Canalblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Images Saintes
Publicité
Archives
Newsletter
Derniers commentaires
Images Saintes
  • La beauté élève l'âme... Par ces images volontairement sélectionnées, ainsi que par la récitation de ces prières, puissiez-vous avoir le désir de parvenir à Jésus et à la sainteté, but ultime de toute vie...
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
prieres
15 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

001_001

Seizième jour

La contrition et la satisfaction

 

Bernadette but et Se lava : ce que nous faisons pour la Contrition. La contrition est le broiement de l'âme sous les coups de la douleur et des regrets d'avoir offensé Dieu si bon en sa nature, si aimable en ses perfections, si magnifique en ses bienfaits, si redoutable en ses justices, si digne, à  tous égards, d'être servi, aimé. Or l'âme, ainsi broyée par la douleur et le regret, épand, tel le fruit de la vigne sous le pressoir, un vin exquis appelé par le Psalmiste « vin de componction ». Ce que voyant. Dieu agrée son repentir, commande au prêtre de lever la main pour absoudre la pécheresse, et l'âme contrite boit le pardon avec l'absolution, et, ô merveilleuse instantanéité de l'effet sacramentel ! Elle est aussitôt lavée, purifiée : « Allez boire et vous laver à la fontaine ». Et elle y alla, elle but et se lava. La fontaine du sacrement guérit les âmes ; celle de Massabielle dont les premiers filets coulèrent sous le doigt tremblant de Bernadette ne guérit que les corps.

Bernadette mangea de l'herbe : ce que nous faisons par la Satisfaction. On s'est examiné, on s'est confessé, on s'est repenti, on a été absous, on satisfait : soit que, nos dispositions n'ayant pas été de tout point parfaites, la peine temporelle, due à nos péchés remis, demeure comme un reliquat de justice à solder ; soit que, épris d'un amour de générosité pour Dieu envers nous si indulgent, ou enflammés de haine pour le péché, cause de nos désastres, nous nous décidions à mener désormais une vie pénitente pour réparer encore davantage le passé, mieux sanctifier le présent et assurer l'avenir.

Or, cette satisfaction s'accomplit par la pénitence sacramentelle qui fait partie intégrante du sacrement reçu, et à laquelle nous devons apporter, par conséquent, toute notre ferveur avec tout notre empressement. Elle se complète, par d'autres prières, des mortifications intérieures, des abstinences, des jeûnes et des aumônes. Herbe amère que, malgré les répugnances de la nature sensuelle, il nous faut manger, si nous voulons diminuer notre purgatoire, après la mort, et prévenir, de notre vivant, les aggravantes rechutes. En ces amertumes gît principalement ce que j'appellerai l'hygiène de la sainteté... De nos jours, on refuse d'être le végétarien intelligent de la vertu, on trouve préférable de s'animaliser physiquement, intellectuellement, moralement. Et la satisfaction, complément nécessaire de la Pénitence en sa trilogie essentielle, est en train de devenir un vieux mot frappé de désuétude en attendant d'être rayé du dictionnaire, comme de l'usage des modernes chrétiens. Erreur ! Erreur ! Dût le vieux mot disparaître, Vidée qui en est l'âme demeurera, et, plus forte que le fait accompli qui aura essayé de la détruire, elle exercera de terribles représailles contre les grands enfants qui l'auront insultée : les folies passent, les idées saines restent...

Revenons à Bernadette. Tous les spectateurs suivaient les phases de cette scène étrange avec un sentiment pénible et une espèce de stupeur. Quand l'enfant se releva pour retourner à sa place, elle avait encore le visage barbouillé d'eau boueuse. A cette vue un cri de déception et de pitié sortit de toutes les bouches : « Bernadette n'est plus ! La pauvre enfant devient folle ». Bernadette revint à sa place sans paraître s'émouvoir, ni même se rendre compte de l'exclamation qui retentissait à ses oreilles. Après qu'on lui eut essuyé la figure, plus heureuse que jamais, le sourire des anges sur les lèvres, elle se remit à contempler la céleste vision. L'heure de l'admiration était passée ; le prestige était évanoui et l'on ne regardait plus la pauvre petite voyante que pour s'attendrir et la plaindre. Les augures de la libre pensée à Lourdes avaient déjà prophétisé que la démence serait le terme de l'état de la jeune visionnaire. On crut le moment venu où la prophétie allait s'accomplir. Pendant que la foule se détachait de la Grotte, Bernadette continua, tranquille et recueillie, à se délecter dans les douceurs de la prière, sous le regard de Celle qu'elle aimait. Enfin, vers sept heures, heure à laquelle la vision disparaissait, elle fit son magnifique signe de croix et reprit le chemin de la ville. La plupart des assistants, ce jour-là, se retirèrent de Massabielle les yeux baissés et le cœur rempli d'une poignante tristesse.

Voilà  le monde ! Il éclate en transports d'admiration devant tout ce qui brille, quelque artificielles et trompeuses que puissent être les lueurs. Mais il hausse les épaules, sourit de pitié, s'ombrage de mépris, se plisse de colère, crie à la démence, sitôt qu'il assiste aux prétendus abaissements de la nature, aux détériorations apparentes du sacrifice. Pour lui, on est sage, grand, et même propre, lorsqu'on est barbouillé, couvert de boue par le vice, pourvu que le vice ait encore un vernis d'élégance. Mais on n'y est plus, on est fou, quand on se défigure, si peu soit-il, extérieurement, pour se transfigurer intérieurement : « Bernadette n'y est plus ! La pauvre enfant devient folle ! »

Et cette mentalité toute mondaine pénètre, au point de l'impressionner et de la modifier, dans la mentalité de certains milieux chrétiens. C'est incroyable, comme les singularités de la sainteté sont vite assimilées à des excentricités pathologiques, ou, du moins, à des déchéances sociales ! Les vrais pénitents n'ont cure de ces suffrages du monde dont la langue est aussi épaisse sous l'action des fièvres que sa main est grossière sous la poussée des convoitises, et, le cas échéant, ils ont des réponses spirituelles pour réduire au silence ceux-mêmes qui, par diplomatie professionnelle, feignent de les critiquer.

Telle Bernadette, le jour où les membres de la commission nommée par l'évêque se transportèrent à la Grotte pour instrumenter. Le président lui ayant dit : « Vous venez de nous raconter qu'au moment de la découverte de la source vous aviez mangé un brin d'herbe. Pourquoi ? » « Je ne sais, répondit-elle, la Dame m'y a poussé et me l'a fait comprendre ». « Mais, mon enfant, il n'y a que les animaux qui mangent de l'herbe crue ! » « Oh ! Pour cela, monsieur l'abbé, vous vous trompez : nous mangeons bien, nous, des salades crues. Il est vrai, continua-t-elle en souriant, que nous y ajoutons un peu d'huile et de vinaigre ».

 

Examen

 

Nous excitons-nous, et comment, à la contrition de nos péchés ?... Les Saints s'y excitaient en faisant mentalement quatre stations très fortifiantes au point de vue de l'idée et du sentiment : une au cimetière... une autre en enfer... la troisième au Ciel... la quatrième au Calvaire.... Les Morts, les Damnés, les Elus, le divin Crucifié les éclairaient sur le péché et la haine que nous lui devons vouer.... Nous pourrions faire aussi une station au Purgatoire, au pied de l'Autel eucharistique, devant une image de Notre Dame des sept douleurs... Quelles stations faisons-nous ? Peut-être seulement celle qui nous oblige à attendre, impatiemment et plus ou moins longtemps, notre tour au confessionnal.... Et cependant telle est l'importance de la Contrition que, sans elle, la Confession même entière est nulle.... Que de confessions nulles, par défaut de contrition, nous avons peut-être faites en notre Vie !... Cela ne nous expliquerait-il pas leur peu de fruit ?... Songeons à la nullité hypothétique de ces confessions, traitons désormais plus sérieusement les choses les plus sérieuses... et prenons l'habitude d'englober, dans la teneur de nos aveux et dans notre acte de contrition, les fautes graves de notre vie passée dont nous nous sommes repentis.... Aimons aussi à répéter, à part nous et avec attention, la formule de l'acte de contrition avec laquelle il importe tant de ne se point familiariser.... « Bernadette but et se lava... ».

Quand et comment faisons-nous la pénitence que nous impose le confesseur ?... La faisons-nous ?... Sans elle le sacrement n'est pas complet.... Plus sévères que le confesseur, nous infligeons-nous à nous-mêmes des pénitences plus onéreuses ?... La mortification entre-t-elle, comme un peint capital et pratiquement observé, dans notre régime de vie, dans la réglementation de nos journées.... Un jour sans pénitence risque fort d'être un jour sans vertu.... Nous portons la croix d'or ou d'argent autour de notre cou... Aimons-nous surtout à nous étendre sur la croix de bois, à en sentir les cordes, les clous, les captivités, les humiliations, les tourments ?... C'est la croix de bois qui a sauvé le monde.... Bernadette mangea l'herbe et fit litière des sarcasmes et du revirement de l'opinion... Gardons-nous l'abstinence des vendredis, des jeûnes, des Quatre-Temps et du Carême ?... On invoque parfois une mauvaise santé, voire l'anémie, pour ne point faire maigre ni jeûner.... Et il arrive que des personnes soi-disant maladives, anémiques, ont, heureusement pour les médecins qui auraient trop d'ouvrage, et pour la société qui ne compterait bientôt plus que des générations rachitiques, assez de forces pour aller en soirée et danser, de temps en temps, jusqu'à quatre heures du matin...

 

Prière

 

O Notre Dame, le péché est le seul mal qui soit au monde et dont nous devions prévenir l'invasion.... Sans lui les berceaux n'auraient jamais été avoisinés par les tombes : par privilège, nous aurions été immortels.... Sans lui l'enfer n'aurait jamais ouvert ses portes, le Ciel n'aurait jamais fermé les siennes, et Jésus, le Dieu fait homme, n'aurait jamais souffert. Vous, non plus, vous n'auriez point connu le dénuement de la Crèche, les douleurs du Calvaire... Hélas ! Ce péché, mal de Dieu, mal de l'homme, a pour notre nature déchue tant d'attirances que nous le commettons. Obtenez-nous de ne le plus commettre. Dessillez nos yeux, broyez nos âmes, fortifiez nos volontés, et que, contrits et humiliés, nous vivions en pénitents pour mourir en prédestinés !...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

173_001

Pour recevoir les méditations du Mois de Marie, chaque jour, dans votre boite mail, abonnez-vous à la newsletter d'Images Saintes

Publicité
14 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

809_001

Quinzième jour

La Confession ou La Fontaine

 

Jusqu'ici, la Dame avait montré à Bernadette seulement sa beauté et sa bonté comme Visiteuse, sa sainteté comme Orante, son habileté comme Educatrice. Le matin du jeudi 25 février, pendant la Neuvième Apparition, Elle manifesta à tous sa puissance comme Thaumaturge. Relatons les faits :

Après quelques minutes de méditation, Bernadette se leva pour s'avancer vers la Grotte. Elle écarta en passant les branches de l'églantier et alla baiser la terre sous la roche, au delà  du buisson. Bile redescendit ensuite la pente, et, s'étant recueillie, elle retomba dans l'extase. Au bout de deux ou trois dizaines de chapelet, la voyante se leva de nouveau, se montra embarrassée ; tout hésitante, elle se tourna vers le Gave et fit deux ou trois pas en avant. Tout à coup, elle s'arrêta brusquement, regarda en arrière, comme quelqu'un qui s'entend appeler et écouta des paroles qui semblaient lui venir du côté du rocher. Elle fit un signe affirmatif, se remit en marche, non plus vers le Gave, mais vers la Grotte, à l'angle gauche des excavations. Aux trois quarts de la montée, elle fit halte et promena autour d'elle un regard troublé. Elle leva la tête comme pour interroger la Dame, puis, résolument, elle se courba et se mit à gratter la terre. La petite cavité qu'elle venait défaire se remplit d'eau ; après avoir attendu un moment, elle but et s'y lava la figure ; elle prit aussi un brin d'herbe qui poussait sur le sol et le porta à sa bouche...

Les quelques personnes qui, après l'extase, se trouvèrent à côté de Bernadette, l'amenèrent à s'expliquer sur la scène insolite qui venait de se produire à Massabielle. S'adressant à la jeune fille, elles lui dirent : « Mais, Bernadette, tu t'es montrée ce matin bien distraite à la Grotte. Pourquoi ces allées et venues ? Pourquoi gratter la terre ? Pourquoi boire de l'eau qui devait te répugner ? » « Voici, répondit l'enfant d'une manière toute simple et toute naturelle, pendant que j'étais en prières, la Dame m'a dit d'une voix amicale, mais en même temps sérieuse : « Allez boire et vous laver à la fontaine ». Comme je ne savais pas où était cette fontaine et que je croyais que cela n'y faisait rien, je me suis dirigée vers le Gave. La Dame m'a rappelée et m'a fait signe du doigt de me rendre sous la Grotte à gauche, j'ai obéi, mais je ne voyais pas d'eau. Ne sachant où en prendre, j'ai gratté la terre et il en est arrivé. Je l'ai laissée s'éclaircir un peu, puis j'ai bu et je me suis lavée ».

