28 février 2015

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

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Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Cœur de Saint Joseph ouvert à ceux qui l'implorent

 

« Prenez donc Saint Joseph pour le premier de vos patrons, pour le plus intime de vos amis, pour le plus puissant de vos protecteurs » (Jean Gerson)

 

Déclaration de l'auteur

 

En vertu d’un décret du pape Urbain VIII, l'auteur déclare qu'en qualifiant de Bienheureux et même de Saint des personnages non encore reconnus pour tels par le Saint Siège, il ne le fait que pour se conformer à l’usage reçu parmi les fidèles, qui donnent ces titres aux personnes recommandables par leur vertu, et qui après leur mort, ont laissé au monde une grande réputation de sainteté. Ainsi donc, il ne prétend déroger en rien au respect et à la vénération dus aux Souverains Pontifes.

 

Introduction

 

Culte et fête de Saint Joseph

 

La dévotion à Saint Joseph, l'auguste Epoux de la Mère de Dieu, fait tous les jours de nouveaux progrès dans l’Église, comme pour vérifier la prophétie que le patriarche Jacob adressa, sur son lit de mort, au premier Joseph qui était la figure de notre aimable Saint : « Mon fils Joseph croît sans cesse, disait-il; sa gloire et sa puissance vont toujours augmentant ». Les écrivains Joséphistes ont donné divers motifs du silence presque absolu de l’Église sur ce grand Patriarche durant les quatre premiers siècles de l'ère chrétienne. Le vénérable Henri-Marie Boudon, si éclairé des lumières divines, qu’on ose dire qu’elles égalaient celles des Anges, l'attribue à l'amour que saint Joseph eut toujours, quand il vivait en ce monde, pour la vie intérieure et cachée. Il sera tellement caché, dit ce docteur, que, quinze cents ans se passeront, et les hommes penseront à peine à lui. Et pourtant ce Patriarche est le plus grand de tous les Saints, après Marie sa sainte et chère Épouse, et le plus grand ami de Dieu qui fut jamais. D'autres écrivains de grande autorité, veulent que la cause en fût dans la crainte qu’aurait eue l’Eglise en célébrant Saint Joseph, de fournir involontairement aux hérétiques un sujet de calomnies et d’attaques. Ou ce serait parce qu’on le comptait encore parmi les justes de l'ancien Testament, morts avant la promulgation de la nouvelle Loi ; ou que l'on eût appréhendé que sa commémoration trop fréquente, ne donnât aux personnes simples et peu intelligentes des pensées trop humaines de l’enfantement d’une Vierge, de la naissance d'un Dieu incarné et soumis à un homme comme à son père. J’accepte toutes ces opinions, mais j'incline plus volontiers pour celle du vénérable Marie Boudon. C’est pourquoi on peut croire pieusement que la sainte Église par Son long silence sur le Saint Patriarche, a voulu principalement prouver son grand amour de la vie cachée, qui est bien le trait caractéristique des plus grands Saints ; même de ceux non encore canonisés. En ce qui regarde cette sorte d’oubli de Saint Joseph et de sort culte dans l’Église latine durant tant de siècles, la foi n'y était nullement intéressée, et, quand au motif de cet oubli, chacun peut en penser ce qu’il voudra. Proportion gardée, le culte de la très sainte Vierge Marie était bien moins vivant, bien moins universel à l’origine du christianisme. Durant les premiers siècles de l’Eglise, il était à peine cultivé sous une forme réglée. Un grand nombrè de fêtes que l'Eglise célèbre aujourd’hui, avec tant de solennité, pour honorer cette Vierge Immaculée. n’étaient pas encore établies. C'est que tout d’abord il fallait que les Saints Apôtres et leurs successeurs fissent connaître, aimer et adorer partout le Christ-Jésus, et arborer par les peuples divers l’auguste étendard de sa Croix.

On demande, dit l'Isolmo, pourquoi les anciens n’ont pas célébré la fête du Divin Joseph ? On répond que les fondateurs de notre sainte Église se sont dévoués de toute leur âme à faire connaître au peuple la nature du Seigneur Jésus, en brisant contre la pierre de la foi les innombrables hérésies qui s'élevaient de divers côtés contre sa divinité... Le même auteur fournit un autre motif. On pensait aussi que les fêtes de la Nativité du Sauveur, de la Circoncision, de l’Adoration des mages, de la Présentation au Temple et du Retour de l'Egypte étaient des fêtes consacrées à Jésus-Christ et à saint Joseph. Ces fêtes suffisaient à ceux qui vénéraient Joseph, le saint du Seigneur. Cette raison est excellente. En effet, il est impossible implicitement parlant, de célébrer l’une de ces fêtes de Notre Seigneur, sans que la pensée chrétienne ne se reporte en même temps vers saint Joseph qui a eu une si large part à l'accomplissement des mystères qui sont honorés. La Providence divine qui, par une sagesse admirable, dispose de toutes choses avec nombre, poids et mesure, avait ses vues particulières qui tendaient à procurer enfin à saint Joseph une gloire d'autant plus universelle et plus éclatante, qu’elle avait été jusque la plus cachée aux mortels. Suivons rapidement le fil du culte de notre Saint bien aimé. On a essayé vainement de prouver que le culte de Saint Joseph aurait été très-répandu dans l’Occident et surtout.en France avant le quinzième siècle, les faits, ou plutôt le silence de la tradition prouverait le contraire ; de sorte que l'assertion du très saint Archidiacre d'Evreux, Boudon, « que durant quinze siècles saint Joseph a été très peu connu et honoré », est l’expression de la plus exacte vérité. Sans doute les Pères et les commentateurs des Livres Saints, ont parlé et écrit de Saint Joseph, mais comme en passant et en traitant des questions relatives à Jésus-Christ et à Marie. Le Bienheureux Albert le Grand donna un sermon sur saint Joseph ; des communautés, et des particuliers, quelques Eglises mêmes honoraient le Saint. Mais son culte et sa dévotion étaient loin d’être répandus. Les nombreux auteurs modernes que j’ai lus à ce sujet sont loin d’ailleurs de s’accorder. C’est pourquoi je vais suivre un instant celui de tous qui paraît le plus complet, le mieux renseigné, le plus célèbre depuis le père de Barry, depuis l’Isolano, je veux dire le Père Patrignani, italien, et de la compagnie de Jésus, dans son beau livre la Dévotion à Saint Joseph ; je parle des éditions authentiques très nombreuses, et non de quelques récentes édition tronquées, où l’auteur est défiguré d’un bout à l’autre, pourquoi, pour un motif vraiment ridicule. « Si nous en croyons Gerson, dit le très savant Patrignani, la dévotion à Saint Joseph naquit à l’occasion de l'extrême nécessité où se trouva l’Eglise, lorsqu’elle vit s’élever dans l’Occident cet horrible schisme qui, semblable à un vent furieux, l’ébranlait et la déchirait de toutes parts. On tint un Concile à Constance pour essayer demeure fin au schisme. Alors Gerson, dans un discours qu’il prononça devant cette auguste Assemblée, parmi d’autre moyens propres à calmer la tempête et à opérer la réforme des mœurs, proposa d’invoquer spécialement saint Joseph et de propager son culte, dans l’espérance que cette nouvelle dévotion (notez bien toutes les expressions), serait comme un astre avant-coureur de paix et de sainteté. Il ajouta : « Que ce grand Saint ayant été le gardien et comme le tuteur de Jésus-Christ, il le serait sans doute aussi du Christianisme. Il s'étendit ensuite avec beaucoup de zèle sur les glorieuses prérogatives de saint Joseph. Son discours fut écouté avec plaisir et hautement approuvé par le Concile entier ; Mais le Saint-Esprit ne l'approuva-t-il pas lui-même, en inspirant aux peuples de l’Occident la pensée d’honorer Saint Joseph d'un culte particulier, dans la persuasion que ses prières et ses mérites éloigneraient les maux qui menuçaient la foi catholique et attireraient une multitude de grâces et de faveurs sur les fidèles ? Ainsi. conclut le Saint Jésuite, s’exprime Isidore de l'lsle, pieux et savant dominicain.

Tous les écrivains qui parlent de Gerson à cette occasion, s’accordent tous à dire avec M. Le Chanoine Bourassé, a qu’on doit le compter parmi les écrivains les plus dévots à saint Joseph, et un de ceux qui contribuèrent le plus fortement à l'extension de son culte dans l’Église... Et encore qu’aucun autre n'est plus connu que.le Chancelier Gerson pour son zèle à propager le culte de saint Joseph. Ce grand écrivain si solide dans ses expressions, ne sera pas, je pense, taxé par certains intolérants, d’exagération. Des milliers d’autres disent comme lui et conviennent qu’aucun n'a surpassé Gerson dans la dévotion à saint Joseph, et n’a dit des choses plus belles et plus exactes à la gloire du Père nourricier de Jésus. Ces citations ont ici leur importance. Le pieux Patrignani compare les onze principaux écrivains les plus signalés par leurs vertus aux onze étoiles qui adorèrent l'ancien Joseph. « Ces onze étoiles, dit-il, se réunissent autour de notre Saint, non pour l’éclipser, mais bien plutôt pour augmenter son éclat et la ceinture d'une auréole de gloire. La première de ces étoiles qui parut sur l’horizon fut (c’est toujours l’éminent Patrignani qui parle), comme nous l’avons dit ailleurs, l’illustre Chancelier Gerson. Aussitôt qu’il fut en état de parler et d’écrire, il consacra à la gloire de saint Joseph sa plume et sa voix, son zèle et sa science, qui déjà le plaçait au-dessus de tous les docteurs de son siècle.le ouvrit ainsi la carrière à ceux qui devaient venir après lui, et fit connaître au monde une mine riche d’autant de perles précieuses qu’il signala de célestes prérogatives dans la personne de Joseph. Ce fut encore lui qui, le premier, exhorta de tout son pouvoir les ecclésiastiques à en célébrer solennellement la fête, à en réciter l’office, et qui, dans cette vue composa lui-même une Messe, des hymnes et des panégyriques du Saint. Son zèle ne se borna point à ces efforts: non content d’avoir essayé de faire passer sa dévotion chérie dans le, cœur des princes, des prélats et des docteurs, par des lettres aussi solides que ferventes, chargé de prêcher devant le Concile de Constance, le jour de la Nativité de la Sainte Vierge, il consacra une bonne partie de son discours aux louanges de son Auguste Epoux, et il en parla avec tant d’énergie qu’il laissa cette grande assemblée pénétrée d’admiration pour l’Orateur et de dévotion pour le Saint. En un mot, Gerson ne cessa durant toute sa vie, qui fut longue, de travailler à la gloire de son héros. A la vérité, les peines qu'il prit à ce sujet ne donnèrent pas de sitôt les fruits qu’il avait droit de s’en promettre, puisque ce ne fut qu’environ cent ans après que la dévotion à Saint Joseph commença à se propager. Mais ce délai ne lui ôtera pas, aux yeux des Anges et des hommes, le mérite d'avoir découvert la source si longtemps cachée de ce fleuve de grâces, qui aujourd’hui inonde et fertilise le champ de l’Eglise Catholique. Je n’invente pas, je cite à dessein un des plus grands organes de l’illustre Compagnie de Jésus, qui écrivait ces choses en Italie même, au cœur de l'Eglise Catholique.

Le célèbre et illustre chancelier de l’église de Paris fut décoré, soixante-seize ans après sa mort, des titres de bienheureux et de saint, par l'Archevêque métropolitain de la province de Lyon et les évêques ses suffragants, qui alors pouvaient encore décerner ces honneurs à ce serviteur de Dieu, sauf à les faire sanctionner par le Souverain Pontife. Le premier promoteur du culte de Saint Joseph eut jadis un autel, qui fut détruit par les Calvinistes, et un culte privé à Lyon même, dans l’Église Saint Paul, où reposaient ses restes, que Dieu a glorifiés en trois diverses fois par des miracles signalés et constatés. Or, ce Jean Gerson que la postérité a qualifié de Docteur très-chrétien, pour avoir si bien défendu les vérités évangéliques ; de Docteur de la consolation pour avoir composé le livre de l’Imitation ; de Docteur incomparable, comme l’appelle Mgr Guillon « honorait donc d'une dévotion toute particulière Saint Joseph », comme s’exprime l’un des plus grands Pontifes, Benoît XIV. Or, il semble que ce bienheureux Docteur, dans lequel la Science et la vertu ont brillé d’un si vif éclat, a été très particulièrement suscité par la divine Providence pour donner le premier grand mouvement à l’établissement de la dévotion du Culte et de la fête de saint Joseph en Occident, et principalement en France, où, selon l’expression du père Patrignani, il « y répandit les premiers germes de la dévotion à Saint Joseph, à une époque où partout ailleurs son nom était depuis des siècles peu connu, et pour ainsi dire oublié ». Et si cette première semence ne germa pas sur-le-champ, c’est qu’il lui arriva ce qu’on voit arriver au froment qui, pendant la saison des frimas, reste enseveli sous la terre, mais qui. au retour du printemps, croît avec vigueur et pousse un grand nombre de rejetons.

 J’ai dit que Gerson avait donné le premier grand mouvement à la dévotion, au culte et à l’établissement de la fête de Saint Joseph, car un siècle après Gerson, vint Isidore de l'Isle, Saint Bernardin, Saint Pierre d’Alcantara et Surtout sainte Thérèse,qui propagea rapidement le culte de Saint Joseph dans tout l’ordre du Carmel et même dans l’Église. Ecoutons l’un des plus puissants oracles du monde Catholique. « Parmi les écrivains, dit Benoît XIV, qui ont le plus contribué à étendre le culte de saint Joseph, nous nous garderons bien d'omettre les deux qui ont été suivis par tous les autres, Jean Gerson, chancelier de Paris, et lsidore lsolano, théologien de l’ordre des Prêcheurs ». A Gerson donc la palme ; il est des Pères et des Docteurs de l'Église le premier qui ait écrit ex professo sur la vie et les grandeurs de saint Joseph. En outre, des fragments cités précédemment où respirent la tendre piété et la plus vive onction dont, au rapport du bienheureux Alexis de Salo, il était une admirable source, il nous a laissé un délicieux poème latin, intitulé Josephina, divisé en douze livres, et qui renferme deux mille neuf cents trente-six vers. Le chanoine Bourassé le considère comme le principal monument de sa piété... aussi remarquable par le fond que par la forme, et dont les historiens de notre Saint Patriarche, dit-il, s’accordent à faire le plus grand éloge. L’éminent écrivain ne juge cet ouvrage qu’en connaisseur, puisqu'il en traduit au même lieu plusieurs vers avec une grâce charmante, et que Mgr Guérin a reproduit dans les Petits Bollandistes, au 19 mars. De plus, Gerson nous a encore laissé quatre-vingt-douze considérations sur le saint Epoux de Marie, en vieux français sans doute, mais qui, par le fait, a un intérêt aussi grand pour les bibliologistes par la naïveté du style, la fraîcheur des images et les expressions d'une langue encore informe, et qui veut se dégager des langes de l’enfance, que pour les âmes chrétiennes sincèrement affectionnées à saint Joseph sur lequel le saint Chancelier, « type de douceur et perle de bonté de son siècle », révèle tant de belles choses ! On a aussi de Gerson des sermons sur Saint Joseph, des lettres qu’il écrivit à des prélats et à des princes, relatives à l’établissement de la fête du glorieux Epoux de la Vierge Immaculée, et bien d’autres écrits sur le Saint qui, sans doute, ont été perdus, comme le donnerait à entendre le frère même de Gerson, prieur des Célestins de Lyon, car il a composé un très-grand nombre d’ouvrages sur l’Ecriture sainte, la Théologie morale, dogmatique et mystique, dont il nous reste à peine trois cents.

Donc, pour rappeler les faits et serrer les preuves à l’appui, seize ans avant le Concile de Constance, ce dévot Gerson, ce Gerson tant admiré de notre grand Bossuet, si souvent cité en chaire par l’éloquent Jésuite Bourdaloue, s’était déjà fait l’avocat, pour ainsi dire, de saint Joseph avec lequel, dit un grand écrivain, M. Charles Barthélemy, il devait avoir plus d’un point de ressemblance par son humilité, son exil, et sa vie cachée. Le 13 août 1400, il écrivait à toutes les églises, surtout à celles dédiées en l’honneur de la très sainte et glorieuse Marie, toujours Vierge. (La Mère de Dieu ne compte pas un serviteur plus fidèle ni plus dévoué que le saint Chancelier de Paris. « Le plus indigne des Zélateurs de Marie, je voudrais qu’un jour spécial fut consacré en l’honneur de cette Vierge et du pieux Joseph son époux témoin et gardien de sa pureté immaculée,... et le reste que l’on peut lire au tome IV de ses œuvres in folio. Les motifs qu’il allègue pour l’établissement surtout d’une fête universelle en l‘honneur de saint Joseph, lui inspirèrent de louer hautement ce Saint Patron, et lui firent composer avec les propres paroles des Saintes Ecritures un Office de Saint Joseph, avec les trois leçons des matines, en outre des proses de sa main, et qui nous ont été conservées, comme le démontre au long Benoît XIV qui affirme « qu'il composa lui-même cet Office ». Voici à quelle occasion, comme nous l'assure le même Souverain Pontife. « Un certain chanoine de Chartres, dit-il, mort dans le quinzième siècle, marqua dans son testament qu’il voulait que le chapitre fit solennelle mémoire de saint Joseph au jour anniversaire de son décès, parce qu'il avait connaissance que l'honneur rendu à saint Joseph contribuait au culte rendu à Marie. Jean Gerson, Docteur et chancelier de Paris, connu par sa dévotion particulière envers saint Joseph, proposa d’accomplir le sainte vierge avec saint Joseph. En même temps, il en composa l’Office. A la page 742, du tome IV des Œuvres de Gerson, sur la foi de deux manuscrits, dit encore le grand Pontife, nous lisons que le légat du Pape ordonna la célébration de cet Office. Certainement, l'Eglise de Chartres ou la contrée qui était soumise à cette légation dut obéir à cet ordre ? Plus tard les souverains Pontifes étendirent cette fête aux Frères Mineurs, ensuite à toutes les Eglises des États ecclésiastiques, et enfin à l’Église universelle. Cette fête se célèbre le 23e jour de janvier.

Ce que voulait le saint Chancelier, c'était que saint Joseph fut honoré d’un culte public et solennel, et que sa fête eut lieu universellement dans l‘Église. C’est sur quoi il insista avec force en s’adressant au duc de Berri, un des oncles du roi Charles Vl, en l'exhortant a demander et obtenir qu’on solennisât la fête de 1'Epoux de Marie. Mais c’est surtout en 1416, en présence des Pères du concile général de Constance, le jour de la fête de la Nativité de la très sainte Vierge, que le très pieux Gerson, que le Cardinal Zarabella, italien, qui siégeait à côté du Pape, appela devant l’auguste assemblée le plus excellent Docteur de l'Église, prononça un beau sermon où il établit victorieusement les raisons pour lesquelles saint Joseph doit être honoré d’un culte public et solennel, car dit-il : « Louer Joseph, c‘est louer Marie ». Dans le même Concile, il soutint que saint Joseph fut sanctifié dans le sein de sa mère ayant été purifié du péché originel par le baptême de feu. Après le dévot Jean Gerson, l’Isolano et aussi saint Bernardin de Sienne, s’inspirant de son zèle, contribuèrent à la diffusion rapide du culte de saint Joseph ; le premier composa un magnifique ouvrage intitulé « Somme de saint Joseph », qu’il dédia au Pape Adrien VI ; le second nous laissa des sermons pleins de force et d’éloquence souvent cités. Mais à cette époque de foi, nul, après le Docteur très-Chrétien, n'égalât Sainte Thérèse pour sa dévotion envers saint Joseph, et son zèle à avancer sa gloire. Elle contribua beaucoup à faire que la fête proprement dite de Saint Joseph, célébrée en divers lieux de la chrétienté, devint générale. « L'expérience que j’avais des grâces que Dieu accorde par l’intercession de ce grand Saint, dit-elle, me faisait souhaiter de pouvoir persuader à tout le monde d’avoir une grande dévotion pour lui, et je n’ai connu personne qui en ait eu une véritable et la lui ait témoignée par ses actions, qui ne se soit avancé dans la vertu... Je ne me souviens point de lui avoir, depuis quelques années, rien demandé au jour de sa fête que je n’aie obtenu... » La séraphique Sainte fut merveilleusement secondée par son Saint Directeur, le très dévôt Pierre d'Alcantara, et elle fit fleurir la dévotion à saint Joseph, dans tout l’ordre du Carmel de la bienheureuse Vierge, sur lequel saint Joseph a toujours depuis répandu les effusions miraculeuses de son très saint Cœur.

Quant aux fêtes de saint Joseph, écoutons un instant le chanoine Bourassé : Jean Gerson et Pierre Dailly, (le cardinal Pierre Dailly, natif de Compiègne), prononcèrent sur le même sujet (saint Joseph) des discours qui eurent un retentissement considérable, exercèrent une grande influence. Sixte IV, qui avait embrassé la règle des Cordeliers, Pape de 1471 à 1484, institua ou renouvela dans le bréviaire la fête de saint Joseph... Pie V, en refermant le bréviaire romain après le Concile de Trente, régla que l'office de saint Joseph (pour la fête du 19 mars) serait celle des Confesseurs non Pontifes.... En 1621, Grégoire XV rendit cette fête de précepte ; en 1642, Urbain VIII renouvela cette obligation ; mais cette loi n’a jamais été en vigueur en France. Il a été parlé précédemment de la fête des Fiançailles de saint Joseph avec Marie. Mais il est une autre fête de saint Joseph bien chère à tous les vrais chrétiens, fête qui est la plus vive expression des miséricordes et des faveurs de son béni Cœur sur nous, c’est celle appelée du « Patronage de saint Joseph ».

Depuis le saint dominicain lsidore de l’Isle, qui, le premier, qualifia saint Joseph de Patron de l’Église militante, un grand nombre de savantes plumes, la plupart de la Compagnie de Jésus, si illustre à tous égards, se mirent au service de saint Joseph. Le Père de Barry si plein de l‘esprit de Dieu, si dévot à Marie et à saint Joseph ; les Pères Binet, Suarez, le bienheureux Pierre Canisius, et à une époque plus rapprochée, le docte et pieux Patrignani, aussi jésuites, propagèrent avec une ardeur infatigable, à l’exemple de leur glorieux Père saint Ignace, la dévotion à saint Joseph et son culte. Déjà la fête du Patronage fut établie et fixée au troisième dimanche après la Pentecôte, par la Congrégation des Rites, en 1680. Depuis lors, la dévotion au saint Patriarche s'accrut considérablement dans les cœurs fidèles. Et tout récemment, d'après des instances nombreuses et réitérées de la part des fidèles de tous les. pays, un grand nombre d’évêques et de théologiens, réunis à Rome pour le Concile du Vatican, demandèrent au souverain Pontife, que saint Joseph fut déclaré Patron de l’Église universelle, et que sa fête fut élevée au degré de double de première classe. Pie IX, accorda solennellement l’une et l'autre demande par un décret de la Congrégation des Rites, en date du 8 décembre 1870. Ainsi Sa Sainteté consolait l’Église affligée par tant d'épreuves, et le monde broyé sous le poids des calamités de tous genres. Oh ! quel bonheur eut éprouvé Gerson, s’il avait pu être le témoin sur la terre de toutes ces fêtes en l’honneur de saint Joseph auquel il fût toujours si dévoué !

Deux objets précieux s’offrent encore à la piété des fidèles, c'est la sanctification de saint Joseph dans le sein de sa mère. Gerson qui insista fort sur ce point dans son sermon au Concile de Constance, émet à titre de pieuse croyance cette opinion qu’ont adoptée non-seulement un grand nombre d'auteurs mystiques, mais plusieurs docteurs de l'Église. C'est en outre le Cœur très saint du bienheureux Joseph. D’après des Pères et des Docteurs de l’Église, compris notre grand Gerson, saint Joseph est maintenant au Ciel en corps et en âme. Or, quel inconvénient y aurait-il d’associer le Cœur très pur de Joseph au Cœur immaculé de Marie et au Cœur sacré de Jésus ? Cette dévotion est de toutes celles qui concernent notre bien-aimé Saint, la plus redoutée de l'enfer, la plus propre à nous consoler dans tous nos maux, la plus puissante pour incliner saint Joseph vers nous et la plus efficace pour nous aider à vivre chrétiennement et à mourir saintement. Le saint chancelier Jean Gerson semblait présager cette dévotion si belle, lorsqu’il y a cinq siècles, il écrivait au duc de Berri ces paroles, qui étaient le conseil qu’il donnait à plusieurs : « Prenez donc saint Joseph pour le premier de vos patrons, pour le plus intime de vos amis, pour le plus puissant de vos protecteurs ». Implorons le Cœur Très Saint du bienheureux Joseph dans tous nos besoins, et nos prières seront vite exaucées.

 

Jean Darche, en la Fête de la Purification de la Très Sainte Vierge Marie, 1873

 

Le cœur de Saint Joseph ouvert à ceux qui l'implorent

 

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Premier jour

L’Église aux pieds de Saint Joseph

 

Quand des pères et des docteurs, quand des écrivains, des orateurs et des saints de tous les âges ne viendraient pas prouver, prêcher, publier l‘efficacité du pouvoir immense de notre Saint auprès du Christ, il suffirait bien du témoignage que lui rend la sainte Eglise catholique, toujours infaillible dans sa conduite, comme dans ses enseignements. L’Église, colonne et base de la vérité, montre bien ce qu’elle pense du crédit de saint Joseph dans le ciel, lorsqu’elle demande par son intercession ce qu'elle ne pourrait obtenir par elle-même. Et dans l'oraison de la fête du patronage du même Saint, l'Église demande que nous méritions d'avoir pour intercesseur dans le ciel, saint Joseph que nous vénérons comme notre protecteur sur la terre. Pourtant l’Eglise est l’épouse du Christ, qu'il s’est acquise par son sang, que ne peut-elle pas obtenir de lui ? Mais il est des grâces et des faveurs de choix, dont Jésus-Christ a laissé la libre dispensation à Marie et à Joseph, comme pour les honorer et remercier par là des services qu’ils lui ont rendus sur la terre. C’est ce que l’Eglise reconnaît, ce qu’elle veut nous apprendre, afin que nous comprenions, pour notre avantage, la portée de ses expressions. Elle se glorifie avec raison, d’avoir pour patron et protecteur saint Joseph. Déjà au commencement du seizième siècle, l’Isolano, inspiré par le grand Gerson, appelait notre bon saint Patron de l’Eglise militante.

A la veille des grandes tribulations que devait souffrir l’Eglise, Pie IX seconda merveilleusement les vues miséricordieuses de la Providence, en appelant au secours du troupeau confié à sa houlette pastorale le grand protecteur saint Joseph. En 1867, sa Sainteté étendit la fête du patronage de ce Saint à toute l’Église, c’était par la même le déclarer le protecteur universel de cette sainte épouse mystique du Christ : ainsi fut accomplie la prophétie de l'illustre écrivain de saint Joseph, l’lsolano. « Le Vicaire du Christ sur la terre ordonnera par l'inspiration de l'Esprit-Saint, que la fête du Père putatif du Christ, de l’Époux de la Reine du monde soit célébrée dans toute l’étendue de l’Église militante ». Certes, rien n’était plus convenable que d'établir saint Joseph le protecteur universel de l’Eglise et de l'honorer comme tel. Car, si notre religion encore au berceau dans la personne du Sauveur, fut confiée à la garde et aux soins de saint Joseph, n’est-il pas croyable gué, selon les différents états où elle se trouve, Dieu veuille quelle croisse, se fortifie, fleurisse, et que ses membres soient sauvés par les mérites d’un Saint qui eut dans ses mains la clef pour fermer les portes de la loi ancienne, ouvrir celles de la loi nouvelle et obtenir du Dieu qui est riche en miséricorde, tous les biens spirituels et temporels qu’il est permis de désirer.

« Alors, dit Isaïe, c’est-à-dire sous le règne de Jésus-Christ, on chantera, ce cantique dans la terre de Juda : « La ville de Sion est pour nous une ville impérissable, Dieu y a posé un mur et un anti-mur ». Le sage l’avait dit dans les Proverbes : « Le nom du Seigneur est une tour très forte : le juste s’y réfugie, et il sera protégé ». Jérémie sanctifié, dès le moment qu'il est conçu et choisi pour aller annoncer le nom du Seigneur, devient par le don de prophétie duquel il est rempli « une ville forte, une colonne de fer, un mur d’airain ». Saint Jérôme dit que la foi est le mur de l’Église et que les bonne œuvres en sont le rempart. Saint Grégoire en parle en ces termes : « Notre-Seigneur Jésus-Christ est un mur pour nous dans la sainte Eglise, et ses prophètes sont le rempart, par la protection qu’il leur accorde : les paroles des prophètes ont servi aussi beaucoup à établir la foi ». Mais il paraît, ajoute Saint Aignan, de Beauvais, qu’Isaïe parle ici de la Jérusalem céleste que rien ne peut ébranler, et encore moins détruire, parce que le Sauveur du monde qui nous en a frayé le chemin par ses souffrances et sa mort, en est lui-même le mur et le rempart qui la défend. C’est là aussi le sentiment du docteur Thiébaut. Saci entend le texte de l’Église et de chaque âme en particuliers.

Pour appliquer ce texte magnifique et consolateur à saint Joseph, je dis que l’Eglise catholique est notre ville, la ville dont parle Isaïe ; c’est en elle que nous trouvons le salut et la sainteté par Jésus-Christ, une protection efficace par Marie qui en est le mur et saint Joseph qui en est le boulevard ou l'ami-mur. Après le Christ Notre-Seigneur et la Bienheureuse Vierge, écrit Moralès, le très saint Joseph est pour nous dans toutes nos affaires le très fidèle et puissant intercesseur et avocat, étant le père spirituel de tous les fidèles, de même qu’il est le père nourricier du Christ et l’époux de Marie. A la vue de tant de marques de protection que le monde chrétien a reçues depuis quelques siècles, surtout par saint Joseph, il est évident que l’Eglise a bien fait de choisir ce grand Saint comme son Patron et son glorieux protecteur. Qui dit Patron, dit à la fois père, chef, protecteur, pilote, modèle, or incontestablement, pour l'Eglise universelle aussi bien que pour chacun de ses enfants les plus humbles, le père nourricier de Jésus, l’époux de Marie est tout cela. Un Patron est un père, et quel cœur de père doit posséder pour les hommes celui qui a été jugé digne d’être nommé le père du Sauveur et qui en a si bien rempli les qualités et les fonctions. Patron, c’est aussi chef ; et quel meilleur chef, quel plus sûr guide, quel plus aimable conducteur a pu nous donner Jésus que son père adoptif, qui l'a conduit et dirigé lui-même. Patron, c’est protecteur ; et de quels riches trésors n'est pas dépositaire celui qui a possédé le plus grand des biens, la source de toutes les grâces et de tout don excellent, Jésus, la richesse du monde.

