28 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Vingt-neuvième jour

Action de l'Eglise sur la société par l'exercice du culte extérieur et public

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

I. Lorsque Dieu conçut le généreux dessein de régénérer l'humanité déchue, il ne voulut pas que son Verbe prît seulement une âme semblable à la nôtre, mais bien aussi un corps matériel comme notre corps. Il voulait restaurer l'homme tout entier, et par conséquent agir sur sa chair aussi bien que sur son âme : les liens étroits qui unissent l'une à l'autre dans notre nature rendaient nécessaire cette action complexe et commune, pour atteindre le but que se proposait la divine miséricorde. Aussi, le Sauveur apparut-il au monde, non comme un pur esprit, mais revêtu de notre humanité tout entière, afin d'exercer une action efficace et salutaire sur nos sens comme sur notre esprit. C'est cette double action que Jésus-Christ a communiquée et confiée à son Église, pour continuer et perpétuer son œuvre de réparation au sein de l'humanité. Nous avons vu la puissance toute spirituelle et sans borne dont le Sauveur a revêtu sa sainte Epouse pour qu'elle pût agir directement sur les âmes et sur vie morale de la société, au moyen de la prédication de la doctrine évangélique et de l'administration des sacrements ; il nous reste à méditer l'influence religieuse que son divin Fondateur lui a donné mission d'exercer extérieurement par le culte public auquel elle préside. Sous le spécieux prétexte de professer un respect plus profond, et une plus haute estime pour le culte divin et pour l'action surnaturelle de la Religion sur le monde des âmes, certains philosophes reprochent amèrement à l'Eglise d'user de moyens extérieurs et matériels pour accomplir son œuvre. Ils voudraient que, pour être digne de la sublimité de ses fonctions, elle se dégageât complètement de tout ce qui est sensible, pour s'appliquer uniquement à la contemplation et au culte exclusivement spirituels. Mais, malheureusement pour eux, la sagesse divine en a jugé autrement. Sans doute, l'Église répudie des hommages purement extérieurs et auxquels l'âme ne prendrait aucune part ; parce que « Dieu est esprit, et il veut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité » (Saint Jean 4, 24); mais comme il a donné à l'homme un corps tout aussi bien qu'une âme, il exige que l'un et l'autre lui rendent leurs devoirs par un culte tout à la fois intérieur et extérieur. Créateur de la nature humaine, il connaissait les lois qui enchaînent l'esprit à la chair, et il a voulu en quelque sorte s'y soumettre lui-même, en se communiquant à nous par les moyens ordinaires qui sont propres à notre nature. En un mot, il a voulu que nous allassions à lui, et venir à son tour à nous par tous les éléments de notre être, par les sens et par l'esprit.

II. Déjà, au temps des Patriarches, il avait exigé des sacrifices ; Moïse lui avait dressé un tabernacle, et avait élu une tribu pour le service des saints autels; plus tard, sous son inspiration, David et Salomon lui élevèrent un temple célèbre, auquel le peuple juif accourait en foule, de toutes les parties de la Judée, afin d'y rendre à Dieu l'honneur qui lui est dû. Jésus-Christ fut à peine entré dans le monde, que l'étable où il naquit devint un sanctuaire. Les bergers s'y pressaient pour l'adorer, et les mages y venaient pour lui offrir de la myrrhe, de l'or et de l'encens. Plus tard, le Sauveur est présenté an temple, et c'est là qu'à l'âge de douze ans il fait entendre pour la première fois ses divins oracles. C'est lui qui nous enseigne la prière vocale par excellence. Il prie lui-même en se tenant à genoux et en se prosternant jusqu'à terre. Au lieu de faire ses miracles par un pur acte de sa volonté, il emploie toujours quelque signe extérieur et sensible : tantôt de la salive, tantôt de la boue ; d'autrefois il guérit subitement les malades et ressuscite les morts, en criant avec force ou en touchant de sa main sacrée ceux auxquels il accorde ces faveurs. Enfin il établit les sacrements, et il veut qu'une matière sensible en soit le signe et indique la grâce spéciale qui leur est propre. L'Eglise, chargée par son divin Fondateur de poursuivre son œuvre réparatrice, n'aurait-elle pas manqué au respect profond qu'elle devait aux institutions et aux exemples de Jésus-Christ son Maître, si elle eût osé changer le plan qu'il lui avait tracé, et suivre une marche différente de celle qui lui avait été enseignée ? Elle y a toujours été fidèle, et depuis dix-huit cents ans elle n'a pas cessé d'en recueillir des fruits merveilleux. Qui pourrait redire, en effet, les impressions profondes et salutaires produites par la majesté et la sainteté de ses temples, par l'édification de ses pieuses assemblées, par la gravité et l'harmonie de ses chants religieux, par ses cérémonies si imposantes et si touchantes? L'impiété ne reconnaît que trop l'influence immense que peut exercer l'Eglise en faveur de la Religion et du salut des âmes par l'éclat de son culte extérieur ; c'est pour cela que, semblable aux Juifs, qui reprochaient à Madeleine la profusion des parfums dont elle couvrait les pieds du Sauveur, prétendant que leur prix serait mieux employé si on le distribuait aux pauvres, elle reproche à son tour à l'Eglise le luxe avec lequel elle décore ses temples et les richesses qu'elle y consacre ; le temps passé dans les assemblées saintes est du temps perdu, et qui serait mieux employé à ses yeux par quelque occupation lucrative ; les cérémonies sacrées ne sont pour les ennemis de l'Eglise que des superstitions et de vains spectacles offerts à l'ignorance et au fanatisme ; et ils redoutent tellement l'empire qu'elles exercent sur les masses, qu'ils leur défendent de franchir le seuil du sanctuaire et de se montrer au sein des villes, même pour en bénir les rues et les demeures. Et si la haine contre la foi va jusqu'à la persécution, le premier de ses exploits est d'abattre les autels et de fermer les temples. Peut-on proclamer d'une manière plus éclatante la puissance prodigieuse que le Sauveur a confiée à l'Eglise dans la pratique du culte extérieur et public ?

III. Sans doute Dieu n'a pas besoin de nos temples pour lui-même, comme un monarque a besoin d'un palais pour en faire le siège de sa grandeur et de sa puissance ; sans doute encore la majesté infinie remplit l'univers entier de sa présence, et partout elle peut entendre nos vœux et nos prières ; mais c'est nous qui avons besoin de ces lieux spécialement consacrés au culte de la divinité. Il est des hommes, nous le savons, qui pour se distinguer de la foule et du vulgaire, pour se faire considérer comme artistes ou comme philosophes, ne voudraient dans nos églises que la pierre nue, de la beauté et de la gravité de laquelle, à leur dire, aucun ornement ne saurait approcher ; qui s'extasient devant la simplicité touchante des pauvres églises de nos campagnes. C'est là, prétendent-ils, qu'ils prient avec le plus de ferveur. Mais nos temples n'ont pas été précisément élevés pour ces exceptions de l'espèce humaine ; c'est aux masses qu'ils sont destinés, et l'on a dû choisir pour les orner ce qui impressionne plus vivement le commun des hommes. Pauvre peuple ! pourquoi vous serait-il refusé de venir de temps en temps sous les lambris dorés de la maison de votre Père, qui est aussi la vôtre, reposer vos yeux fatigués et attristés par le spectacle continuel de la misère qui vous entoure, et contempler les splendeurs religieuses dont la sainte Eglise veut réjouir votre âme désolée ? Pourquoi cette Eglise, votre tendre mère, si quelquefois elle est obligée de vous demander des sacrifices, ne vous convierait-elle pas aussi de temps à autre à ses solennités, pour y dilater vos cœurs, si souvent flétris par les chagrins et les privations de toute espèce ? Quelle est la société qui n'a pas ses fêtes populaires ? Vous ne possédez pas de livres, et le temps d'ailleurs vous manquerait pour les feuilleter ; accourez donc dans le lieu saint : tous les arts y ont été convoqués pour éclairer votre esprit et consoler votre cœur. L'Eglise a mis à la portée de toutes les intelligences les plus sublimes mystères, l'histoire de la religion et celle du divin Sauveur qui a tant aimé les pauvres et les petits. Les sculptures, les peintures sacrées qui couvrent les murailles de ses temples, vous retracent et vous redisent toutes les vérités et les touchantes traditions de notre foi dans un langage saisissant; elle va jusqu'à essayer de vous donner une idée du ciel, où elle veut vous conduire, par ces vitraux admirables, où se pressent une multitude de héros chrétiens, que le soleil rend lumineux, comme pour vous révéler la gloire dont ils jouissent dans le séjour de l'éternelle félicité. L'architecture même de nos édifices religieux sait leur imprimer un caractère particulier qui saisit de respect celui qui en franchit le seuil ; tout y est disposé pour instruire ceux qui y pénètrent : les fonts baptismaux, qui rappellent la régénération de nos âmes ; les tribunaux de la pénitence, qui révèlent les miséricordes infinies de Dieu pour le pécheur ; la table sainte, où tous sont invités sans distinction pour y puiser des forces dans le pénible chemin de la vie; enfin l'autel,où se renouvelle chaque jour le sacrifice auguste de la rédemption.

Mais c'est surtout lorsque nos temples se remplissent de cette foule pieuse, où tous les âges et toutes les conditions se trouvent fraternellement confondus, que l'Église exerce avec plus de succès sa céleste et salutaire influence. Outre l'édification mutuelle et l'entraînement du bon exemple, qu'on y trouve, qui pourrait dire les fruits précieux que la parole divine produit alors dans les âmes, et les glorieuses conquêtes qu'elle fait à la foi et à la vertu, les préjugés et les illusions qu'elle dissipe, les solides doctrines qu'elle établit dans les intelligences, les ennemis qu'elle réconcilie, la paix qu'elle met dans les âmes, les douces consolations qu'elle répand dans les cœurs ? C'est ainsi que l'Église adoucit les mœurs et civilise les peuples les plus barbares, d'une manière bien autrement efficace que ne peuvent le faire les arts, les sciences et l'industrie que la multitude ignore et qu'elle ignorera toujours. Les cérémonies sacrées viennent à leur tour prêter à la sainte Eglise le concours de leur précieuse influence. Si les hommes n'étaient que de pures intelligences, étrangères aux impressions des sens, on devrait sans doute rejeter comme inutile tout l'appareil et la pompe du culte chrétien. Mais nous savons tous, par notre propre expérience, combien les choses sensibles ont d'empire sur le cœur de l'homme, combien l'esprit, naturellement volage, a besoin d'être captivé ; et voilà pourquoi la religion chrétienne déploie devant nous un ordre et une suite de cérémonies qui parlent à nos sens, et qui par leur intermédiaire nous instruisent et nourrissent notre piété. Aussi, tout dans nos rites sacrés est symbolique, et frappe encore plus notre esprit que nos yeux. Quel est, en effet, le dogme ou le précepte qui ne soit retracé, et presque rendu sensible par quelque point du culte public ? Assurément, si l'on considère chaque cérémonie isolément, en dehors des mystères dont elle est pour ainsi dire le langage, dépouillée de la foi qui en est l'âme, il est facile de déverser le ridicule sur ce qu'il y a de plus saint ; mais alors on cesse d'être sincère, et on se met en dehors de la question. Au reste, il suffit de consulter nos souvenirs, de nous rappeler quelqu'une de ces grandes solennités où la religion déploie toutes ses pompes, et où nous étions mêlés à la multitude. Malgré peut-être nos préjugés nous avons été émus, touchés même jusqu'à sentir ce frémissement qui se traduit souvent par des larmes, et nous sommes sortis meilleurs, ou du moins mieux disposés à le devenir. Aussi, là où les pieuses cérémonies de la religion sont négligées ; là où les temples sacrés sont dépouillés de tout ornement, et tombent presque en ruines sous le souffle empoisonné de l'indifférence ; là où le prêtre est forcé de monter au saint autel avec des lambeaux de vêtements sacrés, la foi est bien près de s'éteindre, et avec elle le respect de l'autorité, la justice et la civilisation tout entière; là où il n'y a plus de culte public, Dieu est méconnu ; et quand un peuple n'a plus de Dieu, c'est un corps sans âme et sans vie, qui tombe en dissolution : il retourne à la barbarie.

 

Élévation sur l'action de l'Eglise par l'exercice du culte extérieur et public

 

I. Vous aviez annoncé, Seigneur, par la voix solennelle de vos prophètes, que votre Eglise serait comme la « maison de Dieu élevée sur le sommet des montagnes, au-dessus des collines, à laquelle devaient se réunir toutes les nations » (Isaïe 2, 2 ) ; comme une « haute montagne » qui se montre à toute la terre (Daniel 2, 34). Suivant les Livres Saints, elle devait être une cité qui, étant « placée sur la hauteur », ne peut être cachée (Saint Matthieu 5, 44) ; une société où il y a des « pasteurs et des docteurs chargés d'un ministère public pour l'édification du corps de Jésus-Christ » (Ephésiens 4, 11), « qui est l'Eglise » (Colossiens 1, 24). Enfin, les saintes lettres la montrent comme un troupeau confié à la sollicitude des « évêques, établis par le Saint-Esprit pour gouverner l'Eglise de Dieu » (Actes des Apôtres 20, 28), et pour « prêcher /'Evangile à toute créature » (Saint Marc 16, 15). La société chrétienne devait donc manifester son existence et sa vie autrement que par un culte purement spirituel ; son culte devait être visible comme elle. Son but était de régénérer l'humanité dans toute l'étendue de sa nature, puisque l'homme tout entier avait été corrompu par le péché d'origine ; et c'est pour cela, Seigneur, que vous lui avez donné des moyens d'action qui peuvent atteindre tout à la fois l'âme et le corps. Non, vous n'avez pas voulu que votre Eglise se bornât à la contemplation de vos perfections infinies et de la sagesse de vos divins préceptes ; mais vous l'avez créée pour être la réformatrice et l'âme de toutes les œuvres humaines qui remplissent l'existence des individus et des sociétés ; vous l'avez chargée de suivre l'homme depuis le berceau jusqu'à la tombe, et de présider sans relâche à ses destinées; aussi, vous lui avez donné un corps aussi bien qu'un esprit, afin de perpétuer en elle et par elle les fruits précieux de votre incarnation et de la rédemption. Ainsi, vous continuez par sa bouche la prédication de votre Evangile ; vous offrez encore par ses mains l'auguste sacrifice de la croix; vous dites toujours par son organe aux pauvres pécheurs : « Vos péchés vous sont remis » ; et vous renouvelez sans cesse, par la puissance ineffable dont vous l'avez revêtue, les mystères adorables de la Cène.

II. Mais, ô divin Sauveur, qu'est-ce que le culte extérieur et public de votre Église, si ce n'est l'exercice de ces sublimes fonctions que vous lui avez confiées ? Toutes les cérémonies qui concourent à ses solennités n'ont-elles pas uniquement pour but d'instruire les hommes de votre sublime doctrine, de les conduire peu à peu à la source de la régénération, pour les unir ensuite à vous par la participation a votre divin banquet ? Pourquoi ses temples ? Et ne fallait-il pas à la société chrétienne, comme à toute autre, une maison commune, un lieu consacré aux réunions solennelles, où le législateur suprême pût faire entendre ses oracles ? Ne lui fallait-il pas un palais où la justice divine pût prononcer ses sentences de miséricorde, et acquitter nos dettes ? Le roi de gloire, celui qui a promis d'être avec son Eglise jusqu'à la consommation des siècles, aurait-il été le seul monarque qui n'eût pas eu de trône, le seul Dieu auquel on n'eût pas élevé de sanctuaire, ni d'autel ? Mais cette croix qui couronne le faîte de nos temples, qui domine le tabernacle, qui marche toujours à la tête du peuple chrétien, dont le signe se retrouve partout et se mêle à tous les mystères qui s'opèrent dans le lieu saint, n'est-elle pas une voix éloquente qui rappelle sans cesse à l'homme qu'il ne peut y avoir de salut pour lui qu'autant qu'il sera marqué au sceau du sang divin qui a coulé sur l'arbre de vie ? Quelle leçon salutaire que cette eau lustrale, qui se trouve au seuil du temple ! La prière, semble-t-elle dire, ne peut plaire au Seigneur que lorsqu'elle part d'un cœur pur ou qui désire se purifier. Puis, c'est la tribune sacrée du haut de laquelle tombent ces paroles divines qui éclairent, qui touchent les âmes et les conduisent au tribunal de la miséricorde et de la justification. Mais à peine le miracle de la résurrection spirituelle s'est-il opéré, que je vois le pieux fidèle se diriger vers le sanctuaire : le sacrifice auguste commence. Il y trouve une victime qui s'offre pour l'expiation de ses fautes; une victime qui supplée par ses mérites infinis à l'infirmité de ses adorations, à la froideur de ses prières, à la faiblesse de sa reconnaissance. Il s'unit étroitement au sacrificateur et devient en quelque sorte prêtre avec lui. Voilà pourquoi un admirable colloque s'établit entre eux : tous deux d'abord avouent leurs misères au pied du saint autel, et implorent mutuellement leur pardon ; et lorsque celui qui est revêtu du caractère sacerdotal a franchi les degrés qui montent au tabernacle, il ne cesse pas pour cela, tout en parlant à Dieu, d'adresser encore la parole à ses frères : « Le Seigneur soit avec vous », leur dit-il a plusieurs reprises ; et les assistants s'empressent de lui répondre : « Et avec votre esprit ». A chaque prière les pieux fidèles montrent par une parole d'approbation : « Ainsi soit-il », la part qu'ils prennent aux supplications du prêtre. Plus tard, celui-ci les prie de demander que son sacrifice et le leur devienne agréable à Dieu ; et enfin avant d'entrer dans cette contemplation profonde qui précède immédiatement l'accomplissement du plus saint des mystères, il les exhorte à élever leurs cœurs jusqu'au ciel ; puis, il ne leur parle plus ; car lui-même n'est plus sur la terre. Toutefois, lorsque le sacrifice eucharistique est consommé, le chrétien qui s'est purifié dans les eaux vivifiantes de la pénitence ne s'en tient pas à une simple participation de prière, il veut aussi participer à la victime adorable. Alors, le prêtre reprend la parole, lui déclare quelle est la grandeur et la bonté de celui qu'il va lui donner, et lui rappelle avec douceur combien il est peu digne de le recevoir. Il lui livre enfin le corps du Seigneur, en souhaitant à l'âme fidèle qu'elle sache y trouver une sauvegarde assurée pour la vie éternelle. L'union de l'homme avec Dieu est accomplie, et le but du culte extérieur et public est obtenu !

III. Oh ! Je conçois, ô mon Dieu, les admirables transports du saint roi qui s'écriait : « Que vos tabernacles sont aimables, Seigneur, Dieu des armées : mon âme soupire et elle est prête à tomber en défaillance lorsqu'elle pense au bonheur de se trouver dans votre sanctuaire ! Mon cœur et ma chair font éclater par des transports de joie l'amour qu'ils ressentent pour le Dieu vivant. Le passereau a une retraite, et la tourterelle a un nid pour y mettre ses petits ; pour moi, vos autels seront ma demeure, ô Seigneur des armées, mon roi et mon Dieu ! Heureux ceux qui habitent votre maison, Seigneur; ils vous loueront dans tous les siècles !... Car un seul jour passé dans votre sanctuaire l'emporte sur mille autres jours de ma vie. Ah! combien j'aime mieux être regardé comme le dernier dans la maison de mon Dieu que d'habiter sous te toit des pécheurs ! » (Psaume 83). Lorsque le Temple de l'Ancien Testament et les cérémonies qui s'y passaient faisaient naître des sentiments si tendres et si embrasés, comment pourrait-on douter de la puissante influence que doit exercer sur les cœurs la réalisation des saints mystères qui s'opèrent dans nos églises, et dont le culte antique n'était qu'une figure bien imparfaite ? Ah ! Seigneur, si le ciel et la terre et les merveilles qu'ils renferment publient votre gloire, et forcent les plus incrédules à reconnaître la puissance souveraine de leur auteur, quels seront les fruits qu'il faudra attendre des prodiges de miséricorde que nous révèlent les cérémonies du culte chrétien ? Est-il surtout rien de plus imposant que le spectacle touchant d'un Dieu descendu du ciel et réellement présent sur nos autels, qui bénit ses enfants avec l'amour le plus tendre et le plus désintéressé ? Le parfum de l'encens qui embaume le temple, les saints cantiques qui retentissent de toutes parts, le profond recueillement et le religieux respect de la multitude réunie sous les voûtes sacrées : tout semble dire à l'âme que le ciel s'est abaissé pour un instant jusqu'à la terre. Ah ! malheur à celui qui resterait insensible en présence de cette scène ravissante ; si sa foi n'est pas entièrement éteinte, elle est bien près de l'être.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

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27 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Vingt-huitième jour

Action de l'Eglise sur la société par le Sacrement de Mariage

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

Le mariage chrétien, ou le sacrement de Mariage, est le troisième principe de régénération et de perpétuité que Jésus-Christ a donné a son Eglise. Le premier est la doctrine évangélique ; le second est le sacerdoce. Le sacerdoce et le mariage, à eux seuls, tiennent entre leurs mains, non-seulement les destinées des familles, mais encore celles des peuples de l'humanité tout entière. Aussi, sont-ils les seules professions que le divin Maître ait élevées à la dignité de sacrement. Le but qu'ils devaient atteindre demandait, en effet, une action toute-puissante capable de triompher de la corruption générale et des maximes mensongères du siècle. Il fallait encore que ces deux états fussent revêtus d'une autorité et d'une majesté divines pour commander le respect dont ils doivent être entourés. Enfin, ceux qui s'y dévouent avaient besoin de grâces spéciales pour être à la hauteur des devoirs si graves et si importants que leur condition leur impose. L'institution de ces deux sacrements pourvoit à toutes ces nécessités.

I. Pour bien comprendre l'influence immense qu'exerce sur la société le mariage chrétien, ou le sacrement auguste établi pour sanctifier et consacrer l'union des époux, il est important de remonter à l'institution primitive de ce saint état, et de bien comprendre le but du Créateur lorsqu'il le fonda. Lorsque le livre de la Genèse nous parle de la création des animaux, il nous rapporte que Dieu se contenta de leur dire: « Croissez et multipliez », sans rien ajouter qui pût faire entendre qu'il s'agît d'autre chose, sinon de perpétuer leur espèce et de se multiplier matériellement avec leurs instincts aveugles. Mais, quand le texte sacré nous entretient de l'homme, son langage est tout autre: « Dieu, dit-il, créa l'homme à son image, et il le créa à l'image de Dieu; il fit l'homme et la femme, il les bénit, et ce fut après qu'il ajouta : « Croissez et multipliez, et remplissez la terre ». (Genèse 1, 27- 28). Créé à l'image de Jésus-Christ, suivant l'interprétation des Pères, l'homme devait multiplier sa postérité, non pas seulement en la formant d'hommes semblables à lui sous le rapport physique et intellectuel, mais encore en la formant d'hommes à l'image de Jésus-Christ. Dieu l'ayant en quelque sorte associé à l'œuvre de la création, l'homme devait donc contribuer aussi pour sa part à la création morale de ses descendants, et s'efforcer de reproduire en eux le divin modèle sur lequel il avait été lui-même formé. Or, c'est dans ce travail, qui consiste à former des descendants à l'image de Jésus-Christ, c'est-à-dire, à les former à toutes les vertus morales, religieuses et sociales, travail imposé aux parents, que se trouve le but principal que Dieu se proposa en instituant le mariage et en bénissant lui-même les deux premiers époux. Telle fut l'influence immense que le Seigneur voulut donner au mariage sur l'avenir et les destinées des familles et des sociétés.

