Le
Mois de l'Enfant Jésus

Dix-huitième
jour
L'Enfant
Jésus fuit en Egypte
« Après
que les Mages furent partis, l'ange du Seigneur apparut à Joseph
pendant son sommeil et lui dit: « Levez-vous, prenez l'Enfant
et sa mère, fuyez en Egypte, et demeurez-y jusqu'à ce que je vous
dise d'en partir, car Hérode cherchera l'Enfant pour le faire
mourir ». (Matthieu 2) Commencez par adorer l'Enfant Jésus qui
à peine né est déjà en butte à la persécution, réduit à fuir
dans une terre étrangère. Peu de mystères vous offriront un
ensemble aussi frappant d'instructions, de consolations et de
prodiges de charité, d'humilité, d'obéissance, d'abandon à la
Providence. Si vous avez été ou si vous êtes obligé de fuir votre
pays, votre famille, le monde, pour obéir à la voix de Dieu, pour
mettre votre salut en assurance, pour échapper aux dangers qui
menacent votre innocence, votre foi, votre vie ; si enfin vous êtes
condamné à voir s'éloigner de vous un enfant, un ami, un père ou
une mère, oh! que la fuite de l'Enfant Jésus vous offrira de
touchantes leçons, de puissants motifs de vous résigner, de vous
calmer, d'adorer la conduite de Dieu sur vous et d'y soumettre
respectueusement et affectueusement voire cœur! Et quand même votre
situation serait étrangère à toutes ces épreuves, souvenez-vous
que vous êtes fugitif du ciel, et que c'est pour réparer, par une
fuite innocente et méritoire, votre fuite criminelle, que
Jésus-Christ se fait aujourd'hui fugitif avec vous, pour vous sauver
et vous ramener à son Père. Entre tant d'enseignements vraiment
divins recueillez aujourd'hui ceux que vous donnent 1° l'humiliation
de la fuite de Jésus; 2° la précipitation de la fuite de Jésus;
3° le dénuement de la fuite de Jésus.
L'humiliation
de la fuite de Jésus
N'y
avait-il donc pas d'autre moyen de le sauver que la fuite? Qui le
peut dire sans impiété ? Mais Dieu ne veut pas tout faire par
miracle, et il est de sa Providence de suivre souvent le cours
ordinaire qui est de lui, comme les voies extraordinaires. Le Fils de
Dieu est venu en infirmité, dit l'Apôtre. Pour se conformer à cet
état il s'assujettit volontairement aux rencontres communes de la
vie humaine, et par la même dispensation qui a fait que durant le
temps de son ministère il s'est retiré, il s'est caché pour
prévenir les secrètes embûches de ses ennemis, il a été aussi
obligé de chercher un asile dan» l'Égypte. Mais que cette
disposition de la Sagesse éternelle est prodigieuse! Il faut donc
que dans toutes les circonstances de sa vie incarnée le Dieu fait
homme épuise la coupe des humiliations. Le Tout-Puissant réduit à
fuir, et à fuir devant sa créature pour se soustraire à sa fureur,
pour sauver sa vie, lui qui est l'auteur de la vie, qui la donne et
la conserve à tout ce qui respire, pour se sauver de l'injuste haine
d'un homme, lui qui est le Sauveur de tous les hommes. O divin
banni! miséricordieux exilé, ayez pitié de moi. C'est pour toi en
effet, ô mon âme! C'est pour t'instruire, te consoler et te diriger
dans ton exil qu'il fuit du milieu de son peuple. Tu oublies que la
terre est un lien d'exil, et tu t'y plais, tu t'y attaches. Transfuge
du ciel, tu ne pourrais jamais y retourner, ni même en retrouver le
chemin, si Jésus ne se fut associé à ta fuite! O mon Sauveur, vous
fuyez le monde, et je le cherche; vous me cherchez par un excès de
miséricorde, et je vous fuis par un excès d'ingratitude. Vous ne
craignez pas de ravaler votre grandeur par une fuite honteuse, parce
qu'elle doit contribuer à mon salut; et moi je crains la confusion
lorsqu'il s'agit de votre service. Une raillerie, un regard, un
sourire suffisent pour ébranler ma fidélité. Malheureux que je
suis, j'ai mieux aimé vous fuir avec le monde que de fuir le monde
avec vous! Il faut changer et de sentiment et de conduite, ô mon
âme! il faut prendre une forte résolution de chercher Jésus-Christ
en toutes choses, et de fuir le monde avec lui. Fuis-le quand il te
flatte, quand il te tente, quand il te persécute. Garde-toi de
suivre ses lois, ses exemples, ses maximes; ils sont contraires à
l'Évangile. Combats, veille et prie, quand tu ne peux éviter
l'occasion ou le danger, et Jésus te donnera d'en triompher; mais si
tu t'y exposes volontairement, tu seras vaincue. Il n'y a de salut
que dans la fuite.