Patron, c’est Pilote, titre non moins frappant dans saint Joseph. Aussi l’Eglise le considère-t-elle ainsi pour, elle-même en le prenant pour Patron universel ? Il est du moins assuré que les grands saints moderne du christianisme lui ont confié la barque de leur âme et qu’il a su la conduire tranquillement par les voies de la perfection au milieu des tempêtes et des orages de la vie, sur la mer de ce monde, au port du salut. Rappelons cette séraphique sainte Thérèse qui s'abandonnait si aveuglément à la conduite du Patriarche des deux Testaments, et qui lui. avait remis avec la plus entière confiance le soin de tous ses intérêts temporels et éternels. C’est principalement ce titre de Patron considéré comme modèle qui me parait très bien approprié et convenable et tous les membres de l'Eglise. quelque soit leur rang, leur fonction ou leur âge. Cette sainte mère veut leur,donner dans notre saint Joseph un modèle parfait à copier et à suivre le plus près possible, car, patron veut dire autant modèle à imiter que protecteur a invoquer ; d’où il suit que ceux qui veulent que saint Joseph les favorise de sa protection doivent s’appliquer à lui être agréables par l’imitation. C’est, je crois, la pensée, le motif et le but de l'Eglise en donnant saint Joseph pour Patron à tous ses enfants.

Il est le Patron des grands, puisque le sang royal de David a coulé dans ses veines ; des pauvres et des petits, puisqu'il a travaillé toute sa vie, comme le dernier des ouvriers, pour entretenir le Fils et la Mère d’un Dieu. Il est le Patron des enfants et des jeunes personnes, puisqu’il a été le gardien, le protecteur de l'Enfant Jésus et en quelque sorte le Sauveur du Sauveur lui-même. Il est le Patron des mères de famille qui se plaisent à lui consacrer leurs petits enfants, afin qu’il les dirige constamment, comme il a fait de Jésus, dans la voie de la piété et qu'il les soustraie à la fureur des Hérodes spirituels, de ceux qui voudraient tuer leurs âmes par leurs mauvais conseils, et leurs exemples pervers. Il est le Patron des pères, puisqu'il a été, comme chef de la maison, à la tête de la sainte Famille de Nazareth. Ah ! plût à Dieu que, par sa puissante intercession, il obtint à ces chef de maison la grâce de marcher sur les traces de ses saints exemples! Alors on verrait régner dans les familles, la paix, l’union, l'édification, la pratique des devoirs religieux, comme dans celle de Joseph. Il est le Patron comme le modèle des âmes contemplatives et des âmes intérieures, par son amour pour la retraite et l’oraison, par son union continuelle avec Dieu, au milieu des occupations de son état. Il est le Patron des bons maîtres, des bonnes maîtresses d’école, puisqu’il a eu le bonheur d’être l'instituteur, le précepteur, le gouverneur de l’Enfant-Dieu. Il est encore le patron des prêtres, car il leur est donné de tenir à l'autel, entre leurs mains, ce même Jésus qu’il a porté lui-même dans ses bras et qu'il a pressé si souvent contre son chaste Cœur. Enfin, outre qu’il est pour tous le modèle parfait d’une vie sainte, il est universellement reconnu et invoqué comme le Patron de la bonne mort, puisqu’il lui a été donné de rendre sa belle âme à Dieu, entre les bras de Jésus et de Marie, dans l’extase du plus ardent amour. C’est sous ces formes si diversifiées et sous bien, d'autres, que nous contemplerons le Cœur très saint et très compatissant de ce glorieux Patriache, qui est toujours ouvert à tous et qui n'est jamais fermé à personne.

 

Exemple

 

Saint Jean Gabriel Perboyre, missionnaire lazariste, martyrisé en Chine le Il septembre 1840, avait une grande confiance en saint Joseph, qu’il honorait d’un culte tout particulier. Ce qu’il admirait le plus en lui, c'était son abandon entre les mains de Dieu, son amour pour le silence, pour la retraite et la vie cachée ; et c’étaient les vertus qu’il s’efforçait le plus d'imiter, afin de se rendre semblable à un si beau modèle. Il recommandait fréquemment cette dévotion, et s'il donnait un souvenir à quelqu’un, c'était pour l'ordinaire un petit traité sur les vertus de ce glorieux patriarche, ou bien le Mois de saint Joseph ; il avait fortement à cœur la gloire de ce grand Saint. Voici ce que rapporte à ce sujet un missionnaire qui fit son noviciat sous sa direction : « Quoiqu’il fût d’une douceur inaltérable, je le trouvai presque sévère dans le ton qu’il prit avec moi au sujet de saint Joseph. J’avais lu dans le Manuel des ordinands de belles litanies composées en l’honneur de ce Saint, avec des paroles de l’Ecriture ; et, comme il me semblait qu’on lui attribuait des qualités qui ne pouvaient convenir qu’à notre Seigneur, je lui en fis l'observation. Pensant que je voulais ôter quelque chose de sa gloire à ce grand Saint, il se mit à défendre tous les titres glorieux qu'on lui donnait dans les litanies, à exalter les vertus qu’il avait pratiquées et les privilèges singuliers dont le Seigneur l'avait favorisé. Il parlait avec feu et une animation que je ne lui avais jamais vue, et qui me faisait comprendre combien il aimait et admirait saint Joseph. Il nous exhortait à l’invoquer avec confiance : « Allez à Joseph », nous disait-il ; et il partageait le sentiment de sainte Thérèse sur le crédit de ce grand Saint auprès de Dieu. Non content de l’invoquer, il s’appliquait a l’imiter surtout comme le modèle delà vie intérieure et retirée ». (Vie du Vénérable Perboyre).

 

Supplications à saint Joseph pour l’Église

 

Grand Saint, qui voyez du haut des cieux les besoins de l’Église que Jésus-Christ, dont vous fûtes le père nourricier, s’est acquise par son sang, soyez propice à nos prières. Ayez pour ceux qui la gouvernent une partie de la tendresse que vous eûtes pendant tant d’années pour Jésus Christ qu’ils représentent. Obtenez pour Notre Saint Père le Pape, pour les évêques, pour le clergé, les lumières de l’Esprit divin dont ils ont besoin pour nous conduire avec zèle et avec sagesse. Éloignez de la bergerie les loups ravissants qui voudraient la détruire. Faites que la paix et la concorde règnent parmi les princes chrétiens, afin qu’étant unis entre eux, ils défendent le troupeau de Jésus-Christ contre les hérétiques et les infidèles. Priez encore pour que tous les enfants de l'Église lui soient respectueux, soumis, et attachés comme à leur mère, et toujours prêts à la défendre au prix de leur sang, s'il le fallait. Ainsi soit-il.

 

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30 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Trente-et-unième méditation

Action de l'Eglise sur la société au moyen des institutions monastiques

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

Par institutions monastiques nous entendons ici les corps religieux considérés en général, et c'est en ce sens que nous allons méditer sur les avantages immenses que la sainte Eglise a su recueillir de leurs travaux et de leur dévouement. Ici ce n'est plus un moyen d'action essentiel à la constitution de la société chrétienne, tel que ceux dont nous avons parlé jusqu'à présent, et sans lequel l'Eglise ne puisse subsister ni triompher de ses ennemis. Mais les institutions monastiques n'en sont pas moins l'un des plus puissants leviers qui ait été et qui soit encore entre les mains de l'Epouse de Jésus-Christ, pour l'accomplissement de son œuvre de régénération, et l'histoire n'a cessé de montrer qu'il existait une glorieuse solidarité entre la prospérité de l'Eglise et celle des ordres religieux. Le monde le sait bien, et toutes les fois que l'on a voulu frapper la Religion au cœur, c'est toujours aux institutions monastiques que l'on a porté les premiers coups.

I. Le plus éminent service que les ordres religieux aient rendu à l'Eglise, et celui que l'on vante le moins parce que le défaut de foi ne permet pas de l'apprécier, c'est d'avoir servi de sanctuaire permanent à la pratique des conseils évangéliques; c'est d'avoir été le théâtre le plus glorieux et le plus éclatant de la lutte engagée entre l'homme déchu et la régénération que lui apporte l'Evangile, entre la chair et l'esprit, entre la servitude des sens et la liberté morale. C'est dans ces asiles sacrés que l'on voit d'une manière saisissante comment l'homme peut reconquérir son ancienne dignité, son antique noblesse, en disciplinant son âme, et en la transformant par la chasteté, l'obéissance, le sacrifice et l'humilité. Devant ce ravissant spectacle, tout prétexte d'impossibilité tombe et s'évanouit, à la confusion complète de la sensualité et de la lâcheté. Quelle belle leçon la vie religieuse n'a-t-elle pas donnée à la terre en lui montrant des hommes naturellement faibles comme tous les autres, et devenant pourtant assez puissants, avec le secours de la foi, pour se vaincre eux-mêmes et pour pratiquer avec constance les vertus héroïques qui conduisent à la perfection chrétienne ! Quelle prodigieuse influence un pareil exemple ne doit-il pas exercer sur la société chrétienne ! Au milieu de la corruption du siècle, des chrétiens ont conservé les traditions et les vertus si pures et si justement célèbres de la primitive Eglise. L'Evangile d'une main et la mortification de l'autre, ils pratiquent avec une rigueur effrayante ce précepte qui est la mort de la nature dépravée : « Si votre œil vous scandalise, arrachez-le, et jetez-le loin de vous... Si votre main droite est encore pour vous une occasion de scandale, coupez-la, et débarrassez-vous-en, car il vaut mieux perdre un de vos membres, que de souffrir que votre corps entier soit précipité dans l'abîme ». (Saint Matthieu 5, 29, 30). Quoique ce ne soit après tout que ce que pratiquent chaque jour le commun des hommes pour la conservation de leur santé et de leur vie temporelle, un pareil sacrifice paraît une folie aux yeux du monde, lorsqu'il s'agit de l'âme et de la vie éternelle. Il était donc nécessaire qu'il y eût toujours au sein de l'Eglise non-seulement des individus obscurs et ignorés, mais encore des réunions plus ou moins nombreuses de fidèles assez fervents, pour protester contre l'aveuglement général par la profession publique d'une guerre ouverte de l'esprit contre la chair. C'est ainsi que les ordres religieux sont devenus le sel de la terre, qu'ils ont perpétué l'esprit de l'Evangile dans toute sa pureté et qu'ils montrent encore au monde étonné à quelle innocence, à quelle perfection l'homme peut prétendre et parvenir ici-bas, malgré la corruption et la faiblesse de sa nature. Sans doute, ce n'est pas uniquement à l'ombre des monastères que les vertus éminentes peuvent éclore, et que la doctrine céleste des conseils évangéliques s'est conservée intacte. Mais les exemples isolés et disséminés ont une action toujours moins efficace, que ceux donnés par une société de chrétiens unis par les liens de la charité, et que l'Eglise semble placer sur le chandelier comme des phares destinés à guider notre course vers le port de la bienheureuse éternité.

II. L'une des plus grossières erreurs et peut-être des plus communes qui ait cours parmi les gens du monde au sujet de la vie religieuse, c'est de se persuader qu'elle est à peu près uniquement l'asile des âmes tristes, fatiguées, mécontentes de leur condition, incapables de tenir la place que les circonstances leur ont faite au sein de la société, consumées par les désenchantements ou brisées par la douleur. On se figure que les monastères sont, les invalides du monde moral. Quelquefois, il est vrai, des cœurs meurtris dans les combats de la vie et du siècle ont été chercher dans la retraite d'un monastère des remèdes à leurs maux; mais ils n'y ont trouvé la paix qu'à la condition de nouveaux combats. Il n'est pas d'état qui demande plus d'énergie, de courage et de ténacité. Comment, en effet, en concilier les devoirs avec l'indolence, la paresse, le laisser-aller ? Une condition où à chaque instant il faut faire violence à tous les penchants de la nature ; où l'abnégation la plus complète de soi-même, de sa volonté et même de son propre jugement, devient une loi rigoureuse ; où les sens doivent être constamment sacrifiés; où la santé et la vie même ne doivent pas être épargnés si les circonstances le demandent : une telle condition ne peut être embrassée que par des cœurs grands et héroïques, et en général par des âmes encore neuves ; c'est-à-dire, à cet âge où l'homme n'ayant pas encore été abâtardi par le souffle corrompu du monde est en possession de toute sa force ; où il sent bouillir dans ses veines les élans les plus nobles et les plus généreux ; où enfin il éprouve le besoin de se dévouer pour autrui. Voilà pourquoi la vocation religieuse est si souvent le partage de l'élite de la société : une éducation élevée et chrétienne, une grande droiture de vues montrent bientôt le mensonge perpétuel de la vie du siècle, l'injustice presque toujours triomphante et la vanité des choses humaines ; alors on dit facilement adieu aux trompeuses chimères des richesses, des honneurs, des plaisirs et d'un glorieux avenir ici bas, pour embrasser par un choix libre, spontané et volontaire, la pauvreté, la chasteté et l'obéissance. L'homme qui a la conscience de sa dignité ambitionne les grands sacrifices ; et alors, ou il se dévoue à Dieu et à ses frères, dans la vie religieuse, ou il prend les armes pour se dévouer à sa patrie. Deux milices qui demandent le même don de soi ; c'est-à-dire, l'obéissance aveugle à la discipline la plus minutieuse, le renoncement à la satisfaction des sens, et souvent le sacrifice de son sang et de sa vie. Faut-il donc s'étonner si quelquefois les religieux se laissèrent entraîner à prendre les armes pour défendre de saintes causes ; et surtout, si plus souvent encore le soldat quitte l'épée pour revêtir le froc ?

Toutefois, tous les cœurs ne sont pas aussi vigoureusement trempés, lorsqu'ils franchissent pour la première fois le seuil du monastère. Mais, bientôt soumis à cette gymnastique spirituelle de la discipline religieuse, qui sait développer les forces de l'âme, on voit les caractères s'affermir, l'énergie prendre de jour en jour plus d'essor, les efforts se multiplier, et le novice devenir un vrai soldat de Jésus-Christ ; de même que sous le régime de la discipline militaire vous êtes tout surpris de trouver un vaillant guerrier à la place de ce conscrit que vous aviez estimé d'abord timide et grossier. C'est là le second service que rendent à l'Église les institutions monastiques : elles lui forment ses plus courageux et ses plus dévoués athlètes.

III. Grâce à la miséricorde infinie du Réparateur de l'humanité, les liens qui unissaient le ciel à la terre, et que le péché du premier père avaient rompus, ayant été rétablis, la prière fut l'un des plus puissants moyens donnés à la société chrétienne, pour renouer ces liens sacrés, et pour entrer de nouveau en communication avec la Divinité. Aussi, depuis le jour où les apôtres abandonnèrent aux diacres le soin de distribuer les aumônes, estimant, contrairement aux jugements du monde, que la prière et la prédication étaient des fonctions plus importantes qu'ils devaient spécialement se réserver, la sainte Eglise a toujours regardé la prière comme l'un de ses devoirs les plus graves, et l'une de ses ressources les plus assurées. C'est cet auguste ministère qui, en lui donnant une puissance irrésistible et divine, et en lui imprimant un cachet angélique et céleste, la rend si vénérable aux yeux de ses enfants. Ce ministère sublime de l'intercession frappa si vivement les fondateurs d'ordre, que quelques-uns crurent ne pouvoir mieux employer le temps de leurs religieux, qu'en le consacrant presque uniquement à ce saint exercice ; et que tous, du moins, placèrent la prière au premier rang des services que la vie religieuse pouvait rendre à la société chrétienne. De là, ces longs offices qu'ils chantaient solennellement en chœur, et dont le bréviaire, que récitent chaque jour les prêtres, n'est qu'un court abrégé, comme l'indique le nom même de ce livre mis entre leurs mains ; de là, ces veilles prolongées au milieu des nuits. Qui pourrait faire connaître au monde ces torrents de prières, dont les flots sans cesse renaissants s'élèvent nuit et jour, de tous les points du globe, jusqu'au trône des miséricordes, pour remplir les vides laissés par ceux qui ne prient pas, et pour suppléer à l'infirmité de ceux qui prient mal ? Qui pourrait dire surtout les fléaux et les châtiments arrêtés dans la main de Dieu, et les grâces sans nombre descendues sur la terre par la vertu de ces légions de religieux prosternés et suppliants ? Les hommes estiment davantage le ministère de Marthe, l'Eglise avec Jésus-Christ donne la préférence à celui de Marie, et c'est ce qui la rend si reconnaissante pour les prières des religieux qui attirent la rosée des bénédictions divines sur ses innombrables travaux.

Mais les institutions monastiques ne se bornaient pas à ce seul ordre de bienfaits. Elles savaient aussi pratiquer la charité active : ce sont elles qui, dans les siècles de tyrannie, se sont chargées de protéger l'innocence et le malheur contre l'oppression et l'injustice avec une sainte liberté et un indomptable courage ; depuis Saint Benoît qui ne craint pas de résister à Totila. jusqu'à ses moines qui soutenaient par leur énergie les chrétiens obligés de lutter contre les abus du régime féodal ; car, alors, l'impiété n'allait pas encore jusqu'à se rire de la malédiction de Dieu et de celle des hommes consacrés au service des autels. Jamais l'aumône ne fut répandue avec plus de libéralité ni d'intelligence que par les moines : n'avaient-ils pas parmi leurs dignitaires les infirmiers des pauvres ? Qui a jamais offert une aussi généreuse et aussi continuelle hospitalité à la foule indigente, témoin entre autres les religieux du Saint-Bernard ? En temps de guerre, leur monastère n'était-il pas l'abri et la sauvegarde des vaincus ? Personne mieux que les institutions monastiques n'a compris l'esprit de charité, et n'a plus mérité de l'Eglise par sa tendresse pour les faibles et pour les pauvres.

Toujours les ordres religieux ont été les défenseurs les plus intrépides de l'Eglise, et lui ont fourni ses plus illustres pontifes ; toujours le clergé régulier l'a emporté en science, en sainteté, en courage et en dévouement, sur le clergé séculier ; car il avait sur ce dernier l'inappréciable avantage de la retraite, du silence, de la discipline et de la vie commune. C'est de ses rangs que sont toujours sortis et que sortent encore les missionnaires les plus ardents aux fatigues, aux dangers de toute espèce et même au martyre, pour répandre l'Evangile sur les plages les plus lointaines, les plus barbares, les plus inaccessibles. Ils n'ont jamais cessé d'être pour l'Eglise une réserve d'élite, prête à marcher et à se dévouer au premier signal, au premier cri d'alarme.

On dit qu'un jour le plus grand général des temps modernes, et en même temps le plus intelligent législateur de notre siècle, étant parvenu au faîte du pouvoir, fit appeler la supérieure générale des sœurs de charité, et lui parla du projet qu'il avait formé de simplifier l'organisation religieuse, en réunissant en un seul ordre et sous une seule règle cette variété infinie de congrégations et d'institutions monastiques : « Alors, Sire, répliqua la sœur avec finesse. Votre Majesté réduira pour la même raison tous les corps de son armée à une même arme ! » C'est assez dire pourquoi cette diversité d'instituts religieux au sein de l'unité. Pourquoi les uns se consacrent au ministère sacerdotal des âmes, tandis que les autres armés en chevaliers soutiennent le choc des hordes musulmanes prêtes à envahir l'Occident. Pourquoi ceux-ci vont briser les chaînes des captifs, ceux-là veillent au chevet des malades, et d'autres instruisent les ignorants. Ne fallait-il pas que chacune des misères humaines eût ici-bas, par la miséricorde infinie de Dieu, sa consolation et les remèdes particuliers qu'elle réclame ?

Conçoit-on qu'après tant de dévouement et de services rendus, on ne puisse trouver autre chose à alléguer en faveur des institutions monastiques, pour leur faire trouver grâce aux yeux des hommes de nos jours, que les travaux inouïs auxquels ils se sont livrés pour le défrichement des forêts, la mise en culture des landes et des déserts ; pour la transcription et la conservation d'une multitude prodigieuse de monuments historiques et littéraires ? On veut bien encore leur tenir compte de leur érudition merveilleuse, et de ces ouvrages d'une effrayante étendue, que plusieurs générations de moines, animés d'un même esprit, pouvaient seuls entreprendre et conduire heureusement à leur terme. On devrait, surtout dans notre siècle plus que dans tout autre, admirer leur culte désintéressé de la science. On ne peut pas non plus se refuser de convenir que, sans esclaves et sans pressurer les peuples, comme le firent les Egyptiens et les Romains, que sans avoir jamais rien pris à personne, mais avec la seule ressource de l'aumône, de leur patience et de leur constance inépuisables, ils ont couvert le monde d'édifices gigantesques dont le goût exquis le dispute à la solidité et à la durée. Tous ces services, pourtant, n'étaient pour ces prétendus fainéants que l'accessoire de ces travaux d'une bien autre portée, qui les ont rendus les auxiliaires les plus utiles à l'Eglise, et que nous avons placés en première ligne, puisqu'ils avaient pour but la réhabilitation de l'humanité, la restauration de l'âme, en lui rendant sa première dignité, c'est-à-dire, son empire absolu sur la chair et les sens.

 

Élévation sur l'action de l'église sur la société au moyen des institutions monastiques

 

I. Vous aviez dit, Seigneur : « Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous possédez, et donnez-le aux pauvres ; vous aurez alors un trésor dans le ciel; puis, venez et suivez-moi ». (Saint Matthieu 19, 21). Vous aviez conseillé ailleurs la sainte virginité, en faisant entendre que ceux-là seuls en comprennent l'excellence et ont le courage de la pratiquer, auxquels Dieu en fait la grâce. Votre apôtre, à son tour, déclare que la virginité n'est pas un précepte, mais qu'en la conseillant il croit être animé de votre esprit. (1 Corinthiens 7, 25, 40.) C'est sur ces principes divins que vous avez fondé l'état religieux ; et pour engager les chrétiens fervents et généreux à embrasser cette voie de la perfection, vous avez promis à « tous ceux qui quitteraient leur maison, ou leurs frères ou leurs sœurs, ou leur père ou leur mère, ou leur femme ou leurs enfants, ou leurs propriétés, par amour pour vous, pour se consacrer plus entièrement à votre service, qu'ils recevraient le centuple et auraient la vie éternelle ». (Saint Matthieu 19, 29.) Détacher l'âme de tout ce qui est matériel, briser même les liens que la nature a formés, pour donner la préférence au bien suprême, pour s'attacher uniquement à vous, ô mon Dieu, et n'aimer que vous, n'était-ce pas le moyen le plus efficace de rappeler l'homme à sa dignité primitive ? N'avez-vous pas le droit de demander à vos créatures toutes leurs affections à l'exclusion de tout autre, puisque vous avez même celui de leur demander le sacrifice de leur propre vie ? Vous n'avez voulu, ô divin Sauveur, au nombre de vos serviteurs d'élite, que des âmes généreuses, détachées de toutes les choses de la terre et prêtes à tous les sacrifices; des âmes dont la seule ambition fût de marcher sur vos traces avec autant de fidélité que le permet la faiblesse humaine, de souffrir et de mourir pour vous. Qui donc aurait le droit de le trouver mauvais ? L'apôtre Saint Jean nous a révélé les trois principes du mal et de la perdition : l'amour des richesses, l'amour des plaisirs et l'orgueil. A votre tour, vous nous faites connaître les trois vertus destinées à leur servir d'antidote : la pauvreté, la chasteté et l'humilité. La pratique de ces vertus portées à un degré de perfection héroïque, voilà ce que vous demandez à ceux qui veulent se consacrer particulièrement à votre divin service dans la vie religieuse, et voilà aussi ce qui fera de ces hommes déjà assez courageux pour marcher sous un pareil drapeau, les plus vaillants soldats et les plus intrépides défenseurs de votre sainte Eglise.

II. Que votre sagesse est profonde et mystérieuse, ô mon Dieu, et combien elle se plaît à humilier la sagesse humaine en lui donnant à chaque pas les plus désespérants démentis ! Je ne m'étonne plus d'entendre votre grand apôtre s'écrier : « Ce ne sont pas les sages selon la chair, ni les puissants, ni les grands du siècle, que Dieu a appelés à la foi, mais ceux qui étaient réputés insensés, afin de confondre les sages ; il a choisi de préférence les faibles pour être ses disciples, afin de confondre les forts ; et ceux qui étaient un objet de mépris, afin d'humilier ceux qui croient être quelque chose ». (1 Corinthiens 1, 26 et ss). Et votre mort cruelle, ô divin Jésus, n'a-t-elle pas été la preuve la plus éclatante de cette sublime doctrine ? En vous ôtant la vie, vos ennemis croyaient éteindre en vous la lumière céleste de la vérité, qui démasquait leurs vices ; ils pensaient anéantir votre puissance en l'étouffant dans votre sang, et faire cesser les miracles qui affaiblissaient leur autorité ; ils étaient convaincus que les opprobres et les humiliations qu'ils vous faisaient subir seraient la ruine de votre nom, de votre doctrine et de vos œuvres; et voilà que par un prodige qui déconcerte tous les calculs de leur prudence et de leur sagesse, c'est précisément votre mort qui rend la vie à l'humanité mourante, qui met le dernier sceau à vos célestes enseignements, et en fait la lumière du monde ; c'est elle qui devient la cause de votre résurrection, le plus grand de tous vos miracles; et votre ignominieuse passion est pour vous la source d'une gloire éternelle. Après cela, comment être surpris que ceux qui veulent marcher à votre suite emploient également les moyens les plus opposés à la sagesse humaine, pour parvenir à l'héroïsme de la vertu ? Comment s'étonner de voir des hommes vendre leurs biens, les distribuer aux pauvres, pour s'enrichir; renoncer aux affections les plus légitimes, pour satisfaire plus complètement le besoin qu'ils ont d'aimer ; se soumettre au joug de l'obéissance la plus minutieuse, pour conquérir la vraie liberté et la fécondité d'action ; s'étudier avec persévérance à apaiser tous les élans de la nature, pour brûler d'un zèle plus ardent et plus pur ; se refuser tous les plaisirs du monde, accabler leur corps sous le poids des austérités et du travail, pour établir dans leur âme la joie la plus parfaite et la plus durable ; trouver la grandeur d'âme au sein des humiliations, et la force morale en s'isolant de tous les secours humains ; enfin, jouir de la paix la plus profonde au milieu d'une guerre à outrance et des combats les plus rudes et les plus multipliés ? C'est bien là, en effet, « la folie de la croix aux yeux de ceux qui marchent dans la voie de la perdition ; mais « pour ceux qui aspirent au salut, c'est l'esprit de Dieu ». (1 Corinthiens 1, 48). Et que peut-il y avoir de plus sage et de plus raisonnable que le sacrifice de tout ce qui passe en faveur de ce qui est éternel, que de dompter ses passions pour ne pas en devenir le jouet et l'esclave ? D'être quelques jours le dernier sur cette terre ingrate et trompeuse, à la condition d'être exalté et glorifié à jamais dans le royaume des cieux? en un mot, de préférer la réalité à l'illusion, la vérité au mensonge ? Oh ! Qu'ils sont heureux, Seigneur, ceux qui ferment l'oreille aux révélations hypocrites de la chair et du sang, et qui n'ouvrent les yeux qu'aux clartés divines de la foi !

III. Oui, dès ce monde, Seigneur, vous voulez confondre les impostures de la sagesse du siècle ! Le bonheur, ce don si rare et si désiré ici-bas, où le trouverons-nous ? Pour qu'on puisse lui donner ce nom, il faut qu'il soit profond et durable, à l'abri de l'inconstance de la fortune et des vicissitudes humaines ; il faut surtout, pour sauvegarder votre justice, qu'il soit à la portée de tous, et qu'il dépende uniquement de la volonté de chacun. Or, si je prête l'oreille, je n'entends s'élever de toute part que des plaintes et des gémissements. Je ne connais qu'un seul état où règne le bonheur le plus parfait qui puisse exister sur la terre, parce qu'il réunit, autant que le comporte la condition humaine, toutes les conditions et les qualités que nous venons de signaler : c'est l'état religieux. Au sein de cette vie qui paraît si triste, si monotone et si austère, particulièrement à ceux qui ferment les yeux aux lumières de la foi, toujours, Seigneur, vous avez daigné répandre, dans les cœurs qui se sont dévoués sincèrement à votre service, la joie et la félicité à un degré inconnu au reste des hommes. Le témoignage unanime et constant de vos fidèles serviteurs ne doit-il pas trouver plus de créance auprès de nous, que les déclamations amères de ceux qui, sans avoir jamais bien su ce qu'étaient les monastères, les ont qualifiés de prisons ? Il faudrait, pour se convaincre davantage de l'excellence et de l'étendue de ce bonheur réservé à la vie religieuse, lire les écrits que nous ont laissés les Pères, les docteurs, les historiens monastiques ; mais outre cette suavité délicieuse et surnaturelle que vous accordez, ô mon Dieu, comme un avant-goût de la céleste félicité, aux âmes qui vous ont choisi pour leur unique partage, vous leur faites goûter ce charme et cette paix que vous avez attachés au témoignage de la bonne conscience et aux victoires remportées sur les passions. A l'abri des agitations du monde, des troubles et des inquiétudes qui sont le cortège obligé de l'ambition et de l'intérêt, le Religieux vit insouciant des besoins de la vie matérielle et domestique, et réserve toute son activité pour l'appliquer sans partage aux œuvres qui lui sont confiées. Quelle que soit la nature de celles-ci, peu lui importe, parce qu'elles sont dans l'ordre de l'obéissance et surnaturalisées par la prière. Il est privé des spectacles bruyants du siècle ; mais il a ceux de la nature, il les admire et en jouit comme d'un reflet de la beauté divine ; son cœur se dilate en les contemplant, et le recueillement qui entoure son existence lui permet d'entendre les concerts de louanges que toutes les créatures célèbrent à la gloire de leur auteur. Dieu sait trop bien que l'amour est la loi du cœur, pour la flétrir dans l'âme de ceux qui, afin de se donner à lui, ont brisé tous les liens des plus tendres affections: la religion discipline les passions et les purifie sans les anéantir, ni même les amoindrir. Aussi, faut-il aller dans les monastères pour y apprendre, avec la science du vrai bonheur, celle d'aimer saintement, fortement et fidèlement ; parce que les Religieux, surtout, aiment Dieu, et qu'ils aiment les hommes en lui, de cet amour qui est fort comme la mort. Ce sentiment sublime qui, de sa nature, tend comme le feu à se dilater et à tout embraser de ses divines ardeurs, est le foyer du bonheur personnel de ces hommes de Dieu, et devient aussi le germe fécond des bienfaits sans nombre qu'ils ne cessent de répandre autour d'eux. Leurs portes et leurs cœurs sont ouverts à toutes les infortunes; ils ont des consolations et des remèdes pour toutes les peines de la vie. Aussi jamais institution ne fut plus populaire, c'est-à-dire plus goûtée et plus aimée par les classes inférieures et indigentes, dont elle est la providence. Comment les Religieux ne seraient-ils pas aimés, eux qui aiment si bien ! Le bonheur d'être utiles à leurs semblables, s'ajoutant à celui qu'ils goûtent déjà derrière les murs de leur cloître, supprime, pour ainsi dire, chez eux les tristes années de leur vieillesse, en donnant à leur cœur une jeunesse perpétuelle ; car l'amour est la vie du cœur, et ils aiment Dieu et leurs frères jusqu'au dernier soupir. Telles sont, ô divin Maître, les célestes douceurs dont vous inondez ces prétendues victimes sur lesquelles le monde ne s'apitoie que pour miner et renverser, s'il le pouvait, l'état religieux, l'un des plus sûrs boulevards de votre église. Ah ! Si ce genre de vie est une source intarissable de tristesse, de chagrins et de regrets amers, comment verrait-on toujours la sérénité, l'affabilité et la joie empreintes d'autant plus profondément sur les traits de ceux qui l'ont embrassé, que leur vie est plus austère et qu'ils sont plus fidèles à en remplir les devoirs ? Comment se ferait-il que, quoique voués à la sainte chasteté, les ordres religieux se multipliassent avec une merveilleuse fécondité ; et qu'il ne fallût rien moins pour les disperser, qu'une autorité jalouse et ombrageuse qui ose porter une main sacrilège sur leurs modestes demeures, et sur les aumônes pieuses dont l'administration leur est confiée ? D'où vient que, lorsque l'impiété va jusqu'à violer ces sanctuaires et à ouvrir par la violence les portes de ces soi-disant prisons, il faille employer la force brutale pour en arracher ceux qui les habitent ? Ah ! Seigneur, nous devons le dire et nous l'avouons avec douleur : oui, parmi ces légions innombrables de fidèles disciples, il s'en est trouvé quelques-uns qui ont été prévaricateurs, qui ont renoncé à l'honneur d'être pauvres, mortifiés et humbles avec vous , pour retourner lâchement aux richesses, à la volupté et à l'orgueil de la vie, auxquels ils avaient d'abord généreusement renoncé. Mais la trahison de Judas ne fit pas des traîtres de tout le reste des apôtres, et celle de Luther ne saurait affaiblir l'éclat du zèle de Xavier, ni celui de la charité de Vincent de Paul. Laissons à Cham son impudence et ses railleries insolentes : pour nous, ô mon Dieu, nous nous joindrons aux autres fils bénis de Noë pour couvrir du manteau de la décence et du respect les souillures dont votre Eglise est innocente, et nous dirons à ceux qui ne savent pas faire la part de l'infirmité humaine : Que celui qui est sans péché jette la première pierre à ces institutions fondées par l'esprit de Dieu et célébrées par la reconnaissance des faibles, des petits, des pauvres et des malheureux !