II. Mais, le péché du premier père ayant corrompu le sens primitif de l'institution du mariage, les hommes oublièrent la fin sublime de ce saint état, et la catastrophe terrible du déluge universel fut le solennel châtiment de cet oubli criminel. Le souvenir de cette épouvantable punition, les communications intimes de Dieu avec les patriarches, et plus tard la loi mosaïque entourèrent de nouveau le mariage, chez le peuple de Dieu, d'assez de respect, d'honneur et de dignité, pour que les Juifs aient pu conserver pendant plus de quinze cents ans encore l'esprit de famille et leur nationalité, fruits ordinaires des mariages contractés selon l'esprit de Dieu. Ce fait est d'autant plus frappant, qu'autour du peuple juif s'agitaient de toute part les philosophes, les sages et les législateurs païens, qui, ayant parfaitement compris la haute influence du mariage sur la destinée des empires, s'efforçaient de forger des lois capables de maîtriser le torrent des passions et de rétablir l'ordre complètement détruit dans les familles, et dans les états qu'ils gouvernaient. Les Lycurgue, les Périclès, les Platon en Grèce ; les Romulus, les Numa, les décemvirs,les Auguste pour l'Empire romain, sentaient si vivement l'influence que peut exercer le mariage sur le bonheur des peuples et sur la prospérité des nations, que tous usèrent les ressources de leur génie et de leur sagesse, pour s'efforcer d'inventer des lois qui pussent replacer le mariage dans des conditions capables de sauvegarder les bonnes mœurs, et de garantir l'unité de la famille et de la société. Mais tous échouèrent et tombèrent dans les excès les plus monstrueux, pour éviter ceux dont l'expérience avait fait justice. Dieu seul, en effet, qui avait créé les cœurs, pouvait trouver ce secret impénétrable à l'intelligence humaine ; et lui seul surtout pouvait communiquer aux hommes la force nécessaire pour être fidèles aux règles qu'il allait leur révéler et leur imposer.

III. Après tous les vains efforts des sages et des savants du siècle, apparut donc le souverain Législateur, le divin Réparateur qui devait réhabiliter la race humaine déchue. Lorsqu'on veut relever un édifice qui tombe en ruines, on le reprend par la base. Aussi, l'un des premiers soins du Sauveur fut-il de rétablir le mariage sur ses fondements primitifs, en lui rendant l'unité et l'indissolubilité. C'est ainsi qu'en deux mots il résolut ce problème inextricable, devant lequel les meilleurs esprits et les plus hautes intelligences avaient été forcés d'avouer leur incapacité, depuis quarante siècles. Sans l'unité, la famille, qui est essentiellement un corps organisé et monarchique, devenait impossible. Sans l'indissolubilité, il fallait admettre le divorce qui n'est qu'une polygamie mal déguisée, et dont une triste expérience a fait justice, comme étant la ruine de la famille. Aussi, dans les pays où il est encore toléré, la législation l'a-t-elle entouré de tant de difficultés, qu'elle l'a rendu presque inabordable. D'ailleurs, l'unité et l'indissolubilité étant corrélatives ne devaient former qu'une seule et même loi. C'était l'indissolubilité qui devait rendre à la femme la dignité que la polygamie païenne et le divorce lui avaient ravie. Grâce à cette loi si sage du mariage chrétien, elle ne pouvait plus être le vil jouet de la brutalité de l'homme; elle redevenait, comme au premier jour de la création, la compagne de son époux, et non son esclave; elle avait voix délibérative dans les affaires intimes de la famille, et elle pouvait être souvent l'utile conseillère et la consolatrice de celui qui partageait sa destinée, en soutenant son courage quelquefois chancelant dans les jours mauvais de la vie. Ainsi, l'homme lui-même aussi bien que la femme allait recueillir les heureux fruits de cette législation divine. Il n'était plus seul sur la terre; il avait retrouvé, selon la parole de l'Ecriture, « une aide semblable à lui, l'os de ses os, la chair de sa chair ; c'est pour cela que l'homme abandonnera son père et sa mère pour s'attacher à son épouse, et ils seront deux en une seule chair ». (Genèse 2, 21 et ss). Texte sacré qui démontre à l'évidence que l'institution primitive du mariage renfermait l'obligation rigoureuse de l'indissolubilité. Cette indissolubilité devenait surtout une loi de stricte justice vis-à-vis des enfants; car ils avaient droit à autre chose qu'à ce pain amer de la séparation, que leur garantissaient les législateurs du divorce, et dont chacun des époux qui se quittent peut, en effet, leur donner la moitié ; on leur devait autre chose que les leçons des maîtres qui se paient à prix d'or ; ils avaient droit à cette éducation de tous les jours et de toutes les nuits, pour laquelle Dieu n'a pas cru que ce fût trop de réunir les deux vies d'un père et d'une mère ; ils avaient droit à cette société de la famille que la mort même ne peut rompre, sans que l'époux survivant se sente jamais capable de réparer l'absence de l'autre. Le mariage n'a que des conséquences irréparables, aussi la famille qu'il créa ne peut avoir que des liens indissolubles. L'indissolubilité fait donc la force de la famille ; et comme les sociétés ne se forment que de l'agglomération des familles, et qu'elles ne peuvent trouver de meilleur modèle pour leur organisation que la famille elle-même, il en résulte que le mariage chrétien en réhabilitant la société domestique, en y rétablissant l'ordre, la dignité, l'unité et la stabilité, exerce l'influence la plus salutaire, la plus efficace et la plus considérable sur la société tout entière.

 

Élévation sur l'action de l'Eglise vis-à-vis de la société par le Sacrement de Mariage

 

I. Pouviez-vous, Seigneur, contempler d'un œil indifférent le désordre et la corruption dont les plus viles passions de l'homme avaient infecté l'institution primitive et fondamentale de la société ? Votre divine Providence, qui veille avec tant de sollicitude sur la conservation et le bon ordre des œuvres sorties de vos mains, pouvait-elle, en entreprenant la restauration du genre humain, ne pas pourvoir à la réparation d'un mal si profond, et dont les conséquences funestes avaient perverti l'humanité tout entière ? Oh ! Non, Seigneur, votre miséricorde infinie, et l'ardent amour que vous aviez pour le salut du monde,vous ont inspiré le moyen puissant et radical qui seul pouvait purifier à jamais la source des générations futures, en instituant le sacrement de Mariage. Aussi, Saint Paul appelle-t-il ce sacrement grand par excellence, puisqu'il est le symbole de l'alliance que Jésus-Christ a daigné former avec notre humanité et avec son Église. Mais si l'union intime contractée entre le Verbe divin et la nature humaine, et si celle que sa grâce et sa charité ont consommée avec l'Église son épouse, sont irrévocables et indissolubles, ces caractères essentiels devaient être également ceux des unions auxquelles le Sauveur voulait imprimer le sceau de son sang précieux par l'auguste sacrement de Mariage. Toutefois, pour adoucir ce que cette loi rigoureuse pourrait avoir de dur pour l'inconstance humaine, vous avez voulu que le sentiment le plus doux, c'est-à-dire l'amour, en fût le principe et le fondement. Vous avez voulu que la fidélité a cet amour fût sacrée et inviolable. Pouviez-vous mieux entrer dans les dispositions que la nature elle-même a gravées dans le cœur de l'homme qui a encore quelque respect pour son honneur ? Quel est, en effet, celui qui n'est pas jaloux d'un premier amour, d'un amour fidèle et constant ? Et la loi de l'indissolubilité est-elle autre chose que la consécration de ce sentiment si noble, si pur et si juste ? Il est vrai que les passions humaines s'élèveront, dans leurs excès, contre ces règles si naturelles pourtant de l'ordre, de l'honnêteté et du vrai bonheur ; l'homme aura des luttes quelquefois terribles à soutenir contre lui-même. Mais c'est pour cela, Seigneur, que votre miséricorde et votre bonté ont daigné élever le mariage a la dignité de sacrement ; vous vouliez ainsi non-seulement purifier et sanctifier l'amour légitime, mais encore ouvrir aux époux chrétiens une source inépuisable de secours surnaturels, qui seuls pouvaient leur donner la force de triompher de la corruption, et de garder religieusement leur promesse sacrée de fidélité mutuelle.

II. L'amour vrai ne peut exister, en effet, sans le sacrifice : aimer, c'est se donner, se sacrifier. Le sacrifice est la pierre de touche de l'amour ; c'est vous, ô divin Maître, qui nous l'avez dit vous-même : « Personne n'aime autant que celui qui fait le sacrifice de sa vie pour ceux qu'il aime » (Saint Jean 15, 13), et c'est ainsi que vous avez voulu nous prouver combien vous nous aimiez. Il y a donc dans le mariage plus qu'un simple et froid contrat ; il y a un double sacrifice qui ne connaît ni bornes, ni conventions, lorsque l'amour en est véritablement l'âme et le principe. Aussi, est-ce pour cette raison que chez tous les peuples le mariage a voulu des autels pour témoins et des dieux pour vengeurs ; et que, chez les chrétiens, le sang d'un Dieu, versé par l'amour, en est le sceau. Oui, dans le mariage, vous avez voulu, Seigneur, qu'il y eût deux sacrifices qui en formassent le lien indissoluble. La femme sacrifie ce que Dieu lui a donné d'irréparable, ce qui faisait l'objet de la sollicitude de sa mère. Elle sacrifie sa première beauté, cette fleur pleine de fraîcheur qui embellit tous les ouvrages qui sortent de la main du Créateur ; souvent elle sacrifie sa santé, et toujours ce premier élan d'amour qui ne se donne pas deux fois, ce charme que le veuvage en lui rendant la liberté ne saurait lui restituer. L'homme en retour sacrifie sa liberté et son repos pour se charger de la responsabilité d'une famille. L'homme arrivé au terme de son éducation, dans toute la force de son corps et de son esprit, maître de lui-même, se lasse bientôt de s'appartenir. Il est tourmenté d'un besoin infini de se donner, et s'il ne se donne pas tout entier à Dieu dans le service de la prière, ou à la société dans le service des armes, un inexorable ennui ne lui laisse pas de paix, qu'il n'ait trouvé au monde une créature à laquelle il puisse se donner, non pas à demi, ni pour un temps, mais tout entier et pour toujours. Rien, en effet, ne rendra plus à l'homme ces incomparables années de la jeunesse, cet essor d'imagination capable de tout, excepté de désespérer, et cet effort d'un premier amour qui peut tout vaincre pour faire à autrui un sort glorieux et doux. S'ils savent ce qu'ils font, les deux époux sacrifient toutes ces choses, et ils sont heureux de les sacrifier.

III. Mais, ce double sacrifice, les deux époux ne se le font pas seulement l'un à l'autre. Il entrait dans les vues de votre infinie sagesse, ô mon Dieu, qu'il ne fût que le prélude et le noviciat de celui qu'ils devaient faire aux enfants à naître, en faveur desquels ils consentent à subir toutes les charges et toutes les douleurs de la vie domestique, à donner jusqu'à la dernière veille de leurs nuits, jusqu'à la dernière goutte de leurs sueurs et de leur sang. Car les enfants nés ou à naître sont les créanciers perpétuels de l'association conjugale. Elle leur doit premièrement la vie, l'éducation jusqu'à la majorité et les moyens d'existence, des aliments à tout âge s'ils deviennent infirmes ou malheureux, et assurément des conseils et des exemples. Elle leur doit ce que des époux séparés plus ou moins légalement ne pourront plus tenir, lors même qu'ils ont fait de leurs enfants un partage impie ; parce que chacun des époux n'a qu'une partie de ce qu'il faut pour payer la dette que le mariage a contractée envers eux, et que-vous n'avez pas moins voulu, Seigneur, la réunion et l'unité des époux pour les élever, que pour leur donner la vie, comme l'atteste votre divine parole : « Que l'homme se garde de séparer ce que Dieu a uni ». (Saint Marc 10, 9.) Les enfants sont des tiers intéressés qui n'ont pas pris part au contrat qui a fixé leur sort ; on ne peut donc rien changer à ce contrat sans blesser la justice à leur égard ; d'autant plus que, ne pouvant pas être rendus à la paix du néant, ils peuvent encore moins que les parties contractantes être remis au premier état en entier. Vous avez voulu, ô mon Dieu, que le sacrifice et le dévouement fussent la condition essentielle du mariage chrétien, pour que la famille, devenant l'école du sacrifice, préparât ainsi, sous l'œil et la direction de l'Eglise, des citoyens prêts à se dévouer au bien de tous, et éminemment propres à former une société robuste et capable de résister aux plus rudes épreuves. C'est, en effet, aux côtés de sa femme trop faible pour se suffire à elle-même, c'est au berceau de son enfant qui a besoin de tout, que l'homme apprend à se priver, à se contraindre, à supporter un travail dur et continuel ; qu'il apprend à se dévouer, à vivre pour autrui, c'est-à-dire, qu'il apprend tous les devoirs et les vertus de la vie civile. Oh ! Je comprends maintenant, Seigneur, que vous ayez réservé à votre Église, destinée à perpétuer sur la terre l'œuvre de la réparation du genre humain, une source de grâces toute spéciale pour exercer son action bienfaisante sur les sociétés ; et qu'à l'aide du sacrement de Mariage elle puisse transfigurer un amour purement naturel en un dévouement et un esprit de sacrifice tout divins, capables des plus nobles et des héroïques vertus.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

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26 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Vingt-septième jour

Sur l'action du Sacerdoce par le Sacrement de l'Eucharistie

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

L'Eucharistie et le sacerdoce sont corrélatifs : toute religion doit avoir des sacrifices et par conséquent des prêtres pour les offrir. D'où il suit, pour le dire en passant, qu'à proprement parler, le protestantisme ne devrait pas être regardé comme une religion, puisque la plupart de ses sectes n'ont ni sacrifice, ni sacrificateurs. C'est, en effet, le pouvoir d'offrir à Dieu des victimes ; d'être, par l'accomplissement de cette auguste fonction, l'intermédiaire entre Dieu et les hommes, qui constitue le sacerdoce. C'est pour cela que l'obligation la plus étroite et la plus éminente du sacerdoce chrétien est l'oblation du sacrifice eucharistique, qui n'est autre chose que la continuation de celui de Jésus-Christ sur le calvaire. Le Divin Maître, la veille de sa mort, prit entre ses mains du pain, le bénit et le donna à ses disciples, et il dit : « Prenez et mangez, ceci est mon corps ». Puis, prenant le calice, il rendit grâces, le leur donna, et il dit : « Buvez-en tous, car c'est mon sang, le sang du nouveau Testament, qui sera répandu pour la rémission des péchés de tous les hommes ». (Saint Matthieu 26, 26-28). « Faites ceci en mémoire de moi » (Saint Luc 22, 19). Dès lors, le sacrement auguste de l'Eucharistie fut institué, et le sacerdoce fut investi du pouvoir sublime de consacrer le pain et le vin, c'est-à-dire, d'en changer la substance, de telle sorte, qu'après les paroles sacramentelles et par leur vertu, ce pain et ce vin, dont il ne reste plus que les apparences, sont réellement et substantiellement le corps, le sang, l'âme et la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Tel est l'admirable et puissant élément que le Sauveur a placé entre les mains de ses prêtres pour rendre plus efficace leur action sur l'humanité et pour assurer ainsi le succès de leur importante mission. Le sacerdoce, fidèle aux enseignements de son Divin Fondateur, exerce de deux manières cette influence céleste que lui donne le précieux trésor qui lui a été confié : d'abord, en offrant lui-même l'adorable sacrifice de l'Eucharistie, et en conservant celle-ci dans ses sanctuaires pour y être l'objet de la vénération du peuple chrétien ; ensuite, en faisant participer les fidèles à cet auguste sacrement par la sainte communion, pour entretenir en eux le principe et l'aliment de la vie spirituelle et surnaturelle, qui consiste essentiellement dans l'union de l'âme avec Jésus-Christ.

I. L'action du sacerdoce sur la société chrétienne par l'Eucharistie s'exerce donc, premièrement, par le culte public, dont le saint sacrifice de la messe, et la présence réelle offerte à l'adoration des fidèles, sont l'âme, l'aliment et la vie. Tout, en effet, dans nos temples comme dans notre liturgie, est subordonné au sanctuaire, et tout y converge. Nous parlerons plus tard de l'influence du culte public en général, qui n'est, pour ainsi dire qu'une introduction et une préparation à l'acte principal de ce culte, le sacrifice eucharistique. Chez tous les peuples et dans toutes les religions, les sacrifices offerts publiquement en l'honneur de la Divinité produisent toujours sur les masses de vives et salutaires impressions. Ils leur rappellent l'autorité souveraine et toute-puissante du Créateur et du Maître de l'univers, et leur inspirent un sentiment de crainte et de dépendance religieuses, qui les retient dans le devoir et qui adoucit leurs mœurs. C'est au pied des saints autels que les hommes apprennent qu'il y a au-dessus d'eux une force irrésistible qui-préside aux destinées des individus, des familles et des empires. C'est ce qui explique pourquoi de tout temps, même dans le paganisme, on a offert des sacrifices pour attirer les bénédictions du ciel sur les entreprises et les affaires importantes des états et des fortunes privées. Mais l'action exercée sur les esprits par les sacrifices a toujours été proportionnée à la valeur et à la dignité des victimes immolées : tantôt, les fruits de la terre et les aliments dont les hommes se nourrissent en font tous les frais ; tantôt ce sont des animaux, des tourterelles, des agneaux et des béliers, des chèvres et des boucs, des génisses et des taureaux. Toutefois, l'insuffisance de ces victimes pour apaiser la justice divine, jointe à la cruauté et à l'esprit de vengeance, inspira les sacrifices humains. Il semblait, en effet, plus convenable et plus juste que les crimes des hommes fussent expiés par l'effusion du sang de leurs semblables, que par l'immolation des animaux; la dignité de notre nature réclamait des victimes qui ne lui fussent pas inférieures en noblesse. « Il était impossible, dit saint Paul (Hébreux 10, 4) que le sang des taureaux et des boucs pût expier les péchés ». L'homme même était impuissant à laver ses frères de leurs iniquités, puisque son propre sang n'était pas exempt de souillure. Il fallait bien, pour racheter l'humanité, une victime humaine ; mais pour obtenir grâce devant Dieu, il fallait encore qu'elle fût sainte, innocente, sans tache ; qu'elle n'eût rien de commun avec le péché, et qu'elle l'emportât en noblesse et en dignité sur toutes les créatures, afin de n'avoir pas besoin de solliciter son pardon avant de demander celui du peuple. C'est pour cela que le Fils de Dieu s'est fait homme, et qu'il s'est ensuite offert en victime sur la croix pour le salut du monde. Qui pourrait contester à cet auguste sacrifice l'action prodigieuse et toute-puissante qu'il a exercée et qu'il exerce encore sur les peuples de l'univers entier ? Mais la foi nous enseigne qu'à part la scène sanglante du calvaire, le sacrifice eucharistique offert tous les jours sur nos autels est le même que celui de la croix : il n'est donc pas surprenant que sa féconde influence perpétue les fruits produits par l'arbre de vie sur lequel le Sauveur s'est immolé la première fois. Aussi l'Eucharistie est-elle pour l'Eglise ce que le soleil est à la nature : chaque jour cet astre bienfaisant se lève successivement sur toutes les parties du globe pour y répandre la lumière, la chaleur, le mouvement et la vie ; et chaque jour aussi le Soleil de justice apparaît partout dès l'aurore sur nos autels dans la sainte Eucharistie, afin d'éclairer les intelligences, d'embraser les cœurs du feu sacré de la charité, d'enflammer le zèle et d'établir le règne de Jésus-Christ dans les âmes, dont il est la vie.

II. Aussi, le divin Maître, dans son amour infini pour les hommes, ne s'est pas contenté de confier à ses prêtres l'honneur insigne d'immoler la victime sainte; il a voulu, pour atteindre son but plus sûrement encore, qu'elle fût distribuée par leurs mains à ses fidèles serviteurs. C'est là le second moyen d'action que fournit au sacerdoce le sacrement d'amour. Le sacerdoce, en effet, trouve dans cette manne céleste une double ressource pour agir sur les âmes : elle les nourrit d'abord ; puis elle neutralise, autant qu'il est possible ici-bas, les tristes et funestes suites du péché d'origine. La vie de l'âme consiste dans son union avec Dieu, comme la vie du corps consiste dans son union avec l'âme. L'âme comme le corps a besoin de nourriture pour vivre, et si Dieu a si largement répandu sur la terre les aliments nécessaires pour entretenir la vie dans la partie matérielle de notre être, comment aurait-il négligé de pourvoir à la subsistance de la partie spirituelle qui est la plus noble sans contredit ? Non certes, il ne l'a pas oubliée, puisque c'est lui-même qui veut être la nourriture de notre âme ! Et il ne pouvait même en être autrement. D'après l'ordre naturel établi par le Créateur, toute créature trouve, dans le sein qui lui a donné l'existence, l'aliment dont elle a besoin pour entretenir sa vie : la plante puise dans la terre qui l'a enfantée les sucs nourriciers qui lui sont nécessaires; les animaux et l'homme lui-même rencontrent le lait qui doit les nourrir, dans le sein de la mère qui les a portés ; l'âme ayant reçu l'être immédiatement de Dieu, comme l'enseigne saint Thomas d'Aquin, doit donc aussi trouver en lui son aliment. Mais, comment Dieu peut-il nourrir de lui-même l'âme de l'homme ? D'abord, le divin Maître nous dit, dans le saint Evangile, que « l'homme ne se nourrit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». (Saint Matthieu 4, 4). Ainsi, Dieu commence à se communiquer à notre âme par sa parole renfermée dans les divines Écritures, ou annoncée par ses apôtres, qu'il a chargés de l'enseignement chrétien des nations. Il faudrait maintenant lire tout le chapitre sixième de l'Evangile selon Saint Jean pour voir avec quelles délicates précautions le divin Sauveur arrive à révéler à ses disciples que c'est lui-même surtout, c'est-à-dire, son corps, son âme et sa divinité, qui seront désormais la nourriture de nos âmes : il leur déclare d'abord l'insuffisance de la manne du désert, qui n'était que la figure de l'aliment céleste qu'il nous préparait ; puis il proclame hautement qu'il est le pain vivant descendu du ciel, et que celui qui mangera de ce pain vivra éternellement. Et pour qu'aucun doute ne puisse s'élever sur la nature de ce pain venu du ciel, il ajoute que ce pain est sa chair même qu'il doit sacrifier pour donner la vie au monde : « Ma chair, dit-il, est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. En vérité, en vérité, je vous l'affirme : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous ». (Saint Jean 6, 56, 54). Il ne restait plus qu'à préciser comment nous pourrions manger sa chair et son sang adorables, et c'est ce qu'il a fait la veille de sa mort à la sainte Cène, lorsqu'il institua définitivement le sacerdoce et la sainte Eucharistie, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut. C'est ainsi que Dieu lui-même devient la nourriture de nos âmes.

Mais étudions maintenant les effets prodigieux de cet aliment céleste, et comment il a la vertu de nourrir notre âme et de neutraliser jusqu'à un certain point, dans notre humanité déchue, les suites déplorables du péché de nos premiers parents. La vie existe pour notre corps, lorsque étant uni à l'âme, toutes ses fonctions s'opèrent régulièrement selon l'ordre établi par le Créateur : la vie existe donc également pour l'âme, lorsque étant unie à Jésus-Christ, toutes ses facultés agissent selon l'ordre établi par la loi divine. Or, rien ne contribue plus puissamment à faire régner cet ordre dans l'âme, et par conséquent rien n'y répand plus de vie, que la réception de la sainte Eucharistie. Celle-ci agit d'abord sur les sens qui, depuis la chute originelle, sont devenus indociles et l'un des principaux obstacles à l'accomplissement de nos devoirs envers Dieu. Outre que ce sacrement exige, comme préparation à le recevoir, le repentir des fautes passées et la mortification de la chair ; l'humilité et la foi, qui sont la mort des sens ; enfin l'amour, dont le propre est le détachement et le sacrifice de soi-même pour l'objet aimé ; il donne encore à la partie matérielle de notre être par l'attouchement de la chair sacrée et du sang adorable de Jésus-Christ, que l'on reçoit dans la sainte communion, plus de souplesse et de docilité ; il y apaise la révolte, en éloigne la corruption, en fortifie la faiblesse. Dans la sainte Eucharistie, Jésus-Christ nous communique encore sa divinité, son esprit et son âme avec toutes les vertus dont il est la source première, et paralyse ainsi, ou du moins affaiblit les vices héréditaires de la partie spirituelle de notre être. Mais ce n'est pas tout : non-seulement la chair devient moins rebelle, et l'âme reprend sur celle-ci quelque chose de cette autorité absolue dont elle jouissait avant la déchéance de notre nature; mais bientôt l'âme unie à Jésus-Christ par la communion entraîne, dans le torrent de la circulation de la vie divine qui l'anime, tous les éléments de cette vie commune ; elle spiritualise et divinise en quelque sorte les occupations et les travaux les plus matériels ; c'est ainsi que, par son action, un verre d'eau est changé en une couronne de gloire éternelle, et les fonctions les plus viles sont surnaturalisées et ennoblies. Devenue médiatrice à son tour entre le monde matériel et le monde spirituel, comme Jésus-Christ entre la nature humaine et la divinité, cette âme fait chanter, pour ainsi dire, par toutes les créatures, un cantique de gloire et de reconnaissance au Créateur, et démontre d'une manière palpable que l'Eucharistie est l'âme de la vie pratique. Bien plus, la vertu divine, dont le fidèle qui a communié est pénétré et qui rayonne autour de lui, ne s'arrête pas à vivifier pour ainsi dire les créatures passives ; mais elle va même jusqu'à entraîner après elle les créatures libres, par le charme céleste de la beauté morale qui resplendit en lui. C'est un aimant qui attire, c'est une sorte d'autorité pleine de douceur qui subjugue sans tyrannie ; on l'admire, on obéit à sa séduisante influence, sans effort et comme naturellement. De là les conquêtes sans nombre que peut faire à Jésus-Christ celui qui communie saintement, et par conséquent l'action puissante qu'il exerce sur la société. Si nous remontons à la source de cette régénération des âmes, nous trouvons l'Eucharistie, et derrière elle le sacerdoce catholique qui seul en a reçu le dépôt des mains du Sauveur, avec le privilège insigne de la consacrer et de s'en servir comme du moyen le plus puissant, pour rétablir le règne de Dieu sur l'humanité, et pour travailler au salut des individus et des peuples.