La
précipitation de la fuite de Jésus
Est-il
donc nécessaire de fuir en toute hâte, au milieu des ténèbres de
la nuit; sans prendre le temps de pourvoir aux plus indispensables
nécessités? Le Tout-Puissant, qui a enlacé l'ennemi cruel de son
divin Fils dans les filets de son astucieuse politique, ne peut-il le
rendre encore le jouet de ses propres précautions? Oui sans doute;
mais comment alors s'accompliraient les prophéties? Comment sa vie
nous donnerait-elle ces sublimes leçons que nous ne pouvions
recevoir que de lui? C'est de lui que nous devions apprendre à obéir
sans murmure, sans raisonnements, sans délai; et la précipitation
de sa fuite devait nous présenter le modèle le plus accompli de
cette prompte obéissance. Chacune des paroles de l'Ange est
destinée, ce semble, à nous en faire sentir les difficultés et à
en relever le mérite: c'est au milieu de la nuit qu'il s'adresse au
chef de la Sainte Famille, parce qu'il faut en tout temps se tenir
prêt; dans la paix de son sommeil, parce que le cœur fidèle doit
toujours veiller: Levez-vous sur-le-champ, sans délibérer, la grâce
ne connaît ni les délais ni les lenteurs. Prenez l'Enfant et sa
Mère, chargez-vous de ce fardeau si léger, veillez sur ce précieux
dépôt commis à votre garde: on ne possède pas Jésus-Christ sans
qu'il en coûte, il faut prendre part à ses croix, le conserver dans
son cœur à travers tous les dangers. Fuyez en Égypte; ne demandez
pas pourquoi en ce pays infidèle. Ce que je fais maintenant vous ne
le comprenez pas; mais vous le comprendrez dans la suite. Ne
commences-tu pas à le comprendre, ô mon âme! le dessein
miséricordieux du Père, dans l'ordre rigoureux qu'il donne à
Joseph? Ne vois-tu pas qu'il veut faire éclater la profonde
soumission de cet homme juste et de sa céleste épouse, qui, sans
écouter ni les craintes, ni la délicatesse, ni la défiance, n'ont
qu'une même pensée et un même sentiment, la volonté, le besoin,
le bonheur d'obéir? Ne lis-tu pas dans le cœur de l'Enfant-Dieu,
qui leur communique ces dispositions saintes, ces paroles sublimes
qu'il devait faire entendre un jour: Ma nourriture est de faire la
volonté de celui qui m'a envoyé. Mais que te sert-il de le
comprendre, si tu contredis par tes révoltes secrètes ou par la
lenteur et l'imperfection de ton obéissance les enseignements et la
conduite du Sauveur? Lève-toi donc enfin, ô mon âme! renonce au
repos, à la mollesse, à l'amour de tes aises, ne te laisse plus
assoupir par les sens, subjuguer par les désirs de la chair;
attache-toi enfin à Jésus et à Marie. Sauve-toi, fuis avec eux
aujourd'hui, à l'heure même; demain peut-être il ne sera plus
temps; renonce à celte société, à ces amusements, à cette
secrète affection, à cet attachement qui n'est connu que de Dieu et
de toi. Le temps presse, l'heure est venue de nous réveiller de
notre assoupissement.
