24 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

 

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

 

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Vingt-cinquième jour

 

Des Pèlerinages aux églises de Marie

 

 

 

« Qu'ils sont utiles aux pêcheurs les lieux consacrés par la piété a la très Sainte Vierge ! » (Mr Olier)

 

« Quand on est arrivé à un lien de pèlerinage, il faut rendre avec ferveur ses vœux et ses respects à Dieu, à la Vierge, ou au saint; demander instamment les grâces dont on a besoin, et surtout celle d'une parfaite conversion ». (Père Ducos).

 


I. Les oratoires qui, dès les commencements de l'Église, avaient été consacrés à la très Sainte Vierge, devinrent souvent, par la suite des temps, des lieux de pèlerinage à cause des miracles qui s'y opéraient. Mais pour que les pèlerinages soient utiles à nos âmes, il faut les faire comme les faisaient les saints, réfléchir sur la sainteté du but qu'on se propose, sur la sainteté du lieu qu'on veut visiter, sur les grâces à demander, sur la conduite à tenir et sur le mal à éviter pendant le voyage, et en offrir d'avance à Marie les fatigues et les privations; se mettre en état de grâce avant de partir, pour rendre méritoires les fatigues inséparables d'un long voyage, et ne pas risquer d'être surpris par les accidents auxquels on peut être exposé pendant le trajet ; se mettre sous la protection de la sainte Vierge, dont on va visiter le sanctuaire ; réfléchir sur les voyages que Notre-Seigneur faisait sur la terre pour le salut du monde, sur les voyages que les saints ont faits pour la gloire de Dieu et le salut des âmes sur le grand, important et décisif voyage que nous faisons du temps à l'éternité.

 

Notre glorieux Père saint Dominique nous donna le premier l'exemple de la dévotion aux pèlerinages de Marie. Notre Dame de Rocamadour, vieux sanctuaire dédié à la Bienheureuse Vierge Marie, dans une solitude sauvage et escarpée du Quercy, se souvient encore du pèlerinage que fit Saint Dominique avant de se rendre à Paris. Ce fut en sortant de Rocamadour qu'il accomplit un de ses plus éclatants miracles.

 

Tous les enfants de notre bienheureux Père l'imitèrent dans sa dévotion pour les pèlerinages de Marie, où le souvenir de leur passage est encore vivant.

 

Le vénérable Père Antoine Lequien n'alla jamais à Rome, voyage qu'il fit plusieurs fois, sans passer par Lorette, afin de vénérer Marie d'une manière plus particulière dans ce lieu qui lui est spécialement consacré ; il était cependant obligé pour cela de se détourner de plus de quarante lieues de sa route. Pendant un des séjours qu'il fit à Lorette, tandis qu'il priait Dieu dans la petite chambre de la Sainte Vierge, il vit qu'on se disposait à la balayer. Il sollicita comme une précieuse faveur la permission de remplir lui même cette fonction ; il s'en acquitta en effet avec beaucoup de respect et de ferveur. Cependant, ayant, par mégarde, heurté une des lampes suspendues dans la chapelle, l'huile se répandit sur sa tête ; il l'essuya promptement et la conserva toujours depuis comme une sorte de relique, que sa foi et sa piété lui rendaient précieuse. Pendant qu'il priait dans cette Sainte chapelle, il remarqua que les pèlerins déposaient dans le tronc des aumônes plus ou moins considérables. Son complet dénuement ne lui permettant pas de les imiter, il voulut cependant faire l'offrande qui était en son pouvoir, et qui, sans doute, ne fut pas la moins agréable à la divine Mère. Il écrivit sur un petit morceau de papier un acte de consécration et de donation entière de lui-même à Marie dans les termes les plus tendres et les plus dévoués, et l'ayant roulée étroitement, il le jeta dans le tronc, pour lui servir d'offrande.

 

Dans ce célèbre sanctuaire, il célébrait la Sainte Messe avec les sentiments de la plus profonde dévotion, et baisait respectueusement les petits ustensiles qu'on y conserve avec soin comme ayant servi à l'enfant Jésus et à sa sainte Mère.

 

Lorsqu'il arrivait à Paris, sa première visite était pour Notre Dame, qu'il prenait pour son aide et son soutien dans les affaires dont il était chargé. Dans un voyage dans le midi, il se détourna de sa route pour aller visiter une église dédiée à la sainte Vierge, sous le titre de Notre Dame de Grâce. Il visitait de même tous les lieux saints qui se trouvaient sur son chemin pendant ses voyages, pour remercier Dieu des grâces qu'il lui avait faites. Pour obtenir la victoire sur une pénible tentation, il ne craignit pas de faire deux lieues, pieds nus, pour invoquer Marie dans une chapelle plus spécialement consacrée à son honneur, et il en reçut le secours qu'il espérait.

 

« Au commencement du XIVe siècle, nous voyons parmi la foule des pèlerins de Notre Dame d'Einsiedeln, Sainte Elisabeth, fille d'André III, roi de Hongrie ; cette vertueuse princesse était entrée chez les Dominicaines de Toes, près Winterthur, et sous la direction spirituelle du Bienheureux Henri Suso, elle arriva bientôt à un haut degré de perfection. Élisabeth étant tombée dangereusement malade, les médecins lui ordonnèrent d'aller prendre les eaux de Bade, et ses supérieurs y donnèrent leur consentement. Mais sa confiance en Marie l'emporta sur les avis des médecins, elle vint à l'ermitage de Saint Meinrad, elle s'agenouilla devant l'image miraculeuse de Celle que l'Église appelle le salut des infirmes, elle pria longtemps avec espoir et foi, et quand elle se releva, elle était guérie ». (Chronique d’Einsiedeln).

 

L'abbé Olier avait une grande dévotion pour aller en pèlerinage aux divers sanctuaires de Marie. Toutes les fois qu'il avait quelque grâce spirituelle a demander c'était là sa grande ressource, et il retirait de ses pieux voyages les avantages les plus précieux. Pendant qu'il était à Rome pour étudier l'hébreu, il éprouva un affaiblissement de la vue qui lui rendit l'étude impossible, tous les remèdes furent employés sans aucun succès. Le pieux jeune homme eut alors recours à la Sainte Vierge, et fit vœu d'aller à Notre Dame de Lorette. Il se mit en route à la fin de mai, par une chaleur excessive, à pied, et couvert de ses vêtements d'hiver. Il fit environ cinquante lieues. Chemin faisant, il récitait le Rosaire, ou bien il chantait ou composait de pieux cantiques. Le plus souvent il méditait sur Jésus et Marie, et ces saintes occupations lui faisaient oublier la fatigue du voyage ; mais elle n'existait pas moins, et la nature fut près d'y succomber.

 

Il fut attaqué par une violente fièvre qui l'abattit sans l'arrêter néanmoins. Il se traînait lentement, et plus il approchait de Lorette, plus il goûtait de consolations intérieures, et plus sa confiance en Marie augmentait. Dès qu'il fut arrivé, on voulut qu'il allât consulter un médecin, mais il s'y refusa et alla de suite se prosterner aux pieds de la Madone miraculeuse. Son empressement et sa dévotion furent récompensés ; au même instant, il se trouva parfaitement guéri, et son âme fut inondée des plus suaves consolations et d'un grand désir de la perfection. Ce fut la, disait-il, qu'il reçut le coup le plus puissant, et qui de son entière conversion. Marie lui obtint plus qu'il ne lui avait demandé. Il fut guéri de la fièvre et de la faiblesse de sa vue pour le reste de sa vie, et de plus les yeux de son âme furent ouverts ; il reçut les grâces les plus particulières, et entre autres un si grand attrait pour la prière qu'il passa la nuit entière en oraison dans la sainte chapelle, et en sortit un homme nouveau.

 

Les pèlerinages aux sanctuaires de Marie étaient aussi le moyen que le même serviteur de Dieu employait pour se préparer aux fêtes de Marie.

 

En 1632, il fit le pèlerinage de Notre Dame de Liesse, pour se préparer à la fête de l'Assomption et aussi pour demander le succès d'un sermon qu'il devait faire ce jour-là. A cette époque, il éprouvait en montant en chaire une agitation extraordinaire, qui paralysait ses facultés. Ce jour-là, la mémoire lui manqua entièrement au milieu de son sermon, mais il s'abandonna à Marie en toute sincérité et humilité; il continua à parler et à dire tout ce qui lui venait sur les lèvres et il se trouva qu'il avait dit précisément tout ce qu'il avait préparé. Son sermon produisit d'heureux fruits.

 

Parmi les nombreux sanctuaires consacrés à Marie, il y en a plusieurs qui rappellent de grands souvenirs dominicains, et qui, pour cette raison, doivent nous être particulièrement chers. Le premier est sans contredit Notre Dame de Prouilhe. Notre glorieux Père puisait surtout dans sa tendre dévotion à Marie les forces dont il avait besoin pour accomplir la rude tâche qu'il s'était imposée. L'histoire, d'accord avec la tradition, nous montre le sanctuaire de Prouilhe comme le lieu où les faveurs de Marie se répandaient sur son serviteur d'une manière particulière, et nous regardons Prouilhe comme le berceau des principales institutions dominicaines.

 

Nous avons déjà vu que l'illustre patriarche commença par y établir le premier couvent des sœurs de son Ordre. Il vit fondre sur cet endroit un globe de feu, qui manifestait la volonté divine. Le sanctuaire de Prouilhe vit également germer, sous les bénignes influences de la Reine des cieux, le premier Ordre des Frères Prêcheurs. L'institution du Rosaire et celle du Tiers Ordre de la Pénitence, ces autres œuvres saintes de Dominique, ne sont pas étrangères non plus au sanctuaire de Prouilhe. Ah ! Sans doute, plus d'une fois, prosterné devant l'autel chéri de Notre Dame de Prouilhe. il y reçut des inspirations vives, des enseignements lumineux sur la dévotion si salutaire du Rosaire.

 

Quant au Tiers Ordre, selon toute vraisemblance, l'idée, le plan, la forme de cette institution nouvelle ont été souvent l'objet des préoccupations pieuses du serviteur de Dieu durant les longues veilles qu'il passait aux pieds de Notre Dame de Prouilhe. Ne nous étonnons pas du tendre intérêt que porte toute la famille dominicaine à ce lieu sacré ; il est bien légitime. À Prouille, la famille dominicaine a été conçue ; c'est là qu'elle a été engendrée. Saint Dominique en fut le Père, et elle reconnaît dans la Bienheureuse Vierge Marie sa Mère mystique.

 

À Avignonnet, non loin de Prouilhe, se trouve Notre Dame des Miracles qui rappelle aussi de grands souvenirs dominicains sur lesquels je m'étendrai un des jours suivants. Nous avons encore dans le diocèse de Toulouse Notre-Dame des Grâces de Brugnières, dans le diocèse de Fréjus, à Tavernes (Var), Notre-Dame de Bellevue et de Consolation ; dans le diocèse de Gap (Hautes-Alpes), Notre Dame du Laus, etc., etc...

 

 

 

II. Je vous remercie, Vierge sainte, d'avoir bien voulu manifester dans tant de lieux-dits vers votre puissance et votre miséricorde par un si grand nombre de miracles éclatants. Ô Vierge, je Vous conjure de daigner secourir toujours ceux qui vous invoqueront dans vos sanctuaires privilégiés ; soyez touchée de nous voir gémir sous le poids d'afflictions diverses dans cette vallée de larmes, et étendez la main pour nous secourir. Si vous m'accordez, ma, bonne Mère, la grâce de visiter quelqu'un de vos sanctuaires privilégiés, faites que je profite de tout ce que je verrai, de tout ce que j'entendrai le long de mon chemin, pour élever mon cœur vers Dieu, et qu'arrivée aux pieds de votre image bénie, je prenne sous vos auspices tous les moyens de profiter de la grâce que vous m'avez ménagée. Obtenez-moi enfin qu'après mon triste pèlerinage sur cette terre d'exil, vous m'ouvriez les portes du ciel, ma seule et véritable patrie. Amen.

