto tono, sans antienne ni doxologie à la fin, ils expriment tous ce même ébranlement intérieur, pour se tourner tout de suite vers l’espérance et la certitude du salut: « Sauve-moi, car, dans la mort, nul souvenir de toi, le Seigneur accueillera ma prière » (Ps 6); « je descendis au pays dont les verrous m’enfermaient pour toujours, mais tu retires ma vie de la fosse, Seigneur, mon Dieu » (Jonas 2), « des profondeurs je crie vers toi, Seigneur, écoute mon appel! » (Ps 129).


Les lectures, elles aussi, nous gardent éveillés dans cette même attitude, exigeante, à la fois d’un infini respect et d’un grand silence (l’évangile nous montre le Christ enseveli et mis au tombeau), mais aussi d’une attente vivante et espérante (la première lettre de Pierre proclame le Christ prêchant la Bonne Nouvelle à ceux que la mort retenait captive). En réponse, le choral de l’attente de la résurrection, comme une première lueur de Pâques, acclame déjà dans l’espérance « Jésus vainqueur, amour plus fort que notre mort! », et Marie, que notre dernier chant rejoint auprès de son Fils endormi dans la paix, nous enseigne une dernière fois en ce Samedi Saint l’abandon au Père qui ouvre déjà les portes de la vie, pour relever le Fils d’entre les morts, pour prendre aussi auprès de lui tous ceux à qui le Christ a tendu la main: « Viens! Mon Père t’attend! La salle des Noces est prête. Le royaume des Cieux s’ouvre à toi! » (Pseudo-Épiphane, Homélie du Samedi Saint).

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« Le mystère du Samedi Saint »

Méditation de Benoît XVI à l'occasion de la vénération du Saint Suaire de Turin

 

Chers amis, C'est pour moi un moment très attendu. En diverses autres occasions, je me suis trouvé face au Saint-Suaire, mais cette fois, je vis ce pèlerinage et cette halte avec une intensité particulière: sans doute parce que les années qui passent me rendent encore plus sensible au message de cet extraordinaire Icône; sans doute, et je dirais surtout, parce que je suis ici en tant que Successeur de Pierre, et que je porte dans mon cœur toute l'Eglise, et même toute l'humanité. Je rends grâce à Dieu pour le don de ce pèlerinage et également pour l'occasion de partager avec vous une brève méditation qui m'a été suggérée par le sous-titre de cette Ostension solennelle: « Le Mystère du Samedi Saint ».


On peut dire que le Saint-Suaire est l'Icône de ce mystère, l'Icône du Samedi Saint. En effet, il s'agit d'un linceul qui a enveloppé la dépouille d'un homme crucifié correspondant en tout point à ce que les Evangiles nous rapportent de Jésus, qui, crucifié vers midi, expira vers trois heures de l'après-midi. Le soir venu, comme c'était la Parascève, c'est-à-dire la veille du sabbat solennel de Pâques, Joseph d'Arimathie, un riche et influent membre du Sanhédrin, demanda courageusement à Ponce Pilate de pouvoir enterrer Jésus dans son tombeau neuf, qu'il avait fait creuser dans le roc à peu de distance du Golgotha. Ayant obtenu l'autorisation, il acheta un linceul et, ayant descendu le corps de Jésus de la croix, l'enveloppa dans ce linceul et le déposa dans le tombeau (cf. Mc 15, 42-46). C'est ce que rapporte l'Evangile de saint Marc, et les autres évangélistes concordent avec lui. A partir de ce moment, Jésus demeura dans le sépulcre jusqu'à l'aube du jour après le sabbat, et le Saint-Suaire de Turin nous offre l'image de ce qu'était son corps étendu dans le tombeau au cours de cette période, qui fut chronologiquement brève (environ un jour et demi), mais qui fut immense, infinie dans sa valeur et sa signification.


Le Samedi Saint est le jour où Dieu est caché, comme on le lit dans une ancienne Homélie: « Que se passe-t-il? Aujourd'hui, un grand silence enveloppe la terre. Un grand silence et un grand calme. Un grand silence parce que le Roi dort... Dieu s'est endormi dans la chair, et il réveille ceux qui étaient dans les enfers » (Homélie pour le Samedi Saint, PG 43, 439). Dans le Credo, nous professons que Jésus Christ « a été crucifié sous Ponce Pilate, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers. Le troisième jour est ressuscité des morts ».


Chers frères et sœurs, à notre époque, en particulier après avoir traversé le siècle dernier, l'humanité est devenue particulièrement sensible au Mystère du Samedi Saint. Dieu caché fait partie de la spiritualité de l'homme contemporain, de façon existentielle, presque inconsciente, comme un vide dans le cœur qui s'est élargi toujours plus. Vers la fin du xix siècle, Nietzsche écrivait: "Dieu est mort! Et c'est nous qui l'avons tué!". Cette célèbre expression est, si nous regardons bien, prise presque à la lettre par la tradition chrétienne, nous la répétons souvent dans la Via Crucis, peut-être sans nous rendre pleinement compte de ce que nous disons. Après les deux guerres mondiales, les lager et les goulag, Hiroshima et Nagasaki, notre époque est devenue dans une mesure toujours plus grande un Samedi Saint: l'obscurité de ce jour interpelle tous ceux qui s'interrogent sur la vie, et de façon particulière nous interpelle, nous croyants. Nous aussi nous avons affaire avec cette obscurité.


Et toutefois, la mort du Fils de Dieu, de Jésus de Nazareth a un aspect opposé, totalement positif, source de réconfort et d'espérance. Et cela me fait penser au fait que le Saint-Suaire se présente comme un document « photographique », doté d'un « positif » et d'un « négatif ». Et en effet, c'est précisément le cas: le mystère le plus obscur de la foi est dans le même temps le signe le plus lumineux d'une espérance qui ne connaît pas de limite. Le Samedi Saint est une « terre qui n'appartient à personne » entre la mort et la résurrection, mais dans cette « terre qui n'appartient à personne » est entré l'Un, l'Unique qui l'a traversée avec les signes de sa Passion pour l'homme: « Passio Christi. Passio hominis ». Et le Saint-Suaire nous parle exactement de ce moment, il témoigne précisément de l'intervalle unique et qu'on ne peut répéter dans l'histoire de l'humanité et de l'univers, dans lequel Dieu, dans Jésus Christ, a partagé non seulement notre mort, mais également le fait que nous demeurions dans la mort. La solidarité la plus radicale.


Dans ce « temps-au-delà-du temps », Jésus Christ « est descendu aux enfers ». Que signifie cette expression? Elle signifie que Dieu, s'étant fait homme, est arrivé au point d'entrer dans la solitude extrême et absolue de l'homme, où n'arrive aucun rayon d'amour, où règne l'abandon total sans aucune parole de réconfort: « les enfers ». Jésus Christ, demeurant dans la mort, a franchi la porte de cette ultime solitude pour nous guider également à la franchir avec Lui. Nous avons tous parfois ressenti une terrible sensation d'abandon, et ce qui nous fait le plus peur dans la mort, est précisément cela, comme des enfants, nous avons peur de rester seuls dans l'obscurité, et seule la présence d'une personne qui nous aime peut nous rassurer. Voilà, c'est précisément ce qui est arrivé le jour du Samedi Saint: dans le royaume de la mort a retenti la voix de Dieu. L'impensable a eu lieu: c'est-à-dire que l'Amour a pénétré « dans les enfers »: dans l'obscurité extrême de la solitude humaine la plus absolue également, nous pouvons écouter une voix qui nous appelle et trouver une main qui nous prend et nous conduit au dehors. L'être humain vit pour le fait qu'il est aimé et qu'il peut aimer; et si dans l'espace de la mort également, a pénétré l'amour, alors là aussi est arrivée la vie. A l'heure de la solitude extrême, nous ne serons jamais seuls: « Passio Christi. Passio hominis ».


Tel est le mystère du Samedi Saint! Précisément de là, de l'obscurité de la mort du Fils de Dieu est apparue la lumière d'une espérance nouvelle: la lumière de la Résurrection. Et bien, il me semble qu'en regardant ce saint linceul avec les yeux de la foi, on perçoit quelque chose de cette lumière. En effet, le Saint-Suaire a été immergé dans cette obscurité profonde, mais il est dans le même temps lumineux; et je pense que si des milliers et des milliers de personnes viennent le vénérer, sans compter celles qui le contemplent à travers les images, c'est parce qu'en lui, elles ne voient pas seulement l'obscurité, mais également la lumière; pas tant l'échec de la vie et de l'amour, mais plutôt la victoire, la victoire de la vie sur la mort, de l'amour sur la haine; elles voient bien la mort de Jésus, mais elles entrevoient sa Résurrection; au sein de la mort bat à présent la vie, car l'amour y habite. Tel est le pouvoir du Saint-Suaire: du visage de cet « Homme des douleurs », qui porte sur lui la passion de l'homme de tout temps et de tout lieu, nos passions, nos souffrances, nos difficultés, nos péchés également, « Passio Christi. Passio hominis », de ce visage émane une majesté solennelle, une grandeur paradoxale. Ce visage, ces mains et ces pieds, ce côté, tout ce corps parle, il est lui-même une parole que nous pouvons écouter dans le silence. Que nous dit le Saint-Suaire? Il parle avec le sang, et le sang est la vie! Le Saint-Suaire est une Icône écrite avec le sang; le sang d'un homme flagellé, couronné d'épines, crucifié et transpercé au côté droit. L'image imprimée sur le Saint-Suaire est celle d'un mort, mais le sang parle de sa vie. Chaque trace de sang parle d'amour et de vie. En particulier cette tâche abondante à proximité du flanc, faite de sang et d'eau ayant coulé avec abondance par une large blessure procurée par un coup de lance romaine, ce sang et cette eau parlent de vie. C'est comme une source qui murmure dans le silence, et nous, nous pouvons l'entendre, nous pouvons l'écouter, dans le silence du Samedi Saint.


Chers amis, rendons toujours gloire au Seigneur pour son amour fidèle et miséricordieux. En partant de ce lieu saint, portons dans les yeux l'image du Saint-Suaire, portons dans le cœur cette parole d'amour, et louons Dieu avec une vie pleine de foi, d'espérance et de Charité. Merci.

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Prière pour le Samedi Saint

 

Notre Père

 

Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre Nom soit sanctifié, que Votre Règne vienne, que Votre Volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour. Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Ne nous laissez pas succomber à la tentation, mais délivrez-nous du mal. Car à Vous sont le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles des siècles. Amen.


Psaume 42

 

Rendez-moi justice, ô mon Dieu, défendez ma cause contre un peuple sans foi; de l'homme qui ruse et trahit, libérez-moi. C'est Vous, Dieu, ma forteresse: pourquoi me rejeter? Pourquoi vais-je assombri, pressé par l'ennemi? Envoyez Votre Lumière et Votre Vérité: qu'elles guident mes pas et me conduisent à Votre Sainte Montagne, jusqu'en Votre Demeure. J'avancerai jusqu'à l'autel de Dieu, vers Dieu qui est toute ma joie; je Vous rendrai grâce avec ma harpe, Dieu, mon Dieu! Pourquoi te désoler, ô mon âme, et gémir sur moi? Espère en Dieu! De nouveau je rendrai grâce: il est mon sauveur et mon Dieu!

 

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, au Dieu qui est, qui était et qui vient, pour les siècles et les siècles. Amen.

 

Psaume 43

 

Dieu, nous avons entendu dire, et nos pères nous ont raconté, quelle action Vous accomplissez de leur temps, aux jours d'autrefois. Vous, par Votre main, Vous avez dépossédé les nations, et ils purent s'implanter; et Vous avez malmené des peuplades, et ils purent s'étendre. Ce n'était pas leur épée qui possédait le pays, ni leur bras qui les rendait vainqueurs, mais votre droite et votre bras, et la lumière de Votre Face, car Vous les aimiez. Vous, Dieu, Vous êtes mon roi, Vous décidez des victoires de Jacob: avec Vous, nous battions nos ennemis; par Votre Nom, nous écrasions nos adversaires. Ce n'est pas sur mon arme que je compte, ni sur mon épée, pour la victoire. Vous nous avez donné de vaincre l'adversaire, Vous avez couvert notre ennemi de honte. Dieu était notre louange, tout le jour: sans cesse nous rendions grâce à Votre Nom. Maintenant, Vous nous humiliez, Vous nous rejettez, Vous ne sortez plus avec nos armées. Vous nous faites plier devant l'adversaire, et nos ennemis emportent le butin. Vous nous traitez en bétail de boucherie, Vous nous dispersez parmi les nations. Vous vendez votre peuple à vil prix, sans que Vous gagnez à ce marché. Vous nous exposez aux sarcasmes des voisins, aux rires, aux moqueries de l'entourage. Vous faites de nous la fable des nations; les étrangers haussent les épaules. Tout le jour, ma déchéance est devant moi, la honte couvre mon visage, sous les sarcasmes et les cris de blasphème, sous les yeux de l'ennemi qui se venge. Tout cela est venu sur nous sans que nous Vous ayons oublié: nous n'avions pas trahi Votre Alliance. Notre coeur ne s'était pas détourné et nos pieds n'avaient pas quitté Votre chemin quand Vous nous poussiez au milieu des chacals et nous couvrais de l'ombre de la mort. Si nous avions oublié le Nom de notre Dieu, tendu les mains vers un dieu étranger, Dieu ne l'eût-il pas découvert, lui qui connaît le fond des coeurs? C'est pour toi qu'on nous massacre sans arrêt, qu'on nous traite en bétail d'abattoir. Réveillez-Vous! Pourquoi dormez-Vous, Seigneur? Levez-Vous! Ne nous rejetez pas pour toujours. Pourquoi détourner Votre Face, oublier notre malheur, notre misère? Oui, nous mordons la poussière, notre ventre colle à la terre. Debout! Venez à notre aide! Rachetez-nous, au nom de Votre Amour.

 

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, au Dieu qui est, qui était et qui vient, pour les siècles et les siècles. Amen.

 

Psaume 62

 

Dieu, Vous êtes mon Dieu, je Vous cherche dès l'aube: mon âme a soif de Vous; après Vous languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau. Je Vous ai contemplé au sanctuaire, j'ai vu Votre force et Votre gloire. Votre Amour vaut mieux que la vie: Vous serez la louange de mes lèvres! Toute ma vie je vais Vous bénir, lever les mains en invoquant Votre Nom. Comme par un festin je serai rassasié; la joie sur les lèvres, je dirai Votre louange. Dans la nuit, je me souviens de Vous et je reste des heures à Vous parler. Oui, Vous êtes venu à mon secours: je crie de joie à l'ombre de Vos ailes. Mon âme s'attache à Vous, Votre main droite me soutient. Mais ceux qui pourchassent mon âme, qu'ils descendent aux profondeurs de la terre, qu'on les passe au fil de l'épée, qu'ils deviennent la pâture des loups! Et le roi se réjouira de son Dieu. Qui jure par Lui en sera glorifié, tandis que l'homme de mensonge aura la bouche close!

 

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, au Dieu qui est, qui était et qui vient, pour les siècles et les siècles. Amen.


Prière du Samedi Saint

Ô Dieu d’amour, qui avez proclamé devant nous, pendant toute cette semaine, l’immensité de Votre Miséricorde, daignez agréer l’humble expression de notre imparfaite reconnaissance. Vous avez eu pitié de nous, et Vous nous avez envoyé Votre Fils unique, qui nous as aimé jusqu’à donner sa Vie pour nous: nous Vous en bénissons, et nous Vous en bénirons jusqu’à la fin de notre vie. Mais, Seigneur, venez en aide à notre grande faiblesse. Accordez-nous, au milieu des préoccupations qui nous absorbent et des passions qui nous assaillent, de mieux discerner la voix de notre tendre et compatissant Sauveur. Donnez-nous d’entrer joyeusement par la porte bénie que sa mort nous as ouverte, et de le suivre dans cette voie d’humilité et d’amour, d’obéissance et de sacrifice, où il a marché Lui-même.


Et que la vue de Votre Sépulcre, ô Jésus, nous émeuve et nous instruise. C’est pour nous, que Vous, la Lumière du monde, Vous avez consenti à passer par les ténèbres de la tombe. Quand il nous semblera que la méchanceté du monde est sur le point d’anéantir Votre Evangile, et que l’incrédulité va remplacer pour toujours la Foi ici-bas, rappellez-nous que ce triomphe n’est jamais que momentané, et que c’est à Vous qu’appartient la victoire définitive. Et, quand nous nous sentirons à notre tour enveloppés des ténèbres du tombeau, vivifiez notre espérance et redisez-nous qu’il n’y a plus de mort pour ceux qui vivent avec Vous et pour Vous. Amen.