 

Élévation sur l'action du Sacerdoce par le Sacrement de l'Eucharistie

 

I. O Seigneur ! Que votre sacerdoce me paraît grand lorsque je le contemple au saint autel, placé entre Dieu et les hommes, comme médiateur entre le ciel et la terre ! lorsque je le vois offrant l'adorable sacrifice de l'Eucharistie en expiation de tous les crimes et de toutes les iniquités qui se multiplient chaque jour dans le monde et qui semblent braver votre justice. Qu'on insulte un homme, qu'on lui cause quelque tort dans les biens de la fortune ou de la réputation, on poursuit le coupable et on exige de lui la réparation de ses méfaits. Si l'on venait à manquer au respect que l'on doit à l'autorité, ou à celui qui la représente, si on en parlait avec mépris, si on en secouait le joug avec dédain, la juste punition ne s'en ferait pas longtemps attendre.Vous seul, ô mon Dieu, pourriez-vous être outragé impunément ? Vos lois saintes seraient-elles violées et foulées aux pieds sans que votre justice fît sentir ses rigueurs ? Le châtiment terrible des anges prévaricateurs, la catastrophe épouvantable du déluge, le feu et le soufre qui tombèrent sur Sodome et Gomorrhe, sont des preuves frappantes du contraire ; puis, les tourments éternels de l'autre vie dont vous menacez, dans votre Evangile, ceux qui refuseront ici-bas d'obéir à vos commandements, démontrent assez que, quoique votre bonté soit infinie, votre justice pourtant doit aussi avoir son cours. D'où vient donc, Seigneur, que de nos jours les châtiments les plus éclatants ne fondent pas sur nous ? Ah ! Certes, ce n'est ni la multitude, ni l'énormité des iniquités qui font défaut : le monde en a-t-il jamais été plus souillé ? Ah ! Seigneur, c'est le sacrifice auguste offert par votre sacerdoce, qui arrête votre bras ! C'est ce prêtre si calomnié, si méprisé, qui en vous sacrifiant chaque jour l'Agneau sans tache, et en vous montrant les plaies sacrées de votre divin Fils, renouvelle sans cesse l'immolation du calvaire, et obtient grâce et miséricorde pour vos ennemis et les siens. Qui pourra jamais comprendre toute la puissance du sacerdoce sur votre cœur, ô mon Dieu, lorsqu'il tient entre ses mains consacrées Jésus-Christ lui-même comme victime, et qu'il vous adjure on son nom, non-seulement de pardonner, mais encore d'accorder des faveurs à ceux qui vous ont outragé ? A la vue de ce sang adorable vous frémissez en quelque sorte, vous reconnaissez votre propre sang, celui de Jésus mort sur la croix pour le salut du monde ; vous êtes désarmé, vous pardonnez et vous ouvrez le trésor de vos grâces pour les répandre avec la libéralité dont un Dieu seul est capable. Mais, le prêtre n'offre pas seul la victime sainte : les pieux fidèles, vos enfants, accourus pour unir leurs supplications à celles du ministre sacré, entourent l'autel de toute part, et font monter jusqu'à vous ce faisceau de prières, auquel le cœur d'un père ne saurait résister. Ah ! Sainte Eglise romaine ! Avec le sacrifice de l'Eucharistie je m'explique votre force; je comprends que tous les efforts de l'enfer viennent se briser à vos pieds ! Vos victoires et vos conquêtes ne m'étonnent plus ! Quand je pense que du couchant à l'aurore vos ministres sacrés ne cessent de lever les mains par milliers vers le Tout-Puissant, et commandent, pour ainsi dire, à sa miséricorde et à sa bonté de pardonner et de bénir, en offrant pour gage les mérites infinis du Sauveur, je ne suis plus surpris de l'influence immense du sacerdoce sur la société. On pourra bien le persécuter, lui enlever tous ses biens, abattre ses autels et renverser ses temples. On pourra faire quelques martyrs, enchaîner quelques prêtres ; mais il en restera toujours assez pour pouvoir trouver un peu de pain et un peu de vin, et offrir le sacrifice eucharistique au milieu des forêts s'il le faut, ou dans les cavernes cachées des déserts ; il n'en faut pas davantage pour assurer à jamais le triomphe du sacerdoce sur l'impiété et la corruption. Mais au milieu de cette lutte acharnée du bien et du mal qui ne doit finir qu'avec les temps, permettez, Seigneur, que j'aille me reposer un instant à l'ombre de vos autels. Si j'entrais dans un temple de la réforme, à la vue de ce mobilier muet, tel qu'on le rencontre dans tous les amphithéâtres des facultés, ne trouvant ni autel, ni aucun signe qui m'indique la divinité qu'on y adore, si ce n'est des voûtes et une architecture qui révèlent que des étrangers sont venus s'emparer de la demeure du maître qui l'habitait, après l'en avoir chassé ; dans cette solitude nue et désolée, mon cœur se sentirait vide et glacé, et ne pourrait se défendre d'une profonde tristesse. Oh! qu'il en est bien autrement dans nos églises ! À peine ai-je foulé le seuil du lieu saint, que l'eau de la purification se présente à moi et semble me dire qu'il faut être pur pour avancer plus loin. En effet, je lève les yeux et déjà j'aperçois au fond du sanctuaire le signe du salut arboré sur le tabernacle, et il me dit à son tour : « Ton Dieu est là, il te voit, il f attend, il t'écoute ». Dès l'abord j'avais senti frémir autour de moi une atmosphère de vie qui réjouissait mon âme, je comprenais que je n'étais pas seul dans le temple, et que celui qui est l'hôte par excellence y résidait. Mais dès que mes regards se sont portés sur la porte du tabernacle, et que je les y ai fixés, mon cœur s'est ému ; il avait en quelque sorte entendu palpiter, derrière ce voile impénétrable aux sens, celui qui a dit : « Je suis la vie ». Une lampe solitaire brûle et veille auprès de lui comme une prière continuelle, image vivante de celles que la sainte Eglise ne cesse de lui adresser. C'est à vos pieds, Seigneur Jésus, qu'il fait bon, et que l'on comprend les sentiments qu'éprouvèrent les apôtres sur le Tabor, lorsqu'ils voulaient y dresser leurs tentes. Toutefois, qu'est-ce encore que ces audiences privées, en comparaison de ces réceptions solennelles, aux jours où, sortant de vos tabernacles, vous apparaissez aux yeux de la multitude sur un trône plus ou moins brillant, mais toujours entouré d'une douce majesté ? Ah ! Quel doux moment que celui où le prêtre, ouvrant le saint tabernacle, cette prison volontaire où vous vous renfermez par amour pour nous, semble rompre vos chaînes pour vous montrer aux fidèles assemblés, et leur dit en votre nom : « Venez à moi, vous tous qui travaillez, et qui portez le poids de la vie, et je vous donnerai force et courage ». (Saint Matthieu 11, 28.) Qu'il est beau devoir alors les foules immenses, accourues de toute part, tomber à genoux, se prosterner, vous adorer dans le plus profond recueillement ! Puis, lorsque tout est terminé, chacun se retire en silence, le cœur embaumé, emportant au foyer domestique et au milieu du monde les douces et salutaires influences reçues des mains du sacerdoce, et la vie est conservée au sein de la société.

II. Oui, Seigneur, vous êtes la vie de nos âmes, et depuis la création de l'homme vous n'avez jamais cessé de le nourrir de vous-même. Dans l'état primitif, c'est-à-dire avant la chute originelle, cette vie sublime de l'âme s'entretenait naturellement et sans effort par la vue de votre majesté infinie, par les communications intimes et directes qui existaient entre vous et l'homme, par la connaissance qu'il avait de vos divines perfections et par l'amour qui embrasait son cœur. L'intermédiaire des sens n'y était pour rien ; leur domaine ne s'appesantissait pas alors sur l'âme et ne l'attirait point vers la matière ; l'âme pouvait aisément s'élever jusqu'à Dieu, parce qu'elle dominait les sens. Mais cet ordre primitif une fois brisé et renversé par la désobéissance de nos premiers parents, les sens prirent le dessus, l'âme fut abîmée dans la chair : la vue de cette beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, que vous aviez daigné lui montrer, ô mon Dieu, avec tous ses célestes attraits, cette vue qui lui était naturelle avant le péché, ne fut plus, après ce malheur, du ressort de sa nature corrompue ; elle devint pour elle d'un ordre surnaturel. Ah ! Seigneur, nous ne comprendrons jamais assez l'étendue de ce terrible châtiment ! Deux choses vinrent mettre obstacle à cette vue, et à cette communication directe ou immédiate de l'âme avec votre divinité, qui était sa vie : d'un côté, elle ne put plus rien voir qu'à travers les sens, et vous ne tombez pas sous les sens, puisque vous êtes un pur esprit; de l'autre, en rendant les sens complices de son péché, elle les révolta et les déchaîna contre elle, de telle sorte qu'au lieu d'en être la souveraine, elle devint l'esclave de leur tyrannie qui ne cessa depuis lors de la détourner des choses du ciel. C'en était donc fait de la vie de l'âme ; et la mort éternelle eût été son infaillible et triste partage, si dans votre miséricorde et votre bonté infinies vous n'eussiez trouvé un moyen de vous communiquer à l'âme humaine, même à travers la barrière grossière des sens. Pendant quatre mille ans, hélas ! Temps de justice et de rigueur, un seul peuple fut éclairé de vos lumières divines, et des hommes inspirés, des patriarches, des législateurs, des rois, des prophètes furent chargés de les lui transmettre. Mais votre amour immense pour l'humanité ne pouvait s'en tenir à ce faible moyen, et se borner à ne faire luire le soleil de la vérité qu'aux yeux d'un si petit nombre de vos enfants. Aussi, après quarante siècles, les larmes, les prières et les vœux embrasés des justes de tous les temps obtinrent que le grand mystère de l'incarnation s'accomplît : le Verbe se fit chair, en prenant un corps et une âme semblables aux nôtres. Vous vîntes donc, ô mon Dieu, en la personne de votre adorable Fils, renouveler votre alliance avec les hommes, et les rappeler à la vie. Toutefois, ô divin Maître, vous ne deviez passer que quelques années sur cette terre, et vous vouliez pourtant apporter à nos âmes un secours digne de votre munificence, qui s'étendît non-seulement à la Judée et aux hommes privilégiés qui auraient pu vous contempler pendant votre vie mortelle; mais un secours qui, traversant toutes les mers et toutes les générations, pût rendre la vie à tous les peuples, et aux hommes de tous les temps jusqu'à la consommation des siècles. Que seriez-vous donc venu faire sur la terre, ô foyer sacré de la vie de nos âmes, si, après y avoir passé quelques jours, vous vous étiez retiré dans le fond de votre éternité, ne laissant d'autres traces de votre passage que quelques souvenirs fugitifs et quelques rayons échappés a votre divinité ? Puisque vous aviez daigné épouser notre humanité pour arriver à nos âmes au moyen des sens, et pour devenir ainsi pour elles le seul foyer possible de leur vie : ce foyer devait donc rester au sein de l'humanité pour la vivifier perpétuellement. C'est pour cela, divin Sauveur, que vous avez voulu donner une extension infinie à votre incarnation, selon le langage des Pères, en établissant la sainte Eucharistie, qui, sous l'apparence d'une nourriture matérielle, nous fît comprendre que vous vouliez être l'aliment et le principe de la vie de nos âmes. Et pour qu'il ne nous restât aucun doute à cet égard, vous nous avez déclaré que, si nous ne mangions la chair du fils de l'homme, et que si nous ne buvions son sang, nous n'aurions pas la vie en nous. (Saint Jean, 6, 54.) Cette manducation, matérielle et spirituelle tout à la fois, de votre personne adorable devenait le moyen de traverser la barrière des sens pour pénétrer jusqu'à notre âme et pour lui donner la vie en s'unissant à elle.

Ah ! Divin Sauveur, c'est parce que la sainte communion est la nourriture essentielle de l'âme, et qu'il y va de sa vie, et de sa vie éternelle, que vous en avez fait aux hommes un précepte aussi formel, comme l'atteste le texte sacré que nous venons de lire ! Faut-il donc s'étonner que la sainte Eglise à son tour soit venue préciser vos ordres, en commandant à tous les fidèles de vous recevoir au moins une fois par an, aux solennités pascales ? Que l'on vienne maintenant nous faire l'éloge de ces banquets tumultueux où, sous prétexte dé fraternité et d'égalité, on réunit quelquefois des hommes dont les passions déchaînées font trembler la société. Depuis dix-huit siècles la sainte Église réunit tous les jours autour du banquet eucharistique, sans distinction de sexe, de rang et de fortune, dans le silence et le recueillement, l'élite de l'humanité, c'est-à-dire, tout ce qu'elle renferme dans son sein de plus pur, de plus charitable et de plus vertueux. Toutefois, ce n'est pas encore assez pour votre amour, ô divin Jésus, de convoquer à votre table tous les chrétiens sans distinction de position sociale ; vous voulez encore que l'on vous porte à ceux qui vous désirent, et qui ne peuvent aller à vous. Vous voulez que vos ministres aillent consoler sur leur lit de souffrances ceux de vos enfants que vous appelez au lieu du repos éternel, pour qu'ils puissent recevoir le pain des forts, ce viatique si nécessaire pour soutenir notre faiblesse au moment du grand voyage, et surtout le gage de la vie bienheureuse, c'est-à-dire de l'union divine qui ne finira jamais. Mission admirable du sacerdoce auquel il est réservé de consacrer le pain des anges, et de le distribuer aux enfants de Dieu; d'unir ainsi le ciel avec la terre, et de verser des torrents de vie au sein de la société !

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

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25 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Vingt-sixième jour

Sur l'action du sacerdoce par le Sacrement de pénitence

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

Le cadre restreint que nous nous sommes prescrit ne nous permet pas de nous étendre sur tous les moyens que le divin Fondateur de l'Eglise a placés entre les mains du sacerdoce pour féconder son action sur la société, qu'il était chargé de gouverner et de régénérer. Sans doute il eût été utile et consolant de montrer la puissance irrésistible de la parole divine dans la bouche du sacerdoce ; d'autant plus que c'est par elle qu'il jette la première semence de la foi dans les cœurs. Mais nous en avons déjà  parlè dans plusieurs méditations et notamment dans la sixième. Au reste, l'efficacité de la parole divine est facile à reconnaître : depuis Saint Pierre qui convertit trois mille personnes la première fois qu'il la fit entendre, jusqu'aux prédicateurs de nos jours qui en recueillent des fruits si prodigieux et si nombreux, toujours la parole de Dieu a éclairé et touché les cœurs, bien moins par les talents oratoires plus ou moins éminents de ceux qui l'annoncent, que par la grâce spéciale qu'elle porte avec elle, et qui pénètre dans le sanctuaire le plus intime de l'âme. Quant à la prière, elle est un moyen si puissant entre les mains du sacerdoce, que l'Eglise lui en a fait une obligation rigoureuse en lui imposant le devoir quotidien de la récitation du saint office, et en lui permettant de monter tous les jours au saint autel. C'est à l'aide de la prière que le sacerdoce obtient du ciel les bénédictions divines qui fécondent les efforts de son zèle, et qui préparent les cœurs à recevoir les douces et salutaires influences de la grâce. Ce qu'il nous importe surtout de bien méditer d'abord, c'est l'action qu'exerce le sacerdoce sur les individus et sur la société pour la régénérer, par le pouvoir prodigieux qu'il a reçu de Jésus-Christ de remettre les péchés, c'est-à-dire par le sacrement de pénitence.

I. Si Dieu lui-même n'avait revêtu l'homme de cette auguste et miséricordieuse fonction de réconciliateur, jamais il ne serait venu à l'esprit de qui que se soit de s'arroger le droit de pardonner les injures faites au souverain Seigneur de toutes choses, et surtout d'y mettre pour condition l'aveu humiliant des fautes les plus secrètes et des désordres les plus honteux et les plus intimes de l'âme. La charité infinie de Dieu pour l'humanité pouvait seule trouver un moyen de traiter avec elle de son pardon ; il n'appartenait qu'à sa toute-puissance d'établir les hommes pour être les intermédiaires de sa miséricorde et pour prononcer en son nom l'absolution des coupables ; enfin, il n'y avait qu'une sagesse divine qui pût trouver les conditions les plus convenables pour sauvegarder l'honneur du Très-Haut qui pardonne, et pour ménager les intérêts spirituels du pécheur qui est absous. Aussi, rien de plus positif dans l'Evangile que ces paroles du Fondateur de l'Eglise : « Recevez le Saint-Esprit ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez » (Saint Jean 20, 22, 23) ; paroles solennelles par lesquelles le Sauveur donna aux apôtres et à leurs successeurs le droit et le pouvoir de briser les chaînes du pécheur et de lui rendre l'amitié de Dieu. Dans toute société bien ordonnée, il y a des magistrats et des juges préposés par le souverain pour veiller à l'exécution des lois ; il y a des tribunaux auxquels sont cités les délinquants ; des sentences sont prononcées au nom du chef de l'Etat, qui les ratifie. Pourquoi la société des âmes, où règne l'ordre le plus admirable, n'aurait-elle pas à sa disposition des ressources analogues pour faire respecter les lois imprescriptibles de Dieu, et pour se gouverner ? Sans doute le tribunal de miséricorde où siège le sacerdoce par l'ordre de Jésus-Christ est un tribunal uniquement spirituel et pour le for intérieur ; mais il est en rapport avec la nature de la société qu'il est appelé à administrer. Il est vrai que l'on n'y prononce jamais d'autre sentence que celle du pardon ; on n'y est point cité par la force brutale, ni malgré soi ; il n'y a d'autre témoin, ni d'autre accusateur que le coupable lui-même qui se présente librement ; les débats, loin d'être publics, ont lieu à huis-clos et dans le plus profond secret ; mais qu'importe, si la société se trouve bien de ce système judiciaire, et si les pécheurs s'en accommodent volontiers ? Depuis dix-huit siècles rien n'a été changé ni au fond, ni à la forme des jugements rendus par le sacerdoce, et jamais société n'a marché avec plus de régularité que la société chrétienne.

II. Quelle influence peut donc exercer le sacerdoce sur les individus et sur la société dans un tribunal si indulgent ? Il console d'abord et encourage le pécheur qu'il reçoit avec la bonté d'un père plutôt qu'avec la sévérité d'un juge. Il examine avec soin l'étendue et la profondeur des plaies de l'âme malade qu'il veut guérir ; il éclaire ses ténèbres, lui découvre ses illusions ; il fait briller d'un nouvel éclat, à ses yeux, les vérités graves et importantes qu'elle a oubliées ou qu'elle n'a pas méditées assez sérieusement ; il lui indique les remèdes à employer, les précautions à prendre ; il l'exhorte avec tendresse et entraînement ; il lui rend le sentiment de sa dignité, en l'arrachant à la dégradation de ses passions ; et en la réconciliant avec Dieu, il lui donne la paix et le bonheur. Une grâce toute spéciale, essentiellement inhérente au sacrement de pénitence, vient joindre l'efficacité infaillible de sa vertu à l'action du ministre de Jésus-Christ, et lorsque le pénitent sort du tribunal de la miséricorde, il se sent tout autre qu'il n'y était entré : il était couvert de confusion, et maintenant il peut lever ses regards vers le ciel avec confiance et appeler Dieu son père ; il était faible, découragé ; le péché semblait l'enlacer dans une étreinte fatale qui l'entraînait presque malgré lui d'abîme en abîme ; il ne voyait devant lui les sacrifices à faire pour sortir de ce déplorable état, que comme des remèdes impossibles ; à présent tout est changé : il espère, non dans ses propres forces, mais dans l'assistance divine ; le charme qui le tenait enchaîné au péché est rompu, son penchant au mal est comme paralysé, et les sages conseils qui lui ont été suggérés ne lui paraissent plus impraticables ; il se décide à mettre la main à l'oeuvre, à rentrer dans la voie des commandements divins et dans le sentier de la vertu. Il était mort à la vie surnaturelle, et il est ressuscité ; il était une branche desséchée séparée du tronc qui est Jésus-Christ, la grâce du sacrement l'en a rapproché et a rétabli la circulation de la sève vivifiante ; il vit et il va désormais porter des fruits pour la vie éternelle. Après cet aperçu, il est facile de comprendre l'influence immense qu'exerce le sacerdoce sur les passions humaines auxquelles il impose un frein salutaire, et sur les individus qu'il réhabilite après les chutes les plus déplorables, et qu'il fortifie contre de nouvelles faiblesses. L'expérience ne vient-elle pas confirmer tous les jours ces indications de la raison ? Un jeune homme est-il docile, soumis à ses parents, modeste dans ses discours et ses actions, laborieux, chaste et d'une vie régulière : on est sûr qu'il s'approche du tribunal de la pénitence. Au contraire, lorsqu'on voit ces jeunes gens au ton fat, aux manières importantes, sans respect pour leurs parents, sans pudeur dans leurs discours, ennemis du travail, sans règle dans leur conduite et surtout dans leurs mœurs, on peut être certain qu'ils ne se confessent plus. Où trouvons-nous les hommes consciencieux, qui ont de la loyauté, qui ont des mœurs réglées, qui combattent sérieusement leurs mauvais penchants ; les hommes désintéressés et dévoués au service du prochain ? Dans les rangs de ceux qui se soumettent à la direction habituelle du sacerdoce. Ce tribunal sacré peut seul régénérer les âmes, dans toutes les conditions et même dans les plus humbles, de telle sorte qu'il les élève jusqu'à la hauteur des plus grands et des plus nobles caractères, et même jusqu'à l'héroïsme. Qu'on nous montre, si l'on peut, hors de là, un saint Vincent de Paul, ou seulement une Sœur de Charité ! Nous n'en faisons pas toutefois un crime à l'humanité : elle est trop faible, sans ce secours divin, pour lutter avec succès contre sa propre corruption ; et c'est pour cela que Jésus-Christ a fait un précepte de se présenter au tribunal de la société des âmes, et de soumettre l'état de sa conscience à la juridiction du sacerdoce. Sans doute l'homme docile qui obéit à cette loi ne sera ni sans défauts, ni impeccable, la perfection n'étant pas de ce monde ; mais il sera meilleur, ou du moins, moins mauvais que celui qui refuse d'user de ce secours surnaturel, pour se conduire d'après ses propres lumières, et avec les seules forces de sa nature déchue.