 

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23 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

 

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Vingt-quatrième jour

Diverses pratiques de dévotion en l’honneur de la très sainte Vierge Marie

 

« Si la dévotion à la sainte Vierge est nécessaire a tous les hommes pour faire simplement leur salut, elle l'est encore beaucoup plus à ceux qui sont appelés à une perfection particulière ». Saint Louis-Marie Grignion de Montfort).

 

I. « Quand le printemps venait, que les fleurs commençaient à paraître, je m'abstenais, dit le bienheureux Henri Suso, d'en cueillir jusqu'à ce que j'eusse fait une belle et brillante couronne à la Mère de mon Dieu. Je me mettais à cueillir des fleurs avec toutes sortes de pensées d'amour pour Marie ; j'allais dans la chapelle poser ma couronne sur la tête de la Sainte Vierge, cette fleur joyeuse de mon cœur, la priant de ne pas dédaigner les prémices que son serviteur lui offrait ».

Un jour qu'il avait ainsi honoré la sainte Vierge, il lui sembla que le ciel était ouvert; il voyait les anges descendre vers lui, et les entendait chanter à la louange de Marie un hymne si ravissant qu'il en mourait de plaisir. Le bienheureux unit sa voix à celles des esprits célestes, et son âme fut inondée de délices et d'amour pour Dieu. Une autre fois, au commencement du mois de mai, il avait dévotement offert, selon sa coutume, une couronne de roses à la Reine du ciel, lorsqu'il se crut transporté au milieu d'un concert céleste. Lorsqu'il fut terminé, la sainte Vierge s'avança vers lui, et lui commanda de chanter ce verset : « O vernalis rosula... » il obéit avec joie, et aussitôt des anges, dont les voix étaient plus admirables et plus ravissantes que tous les instruments de musique réunis, accompagnèrent son chant et le continuèrent longtemps encore après qu'il eut fini le saint cantique.

Le Père François Alain, du couvent de Notre Dame de Bonne Nouvelle à Rennes, eut une grande réputation de sainteté pendant sa vie et après sa mort. Il mérita, par son zèle et son assiduité à faire honorer la sainte Vierge, la qualité de « dévot de Marie et de père du saint Rosaire ».

Un grand nombre de nos saints et de nos saintes jeûnaient au pain et à l'eau la veille de toutes les fêtes de la Sainte Vierge. La Bienheureuse Marguerite de Hongrie, la veille de ces fêtes et pendant leur octave, servait Marie avec un redoublement de ferveur. Elle commença ces pieux exercices dès sa plus tendre enfance. Quand la maîtresse des novices l'envoyait avec les autres à la récréation, elle les engageait à venir avec elle à la chapelle chanter des hymnes à la Reine des Anges.

La Bienheureuse Hélène des Tourelles avait toujours été très dévouée à la sainte Vierge, avant d'entrer au couvent, elle fit bâtir une chapelle en son honneur et y attacha des rentes pour l'entretien du culte divin ; les cloches de cette chapelle sonnèrent toutes seules au moment de sa mort.

La tendre piété de Saint Albert-le-Grand lui mérita de la part de la Vierge Marie, qui récompense au centuple ce que l'on a fait pour Elle, toutes les grâces dont sa longue carrière fut remplie. Marie était à la fois sa mère, sa directrice et son amie. Si l'obéissance à ses supérieurs, la charité pour le prochain et les obligations de sa charge le lui eussent permis, il n'eût voulu faire qu'aimer Marie. Il entonnait ses louanges cent fois par jour, il poussait vers Elle de tendres soupirs, et quand ses devoirs lui laissaient quelque liberté, il allait se jeter avec effusion à ses pieds. Souvent on l'entendait, au milieu de ses promenades solitaires, chanter à sa céleste amie des hymnes ravissantes qu'il avait composées pour Elle, il mêlait souvent à ses chants autant de soupirs qu'il y avait de notes, et de larmes qu'il y avait de paroles. Mais il ne se plaisait pas seulement à parler de Marie, à chanter ses louanges, il faisait toutes ses actions en vue de lui plaire. Il lui offrait ses travaux, ses souffrances et ses consolations. S'agissait-il de donner un conseil, d'écrire, d'enseigner, de prêcher, c'était Marie qu'il appelait à son aide ; partout et toujours il la prenait pour modèle de sa vie, comme à toute heure elle était l'objet de ses affections.

Le Vénérable Père Antoine Lequien s'occupait avec ardeur de l'œuvre si difficile de la réforme des couvents de sa province ; mais bien convaincu que rien ne pouvait lui être plus utile dans cette circonstance que d'intéresser Marie à sa cause, il redoubla de supplications en récitant plusieurs fois par jour le saint Rosaire, pratique pour laquelle il avait une singulière dévotion. Sa confiance envers Dieu et Marie était sans bornes, des plus touchantes et des plus profondes ; aussi obtint-il par ce moyen les grâces les plus signalées. « J'étais, dit-il, convaincu de cette pensée, que Dieu se sert de nos infirmités pour faire réussir ses desseins, pourvu qu'on soit pénétré de confiance en Lui ». Le cœur de ce vertueux Père était plein d'une grande reconnaissance envers Dieu et Marie pour les bienfaits qu'il en recevait. Dès qu'il avait été exaucé, on le voyait aussitôt commencer des neuvaines d'actions de grâces envers Dieu et la sainte Vierge.

Non content de s'acquitter lui-même de ce devoir, il exhortait sans cesse ses religieux à la reconnaissance, leur recommandant surtout de la faire consister dans une plus grande et plus inviolable fidélité pour le service de leur divine bienfaitrice. L'abbé Olier avait un si grand amour pour Marie qu'il s'estimait heureux d'être né d'une mère qui s'appelait Marie, et dans une rue de Paris qui portait le nom de Notre Dame. Dès ses premières études, il ne manquait jamais d'invoquer la Vierge avant de prendre son livre, et il avouait plus tard qu'il ne pouvait rien apprendre qu'à force d'Ave Maria. Dès lors il avait l'habitude qu'il conserva toute sa vie, de lui offrir tout ce qu'il avait de neuf ; il n'aurait osé se servir d'un vêtement sans le lui avoir consacré ; il la priait instamment de ne pas permettre qu'il offensât son divin Fils tant qu'il le porterait. Il ne voulait user qu'en son nom de tout ce qu'il possédait. Quand il se levait ou se couchait, quand il sortait de sa chambre ou y rentrait, il ne manquait jamais de demander à la Sainte Vierge sa bénédiction, et, s'il entreprenait un voyage hors de Paris, il allait la lui demander dans l'église Notre Dame. Au retour, c'est à Elle qu'il allait rendre ses premiers devoirs. Toutes les fois qu'il entreprenait une chose considérable, il allait la lui recommander.

Le Père Schaffhausser, mort en 1860, ne quittait jamais sa cellule sans avoir prié la sainte Vierge de le bénir, en lui adressant à genoux avec ferveur cette invocation : « Nos cum prole pia benedicat Virgo Maria ! » Il aimait Marie comme un enfant aime sa mère, il lui redisait tous les jours quelques-unes des prières composées en son honneur, et dans ses promenades, pendant son noviciat à Châlais, son plus grand bonheur était de charmer les échos des montagnes en chantant des cantiques à Marie. Après le culte de Jésus, le Rosaire était sa dévotion privilégiée; il connaissait toute la puissance de cette prière sur le cœur de Dieu et sur celui de Marie pour obtenir de leur miséricorde la transformation des âmes ; aussi, non content de réciter le Rosaire, il en faisait souvent le sujet de ses prédications.

Parmi les mille moyens donnés par les auteurs de la vie spirituelle, en voici un peut être peu connu, mais dont les résultats sont efficaces ; c'est d'écrire à Marie ! Oui, écrire à Marie, surtout quand approchent ses fêtes, lui écrire et laisser parler son cœur ; lui exprimer avec naïveté nos misères, nos désirs et nos bons sentiments ; lui faire lire jusqu'au fond de notre âme, et quand arrivera un jour de fête ou de communion, placer cette lettre sur son cœur, et conduit par les mains de Marie, s'approcher de la sainte Table avec amour, afin de sceller par le sang de Jésus les promesses faites à notre divine Madone. La lecture de cette lettre soigneusement conservée, produit dans l'âme les plus heureux effets, et cette lettre doit être répétée plusieurs fois pendant le mois ou la semaine. Ainsi agissait un pieux jeune homme dont nous avons déjà parlé. Battu par la tempête, en proie à la rage de l'enfer, il ne se contentait pas de pousser des cris vers Marie, d'arroser de ses larmes le pied de ses autels, mais il lui exprimait par lettres, en caractères de feu, ce qui se passait dans son cœur, et ce moyen, comme il l'avoue lui-même, a été pour beaucoup dans sa vocation religieuse. Ce moyen, nous le répétons, l'avait puissamment aidé à vaincre le monde et les passions : sous l'habit religieux, il l'employait encore, pour se maintenir dans une continuelle ferveur. Pourquoi n'agirions-nous pas de même ? Notre cœur, habituellement si glacé, notre âme si faible pour le bien, trouveraient là un aliment de vie et de forces inconnues jusqu'à ce jour ». (Couronne de Marie, décembre 1860).

 

II. Vierge sainte, obtenez-moi que, par mes pratiques de dévotion en votre honneur, je moissonne de nombreux mérites pour la vie éternelle que votre Jésus m'a préparée ; que je moissonne la foi, l'espérance, la charité, la patience, la douceur, la persévérance, une sainte mort ! Divine Vierge, nous sommes tous des fleurs plantées sur cette terre, et que Dieu cueille en son temps, un peu plus tôt, un peu plus tard. Autre est la rose empourprée, autre est le lis virginal, autre l'humble violette; mais avec votre puissante protection, Vierge Marie, nous nous efforcerons tous, selon le parfum ou l'éclat qui nous est donné, de plaire à Jésus, le divin jardinier des âmes. Amen.

 

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22 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Vingt-troisième jour

Diverses pratiques de dévotion en l’honneur de la très sainte Vierge Marie

 

« Heureux les saints qui ont imaginé en l'honneur de Marie ces pieuses pratiques adoptées par la dévotion catholique. si conformes d'ailleurs à la nature humaine et en même temps si propres à exercer saintement les sens et à exciter les sentiments et les affections intérieures de la vraie piété ! » P. Contenson, Mariologie, chap.II).

 

I. La Bienheureuse Villana vit un jour, dans une vision céleste, la Mère de Dieu sous l'emblème d'une fontaine où l'on venait en foule pour y puiser l'eau de la grâce ; mais qu'arrivait-il ? Ceux qui portaient des vases intacts conservaient en entier les grâces reçues ; mais ceux qui portaient des vases fêlés, c'est-à-dire des âmes chargées de péchés, ne recevaient les grâces que pour les perdre aussitôt.

Si nous voulons que nos pratiques de dévotion envers Marie lui soient agréables et que les grâces qu'elles nous obtiendront ne s'écoulent sans profit pour nos âmes, comme l'eau d'un vase fêlé, nous devons les soutenir par la pureté de notre vie et l'imitation des vertus de Marie; c'est sur ce fondement qu'il faut établir l'espérance de notre salut, et non sur le seul accomplissement de pratiques extérieures, sans néanmoins mépriser ni négliger ces pratiques, qui sont de puissants moyens d'obtenir les faveurs de Marie.

Le Père Ducos nous dit que « nous pouvons honorer Marie par pensée, par affection, par parole et par œuvre ». (Pasteur Apostolique, p. 444). Nous l'honorons par pensée en portant une grande attention aux prières que nous lui adressons, en considérant sérieusement ses perfections, et en ayant une haute estime de sa personne bénie et pleine de grâce.