« Tu as aussi mangé de l'herbe, pourquoi cela ? » « Je ne sais, la Dame me l'a fait comprendre ». La Vierge, ayant préalablement demandé à Bernadette de prêcher la Pénitence, devait lui en indiquer le moyen pratique entre tous : se laver, laver son âme à la mystique fontaine du Sacrement de Pénitence. Or, toute l'économie de ce sacrement, pour ce qui nous concerne, se trouve en ce qu'a fait l'apôtre de la Grotte corroborant, par l'exemple, sa précédente prédication. Elle gratta la terre après s'être déplacée : ce que nous faisons par la Confession.

Pour se confesser, il faut se déplacer : on quitte ses idées, ses occupations, ses relations habituelles, et on vient à l'église, dans la direction des confessionnaux. Instinctivement, telle Bernadette allant, ignorante, vers le Gave, nous voudrions aller du côté opposé. Croyant que cela n'y fait rien, nous irions trouver les mondains tumultueux, emportés comme certaines eaux de rivière ; nous irions vers quelque cœur compatissant, ami ; ou même, à l'instar de nos frères égarés les Protestants, nous nous adresserions directement à Dieu. Mais cela y fait quelque chose, cela y fait tout : Dieu n'a établi, pour la purification des âmes, qu'une fontaine : celle du sacrement de pénitence, et il n'y a que le prêtre, son fondé de pouvoir, qui en puisse faire jaillir les flots. C'est donc à l'église, chez le prêtre, et non ailleurs, pas même à Dieu, eût-on la prétention de se passer d'intermédiaire sacerdotal, que tous doivent aller boire et se laver. « Allez boire et vous laver à la fontaine ».

Là, en présence du prêtre, on gratte son âme.Gratter la terre paraît, de prime abord, un geste d'une banalité humiliante ; l'emploi même de ce verbe, qui est pourtant le mot propre, chatouille peu agréablement les oreilles des dilettantes du langage. Et cependant, c'est en grattant la terre, au moment du labour, que le soc des charrues prépare les semailles, espoir des moissons. Gratter la terre, c'est donc le geste initial du paysan, premier bienfaiteur de tout pays ! Et cependant encore, c'est en grattant la terre que le fossoyeur permet aux corps humains de descendre dans les fosses pour y attendre, sous la garde de la croix, la résurrection des chairs flétries et des os desséchés. Gratter la terre c'est donc aussi le geste initial de la Mort ! Double geste sacré !...

Or, gratter la terre, c'est découvrir ce qui était caché. Cette découverte en l'âme se fait par l'examen de conscience. Absorbés par le dehors, nous ne connaissons presque pas en nous le dedans. Vienne la confession : on pénètre dans les plis et replis de sa conscience, on recherche les faits, on en étudie les causes : on découvre par cette inquisition intérieure ce qui échappait au contrôle extérieur des yeux : on a gratté son âme. Gratter la terre, c'est encore la débarrasser de ce qui la recouvrait : ce qui se fait en l'âme par la confession proprement dite, par l'aveu. L'examen découvre le mal ; l'aveu l'expulse, nous en délivre. En vain, se connaîtrait-on, si, après avoir creusé du regard l'abîme de ses misères, on ne les chasse point à coups d'aveux, les misères y subsistent toujours. L'examen fait comprendre le besoin qu'on a d'être lavé ; l'aveu rejette la souillure, prépare la purification....

Se déplacer, découvrir son âme, la dégager de tout ce qui est terrestre, limoneux : tel est le triple effort préparatoire à la réception du sacrement de pénitence ! Partout ailleurs, ce triple effort de nos pieds, de nos yeux, de nos mains, serait en pure perte. « Ne sachant où prendre de l'eau, j'ai gratté la terre, racontait l'enfant, et il en est arrivé ». Quand on gratte son âme, il arrive d'abord l'eau du repentir : on est humilié d'avoir été si sot, si ingrat, si paresseux, si criminel ; on est ému jusqu'aux larmes de constater que, par contre. Dieu a été si clément, et l'eau de nos componctions fait sourdre et éclater en cascades sublimes l'eau des miséricordes du Seigneur.

 

Examen

 

Nous avons un notaire, un médecin, un pharmacien.... Avons-nous un confesseur ?... Nous déplaçons-nous sans retard pour aller le voir, sitôt que nous avons eu le malheur de pêcher.... Ne restons-nous pas des mois, je n'ose dire des années, sans nous confesser, malgré l'urgent besoin que nous en aurions ?... Le péché, pendant ce temps, pourrit dans l'âme... Quelle putréfaction !... Nous confessons-nous la veille des fêtes de la Sainte Vierge pour être spirituellement plus reluisants de propreté à ses yeux réjouis ?... Bernadette, docile aux indications de la Dame, se dirigea vers la Grotte, à l'angle gauche des excavations...

Arrivés près du confessionnal, nous mettons-nous en présence de Dieu, puis en présence de notre âme pour nous examiner ?... Combien de temps consacrons-nous à l'examen de conscience ?... sur quoi le faisons-nous porter ? Nous étudions-nous à fond pour connaître le mal dans sa racine et non pas seulement dans ses manifestations externes.... Après avoir dit : « Qu'ai-je fait, qu'aurais-je dû faire ? » ajoutons-nous : « pourquoi l'ai-je fait ? Pourquoi ne l'ai-je pas fait ? »... L'examen de conscience est lamentablement négligé... On rencontre des pénitentes qui se préparent à entrer au confessionnal, en babillant avec leurs voisines, en regardant à droite, à gauche, pour contrôler tout ce qui se passe, en consultant la pendule ou leur montre pour savoir le temps que dure la confession des autres, en demandant le nom de celle-ci, en observant la toilette ou la physionomie de celle-là... Quelle préparation !... Bernadette, sans s'occuper de l'assistance, gratta, sous la Grotte, tranquillement la terre...

Nous voici au confessionnal ! Voyons-nous Jésus-Christ dans le prêtre ? Quelle foi, quelle humilité nous animent ? quelle loyauté nous inspire ! Nous confessons-nous avec méthode : suivant l'ordre des commandements de Dieu et de l'église, évoquant les péchés capitaux et nos devoirs d'état pour ne rien oublier ?... Nous confessons nous avec intelligence, indiquant, après les avoir recherchées, les causes et les circonstances aggravantes de nos chutes ?... Nous confessons-nous avec franchise, ne cachant aucun péché, éclaircissant tout doute, ne recourant à aucun palliatif, à aucune excuse ?... Nous confessons-nous avec netteté, exposant les situations telles qu'elles sont et ne parlant pas à  voix basse, n'entrecoupant pas nos moitiés d'aveux par une toux diplomatique... de façon à ne pas être compris ou même entendus de notre confesseur ?... Nous confessons-nous avec prudence, ne disant que ce qu'il faut, que tout ce qu'il faut, sans exciter notre imagination par le rappel de souvenirs inutiles, dangereux, troublants?... « J'ai gratté la terre, disait Bernadette, et l'eau est arrivée »... Quand on approfondit l'étude de son âme et du sacrement de pénitence, la lumière se fait et tous les aveux, quelque longs et pénibles qu'ils soient, arrivent au bout des lèvres.

 

Prière

 

O Notre-Dame, soyez remerciée d'avoir fait de Bernadette le modèle de l'âme qui va à confesse, examine sa conscience et accuse ses fautes : elle se déplaça et gratta la terre.... Nous nous déplaçons assez souvent pour aller nous confesser, nous les habitués des pratiques religieuses... Mais la routine nous empêche de retirer de ces déplacements tous les avantages qui, pour notre âme, en devraient résulter.... « Que je me connaisse, disait Augustin, afin que je me déteste !... » Que je me connaisse, vous dirai-je à mon tour, afin que je me confesse, et que je me confesse méthodiquement, intelligemment, loyalement, prudemment, immédiatement, afin que, découvrant mes misères et m'en débarrassant à coups d'aveux, je sois plus digne, eu égard à votre miséricorde, d'obtenir le pardon du prêtre, représentant de votre divin Fils !...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

173_001

Pour recevoir les méditations du Mois de Marie, chaque jour, dans votre boite mail, abonnez-vous à la newsletter d'Images Saintes

13 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

254_001

Quatorzième jour

La Pénitence

 

Des personnes étrangères commençaient à se montrer à la Grotte, et les gens de Lourdes continuaient à y accourir plus nombreux, plus empressés. Le mercredi 24 février, jour de la huitième Apparition, Bernadette était arrivée à son heure habituelle, et, sans faire attention aux égards qu'on lui témoignait, elle était allée s'agenouiller sur la pierre qu'elle s'était choisie dans les journées précédentes. Cette place, à l'approche de la voyante, était toujours respectée de la foule...

Tandis que Bernadette était plongée dans l'extase, un nuage de tristesse vint s'arrêter sur sa figure jusqu'alors radieuse. la voyante se mit du côté du rocher ; puis, comme quelqu'un qui apprend une nouvelle douloureuse, elle laissa tomber ses bras, et des larmes abondantes coulèrent sur ses joues. Dans une attitude humiliée, elle se leva et gravit la pente qui précédait la niche en collant à chaque pas ses lèvres contre terre. Arrivée sous l'églantier, elle renouvela ses prostrations, puis leva la tête vers l'ouverture ogivale comme pour y prendre un mot d'ordre mystérieux. L'extatique se tourna ensuite du côté des spectateurs, et, le visage toujours en pleurs et des sanglots dans la voix, elle répéta à trois reprises : « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! »

Disciple, témoin, éprouvée, initiée de la Dame, Bernadette en devenait l'Apôtre. Et elle inaugurait son apostolat en termes identiques à ceux de Jean-Baptiste et de Jésus inaugurant leur ministère : le précurseur, au Jourdain ; le Maître, en Galilée : « Faites pénitence, car le royaume des cieux approche. Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! » Pourquoi la Dame fait-elle dire trois fois à Bernadette : « Pénitence » ? Tout a une raison. Serait-ce par pléonasme, répétition de rhétorique employée avec intention pour donner plus de force à l'idée ? Ne serait-ce pas, plutôt, pour signaler la triple nécessité de la Pénitence correspondant aux trois catégories d'âmes ici-bas ?

Pénitence pour la Justice ! Et cette première pénitence vise les pécheurs. Toute infraction à une loi entraîne le désordre, tout désordre entraîne un châtiment : le péché, infraction à la loi la plus haute, désordre le plus grave, entraîne le plus redoutable des châtiments, la justice intransigeante l'infligerait sans pitié ni retard. Mais la miséricorde est intervenue, et, pour obtenir des sursis, voire des pardons pléniers de la justice, elle a inventé cette admirable combinaison diplomatique, cette reprise de conversation avec Dieu, qui a nom : la pénitence, la pénitence, fille endolorie de la miséricorde, désarme l'inflexible justice. Mais elle est seule à remporter cette victoire, et, là où elle n'apparaîtra point, avec ses regrets du passé, ses douleurs du présent, son ferme propos pour l'avenir, la justice reprendra aussitôt l'usage de ses droits. De là  l'impérieuse nécessité de la pénitence comme condition sine qua non de salut pour les individus, les familles et les sociétés coupables. Ou souffrir par la pénitence, ou périr par la justice. Impossible de combiner un moyen terne d'imaginer un expédient, un faux-fuyant. « Si vous ne faites pénitence, disait Jésus, vous périrez tous semblablement ». La Dame voudrait nous voir échapper à cette perdition inexorable, et elle nous dit par Bernadette : « âmes, familles, sociétés pécheresses, pénitence pour la Justice ! »

Pénitence pour la Fidélité ! Et cette seconde pénitence vise les justes. Remède curatif du péché, la pénitence en est aussi le remède préventif. Pour garder la grâce, il est nécessaire de contrarier la nature. Or, contrarier la nature, c'est la faire souffrir. Le chrétien, la chrétienne qui supprimeraient de leur règlement le chapitre des mortifications ou le regarderaient comme d'une application facultative, tomberaient, à courte échéance, dans les abîmes du péché. Pas plus que la grâce, les vertus infuses, qui en sont le merveilleux mécanisme, ne peuvent être conservées sans la pénitence. La foi impose des sacrifices d'esprit ; l'espérance, des abnégations de volonté ; la charité, des renoncements de cœur. Il n'est pas davantage possible de rester prudent, juste, fort, tempérant, si l'on ne contracte l'habitude de se mortifier. A leur tour, les dons du Saint-Esprit, les grâces actuelles n'agissent efficacement qu'à cette même condition. Se contraindre afin d'éviter les rechutes et de persévérer dans l'état de grâce : tout est là pour quiconque tient à demeurer fidèle à son devoir. La Vierge veut que les justes observent sans faiblir cette règle de conduite chrétienne et, par Bernadette, elle leur dit : « Pénitence pour la Fidélité ! »