III. On pourrait dire que l'influence exercée par le sacerdoce au tribunal de la pénitence est incontestable, mais qu'il n'y a qu'un bien petit nombre d'individus qui en recueillent les heureux résultats, puisqu'il n'y en a que bien peu qui s'y présentent ; et que, par conséquent, cette influence doit être fort bornée et presque imperceptible. D'abord, en supposant le nombre de ceux qui fréquentent le sacrement de pénitence, aussi peu considérable qu'on le prétend, nous répondrons que s'il se fût trouvé sept justes dans Sodome et Gomorrhe, ces villes auraient trouvé grâce devant Dieu et n'auraient pas été détruites. Aurait-on regardé comme nulle l'influence qu'auraient pu produire ces sept justes, en sauvant ainsi ces deux malheureuses cités, et en les empêchant d'être anéanties ? Or, nous ne craignons pas de le dire, le salut de notre société moderne est dû à ceux qui vont puiser la sainteté au saint tribunal de la pénitence ; quelque rares qu'on les suppose, c'est la ferveur de leurs prières, ce sont leurs vertus héroïques qui détournent les châtiments dont la justice divine frapperait infailliblement sans cela le monde, à cause de son impiété et de sa corruption. C'est donc en définitive au sacerdoce que la société moderne est redevable de la miséricorde dont le souverain Maître veut bien user à son égard. Toutefois, nous sommes bien loin d'accorder que le nombre de ceux qui se présentent au saint tribunal soit aussi petit qu'on se l'imagine. En effet, il n'existe peut-être aucune famille qui ne compte au moins un de ses membres parmi les pieux fidèles qui réjouissent l'Eglise par leur assiduité à accomplir les devoirs que la religion impose ; et il n'y a peut-être pas non plus de villes, même dans les pays où l'hérésie domine, qui ne renferme quelques-uns de ces fervents catholiques. Or, qui est-ce qui pourrait contester l'influence qu'exerce dans une famille un bon chrétien ou une bonne chrétienne qui se trouve dans son sein ? l'impiété la reconnaît assez, puisqu'elle s'efforce, partons les moyens en son pouvoir, de bannir du foyer domestique toute pratique religieuse. Que n'a-t-on pas dit encore dernièrement dans certains livres sur l'autorité absolue et tyrannique que doit exercer un époux sur sa femme pour l'empêcher surtout d'approcher du saint tribunal de la pénitence ? Comme si un mari avait quelque autorité sur la conscience de celle qui partage sa destinée ! Où serait donc cette liberté des cultes, cette liberté de conscience dont on fait aujourd'hui tant de bruit ? On craint l'influence du prêtre : cette influence existe donc. Ainsi, elle ne s'exerce pas seulement sur ceux qui se mettent directement en rapport avec le sacerdoce au tribunal sacré, mais encore sur leur famille et même sur leur entourage. Elle est par conséquent bien plus étendue qu'on ne le pense communément ; et c'est un grand bonheur pour la société moderne, qui ne tarderait pas sans cela à tomber en dissolution, comme il arriva pour l'Allemagne au temps de Charles-Quint, lorsque le protestantisme eut aboli la confession. Il faut donc conclure que le saint tribunal de la pénitence est un des plus puissants moyens placés par le divin Fondateur de l'Eglise entre les mains du sacerdoce, pour l'aider à accomplir la céleste mission de régénération qu'il lui a confiée en lui disant : « Vous êtes le sel de la terre » (Saint Matthieu 5, 13).

 

Élévation sur l'action du sacerdoce par le Sacrement de Pénitence

 

I. Que vos miséricordes sont infinies, ô mon Dieu ! Vous connaissiez toute l'étendue de la faiblesse humaine ; vous saviez que, quelque léger que soit votre joug, il y aurait pourtant des âmes assez lâches pour s'y soustraire et pour enfreindre les lois que vous ne leur donniez que pour les conduire à la véritable félicité ; et alors, dans votre ineffable bonté, vous avez daigné préparer à ces âmes coupables une piscine salutaire où elles pussent se laver de leurs souillures, un tribunal de miséricorde où la justice et la paix pussent se donner le baiser de la réconciliation. Dans votre amour immense pour les hommes, vous n'avez pas voulu que leurs fautes fussent irrémissibles et sans remède, que la perte de la vie spirituelle fût irréparable. Vous avez largement répandu sur la terre les simples et les spécifiques nécessaires à la guérison des corps ; les âmes vous auraient-elles été moins chères, pour que vous ne leur préparassiez pas aussi des moyens de les rendre à la santé et à la vie ? Vous avez donné à l'humanité des hommes savants qui étudient avec soin les souffrances de leurs semblables, et qui s'appliquent avec un dévouement incomparable à les soulager et à en triompher. Gomment n'auriez-vous pas aussi établi, pour les âmes flétries et blessées par le péché, des hommes doués d'une science toute divine et assez puissants pour les réhabiliter et pour cicatriser leurs plaies ? Ce sont, en effet, les augustes fonctions que remplit le sacerdoce au tribunal sacré de la pénitence, dans lequel vous daignez nous appliquer par son sublime ministère les fruits précieux de la rédemption. C'est là où chaque jour coule ce sang adorable que vous avez répandu sur la croix, et qui ôte les péchés du monde. Quel prodigieux pouvoir que celui que vous avez confié à votre sacerdoce ! Il tient entre ses mains les clefs du ciel ! Il pardonne au nom du Très-Haut ! Il purifie les âmes, il leur rend l'éclat de l'innocence, il les ressuscite !... Et toutes ces merveilles, par quelles mains les opérez-vous ? Assurément par celles de vos ministres sacrés qui ont reçu l'onction sainte et qui sont revêtus d'un caractère divin ; mais encore ? ces ministres, quelque sublimes que soient leur dignité et leurs fonctions, sont des hommes fragiles et sujets aux mêmes misères que le reste de l'humanité ; et c'est en cela. Seigneur, qu'apparaissent davantage votre sagesse et votre infinie bonté. Oui, ce sont des hommes faibles comme nous, pour qu'ils puissent croire à notre faiblesse et compatir aux maladies de notre âme ; des anges, à leur place, n'auraient jamais pu comprendre nos chutes, ni notre ingratitude. Mais, ô mon Sauveur, ces hommes pourront-ils jamais être dignes de l'autorité divine que vous leur confiez ? et ne pourra-t-il pas arriver, hélas ! Que des pécheurs, parmi eux, soient assis à votre place pour absoudre d'autres pécheurs en votre nom ? Votre amour pour les âmes n'a point été arrêté par de semblables considérations. Non, après avoir immolé pour elles votre majesté et votre gloire avec tant de générosité dans votre passion, il vous coûtait peu de perpétuer ce sacrifice, dès qu'il pouvait contribuer à leur salut éternel.

II. Tant de dévouement pour nous, ô divin Maître, restera-t-il sans résultat ? Le dogme de la rémission des péchés demeurera-t-il dans l'Evangile une lettre morte ou stérile ? Se pourrait-il qu'une institution fondée par votre toute-puissance n'atteignît pas le but que vous vous étiez proposé ? C'est, hélas ! Ce que soutiennent ceux qui, redoutant les humiliations de la confession, et plus encore les sacrifices qu'impose la fréquentation du sacrement de pénitence, s'éloignent du saint tribunal. Pour nous, Seigneur, nous n'avons qu'à consulter notre propre expérience pour être convaincus de l'efficacité de ce moyen de salut entre les mains du sacerdoce. Lorsque nous repassons dans l'amertume de notre cœur les années de notre vie qui ont déjà  fui derrière nous, nous reconnaissons que celles où nous avons le moins d'égarements à déplorer, celles où nous avons joui davantage du bonheur et de la paix d'une bonne conscience, sont celles où nous étions le plus exacts à approcher de la confession. Que de courage, que de force, que de consolations n'y avons-nous pas puisés ? Il est, dans la vie, des moments critiques où les charmes de la vertu disparaissent, où les horreurs du vice se changent en attraits séduisants : tout, au dehors et au dedans semble conspirer à pervertir notre cœur : les sens sont amollis, l'âme est sans force et résiste à peine ; l'esprit d'accord avec le cœur ne condamne pas, il se tait ; que dis-je ? il semble approuver. Dans ces circonstances si délicates et si terribles pour les âmes qui vivent encore aux lumières de la foi, c'est aux pieds du prêtre qu'elles retrouvent l'énergie prête à les abandonner ; et elles n'en sont jamais sorties sans se sentir plus calmes, plus ardentes au combat et plus sûres de la victoire. Aussi, si nous avons des chutes à pleurer, rarement les retrouvons-nous dans les jours qui ont immédiatement suivi celui où nous sommes allés chercher des armes pour le combat au tribunal sacré ; car, ô mon Dieu, vous n'y donnez pas seulement la réconciliation et la paix, mais vous en faites encore un arsenal mystérieux, où vous tenez en réserve les secours spirituels les plus puissants contre les ennemis de notre salut. Dans nos doutes sur la foi, dans les anxiétés et les perplexités de notre conscience, dans nos scrupules, une parole, une bénédiction de notre père spirituel suffisent pour les faire évanouir à l'instant. Mais, Seigneur, que n'est-il donné aux pécheurs invétérés qui ont goûté enfin les douceurs de cette institution miséricordieuse, de protester hautement eux-mêmes contre ceux qui prétendent que, dans le tribunal de la pénitence, le sacerdoce n'exerce qu'une influence stérile et sans résultats importants ? Que de remords déchirants ont été calmés ; que de désespoirs, que de fardeaux intolérables pour l'âme coupable ont disparu pour faire place à la paix la plus profonde et aux plus ineffables consolations, dès que le prêtre a eu prononcé ces paroles sacramentelles : « Je vous absous! »... « ô mon âme, bénissez le Seigneur, s'écrient ces pécheurs réconciliés, à l'exemple du saint roi David, que toutes vos facultés louent son saint nom ; n'oubliez jamais tous ses bienfaits : il à pardonné toutes vos iniquités, il vous a guérie de tous vos maux ; il vous a arrachée à la mort, et vous à rendu la vie : oh ! Combien le Seigneur est rempli de tendresse et de miséricorde ; que sa longanimité est grande ! oh ! Oui, il est bien miséricordieux ! Sa colère et ses redoutables menaces ne sont pas éternelles. Il ne nous a pas traités comme le méritaient nos péchés... Sa miséricorde pour ceux qui le craignent ne peut se comparer qu'à l'espace qui sépare le ciel de la terre ; et la distance qui existe entre l'orient et l'occident peut seule donner une idée de celle qu'il a mise entre nous et nos iniquités. Il a pitié de ceux qui veulent le servir, comme un père a pitié de ses enfants ; car, il connaît le limon dont nous sommes formés ; il se rappelle que nous ne sommes qu'un peu de poussière. La vie de l'homme n'est, à ses yeux, que comme un brin d'herbe, et s'effeuille comme la fleur des champs... » (Psaume 102). Tels sont aussi, ô mon Dieu, nos sentiments et les douces émotions que nous éprouvons, lorsque nous venons de nous réconcilier avec vous. Enfin, tous les jours ne voyons-nous pas ceux qui veulent se convertir et devenir meilleurs, commencer l'Å“uvre de leur retour au bien en se rapprochant du tribunal sacré de la pénitence ; tandis que ceux qui veulent donner un libre cours à leurs penchants déréglés s'en éloignent ?

III. Que les familles seraient heureuses ! Quelle harmonie admirable régnerait entre tous les membres qui les composent, si tous se soumettaient régulièrement à ce jugement de miséricorde, que vous avez établi. Seigneur, dans l'effusion de votre bonté infinie pour les hommes, non-seulement afin de leur fournir un moyen facile d'éviter les jugements redoutables de votre justice, mais encore afin d'éteindre dans leur foyer le plus intime toutes les causes de discorde et de désunion ! Un conseiller, un ami ordinaire n'y saurait parvenir ; il serait notre égal, et n'aurait aucune autorité pour faire taire nos passions. Au tribunal de la pénitence, c'est bien aussi un conseiller sûr et charitable, l'ami le plus dévoué, c'est même un père, mais ce n'est plus seulement un homme comme nous, ce n'est plus notre égal. Il est revêtu d'un caractère sacré, il nous parle en votre nom, ô mon Sauveur ! Il a le droit d'imposer silence à nos révoltes ; bien plus, il a reçu de vous le pouvoir de nous conférer une grâce divine qui fortifie et féconde nos bons désirs et nous donne le courage de les mettre en pratique. En faisant le bonheur des familles, au moyen du tribunal de la miséricorde, le sacerdoce fait aussi celui des peuples ; car tous les vices y trouvent leur tombeau, et toutes les vertus y puisent le suc céleste de la grâce qui les soutient et les développe. L'injustice y rencontre un juge impartial qui lui fait rendre impitoyablement le bien mal acquis ; le vindicatif ne peut obtenir le pardon de ses offenses envers Dieu, qu'autant qu'il a pardonné lui-même du fond du cœur à ses frères ; l'homme emporté apprend à mettre un frein à sa colère ; l'orgueilleux est forcé de s'humilier par l'aveu de ses fautes ; l'avare se détache peu à peu des biens de la terre, en rachetant ses péchés par les aumônes qui lui sont prescrites ; celui qui est intempérant s'exerce à la mortification ; le libertin, surtout, trouve dans cette institution salutaire les moyens les plus puissants pour dompter sa chair, et cette grâce que Dieu seul peut donner, et qui seule est capable de donner la victoire ; l'ambitieux, enfin, reçoit cette utile leçon : à savoir, que les premiers sur la terre seront les derniers dans le royaume des cieux, et que les derniers seront les premiers. (Saint Matthieu 20, 16). Qui oserait soutenir que le ministère de celui qui modère ainsi et enchaîne même toutes ces passions, tous ces excès, est inutile à la société ? D'où viennent ces révolutions qui bouleversent de nos jours tout l'ordre social, et qui font couler tant de sang ? Ne serait-ce pas de ce que tous les mauvais penchants de l'homme ont arboré l'étendard de l'indépendance, en secouant dès le jeune âge le joug de ce tribunal bienfaisant, où l'on apprend à les combattre et à en triompher ? Est-il plus honorable pour la liberté humaine de n'être arrêtée dans ses débordements nuisibles à la société, que par des agents de police et des gendarmes, par la cour d'assises, les galères ou la prison ; plutôt que par l'aveu volontaire de ses faiblesses, par les conseils charitables des ministres de Jésus-Christ et par les secours divins que le Ciel envoie ? Ah ! Seigneur ! Quelle admirable école pourtant, que celle du tribunal de vos miséricordes ! C'est là que, dès la plus tendre jeunesse, l'homme apprend à se vaincre lui-même ; c'est là le noviciat le plus parfait de cet esprit de dépendance, de soumission et de respect pour l'autorité, qui forme les bons citoyens, et qui est la plus sûre garantie de l'ordre publie. L'homme est trop grand, la liberté lui est trop chère, pour qu'il puisse faire plier sa volonté rebelle devant des lois et sous une puissance purement humaines, en d'autres termes, pour qu'il puisse obéir à ses semblables ; quels que soient d'ailleurs les titres imposants dont ceux-ci se prévalent, il n'y verra jamais que des égaux. Dieu seul a le droit de mettre un frein à la volonté et à la liberté qu'il a créées ; il n'appartient qu'à lui de les diriger par ses commandements vers la fin pour laquelle il nous les a données. Aussi, dans le tribunal sacré, n'est-ce plus un homme qui parle et qui ordonne, mais Jésus-Christ lui-même, qui a dit : « Celui qui vous écoute m'écoute, celui qui vous méprise me méprise » (Saint Luc 10, 16) ; et lorsqu'on se soumet, c'est à Dieu seul qu'on obéit. C'est ainsi que le sacerdoce a formé et forme encore ces chrétiens héroïques de toutes les classes, de toutes les conditions, de tous les âges, de tous les sexes, parmi lesquels on trouve, à peu près uniquement, les cœurs chastes, désintéressés, et surtout ceux qui se dévouent au service de toutes les misères humaines, et qui paient de leur personne et de leurs biens pour se rendre utiles à la société. Renoncent-ils pour cela à leur liberté ? Oh ! Non, Seigneur, ils apprécient trop ce don incomparable de votre libéralité ; ils apprennent seulement à n'en pas abuser, et à régler, selon les lumières divines que vous daignez leur communiquer par le ministère sacerdotal, l'usage qu'ils doivent en faire. Quelle ingratitude, ô mon Dieu, et quel aveuglement de la part des hommes, de repousser et d'abandonner la pratique d'une institution si sage et si propre à faire le bonheur des individus et de la société dans ce monde, et à assurer leur félicité éternelle dans l'autre ! Permettez qu'en expiation de tous les blasphèmes que l'impiété vomit sans cesse contre ce tribunal sacré où vous vous montrez si miséricordieux pour les hommes, je vous bénisse et vous rende grâce à jamais ; puisque c'est là seulement où je puis trouver la paix de la conscience, la vie de mon âme, le gage le plus certain de ma réconciliation avec vous et des récompenses que vous réservez à ma fidélité.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

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24 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Vingt-cinquième jour

Le Sacerdoce et la Hiérarchie de l'Eglise Romaine

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

Lorsque Jésus-Christ en se faisant homme épousa l'humanité malgré l'état de dégradation et d'humiliation où elle se trouvait, son but était de la régénérer, de la réhabiliter et de lui rendre la grandeur et la noblesse qui, dans les plans primitifs de la Providence lors de la création de l'homme, étaient ses caractères naturels. Il n'épargna, pour accomplir cette œuvre gigantesque et divine, ni les travaux, ni les sacrifices ; il y consacra sa vie entière, et mit le dernier sceau à son amour pour les hommes en mourant sur la croix, afin que son sang devînt pour eux une source intarissable de vie. A la société corrompue qu'il voulait restaurer, ou plutôt refondre, il opposa une société nouvelle, la société chrétienne, c'est-à-dire l'Eglise. Déjà il avait confié à celle-ci le dépôt de sa doctrine divine et immuable, comme moyen de régénérer l'humanité et d'y entretenir la vie ; il lui laissa encore, avant de monter au ciel, le sacerdoce et le mariage chrétiens, deux autres sources intarissables aussi de restauration et de perpétuité : méditons d'abord sur le sacerdoce.

I. Il est de foi que, « dans le nouveau Testament, il y a un sacerdoce extérieur et visible », et qu'il y a, dans l'Eglise catholique, « une hiérarchie d'Institution divine, qui se compose d'évêques, de prêtres et de ministres ». (Concile de Trente, sess. XXIII.) Les livres saints font mention des évêques, des prêtres et des diacres. Aussi, les pères, les docteurs et les conciles de l'Eglise latine et de l'Eglise grecque, de l'Orient et de l'Occident, ont constamment reconnu cette hiérarchie comme un dogme catholique, comme une institution de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le Sauveur a donc établi pour son Eglise un sacerdoce dont il a voulu être le premier prêtre, afin de lui communiquer ses propres pouvoirs et de le rendre, plus vénérable. L'ancien Testament avait bien aussi un sacerdoce, mais il n'était que l'ombre et la figure de celui de la loi nouvelle. Jésus-Christ était homme, comme les prêtres de la tribu de Lévi, parce qu'il fallait être homme pour compatir aux infirmités humaines ; mais en même temps il était Dieu pour sanctifier les hommes. Il n'a pas reçu son sacerdoce par voie de naissance et de succession ; Jésus-Christ n'a succédé à personne : il l'a reçu immédiatement de son Père. Les prêtres de l'ancienne loi offraient premièrement des sacrifices pour eux-mêmes afin de se purifier ; mais il n'en a pas été ainsi de Jésus-Christ ; étant Dieu, impeccable et la sainteté même, il n'avait pas besoin d'expiation pour lui-même ; c'est seulement pour les péchés du peuple qu'il s'est offert ; non pas uniquement pour le peuple juif, comme le faisait l'ancien sacerdoce, mais pour tous les peuples du monde et toutes les générations passées, présentes et futures, jusqu'à la consommation des siècles ; car Jésus-Christ sera prêtre éternellement : « Dieu l'a juré, et il ne rétractera jamais son serment », (Psaume 109). D'ailleurs, comme le dit saint Paul, « par là même que Jésus-Christ existera éternellement, il possède un sacerdoce éternel ». (Hébreux 7, 24.) Or, le Sauveur est prêtre éternellement en deux manières : d'abord, « en se présentant maintenant pour nous dans le ciel devant la face de Dieu » (Hébreux 9, 24), et en lui montrant ses plaies qui plaident sans cesse notre cause ; « c'est pourquoi il peut sauver éternellement ceux qui vont à Dieu par lui, qui est toujours vivant pour prier pour nous » (Hébreux 7, 28). Ainsi, dit le grand apôtre : « Ayant un pontife grand, qui est monté au plus haut des cieux, Jésus, le Fils de Dieu, demeurons fermes dans la foi, approchons donc avec confiance du trône de la grâce, afin d'obtenir miséricorde, et de trouver la grâce pour être secourus dans nos besoins ». (Hébreux 4, 14, 16). Le sauveur est encore prêtre éternellement, parce qu'il s'est donné dans son sacerdoce des successeurs qui sont chargés de continuer jusqu'à la consommation des siècles l'oeuvre de la rédemption, qu'il a commencée en offrant lui-même le sacrifice de la croix, et en fondant son Eglise. Le sacerdoce exercé par le Pape, les évêques et les prêtres, n'est donc autre chose que la continuation de celui même de Jésus-Christ, et est, par conséquent, absolument le même.

II. Le sacerdoce, pour accomplir la mission qui lui était imposée, fut d'abord revêtu, par le divin Fondateur de l'Eglise, de la magistrature destinée au gouvernement de cette nouvelle société. Pierre et ses successeurs furent placés à sa tête, comme chefs spirituels de toute la chrétienté ; et à mesure que l'Evangile étendait ses conquêtes, de nouveaux évêques étaient établis pour administrer les Eglises qui venaient de se former. Vers le quatrième siècle, on commença à investir quelques évêques d'une autorité de juridiction supérieure aux autres ; car, l'épiscopat renfermant en lui la plénitude du sacerdoce, il était impossible au point de vue de l'ordination d'y rien ajouter. On les appela d'abord Evêques du premier siège, puis Métropolitains, plus tard on leur donna aussi le nom d'Archevêques ; ceux-ci avaient ordinairement des suffragants, c'est-à-dire, plusieurs évêques qui relevaient d'eux. Les titulaires des sièges des plus grandes cités devinrent ensuite patriarches, et eurent sous leur juridiction les métropolitains et les évêques. On appela de ce nom les évêques de Rome, de Jérusalem, d'Antioche, d'Alexandrie, et plus tard de Constantinople. Chaque nation avait ainsi son patriarche. Celui des Latins était à Rome, et celui-ci, sous le nom de pape par excellence, était regardé comme patriarche universel. Celui des Juifs convertis résidait à Jérusalem, celui des Syriens à  Antioche, celui des Egyptiens à Alexandrie, et enfin celui des Grecs à Constantinople. Le dernier degré du sacerdoce, celui qui renferme le plus grand nombre de ceux qui travaillent au salut des âmes, est celui des simples prêtres. Ils reçoivent leur juridiction de l'évêque dans le diocèse duquel ils exercent leur ministère ; ils sont placés comme curés pour gouverner les paroisses qui composent les diocèses, ou comme vicaires pour assister les curés dans l'exercice de leurs fonctions. D'autres s'adonnent plus spécialement à la prédication, et vont porter la parole divine en divers lieux, soit pour soulager les pasteurs des âmes, auxquels les occupations paroissiales si multipliées ne laissent que peu de temps pour se préparer à annoncer la parole sainte ; soit pour réveiller la foi et la ferveur par une série d'instructions : ce sont les missionnaires. Enfin, avant d'arriver à la prêtrise, le lévite est d'abord séparé du commun des fidèles par la cérémonie de la tonsure, qui le met au nombre des clercs ; puis, il passe successivement par les quatre ordres mineurs, qui correspondent à autant de fonctions diverses. Ces quatre ordres mineurs sont : les portiers, qui, dans les premiers siècles de l'Eglise, avaient pour fonctions d'ouvrir et de fermer les portes du lieu saint et d'avoir sous leur garde les vases et les ornements sacrés ; les lecteurs, qui faisaient la lecture des livres saints dans l'assemblée des fidèles ; les exorcistes, dont le ministère consistait à chasser les démons des corps de ceux qui en étaient possédés ; puis, les acolytes : ceux-ci portaient des chandeliers surmontés de flambeaux, se tenaient de chaque côté du livre des Evangiles pendant qu'on en faisait la lecture solennelle, et apportaient au sous-diacre le pain et le vin pour le sacrifice. Après avoir reçu successivement les quatre ordres mineurs, celui qui aspire au sacerdoce doit être ordonné sous-diacre, d'abord; puis, diacre. Dans l'Eglise latine ces deux ordres sont regardés comme majeurs et sacrés. Les fonctions du sous-diacre sont de préparer le pain et le vin pour la messe, de chanter l'épître et de servir le diacre au saint sacrifice. Son ordination lui donne le pouvoir de verser l'eau dans le calice, après que le diacre y a versé le vin. Il est spécialement chargé de la propreté des vases sacrés et de tout le linge de l'autel. En outre, les sous-diacres sont astreints à la loi du célibat et àla récitation de l'office divin. Quoique tous ces ordres remontent à la plus haute antiquité, puisque saint Ignace, martyr, qui avait été disciple de saint Jean l'Evangéliste, les nomme tous dans une lettre qu'il écrivait aux habitants d'Antioche, néanmoins ils ne sont pas d'institution divine comme le diaconat, la prêtrise et l'épiscopat, dont ils sont pour ainsi dire le noviciat. Le diaconat est donc un ordre sacré supérieur au sous-diaconat et inférieur à la prêtrise. Le diacre chante l'Evangile dans les messes Solennelles, verse le vin dans le calice et présente immédiatement au prêtre le pain et le vin qui doivent être consacrés ; il reçoit encore, en vertu de son ordre, le pouvoir de porter la sainte Eucharistie et de la distribuer aux fidèles. Pour avoir une idée générale de l'organisation et de la hiérarchie de l'Eglise, il ne nous reste qu'un mot à dire du cardinalat. Cette dignité, créée par la discipline ecclésiastique, est la plus éminente après la papauté. « Les cardinaux, dit Barbosa, sont les conseillers, les fils du pape, les lumières de l'Eglise ; des lampes ardentes, les pères spirituels, les colonnes de l'Eglise, ses représentants ». Mais la plus auguste de leurs prérogatives est bien, sans contredit, celle qui leur confère le droit de nommer le pape et de présider au gouvernement de l'Eglise, lorsque le siège est vacant.