Nous l'honorons par affection en l'aimant et en la révérant au-dessus de toutes les pures créatures, en nous réjouissant et en rendant grâce à Dieu de son bonheur, en désirant avec ardeur l’accroissement de son culte, en conservant toujours une confiance filiale dans sa bonté maternelle. C'est principalement dans ces sentiments d'amour et de respect que consiste la dévotion à la sainte Vierge. Prions son divin Fils de nous y faire entrer ; travaillons-y nous-mêmes, en poussant souvent de ces sortes d'affections avec toute la ferveur possible.

Le culte de la parole consiste à parler souvent d'Elle, et de ses grandeurs, à porter les autres à sa dévotion et à leur en enseigner les pratiques, à lui adresser avec respect et confiance des prières vocales. La bouche parle de la plénitude du cœur, ainsi c'est témoigner de l'amour pour la Reine du ciel que de parler d‘Elle, d'exhorter les autres à lui être dévots, de la prier souvent; ce qui se fait en récitant chaque jour ses Litanies. son Rosaire, en disant un Ave Maria chaque fois que l'horloge sonne, en invoquant son saint nom, tant dans nos besoins et surtout nos besoins spirituels, que dans nos tentations : remède qui est quelquefois plus prompt et plus efficace que l'invocation du Saint Nom de Jésus, non parce qu'elle est plus puissante, mais parce que le Fils veut par là honorer sa Mère.

Le bienheureux Alain de la Roche, assailli un jour de violentes tentations, allait succomber et se perdre, faute de s'être recommandé à la très Sainte Vierge, lorsque dans ce danger imminent la Mère de Miséricorde lui apparut, et le frappant doucement sur la joue, lui dit : « Si tu m'avais invoquée, tu ne te serais pas trouvé dans ce péril ! »

Entre toutes les œuvres par lesquelles nous pouvons honorer Marie, la plus excellente consiste à nous corriger de nos vices et à imiter ses vertus.

Jeûner en l'honneur de la Mère de Dieu, le samedi et la veille de ses fêtes, s'approcher avec les dispositions nécessaires des sacrements aux jours de ses solennités, visiter ses chapelles et les lieux consacrés à son culte, faire des aumônes et donner des chapelets pour son amour ; avoir son image dans sa chambre et la saluer par un Ave toutes les fois qu'on en sort et qu'on y rentre, voilà sans doute des œuvres qui lui plaisent beaucoup ; mais nous conformer autant que nous le pouvons à ce parfait modèle d'innocence et de sainteté par une fidèle imitation de ses vertus, voilà ce qui lui est infiniment plus agréable,et ce qui nous est à nous-mêmes très salutaire.

 Nous pouvons suppléer à notre tiédeur et à notre négligence dans le service de la Sainte Vierge, en lui offrant le Cœur de son Fils bien-aimé. Elle enseigna elle-même cette sainte pratique à Sainte Gertrude, un jour que ses infirmités ne lui permirent pas d'assister à une procession où son image était portée.

La pieuse pratique, si facile à imiter, de composer un bouquet de toutes nos bonnes œuvres pour les présenter à Marie, est un excellent moyen de les rendre plus agréables à Dieu, puisqu'elles passeront par les mains d'une si tendre Mère, pour arriver jusqu'à son Fils, qui se plaît, à son tour, à faire passer ses grâces et ses bienfaits par celles de sa Mère. C'est ce que faisait si souvent et d'une manière si fervente le Vénérable Père Antoine Lequien, qu'un volume suffirait à peine pour faire le récit de toutes les preuves de vénération, d'amour et de dévouement qu'il donnait sans cesse à la très Sainte Vierge.

Voici comment il s'exprime lui-même à ce sujet dans un de ses écrits : « Pour la Mère de Dieu, elle a été toute mon espérance, je crois que je lui dois le baptême, l'ayant reçu par une protection spéciale de sa part. C'est pourquoi je la regarde comme ma mère de baptême, ma mère de conversion, ma mère de religion, ma mère de salut, par laquelle j'espère obtenir le paradis ; et aussi je me sens si fort obligé à cette bonne Mère que je lui rapporte toutes les grâces et toutes les faveurs que j'ai reçues et que j'espère recevoir de Dieu, ainsi que toutes les bonnes œuvres que je pourrai faire jusqu'à la fin de ma vie ; je remets tout cela à ses pieds et lui en fais un bouquet. O ma Mère, que je sois avec vous éternellement ! Amen ».

Que dirons-nous de l'amour, de la tendresse du Père Marie-Augustin pour Marie, de toutes les pratiques qu'il exerçait en son honneur ! Le monde connaît ses grands travaux, son zèle infatigable pour l'amour et la gloire de Celle qu'il avait choisie pour sa Mère ; mais ce qu'il ignore, ce sont les délicatesses de l'amour le plus naïf et le plus pur, pour qui les petits riens sont de grandes choses.

Il avait toujours une petite statue de la sainte Vierge avec lui ou près de lui ; il la contemplait, il lui prodiguait les plus tendres baisers, il la donnait à baiser à ses frères et aux autres personnes qui venaient le visiter. Il demandait qu'on la lui fît baiser souvent ; il la faisait reposer sur son cœur. Souvent il lui offrait les prémices de sa boisson, en la faisant boite elle-même dans le vase où il buvait lui-même, ou en le lui faisant bénir. « Ce sont des enfantillages, disait-il, mais, Marie aime ces petits témoignages de la tendresse de son petit enfant ».

Pendant sa dernière maladie, il avait fait vœu, s'il se guérissait, de toujours prêcher sur la Sainte Vierge, ou sur le Rosaire et ses mystères ; se dévouant ainsi à être plus que jamais le serviteur, le prédicateur, l'apôtre de Marie, pour engendrer par Elle les âmes à Jésus son fils. Il fit aussi un pacte avec Marie. C'était dans ses plus mauvais jours, alors qu'il se sentait pour la première fois près de sa fin. « J'ai tout donné à Marie, nous dit-il : mon esprit, mon cœur, ma volonté, mon âme toute entière et mon corps aussi ; je lui ai donné mes œuvres, mes mérites, si j'en ai, et surtout mes péchés, et quant à la coulpe, et quant à la peine : maintenant ma cause est entre ses mains, c'est son affaire ; c'est à elle à me défendre ; pour moi, je ne m'en mêle plus ; j'ai toute confiance en Elle. Elle ne m'abandonnera pas... » Il disait encore en ce moment cette parole qu'il répétera plus tard : « In manus tuas, Domina, commendo spiritum meum ».

Mais c'est quand il parlait de Marie doucement, à quelque Frère penché sur son cœur, qu'il disait des choses admirables de Celle qu'il aimait si tendrement. Il suffisait d'entrer en communication un peu intime avec lui ; aussitôt il parlait de la sainte Vierge avec transport ; son doux Nom mêlé à celui de Jésus était sans cesse sur ses lèvres. Son admirable pureté se serait effrayée de tout, si son confesseur ou son supérieur ne l'eussent rassuré souvent. Et où puisait-il cette grande pureté d'âme ? On le devine bien.

Il avait demandé à Marie « un cœur bien pur pour bien aimer Jésus, pour bien aimer Marie » ; sa prière était exaucée : c'était au contact de son âme avec Marie, c'est dans cette union habituelle avec la plus pure des créatures, la Vierge des Vierges, la Vierge Immaculée, qu'il purifiait sans cesse son cœur virginal, et qu'en le purifiant sans cesse, il aimait sans cesse davantage. (Les derniers moments du P. Marie-Augustin, p. 75 et ss).

 

II. Prière de la Bienheureuse Esprite de Jésus

 

Vierge toute pure, Mère de mon Dieu, je viens à vous, je me mets sous votre protection, recevez-moi au nombre de vos servantes ; je vous promets une fidélité inviolable. Soyez, s'il vous plaît, ma Maîtresse et mon Avocate ; je vous donne mon cœur; ne permettez pas qu'il soit à un autre qu'à votre Fils, qui le rendra pur et chaste. Assistez-moi toujours, et surtout à l'heure de ma mort. Si l'ennemi me trouble, et s'il s'efforce, dans ce dernier moment, de me tenter de désespoir. Mère de mon Dieu ! Dissipez par vos deux regards les brouillards de cet esprit de ténèbres, et ne m'abandonnez pas. Amen.

 

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21 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Vingt-deuxième jour

Les images de Marie

 

« La première règle est d’avoir dans votre maison des peintures représentant la sainte enfance de Jésus ou la Vierge. C’est une charmante chose que la Vierge Marie portant sur son bras le divin Enfant » (Bienheureux Jean-Dominique).

 

I. L'Église a pris la défense du culte des images jusqu'à répandre pour sa défense le sang de ses martyrs ; et la divine Marie a montré par mille prodiges combien lui est agréable le culte rendu à ses images ; c'est pourquoi ses fidèles serviteurs les ont toujours vénérées avec une tendre affection. Il y avait à Lima une fort belle statue de la sainte Vierge du Rosaire, apportée par les premiers prédicateurs de la foi, et regardée dans tout le Pérou comme la sauvegarde du royaume. En 1553, les Espagnols, au nombre de 600 hommes, se trouvèrent en face de 200 000 guerriers indiens ; ils allaient infailliblement être écrasés, lorsque quelques Dominicains qui accompagnaient la phalange chrétienne implorèrent Notre Dame du Rosaire.

Aussitôt la divine Marie apparut dans les airs à la vue des deux armées, tenant à la main une verge qu'elle agitait contre les infidèles. Les Indiens effrayés laissèrent tomber leurs armes, et demandant la paix, se soumirent de grand cœur au joug de Jésus Christ. Les Espagnols avaient remarqué que la Vierge avait pris dans cette apparition la forme de la statue de Lima ; aussi cette image devint plus célèbre et plus chère au peuple que jamais. Dès sa plus tendre enfance, Sainte Rose de Lima ressentit pour cette statue un attrait tout particulier, et la chapelle où elle se trouvait devint si l'on peut ainsi dire son domicile privilégié. Toutes les fois que la sainte voulait obtenir quelque grâce pour elle ou pour les autres, elle courait à la chapelle du Rosaire, et là elle priait, en contemplant attentivement le visage de Marie, jusqu'à ce qu'elle y vît une expression favorable. L'expression du visage de la Vierge bénie lui disait sur quoi elle pouvait compter. C'était une opinion générale à Lima que sainte Rose obtenait à coup sûr toutes les grâces qu'elle demandait aux pieds de cette statue. En effet, chaque fois qu'on lui recommandait de prier Notre Dame du Rosaire pour quelque nécessité publique ou particulière, elle consentait sans peine à se charger de la requête, et au sortir du saint lieu, elle promettait la grâce sollicitée d'une manière aussi positive que si elle avait en le diplôme à la main.

Il y avait une autre image pour laquelle Sainte Rose avait une dévotion particulière. Celle-ci était une peinture représentant l'enfant Jésus couché sur les genoux de l'auguste Marie. Un jour que la femme du questeur, dans le parloir duquel était cette image, parlait à quelques-unes de ses amies des merveilles qui s'opéraient dans l'église d'Atocha, où l'image miraculeuse de Marie attirait un concours prodigieux, Rose, dont les yeux étaient fixés sur son tableau chéri, écoutait avec une pieuse avidité la narration, et pria qu'on la continuât.

Elle dit ensuite à la femme du questeur : « Pendant que vous racontiez les miracles de la Vierge d'Atocha, l'auguste Marie manifestait une joie extraordinaire; elle jetait sur nous des regards pleins de bonté, et semblait s'avancer hors de la toile, comme pour nous apporter son Fils endormi. Ne convenait-il pas de continuer une conversation qui paraissait lui être si agréable ? »

Les Tartares assiégeant la ville de Kiev, Saint Hyacinthe, qui était prieur du couvent que les Dominicains y possédaient, prit la résolution de quitter cette ville avec ses religieux ; mais avant de partir, il alla célébrer la Sainte messe pour la dernière fois à l'autel de la sainte Vierge, où se trouvait une grande statue d'albâtre représentant la Reine du ciel, et devant laquelle il avait la pieuse habitude de passer chaque jour plusieurs heures en prière.