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Conclusion du Mois de Saint Pierre

 

Nous pensons qu'il ne sera pas inutile de faire suivre les méditations et les élévations que nous avons développées, d'un sommaire qui fasse mieux saisir l'ensemble du plan divin qui a présidé à l'établissement de l'Eglise, et qui fasse mieux comprendre comment les différents principes sur lesquels l'Eglise de JésusChrist est fondée se lient aux moyens qu'elle emploie pour accomplir sa mission. Les numéros correspondent à chaque méditation et élévation.

I. L'Église universelle renferme le monde entier des esprits ; elle ne se borne pas à la terre, elle renferme encore le Ciel et le Purgatoire.

II. Le ciel, c'est le trône suprême de Dieu le Père, la résidence glorieuse du Fils, le temple spécial de l'Esprit-Saint ; la demeure de Marie, des anges, des saints de tout âge, de tout sexe et de toute condition. C'est le centre d'où rayonne sur l'Eglise universelle tous les secours célestes et toute la félicité, dont Dieu est la source unique. Le ciel est en même temps le centre où convergent tous les vœux, toutes les espérances et toutes les louanges.

III. Le Purgatoire est le lieu d'expiation pour les âmes qui sont encore souillées de quelques fautes légères, ou qui n'ont pas encore acquitté toutes leurs dettes envers la justice divine. Toutefois, l'Eglise militante est la pierre angulaire, qui touche d'une part au ciel par les grâces qu'elle reçoit de l'intercession des saints qui jouissent de la gloire éternelle ; et qui, d'autre part, communique avec le purgatoire, en soulageant par ses suffrages, par le saint sacrifice de la messe et par le trésor des indulgences, les âmes soumises à l'expiation. Le sang de Jésus-Christ, par l'application duquel l'Eglise de la terre reçoit des secours du ciel, et vient en aide elle-même au purgatoire, est comme le ciment qui unit ces trois demeures pour n'en faire qu'un seul édifice, l'Église universelle.

IV. L'Eglise de la terre ou l'Eglise militante est la société éprouvée ici-bas, le berceau des âmes. Le ciel y trouve des élus : donc le ciel suppose l'existence de l'Eglise de la terre, puisque c'est dans ce lieu d'épreuve qu'il recrute ceux auxquels il sert de récompense. Le purgatoire suppose à son tour, d'abord, l'existence de l'Eglise militante, et ses fragilités qu'il fait expier ; et ensuite l'Eglise triomphante, à laquelle il rend les âmes, renouvelées et purifiées. Mais toute société doit être régie par des lois et par un gouvernement. Dieu, qui est l'ordre par essence, après avoir créé l'admirable harmonie qui règne dans le ciel et dans le purgatoire, et qui les unit entre eux, devait nécessairement ne pas abandonner la terre au hasard, et y établir des lois : d'abord, pour régler la société qui l'habite, et ensuite pour la mettre en rapport avec l'Eglise du ciel et avec celle du purgatoire, qui ne forment avec l'Eglise de la terre qu'un seul et même corps : il devait y établir un gouvernement pour la diriger et pour veiller à l'exécution de ces lois ; et il l'a fait en établissant son Eglise. Ce gouvernement devait être naturellement tout à la fois temporel et spirituel, pour répondre à l'organisation humaine, qui est tout ensemble corps et esprit. Il fallait, en effet, que ce gouvernement pût atteindre des êtres qui n'ont de perception que par les sens, et qu'il élevât par ce moyen leur esprit jusqu'à l'ordre surnaturel.

V. Or, comme un gouvernement n'est établi que pour assurer le maintien de l'ordre, il s'en suit qu'il doit nécessairement avoir une influence efficace sur tous les actes de ceux qui lui sont soumis, d'autant plus qu'aucun de ces actes ne saurait être indifférent à cet ordre et à la fin que Dieu se propose.

VI. Au reste, les faits historiques viennent à l'appui de ces indications de la simple raison. L'Eglise, c'est-à-dire une société régie par des lois et par un gouvernement spirituels, a existé dès l'origine du monde et de la société, et elle a pris des normes diverses et successives jusqu'à l'époque fixée dans les desseins de Dieu, pour la restauration de l'humanité par la rédemption divine. Dès lors, son organisation a été complète, définitive et immuable.

VII. Ces faits providentiels étaient les préambules, la figure, la préparation et comme l'ébauche de l'Église que devait établir Jésus-Christ.

VIII. Aussi, Dieu a-t-il réglé et disposé dans le monde tous les événements de manière à préparer les esprits à l'avènement du Messie, à l'établissement de l'Eglise et à la propagation de l'Evangile.

IX. Ensuite, suivant toujours une marche progressive, Dieu fait prédire positivement l'institution et l'établissement de l'Eglise.

X. Puis, il marque d'un sceau frappant et facile à reconnaître de tous celui qui doit en être le fondateur ; il réalise, pour le manifester, tout ce qui a été promis, figuré et prédit à son sujet.

XI. Enfin, après tous ces préparatifs, le Fondateur de l'Eglise apparaît au monde, et établit d'abord les premiers rudiments de l'Eglise qu'il voulait fonder, dans des conditions diamétralement opposées à la sagesse humaine.

XII. Jésus-Christ emploie toute sa vie à préparer les éléments de son Eglise : il commence par annoncer sa doctrine en la pratiquant lui-même le premier; il la prêche ensuite et l'enseigne à ceux auxquels il veut en confier plus lard la prédication, et les forme à ce ministère sacré. Mais comme il ne suffisait pas de faire connaître la vérité aux hommes, s'ils restaient trop faibles pour la pratiquer, il institue des moyens par lesquels tous pourraient obtenir la force de faire passer sa doctrine dans leurs œuvres.

XIII. Il couronne enfin ses travaux par l'établissement définitif de son Eglise, à laquelle il confère des pouvoirs divins et donne définitivement un chef, afin d'assurer l'accomplissement de la mission qu'il lui confie, c'est-à-dire afin qu'elle puisse continuer jusqu'à la consommation des siècles l'œuvre de régénération qu'il a commencée.

XIV. Il veut qu'un prodige éclatant serve à publier solennellement en face de l'univers entier l'installation de l'Eglise ; et le Saint-Esprit descend en forme de langues de feu sur les apôtres le jour de la Pentecôte.

XV. Théorie divine de la manière dont Jésus Christ lui-même et le Saint-Esprit continuent à entretenir la vie dans la société chrétienne par l'entremise de l'Eglise.

XVI. Moyens principaux que Jésus-Christ a établis et confiés à son Eglise pour que cette vie divine découle du chef, qui n'est autre que lui-même, dans les membres, c'est-à-dire dans chacun des fidèles. Le premier de ces moyens est l'enseignement de sa doctrine, dont il n'a laissé le dépôt qu'à son Eglise. Cette doctrine divine renferme : 1° des dogmes, ou principes qui servent de base à toute la religion chrétienne ; 2° des mystères, qui ne sont autre chose que les dogmes et la morale chrétienne mis, en quelque sorte, en action dans les faits les plus saillants de la vie du Sauveur ; 3° la morale, ou les règles pratiques de toutes les vertus.

XVII. Mais, afin que cette doctrine admirable pût devenir pour l'Eglise une base inébranlable, sur laquelle elle pût reposer avec assurance jusqu'à la fin des temps, il fallait qu'elle fût immuable comme l'œuvre de réparation que Jésus-Christ venait établir avec l'aide de l'Eglise.

XVIII. Il fallait, par conséquent, que l'Eglise fût dotée du privilège divin de l'infaillibilité dans ses décisions doctrinales ; sans cette prérogative, en effet, jamais elle n'aurait pu conserver intact et pur le dépôt sacré de la vérité qui lui était confié.

XIX. La doctrine et les moyens de salut dont l'Eglise est dépositaire étant immuables, ils devaient être toujours les mêmes qu'aux temps apostoliques : l'Eglise devait donc être apostolique.

XX. L'indispensable nécessité de l'unité de sa doctrine découle nécessairement de son immutabilité; et l'Eglise devait aussi posséder l'unité de ministère et de gouvernement, car un corps ne peut avoir deux têtes : donc l'Eglise devait être une.

XXI. Comme l'Eglise a été fondée par Jésus Christ, le Saint des saints ; que ses premiers apôtres ont été des saints; qu'elle a été instituée pour la sanctification des hommes; que sa doctrine, ses mystères, sa morale et les moyens qu'elle emploie pour accomplir sa mission, sont marqués au sceau de la sainteté ; qu'elle a formé des saints dans tous les siècles, et que seule elle possède les principes et les moyens indispensables pour conduire les hommes à la sainteté : il s'en suit que la sainteté est un de ses attributs les plus éminents.

XXII. La persécution sera encore l'un des caractères essentiels et divins de l'Eglise, parce que la nature de son œuvre est de combattre sans cesse l'erreur et les passions humaines qui, à leur tour, conspirent et luttent sans cesse contre elle.

XXIII. Enfin, elle est catholique, puisque, répandue sur tous les points du globe, elle est revêtue partout des mêmes propriétés et des mêmes prérogatives ; et qu'elle est destinée à conduire tous les hommes à Dieu, leur dernière fin.

XXIV. L'Eglise romaine réunit seule tous ces caractères divins.

XXV. Outre le dépôt de la doctrine divine et immuable que Jésus-Christ a confié à son Eglise, comme un moyen de régénérer l'humanité et d'y entretenir la vie, deux autres sources intarissables de restauration et de perpétuité lui ont été laissées encore par son céleste Fondateur pour la seconder dans sa sublime mission: d'abord, le sacerdoce, que le Sauveur a revêtu de la magistrature nécessaire pour le gouvernement de la nouvelle société chrétienne; et qu'il a chargé exclusivement de la garde de la législation et de la doctrine évangéliques.

XXVI. En confiant au sacerdoce le gouvernement des âmes et la législation renfermée dans l'Evangile, Jésus-Christ l'a établi le juge des consciences, et lui a donné, pour compléter les pouvoirs nécessaires à l'exercice de ces fonctions, la faculté de lier et de délier, c'est-à-dire, de refuser le pardon et d'absoudre.

XXVII. Par la parole divine, le sacerdoce éclairait les intelligences, il purifiait les cœurs et leur rendait la vie par le sacrement de la réconciliation ; il lui fallait encore un puissant auxiliaire, pour désinfecter, si je puis m'exprimer ainsi, les âmes corrompues par le péché d'origine, pour y entretenir cette vie divine et pour les unir intimement à Dieu. C'est l'Eucharistie que Notre-Seigneur a instituée pour atteindre ce triple but, et qui opère tous ces prodiges entre les mains des prêtres de la nouvelle loi, par l'auguste sacrifice des autels et par la sainte communion.

XXVIII. A la doctrine évangélique et au sacerdoce, confiés à l'Eglise pour rendre son action plus efficace sur l'humanité, le Sauveur a joint le sacrement de mariage ; et c'est ainsi qu'après avoir tracé lui-même les lois de ce saint état, il y a attaché des faveurs et des secours surnaturels destinés à régénérer la famille en la sanctifiant jusque dans sa source.

XXIX. De tous ces moyens d'action résulta le culte extérieur et public. Celui-ci, tout en étant la manifestation naturelle du culte intérieur, devenait entre les mains de l'Eglise un moyen puissant d'exercer sa salutaire influence sur les âmes, pour les éclairer, les toucher et les attirer à la pratique des vertus. D'ailleurs, la nature de l'homme, composé d'un corps et d'une âme, réclamait ce double culte. Tous deux devaient à Dieu leurs hommages pour le bienfait de la création, tous deux avaient besoin de la grâce de la régénération, puisque c'était pour atteindre ce double but que le Verbe s'était incarné.

XXX. La loi nouvelle, destinée à la restauration du genre humain, avait pour principe fondamental l'amour de Dieu et l'amour du prochain par rapport à Dieu. Or, l'Eglise seule ayant reçu le dépôt de cette loi céleste, et possédant seule l'Eucharistie ou la source intarissable de l'amour divin, pouvait donc seule aussi exercer les œuvres inspirées par la charité, et en posséder le monopole ; c'est-à-dire, qu'il n'appartenait qu'à elle de convertir une œuvre de bienfaisance purement naturelle et humaine, en un acte surnaturel de charité, et qu'il n'y avait qu'elle qui pût se dévouer perpétuellement,en tout temps, en tout lieu, pour tous sans exception, avec le désintéressement le plus complet, sous l'inspiration de l'amour divin devenu le mobile dominant de tous ses actes. C'est avec ce levier puissant de la charité chrétienne, dont elle seule a reçu le don précieux, qu'elle agit avec tant de force et de douceur sur l'univers entier, et qu'elle gagne tous les cœurs.

XXXI. Enfin, l'Eglise a su former dans son sein des institutions spéciales, où la pureté de sa doctrine et de sa morale, où la perfection évangélique se conservent intactes, comme dans un sanctuaire impénétrable à la corruption du siècle. Ces institutions précieuses renferment l'élite de ses enfants, et sont encore pour l'exercice de son importante mission une ressource incomparable. Là, elle montre au monde étonné les triomphes héroïques que l'esprit peut remporter sur la chair, avec le secours de la grâce ; là, sa charité trouve les auxiliaires les plus intelligents et les plus dévoués pour répandre ses bienfaits ; et c'est encore dans ces espèces de forts détachés, que l'on appelle monastères, qu'elle est sûre de rencontrer, au moment de l'épreuve et des combats, les hommes les plus fortement trempés et les plus vaillants défenseurs : les institutions monastiques sont donc devenues entre ses mains un moyen d'action des plus puissants.

 

Conclusion

 

Telle est l'Église, cette société chrétienne dont la nature et le plan général sont si peu connus. Ses fondements divins se trouvent au premier âge du monde ; ses formes anciennes et successives n'étaient qu'une préparation à sa forme actuelle et définitive, qui est l'œuvre du Verbe fait chair ; sa mission réparatrice lui a été donnée par Jésus-Christ lui-même, et ne finira qu'avec les siècles. Enfin, les moyens d'action qu'elle a reçus pour travailler à la restauration de l'humanité tout entière, auront toujours la même efficacité, parce que leur source vient de Dieu, dont la Toute-Puissance n'a pas de borne et qui, par conséquent, ne saura jamais rencontrer d'obstacle invincible.

L'Eglise n'est donc pas l'œuvre des hommes : une œuvre précaire, sujette au changement selon le caprice de l'humanité, selon le génie des nations, selon les différents esprits qui animent les peuples arrivés à tel ou tel degré de civilisation. Faite de toutes pièces par Jésus-Christ lui-même, dont toutes les œuvres sont parfaites dès le premier jet, parce qu'étant Dieu il sait tout et prévoit tout, elle n'a pas à suivre, comme les institutions humaines, les diverses phases et les divers degrés du progrès : elle n'aura donc jamais rien à changer, et elle n'a même pas le pouvoir de rien changer au plan divin de son Fondateur, ni aux principaux moyens d'action qui ont été placés entre ses mains, non comme une propriété, mais comme un dépôt inviolable. Elle restera immuable jusqu'à la fin des temps, et l'humanité devra se plier à ses lois, si elle tient à se régénérer et à reconquérir sa dignité originelle ; si elle refuse de se soumettre à ce joug si doux, elle retombera infailliblement dans la barbarie, victime de son orgueil et de ses passions déchaînées. Jésus-Christ étant Dieu, la lumière et le Sauveur du monde, il n'appartenait qu'à lui seul ici-bas de régler sans contrôle et d'imposer d'une manière absolue les conditions auxquelles il entendait restituer au genre humain ses titres de noblesse et lui accorder la félicité éternelle. Il a chargé l'Eglise de faire connaître aux hommes ses volontés, et de les aider à les accomplir ; il ne nous reste donc qu'à admirer sa bonté et sa miséricorde infinies, qui le font descendre si bas, à adorer ses décrets divins, et à lui témoigner notre profonde reconnaissance, en nous soumettant avec amour à la direction pleine de tendresse de celle qu'il veut que nous appelions notre mère.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

Fin du Mois de Saint Pierre

 

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Téléchargez l'intégralité des méditations du Mois de Saint Pierre (pdf) en cliquant ici

 

 

Très chers amis d'Images Saintes,

 

Paix et joie !

 

Voilà bientôt 10 ans qu'a débuté l'aventure Images Saintes, ainsi, au fur et à mesure du temps, c'est une vraie vocation qui a vu le jour : accompagner votre vie spirituelle, et vous êtes toujours plus nombreux à venir puiser dans ces pages... Vous êtes environ près de 5000 personnes par jour à venir, du monde entier, puiser dans ces pages qu'il faut toujours plus remplir avec et par de bons textes et de belles images... Afin de poursuivre cet apostolat riche et fécond, de nouveaux Mois de dévotion sont en cours de frappe et viendront prochainement accompagner votre prière. Si toutefois vous aviez des textes et des images a proposer, pour le blog, je suis bien volontiers preneur, merci donc de les adresser à franck.monvoisin.33@gmail.com Et ils seront publiés dans les temps à venir...

Images Saintes vous donc donne rendez-vous très prochainement, afin d'accompagner toujours plus votre méditation et votre prière.

 

Merci de votre fidélité et que les Cœurs Unis de Jésus et de Marie vous bénissent !...

A très bientôt...!!!

 

Le rédacteur du blog,

Frank Monvoisin, laïc consacré.

 

 

Pour recevoir des prières et pour être tenus au courant des prochaines mises à jour du blogabonnez-vous à la newsletter d'Images Saintes

29 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Trentième méditation

Action de l'Eglise sur la société par l'exercice des œuvres de Charité

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

I. Jusqu'à la venue du Messie, l'égoïsme le plus complet régnait au sein des sociétés. Les pauvres et les petits, les ignorants et les faibles étaient opprimés par les riches et les grands, par les savants et les forts ; les enfants estropiés ou contrefaits, les infirmes et les vieillards étaient considérés comme des charges inutiles, et par conséquent ruineuses pour l'État, et trop souvent une mort violente était l'expédient dont on se croyait autorisé à faire usage pour en débarrasser les familles et la patrie. Les femmes elles-mêmes étaient réduites à une sorte d'esclavage, comme nous l'avons dit ailleurs ; elles devenaient un objet de mépris pour l'homme dès qu'elles avaient cessé de lui plaire, et l'époux avait droit de vie et de mort sur elles. Le souverain Réparateur du genre humain déchu ne pouvait tolérer plus longtemps une semblable tyrannie. Pour relever la femme de son abjection, il en choisit une pour être sa mère ; il voulut un vieillard pour père nourricier ; l'un et l'autre étaient pauvres, et lui-même se fit ouvrier afin d'ennoblir la pauvreté ; enfin, au lieu d'entrer dans le monde comme le premier Adam à l'âge de l'homme parfait, il y vint avec toutes les misères et les faiblesses de l'enfance pour que désormais l'enfance fût respectée et devînt l'objet même d'une sorte de culte. A sa naissance, il choisit une étable pour demeure, une crèche et un peu de paille pour reposer ses membres délicats ; et ce furent des pauvres qu'il appela pour être les premiers informés de l'avènement du Sauveur du monde et pour être ses premiers adorateurs. A peine commençait-il à annoncer sa doctrine que déjà il exaltait les pauvres, ceux qui pleurent et ceux qui souffrent persécution, et qu'il promettait toutes ses miséricordes aux cœurs miséricordieux. Mais, comme ses enseignements n'étaient, pour ainsi dire, que le commentaire de ses propres exemples, nous le voyons prendre de préférence pour ses apôtres des pauvres et des ignorants, des hommes grossiers et sans influence ; plus tard, il confond l'orgueil de ceux qui voulaient être les premiers dans son royaume céleste, en faisant approcher de lui de petits enfants, que l'on repoussait avec mépris : il les embrasse, il les bénit et s'écrie : « C'est à ceux qui leur ressemblent qu'appartient le royaume des cieux ». (Saint Matthieu 19, 14.) Puis, il proclame « que les derniers seront les premiers, et que les premiers seront les derniers ». (Saint Matthieu 20, 16.) Enfin, tout le reste de sa vie se passe à répandre des bienfaits sur tous ceux qui se pressent autour de lui, et les pauvres et les malades en recueillent la meilleure part.

II. Soit la nouveauté de cette doctrine et de sa réalisation, soit que la reconnaissance eût survécu dans le cœur de l'homme à tous les sentiments d'humanité qui s'y étaient éteints, l'exercice des œuvres de charité fut peut-être dans la vie du divin Maître ce qui fit sur les peuples la plus profonde impression, et ce qui attira davantage à lui ces foules si empressées de l'entendre. Aussi, saint Pierre voulant faire connaître Jésus-Christ à Corneille et à tous ceux qui, avec lui, avaient demandé à être instruits dans la foi, leur dit, comme pour peindre le Sauveur d'un seul trait : « Il a passé en faisant du bien ». (Actes des Apôtres 10, 38). La pratique des œuvres de charité était donc l'un des plus puissants moyens d'action que Notre-Seigneur pût laisser à son Eglise pour exercer son influence salutaire sur l'humanité. Sans doute la bienfaisance peut être pratiquée même en dehors de l'Eglise catholique; mais il n'en est pas ainsi des œuvres de charité, dont Jésus-Christ a réservé le monopole à sa sainte Epouse, comme étant seule digne de lui succéder dans l'accomplissement de cet auguste ministère ; l'expérience apporte tous les jours un nouveau degré d'évidence à cette vérité. La bienfaisance, en effet, est une œuvre purement humaine, qui ne procède que d'une sensibilité naturelle plus ou moins vive, et aussi variable que les tempéraments ; il en résulte qu'elle subit les conséquences de son principe. Les secours matériels sont à peu près l'unique objet de sa sollicitude, parce que les souffrances physiques sont ce qui frappe et ce qui touche le plus la sensibilité humaine ; ils sont accordés, non pas toujours en proportion des besoins réels, mais dans une mesure relative à l'impression plus ou moins sensible qui a été reçue ; il y a des malheureux auxquels la nature a départi des qualités et même des traits qui excitent plus vivement l'intérêt, tandis que d'autres, complètement déshérités, sont repoussants à quelque point de vue qu'on les considère. Les uns sont reconnaissants, d'autres au contraire sont exigeants, et trouvent qu'on est injuste à leur égard en ne pourvoyant pas à tout ce qu'ils jugent leur être nécessaire. La bienfaisance humaine entoure les premiers de tous ses soins, et délaisse les derniers ; car, avant tout, elle cherche sa satisfaction personnelle, elle s'aime elle-même avant d'aimer les pauvres ; aussi est-elle inconstante, et s'arrête dans ses bonnes œuvres dès qu'il s'agit de privations, de sacrifices personnels, et de vaincre les répugnances de la nature.

La Charité chrétienne part d'un tout autre principe : elle prend sa source dans le Cœur même de Dieu ; la foi est l'unique règle de sa conduite ; tout dans ses œuvres est surnaturel et céleste. Elle aime tous les malheureux, quels qu'ils soient, et les secourt tous, sans autre distinction que celle commandée par la sagesse et la prudence chrétiennes; mais elle les aime et les secourt en se donnant et en se dévouant elle-même à leur service, en sacrifiant ses goûts, ses aises, sa fortune, son temps, sa vie même s'il le faut, sans attendre aucun retour de la part de ses obligés ; car, dans chaque malheureux, elle voit un membre souffrant de Jésus-Christ, et elle sait que c'est à ce divin Sauveur qu'elle se sacrifie, selon cette parole du divin Maître : « Tout ce que vous ferez au plus petit des miens, je le regarderai comme fait à moi-même » (Saint Matthieu 25, 40). Aussi, son amour pour tous ceux qui ont besoin de son dévouement est sans borne, et elle semble répéter avec celui qui nous a aimés le premier jusqu'à mourir pour nous : « Personne n'aime davantage que celui qui donne sa vie pour ceux qu'il aime ». (Saint Jean 15, 13). Outre ces principes fondamentaux de la charité chrétienne, l'Eglise catholique possède seule le précieux trésor, où il est donné à tous ses enfants de puiser la force de l'exemple et le courage nécessaires à l'accomplissement généreux et constant des œuvres charitables : la sainte Eucharistie. Quel modèle admirable, en effet, que celui de Jésus-Christ se donnant tout entier, tous les jours et à chaque instant à tous ceux qui le demandent, pour répandre dans leur cœur toutes les richesses de sa grâce ! Quel amour et quel dévouement pour le prochain ne doit-il pas communiquer aux âmes qui s'unissent à lui en participant aux saints mystères, lui qui a tant aimé les hommes !

III. Dès son berceau la sainte Eglise comprit toute la puissance de ce moyen d'action pour accomplir la sublime mission que le Sauveur lui avait confiée. Elle était à peine constituée, que déjà elle prêchait le soulagement des pauvres. Sa voix est entendue : les néophytes mettent leurs biens en commun ; les aumônes affluent aux pieds des apôtres ; ceux-ci ne peuvent bientôt plus suffire à les répandre, et ils établissent des diacres et des diaconesses pour les aider dans ce touchant ministère. Des quêtes s'organisent dans les différentes chrétientés qui surgissent de toute part, et on envoie des secours aux pauvres de Jérusalem. L'Eglise naissante ne se contente pas de soulager les infortunes, elle entoure de sa vénération ceux qui en sont victimes : le grand apôtre les appelle les saints, et il demande qu'on prie pour lui, afin que les aumônes qu'il va distribuer leur soient agréables. L'Eglise est encore à son début, et déjà l'empire de sa charité a tellement subjugué les âmes, que les païens eux-mêmes, témoins des merveilles qu'elle opère, s'écrient avec admiration en parlant des chrétiens : « Voyez comme ils s'aiment ! » Partout où la foi pénètre, la charité l'accompagne, car ce sont des sœurs inséparables ; le Sauveur n'avait-il pas proclamé que l'amour de Dieu et du prochain n'était pour ainsi dire qu'un seul et même commandement ? Il ne pouvait donc pas y avoir de christianisme sans la charité et sans les œuvres qui en sont le rayonnement nécessaire. Que l'on juge maintenant de l'influence immense que doit donner à l'Eglise l'exercice de cette céleste mission ? Elle lui ouvre les palais des riches pour solliciter au nom de Jésus-Christ l'abandon d'une partie des biens que la Providence leur a accordés avec tant de libéralité, et l'Eglise leur dit comme l'apôtre Saint Paul aux Romains : « Si vous voulez entrer en participation des biens spirituels des pauvres, vous devez secourir ceux-ci de vos biens temporels ; car vous êtes leurs débiteurs ». (Romains 15, 27). Puis, ce sont les cœurs des pauvres, dont la charité est la clef, qui s'ouvrent à leur tour pour recevoir avec les secours matériels les consolations incomparables que la religion seule peut leur donner ; car elle leur montre la croix du Sauveur pour leur apprendre à souffrir comme lui avec résignation ; et elle leur répète avec le divin Maître : « Bienheureux les pauvres... bienheureux ceux qui pleurent... (Saint Matthieu 5, 3-5). « Vous êtes maintenant dans la tristesse, mais vous verrez un jour » Jésus-Christ, « et votre cœur sera dans la joie, et personne ne pourra vous ravir cette joie ». (Saint Jean 16, 22). C'est la ce qui explique ce crédit immense qui a toujours été ouvert à la sainte Eglise, et qui lui a permis d'élever à la pauvreté et aux souffrances de toute espèce des asiles dont l'étendue, dès le quatrième siècle, était comparée par saint Grégoire de Naziance à celle d'une nouvelle ville ; et dont la magnificence était telle qu'on les décorait du nom remarquable d'Hôtel-Dieu. Personne n'ignore les fruits admirables que produisirent pour la propagation du christianisme les œuvres de charité exercées par les matrones romaines dans la capitale du paganisme ; et dans tout le monde connu, par ces milliers de vierges qui, autrefois, se consacraient au service de Dieu, sans quitter pour cela le toit paternel. Ce fut toujours par l'exercice de la charité que l'Eglise, à l'exemple de son divin Epoux, étendit ses conquêtes et qu'elle affermit dans la foi les peuples qu'elle lui avait gagnés. Plus ingénieuse que le malheur, elle sut toujours en triompher par les formes intelligentes et multipliées auxquelles elle plia ses œuvres, de manière à venir en aide à toutes les infortunes. En amollissant et en touchant les cœurs par ses bienfaits, elle soumet bientôt les esprits au joug de la foi qui l'inspire, et bientôt aussi elle a remporté de nouvelles victoires. On peut bien la persécuter, fermer ses temples, abattre ses autels, faire couler le sang de ses prêtres et de ses pontifes, mais il n'est pas de puissance sur la terre qui puisse l'empêcher d'aimer et de secourir les malheureux, et par conséquent anéantir l'irrésistible et salutaire influence des œuvres de sa charité : « La charité ne périra jamais ». (1Corinthiens 13, 8).