 

Psaume 2

 

Pourquoi ce tumulte des nations, ce vain murmure des peuples? Les rois de la terre se dressent, les grands se liguent entre eux contre le Seigneur et Son Messie: « Faisons sauter nos chaînes, rejetons ces entraves! » Celui qui règne dans les cieux s'en amuse, le Seigneur les tourne en dérision; puis il leur parle avec fureur, et sa colère les épouvante: « Moi, j'ai sacré mon roi sur Sion, ma sainte montagne ». Je proclame le décret du Seigneur! Il m'a dit: « Tu es mon fils; moi, aujourd'hui, je t'ai engendré. Demande, et je te donne en héritage les nations, pour domaine la terre tout entière. Tu les détruiras de ton sceptre de fer, tu les briseras comme un vase de potier ». Maintenant, rois, comprenez, reprenez-vous, juges de la terre. Servez le Seigneur avec crainte, rendez-lui votre hommage en tremblant. Qu'il s'irrite et vous êtes perdus: soudain sa colère éclatera. Heureux qui trouve en lui son refuge!

 

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, au Dieu qui est, qui était et qui vient, pour les siècles et les siècles. Amen.

 

Psaume 148

 

Alléluia! Louez le Seigneur du haut des cieux, louez-le dans les hauteurs. Vous, tous ses anges, louez-le, louez-le, tous les univers. Louez-le, soleil et lune, louez-le, tous les astres de lumière; vous, cieux des cieux, louez-le, et les eaux des hauteurs des cieux. Qu'ils louent le nom du Seigneur: sur son ordre ils furent créés; c'est lui qui les posa pour toujours sous une loi qui ne passera pas. Louez le Seigneur depuis la terre, monstres marins, tous les abîmes; feu et grêle, neige et brouillard, vent d'ouragan qui accomplis sa parole ; les arbres des vergers, tous les cèdres; Les montagnes et toutes les collines, les bêtes sauvages et tous les troupeaux, le reptile et l'oiseau qui vole; les rois de la terre et tous les peuples, les princes et tous les juges de la terre; tous les jeunes gens et jeunes filles, les vieillards comme les enfants. Qu'ils louent le nom du Seigneur, le seul au-dessus de tout nom; sur le ciel et sur la terre, sa splendeur: il accroît la vigueur de son peuple. Louange de tous ses fidèles, des fils d'Israël, le peuple de ses proches ! Alléluia!

 

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, au Dieu qui est, qui était et qui vient, pour les siècles et les siècles. Amen.

 

Psaume 150

 

Alléluia! Louez Dieu dans son temple saint, louez-le au ciel de sa puissance; louez-le pour ses actions éclatantes, louez-le selon sa grandeur! Louez-le en sonnant du cor, louez-le sur la harpe et la cithare; louez-le par les cordes et les flûtes, louez-le par la danse et le tambour! Louez-le par les cymbales sonores, louez-le par les cymbales triomphantes ! Et que tout être vivant chante louange au Seigneur ! Alléluia!

 

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, au Dieu qui est, qui était et qui vient, pour les siècles et les siècles. Amen.

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21 avril 2011

Vendredi Saint

 

Semaine Sainte

Triduum Pascal

Vendredi Saint

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Hymne

 

O Croix, notre espérance, arbre le plus noble de tous; nulle forêt n'a produit ton pareil pour le feuillage, la fleur et le fruit.

 

Tu nous es cher, ô bois, et plus cher encore le doux fardeau suspendu à tes clous sacrés.

 

Chantons, ma langue, la couronne du glorieux combat; célèbre le noble triomphe dont la Croix est le trophée, et la victoire que le Rédempteur du monde remporta dans sa propre immolation.

 

O Croix, notre espérance, arbre le plus noble de tous; nulle forêt n'a produit ton pareil pour le feuillage, la fleur et le fruit.

 

Le Créateur, compatissant au malheur que la séduction enfanta pour le premier homme notre père, précipité dans la mort pour avoir mangé d'un fruit funeste, daigna dès ce jour désigner le bois pour réparer le désastre causé par le bois.

 

Tu nous es cher, ô bois, et plus cher encore le doux fardeau suspendu à tes clous sacrés.

 

Tel fut le plan divin dressé pour notre salut, afin que la sagesse y déjouât la ruse de notre cauteleux ennemi, et que le remède nous arrivât par le moyen même qui avait servi pour nous faire la blessure.

 

O Croix, notre espérance, arbre le plus noble de tous; nulle forêt n'a produit ton pareil pour le feuillage, la fleur et le fruit.

 

Lors donc que le temps marqué par le décret divin fut arrivé, celui par qui le monde a été créé fut envoyé du trône de son Père, et avant pris chair au sein d'une Vierge, il parut en ce monde.

 

Tu nous es cher, ô bois, et plus cher encore le doux fardeau suspendu à tes clous sacrés.

 

A sa naissance, on le couche dans une crèche; c'est de là qu'il fait entendre ses vagissements; la Vierge-Mère enveloppe de langes ses membres délicats; les mains et les pieds d'un Dieu sont captifs sous les bandelettes, comme ceux des autres enfants.

 

O Croix, notre espérance, arbre le plus noble de tous; nulle forêt n'a produit ton pareil pour le feuillage, la fleur et le fruit.

 

Après avoir vécu six lustres, le temps de sa vie mortelle approche de son terme; c'est librement qu'il est descendu pour être notre Rédempteur ; et le jour est venu où cet Agneau est élevé sur l'arbre de la Croix, pour y être immolé.

 

Tu nous es cher, ô bois, et plus cher encore le doux fardeau suspendu à tes clous sacrés.

 

C'est là qu'on l'abreuve de fiel dans son agonie; là que les épines, les clous, la lance, déchirent son corps délicat; l'eau et le sang s'épanchent de sa plaie; la terre, la mer, les astres, le monde tout entier, reçoivent ce jet qui les purifie.

 

O Croix, notre espérance, arbre le plus noble de tous; nulle forêt n'a produit ton pareil pour le feuillage, la fleur et le fruit.

 

Arbre auguste, laisse fléchir tes rameaux; soulage, en pliant, les membres tendus de l'Agneau; amollis cette dureté que la nature t'avait donnée, et sois un lit plus doux pour le corps du souverain Roi.

 

Tu nous es cher, ô bois, et plus cher encore le doux fardeau suspendu à tes clous sacrés.

 

Seule tu as été trouvée digne de porter entre tes bras la victime du monde; pour ce monde naufragé, tu as été l'arche qui le ramène au port, toi qui fus inondée du sang divin de l'Agneau.

 

O Croix, notre espérance, arbre le plus noble de tous; nulle forêt n'a produit ton pareil pour le feuillage, la fleur et le fruit.

 

Gloire éternelle à l'heureuse Trinité; honneur égal au Père, au Fils, au Paraclet; louange de la part de tous les êtres à celui qui réunit la Trinité à l'Unité. Amen.

 

Tu nous es cher, ô bois, et plus cher encore le doux fardeau suspendu à tes clous sacrés.

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La Passion de notre Seigneur Jésus-Christ selon saint Jean

 

En ce temps-là, Jésus s'en alla avec ses disciples au delà du torrent de Cédron. Or il y avait là un jardin dans lequel il entra, lui et ses disciples. Judas qui le trahissait connaissait aussi ce lieu, parce que Jésus y venait souvent avec ses disciples. Judas donc ayant pris une cohorte et des gens que les princes des prêtres et les pharisiens lui donnèrent, vint en ce lieu avec des lanternes, des torches et des armes. Jésus donc, sachant ce qui devait arriver, s'avança et leur dit: « Qui cherchez-vous? » Ils lui répondirent: Jésus de Nazareth. Jésus leur dit: « C'est moi ». Or Judas, qui le trahissait, était avec eux. Lors donc qu'il leur eut dit: « C'est moi, ils reculèrent de quelques pas et tombèrent à terre ». Il leur demanda de nouveau: « Qui cherchez-vous? » Ils dirent: « Jésus de Nazareth ». Jésus leur répondit: « Je vous ai dit que c'est moi; si donc c'est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci ». Afin que fût accomplie la parole qu'il avait dite: « De ceux que vous m'avez donnés, je n'en ai perdu aucun ». Alors Simon Pierre, qui avait une épée, la tira, et frappa un serviteur du grand-prêtre, et lui coupa l'oreille droite; or ce serviteur avait nom Malchus. Mais Jésus dit à Pierre: « Remets ton épée dans le fourreau. Le calice que mon Père m'a donné, ne le boirai-je donc pas? »

 

Alors la cohorte et le tribun, et les satellites des Juifs, se saisirent de Jésus et le lièrent. Et ils l'emmenèrent d’abord chez Anne, parce qu'il était le beau-père de Caïphe, qui était grand-prêtre cette année-là. Or Caïphe était celui qui avait donné ce conseil aux Juifs: Il est expédient qu'un seul homme meure pour le peuple. Simon Pierre suivait Jésus, et aussi un autre disciple; or ce disciple étant connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans la cour du grand-prêtre. Et comme Pierre se tenait à la porte au dehors, l'autre disciple, qui était connu du grand-prêtre, sortit et parla à la portière, et elle fit entrer Pierre. Cette servante commise à la porte dit donc à Pierre: « Es-tu aussi des disciples de cet homme? » Il répondit: « Je n'en suis point ». Les serviteurs et les gardes, rangés autour d'un brasier, se chauffaient; car il faisait froid. Et Pierre était aussi avec eux, debout et se chauffant.

 

Cependant le grand-prêtre interrogea Jésus touchant ses disciples et sa doctrine. Jésus lui répondit: « J'ai parlé publiquement au monde; j'ai toujours enseigné élans la synagogue et dans le temple, ou tous les Juifs s'assemblent, et je n'ai rien dit en secret. Pourquoi m'interrogez-vous? Interrogez ceux qui m'ont entendu, sur ce que je leur ai dit; ceux là savent ce que j'ai dit ». Après qu'il eut dit cela, un des gardes là présent donna un soufflet à Jésus, disant: « Est-ce ainsi que tu réponds au grand-prêtre »: Jésus lui dit: « Si j'ai mal parlé, fais voir ce que j'ai dit de mal; mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu? » Et Anne l'envoya chez Caïphe le grand-prêtre. Cependant Simon Pierre était debout et se chauffait. Quelques-uns donc lui dirent: « N'es-tu pas aussi de ses disciples? » Il le nia, et dit: « Je n'en suis point ». Un des serviteurs du grand-prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l'oreille, lui dit: « Ne t'ai-je pas vu avec lui dans le jardin? » Pierre le nia de nouveau ; et aussitôt le coq chanta.

 

Ils amenèrent Jésus de chez Caïphe dans le prétoire. Or c'était le matin, et eux n'entrèrent point dans le prétoire, afin de ne se point souiller, et de pouvoir mander la Pâque. Pilate vint donc à eux dehors, et dit: « Quelle accusation portez-vous contre cet homme? » Ils répondirent: « Si ce n'était pas un malfaiteur, nous ne vous l'aurions point amené ». Pilate leur dit: « Prenez-le vous-mêmes, et jugez-le selon votre loi ». Les Juifs lui dirent: « Il ne nous est pas permis de mettre personne à mort »; afin que fût accomplie la parole qu'il avait dite touchant la mort dont il devait mourir. Pilate donc rentra dans le prétoire, et appela Jésus, et lui dit: « Etes-vous le Roi des Juifs? » Jésus répondit: « Dites-vous cela de vous-même, ou d'autres vous l’ont-ils dit de moi? » Pilate répondit: « Est-ce que je suis Juif? Votre nation et vos prêtres vous ont livré à moi. Qu'avez-vous fait? » Jésus répondit: « Mon royaume n'est pas de ce monde; si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs combattraient pour que je ne fusse point livré aux Juifs: mais maintenant mon royaume n'est pas de ce monde ». Pilate lui dit: « Vous êtes donc Roi ? » Jésus répondit: « Vous le dites, je suis Roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité; quiconque est de la vérité, écoute ma voix ». Pilate lui dit: « Qu'est-ce que la vérité? » Et ayant dit cela, il sortit encore, et alla vers les Juifs, et leur dit: « Je ne trouve en lui aucun crime. La coutume est que je vous délivre un criminel à la fête de Pâque; voulez-vous que je vous délivre le Roi des Juifs? » Alors de nouveau tous s'écrièrent: « Pas celui-ci, mais Barabbas ». Or Barabbas était un voleur.

 

Alors donc Pilate prit Jésus et le fit flageller. Et les soldats ayant tressé une couronne d'épines, la mirent sur sa tête, et le revêtirent d'un manteau de pourpre. Et venant à lui, ils disaient: « Salut, Roi des Juifs! » Et ils lui donnaient des soufflets. Pilate sortit de nouveau, et leur dit: « Voici que je vous l'amène dehors, afin que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun crime ». Jésus donc sortit, portant la couronne d'épines et le manteau de pourpre. Et Pilate leur dit: « Voilà l'homme ». Les prêtres et les gardes l'ayant vu, crièrent: « Crucifiez-le, crucifiez-le ». Pilate leur dit: « Prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le; car moi je ne trouve point de crime en lui ». Les Juifs répondirent: « Nous avons une loi, et selon cette loi il doit mourir parce qu'il s'est fait Fils de Dieu ». Ayant entendu cette parole, Pilate fut plus effrayé. Et entrant dans le prétoire, il dit à Jésus: « D'où êtes-vous? » Jésus ne lui lit pas de réponse. Pilate lui dit donc: « Vous ne me parlez point? Ignorez-vous que j'ai le pouvoir de vous crucifier et le pouvoir de vous délivrer? » Jésus lui répondit: « Vous n'auriez sur moi aucun pouvoir, s'il ne vous était donné d'en haut; et c'est pour cela que le péché de celui qui m'a livré à vous est d'autant plus grand ». Et depuis ce moment, Pilate cherchait à le délivrer. Mais les Juifs criaient, disant: « Si vous le délivrez, vous n'êtes point ami de César; car quiconque se fait Roi, se déclare contre César ». Ayant entendu cette parole, Pilate fit amener Jésus dehors; et il s'assit sur le tribunal, au lieu appelé en grec Lithostrotos, et en hébreu Gabbatha.

 

C’était le jour de la préparation de la Pâque. vers la sixième heure; et Pilate dit aux Juifs: « Voilà votre Roi ». Mais eux criaient: « Otez-le! ôtez-le! crucifiez-le! » Pilate leur dit: « Que je crucifie votre Roi? » Les princes des prêtres répondirent: « Nous n'avons de roi que César ». Alors il le leur livra pour être crucifié. Et ils prirent Jésus et l'emmenèrent. Emportant sa croix, il vint au lieu nommé Calvaire, et en hébreu Golgotha, où ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate écrivit une inscription, et la fit mettre au haut de la croix. Voici ce qu'elle portait: « Jésus de Nazareth, Roi des Juifs ». Beaucoup de Juifs lurent cette inscription parce que le lieu où Jésus était crucifié était près de la ville, et qu'elle était écrite en hébreu, en grec, et en latin. Les pontifes des Juifs dirent donc à Pilate: « N'écrivez point: « Roi des Juifs »; mais bien qu'il a dit: « Je suis le Roi des Juifs ». Pilate répondit: « Ce qui est écrit, est écrit ». Les soldats, après avoir crucifié Jésus, prirent ses habits dont ils firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi sa tunique; et, comme elle était sans couture, d'un seul tissu d'en haut jusqu'en bas, ils se dirent entre eux: « Ne la divisons point, mais tirons au sort à qui elle sera », afin que s'accomplit ce que dit l'Ecriture: « Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont jeté ma robe au sort ». Voilà ce que firent les soldats.

 

Debout près de la croix de Jésus, étaient sa mère et la sœur de sa mère, .Marie, femme de Cléophas, et Marie-Madeleine. Jésus ayant m sa mère, et debout près d'elle, le disciple qu'il aimait, il dit à sa mère: « Femme, voilà votre fils », là ensuite il dit au disciple: « Voilà ta mère », là depuis cette heure, le disciple la prit chez lui. Après cela, Jésus sachant que tout était accompli, afin qu'une parole de l'Ecriture s'accomplit encore, il dit: « J'ai soif ». Il y avait là un vase plein de vinaigre. Ils entourèrent d'hysope une éponge pleine de vinaigre, et la présentèrent à sa Bouche, là Jésus avant pris le vinaigre, dit: « Tout est consommé ». Et baissant la tête, il rendit l'esprit.

 

Or ce jour-là étant celui de la Préparation, afin que les corps ne demeurassent pas en croix durant le sabbat (car ce sabbat était un jour très solennel), les Juifs prièrent Pilate qu'on leur rompit les jambes, et qu'on les enlevât. Il vint donc des soldats qui rompirent les jambes du premier, puis de l'autre qui avait été crucifié avec lui. Etant venus à Jésus, et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent point les jambes; mais un des soldats lui ouvrit le coté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau, là celui qui Se vit en rend. témoignage, et son témoignage est vrai, là il sait qu'il dit vrai, afin que vous croyiez aussi. Ceci advint pour que cette parole de l'Ecriture tut accomplie: Vous ne briserez pas un seul de ses os. Et il est dit encore ailleurs dans l'Ecriture: « Ils verront celui qu'ils ont percé ».

 

Après cela, Joseph d'Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret, par crainte des Juifs, pria Pilate de lui laisser enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Il vint donc, et enleva le corps de Jésus. Nicomède, celui qui, autrefois, était venu trouver Jésus de nuit, vint aussi apportant une composition de myrrhe et d'aloès, environ cent livres. Or il y avait un jardin dans le lieu où Jésus avait été crucifié, et dans le jardin un sépulcre tout neuf, où personne n'avait encore été mis. Là donc, à cause de la préparation du sabbat des Juifs, et que ce sépulcre était proche, ils mirent Jésus.