Pénitence pour la Sainteté ! Et cette troisième pénitence vise les saints, en formation. On a été pécheur, on est devenu juste ; mais, ennemi de la banalité bourgeoise, on s'applique à accroître, tant qu'on peut, pour l'éternité, son capital de gloire : on travaille comme un émule, un successeur des Saints. Ce noble labeur dispensera-t-il de la pénitence ? Loin de là : il y astreint plus que jamais. La sainteté est faite d'amour ; un saint est celui qui aime plus et mieux que les autres. Or, sans douleur on ne vit point dans l'amour, disait l'auteur de l'Imitation. La passion de Notre Seigneur n'a été le plus grand excès de ses souffrances que parce qu'elle a été le plus grand excès de son amour, et inversement... La sainteté est faite de progression continuelle : un saint est celui qui va sans cesse de l'avant sur le chemin où Dieu le veut. Or, à marcher ainsi en gênant la nature, on se fatigue vite et beaucoup. Toute croissance physique, intellectuelle, morale et surtout surnaturelle, est douloureuse. Chez l'enfant, les membres ne se développent pas, la taille ne s'élance point sans malaise ni indispositions. L'élève endure plus d'une fatigue cérébrale pour progresser en savoir. Le jeune homme, la jeune fille, ne peuvent voir s'épanouir en eux la vie morale qu'en se roidissant contre les contagions du plaisir. Pour s'exhausser et s'étendre de tout son long sur la croix, le Christ a dû consentir à être écartelé, martyrisé. La sainteté est faite d'immolations pour autrui : un saint n'est un paratonnerre social qu'autant qu'il se traite en victime. Or, se traiter en victime, c'est se vouer, pour les autres, à toutes sortes d'holocaustes mystiques. Là où, chez un peuple, il n'y aurait plus de victimes innocentes payant pour les coupables, il n'y aurait plus de salut. Les Saints sauvent le monde par les mérites de leurs sacrifices et le sacrent par la royauté de leurs vertus. Qu'adviendrait-il du monde, disait Jésus à Sainte Thérèse, si Je n'avais égard aux Saints ? Ce sont comme des contribuables qui équilibrent, avec l'or de leurs bonnes œuvres, les plateaux de la divine justice : ils sont les premiers bienfaiteurs d'une nation ; une nation se suicide comme une folle en les éliminant. La Vierge veut que les Saints en fleur acceptent la souffrance pour devenir des Saints en fruit, et, par Bernadette, elle leur dit : « Pénitence par la sainteté ! »

 

Examen

 

Sommes-nous tristes en voyant de quelle façon, dans notre pays de France, la passion de Jésus-Christ, notre Dieu Sauveur, est renouvelée par les péchés personnels, domestiques et sociaux ?... De quoi nous attristons-nous ? de nos insuccès, de nos mécomptes, de nos impuissances, de nos maladies, de notre pauvreté, de la mort de nos proches ?... C'est la grande tristesse de l'amour divin qu'il faudrait ressentir !... « L'amour n'est pas aimé », criait Saint François à travers les rues d'Assise, avec des sanglots mal contenus.... Un nuage de tristesse vint s'arrêter sur la figure jusqu'alors radieuse de Bernadette.... On se photographie moralement dans ses tristesses... Le mot pénitence vient-il sur nos lèvres ?... plaît-il à nos oreilles ?... est-il inscrit dans nos cœurs ?... figure-t-il dans le programme de notre vie quotidienne ?... Au lieu de pouvoir dire comme les chrétiens d'autrefois : « Je suis mortifié », n'aurions-nous pas des tendances à dire : « Je suis capitonné » ?...

Nous souvenons-nous de nos péchés pour nous humilier, nous dompter et liquider notre situation d'âme avec la Divine Justice ?... Avec Dieu plus encore qu'avec les hommes, les bons comptes font les bons amis... Nos rechutes, périodiques et d'une périodicité trop fréquente, ne proviennent-elles pas de notre habituelle immortification ?... La faiblesse de nos vertus n'a-t-elle pas la même cause ?... N'est-ce pas pour la même raison que les dons du Saint-Esprit et les grÄces actuelles demeurent en nous presque sans effet ?... On ne peut vivre chrétiennement qu'en devenant un crucifix vivant... Nous devrions être saints pour donner toute notre mesure surnaturelle, ressembler à Jésus-Christ, conquérir des âmes et contribuer, comme hosties volontaires, au salut de la France... Notre défaut de sainteté ne procède-t-il pas de notre défaut de pénitence ?... Les raisons de nous mortifier abondent; le courage, la persévérance manquent. De là les vies sans justification ni sanctification personnelle, sans utilité sociale.... De là  la stagnation ou le recul du Bien, l'aggravation et l'extension du Mal...

 

Prière

 

O Notre Dame, nous aussi, comme Bernadette, nous aurions éclaté en sanglots et les larmes auraient inondé notre visage si nous avions été témoins de votre désolation.... Et dire que nous sommes pour une large part dans vos inénarrables douleurs ! Ne devrions-nous pas être des disciples plus fervents, des apôtres infatigables de la pénitence, que par trois fois vous nous avez prêchée ? Mais c'en est fait. Dites-moi, ô Mère désolée, ce qui vous déplaît en moi. Mes yeux, trop souvent immodestes ? Je les mortifierai.... Mes lèvres, trop souvent imprudentes, légères ? Je les mortifierai.... Mes mains, trop souvent, dans l'ombre, complices du mal ? Je les mortifierai.... Mon esprit, inattentif, frondeur, revêche ? Je le mortifierai.... Mon cœur, en proie à quelque amitié dangereuse, à quelque attache coupable ? je le mortifierai.... Ma volonté, indisciplinée, paresseuse, inconstante ? Je la mortifierai.... Et toutes ces mortifications, je me les imposerai comme pécheur, comme juste, comme saint en formation, comme apôtre, comme membre de famille chrétienne, comme victime pour le salut de la patrie française.... Et à ceux qui me demanderont : « Pourquoi vous mortifiez-vous ainsi ? » Je répondrai : « Jésus me l'avait dit, je l'avais oublié ; la Dame en pleurs me l'a enseigné de nouveau, je la veux consoler :j'obéis à la Dame !... »

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

173_001

Pour recevoir les méditations du Mois de Marie, chaque jour, dans votre boite mail, abonnez-vous à la newsletter d'Images Saintes

12 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

6803429897_d38ac9e0f2_o

Treizième jour

Les Secrets

 

Le lendemain, mardi 23 février, avait lieu la septième Apparition. Interrogée sur ce que la Dame lui avait dit, Bernadette répondait qu'elle avait reçu trois secrets, mais que ces secrets ne regardaient qu'elle seule. La voyante ajoutait que les confidences qui lui avaient été faites ne pouvaient être communiquées à personne, pas même à son confesseur. Des indiscrets ont cherché bien souvent, soit par insinuation, soit par ruse, soit par des promesses, à arracher à l'enfant les révélations de la Vierge. Toutes les tentatives ont échoué, et Bernadette a emporté avec elle ses secrets dans la tombe. Les Apparitions avaient fait de la voyante un disciple du Surnaturel ; les dépositions en avaient fait un témoin ; les contrariétés, une éprouvée ; les secrets en firent une initiée. Ainsi le voulait la logique progression de l'oeuvre : on est élu, on parle, on souffre : dès avant l'entrée définitive dans la lice, on est récompensé par l'initiation.

Or, l'initiation, nécessairement mystérieuse, revêt toujours la forme du Secret. Ce qu'il y a au monde de plus vital et de plus captivant est ce qui est le plus caché. Aussi, innombrables sont les secrets, et les ausculteurs de la curiosité sont sans cesse en éveil. Il y a les secrets de la nature, les secrets de la religion, les secrets du génie ; les secrets de l'intelligence : les secrètes pensées ; les secrets du cœur : les secrètes amours; les secrets d'état, les secrets professionnels ; les secrets de société : les sociétés secrètes Seuls, les intimes, sont les initiés. En latin, le mot secret est synonyme de sacrement : « Sacramenta regis abscondere bonum est : il est bon de cacher les secrets du roi, disait l'archange Raphaël à Tobie ». Le secret pourrait être défini le sacrement de l'amitié : signe sensible institué par le cœur pour produire, comme autant de grâces naturelles, les initiations et les intimités. Bernadette, recevant des secrets de la Dame, devenait une amie intime, une initiée...

Or, le secret, qu'apporte-t-il ? Il apporte, toujours une révélation de haute estime. Avant de s'ouvrir, quand on a le souci de sa dignité et qu'on ne veut pas s'exposer aux mécomptes, on sonde le terrain, on étudie, on tâte ceux en qui on pourra s'épancher. Et l'on ne se décide aux aveux, enveloppés jusque-là d'ombres épaisses, que lorsqu'on a acquis la certitude d'être bien compris, mieux aimé. Le secret communiqué est alors, non une expectoration d'enfant, une prurition de vanité maladroitement satisfaite, mais un hommage judicieux rendu à l'intelligence, à la délicatesse de celui, de celle à qui nous le livrons. Sur cette estime intellectuelle, morale, se greffe la confiance qu'on ne sera point trahi. Et l'estime et la confiance font éclore, selon les circonstances et les personnes, l'amour ou l'amitié.

Ainsi agit la Dame envers Bernadette : elle la juge prête aux communications confidentielles, et lui témoigne la plus haute estime avec le plus profond attachement ! Le secret apporte, quelquefois, la révélation d'une joie. Une bonne aubaine, depuis longtemps désirée, arrive enfin : on réserve la primeur de la nouvelle aux amis : joie individuelle. La famille nourrit l'espoir d'un prochain rejeton, un héritage est sur le point d'échoir, une amélioration notable de situation se prépare : on en prévient les amis : joie familiale. Mis au courant des arcanes de la diplomatie, des élaborations de la politique, on est, dès la veille, renseigné sur l'événement, coup de bourse, coup d'état, vrai coup de baguette magique, qui rendra plus riant l'aspect des lendemains : on en cause, à mots couverts mais suffisamment compréhensibles, avec ses amis : joie sociale. Le projet d'une fête a été conçu, une décision importante pour le fonctionnement de la paroisse, pour la dignité et l'indépendance de l'église, pour la prospérité d'une congrégation, là où la liberté permet aux congrégations de fleurir, va être prise : on le sait, on en parle aux amis : joie religieuse.

Les secrets de la Dame renfermèrent sûrement une part de joie pour Bernadette : pendant l'Apparition, ses yeux eurent les étincellements, ses lèvres les sourires, ses traits la grâce que nous avons décrits. Il fallait que l'enfant fût d'une pureté, d'une humilité, d'une efflorescence d'âme bien agréable à Dieu, pour que la Vierge, se confiant à elle, lui ménageât ces jubilations, ces transports de céleste bonheur. La Dame est-elle aussi contente de nous ? Ses secrets, pour nous, seraient-ils un écho de sa joie maternelle ? Heureuses les âmes qui inspirent à Marie un tel contentement !

Le secret apporte, souvent la révélation d'une grande souffrance. On n'en peut plus ; à l'insu du voisinage, parce qu'on a des coquetteries de pudeur, on est martyrisé en son âme, sinon en son corps ; on mugira comme un torrent, si l'on n'a pas l'occasion de murmurer comme un ruisseau ; on a trouvé le consolateur, la consolatrice, et les sons qu'on exhale ressemblent à des glas. Le mystère de la plupart des existences humaines est fait de larmes que les yeux se refusent à verser devant les yeux d'autrui : on nous voyait sourire, on nous entend gémir... Les notes tristes ne manquèrent certes point aux secrets de la Dame : à la fin de l'extase, on vit Bernadette se traîner à genoux, jusque sous l'églantier, se recueillir, baiser terre et retourner, toujours sur ses genoux, à la place momentanément abandonnée. Cette souffrance de Marie ne pouvait venir que des pécheurs pour lesquels déjà elle avait conseillé de prier.

Ah ! Si, quand le tentateur nous incite au péché, nous prenions l'habitude de songer à la Dame, et de nous écrier en un bond d'indignation : « Non, je ne veux point pêcher : la Dame souffrirait », quel réconfort nous puiserions, pour la lutte, en cette évocation filiale ! Ainsi peut-être, s'il n'est pas inconvenant de risquer une interprétation des intimités de la Vierge avec son initiée, les trois secrets commis à Bernadette furent : le premier, une révélation d'estime ; le second, une révélation de joie ; le dernier, une révélation de douleur. Trilogie sacrée dont nous ne pourrons jamais, profanes, connaître au juste le motif musical et l'harmonie, ici-bas !...