III. Avec le gouvernement de la société chrétienne, Jésus-Christ confia encore au sacerdoce le dépôt de la législation et de la doctrine évangéliques, et les moyens nécessaires pour assurer l'accomplissement des devoirs qu'elles imposent. Aussi, le souverain Pontife et l'Episcopat tout entier, qui seuls possèdent le sacerdoce dans toute sa plénitude, ont-ils toujours été regardés dans l'Eglise comme les seuls dépositaires et les seuls gardiens de la Loi de Dieu et des vérités de la Foi. Les simples prêtres ne peuvent eux-mêmes exercer validement et légitimement leur ministère, qu'à la condition, non-seulement d'avoir été régulièrement ordonnés par les évêques qui sont en communion avec le Saint-Siège, mais encore, d'avoir reçu leur mission de l'autorité épiscopale ou papale. Il faut qu'il leur ait été dit par les successeurs des apôtres : « Allez, enseignez toutes les nattons »... Avec quelle intégrité et quel courage le corps enseignant de n'a-t-il pas toujours conservé dans toute sa pureté le précieux dépôt de la doctrine chrétienne ? Que de martyrs l'ont scellé de leur sang ! Fidèle à la voix du divin Maître, le Saint-Siège fait annoncer par tout l'Evangile avec un zèle incomparable, et il envoie des hommes apostoliques pour le répandre même dans les contrées les plus lointaines. Mais ce n'était pas assez de faire connaître aux hommes la vérité et les loi d'après lesquelles ils devaient régler leur conduite ; il fallait aussi leur fournir des moyens assez puissants pour contrebalancer et pour vaincre leur penchants au mal, afin de pouvoir suivre les lumières qui brillaient à leurs yeux. Jésus-Christ y a pourvu en établissant les sacrements ; et c'est encore le sacerdoce qu'il a chargé de les administrer, lorsqu'il dit aux apôtres : Allez, enseignez toutes les nations et baptisez-les... Tous les péchés que vous remettrez seront remis »... C'est ainsi que le sacerdoce devient pour la société chrétienne, c'est-à-dire pour l'Eglise, une source intarissable de régénération, de perpétuité et de vie : le sacerdoce de l'Eglise, étant le même que celui de Jésus-Christ, est éternel. Aussi, le Sauveur n'a-t-il pas voulu qu'il n'appartînt, comme sous l'ancienne loi, qu'à une seule famille ou à une seule tribu qui aurait pu s'éteindre dans la suite des siècles ; il n'a pas voulu qu'il fût héréditaire. Il choisit et appelle lui-même à cet éminent ministère ceux qu'il veut et c'est par l'invocation du Saint-Esprit et par l'imposition des mains que, depuis les apôtres jusqu'à la consommation des siècles, le sacerdoce saura se multiplier, se perpétuer, et rester au sein de l'Eglise pour en être l'âme jusqu'à la fin des temps.

 

Élévation sur le Sacerdoce et la Hiérarchie de l'Eglise Romaine

 

I. Je vous adore, ô mon Sauveur, comme le grand-prêtre de la loi nouvelle ; comme le Souverain Prêtre, la source première du sacerdoce et de tous les pouvoirs divins qu'il possède. Vous n'êtes venu sur la terre, vous ne vous êtes fait homme, que dans le but d'accomplir l'oeuvre de la rédemption. Mais, pour l'opérer, il fallait d'une part réconcilier Dieu avec l'humanité, et de l'autre fournir à la faiblesse humaine des moyens efficaces d'éviter le péché et de ne plus mériter la colère divine. Il fallait, en un mot, que vous fussiez prêtre, puisqu'il n'appartient qu'au sacerdoce, et c'est sa fonction essentielle, d'être le médiateur entre Dieu et les hommes, afin de renouer entre eux les liens primitifs qui les unissaient, et que le péché a rompus ; c'est ce qu'annonçait le roi-prophète, lorsque, entrevoyant le Messie dans un avenir lointain, il s'écriait : « Vous êtes revêtu d'un sacerdoce éternel, selon l'ordre de Melchisédech, (Psaume 109, 4). Aussi, Seigneur, votre vie tout entière a-t-elle été un sacrifice continuel, dont vous étiez tout à la fois le prêtre et la victime ; et depuis que vous avez quitté la terre, vous continuez aux cieux vos fonctions sacerdotales, en vous offrant sans cesse à votre Père pour les hommes comme une victime éternelle de propitiation et de salut. Toujours en union avec le sacerdoce que vous avez confié à vos apôtres et à leurs successeurs, vous lui inspirez le zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes, vous lui donnez le courage et l'héroïsme du sacrifice et de la charité, vous lui communiquez votre divin esprit ; du haut de votre gloire vous ratifiez ses sentences, vous pardonnez ceux qu'il absout, et lorsqu'il vous adjure, selon le commandement que vous lui en avez fait vous-même, de descendre sur les autels qu'il a élevés en votre honneur, vous obéissez avec une docilité incomparable à la faible voix qui vous appelle. Vous voulez que vos prêtres soient tenus pour d'autres vous-même, et que leur parole soit recueillie avec le même respect que la vôtre : « Celui qui vous écoute m'écoute, celui qui vous méprise me méprise ». (Luc 10, 16). Et déjà vous disiez par votre prophète : « Ceux qui touchent à vous, touchent à  la prunelle même de mon œil ». (Zacharie 2, 8). Quelle miséricorde de votre part, ô mon divin Sauveur, d'avoir revêtu d'une aussi sublime dignité des êtres aussi fragiles que les hommes, afin de nous rendre le salut plus facile ! Vous vous incarnez pour ainsi dire de nouveau dans tous les prêtres, puisque c'est votre sacerdoce qu'ils remplissent. Je les entourerai donc désormais de la plus profonde vénération ; et si j'apercevais en eux quelque chose qui pût révéler la faiblesse de l'humanité, j'imiterais ce grand monarque qui disait que s'il voyait un prêtre coupable de péché, il le couvrirait de son manteau impérial, pour soustraire aux yeux des peuples ces misères et ces faiblesses inséparables de la fragilité qui est le triste partage de enfants d'Adam.

II. Lorsque je considère. Seigneur, l'ordre admirable que vous avez établi dans le gouvernement de votre Eglise ; cette hiérarchie sacrée qui, depuis plus de dix-huit siècles, est restée immuable avec tous ses degrés ; lorsque je vois l'humble docilité de tous ceux qui en occupent les rangs divers, et que je viens à comparer la constitution de cet empire des âmes, qui s'étend à l'univers entier, avec celle des royaumes de la terre, qui pendant le même temps ont subi de si nombreuses transformations, au milieu des troubles, des agitations politiques et trop souvent des guerres civiles les plus sanglantes ; je ne puis m'empêcher de reconnaître que votre sagesse et votre esprit président à ce gouvernement divin, et que vous accomplissez fidèlement la promesse que vous avez faite à votre Eglise d'être tous les jours avec elle jusqu'à la consommation des siècles. Les hommes appellent à leur aide la surveillance d'une police ombrageuse, les tribunaux, la force brutale, les châtiments les plus rigoureux : dans votre Eglise, le zèle, la charité, la conscience et l'influence morale font tous les frais nécessaires au maintien de l'ordre et de la discipline. Ce n'est pas pourtant que la société chrétienne ait toujours vécu dans une paix profonde ; les attaques et les orages ne lui ont pas manqué, souvent même de faux frères ont voulu déchirer son sein, et se sont efforcés de répandre l'ivraie de l'erreur au milieu du bon grain de la vérité ; mais vous, ô divin Maître, vous avez commandé aux vents et aux tempêtes, et aussitôt tous les ennemis de votre Eglise se sont dissipés comme une poignée de poussière, et le calme le plus parfait s'est rétabli. Oh ! Que votre gouvernement est tout à la fois doux et puissant ! Son chef sur la terre n'est qu'un pauvre vieillard faible et désarmé ; ses ministres ne portent pas l'épée ; et cependant, ses plus redoutables adversaires tremblent devant lui, et vont se briser à ses pieds ; jamais autorité ne fut plus profondément respectée. Ah ! Seigneur, c'est que vous lui avez révélé le secret de cette divine administration ; vous lui avez dit : « Aimez, paissez mes agneaux, paissez mes brebis ».

III. Que de merveilles et de prodiges, ô mon Sauveur, dans le gouvernement de votre Eglise ! Pour perpétuer votre sacerdoce sur la terre, vous n'avez accordé de préférence à aucune famille, à aucune condition, il n'y a pas de classe privilégiée, vous vous adressez à tous les hommes : grands ou petits, pauvres ou riches, simples ou doués d'une haute capacité ; que vous importe, puisque c'est vous qui leur donnez la science des saints et les pouvoirs sublimes dont l'efficacité fait seule tout le succès de leur ministère ? Vous vous contentez de faire un appel aux hommes de cœur et de bonne volonté. Et que leur promettez-vous en récompense de leur dévouement ? Des travaux multipliés, des souffrances et des sacrifices de toutes sortes, des mépris, des affronts, etc., en un mot, d'être traités comme vous l'avez été vous-même ; et néanmoins depuis dix-huit siècles les ouvriers apostoliques ont-ils jamais manqué ? vous avez revêtu du caractère le plus éminent, des fonctions les plus délicates et les plus difficiles, des hommes faibles et soumis comme les autres à toutes les misères de l'humanité ; et depuis dix-huit cents ans ils ont pu diriger avec un succès sans exemple la société chrétienne répandue sur toute la terre, et sauver votre Eglise des naufrages sans nombre dont elle ne cesse d'être menacée ! Quels moyens leur avez-vous donc donnés pour dompter la férocité des peuples barbares, pour subjuguer les esprits prévenus ou rebelles, pour triompher de la tyrannie et de la force brutale ? Ils n'ont reçu de vous aucun des moyens humains employés par les conquérants, par les princes de la terre, par les législateurs ou les modérateurs des peuples. La prière, l'influence de la parole divine qu'ils font entendre, le pouvoir de réconcilier les pécheurs avec Dieu, celui de faire descendre la victime sainte sur les autels et de la distribuer en nourriture aux âmes fidèles, telles sont les seules armes dont vous leur ayez accordé l'usage. Comment avec des ressources si faibles aux yeux du monde ont-ils pu remporter tant de victoires, triompher de tous les efforts des puissants du siècle ligués contre votre Eglise ? Ah ! Seigneur, vous l'avez dit : « Voilà que je suis avec vous jusqu'à la consommation des temps » ; et qui pourrait vous résister ? Qui pourrait abattre ce que vous soutenez ?

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

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23 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Vingt-quatrième jour

L'Eglise Romaine réunit tous les caractères divins de la véritable Eglise

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

L'Eglise de Jésus-Christ devait être infaillible, parce qu'elle était divine dans son institution, et qu'elle avait pour mission d'imposer sa doctrine à tous les peuples de la terre. Etant infaillible elle devait être Catholique, tous les hommes ayant un égal besoin de la vérité. L'un et l'autre de ces caractères ont pour conséquence l'apostolicité de l'Eglise, c'est-à-dire, la transmission pure et intacte jusqu'à nous de la doctrine et du ministère confiés par Jésus-Christ aux apôtres. Par là même que l'Eglise est apostolique, elle doit être une ; car les apôtres unis entre eux parle même symbole n'ont pas pu prêcher une doctrine ni exercer un ministère qui offrissent des différences essentielles ; et que, dès que la doctrine et le ministère remontent aux apôtres, et qu'ils ne reconnaissent qu'une seule et unique source, ils ne peuvent renfermer aucune divergence notable. Mais, la doctrine et le ministère de l'Eglise étant les mêmes que ceux des apôtres, ils doivent nécessairement partager avec eux le caractère de sainteté qui les distingue : donc l'Eglise est sainte. Or, l'essence même de la sainteté consiste dans le combat livré à l'erreur et aux passions, dans le dévouement et le sacrifice : il appartenait donc à l'Eglise, qui était sainte, d'être persécutée depuis Jésus-Christ et les apôtres jusqu'à la fin des temps, et d'être toujours animée de l'esprit de pénitence. L'Eglise romaine renferme seule tous ces caractères, c'est pour cela que dans la profession de notre foi nous disons : « Je crois en l'Eglise catholique, apostolique et romaine ».

I. L'Eglise romaine est infaillible, c'est-à-dire, qu'elle n'a jamais admis et qu'elle n'admettra jamais des dogmes, qu'elle n'a jamais donné et qu'elle ne donnera jamais un enseignement ni des décisions qui ne soient pas conformes à la parole divine, soit écrite, soit traditionnelle. De tout temps, depuis saint Pierre qui a établi son siège à Rome, jusqu'au Pape François, en passant par l'immortel Pie IX qui y règne encore, on a regardé, dans l'Eglise Catholique, le pape et les évêques comme des dépositaires des Ecritures et de la tradition, comme interprètes de la parole divine, comme juges de la foi, comme formant ce tribunal suprême qui doit juger en dernier ressort tout ce qui intéresse la religion, et auquel seul Jésus-Christ a promis l'infaillibilité en lui disant qu'il serait avec lui et l'assisterait jusqu'à la consommation des siècles, et que l'enfer ou l'erreur ne prévaudrait jamais contre lui. Or, comme le chef des évêques et de l'Eglise entière a son siégé à Rome, c'est bien l'Eglise romaine qui seule a reçu cette prérogative de l'infaillibilité.

II. L'Eglise romaine est répandue dans tout l'univers : elle étend son empire en Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique, dans l'Océanie, dans toutes les parties du monde ; et il n'est aucune société chrétienne séparée de sa communion, qui, prise isolément, soit aussi universellement répandue qu'elle, c'est-à-dire, qui possède un nombre d'adeptes égal à celui des Catholiques Romains. En effet, les sectes ne se répandent que pour se diviser et former d'autres sectes, aussi opposées les unes aux autres qu'elles le sont à l'Eglise romaine. C'est le sort de l'erreur et de tous ceux qui n'ont pas reçu la promesse et le don de l'infaillibilité. L'Eglise romaine seule ayant reçu ce privilège divin peut seule répandre sa doctrine et son ministère sans craindre aucune altération. Aussi, malgré tous les efforts de l'esprit de mensonge, continue-t-elle à accomplir chaque jour sa mission céleste : elle enseigne toutes les nations, Dieu voulant dans sa justice et sa bonté mettre la vérité et le salut à la portée de tous : l'Eglise romaine est donc catholique.

III. Elle est encore apostolique, puisqu'elle a recueilli à Rome le précieux héritage des princes des apôtres, Pierre et Paul, et qu'elle n'a jamais enseigné une autre doctrine que celle qui lui a été transmise par les apôtres. Jamais elle ne s'est écartée de cette règle par laquelle elle a confondu toutes les hérésies : « Que rien ne soit innové, et que l'on s'en tienne toujours à ce qui nous a été transmis ». Ce sont les paroles de saint Etienne, pape et martyr, qui vivait vers le milieu du troisième siècle ; et c'est précisément parce que l'Eglise romaine n'a jamais rien voulu innover qu'on l'accuse d'être rétrograde et de ne pas vouloir suivre progrès. Comme elle a possédé dès son institution toutes les vérités nécessaires à son existence et à sa perpétuité, elle n'a, en effet, rien à innover. En vain on a voulu l'accuser d'avoir introduit des dogmes nouveaux et d'avoir altéré son enseignement ; car, jamais on n'a pu assigner l'époque précise, ni citer le nom des auteurs de ces nouvelles doctrines, tandis que l'on connaît parfaitement les Arius, les Pelage, les Nestorius, les Eutychès, les Luther, les Calvin, les Jansénius, et la date exacte de l'apparition de leurs erreurs. D'ailleurs, comment l'Eglise romaine, qui condamnait les novateurs, aurait-elle pu innover elle-même sans encourir le reproche de faire ce qu'elle blâmait si sévèrement dans les autres ? Et pourtant, jamais les Grecs, qui ont toujours été plus ou moins les ennemis et les rivaux des Latins, ne les ont accusés d'avoir introduit la moindre altération dans l'enseignement qu'ils ont reçu des Apôtres. L'Eglise romaine est encore apostolique quant au ministère. La succession de ses pasteurs commence aux apôtres, et vient jusqu'à nous sans interruption morale. L'histoire s'est chargée de nous conserver leurs noms et la date de leur règne. Nous pouvons donc dire avec Saint Augustin : « Je suis retenu dans l'Eglise, par la succession des pontifes sur la chaire de saint Pierre, depuis cet apôtre à qui le Seigneur a confié ses brebis, jusqu'au pape actuel ». Partout et dans tous les temps, on voit, dans les évêques de l'Eglise catholique, la succession de l'ordination avec la succession du pouvoir de juridiction, dont le mode de transmission a toujours été déterminé par la puissance apostolique.

IV. L'Eglise romaine est une : elle seule peut se glorifier de cette unité de doctrine qui la caractérise si bien au milieu des variations sans fin de toutes les sectes qui se sont détachées d'elle. Nous avons la même foi que nos pères, comme nos pères eux-mêmes ne croyaient que ce qu'ils avaient reçu de leurs ancêtres, que ce que leurs ancêtres tenaient des apôtres. Tous les Catholiques Romains professent les mêmes dogmes, admettent les mêmes préceptes évangéliques, les mêmes conseils de perfection. L'Eglise romaine a toujours eu la même Foi, et si elle a ajouté quelques mots à ses anciens symboles, c'est uniquement pour faire connaître aux fidèles, d'une manière plus expresse, ce qu'elle avait toujours cru ; mais sans introduire le moindre changement dans sa doctrine : elle l'a développée, mais ne l'a point altérée. L'Eglise romaine est une non-seulement quant à la doctrine, mais encore quant au ministère. Tous les Catholiques Romains reconnaissent comme institution divine une seule et même hiérarchie composée du chef de l'Eglise, des évêques, des prêtres et des autres ministres de la religion, tous parfaitement unis entre eux. Les laïques ou simples fidèles les regardent comme les seuls pasteurs qui aient reçu de Jésus-Christ le droit et la vertu de les diriger dans les voie du salut. La Chaire de Saint Pierre est pour eux le centre de l'unité Catholique. De tout temps, dans l'Eglise catholique romaine, on a regardé comme schismatiques les fidèles et les prêtres qui se séparent de l'évêque en communion avec les Pape, et les prêtres et les évêques qui se séparent du pape , l'évêque de Rome, successeur de Saint Pierre prince des apôtres ; et c'est même une des raisons qui la font accuser d'intolérance. Sa discipline seule a varié suivant les temps et les lieux, dans l'intérêt moral et spirituel des fidèles et du clergé ; ce qui montre précisément l'injustice de cette accusation : mais son gouvernement n'a jamais varié. L'Eglise romaine est donc une de fait dans son ministère comme dans sa doctrine, et elle Test de droit en vertu de sa constitution qu'elle tient de Jésus-Christ.

V. L'Eglise catholique est sainte, avons-nous dit, parce que son fondateur Jésus-Christ est le Saint des saints, parce que les premiers hommes qui ont travaillé à son établissement étaient des saints ; parce qu'elle a été instituée pour la sanctification des hommes ; parce que ses dogmes, ses mystères, sa morale, sa doctrine, en un mot, sont marqués au sceau de la sainteté ; enfin, elle est sainte, en ce qu'un certain nombre de ses membres sont saints, et qu'il ne peut y avoir de véritables saints que parmi ses enfants. Or, tous ces caractères de sainteté se trouvent réunis dans l'Eglise romaine, et dans elle seule. Qu'elle ait Jésus-Christ pour fondateur, et les saints apôtres pour premiers pasteurs, c'est ce que nous avons démontré en prouvant qu'elle était apostolique. Sa doctrine est sainte, puisqu'elle lui vient aussi directement des apôtres et de Jésus-Christ, qui en est l'auteur. Son histoire tout entière est le récit de ses travaux continuels pour la sanctification des hommes, et du zèle ardent qu'elle a toujours déployé pour y parvenir : témoin ses missions lointaines, au prix des plus rudes souffrances et même de la  vie de ses apôtres. Enfin l'Eglise Romaine a toujours eu des saints parmi ses membres. Jamais elle n'a cessé d'enfanter des justes de tout âge et de tout sexe, dans tous les rangs de la société. Sans doute un grand nombre se sont sanctifiés dans l'obscurité de la vie commune ; mais l'histoire en a enregistré dans tous les siècles qui se sont illustrés par l'éclat de leurs vertus. De tout temps, même de nos jours, on voit dans l'Eglise romaine des martyrs et des confesseurs de la Foi. Tous ses membres ne sont pas des saints, parce qu'ils sont hommes, et par conséquent sujets aux passions et aux faiblesses humaines, et que par là même ils n'ont pas toujours le courage de suivre ses instructions. Mais, comme le dit saint Augustin : « Si nous avons dans quelques scandales publics de justes sujets de douleur, il est aussi d'admirables vertus dont le spectacle doit nous consoler. Cette lie épaisse, qui attriste vos regards, ne doit point faire haïr le pressoir d'où sort en même temps l'huile pure dont la flamme brillante éclaire la maison de Dieu ». (Lettre 78). Il suffit d'ajouter que puisque l'Eglise Romaine possède seule la vraie doctrine de la sainteté, qui est la doctrine de Jésus-Christ, elle seule aussi peut produire des saints.

VI. La persécution est le dernier caractère de la véritable Eglise, que nous avons signalé. Ce caractère est-il au front de l'Eglise romaine ? C'est à peine si nous osons poser cette question. L'histoire et tous ses monuments semblent se lever avec enthousiasme pour y répondre. Il n'est aucune ville qui ait donné à l'Eglise autant de martyrs que Rome. On ne peut faire un seul pas dans cette capitale du monde chrétien sans y rencontrer la trace du sang généreux répandu pour la foi. Que serait-ce si nous parcourions les catacombes, qui recèlent encore dans leur sein les ossements de tant de victimes de leur généreuse fidélité à Jésus-Christ ? Il n'est pas surprenant, en effet, que le christianisme, allant s'établir au cœur du monde païen, ait été plus persécuté encore à Rome que partout ailleurs. Au reste, lorsque le sang de l'Eglise romaine eut cessé de couler autour de la Chaire de Saint Pierre, ses flots continuèrent néanmoins à être versés en d'autres lieux pour la cause de la foi chrétienne ; et aujourd'hui encore elle compte de nombreux martyrs en Chine, en Cochinchine et dans une multitude d'autres régions aussi inhospitalières. Mais Rome étant le siège du gouvernement de l'Eglise Catholique, elle n'a presque jamais cessé d'être de préférence le but spécial des persécutions de l'impiété contre la religion de Jésus-Christ, et trop souvent elle a été même la victime de l'ambition et de la colère des peuples et des rois. Les Goths, Genseric, Théodoric, Totila, les Lombards et bien d'autres, y portèrent successivement le fer et le feu ; et son histoire n'est qu'une persécution presque continuelle. Mais jamais elle ne s'en est alarmée ; confiante dans les promesses de son divin Epoux, elle a toujours souffert avec calme et résignation, avec dignité et sans faiblesse ; car elle savait que la barque de Pierre peut bien être plus ou moins agitée par les tempêtes, mais qu'elle ne périra jamais. Ainsi l'Eglise romaine est infaillible, Catholique, Apostolique, Une, Sainte, et l'objet des persécutions du monde : elle est donc la véritable Eglise fondée par le Divin Sauveur.