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Les Impropères

 

O mon peuple, que t'ai-je fait ?En quoi t'ai-je affligé? Réponds-moi. Est-ce parce que je t'ai tiré de la terre d'Egypte que tu as dressé une croix pour ton Sauveur ?

 

Dieu saint. Saint et fort. Saint et immortel, ayez pitié de nous.

 

Est-ce parce que, durant quarante ans, j'ai été ton conducteur dans le désert, que je t'y ai nourri de la manne, que je t'ai ensuite introduit dans une terre excellente ; est-ce pour ces services que tu as préparé une croix à ton Sauveur ?

 

Dieu saint. Saint et fort. Saint et immortel, ayez pitié de nous.

 

Qu'ai-je dû faire pour toi, que je n'aie pas fait? Je t'ai plantée comme la plus belle de mes vignes, et tu n'as eu pour moi qu'une amertume extrême; car dans ma soif tu m'as donné du vinaigre à boire, et tu as percé de la lance le côté de ton Sauveur.

 

Dieu saint. Saint et fort. Saint et immortel, ayez pitié de nous.

 

Pour l'amour de toi, j'ai frappé l'Egypte avec ses premiers-nés; toi, tu m'as livré à la mort, après m'avoir flagellé.

 

O mon peuple, que t'ai-je fait? en quoi t'ai-je affligé? Réponds-moi.

 

Je t'ai tiré de l'Egypte, et j'ai submergé Pharaon dans la mer Rouge: toi, tu m’as livré aux princes des prêtres.

 

O mon peuple, que t'ai-je fait? en quoi t'ai-je affligé? Réponds-moi.

 

Je t'ai ouvert un passage dans la mer: toi, tu m'as ouvert le liane avec une lance.

 

O mon peuple, que t'ai-je fait? en quoi t'ai-je affligé? Réponds-moi.

 

J'ai marché devant toi dans une colonne de nuée: toi. tu m'as meneau prétoire de Pilate.

 

O mon peuple, que t'ai-je fait? en quoi t'ai-je affligé? Réponds-moi.

 

Je t'ai nourri de la manne dans le désert: j'ai reçu de toi des soufflets et des coups de fouet.

 

O mon peuple, que t'ai-je fait? en quoi t'ai-je affligé? Réponds-moi.

 

Je t'ai abreuvé de l'eau salutaire sortie du rocher: dans ma soif, tu m'as présente du fiel et du vinaigre.

 

O mon peuple, que t'ai-je fait? en quoi t'ai-je affligé? Réponds-moi.

 

A cause de toi j'ai exterminé les rois de Canaan: toi, tu m'as frappe à la tète avec un roseau.

 

O mon peuple, que t'ai-je fait? en quoi t'ai-je affligé? Réponds-moi.

 

Je t'ai donné le sceptre de la royauté: toi, tu as mis sur ma tête une couronne d'épines.

 

O mon peuple, que t'ai-je fait? en quoi t'ai-je affligé? Réponds-moi.

 

Je t'ai élevé en déployant une haute puissance: toi, tu m'as attache au gibet de la croix.

 

O mon peuple, que t'ai-je fait? en quoi t'ai-je affligé? Réponds-moi.

 

Nous adorons votre Croix, Seigneur ; nous célébrons et glorifions votre sainte Résurrection;

Car c'est par la Croix que vous avez rempli de joie le monde entier.

Que Dieu ait pitié de nous et qu'il nous bénisse;

Qu'il fasse luire sur nous la lumière de son visage, et qu'il nous envoie sa miséricorde.

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20 avril 2011

Jeudi Saint

 

Semaine Sainte 2011

Triduum Pascal

Jeudi Saint

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Hymne

 

Verbe du Père, qui avez daigne paraître dans la chair, Agneau de Dieu, oui ôtez les pèches du monde, nous venons vers vous humblement, pour nous désaltérer dans le sang de votre auguste Passion.

 

Montrez-nous les stigmates de vos blessures sacrées; faites briller le signe glorieux de votre Croix; que par la force inépuisable qui réside en lui, le salut soit accordé aux croyants.

 

Le roseau, les clous, les crachats, le breuvage de myrrhe, la couronne d'épine, les fouets, la lance, sont, ô Christ, les instruments de votre supplice ; à cause d'eux, daignez aujourd'hui pardonner nos crimes.

 

Que le sang de vos blessures sacrées arrose et lave nos cœurs, qu'il enlevé le poison de notre malice; que notre vie présente soit exempte de pèche: que la vie future nous soit une bienheureuse récompense.

 

Quand le jour de la résurrection se lèvera, quand les splendeurs de l'éternel royaume viendront illuminer ce monde, faites-nous suivre, à travers les airs, cette route qui nous conduira vers les heureux habitants du céleste séjour.

 

Honneur soit au Dieu éternel ! gloire au seul Père, au Fils unique et à l'Esprit-Saint! Trinité qui vit et règne dans les siècles des siècles. Amen.

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Les textes suivants sont extraits de « La Douloureuse Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ », de la Bienheureuse Anne Catherine Emmerich

 

Dernière Pâque


Jésus et les siens mangèrent l'agneau pascal dans le Cénacle, divisés en trois troupes de douze, dont chacun, était présidée par l'un d'eux, faisant office de père de famille. Jésus prit son repas avec les douze apôtres dans la salle du Cénacle. Nathanaël le prit avec douze autres disciples dans l’une des salles latérales, douze autres avaient à leur tête Eliacim, fils de Cléophas et de Marie d’Héli, et frère de Marie de Cléophas: il avait été disciple de Jean Baptiste. Trois agneaux furent immolés pour eux dans le Temple avec les cérémonies habituelles. Mais il y avait un quatrième agneau, qui fut immolé dans le Cénacle; c'est celui-là que Jésus manges avec les apôtres. Judas ignora cette circonstance, parce qu'il était occupé de ses complots et n'était pas revenu lors de l'immolation de l'agneau: il vint très peu d'instants avant le repas. L’immolation de l'agneau destiné à Jésus et aux apôtres fut singulièrement touchante: elle eut lieu dans le vestibule du Cénacle avec le concours d'un fils de Siméon, qui était Lévite. Les apôtres et les disciples étaient là, chantant le ils. psaume. Jésus parla d'une nouvelle époque qui commençait; il dit que le sacrifice de Moïse et la figure de l'agneau pascal allaient trouver leur accomplissement: mais que, pour cette raison, l’agneau devait être immolé comme il l’avait été autrefois en Egypte, et qu'ils allaient sortir réellement de la maison de servitude.

 

Les vases et les instruments nécessaires furent apprêtés, an amena un beau petit agneau, orné d'une couronne qui fut envoyée à la sainte Vierge dans le lieu où elle se tenait avec les saintes femmes. L’agneau était attaché le des contre une planche par le milieu du corps, et il me rappela Jésus lié à la colonne et flagellé. Le fils de Siméon tenait la tête de l'agneau: Jésus le piqua au cou avec la pointe d’un couteau qu'il donna au fils de Siméon pour achever l'agneau. Jésus paraissait éprouver de la répugnance à le blesser; il le fit rapidement, mais avec beaucoup de gravité. Le sang fut recueilli dans un bassin et on apporta une branche d’hysope, que Jésus trempa dans le sang. Ensuite il alla à la porte de la salle, en peignit de sang les deux poteaux et la serrure, et fixa au-dessus de la porte la branche teinte de sang. Il lit ensuite une instruction, et dit, entre autres choses, que l'ange exterminateur passerait outre, qu’ils devaient adorer en ce lieu sans crainte et sans inquiétude lorsqu'il aurait été immolé, lui, le véritable agneau pascal; qu'un nouveau temps et un nouveau sacrifice allaient commencer, qui dureraient jusqu'à la fin du monde. Ils se rendirent ensuite au bout de la salle, près du foyer où avait été autrefois l'arche d'alliance : il y avait déjà du feu. Jésus versa le sang sur ce foyer. et le consacra comme autel. Le reste du sang et la graisse furent jetés dans le feu sous l’autel. Jésus, suivi de ses apôtres, fit ensuite le tour du Cénacle en chantant des psaumes, et consacra en lui un nouveau Temple. Toutes les portes étaient fermées pendant ce temps. Cependant le fils de Siméon avait entièrement préparé l’agneau. Il l'avait passé dans un pieu: les jambes de devant étaient sur un morceau de bois placé en travers: celles de derrière étaient étendues le long du pieu. Hélas! il ressemblait a Jésus sur la croix, et il fut mis dans le fourneau pour être rôti avec les trois autres agneaux apportés du temple. Les agneaux de Pâque des Juifs étaient tous immolés dans le vestibule du Temple, et cela en trois endroits: pour les personnes de distinction, pour les petites gens et pour les étrangers. L'agneau pascal de Jésus ne fut pas immole dans le Temple: tout le reste fut rigoureusement conforme a la loi. Jésus tint plus tard un discours à ce sujet, il dit que l'agneau était simplement une figure, que lui-même devait être, le lendemain, l'agneau pascal, et d'autres choses que j'ai oubliées.

 

Lorsque Jésus eut ainsi enseigné sur l'agneau pascal et sa signification, le temps étant venu et Judas étant de retour, on prépara les tables. Les convives mirent les habits de voyage qui se trouvaient dans le vestibule, d'autres chaussures, une robe blanche semblable à une chemise, et un manteau, court par devant et plus long par derrière; ils relevèrent leurs habits jusqu'à la ceinture, et ils avaient aussi de larges manches retroussées. Chaque troupe alla à la table qui lui était réservée: les deux troupes de disciples dans les salles latérales, le Seigneur et les apôtres dans la salle du Cénacle. Ils prirent des bâtons à la main. et ils se rendirent deux par deux à la table, où ils se tinrent debout à leurs places, appuyant les bâtons à leurs bras et les mains élevées en l'air. Mais Jésus, qui se tenait au milieu de la table, avait reçu du majordome deux petits bâtons un peu recourbés par en haut, semblables à de courtes houlettes de berger. Il y avait à l'un des côtés un appendice formant une fourche, comme une branche coupée. Le Seigneur les mit dans sa ceinture de manière à ce qu'ils se croisassent sur sa poitrine, et en priant il appuya ses bras étendus en haut sur l'appendice fourchu. Dans cette attitude, ses mouvements avaient quelque chose de singulièrement touchant : il semblait que la croix dont il voulait bientôt prendre le poids sur ses épaules dût auparavant leur servir d'appui. Ils chantèrent ainsi: « Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël! » ou « Loué soit le Seigneur », etc. Quand la prière fut finie, Jésus donna un des bâtons à Pierre et l'autre à Jean. Ils les mirent de côté ou les firent passer de main en main parmi les saints apôtres. Je ils m'en souviens plus très exactement. La table était étroite et assez haute pour dépasser d'un demi pied les genoux d'un homme debout; sa forme était celle d'un fer à cheval; vis-à-vis de Jésus, à l'intérieur du demi cercle, était une place libre pour servir les mets. Autant que je puis m'en souvenir, à la droite de Jésus étaient Jean, Jacques le Majeur et Jacques le Mineur; au bout de la table, à droite, Barthélémy; puis, en revenant à l'intérieur, Thomas et Judas Iscariote. A la gauche, Simon, et prés de celui-ci, en revenant, Matthieu et Philippe. Au milieu de la table était l'agneau pascal, dans un plat. Sa tête reposait sur les pieds de devant, mis en croix; les pieds de derrière étaient étendus, le bord du plat était couvert d'ail. A côté se trouvait un plat avec le rôti de Pâque, puis une assiette avec des légumes verts serrés debout les uns contre les autres, et une seconds assiette, où se trouvaient de petits faisceaux d'herbes amères, semblables à des herbes aromatiques; puis, encore devant Jésus, un plat avec d'autres herbes d'un vert jaunâtre, et un autre avec une sauce ou breuvage de couleur brune. Les convives avaient devant eux des pains ronds en guise d'assiettes; ils se servaient de couteaux d'ivoire.

 

Après la prière, le majordome plaça devant Jésus, sur le table, le couteau pour découper l'agneau. Il mit une coupe de vin devant le Seigneur, et remplit six coupes, dont chacune se trouvait entre les deux apôtres. Jésus bénit le vin et le but; les apôtres buvaient deux dans la même coupe. Le Seigneur découpa l'agneau; les apôtres présentèrent tour à tour leurs gâteaux ronds et reçurent chacun leur part. Ils la mangèrent très vite, en détachant la chair des os au moyen de leurs couteaux d'ivoire; les ossements furent ensuite brûlés. Ils mangèrent très vite aussi de l’ail et des herbes vertes qu'ils trempaient dans la sauce. Ils firent tout cela debout, s'appuyant seulement un peu sur le dossier de leurs sièges. Jésus rompit un des pains azymes et en recouvrit une partie: il distribua le reste. Ils mangèrent ensuite aussi leurs gâteaux. On apporta encore une coupe de vin mais Jésus n'en but point: « Prenez ce vin, dit-il, et partagez-le entre nous; car je ne boirai plu, de vin jusqu’à ce que vienne le royaume de Dieu ». Lorsqu'ils eurent bu, ils chantèrent, puis Jésus pria ou enseigna, et on se lava encore les mains. Alors ils se placèrent sur leurs sièges. Tout ce qui précède s'était fait très vite, les convives restant debout. Seulement vers la fin ils s'étaient un peu appuyés sur les sièges. Le Seigneur découpa encore un agneau, qui fut porté aux saintes femmes dans l'un des bâtiments de la cour où elles prenaient leur repas. Les apôtres mangèrent encore des légumes et de la laitue avec la sauce. Jésus était extraordinairement recueilli et serein: je ne l'avais jamais vu ainsi. Il dit aux apôtres d'oublier tout ce qu'ils pouvaient avoir de soucis. La sainte Vierge aussi, à la table des femmes, était pleine de sérénité. Lorsque les autres femmes venaient à elle et la tiraient par son voile pour lui parler, elle se retournait avec une simplicité qui me touchait profondément.

 

Au commencement, Jésus s'entretint très affectueusement avec ses apôtres, puis il devint sérieux et mélancolique. « Un de vous me trahira, dit-il, un de vous dont la main est avec moi à cette table ». Or, Jésus servait de la laitue, dont il n'y avait qu'un plat, à ceux qui étaient de son côté, et il avait chargé Judas, qui était à peu près en face de lui, de la distribuer de l'autre côté. Lorsque Jésus parla d'un traître, ce qui effraya beaucoup les apôtres, et dit: « un homme dont la main est à la même table ou au même plat que moi », cela signifiait: « un des douze qui mangent et qui boivent avec moi, un de ceux avec lesquels je partage mon pain ». Il ne désigna donc pas clairement Judas aux autres, car mettre la main au même plat était une expression indiquant les relations les plus amicales et les plus intimes. Il voulait pourtant donner un avertissement à Judas, qui, en ce moment même, mettait réellement la main dans le même plat que le Sauveur, pour distribuer de la laitue. Jésus dit encore: « Le Fils de l'homme s’en va, comme il est écrit de lui; mais malheur à l'homme par qui le Fils de l'homme sera livré: il vaudrait mieux pour lui n'être jamais né ».

 

Les apôtres étaient tout troublés et lui demandaient tour à tour: « Seigneur, est-ce moi? » car tous savaient bien qu'ils ne comprenaient pas entièrement ses paroles. Pierre se pencha vers Jean par derrière Jésus, et lui fit signe de demander au Seigneur qui c'était; car, ayant reçu souvent des reproches de Jésus, il tremblait qu'il n'eût voulu le désigner. Or, Jean était à la droits de Jésus et comme tous, s'appuyant sur le bras gauche, mangeaient de la main droite, sa tête était prés de la poitrine de Jésus. Il se pencha donc sur son sein et lui dit: « Seigneur, qui est-ce? » Alors il fut averti que Jean avait Judas en vue. Je ne vis pas Jésus prononcer ces mots: « Celui auquel je donne le morceau de pain que j'ai trempé »; je ne sais pas s'il le dit tout bas, mais Jean en eut connaissance lorsque Jésus trempa le morceau de pain entouré de laitue, et le présenta affectueusement à Judas, qui demanda aussi: « Seigneur, est-ce moi? » Jésus le regarda avec amour et lui fit une réponse conçue en termes généraux. C'était, chez les Juifs, un signe d'amitié et de confiance. Jésus le fit avec une affection cordiale, pour avertir Judas sans le dénoncer aux autres. Mais celui-ci était intérieurement plein de rage. Je vis, pendant tout le repas, une petite figure hideuse assise à ses pieds, et qui montait quelquefois jusqu'à son coeur. Je ne vis pas Jean redire à Pierre ce qu’on avait appris de Jésus; mais il le tranquillisa d'un regard.