A peine le saint avait-il fini sa messe, qu'il entendit la statue de Marie lui adresser ces paroles : « Mon fils, pourquoi me laissez-vous ici ? Voulez-vous donc m'abandonner à mes ennemis ? » Saint Hyacinthe ayant répondu, les larmes aux yeux, qu'il était trop faible pour porter un si pesant fardeau : « Prenez-moi, répliqua la statue, je deviendrai légère entre vos bras ».

Encouragé par cette réponse, le saint s'approcha de l'autel, prit d'une main le saint ciboire, de l'autre la statue de la Mère de Dieu, et sortit avec ses religieux par une porte dont l'ennemi ne s'était point encore emparé. Il traversa, ainsi chargé, la Moscovie, la Lituanie et plusieurs autres provinces, passant les fleuves à pied sec, et arriva enfin à Cracovie où il déposa dans l'église de la Trinité la statue de Notre Dame, qui, par un nouveau prodige, reprit aussitôt sa pesanteur naturelle.

La Bienheureuse Marguerite de Hongrie ne passait jamais devant une image de la Vierge, sans la saluer par un Ave Maria.

Un jour que la Vénérable Madeleine-Angélique priait devant une image de la sainte Vierge, en lui demandant le don de la pureté, l'image s'anima et lui répondit : « Sois assurée, ma fille, que ce que tu demandes te sera accordé ».

La Vénérable Marie de Jésus-Christ avait une dévotion particulière envers la Sainte Vierge, et entre autres honneurs qu'elle lui rendait, elle avait grand soin de tenir une lampe allumée devant une de ses images, et l'huile qui servait à alimenter cette lampe se multipliait miraculeusement dans le vase qui la contenait.

La vue des images de Marie remplissait le cœur de l'abbé Olier de joie et de confiance. Un jour qu'il passait une rivière, il se trouva en grand danger de faire naufrage; mais au moment le plus critique, ayant aperçu sur le rivage une image de Marie attachée a une maison, il dit à son compagnon : « Courage, il n'y a rien à craindre, la Sainte Vierge nous regarde, je ne crains plus. C'est la protectrice des corps et des âmes, la trésorière universelle de tous les biens ». Il saluait avec respect dans les rues les images de Marie qu'il rencontrait, lors même qu'il était entouré de monde. Il y avait alors beaucoup de ces images dans les rues de Paris, l'abbé Olier les connaissait toutes et il choisissait toujours pour son chemin les rues où elles se trouvaient. On connaissait cet usage, et on les appelait les rues de l'abbé Olier.

 

II. Je veux, divine Marie, vous avoir toujours sous les yeux, comme l'Étoile de la Mer, dont la vue rassuré les marins sur les flots orageux. Oui, Marie, votre image sera toujours près de moi ; s'il me vient une tentation, je vous regarderai et je la surmonterai ; s'il faut soutenir un assaut, la vue de ma mère me fera remporter la victoire. Marie, vous serez toujours près de moi ; ma prière du matin passera par vos mains pour s'élever plus agréablement vers le trône de votre divin Fils; quand je quitterai ma cellule, je vous demanderai, ainsi que l'ont fait tant de nos saints, votre bénédiction maternelle, et en rentrant, je vous saluerai encore. Quand la tristesse m'enveloppera de ses sombres Voiles, je jetterai les yeux sur vous, vous me tendrez les bras, vous m'encouragerez, vous me direz : « Courage, ma fille, j'ai souffert bien davantage, courage ! Je suis avec vous, je compte vos soupirs et vos larmes ! » Et quand la maladie m'étendra pour la dernière fois sur mon lit de douleur, ce sera Surtout alors, ô Marie, que je tournerai vers vous mes yeux mourants, que je vous rappellerai combien de fois je vous ai priée de m'assister à l'heure de ma mort ; et j'en ai la douce confiance, vous voudrez bien me tendre les bras pour m'attirer vers Vous, vous remplirez mon âme de force et d'espérance, et je m'endormirai paisiblement dans le Seigneur, en prononçant votre nom béni uni à celui de Jésus votre divin Fils, et de Joseph votre chaste époux. Amen.

 

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20 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

 

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Vingt-et-unième jour

Le esclavage de Marie

 

« Quand vous voudrez offrir quelque chose à Dieu, ayez soin de l’offrir par les mains très agréables et très dignes de Marie, à moins que vous ne vouliez être rejeté. Le plus grand bien que l’aimable Marie procure à ses fidèles serviteurs, c’est qu’elle intercède pour eux près de son Fils et l’apaise par ses prières. Elle les unit à Lui d’un lien très intime, et elle les y conserve ». (Saint Louis Marie Grignion de Montfort, du T.-O. De Saint Dominique).

« Ô Marie, je veux de tout mon coeur être la petite esclave de Jésus et la vôtre ». (Vénérable Sœur Charlotte de la Résurrection, conv.).

 

I. « La plus parfaite consécration à Jésus Christ n'est autre chose qu'une parfaite et entière consécration de soi-même à la très Sainte Vierge, pour être tout entier à Jésus Christ par Elle. Il faut lui donner 1° Notre corps, avec tous ses sens et ses membres ; 2° notre âme avec toutes ses puissances ; 3° nos biens extérieurs ; 4° nos biens intérieurs et spirituels qui sont nos mérites, nos vertus, et nos bonnes œuvres passées, présentes et futures ; en deux mots, tout ce que nous avons, et tout ce que nous pourrons avoir à l'avenir dans l'ordre de la nature, de la grâce et de la gloire ; et cela, sans aucune réserve, pas même d'un denier, d'un cheveu et de la moindre bonne action, et cela pour toute l'éternité, et cela sans prétendre ni espérer aucune autre récompense de son offrande et de son service, que l'honneur d'appartenir à Jésus Christ par Elle et en Elle, quand cette aimable Maîtresse ne serait pas, comme Elle l'est toujours, la plus libérale et la plus reconnaissante des créatures.

Une personne qui s'est ainsi volontairement consacrée et sacrifiée à Jésus Christ par Marie, ne peut plus disposer de la valeur d'aucune de ses bonnes actions ; tout ce qu'elle souffre, tout ce qu'elle pense, dit et fait de bien appartient à Marie, afin qu'elle en dispose selon la volonté de son Fils et à sa plus grande gloire, sans cependant que cette dépendance préjudicie en aucune manière aux obligations de l'état où on est à présent, et où on pourra être pour l'avenir : par exemple, aux obligations d'un prêtre, qui, par office ou autrement, doit appliquer la valeur satisfactoire et impétratoire de la sainte Messe à un particulier, car on ne fait cette offrande que selon l'ordre de Dieu et les devoirs de son état.

On se consacre tout ensemble à la très Sainte Vierge et à Jésus Christ : à la très Sainte Vierge, comme un moyen parfait que Jésus-Christ a choisi pour s'unir à nous et nous unir à Lui ; et à Notre Seigneur, comme à notre dernière fin, auquel nous devons tout ce que nous sommes. Comme à notre Rédempteur et à notre Dieu ». (Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Traité de la la vraie dévotion à la très Sainte Vierge).

Quelqu'un dira peut-être : « Si je donne à la très Sainte Vierge toute la valeur de mes actions, pour l'appliquer à qui Elle voudra, il faudra peut-être que je souffre longtemps en purgatoire ». Cette objection, qui vient de l'amour-propre et de l'ignorance de la libéralité de Dieu et de sa Sainte Mère, se détruit d'elle-même, une âme fervente et généreuse, qui prise les intérêts de Dieu plus que les siens, qui donne à Dieu tout ce qu'elle a sans réserve, en sorte qu'elle ne peut rien de plus ; qui ne respire que la gloire et le règne de Jésus Christ par sa Sainte Mère, et qui se sacrifie tout entière pour le gagner ; cette âme généreuse, dis-je, sera-belle plus punie dans l'autre monde, pour avoir été plus libérale et plus désintéressée que les autres ? Tant s'en faut : c'est envers cette âme, comme nous le verrons ci-après, que Notre-Seigneur et sa très Sainte Mère sont très généreux et prodigues en ce monde et dans l'autre, dans l'ordre de la nature, de la grâce et de la gloire.

On trouve depuis plus de huit cents ans des marques de cette pratique de dévotion dans l'Église. Saint Odilon, abbé de Cluny, qui vivait environ l'an 1040, a été un des premiers qui l'ait pratiquée publiquement en France. Différents papes ont approuvé cette dévotion, et des milliers de personnes l'ont embrassée.

La Bienheureuse Agnés de Jésus, religieuse dominicaine du couvent de Langeac, en Auvergne, où elle mourut en odeur de sainteté, souffrait de grandes peines d'esprit, quand elle entendit une voix qui lui disait que si elle voulait être délivrée de toutes ses peines et protégée contre tous ses ennemis, elle se fit au plus tôt l'esclave de Jésus et de sa sainte Mère. Aussitôt Agnès se donna tout entière à Jésus et à sa sainte Mère en cette qualité, quoiqu'elle ne sût pas auparavant ce que c'était que cette dévotion ; et ayant trouvé une chaîne de fer, elle se la mit autour du corps et la porta jusqu'à sa mort. Après cette action, toutes ses peines et ses scrupules cessèrent, et elle se trouva dans une grande paix et dilatation de cœur ; ce qui l'engagea à enseigner cette dévotion a plusieurs personnes qui y firent de grands progrès. Un jour la sainte Vierge apparut à la vénérable Agnès et lui mit au cou une chaîne d'or, pour lui témoigner la joie qu'elle avait qu'elle se fût faite l'esclave de son Fils et la sienne : et sainte Cécile, qui accompagnait la sainte Vierge, lui dit : « Heureux sont les fidèles serviteurs de la Reine du ciel, car ils jouiront de la véritable liberté ».

L'abbé Olier, fondateur de Saint Sulpice, voua à Marie une captivité perpétuelle, et en signe de cette heureuse captivité, il portait toujours une petite chaîne d'argent autour du cou. « Ces petits devoirs, disait-il, sont agréables à la sainte Vierge, ils lui plaisent davantage que d'autres plus considérables ».

Le Père de Montfort dit qu'il est très louable, très glorieux et très utile à ceux et celles qui se sont faits les esclaves de Jésus en Marie, de porter pour marque de leur esclavage amoureux de petites chaînes de fer bénites d'une bénédiction propre, chaînes mille fois plus glorieuses et plus précieuses, quoique de fer, que tous les colliers d'or des souverains et des mondains.

 

II. Ô Marie, je vous choisis aujourd'hui en présence de toute la cour céleste pour ma Mère et ma Maîtresse ; je vous livre et vous consacre, en qualité d'esclave, mon corps et mon âme, mes biens intérieurs et extérieurs, et la valeur même de mes bonnes actions passées, présentes et futures, vous laissant un plein droit de disposer de moi et de tout ce qui m'appartient, selon votre bon plaisir, pour la plus grande gloire de Dieu, dans le temps et dans l'éternité.

Ô Mère admirable, présentez-moi à votre cher Fils, en qualité d'esclave éternel, afin que m’ayant rachetée par Vous, Il me reçoive par Vous.

Ô Mère de Miséricorde, faites-moi la grâce d'obtenir la vraie sagesse de Dieu, et de me mettre pour cela au nombre de celles que vous aimez, que vous enseignez, que vous conduisez, que vous nourrissez et protégez comme vos enfants et vos esclaves.

Ô Vierge fidèle, rendez-moi en toutes choses une si parfaite imitatrice, disciple et esclave de la Sagesse incarnée, Jésus Christ, votre Fils, que je puisse partager un jour sa gloire dans les cieux. Amen.