 

Élévation sur l'Eglise romaine réunissant tous les caractères divins de la véritable Eglise

 

I. O sainte Eglise Romaine ! Lorsque je jette un regard sur les sociétés religieuses qui se partagent la terre, je ne vois que vous seule qui réunissiez tous les caractères divins qui manifestent de la manière la plus éclatante que vous n'êtes pas l'ouvrage d'une intelligence humaine. Comme vous laissez loin derrière vous tous ces rêves creux et ces systèmes étroit des génies et des philosophes, même les plus éminents ! Il est impossible de vous contempler avec quelque attention, sans être frappé de ces rayons célestes qui s'échappent de votre front et qui révèlent au plus aveugles votre origine toute divine. Où se trouve ailleurs que dans votre sein l'interprète infaillible des oracles sacrés de celui qui est le Très-Haut ? Je cherche sur la terre une société qui invoque le vrai Dieu et qui compte un aussi grand nombre d'adorateurs en esprit et en vérité que vous comptez d'enfants, et je n'en découvre aucune. Qui pourrait vous disputer les droits évidents de votre antiquité, lorsque votre généalogie bien connue vous fait remonter jusqu'aux apôtres, jusqu'à Jésus-Christ, leur divin Maître ? Que les sectes qui se sont violemment séparées de vous nous montrent l'unité de leurs adhérents à côté de votre immutabilité ! Elles pourront nous nommer d'honnêtes gens et des héros même sortis de leurs rangs ; mais jamais elles ne pourront nous montrer des saints, puisqu'elles ne possèdent pas la vraie doctrine de la sainteté. Elles nous rappelleront bien le nom de quelques fanatiques morts pour défendre leurs erreurs et leurs œuvres ; mais elles seront impuissantes à prouver que la persécution est leur destinée à tout jamais, parce qu'on ne persécute à perpétuité que la vérité et la justice. Vous seule surtout, ô sainte Épouse de Jésus-Christ, possédez le trésor sacré de la Charité Divine dont l'éclat laisse dans les ténèbres les plus profondes la bienfaisance parement humaine et la philanthropie, qui n'en sont qu'une froide et misérable contrefaçon. Eglise de Jésus-Christ, ô Eglise romaine, que vous êtes belle ! Ô beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, sans tache et sans ride ; ô ma mère bien-aimée, soyez donc à jamais bénie d'avoir daigné me recevoir dans votre sein, et de me compter au nombre de vos enfants !

II. Que vos conseils, ô Seigneur, sont admirables, et que vos voies sont profondes ! Une éternelle succession fut destinée à Saint Pierre. Il devait toujours y avoir un Pierre dans l'Eglise, pour confirmer ses frères dans la Foi, et pour tenir sans cesse la main au gouvernail ; mais il lui fallait un siège fixe pour l'exercice de cet office. Quel siège lui choisîtes-vous, ô Divin Maître ! Et qui pourrait assez admirer votre sagesse ! Ce ne pouvait être Jérusalem, parce que le moment était venu où, faute d'avoir connu le temps de sa visite, elle allait être livrée aux gentils, et détruite de fond en comble. L'heure de la conversion des gentils, d'autre part, avait aussi sonné ; ils allaient entrer en foule dans le temple de Dieu, c'est-à-dire dans son Eglise. Quel fut alors le lieu sur lequel tomba votre choix, Seigneur ? Rome, la maîtresse du monde, la reine des nations, et en même temps la mère de l'idolâtrie, la persécutrice des saints, c'est elle qui obtint vos préférences pour y placer le centre de la Foi qui devait être prêchée, comme d'un lieu plus éminent, à toute la terre. Vous aviez préparé de loin l'empire romain pour la recevoir. Un si vaste empire, qui réunissait dans son sein tant de nations, était destiné à faciliter la prédication de votre Evangile, et à lui donner un cours plus libre. A la vérité, l'Evangile devait encore aller plus loin que les conquêtes romaines, et il devait être porté aux nations les plus barbares ; mais enfin l'empire romain devait être son siège principal. Merveille ! les Scipion, les Pompée, les César, en étendant l'empire romain par leurs conquêtes, devaient être en quelque sorte les pionniers destinés à préparer les voies au règne de Jésus-Christ ; et, selon cet admirable conseil, Rome devait être la capitale de l'empire spirituel du Sauveur, comme elle l'était de l'empire temporel des Césars. Dès lors. Seigneur, vous avez tellement disposé les choses, que les successeurs de saint Pierre, à qui on donna par excellence le nom de Papes, c'est- à-dire celui de Pères, ont fait de la Chaire de Saint Pierre la chaire de l'unité, dans laquelle tous les évêques et tous les fidèles, tous les pasteurs et tous leurs troupeaux, se sont unis.

III. Aussi Rome, pour tout chrétien qui l'a visitée, est-elle, non pas seulement le plus vénérable des sanctuaires, mais encore la patrie et la maison paternelle. On s'y trouve comme chez sa mère, on y respire plus librement, l'atmosphère y est plus douce et plus suave qu'en aucun lieu du monde. Il semble qu'on y retrouve ce qu'on avait vu dans son enfance, parce qu'à chaque pas on y voit les lieux où habitèrent et souffrirent Saint Pierre et Saint Paul, tous ces Martyrs et ces Saints illustres qui furent nos pères dans la foi, et dont on nous racontait les sublimes vertus dans nos jeunes années. On s'attendrait presque à les rencontrer pleins de vie, tant leur mémoire est encore vivante, et le parfum qu'ils ont laissé après eux se sent encore partout. Seigneur ! Que vous montrez bien, ô Rome surtout, que vous êtes notre Père, et que vous êtes l'Epoux de votre Eglise bien-aimée ! Comme votre charité se plaît à se dilater et à répandre ses divines influences dans cette ville privilégiée ! Là  tous les malheureux à quelque classe de la société, à quelque nation qu'ils appartiennent, trouvent un asile et le sein d'une mère pour s'y reposer et s'y consoler. Depuis les têtes couronnées, que l'instabilité des choses humaines a chassées de leurs états, jusqu'au pauvre pèlerin que la foi amène les pieds nus, jusqu'au tombeau des saints apôtres, tous rencontrent dans la ville sainte un accueil fraternel, délicat et cordial, tel qu'on pourrait à peine l'espérer au sein de sa propre famille. Cette majesté si douce, si pleine de noblesse et de grandeur, que vous voyez apparaître dans les traits et la tenue des princes de l'Eglise et du souverain Pontife, au milieu des imposantes cérémonies de la religion, se change bientôt, lorsque vous les abordez personnellement, en une affabilité et un abandon qui vous font oublier, au bout de quelques instants de conversation, que vous parlez aux premiers dignitaires de la chrétienté. Nulle part, aucun souverain n'est aussi abordable que le Saint-Père ne l'est au Vatican ; et il est impossible d'exprimer les sentiments de respect et d'amour qu'il sait inspirera ceux auxquels Dieu fait la grâce de l'approcher. Comme il réalise bien son nom, saint Père ! Oui, lorsque vous êtes prosternés à ses pieds, vous croiriez être aux pieds de Saint Pierre ou de Jésus-Christ Lui-même. Il semble qu'une émanation de sainteté vous pénètre tout entier et vous absorbe. Puis, lorsque sa douce main vous relève après vous avoir béni, lorsque sa parole bienveillante s'est fait entendre, vous retrouvez le bon Père de la famille chrétienne, et un cœur si doux et si tendre que vous en êtes tout interdit. Eglise romaine, pourquoi vos ennemis ne vous voient-ils pas de près ? ils reconnaîtraient d'instinct que vous êtes véritablement l'épouse de Jésus-Christ ; ils cesseraient de vous persécuter ; ils seraient heureux de vous appeler leur mère, de vous aimer et d'être vos enfants soumis et dévoués !

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

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22 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Vingt-troisième jour

Les persécutions de l'Eglise

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

I. Tous ceux qui veulent vivre en accomplissant fidèlement la doctrine de Jésus-Christ, disait l'apôtre Saint Paul, souffriront persécution. (2 Timothée 3, 12). Et Notre-Seigneur avait déjà dit : « Heureux ceux qui souffriront persécution pour la justice; car le royaume des cieux leur appartient. Estimez-vous heureux lorsqu'on vous maudira et que l'on vous persécutera ; lorsqu'on dira faussement toute sorte de mal contre vous par rapport à moi : réjouissez-vous alors, et tressaillez d'allégresse, parce que votre récompense est grande dans le ciel : c'est ainsi qu'ont été persécutés les prophètes, qui sont venus avant vous ». (Matthieu 5, 10 et ss). La destinée de l'Eglise est donc d'être persécutée, et c'est là l'un de ses caractères essentiels et divins. Sans doute, elle aura de temps en temps des moments de repos et de paix ; mais ce ne sera pour ainsi dire que pour lui laisser reprendre haleine, et pour lui donner le loisir de se préparer à de nouveaux combats. Les persécutions entourèrent son berceau : à peine Sauveur était-il né, que déjà  Hérode cherchait à mettre à mort ; et sa vie publique fut une persécution continuelle, qui ne se termina pour lui que lorsqu'il rendit le dernier soupir sur la croix. Les apôtres, disciples et ses successeurs dans l'oeuvre de la rédemption, ne furent pas mieux traités que leur maître, tous reçurent la couronne du martyre pour prix de leur fidélité et de leur dévouement. Mais ce n'était encore là que le prélude des trois premiers siècles de l'ère chrétienne, pendant lesquels l'Eglise devait se fonder et s'établir par le martyre, non plus seulement de ses princes et de ses chefs, mais encore par celui de milliers de chrétiens de tout âge, de tout sexe et de toute condition. C'est encore au prix de ces sacrifices sanglants qu'elle fait aujourd'hui de nouvelles conquêtes en Chine, en Cochinchine et dans une multitude d'autres régions lointaines. Ce n'est pas toutefois uniquement contre la vie de ses enfants que l'on conspire : on s'étudie aussi à attaquer ses dogmes, ses mystères, sa doctrine et même sa morale, dont on admire les principes, comme pour être autorisé à en condamner l'application pratique, que l'on trouve trop austère. On dénature les intentions et l'esprit de la sainte Eglise, on lui prête toutes les passions humaines, et sous ces prétextes futiles qui offrent quelque chose de spécieux aux masses, peu instruites surtout en matière de religion, on lui reproche d'avoir dégénéré de sa perfection primitive, de tomber en décadence, et l'on annonce depuis plusieurs siècles sa mort prochaine. On l'accuse d'idées rétrogrades, de s'obstiner à ne pas progresser avec les lumières des temps contemporains. On attaque ses docteurs, on renverse ses institutions. On traque et l'on épie ses ministres pour les trouver en défaut, et au besoin on les calomnie. On tourne en ridicule ses cérémonies les plus augustes, on raille ses enfants les plus dévoués et les plus fidèles ; c'est, en un mot, une guerre à outrance qu'elle aura à soutenir jusqu'à la fin des temps. L'Eglise ne s'étonne pas de ces persécutions, elle y compte, elle les attend comme une preuve de son institution divine, puisque Jésus-Christ les lui a prédites. « Voilà, lui dit-il que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups : soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes. Prenez garde aux hommes : ils vous traîneront devant leurs tribunaux et vous feront fouetter dans leurs synagogues. Ils vous conduiront à leurs juges et à leurs princes à cause de moi... Le frère livrera son frère pour qu'on le fasse mourir, et le père livrera son fils : les enfants eux-mêmes s'élèveront contre leurs parents pour qu'ils soient mis à mort. Vous serez un objet de haine pour tout le monde à cause de mon nom... Le disciple n'est pas plus que le maître... S'ils ont appelé le père de famille Belzébuth, comment n'en agiraient-ils pas de même avec ses serviteurs ?... Ne craignez donc pas ceux qui peuvent tuer le corps, mais qui sont impuissants à tuer l'âme : mais craignez plutôt celui qui peut précipiter le corps et l'âme dans les supplices éternels » (Matthieu 10, 16 et ss).

II. Les persécutions prédites par Notre-Seigneur à son Eglise ne devaient pas être seulement le fruit de la tyrannie et de l'oppression. Il lui en réservait de moins éclatantes et de plus continues, dans les épreuves ordinaires de la vie. Les premières ne devaient atteindre que les fidèles assez généreux pour confesser publiquement leur foi persécutée ; mais les secondes frappent tous les hommes indistinctement, car elles sont la suite et la punition du péché de notre premier père. Dans les desseins de Dieu, elles sont tout ensemble l'accomplissement des lois de sa justice et de celles de sa miséricorde : une expiation du péché, et une épreuve de notre fidélité. Tantôt il se charge lui-même de nous les envoyer directement par la mort de nos proches ou de nos meilleurs amis, par les maladies, les souffrances et les infirmités qui attristent si souvent notre existence. Tantôt, et le plus ordinairement, les hommes eux-mêmes deviennent entre ses mains, sans le vouloir et même sans le savoir, des instruments de persécution destinés à accomplir les desseins de Dieu sur son Eglise. Ce sont les médisances, les calomnies, les pertes de fortune ; le délaissement de nos amis et de nos proches ; l'ingratitude, des vengeances aveugles et injustes que l'on exerce contre nous ; les partialités, les injustices, les humiliations dont nous sommes victimes ; les caractères et les humeurs difficiles des personnes qui nous entourent, et avec lesquelles nous sommes forcés de vivre. Ce sont, si vous le voulez, des persécutions à coups d'épingle, mais qui n'en sont pas moins rudes ; d'autant plus qu'elles sont inévitables, persistantes, secrètes et de tous les jours. Sans doute, ce genre de persécution ne s'exerce pas uniquement contre les membres de l'Eglise, l'humanité tout entière y est soumise. Mais l'Eglise, dans le plan divin, devant être catholique, les éléments de sa destinée devaient être universels comme elle. Ceux qui ne veulent pas lui appartenir font un mauvais usage des persécutions, comme ils abusent des biens de la terre, et de toutes ces choses que Dieu a mises aux mains de tout le monde pour être des éléments de la vie chrétienne, et par conséquent des moyens de salut. Aussi, ce genre de persécution devient-il pour les enfants de l'Eglise une source continuelle de grâces : les uns sont ramenés à la vérité et à la pratique oubliée ou négligée de leurs devoirs religieux par les épreuves, qui leur ouvrent les yeux sur la vanité des choses du temps ; et, ne trouvant pas sur la terre le bonheur qu'ils comptaient y trouver, ils tournent alors leurs regards vers l'éternité ; les autres, habitués à vivre aux lumières consolantes de la foi, trouvent dans les afflictions que la Providence leur envoie un moyen aussi efficace que facile d'expier leurs fautes et une source intarissable de mérites.

III. Il est un troisième genre de persécutions qui n'est pas moins profitable à l'Eglise de Dieu, et qui ne vient ni de Dieu ni des hommes : mais de nous-mêmes, de l'esprit du monde et du démon : ce sont nos passions, nos mauvais penchants, et les tentations multipliées qui nous livrent sans cesse une guerre acharnée. L'honnêteté naturelle, l'intérêt, la philosophie ont bien pu quelquefois mettre un frein à la fureur de ces ennemis de l'humanité ; mais leur triomphe toujours partiel ne s'accomplissait qu'en développant d'autant plus d'autres mauvais instincts de notre nature corrompue. C'est ainsi que Diogène pratiquait le détachement des richesses, et qu'il se servait de cette apparence de vertu pour nourrir son orgueil. L'Eglise seule a reçu du divin Maître le secret du combat chrétien qui ne fait quartier à aucune passion, qui ne ménage aucun penchant désordonné. Sans doute la faiblesse humaine aidée même de la grâce ne triomphe pas toujours sur toute la ligne, mais elle a sans cesse les armes à la main, et se reproche du moins ses défaites. Cette guerre spirituelle, cette persécution intime sont une des plus rudes épreuves des enfants de l'Eglise, parce qu'elles les exposent à chaque instant au danger de se perdre pour l'éternité, c'est-à-dire, au plus grand des malheurs pour ceux qui vivent sous les inspirations divines de la  foi. Mais aussi, d'autre part, c'est au milieu de ces luttes quotidiennes que les caractères se fortifient, que l'énergie devient du courage, et que celui-ci s'élève jusqu'à l'héroïsme. Les victoires se multiplient, et avec elles les mérites qui assurent à ceux qui les remportent un poids de gloire incomparable dans la vie future. Telle est pour l'Eglise l'avantage immense de ces épreuves. Enfin, tous ces genres divers de persécutions ne suffisent point encore à l'amour ardent de l'épouse de Jésus-Christ pour les souffrances. A l'exemple du divin Sauveur, elle les désire, elle y aspire et s'en impose elle-même par la mortification et la pénitence. De là les jeûnes, les abstinences et les autres austérités qu'elle prescrit ou qu'elle conseille à ceux qui vivent sous ses lois. La persécution, de quelque côté qu'elle vienne, et quel que soit le sens qu'on lui donne, est donc un des éléments de la vie de l'Eglise ; elle en est un des caractères distinctifs.

 

Élévation sur les persécutions de l'Eglise

 

I. Je ne suis plus surpris, ô divin Maître, du langage que vous teniez aux peuples qui se pressaient autour de vous pour entendre vos divins oracles. « Il faut, disiez-vous, que le Fils de l'homme souffre beaucoup ; il faut qu'il soit condamné par les anciens du peuple, par les princes des prêtres et par les scribes ; qu'il soit mis à mort, et qu'il ressuscite le troisième jour ». Aussi disait-il à tous, continue le texte sacré : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il a se renonce soi-même, qu'il porte sa croix tous les jours, et qu'il me suive. Que celui qui veut sauver son âme, fasse le sacrifice de sa vie, car celui qui en fera le sacrifice pour moi, la sauvera. Que sert, en effet, à l'homme de gagner l'univers entier, s'il se perd lui-même ? » (Luc 9, 22 et ss). Non, je ne suis plus surpris des prédictions que je méditais tout à l'heure, et par lesquelles vous prépariez l'âme de vos disciples à soutenir les rudes combats que vous réserviez à votre Eglise. S'il fallait que le Christ souffrît pour entrer dans sa gloire (Luc 24, 26), comment l'Eglise son épouse aurait-elle pu partager sa couronne sans être associée à ses souffrances ? Aussi le diadème sanglant et glorieux du martyre n'a-t-il jamais cessé entièrement de reposer sur son front. Un vénérable vieillard inspiré de Dieu, vous tenant pressé entre ses bras quelques jours à peine après votre naissance, s'était écrié : « Cet enfant a été envoyé de Dieu pour être la perte et la résurrection d'un grand nombre dans Israël, et il sera en butte à la contradiction ». (Luc 2, 34). N'est-ce pas aussi la destinée réservée à votre Eglise ? Elle vous a succédé dans l'oeuvre admirable de la rédemption : elle annonce partout la doctrine que vous lui avez enseignée et dont vous lui avez confié le précieux dépôt. Les uns la recueillent avec avidité et en suivent fidèlement les préceptes, ils en reçoivent la vie ; d'autres, au contraire, la repoussent avec dédain, et ils se perdent. Dès lors, la sainte Eglise est comme vous en butte à la contradiction. Comme vous, elle a des ennemis qui la persécutent, tantôt par leurs paroles et leurs sarcasmes, tantôt par leurs livres impies. On voudrait l'anéantir ; on l'épie, on la poursuit, on use de violence, on fait couler son sang, ou bien on s'attaque à son Chef vénéré, on le chasse de son trône, on lui arrache sa couronne, on l'exile ou on le charge de fers, on le retient captif dans une étroite prison ; et partout on publie la mort prochaine de votre sainte épouse. Vous lui avez bien prédit, Seigneur, qu'elle serait crucifiée, mais vous lui avez promis aussi l'immortalité. Elle souffrira donc , mais elle n'en deviendra que plus glorieuse, et ne périra jamais !

II. Une de vos plus fidèles servantes, en exprimant son amour pour les souffrances, était bien l'admirable interprète des sentiments de votre Eglise et de la destinée que vous lui avez faite, lorsqu'elle s'écriait : « Ou souffrir, ou mourir » ; une autre disait mieux encore dans l'ardeur de sa charité : « Toujours souffrir, jamais mourir ». C'est bien là, en effet, la véritable devise d'une épouse digne de vous. Tous les jours ses enfants, sans être exposés au martyre, voient se multiplier autour d'eux les occasions de vous témoigner leur amour, en supportant avec résignation et en union avec vos souffrances les épreuves de la vie. Oh ! Que d'âmes saintes qui savent souffrir avec une angélique patience les maladies, les infirmités, les contrariétés de toute sorte, les incompatibilités d'humeur et de caractère ! Avec quel courage et quel héroïsme se soumettent à votre volonté sainte ces généreux chrétiens, qui, semblables aux enfants dans la fournaise, chantent encore vos louanges, lorsque la mort vient les frapper dans leurs plus chères affections, ou que la fortune capricieuse les réduit aux dernières extrémités de la misère ! Combien de Jobs s'écrient encore : « Vous m'aviez tout donné, Seigneur, vous m'avez tout repris, que votre saint nom soit béni ! » Ils n'arrêtent pas leurs regards à ceux qui ne sont que les instruments aveugles de la Providence vis-à-vis d'eux ; jamais la foi leur montre que c'est vous, Seigneur, qui dirigez tous les événements de la vie indépendants de leur volonté ; et comme vous ne faites ni ne permettez rien que pour le plus grand bien de vos enfants, ils doivent toujours, quoi qu'il arrive, vous louer et vous bénir.

III. Ce n'est pas sans un profond mystère, ô divin Sauveur, que la croix est devenue le symbole essentiel du christianisme, que l'Eglise en couronne le frontispice de ses temples, qu'elle l'expose à la vénération publique sur ses autels, qu'elle la porte comme étendard de ralliement dans ses cérémonies les plus solennelles, qu'elle veut que toutes nos principales actions commencent par ce signe auguste, et que tout chrétien donne dans sa maison la place d'honneur à l'image qui lui rappelle que vous l'avez aimé jusqu'à la mort, et à la mort de la croix : le sacrifice, inséparable de l'amour, dont il est la plus vraie et la plus haute expression, devait être le fond de la vie chrétienne. Pour être chrétien, il fallait que l'homme fût, non-seulement prêt à donner au besoin sa vie par amour pour vous; qu'il fût toujours dans la disposition de se soumettre à vos décrets les plus inattendus : mais il fallait aussi qu'il s'immolât sans cesse lui-même à vous, en combattant ses penchants les plus intimes pour les plier au joug de votre loi : la mortification de la chair et des sens devait faire de lui une victime continuelle, et son cœur devait être un autel domestique sur lequel l'holocauste de toutes ses pensées, de ses désirs et de ses affections, vous sera offert chaque jour. Voilà le secret que nous révèle la croix. Si l'auguste sacrifice qui s'offre à chaque instant de l'orient à l'occident est essentiel à la vie de l'Eglise, ô divin Maître, celui des cœurs ne l'est pas moins. Qui pourrait dire les bénédictions célestes qu'attirent sur la terre la réunion de tant d'immolations, de tant de victimes volontaires, non pas seulement de celles où le sang coule, mais encore de celles qui consistent dans l'acceptation secrète et résignée des épreuves, et dans le combat chrétien de tous les jours ? O divin Jésus, accordez-moi la grâce d'en augmenter le nombre en me donnant entièrement à vous, sortant en moi les stigmates de vos plaies adorables, et en vivant de cette vie persécutée et sainte qui est l'un des caractères divins de votre sainte Eglise.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

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21 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Vingt-deuxième jour

Sur la sainteté de l'Eglise

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

L'apôtre Saint Paul disait aux Ephésiens : « Jésus-Christ a aimé son Eglise, et il s'est livré à la mort pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par l'eau divine de la parole de vie, afin de la faire paraître devant lui pleine de gloire, sans tache, sans ride, sans rien de semblable, et de la rendre sainte et sans aucun défaut ». (Ephésiens 5, 27.) Aussi, tous les chrétiens professent-ils que l'Eglise est sainte, comme le prouve le Symbole des apôtres qu'ils récitent chaque jour.