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Le Lavement des pieds


Ils se levèrent de table, et pendant qu'ils arrangeaient leurs vêtements, comme us avaient coutume de le faire pour la prière solennelle, le majordome entra avec deux serviteurs pour desservir, enlever la table du milieu des sièges qui l'environnaient et la mettre de côté. Quand cela fut fait, il reçut de Jésus l'ordre de faire porter de l'eau dans le vestibule, et il sortit de la salle avec les serviteurs. Alors Jésus, debout au milieu des apôtres, leur parla quelque temps d'un ton solennel. Mais j'ai vu et entendu tant de choses jusqu'à ce moment, qu'il ne m'est pas possible de rapporter avec certitude le contenu de son discours; je me souviens qu'il parla de son royaume, de son retour vers son père, ajoutant qu'auparavant il leur laisserait tout ce qu'il possédait, etc. Il enseigna aussi sur la pénitence, l'examen et la confession des fautes, le repentir et la justification. Je sentis que cette instruction se rapportait au lavement des pieds, et je vis aussi que tous reconnaissaient leurs péchés et s'en repentaient, à l'exception de Judas. Ce discours fut long et solennel. Lorsqu'il fut terminé, Jésus envoya Jean et Jacques le Mineur chercher l'eau préparée dans le vestibule, et dit aux apôtres de ranger les sièges en demi cercle. Il alla lui-même dans le vestibule, déposa son manteau, se ceignit et mit un linge autour de son corps. Pendant ce temps, les apôtres échangèrent quelques paroles, se demandant quel serait le premier parmi eux; car le Seigneur leur avait annoncé expressément qu'il allait les quitter et que son royaume était proche, et l'opinion se fortifiait de nouveau chez eux qu'il avait une arrière-pensée secrète, et qu'il voulait parler d'un triomphe terrestre qui éclaterait au dernier moment.

 

Jésus étant dans le vestibule, fit prendre à Jean un bassin et à Jacques une outre pleine d'eau ; puis, le Seigneur ayant versé de l'eau de cette outre dans le bassin, ordonna aux disciples de le suivre dans la salle où le majordome avait placé un autre bassin vide plus grand que le premier. Jésus, entrant d'une manière si humble, reprocha aux apôtres, en peu de mots, la discussion qui s'était élevée entre eux ; il leur dit, entre autres choses, qu'il était lui-même leur serviteur et qu'ils devaient s'asseoir pour qu'il leur lavât les pieds. Ils s’assirent donc dans le même ordre que celui où ils étaient placés à la table, les sièges étant ranges en demi cercle. Jésus allait de l'un à l'autre, et leur versait sur les pieds, avec la main, de l'eau du bassin que tenait Jean; il prenait ensuite l'extrémité du linge qui le ceignait, et il les essuyait. Jean vidait chaque fois l'eau dont on s'était servi dans le bassin placé au milieu de la salle, et revenait près du Seigneur avec son bassin. Alors Jésus faisait, de nouveau, couler l'eau de l'outre que portait Jacques dans le bassin qui était sous les pieds des apôtres et les essuyait encore. Le Seigneur qui s'était montré singulièrement affectueux pendant tout le repas pascal s'acquitta aussi de ces humbles fonctions avec l’amour le plus touchant. Il ne fit pas cela comme une pure cérémonie, mais comme un acte par lequel s'exprimait la charité la plus cordiale.

 

Lorsqu'il vint à Pierre, celui-ci voulut l'arrêter par humilité et lui dit: « Quoi! Seigneur, vous me laveriez les pieds ! » Le Seigneur lui répondit: « Tu ne sais pas maintenant ce que je fais, mais tu le sauras par la suite ». Il me sembla qu'il lui disait en particulier: « Simon, tu as mérité d'apprendre de mon père qui je suis, d'où je viens et où je vais; tu l'as seul expressément confessé: c'est pourquoi je bâtirai sur toi mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle.. Ma force doit rester prés de tes successeurs jusqu'à la fin du monde ». Jésus le montra aux autres apôtres, et leur dit que lorsqu'il n'y serait plus, Pierre devait remplir sa place auprès d'eux. Pierre lui dit: « Vous ne me laverez jamais les pieds ». Le Seigneur lui répondit: « Si je ne te lave pas, tu n'auras point de part avec moi ». Alors Pierre lui dit: « Seigneur, lavez-moi non seulement les pieds, mais encore les mains et la tête ». Et Jésus lui répondit: « Celui qui a déjà été lavé n'a plus besoin que de se laver les pieds: il est pur dans tout le reste. Pour vous aussi vous êtes purs; mais non pas tous ». Il désignait Judas par ces paroles. Il avait parlé du lavement des pieds comme d'une purification des fautes journalières, parce que les pieds, sans cesse en contact avec la terre, s'y salissent incessamment si l'on manque de vigilance. Ce lavement des pieds fut spirituel et comme une espèce d'absolution. Pierre, dans son zèle, n'y vit qu'un abaissement trop grand de son maître: il ne savait pas que Jésus, pour le sauver, s'abaisserait le lendemain jusqu'à la mort ignominieuse de la croix.

 

Lorsque Jésus lava les pieds à Judas, ce fut de la manière la plus touchante et la plus affectueuse : il approcha son visage de ses pieds; il lui dit tout bas qu'il devait rentrer en lui-même, que depuis un an il était traître et infidèle. Judas semblait ne vouloir pas s'en apercevoir, et adressait la parole à Jean; Pierre s'en irrita et lui dit: « Judas, le Maître te parle! » Alors Judas dit à Jésus quelque chose de vague, d’évasif, comme: « Seigneur, à Dieu ne plaise! » Les autres n'avaient point remarqué que Jésus s'entretint avec Judas, car il parlait assez bas pour n'être pas entendu d’eux: d’ailleurs ils étaient occupés à remettre leurs chaussures. Rien de toute la passion n'affligea aussi profondément le Sauveur que la trahison de Judas. Jésus lava encore les pieds de Jean et de Jacques. Jacques s'assit et Pierre tint l'outre: puis Jean s'assit et Jacques tint le bassin. Il enseigna ensuite sur l'humilité : il leur dit que celui qui servait les autres était le plus grand de tous, et qu'ils devaient dorénavant se laver humblement les pieds les uns aux autres; il dit encore, touchant leur discussion sur la prééminence, plusieurs choses qui se trouvent dans l’Evangile: après quoi il remit ses habits. Les apôtres déployèrent leurs vêtements qu'ils avaient relevés pour manger l'agneau pascal.

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Institution de la Sainte Eucharistie


Sur l'ordre du Seigneur, le majordome avait de nouveau tressé la table, qu'il avait quelque peu exhaussée; il la couvrit d'un tapis sur lequel il étendit une couverture rouge, et par-dessus celle-ci une couverture blanche ouvrée à jour. Ayant ensuite replacé la table au milieu de la salle, il mit dessous une urne pleine d'eau et une autre pleine de vin. Pierre et Jean allèrent dans la partie de la salle où se trouvait le foyer de l'agneau pascal pour y prendre le calice qu'ils avaient apporté de chez Séraphia, et qui était dans son enveloppe. Ils le portèrent entre eux deux comme s’ils eussent porté un tabernacle, et le placèrent sur la table devant Jésus. n’y avait là une assiette ovale avec trois pains azymes blancs et minces, qui étaient rayés de lignes régulières ; il y avait trois de ces lignes dans la largeur, et chaque pain était à peu près une fois plus long que large. Ces pains, où Jésus avait déjà fait de légères incisions pour les rompre plus facilement. turent placés sous un linge auprès au demi pain déjà mis de côté par Jésus lors du repas pascal : il y avait aussi un vase d'eau et de vin, et trots boites, l'une d'huile épaisse, l'autre d'huile liquide, et la troisième vide avec une cuiller à spatule. Dès les temps anciens, on avait coutume de partager le pain et de boire au même calice à la fin du repas c'était un signe de fraternité et d'amour usité pour souhaiter la bienvenue et pour prendre congé; je pense qu'il doit y avoir quelque chose à ce sujet dans l'Ecriture sainte. Jésus, aujourd'hui, éleva à la dignité du plus saint des sacrements cet usage qui n'avait été jusqu'alors qu'un rite symbolique et figuratif. Ceci fut un des griefs portés devant Caiphe par suite de la trahison de Judas: Jésus fut accusé d'avoir ajouté aux cérémonies de la Pâque quelque chose de nouveau : mais Nicodème prouva par les Ecritures que c'était un ancien usage.

 

Jésus était placé entre Pierre et Jean: les portes étaient fermées, tout se faisait avec mystère et solennité. Lorsque le calice fut tiré de son enveloppe, Jésus pria et parla très solennellement. Je vis Jésus leur expliquer la Cène et toute la cérémonie: cela me fit l'effet d'un prêtre qui enseignerait aux autres à dire la sainte Messe. Il retira du plateau sur lequel se trouvaient les vases une tablette à coulisse, prit un linge blanc qui couvrait le calice et l'étendit sur le plateau et la tablette. Je le vis ensuite ôter de dessus le calice une plaque ronde qu'il plaça sur cette même tablette. Puis il retira les pains azymes de dessous le linge qui les couvrait, et les mit devant lui sur cette plaque ou patène. Ces pains, qui avaient la forme d'un carré oblong, dépassaient des deux cotés la patène, dont les bords cependant étaient visibles dans le sens de la largeur Ensuite il rapprocha de lui le calice, en retira un vase plus petit qui s'y trouvait, et plaça à droite et à gauche les six petits verres dont il était entouré. Alors il bénit le pain, et aussi les huiles, à ce que je crois: il éleva dans ses deux mains la patène avec les pains azymes, leva les yeux, pria, offrit, remit de nouveau la patène sur la table et la recouvrit. Il prit ensuite le calice, y fit verser le vin par Pierre, et l'eau qu'il bénit auparavant, par Jean, et y ajouta encore un peu d'eau qu'il versa dans une petite cuiller: alors il bénit le calice, l'éleva en pliant, en fit l'offrande et le replaça sur la table. Jean et Pierre lui versèrent de l'eau sur les mains au-dessus de l'assiette où les pains azymes avaient été placés précédemment: il prit avec la cuiller, tirée du pied du calice, un peu de l'eau qui avait été versée sur ses mains, et qu'il répandit sur les leurs; puis l'assiette passa autour de la table, et tous s'y lavèrent les mains. Je ne me souviens pas si tel fut l'ordre exact des cérémonies : ce que je sais, c'est que tout me rappela d'une manière frappante le saint sacrifice de la Messe et me toucha profondément.

 

Cependant Jésus devenait de plus en plus affectueux ; il leur dit qu'il allait leur donner tout ce qu'il avait, c’est-à-dire lui-même: c'était comme s'il se fût répandu tout entier dans l'amour. Je le vis devenir transparent; il ressemblait à une ombre lumineuse. se recueillant dans une ardente prière, il rompit le pain en plusieurs morceaux, qu'il entassa sur la patène en forme de pyramide; puis, du bout des doigts, il prit un peu du premier morceau, qu'il laissa tomber dans le calice. Au moment où il faisait cela, il me sembla voir la sainte Vierge recevoir le sacrement d'une manière spirituelle, quoiqu’elle ne fût point présente là. Je ne sais comment cela se fit, mais je crus la voir qui entrait sans toucher la terre, et venait en face du Seigneur recevoir la sainte Eucharistie, puis je ne la vis plus, Jésus lui avait dit le matin, à Béthanie, qu'il célébrerait la Pâque avec elle d'une manière spirituelle, et il lui avait indiqué l’heure où elle devait se mettre en prière pour la recevoir en esprit. Il pria et enseigna encore : toutes ses paroles sortaient de sa bouche comme du feu et de la lumière, et entraient dans les apôtres, à l'exception de Judas. Il prit la patène avec les morceaux de pain (je ne sais plus bien s'il l'avait placée sur le calice, et dit: « Prenez et mangez, ceci est mon corps, qui est donné pour vous ». En même temps, il étendit sa main droite comme pour bénir, et, pendant qu'il faisait cela, une splendeur sortit de lui; ses paroles étaient lumineuses: le pain l'était aussi et se précipitait dans la bouche des apôtres comme un corps brillant : c'était comme si lui-même fût entré en eux. Je les vis tous pénétrés de lumière.

 

Judas seul était ténébreux. Il présenta d'abord le pain à Pierre, puis à Jean: ensuite il fit signe à Judas de s'approcher ; celui-ci fut le troisième auquel il présenta le sacrement, mais ce fut comme si la parole du Sauveur se détournait de la bouche du traître et revenait à lui. J'étais tellement troublée, que je ne puis rendre les sentiments que j'éprouvais. Jésus lui dit: « Fais vite ce que tu veux faire ». Il donna ensuite le sacrement au reste des apôtres, qui s'approchèrent deux à deux, tenant tour à tour l'un devant l'autre, un petit voile empesé et brodé sur les bords qui avait servi à recouvrir le calice. Jésus éleva le calice par ses deux anses jusqu'à la hauteur de son visage, et prononça les paroles de la consécration: pendant qu'il le faisait, il était tout transfiguré et comme transparent; il semblait qu'il passât tout entier dans ce qu'il allait leur donner. Il fit boire Pierre et Jean dans le calice qu'il tenait à le main, et le remit sur la table. Jean, à l'aide de la petite cuiller, versa le sang divin du calice dans les petits vases, et Pierre les présenta aux apôtres, qui burent deux dans la même coupe. Je crois, mais sans en être bien sure, que Judas prit aussi sa part du calice, il ne revint pas à sa place, mais sortit aussitôt du Cénacle les autres crurent, comme Jésus lui avait fait un signe, qu'il l'avait charge de quelque affaire. Il se retira sans prier et sans rendre grâces, et vous pouvez voir par là combien l'on a tort de se retirer sans actions de grâces après le pain quotidien et après le pain éternel. Pendant tout le repas, j'avais vu prés de Judas une hideuse petite figure rouge, qui avait un pied comme un os desséché, et qui quelquefois montait jusqu’à son cœur; lorsqu'il fut devant la porte, je vis trois démons autour de lui: l'un entra dans sa bouche, l'autre le poussait, le troisième courait devant lui. Il était nuit, et on aurait cru qu'ils l'éclairaient; pour lui, il courait comme un insensé.

 

Le Seigneur versa dans le petit vase dont J'ai déjà parlé un reste du sang divin qui se trouvait au fond du calice. puis il plaça ses doigts au-dessus du calice, et y fit verser encore de l'eau et du vin par Pierre et Jean. Cela fait, il les fit boire encore dans le calice, et le reste, versé dans les coupes, fut distribué aux autres apôtres. Ensuite Jésus essuya le calice, y mit le petit vase où était le reste du sang divin, plaça au-dessus la patène avec les fragments du pain consacré, puis remit le couvercle, enveloppa le calice et le replaça au milieu des six petites coupes. Je vis, après la résurrection, les apôtres communier avec le reste du saint Sacrement. Je ne me souviens pas d'avoir vu que le Seigneur ait lui-même mangé et bu le pain et le vin consacrés, à moins qu'il ne l'ait fait sans que je m'en sois aperçue. En donnant l’Eucharistie, il se donna de telle sorte qu'il m'apparut comme sorti de lui-même et répandu au dehors dans une effusion d'amour miséricordieux. C'est quelque chose qui ne peut s'exprimer. Je n'ai pas vu non plus que Melchisédech lorsqu'il offrit le pain et le vin. y ait goûté lui-même. J'ai su pourquoi les prêtres y participent, quoique Jésus ne l'ait point fait. Pendant qu'elle parlait, elle regarda tout à coup autour d'elle comme si elle écoutait. Elle reçut une explication dont elle ne put communiquer que ceci: « Si les anges l'avaient distribué, ils n'y auraient point participé; si les prêtres n'y participaient pas, l'Eucharistie se serait perdue: c'est par là qu'elle se conserve ». Il y eut quelque chose de très régulier et de très solennel dans les cérémonies dont Jésus accompagna l'institution de la sainte Eucharistie, quoique ce fussent en même temps des enseignements et des leçons. Aussi je vis les apôtres noter ensuite certaines choses sur les petits rouleaux qu'ils portaient avec eux. Tous ses mouvements à droite et à Fauche étaient solennels comme toujours lorsqu'il priait. Tout montrait en germe le saint sacrifice de la Messe. Pendant la cérémonie, je vis les apôtres, à diverses reprises, s'incliner l'un devant l'autre, comme font nos prêtres.

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Instructions secrètes et conspirations


Jésus fit encore une instruction secrète. Il leur dit comment ils devaient conserver le saint Sacrement en mémoire de lui jusqu’à la fin du monde; il leur enseigna quelles étaient les formes essentielles pour en faire usage et le communiquer, et de quelle manière ils devaient, par degrés, enseigner et publier ce mystère, il leur apprit quand ils devaient manger le reste des espèces consacrées, quand ils devaient en donner à la sainte Vierge, et comment ils devaient consacrer eux-mêmes lorsqu'il leur aurait envoyé le Consolateur. Il leur parla ensuite du sacerdoce, de l'onction, de la préparation du saint Chrême et des saintes huiles. Il y avait là trois boites, dont deux contenaient un mélange d'huile et de baume, et qu'on pouvait mettre l'une sur l’autre, il y avait aussi du coton prés du calice. Il leur enseigna à ce sujet plusieurs mystères, leur dit comment il fallait préparer le saint Chrême, à quelles parties du corps il fallait l'appliquer, et dans quelles occasions. Je me souviens, entre autres choses, qu'il mentionna un cas où la sainte Eucharistie n'était plus applicable: peut-être cela se rapportait-il à l’Extrême Onction; mes souvenirs sur ce point ne sont pas très clairs. Il parla de diverses onctions, notamment de celle des rois, et dit que les rois, même injustes, qui étaient sacrées, tiraient de là une force intérieure et mystérieuse qui n'était pas donnée aux autres. Il mit de l’onguent et de l'huile dans la boite vide, et en fit un mélange. Je ne sais pas positivement si c'est dans ce moment, ou lors de la consécration du pain, qu'il bénit l'huile. Je vis ensuite Jésus oindre Pierre et Jean, sur les mains desquels il avait déjà, lors de l'institution du saint Sacrement, versé l’eau qui avait coule sur les siennes, et auxquels il avait donné à boire dans le calice. Puis, du milieu de la table, s'avançant un peu sur le côté, il leur imposa les mains, d'abord sur les épaules et ensuite sur la tête.