 

Examen

 

N'aurions-nous pas aimé recevoir comme Bernadette les secrets de la Dame ? Quelle lumière, quel honneur, quelle sécurité pour cette enfant !... Le secret est créateur d'amitié : on se met toujours un peu, pour quelques minutes au moins, sur un pied d'égalité avec celui, celle à qui on se livre.... Le secret est illuminateur de conduite : ce qui nous manque, c'est de voir les choses de Dieu, et celles de notre âme : l'initiation aux arcanes donne le mot de quelques-unes des énigmes qui entourent notre être.... Le secret est inspirateur d'amour : un lien plus fort unit ceux qui se sont parlé, en excluant les autres du mystère des intimités.... Le secret est sanctificateur de vie quand il émane, directement ou indirectement, de Dieu : voyant mieux, aimant plus, se sentant moins seul, on se sanctifie davantage...

Telle grâce de lumière plus vive, telle impulsion spirituelle plus vigoureuse, n'ont-elles pas été, au cours de notre vie, comme des secrets que nous communiquait la Vierge ?... Je n'ai rien entendu, disait le Père Ratisbonne, mais j'ai tout compris.... De même, sans rien entendre matériellement, nous comprenons tout au fond de notre cœur, comme si nous avions tout entendu.... Il en est beaucoup parmi les dévots de la Vierge à qui sont parvenus de la sorte quelques-uns des célestes secrets...

Etudions-nous, éprouvons-nous nos amis avant de les initier à nos pensées intimes ? On en trouve si peu qui soient capables de porter, de garder, de comprendre un secret !... Trop parler nuit... La parole est d'argent et le silence est d'or... On ne se repent jamais de s'être tu, quand le devoir ne commande pas de parler... Avons-nous été sobres dans nos épanchements de joie ?... La joie est si facilement mauvaise conseillère.... Il faut beaucoup de vertu pour rester Saint, avec un peu de cette joie qu'apporte, par intervalles, la réussite dans la vie.... La prospérité est un vin capiteux pour les petites cervelles.... Le plaisir, rendant très expansif, est surtout redoutable.... La révélation de son secret à Dalila fit de Samson le bouc émissaire et la victime de ses ennemis...

Avons-nous été plus sobres encore de paroles au temps de la douleur ?... C'est alors qu'il faut du flair pour le choix de ses confidentes et de ses confidents.... La souffrance nous incline à mendier la consolation comme des enfants.... On s'affaiblit en s'ouvrant, et par l'ouverture où a passé la compassion passe vite, si l'on n'y veille, le péché... Au deuil du bonheur s'ajoute, en ces occurrences, le deuil plus navrant des vertus... On aurait dû se taire, on a parlé, on s'est découronné... Le secret confié a-t-il été pour nous un dépôt sacré ? Ne nous sommes-nous jamais départis de la discrétion, de la reconnaissance, de la fidélité, que le secret impose ?... Que de fois les petits mots préparent les gros mots !...

 

Prière

 

O Notre Dame, nous ne sommes point assez saints pour mériter vos secrètes communications, à l'instar de Bernadette. Mais si vous vous décidiez, malgré notre indignité, à révéler vos impressions sur nous, serait-ce de la joie ou de la tristesse que notre conduite ferait monter de votre cœur à vos lèvres ?... Nous ne sommes pas assez délicats pour vous rendre joyeuse, et nous sommes assez indifférents, je n'ose dire criminels, pour vous faire pleurer... Parlez-moi quand même dans le tête-à-tête, dans le cœur-à-cœur de la grâce dont vous êtes la distributrice... Dites vos secrets mécontentements, je me corrigerai ; vos secrètes angoisses, je les consolerai ; vos secrètes allégresses, je tâcherai de les accroître et les partagerai !...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

173_001

Pour recevoir les méditations du Mois de Marie, chaque jour, dans votre boite mail, abonnez-vous à la newsletter d'Images Saintes

11 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

530813_516567625040441_427891432_n

Douzième jour

Les épreuves

 

Quand on a le grand honneur d'être disciple et témoin du Surnaturel, on doit s'attendre à en devenir l'éprouvé. L'Histoire est pleine des épreuves, conséquence des fidélités religieuses et des témoignages apostoliques. Bernadette ne pouvait se soustraire à cette universelle loi : elle fut une éprouvée. M. Jacomet venait de la menacer, sans résultat, des gendarmes ; la porte du prétoire s'ouvrit, un homme du peuple montra timidement la tête.

« Que réclamez-vous ? » demanda le commissaire. « Je suis le père de cette enfant », répondit l'ouvrier en désignant Bernadette de la main. « Ah ! C'est vous, père Soubirous, vous faites bien d'arriver, car j'allais vous envoyer chercher. Vous connaissez le rôle que joue votre fille depuis quelques jours ; endoctrinée sans doute par quelque commère du quartier, elle fait l'inspirée et se livre à des singeries faisant tourner la tête aux imbéciles. Il faut que cette comédie finisse, car elle constitue un danger pour le repos de la ville. Je vous préviens que si vous n'avez pas assez d'autorité pour retenir votre fille chez vous, j'en aurai, moi, assez pour la faire retenir ailleurs ». « Oh ! Monsieur le commissaire, laissez-moi parler avec toute ma franchise : pour moi, je ne doute pas que l'enfant ne soit sincère dans ce qu'elle raconte ; maintenant, se trompe-t-elle ? C'est là notre embarras.... Je vous avoue que ma femme et moi, nous sommes bien fatigués des importunités que nous subissons. Depuis trois ou quatre jours, notre maison ne désemplit pas, et nous ne savons comment faire pour renvoyer les curieux. Je suis heureux de pouvoir me servir de vos ordres pour refuser ma porte au public. Quant à Bernadette, nous veillerons à ce qu'elle n'aille plus du côté de Massabielle ». Le commissaire félicita le père Soubirous de ses bonnes dispositions et le congédia avec sa fille. Triste dut être, au foyer, la soirée du dimanche...

Les épreuves intérieures commençaient pour Bernadette. Que ferait-elle ? Désobéir à son père ? Le Décalogue ne le permettait point. Ne plus retourner vers la Dame ? Ses engagements de dévotion s'y opposaient. En quelle perplexité la jeta ce dilemme, ceux-là le comprendront qui ont eu des embarras de conscience, des situations les obligeant à se dire : que dois-je faire ? Bernadette opta pour le Décalogue contre la Dévotion.

Le lendemain, lundi 22 février, le père et la mère Soubirous donnèrent ordre à leur fille de se rendre à l'école, avec recommandation de ne dévier ni à droite, ni à gauche. Sans témoigner aucun mécontentement, Bernadette mit son alphabet dans son petit panier et se dirigea vers l'hospice. Elle revint à la maison un peu avant midi, prit son modeste repas et repartit bientôt après pour la classe du soir.

Une autre épreuve intime l'attendait. Arrivée sur le haut de la côte qui mène du pont des Ruisseaux à l'hospice, elle fut subitement arrêtée : « Une barrière invisible, a-t-elle raconté, m'empêchait de passer ». A différentes reprises, elle chercha à avancer, mais la résistance était toujours la même, et elle ne se sentait libre que pour revenir en arrière. Troublée et presque épouvantée, elle songea à retourner chez elle lorsqu'un petit reproche s'éleva au fond de sa conscience. Une voix intérieure lui demandait si elle était bien d'accord avec les engagements pris par elle à la Grotte. La voyante comprit, son cœur se gonfla et, sans plus hésiter, elle redescendit la côte. Ah ! les barrières invisibles ! Elles jouent un grand rôle dans la Vie.... Qui n'a eu sa barrière invisible : épreuve de l'orientation intérieure succédant à l'épreuve de l'indécision ?....

Bernadette, redescendue au pont des Ruisseaux, au lieu de remonter la rue qui traverse la ville, s'enfonça dans le quartier de Lapaca et alla prendre, pour se rendre à Massabielle, un sentier longeant le fort. Les gendarmes l'atteignirent près du moulin où elle était née et lui demandèrent sur le ton du commandement où elle allait. « Je vais à la Grotte », répondit froidement l'enfant sans ralentir le pas ni détourner la tête. Les gendarmes ne firent pas d'autres questions ; ils se bornèrent à la suivre. C'était la première épreuve extérieure : l'épreuve de la surveillance.

Elle existe, et de quelle manière ! Pour les gens de religion, en notre pays de soi-disant liberté. On peut aller au café, au théâtre, au cirque, aux repaires du vice, impunément. Mais qu'on se garde bien d'entrer dans une église pour y entendre une messe et y adorer Dieu : on serait surveillé... Les habitués de nos églises n'ont-ils pas à compter aussi avec la surveillance des voisins et des voisines dont les agences de renseignements réclament chaque jour une abondante pâture ?...

Parvenue à la Grotte, calme, sereine, modeste, entre les deux gendarmes, Bernadette tomba à genoux. Les gendarmes, debout à petite distance d'elle, ne la troublèrent point durant sa prière qui fut longue. Quand elle se releva, ils l'interrogèrent, et elle avoua n'avoir rien vu. La foule s'écoula et avec elle disparut la voyante ». C'était, pour elle, la seconde épreuve extérieure de la non-apparition

Bernadette devait boire jusqu'à la lie, ce jour-là, le calice de la douleur : sa mère lui ménagea, au moulin de Savy, l'audition d'une parole particulièrement attristante. Mademoiselle Estrade lui ayant demandé si elle connaissait l'enfant : « Ah ! mademoiselle, répondit la femme Soubirous, je suis sa malheureuse mère ! » « Comment, malheureuse ? et pourquoi dites-vous cela ? » « Si vous saviez ce que nous souffrons ! Les uns se moquent de nous ; les autres disent que notre fille est folle. Il y en a qui prétendent que nous recevons de l'argent et que l'on va nous poursuivre en justice ». C'était, pour Bernadette, la troisième épreuve extérieure : l'épreuve domestique qui atteignait en elle la fille.

On reconnaît, dans les doléances de la mère Soubirous, l'écho des critiques adressées aux parents de la plupart des enfants qui se destinent au sacerdoce, à la vie religieuse, ou à la vie de piété dans le monde. l'exhaussement social et moral de ces enfants suscite les jaloux du voisinage, lesquels se font, par leurs jeux de physionomie, par leurs procédés et leurs sarcasmes, les insulteurs des parents. On aborde de préférence les prétendus avantages financiers, ravalant les questions de vocation à des questions d'argent.

 

Examen

 

Nous faisons-nous de la Vie, surtout de la Vie chrétienne, une idée juste ? Elle est une épreuve à traverser, une croix à porter, non une partie de plaisir à organiser... Comprenons-nous la nécessité, le bienfait de cette épreuve ?... Comment nous comportons-nous avec elle, quand de la théorie les faits brutaux nous obligent à passer à la pratique ?... Ne sommes-nous pas de ceux qui font consister la religion dans des dévotions particulières et qui, tout en priant et honorant certains Saints ou certaines Saintes, mettent Dieu en quarantaine à peu près toute l'année ?... La Religion, pour ce que nous avons à pratiquer, se résume dans l'observation des Commandements de Dieu et de l'Eglise : hors de là, point de salut.... Bernadette opta pour le Décalogue contre la dévotion.... Comment obéissons-nous aux ordonnances ecclésiastiques, aux préceptes divins ?...

Quand nous sommes incertains de la voie à suivre pour plaire à Dieu, pour faire sa volonté, dans ces cas où il est plus difficile de connaître son devoir que de le remplir, consultons-nous notre confesseur , non pas après avoir agi, mais avant d'agir ? Car il en est qui ont ce que j'appellerais l'obéissance d'escalier, d'après coup : ils font, puis consultent ; ou bien, ils consultent, puis agissent à leur guise, préférant quelquefois dire qu'ils n'ont pas compris, passer pour sots, plutôt que d'abdiquer leur idée personnelle... Dans ces situations embarrassantes, attendons-nous, dans la prière et le calme, les événements qui nous éclaireront ?... Avons-nous en horreur la curiosité malsaine, l'inquisition méticuleuse, stupide, de ce que font les autres ?... Nous occupons-nous de nous-mêmes, ne craignant que Dieu et méprisant la surveillance que la sottise, la jalousie ou l'hostilité religieuse peuvent exercer, à l'église, dans les rues, ou sous les toits voisins, contre nous ?...