I. L'Eglise est sainte en ce que : 1° son fondateur Jésus-Christ est le Saint des saints, la source de toute sainteté. Or, Jésus-Christ étant toujours le chef, quoique invisible, l'âme et la vie de son Eglise, il en résulte qu'elle vit, qu'elle ne pense, qu'elle n^agit que par lui. C'est en cela, dit saint Jean, que Dieu a fait paraître son amour envers nous, en ce qu'il a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui. (Epître de S. Jean, 4, 9). Nous avons vu, au reste, dans la méditation quinzième, comment Jésus-Christ continue à entretenir la vie dans son Eglise. Cette Eglise peut donc dire comme saint Paul : « Je vis, ou plutôt ce n'est plus moi qui vis, mais Jésus-Christ qui vit en moi ; et si je vis encore dans ce corps mortel, j'y vis en la foi du Fils de Dieu, qui m'a aimé, et qui s'est livré lui-même à la mort pour moi » (Galates 2, 20). Ainsi l'Eglise est sainte, puisque c'est Jésus-Christ qui lui a donné la vie en la fondant, et qu'il continue de la faire vivre de sa vie, en vivant lui-même en elle. 2° Elle est sainte encore en ce que les premiers hommes qui ont travaillé à son établissement étaient des saints, et que, puisqu'un bon arbre ne peut produire que de bons fruits, des saints n'ont pu coopérer qu'à la fondation d'une société dont le caractère essentiel fût la sainteté.

II. L'Eglise est sainte parce qu'elle a été instituée pour la sanctification des hommes. « Le Seigneur, dit l'apôtre Saint Paul, a établi les uns pour être apôtres, d'autres pour être prophètes, d'autres pour être évangélistes, d'autres pour être pasteurs et docteurs, afin qu'ils travaillent à la sanctification des saints, qu'ils remplissent les fonctions de leur ministère pour l'édification du corps de Jésus-Christ, qui est l'Eglise ». (Ephésiens 4, 11, 12). Aussi, voyons-nous que tous ses efforts, ses travaux, ses sacrifices ont pour but de rendre les hommes meilleurs et de les conduire à la perfection. Tous les jours elle accomplit fidèlement sa mission, qui consiste à continuer l'œuvre de la Rédemption, en annonçant la parole divine, ou la vérité, pour détruire l'erreur et éclairer les âmes ; en appliquant, par l'administration des sacrements, les mérites de la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour purifier les hommes de leurs souillures, pour les soutenir contre la corruption du siècle et les conduire enfin à la sainteté, et au bonheur du ciel qui en est la récompense.

III. L'Eglise est sainte, parce que sa doctrine, c'est-à-dire, ses dogmes, ses mystères et sa morale, sont marqués au sceau de la sainteté, puisqu'ils sont l'ouvrage de Dieu lui-même, et qu'ils ne nous sont imposés par lui que pour nous conduire à la sainteté.

IV. L'Eglise enfin est sainte, en ce qu'un certain nombre de ses membres sont saints, et qu'il ne peut y avoir de véritables saints que parmi ses enfants. Comment, en effet, une mère si sainte ne serait-elle pas féconde en saints ? Aussi, saint Pierre parlant de la société chrétienne l'appelle : « La nation sainte, le peuple d'acquisition ». (Pierre 1, 11). L'Eglise renferme pourtant dans son sein des justes et des pécheurs, des bons et des méchants, des parfaits et des imparfaits ; ils sont mêlés ensemble et unis par la profession publique de la même foi, par la participation extérieure aux mêmes sacrements, et par la dépendance des mêmes pasteurs légitimes dont le pape est le chef visible ; le péché mortel ne sépare pas les méchants de l'Eglise, tant qu'ils conservent l'habitude de la foi ; c'est, en effet, ce qu'enseigne la doctrine catholique. Mais ce mélange des justes et des pécheurs ne saurait être un obstacle à la sainteté de l'Eglise, puisque celle-ci comptait déjà parmi ses membres, dès son origine, un Judas et de faux frères ; et que si elle ne retranche pas les mauvais de son sein, c'est qu'elle espère toujours les voir se convertir, et qu'elle se dirige par le même esprit que Jésus-Christ son époux, qui ne voulait pas que l'ivraie fût séparée du bon grain avant le temps de la  moisson. Le saint Evangile ne nous représente-t-il pas encore l'Eglise comme l'aire qui contient à la fois la paille et le froment ; comme le filet qu'on jette à la mer, et que l'on retire plein de poissons de toute espèce ; comme le mélange des boucs avec les brebis, du méchant serviteur avec le serviteur fidèle, des vierges prudentes avec les vierges folles ? Il n'y a que quelques péchés énormes, et notamment ceux commis avec opiniâtreté contre la foi, qui puissent la décider à retrancher de sa communion ceux qui ont l'audace de les commettre. Encore ne le fait-elle que pour conserver intact le précieux dépôt de la foi lorsqu'il est menacé, et est-elle toujours prête à réhabiliter et à recevoir à bras ouverts tous ceux qui abjurent leurs erreurs et qui demandent à rentrer dans son sein. La sainteté consistant dans la profession sincère de la foi divine, et dans la pratique soutenue des vertus chrétiennes enseignées dans l'Evangile, dont l'Eglise a été établie seule dépositaire par Jésus-Christ, il s'ensuit qu'il ne peut y avoir de véritables saints que parmi ses enfants. Cette vérité ne renferme pas plus d'intolérance que celle-ci : « L'eau est le seul élément où les poissons puissent vivre et se multiplier ». Ailleurs que dans l'Eglise on peut être un homme de bien, courageux, héroïque même ; on peut posséder des vertus morales et humaines ; mais il n'appartient qu'à l'Eglise de surnaturaliser toutes ces vertus, de leur imprimer un sceau divin, et par conséquent de faire des saints.

 

Élévation sur la sainteté de l'Eglise

 

I. La sainteté, c'est l'ordre ; comme le péché est le désordre. Et c'est parce que vous êtes la sainteté par essence, ô mon Dieu, que toutes nos œuvres portent le cachet d'un ordre admirable et immuable. Cet immense univers qui se déploie sous nos yeux n'en est-il pas une preuve éclatante ? Depuis les jours de la création jusqu'à nous, le soleil et tous les autres corps célestes du firmament, la terre et tout ce qu'elle renferme n'ont-ils pas accompli leurs révolution, n'ont-ils pas rempli les fonctions qui leur avaient été assignées, avec une exactitude mathématique et avec une harmonie parfaite ? Mais cet ordre physique merveilleux, qui règne dans la création, n'est qu'une faible image de celui que vous avez établi dans votre Eglise, qui, étant aussi l'ouvrage de vos mains, devait être marquée au même sceau. Ici, ce n'est plus seulement un mécanisme gigantesque et dont les détails infinis et les lois savantes ont été, depuis près de s mille ans, le désespoir des plus grands génies, qui ont bien découvert quelques-uns de vos secrets, mais qui sont encore bien loin d'en avoir le dernier mot ; il ne s'agit plus de la vie purement organique des végétaux et des animaux, dont la physiologie se rend compte jusqu un certain point, assez pour en admirer la fidèle régularité, mais non pour en comprendre le ressort intime. Toutes ces merveilles ne sont que des accessoires l'usage du monde des esprits voyageurs sur la terre, au milieu desquels l'Eglise vient restaurer et rétablir l'ordre divin et primitif que le péché d'origine avait détruit. L'ordre physique aurait-il seul ses garanti dans les lois constantes de la création? Oh ! Non ! Seigneur, le monde moral est d'une nature bien autrement noble et élevée, pour que vous n'ayez pas pour aux moyens d'y maintenir aussi l'ordre nécessaire à sa vie et sa conservation. Mais l'Eglise, l'instrument surnaturel dont vous avez voulu vous servir pour atteindre ce but si important, ne doit-elle pas posséder elle-même ce principe de vie qu'elle est destinée à communiquer à l'univers entier, c'est-à-dire, l'ordre moral ou la sainteté ?

II. Oui, Seigneur, je le crois fermement, vous êtes la sainteté même, la sainteté par essence. Toutefois, vous n'avez pas voulu que votre sainteté fût une perfection purement spéculative, un trésor enfoui. Vous en êtes la source première ; mais il entrait dans vos ineffables desseins d'en répandre les eaux fécondes dans tous les cœurs, et c'est ce qu'accomplit chaque jour votre Eglise. C'est elle que vous avez établie dépositaire et distributrice de ces célestes richesses. C'est elle qui, puisant à pleines mains dans les eaux divines de la sainteté, nous sanctifie dès que nous faisons notre entrée dans ce monde, en nous donnant la naissance spirituelle. Dès lors, elle devient notre mère et nous entoure de sa plus tendre sollicitude. Elle bégaye avec nous les maximes de l'éternelle sagesse et de la sainteté chrétienne, dont elle seule possède les secrets. Elle nous ouvre ensuite le trésor de ses sacrements, par lesquels nous réparons les brèches faites à notre sanctification, et où nous trouvons les secours nécessaires non-seulement pour en relever les ruines, mais encore pour en faire un édifice indestructible, et capable de résister à toutes les attaques du monde et du démon. C'est elle, enfin, qui fait descendre chaque jour sur ses autels la victime sainte qui ôte les péchés du monde, la victime qui expie nos erreurs, et qui demande sans cesse grâce pour nous, la victime source de toute sainteté ; elle l'offre à nos adorations, elle nous convoque à y participer pour nous inoculer pour ainsi dire ses vertus, et elle la conserve précieusement dans son sanctuaire, comme son plus riche trésor, afin que le Dieu de sainteté soit toujours avec nous.

III. Oh ! Eglise de Jésus-Christ, notre mère bien-aimée, comment ne seriez-vous pas le sanctuaire de la sainteté ? Marie est bénie entre toutes les femmes, elle est la reine de tous les saints, parce que le Sauveur s'est incarné une fois dans ses chastes flancs, qu'elle l'a porté pendant neuf mois dans ses entrailles, qu'elle l'a nourri de son lait et bercé dans ses bras, et qu'elle nous a donné celui qui venait apporter la sainteté ou le salut au monde. Mais vous, ne devez-vous pas aussi à votre tour être à jamais bénie, puisque c'est vous qui répandez sur la terre toutes les bénédictions que le ciel lui envoie ? Vos mains entre lesquelles le Fils de Dieu s'incarne tous les jours tant de fois, depuis plus de dix-huit siècles ; vos mains qui le portent et le donnent aux hommes pour être la nourriture de leur âme, ne sont-elles pas pures et saintes ? Vos lèvres sur lesquelles se trouvent sans cesse la doctrine céleste du salut, des paroles de paix et de réconciliation, et les plus ferventes prières ; vos lèvres ne sont-elles pas saintes aussi ? Et votre cœur de mère tout brûlant de Charité pour vos enfants, votre cœur généreux qui ne compte pour rien les plus pénibles travaux, les sacrifices et les souffrances de toute espèce, le martyre même, s'il le faut, pour sauver les âmes ! Oh ! Oui, je le proclame hautement, et avec un profond sentiment de reconnaissance, votre cœur est le sanctuaire de la sainteté. Mais, vous n'êtes pas seulement notre mère, vous êtes aussi l'épouse de Jésus-Christ ; vos noces spirituelles ont été célébrées sur le Calvaire, lorsque, dans le sommeil de la mort, le nouvel Adam voulut que son Côté sacré fût ouvert, pour que vous fussiez en quelque sorte la chair de sa chair, le sang de son sang, le cœur de son cœur. Votre âme c'est la sienne ; vous ne faites qu'un avec lui. Ah ! Si la sainteté réside quelque part sur la terre, c'est bien dans l'Epouse du Saint des saints que nous devons la retrouver. C'est là, en effet, Seigneur, où vous en avez placé la source divine ; aussi est-ce vers elle que se tourneront toujours mes yeux et mon cœur pour y trouver la main secourable et puissante destinée à soutenir ma faiblesse et à me conduire au séjour bienheureux où vous avez daigné me préparer la récompense que vous réservez à vos saints.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

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20 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Vingt-et-unième jour

L'unité de l'Eglise

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

 

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

I. L'Eglise étant destinée à être la gardienne de la doctrine que Dieu a donnée à la terre par le ministère de Jésus-Christ, et l'Eglise ayant reçu la mission de faire connaître et de faire observer cette doctrine dans l'univers entier ; cette Eglise devait être une comme la vérité qu'elle enseigne, et comme le Dieu qui l'a chargée de remplir ces sublimes fonctions. Les hommes ne peuvent donc pas, en sûreté de conscience, s'attacher suivant leur caprice à n'importe quelle Eglise ; mais ils sont tenus, sous peine de se perdre pour l'éternité, d'entrer dans l'Eglise que Jésus-Christ a établie, et Jésus-Christ n'en a établi qu'une seule, l'Eglise Catholique et Apostolique ; à elle seule il a communiqué ses pouvoirs, et donné la mission de continuer son œuvre de la Rédemption des hommes jusqu'à la consommation des siècles. Notre Seigneur, en effet, n'a-t-il pas dit : « J'ai encore d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie : il faut que je les y amène, elles entendront ma voix, et il n'y aura qu'un troupeau et qu'un pasteur » (Saint Jean 10, 16) ? Et dans la prière qu'il adresse à Dieu son Père, il dit : « Père Saint, conservez en votre nom ceux que vous m'avez donnés, afin qu'ils ne fassent qu'un, comme vous et moi nous ne faisons qu'un. Ce n'est pas seulement pour eux que je prie, mais encore pour tous ceux qui croiront en moi, afin que tous ensemble ne soient qu'un : comme vous, mon Père, vous êtes en moi et moi en vous, qu'ils soient de même un en nous, afin que le monde croie que vous m'avez envoyé. Aussi, leur ai-je donné la gloire que vous m'avez donnée, afin qu'ils ne soient qu'un, comme vous et moi nous ne sommes qu'une même chose ». Saint Jean 11, 20-22.) L'apôtre Saint Paul écrivant aux Eph2siens dit encore : « Ayez soin de conserver l'unité d'un même esprit par le lien de la paix ; puisque vous n'êtes qu'un seul corps et qu'un esprit, ayant tous été appelés à la même espérance. Il n'y a qu'un Seigneur, qu'une foi, qu'un baptême ; il n'y a qu'un Dieu, père de tous ». (Ephésiens 4, 3-6).

II. Mais cette unité de l'Eglise, contrairement à celle que les Protestants admettent en principe, renferme nécessairement l'unité de doctrine et l'unité de communion, de ministère ou de gouvernement. L'unité de doctrine, d'après les Protestants, consiste dans la croyance de quelques articles fondamentaux seulement ; et ils prétendent qu'on peut se sauver dans toutes les communions qui ont conservé ces articles : ils rejettent par conséquent l'unité du ministère ou du gouvernement. L'unité de doctrine, dans le sens orthodoxe, consiste dans la croyance, au moins implicite, de toutes les vérités révélées et reçues comme telles dans l'Eglise Catholique. Il n'y a pas de distinction possible à établir entre des articles fondamentaux et d'autres qui ne le seraient pas. Jésus-Christ, en effet, donnant aux apôtres leur mission, ne leur dit pas : « Enseignez aux hommes tels ou tels dogmes indispensables au salut, désignez-leur les articles fondamentaux pour qu'ils puissent les discerner d'avec les autres ». Il veut que les apôtres « annoncent et fassent observer tout ce ce qu'il leur a commandé ». (Saint Matthieu 28, 19, 20). Il leur dit encore : « Prêchez l'Evangile à toute créature ; celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné ». (Saint Marc 16, 15, 16). Il est donc de toute nécessité de croire, non à une partie de l'Evangile, mais à l'Evangile tout entier ; à la doctrine de Jésus-Christ telle qu'elle a été transmise par les apôtres, telle qu'elle nous est enseignée par les évêques leurs successeurs. Enfin, il promet à l'Eglise enseignante son assistance jusqu'à la consommation des siècles sans distinction d'articles ; et il n'admet aucune exception lorsqu'il dit : « Si quelqu'un n'écoute pas l'Eglise, tenez-le pour un païen et un publicain ». (Saint Matthieu 28, 17). Puis, c'est Saint Paul qui atteste qu'il ne peut exister plusieurs doctrines qui puissent conduire au salut : « Quand nous vous annoncerions nous-mêmes, dit-il aux Galates, ou lorsqu'un ange descendu du Ciel vous annoncerait un Evangile différent de celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème ». (Galates 1, 9.) Saint Paul ne fait pas plus que Jésus-Christ de distinction entre ce qui est fondamental et ce qui ne l'est pas. Or, serait-il vrai que les hérétiques de tous les temps, et, en particulier, que les sectes sans nombre de la Réforme, toutes opposées les unes aux autres, professassent la doctrine de l'Evangile, telle qu'elle nous a été transmise par les apôtres ? évidemment non : ils ne sont donc pas dans l'unité, ils en sont sortis, et encourent par là même l'anathème de l'apôtre. Terminons par ce passage du disciple bien-aimé, de l'apôtre de la Charité, de saint Jean, en un mot, qui ne laissait pas néanmoins de dire : « Quiconque ne demeure point dans la doctrine de Jésus-Christ, mais qui s'en éloigne, ne possède point Dieu ; et quiconque demeure dans la doctrine de Jésus-Christ possède le Père et le Fils. Si quelqu'un vient à vous et n'a pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison, et ne le saluez point, car celui qui le salue participe à ses œuvres perverses ». (2 Jean, 9, 10-11.) Or, qu'est-ce que la doctrine de Jésus-Christ, si ce n'est l'Evangile tout entier, sans y rien retrancher ? Aussi, est-ce cette doctrine que l'Eglise a reçue des apôtres et qu'elle n'a cessé d'enseigner, et c'est pour cela qu'elle est complètement une dans sa doctrine, mais d'une manière bien différente et plus parfaite que ne le sont les protestants.

III. L'unité de la communion, du ministère ou du gouvernement, est le second caractère indispensable de l'unité de l'Eglise. Il consiste dans la soumission aux pasteurs légitimement institués, et principalement au pape, chef visible de l'Eglise. On est hérétique lorsqu'on rejette sciemment une vérité que l'Eglise enseigne comme révélée ; on est schismatique lorsqu'on s'élève contre l'autorité suprême du souverain Pontife, et qu'on rompt l'unité du ministère en se séparant de la communion des pasteurs légitimes l'un et l'autre sont rebelles à l'Eglise et encourent cet anathème prononcé par Jésus-Christ : « Celui qui n'écoute pas l'Eglise doit être traité comme un païen et un publicain ». (Saint Matthieu 10, 17.) L'unité de communion, de ministère ou de gouvernement, est une conséquence nécessaire de l'unité de doctrine Aujourd'hui, plus que jamais, les gouvernements sentent la nécessité de la centralisation, pour qu'il y ai unité d'action et de direction dans leurs affaires comment donc l'Eglise pourrait-elle parvenir à maintenir l'unité de doctrine et l'unité des moyens nécessaires pour la faire observer dans le monde entier, si elle ne possédait l'unité d'action et de direction, c'est-à-dire l'unité de communion, de ministère ou de gouvernement ? Cette unité est la force de l'Eglise ; c'est pour cela que, de tout temps, ceux qui ont été ou qui sont encore les ennemis de la société chrétienne établie par Jésus-Christ, se sont efforcés d'attaquer ce privilège divin qui n'a été accordé qu'à elle seule, et qu'elle n'a jamais cessé de posséder seule aussi depuis dix-huit cents ans. Dès les temps apostoliques l'erreur cherchait à se mêler à la doctrine pure et céleste de l'Evangile, et Saint Paul en avertissant les fidèles des dangers qui les menaçaient, leur signale l'unité des efforts du ministère sacré de l'Eglise, comme le seul moyen de conserver l'unité de la foi. « Dieu, dit-il, a donné à son Eglise quelques-uns pour être apôtres, d'autres pour être prophètes, et d'autres pour être évangélistes, d'autres pour être pasteurs et docteurs, afin qu'ils travaillent à la perfection des saints, qu'ils s'appliquent aux fonctions de leur ministère, et qu'ils édifient le corps de Jésus-Christ, jusqu'à ce que nous parvenions tous à l'unité d'une même Foi et d'une même connaissance du Fils de Dieu... afin que nous ne soyons pas des enfants flottants, et que nous ne nous laissions pas emporter çà  et là  à  tout vent de doctrine, par la malice des hommes, et par leur astuce à nous circonvenir dans l'erreur ». (Ephésiens 4, 11 et ss) Mais comment ce ministère apostolique et pastoral, établi dans l'Eglise de Jésus-Christ pour maintenir l'unité de la Foi, pourrait-il atteindre ce but, s'il ne possédait pas lui-même cette unité, et s'il était permis à chacun de s'ingérer de soi-même, sans mission, dans le gouvernement de l'Eglise ? Quelle garantie resterait-il à l'unité de la foi contre l'erreur, si on pouvait élever autel contre autel, et se séparer des pasteurs, dont le ministère remonte par une succession non interrompue jusqu'aux apôtres ? Saint Paul va jusqu'à mettre les divisions, les schismes, sur le même rang que les œuvres de la chair, qui excluent du royaume des cieux. (Cf. Galates 5, 19 et ss). L'esprit des apôtres est passé à leurs successeurs ; et de tout temps les évêques, les pères et les docteurs ont insisté sur la nécessité absolue d'être soumis aux pasteurs légitimes, excluant du salut éternel ceux qui se séparent de la communion de l'Eglise. L'Eglise catholique et apostolique, fondée par Jésus-Christ, possède donc seule l'unité de doctrine et de ministère ; aussi, est-ce à elle seule que Jésus-Christ a dit : « Voilà que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles ».

 

Élévation sur l'unité de l'Eglise

 

I. Que seraient devenus les hommes, ô divin Maître, si vous les aviez abandonnés à leur faible raison, à leur jugement personnel, au milieu des erreurs sans nombre qui surgissent de toute part ? Vous qui veniez sur la terre pour réparer les suites funestes du péché de notre premier père, ne deviez-vous pas dissiper les ténèbres de l'ignorance, au moins en ce qui regarde notre fin dernière ou notre salut éternel ? Et n'est-ce pas pour cela que vous vous êtes annoncé comme étant la lumière véritable destinée à éclairer tout homme qui vient en ce monde ? C'est ce que vous avez fait, ô mon Sauveur, pendant tout le temps de vos prédications. Mais, pour que la vérité ne fît jamais naufrage, après votre retour dans la gloire de votre Père, vous avez fondé un corps enseignant auquel seul vous avez confié le dépôt de votre doctrine, et vous lui avez accordé le privilège divin de l'infaillibilité, pour qu'il jugeât en dernier ressort du sens véritable de vos oracles. Vous avez établi l'Eglise, et vous l'avez chargée de cette sublime mission. Or, si l'Eglise a été fidèle à ce divin mandat, elle a dû conserver scrupuleusement la doctrine sacrée qu'elle a reçue de votre bouche, et la répandre au loin dans toute sa pureté, et telle que vous la lui avez enseignée. C'est, en effet, ce qu'elle a heureusement accompli ; et c'est pour cela que son enseignement, ayant toujours été le même dans tous les siècles, est marqué au sceau de l'unité. Grâces vous soient rendues, ô mon Dieu, de ce que vous avez daigné donner au monde un sanctuaire où la vérité fut toujours à l'abri de tous les vents de l'erreur, un organe immortel de la science divine du salut, qui, malgré la diversité des langues, et les modifications incessantes qui se succèdent dans le langage d'une même nation, ne permet pas que la saine doctrine subisse aucune altération. Je comprends maintenant pourquoi la sainte Eglise, qui veille avec tant de sollicitude sur la conservation parfaite du précieux dépôt de la foi, a voulu adopter, pour exprimer sa pensée et ses jugements en cette matière délicate, une langue presque immuable parce qu'elle n'est plus d'un usage populaire, et que les règles en sont irrévocablement fixées. Oui, c'est ainsi que le latin est devenu la langue universelle et presque unique de l'Eglise : l'unité de langue devenait encore une garantie nouvelle de l'unité de la doctrine qu'elle devait enseigner.