 

Pour eux, ils joignirent leurs mains et mirent leurs pouces en croix, ils se courbèrent profondément devant lui, peut-être s'agenouillèrent-ils. Il leur oignit le pouce et l'index de chaque main, et leur fit une croix sur la tête avec le Chrême. Il dit aussi que cela leur resterait jusqu'à la fin du monde. Jacques le Mineur, André, Jacques le Majeur et Barthélémy reçurent aussi une consécration. Je vis aussi qu'il mit en croix, sur la poitrine de Pierre, une sorte d’étole qu'on portait autour du cou, tandis qu'il la passa en sautoir aux autres, de l'épaule droite au côté gauche. Je ne sais pas bien si ceci se fit lors de l'institution du saint Sacrement ou seulement lors de l'onction. Je vis que Jésus leur communiquait par cette onction quelque chose d’essentiel et de surnaturel que je ne saurais exprimer. Il leur dit que, lorsqu’ils auraient reçu le Saint Esprit, ils consacreraient le pain et le vin et donneraient l'onction aux autres apôtres. Il me fut montré ici qu'au jour de la Pentecôte, avant le grand baptême, Pierre et Jean imposèrent les mains aux autres apôtres, et qu'ils les imposèrent à plusieurs disciples huit jours plus tard. Jean, après la résurrection, administra pour la première fois le saint Sacrement à la sainte Vierge. Cette circonstance fut fêtée parmi les apôtres. L'Eglise n'a plus cette fête ; mais je la vois célébrer dans l'Eglise triomphante. Les premiers jours qui suivirent la Pentecôte, je vis Pierre et Jean seuls consacrer la sainte Eucharistie ; plus tard, d'autres consacrèrent aussi.

 

Le Seigneur consacra encore du feu dans un vase d'airain; il resta toujours allumé par la suite, même pendant de longues absences; il lut conservé à côté de l'endroit où était déposé le saint Sacrement, dans une partie de l'ancien foyer pascal, et on l'y alla toujours prendre pour des usages spirituels. Tout ce que Jésus fit lors de l'institution de la sainte Eucharistie et de l'onction des apôtres se passa très secrètement, et ne fut aussi enseigné qu'en secret. L'Eglise en a conservé l'essentiel en le développant sous l'inspiration du Saint Esprit pour l'accommoder à ses besoins. Les apôtres assistèrent le Seigneur lors de la préparation et de la consécration du saint Chrême, et lorsque Jésus les oignit et leur imposa les mains, cela se fit d'une façon solennelle. Pierre et Jean furent-ils consacrés tous deux comme évêques, ou seulement Pierre comme évêque et Jean comme prêtre? Quelle fut l'élévation en dignité des quatre autres? C'est ce que je ne saurais dire. La manière différente dont le Seigneur plaça l'étole des apôtres semble se rapporter à des degrés différents de consécration.

 

Quand ces saintes cérémonies turent terminées, le calice prés duquel se trouvait aussi le saint Chrême fut recouvert et le saint Sacrement fut porta par Pierre et Jean dans la derrière de la salle, qui était séparé du reste par un rideau et qui fut désormais la sanctuaire. Le lieu où reposait le saint Sacrement n'était pas tort élevé au-dessus du fourneau pascal. Joseph d'Arimathie et Nicodème prisent soin du sanctuaire et du Cénacle pendant l'absence des Apôtres. Jésus fit encore une longue instruction et pria plusieurs fois. Souvent il semblait converser avec son Père céleste: il était plein d'enthousiasme et d'amour. Les apôtres aussi étaient remplis d'allégresse et de zèle, et lui faisaient différentes questions auxquelles il répondait. Tout cela doit être en grande partie dans l'Ecriture sainte. Il dit à Pierre et à Jean qui étaient assis la plus près de lui différentes choses qu’ils devaient communiquer plus tard, comme complément d’enseignements antérieurs, aux autres apôtres, et ceux-ci aux disciples et aux saintes femmes, selon la mesure de leur maturité pour de semblables connaissances. Il eut un entretien particulier avec Jean ; je me rappelle seulement qu'il lui dit que sa vie serait plus longue que celle des autres. Il lui parla aussi de sept Eglises, de couronnes, d'anges. et lui fit connaître plusieurs figures d'un sens profond et mystérieux qui désignaient, à ce que je crois, certaines époques. Les autres apôtres ressentirent, à l'occasion de cette confidence particulière, un léger mouvement de jalousie.

 

Il parla aussi de celui qui le trahissait. « Maintenant il fait ceci ou cela », disait-il; et je voyais, en effet, Judas faire ce qu'il disait. Comme Pierre assurait avec beaucoup de chaleur qu'il resterait toujours fidèlement auprès de lui, Jésus lui dit: « Simon, Simon, Satan vous a demandé pour vous cribler comme du froment; mais j'ai prié pour toi, afin que la foi ne défaille point. Quand une fois tu seras converti, confirme tes frères ». Comme il disait encore qu'ils ne pouvaient pas le suivre où il allait, Pierre dit qu'il le suivrait jusqu'à la mort, et Jésus répondit: « En vérité, avant que le coq n'ait chanté trois fois, tu me renieras trois fois ». Comme il leur annonçait les temps difficiles qui allaient venir, il leur dit: « Quand je vous ai envoyés, sans sac, sans bourse, sans souliers, avez-vous manqué de quelque chose? » « Non », répondirent-ils. « Maintenant, reprit-il, que celui qui a un sac et une bourse les prenne. Que celui qui n'a rien vende sa robe pour acheter une épée, car on va voir l'accomplissement de cette prophétie: il a été mis au rang des malfaiteurs. Tout ce qui a  été écrit de moi va s'accomplir ». Les apôtres n'entendirent tout ceci que d'une façon charnelle, et Pierre lui montra deux épées, elles étaient courtes et larges comme des couperets. Jésus dit: « C'est assez, sortons d'ici ». Alors ils chantèrent le chant d'actions de grâces, la table fut mise de côté, et ils allèrent dans le vestibule.

 

Là, Jésus rencontra sa mère Marie, fille de Cléophas. et Madeleine, qui le supplièrent instamment de ne pas aller sur le mont des Oliviers; car le bruit s'était répandu qu'on voulait s'emparer de lui. Mais Jésus les consola en peu de paroles et passa rapidement: il pouvait être 9 heures. Ils redescendirent à grands pas le chemin par où Pierre et Jean étaient venus au Cénacle, et se dirigèrent vers le mont des Oliviers. J'ai toujours vu ainsi la Pâque et l'institution de la sainte Eucharistie. Mais mon émotion était autrefois si grande que mes perceptions ne pouvaient être bien distinctes : maintenant je l'ai vue avec plus de netteté. C'est une fatigue et une peine que rien ne peut rendre. On aperçoit l'intérieur des coeurs, on voit l'amour sincère et cordial du Sauveur, et l'on sait tout ce qui va arriver. Comment serait-il possible alors d'observer exactement tout ce qui n'est qu’extérieur: on est plein d'admiration, de reconnaissance et d'amour: on ne peut comprendre l'aveuglement des hommes ; on pense avec douleur à l'ingratitude du monde entier et à ses propres péchés. Le repas pascal de Jésus se fit rapidement, et tout y fut conforme aux prescriptions légales. Les Pharisiens y ajoutaient ça et là quelques observances minutieuses.

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Prière pour les prêtres

 

Le Jeudi Saint est le jour de l'institution de l'Eucharistie par le Seigneur Jésus Christ. C'est pourquoi ce jour-là sont honorés les prêtres que l'Eglise a appelés pour accompagner les évêques dans le service de l'annonce, de la sanctification et de la conduite du Peuple de Dieu, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

 

Seigneur, nous Vous rendons grâce pour les prêtres du monde entier et plus particulièrement pour ceux que Vous placez sur notre route. Habitez-les de Votre Présence afin que nos rencontres avec eux deviennent des rencontres avec Vous. Renouvelez chaque jour en eux le « Fiat » qu’ils ont su Vous dire et faites de leur fidélité une lumière pour le monde. Dieu de tendresse et d’amour, ayez pitié de ceux qui se sentent blessés, découragés. Réconfortez les prêtres âgés, malades et ceux qui vont mourir. Seigneur, mettez en notre cœur, à l’égard des prêtres, respect, gratitude et compréhension. Faites-nous reconnaître en eux des hommes de cette Eucharistie dont nous vivons et ceux par qui se manifestent Votre Miséricorde et Votre Pardon. Donnez-nous d’être, là où nous sommes, vos serviteurs humbles et discrets, travaillant avec eux, selon nos moyens, à la venue de Votre Règne. Seigneur Jésus, Vous savez à quel point nous avons besoin de prêtres pour faire route vers le Père. Nous Vous en supplions, suscitez en ton Eglise de nombreux pasteurs selon Votre Cœur. Amen.

 

D'après une prière de J.M. Hubert

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19 avril 2011

Mercredi Saint

 

Semaine Sainte 2011

Mercredi Saint

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Evangile selon Saint Matthieu

 

Alors, l'un des Douze, nommé Judas Iscariote, alla trouver les chefs des prêtres et leur dit : « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? » Ils lui proposèrent trente pièces d'argent. Dès lors, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer. Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples vinrent dire à Jésus : « Où veux-tu que nous fassions les préparatifs de ton repas pascal ? » Il leur dit : « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : 'Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c'est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.'» Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque. Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze. Pendant le repas, il leur déclara : « Amen, je vous le dis : l'un de vous va me livrer. » Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, l'un après l'autre : « Serait-ce moi, Seigneur ? » Il leur répondit : « Celui qui vient de se servir en même temps que moi, celui-là va me livrer. Le Fils de l'homme s'en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux l'homme par qui le Fils de l'homme est livré ! Il vaudrait mieux que cet homme-là ne soit pas né ! » Judas, celui qui le livrait, prit la parole : « Rabbi, serait-ce moi ? » Jésus lui répond : « C'est toi qui l'as dit ! »

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Réflexion

 

Donner et recevoir

 

Chacun de nous, parce que nous sommes des êtres humains, est à la recherche de quelque chose : comment être heureux, comment être aimé et estimé, comment se faire une place au soleil.. Judas aussi demande : « Que voulez-vous me donner ? » et pour l’obtenir, il est prêt à livrer son meilleur ami. O Judas, si seulement tu avais posé cette question à ton ami et Seigneur, il t’aurait donné tout ce qu’il est et tout ce qu’il a, le ciel et la terre seraient à toi ! Au lieu de cela, tu as reçu trente pièces d’argent et dans moins de quarante-huit heures, tu auras redonné cet argent, t’apercevant de ce que tu avais fait et surtout de ce que tu avais perdu. Avec chaque choix, nous prenons une décision, nous donnons quelque chose et nous recevons autre chose en retour. Dans tous nos choix, puissions-nous donner quelque chose de nous-mêmes à Dieu et recevoir l’amour de Dieu en retour.

 

L’un de vous me trahira

 

« Serait-ce moi, Seigneur ? » O Seigneur, combien de fois ne suis-je pas cet homme ? C’est moi, Seigneur, qui te trahis avec mes choix égoïstes et mes tendances malignes envers moi-même et les autres. Fais croître en moi un profond mépris de la trahison et du péché dans ma relation avec toi. Que j’apprenne pendant cette Semaine Sainte à faire mourir tout ce qui n’est pas du Christ. Aide-moi à comprendre la différence entre « l’égoïsme » et « moi », ma personne. C’est mon égoïsme qui trahit le Christ, mais c’est moi, ma personne faite à l’image de Dieu, qui doit surmonter cet égoïsme et le suivre. Ce n’est pas ce « moi » qui te trahis, Seigneur, mais c’est ce perfide égoïsme qui livre la guerre à l’homme nouveau en moi.

 

Jésus ne livre pas le traître

 

« Rabbi, serait-ce moi ? » Saint Jérôme remarque : « Par sa question, Judas feint un grand respect ou une incrédulité hypocrite. Les autres disciples l’appelaient seulement « Seigneur » mais le traître s’adresse à Jésus en disant : « Rabbi », maître, comme si c’était une excuse pour renier le Seigneur et ainsi, trahir le maître seulement. » Saint Jean Chrysostome ajoute : « Le Seigneur aurait bien pu dire : « Est-ce que tu n’as pas convenu de recevoir de l’argent et tu oses me demander cela ? » Mais Jésus, très miséricordieux ne dit rien de tout cela, posant ainsi des lois et des limites à l’endurance du mal. »

 

Dialogue avec le Christ

 

Seigneur, je sais que par le passé je t’ai trahi par mon péché. J’ai troqué ton amitié contre l’argent du monde. Aide-moi à m’en rendre compte et à ne pas permettre au raisonnement tordu de Judas d’infecter mon esprit. Je veux vivre ma vie sans jamais te trahir —ton amitié m’est trop précieuse. En me préparant à commencer le Triduum sacré, je viens à toi avec humilité et sincérité. Fais- moi savoir au delà de tout doute : "Est-ce moi, Seigneur ?"

 

Résolution : Jésus est assoiffé plus que jamais de mon amour. Je ne me soucierai pas des croix extérieures. La vraie croix c’est la souffrance de mon cœur, alors aujourd’hui je lui offrirai les souffrances intimes de mon âme.

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Oraison

 

Vous avez voulu, Seigneur, que Votre Fils soit crucifié pour nous, afin de nous arracher au pouvoir de Satan, faites que nous puissions recevoir la grâce de la résurrection. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

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18 avril 2011

Mardi Saint

 

Semaine Sainte 2011

Mardi Saint

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Evangile selon Saint Jean

 

Après avoir ainsi parlé, Jésus fut bouleversé au plus profond de lui-même, et il attesta : « Amen, amen, je vous le dis : l'un de vous me livrera. » Les disciples se regardaient les uns les autres, sans parvenir à comprendre de qui Jésus parlait. Comme il y avait à table, tout contre Jésus, l'un de ses disciples, celui que Jésus aimait, Simon-Pierre lui fait signe de demander à Jésus de qui il veut parler. Le disciple se penche donc sur la poitrine de Jésus et lui dit : « Seigneur, qui est-ce ? » Jésus lui répond : « C'est celui à qui j'offrirai la bouchée que je vais tremper dans le plat. » Il trempe la bouchée, et la donne à Judas, fils de Simon l'Iscariote. Et, quand Judas eut pris la bouchée, Satan entra en lui. Jésus lui dit alors :« Ce que tu fais, fais-le vite. » Mais aucun des convives ne comprit le sens de cette parole. Comme Judas tenait la bourse commune, certains pensèrent que Jésus voulait lui dire d'acheter ce qu'il fallait pour la fête, ou de donner quelque chose aux pauvres. Quand Judas eut pris la bouchée, il sortit aussitôt ; il faisait nuit. Quand il fut sorti, Jésus déclara : « Maintenant le Fils de l'homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu en retour lui donnera sa propre gloire ; et il la lui donnera bientôt. Mes petits enfants, je suis encore avec vous, mais pour peu de temps, et vous me chercherez. J'ai dit aux Juifs : Là où je m'en vais, vous ne pouvez pas y aller. Je vous le dis maintenant à vous aussi. Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres. » Simon-Pierre lui dit : « Seigneur, où vas-tu ? » Jésus lui répondit : « Là où je m'en vais, tu ne peux pas me suivre pour l'instant ; tu me suivras plus tard. » Pierre lui dit : « Seigneur, pourquoi ne puis-je pas te suivre maintenant ? Je donnerai ma vie pour toi ! » Jésus réplique : « Tu donneras ta vie pour moi ? Amen, amen, je te le dis : le coq ne chantera pas avant que tu m'aies renié trois fois.»

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Points de réflexion

 

Potentiel de trahison

 

Le nom de « chrétien » n’est pas en soi une garantie de fidélité au Christ. Une âme choisie par le Christ peut se détourner et choisir de l’abandonner. Comme le relate l’Evangile « Jésus fut bouleversé au plus profond de lui-même et il attesta, ‘amen, amen, je vous le dis : l’un de vous me livrera’ ». Je ne peux pas être sûr de mon salut. Je dois persévérer en foi et en vertu. Est-ce que je prends la déclaration de Jésus à la légère ? Jésus, est-il bouleversé pour moi ? La « crainte du Seigneur » est un don du Saint Esprit (voir CEC, n°1831). Je devrais trembler à la pensée de pouvoir offenser le Christ. Chaque péché que je commets est un rejet de l’amour infini de Dieu envers moi. Prenons maintenant la résolution d’être absolument fidèle à la grâce de Dieu dans notre vie.