 

Élévation sur l'action qu'exerce l'Eglise sur la société par les œuvres de Charité

 

I. O Dieu, vous êtes la Charité par essence ; comment votre sainte Epouse ne participerait-elle pas à celle de vos perfections que vous avez le plus à cœur de manifester aux hommes ? Il n'est pas un seul de vos commandements dont le principe fondamental ne soit l'amour, puisque vous avez dit vous-même que ce mot descendu du ciel renfermait toute la loi et les prophètes. Lorsque vous avez chargé votre Eglise de prêcher votre doctrine divine et de la faire observer, vous avez demandé à celui que vous en aviez établi le chef, s'il vous aimait, et s'il vous aimait plus que les autres ; et il fallut qu'il vous assurât d'une manière solennelle et par trois fois qu'il vous aimait de toute son âme, pour que vous le jugeassiez digne de paître vos agneaux et vos brebis, et de conduire votre troupeau dans les voies du salut. Mais, d'après la parole même du disciple que vous chérissiez entre tous les autres, ô divin Maître, « celui qui dit qu'il aime Dieu et qui n'aime pas son frère, est un menteur. Car, ajoute-t-il, celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas ? C'est Dieu lui-même qui nous a fait ce commandement : pour aimer Dieu, il faut aimer son frère ». (Saint Jean, Ep. 4, 20, 21) Aussi, Seigneur, à peine vos apôtres commencèrent-ils a annoncer les vérités de la foi, qu'ils publièrent en même temps que les œuvres de charité étaient aussi nécessaires pour le salut que la foi elle-même : « La foi, disait saint Jacques, est une foi morte, si elle n'est accompagnée des œuvres qui en sont les fruits... L'homme ne peut être justifié par la foi sans les œuvres... de même qu'un corps sans âme est mort, ainsi la foi sans les œuvres est une foi morte ». (Jacques 2, 17, 24, 26.) Et il dit ailleurs : « A quoi vous servira, mes frères, que vous proclamiez que vous avez la foi, si vous n'en faites pas les œuvres? la foi seule pourra-t-elle vous sauver? Si votre frère où votre sœur sont nus, et qu'ils manquent du pain de chaque jour, et que vous vous contentiez de dire : Allez en paix, je vous souhaite de trouver de quoi vous réchauffer et de quoi vous rassasier; si vous ne leur donnez pas ce qui leur est nécessaire, pensez-vous que cela vous servira beaucoup pour votre salut ? » (Jacques 2, 14-16.) « Voici, disait encore saint Jacques, en quoi consiste la religion pure et sans tache aux yeux de Dieu : c'est à visiter les orphelins et les veuves dans leur malheur, et à conserver l'innocence au milieu de la corruption du siècle. (Jacques 1, 27.) Votre apôtre bien-aimé, ô divin Sauveur, répéta à ses disciples jusqu'à son dernier soupir : « Mes enfants, aimez-vous les uns les autres ». Et il écrivait dans sa première épître : « Celui qui possède les biens de ce monde, et qui ferme son cœur lorsqu'il voit son frère dans le besoin, comment pourrait-il avoir en lui la charité divine ? Mes enfants, n'aimons pas en paroles ni en vains discours, mais prouvons par nos œuvres la sincérité de notre amour » (3, 17, 18).

II. L'amour du prochain ou les œuvres de charité sont donc, Seigneur, le sceau divin auquel vous avez marqué votre Eglise ; et lors même que toutes les autres preuves de sa céleste origine et de sa mission sacrée viendraient à lui manquer, ou ne frapperaient pas tous les esprits de leur évidence incontestable, il suffirait de voir son front couronné du diadème de la charité pour reconnaître qu'elle est votre ouvrage, et que seule elle est dépositaire de la vérité, puisque seule elle possède les trésors de votre amour. C'est, en effet, le caractère particulier et infaillible auquel vous assurez vous-même que tous les siècles pourront la distinguer de toutes les sociétés religieuses enfantées par l'erreur et le mensonge : « Tout le monde vous reconnaîtra pour mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres ». (Saint Jean 13, 35). N'est-ce pas aux fruits que l'on reconnaît l'arbre ? Or, quelle est la religion qui pourrait rivaliser avec la foi catholique au point de vue des œuvres de charité ? Où trouvera-t-on ailleurs que chez les peuples qui vivent sous le joug si doux de votre sainte Église, autant d'hôpitaux, d'asiles ouverts à toutes les misères, et desservis non par des mercenaires, mais par des chrétiens qui se dévouent gratuitement pendant toute leur vie au service de leurs frères ? Où trouvera-t-on autant d'associations laïques qui chaque jour se multiplient avec les nouvelles misères et les nouveaux besoins, et qui ne se contentent pas d'y pourvoir parleurs libéralités, mais encore en visitant personnellement les victimes du malheur, jusque dans les réduits les plus infects et les plus obscurs, pour honorer les membres souffrants du Sauveur, et pour leur porter avec l'aumône matérielle les consolations spirituelles et morales, souvent plus nécessaires même que le pain de chaque jour ? Enfin, comme il y a dans les misères humaines une multitude de formes et d'événements imprévus, irréguliers, qui défient toutes les combinaisons systématiques, qui échappent à toutes les organisations les plus sagement établies, et qu'aucune classification ne saurait complétement embrasser, il fallait en dehors des fondations et des associations charitables la charité libre et individuelle, qui pût suivre et secourir le malheur dans tous ses détails et ses péripéties les plus inattendues : ce sont ces œuvres spéciales de la charité chrétienne auxquelles, Seigneur, vous avez donné pour règle : « Que votre main gauche ne sache pas ce que fait votre main droite ». (Matthieu 6, 3.) Ce sont ces œuvres qui demeurent cachées dans le sein du pauvre, et qui n'étant consignées sur aucun registre ne sont écrites que dans le livre de vie, parce qu'elles ne relèvent que de la conscience de chaque individu ; or, quelle est la secte qui pourrait avoir la prétention de disputer à l'Eglise catholique la supériorité des moyens qu'elle seule possède pour ouvrir les cœurs au sentiment divin de la charité ? N'est-ce pas à elle seule, ô divin Sauveur, que vous avez laissé l'incomparable trésor de vos exemples, de votre doctrine et de la sainte Eucharistie ? Oui, c'est vous, ô sainte Eglise de Jésus-Christ, qui depuis plus de dix-huit siècles avez pris l'initiative et qui avez été l'âme de tous les bienfaits répandus sur l'humanité. C'est vous qui avez commencé à prêcher la fraternité, à prendre le faible sous votre protection, à assister tous les êtres souffrants ; votre voix puissante et la persévérance de vos exemples ont triomphé des vieilles institutions politiques, sociales et domestiques : les coutumes les plus barbares, la tyrannie et les injustices les plus criantes ont été vaincues ; la vie et la personne de l'homme, son âme et sa conscience surtout, ont obtenu par votre dévouement un degré de respect et de liberté inconnu avant les inspirations de votre charité. Ah ! Puisque la Charité est la reine des vertus, ne devait-elle pas être la première dans votre cœur ?

III. A cette sollicitude si intelligente et si tendre qui ne reconnaîtrait, ô mon Dieu, celle que vous nous avez donnée pour mère dans cette vallée de larmes ? Mais, pour qu'elle eût droit à ce titre de mère, si touchant et si doux, il ne suffisait pas qu'elle nous eût engendrés à la grâce : il fallait encore qu'elle nous entourât de ses soins les plus assidus et les plus constants pendant notre vie entière, et surtout aux jours de l'épreuve ; il fallait qu'avec ce tact exquis qui n'appartient qu'à l'amour d'une mère, elle devinât nos souffrances, et sût les soulager sans blesser l'orgueilleuse susceptibilité de ses enfants ; et n'est-ce pas la lâche délicate et difficile qu'elle a si admirablement accomplie ? Elle faisait son apparition dans ce monde dépourvue des richesses de la terre et de toute puissance temporelle ; mais que ne peut pas le cœur d'une mère et la charité divine qui l'anime ! Moïse, profondément touché des besoins du peuple qu'il était chargé de conduire à travers le désert, ne fit-il pas jaillir une source abondante d'un rocher aride, et ne fit-il pas pleuvoir la manne pendant quarante ans ? Votre Eglise, ô divin Sauveur, à laquelle vous aviez confié non plus un seul peuple, mais l'humanité entière pour la régénérer, aurait-elle été moins puissante ? Et après avoir vu les pains se multiplier entre vos mains pour nourrir des multitudes affamées, pouvait-elle douter que les miracles de votre charité viendraient jamais à lui manquer ? Pour les obtenir, avait-elle d'autre prière à vous adresser que celle que vous fit votre auguste Mère Marie, aux noces de Cana : « Ils n'ont pas de vin ? » (Saint Jean 2, 3). Aussi, à peine votre Eglise vient-elle de commencer sa mission, que déjà, par votre inspiration divine, elle possède à son plus haut degré de perfection tous les ressorts et les industries de la charité. Elle n'exige rien, elle n'impose personne ; comme la très-sainte Vierge, elle se contente d'exposer aux riches les besoins des malheureux ; elle se contente de prier. Et dès qu'elle a parlé, comme une mère sait parler pour ses enfants, les cœurs les plus durs s'attendrissent, et ses greniers sont remplis. De toute part on accourt pour établir avec elle un saint commerce entre les biens de la terre et les richesses du ciel. Grâce à son ingénieuse économie, les ressources les plus modestes semblent se multiplier entre ses mains ; elle soulage toutes les souffrances, pourvoit à tous les besoins, et, sans user d'autres moyens que de ceux de la foi et de la persuasion, elle parvient pacifiquement à rétablir une sorte d'égalité entre les différentes conditions sociales : le superflu des uns adoucit l'indigence des autres. Les pauvres et ceux que le malheur éprouve la regardent comme la plus tendre des mères; les riches et les heureux du siècle la bénissent parce qu'elle leur apprend à se détacher des biens périssables, et à poursuivre ceux que l'aumône peut seule leur conquérir. En vain la philanthropie, les communions hétérodoxes et même l'Etat chercheront à se substituer à la charité que vous avez uniquement léguée à votre Eglise, ô divin Maître ; en vain ils s'efforceront de la contrefaire, de lui enlever les institutions qu'elle a fondées pour se les approprier et pour faire croire qu'elles sont l'œuvre de leurs mains : l'humanité ne s'y trompera pas. Si l'agneau sait reconnaître sa mère à travers les nombreuses brebis d'un grand troupeau, le chrétien riche ou pauvre saura bien aussi distinguer, au milieu de cette confusion, celle qui seule mérite son amour, et qui est la mère que le Seigneur lui a donnée.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

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28 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Vingt-neuvième jour

Action de l'Eglise sur la société par l'exercice du culte extérieur et public

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

I. Lorsque Dieu conçut le généreux dessein de régénérer l'humanité déchue, il ne voulut pas que son Verbe prît seulement une âme semblable à la nôtre, mais bien aussi un corps matériel comme notre corps. Il voulait restaurer l'homme tout entier, et par conséquent agir sur sa chair aussi bien que sur son âme : les liens étroits qui unissent l'une à l'autre dans notre nature rendaient nécessaire cette action complexe et commune, pour atteindre le but que se proposait la divine miséricorde. Aussi, le Sauveur apparut-il au monde, non comme un pur esprit, mais revêtu de notre humanité tout entière, afin d'exercer une action efficace et salutaire sur nos sens comme sur notre esprit. C'est cette double action que Jésus-Christ a communiquée et confiée à son Église, pour continuer et perpétuer son œuvre de réparation au sein de l'humanité. Nous avons vu la puissance toute spirituelle et sans borne dont le Sauveur a revêtu sa sainte Epouse pour qu'elle pût agir directement sur les âmes et sur vie morale de la société, au moyen de la prédication de la doctrine évangélique et de l'administration des sacrements ; il nous reste à méditer l'influence religieuse que son divin Fondateur lui a donné mission d'exercer extérieurement par le culte public auquel elle préside. Sous le spécieux prétexte de professer un respect plus profond, et une plus haute estime pour le culte divin et pour l'action surnaturelle de la Religion sur le monde des âmes, certains philosophes reprochent amèrement à l'Eglise d'user de moyens extérieurs et matériels pour accomplir son œuvre. Ils voudraient que, pour être digne de la sublimité de ses fonctions, elle se dégageât complètement de tout ce qui est sensible, pour s'appliquer uniquement à la contemplation et au culte exclusivement spirituels. Mais, malheureusement pour eux, la sagesse divine en a jugé autrement. Sans doute, l'Église répudie des hommages purement extérieurs et auxquels l'âme ne prendrait aucune part ; parce que « Dieu est esprit, et il veut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité » (Saint Jean 4, 24); mais comme il a donné à l'homme un corps tout aussi bien qu'une âme, il exige que l'un et l'autre lui rendent leurs devoirs par un culte tout à la fois intérieur et extérieur. Créateur de la nature humaine, il connaissait les lois qui enchaînent l'esprit à la chair, et il a voulu en quelque sorte s'y soumettre lui-même, en se communiquant à nous par les moyens ordinaires qui sont propres à notre nature. En un mot, il a voulu que nous allassions à lui, et venir à son tour à nous par tous les éléments de notre être, par les sens et par l'esprit.

II. Déjà, au temps des Patriarches, il avait exigé des sacrifices ; Moïse lui avait dressé un tabernacle, et avait élu une tribu pour le service des saints autels; plus tard, sous son inspiration, David et Salomon lui élevèrent un temple célèbre, auquel le peuple juif accourait en foule, de toutes les parties de la Judée, afin d'y rendre à Dieu l'honneur qui lui est dû. Jésus-Christ fut à peine entré dans le monde, que l'étable où il naquit devint un sanctuaire. Les bergers s'y pressaient pour l'adorer, et les mages y venaient pour lui offrir de la myrrhe, de l'or et de l'encens. Plus tard, le Sauveur est présenté an temple, et c'est là qu'à l'âge de douze ans il fait entendre pour la première fois ses divins oracles. C'est lui qui nous enseigne la prière vocale par excellence. Il prie lui-même en se tenant à genoux et en se prosternant jusqu'à terre. Au lieu de faire ses miracles par un pur acte de sa volonté, il emploie toujours quelque signe extérieur et sensible : tantôt de la salive, tantôt de la boue ; d'autrefois il guérit subitement les malades et ressuscite les morts, en criant avec force ou en touchant de sa main sacrée ceux auxquels il accorde ces faveurs. Enfin il établit les sacrements, et il veut qu'une matière sensible en soit le signe et indique la grâce spéciale qui leur est propre. L'Eglise, chargée par son divin Fondateur de poursuivre son œuvre réparatrice, n'aurait-elle pas manqué au respect profond qu'elle devait aux institutions et aux exemples de Jésus-Christ son Maître, si elle eût osé changer le plan qu'il lui avait tracé, et suivre une marche différente de celle qui lui avait été enseignée ? Elle y a toujours été fidèle, et depuis dix-huit cents ans elle n'a pas cessé d'en recueillir des fruits merveilleux. Qui pourrait redire, en effet, les impressions profondes et salutaires produites par la majesté et la sainteté de ses temples, par l'édification de ses pieuses assemblées, par la gravité et l'harmonie de ses chants religieux, par ses cérémonies si imposantes et si touchantes? L'impiété ne reconnaît que trop l'influence immense que peut exercer l'Eglise en faveur de la Religion et du salut des âmes par l'éclat de son culte extérieur ; c'est pour cela que, semblable aux Juifs, qui reprochaient à Madeleine la profusion des parfums dont elle couvrait les pieds du Sauveur, prétendant que leur prix serait mieux employé si on le distribuait aux pauvres, elle reproche à son tour à l'Eglise le luxe avec lequel elle décore ses temples et les richesses qu'elle y consacre ; le temps passé dans les assemblées saintes est du temps perdu, et qui serait mieux employé à ses yeux par quelque occupation lucrative ; les cérémonies sacrées ne sont pour les ennemis de l'Eglise que des superstitions et de vains spectacles offerts à l'ignorance et au fanatisme ; et ils redoutent tellement l'empire qu'elles exercent sur les masses, qu'ils leur défendent de franchir le seuil du sanctuaire et de se montrer au sein des villes, même pour en bénir les rues et les demeures. Et si la haine contre la foi va jusqu'à la persécution, le premier de ses exploits est d'abattre les autels et de fermer les temples. Peut-on proclamer d'une manière plus éclatante la puissance prodigieuse que le Sauveur a confiée à l'Eglise dans la pratique du culte extérieur et public ?

III. Sans doute Dieu n'a pas besoin de nos temples pour lui-même, comme un monarque a besoin d'un palais pour en faire le siège de sa grandeur et de sa puissance ; sans doute encore la majesté infinie remplit l'univers entier de sa présence, et partout elle peut entendre nos vœux et nos prières ; mais c'est nous qui avons besoin de ces lieux spécialement consacrés au culte de la divinité. Il est des hommes, nous le savons, qui pour se distinguer de la foule et du vulgaire, pour se faire considérer comme artistes ou comme philosophes, ne voudraient dans nos églises que la pierre nue, de la beauté et de la gravité de laquelle, à leur dire, aucun ornement ne saurait approcher ; qui s'extasient devant la simplicité touchante des pauvres églises de nos campagnes. C'est là, prétendent-ils, qu'ils prient avec le plus de ferveur. Mais nos temples n'ont pas été précisément élevés pour ces exceptions de l'espèce humaine ; c'est aux masses qu'ils sont destinés, et l'on a dû choisir pour les orner ce qui impressionne plus vivement le commun des hommes. Pauvre peuple ! pourquoi vous serait-il refusé de venir de temps en temps sous les lambris dorés de la maison de votre Père, qui est aussi la vôtre, reposer vos yeux fatigués et attristés par le spectacle continuel de la misère qui vous entoure, et contempler les splendeurs religieuses dont la sainte Eglise veut réjouir votre âme désolée ? Pourquoi cette Eglise, votre tendre mère, si quelquefois elle est obligée de vous demander des sacrifices, ne vous convierait-elle pas aussi de temps à autre à ses solennités, pour y dilater vos cœurs, si souvent flétris par les chagrins et les privations de toute espèce ? Quelle est la société qui n'a pas ses fêtes populaires ? Vous ne possédez pas de livres, et le temps d'ailleurs vous manquerait pour les feuilleter ; accourez donc dans le lieu saint : tous les arts y ont été convoqués pour éclairer votre esprit et consoler votre cœur. L'Eglise a mis à la portée de toutes les intelligences les plus sublimes mystères, l'histoire de la religion et celle du divin Sauveur qui a tant aimé les pauvres et les petits. Les sculptures, les peintures sacrées qui couvrent les murailles de ses temples, vous retracent et vous redisent toutes les vérités et les touchantes traditions de notre foi dans un langage saisissant; elle va jusqu'à essayer de vous donner une idée du ciel, où elle veut vous conduire, par ces vitraux admirables, où se pressent une multitude de héros chrétiens, que le soleil rend lumineux, comme pour vous révéler la gloire dont ils jouissent dans le séjour de l'éternelle félicité. L'architecture même de nos édifices religieux sait leur imprimer un caractère particulier qui saisit de respect celui qui en franchit le seuil ; tout y est disposé pour instruire ceux qui y pénètrent : les fonts baptismaux, qui rappellent la régénération de nos âmes ; les tribunaux de la pénitence, qui révèlent les miséricordes infinies de Dieu pour le pécheur ; la table sainte, où tous sont invités sans distinction pour y puiser des forces dans le pénible chemin de la vie; enfin l'autel,où se renouvelle chaque jour le sacrifice auguste de la rédemption.

Mais c'est surtout lorsque nos temples se remplissent de cette foule pieuse, où tous les âges et toutes les conditions se trouvent fraternellement confondus, que l'Église exerce avec plus de succès sa céleste et salutaire influence. Outre l'édification mutuelle et l'entraînement du bon exemple, qu'on y trouve, qui pourrait dire les fruits précieux que la parole divine produit alors dans les âmes, et les glorieuses conquêtes qu'elle fait à la foi et à la vertu, les préjugés et les illusions qu'elle dissipe, les solides doctrines qu'elle établit dans les intelligences, les ennemis qu'elle réconcilie, la paix qu'elle met dans les âmes, les douces consolations qu'elle répand dans les cœurs ? C'est ainsi que l'Église adoucit les mœurs et civilise les peuples les plus barbares, d'une manière bien autrement efficace que ne peuvent le faire les arts, les sciences et l'industrie que la multitude ignore et qu'elle ignorera toujours. Les cérémonies sacrées viennent à leur tour prêter à la sainte Eglise le concours de leur précieuse influence. Si les hommes n'étaient que de pures intelligences, étrangères aux impressions des sens, on devrait sans doute rejeter comme inutile tout l'appareil et la pompe du culte chrétien. Mais nous savons tous, par notre propre expérience, combien les choses sensibles ont d'empire sur le cœur de l'homme, combien l'esprit, naturellement volage, a besoin d'être captivé ; et voilà pourquoi la religion chrétienne déploie devant nous un ordre et une suite de cérémonies qui parlent à nos sens, et qui par leur intermédiaire nous instruisent et nourrissent notre piété. Aussi, tout dans nos rites sacrés est symbolique, et frappe encore plus notre esprit que nos yeux. Quel est, en effet, le dogme ou le précepte qui ne soit retracé, et presque rendu sensible par quelque point du culte public ? Assurément, si l'on considère chaque cérémonie isolément, en dehors des mystères dont elle est pour ainsi dire le langage, dépouillée de la foi qui en est l'âme, il est facile de déverser le ridicule sur ce qu'il y a de plus saint ; mais alors on cesse d'être sincère, et on se met en dehors de la question. Au reste, il suffit de consulter nos souvenirs, de nous rappeler quelqu'une de ces grandes solennités où la religion déploie toutes ses pompes, et où nous étions mêlés à la multitude. Malgré peut-être nos préjugés nous avons été émus, touchés même jusqu'à sentir ce frémissement qui se traduit souvent par des larmes, et nous sommes sortis meilleurs, ou du moins mieux disposés à le devenir. Aussi, là où les pieuses cérémonies de la religion sont négligées ; là où les temples sacrés sont dépouillés de tout ornement, et tombent presque en ruines sous le souffle empoisonné de l'indifférence ; là où le prêtre est forcé de monter au saint autel avec des lambeaux de vêtements sacrés, la foi est bien près de s'éteindre, et avec elle le respect de l'autorité, la justice et la civilisation tout entière; là où il n'y a plus de culte public, Dieu est méconnu ; et quand un peuple n'a plus de Dieu, c'est un corps sans âme et sans vie, qui tombe en dissolution : il retourne à la barbarie.

 

Élévation sur l'action de l'Eglise par l'exercice du culte extérieur et public

 

I. Vous aviez annoncé, Seigneur, par la voix solennelle de vos prophètes, que votre Eglise serait comme la « maison de Dieu élevée sur le sommet des montagnes, au-dessus des collines, à laquelle devaient se réunir toutes les nations » (Isaïe 2, 2 ) ; comme une « haute montagne » qui se montre à toute la terre (Daniel 2, 34). Suivant les Livres Saints, elle devait être une cité qui, étant « placée sur la hauteur », ne peut être cachée (Saint Matthieu 5, 44) ; une société où il y a des « pasteurs et des docteurs chargés d'un ministère public pour l'édification du corps de Jésus-Christ » (Ephésiens 4, 11), « qui est l'Eglise » (Colossiens 1, 24). Enfin, les saintes lettres la montrent comme un troupeau confié à la sollicitude des « évêques, établis par le Saint-Esprit pour gouverner l'Eglise de Dieu » (Actes des Apôtres 20, 28), et pour « prêcher /'Evangile à toute créature » (Saint Marc 16, 15). La société chrétienne devait donc manifester son existence et sa vie autrement que par un culte purement spirituel ; son culte devait être visible comme elle. Son but était de régénérer l'humanité dans toute l'étendue de sa nature, puisque l'homme tout entier avait été corrompu par le péché d'origine ; et c'est pour cela, Seigneur, que vous lui avez donné des moyens d'action qui peuvent atteindre tout à la fois l'âme et le corps. Non, vous n'avez pas voulu que votre Eglise se bornât à la contemplation de vos perfections infinies et de la sagesse de vos divins préceptes ; mais vous l'avez créée pour être la réformatrice et l'âme de toutes les œuvres humaines qui remplissent l'existence des individus et des sociétés ; vous l'avez chargée de suivre l'homme depuis le berceau jusqu'à la tombe, et de présider sans relâche à ses destinées; aussi, vous lui avez donné un corps aussi bien qu'un esprit, afin de perpétuer en elle et par elle les fruits précieux de votre incarnation et de la rédemption. Ainsi, vous continuez par sa bouche la prédication de votre Evangile ; vous offrez encore par ses mains l'auguste sacrifice de la croix; vous dites toujours par son organe aux pauvres pécheurs : « Vos péchés vous sont remis » ; et vous renouvelez sans cesse, par la puissance ineffable dont vous l'avez revêtue, les mystères adorables de la Cène.

II. Mais, ô divin Sauveur, qu'est-ce que le culte extérieur et public de votre Église, si ce n'est l'exercice de ces sublimes fonctions que vous lui avez confiées ? Toutes les cérémonies qui concourent à ses solennités n'ont-elles pas uniquement pour but d'instruire les hommes de votre sublime doctrine, de les conduire peu à peu à la source de la régénération, pour les unir ensuite à vous par la participation a votre divin banquet ? Pourquoi ses temples ? Et ne fallait-il pas à la société chrétienne, comme à toute autre, une maison commune, un lieu consacré aux réunions solennelles, où le législateur suprême pût faire entendre ses oracles ? Ne lui fallait-il pas un palais où la justice divine pût prononcer ses sentences de miséricorde, et acquitter nos dettes ? Le roi de gloire, celui qui a promis d'être avec son Eglise jusqu'à la consommation des siècles, aurait-il été le seul monarque qui n'eût pas eu de trône, le seul Dieu auquel on n'eût pas élevé de sanctuaire, ni d'autel ? Mais cette croix qui couronne le faîte de nos temples, qui domine le tabernacle, qui marche toujours à la tête du peuple chrétien, dont le signe se retrouve partout et se mêle à tous les mystères qui s'opèrent dans le lieu saint, n'est-elle pas une voix éloquente qui rappelle sans cesse à l'homme qu'il ne peut y avoir de salut pour lui qu'autant qu'il sera marqué au sceau du sang divin qui a coulé sur l'arbre de vie ? Quelle leçon salutaire que cette eau lustrale, qui se trouve au seuil du temple ! La prière, semble-t-elle dire, ne peut plaire au Seigneur que lorsqu'elle part d'un cœur pur ou qui désire se purifier. Puis, c'est la tribune sacrée du haut de laquelle tombent ces paroles divines qui éclairent, qui touchent les âmes et les conduisent au tribunal de la miséricorde et de la justification. Mais à peine le miracle de la résurrection spirituelle s'est-il opéré, que je vois le pieux fidèle se diriger vers le sanctuaire : le sacrifice auguste commence. Il y trouve une victime qui s'offre pour l'expiation de ses fautes; une victime qui supplée par ses mérites infinis à l'infirmité de ses adorations, à la froideur de ses prières, à la faiblesse de sa reconnaissance. Il s'unit étroitement au sacrificateur et devient en quelque sorte prêtre avec lui. Voilà pourquoi un admirable colloque s'établit entre eux : tous deux d'abord avouent leurs misères au pied du saint autel, et implorent mutuellement leur pardon ; et lorsque celui qui est revêtu du caractère sacerdotal a franchi les degrés qui montent au tabernacle, il ne cesse pas pour cela, tout en parlant à Dieu, d'adresser encore la parole à ses frères : « Le Seigneur soit avec vous », leur dit-il a plusieurs reprises ; et les assistants s'empressent de lui répondre : « Et avec votre esprit ». A chaque prière les pieux fidèles montrent par une parole d'approbation : « Ainsi soit-il », la part qu'ils prennent aux supplications du prêtre. Plus tard, celui-ci les prie de demander que son sacrifice et le leur devienne agréable à Dieu ; et enfin avant d'entrer dans cette contemplation profonde qui précède immédiatement l'accomplissement du plus saint des mystères, il les exhorte à élever leurs cœurs jusqu'au ciel ; puis, il ne leur parle plus ; car lui-même n'est plus sur la terre. Toutefois, lorsque le sacrifice eucharistique est consommé, le chrétien qui s'est purifié dans les eaux vivifiantes de la pénitence ne s'en tient pas à une simple participation de prière, il veut aussi participer à la victime adorable. Alors, le prêtre reprend la parole, lui déclare quelle est la grandeur et la bonté de celui qu'il va lui donner, et lui rappelle avec douceur combien il est peu digne de le recevoir. Il lui livre enfin le corps du Seigneur, en souhaitant à l'âme fidèle qu'elle sache y trouver une sauvegarde assurée pour la vie éternelle. L'union de l'homme avec Dieu est accomplie, et le but du culte extérieur et public est obtenu !

III. Oh ! Je conçois, ô mon Dieu, les admirables transports du saint roi qui s'écriait : « Que vos tabernacles sont aimables, Seigneur, Dieu des armées : mon âme soupire et elle est prête à tomber en défaillance lorsqu'elle pense au bonheur de se trouver dans votre sanctuaire ! Mon cœur et ma chair font éclater par des transports de joie l'amour qu'ils ressentent pour le Dieu vivant. Le passereau a une retraite, et la tourterelle a un nid pour y mettre ses petits ; pour moi, vos autels seront ma demeure, ô Seigneur des armées, mon roi et mon Dieu ! Heureux ceux qui habitent votre maison, Seigneur; ils vous loueront dans tous les siècles !... Car un seul jour passé dans votre sanctuaire l'emporte sur mille autres jours de ma vie. Ah! combien j'aime mieux être regardé comme le dernier dans la maison de mon Dieu que d'habiter sous te toit des pécheurs ! » (Psaume 83). Lorsque le Temple de l'Ancien Testament et les cérémonies qui s'y passaient faisaient naître des sentiments si tendres et si embrasés, comment pourrait-on douter de la puissante influence que doit exercer sur les cœurs la réalisation des saints mystères qui s'opèrent dans nos églises, et dont le culte antique n'était qu'une figure bien imparfaite ? Ah ! Seigneur, si le ciel et la terre et les merveilles qu'ils renferment publient votre gloire, et forcent les plus incrédules à reconnaître la puissance souveraine de leur auteur, quels seront les fruits qu'il faudra attendre des prodiges de miséricorde que nous révèlent les cérémonies du culte chrétien ? Est-il surtout rien de plus imposant que le spectacle touchant d'un Dieu descendu du ciel et réellement présent sur nos autels, qui bénit ses enfants avec l'amour le plus tendre et le plus désintéressé ? Le parfum de l'encens qui embaume le temple, les saints cantiques qui retentissent de toutes parts, le profond recueillement et le religieux respect de la multitude réunie sous les voûtes sacrées : tout semble dire à l'âme que le ciel s'est abaissé pour un instant jusqu'à la terre. Ah ! malheur à celui qui resterait insensible en présence de cette scène ravissante ; si sa foi n'est pas entièrement éteinte, elle est bien près de l'être.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

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27 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Vingt-huitième jour

Action de l'Eglise sur la société par le Sacrement de Mariage

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

Le mariage chrétien, ou le sacrement de Mariage, est le troisième principe de régénération et de perpétuité que Jésus-Christ a donné a son Eglise. Le premier est la doctrine évangélique ; le second est le sacerdoce. Le sacerdoce et le mariage, à eux seuls, tiennent entre leurs mains, non-seulement les destinées des familles, mais encore celles des peuples de l'humanité tout entière. Aussi, sont-ils les seules professions que le divin Maître ait élevées à la dignité de sacrement. Le but qu'ils devaient atteindre demandait, en effet, une action toute-puissante capable de triompher de la corruption générale et des maximes mensongères du siècle. Il fallait encore que ces deux états fussent revêtus d'une autorité et d'une majesté divines pour commander le respect dont ils doivent être entourés. Enfin, ceux qui s'y dévouent avaient besoin de grâces spéciales pour être à la hauteur des devoirs si graves et si importants que leur condition leur impose. L'institution de ces deux sacrements pourvoit à toutes ces nécessités.