Le
dénuement de la fuite de Jésus
N'est-il
donc pas question d'un long voyage? L'Ange n'a-t-il pas annoncé un
séjour en Egypte dont il n'a point assigné le terme? La prudence ne
demande-t-elle pas que Joseph cherche à se pourvoir de quelques
ressources qui puissent, sinon suffire, du moins aider aux premiers
besoins? O prudence! ô prévision! ô précautions toujours si
fautives, vous révélez notre défiance de la Providence et notre
attachement aux biens sensibles, beaucoup plus qu'une véritable
sagesse! Vous ne pouviez occuper un seul moment la Sainte Famille;
vous n'étiez pas capable d'arrêter un instant la promptitude de son
obéissance. Elle part à l'heure même où la volonté de Dieu lui
est manifestée; elle quitte le pays de ses pères pour aller dans
une terre étrangère et idolâtre, pendant la nuit; mais Marie et
Joseph ne portent-ils pas tour à tour entre leurs bras la vraie
lumière? Ils sont sans escorte; mais n'ont-ils pas les anges pour
défenseurs, puisqu'ils ont avec eux le Roi des anges? Ils sont
dépourvus de tout ce qui est nécessaire pour un grand voyage; mais
n'ont-ils pas en Jésus la source de tous les trésors? Songent-ils
même à s'inquiéter des provisions qui leur manquent quand ils
possèdent celui qui donne la nourriture aux petits oiseaux, celui
qui est le pain vivant descendu du ciel, la source d'eau qui jaillit
jusqu'à la vie éternelle. Voilà les vues de foi qui dirigent la
Sainte Famille. Ne doivent-elles donc pas te diriger aussi, ô mon
âme! La Providence n'a-t-elle pas pourvu à la vie et à la
conservation de tous les hommes? N'a-t-elle pas dans tous les temps
fait éclater sa miséricorde sur ceux qui se confiaient en elle? À
quoi aboutissent les défiances, les précautions, les inquiétudes
de la plupart des chrétiens eux-mêmes? A les rendre aussi
malheureux que coupables. Avec toutes leurs combinaisons peuvent-ils
changer la couleur d'un seul des cheveux de leur tête? Pourquoi,
dans les épreuves et les moments pénibles de cette triste vie,
prendre l'alarme? pourquoi m'inquiéter, puisque Dieu et ses anges
veillent à ma garde? C'est au milieu de la nuit que Joseph reçoit
l'avertissement céleste; n'est-ce pas nous rappeler que Dieu veille
sur nous en tout temps, et que celui qu'il garde doit dormir en
assurance? O la bonne parole que celle qu'il entend! Prenez l'Enfant
et sa Mère. Qui a Jésus et Marie peut-il manquer de quelque chose?
O mon Sauveur! que puis-je désirer après vous, et qu'est-ce qui
peut me suffire sans vous? Si je puis obtenir votre grâce et votre
amour, je suis riche, je n'ai plus rien à souhaiter.
Vertu
à obtenir: La fuite du monde.
Résolutions
et aspirations
Adorez
souvent, pendant la journée, l'Enfant Jésus fuyant pendant la nuit,
se réduisant à cette humiliation pour expier votre fuite criminelle
de la maison paternelle. Voyez quels moyens vous avez à prendre pour
fuir les occasions du péché, ce qui vous porte an relâchement, à
la tiédeur, au dégoût des pratiques de la piété. Dites avec
David: Qui me donnera des ailes comme à la colombe? et je
m'envolerai, et je me reposerai. Faites si vous le pouvez une
retraite de quelques jours; si vous ne le pouvez pas, vivez pendant
quelques jours plus recueilli, plus vigilant sur votre cœur.
Promettez à Dieu de ne plus résister à sa grâce; levez-vous,
commencez à marcher avec Jésus et Marie. Dans la souffrance, dans
les privations, abandonnez-vous à la Providence, confiez-vous en son
secours; et quoi qu'il vous arrive, cherchez premièrement le royaume
de Dieu et sa justice, assuré que le reste vous sera donné comme
par surcroît.
Prière
Dieu
tout-puissant et faible tout ensemble pour mon amour, Enfant
redoutable et humilié, qui faites trembler les plus grands rois de
la terre sans sortir de votre crèche, j'admire votre grandeur
infinie, et à travers votre faiblesse et votre enfance je révère
votre force invincible, et j'adore votre souveraine majesté. Vous
fuyez un prince cruel qui veut vous donner la mort, quoique vous
soyez venu pour lui donner la vie; hélas! combien de fois ne vous
ai-je pas contraint de vous éloigner de moi ! Je vous ai exilé, je
vous ai chassé honteusement de mon cœur pour mettre la créature à
votre place. Voilà, ô divin Enfant! les outrages cruels que je vous
ai faits, voilà les humiliations que je vous ai causées par mes
désordres, et que j'ai ajoutées à celles que vous avez endurées
pour mon amour. Je veux désormais les haïr, les pleurer et les
réparer, en vous obéissant, en vous aimant, en vous adorant, et en
souffrant pour mes péchés, pour votre gloire et pour votre amour
tous les mépris, toutes les humiliations, toutes les peines qu'il
vous plaira de m'envoyer dans cette vie passagère pour m'assurer la
vie éternelle. Ainsi soit-il.

Pour
recevoir chaque jour la Méditation
du Mois de l'Enfant Jésus,
recevoir
régulièrement des prières dans votre boite e-mail,
et pour être tenus au courant des mises du blog, abonnez-vous
à la Newsletter d'Images Saintes