 

Seigneur, qui est-ce ?

 

Jésus répond à la question sur celui qui va le trahir : « C’est celui à qui je vais offrir la bouchée que je vais tremper dans le plat. » Jésus parle d’un ami intime. Jésus parle d’un de ceux qui a reçu ses dons, mais celui-ci s’en ira pour faire sa propre volonté au lieu de la volonté de Dieu. Le salut éternel n’est pas une garantie, même pour un chrétien. Dieu aime tellement chacun qu’il grave son image en lui, exprimé dans le don de l’intelligence et de la libre volonté. Dieu nous aime tellement qu’il respecte notre liberté même : « ce que tu vas faire, fais-le vite. » Dieu n’offre aucune résistance à la liberté humaine, car sa raison d’être est l’amour – même si cet amour et cette confiance sont trahis. Seigneur, ne me laisse jamais t’abandonner. Permets que je sois fidèle à ton amitié.

 

La gloire de l’amour triomphant

 

On doit glorifier Jésus parce que son amour sera triomphant. Même si l’homme est infidèle, Dieu est toujours fidèle. L’amour se prouve dans les épreuves. L’amour de Jésus va bientôt endurer l’infidélité du péché. Si le Christ nous demeure fidèle dans son amour, il reste d’abord fidèle à Dieu le Père. « Maintenant le Fils de l’Homme est glorifié et Dieu est glorifié en lui. » Cette glorification sera une nouvelle révélation pour l’homme : la profondeur de l’amour divin. « Là où je vais, vous ne pouvez pas venir. » Jésus va enseigner, par son exemple, comment on tend l’autre joue, comment donner la tunique et le manteau. Il va démontrer comment le grain qui meurt, va porter un fruit abondant. L’homme, sans cet exemple et cette grâce, ne connaît que la loi du talion, œil pour œil, dent pour dent, la légitime défense. Suis-je assez humble pour apprendre de l’exemple de Jésus ?

 

Dialogue avec le Christ

 

Seigneur Jésus, donne-moi l’humilité d’apprendre à ton exemple. Souvent je présume que je suis digne de ton amitié, tel que je suis ; ou je pense que je suis capable de plus de vertu que le prouvent mes actes finalement. Que ta grâce triomphe en mon cœur, pour que ma conversion te glorifie.

 

Résolution : Aujourd’hui je remplirai une de mes responsabilités avec vertu, parfaitement, silencieusement, afin de m’assurer que mes actions précèdent mes paroles…

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Oraison

 

Dieu tout-puissant et éternel,  donnez-nous de célébrer les  mystères de la Passion du Seigneur, de telle sorte que nous méritions la rémission de nos péchés. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

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Nous terminerons cette journée en insérant ici quelques strophes empruntées à l'Eglise grecque sur la Passion du Sauveur.

 

Votre côté ouvert, ô Christ, semblable à la fontaine qui jaillissait d'Eden, arrose votre Eglise comme un jardin spirituel ; la source qui en émane se divise en quatre fleuves qui sont les quatre Evangiles ; le monde en est arrosé, la création vivifiée, les nations instruites à vénérer dans la foi votre règne.

 

O Christ, auteur de la vie, vous avez été crucifié pour moi, afin de verser sur mon âme, comme d'une fontaine. la rémission des péchés. Votre côté a été traversé par la lance, afin d'ouvrir sur moi les sources de la vie ; vous avez été percé par les clous, afin que, découvrant dans la profondeur de vos souffrances l'immensité de votre souverain pouvoir, je m'écrie : Gloire à votre Croix et à votre Passion, ô Sauveur !

 

Vous avez déchiré, ô Christ, la cédule de notre condamnation sur votre Croix ; mis au rang des morts, vous avez enchaîné le tyran et délivré tous les captifs par votre résurrection. C est elle qui nous a illuminés, ô Seigneur, ami des hommes! Nous vous crions : Souvenez-vous de nous aussi, ô Sauveur, dans votre Royaume !

 

Votre Mère, ô Christ, qui vous a enfanté sans le secours de l'homme, et qui est demeurée vierge après l'enfantement, nous l'amenons devant vous, Seigneur miséricordieux, afin qu'elle intercède pour nous, et que vous accordiez l'éternel pardon à ceux qui crient : Souvenez-vous de nous aussi, Seigneur, dans votre Royaume !

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17 avril 2011

Lundi Saint

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Semaine Sainte 2011

Lundi Saint

 

Evangile selon saint Jean

 

Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie où habitait Lazare, celui qu'il avait ressuscité d'entre les morts. On donna un repas en l'honneur de Jésus. Marthe faisait le service, Lazare était avec Jésus parmi les convives. Or, Marie avait pris une livre d'un parfum très pur et de très grande valeur ; elle versa le parfum sur les pieds de Jésus, qu'elle essuya avec ses cheveux ; la maison fut remplie par l'odeur du parfum. Judas Iscariote, l'un des disciples, celui qui allait le livrer, dit alors : « Pourquoi n'a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d'argent, que l'on aurait données à des pauvres ? » Il parla ainsi, non parce qu'il se préoccupait des pauvres, mais parce que c'était un voleur : comme il tenait la bourse commune, il prenait pour lui ce que l'on y mettait. Jésus lui dit : « Laisse-la ! Il fallait qu'elle garde ce parfum pour le jour de mon ensevelissement. Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. » Or, une grande foule de Juifs apprit que Jésus était là, et ils arrivèrent, non seulement à cause de Jésus, mais aussi pour voir ce Lazare qu'il avait ressuscité d'entre les morts. Les chefs des prêtres décidèrent alors de faire mourir aussi Lazare, parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s'en allaient, et croyaient en Jésus.

 

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Méditation

 

Nous avons remarqué plus haut que le récit évangélique qui vient d'être lu se rapporte au Samedi, veille du Dimanche des Rameaux, et qu'il a été inséré dans la Messe d'aujourd'hui parce que, dans l'antiquité, ce Samedi n'avait pas de Station. La sainte Eglise a voulu porter notre attention sur cet intéressant épisode des derniers jours de notre Rédempteur, parce qu'il nous aide à saisir l'ensemble des circonstances qui se produisaient à ce moment autour de lui. Marie-Madeleine, dont la conversion était, il y a quelques jours, l'objet de notre admiration, est appelée à figurer dans les scènes de la Passion et de la Résurrection de son maître. Type de l'âme purifiée et admise ensuite aux faveurs célestes, il nous importe de la suivre dans les diverses phases que la grâce divine lui fait parcourir. Nous l'avons montrée s’attachant aux pas de son Sauveur et subvenant à ses besoins; ailleurs le saint Evangile nous la tait voir préférée à Marthe sa sœur, parce qu'elle a choisi la meilleure part ; dans les jours où nous sommes, elle nous intéresse surtout par son tendre attachement à Jésus. Elle sait qu'on le cherche pour le faire mourir ; et l'Esprit Saint, qui la conduit intérieurement à travers les états toujours plus parfaits qui se succèdent en elle, veut qu'aujourd'hui elle accomplisse une action prophétique à l'égard de ce qu'elle redoute le plus. Entre les trois présents des Mages, l'un d'eux était un signe de mort pour le divin Roi que ces hommes fidèles étaient venus saluer du fond de l'Orient : c'était la myrrhe, parfum funéraire qui fut employé si abondamment dans la sépulture du Sauveur. Nous avons vu que Madeleine, au jour de sa pénitence, témoigna de son changement de vie par l'effusion du plus précieux de ses parfums sur les pieds de Jésus. Aujourd'hui, elle a recours encore à cette touchante manifestation de son amour. Son maître divin est à table chez Simon le Lépreux ; Marie, la Mère de douleurs, est avec lui, ainsi que les disciples ; Marthe veille au service ; tout est calme dans cette maison ; mais de tristes pressentiments sont au fond des cœurs. Tout à coup Madeleine paraît, portant dans ses mains un vase rempli d'une huile de nard du plus grand prix. Elle se dirige vers Jésus, et s'attachant à ses pieds, elle les inonde de ce parfum ; et cette fois encore elle les essuie avec ses cheveux. Jésus était étendu sur un de ces lits dont les Orientaux se servaient, lorsqu'ils prenaient leur repas dans les festins ; il était donc facile à Madeleine d'arriver aux pieds de son maître, et de renouveler cette démonstration de respect et de tendresse à laquelle elle s'était livrée autrefois chez le pharisien ; mais en ce jour le récit sacré ne nous dit pas qu'elle ait mêlé ses larmes à son parfum. Deux des Evangélistes, dont saint Jean a voulu compléter la narration trop succincte, nous apprennent qu'elle répandit aussi cette huile de senteur sur la tête du Sauveur. Madeleine sentait-elle en ce moment toute la portée de l'action que l'Esprit divin lui inspirait ? L'Evangile ne le dit pas ; mois Jésus révéla le mystère à ses disciples ; et nous qui recueillons ses paroles, nous apprenons par ce fait que la Passion de notre Rédempteur est, pour ainsi dire, commencée, puisque déjà la main de Madeleine L'embaume pour le tombeau. La suave et pénétrante odeur du parfum avait rempli toute la salle. L'un des disciples, Judas Iscariote, ose protester contre ce qu'il appelle une profusion. La bassesse de cet homme et son avarice Font rendu insensible et sans pudeur. La voix de plusieurs des disciples s'unit à la sienne : tant leurs pensées étaient vulgaires encore! Jésus permit cette indigne réclamation pour plusieurs motifs. Il voulait d'abord annoncer sa mort prochaine à ceux qui l'entouraient, en leur dévoilant le secret exprime par cette effusion d'un parfum sur son corps. Son but ensuite était de glorifier Madeleine, dont l'amour était à la fois si tendre et si ardent ; et c'est alors qu'il annonça que la renommée de cette illustre pénitente s'étendrait par toute la terre, aussi loin que l'Evangile lui-même pénétrerait. Enfin il voulait par avance consoler les âmes pieuses auxquelles son amour inspirerait de faire des largesses à ses autels, et les venger des critiques mesquines dont elles devaient souvent être l'objet. Recueillons ces enseignements divins. Aimons à honorer Jésus dans sa personne comme dans ses pauvres Honorons Madeleine et mettons-nous à sa suite, lorsque bientôt nous la verrons si assidue au Calvaire et au sépulcre. Enfin préparons-nous à embaumer notre Sauveur, en réunissant pour sa sépulture la myrrhe des Mages, qui figure la pénitence, et le précieux nard de Madeleine, qui représente l'amour généreux et compatissant.


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Nous terminerons la journée par cette belle prière empruntée à l'antique Liturgie Gallicane

 

O Christ! ô Dieu, souverain Seigneur, crucifiez-nous comme vous même à ce monde ; que votre vie soit en nous. Mettez sur vous nos péchés, afin qu'ils soient, eux aussi, par vous attachés à la Croix. Vous qui avez été élevé de terre,afin de nous soustraire au joug de l'impur tyran, attirez-nous à vous. Nous sommes, il est vrai, exposés aux insultes du diable; à cause de notre chair et de ses convoitises ; mais ce n'est pas lui, c'est vous que nous voulons servir. Nous voulons vivre sous vos lois; nous vous prions de nous gouverner, vous qui, par la mort de la Croix, avez daigné nous délivrer , nous mortels et envahis par la mort. Aujourd'hui donc, pour cet immense bienfait, nous vous présentons notre très humble service ; nous vous adorons, nous vous implorons, nous vous supplions de venir promptement vers nous, ô Dieu éternellement puissant ! que votre Croix, par sa vertu souveraine , triomphe en nous des attraits du monde; que votre bonté rétablisse nos âmes dans leur état primitif de vertu et de grâce. Vous accomplit ce qui jusqu'alors n'était que possible ; vous devant qui le passé et le présent sont unis, faites que voire Passion nous soit salutaire en ce moment, comme si elle avait lieu aujourd'hui ; qu'une goutte de votre sang divin épanché un jour sur la terre soit aujourd'hui notre salut ; qu'elle lave tous les péchés e notre nature terrestre; qu'elle se mêle à la terre de notre corps ; et qu'elle nous rende tout vôtres , étant redevenus votre corps par notre réconciliation avec vous, notre Chef, qui vivez et régnez avec le Père et le Saint-Esprit. Maintenant donc commencez à régner sur nous, Homme-Dieu , Christ Jésus , Roi dans les siècles des siècles!

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Textes du Serviteur de Dieu Dom Prosper Guéranger, extraits de « L'Année Liturgique »

16 avril 2011

Dimanche des Rameaux

 

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Semaine Sainte 2011

Dimanche des Rameaux

L'entrée de Jésus à Jérusalem

 

Jésus passe son bras autour des épaules de sa Mère qui s'est levée quand Jean et Jacques d'Alphée l'ont rejointe pour lui dire: « Ton Fils arrive », et puis ils sont revenus en arrière pour se réunir à leurs compagnons qui avancent lentement en parlant, alors que Thomas et André ont couru vers Bethphagé pour chercher l'ânesse et l'ânon et les amener à Jésus. Jésus, pendant ce temps, parle aux femmes: « Nous voici près de la ville. Je vous conseille d'y aller et d'y aller en toute sûreté. Entrez dans la ville avant Moi. Près de En Rogel, se trouvent les bergers et les disciples les plus fidèles. Ils ont l'ordre de vous accompagner et de vous protéger ». « C'est que... Nous avons parlé avec Aser de Nazareth et Abel de Bethléem de Galilée et aussi avec Salomon. Ils étaient venus jusqu'ici pour guetter ton arrivée. La foule prépare une grande fête. Et on voulait voir... Tu vois comme remue le haut des oliviers? Ce n'est pas le vent qui les agite ainsi. Mais ce sont des gens qui coupent des branches pour en joncher le chemin et t'abriter du soleil. Et là-bas?! Regarde, ils sont en train de dépouiller les palmiers de leurs éventails. On dirait des grappes et ce sont des hommes grimpés sur les fûts qui n'en finissent pas de cueillir... Et sur les pentes tu vois des enfants qui se baissent pour cueillir des fleurs. Et certainement les femmes dépouillent les jardins des fleurs et des plantes odorantes pour en joncher le chemin. Nous voulions voir... et imiter le geste de Marie de Lazare qui recueillit toutes les fleurs foulées par ton pied quand tu es entré dans le jardin de Lazare », demande Marie de Cléophas au nom de toutes. Jésus caresse sur la joue sa vieille parente qui semble une enfant désireuse de voir un spectacle, et il lui dit: « Dans la grande foule, tu ne verrais rien. Allez en avant, à la maison de Lazare, celle qui a Matthias comme gardien. Je passerai par là, et vous me verrez d'en haut ». « Mon Fils... et tu vas seul? Je ne puis rester près de Toi?, dit Marie en levant son visage si triste et en fixant ses yeux de ciel sur son doux Fils. Je voudrais te prier de rester cachée. Comme la colombe dans le creux du rocher. Plus que ta présence, ta prière m'est nécessaire, Maman aimée! » « Si c'est ainsi, mon Fils, nous prierons, toutes, pour Toi ». « Oui. Après l'avoir vu passer, vous viendrez avec nous dans mon palais de Sion. Et j'enverrai des serviteurs au Temple et toujours à la suite du Maître pour qu'ils nous apportent ses ordres et ses nouvelles », décide Marie de Lazare toujours rapide pour saisir ce qu'il y a de mieux à faire et pour le faire sans retard. « Tu as raison, ma sœur. Bien qu'il me peine de ne pas le suivre, je comprends le bien fondé de cet ordre. Et du reste Lazare nous a dit de ne contredire le Maître en rien, et de Lui obéir même dans les plus petits détails. Et nous le ferons ».