I. Pour bien comprendre l'influence immense qu'exerce sur la société le mariage chrétien, ou le sacrement auguste établi pour sanctifier et consacrer l'union des époux, il est important de remonter à l'institution primitive de ce saint état, et de bien comprendre le but du Créateur lorsqu'il le fonda. Lorsque le livre de la Genèse nous parle de la création des animaux, il nous rapporte que Dieu se contenta de leur dire: « Croissez et multipliez », sans rien ajouter qui pût faire entendre qu'il s'agît d'autre chose, sinon de perpétuer leur espèce et de se multiplier matériellement avec leurs instincts aveugles. Mais, quand le texte sacré nous entretient de l'homme, son langage est tout autre: « Dieu, dit-il, créa l'homme à son image, et il le créa à l'image de Dieu; il fit l'homme et la femme, il les bénit, et ce fut après qu'il ajouta : « Croissez et multipliez, et remplissez la terre ». (Genèse 1, 27- 28). Créé à l'image de Jésus-Christ, suivant l'interprétation des Pères, l'homme devait multiplier sa postérité, non pas seulement en la formant d'hommes semblables à lui sous le rapport physique et intellectuel, mais encore en la formant d'hommes à l'image de Jésus-Christ. Dieu l'ayant en quelque sorte associé à l'œuvre de la création, l'homme devait donc contribuer aussi pour sa part à la création morale de ses descendants, et s'efforcer de reproduire en eux le divin modèle sur lequel il avait été lui-même formé. Or, c'est dans ce travail, qui consiste à former des descendants à l'image de Jésus-Christ, c'est-à-dire, à les former à toutes les vertus morales, religieuses et sociales, travail imposé aux parents, que se trouve le but principal que Dieu se proposa en instituant le mariage et en bénissant lui-même les deux premiers époux. Telle fut l'influence immense que le Seigneur voulut donner au mariage sur l'avenir et les destinées des familles et des sociétés.

II. Mais, le péché du premier père ayant corrompu le sens primitif de l'institution du mariage, les hommes oublièrent la fin sublime de ce saint état, et la catastrophe terrible du déluge universel fut le solennel châtiment de cet oubli criminel. Le souvenir de cette épouvantable punition, les communications intimes de Dieu avec les patriarches, et plus tard la loi mosaïque entourèrent de nouveau le mariage, chez le peuple de Dieu, d'assez de respect, d'honneur et de dignité, pour que les Juifs aient pu conserver pendant plus de quinze cents ans encore l'esprit de famille et leur nationalité, fruits ordinaires des mariages contractés selon l'esprit de Dieu. Ce fait est d'autant plus frappant, qu'autour du peuple juif s'agitaient de toute part les philosophes, les sages et les législateurs païens, qui, ayant parfaitement compris la haute influence du mariage sur la destinée des empires, s'efforçaient de forger des lois capables de maîtriser le torrent des passions et de rétablir l'ordre complètement détruit dans les familles, et dans les états qu'ils gouvernaient. Les Lycurgue, les Périclès, les Platon en Grèce ; les Romulus, les Numa, les décemvirs,les Auguste pour l'Empire romain, sentaient si vivement l'influence que peut exercer le mariage sur le bonheur des peuples et sur la prospérité des nations, que tous usèrent les ressources de leur génie et de leur sagesse, pour s'efforcer d'inventer des lois qui pussent replacer le mariage dans des conditions capables de sauvegarder les bonnes mœurs, et de garantir l'unité de la famille et de la société. Mais tous échouèrent et tombèrent dans les excès les plus monstrueux, pour éviter ceux dont l'expérience avait fait justice. Dieu seul, en effet, qui avait créé les cœurs, pouvait trouver ce secret impénétrable à l'intelligence humaine ; et lui seul surtout pouvait communiquer aux hommes la force nécessaire pour être fidèles aux règles qu'il allait leur révéler et leur imposer.

III. Après tous les vains efforts des sages et des savants du siècle, apparut donc le souverain Législateur, le divin Réparateur qui devait réhabiliter la race humaine déchue. Lorsqu'on veut relever un édifice qui tombe en ruines, on le reprend par la base. Aussi, l'un des premiers soins du Sauveur fut-il de rétablir le mariage sur ses fondements primitifs, en lui rendant l'unité et l'indissolubilité. C'est ainsi qu'en deux mots il résolut ce problème inextricable, devant lequel les meilleurs esprits et les plus hautes intelligences avaient été forcés d'avouer leur incapacité, depuis quarante siècles. Sans l'unité, la famille, qui est essentiellement un corps organisé et monarchique, devenait impossible. Sans l'indissolubilité, il fallait admettre le divorce qui n'est qu'une polygamie mal déguisée, et dont une triste expérience a fait justice, comme étant la ruine de la famille. Aussi, dans les pays où il est encore toléré, la législation l'a-t-elle entouré de tant de difficultés, qu'elle l'a rendu presque inabordable. D'ailleurs, l'unité et l'indissolubilité étant corrélatives ne devaient former qu'une seule et même loi. C'était l'indissolubilité qui devait rendre à la femme la dignité que la polygamie païenne et le divorce lui avaient ravie. Grâce à cette loi si sage du mariage chrétien, elle ne pouvait plus être le vil jouet de la brutalité de l'homme; elle redevenait, comme au premier jour de la création, la compagne de son époux, et non son esclave; elle avait voix délibérative dans les affaires intimes de la famille, et elle pouvait être souvent l'utile conseillère et la consolatrice de celui qui partageait sa destinée, en soutenant son courage quelquefois chancelant dans les jours mauvais de la vie. Ainsi, l'homme lui-même aussi bien que la femme allait recueillir les heureux fruits de cette législation divine. Il n'était plus seul sur la terre; il avait retrouvé, selon la parole de l'Ecriture, « une aide semblable à lui, l'os de ses os, la chair de sa chair ; c'est pour cela que l'homme abandonnera son père et sa mère pour s'attacher à son épouse, et ils seront deux en une seule chair ». (Genèse 2, 21 et ss). Texte sacré qui démontre à l'évidence que l'institution primitive du mariage renfermait l'obligation rigoureuse de l'indissolubilité. Cette indissolubilité devenait surtout une loi de stricte justice vis-à-vis des enfants; car ils avaient droit à autre chose qu'à ce pain amer de la séparation, que leur garantissaient les législateurs du divorce, et dont chacun des époux qui se quittent peut, en effet, leur donner la moitié ; on leur devait autre chose que les leçons des maîtres qui se paient à prix d'or ; ils avaient droit à cette éducation de tous les jours et de toutes les nuits, pour laquelle Dieu n'a pas cru que ce fût trop de réunir les deux vies d'un père et d'une mère ; ils avaient droit à cette société de la famille que la mort même ne peut rompre, sans que l'époux survivant se sente jamais capable de réparer l'absence de l'autre. Le mariage n'a que des conséquences irréparables, aussi la famille qu'il créa ne peut avoir que des liens indissolubles. L'indissolubilité fait donc la force de la famille ; et comme les sociétés ne se forment que de l'agglomération des familles, et qu'elles ne peuvent trouver de meilleur modèle pour leur organisation que la famille elle-même, il en résulte que le mariage chrétien en réhabilitant la société domestique, en y rétablissant l'ordre, la dignité, l'unité et la stabilité, exerce l'influence la plus salutaire, la plus efficace et la plus considérable sur la société tout entière.

 

Élévation sur l'action de l'Eglise vis-à-vis de la société par le Sacrement de Mariage

 

I. Pouviez-vous, Seigneur, contempler d'un œil indifférent le désordre et la corruption dont les plus viles passions de l'homme avaient infecté l'institution primitive et fondamentale de la société ? Votre divine Providence, qui veille avec tant de sollicitude sur la conservation et le bon ordre des œuvres sorties de vos mains, pouvait-elle, en entreprenant la restauration du genre humain, ne pas pourvoir à la réparation d'un mal si profond, et dont les conséquences funestes avaient perverti l'humanité tout entière ? Oh ! Non, Seigneur, votre miséricorde infinie, et l'ardent amour que vous aviez pour le salut du monde,vous ont inspiré le moyen puissant et radical qui seul pouvait purifier à jamais la source des générations futures, en instituant le sacrement de Mariage. Aussi, Saint Paul appelle-t-il ce sacrement grand par excellence, puisqu'il est le symbole de l'alliance que Jésus-Christ a daigné former avec notre humanité et avec son Église. Mais si l'union intime contractée entre le Verbe divin et la nature humaine, et si celle que sa grâce et sa charité ont consommée avec l'Église son épouse, sont irrévocables et indissolubles, ces caractères essentiels devaient être également ceux des unions auxquelles le Sauveur voulait imprimer le sceau de son sang précieux par l'auguste sacrement de Mariage. Toutefois, pour adoucir ce que cette loi rigoureuse pourrait avoir de dur pour l'inconstance humaine, vous avez voulu que le sentiment le plus doux, c'est-à-dire l'amour, en fût le principe et le fondement. Vous avez voulu que la fidélité a cet amour fût sacrée et inviolable. Pouviez-vous mieux entrer dans les dispositions que la nature elle-même a gravées dans le cœur de l'homme qui a encore quelque respect pour son honneur ? Quel est, en effet, celui qui n'est pas jaloux d'un premier amour, d'un amour fidèle et constant ? Et la loi de l'indissolubilité est-elle autre chose que la consécration de ce sentiment si noble, si pur et si juste ? Il est vrai que les passions humaines s'élèveront, dans leurs excès, contre ces règles si naturelles pourtant de l'ordre, de l'honnêteté et du vrai bonheur ; l'homme aura des luttes quelquefois terribles à soutenir contre lui-même. Mais c'est pour cela, Seigneur, que votre miséricorde et votre bonté ont daigné élever le mariage a la dignité de sacrement ; vous vouliez ainsi non-seulement purifier et sanctifier l'amour légitime, mais encore ouvrir aux époux chrétiens une source inépuisable de secours surnaturels, qui seuls pouvaient leur donner la force de triompher de la corruption, et de garder religieusement leur promesse sacrée de fidélité mutuelle.

II. L'amour vrai ne peut exister, en effet, sans le sacrifice : aimer, c'est se donner, se sacrifier. Le sacrifice est la pierre de touche de l'amour ; c'est vous, ô divin Maître, qui nous l'avez dit vous-même : « Personne n'aime autant que celui qui fait le sacrifice de sa vie pour ceux qu'il aime » (Saint Jean 15, 13), et c'est ainsi que vous avez voulu nous prouver combien vous nous aimiez. Il y a donc dans le mariage plus qu'un simple et froid contrat ; il y a un double sacrifice qui ne connaît ni bornes, ni conventions, lorsque l'amour en est véritablement l'âme et le principe. Aussi, est-ce pour cette raison que chez tous les peuples le mariage a voulu des autels pour témoins et des dieux pour vengeurs ; et que, chez les chrétiens, le sang d'un Dieu, versé par l'amour, en est le sceau. Oui, dans le mariage, vous avez voulu, Seigneur, qu'il y eût deux sacrifices qui en formassent le lien indissoluble. La femme sacrifie ce que Dieu lui a donné d'irréparable, ce qui faisait l'objet de la sollicitude de sa mère. Elle sacrifie sa première beauté, cette fleur pleine de fraîcheur qui embellit tous les ouvrages qui sortent de la main du Créateur ; souvent elle sacrifie sa santé, et toujours ce premier élan d'amour qui ne se donne pas deux fois, ce charme que le veuvage en lui rendant la liberté ne saurait lui restituer. L'homme en retour sacrifie sa liberté et son repos pour se charger de la responsabilité d'une famille. L'homme arrivé au terme de son éducation, dans toute la force de son corps et de son esprit, maître de lui-même, se lasse bientôt de s'appartenir. Il est tourmenté d'un besoin infini de se donner, et s'il ne se donne pas tout entier à Dieu dans le service de la prière, ou à la société dans le service des armes, un inexorable ennui ne lui laisse pas de paix, qu'il n'ait trouvé au monde une créature à laquelle il puisse se donner, non pas à demi, ni pour un temps, mais tout entier et pour toujours. Rien, en effet, ne rendra plus à l'homme ces incomparables années de la jeunesse, cet essor d'imagination capable de tout, excepté de désespérer, et cet effort d'un premier amour qui peut tout vaincre pour faire à autrui un sort glorieux et doux. S'ils savent ce qu'ils font, les deux époux sacrifient toutes ces choses, et ils sont heureux de les sacrifier.

III. Mais, ce double sacrifice, les deux époux ne se le font pas seulement l'un à l'autre. Il entrait dans les vues de votre infinie sagesse, ô mon Dieu, qu'il ne fût que le prélude et le noviciat de celui qu'ils devaient faire aux enfants à naître, en faveur desquels ils consentent à subir toutes les charges et toutes les douleurs de la vie domestique, à donner jusqu'à la dernière veille de leurs nuits, jusqu'à la dernière goutte de leurs sueurs et de leur sang. Car les enfants nés ou à naître sont les créanciers perpétuels de l'association conjugale. Elle leur doit premièrement la vie, l'éducation jusqu'à la majorité et les moyens d'existence, des aliments à tout âge s'ils deviennent infirmes ou malheureux, et assurément des conseils et des exemples. Elle leur doit ce que des époux séparés plus ou moins légalement ne pourront plus tenir, lors même qu'ils ont fait de leurs enfants un partage impie ; parce que chacun des époux n'a qu'une partie de ce qu'il faut pour payer la dette que le mariage a contractée envers eux, et que-vous n'avez pas moins voulu, Seigneur, la réunion et l'unité des époux pour les élever, que pour leur donner la vie, comme l'atteste votre divine parole : « Que l'homme se garde de séparer ce que Dieu a uni ». (Saint Marc 10, 9.) Les enfants sont des tiers intéressés qui n'ont pas pris part au contrat qui a fixé leur sort ; on ne peut donc rien changer à ce contrat sans blesser la justice à leur égard ; d'autant plus que, ne pouvant pas être rendus à la paix du néant, ils peuvent encore moins que les parties contractantes être remis au premier état en entier. Vous avez voulu, ô mon Dieu, que le sacrifice et le dévouement fussent la condition essentielle du mariage chrétien, pour que la famille, devenant l'école du sacrifice, préparât ainsi, sous l'œil et la direction de l'Eglise, des citoyens prêts à se dévouer au bien de tous, et éminemment propres à former une société robuste et capable de résister aux plus rudes épreuves. C'est, en effet, aux côtés de sa femme trop faible pour se suffire à elle-même, c'est au berceau de son enfant qui a besoin de tout, que l'homme apprend à se priver, à se contraindre, à supporter un travail dur et continuel ; qu'il apprend à se dévouer, à vivre pour autrui, c'est-à-dire, qu'il apprend tous les devoirs et les vertus de la vie civile. Oh ! Je comprends maintenant, Seigneur, que vous ayez réservé à votre Église, destinée à perpétuer sur la terre l'œuvre de la réparation du genre humain, une source de grâces toute spéciale pour exercer son action bienfaisante sur les sociétés ; et qu'à l'aide du sacrement de Mariage elle puisse transfigurer un amour purement naturel en un dévouement et un esprit de sacrifice tout divins, capables des plus nobles et des héroïques vertus.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

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26 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Vingt-septième jour

Sur l'action du Sacerdoce par le Sacrement de l'Eucharistie

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

L'Eucharistie et le sacerdoce sont corrélatifs : toute religion doit avoir des sacrifices et par conséquent des prêtres pour les offrir. D'où il suit, pour le dire en passant, qu'à proprement parler, le protestantisme ne devrait pas être regardé comme une religion, puisque la plupart de ses sectes n'ont ni sacrifice, ni sacrificateurs. C'est, en effet, le pouvoir d'offrir à Dieu des victimes ; d'être, par l'accomplissement de cette auguste fonction, l'intermédiaire entre Dieu et les hommes, qui constitue le sacerdoce. C'est pour cela que l'obligation la plus étroite et la plus éminente du sacerdoce chrétien est l'oblation du sacrifice eucharistique, qui n'est autre chose que la continuation de celui de Jésus-Christ sur le calvaire. Le Divin Maître, la veille de sa mort, prit entre ses mains du pain, le bénit et le donna à ses disciples, et il dit : « Prenez et mangez, ceci est mon corps ». Puis, prenant le calice, il rendit grâces, le leur donna, et il dit : « Buvez-en tous, car c'est mon sang, le sang du nouveau Testament, qui sera répandu pour la rémission des péchés de tous les hommes ». (Saint Matthieu 26, 26-28). « Faites ceci en mémoire de moi » (Saint Luc 22, 19). Dès lors, le sacrement auguste de l'Eucharistie fut institué, et le sacerdoce fut investi du pouvoir sublime de consacrer le pain et le vin, c'est-à-dire, d'en changer la substance, de telle sorte, qu'après les paroles sacramentelles et par leur vertu, ce pain et ce vin, dont il ne reste plus que les apparences, sont réellement et substantiellement le corps, le sang, l'âme et la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Tel est l'admirable et puissant élément que le Sauveur a placé entre les mains de ses prêtres pour rendre plus efficace leur action sur l'humanité et pour assurer ainsi le succès de leur importante mission. Le sacerdoce, fidèle aux enseignements de son Divin Fondateur, exerce de deux manières cette influence céleste que lui donne le précieux trésor qui lui a été confié : d'abord, en offrant lui-même l'adorable sacrifice de l'Eucharistie, et en conservant celle-ci dans ses sanctuaires pour y être l'objet de la vénération du peuple chrétien ; ensuite, en faisant participer les fidèles à cet auguste sacrement par la sainte communion, pour entretenir en eux le principe et l'aliment de la vie spirituelle et surnaturelle, qui consiste essentiellement dans l'union de l'âme avec Jésus-Christ.

I. L'action du sacerdoce sur la société chrétienne par l'Eucharistie s'exerce donc, premièrement, par le culte public, dont le saint sacrifice de la messe, et la présence réelle offerte à l'adoration des fidèles, sont l'âme, l'aliment et la vie. Tout, en effet, dans nos temples comme dans notre liturgie, est subordonné au sanctuaire, et tout y converge. Nous parlerons plus tard de l'influence du culte public en général, qui n'est, pour ainsi dire qu'une introduction et une préparation à l'acte principal de ce culte, le sacrifice eucharistique. Chez tous les peuples et dans toutes les religions, les sacrifices offerts publiquement en l'honneur de la Divinité produisent toujours sur les masses de vives et salutaires impressions. Ils leur rappellent l'autorité souveraine et toute-puissante du Créateur et du Maître de l'univers, et leur inspirent un sentiment de crainte et de dépendance religieuses, qui les retient dans le devoir et qui adoucit leurs mœurs. C'est au pied des saints autels que les hommes apprennent qu'il y a au-dessus d'eux une force irrésistible qui-préside aux destinées des individus, des familles et des empires. C'est ce qui explique pourquoi de tout temps, même dans le paganisme, on a offert des sacrifices pour attirer les bénédictions du ciel sur les entreprises et les affaires importantes des états et des fortunes privées. Mais l'action exercée sur les esprits par les sacrifices a toujours été proportionnée à la valeur et à la dignité des victimes immolées : tantôt, les fruits de la terre et les aliments dont les hommes se nourrissent en font tous les frais ; tantôt ce sont des animaux, des tourterelles, des agneaux et des béliers, des chèvres et des boucs, des génisses et des taureaux. Toutefois, l'insuffisance de ces victimes pour apaiser la justice divine, jointe à la cruauté et à l'esprit de vengeance, inspira les sacrifices humains. Il semblait, en effet, plus convenable et plus juste que les crimes des hommes fussent expiés par l'effusion du sang de leurs semblables, que par l'immolation des animaux; la dignité de notre nature réclamait des victimes qui ne lui fussent pas inférieures en noblesse. « Il était impossible, dit saint Paul (Hébreux 10, 4) que le sang des taureaux et des boucs pût expier les péchés ». L'homme même était impuissant à laver ses frères de leurs iniquités, puisque son propre sang n'était pas exempt de souillure. Il fallait bien, pour racheter l'humanité, une victime humaine ; mais pour obtenir grâce devant Dieu, il fallait encore qu'elle fût sainte, innocente, sans tache ; qu'elle n'eût rien de commun avec le péché, et qu'elle l'emportât en noblesse et en dignité sur toutes les créatures, afin de n'avoir pas besoin de solliciter son pardon avant de demander celui du peuple. C'est pour cela que le Fils de Dieu s'est fait homme, et qu'il s'est ensuite offert en victime sur la croix pour le salut du monde. Qui pourrait contester à cet auguste sacrifice l'action prodigieuse et toute-puissante qu'il a exercée et qu'il exerce encore sur les peuples de l'univers entier ? Mais la foi nous enseigne qu'à part la scène sanglante du calvaire, le sacrifice eucharistique offert tous les jours sur nos autels est le même que celui de la croix : il n'est donc pas surprenant que sa féconde influence perpétue les fruits produits par l'arbre de vie sur lequel le Sauveur s'est immolé la première fois. Aussi l'Eucharistie est-elle pour l'Eglise ce que le soleil est à la nature : chaque jour cet astre bienfaisant se lève successivement sur toutes les parties du globe pour y répandre la lumière, la chaleur, le mouvement et la vie ; et chaque jour aussi le Soleil de justice apparaît partout dès l'aurore sur nos autels dans la sainte Eucharistie, afin d'éclairer les intelligences, d'embraser les cœurs du feu sacré de la charité, d'enflammer le zèle et d'établir le règne de Jésus-Christ dans les âmes, dont il est la vie.

II. Aussi, le divin Maître, dans son amour infini pour les hommes, ne s'est pas contenté de confier à ses prêtres l'honneur insigne d'immoler la victime sainte; il a voulu, pour atteindre son but plus sûrement encore, qu'elle fût distribuée par leurs mains à ses fidèles serviteurs. C'est là le second moyen d'action que fournit au sacerdoce le sacrement d'amour. Le sacerdoce, en effet, trouve dans cette manne céleste une double ressource pour agir sur les âmes : elle les nourrit d'abord ; puis elle neutralise, autant qu'il est possible ici-bas, les tristes et funestes suites du péché d'origine. La vie de l'âme consiste dans son union avec Dieu, comme la vie du corps consiste dans son union avec l'âme. L'âme comme le corps a besoin de nourriture pour vivre, et si Dieu a si largement répandu sur la terre les aliments nécessaires pour entretenir la vie dans la partie matérielle de notre être, comment aurait-il négligé de pourvoir à la subsistance de la partie spirituelle qui est la plus noble sans contredit ? Non certes, il ne l'a pas oubliée, puisque c'est lui-même qui veut être la nourriture de notre âme ! Et il ne pouvait même en être autrement. D'après l'ordre naturel établi par le Créateur, toute créature trouve, dans le sein qui lui a donné l'existence, l'aliment dont elle a besoin pour entretenir sa vie : la plante puise dans la terre qui l'a enfantée les sucs nourriciers qui lui sont nécessaires; les animaux et l'homme lui-même rencontrent le lait qui doit les nourrir, dans le sein de la mère qui les a portés ; l'âme ayant reçu l'être immédiatement de Dieu, comme l'enseigne saint Thomas d'Aquin, doit donc aussi trouver en lui son aliment. Mais, comment Dieu peut-il nourrir de lui-même l'âme de l'homme ? D'abord, le divin Maître nous dit, dans le saint Evangile, que « l'homme ne se nourrit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». (Saint Matthieu 4, 4). Ainsi, Dieu commence à se communiquer à notre âme par sa parole renfermée dans les divines Écritures, ou annoncée par ses apôtres, qu'il a chargés de l'enseignement chrétien des nations. Il faudrait maintenant lire tout le chapitre sixième de l'Evangile selon Saint Jean pour voir avec quelles délicates précautions le divin Sauveur arrive à révéler à ses disciples que c'est lui-même surtout, c'est-à-dire, son corps, son âme et sa divinité, qui seront désormais la nourriture de nos âmes : il leur déclare d'abord l'insuffisance de la manne du désert, qui n'était que la figure de l'aliment céleste qu'il nous préparait ; puis il proclame hautement qu'il est le pain vivant descendu du ciel, et que celui qui mangera de ce pain vivra éternellement. Et pour qu'aucun doute ne puisse s'élever sur la nature de ce pain venu du ciel, il ajoute que ce pain est sa chair même qu'il doit sacrifier pour donner la vie au monde : « Ma chair, dit-il, est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. En vérité, en vérité, je vous l'affirme : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous ». (Saint Jean 6, 56, 54). Il ne restait plus qu'à préciser comment nous pourrions manger sa chair et son sang adorables, et c'est ce qu'il a fait la veille de sa mort à la sainte Cène, lorsqu'il institua définitivement le sacerdoce et la sainte Eucharistie, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut. C'est ainsi que Dieu lui-même devient la nourriture de nos âmes.

Mais étudions maintenant les effets prodigieux de cet aliment céleste, et comment il a la vertu de nourrir notre âme et de neutraliser jusqu'à un certain point, dans notre humanité déchue, les suites déplorables du péché de nos premiers parents. La vie existe pour notre corps, lorsque étant uni à l'âme, toutes ses fonctions s'opèrent régulièrement selon l'ordre établi par le Créateur : la vie existe donc également pour l'âme, lorsque étant unie à Jésus-Christ, toutes ses facultés agissent selon l'ordre établi par la loi divine. Or, rien ne contribue plus puissamment à faire régner cet ordre dans l'âme, et par conséquent rien n'y répand plus de vie, que la réception de la sainte Eucharistie. Celle-ci agit d'abord sur les sens qui, depuis la chute originelle, sont devenus indociles et l'un des principaux obstacles à l'accomplissement de nos devoirs envers Dieu. Outre que ce sacrement exige, comme préparation à le recevoir, le repentir des fautes passées et la mortification de la chair ; l'humilité et la foi, qui sont la mort des sens ; enfin l'amour, dont le propre est le détachement et le sacrifice de soi-même pour l'objet aimé ; il donne encore à la partie matérielle de notre être par l'attouchement de la chair sacrée et du sang adorable de Jésus-Christ, que l'on reçoit dans la sainte communion, plus de souplesse et de docilité ; il y apaise la révolte, en éloigne la corruption, en fortifie la faiblesse. Dans la sainte Eucharistie, Jésus-Christ nous communique encore sa divinité, son esprit et son âme avec toutes les vertus dont il est la source première, et paralyse ainsi, ou du moins affaiblit les vices héréditaires de la partie spirituelle de notre être. Mais ce n'est pas tout : non-seulement la chair devient moins rebelle, et l'âme reprend sur celle-ci quelque chose de cette autorité absolue dont elle jouissait avant la déchéance de notre nature; mais bientôt l'âme unie à Jésus-Christ par la communion entraîne, dans le torrent de la circulation de la vie divine qui l'anime, tous les éléments de cette vie commune ; elle spiritualise et divinise en quelque sorte les occupations et les travaux les plus matériels ; c'est ainsi que, par son action, un verre d'eau est changé en une couronne de gloire éternelle, et les fonctions les plus viles sont surnaturalisées et ennoblies. Devenue médiatrice à son tour entre le monde matériel et le monde spirituel, comme Jésus-Christ entre la nature humaine et la divinité, cette âme fait chanter, pour ainsi dire, par toutes les créatures, un cantique de gloire et de reconnaissance au Créateur, et démontre d'une manière palpable que l'Eucharistie est l'âme de la vie pratique. Bien plus, la vertu divine, dont le fidèle qui a communié est pénétré et qui rayonne autour de lui, ne s'arrête pas à vivifier pour ainsi dire les créatures passives ; mais elle va même jusqu'à entraîner après elle les créatures libres, par le charme céleste de la beauté morale qui resplendit en lui. C'est un aimant qui attire, c'est une sorte d'autorité pleine de douceur qui subjugue sans tyrannie ; on l'admire, on obéit à sa séduisante influence, sans effort et comme naturellement. De là les conquêtes sans nombre que peut faire à Jésus-Christ celui qui communie saintement, et par conséquent l'action puissante qu'il exerce sur la société. Si nous remontons à la source de cette régénération des âmes, nous trouvons l'Eucharistie, et derrière elle le sacerdoce catholique qui seul en a reçu le dépôt des mains du Sauveur, avec le privilège insigne de la consacrer et de s'en servir comme du moyen le plus puissant, pour rétablir le règne de Dieu sur l'humanité, et pour travailler au salut des individus et des peuples.