Nous résignons-nous aux éclipses de Dieu, de la Vierge, dans les événements dont nous avions escompté, même pour le Bien, la réalisation ?... Ne cherchons-nous pas trop dans nos exercices de piété les joies sensibles, les belles apparences.... Les non-apparitions de Dieu ne devraient point nous décourager, nous faire douter de lui.... Quand le soleil se cache derrière les nuages, ne savons-nous pas qu'il existe et que sans lui la lumière tamisée dont nous jouissons ne pourrait luire ?... Bernadette accepta la déconvenue de l'absence de la Dame, sans se plaindre ni se décourager... Sommes-nous sourds aux critiques que le monde nous prodigue, parce que nous sommes, comme on dit, des gens de religion, désireux de donner au Surnaturel, dans notre âme et dans l'âme de nos enfants, la première place à laquelle il a droit ?...

 

Prière

 

O Notre Dame, comment nous étonnerions-nous que la Vie soit pour nous, successivement et quelquefois simultanément, une épreuve individuelle, domestique et sociale, quand, à la suite de Jésus, homme de toutes les douleurs, vous avez consenti à être la Reine des martyrs ?... Vous, du moins, vous étiez innocente, et nous sommes coupables ; vous étiez parfaite, et nous sommes couverts d'imperfections !... Bernadette et ses parents ne souffrirent qu'à cause de vous ; sans vous, ils auraient vécu pauvres mais à l'abri des interventions policières et des commérages des curieux et des jaloux.... Nos épreuves, au contraire, ne viennent souvent que de nous.... Apprenez-nous à les prévoir par bon sens, à les diminuer par sagesse, à les dominer par vertu.... Et s'il entre dans vos plans maternels que nous soyons éprouvés uniquement pour vous, sachez que, loin d'en être mécontents, nous en serons ravis : les Apôtres s'en allaient joyeux d'avoir été jugés dignes d'humiliations, de tortures et d'opprobres pour le nom de Jésus... Souffrir pour vous, passe ; avoir souffert, demeure....

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

173_001

Pour recevoir les méditations du Mois de Marie, chaque jour, dans votre boite mail, abonnez-vous à la newsletter d'Images Saintes

Publicité
10 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

477_001

Onzième jour

Les Témoignages

 

Disciple de la Dame, Bernadette en devait être le témoin. Une grande animation ayant marqué, à Lourdes, la matinée du 21 février, les autorités chargées de veiller à la tranquillité locale : le maire, le procureur impérial, le commissaire de police, se réunirent à l'hôtel de la mairie, et décidèrent, après mûre réflexion, d'amener la voyante, par voie de conseil, à ne plus retourner à la Grotte... Dès sa sortie de la mairie, le procureur impérial mandait Bernadette dans son cabinet. Voici donc le témoin de la Dame devant le représentant du parquet : M. Dutour. Témoin catégorique. Point de silence intéressé ou complice ; point de morcellement de la vérité. Elle dépose sur la personnalité de la Dame.

« Ma pauvre enfant, votre Dame n'existe pas ; c'est un être purement imaginaire ». « Quand elle m'apparut pour la première fois, je le croyais aussi, et me frottais les yeux ; mais aujourd'hui je suis sûre que je ne me trompe pas ». « Comment le savez-vous ? » « Parce que je l'ai vue plusieurs fois, et encore ce matin ; puis elle s'entretient avec moi ». « Les Sœurs de l'Hospice chez qui vous allez en classe sont incapables de mentir ; et cependant elles vous disent que vous vous faites illusion ». « Si les Sœurs de l'Hospice voyaient comme moi, elles croiraient comme moi ».

Témoin incorruptible. « Prenez garde ; on finira peut-être par découvrir quelque chose de caché qui explique votre obstination ; on a déjà répandu le bruit que vous et les vôtres vous receviez des cadeaux en secret ». « Nous ne recevons rien de personne ». « Cependant hier vous êtes allée chez Madame Millet, et vous y avez accepté des douceurs ». « C'est vrai. Madame Millet m'a fait prendre un verre d'eau sucrée pour calmer mon asthme ; c'est tout ».

Témoin résolu. « Quoi qu'il en soit, votre conduite à la Grotte est un véritable scandale ; vous faites courir les gens, et il faut que toutes ces choses finissent ; me promettez-vous de ne plus retourner à Massabielle ? » « Monsieur, je ne vous le promets pas ». « Est-ce votre dernier mot ? » « Oui, monsieur ». « Alors, sortez, nous aviserons ».

Le témoin avait battu le procureur qui s'amusait spirituellement avec ses amis de sa propre défaite. Dans l'après-midi du dimanche 21 février, sans se préoccuper de l'insuccès de M. Dutour dans la matinée, le commissaire de police, le célèbre Monsieur Jacomet, se rendit sur la place du Porche, où il avait calculé qu'il trouverait Bernadette à la sortie des Vêpres. Heureux ceux et celles dont les policiers, tant au courant des allées et venues du public, ne peuvent calculer de faire la rencontre qu'à la sortie de nos églises : leur âme sereine aura vite déconcerté les finasseries policières !

Le commissaire, feignant de se trouver là en curieux, arriva bientôt devant la jeune fille, et, avec l'air de profiter d'une rencontre fortuite, il pria cette dernière de venir à son bureau. Bernadette, sans trouble, sans explications, suivit docilement l'agent de l'autorité. C'était un second témoignage que la Dame mettait Bernadette en demeure de lui rendre : l'enfant le para de qualités que n'avait point le témoignage précédent. Quelle simplicité, quelle netteté, quelle crânerie dans ses réponses au madré commissaire ! Elle dépose sur l'identité et la beauté de la Dame.

« Tu as sans doute déjà compris dans quel but je t'ai appelée chez moi ? On m'a parlé avec tant d'intérêt des belles choses que tu vois à Massabielle que, ma foi, comme tout le monde, j'ai été pris du désir de savoir de quoi il s'agissait. Est-ce que tu aurais de la peine à nous raconter, à M. Estrade et à moi, comment tu as fait la rencontre de la Dame de la Grotte ? » « Non, monsieur ».

Et témoin imperturbable, comme si elle eût été en face de l'un des siens, Bernadette fit le récit, plein de charmes, de la première apparition. Pendant qu'elle parlait, le commissaire faisait rapidement courir son crayon sur une feuille de papier blanc. Puis, relevant la tête : « Ce que tu nous racontes est en effet très intéressant ; mais enfin quelle est cette Dame dont tu es si engouée ? La connais-tu ? » « Je ne la connais pas ». « Tu dis qu'elle est belle. Comme qui est-elle belle ? » « Oh ! Monsieur, répondit-elle, témoin clairvoyant, elle est plus belle que toutes les dames que j'ai rencontrées jusqu'ici ». « Pas plus belle cependant que Madame N... ou Madame N... » (et ici le commissaire citait les dames de la ville le plus en renom pour leur beauté). « Elles ne peuvent pas y faire », riposta-t-elle en une tournure patoise dont la signification était : « Elles ne peuvent pas être comparées, elles ne peuvent rivaliser ».

M. Jacomet, suspendant l'interrogatoire, prit sa feuille de notes et commença une guerre de traquenards. Il essaya de faire tomber la voyante dans la contradiction : « Tu as dit que la Dame est âgée de dix-neuf à vingt ans ? » « Non, j'ai dit de seize à dix-sept ». « Qu'elle est revêtue d'une robe bleue et d'une ceinture blanche ? » « C'est le contraire, monsieur ; il faut mettre une robe blanche et une ceinture bleue ». « Que ses cheveux tombent en arrière ? » « Vous avez mal entendu ; c'est le voile qui tombe en arrière ». Témoin perspicace, Bernadette avait redressé sans hardiesse, mais sans timidité, toutes les variantes que le commissaire, à dessein, avait introduites, pour l'embrouiller, dans sa narration. Force fut à M. Jacomet de changer de tactique :

« Ma chère Bernadette, j'ai voulu te laisser aller jusqu'au bout de ton récit ; mais je dois te déclarer que je connaissais l'histoire de tes prétendues visions ; cette histoire est de pure invention, et je sais qui te l'a apprise ». « Monsieur, je ne vous comprends pas ». « Je vais être plus clair : est-ce qu'il n'y a pas quelqu'un qui t'a conseillée en secret de dire que la Vierge t'apparaissait à Massabielle, et qu'en le disant, non seulement tu passerais pour une sainte, mais encore que la Vierge t'en saurait gré ? Fais attention avant de répondre, car j'en sais à ce sujet plus long que tu ne penses ». « Personne, monsieur, ne m'a conseillé les choses dont vous parlez », répartit le témoin humble, inaccessible au piège du mensonge enduit d'orgueil. « Je sais à quoi m'en tenir ; mais je ne veux pas faire de scandale, ni te chercher une mauvaise querelle. Je ne réclame pas d'aveux, mais j'exige de toi une simple promesse. Me donnes-tu l'assurance que tu ne reviendras plus à la Grotte ? » « Monsieur, j'ai promis à la Dame d'y revenir ». « Ah ! Oui, s'écria M. Jacomet en se levant de son siège et feignant la colère ; tu crois donc que nous serons toujours d'humeur à écouter tes sornettes et à céder à tes entêtements ? Si, à l'instant, tu ne prends pas l'engagement de ne plus retourner à Massabielle, j'envoie chercher les gendarmes et te fais mettre en prison ». Bernadette demeura témoin inflexible, fidèle.

 

Examen

 

Quels témoins sommes-nous de Dieu, de Jésus, de la Vierge ? Témoignons-nous catégoriquement, résolument, imperturbablement, de leur existence réelle ? Oui, Dieu existe et les autres êtres n'existent que par lui... Oui. Jésus existe : Il est de toute éternité comme Fils de Dieu, depuis (vingt siècles siècles comme Fils de l'homme : Réalité divine, il est historiquement la grande réalité humaine. Il est l'Homme-Dieu : par lui nous avons tous été rachetés.... Oui, la Vierge existe.... Elle est l'Eve nouvelle, la femme bénie entre toutes les femmes parce que, Mère de Dieu, elle est Mère des hommes, et Reine de la terre et du Ciel... Nous sommes convaincus théoriquement de ces trois augustes réalités.... Que ne le sommes-nous pratiquement ? Nous nous déprendrions des figures qui passent pour étreindre amoureusement ces Réalités qui demeurent...

Témoignons-nous avec la même netteté, la même incorruptibilité, la même crânerie, de la Beauté supérieure de Dieu, de Jésus, de Marie ?... Oui, Dieu est le plus beau, et il n'y a de beau que Dieu.... Et après Dieu ce qu'il y a de plus beau, c'est Jésus splendeur du Père, figure de sa substance, incarnation de la Beauté incréée... Et après Dieu et Jésus, ce qu'il y a de plus beau, c'est Marie la pleine de grâce, la pleine de lumière, la pleine de vertus et partant la toute belle aux yeux de Dieu... les beautés humaines qui nous attirent et nous passionnent sont souvent de vraies caricatures physiques et des laideurs morales... En tout cas, ce ne sont que des étincelles fugitives de beauté. Marie en est, de par Dieu et pour Jésus, l'inextinguible, l'incandescent foyer....

Bernadette ne se laissa ni séduire par la flatterie et l'argent, ni intimider par le mensonge et la menace.... Combien d'hommes et de femmes sont pris à la glu des compliments !... Combien de femmes vendent en secret leurs vertus à prix d'argent... Combien d'hommes sont à la remorque des menteurs qui parlent ou écrivent contre la Religion !... Combien d'hommes, par ambition et peur de l'impiété au pouvoir y désertent les églises, abandonnent extérieurement toute pratique religieuse, et traitent Dieu, le Christ, la Vierge en étrangers, sinon en ennemis... Les procureurs et les commissaires, les jouisseurs et les impies, ont beau jeu avec de si pitoyables témoins d'une Religion dont les premiers disciples furent pourtant des martyrs et des héros... On n'accepte plus guère aujourd'hui que le martyre du plaisir, on semble ne plus connaître que l'héroïsme au rabais....

 

Prière

 

O Notre Dame, c'est la Foi qui a vaincu le monde, c'est l'amour qui est fort comme la mort. Donnez-nous une foi vive en Dieu, en Jésus, en vous... A la Foi, lumière de l'esprit, ajoutez en notre âme l'amour, chaleur du cœur. Croyant, nous parlerons ; aimant, nous combattrons. Et à ceux et celles qui chercheront à opérer contre nous l'exploitation, le trafic des consciences, nous répondrons comme Bernadette : « Oui, j'irai encore à la Grotte, à l'église, aux chapelles, aux rendez-vous divins... » Allez-vous en, adorateurs du veau d'or, valets de la Politique, tentatrices du Mal : qui est semblable en vitalité, en beauté, en bonté, en fidélité, en puissance, à la Vierge, à Jésus, à Dieu ?...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

173_001

Pour recevoir les méditations du Mois de Marie, chaque jour, dans votre boite mail, abonnez-vous à la newsletter d'Images Saintes

9 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

0e6a44c5

Dixième jour

La prière pour les pécheurs

 

Le dimanche 21 février, l'Apparition se produisait pour la sixième fois. Ce qui s'y passa, Bernadette le conta aussitôt après au docteur Dozous, médecin de Lourdes qui était à la Grotte, ce jour-là, à côté de l'enfant : « La Dame, en me quittant un instant de son regard, l'a dirigé au loin par-dessus ma tête. Ensuite, reportant son regard sur moi qui lui demandais ce qui l'attristait, elle m'a dit : « Priez pour les pécheurs ».