 

« Et alors, allez. Vous voyez ? Les routes s'animent. Les apôtres vont me rejoindre. Allez. La paix soit avec vous. Je vous ferai venir aux heures que je jugerai bonnes. Maman, adieu. Sois en paix. Dieu est avec nous ». Il l'embrasse et la congédie. Et les disciples obéissantes s'en vont sans tarder. Les dix apôtres rejoignent Jésus: « Tu les as envoyées en avant? » « Oui. Elles verront mon entrée d'une maison ». « De quelle maison ? » demande Judas de Kériot. « Eh! elles sont désormais si nombreuses les maisons amies! » dit Philippe. « Pas chez Annalia? » insiste l'Iscariote. Jésus répond négativement et se met en chemin vers Bethphagé qui est peu éloignée. Il en est tout proche quand reviennent les deux qu'il a envoyés prendre l'ânesse et l'ânon. Ils crient: « Nous avons trouvé comme tu l'as dit, et nous t'aurions amené les animaux. Mais leur maître a voulu les étriller et les orner des meilleurs harnachements pour te faire honneur. Et les disciples, unis à ceux qui ont passé la nuit dans les rues de Béthanie pour t'honorer, veulent avoir l'honneur de te les conduire, et nous avons consenti. Il nous a paru que leur amour méritait une récompense ». « Vous avez bien fait. Avançons, en attendant ». « Sont-ils nombreux les disciples? » demande Barthélémy. « Oh! une multitude. On n'arrive pas à passer par les rues de Bethphagé. Aussi j'ai dit à Isaac de conduire l'âne chez Cléonte, le fromager », répond Thomas. « Tu as bien fait. Allons jusqu'à cet escarpement des collines, et attendons un peu à l'ombre de ces arbres ». Ils vont à l'endroit indiqué par Jésus. « Mais nous nous éloignons! Tu dépasses Bethphagé en la contournant par derrière! » s'écrie l'Iscariote. « Et si je veux le faire, qui peut m'en empêcher? Suis-je peut-être déjà prisonnier, pour qu'il ne me soit pas permis d'aller où je veux? Et est-on pressé que je le sois et craint-on que je puisse échapper à la capture? Et si j'estimais juste de m'éloigner pour des lieux plus sûrs, y a-t-il quelqu'un qui pourrait m'en empêcher? » Jésus darde son regard sur le Traître qui ne parle plus et hausse les épaules, comme pour dire: « Fais ce que bon te semble ». Ils tournent en effet en arrière du petit village, je dirais un faubourg de la ville elle-même car, du côté ouest, il est vraiment peu éloigné de la ville, faisant déjà partie des pentes de l'Oliveraie qui couronne Jérusalem du côté oriental. En bas, entre les pentes et la ville, le Cédron brille au soleil d'avril.

 

Jésus s'assoit dans cette silencieuse verdure et se concentre dans ses pensées. Puis il se lève et va réellement sur la cime de l'escarpement. Jésus me dit: « Ici tu mettras la vision du 31 Juillet 1944: Jésus qui pleure sur Jérusalem, à partir de la phrase que je t'ai dite pour commencer la vision ». Et ensuite, il recommence à me montrer les phases de son entrée triomphale. (30 Juillet)Je ne sais comment faire pour décrire, car je ressens au cœur un tel malaise que j'ai peine à rester assise. Mais il y a si longtemps que c'est ainsi. Je dois écrire ce que je vois. Pour moi s'éclaire l'Évangile d'aujourd'hui: 5e dimanche après la Pentecôte. D'un coteau près de Jérusalem, Jésus regarde la ville qui s'étend à ses pieds. Le coteau n'est pas très haut. Au maximum comme peut l'être la petite place Saint Miniato du mont, à Florence; mais cela suffit pour que l'œil domine l'étendue de toutes les maisons et des rues qui montent et descendent sur les petits accidents de terrain sur lesquels se trouve Jérusalem. Cette colline est certainement bien plus haute, si on prend le niveau le plus bas de la ville, que ne l'est le Calvaire, mais elle est plus proche de l'enceinte que ce dernier. Elle commence exactement tout près des murs et s'élève rapidement en s'éloignant de ceux-ci, alors que de l'autre côté elle descend mollement vers une campagne toute verte qui s'étend vers l'est, vers l'orient si j'en juge du moins par la lumière solaire. Jésus et les siens sont sous un bosquet, à l'ombre, assis. Ils se reposent du chemin parcouru. Puis Jésus se lève, quitte l'endroit boisé où ils étaient assis et s'en va tout à fait au sommet du coteau. Sa haute personne se détache nettement dans l'espace vide qui l'entoure. Il paraît encore plus grand ainsi, debout, et seul. Il tient les mains serrées sur sa poitrine, sur son manteau bleu, et regarde extrêmement sérieux. Les apôtres l'observent, mais ils le laissent faire sans bouger ni parler. Ils doivent penser qu'il s'est éloigné pour prier. Mais Jésus ne prie pas. Après avoir longuement regardé la ville en tous ses quartiers, en toutes ses élévations, en toutes ses particularités, parfois avec de longs regards sur tel ou tel point, parfois en insistant moins, Jésus se met à pleurer sans sanglots ni bruit.

 

Les larmes gonflent ses yeux, puis coulent et roulent sur ses joues et tombent parterre... des larmes silencieuses et tellement tristes, comme celles de quelqu'un qui sait qu'il doit pleurer, seul, sans espérer de réconfort ni de compréhension de personne. A cause d'une douleur qui ne peut être annulée et qui doit être soufferte absolument. Le frère de Jean, à cause de sa position, est le premier à voir ces pleurs et il le dit aux autres qui se regardent entre eux, étonnés. « Personne de nous n'a fait de mal », dit quelqu'un, et un autre: « La foule aussi ne nous a pas insultés. Il ne s'y trouve personne qui Lui soit ennemi ». « Pourquoi pleure-t-il alors? » demande le plus âgé de tous. Pierre et Jean se lèvent ensemble et s'approchent du Maître. Ils pensent que l'unique chose à faire c'est de Lui faire sentir qu'ils l'aiment et de Lui demander ce qu'il a. « Maître, tu pleures? », dit Jean en mettant sa tête blonde sur l'épaule de Jésus, qui le dépasse de la tête et du cou. Et Pierre, en Lui mettant une main à la taille, en l'entourant presque d'un embrassement pour l'attirer à lui, Lui dit: « Quelque chose te fait souffrir, Jésus? Dis-le à nous qui t'aimons ». Jésus appuie sa joue sur la tête blonde de Jean et, desserrant ses bras, il passe à son tour son bras autour de l'épaule de Pierre. Ils restent ainsi embrassés tous les trois, dans une pose si affectueuse. Mais les larmes continuent de couler. Jean, qui les sent tomber dans ses cheveux, recommence à Lui demander: « Pourquoi pleures-tu, mon Maître? Peut-être que de nous il te vient de la peine? » Les autres apôtres se sont réunis au groupe affectueux et attendent anxieusement une réponse. « Non, dit Jésus. Pas de vous. Vous êtes pour Moi des amis et l'amitié, quand elle est sincère, est baume et sourire, jamais larme. Je voudrais que vous restiez toujours mes amis. Même maintenant que nous allons entrer dans la corruption qui fermente et qui corrompt celui qui n'a pas une volonté décidée de rester honnête ». « Où allons-nous, Maître? Pas à Jérusalem? La foule t'a déjà salué joyeusement. Veux-tu la décevoir? Allons-nous peut-être en Samarie pour quelque prodige? Justement maintenant que la Pâque est proche? » Les questions viennent en même temps de différents côtés.

 

Jésus lève la main pour imposer le silence et puis, de sa main droite, il montre la ville. Un geste large comme celui du semeur qui jette son grain devant lui et il dit: « Elle est la Corruption. Nous entrons dans Jérusalem. Nous y entrons. Et seul le Très-Haut sait comment je voudrais la sanctifier en y amenant la Sainteté qui vient des Cieux. La resanctifier, cette ville qui devrait être la Cité Sainte. Mais je ne pourrai rien lui faire. Corrompue elle est, et corrompue elle reste. Et les fleuves de sainteté qui coulent du Temple vivant, et qui couleront encore davantage dans peu de jours jusqu'à le vider de la vie, ne suffiront pas pour la racheter. Ils viendront au Saint la Samarie et le monde païen. Sur les temples mensongers s'élèveront les temples du vrai Dieu. Les cœurs des gentils adoreront le Christ. Mais ce peuple, cette ville sera toujours pour Lui une ennemie et sa haine l'amènera au plus grand péché. Cela doit arriver. Mais malheur à ceux qui seront les instruments de ce crime. Malheur!... » Jésus regarde fixement Judas qui est presque en face de Lui. « Cela ne nous arrivera jamais. Nous sommes tes apôtres et nous croyons en Toi, prêts à mourir pour Toi ». Judas ment effrontément et soutient sans embarras le regard de Jésus. Les autres unissent leurs protestations. Jésus répond à tous pour éviter de répondre directement à Judas. « Veuille le Ciel que vous soyez tels, mais vous avez encore beaucoup de faiblesse en vous et la tentation pourrait vous rendre semblables à ceux qui me haïssent. Priez beaucoup et veillez beaucoup sur vous. Satan sait qu'il va être vaincu et il veut se venger en vous arrachant à Moi. Satan est autour de nous tous: de Moi, pour m'empêcher de faire la volonté du Père et d'accomplir ma mission; de vous, pour faire de vous ses serviteurs. Veillez. Dans ces murs Satan prendra celui qui ne saura pas être fort. Celui pour lequel cela aura été une malédiction d'être choisi parce qu'il a donné à ce choix un but humain. Je vous ai choisis pour le Royaume des Cieux et non pour celui du monde. Souvenez-vous-en. Et toi, cité qui veux ta ruine et sur qui je pleure, sache que ton Christ prie pour ta rédemption. Oh! si au moins en cette heure qui te reste tu savais venir à Celui qui serait ta paix! Si au moins tu comprenais à cette heure l'Amour qui passe au milieu de toi et si tu te dépouillais de la haine qui te rend aveugle et folle, cruelle pour toi-même et pour ton bien ! Mais un jour viendra où tu te rappelleras cette heure! Trop tard alors pour pleurer et te repentir! L'Amour sera passé et sera disparu de tes routes et il restera la Haine que tu as préférée. Et la haine se tournera vers toi, vers tes enfants. Car on a ce qu'on a voulu, et la haine se paie par la haine. Et ce ne sera pas alors la haine des forts contre le désarmé. Mais ce sera haine contre haine, et donc guerre et mort. Entourée de tranchées et de gens armés, tu souffriras avant d'être détruite et tu verras tomber tes fils tués par les armes et par la faim, et les survivants être prisonniers et méprisés, et tu demanderas miséricorde, et tu ne la trouveras plus parce que tu n'as pas voulu connaître ton Salut. Je pleure, amis, car j'ai un cœur d'homme et les ruines de la patrie m'arrachent des larmes. Mais que ce qui est juste s'accomplisse puisque dans ces murs la corruption dépasse toute limite et attire le châtiment de Dieu. Malheur aux citoyens qui sont la cause du mal de leur patrie! Malheur aux chefs qui en sont la principale cause! Malheur à ceux qui devraient être saints pour amener les autres à être honnêtes, et qui au contraire profanent la Maison de leur ministère et eux-mêmes! Venez. A rien ne servira mon action. Mais faisons en sorte que la Lumière brille encore une fois au milieu des Ténèbres! »

 

Et Jésus descend suivi des siens. Il s'en va rapidement par le chemin, le visage sérieux et je dirais presque renfrogné. Il ne parle plus. Il entre dans une maisonnette au pied de la colline et je ne vois pas autre chose. Jésus dit: « La scène racontée par Luc paraît sans liaison, pour ainsi dire illogique. Je déplore les malheurs d'une ville coupable et je ne sais pas compatir aux habitudes de cette ville? Non. Je ne sais pas, je ne puis les compatir, puisque même ce sont justement ces habitudes qui engendrent les malheurs, et de les voir rend plus aiguë ma douleur. Ma colère contre les profanateurs du Temple est la conséquence logique de ma méditation sur les malheurs prochains de Jérusalem. Ce sont toujours les profanations du culte de Dieu, de la Loi de Dieu, qui provoquent les châtiments du Ciel. En faisant de la Maison de Dieu une caverne de voleurs, ces prêtres indignes et ces indignes croyants (de nom seulement) attiraient sur tout le peuple malédiction et mort. Inutile de donner tel ou tel nom au mal qui fait souffrir un peuple. Cherchez le nom exact en ceci: « Punition d'une vie de brutes ». Dieu se retire et le Mal s'avance. Voilà le fruit d'une vie nationale indigne du nom de chrétienne. Comme alors, maintenant aussi, dans cette partie de siècle, je n'ai pas manqué par des prodiges de secouer et de rappeler. Mais comme alors, je n'ai attiré sur Moi et mes instruments que moquerie, indifférence et haine. Pourtant que les particuliers et les nations se souviennent que c'est inutilement qu'ils pleurent quand auparavant ils ne veulent reconnaître leur salut. Inutilement qu'ils m'invoquent quand à l'heure où j'étais avec eux ils m'ont chassé par une guerre sacrilège qui en partant de consciences particulières, vouées au Mal, s'est répandue dans toute la Nation. Les Patries ne se sauvent pas tant par les armes que par une forme de vie qui attire les protections du Ciel. Repose, petit Jean, et fais en sorte d'être toujours fidèle au choix que j'ai fait de toi. Va en paix ». Quelle fatigue! Je n'en peux vraiment plus...

 

Jésus a à peine le temps d'entrer dans la maison pour en bénir les habitants que l'on entend une gaie sonnerie de grelots et des voix en fête. Et tout de suite après, le visage émacié et pâle d'Isaac apparaît dans l'ouverture de la porte et le fidèle berger entre et se prosterne devant son Seigneur Jésus. Dans l'encadrement de la porte grande ouverte se pressent de nombreux visages et en arrière on en voit d'autres... On se bouscule, on se presse, on veut s'avancer... Quelques cris de femmes, quelques pleurs d'enfants pris au milieu de la cohue, et des salutations, des cris joyeux: « Heureux jour qui te ramène à nous! La paix à Toi, Seigneur! C'est un heureux retour, ô Maître, pour récompenser notre fidélité ». Jésus se lève et fait signe qu'il va parler. Tout le monde se tait, et on entend nettement la voix de Jésus. « Paix à vous! Ne vous entassez pas. Maintenant nous allons monter ensemble au Temple. Je suis venu pour être avec vous. Paix! Paix! Ne vous faites pas de mal. Faites place, mes aimés! Laissez-moi sortir et suivez-moi, pour que nous entrions ensemble dans la Cité Sainte ». Les gens obéissent tant bien que mal, et font un peu de place, assez pour que Jésus puisse sortir et monter sur l'ânon. Car Jésus indique le poulain jamais monté jusqu'alors comme sa monture. Alors de riches pèlerins, qui se pressent dans la foule, étendent sur la croupe de l'ânon leurs somptueux manteaux et quelqu'un met un genou à terre et l'autre à servir de marchepied au Seigneur qui s'assoit sur l'ânon, et le voyage commence. Pierre marche à côté du Maître et de l'autre côté Isaac tient la bride de la bête qui n'est pas entraînée, et qui pourtant marche tranquillement comme si elle était habituée à cet office sans s'emballer ou s'effrayer des fleurs qui, jetées comme elles le sont vers Jésus, frappent souvent les yeux et le museau de la bête, ni des branches d'olivier et des feuilles de palmiers agitées devant et autour de lui, jetées par terre pour servir de tapis avec des fleurs, ni des cris de plus en plus forts: « Hosanna, Fils de David! » qui montent vers le ciel serein pendant que la foule se tasse de plus en plus et grossit à cause des nouveaux venus.

 

Passer par Bethphagé, par les rues étroites et contournées, n'est pas chose facile et les mères doivent prendre les enfants dans leurs bras, et les hommes protéger les femmes de coups trop violents, et il arrive qu'un père place son fils sur ses épaules à califourchon et le porte élevé au-dessus de la foule alors que les voix des petits semblent des bêlements d'agneaux ou des cris d'hirondelles et que leurs menottes jettent des fleurs et des feuilles d'oliviers que leurs mères leur présentent, et envoient aussi des baisers au doux Jésus... Une fois sorti des rues étroites de la petite bourgade, le cortège se range et se déploie, et de nombreux volontaires s'en vont en avant pour prendre la tête et désencombrer le chemin, et d'autres les suivent en jonchant le sol de branches et quelqu'un, le premier, jette son manteau pour servir de tapis, et un autre, et quatre, et dix, et cent, et mille, l'imitent. Le chemin a en son milieu une bande multicolore de vêtements étendus sur le sol, et après le passage de Jésus ils sont repris et portés plus en avant, avec d'autres, avec d'autres, et toujours des fleurs, des branchages, des feuilles de palmiers s'agitent ou sont jetés par terre, et des cris plus forts s'élèvent tout autour en l'honneur du Roi d'Israël, à l'adresse du Fils de David, de son Royaume! Les soldats de garde à la porte sortent pour voir ce qui arrive. Mais ce n'est pas une sédition et, appuyés sur leurs lances, ils se rangent de côté pour observer, étonnés ou ironiques, le cortège étrange de ce Roi assis sur un ânon, beau comme un dieu, simple comme le plus pauvre des hommes, doux, bénissant... entouré de femmes et d'enfants et d'hommes désarmés criant: « Paix! Paix! », de ce Roi qui, avant d'entrer dans la ville, s'arrête un moment à la hauteur des tombeaux des lépreux de Hinnon et de Siloan (je crois bien parler de ces lieux où j'ai vu d'autres fois des miracles de lépreux) et s'appuyant sur l'unique étrier sur lequel il appuie son pied, puisqu'il est assis sur l'âne et non à cheval, il se lève et ouvre les bras en criant dans la direction de ces pentes horribles, où des visages et des corps effrayants se montrent en regardant vers Jésus et élèvent le cri lamentable des lépreux: « Nous sommes infectés! », pour écarter des imprudents qui pour bien voir Jésus monteraient aussi sur les terrasses contaminées: « Que celui qui a foi invoque mon Nom et ait la santé grâce à cela! » et il les bénit en reprenant sa route et en ordonnant à Judas de Kériot: « Tu achèteras de la nourriture pour les lépreux et avec Simon tu la leur porteras avant le soir ».

