Prière pour les morts de la rue
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Prière pour les morts de la rue
Un homme qui jadis a été enfant,
un homme qui a gambadé batifolé,
qui a goûté à la beauté rajeunissante du printemps,
à la chaleur de l’été,
à la blancheur silencieuse de la neige en hiver,
à l’explosion des couleurs de l’automne…
Un homme qui a senti son corps grandir, se fortifier, se muscler,
qui a éprouvé son embrasement, qui a pu peser de son poids…
Un homme qui a travaillé, rencontré, aimé,
qui s’est uni à une autre, qui a même eu des enfants …
Et puis un jour, tout a dévissé,
l’épreuve a été trop lourde, il n’a plus pu faire face,
une fissure intime s’est développée,
il a quitté ou il a été quitté par son existence,
tout s’est effrité, plus rien ne tient...
Et il s’est retrouvé dans un nouvel univers,
jeté dans un monde inconnu,
celui du froid, celui de la nuit,
celui où l’on perd tout.
Restent l’alcool, la violence,
une vie sans logis, sans papier, sans rien,
une vie où l’horizon c’est la paire d’heures qui vient…
Une vie qui s’est éteinte en fin de nuit,
au plus profond du froid,
lorsque ceux qui ont un logis
commencent tout juste à sortir de chez eux…
Et il a été retrouvé là, dur, anonyme, absent, muet,
il a été enterré, il n’est plus…
Et pourtant il est enfant de Dieu…
Et il y a tant de gens qui errent ainsi en nos villes,
nos villes où nous allons d’un pas pressé vers nos activités, nos petits soucis…
Ô Seigneur prend pitié d’eux, prends pitié de nous,
la fraternité s’épuise dans la grande ville
où nous savons que nous pouvons tomber, dévisser…
et où nous sommes tous craintifs, anxieux…
Seigneur, rend nous frères les uns des autres…
(Jean-Luc Fabre, compagnon jésuite)