 

Élévation sur l'action du Sacerdoce par le Sacrement de l'Eucharistie

 

I. O Seigneur ! Que votre sacerdoce me paraît grand lorsque je le contemple au saint autel, placé entre Dieu et les hommes, comme médiateur entre le ciel et la terre ! lorsque je le vois offrant l'adorable sacrifice de l'Eucharistie en expiation de tous les crimes et de toutes les iniquités qui se multiplient chaque jour dans le monde et qui semblent braver votre justice. Qu'on insulte un homme, qu'on lui cause quelque tort dans les biens de la fortune ou de la réputation, on poursuit le coupable et on exige de lui la réparation de ses méfaits. Si l'on venait à manquer au respect que l'on doit à l'autorité, ou à celui qui la représente, si on en parlait avec mépris, si on en secouait le joug avec dédain, la juste punition ne s'en ferait pas longtemps attendre.Vous seul, ô mon Dieu, pourriez-vous être outragé impunément ? Vos lois saintes seraient-elles violées et foulées aux pieds sans que votre justice fît sentir ses rigueurs ? Le châtiment terrible des anges prévaricateurs, la catastrophe épouvantable du déluge, le feu et le soufre qui tombèrent sur Sodome et Gomorrhe, sont des preuves frappantes du contraire ; puis, les tourments éternels de l'autre vie dont vous menacez, dans votre Evangile, ceux qui refuseront ici-bas d'obéir à vos commandements, démontrent assez que, quoique votre bonté soit infinie, votre justice pourtant doit aussi avoir son cours. D'où vient donc, Seigneur, que de nos jours les châtiments les plus éclatants ne fondent pas sur nous ? Ah ! Certes, ce n'est ni la multitude, ni l'énormité des iniquités qui font défaut : le monde en a-t-il jamais été plus souillé ? Ah ! Seigneur, c'est le sacrifice auguste offert par votre sacerdoce, qui arrête votre bras ! C'est ce prêtre si calomnié, si méprisé, qui en vous sacrifiant chaque jour l'Agneau sans tache, et en vous montrant les plaies sacrées de votre divin Fils, renouvelle sans cesse l'immolation du calvaire, et obtient grâce et miséricorde pour vos ennemis et les siens. Qui pourra jamais comprendre toute la puissance du sacerdoce sur votre cœur, ô mon Dieu, lorsqu'il tient entre ses mains consacrées Jésus-Christ lui-même comme victime, et qu'il vous adjure on son nom, non-seulement de pardonner, mais encore d'accorder des faveurs à ceux qui vous ont outragé ? A la vue de ce sang adorable vous frémissez en quelque sorte, vous reconnaissez votre propre sang, celui de Jésus mort sur la croix pour le salut du monde ; vous êtes désarmé, vous pardonnez et vous ouvrez le trésor de vos grâces pour les répandre avec la libéralité dont un Dieu seul est capable. Mais, le prêtre n'offre pas seul la victime sainte : les pieux fidèles, vos enfants, accourus pour unir leurs supplications à celles du ministre sacré, entourent l'autel de toute part, et font monter jusqu'à vous ce faisceau de prières, auquel le cœur d'un père ne saurait résister. Ah ! Sainte Eglise romaine ! Avec le sacrifice de l'Eucharistie je m'explique votre force; je comprends que tous les efforts de l'enfer viennent se briser à vos pieds ! Vos victoires et vos conquêtes ne m'étonnent plus ! Quand je pense que du couchant à l'aurore vos ministres sacrés ne cessent de lever les mains par milliers vers le Tout-Puissant, et commandent, pour ainsi dire, à sa miséricorde et à sa bonté de pardonner et de bénir, en offrant pour gage les mérites infinis du Sauveur, je ne suis plus surpris de l'influence immense du sacerdoce sur la société. On pourra bien le persécuter, lui enlever tous ses biens, abattre ses autels et renverser ses temples. On pourra faire quelques martyrs, enchaîner quelques prêtres ; mais il en restera toujours assez pour pouvoir trouver un peu de pain et un peu de vin, et offrir le sacrifice eucharistique au milieu des forêts s'il le faut, ou dans les cavernes cachées des déserts ; il n'en faut pas davantage pour assurer à jamais le triomphe du sacerdoce sur l'impiété et la corruption. Mais au milieu de cette lutte acharnée du bien et du mal qui ne doit finir qu'avec les temps, permettez, Seigneur, que j'aille me reposer un instant à l'ombre de vos autels. Si j'entrais dans un temple de la réforme, à la vue de ce mobilier muet, tel qu'on le rencontre dans tous les amphithéâtres des facultés, ne trouvant ni autel, ni aucun signe qui m'indique la divinité qu'on y adore, si ce n'est des voûtes et une architecture qui révèlent que des étrangers sont venus s'emparer de la demeure du maître qui l'habitait, après l'en avoir chassé ; dans cette solitude nue et désolée, mon cœur se sentirait vide et glacé, et ne pourrait se défendre d'une profonde tristesse. Oh! qu'il en est bien autrement dans nos églises ! À peine ai-je foulé le seuil du lieu saint, que l'eau de la purification se présente à moi et semble me dire qu'il faut être pur pour avancer plus loin. En effet, je lève les yeux et déjà j'aperçois au fond du sanctuaire le signe du salut arboré sur le tabernacle, et il me dit à son tour : « Ton Dieu est là, il te voit, il f attend, il t'écoute ». Dès l'abord j'avais senti frémir autour de moi une atmosphère de vie qui réjouissait mon âme, je comprenais que je n'étais pas seul dans le temple, et que celui qui est l'hôte par excellence y résidait. Mais dès que mes regards se sont portés sur la porte du tabernacle, et que je les y ai fixés, mon cœur s'est ému ; il avait en quelque sorte entendu palpiter, derrière ce voile impénétrable aux sens, celui qui a dit : « Je suis la vie ». Une lampe solitaire brûle et veille auprès de lui comme une prière continuelle, image vivante de celles que la sainte Eglise ne cesse de lui adresser. C'est à vos pieds, Seigneur Jésus, qu'il fait bon, et que l'on comprend les sentiments qu'éprouvèrent les apôtres sur le Tabor, lorsqu'ils voulaient y dresser leurs tentes. Toutefois, qu'est-ce encore que ces audiences privées, en comparaison de ces réceptions solennelles, aux jours où, sortant de vos tabernacles, vous apparaissez aux yeux de la multitude sur un trône plus ou moins brillant, mais toujours entouré d'une douce majesté ? Ah ! Quel doux moment que celui où le prêtre, ouvrant le saint tabernacle, cette prison volontaire où vous vous renfermez par amour pour nous, semble rompre vos chaînes pour vous montrer aux fidèles assemblés, et leur dit en votre nom : « Venez à moi, vous tous qui travaillez, et qui portez le poids de la vie, et je vous donnerai force et courage ». (Saint Matthieu 11, 28.) Qu'il est beau devoir alors les foules immenses, accourues de toute part, tomber à genoux, se prosterner, vous adorer dans le plus profond recueillement ! Puis, lorsque tout est terminé, chacun se retire en silence, le cœur embaumé, emportant au foyer domestique et au milieu du monde les douces et salutaires influences reçues des mains du sacerdoce, et la vie est conservée au sein de la société.

II. Oui, Seigneur, vous êtes la vie de nos âmes, et depuis la création de l'homme vous n'avez jamais cessé de le nourrir de vous-même. Dans l'état primitif, c'est-à-dire avant la chute originelle, cette vie sublime de l'âme s'entretenait naturellement et sans effort par la vue de votre majesté infinie, par les communications intimes et directes qui existaient entre vous et l'homme, par la connaissance qu'il avait de vos divines perfections et par l'amour qui embrasait son cœur. L'intermédiaire des sens n'y était pour rien ; leur domaine ne s'appesantissait pas alors sur l'âme et ne l'attirait point vers la matière ; l'âme pouvait aisément s'élever jusqu'à Dieu, parce qu'elle dominait les sens. Mais cet ordre primitif une fois brisé et renversé par la désobéissance de nos premiers parents, les sens prirent le dessus, l'âme fut abîmée dans la chair : la vue de cette beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, que vous aviez daigné lui montrer, ô mon Dieu, avec tous ses célestes attraits, cette vue qui lui était naturelle avant le péché, ne fut plus, après ce malheur, du ressort de sa nature corrompue ; elle devint pour elle d'un ordre surnaturel. Ah ! Seigneur, nous ne comprendrons jamais assez l'étendue de ce terrible châtiment ! Deux choses vinrent mettre obstacle à cette vue, et à cette communication directe ou immédiate de l'âme avec votre divinité, qui était sa vie : d'un côté, elle ne put plus rien voir qu'à travers les sens, et vous ne tombez pas sous les sens, puisque vous êtes un pur esprit; de l'autre, en rendant les sens complices de son péché, elle les révolta et les déchaîna contre elle, de telle sorte qu'au lieu d'en être la souveraine, elle devint l'esclave de leur tyrannie qui ne cessa depuis lors de la détourner des choses du ciel. C'en était donc fait de la vie de l'âme ; et la mort éternelle eût été son infaillible et triste partage, si dans votre miséricorde et votre bonté infinies vous n'eussiez trouvé un moyen de vous communiquer à l'âme humaine, même à travers la barrière grossière des sens. Pendant quatre mille ans, hélas ! Temps de justice et de rigueur, un seul peuple fut éclairé de vos lumières divines, et des hommes inspirés, des patriarches, des législateurs, des rois, des prophètes furent chargés de les lui transmettre. Mais votre amour immense pour l'humanité ne pouvait s'en tenir à ce faible moyen, et se borner à ne faire luire le soleil de la vérité qu'aux yeux d'un si petit nombre de vos enfants. Aussi, après quarante siècles, les larmes, les prières et les vœux embrasés des justes de tous les temps obtinrent que le grand mystère de l'incarnation s'accomplît : le Verbe se fit chair, en prenant un corps et une âme semblables aux nôtres. Vous vîntes donc, ô mon Dieu, en la personne de votre adorable Fils, renouveler votre alliance avec les hommes, et les rappeler à la vie. Toutefois, ô divin Maître, vous ne deviez passer que quelques années sur cette terre, et vous vouliez pourtant apporter à nos âmes un secours digne de votre munificence, qui s'étendît non-seulement à la Judée et aux hommes privilégiés qui auraient pu vous contempler pendant votre vie mortelle; mais un secours qui, traversant toutes les mers et toutes les générations, pût rendre la vie à tous les peuples, et aux hommes de tous les temps jusqu'à la consommation des siècles. Que seriez-vous donc venu faire sur la terre, ô foyer sacré de la vie de nos âmes, si, après y avoir passé quelques jours, vous vous étiez retiré dans le fond de votre éternité, ne laissant d'autres traces de votre passage que quelques souvenirs fugitifs et quelques rayons échappés a votre divinité ? Puisque vous aviez daigné épouser notre humanité pour arriver à nos âmes au moyen des sens, et pour devenir ainsi pour elles le seul foyer possible de leur vie : ce foyer devait donc rester au sein de l'humanité pour la vivifier perpétuellement. C'est pour cela, divin Sauveur, que vous avez voulu donner une extension infinie à votre incarnation, selon le langage des Pères, en établissant la sainte Eucharistie, qui, sous l'apparence d'une nourriture matérielle, nous fît comprendre que vous vouliez être l'aliment et le principe de la vie de nos âmes. Et pour qu'il ne nous restât aucun doute à cet égard, vous nous avez déclaré que, si nous ne mangions la chair du fils de l'homme, et que si nous ne buvions son sang, nous n'aurions pas la vie en nous. (Saint Jean, 6, 54.) Cette manducation, matérielle et spirituelle tout à la fois, de votre personne adorable devenait le moyen de traverser la barrière des sens pour pénétrer jusqu'à notre âme et pour lui donner la vie en s'unissant à elle.

Ah ! Divin Sauveur, c'est parce que la sainte communion est la nourriture essentielle de l'âme, et qu'il y va de sa vie, et de sa vie éternelle, que vous en avez fait aux hommes un précepte aussi formel, comme l'atteste le texte sacré que nous venons de lire ! Faut-il donc s'étonner que la sainte Eglise à son tour soit venue préciser vos ordres, en commandant à tous les fidèles de vous recevoir au moins une fois par an, aux solennités pascales ? Que l'on vienne maintenant nous faire l'éloge de ces banquets tumultueux où, sous prétexte dé fraternité et d'égalité, on réunit quelquefois des hommes dont les passions déchaînées font trembler la société. Depuis dix-huit siècles la sainte Église réunit tous les jours autour du banquet eucharistique, sans distinction de sexe, de rang et de fortune, dans le silence et le recueillement, l'élite de l'humanité, c'est-à-dire, tout ce qu'elle renferme dans son sein de plus pur, de plus charitable et de plus vertueux. Toutefois, ce n'est pas encore assez pour votre amour, ô divin Jésus, de convoquer à votre table tous les chrétiens sans distinction de position sociale ; vous voulez encore que l'on vous porte à ceux qui vous désirent, et qui ne peuvent aller à vous. Vous voulez que vos ministres aillent consoler sur leur lit de souffrances ceux de vos enfants que vous appelez au lieu du repos éternel, pour qu'ils puissent recevoir le pain des forts, ce viatique si nécessaire pour soutenir notre faiblesse au moment du grand voyage, et surtout le gage de la vie bienheureuse, c'est-à-dire de l'union divine qui ne finira jamais. Mission admirable du sacerdoce auquel il est réservé de consacrer le pain des anges, et de le distribuer aux enfants de Dieu; d'unir ainsi le ciel avec la terre, et de verser des torrents de vie au sein de la société !

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

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25 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Vingt-sixième jour

Sur l'action du sacerdoce par le Sacrement de pénitence

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

Le cadre restreint que nous nous sommes prescrit ne nous permet pas de nous étendre sur tous les moyens que le divin Fondateur de l'Eglise a placés entre les mains du sacerdoce pour féconder son action sur la société, qu'il était chargé de gouverner et de régénérer. Sans doute il eût été utile et consolant de montrer la puissance irrésistible de la parole divine dans la bouche du sacerdoce ; d'autant plus que c'est par elle qu'il jette la première semence de la foi dans les cœurs. Mais nous en avons déjà  parlè dans plusieurs méditations et notamment dans la sixième. Au reste, l'efficacité de la parole divine est facile à reconnaître : depuis Saint Pierre qui convertit trois mille personnes la première fois qu'il la fit entendre, jusqu'aux prédicateurs de nos jours qui en recueillent des fruits si prodigieux et si nombreux, toujours la parole de Dieu a éclairé et touché les cœurs, bien moins par les talents oratoires plus ou moins éminents de ceux qui l'annoncent, que par la grâce spéciale qu'elle porte avec elle, et qui pénètre dans le sanctuaire le plus intime de l'âme. Quant à la prière, elle est un moyen si puissant entre les mains du sacerdoce, que l'Eglise lui en a fait une obligation rigoureuse en lui imposant le devoir quotidien de la récitation du saint office, et en lui permettant de monter tous les jours au saint autel. C'est à l'aide de la prière que le sacerdoce obtient du ciel les bénédictions divines qui fécondent les efforts de son zèle, et qui préparent les cœurs à recevoir les douces et salutaires influences de la grâce. Ce qu'il nous importe surtout de bien méditer d'abord, c'est l'action qu'exerce le sacerdoce sur les individus et sur la société pour la régénérer, par le pouvoir prodigieux qu'il a reçu de Jésus-Christ de remettre les péchés, c'est-à-dire par le sacrement de pénitence.

I. Si Dieu lui-même n'avait revêtu l'homme de cette auguste et miséricordieuse fonction de réconciliateur, jamais il ne serait venu à l'esprit de qui que se soit de s'arroger le droit de pardonner les injures faites au souverain Seigneur de toutes choses, et surtout d'y mettre pour condition l'aveu humiliant des fautes les plus secrètes et des désordres les plus honteux et les plus intimes de l'âme. La charité infinie de Dieu pour l'humanité pouvait seule trouver un moyen de traiter avec elle de son pardon ; il n'appartenait qu'à sa toute-puissance d'établir les hommes pour être les intermédiaires de sa miséricorde et pour prononcer en son nom l'absolution des coupables ; enfin, il n'y avait qu'une sagesse divine qui pût trouver les conditions les plus convenables pour sauvegarder l'honneur du Très-Haut qui pardonne, et pour ménager les intérêts spirituels du pécheur qui est absous. Aussi, rien de plus positif dans l'Evangile que ces paroles du Fondateur de l'Eglise : « Recevez le Saint-Esprit ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez » (Saint Jean 20, 22, 23) ; paroles solennelles par lesquelles le Sauveur donna aux apôtres et à leurs successeurs le droit et le pouvoir de briser les chaînes du pécheur et de lui rendre l'amitié de Dieu. Dans toute société bien ordonnée, il y a des magistrats et des juges préposés par le souverain pour veiller à l'exécution des lois ; il y a des tribunaux auxquels sont cités les délinquants ; des sentences sont prononcées au nom du chef de l'Etat, qui les ratifie. Pourquoi la société des âmes, où règne l'ordre le plus admirable, n'aurait-elle pas à sa disposition des ressources analogues pour faire respecter les lois imprescriptibles de Dieu, et pour se gouverner ? Sans doute le tribunal de miséricorde où siège le sacerdoce par l'ordre de Jésus-Christ est un tribunal uniquement spirituel et pour le for intérieur ; mais il est en rapport avec la nature de la société qu'il est appelé à administrer. Il est vrai que l'on n'y prononce jamais d'autre sentence que celle du pardon ; on n'y est point cité par la force brutale, ni malgré soi ; il n'y a d'autre témoin, ni d'autre accusateur que le coupable lui-même qui se présente librement ; les débats, loin d'être publics, ont lieu à huis-clos et dans le plus profond secret ; mais qu'importe, si la société se trouve bien de ce système judiciaire, et si les pécheurs s'en accommodent volontiers ? Depuis dix-huit siècles rien n'a été changé ni au fond, ni à la forme des jugements rendus par le sacerdoce, et jamais société n'a marché avec plus de régularité que la société chrétienne.

II. Quelle influence peut donc exercer le sacerdoce sur les individus et sur la société dans un tribunal si indulgent ? Il console d'abord et encourage le pécheur qu'il reçoit avec la bonté d'un père plutôt qu'avec la sévérité d'un juge. Il examine avec soin l'étendue et la profondeur des plaies de l'âme malade qu'il veut guérir ; il éclaire ses ténèbres, lui découvre ses illusions ; il fait briller d'un nouvel éclat, à ses yeux, les vérités graves et importantes qu'elle a oubliées ou qu'elle n'a pas méditées assez sérieusement ; il lui indique les remèdes à employer, les précautions à prendre ; il l'exhorte avec tendresse et entraînement ; il lui rend le sentiment de sa dignité, en l'arrachant à la dégradation de ses passions ; et en la réconciliant avec Dieu, il lui donne la paix et le bonheur. Une grâce toute spéciale, essentiellement inhérente au sacrement de pénitence, vient joindre l'efficacité infaillible de sa vertu à l'action du ministre de Jésus-Christ, et lorsque le pénitent sort du tribunal de la miséricorde, il se sent tout autre qu'il n'y était entré : il était couvert de confusion, et maintenant il peut lever ses regards vers le ciel avec confiance et appeler Dieu son père ; il était faible, découragé ; le péché semblait l'enlacer dans une étreinte fatale qui l'entraînait presque malgré lui d'abîme en abîme ; il ne voyait devant lui les sacrifices à faire pour sortir de ce déplorable état, que comme des remèdes impossibles ; à présent tout est changé : il espère, non dans ses propres forces, mais dans l'assistance divine ; le charme qui le tenait enchaîné au péché est rompu, son penchant au mal est comme paralysé, et les sages conseils qui lui ont été suggérés ne lui paraissent plus impraticables ; il se décide à mettre la main à l'oeuvre, à rentrer dans la voie des commandements divins et dans le sentier de la vertu. Il était mort à la vie surnaturelle, et il est ressuscité ; il était une branche desséchée séparée du tronc qui est Jésus-Christ, la grâce du sacrement l'en a rapproché et a rétabli la circulation de la sève vivifiante ; il vit et il va désormais porter des fruits pour la vie éternelle. Après cet aperçu, il est facile de comprendre l'influence immense qu'exerce le sacerdoce sur les passions humaines auxquelles il impose un frein salutaire, et sur les individus qu'il réhabilite après les chutes les plus déplorables, et qu'il fortifie contre de nouvelles faiblesses. L'expérience ne vient-elle pas confirmer tous les jours ces indications de la raison ? Un jeune homme est-il docile, soumis à ses parents, modeste dans ses discours et ses actions, laborieux, chaste et d'une vie régulière : on est sûr qu'il s'approche du tribunal de la pénitence. Au contraire, lorsqu'on voit ces jeunes gens au ton fat, aux manières importantes, sans respect pour leurs parents, sans pudeur dans leurs discours, ennemis du travail, sans règle dans leur conduite et surtout dans leurs mœurs, on peut être certain qu'ils ne se confessent plus. Où trouvons-nous les hommes consciencieux, qui ont de la loyauté, qui ont des mœurs réglées, qui combattent sérieusement leurs mauvais penchants ; les hommes désintéressés et dévoués au service du prochain ? Dans les rangs de ceux qui se soumettent à la direction habituelle du sacerdoce. Ce tribunal sacré peut seul régénérer les âmes, dans toutes les conditions et même dans les plus humbles, de telle sorte qu'il les élève jusqu'à la hauteur des plus grands et des plus nobles caractères, et même jusqu'à l'héroïsme. Qu'on nous montre, si l'on peut, hors de là, un saint Vincent de Paul, ou seulement une Sœur de Charité ! Nous n'en faisons pas toutefois un crime à l'humanité : elle est trop faible, sans ce secours divin, pour lutter avec succès contre sa propre corruption ; et c'est pour cela que Jésus-Christ a fait un précepte de se présenter au tribunal de la société des âmes, et de soumettre l'état de sa conscience à la juridiction du sacerdoce. Sans doute l'homme docile qui obéit à cette loi ne sera ni sans défauts, ni impeccable, la perfection n'étant pas de ce monde ; mais il sera meilleur, ou du moins, moins mauvais que celui qui refuse d'user de ce secours surnaturel, pour se conduire d'après ses propres lumières, et avec les seules forces de sa nature déchue.

III. On pourrait dire que l'influence exercée par le sacerdoce au tribunal de la pénitence est incontestable, mais qu'il n'y a qu'un bien petit nombre d'individus qui en recueillent les heureux résultats, puisqu'il n'y en a que bien peu qui s'y présentent ; et que, par conséquent, cette influence doit être fort bornée et presque imperceptible. D'abord, en supposant le nombre de ceux qui fréquentent le sacrement de pénitence, aussi peu considérable qu'on le prétend, nous répondrons que s'il se fût trouvé sept justes dans Sodome et Gomorrhe, ces villes auraient trouvé grâce devant Dieu et n'auraient pas été détruites. Aurait-on regardé comme nulle l'influence qu'auraient pu produire ces sept justes, en sauvant ainsi ces deux malheureuses cités, et en les empêchant d'être anéanties ? Or, nous ne craignons pas de le dire, le salut de notre société moderne est dû à ceux qui vont puiser la sainteté au saint tribunal de la pénitence ; quelque rares qu'on les suppose, c'est la ferveur de leurs prières, ce sont leurs vertus héroïques qui détournent les châtiments dont la justice divine frapperait infailliblement sans cela le monde, à cause de son impiété et de sa corruption. C'est donc en définitive au sacerdoce que la société moderne est redevable de la miséricorde dont le souverain Maître veut bien user à son égard. Toutefois, nous sommes bien loin d'accorder que le nombre de ceux qui se présentent au saint tribunal soit aussi petit qu'on se l'imagine. En effet, il n'existe peut-être aucune famille qui ne compte au moins un de ses membres parmi les pieux fidèles qui réjouissent l'Eglise par leur assiduité à accomplir les devoirs que la religion impose ; et il n'y a peut-être pas non plus de villes, même dans les pays où l'hérésie domine, qui ne renferme quelques-uns de ces fervents catholiques. Or, qui est-ce qui pourrait contester l'influence qu'exerce dans une famille un bon chrétien ou une bonne chrétienne qui se trouve dans son sein ? l'impiété la reconnaît assez, puisqu'elle s'efforce, partons les moyens en son pouvoir, de bannir du foyer domestique toute pratique religieuse. Que n'a-t-on pas dit encore dernièrement dans certains livres sur l'autorité absolue et tyrannique que doit exercer un époux sur sa femme pour l'empêcher surtout d'approcher du saint tribunal de la pénitence ? Comme si un mari avait quelque autorité sur la conscience de celle qui partage sa destinée ! Où serait donc cette liberté des cultes, cette liberté de conscience dont on fait aujourd'hui tant de bruit ? On craint l'influence du prêtre : cette influence existe donc. Ainsi, elle ne s'exerce pas seulement sur ceux qui se mettent directement en rapport avec le sacerdoce au tribunal sacré, mais encore sur leur famille et même sur leur entourage. Elle est par conséquent bien plus étendue qu'on ne le pense communément ; et c'est un grand bonheur pour la société moderne, qui ne tarderait pas sans cela à tomber en dissolution, comme il arriva pour l'Allemagne au temps de Charles-Quint, lorsque le protestantisme eut aboli la confession. Il faut donc conclure que le saint tribunal de la pénitence est un des plus puissants moyens placés par le divin Fondateur de l'Eglise entre les mains du sacerdoce, pour l'aider à accomplir la céleste mission de régénération qu'il lui a confiée en lui disant : « Vous êtes le sel de la terre » (Saint Matthieu 5, 13).

 

Élévation sur l'action du sacerdoce par le Sacrement de Pénitence

 

I. Que vos miséricordes sont infinies, ô mon Dieu ! Vous connaissiez toute l'étendue de la faiblesse humaine ; vous saviez que, quelque léger que soit votre joug, il y aurait pourtant des âmes assez lâches pour s'y soustraire et pour enfreindre les lois que vous ne leur donniez que pour les conduire à la véritable félicité ; et alors, dans votre ineffable bonté, vous avez daigné préparer à ces âmes coupables une piscine salutaire où elles pussent se laver de leurs souillures, un tribunal de miséricorde où la justice et la paix pussent se donner le baiser de la réconciliation. Dans votre amour immense pour les hommes, vous n'avez pas voulu que leurs fautes fussent irrémissibles et sans remède, que la perte de la vie spirituelle fût irréparable. Vous avez largement répandu sur la terre les simples et les spécifiques nécessaires à la guérison des corps ; les âmes vous auraient-elles été moins chères, pour que vous ne leur préparassiez pas aussi des moyens de les rendre à la santé et à la vie ? Vous avez donné à l'humanité des hommes savants qui étudient avec soin les souffrances de leurs semblables, et qui s'appliquent avec un dévouement incomparable à les soulager et à en triompher. Gomment n'auriez-vous pas aussi établi, pour les âmes flétries et blessées par le péché, des hommes doués d'une science toute divine et assez puissants pour les réhabiliter et pour cicatriser leurs plaies ? Ce sont, en effet, les augustes fonctions que remplit le sacerdoce au tribunal sacré de la pénitence, dans lequel vous daignez nous appliquer par son sublime ministère les fruits précieux de la rédemption. C'est là où chaque jour coule ce sang adorable que vous avez répandu sur la croix, et qui ôte les péchés du monde. Quel prodigieux pouvoir que celui que vous avez confié à votre sacerdoce ! Il tient entre ses mains les clefs du ciel ! Il pardonne au nom du Très-Haut ! Il purifie les âmes, il leur rend l'éclat de l'innocence, il les ressuscite !... Et toutes ces merveilles, par quelles mains les opérez-vous ? Assurément par celles de vos ministres sacrés qui ont reçu l'onction sainte et qui sont revêtus d'un caractère divin ; mais encore ? ces ministres, quelque sublimes que soient leur dignité et leurs fonctions, sont des hommes fragiles et sujets aux mêmes misères que le reste de l'humanité ; et c'est en cela. Seigneur, qu'apparaissent davantage votre sagesse et votre infinie bonté. Oui, ce sont des hommes faibles comme nous, pour qu'ils puissent croire à notre faiblesse et compatir aux maladies de notre âme ; des anges, à leur place, n'auraient jamais pu comprendre nos chutes, ni notre ingratitude. Mais, ô mon Sauveur, ces hommes pourront-ils jamais être dignes de l'autorité divine que vous leur confiez ? et ne pourra-t-il pas arriver, hélas ! Que des pécheurs, parmi eux, soient assis à votre place pour absoudre d'autres pécheurs en votre nom ? Votre amour pour les âmes n'a point été arrêté par de semblables considérations. Non, après avoir immolé pour elles votre majesté et votre gloire avec tant de générosité dans votre passion, il vous coûtait peu de perpétuer ce sacrifice, dès qu'il pouvait contribuer à leur salut éternel.

II. Tant de dévouement pour nous, ô divin Maître, restera-t-il sans résultat ? Le dogme de la rémission des péchés demeurera-t-il dans l'Evangile une lettre morte ou stérile ? Se pourrait-il qu'une institution fondée par votre toute-puissance n'atteignît pas le but que vous vous étiez proposé ? C'est, hélas ! Ce que soutiennent ceux qui, redoutant les humiliations de la confession, et plus encore les sacrifices qu'impose la fréquentation du sacrement de pénitence, s'éloignent du saint tribunal. Pour nous, Seigneur, nous n'avons qu'à consulter notre propre expérience pour être convaincus de l'efficacité de ce moyen de salut entre les mains du sacerdoce. Lorsque nous repassons dans l'amertume de notre cœur les années de notre vie qui ont déjà  fui derrière nous, nous reconnaissons que celles où nous avons le moins d'égarements à déplorer, celles où nous avons joui davantage du bonheur et de la paix d'une bonne conscience, sont celles où nous étions le plus exacts à approcher de la confession. Que de courage, que de force, que de consolations n'y avons-nous pas puisés ? Il est, dans la vie, des moments critiques où les charmes de la vertu disparaissent, où les horreurs du vice se changent en attraits séduisants : tout, au dehors et au dedans semble conspirer à pervertir notre cœur : les sens sont amollis, l'âme est sans force et résiste à peine ; l'esprit d'accord avec le cœur ne condamne pas, il se tait ; que dis-je ? il semble approuver. Dans ces circonstances si délicates et si terribles pour les âmes qui vivent encore aux lumières de la foi, c'est aux pieds du prêtre qu'elles retrouvent l'énergie prête à les abandonner ; et elles n'en sont jamais sorties sans se sentir plus calmes, plus ardentes au combat et plus sûres de la victoire. Aussi, si nous avons des chutes à pleurer, rarement les retrouvons-nous dans les jours qui ont immédiatement suivi celui où nous sommes allés chercher des armes pour le combat au tribunal sacré ; car, ô mon Dieu, vous n'y donnez pas seulement la réconciliation et la paix, mais vous en faites encore un arsenal mystérieux, où vous tenez en réserve les secours spirituels les plus puissants contre les ennemis de notre salut. Dans nos doutes sur la foi, dans les anxiétés et les perplexités de notre conscience, dans nos scrupules, une parole, une bénédiction de notre père spirituel suffisent pour les faire évanouir à l'instant. Mais, Seigneur, que n'est-il donné aux pécheurs invétérés qui ont goûté enfin les douceurs de cette institution miséricordieuse, de protester hautement eux-mêmes contre ceux qui prétendent que, dans le tribunal de la pénitence, le sacerdoce n'exerce qu'une influence stérile et sans résultats importants ? Que de remords déchirants ont été calmés ; que de désespoirs, que de fardeaux intolérables pour l'âme coupable ont disparu pour faire place à la paix la plus profonde et aux plus ineffables consolations, dès que le prêtre a eu prononcé ces paroles sacramentelles : « Je vous absous! »... « ô mon âme, bénissez le Seigneur, s'écrient ces pécheurs réconciliés, à l'exemple du saint roi David, que toutes vos facultés louent son saint nom ; n'oubliez jamais tous ses bienfaits : il à pardonné toutes vos iniquités, il vous a guérie de tous vos maux ; il vous a arrachée à la mort, et vous à rendu la vie : oh ! Combien le Seigneur est rempli de tendresse et de miséricorde ; que sa longanimité est grande ! oh ! Oui, il est bien miséricordieux ! Sa colère et ses redoutables menaces ne sont pas éternelles. Il ne nous a pas traités comme le méritaient nos péchés... Sa miséricorde pour ceux qui le craignent ne peut se comparer qu'à l'espace qui sépare le ciel de la terre ; et la distance qui existe entre l'orient et l'occident peut seule donner une idée de celle qu'il a mise entre nous et nos iniquités. Il a pitié de ceux qui veulent le servir, comme un père a pitié de ses enfants ; car, il connaît le limon dont nous sommes formés ; il se rappelle que nous ne sommes qu'un peu de poussière. La vie de l'homme n'est, à ses yeux, que comme un brin d'herbe, et s'effeuille comme la fleur des champs... » (Psaume 102). Tels sont aussi, ô mon Dieu, nos sentiments et les douces émotions que nous éprouvons, lorsque nous venons de nous réconcilier avec vous. Enfin, tous les jours ne voyons-nous pas ceux qui veulent se convertir et devenir meilleurs, commencer l'Å“uvre de leur retour au bien en se rapprochant du tribunal sacré de la pénitence ; tandis que ceux qui veulent donner un libre cours à leurs penchants déréglés s'en éloignent ?