 

Le cortège entre sous la voûte de la Porte de Siloan et puis comme un torrent se déverse dans la ville en passant par le faubourg d'Ophel, où chaque terrasse est devenue une petite place aérienne remplie de gens qui crient des hosannas, jettent des fleurs et renversent des parfums en bas, sur la route, en essayant de les jeter sur le Maître, et l'air est saturé par l'odeur des fleurs qui meurent sous les pas de la foule et des essences qui se répandent dans l'air avant de tomber dans la poussière de la route, le cri de la foule semble augmenter et se renforcer comme si chacun criait dans un porte-voix, car les nombreux archivoltes dont Jérusalem est remplie l'amplifient ne cessant pas de le faire résonner. J'entends crier, et je crois que cela veut dire ce que disent les évangélistes: « Scialem, Scialem melchil! » (ou malchit: je m'efforce à rendre le son des paroles, mais il est difficile car elles ont des aspirations que nous n'avons pas). C'est un bruit continu, semblable à celui d'une mer en tempête dans laquelle n'est pas encore tombé le bruit de la lame qui fouette la plage et les écueils, qu'une autre lame ramasse et relève en un nouveau claquement sans jamais s'arrêter. J'en suis assourdie! Parfums, odeurs, cris, des branches et des vêtements qui s'agitent, couleurs... C'est une vision étourdissante. Je vois la foule qui n'en finit pas de se mélanger, des visages connus qui apparaissent et disparaissent: tous les disciples de tous les coins de la Palestine, tous ceux qui suivent Jésus... Je vois pendant un instant Jaïre, je vois Jaïa l'adolescent de Pella (me semble-t-il) qui était aveugle avec sa mère et que Jésus guérit, je vois Joachim de Bozra et ce paysan de la plaine de Saron avec ses frères, je vois le vieux et solitaire Matthias de cet endroit près du Jourdain (rive orientale) auprès duquel Jésus se réfugia alors que tout était inondé, je vois Zachée avec ses amis convertis, je vois le vieux Jean de Nobé avec presque tous ses concitoyens, je vois le mari de Sara de Jutta... Mais qui peut retenir ces visages et ces noms si c'est un kaléidoscope de visages connus et inconnus, vus plusieurs fois ou une seule?... Voici maintenant le visage du pastoureau pris à Ennon. Et près de lui le disciple de Corozaïn qui quitta la sépulture de son père pour suivre Jésus; et tout près, pour un instant, le père et la mère de Benjamin de Capharnaüm avec leur jeune fils qui manque de tomber sous les pieds de l'ânon en se jetant en avant pour recevoir une caresse de Jésus. Et, malheureusement, des visages de pharisiens et de scribes, livides de colère à cause de ce triomphe, qui, arrogants, fendent le cercle d'amour qui se serre autour de Jésus, et Lui crient: « Fais taire ces fous! Rappelle-les à la raison! Ce n'est qu'à Dieu que l'on adresse des hosannas. Dis-leur de se taire! »

 

À quoi Jésus répond doucement: « Même si je leur disais de se taire et qu'ils m'obéissent, les pierres crieraient les prodiges du Verbe de Dieu ». En effet les gens crient: « Hosanna, hosanna au fils de David! Béni Celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna à Lui et à son Règne! Dieu est avec nous! L'Emmanuel est venu! Il est venu le Royaume du Christ du Seigneur! Hosanna! Hosanna de la Terre jusqu'en haut des Cieux! Paix! Paix, mon Roi! Paix et bénédiction à Toi, Roi saint! Paix et gloire dans les Cieux et sur la Terre! Gloire à Dieu pour son Christ! Paix aux hommes qui savent l'accueillir! Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté et gloire dans les Cieux très Hauts car l'heure du Seigneur est venue! » (et ceux qui poussent ce dernier cri, c'est le groupe compact des bergers qui répètent le cri de la naissance). Outre ces cris continuels, les gens de Palestine racontent aux pèlerins de la Diaspora les miracles qu'ils ont vus et à ceux qui ne savent pas ce qui arrive, aux étrangers qui passent par hasard par la ville et qui demandent: « Mais qui est Celui-là? Qu'arrive-t-il? », ils expliquent: « C'est Jésus! Jésus, le Maître de Nazareth de Galilée! Le Prophète! Le Messie du Seigneur! Le Promis! Le Saint! » D'une maison dont on a dépassé depuis peu la porte, car la marche est très lente dans une telle confusion, il sort un groupe de robustes jeunes gens portant en l'air des vases de cuivre pleins de charbon allumé et d'encens qui brûle en répandant des nuages de fumée odorante. Et leur geste est bien vu et on le répète. Plusieurs courent en avant ou reviennent en arrière vers leurs maisons pour se faire donner du feu et des résines odorantes pour les brûler en hommage au Christ. La maison d'Annalia apparaît. La terrasse enguirlandée de vigne avec ses feuilles nouvelles qui tremble à un doux vent d'avril, a sur le côté qui donne sur la rue toute une rangée de jeunes filles vêtues de blanc et voilées de blanc, au milieu desquelles se trouve Annalia, avec des corbeilles de pétales de rosés effeuillées et de muguets qui déjà voltigent en l'air. « Les vierges d'Israël te saluent, Seigneur! » dit Jean qui s'est frayé un chemin et qui maintenant est à côté de Jésus, pour attirer son attention sur la guirlande de pureté qui se penche en souriant du parapet pour joncher le chemin de pétales rouges comme du sang et de muguets blancs comme des perles.

 

Jésus retient un instant les rênes et arrête l'ânon. Il lève son visage et sa main pour bénir cette virginité énamourée de Lui, jusqu'à renoncer à tout autre amour terrestre. Et Annalia se penche et crie: « Ton triomphe, je l'ai vu, Ô mon Seigneur! Prends ma vie pour ta glorification universelle! » et en criant très fort, pendant que Jésus passe au-dessous de sa maison et avance, elle le salue: « Jésus! » Et un autre cri, différent, dépasse la clameur de la foule. Mais les gens, bien qu'ils l'entendent, ne s'arrêtent pas. C'est un fleuve d'enthousiasme, un fleuve de peuple en délire qui ne peut s'arrêter. Et alors que les derniers flots de ce fleuve sont encore en dehors de la porte, les premiers montent déjà les pentes qui conduisent au Temple. « Ta Mère! » dit Pierre en montrant une maison presque à l'angle d'un chemin qui monte au Moriah et par lequel le cortège s'est engagé. Et Jésus lève son visage pour sourire à sa Mère qui est en haut, parmi les femmes fidèles. La rencontre d'une caravane nombreuse arrête le cortège quelques mètres après que la maison est dépassée. Et pendant que Jésus s'arrête avec les autres, en caressant les enfants que les mères Lui présentent, un homme accourt et se fraie un passage en criant: « Laissez-moi passer! Une femme est morte. Une jeune fille. Subitement. Sa mère appelle le Maître. Laissez-moi passer! Lui l'a déjà sauvée une fois! » Les gens lui font place et l'homme accourt près de Jésus: « Maître, la fille d'Elise est morte. Elle t'a saluée de ce cri, puis elle s'est affaissée en disant: « Je suis heureuse », et elle a expiré. Son cœur s'est brisé dans l'allégresse de te voir triomphant. Sa mère m'a vu sur la terrasse près de sa maison et elle m'a envoyé t'appeler. Viens, Maître ». « Morte! Morte Annalia! Mais hier seulement, elle était saine, en bonne santé, heureuse? » Les apôtres se groupent agités, les bergers aussi. Tout le monde l'a vue hier en parfaite santé. Tout à l'heure ils l'ont vue rose, riante... Ils n'arrivent pas à se persuader du malheur... Ils demandent, s'informent des détails... « Je ne sais pas. Vous avez tous entendu ses paroles. Elle parlait fort, avec assurance. Puis je l'ai vue s'affaisser plus blanche que ses vêtements et j'ai entendu crier sa mère... Je ne sais pas autre chose. »

 

« Ne vous agitez pas, elle n'est pas morte. Une fleur est tombée et les anges de Dieu l'ont recueillie pour la porter dans le sein d'Abraham. Bientôt le lys de la Terre s'ouvrira heureux au Paradis, ignorant pour toujours l'horreur du monde. Homme, dis à Élise qu'elle ne pleure pas le sort de son enfant. Dis-lui qu'elle a eu une grande grâce de Dieu, et que d'ici six jours elle comprendra quelle grâce Dieu a faite à sa fille. Ne pleurez pas. Que personne ne pleure. Son. triomphe est encore plus grand que le mien parce que les anges escortent la vierge pour la conduire à la paix des justes. Et c'est le triomphe éternel qui grandira sans jamais connaître de descente. En vérité je vous dis que c'est pour vous tous, mais non pour Annalia, que vous avez raison de pleurer. Allons ». Et il répète aux apôtres et à ceux qui l'entourent: « Une fleur est tombée. Elle s'est couchée en paix et les anges l'ont recueillie. Bienheureuse celle qui est pure de chair et de cœur car bientôt elle va voir Dieu ». « Mais comment, de quoi est-elle morte, Seigneur? » demande Pierre qui ne peut y croire. « D'amour. D'extase, De joie infinie. Heureuse mort! » Ceux qui sont loin en avant ne savent pas; ceux qui sont très en arrière ne savent pas. Aussi les hosannas continuent, bien qu'auprès de Jésus il s'est formé un cercle de pensif silence. C'est Jean qui le rompt: « Oh! je voudrais le même sort avant les heures qui vont venir! » « Moi aussi, dit Isaac. « Je voudrais voir le visage de la jeune fille morte d'amour pour Toi... » « Je vous prie de me sacrifier votre désir. J'ai besoin de vous près de Moi... » « Nous ne te laisserons pas, Seigneur. Mais pour cette mère aucun réconfort? », demande Nathanaël. « J'y pourvoirai... » Ils sont aux portes de l'enceinte du Temple. Jésus descend de l'ânon que quelqu'un de Bethphagé prend en garde. Il faut se rappeler que Jésus ne s'est pas arrêté à la première porte du Temple, mais qu'il a suivi l'enceinte, en s'arrêtant seulement quand il se trouve sur le côté nord de l'enceinte, près de l'Antonia. C'est là qu'il descend et entre dans le Temple comme pour faire voir qu'il ne se cache pas au pouvoir qui domine, se sentant innocent dans toute sa conduite. La première cour du Temple présente le chahut habituel des changeurs et des vendeurs de colombes, passereaux et agneaux, seulement que maintenant les vendeurs sont délaissés car tout le monde est accouru pour voir Jésus. Et Jésus entre, solennel dans son vêtement de pourpre, et il tourne ses regards sur ce marché et sur un groupe de pharisiens et de scribes qui l'observent de dessous un portique.

 

Son regard est fulgurant d'indignation. Il se précipite au milieu de la cour. Son saut inattendu paraît un vol. Le vol d'une flamme, car son vêtement est une flamme dans le soleil qui inonde la cour. Et il tonne d'une voix puissante: « Hors de la maison de mon Père! Ce n'est pas un lieu d'usure et de marché. Il est écrit: « Ma maison sera appelée maison de prière ». Pourquoi donc en avez-vous fait une caverne de voleurs, de cette maison où on invoque le Nom du Seigneur? Hors d'ici! Purifiez ma Maison. Qu'il ne vous arrive pas qu'au lieu de me servir de cordes je vous frappe avec les foudres de la colère céleste. Hors d'ici ! Hors d'ici les voleurs, les brocanteurs, les impudiques, les homicides, les sacrilèges, les idolâtres de la pire idolâtrie: celle du propre moi orgueilleux, les corrupteurs et les menteurs. Dehors! Dehors! Ou bien le Dieu Très-Haut balayera pour toujours ce lieu et exercera sa vengeance sur tout un peuple ». Il ne répète pas la fustigation de l'autre fois, mais comme les marchands et les changeurs tardent à obéir, il va au comptoir le plus proche et le renverse en répandant balances et pièces de monnaie sur le sol. Les vendeurs et les changeurs se hâtent de suivre l'ordre de Jésus, après avoir eu ce premier exemple. Et Jésus crie derrière eux: « Combien de fois devrai-je vous dire que ce ne doit pas être un lieu de souillure mais de prière? » Et il regarde ceux du Temple qui, obéissant aux ordres du Pontife, ne font pas un geste de représailles. La cour purifiée, Jésus va vers les portiques où sont rassemblés des aveugles, des paralytiques, des muets, des estropiés et autres affligés qui l'invoquent à grands cris. « Que voulez-vous que je vous fasse? » « La vue, Seigneur! Les membres! Que mon fils parle! Que ma femme guérisse! Nous croyons en Toi, Fils de Dieu! » « Que Dieu vous écoute. Levez-vous et dites des hosannas au Seigneur! » Ce n'est pas un par un qu'il guérit les nombreux malades, mais il fait de la main un geste large, et grâce et santé en descendent sur les malheureux qui se dressent sains avec des cris de joie qui se mêlent à ceux des nombreux enfants qui se serrent près de Lui en répétant: « Gloire, gloire au Fils de David! Hosanna à Jésus de Nazareth, Roi des Rois, et Seigneur des Seigneurs !" Des pharisiens, en feignant le respect, Lui crient: « Maître, tu les entends? Ces enfants disent ce qu'il ne faut pas dire. Reprends-les! Qu'ils se taisent! »

 

« Et pourquoi? Le roi prophète, le roi de ma race n'a-t-il pas dit peut-être: « De la bouche des enfants et des nourrissons tu as fait sortir la louange parfaite pour confondre tes ennemis? » N'avez-vous pas lu ces paroles du psalmiste? Permettez aux petits de dire mes louanges. Elles leur sont suggérées par leurs anges qui voient sans cesse mon Père et connaissent ses secrets et les suggèrent à ces innocents. Maintenant laissez-moi tous aller prier le Seigneur » et passant devant les gens il passe dans l'atrium des Israélites pour prier... Et puis, sortant par une autre porte, en frôlant la piscine probatique, il sort de la ville pour revenir sur les collines du mont des Oliviers. Les apôtres sont enthousiastes... Le triomphe leur a donné de l'assurance, et ils sont oublieux, complètement oublieux de toutes les terreurs que les paroles du Maître avaient suscitées... Ils parlent de tout... Ils brûlent d'être renseignés sur Annalia. Jésus les retient, non sans peine, d'y aller, en les assurant qu'il y pourvoira d'une manière qu'il sait, Lui... Sourds, sourds, sourds à toute parole d'avertissement divin... Hommes, hommes, hommes, qu'un cri d'hosanna rend oublieux de tout... Jésus parle aux serviteurs de Marie de Magdala qui l'ont rejoint au Temple et puis les congédie... « Et maintenant, où allons-nous? » demande Philippe. « A la maison de Marc de Jonas? » dit Jean. « Non. Au camp des galiléens. Peut-être que mes frères sont venus et je veux les saluer » dit Jésus. « Tu pourrais le faire demain », lui fait observer le Thaddée. « C'est une bonne chose de le faire pendant qu'on peut le faire. Allons chez les galiléens. Ils seront contents de nous voir. Vous aurez des nouvelles de vos familles. Moi, je verrai les enfants... » « Et ce soir ? Où allons-nous dormir? Dans la ville? En quel endroit? Là où est ta Mère? Ou bien chez Jeanne? » demande Judas Iscariote. « Je ne sais. Certainement pas dans la ville. Peut-être encore sous quelques tentes galiléennes... » « Mais pourquoi? » « Parce que je suis le Galiléen et que j'aime ma Patrie. Allons ». Ils se remettent en route pour monter vers le camp des galiléens, qui est sur l'oliveraie du côté de Béthanie et c'est tout un groupement de tentes toutes blanches sous le gai soleil d'avril.

 

Extraits de « L’Évangile tel qu'il m'a été révélé », de Maria Valtorta

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Prière

 

O Dieu, qui, par un ordre merveilleux de votre Providence,avez voulu vous servir des choses même insensibles pour exprimer l'admirable économie de notre salut, éclairez, s'il vous plaît, les cœurs de vos fidèles serviteurs, et faites-leur comprendre, pour leur salut, le mystère représenté dans l'action de ce peuple qui, poussé par l'inspiration céleste, marcha en ce jour au-devant du Rédempteur, et joncha de rameaux de palmier et d'olivier la route qu'il devait parcourir. Les branches de palmier marquaient la victoire qui allait être remportée sur le prince de la mort; et les branches d'olivier publiaient en quelque manière que l'onction spirituelle allait se répondre. Cette heureuse multitude d'hommes pressentit alors que notre Rédempteur, touché des misères de l'humanité, allait livrer le combat avec le prince de la mort pour la vie du monde entier, et qu'il triompherait par sa mort même. C'est pour cela qu'il lui fit hommage de ces branches d'arbre dont les unes exprimaient la victoire et le triomphe, et les autres l'effusion de la miséricorde. Nous donc qui possédons la foi dans sa plénitude, voyant dans cet événement le fait et la signification, nous vous supplions, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, par le même Jésus-Christ notre Seigneur, dont vous nous avez rendus les membres, de nous faire triompher en lui et par lui de l'empire de la mort, et de nous rendre participants de sa glorieuse Résurrection. Lui qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

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