 

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19 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

 

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Vingtième jour

Le samedi

 

« Le samedi tient le milieu entre le jour de la joie qui est le dimanche et le jour de la peine qui est le vendredi ; à ce titre il devait être consacré à Marie qui est la médiatrice entre Dieu qui jouit de la plus entière béatitude et l’homme qui est le jouet de toutes les souffrances » (Père Justin Miechow)

 

I. Dès les temps les plus reculés, le samedi fut comme le Dimanche de Marie ; et au VIIe siècle, il existait déjà un office de la Vierge qu'on aimait à réciter ce jour-là. Au Xe, dit Mabillon, la coutume s'introduisit de faire abstinence le samedi, de dire la messe de Beata, et de réciter l'office de Marie.

Le pape Urbain Il, en 1096, voulut que le samedi fût spécialement consacré à Marie dans l'Église, et qu'on fît son office ce jour-là. Saint Pie V, dominicain, en restreignant l'obligation de réciter le petit office. le conserva pour le samedi, quand il 'ne s'y rencontrerait pas un jour de fête. Saint Pierre Damien, par l'ordre d'Urbain II, composa le petit office quotidien et l'office du samedi en l'honneur de Marie.

Une pieuse tradition porte à croire que le samedi fut le jour béni où Dieu donna Marie à la terre et celui où il l'appela à venir partager au ciel la gloire de son divin Fils.

Ne pourrait-on pas dire aussi que suivant le testament de Jésus mourant sur la croix : « Mère, voilà votre Fils... Fils, voilà votre Mère », le samedi est le jour où, Jésus étant dans le tombeau, nous fûmes, pour la première fois, dans la personne du disciple bien-aimé, l'objet de la sollicitude maternelle de Marie, et où Marie obtint aussi les prémices de notre tendresse filiale ?... Cet usage d'honorer particulièrement Marie le samedi est si ancien dans l'Église, que saint Grégoire le Grand parle dans ses dialogues d'un saint artisan, qui distribuait aux pauvres le samedi tout ce qu'il avait gagné dans sa semaine ; une âme pieuse aperçut en vision un somptueux palais que Dieu préparait au ciel pour ce serviteur de Marie, et qui ne se bâtissait que le samedi.

Marie elle-même sembla accepter le samedi comme le jour privilégié qu'elle choisit pour répandre ses faveurs ; car elle révèle au pape Jean XXII, qu'elle délivrerait des flammes du purgatoire le samedi après leur mort tous ceux qui mourraient revêtus de son scapulaire.

L'Ordre de Saint-Dominique se distingua par sa dévotion à honorer le jour consacré à Marie. Qui ne connaît la dévotion des quinze samedis, pratiquée pendant quinze samedis. consécutifs en l'honneur des quinze Mystères du Rosaire ? Cette dévotion qui prit naissance dans la ville de Toulouse, à la fin de l'an 1600, s'est depuis propagée parmi les fidèles ; l'Église l'a approuvée et enrichie d'indulgences. Des avantages innombrables paraissent attachés à la dévotion des quinze samedis. Par elle, selon des dépositions authentiques, des aveugles ont recouvré la vue, une foule de malades ont été guéris, des pécheurs se sont convertis sincèrement, des affligés ont reçu de douces consolations. On lui doit enfin des vocations extraordinaires à la vie religieuse, la victoire sur ses passions, l'acquisition des vertus, etc.

Le roi saint Louis avait une dévotion si tendre et si vive pour la sainte Vierge, et tant d'amour pour son humilité, qu'afin de l'honorer et de l'imiter, il faisait réunir chaque samedi, jour consacré à Marie, une multitude de pauvres dans son palais. Lorsqu'ils étaient assemblés dans son appartement, il leur lavait les pieds à l'exemple du Sauveur, les essuyait et les leur baisait avec un respect qui faisait bien voir à tous qu'il reconnaissait en eux les membres de Jésus-Christ. Ensuite, pour joindre la charité à l'humilité, il les faisait asseoir à une table copieusement servie, et il les servait de ses mains royales, plus satisfait mille fois de glorifier par là Jésus et sa sainte Mère, que de tous les hommages qu'il recevait de sa cour. Enfin, il distribuait à chacun de ses pauvres convives une riche aumône, toujours en l'honneur de la Reine du ciel et de la terre. Il avait dû la vie à la Sainte Vierge, ayant été donné à sa mère, la reine Blanche, après que celle-ci eût récité et fait réciter par les personnes les plus pieuses le Rosaire, récemment établi par Saint Dominique. Ce saint roi avait désiré mourir un samedi, comme pour couronner par l'hommage de ses derniers soupirs, tous les honneurs qu'il avait rendus à Marie à pareil jour, chaque semaine de sa vie. Il fut exaucé, Marie voulant que ce jour d'honneur pour Elle. fut aussi celui de l'entrée dans la gloire céleste pour son fidèle serviteur.

Le vénérable Père Antoine Lequien jeûnait tous les samedis au pain et à l'eau en l'honneur de Marie. Il prêchait aussi tous les samedis à la même intention, et une foule immense se pressait dans la chapelle du Rosaire pour entendre ses instructions. Un jour qu'il prêchait dans cette chapelle sur les peines de l'enfer, il parla avec encore plus de chaleur et de véhémence qu'à l'ordinaire, et au moment de terminer son discours, il se tourna vers la statue de la Sainte Vierge placée sur l'autel, et s'adressant à elle avec un saint transport, il la pria de bénir elle-même ses auditeurs, afin qu'il n'y en eût aucun de damné. Étant ensuite descendu de la chaire sans donner la bénédiction accoutumée, on vit alors la statue de la sainte Vierge lever les bras et bénir toute l'assemblée.

La très Sainte Vierge fit entendre intérieurement cette parole au vénérable Monsieur Olier : « Fais vœu de dire une messe tous les samedis, pour remercier Dieu de ce qu'Il m'a rendue Mère de son Fils ». Le saint prêtre promit à l'instant. Le samedi était pour lui un jour qu'il sanctifiait comme les fêtes de l'Église, il ne faisait pas même travailler les ouvriers ce jour-là. Son directeur approuva cette pratique, et lui assura qu'elle était très agréable à Marie Tous les premiers samedis du mois, les enfants de la paroisse étaient offerts et consacrés à Marie ; ils assistaient à une messe solennelle, et à une procession en son honneur. Monsieur Olier, dans son ardent amour pour la sainte Vierge, se félicitait d'être né un samedi.

La vénérable Dominica du Paradis allait tous les samedis cueillir les fleurs les plus fraîches pour en faire de belles couronnes, qu'elle offrait à Marie et à son divin Fils. Un samedi matin qu'elle lui offrait des bouquets de roses, en la conjurant de vouloir bien les accepter et les sentir, son admirable et pieuse simplicité fut récompensée par deux miracles: comme elle élevait ses bouquets de roses vers l'image de la Vierge et de son céleste enfant, ils restèrent suspendus en l'air sans soutien naturel, et ensuite Jésus et Marie prirent les bouquets, les odorèrent et les remirent à Dominica, qui, en les baisant à son tour, les trouva embaumés d'une odeur infiniment plus pénétrante et plus délicieuse qu'auparavant.

Un autre samedi que, selon sa pieuse coutume Dominica avait couronné de roses les statues de la très Sainte Vierge et de son divin Fils, ils lui apparurent tous les deux peu après, et eurent avec elle un délicieux entretien qui embrasa son cœur du céleste amour.

Le samedi, la vénérable Hippolyte de Rocaberti offrait à l'honneur de la Mère de Dieu toutes les messes qu'elle entendait. Un samedi qu'elle demandait à Marie avec une grande ferveur ce qu'elle pourrait faire pour être agréable à son divin Fils et à Elle, la divine Vierge lui répondit : « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de toutes vos forces et de tout votre esprit, et votre prochain comme vous-même ». Elle fut en même temps remplie des plus vives lumières.

Persuadée, d'après une pieuse croyance, que le samedi fut le jour de la Nativité de Marie, la bienheureuse Benvenuta vénérait ce jour avec un respect particulier ; elle récitait deux mille Ave Maria en souvenir de cette joyeuse naissance et une fois elle mérita d'entendre les Anges la célébrer dans leurs chants.

Un Frère Prêcheur d'Allemagne, d'une grande réputation de sainteté, avait une dévotion toute particulière pour la très Sainte Mère du Sauveur, et il honorait d'une manière spéciale ce cœur si pur qui crut dans le Christ, et l'aima plus que toutes les créatures ensemble, ces entrailles virginales qui le portèrent, ces mains qui le servirent avec un si entier dévouement, ce sein qui l'allaita et sur lequel il reposa son enfance divine, en faisant chaque fois une prosternation et en récitant autant d'Ave Maria. Son intention était d'honorer par cette pratique, l'humilité, la charité, la chasteté, la patience, et toutes les vertus qui méritèrent à Marie la grâce de devenir la Mère de Dieu. Par la puissance que lui donne cet auguste titre, il la conjurait de lui obtenir la grâce d'imiter ses vertus. Un samedi, la bienheureuse Vierge lui apparut, et Elle répandit dans son âme les plus suaves délices et en même temps l'arôme de toutes les vertus auxquelles il aspirait si ardemment.

Tous les samedis le Père de Montfort allait communier à Notre Dame de Paris, tant que dura son séjour au Séminaire de Saint Sulpice.

Parmi les pratiques de dévotion que le Père Marie-Augustin recommande en l'honneur de Marie dans la Rose Mystique, il dit : « Consacrez au moins un jour par semaine, le samedi par exemple, pour remercier la sainte Trinité des immenses bienfaits dont Elle a comblé la Sainte Vierge, et faites la sainte communion à cette intention si cela Vous est possible. En suite, remerciez la sainte Vierge elle-même de tout ce qu'elle a fait pour vous, car les cœurs qui sont ingrats sont de bien tristes cœurs ».

Lorsqu'on fit remarquer à la Mère Marie-Dominique. atteinte de sa dernière maladie, qu'elle se mettait au lit un samedi : « Samedi, s'écria-t-elle, ah ! Marie ma Mère, venez me chercher ! »..., et elle disait ces mots en étendait les bras, comme si elle eut entrevu Celle qu'elle appelait de tous les vœux de son cœur. Enfin, patiente, heureuse de beaucoup souffrir comme elle l'avait demandé, désirant même souffrir davantage, elle mourut en s'immolant pour l'Église et les pêcheurs, le samedi 28 septembre 1861.

 

II. Ô Marie, ma bonne Mère, jusqu'ici je vous ai trop peu remerciée des grâces sans nombre que vous m'avez obtenues ; mais je veux, pour réparer mes négligences passées, vous offrir dans mon cœur votre Jésus, le jour qui vous est spécialement consacré chaque semaine, faire chaque samedi une légère aumône en votre honneur ; surtout, ô Vierge sainte, je veux vous donner tout mon amour, mes chants et mes prières. À vous, puissante protectrice, je m'abandonne sans retour. Si le monde m'appelle je lui répondrai : à Celle que Dieu nomme sa Mère, que l'Ange vénère, que le chrétien proclame son secours, à l'Astre des mers, à l'Etoile du matin, au doux rayon du ciel qui brille entre les nues, à l'aurore du soleil de justice, à Celle qui m'a si souvent préservée du naufrage, à Marie enfin, j'ai donné tout mon amour. Je lui donne à jamais mes larmes, mes maux, mes combats, mon âme, mes pensées, mes prières et mon cœur pour que, sur les ailes de l'amour céleste, elle les porte à son Jésus. Amen.