Décidément la Dame tenait école de prière. Elle avait appris à l'enfant à prier pour soi. Mais l'égoïsme n'est pas chrétien ; on a beau être petit, on peut, on doit avoir un cœur grand, catholique, vaste comme le monde : elle lui demande de prier pour les autres. Et parmi les autres, elle signalait les plus besogneux : les pécheurs : « Priez pour les pécheurs ». Elle en est le refuge, ils sont l'unique sujet de ses tristesses. Ils ont été les bourreaux de son Fils ; ils sont les empoisonneurs de son âme, si on peut ainsi s'exprimer. Tout ce qu'elle a souffert, tout ce qu'elle est susceptible de souffrir encore, lui vient d'eux tous. Elle a la perception de leur sort malheureux, avec l'ardent désir de leur cure prochaine. Elle voudrait les sauver. Or, sauvés, il ne peuvent l'être que par le recouvrement de la grâce ; et la grâce, ils ne la peuvent recouvrer que par la prière : « Priez pour les pécheurs ».

Prière la plus nécessaire. Le monde moral repose sur l'équilibre de la justice divine comme sur son axe. Quand les droits de Dieu sont respectés par l'obéissance des hommes, le monde moral est dans son assiette ; quand les péchés prévalent contre les œuvres saintes, l'équilibre est rompu. Cette rupture entraînerait les pires catastrophes. Quel agent interviendra pour y remédier, en rétablissant l'ordre bouleversé ? La prière. Les justes prient et la prière des justes est comme l'impôt payé par les riches à la place des pauvres : la somme des devoirs est atteinte, les droits de Dieu ne sont plus méconnus, sa justice suspend les coups que son bras s'apprêtait à frapper... Au surplus, pour rompre avec le péché et les habitudes criminelles, la grâce est nécessaire. Or la grâce. Dieu ne la donne qu'aux sollicitations de la prière : soit qu'on prie soi-même pour ses propres besoins, soit qu'on s'entremette comme avocat des autres. Ainsi est-il de toute nécessité qu'on plaide la cause des pécheurs, pour obtenir leur conversion. Or, plaider une cause pareille, c'est prier. Ici surtout devient parfaite la synonymie du mot : « Oratio », qui, en latin, signifie à la fois prière et discours. On appelle de la même manière l'Oraison de Jésus au Jardin des Oliviers, et le discours d'un Cicéron ou d'un Hortensius au forum : Oratio : prier, c'est parler ; et parler, surtout au nom des pécheurs, c'est prier : « Oremus, prions, parlons : Priez pour les pécheurs ».

Prière la plus pratique. En dépit de sa bonne volonté et de son talent, on risque d'être pendant longtemps un avocat sans cause, un médecin sans malade : il est si difficile, en des jours d'encombrement des carrières comme ceux que nous traversons, de faire sa trouée sociale pour faire son chemin. Et l'attente de l'utilisation de ses capacités foncières doit être douloureuse, lorsque, désireux d'être utile aux autres, on est obligé de constater que les clients n'arrivent pas. Le succès, comme le génie, en ces conjonctures, est une longue patience, et la patience n'est jamais exempte de douleurs... Or les clients, je veux dire les pécheurs, pullulent dans le monde, et l'on n'a pas à attendre pour pouvoir efficacement utiliser sa sainteté personnelle et leur prêter secours. « Il y aura toujours des pauvres parmi vous », disait Jésus à ses apôtres ; il y aura aussi toujours des pécheresses et des pécheurs. Les médecins et les plaideurs spirituels sont assurés d'avoir toujours de la besogne : « Priez pour les pécheurs ».

Prière la plus méritoire. Le mérite de la prière vient du Surnaturel dont elle est imprégnée : plus elle est faite de foi, d'espérance, de charité, d'humiliation, plus elle est méritoire. Or, ne faut-il pas être particulièrement croyant, confiant, aimant, humble, pour ne s'occuper que des âmes et de leur sanctification ? Les malades, les pauvres peuvent provoquer notre pitié naturelle, sensible, par le spectacle de leurs souffrances physiques et de leur dénuement. Il faut avoir un oeil baigné de foi, un cœur trempé d'espérance et d'amour, une volonté oublieuse d'elle-même pour ne voir, ne soulager et n'aimer que les âmes : « Priez pour les pécheurs ».

Prière la plus négligée. On s'occupe de soi, de ses intérêts matériels, des intérêts matériels d'autrui, comme lorsqu'on se dépense en prière et en dévouement pour les pauvres et les malades. Mais qui sont ceux et celles, à notre époque de matérialisme et de positivisme, qui placent, au sommet de leurs affections et de leurs préoccupations, les intérêts des âmes ? La Vierge veut que Bernadette, et nous, à l'exemple de Bernadette, préférions les âmes aux corps, l'esprit à la matière, l'Eternité au Temps. Voilà pourquoi elle donne ce conseil, ce programme de vie dévouée : « Priez pour les pécheurs ».

Quel bien nous ferions, quelle œuvre excellemment sociale, puisque les œuvres sociales sont de mode et de nécessité aujourd'hui, nous accomplirions, si nous priions le matin, le soir, pour les pécheurs !... La Dame serait consolée, car, disait Bernadette à M. Dozous : « Je fus bien vite rassurée par l'expression de bonté et de sérénité que je pus revoir sur son visage, et aussitôt elle disparut ». Dieu appliquerait à des âmes dont nous ne ferions la connaissance que dans l'éternité le mérite de nos prières réparatrices : « Priez pour les pécheurs ».

Mais, entre les pécheurs, sans exclure, de parti pris, personne, faisons un délicat triage : si nos pères, nos mères mêmes, nos enfants, nos frères, nos sœurs, nos autres proches, nos amis, nos employés, nos domestiques, déserteurs du devoir religieux, vivent loin de la grâce, assignons-leur une place à part dans nos supplications pieuses ; transformons-nous, pour eux surtout, en avocats infatigables ; et, à coups de prières, les bras en croix ou à genoux, arrachons-les, coûte que coûte, au Mal, au Malheur, à l'éternelle faillite de la Vie... « Priez pour les pécheurs ».

 

Examen

 

Si nous sommes savants, sommes-nous loyaux et, devant les évidences et les supériorités du Surnaturel, faisons-nous de la Science, pour que son enflure ne nous tue point, la servante de la Foi ?... Nous taisons-nous humblement, quand nous ignorons ? Affirmons-nous, quand le divin rayon a lui ?... Le docteur Dozous apporta aux Apparitions le premier suffrage de la Science loyale. Et depuis, les savants, en grand nombre, se sont inclinés devant les faits de Lourdes... Avons-nous le regard profond, lointain, ouvert, le plus possible, sur les hommes, les choses, le passé, le présent, l'avenir, le Temps, l'éternité ?... C'est être médiocre et superficiel que d'avoir intellectuellement la vue courte... Ouvrir un grand oeil, c'est se creuser souvent une source de tristesses ; mais les tristesses qui viennent des hommes se changent en joies quand, plus loin et plus haut que les créatures, on contracte l'habitude de voir Dieu... La Dame dirigea son regard au loin, par-dessus la tête de Bernadette...

Prions-nous pour les pécheurs ? Si nous étions intelligents, ce serait-là notre prière favorite. N'est-elle pas la grande prière illuminatrice ? Elle nous rappelle le pourquoi de l'Incarnation, le mode de la Rédemption : l'expiation du péché par la souffrance d'un Dieu. Elle met ainsi en relief la synthèse dogmatique de notre admirable Religion... Prions-nous pour les pécheurs ? Si nous étions soucieux de notre persévérance dans le Bien, ce serait-là encore notre prière favorite. N'est-elle pas la grande prière préservatrice ? En nous obligeant à songer à la laideur, à la malfaisance du péché, elle entretient chez nous la culture des idées saines, et ce sont les idées qui mènent les âmes ; elle alimente notre horreur, notre haine du Mal, et c'est la Haine du Mal qui détermine les victoires du Bien. Ainsi établit-elle un cordon sanitaire de plus en plus protecteur entre nous et les occasions de péché !... Prions-nous pour les pécheurs, pour ceux surtout que nous avons positivement scandalisés en les poussant au Mal, pour ceux encore que nous n'avons pas assez édifiés, en les portant insuffisamment au Bien.... C'est étrange comme on se préoccupe peu de réparer le Mal que, d'une manière positive ou négative, on a pu faire aux autres ! N'y a-t-il pas là cependant non plus une question de charité mais une formidable question de justice ?...

Prions-nous pour les membres de notre famille qui vivent en état de péché, pour ceux d'entre eux surtout qui, pécheurs, sont malades et même en danger de mort ?... Que de larmes de regrets, pour avoir trahi un si facile devoir, on versera plus tard !... Prions-nous, spécialement et chaque jour pour cette grande pécheresse qu'est la France : seule nation en Europe et au monde qui, en ses lois, ait chassé Dieu ?...

 

Prière

 

O Notre Dame, si nous avions eu le sens chrétien et la délicatesse apostolique de prier pour les pécheurs, ainsi que vous nous l'avez demandé, il y a beau temps que nous serions sauvés... Prier pour les pécheurs, c'est le moyen de salut le plus nécessaire, le plus pratique, le plus méritoire, le plus intelligent, le plus bienfaisant, le plus facile, puisque, partout et toujours, même dans l'enfance et la vieillesse, il est à la portée de tous. Mais il a été par notre faute le moyen le plus négligé... Les parleurs, les agités, les surmenés ne manquent point autour de nous : leur nombre va sans cesse grandissant. Mais les orants et les orantes, mais les avocats, les avocates de la prière sainte, où sont-ils ?... Nous, du moins, nous voulons vous consoler des angoisses que vous causent les impénitentes et les impénitents. Agréez donc notre promesse de prier pour les pécheurs. Mais comme, parmi les pécheurs, nous ne sommes peut-être pas au dernier rang, alors que nous devrions être les premiers d'entre les justes, permettez-nous de vous dire avec une filiale insistance : Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Ainsi soit-il !

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

173_001

Pour recevoir les méditations du Mois de Marie, chaque jour, dans votre boite mail, abonnez-vous à la newsletter d'Images Saintes

 

7 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

media-231222-1

Huitième jour

Extase et troubles diaboliques

 

« Bernadette se mit à genoux, éleva son chapelet à la hauteur du front et se marqua d'un beau signe de croix. Un moment après, le monde matériel n'existait plus pour elle, et son âme ravie était plongée dans les délices de la contemplation. Des sourires ineffables illuminaient son visage, des courants de joie céleste faisaient tressaillir tout son être ». L'état de grâce, à plus forte raison l'état extatique, donne à la figure des chrétiens des sourires, des reflets à part. Allez en pays protestant : vous serez frappé de l'expression morne des visages. N'avez-vous point remarqué, au contraire, l'épanouissement des vierges, des femmes et même des hommes, dans nos paroisses encore pratiquantes, les jours de fête et surtout de communion pascale ?

La mère et la tante avaient déjà entendu faire le tableau de ce qu'était Bernadette à la Grotte. Leur imagination ne s'était pas élevée à l'idéal des sublimes réalités qui les attendaient. Quand elles virent la voyante sous les rayonnements de l'extase, le corps penché en avant comme pour s'envoler, elles furent saisies d'un tremblement nerveux, et la mère de s'écrier : « O mon Dieu, je vous en conjure, ne m'enlevez pas mon enfant ». C'était le cri de la nature ! Elle est sujette à ces affolements. Très attachée à la terre, elle a toujours peur que la terre ne lui échappe. Que n'est-elle plus clairvoyante ? Elle comprendrait que le Surnaturel, en enlevant, élève ; qu'en tuant, il vivifie. La Mort vient d'en bas, la Vie, d'en haut. Les parents mondains ne veulent, à aucun prix, de la vocation sacerdotale ou religieuse pour leurs fils ou leurs filles, et ils consentent de gaieté de cœur à ce que le monde leur enlève, pour les dégrader, ceux et celles que Dieu, à qui ils les refusent, transfigurerait... Heureusement, la nature n'est point seule à émettre son suffrage.

Une autre voix, celle d'une assistante disait en même temps : « Oh ! qu'elle est belle ! » C'était le cri de la grâce ! Et la grâce, ici comme toujours, avait raison. La vraie beauté n'est point celle du corps qu'exagère le prisme des sensualités ; c'est celle de l'âme perçue à la lumière précise de la foi. Au milieu des laideurs morales qui nous environnent, il faudrait qu'on pût dire de l'âme de chacun de nous : « Oh ! qu'elle est belle ! » Les sociétés, pour vivre, ont besoin, plus qu'on ne pense, de mystiques beautés...