II. Plus on médite votre sainte parole. Seigneur, et plus notre intelligence s'illumine de vos divines clartés ! Puisque votre parole est immuable, puisque le ciel et la terre passeront, mais qu'elle ne passera pas, elle est donc aujourd'hui ce qu'elle a été dans tous les temps, depuis que vous avez bien voulu l'apporter au monde et la lui faire entendre. Mais, comme c'est cette parole céleste qui a établi l'auguste ministère qu'exerce la sainte Eglise, il s'ensuit nécessairement que ce ministère divin n'a jamais pu être fondé sur d'autres bases que sur celles que vous aviez vous-même posées, ni s'écarter des principes que vous lui aviez donnés ; s'il n'en était ainsi, votre doctrine, qui est parvenue intacte jusqu'à nous, en serait l'éclatante condamnation. Et pourtant, qui est-ce qui nous a conservé cette doctrine sans tache, sans l'ombre d'altération ? Qui est-ce qui nous l'enseigne ? N'est-ce pas le ministère sacré de la sainte Eglise ? Une dans sa doctrine, elle est donc une aussi dans son ministère : quoi de plus rationnel, de plus logique ? Aussi, quelle facilité pour l'enseignement de ce qu'il importe nécessairement à l'homme de connaître pour être sauvé ! De père en fils les mêmes vérités se transmettent aisément aux esprits les moins favorisés de la nature ; le même ministère s'exerce en tout temps, en suivant les mêmes principes et les mêmes usages : comment ses actes ne se graveraient-ils pas dans les intelligences les plus grossières ! Les âmes élevées n'y trouvent pas moins pour cela le plus vaste champ qui fut et qui sera jamais, à leurs profondes et sublimes méditations. Tous les cœurs sont consolés et nourris abondamment dans tous les temps et dans tous les lieux par cet unique aliment des vérités saintes, qui leur est distribué par cet unique ministère qui est comme Dieu, dont il est le digne instrument, toujours ancien et toujours nouveau. C'est la manne du désert toujours tombant des cieux, et qui sous une forme unique satisfaisait tous les goûts et pourvoyait largement à tous les besoins. Hélas ! Ô mon Dieu ! aujourd'hui comme au temps du peuple de Dieu, il y a des hommes sensuels et inconstants qui sous prétexte de progrès, voudraient du nouveau, et qui murmurent contre vous, en se plaignant de la monotonie de la nourriture céleste que vous leur envoyez ; ils voudraient, non plus un aliment surnaturel pour leur âme, ils le trouvent trop léger, mais quelque chose de matériel qui pût satisfaire leurs sens affamés, comme aux siècles du paganisme et de la barbarie : c'est ainsi qu'ils entendent le progrès.

III. L'unité, Seigneur, vient de vous qui êtes essentiellement un, et c'est pour cela que l'on ne peut rien imaginer de plus parfait. Aussi, se trouve-t-elle dans la nature même de l'homme, comme une loi primitive et générale, à laquelle chacun se sent pressé d'obéir, croyant trouver la félicité dans son accomplissement. Si nous nous contemplons nous-mêmes, nous voyons tous nos organes contribuant à un but unique, la conservation de la vie. Nous retrouvons bien dans notre être une double substance, l'une matérielle qui est le corps, l'autre spirituelle qui est l'âme, dont l'union intime est l'un des plus profonds mystères ; mais, toujours en vertu de la loi de l'unité l'une commande à l'autre, et l'âme dirige les efforts de toutes ses facultés et de celles du corps, dont elle est la reine, vers un seul but : le bonheur. C'est encore la puissance reconnue de cette loi qui a porté les hommes à s'associer, soit pour s'entre aider et faciliter leurs moyens d'existence, soit pour accomplir des œuvres qu'ils n'auraient jamais pu exécuter tout seuls. De là cet adage : « L'union (ou l'unité) fait la force ». Pourquoi, dans tous nos gouvernements, la centralisation joue-t-elle un si grand rôle ? Pourquoi les conquêtes, les annexions qui font de plusieurs Etats un seul empire ? Sans doute l'ambition y a sa part, mais la tendance invincible à l'unité y a bien aussi la sienne. Aussi tous les grands génies ont-il rêvé de réunir tous les peuples sous un seul sceptre. Mais, ô mon Dieu, vous ne le permettrez jamais ; il n'appartient qu'à vous d'être le Roi de toutes les nations de la terre et de régner sur tous les cœurs : faut-il donc s'étonner que vous ayez donné à votre Eglise, chargée de vous représenter et d'agir ici-bas en votre nom, l'empire de l'univers entier : « Allez, enseignez toutes les nations » ; et comme cet empire doit durer jusqu'à la consommation des siècles, est-il surprenant que vous ayez armé cette Eglise du pouvoir irrésistible de l'unité ? Pouvoir tout à la fois invincible et plein d'une ineffable douceur, qui fait de tous les fidèles répandus sur la terre une seule et unique famille, un seul et même esprit, un seul et même cœur. Soyez à jamais béni. Seigneur, d'avoir ainsi pourvu votre Eglise de cette unité sainte réunit la charité et la force : une force supérieure lie de tous les hommes et même à celle de l'enfer, qui est par conséquent de nature à mettre la sécurité dans toutes les âmes qui se réfugient dans le sein votre Epouse bien-aimée ; une Charité toute céleste est elle-même le lien indissoluble de l'unité, et répand dans les cœurs de tous vos enfants les effusions délicieuses de votre divin amour.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

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19 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Vingtième jour

L'apostolicité de l'Eglise

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

Nous avons déjà  médité sur les dogmes, les mystères et la morale de la doctrine évangélique. Il importe maintenant de méditer sur l'apostolicité de la doctrine et du ministère de l'Eglise, c'est-à-dire, de bien comprendre comment la doctrine évangélique que les apôtres ont prêchée, est encore et sera toujours transmise dans toute sa pureté par l'Eglise, et comment le ministère qu'exerce aujourd'hui l'Eglise et qu'elle exercera jusqu'à la consommation des siècles, est et sera toujours le même que celui des apôtres.

I. L'Eglise a trois moyens de faire connaître et de répandre la doctrine évangélique qu'elle a reçue des apôtres : les livres saints ou l'Ecriture sainte, la tradition et la prédication :

1° les livres saints qui renferment l'ancien et le nouveau Testament. Les livres de l'ancien Testament ont été conservés jusqu'à nos jours tels que les Juifs les avaient transmis aux apôtres, puisque ceux qui sont entre nos mains sont en tout semblables à ceux que les rabbins eux-mêmes possèdent encore aujourd'hui. Que les livres du nouveau Testament soient essentiellement les mêmes que ceux qui sont sortis de la main des apôtres, c'est sur quoi il est impossible d'élever le moindre doute. Pour s'en convaincre il suffit de se rappeler que les apôtres et les disciples de Jésus-Christ se répandirent dans les diverses régions du monde connu ; que partout il se forma des Eglises chrétiennes gouvernées par les pasteurs qu'ils y établirent; que la doctrine qu'ils avaient prêchée fut consignée par eux dans des écrits, et que ces écrits furent disséminés dans toutes les églises. Ces livres sont dès lors révérés comme divins ; les copies s'en multiplient à l'infini. Les Pères en expliquent le texte sacré de siècle en siècle. Comment serait-il possible que des erreurs essentielles eussent pu se glisser dans des livres aussi répandus, aussi connus, respectés au point de voir les martyrs donner leur vie pour soutenir la divinité de la doctrine qu'ils renferment ? Dans des livres, où se trouvent réunis le dogme et la morale de toute la religion chrétienne, et par conséquent toutes les règles de conduite observées par les chrétiens de tous les temps ? Au reste, l'Eglise chargée du dépôt sacré des livres saints a toujours veillé avec le soin le plus scrupuleux à ce que l'intégrité la plus parfaite y fût conservée, et le saint concile de Trente en est une preuve irréfragable.

2° Les apôtres n'ont pas écrit et n'ont pas eu l'intention d'écrire tout ce que Notre-Seigneur Jésus-Christ a dit, ni tout ce qu'il a fait, ni tout ce que le Saint-Esprit leur a révélé ; saint Jean nous en avertit lui-même lorsqu'il dit, à la fin de son Evangile : « Jésus a fait encore beaucoup d'autres choses : si elles étaient écrites, je crois que le monde entier ne pourrait contenir la quantité de livres qu'il faudrait employer pour les y consigner » (Saint Jean, 21, 25) ; et dans sa seconde épître il s'exprime ainsi : « J'aurais encore plusieurs choses à vous écrire, mais je n'ai pas voulu les confier à l'encre ni au papier ; j'espère que je serai bientôt auprès de vous, et que je vous les dirai de vive voix » (2 Jean, 12.) Cette doctrine révélée que les apôtres ont enseignée de vive voix s'appelle parole de Dieu non écrite ou tradition, c'est-à-dire, doctrine transmise de main en main , et toujours reçue dans l'Eglise. Les successeurs des apôtres, les pères de l'Eglise, nous ont transmis dans leurs écrits cette doctrine, qu'ils avaient apprise d'eux de vive voix. Lorsque leur sentiment est unanime sur un point, on en conclut avec raison qu'ils tiennent cette doctrine des apôtres, qu'elle est également la parole de Dieu, comme ce qui est écrit dans les livres saints. Le saint concile de Trente, représentant l'Eglise universelle, met sur le même rang les saintes Ecritures et les traditions non écrites touchant la foi et les mœurs, comme ayant été reçues par les apôtres de la bouche de Jésus-Christ même, ou annoncées par eux sous l'inspiration directe du Saint-Esprit, et étant parvenues jusqu'à nous par la succession non interrompue de l'enseignement de l'Eglise catholique; puis, il déclare anathème quiconque a la témérité de rejeter ces traditions. (Sess. IV). Les protestants eux-mêmes sont forcés de recourir à l'autorité de la tradition, pour fixer le vrai sens des Ecritures sur les mystères de la Trinité et de l'Incarnation, pour reconnaître l'inspiration des livres saints, le précepte de la sanctification du dimanche, etc. Enfin, les sources de la tradition apostolique sont la croyance ou la pratique générale et constante de l'Eglise catholique ; la liturgie prise dans son acception la plus étendue ; les écrits des pères, des papes, des évêques ; et l'autorité de l'Eglise qui, assistée du Saint-Esprit, discerne infailliblement la vérité de l'erreur.

3° Mais, si la sainte Ecriture et la tradition pouvaient et devaient servir de base à l'enseignement de l'Eglise, elles ne suffisaient pas toutefois à la propagation de la foi catholique; aussi le Sauveur, après avoir prêché Lui-même, a-t-il recommandé à ses apôtres de prêcher à leur tour à toutes les nations, et de leur enseigner ainsi tout ce qu'il leur avait appris. Et comme dans la prédication on ne fait autre chose que développer les vérités renfermées dans l'Ecriture et dans la tradition, il en résulte que, quant au fond et quant à la forme, la prédication de l'Eglise est apostolique. L'enseignement par la prédication est tellement une nécessité pour répandre l'instruction religieuse et pour attirer les âmes à la Foi, que les protestants eux-mêmes, inconséquents avec leur propre principe, que la Bible et rien que la Bible suffit à chaque fidèle, ne laissent pourtant pas de convoquer ceux de leur secte aux discours qu'ils font dans leurs prêches, et de leur imposer l'explication qu'ils donnent de l'Ecriture ; d'après eux pourtant, chacun est suffisamment inspiré par l'esprit de Dieu pour interpréter les livres saints, et être infaillible relativement au sens qu'il lui donne. L'Eglise est donc apostolique dans sa doctrine.

II. L'Eglise est encore apostolique quant au ministère qu'elle exerce : tous les catholiques soutiennent, contre les schismatiques, que la véritable Eglise est celle dont les pasteurs sont les successeurs légitimes des apôtres. L'apostolicité du ministère consiste donc dans la succession non interrompue des évêques sur les sièges fondés par les apôtres ou par leurs successeurs légitimes. On distingue dans le ministère apostolique deux genres de pouvoirs qui émanent des apôtres, et que ceux-ci avaient reçus de Jésus-Christ. L'un est le pouvoir d'ordre, qui est inhérent au caractère épiscopal, et qui s'est perpétué par l'ordination, dont le rit a été déterminé par Notre-Seigneur. Les apôtres ont ordonné les premiers évêques, ceux-ci en ont ordonné d'autres, et ainsi de suite ; de sorte que les évêques de nos jours ont reçu le même caractère, le même pouvoir d'ordre qu'avaient reçus les premiers successeurs des apôtres. Quiconque n'a pas été ordonné, ou ne l'a été que par quelqu'un qui n'était point évêque, ne peut participer au ministère apostolique. Le pouvoir en vertu duquel on peut exercer le pouvoir d'ordre, et prendre part au gouvernement de l'Eglise, est le pouvoir de juridiction ; il naît de l'institution canonique, dont le mode est déterminé par les lois ecclésiastiques émanées des souverains pontifes, ou du moins sanctionnées par eux, en leur qualité de chefs de l'Eglise. Par cette institution, chaque évêque reçoit la juridiction qu'avaient ceux qui les ont précédés, en remontant jusqu'aux apôtres. Les nouveaux évêchés, qui sont érigés par les successeurs des apôtres, sont aussi apostoliques que ceux qu'établissaient les apôtres eux-mêmes, puisqu'ils sont fondés comme les premiers par la puissance apostolique... Le ministère apostolique qui se perpétue par la succession des évêques, comme une propriété spéciale de l'Eglise de Dieu, est une marque qui distingue celle-ci de toutes les sociétés schismatiques. Ce divin ministère a été établi par Jésus-Christ, pour qu'il se perpétuât jusqu'à la consommation des siècles : « Toute puissance, leur dit-il, m'a été donnée dans le ciel et sur la terre... Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie » (Saint Matthieu 28, 19 ; Saint Jean 20, 21). Puis, en conférant à ses apôtres la mission qu'il avait reçue de son Père, il les revêt des pouvoirs nécessaires pour l'accomplir, du pouvoir de prêcher l'Evangile, d'enseigner toutes les nations, d'administrer les sacrements ; et il donne à Pierre, en particulier, le pouvoir de gouverner toute l'Eglise, avec l'autorité de paître les agneaux et les brebis, c'est-à-dire les fidèles et les pasteurs : il confère aussi ces mêmes pouvoirs aux successeurs des apôtres, puisqu'il s'agit d'une mission qui ne doit finir qu'avec le monde, et que, d'ailleurs, il leur promet lui-même son assistance jusqu'à la fin des temps. L'apôtre Saint Paul parle aussi du ministère apostolique comme étant institué de Dieu pour le maintien de la vraie doctrine contre l'erreur, et par conséquent comme d'un ministère qui doit durer autant que l'Eglise. (Ephésiens 4, 11). C'est pourquoi le même apôtre a établi par l'imposition des mains Timothée évêque d'Ephèse, et Tite évêque de Crête, en les chargeant de garder le dépôt de la foi, et de perpétuer leur ministère par l'établissement d'autres pasteurs. (Tite 1, 5). C'est au reste l'enseignement des Pères et de toute la tradition. Il faut toutefois remarquer ici, que, pour que le ministère soit apostolique, il faut non-seulement que le pouvoir d'ordre ait été conféré par des évêques successeurs des apôtres, mais il faut encore que le pouvoir de juridiction ait été donné selon les règles canoniques établies par l'Eglise. De là  cette décision solennelle du saint concile de Trente : « Tous ceux qui osent s'ingérer dans l'exercice du saint ministère, de leur propre autorité, ou qui n'y ont été appelés que par le peuple ou par la puissance séculière et par les magistrats, ne sont pas des ministres de l'Eglise, mais des voleurs et des larrons qui ne sont pas entrés par la porte (Sess. XXIII, c. 4). Anathème à celui qui dira que ceux qui n'ont été légitimement ordonnés ni envoyés par la puissance ecclésiastique et canonique, mais qui viennent d'ailleurs. sont de légitimes ministres de la parole et des sacrements ». ( Sess. XXIII, c. VII.) Ainsi, pour reconnaître si un évêque a le pouvoir apostolique d'exercer son Ministère, il faut examiner si celui dont il a reçu l'ordre et celui qui lui a conféré la juridiction remontent, par une chaîne non interrompue de translation de pouvoirs, jusqu'aux apôtres.

 

Élévation sur l'apostolicité de l'Eglise

 

I. Depuis dix-huit cents ans, ô mon Dieu, vous nous avez conservé dans toute sa pureté la sainte doctrine que vous êtes venu apporter au monde, et que vos apôtres ont prêchée à leur tour à toutes les nations. En vain le père du mensonge s'est-il plu à répandre l'erreur, à soulever les passions, à allumer le feu des persécutions, même dès le berceau de l'Eglise ; en vain au seizième siècle l'une des plus redoutables hérésies a-t-elle bouleversé l'Europe ; en vain la philosophie du dix-huitième siècle a-t-elle employé tour à tour la fourberie, le mensonge, le sarcasme, le ridicule et jusqu'à la force brutale : la vérité est restée intacte au sein de votre Eglise. Les hérésiarques, les philosophes et les tyrans ont passé, mais vos paroles n'ont point passé.Votre Evangile nous est resté tel que nous l'ont transmis vos apôtres et leurs successeurs. La séduction a fait et fait encore, sans doute, d'innombrables victimes dont nous déplorons amèrement la perte ; mais, malgré tous les efforts de l'enfer, votre parole dévie est encore prêchée parmi nous, et chaque jour de nouveaux ouvriers évangéliques surgissent de toutes parts pour aller l'annoncer aux contrées les plus lointaines, et pour la répandre au prix même de leur propre sang. Et si l'Europe, fière du progrès de ses lumières, s'obstine à repousser les rayons divins du Soleil de vérité, afin de se bercer et de s'enivrer dans les délices d'une liberté trompeuse qui est celle du mal, elle finira par retomber dans la barbarie ; tandis que la doctrine apostolique, poursuivant la série de ses victoires dans l'univers entier qui lui a été donné en partage, fera briller son céleste flambeau aux yeux des peuples qui dorment encore à l'ombre de la mort, et leur apportera la vérité et la vie. Elle quittera la terre ingrate qui l'aura dédaignée, mais elle la quittera pour son malheur ; et elle ira féconder de sa bienfaisante chaleur des cœurs plus fidèles et plus dociles. Oh! Seigneur, éloignez de notre patrie ce terrible châtiment, éloignez-le de moi surtout ; et ne souffrez pas que jamais il s'élève dans mon âme une seule pensée réfléchie qui soit en opposition avec ce don précieux de la foi que vous avez daigné m'accorder préférablement à tant d'autres. Si vous trouvez parmi nous si peu de disciples de bonne volonté, ce n'est pas qu'ils puissent, pour la plupart, ignorer de bonne foi la sainteté de votre doctrine ; les livres sacrés sont assez répandus, la tradition est assez connue; votre divine parole retentit assez, à temps et à contre-temps, selon l'expression de l'apôtre, pour qu'il soit facile aux intelligences même les moins élevées et les moins cultivées d'être parfaitement instruites de tout ce qui est nécessaire au salut. Ce ne sont ni les mystères , ni la sublimité de votre enseignement qui effrayent et éloignent les esprits. Il faut le dire à notre honte, ô mon Dieu, c'est l'austérité de votre loi, ce sont les sacrifices qu'elle impose, c'est le détachement des richesses, la chasteté et la mortification, l'humilité qu'elle commande : voilà  ce qui lui suscite tant d'adversaires et d'ennemis, voilà  le secret des schismes, des hérésies, et de toute l'impiété moderne ! Eh bien ! Seigneur, voilà  aussi ce qui affermit ma foi ; car les hommes n'auraient jamais imaginé une doctrine qui est la mort de leurs passions, et si essentiellement opposée à la corruption humaine ; et pour qu'elle ait pu, malgré cela, faire sans cesse de si nombreux prosélytes dans toutes les classes de la société, pendant dix-huit cents ans, il faut convenir que Jésus-Christ seul a pu en être l'auteur, et que par conséquent elle est apostolique.

II. Mais, ô divin Maître, si nous admettons que la doctrine de votre Eglise remonte aux temps apostoliques, et par là même jusqu'à vous, ne faudrait-il pas convenir aussi que ceux qui en ont reçu le dépôt, et qui s'efforcent de la faire connaître et de la répandre dans le monde entier, remplissent un ministère aussi ancien et aussi divin que cette doctrine elle-même ? Quelle paix pour la conscience, quelle consolation pour le cœur d'un chrétien qui peut se dire : les prêtres qui m'instruisent ont été envoyés par mon évêque ; mon évêque a reçu la consécration par des évêques en communion avec la sainte Eglise, et par conséquent successeurs des apôtres ; il a reçu sa mission ou sa juridiction du Souverain Pontife successeur de Pierre ; il est dépositaire de la doctrine apostolique, puisque c'est celle qu'il me fait enseigner : donc le ministère qu'il exerce pour me conduire au salut est le même que celui des apôtres, c'est-à-dire apostolique et par conséquent divin ! Que les hommes fiers de leurs ancêtres établissent des arbres généalogiques pour remonter à grand peine jusqu'au douzième siècle au plus ; qu'ils y retrouvent avec bonheur et orgueil quelque fier-à-bras qui se soit illustré et dont ils réclament à grands cris l'illustre parenté ; pour moi, chrétien avant tout, je puis lire sans tant de peine la longue liste des souverains Pontifes qui ont depuis dix-huit siècles occupé, sans interruption morale, la Chaire de saint Pierre, et remonter ainsi jusqu'au jour où Jésus-Christ dit à celui qu'il établissait le chef de son Eglise : « Paissez mes agneaux, paissez mes brebis... Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, tout ce que vous délierez sera délié... » et jusqu'au jour aussi où le Sauveur dit également à ses apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, et apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé... » Et je suis fier à mon tour, à bien plus juste titre, d'avoir pour pasteur un véritable descendant des apôtres, qui m'enseigne les mêmes vérités que les apôtres enseignaient, et qui exerce vis-à-vis de moi le même ministère que celui que Jésus-Christ avait confié aux douze premiers évêques qu'il avait choisis lui-même et qu'il avait consacrés de ses propres mains. Que je plains, ô mon Dieu, les schismatiques, les hérétiques et tous ceux qui vivent loin de la vérité à l'ombre de l'erreur ! Ne pourrions-nous pas leur dire : Montrez-nous votre origine, vous qui voulez avoir chez vous la sainte Eglise? Vous pourrez nous citer Jansénius, Calvin, Luther, Pholius, mais vous serez forcés de vous arrêter là  où l'homme a séparé la branche du tronc sacré de l'Eglise ; et c'est cet homme qui vous a donné son nom ! Vous n'êtes donc pas chrétiens, puisque vous ne remontez pas jusqu'aux apôtres, et par conséquent jusqu'au Christ, dont nous tenons cette glorieuse qualification. N'êtes-vous pas comme des fils sans père, comme des disciples sans maître ; ou plutôt celui que vous regardez comme votre père et votre maître, n'est-il pas comme un successeur sans prédécesseur, comme un pasteur sans mission ? D'où vient sa doctrine, et qui lui a donné le droit de vous arracher aux entrailles du Père céleste, qui est dans les cieux, pour faire de vous ses propres enfants ? Pauvres frères égarés ! Combien nous vous plaignons ! Non, nous n'avons jamais éprouvé pour vous ni mépris, ni indignation, ni ressentiment ; mais nous vous portons, avec la Sainte Eglise, une compassion pleine de charité, et notre vœu le plus ardent c'est que Dieu ouvre enfin vos yeux à la vérité. Pour nous. Seigneur, nous ne saurions assez bénir votre miséricordieuse providence qui nous a fait naître au sein de cette Eglise apostolique, qui, par son auguste ministère, nous a reçus dès notre naissance au nombre de ses enfants, et nous a nourris du lait de son antique et divine doctrine.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

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