 

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18 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Dix-neuvième jour

L'Onction de la très Sainte Vierge sur le Bienheureux Réginald et le Scapulaire

 

I. « En 1218, il y avait en France un docteur célèbre appelé Réginald, et qui était doyen du chapitre de Saint-Aignan à Orléans. Il était venu à Rome vénérer les tombeaux des saints Apôtres Pierre et Paul, et se préparait à suivre le dessein, sans savoir comment, que Dieu lui inspirait de tout abandonner pour se livrer dans un état de pauvreté volontaire à la prédication de l'Evangile. Ayant ouvert son cœur sur ce sujet à un cardinal, celui-ci lui dit que Saint Dominique était alors à Rome pour établir un nouvel Ordre qui avait pour but d'unir la pratique de la pauvreté à l'office de la prédication. Maître Réginald s'empressa d'aller trouver le saint, et de lui révéler le secret de son âme, et il résolut dès lors d'entrer dans l'Ordre. Sur ces entrefaites il tomba si dangereusement malade, que les médecins désespéraient de le sauver. Saint Dominique, affligé de perdre un enfant dont il n'avait pas même joui, se tourna vers la divine miséricorde, la suppliant de lui accorder la vie de ce fils précieux, au moins pour un peu de temps. Pendant qu'il priait ainsi, la bienheureuse Vierge Marie, accompagnée de deux jeunes filles d'une beauté sans pareille, apparut à Réginald, éveillé et consumé par les ardeurs de la fièvre, et la Reine du ciel lui dit : « Demande-moi ce que tu voudras, et je te le donnerai ».

Comme il délibérait en lui-même, une des jeunes filles lui suggéra de ne rien demander, mais de s'en remettre à la volonté de la Reine des Miséricordes, ce qu'il agréa volontiers. Alors Celle-ci, étendant sa main virginale, lui fit une onction sur les yeux, les oreilles, les narines, la bouche, les mains, les reins et les pieds. Elle prononçait en même temps des paroles appropriées à chaque onction. Ainsi, en touchant les reins : « Que tes reins soient ceints du cordon de la chasteté ». Et en touchant les pieds : « Joins tes pieds pour la prédication de l'Évangile de paix ». Elle lui montra ensuite l'habit des Frères Prêcheurs, en lui disant : « Voici l'habit de ton Ordre » ; et Elle disparut à ses yeux. Réginald se trouva aussitôt parfaitement guéri, oint qu'il avait été par la Mère de Celui qui a le secret de tout salut. Le lendemain matin, quand Dominique vint le Voir, il lui apprit qu'il n'avait aucun mal, et lui raconta sa vision. Tous deux en rendirent de grandes actions de grâces au Seigneur, et les médecins admirèrent un retour si subit et si inespéré à la santé, ne sachant pas la main qui avait donné le remède.

Trois jours après, Réginald étant assis avec Saint Dominique et un religieux de l'Ordre des hospitaliers, l'Onction miraculeuse fut renouvelée sur lui en leur présence, comme si l'auguste Mère de Dieu eût attaché à cet acte une importance considérable, et qu'elle eût tenu à l'accomplir devant témoins. En effet, Réginald n'était ici que le représentant des Frères Prêcheurs, et la Reine du Ciel et de la terre contractait alliance en sa personne avec l'Ordre entier. Le Rosaire avait été le premier signe de cette alliance et comme le joyau de l'Ordre à son baptême ; l'onction de Réginald, indice de virilité et de confirmation, devait avoir aussi un signe durable et commémoratif. C'est pourquoi la très Sainte Vierge, en présentant au nouveau Frère l'habit de l'ordre, ne le lui présenta pas tel qu'on le portait alors, mais avec un changement remarquable.

En effet, dans l'habit que la Sainte Vierge montra à Réginald, le surplis de lin que les enfants de Saint Dominique portaient alors, était remplacé par un scapulaire de laine blanche. Né au désert d'un sentiment de pudeur, tombant comme un voile sur le cœur de l'homme, le scapulaire était devenu dans la tradition chrétienne le symbole de la pureté, et par conséquent l'habit de Marie, la Reine des vierges. En même temps donc que Marie, dans la personne de Réginald, ceignait les reins de l'Ordre du cordon de la chasteté, et préparait ses pieds à la prédication de l'Evangile de paix, elle lui donnait dans le Scapulaire le signe extérieur de cette vertu des Anges, sans laquelle il est impossible de sentir et d'annoncer les choses célestes. Après cet événement, l'un des plus fameux de l'antiquité Dominicaine, l'Ordre quitta le surplis de lin pour le scapulaire de laine devenu la partie principale et caractéristique de son habillement. Lorsque le Frère Prêcheur fait profession, son scapulaire seul est béni par le prieur qui reçoit ses vœux, et en aucun, cas il ne peut sortir de sa cellule sans en être revêtu même pour aller au tombeau.

En l'an 1220, Réginald, de retour à Paris, était atteint d'une maladie mortelle ; le Prieur du couvent de Saint Jacques vint l'avertir que l'heure du dernier combat approchait, et lui demanda s'il ne voulait pas qu'on fit sur son corps les suprêmes onctions. « Je ne crains pas le combat, répondit Réginald, je l'attends avec joie. J'attends aussi la Mère de Miséricorde, qui m'a oint à Rome de ses propres mains, et en laquelle je me confie ; mais de peur que je paraisse mépriser l'onction ecclésiastique, il me plaît aussi de la recevoir, et je la demande ».

Peu de frères savaient la manière mystérieuse dont Réginald avait été appelé à l'Ordre, car il avait prié saint Dominique de n'en point parler de son vivant ; mais le souvenir de cette insigne faveur se présentant à son esprit à l'instant de sa mort, il ne put s'empêcher d'y faire allusion, et la reconnaissance lui arracha un secret que son humilité avait gardé jusque-là ». (Vie de saint Dominique, par le P. Lacordaire).

Les restes mortels de Réginald opérèrent des miracles, et furent pendant plusieurs siècles l'objet d'un culte constant, dans le monastère de Notre Dame des Champs.

D'une main Marie nous offre donc le saint scapulaire, pour nous servir de « boulevard et de défense contre tous les périls du corps et de l'âme ». (Cérémonial de la vêture du Tiers Ordre). De l'autre, Elle nous présente le Rosaire comme une chaîne sacrée, pour nous lier à son service et y attirer tous nos frères. Sainte Rose de Lima, malade, voulait avoir son scapulaire étendu sur son lit, et au moment de mourir elle le baisait en disant : « Belle livrée blanche, tu me conduis au Ciel ! » Mademoiselle Blanc, qui était cruellement tourmentée par les écrouelles, ayant été présentée par sa mère au Père Antoine Lequien, il posa son scapulaire sur la tête de la malade, et après une courte élévation de cœur vers Dieu, il la rendit à sa mère guérie, et elle n'éprouva jamais depuis aucun retour de cette fâcheuse maladie.

 

II. Sainte Marie, Mère de Dieu, mon cœur n'est plus à moi, il est à vous ! C'est vous, qui m'attirant vers l'Ordre de saint Dominique, m'en ouvrant l'entrée, m'avez revêtue de ce vêtement tutélaire, de cet ornement précieux, de ce symbole de la plus aimable des vertus, de ce saint scapulaire que vous donnâtes au bienheureux Réginald. C'est Vous, Mère chérie, qui, dans votre amour maternel, m'avez revêtue d'un habit protecteur contre tous les dangers auxquels je puis être exposée ici-bas ; c'est vous, qui toujours ménagez à ma profonde misère, à mes besoins sans cesse renaissants des grâces plus abondantes pour me faire éviter le mal et pratiquer la vertu (1). Faites donc encore, ô Marie, qu'à l'ombre de ce vêtement sacré je trouve toujours la fraîcheur contre l'ardeur des passions (Manuel du Tiers Ordre, prière de la prise d'habit), que pendant ma vie, et surtout à l'heure de ma mort, il me serve de boulevard et de défense contre tous les périls du corps et de l'âme. Daignez en outre, Vierge sainte et pleine de miséricorde, oindre, au moins spirituellement, toutes mes puissances et tous mes sens, afin que tout en moi soit purifié et consacré sans réserve et pour jamais, au service de Jésus et au vôtre, douce Mère. Amen.

 

(1). Le Scapulaire signifie le joug de l'Evangile, si doux à ceux qui veulent le porter avec amour. Nous avons désire ce joug toute notre vie ; nous devons avoir toujours pour lui le même amour. Il signifie aussi l'obéissance, à cause de la partie de derrière. Cette partie qui couvre le dos, rappelle l'homme qui s'incline et est prêt à recevoir un fardeau. L'autre partie qui est par devant indique le commandement et la protection. Le dominicain, semblable à un père, entoure des ailes de sa prudente sollicitude ceux qui lui sont soumis. Il signifie que nous devons oublier nos mérites passés pour en acquérir de nouveaux, et que, par la pénitence, nous devons jeter loin de nous nos iniquités, loin d'en garder un souvenir qui nous plaise; autrement notre saint habit ne serait que la couverture d'un cadavre. L'égalité des deux côtés du Scapulaire nous marque combien rarement il est facile de discerner la vraie justice d'avec la fausse. Demain cette partie du Scapulaire qui est aujourd'hui derrière nous pourra être devant. Hélas! que d'hommes, pieux aujourd'hui, demain sont méchants ; ils jettent derrière leur des leurs iniquités ; mais un jour Dieu les remettre devant leur face, et alors ils ne pourront plaire ni à Dieu, quand ils subiront son jugement, ni à eux-mêmes, quand ils souffriront en enfer. Alors plus de conversion possible. Pendant que nous en avons le temps, convertissons-nous donc sincèrement. (Année dominicaine, septembre 1861).

 

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17 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Dix-huitième jour

L’Office de la très Sainte Vierge

 

« La prière de l'Église est essentiellement symbolique. D'abord elle cherche li reproduire les adorations de la cour céleste, et puis elle est comme une peinture expressive de l'âme chrétienne ou plutôt elle nous en fait entendre le véritable cri ; ce cri, c'est celui de l'homme soupirant après le ciel, après les biens de l'amour divin, de la paix, et qui sont comme l'avant-goût et l'image de l'éternelle félicité. retrouvant toujours Notre Seigneur au milieu de toutes les impressions religieuses, les lui offrant, et s'appuyant sur lui. Voilà la double inspiration, la pensée de l’0flice divin ». (Année dominicaine, novembre 1862).

 

I. Il est hors de doute que ce sont les Apôtres qui ont les premiers appliqué à la très Sainte Vierge les admirables passages de l'Ecriture sainte qui se rapportent au Verbe incarné, et chanté ou récité les psaumes de David et les Cantiques sacrés en l'honneur de Marie. Les successeurs des Apôtres continuèrent ces prières et y ajoutèrent eux-mêmes sous l'inspiration de l'Esprit-Saint.

Par la suite, l'Église qui recueillait les anciennes prières liturgiques pour en composer l'office divin connu sous le nom de Bréviaire, recueillit également les prières usitées en l'honneur de Marie, et forma ce que nous appelons l'Office de la Vierge, office qui, pour la substance, remonte aux temps apostoliques, mais dont la forme actuelle est bien moins ancienne. Saint Pie V, pour exciter la ferveur des fidèles pour l'Office de la Vierge, accorda de grandes indulgences à ceux qui le réciteraient.

Où pourrions-nous trouver de plus belles prières que celles qui composent cet office ? C'est la Salutation Angélique par laquelle nous commençons et nous terminons chacune des heures de l'office ; et lorsque cette salutation sort de nos lèvres, Marie tressaille de bonheur et les démons s'enfuient épouvantés.

C'est cet élan d'amour envers la sainte Trinité, ce Gloria Patri sorti du cœur embrasé de Saint Jérôme, et que nous ne nous lassons pas de répéter ; ce sont ces belles et tendres hymnes en l'honneur de l'auguste Vierge : Ave Maris Stella... Ô Gloriosa Domina, etc., etc., les riches versets et capitules tirés de l'Ecclésiaste, des cantiques, et appliqués à Marie ; les belles antiennes qui se succèdent selon les différentes époques de l'année, comme les fleurs de nos prairies selon les différentes saisons ; les ferventes prières que nous adressons à nos saints bien-aimés, pour obtenir par leur intercession la grâce d'imiter les vertus qui les ont conduits à la gloire céleste, car les vertus sont les fleurs que doit produire notre dévotion envers Marie.