III. Que les familles seraient heureuses ! Quelle harmonie admirable régnerait entre tous les membres qui les composent, si tous se soumettaient régulièrement à ce jugement de miséricorde, que vous avez établi. Seigneur, dans l'effusion de votre bonté infinie pour les hommes, non-seulement afin de leur fournir un moyen facile d'éviter les jugements redoutables de votre justice, mais encore afin d'éteindre dans leur foyer le plus intime toutes les causes de discorde et de désunion ! Un conseiller, un ami ordinaire n'y saurait parvenir ; il serait notre égal, et n'aurait aucune autorité pour faire taire nos passions. Au tribunal de la pénitence, c'est bien aussi un conseiller sûr et charitable, l'ami le plus dévoué, c'est même un père, mais ce n'est plus seulement un homme comme nous, ce n'est plus notre égal. Il est revêtu d'un caractère sacré, il nous parle en votre nom, ô mon Sauveur ! Il a le droit d'imposer silence à nos révoltes ; bien plus, il a reçu de vous le pouvoir de nous conférer une grâce divine qui fortifie et féconde nos bons désirs et nous donne le courage de les mettre en pratique. En faisant le bonheur des familles, au moyen du tribunal de la miséricorde, le sacerdoce fait aussi celui des peuples ; car tous les vices y trouvent leur tombeau, et toutes les vertus y puisent le suc céleste de la grâce qui les soutient et les développe. L'injustice y rencontre un juge impartial qui lui fait rendre impitoyablement le bien mal acquis ; le vindicatif ne peut obtenir le pardon de ses offenses envers Dieu, qu'autant qu'il a pardonné lui-même du fond du cœur à ses frères ; l'homme emporté apprend à mettre un frein à sa colère ; l'orgueilleux est forcé de s'humilier par l'aveu de ses fautes ; l'avare se détache peu à peu des biens de la terre, en rachetant ses péchés par les aumônes qui lui sont prescrites ; celui qui est intempérant s'exerce à la mortification ; le libertin, surtout, trouve dans cette institution salutaire les moyens les plus puissants pour dompter sa chair, et cette grâce que Dieu seul peut donner, et qui seule est capable de donner la victoire ; l'ambitieux, enfin, reçoit cette utile leçon : à savoir, que les premiers sur la terre seront les derniers dans le royaume des cieux, et que les derniers seront les premiers. (Saint Matthieu 20, 16). Qui oserait soutenir que le ministère de celui qui modère ainsi et enchaîne même toutes ces passions, tous ces excès, est inutile à la société ? D'où viennent ces révolutions qui bouleversent de nos jours tout l'ordre social, et qui font couler tant de sang ? Ne serait-ce pas de ce que tous les mauvais penchants de l'homme ont arboré l'étendard de l'indépendance, en secouant dès le jeune âge le joug de ce tribunal bienfaisant, où l'on apprend à les combattre et à en triompher ? Est-il plus honorable pour la liberté humaine de n'être arrêtée dans ses débordements nuisibles à la société, que par des agents de police et des gendarmes, par la cour d'assises, les galères ou la prison ; plutôt que par l'aveu volontaire de ses faiblesses, par les conseils charitables des ministres de Jésus-Christ et par les secours divins que le Ciel envoie ? Ah ! Seigneur ! Quelle admirable école pourtant, que celle du tribunal de vos miséricordes ! C'est là que, dès la plus tendre jeunesse, l'homme apprend à se vaincre lui-même ; c'est là le noviciat le plus parfait de cet esprit de dépendance, de soumission et de respect pour l'autorité, qui forme les bons citoyens, et qui est la plus sûre garantie de l'ordre publie. L'homme est trop grand, la liberté lui est trop chère, pour qu'il puisse faire plier sa volonté rebelle devant des lois et sous une puissance purement humaines, en d'autres termes, pour qu'il puisse obéir à ses semblables ; quels que soient d'ailleurs les titres imposants dont ceux-ci se prévalent, il n'y verra jamais que des égaux. Dieu seul a le droit de mettre un frein à la volonté et à la liberté qu'il a créées ; il n'appartient qu'à lui de les diriger par ses commandements vers la fin pour laquelle il nous les a données. Aussi, dans le tribunal sacré, n'est-ce plus un homme qui parle et qui ordonne, mais Jésus-Christ lui-même, qui a dit : « Celui qui vous écoute m'écoute, celui qui vous méprise me méprise » (Saint Luc 10, 16) ; et lorsqu'on se soumet, c'est à Dieu seul qu'on obéit. C'est ainsi que le sacerdoce a formé et forme encore ces chrétiens héroïques de toutes les classes, de toutes les conditions, de tous les âges, de tous les sexes, parmi lesquels on trouve, à peu près uniquement, les cœurs chastes, désintéressés, et surtout ceux qui se dévouent au service de toutes les misères humaines, et qui paient de leur personne et de leurs biens pour se rendre utiles à la société. Renoncent-ils pour cela à leur liberté ? Oh ! Non, Seigneur, ils apprécient trop ce don incomparable de votre libéralité ; ils apprennent seulement à n'en pas abuser, et à régler, selon les lumières divines que vous daignez leur communiquer par le ministère sacerdotal, l'usage qu'ils doivent en faire. Quelle ingratitude, ô mon Dieu, et quel aveuglement de la part des hommes, de repousser et d'abandonner la pratique d'une institution si sage et si propre à faire le bonheur des individus et de la société dans ce monde, et à assurer leur félicité éternelle dans l'autre ! Permettez qu'en expiation de tous les blasphèmes que l'impiété vomit sans cesse contre ce tribunal sacré où vous vous montrez si miséricordieux pour les hommes, je vous bénisse et vous rende grâce à jamais ; puisque c'est là seulement où je puis trouver la paix de la conscience, la vie de mon âme, le gage le plus certain de ma réconciliation avec vous et des récompenses que vous réservez à ma fidélité.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

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24 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Vingt-cinquième jour

Le Sacerdoce et la Hiérarchie de l'Eglise Romaine

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

Lorsque Jésus-Christ en se faisant homme épousa l'humanité malgré l'état de dégradation et d'humiliation où elle se trouvait, son but était de la régénérer, de la réhabiliter et de lui rendre la grandeur et la noblesse qui, dans les plans primitifs de la Providence lors de la création de l'homme, étaient ses caractères naturels. Il n'épargna, pour accomplir cette œuvre gigantesque et divine, ni les travaux, ni les sacrifices ; il y consacra sa vie entière, et mit le dernier sceau à son amour pour les hommes en mourant sur la croix, afin que son sang devînt pour eux une source intarissable de vie. A la société corrompue qu'il voulait restaurer, ou plutôt refondre, il opposa une société nouvelle, la société chrétienne, c'est-à-dire l'Eglise. Déjà il avait confié à celle-ci le dépôt de sa doctrine divine et immuable, comme moyen de régénérer l'humanité et d'y entretenir la vie ; il lui laissa encore, avant de monter au ciel, le sacerdoce et le mariage chrétiens, deux autres sources intarissables aussi de restauration et de perpétuité : méditons d'abord sur le sacerdoce.

I. Il est de foi que, « dans le nouveau Testament, il y a un sacerdoce extérieur et visible », et qu'il y a, dans l'Eglise catholique, « une hiérarchie d'Institution divine, qui se compose d'évêques, de prêtres et de ministres ». (Concile de Trente, sess. XXIII.) Les livres saints font mention des évêques, des prêtres et des diacres. Aussi, les pères, les docteurs et les conciles de l'Eglise latine et de l'Eglise grecque, de l'Orient et de l'Occident, ont constamment reconnu cette hiérarchie comme un dogme catholique, comme une institution de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le Sauveur a donc établi pour son Eglise un sacerdoce dont il a voulu être le premier prêtre, afin de lui communiquer ses propres pouvoirs et de le rendre, plus vénérable. L'ancien Testament avait bien aussi un sacerdoce, mais il n'était que l'ombre et la figure de celui de la loi nouvelle. Jésus-Christ était homme, comme les prêtres de la tribu de Lévi, parce qu'il fallait être homme pour compatir aux infirmités humaines ; mais en même temps il était Dieu pour sanctifier les hommes. Il n'a pas reçu son sacerdoce par voie de naissance et de succession ; Jésus-Christ n'a succédé à personne : il l'a reçu immédiatement de son Père. Les prêtres de l'ancienne loi offraient premièrement des sacrifices pour eux-mêmes afin de se purifier ; mais il n'en a pas été ainsi de Jésus-Christ ; étant Dieu, impeccable et la sainteté même, il n'avait pas besoin d'expiation pour lui-même ; c'est seulement pour les péchés du peuple qu'il s'est offert ; non pas uniquement pour le peuple juif, comme le faisait l'ancien sacerdoce, mais pour tous les peuples du monde et toutes les générations passées, présentes et futures, jusqu'à la consommation des siècles ; car Jésus-Christ sera prêtre éternellement : « Dieu l'a juré, et il ne rétractera jamais son serment », (Psaume 109). D'ailleurs, comme le dit saint Paul, « par là même que Jésus-Christ existera éternellement, il possède un sacerdoce éternel ». (Hébreux 7, 24.) Or, le Sauveur est prêtre éternellement en deux manières : d'abord, « en se présentant maintenant pour nous dans le ciel devant la face de Dieu » (Hébreux 9, 24), et en lui montrant ses plaies qui plaident sans cesse notre cause ; « c'est pourquoi il peut sauver éternellement ceux qui vont à Dieu par lui, qui est toujours vivant pour prier pour nous » (Hébreux 7, 28). Ainsi, dit le grand apôtre : « Ayant un pontife grand, qui est monté au plus haut des cieux, Jésus, le Fils de Dieu, demeurons fermes dans la foi, approchons donc avec confiance du trône de la grâce, afin d'obtenir miséricorde, et de trouver la grâce pour être secourus dans nos besoins ». (Hébreux 4, 14, 16). Le sauveur est encore prêtre éternellement, parce qu'il s'est donné dans son sacerdoce des successeurs qui sont chargés de continuer jusqu'à la consommation des siècles l'oeuvre de la rédemption, qu'il a commencée en offrant lui-même le sacrifice de la croix, et en fondant son Eglise. Le sacerdoce exercé par le Pape, les évêques et les prêtres, n'est donc autre chose que la continuation de celui même de Jésus-Christ, et est, par conséquent, absolument le même.

II. Le sacerdoce, pour accomplir la mission qui lui était imposée, fut d'abord revêtu, par le divin Fondateur de l'Eglise, de la magistrature destinée au gouvernement de cette nouvelle société. Pierre et ses successeurs furent placés à sa tête, comme chefs spirituels de toute la chrétienté ; et à mesure que l'Evangile étendait ses conquêtes, de nouveaux évêques étaient établis pour administrer les Eglises qui venaient de se former. Vers le quatrième siècle, on commença à investir quelques évêques d'une autorité de juridiction supérieure aux autres ; car, l'épiscopat renfermant en lui la plénitude du sacerdoce, il était impossible au point de vue de l'ordination d'y rien ajouter. On les appela d'abord Evêques du premier siège, puis Métropolitains, plus tard on leur donna aussi le nom d'Archevêques ; ceux-ci avaient ordinairement des suffragants, c'est-à-dire, plusieurs évêques qui relevaient d'eux. Les titulaires des sièges des plus grandes cités devinrent ensuite patriarches, et eurent sous leur juridiction les métropolitains et les évêques. On appela de ce nom les évêques de Rome, de Jérusalem, d'Antioche, d'Alexandrie, et plus tard de Constantinople. Chaque nation avait ainsi son patriarche. Celui des Latins était à Rome, et celui-ci, sous le nom de pape par excellence, était regardé comme patriarche universel. Celui des Juifs convertis résidait à Jérusalem, celui des Syriens à  Antioche, celui des Egyptiens à Alexandrie, et enfin celui des Grecs à Constantinople. Le dernier degré du sacerdoce, celui qui renferme le plus grand nombre de ceux qui travaillent au salut des âmes, est celui des simples prêtres. Ils reçoivent leur juridiction de l'évêque dans le diocèse duquel ils exercent leur ministère ; ils sont placés comme curés pour gouverner les paroisses qui composent les diocèses, ou comme vicaires pour assister les curés dans l'exercice de leurs fonctions. D'autres s'adonnent plus spécialement à la prédication, et vont porter la parole divine en divers lieux, soit pour soulager les pasteurs des âmes, auxquels les occupations paroissiales si multipliées ne laissent que peu de temps pour se préparer à annoncer la parole sainte ; soit pour réveiller la foi et la ferveur par une série d'instructions : ce sont les missionnaires. Enfin, avant d'arriver à la prêtrise, le lévite est d'abord séparé du commun des fidèles par la cérémonie de la tonsure, qui le met au nombre des clercs ; puis, il passe successivement par les quatre ordres mineurs, qui correspondent à autant de fonctions diverses. Ces quatre ordres mineurs sont : les portiers, qui, dans les premiers siècles de l'Eglise, avaient pour fonctions d'ouvrir et de fermer les portes du lieu saint et d'avoir sous leur garde les vases et les ornements sacrés ; les lecteurs, qui faisaient la lecture des livres saints dans l'assemblée des fidèles ; les exorcistes, dont le ministère consistait à chasser les démons des corps de ceux qui en étaient possédés ; puis, les acolytes : ceux-ci portaient des chandeliers surmontés de flambeaux, se tenaient de chaque côté du livre des Evangiles pendant qu'on en faisait la lecture solennelle, et apportaient au sous-diacre le pain et le vin pour le sacrifice. Après avoir reçu successivement les quatre ordres mineurs, celui qui aspire au sacerdoce doit être ordonné sous-diacre, d'abord; puis, diacre. Dans l'Eglise latine ces deux ordres sont regardés comme majeurs et sacrés. Les fonctions du sous-diacre sont de préparer le pain et le vin pour la messe, de chanter l'épître et de servir le diacre au saint sacrifice. Son ordination lui donne le pouvoir de verser l'eau dans le calice, après que le diacre y a versé le vin. Il est spécialement chargé de la propreté des vases sacrés et de tout le linge de l'autel. En outre, les sous-diacres sont astreints à la loi du célibat et àla récitation de l'office divin. Quoique tous ces ordres remontent à la plus haute antiquité, puisque saint Ignace, martyr, qui avait été disciple de saint Jean l'Evangéliste, les nomme tous dans une lettre qu'il écrivait aux habitants d'Antioche, néanmoins ils ne sont pas d'institution divine comme le diaconat, la prêtrise et l'épiscopat, dont ils sont pour ainsi dire le noviciat. Le diaconat est donc un ordre sacré supérieur au sous-diaconat et inférieur à la prêtrise. Le diacre chante l'Evangile dans les messes Solennelles, verse le vin dans le calice et présente immédiatement au prêtre le pain et le vin qui doivent être consacrés ; il reçoit encore, en vertu de son ordre, le pouvoir de porter la sainte Eucharistie et de la distribuer aux fidèles. Pour avoir une idée générale de l'organisation et de la hiérarchie de l'Eglise, il ne nous reste qu'un mot à dire du cardinalat. Cette dignité, créée par la discipline ecclésiastique, est la plus éminente après la papauté. « Les cardinaux, dit Barbosa, sont les conseillers, les fils du pape, les lumières de l'Eglise ; des lampes ardentes, les pères spirituels, les colonnes de l'Eglise, ses représentants ». Mais la plus auguste de leurs prérogatives est bien, sans contredit, celle qui leur confère le droit de nommer le pape et de présider au gouvernement de l'Eglise, lorsque le siège est vacant.

III. Avec le gouvernement de la société chrétienne, Jésus-Christ confia encore au sacerdoce le dépôt de la législation et de la doctrine évangéliques, et les moyens nécessaires pour assurer l'accomplissement des devoirs qu'elles imposent. Aussi, le souverain Pontife et l'Episcopat tout entier, qui seuls possèdent le sacerdoce dans toute sa plénitude, ont-ils toujours été regardés dans l'Eglise comme les seuls dépositaires et les seuls gardiens de la Loi de Dieu et des vérités de la Foi. Les simples prêtres ne peuvent eux-mêmes exercer validement et légitimement leur ministère, qu'à la condition, non-seulement d'avoir été régulièrement ordonnés par les évêques qui sont en communion avec le Saint-Siège, mais encore, d'avoir reçu leur mission de l'autorité épiscopale ou papale. Il faut qu'il leur ait été dit par les successeurs des apôtres : « Allez, enseignez toutes les nattons »... Avec quelle intégrité et quel courage le corps enseignant de n'a-t-il pas toujours conservé dans toute sa pureté le précieux dépôt de la doctrine chrétienne ? Que de martyrs l'ont scellé de leur sang ! Fidèle à la voix du divin Maître, le Saint-Siège fait annoncer par tout l'Evangile avec un zèle incomparable, et il envoie des hommes apostoliques pour le répandre même dans les contrées les plus lointaines. Mais ce n'était pas assez de faire connaître aux hommes la vérité et les loi d'après lesquelles ils devaient régler leur conduite ; il fallait aussi leur fournir des moyens assez puissants pour contrebalancer et pour vaincre leur penchants au mal, afin de pouvoir suivre les lumières qui brillaient à leurs yeux. Jésus-Christ y a pourvu en établissant les sacrements ; et c'est encore le sacerdoce qu'il a chargé de les administrer, lorsqu'il dit aux apôtres : Allez, enseignez toutes les nations et baptisez-les... Tous les péchés que vous remettrez seront remis »... C'est ainsi que le sacerdoce devient pour la société chrétienne, c'est-à-dire pour l'Eglise, une source intarissable de régénération, de perpétuité et de vie : le sacerdoce de l'Eglise, étant le même que celui de Jésus-Christ, est éternel. Aussi, le Sauveur n'a-t-il pas voulu qu'il n'appartînt, comme sous l'ancienne loi, qu'à une seule famille ou à une seule tribu qui aurait pu s'éteindre dans la suite des siècles ; il n'a pas voulu qu'il fût héréditaire. Il choisit et appelle lui-même à cet éminent ministère ceux qu'il veut et c'est par l'invocation du Saint-Esprit et par l'imposition des mains que, depuis les apôtres jusqu'à la consommation des siècles, le sacerdoce saura se multiplier, se perpétuer, et rester au sein de l'Eglise pour en être l'âme jusqu'à la fin des temps.

 

Élévation sur le Sacerdoce et la Hiérarchie de l'Eglise Romaine

 

I. Je vous adore, ô mon Sauveur, comme le grand-prêtre de la loi nouvelle ; comme le Souverain Prêtre, la source première du sacerdoce et de tous les pouvoirs divins qu'il possède. Vous n'êtes venu sur la terre, vous ne vous êtes fait homme, que dans le but d'accomplir l'oeuvre de la rédemption. Mais, pour l'opérer, il fallait d'une part réconcilier Dieu avec l'humanité, et de l'autre fournir à la faiblesse humaine des moyens efficaces d'éviter le péché et de ne plus mériter la colère divine. Il fallait, en un mot, que vous fussiez prêtre, puisqu'il n'appartient qu'au sacerdoce, et c'est sa fonction essentielle, d'être le médiateur entre Dieu et les hommes, afin de renouer entre eux les liens primitifs qui les unissaient, et que le péché a rompus ; c'est ce qu'annonçait le roi-prophète, lorsque, entrevoyant le Messie dans un avenir lointain, il s'écriait : « Vous êtes revêtu d'un sacerdoce éternel, selon l'ordre de Melchisédech, (Psaume 109, 4). Aussi, Seigneur, votre vie tout entière a-t-elle été un sacrifice continuel, dont vous étiez tout à la fois le prêtre et la victime ; et depuis que vous avez quitté la terre, vous continuez aux cieux vos fonctions sacerdotales, en vous offrant sans cesse à votre Père pour les hommes comme une victime éternelle de propitiation et de salut. Toujours en union avec le sacerdoce que vous avez confié à vos apôtres et à leurs successeurs, vous lui inspirez le zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes, vous lui donnez le courage et l'héroïsme du sacrifice et de la charité, vous lui communiquez votre divin esprit ; du haut de votre gloire vous ratifiez ses sentences, vous pardonnez ceux qu'il absout, et lorsqu'il vous adjure, selon le commandement que vous lui en avez fait vous-même, de descendre sur les autels qu'il a élevés en votre honneur, vous obéissez avec une docilité incomparable à la faible voix qui vous appelle. Vous voulez que vos prêtres soient tenus pour d'autres vous-même, et que leur parole soit recueillie avec le même respect que la vôtre : « Celui qui vous écoute m'écoute, celui qui vous méprise me méprise ». (Luc 10, 16). Et déjà vous disiez par votre prophète : « Ceux qui touchent à vous, touchent à  la prunelle même de mon œil ». (Zacharie 2, 8). Quelle miséricorde de votre part, ô mon divin Sauveur, d'avoir revêtu d'une aussi sublime dignité des êtres aussi fragiles que les hommes, afin de nous rendre le salut plus facile ! Vous vous incarnez pour ainsi dire de nouveau dans tous les prêtres, puisque c'est votre sacerdoce qu'ils remplissent. Je les entourerai donc désormais de la plus profonde vénération ; et si j'apercevais en eux quelque chose qui pût révéler la faiblesse de l'humanité, j'imiterais ce grand monarque qui disait que s'il voyait un prêtre coupable de péché, il le couvrirait de son manteau impérial, pour soustraire aux yeux des peuples ces misères et ces faiblesses inséparables de la fragilité qui est le triste partage de enfants d'Adam.

II. Lorsque je considère. Seigneur, l'ordre admirable que vous avez établi dans le gouvernement de votre Eglise ; cette hiérarchie sacrée qui, depuis plus de dix-huit siècles, est restée immuable avec tous ses degrés ; lorsque je vois l'humble docilité de tous ceux qui en occupent les rangs divers, et que je viens à comparer la constitution de cet empire des âmes, qui s'étend à l'univers entier, avec celle des royaumes de la terre, qui pendant le même temps ont subi de si nombreuses transformations, au milieu des troubles, des agitations politiques et trop souvent des guerres civiles les plus sanglantes ; je ne puis m'empêcher de reconnaître que votre sagesse et votre esprit président à ce gouvernement divin, et que vous accomplissez fidèlement la promesse que vous avez faite à votre Eglise d'être tous les jours avec elle jusqu'à la consommation des siècles. Les hommes appellent à leur aide la surveillance d'une police ombrageuse, les tribunaux, la force brutale, les châtiments les plus rigoureux : dans votre Eglise, le zèle, la charité, la conscience et l'influence morale font tous les frais nécessaires au maintien de l'ordre et de la discipline. Ce n'est pas pourtant que la société chrétienne ait toujours vécu dans une paix profonde ; les attaques et les orages ne lui ont pas manqué, souvent même de faux frères ont voulu déchirer son sein, et se sont efforcés de répandre l'ivraie de l'erreur au milieu du bon grain de la vérité ; mais vous, ô divin Maître, vous avez commandé aux vents et aux tempêtes, et aussitôt tous les ennemis de votre Eglise se sont dissipés comme une poignée de poussière, et le calme le plus parfait s'est rétabli. Oh ! Que votre gouvernement est tout à la fois doux et puissant ! Son chef sur la terre n'est qu'un pauvre vieillard faible et désarmé ; ses ministres ne portent pas l'épée ; et cependant, ses plus redoutables adversaires tremblent devant lui, et vont se briser à ses pieds ; jamais autorité ne fut plus profondément respectée. Ah ! Seigneur, c'est que vous lui avez révélé le secret de cette divine administration ; vous lui avez dit : « Aimez, paissez mes agneaux, paissez mes brebis ».

III. Que de merveilles et de prodiges, ô mon Sauveur, dans le gouvernement de votre Eglise ! Pour perpétuer votre sacerdoce sur la terre, vous n'avez accordé de préférence à aucune famille, à aucune condition, il n'y a pas de classe privilégiée, vous vous adressez à tous les hommes : grands ou petits, pauvres ou riches, simples ou doués d'une haute capacité ; que vous importe, puisque c'est vous qui leur donnez la science des saints et les pouvoirs sublimes dont l'efficacité fait seule tout le succès de leur ministère ? Vous vous contentez de faire un appel aux hommes de cœur et de bonne volonté. Et que leur promettez-vous en récompense de leur dévouement ? Des travaux multipliés, des souffrances et des sacrifices de toutes sortes, des mépris, des affronts, etc., en un mot, d'être traités comme vous l'avez été vous-même ; et néanmoins depuis dix-huit siècles les ouvriers apostoliques ont-ils jamais manqué ? vous avez revêtu du caractère le plus éminent, des fonctions les plus délicates et les plus difficiles, des hommes faibles et soumis comme les autres à toutes les misères de l'humanité ; et depuis dix-huit cents ans ils ont pu diriger avec un succès sans exemple la société chrétienne répandue sur toute la terre, et sauver votre Eglise des naufrages sans nombre dont elle ne cesse d'être menacée ! Quels moyens leur avez-vous donc donnés pour dompter la férocité des peuples barbares, pour subjuguer les esprits prévenus ou rebelles, pour triompher de la tyrannie et de la force brutale ? Ils n'ont reçu de vous aucun des moyens humains employés par les conquérants, par les princes de la terre, par les législateurs ou les modérateurs des peuples. La prière, l'influence de la parole divine qu'ils font entendre, le pouvoir de réconcilier les pécheurs avec Dieu, celui de faire descendre la victime sainte sur les autels et de la distribuer en nourriture aux âmes fidèles, telles sont les seules armes dont vous leur ayez accordé l'usage. Comment avec des ressources si faibles aux yeux du monde ont-ils pu remporter tant de victoires, triompher de tous les efforts des puissants du siècle ligués contre votre Eglise ? Ah ! Seigneur, vous l'avez dit : « Voilà que je suis avec vous jusqu'à la consommation des temps » ; et qui pourrait vous résister ? Qui pourrait abattre ce que vous soutenez ?

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

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23 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Vingt-quatrième jour

L'Eglise Romaine réunit tous les caractères divins de la véritable Eglise

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

L'Eglise de Jésus-Christ devait être infaillible, parce qu'elle était divine dans son institution, et qu'elle avait pour mission d'imposer sa doctrine à tous les peuples de la terre. Etant infaillible elle devait être Catholique, tous les hommes ayant un égal besoin de la vérité. L'un et l'autre de ces caractères ont pour conséquence l'apostolicité de l'Eglise, c'est-à-dire, la transmission pure et intacte jusqu'à nous de la doctrine et du ministère confiés par Jésus-Christ aux apôtres. Par là même que l'Eglise est apostolique, elle doit être une ; car les apôtres unis entre eux parle même symbole n'ont pas pu prêcher une doctrine ni exercer un ministère qui offrissent des différences essentielles ; et que, dès que la doctrine et le ministère remontent aux apôtres, et qu'ils ne reconnaissent qu'une seule et unique source, ils ne peuvent renfermer aucune divergence notable. Mais, la doctrine et le ministère de l'Eglise étant les mêmes que ceux des apôtres, ils doivent nécessairement partager avec eux le caractère de sainteté qui les distingue : donc l'Eglise est sainte. Or, l'essence même de la sainteté consiste dans le combat livré à l'erreur et aux passions, dans le dévouement et le sacrifice : il appartenait donc à l'Eglise, qui était sainte, d'être persécutée depuis Jésus-Christ et les apôtres jusqu'à la fin des temps, et d'être toujours animée de l'esprit de pénitence. L'Eglise romaine renferme seule tous ces caractères, c'est pour cela que dans la profession de notre foi nous disons : « Je crois en l'Eglise catholique, apostolique et romaine ».

I. L'Eglise romaine est infaillible, c'est-à-dire, qu'elle n'a jamais admis et qu'elle n'admettra jamais des dogmes, qu'elle n'a jamais donné et qu'elle ne donnera jamais un enseignement ni des décisions qui ne soient pas conformes à la parole divine, soit écrite, soit traditionnelle. De tout temps, depuis saint Pierre qui a établi son siège à Rome, jusqu'au Pape François, en passant par l'immortel Pie IX qui y règne encore, on a regardé, dans l'Eglise Catholique, le pape et les évêques comme des dépositaires des Ecritures et de la tradition, comme interprètes de la parole divine, comme juges de la foi, comme formant ce tribunal suprême qui doit juger en dernier ressort tout ce qui intéresse la religion, et auquel seul Jésus-Christ a promis l'infaillibilité en lui disant qu'il serait avec lui et l'assisterait jusqu'à la consommation des siècles, et que l'enfer ou l'erreur ne prévaudrait jamais contre lui. Or, comme le chef des évêques et de l'Eglise entière a son siégé à Rome, c'est bien l'Eglise romaine qui seule a reçu cette prérogative de l'infaillibilité.

II. L'Eglise romaine est répandue dans tout l'univers : elle étend son empire en Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique, dans l'Océanie, dans toutes les parties du monde ; et il n'est aucune société chrétienne séparée de sa communion, qui, prise isolément, soit aussi universellement répandue qu'elle, c'est-à-dire, qui possède un nombre d'adeptes égal à celui des Catholiques Romains. En effet, les sectes ne se répandent que pour se diviser et former d'autres sectes, aussi opposées les unes aux autres qu'elles le sont à l'Eglise romaine. C'est le sort de l'erreur et de tous ceux qui n'ont pas reçu la promesse et le don de l'infaillibilité. L'Eglise romaine seule ayant reçu ce privilège divin peut seule répandre sa doctrine et son ministère sans craindre aucune altération. Aussi, malgré tous les efforts de l'esprit de mensonge, continue-t-elle à accomplir chaque jour sa mission céleste : elle enseigne toutes les nations, Dieu voulant dans sa justice et sa bonté mettre la vérité et le salut à la portée de tous : l'Eglise romaine est donc catholique.

III. Elle est encore apostolique, puisqu'elle a recueilli à Rome le précieux héritage des princes des apôtres, Pierre et Paul, et qu'elle n'a jamais enseigné une autre doctrine que celle qui lui a été transmise par les apôtres. Jamais elle ne s'est écartée de cette règle par laquelle elle a confondu toutes les hérésies : « Que rien ne soit innové, et que l'on s'en tienne toujours à ce qui nous a été transmis ». Ce sont les paroles de saint Etienne, pape et martyr, qui vivait vers le milieu du troisième siècle ; et c'est précisément parce que l'Eglise romaine n'a jamais rien voulu innover qu'on l'accuse d'être rétrograde et de ne pas vouloir suivre progrès. Comme elle a possédé dès son institution toutes les vérités nécessaires à son existence et à sa perpétuité, elle n'a, en effet, rien à innover. En vain on a voulu l'accuser d'avoir introduit des dogmes nouveaux et d'avoir altéré son enseignement ; car, jamais on n'a pu assigner l'époque précise, ni citer le nom des auteurs de ces nouvelles doctrines, tandis que l'on connaît parfaitement les Arius, les Pelage, les Nestorius, les Eutychès, les Luther, les Calvin, les Jansénius, et la date exacte de l'apparition de leurs erreurs. D'ailleurs, comment l'Eglise romaine, qui condamnait les novateurs, aurait-elle pu innover elle-même sans encourir le reproche de faire ce qu'elle blâmait si sévèrement dans les autres ? Et pourtant, jamais les Grecs, qui ont toujours été plus ou moins les ennemis et les rivaux des Latins, ne les ont accusés d'avoir introduit la moindre altération dans l'enseignement qu'ils ont reçu des Apôtres. L'Eglise romaine est encore apostolique quant au ministère. La succession de ses pasteurs commence aux apôtres, et vient jusqu'à nous sans interruption morale. L'histoire s'est chargée de nous conserver leurs noms et la date de leur règne. Nous pouvons donc dire avec Saint Augustin : « Je suis retenu dans l'Eglise, par la succession des pontifes sur la chaire de saint Pierre, depuis cet apôtre à qui le Seigneur a confié ses brebis, jusqu'au pape actuel ». Partout et dans tous les temps, on voit, dans les évêques de l'Eglise catholique, la succession de l'ordination avec la succession du pouvoir de juridiction, dont le mode de transmission a toujours été déterminé par la puissance apostolique.