Des larmes d'attendrissement montèrent à tous les yeux : on se mit à prier dans un silence admirable. Bernadette demeura dans le ravissement environ une demi-heure ; cette demi-heure parut un siècle au cœur anxieux de la mère et de la tante ; ce ne fut qu'un éclair, mais un éclair échappé des demeures célestes pour les autres personnes présentes à cette scène. La voyante revint de son extase en se frottant les yeux et comme accablée sous le poids de son bonheur. Heureuse, elle se rapprocha affectueusement de sa mère et de sa tante, qui la reçurent dans leurs bras avec une inexprimable tendresse. Toutes trois, elles remontèrent la pente escarpée de Massabielle au milieu des femmes qui avaient suivi au départ. Celles-ci entouraient Bernadette de mille égards et se répandaient en admiration sur ce qu'elles avaient vu. Chemin faisant, Bernadette raconta que la Dame s'était montrée satisfaite de sa fidélité à revenir à la Grotte.

En cette quatrième Apparition, la Dame témoigna donc, d'abord, sa satisfaction. Elle était contente de la fidélité de l'enfant. Rien ne lui plaît davantage que la fidélité. Elle la considère comme la pierre de touche de l'amour. Un sursaut, un bond de cœur, peut être de la passion, de la frénésie, du dévouement, de l'héroïsme. Mais ce n'est là que l'accident de l'amour. Sa substance, sa force, son charme intime, est dans ce qui dure sans altération d'âme : dans la fidélité. Et Bernadette était fidèle. Et elle plaisait ainsi à la Dame, et la Dame le lui disait. Quelle joie !... Par nous-mêmes nous ne pouvons rien, et nous avons cependant le pouvoir de faire plaisir à la Vierge admirable, à l'être infini : Dieu. Faire plaisir à la terre, c'est le secret des âmes passionnées ou délicates ; faire plaisir au Ciel, c'est le secret des Saints.

Bernadette raconta, en outre, que la Dame lui avait dit que, plus tard, elle aurait des révélations à lui faire. En cette quatrième Apparition, la Dame, qui avait témoigné sa satisfaction, révéla donc aussi sa sagesse. Nous sommes pressés, surtout en ce siècle de vitesse folle. L'art des nuances, la science des gradations, nous font de plus en plus défaut, la Vierge très prudente ne nous ressemble point. Elle a le temps pour auxiliaire de ses projets : par le miroitement de révélations ultérieures, elle pique la curiosité de Bernadette, elle la tient en haleine, elle laisse mûrir en cette enfant les fruits du Surnaturel, et cette maturation qu'en toutes choses, matérielles ou spirituelles, rien ne supplée, la prépare, lentement mais sûrement, au prochain accomplissement de sa mission.

Bernadette parla encore d'un fait étrange qui s'était produit durant la vision. Pendant qu'elle était en prière, dit-elle, un tumulte de voix sinistres paraissant sortir des entrailles de la terre était venu éclater au-dessus des eaux du Gave ; ces voix s'interpellaient, se croisaient, se heurtaient, comme les clameurs d'une foule en querelle. L'une de ces voix, dominant les autres, avait crié d'une manière stridente et pleine de rage : « Sauve-toi ! Sauve-toi ! » A ce cri qui ressemblait à une menace, la Dame avait levé la tête et froncé le sourcil en regardant vers la rivière. Sur ce simple mouvement, les voix s'étaient prises d'épouvante et avaient fui dans toutes les directions. Les auteurs de ce vacarme et de ces insolences étaient sans nul doute les démons survenus en ces parages avec la permission de Dieu. Leur flair, étonnamment subtil, leur faisait pressentir quelque prochain coup d'éclat du Surnaturel en ce coin des Pyrénées ; et, n'étant pas fixés sur l'identité de la Dame, lions féroces, ils rugissaient. Selon toute probabilité, c'est le chef de la troupe diabolique qui, plus haineux que les autres, venait de signifier à la Dame, par un cri plus rageur, de se sauver. Mais celle qui apparaissait, dans l'anfractuosité de la roche, « fraîche comme l'aurore, belle comme la lune, pure comme le soleil », était aussi « terrible comme une armée en bataille ». Un regard, un changement de physionomie, un froncement de sourcil lui avaient suffi pour réduire au silence et disperser l'attroupement mystérieux. Ainsi, ayant témoigné sa satisfaction, révélé sa sagesse, la Dame en cette quatrième apparition manifestait-elle sa puissance...

 

Examen

 

Avons-nous une expression de visage qui raconte la sérénité de notre foi, la ferveur de nos prières, la pleine possession de notre âme, qui soit comme un texte vivant d'Evangile, comme une apologie vécue de christianisme ?... On a, pour un observateur perspicace, la figure de son âme... Des sourires illuminaient le visage de Bernadette en prière.... N'avons-nous pas peur des enlèvements de la grâce ? On ne se donne à Dieu qu'à demi par crainte d'être pris en entier : la nature, avare de son autonomie, redoute les concurrences, les mainmises de la grâce.... Il est rare qu'on se trouve trop intelligent, trop honoré, trop riche, trop bien portant.... Par peur de l'emprise surnaturelle, on se trouve presque toujours suffisamment saint... ou l'on préfère, pour échapper aux ennuis du contrôle, ne se point regarder à ce divin miroir, ne se point peser à cette inquiétante balance.... « O mon Dieu, je vous en conjure, ne m'enlevez pas mon enfant », disait la mère Soubirous...

Tout comme les mondains et les mondaines, ne nous laissons-nous pas prendre aux apparences trop sensibles, aux formes matérielles ?... Pour nous, la vraie beauté réside-t-elle dans la pureté de l'âme... « Oh ! Qu'elle est belle ! », disait une assistante. Réservons-nous ce suffrage aux splendeurs d'âme opérées par la grâce ?... Dans notre paroisse, méritons-nous, par nos assiduités aux offices, par notre contribution généreuse aux frais du culte, par l'édification de nos exemples et la promptitude de notre dévouement, le titre de fidèles ?... Hélas ! Que d'infidèles parmi les catholiques de nos paroisses !... On fait plaisir aux créatures... on se fait plaisir à soi-même.... Où sont ceux, celles qui font plaisir à l'Eglise, à la Dame, à Jésus, à Dieu ?...

Sommes-nous des amis de la sage lenteur qui produit, pour le bien, des fruits mûrs en leur temps... Réprimons-nous la mobilité de nos idées, la perpétuité de nos mouvements enfantins ?... La Vierge ne dit pas tout, dès la première entrevue à Bernadette : elle lui annonça, pour plus tard, les révélations plus importantes... Savoir attendre et, sans injustice ni indélicatesse, savoir faire attendre, surtout ceux qui sont jeunes et chez qui la griserie de l'arriviste peut être si néfaste : quel art !... Ne sommes-nous point de ces naïfs qui étonnent, déconcertent et découragent les fréquentes tentations du Démon ?... Le Démon n'est pas un être imaginaire, c'est un être réel. Entre les âmes, il déteste principalement celles qui sont dévotes à la Vierge.... Enfants de Marie, attendez-vous donc à être plus fréquemment, plus violemment tentés... Mais ne vous effrayez point... Invoquez la Dame : « Elle fronça le sourcil et la troupe infernale s'enfuit épouvantée »...

 

Prière

 

O Notre Dame, donnez-nous une expression de figure chrétienne, un courage chrétien, une beauté chrétienne... Rendez-nous fidèles à la grâce, à notre règlement particulier, à tous nos devoirs de paroissiens.... Enseignez-nous à penser avec réflexion, à parler avec prudence, à agir avec sagesse.... Le bien aimé Pie IX disait : « L'enfer est en réparation, tous les diables sont dehors ». On raconte, est-ce vrai ?, qu'apparaissant naguère dans une loge maçonnique, le démon aurait dit : « Faites vite, car la Femme de la montagne pourrait vous empêcher d'aboutir ». La Femme de la montagne, c'est vous, ô Femme du calvaire, Dame de Lourdes ! Froncez le sourcil, jetez un regard de colère sur les esprits malins qui ont trop longtemps vagabondé dans le monde pour y accumuler des ruines, et, sans plus tarder, faites-les rentrer tous dans l'abîme infernal...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

173_001

Pour recevoir les méditations du Mois de Marie, chaque jour, dans votre boite mail, abonnez-vous à la newsletter d'Images Saintes

6 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

542574_10151325705029274_865246263_n

Septième jour

Le Conseil de famille

 

« Dès que Mademoiselle Millet et Antoinette Peyret eurent disparu, Bernadette fit connaître à ses parents les paroles recueillies de la bouche de la Dame et l'engagement pris par elle de revenir pendant quinze jours à la Grotte. En entendant cette dernière communication, les époux Soubirous tombèrent dans un trouble indéfinissable. Jusque là ils avaient pensé que les yeux de l'enfant se laissaient éblouir à la Grotte par quelque forme vaporeuse plus ou moins brillante, mais que cette forme finirait par s'évanouir, comme s'évanouissent, dans les hauteurs de l'espace, les figures fantastiques créées par les nuages. Les nouveaux renseignements apportés par la voyante renversaient toutes leurs hypothèses. Ce quelque chose de vague, d'indécis, qu'ils avaient entrevu par leur imagination était un être réel, vivant, ayant une volonté propre et parlant comme l'un d'eux. Maintenant, et ici commençait leur embarras, à quelle catégorie d'esprits fallait-il rattacher la personnalité immatérielle, et toutefois sensible, qui se montrait à Massabielle ?

Aux traits resplendissants de la Dame décrite par Bernadette, à la nature des promesses qu'elle faisait, le père et la mère de l'enfant croyaient reconnaître la Reine du Ciel. Mais ils repoussaient bien vite cette pensée comme présomptueuse, et se confondaient dans leur néant. Ils se prenaient ensuite à examiner l'idée conçue par Antoinette Peyret, c'est-à-dire la possibilité d'une apparition, sous une forme humaine, d'une âme du purgatoire. Mais la sérénité de l'être mystérieux ne semblait pas se concilier avec l'expression d'une personne qui souffre. Puis, une âme du purgatoire serait-elle venue sans but à la Grotte ? Pourquoi cette âme n'aurait-elle pas formulé ses désirs, ses prières, au moment où elle y était expressément conviée ? La présence d'une âme du purgatoire sur le rocher de Massabielle, ne paraissait donc pas probable aux Soubirous.

Un troisième aspect de la question jetait ces derniers dans une espèce de saisissement qui approchait de l'épouvante. Sans doute la Dame de la Grotte se présentait sous des dehors pleins de charme et de bénignité ; sans doute elle portait sur elle un objet religieux qui fait la terreur de l'enfer ; sans doute elle donnait des promesses qui, par leurs restrictions mêmes, rappelaient les promesses évangéliques. Mais à tous ces beaux semblants, à toutes ces belles assurances, pouvait-on se fier ? L'esprit du mal n'est-il pas capable de toutes les fourberies et de tous les mensonges ? En dehors de ces sujets de crainte, ne demeurait-il pas encore d'autres points noirs à éclaircir ? Que signifiait le silence de la Dame à l'égard de son nom ? Entrevoyant d'un côté la lumière et d'un autre les ténèbres, les époux Soubirous étaient en proie aux incertitudes les plus inextricables. Ils se sentaient enveloppés de surnaturel, et ce surnaturel, ils n'osaient ni l'accueillir, ni le combattre. Les braves gens arrivaient à la question finale sans pouvoir la résoudre : devaient-ils, ne devaient-ils pas autoriser Bernadette à retourner à la Grotte ?

Voyez-vous la maison de Bernadette devenue soudain comme une petite annexe de l'antique Sorbonne ? On y tient école de haute théologie ; on y envisage le cas sous toutes ses faces, on en fait, avec le scalpel d'un gros bon sens, l'anatomie savante : le mari et la femme s'y improvisent théologiens. Des grâces d'état les éclairaient sans doute, à leur insu ; il fallait néanmoins qu'ils offrissent à l'action de Dieu l'apport d'un jugement rare et d'une religion profonde, pour déployer tant de discernement en une semblable dissection. Voilà ce que faisait jadis le Christianisme chez les ignorants de la classe ouvrière : il mettait de la rectitude dans les cerveaux, de la modération dans les appétits, de l'honnêteté dans les cœurs ! Que les transformateurs modernes en fassent autant !