Que dirai-je de ces cantiques sacrés, de ces psaumes qui composent encore notre office ? Ce sont des chants inimitables, des poésies immortelles où le Prophète-Roi a créé pour le cœur, l'esprit, l'imagination, comme un océan de beautés sans égales, de pensées sublimes, de sentiments divins. Que dirai-je encore ? Tous les siècles, tous les pays chantent avec nous quand nous chantons les psaumes de David. Pendant que je les récite, ces immortels cantiques se répètent par les voix dominicaines, à Rome, à Paris, à Londres, à Mossoul, au Tonkin sous le glaive du bourreau, en Chine, en Californie, au Chili, etc. Le temple de Salomon, les plaines brûlantes de Babylone et de Memphis, les rives désertes du Jourdain et de l'Euphrate, les grottes de la Thébaïde, les catacombes de Home et de Lyon, les basiliques de Nicée et d'Antioche les ont entendus ! Par combien de bouches plus pures et plus ferventes que la mienne n'ont-ils point passé ! Tobie, pendant son exil, Esther à la cour d'Assuérus, les enfants dans la fournaise, Daniel dans la fosse aux lions, Judas Macchabée à la tête des guerriers d'Israël, les ont répétés ; Antoine et Paul les soupiraient au désert, Chrysostome à Antioche, Augustin à Hippone, Bernard à Clairvaux, Dominique partout où le menait l'esprit de Dieu, Hyacinthe dans les steppes glacées de la Tartarie et au Tibet, Louis IX à Paris, Vincent Ferrier dans ses courses apostoliques, Catherine à Sienne, Rose à Lima, Las Casas à Mexico, etc, et après tant de siècles, après avoir exprimé tant de sentiments divers, ces cantiques sont aussi nouveaux qu'aux jours où, pour la première fois, David les fit retentir sur sa lyre harmonieuse. Et cela ne dirait rien à nos cœurs! cela n'agrandirait pas nos idées, et ne nous ferait pas comprendre toute la beauté, toute la grandeur de ce nom incommunicable de ma Mère l'Église Catholique !

La récitation de l'Office de la Sainte Vierge nous fait accomplir en outre ce précepte de la prière si fort recommandé par le Sauveur ; elle nous fait honorer chaque jour les mystères accomplis en Marie : sa Conception immaculée, sa vie, sa mort dans le temps, sa glorieuse Assomption, son Couronnement dans le ciel, et elle nous fait mériter d'avoir part aux grâces de ces différents mystères et d'obtenir une plus maternelle et plus constante protection de Marie qui daigna plusieurs fois témoigner combien la récitation de son office lui est agréable.

Tauler invite ses frères à réciter les heures de la sainte Vierge avec dévotion, leur promettant que cette divine Reine, par son intercession, leur obtiendra les plus grandes grâces.

Saint Louis, malgré les soucis et les occupations que donne le gouvernement d'un grand royaume, assistait chaque jour à l'Office de la Vierge, ou le récitait dans son particulier. Saint Vincent Ferrier le récitait dès son enfance, et continua jusqu'à sa mort. Ce fut aussi la pratique de plusieurs de nos saintes et bienheureuses.

La Bienheureuse Jeanne, infante de Portugal, dès l'âge de neuf ans, disait tous les jours l'Office de la Vierge, qu'elle se fit traduire en portugais, pour le dire avec plus d'attention et de dévotion. La Bienheureuse Marguerite de Hongrie, dès l'âge de cinq ans, savait par cœur l'Office de la sainte Vierge, et le récitait avec une grande ferveur.

La très Sainte Vierge daigna un jour chanter Complies avec la Vénérable Mère Hippolyte de Rocaberti, et par la douceur et l'harmonie de sa voix, exciter la ferveur et la dévotion de sa servante. Cette sainte religieuse exhortait souvent ses novices à une grande attention, ferveur et modestie pendant les offices divins, et particulièrement celui de la Vierge, voulant que, comme de véritables filles, elles la servissent et l'honorassent comme leur Mère. Un jour qu'elles récitaient son office avec quelque précipitation, elle les arrêta tout court par ces paroles : « Je crois, mes filles, que vous n'avez pas la crainte du Seigneur ». La connaissance qu'elle avait eue du châtiment que Dieu exerce sur ceux qui négligent de se bien acquitter des offices divins, la portait à une grande vigilance sur ce point. Une nuit, elle entendit clairement et distinctement commencer au chœur les psaumes de la pénitence. Plusieurs religieuses les entendirent aussi, et l'une d'elles ayant eu la curiosité et le courage de traverser le chœur fut bien surprise de n'y voir personne, quoique la récitation des psaumes continuât ; alors elle fut saisie d'une telle frayeur, qu'elle tomba comme morte ; les médecins déclarèrent que sa guérison était un miracle qui rendait plus croyable ce qu'elle disait, que ces religieuses faisaient leur purgatoire au lieu même où elles avaient commis leurs fautes. En 1679 on avait vu la même chose dans le couvent de Sainte Croix, à Grenade, où un religieux souffrait dans le Chœur les peines de son purgatoire.

Le Père Vincent Valverd, premier évêque de Cuseo, au Pérou, et martyr, avait une grande dévotion pour Marie. Après lui avoir consacré sa cathédrale, il ordonna en outre que tous les ecclésiastiques de son diocèse récitassent son office les jours de fête.

 

II. Ô Marie, je veux désormais réciter votre saint Office avec toute la ferveur dont je serai capable ; au Venite, je vous saluerai très profondément avec tous les anges et tous les saints. À l'Hymne, je désirerai que vous soyez aimée de tous les cœurs.

Au premier psaume, je me réjouirai de ce ce que le Père Éternel vous a choisie pour sa fille, et je vous supplierai de m'adopter pour votre enfant. Au deuxième psaume, je me réjouirai de ce que le fils de Dieu vous a choisie pour sa Mère, et je vous conjurerai, par cette grâce inestimable, de daigner me regarder comme votre pauvre enfant. Au troisième psaume, je me réjouirai de ce que le Saint Esprit vous a envisagée de toute éternité, pour faire de vous sa digne Épouse, et je vous prierai instamment de m'agréer pour votre humble servante. Aux trois leçons je produirai des actes de foi, d'espérance et de charité, en l'honneur et en union de l'exercice que vous avez fait de ces trois vertus pendant votre vie sur la terre. Enfin, Vierge très pure, je passerai le reste du divin office en m'unissant aux hommages qu'on vous rend dans la cour céleste, en me réjouissant de votre gloire et de votre félicité incomparables, en vous suppliant d'avoir soin de mon âme pour la conduire au terme de Dieu, à l'heure de ma mort. Amen. (Extrait des œuvres de la vénérable mère Françoise des Séraphins).

 

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16 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

 

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Dix-septième jour

Le Salve Regina

 

« Ô Clemens ! Ô Pia ! Ô Dulcis Virgo Maria ! »

« Ô Clémente ! Ô Miséricordieuse ! Ô Douce Vierge Marie ! »

 

I. Dans les premiers commencements de l'Ordre des Frères Prêcheurs, sous le généralat du Bienheureux Jourdain de Saxe, successeur immédiat du saint Patriarche Dominique, les démons apparurent à la fois dans plusieurs couvents de l'Ordre, et notamment à Paris et à Bologne. Irrités de voir les grands fruits de sainteté que produisait cet Institut nouveau, furieux d'apprendre chaque jour que les pécheurs se convertissaient, que les justes s'affermissaient, que les saints s'accomplissaient par le zèle de ces nouveaux apôtres, les démons se mirent à faire grand tumulte, afin d'épouvanter les religieux, et à les molester par des visions dangereuses pour la sainte vertu, et par des spectres horribles qui joignaient quelquefois les blessures aux coups et aux menaces.

En apprenant ces explosions de la rage infernale, le bienheureux Père Jourdain, plein de confiance dans la puissance et la protection des Saints Anges, ordonna de chanter après l'office de nuit, au milieu des ténèbres que les démons affectionnent, le neuvième répons de l'office de Saint Michel, prince de la céleste milice. Mais sans se laisser étonner par cette invocation et par ces chants, les démons n'en continuèrent pas moins leurs persécutions et leurs sévices.

Alors le bienheureux général se résolut à chercher un refuge auprès d'une protectrice plus miséricordieuse et plus puissante. Chaque soir, aussitôt après Complies, lorsque la nuit ramène les heures silencieuses où les démons aiment à exercer leur empire, les frères, par l'ordre de leur supérieur, entonnèrent au chœur, à genoux, la belle et dévote antienne : « Salve, Regina, Mater misericordiae ».

Ensuite, précédés par les acolytes en surplis et les cierges allumés, ils sortirent processionnellement dans l'église implorant sur eux la protection de Celle que nous appelons notre avocate, demandant pour toute défense un regard de ses yeux pleins de miséricorde ; et la saluant avec Saint Bernard comme leur très Clémente, très Pieuse et très Douce Mère : « Ô Clemens, ô Pia, ô Dulcis Virgo Maria ! »

À ces invocations suaves, tous les démons s'enfuirent dans leurs abîmes ; et ceux que n'effrayaient point les Saints Anges disparurent aussitôt, épouvantés, dès qu'ils sentirent la présence de leur irréconciliable et toute-puissante ennemie.

Ô Marie, Reine du Ciel ! Les fils de saint Dominique n'ont point laissé périr cette institution de leurs Pères. Tous les soirs encore, lorsque les labeurs de la journée sont à leur terme, lorsque la bénédiction du prélat est descendue pleine de paix sur les têtes inclinées des frères ; tous les soirs nous nous mettons à genoux pour vous saluer comme notre Mère et notre Reine. Nous sortons du chœur, deux à deux, en nous inclinant profondément devant l'autel où brille l'image de votre Fils, crucifié pour nos crimes. Nous nous espaçons dans la longue nef, au milieu de la foule attentive et recueillie des fidèles, et lorsque viennent ces paroles bénies : « Eia, ergo, Advocata nostra... », tous les soirs nous tombons à genoux, en implorant sur nous votre intercession et vos prières. Puis, confiants dans votre bonté, nous nous relevons, pour ajouter comme nos Pères, avec les mêmes accents, avec la même tendresse, avec le même amour : Ô Clemens ! Ô Pia ! Ô Dulcis Virgo Maria !... » Ô Clemens, car nous sommes pécheurs et nous avons besoin de clémence. Ô Pia, car nous sommes tièdes, et nous avons besoin d'ardeur et de piété dans la prière. Ô Dulcis, car nous sommes affligés, et nous avons besoin de ces consolations que vous savez répandre au fond des cœurs, ô très Clémente, ô très Pieuse, ô très Douce Vierge Marie ! C'est pourquoi, Vierge digne de tout éloge, Vierge notre vie, notre douceur, notre espérance ; souvenez-vous sans cesse que depuis six cents ans, nous, vos enfants bien-aimés, nous avons recours à vous notre protectrice et notre Mère. La rage de nos adversaires n'est point éteinte, et s'ils ne peuvent plus, parce que vous avez mis un frein à leur furie, s'ils ne peuvent plus nous attaquer sous des formes visibles, par des tentations extérieures et menaçantes, nous savons qu'ils ne cessent de nous poursuivre jusque dans ces couvents sacrés où règne le silence, où respire la prière, où votre aimable dévotion embaume tout de ses suaves parfums. Mais nous avons confiance que vous êtes, aujourd'hui comme autrefois, notre appui, notre secours, notre victoire. A mesure que les chants sacrés retentissent sous les voûtes de nos églises, les puissances infernales sentent diminuer leur audace ; elles se troublent et s'agitent ; elles s'épouvantent et s'enfuient pleines d'une secrète terreur. Toujours vous êtes victorieuse, ô notre Mère ! Et lorsque nous achevons de chanter cette pieuse antienne que nous avons reçue de nos Pères selon l'esprit, il ne reste plus autour de nous que les anges de lumière, qui, dispersés dans l'église, pleins d'une sainte joie, recueillis, modestes et revêtus comme nous de blanches tuniques, répètent les derniers échos de la céleste mélodie : Ô Clemens ! Ô Piat ! ô Dulci Virgo Maria ! (Année dominicaine, juin 1860).