IV. L'Eglise romaine est une : elle seule peut se glorifier de cette unité de doctrine qui la caractérise si bien au milieu des variations sans fin de toutes les sectes qui se sont détachées d'elle. Nous avons la même foi que nos pères, comme nos pères eux-mêmes ne croyaient que ce qu'ils avaient reçu de leurs ancêtres, que ce que leurs ancêtres tenaient des apôtres. Tous les Catholiques Romains professent les mêmes dogmes, admettent les mêmes préceptes évangéliques, les mêmes conseils de perfection. L'Eglise romaine a toujours eu la même Foi, et si elle a ajouté quelques mots à ses anciens symboles, c'est uniquement pour faire connaître aux fidèles, d'une manière plus expresse, ce qu'elle avait toujours cru ; mais sans introduire le moindre changement dans sa doctrine : elle l'a développée, mais ne l'a point altérée. L'Eglise romaine est une non-seulement quant à la doctrine, mais encore quant au ministère. Tous les Catholiques Romains reconnaissent comme institution divine une seule et même hiérarchie composée du chef de l'Eglise, des évêques, des prêtres et des autres ministres de la religion, tous parfaitement unis entre eux. Les laïques ou simples fidèles les regardent comme les seuls pasteurs qui aient reçu de Jésus-Christ le droit et la vertu de les diriger dans les voie du salut. La Chaire de Saint Pierre est pour eux le centre de l'unité Catholique. De tout temps, dans l'Eglise catholique romaine, on a regardé comme schismatiques les fidèles et les prêtres qui se séparent de l'évêque en communion avec les Pape, et les prêtres et les évêques qui se séparent du pape , l'évêque de Rome, successeur de Saint Pierre prince des apôtres ; et c'est même une des raisons qui la font accuser d'intolérance. Sa discipline seule a varié suivant les temps et les lieux, dans l'intérêt moral et spirituel des fidèles et du clergé ; ce qui montre précisément l'injustice de cette accusation : mais son gouvernement n'a jamais varié. L'Eglise romaine est donc une de fait dans son ministère comme dans sa doctrine, et elle Test de droit en vertu de sa constitution qu'elle tient de Jésus-Christ.

V. L'Eglise catholique est sainte, avons-nous dit, parce que son fondateur Jésus-Christ est le Saint des saints, parce que les premiers hommes qui ont travaillé à son établissement étaient des saints ; parce qu'elle a été instituée pour la sanctification des hommes ; parce que ses dogmes, ses mystères, sa morale, sa doctrine, en un mot, sont marqués au sceau de la sainteté ; enfin, elle est sainte, en ce qu'un certain nombre de ses membres sont saints, et qu'il ne peut y avoir de véritables saints que parmi ses enfants. Or, tous ces caractères de sainteté se trouvent réunis dans l'Eglise romaine, et dans elle seule. Qu'elle ait Jésus-Christ pour fondateur, et les saints apôtres pour premiers pasteurs, c'est ce que nous avons démontré en prouvant qu'elle était apostolique. Sa doctrine est sainte, puisqu'elle lui vient aussi directement des apôtres et de Jésus-Christ, qui en est l'auteur. Son histoire tout entière est le récit de ses travaux continuels pour la sanctification des hommes, et du zèle ardent qu'elle a toujours déployé pour y parvenir : témoin ses missions lointaines, au prix des plus rudes souffrances et même de la  vie de ses apôtres. Enfin l'Eglise Romaine a toujours eu des saints parmi ses membres. Jamais elle n'a cessé d'enfanter des justes de tout âge et de tout sexe, dans tous les rangs de la société. Sans doute un grand nombre se sont sanctifiés dans l'obscurité de la vie commune ; mais l'histoire en a enregistré dans tous les siècles qui se sont illustrés par l'éclat de leurs vertus. De tout temps, même de nos jours, on voit dans l'Eglise romaine des martyrs et des confesseurs de la Foi. Tous ses membres ne sont pas des saints, parce qu'ils sont hommes, et par conséquent sujets aux passions et aux faiblesses humaines, et que par là même ils n'ont pas toujours le courage de suivre ses instructions. Mais, comme le dit saint Augustin : « Si nous avons dans quelques scandales publics de justes sujets de douleur, il est aussi d'admirables vertus dont le spectacle doit nous consoler. Cette lie épaisse, qui attriste vos regards, ne doit point faire haïr le pressoir d'où sort en même temps l'huile pure dont la flamme brillante éclaire la maison de Dieu ». (Lettre 78). Il suffit d'ajouter que puisque l'Eglise Romaine possède seule la vraie doctrine de la sainteté, qui est la doctrine de Jésus-Christ, elle seule aussi peut produire des saints.

VI. La persécution est le dernier caractère de la véritable Eglise, que nous avons signalé. Ce caractère est-il au front de l'Eglise romaine ? C'est à peine si nous osons poser cette question. L'histoire et tous ses monuments semblent se lever avec enthousiasme pour y répondre. Il n'est aucune ville qui ait donné à l'Eglise autant de martyrs que Rome. On ne peut faire un seul pas dans cette capitale du monde chrétien sans y rencontrer la trace du sang généreux répandu pour la foi. Que serait-ce si nous parcourions les catacombes, qui recèlent encore dans leur sein les ossements de tant de victimes de leur généreuse fidélité à Jésus-Christ ? Il n'est pas surprenant, en effet, que le christianisme, allant s'établir au cœur du monde païen, ait été plus persécuté encore à Rome que partout ailleurs. Au reste, lorsque le sang de l'Eglise romaine eut cessé de couler autour de la Chaire de Saint Pierre, ses flots continuèrent néanmoins à être versés en d'autres lieux pour la cause de la foi chrétienne ; et aujourd'hui encore elle compte de nombreux martyrs en Chine, en Cochinchine et dans une multitude d'autres régions aussi inhospitalières. Mais Rome étant le siège du gouvernement de l'Eglise Catholique, elle n'a presque jamais cessé d'être de préférence le but spécial des persécutions de l'impiété contre la religion de Jésus-Christ, et trop souvent elle a été même la victime de l'ambition et de la colère des peuples et des rois. Les Goths, Genseric, Théodoric, Totila, les Lombards et bien d'autres, y portèrent successivement le fer et le feu ; et son histoire n'est qu'une persécution presque continuelle. Mais jamais elle ne s'en est alarmée ; confiante dans les promesses de son divin Epoux, elle a toujours souffert avec calme et résignation, avec dignité et sans faiblesse ; car elle savait que la barque de Pierre peut bien être plus ou moins agitée par les tempêtes, mais qu'elle ne périra jamais. Ainsi l'Eglise romaine est infaillible, Catholique, Apostolique, Une, Sainte, et l'objet des persécutions du monde : elle est donc la véritable Eglise fondée par le Divin Sauveur.

 

Élévation sur l'Eglise romaine réunissant tous les caractères divins de la véritable Eglise

 

I. O sainte Eglise Romaine ! Lorsque je jette un regard sur les sociétés religieuses qui se partagent la terre, je ne vois que vous seule qui réunissiez tous les caractères divins qui manifestent de la manière la plus éclatante que vous n'êtes pas l'ouvrage d'une intelligence humaine. Comme vous laissez loin derrière vous tous ces rêves creux et ces systèmes étroit des génies et des philosophes, même les plus éminents ! Il est impossible de vous contempler avec quelque attention, sans être frappé de ces rayons célestes qui s'échappent de votre front et qui révèlent au plus aveugles votre origine toute divine. Où se trouve ailleurs que dans votre sein l'interprète infaillible des oracles sacrés de celui qui est le Très-Haut ? Je cherche sur la terre une société qui invoque le vrai Dieu et qui compte un aussi grand nombre d'adorateurs en esprit et en vérité que vous comptez d'enfants, et je n'en découvre aucune. Qui pourrait vous disputer les droits évidents de votre antiquité, lorsque votre généalogie bien connue vous fait remonter jusqu'aux apôtres, jusqu'à Jésus-Christ, leur divin Maître ? Que les sectes qui se sont violemment séparées de vous nous montrent l'unité de leurs adhérents à côté de votre immutabilité ! Elles pourront nous nommer d'honnêtes gens et des héros même sortis de leurs rangs ; mais jamais elles ne pourront nous montrer des saints, puisqu'elles ne possèdent pas la vraie doctrine de la sainteté. Elles nous rappelleront bien le nom de quelques fanatiques morts pour défendre leurs erreurs et leurs œuvres ; mais elles seront impuissantes à prouver que la persécution est leur destinée à tout jamais, parce qu'on ne persécute à perpétuité que la vérité et la justice. Vous seule surtout, ô sainte Épouse de Jésus-Christ, possédez le trésor sacré de la Charité Divine dont l'éclat laisse dans les ténèbres les plus profondes la bienfaisance parement humaine et la philanthropie, qui n'en sont qu'une froide et misérable contrefaçon. Eglise de Jésus-Christ, ô Eglise romaine, que vous êtes belle ! Ô beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, sans tache et sans ride ; ô ma mère bien-aimée, soyez donc à jamais bénie d'avoir daigné me recevoir dans votre sein, et de me compter au nombre de vos enfants !

II. Que vos conseils, ô Seigneur, sont admirables, et que vos voies sont profondes ! Une éternelle succession fut destinée à Saint Pierre. Il devait toujours y avoir un Pierre dans l'Eglise, pour confirmer ses frères dans la Foi, et pour tenir sans cesse la main au gouvernail ; mais il lui fallait un siège fixe pour l'exercice de cet office. Quel siège lui choisîtes-vous, ô Divin Maître ! Et qui pourrait assez admirer votre sagesse ! Ce ne pouvait être Jérusalem, parce que le moment était venu où, faute d'avoir connu le temps de sa visite, elle allait être livrée aux gentils, et détruite de fond en comble. L'heure de la conversion des gentils, d'autre part, avait aussi sonné ; ils allaient entrer en foule dans le temple de Dieu, c'est-à-dire dans son Eglise. Quel fut alors le lieu sur lequel tomba votre choix, Seigneur ? Rome, la maîtresse du monde, la reine des nations, et en même temps la mère de l'idolâtrie, la persécutrice des saints, c'est elle qui obtint vos préférences pour y placer le centre de la Foi qui devait être prêchée, comme d'un lieu plus éminent, à toute la terre. Vous aviez préparé de loin l'empire romain pour la recevoir. Un si vaste empire, qui réunissait dans son sein tant de nations, était destiné à faciliter la prédication de votre Evangile, et à lui donner un cours plus libre. A la vérité, l'Evangile devait encore aller plus loin que les conquêtes romaines, et il devait être porté aux nations les plus barbares ; mais enfin l'empire romain devait être son siège principal. Merveille ! les Scipion, les Pompée, les César, en étendant l'empire romain par leurs conquêtes, devaient être en quelque sorte les pionniers destinés à préparer les voies au règne de Jésus-Christ ; et, selon cet admirable conseil, Rome devait être la capitale de l'empire spirituel du Sauveur, comme elle l'était de l'empire temporel des Césars. Dès lors. Seigneur, vous avez tellement disposé les choses, que les successeurs de saint Pierre, à qui on donna par excellence le nom de Papes, c'est- à-dire celui de Pères, ont fait de la Chaire de Saint Pierre la chaire de l'unité, dans laquelle tous les évêques et tous les fidèles, tous les pasteurs et tous leurs troupeaux, se sont unis.

III. Aussi Rome, pour tout chrétien qui l'a visitée, est-elle, non pas seulement le plus vénérable des sanctuaires, mais encore la patrie et la maison paternelle. On s'y trouve comme chez sa mère, on y respire plus librement, l'atmosphère y est plus douce et plus suave qu'en aucun lieu du monde. Il semble qu'on y retrouve ce qu'on avait vu dans son enfance, parce qu'à chaque pas on y voit les lieux où habitèrent et souffrirent Saint Pierre et Saint Paul, tous ces Martyrs et ces Saints illustres qui furent nos pères dans la foi, et dont on nous racontait les sublimes vertus dans nos jeunes années. On s'attendrait presque à les rencontrer pleins de vie, tant leur mémoire est encore vivante, et le parfum qu'ils ont laissé après eux se sent encore partout. Seigneur ! Que vous montrez bien, ô Rome surtout, que vous êtes notre Père, et que vous êtes l'Epoux de votre Eglise bien-aimée ! Comme votre charité se plaît à se dilater et à répandre ses divines influences dans cette ville privilégiée ! Là  tous les malheureux à quelque classe de la société, à quelque nation qu'ils appartiennent, trouvent un asile et le sein d'une mère pour s'y reposer et s'y consoler. Depuis les têtes couronnées, que l'instabilité des choses humaines a chassées de leurs états, jusqu'au pauvre pèlerin que la foi amène les pieds nus, jusqu'au tombeau des saints apôtres, tous rencontrent dans la ville sainte un accueil fraternel, délicat et cordial, tel qu'on pourrait à peine l'espérer au sein de sa propre famille. Cette majesté si douce, si pleine de noblesse et de grandeur, que vous voyez apparaître dans les traits et la tenue des princes de l'Eglise et du souverain Pontife, au milieu des imposantes cérémonies de la religion, se change bientôt, lorsque vous les abordez personnellement, en une affabilité et un abandon qui vous font oublier, au bout de quelques instants de conversation, que vous parlez aux premiers dignitaires de la chrétienté. Nulle part, aucun souverain n'est aussi abordable que le Saint-Père ne l'est au Vatican ; et il est impossible d'exprimer les sentiments de respect et d'amour qu'il sait inspirera ceux auxquels Dieu fait la grâce de l'approcher. Comme il réalise bien son nom, saint Père ! Oui, lorsque vous êtes prosternés à ses pieds, vous croiriez être aux pieds de Saint Pierre ou de Jésus-Christ Lui-même. Il semble qu'une émanation de sainteté vous pénètre tout entier et vous absorbe. Puis, lorsque sa douce main vous relève après vous avoir béni, lorsque sa parole bienveillante s'est fait entendre, vous retrouvez le bon Père de la famille chrétienne, et un cœur si doux et si tendre que vous en êtes tout interdit. Eglise romaine, pourquoi vos ennemis ne vous voient-ils pas de près ? ils reconnaîtraient d'instinct que vous êtes véritablement l'épouse de Jésus-Christ ; ils cesseraient de vous persécuter ; ils seraient heureux de vous appeler leur mère, de vous aimer et d'être vos enfants soumis et dévoués !

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

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22 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Vingt-troisième jour

Les persécutions de l'Eglise

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

I. Tous ceux qui veulent vivre en accomplissant fidèlement la doctrine de Jésus-Christ, disait l'apôtre Saint Paul, souffriront persécution. (2 Timothée 3, 12). Et Notre-Seigneur avait déjà dit : « Heureux ceux qui souffriront persécution pour la justice; car le royaume des cieux leur appartient. Estimez-vous heureux lorsqu'on vous maudira et que l'on vous persécutera ; lorsqu'on dira faussement toute sorte de mal contre vous par rapport à moi : réjouissez-vous alors, et tressaillez d'allégresse, parce que votre récompense est grande dans le ciel : c'est ainsi qu'ont été persécutés les prophètes, qui sont venus avant vous ». (Matthieu 5, 10 et ss). La destinée de l'Eglise est donc d'être persécutée, et c'est là l'un de ses caractères essentiels et divins. Sans doute, elle aura de temps en temps des moments de repos et de paix ; mais ce ne sera pour ainsi dire que pour lui laisser reprendre haleine, et pour lui donner le loisir de se préparer à de nouveaux combats. Les persécutions entourèrent son berceau : à peine Sauveur était-il né, que déjà  Hérode cherchait à mettre à mort ; et sa vie publique fut une persécution continuelle, qui ne se termina pour lui que lorsqu'il rendit le dernier soupir sur la croix. Les apôtres, disciples et ses successeurs dans l'oeuvre de la rédemption, ne furent pas mieux traités que leur maître, tous reçurent la couronne du martyre pour prix de leur fidélité et de leur dévouement. Mais ce n'était encore là que le prélude des trois premiers siècles de l'ère chrétienne, pendant lesquels l'Eglise devait se fonder et s'établir par le martyre, non plus seulement de ses princes et de ses chefs, mais encore par celui de milliers de chrétiens de tout âge, de tout sexe et de toute condition. C'est encore au prix de ces sacrifices sanglants qu'elle fait aujourd'hui de nouvelles conquêtes en Chine, en Cochinchine et dans une multitude d'autres régions lointaines. Ce n'est pas toutefois uniquement contre la vie de ses enfants que l'on conspire : on s'étudie aussi à attaquer ses dogmes, ses mystères, sa doctrine et même sa morale, dont on admire les principes, comme pour être autorisé à en condamner l'application pratique, que l'on trouve trop austère. On dénature les intentions et l'esprit de la sainte Eglise, on lui prête toutes les passions humaines, et sous ces prétextes futiles qui offrent quelque chose de spécieux aux masses, peu instruites surtout en matière de religion, on lui reproche d'avoir dégénéré de sa perfection primitive, de tomber en décadence, et l'on annonce depuis plusieurs siècles sa mort prochaine. On l'accuse d'idées rétrogrades, de s'obstiner à ne pas progresser avec les lumières des temps contemporains. On attaque ses docteurs, on renverse ses institutions. On traque et l'on épie ses ministres pour les trouver en défaut, et au besoin on les calomnie. On tourne en ridicule ses cérémonies les plus augustes, on raille ses enfants les plus dévoués et les plus fidèles ; c'est, en un mot, une guerre à outrance qu'elle aura à soutenir jusqu'à la fin des temps. L'Eglise ne s'étonne pas de ces persécutions, elle y compte, elle les attend comme une preuve de son institution divine, puisque Jésus-Christ les lui a prédites. « Voilà, lui dit-il que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups : soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes. Prenez garde aux hommes : ils vous traîneront devant leurs tribunaux et vous feront fouetter dans leurs synagogues. Ils vous conduiront à leurs juges et à leurs princes à cause de moi... Le frère livrera son frère pour qu'on le fasse mourir, et le père livrera son fils : les enfants eux-mêmes s'élèveront contre leurs parents pour qu'ils soient mis à mort. Vous serez un objet de haine pour tout le monde à cause de mon nom... Le disciple n'est pas plus que le maître... S'ils ont appelé le père de famille Belzébuth, comment n'en agiraient-ils pas de même avec ses serviteurs ?... Ne craignez donc pas ceux qui peuvent tuer le corps, mais qui sont impuissants à tuer l'âme : mais craignez plutôt celui qui peut précipiter le corps et l'âme dans les supplices éternels » (Matthieu 10, 16 et ss).

II. Les persécutions prédites par Notre-Seigneur à son Eglise ne devaient pas être seulement le fruit de la tyrannie et de l'oppression. Il lui en réservait de moins éclatantes et de plus continues, dans les épreuves ordinaires de la vie. Les premières ne devaient atteindre que les fidèles assez généreux pour confesser publiquement leur foi persécutée ; mais les secondes frappent tous les hommes indistinctement, car elles sont la suite et la punition du péché de notre premier père. Dans les desseins de Dieu, elles sont tout ensemble l'accomplissement des lois de sa justice et de celles de sa miséricorde : une expiation du péché, et une épreuve de notre fidélité. Tantôt il se charge lui-même de nous les envoyer directement par la mort de nos proches ou de nos meilleurs amis, par les maladies, les souffrances et les infirmités qui attristent si souvent notre existence. Tantôt, et le plus ordinairement, les hommes eux-mêmes deviennent entre ses mains, sans le vouloir et même sans le savoir, des instruments de persécution destinés à accomplir les desseins de Dieu sur son Eglise. Ce sont les médisances, les calomnies, les pertes de fortune ; le délaissement de nos amis et de nos proches ; l'ingratitude, des vengeances aveugles et injustes que l'on exerce contre nous ; les partialités, les injustices, les humiliations dont nous sommes victimes ; les caractères et les humeurs difficiles des personnes qui nous entourent, et avec lesquelles nous sommes forcés de vivre. Ce sont, si vous le voulez, des persécutions à coups d'épingle, mais qui n'en sont pas moins rudes ; d'autant plus qu'elles sont inévitables, persistantes, secrètes et de tous les jours. Sans doute, ce genre de persécution ne s'exerce pas uniquement contre les membres de l'Eglise, l'humanité tout entière y est soumise. Mais l'Eglise, dans le plan divin, devant être catholique, les éléments de sa destinée devaient être universels comme elle. Ceux qui ne veulent pas lui appartenir font un mauvais usage des persécutions, comme ils abusent des biens de la terre, et de toutes ces choses que Dieu a mises aux mains de tout le monde pour être des éléments de la vie chrétienne, et par conséquent des moyens de salut. Aussi, ce genre de persécution devient-il pour les enfants de l'Eglise une source continuelle de grâces : les uns sont ramenés à la vérité et à la pratique oubliée ou négligée de leurs devoirs religieux par les épreuves, qui leur ouvrent les yeux sur la vanité des choses du temps ; et, ne trouvant pas sur la terre le bonheur qu'ils comptaient y trouver, ils tournent alors leurs regards vers l'éternité ; les autres, habitués à vivre aux lumières consolantes de la foi, trouvent dans les afflictions que la Providence leur envoie un moyen aussi efficace que facile d'expier leurs fautes et une source intarissable de mérites.

III. Il est un troisième genre de persécutions qui n'est pas moins profitable à l'Eglise de Dieu, et qui ne vient ni de Dieu ni des hommes : mais de nous-mêmes, de l'esprit du monde et du démon : ce sont nos passions, nos mauvais penchants, et les tentations multipliées qui nous livrent sans cesse une guerre acharnée. L'honnêteté naturelle, l'intérêt, la philosophie ont bien pu quelquefois mettre un frein à la fureur de ces ennemis de l'humanité ; mais leur triomphe toujours partiel ne s'accomplissait qu'en développant d'autant plus d'autres mauvais instincts de notre nature corrompue. C'est ainsi que Diogène pratiquait le détachement des richesses, et qu'il se servait de cette apparence de vertu pour nourrir son orgueil. L'Eglise seule a reçu du divin Maître le secret du combat chrétien qui ne fait quartier à aucune passion, qui ne ménage aucun penchant désordonné. Sans doute la faiblesse humaine aidée même de la grâce ne triomphe pas toujours sur toute la ligne, mais elle a sans cesse les armes à la main, et se reproche du moins ses défaites. Cette guerre spirituelle, cette persécution intime sont une des plus rudes épreuves des enfants de l'Eglise, parce qu'elles les exposent à chaque instant au danger de se perdre pour l'éternité, c'est-à-dire, au plus grand des malheurs pour ceux qui vivent sous les inspirations divines de la  foi. Mais aussi, d'autre part, c'est au milieu de ces luttes quotidiennes que les caractères se fortifient, que l'énergie devient du courage, et que celui-ci s'élève jusqu'à l'héroïsme. Les victoires se multiplient, et avec elles les mérites qui assurent à ceux qui les remportent un poids de gloire incomparable dans la vie future. Telle est pour l'Eglise l'avantage immense de ces épreuves. Enfin, tous ces genres divers de persécutions ne suffisent point encore à l'amour ardent de l'épouse de Jésus-Christ pour les souffrances. A l'exemple du divin Sauveur, elle les désire, elle y aspire et s'en impose elle-même par la mortification et la pénitence. De là les jeûnes, les abstinences et les autres austérités qu'elle prescrit ou qu'elle conseille à ceux qui vivent sous ses lois. La persécution, de quelque côté qu'elle vienne, et quel que soit le sens qu'on lui donne, est donc un des éléments de la vie de l'Eglise ; elle en est un des caractères distinctifs.

 

Élévation sur les persécutions de l'Eglise

 

I. Je ne suis plus surpris, ô divin Maître, du langage que vous teniez aux peuples qui se pressaient autour de vous pour entendre vos divins oracles. « Il faut, disiez-vous, que le Fils de l'homme souffre beaucoup ; il faut qu'il soit condamné par les anciens du peuple, par les princes des prêtres et par les scribes ; qu'il soit mis à mort, et qu'il ressuscite le troisième jour ». Aussi disait-il à tous, continue le texte sacré : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il a se renonce soi-même, qu'il porte sa croix tous les jours, et qu'il me suive. Que celui qui veut sauver son âme, fasse le sacrifice de sa vie, car celui qui en fera le sacrifice pour moi, la sauvera. Que sert, en effet, à l'homme de gagner l'univers entier, s'il se perd lui-même ? » (Luc 9, 22 et ss). Non, je ne suis plus surpris des prédictions que je méditais tout à l'heure, et par lesquelles vous prépariez l'âme de vos disciples à soutenir les rudes combats que vous réserviez à votre Eglise. S'il fallait que le Christ souffrît pour entrer dans sa gloire (Luc 24, 26), comment l'Eglise son épouse aurait-elle pu partager sa couronne sans être associée à ses souffrances ? Aussi le diadème sanglant et glorieux du martyre n'a-t-il jamais cessé entièrement de reposer sur son front. Un vénérable vieillard inspiré de Dieu, vous tenant pressé entre ses bras quelques jours à peine après votre naissance, s'était écrié : « Cet enfant a été envoyé de Dieu pour être la perte et la résurrection d'un grand nombre dans Israël, et il sera en butte à la contradiction ». (Luc 2, 34). N'est-ce pas aussi la destinée réservée à votre Eglise ? Elle vous a succédé dans l'oeuvre admirable de la rédemption : elle annonce partout la doctrine que vous lui avez enseignée et dont vous lui avez confié le précieux dépôt. Les uns la recueillent avec avidité et en suivent fidèlement les préceptes, ils en reçoivent la vie ; d'autres, au contraire, la repoussent avec dédain, et ils se perdent. Dès lors, la sainte Eglise est comme vous en butte à la contradiction. Comme vous, elle a des ennemis qui la persécutent, tantôt par leurs paroles et leurs sarcasmes, tantôt par leurs livres impies. On voudrait l'anéantir ; on l'épie, on la poursuit, on use de violence, on fait couler son sang, ou bien on s'attaque à son Chef vénéré, on le chasse de son trône, on lui arrache sa couronne, on l'exile ou on le charge de fers, on le retient captif dans une étroite prison ; et partout on publie la mort prochaine de votre sainte épouse. Vous lui avez bien prédit, Seigneur, qu'elle serait crucifiée, mais vous lui avez promis aussi l'immortalité. Elle souffrira donc , mais elle n'en deviendra que plus glorieuse, et ne périra jamais !

II. Une de vos plus fidèles servantes, en exprimant son amour pour les souffrances, était bien l'admirable interprète des sentiments de votre Eglise et de la destinée que vous lui avez faite, lorsqu'elle s'écriait : « Ou souffrir, ou mourir » ; une autre disait mieux encore dans l'ardeur de sa charité : « Toujours souffrir, jamais mourir ». C'est bien là, en effet, la véritable devise d'une épouse digne de vous. Tous les jours ses enfants, sans être exposés au martyre, voient se multiplier autour d'eux les occasions de vous témoigner leur amour, en supportant avec résignation et en union avec vos souffrances les épreuves de la vie. Oh ! Que d'âmes saintes qui savent souffrir avec une angélique patience les maladies, les infirmités, les contrariétés de toute sorte, les incompatibilités d'humeur et de caractère ! Avec quel courage et quel héroïsme se soumettent à votre volonté sainte ces généreux chrétiens, qui, semblables aux enfants dans la fournaise, chantent encore vos louanges, lorsque la mort vient les frapper dans leurs plus chères affections, ou que la fortune capricieuse les réduit aux dernières extrémités de la misère ! Combien de Jobs s'écrient encore : « Vous m'aviez tout donné, Seigneur, vous m'avez tout repris, que votre saint nom soit béni ! » Ils n'arrêtent pas leurs regards à ceux qui ne sont que les instruments aveugles de la Providence vis-à-vis d'eux ; jamais la foi leur montre que c'est vous, Seigneur, qui dirigez tous les événements de la vie indépendants de leur volonté ; et comme vous ne faites ni ne permettez rien que pour le plus grand bien de vos enfants, ils doivent toujours, quoi qu'il arrive, vous louer et vous bénir.

III. Ce n'est pas sans un profond mystère, ô divin Sauveur, que la croix est devenue le symbole essentiel du christianisme, que l'Eglise en couronne le frontispice de ses temples, qu'elle l'expose à la vénération publique sur ses autels, qu'elle la porte comme étendard de ralliement dans ses cérémonies les plus solennelles, qu'elle veut que toutes nos principales actions commencent par ce signe auguste, et que tout chrétien donne dans sa maison la place d'honneur à l'image qui lui rappelle que vous l'avez aimé jusqu'à la mort, et à la mort de la croix : le sacrifice, inséparable de l'amour, dont il est la plus vraie et la plus haute expression, devait être le fond de la vie chrétienne. Pour être chrétien, il fallait que l'homme fût, non-seulement prêt à donner au besoin sa vie par amour pour vous; qu'il fût toujours dans la disposition de se soumettre à vos décrets les plus inattendus : mais il fallait aussi qu'il s'immolât sans cesse lui-même à vous, en combattant ses penchants les plus intimes pour les plier au joug de votre loi : la mortification de la chair et des sens devait faire de lui une victime continuelle, et son cœur devait être un autel domestique sur lequel l'holocauste de toutes ses pensées, de ses désirs et de ses affections, vous sera offert chaque jour. Voilà le secret que nous révèle la croix. Si l'auguste sacrifice qui s'offre à chaque instant de l'orient à l'occident est essentiel à la vie de l'Eglise, ô divin Maître, celui des cœurs ne l'est pas moins. Qui pourrait dire les bénédictions célestes qu'attirent sur la terre la réunion de tant d'immolations, de tant de victimes volontaires, non pas seulement de celles où le sang coule, mais encore de celles qui consistent dans l'acceptation secrète et résignée des épreuves, et dans le combat chrétien de tous les jours ? O divin Jésus, accordez-moi la grâce d'en augmenter le nombre en me donnant entièrement à vous, sortant en moi les stigmates de vos plaies adorables, et en vivant de cette vie persécutée et sainte qui est l'un des caractères divins de votre sainte Eglise.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

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