Si les religieux de l'Ordre de Saint-Dominique sont heureux de chanter ainsi ce cantique de louange à Marie, au déclin de chaque jour, ils ont encore la consolation de l'entendre chanter près d'eux par leurs frères au moment de quitter la vie, au moment d'aller voir de près l'auguste Reine qu'ils ont fait profession d'aimer et de servir.

Le vénérable Guillaume Constet, religieux de la Réforme de Toulouse, fut martyrisé au Japon avec ses compagnons, pendant qu'ils chantaient le Salve Regina (XVII° siècle).

Pendant que la vénérable Mère Hippolyte de Rocaberti écrivait sur le Salve Regina, la très Sainte Vierge lui apparut tous les jours à l'heure où, selon la coutume de l'Ordre, la communauté chantait cette pieuse antienne après les Complies, lui témoignant, par la consolation qu'elle lui donnait, le plaisir qu'elle éprouvait de la voir s'occuper à écrire sur ses perfections et ses vertus. Elle lui promit de l'assister à l'heure de la mort, et de lui envoyer, pour la protéger contre le démon, le chœur des prophètes pour qui elle avait toujours en une dévotion particulière.

La vénérable Paule de Saint Thomas, éprouvée pendant sept années par une tentation des plus tenaces et des plus pénibles. en fut enfin délivrée par la récitation du Salve Regina ; elle disait ensuite n'avoir jamais rien demandé à la sainte Vierge par le moyen de cette antienne sans l'avoir obtenu, quelquefois même avant de l'avoir achevée ; aussi elle en recommandait beaucoup la récitation.

Quelquefois lorsqu'on entonnait le Salve Regina, la vénérable sœur Adélaïde de Rheifnelden, des Unterlinden , semblait hors d'elle-même et s'écriait : « Chantez, mes sœurs, chantez, car la Reine,du Ciel est ici ! »

Un religieux était souvent tenté contre sa vocation, et il était près de succomber à cette tentation, lorsque son Prieur, touché de compassion, ne sachant comment rendre le calme à cette pauvre âme troublée, eut l'inspiration de recourir à Marie. Il va dans la cellule du religieux et lui dit : « Allons,mon frère, ayons recours à notre bonne Mère ; disons un Salve Regina les bras en croix ». Le religieux y consentit avec une certaine difficulté, et récita tant bien que mal le Salve Regina. Quand il fut arrivé à ces mots : « Ô Clemens ! Ô pia ! Ô Dulcis Virgo Maria ! » La douce Vierge qu'il invoquait amollit tellement son cœur, qu'il tomba par terre, et que, baigné dans ses larmes, il s'écria : « C'est assez, mon Père, c'est assez ; je veux persévérer toute ma vie dans la pénitence ». Le Prieur, le relevant, l'embrassa cordialement, en l'exhortant à se souvenir toujours qu'il avait été guéri par l'intercession de la Sainte Vierge, et à lui vouer son amour et une reconnaissance sans bornes.

 

II. Salve, Regina, Mater misericordiæ, vita, dulcedo et spes nostra, salve. Ad te, clamamus, exules filii Evæ ; ad te, suspiramus, gementes et flentes, in hac lacrymarum valle. Eia ergo, Advocata nostra, illos tues misericordes oculos ad nos converte. Et Jesum benedictum fructum ventris tui, nobis post hoc exilium ostende. Ô Clemens ! Ô Pia ! Ô Dulcis Virgo Maria !

 

V. Dignare me, laudare te, Virgo sacrata.

R. Da mihi virtutem contra hostes tuos.

 

Oremus

 

Concede nos famulos tues, quœsumus, Domine Deus, perpetua mentis et corporis salute gaudere ; et gloriosa beatæ Mariæ semper Virginis intercessione, a presenti liberari tristitia, et æterna perfrui lætitia. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

 

Salut, ô Reine, Mère de miséricorde, notre vie, notre espérance, salut ! Enfants d'Ève exilés, nous crions vers vous ; Vers vous nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes. Ô vous notre avocate, tournez vers nous vos yeux compatissants. Et, après cet exil, faites-nous voir Jésus, le fruit béni de vos entrailles. Ô clémente, ô pieuse, ô douce Vierge Marie ! Amen.

 

V. Rendez-moi digne de vous louer, Vierge sainte.

R. Donnez-moi la force contre vos ennemis.

 

Prions


Dieu de miséricorde, portez secours à notre faiblesse ; faites qu'en évoquant la mémoire de la sainte Mère de Dieu, nous puissions compter sur l'efficacité de son intercession pour nous relever de nos péchés. Par le même Christ notre Seigneur. Amen.

 

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15 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Seizième jour

Le Magnificat

 

« Méditez profondément les paroles du beau cantique que Marie antenne en l'honneur du grand mystère de l'Incarnation. Voyez comme elle y loue l'humilité, comment elle y rabaisse l'orgueil. comment elle y exalte sans mesure la miséricorde, la fidélité et la Providence paternelle de Dieu envers ses élus ». (Vénérable Louis de Grenade).

 

I. « Au discours d'Elisabeth qui exaltait si haut son excellence, que va répondre Marie ? Oh ! c'est ici qu'il faut bien prêter toute notre attention et recueillir religieusement les leçons de notre Reine et de notre modèle. De la voix la plus douce et la plus mélodieuse, la Mère de la sagesse entonna le cantique que nous répète saint Luc : « Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur, de ce qu'il a regardé la bassesse de sa servante, car désormais je serai appelée Bienheureuse dans la durée de tous les siècles. Parce que le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses, et son nom est saint. Sa miséricorde s'étend de génération en génération sur ceux qui le craignent... »

« Il faudrait des livres entiers pour retracer les magnificences de ce cantique, le plus sublime qui fut jamais ; cantique merveilleux auquel le monde chrétien ne peut s'habituer depuis dix-huit siècles qu'il le redit. Cantique fortuné, qui recevra toujours de plus en plus dans les âges futurs sa prédiction : « Et voici que les nations m'appelleront Bienheureuse ». Remarquons toutefois que ce qui fait la majesté et la puissance de ce chant sacré, c'est l'humilité de Celle qui le profère. Où l'humble Vierge a-t-elle pris tous ces transports, ces accents de gloire et de grandeur qui se pressent sur ses lèvres, qui louent le Très Haut comme il ne l'avait jamais été par tous les prophètes à la fois ? Elle les a puisés dans le sentiment de sa faiblesse, joint à celui de la grandeur qu'elle a reçue de Dieu. Ces deux sentiments, inspirés à Marie par la vérité même, personnellement vivante dans son sein, étaient comme deux abîmes qui s'appelaient réciproquement : « La vue de sa bassesse lui donnait le sentiment distinct de la grandeur qu'elle devait à Dieu, et la vue de cette grandeur accroissait le sentiment de sa bassesse ». Marie louait donc Dieu en Elle et se louait à la fois en Dieu dans ces mots : « Il a fait en moi de grandes choses », mais, ne l'oublions pas, Elle se loue comme la servante du Seigneur, Elle ne voit que Lui, Elle ne tressaille de joie qu'en Lui, et si Elle nous invite à le louer, c'est parce qu'il a regardé « sa bassesse ». D'où il suit, que ne pas honorer Marie c'est dés lors ne pas honorer Dieu dans son plus grand sujet créé de louange.

« Il y a donc là un profond enseignement à retenir, à savoir : que l'humilité est le seul et solide fondement que le Seigneur a jeté pour l'élévation de sa créature. « Il a renversé les puissants de leurs trônes, et il a exalté les humbles ». (Nicolas, Études philosophiques sur la Vierge Marie, II° partie).

 « La Bienheureuse Vierge a glorifié le Seigneur, et pour célébrer Celui qu'elle avait conçu, elle a laissé échapper un cantique d'amour. C'est ainsi que l'âme qui porte Dieu en elle, lui chante des hymnes de louanges et d'allégresse, s'efforce de publier les magnificences qu'elle a pu découvrir, met au service de la gloire de Dieu tous ses sentiments les plus intimes et toutes les actions dont elle est capable, et ne savoure d'autre joie que celle .de penser à Dieu et de l'aimer ». (Extrait de La Théologie, du Père Contenson).

La vénérable Mère Françoise des Séraphins donnait à ses religieuses une fort belle et fort sainte explication de tous les versets du Magnificat. Elle y faisait remarquer les élévations merveilleuses de la très Sainte Vierge, et ses vertus très éminentes, particulièrement sa très sincère et très profonde humilité ; et c'est ce qu'elle entreprit d'imiter en elle avec tant d'affection et de confiance, qu'elle n'aimait rien tant que d'être cachée et anéantie en toutes choses, à son exemple.

La Vénérable sœur Paule de Saint Thomas avait un grand désir d'obtenir une profonde humilité, et considérant que la sainte Vierge dans son immortel cantique loue particulièrement la miséricorde de Dieu parce qu'il a regardé sa bassesse, elle la conjurait de lui faire part de cet intime et humble sentiment d'elle-même, et pour obtenir cette grâce qui lui fut accordée, elle se rendit à pied pendant plusieurs jours pour prier Marie devant une de ses images miraculeuses qu'on vénérait hors des portes de Rome.

Dans une extase où le Bienheureux Henri Suso entrevit les délices du ciel, il entendit les Anges chanter le Magnificat, et lorsque ce chant fut terminé, la sainte Vierge s'approcha de lui.

Le Père Grignion de Montfort engage les serviteurs de Marie à réciter souvent le Magnificat pour remercier Dieu des grâces qu'il a faites à la très Sainte Vierge. « C'est la seule prière et le seul ouvrage que la sainte Vierge ait composé, dit-il, ou plutôt que Jésus a fait en Elle, car Il parlait par sa bouche ; c'est le plus grand sacrifice de louange que Dieu ait reçu d'une pure créature ; c'est d'un côté le plus humble et le plus reconnaissant, et de l'autre le plus sublime et le plus relevé de tous les cantiques. La très Sainte Vierge récitait souvent elle-même ce cantique, et particulièrement en actions de grâces après la communion. On rapporte plusieurs miracles opérés par sa vertu, et les diables tremblent et s'enfuient quand ils entendent ces paroles du verset : « Fecit polentiam ». (Traité de la Vraie Dévotion à la Sainte Vierge).

 

II. Magnificat anima mea Dominum.

Et exultavit spiritus meus, in Deo salutari meo.

Quia respexit humilitatem ancillæ suæ ;

ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.

Quia fecit mihi magna qui potens est, et sanctum nomen ejus.

Et misericordia ejus a progenie in progenies, timentibus eum.

Fecit potentiam in brachia suo ;

dispersit superbos mente cordis sui.

Deposuit potentes de sede et exaltavit humiles.

Esurientes implevit bonis, et divites dimisit inanes.

suscepit israel puerum suum, recordatus misericordiæ suæ,

Sicut locutus est ad patres nostrosi Abraham et semini ejus in secula.

Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto.

Sicut erat in principio et nunc, et semper, et in secula seculorum Amen.

 

Mon âme exalte le Seigneur,

exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !

Il s’est penché sur son humble servante ;

désormais, tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles ;

Saint est son nom !

Son amour s’étend d’âge en âge

sur ceux qui le craignent.

Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.

Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.

Il comble de biens les affamés,

renvoie les riches les mains vides.

Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour,

de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa race, à jamais.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit,

pour les siècles des siècles. Amen.

 

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