Dans les conjonctures un peu difficiles, les Soubirous ne manquaient jamais de consulter la tante Bernarde, la marraine de leur fille, et il était rare que son avis ne fût pas adopté. Au cours de la journée du 18 février, la mère de la voyante alla trouver sa sœur aînée pour lui faire part de ses perplexités. Bernarde écouta, mais elle ne voulut donner aucun conseil avant d'avoir réfléchi. Le soir, à la veillée, elle se présenta chez les Soubirous, et leur dit que son opinion était faite et qu'elle ne voyait pas de motif sérieux pour empêcher Bernadette de se rendre à l'invitation de la Dame. « Si la vision, fit-elle observer, est de nature céleste, nous n'avons rien à redouter ; si ce n'est qu'une supercherie diabolique, il n'est pas possible que la Vierge laisse tromper une enfant qui se confie à elle avec tout l'abandon de son innocence. Au surplus, ajouta Bernarde, il est un tort que nous nous sommes déjà donné : c'est celui de n'être pas allés nous assurer par nous-mêmes des faits qui s'accomplissent à Massabielle. Il est nécessaire que cette démarche se fasse ; puis, selon ce que nous aurons observé, nous déciderons de la conduite qu'il conviendra de tenir ».

C'était parler d'or. Il serait difficile d'entendre, à la veillée, dans les chaumières contemporaines, propos marqués au coin de plus de finesse d'esprit et de justesse d'observation. En désapprenant la Religion, le peuple n'a guère fait que s'abrutir... Déférant à la manière de voir de la tante Bernarde, la mère Soubirous et sa fille sortaient, le lendemain 19 février, au point du jour, de leur domicile des Petits-Fossés et se dirigeaient, enveloppées dans leurs capulets, vers la rue du Baous. Elles prirent en passant la tante Bernarde, puis, sans proférer une parole, les trois femmes, Bernadette au milieu, s'acheminèrent vers les bas-fonds du Gave.

 

Examen

 

Initions-nous nos parents aux desseins de Dieu sur nous quand ces desseins, nettement perçus, sagement analysés, sont une invitation à une vie plus parfaite, à une vocation plus haute ?... Que d'âmes appelées à rester vierges dans le monde, à devenir religieuses dans les cloîtres, manquent leur vocation, gâchent leur vie, pour ne s'être point ouvertes en famille, respectueusement mais carrément, sur l'appel divin !... Aide- toi, le Ciel t'aidera.... Bernadette fit connaître à ses parents les paroles de la Dame.... On en est arrivé, dans les foyers chrétiens, à ne plus oser parler de Jésus-Christ.... La pluie, le beau temps, la politique, les questions d'argent, la chronique du quartier, offrent bien plus d'attraits...

Admirez-vous l'humilité des Soubirous repoussant la pensée de l'apparition de la Vierge comme présomptueuse et se confondant dans leur néant ?... Seul l'orgueil, issu de la Révolution, pouvait multiplier avec ses crédulités niaises, comme il l'a fait parmi le peuple, la race des jobards et des gobeurs... Admirez-vous aussi la souplesse intellectuelle, la pondération de jugement, la droiture d'âme dont font preuve le père et la mère de Bernadette en disséquant le cas, exposé par leur fille, à leur façon ? Les prétendus intellectuels auraient haussé les épaules, ricané, et, en dépit de leurs lumières, n'auraient rien compris du tout.... Qu'elle est belle la Religion qui affine à ce point le bon sens des ouvriers !... O peuple, redeviens religieux pour redevenir clairvoyant !...

Admirez-vous encore l'union qui règne dans la famille Soubirous ?... On s'y défie de soi, on va chercher la tante, on la consulte comme un oracle, on lui obéit comme à une envoyée de Dieu.... Les tantes, celles qui sont dignes de ce nom, du moins, quelles sympathiques figures ! Quels services, quand elles sont vertueuses, ne rendent-elles pas !... On connaît la réponse de Racine à Madame de Maintenon lui promettant de dissiper un nuage survenu contre le poète dans la tête et le cœur du Roi et de ramener ainsi le beau temps : « Non, non, Madame, lui dit-il, vous ne le ramènerez jamais pour moi. Et pourquoi avez-vous une pareille pensée ? Doutez-vous de mon cœur ou de mon crédit ? Je sais, Madame, quel est votre crédit, et je sais quelles bontés vous avez pour moi. Mais j'ai une tante qui m'aime d'une façon bien différente. Cette sainte fille demande tous les jours à Dieu pour moi des disgrâces, des humiliations, des sujets de pénitence, et elle aura plus de crédit que vous »... Les tantes ne rendent pas que ces services, appréciés des chrétiens robustes seulement : elles en rendent d'autres, très nombreux, dans l'ordre temporel.... Heureux ceux à qui Dieu ménage, surtout dans les conjonctures difficiles, l'intervention d'une tante judicieuse, délicate, dévouée, sainte...

La sortie de la tante Bernarde, de la mère Soubirous et de Bernadette au point du jour ne vous dit-elle rien ? Leur silence absolu en route est-il pour vous sans éloquence ?... A quelle heure, tardive peut-être et inégale, nous levons-nous ?... Il fait si bon, pour l'hygiène de l'âme plus que du corps, se lever de bon matin !... Dieu tient tant aux prémices !... Le Démon trouve tant son compte à nous attarder paresseusement dans notre lit !... Les Saintes Femmes allèrent au tombeau de Jésus à la pointe du jour.... La matinée avance la journée, dit-on.... Le lever matinal, le silence matinal, donnant plus de temps et favorisant la méditation, préparaient jadis les serviteurs et les servantes, les ouvriers et les ouvrières, à l'audition de la Messe quotidienne, et en faisaient comme des moines et des moniales dans le monde... Heureux temps, qui existent encore dans les nations chrétiennes, qu'êtes-vous en France devenus ?...

 

Prière

 

O Notre-Dame, mettez sur nos lèvres, dans nos conversations en famille, les paroles les plus propres à sanctifier nos parents et à promouvoir l'oeuvre de notre sanctification personnelle.... Suscitez aussi, dans les circonstances où de graves décisions s'imposeront à nous, des conseillers et des conseillères qui, comme les parents et la tante de Bernadette, nous éclairent de leur bon sens, nous échauffent de leur foi, nous accompagnent de leurs prières et nous amènent jusqu'à vous.... On vous invoque comme l'étoile du matin : inspirez-nous le dégoût du désordre, des retards sans excuse, des honteuses paresses, dans notre lever ; aidez-nous à utiliser saintement, par la mortification de la nature, par le recueillement et la méditation, les premières minutes matinales, et conduisez-nous, quelles que soient les rigueurs de la saison et même la longueur des distances, pour l'assistance quotidienne à la messe, la grande Apparition divine, à l'autel de Jésus !...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

173_001

Pour recevoir les méditations du Mois de Marie, chaque jour, dans votre boite mail, abonnez-vous à la newsletter d'Images Saintes

5 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

5c06c325

Sixième jour

Demande de la Dame et Promesse

 

Et la Dame, ayant paru ensuite réfléchir un moment, ajouta : « Voulez-vous avoir la bonté de venir ici pendant quinze jours ? » Seconde parole : elle contenait une demande. Demande réelle : « Voulez-vous ? » Tel est le respect de Dieu pour notre volonté, dont il a fait la collaboratrice de ses vouloirs sur nous, pour ce qui se réfère à notre sanctification, que la Dame fait appel, d'abord, à la volonté, au libre arbitre de Bernadette. Elle aurait certes pu intimer un ordre, surtout à une fille de meunier, à une enfant ; elle formule une demande : « Voulez-vous ? »

Demande délicate : « Voulez-vous avoir la bonté ? » ou, selon une variante admise, parfois, dans la traduction de Bernadette : « Voulez-vous me faire la grâce ? » Peut-on rien concevoir comme forme de demande ! La volonté a été respectueusement consultée ; le cœur s'imprègne maintenant de bonté de grâce. La conversation de personnes bien élevées est un des plus grands charmes de société, ici-bas. Que doivent donc être les conversations du Ciel ? Nous en percevons un écho, par Marie : « Voulez-vous avoir la bonté, me faire la grâce ? » Vous qui aimez la Vierge, imitez son langage ; et qu'aucune parole maladroite n'éloigne jamais de vous ceux, si petits soient-ils, que vous avez le devoir d'édifier et convertir !

Demande particulièrement réjouissante : « Voulez-vous avoir la bonté de venir ici pendant quinze jours ? » Ainsi énoncé, l'objet inattendu de la demande apportait à Bernadette une double joie de précision et de durée. Rien ne paralyse comme l'incertitude, l'imprécision de ce qu'on a à faire, lorsqu'on voudrait s'employer pour Dieu ; rien aussi ne désenchante comme la rapidité des moments d'union plus intime avec le Surnaturel. Et Bernadette, maintenant, connaissait son devoir : « venir » ; et elle savait où le remplir : « ici ». Et cela durerait quinze jours ! La Dame me veut ici, devait-elle se dire à elle-même ; donc, ma mère ni personne ne pourra s'y opposer.... Quel apaisement dans son âme, quelle perspective de céleste bonheur !....

« Qu'as-tu répondu ? » lui demanda Antoinette Peyret. « J'ai répondu que oui ». « Mais pourquoi la Dame veut-elle que tu viennes ? » « Je l'ignore, elle ne me l'a pas dit ». « Mais, reprit à son tour Madame Millet, pourquoi nous as-tu fait signe de reculer quand nous étions tout à l'heure après toi ? » « Pour obéir à la Dame ». « Ah ! Soupira avec inquiétude Madame Millet, de grâce, Bernadette, demande-lui si ma présence ici ne lui serait pas importune ». Bernadette leva les yeux vers le haut du rocher, puis se retournant : « La Dame répond : « Non, sa présence ne M'est pas désagréable ». La voyante se remit à prier et avec elle les deux femmes. Dans cette seconde partie de l'Apparition, Madame Millet et Antoinette Peyret remarquèrent que Bernadette interrompait souvent sa prière pour se livrer à un colloque intime avec la Vision. Une heure se passa ainsi, puis tout disparut. Dès que Bernadette fut sortie de la Grotte, Madame Millet et Antoinette Peyret lui demandèrent si elle n'avait pas reçu de nouvelle communication de la Dame : « Si, répondit l'enfant, mi-attristée, mi-joyeuse ; elle m'a dit : « Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse dans ce monde, mais dans l'autre ».

Troisième parole : elle contenait une promesse. La dévotion à la Sainte Vierge a toujours été considérée comme un signe certain de pré-destination : « Enfant de Marie, dit l'adage ascétique, enfant du Paradis ». La Dame, pour rafraîchir cette conviction chez les chrétiens et chrétiennes modernes, tant oublieux de leur Salut, promet à Bernadette de la rendre heureuse non en ce monde, mais dans l'autre. Et les promesses de la Dame ne sont ni décevantes ni ruineuses, comme celles des hommes qui promettent tout et ne tiennent rien, soit qu'ils ne puissent ou ne veuillent plus. Il y a un autre monde dont celui-ci est le portique ; et c'est de l'autre monde, du monde de l'éternité bienheureuse, que d'ores et déjà, par nos aspirations et nos œuvres, nous devons faire partie. Mais qui pense à ce monde futur, aujourd'hui que la matière triomphante a jeté son voile sur les yeux de l'Esprit ? De n'y penser point ne le supprime pas. Il existe, et il sera le grand réformateur...

« Puisque la Dame consent à te parler, reprirent les femmes, pourquoi ne lui demandes-tu pas son nom ? » « Je l'ai fait ». « Eh bien ! Qui est-elle ? » « Je l'ignore ; elle a baissé la tête en souriant, mais elle n'a pas répondu ». La révélation du nom était une grâce qu'il fallait mériter. Elle se ferait plus tard.... Bernadette fut reconduite dans sa famille. Comme la meunière Nicolau, Madame Millet et Antoinette Peyret dirent à la mère : « Ah ! Que vous êtes heureuse d'avoir une pareille enfant ! »

Rien de plus vrai. La mère Soubirous, en proie à mille perplexités, n'appréciait peut-être pas alors tout son bonheur. Il était grand cependant. Mère, elle avait le bonheur de l'élection de sa fille par la Dame, supérieure à toutes ; chrétienne, elle avait le bonheur de la coopération directe à l'oeuvre sainte de la Grotte, par ses conseils, ses autorisations et ses souffrances ; femme, elle avait le bonheur de l'illustration même temporelle de son nom par les divulgations prochaines de la Renommée et de l'Histoire. Mais quand on est heureux, on a besoin de se l'entendre dire pour s'en bien pénétrer. Voilà pourquoi je me plais à dire à vous qui venez au Mois de Marie et servez la Vierge : « Vous êtes heureux, heureuse, de pouvoir jouir des intimités de la Dame. Comprenez votre bonheur ».

 

Examen

 

Connaissons-nous les vouloirs spéciaux de Dieu, de la Vierge, sur nous ?... On les connaît par les poussées de la grâce vers tel sacrifice ou telle action, par les élancements du cœur, par les incitations de la conscience, par les impasses auxquelles nous acculent les événements, par les indications de notre confesseur.... Répondons-nous : « Je veux », par un intelligent libre-arbitre, afin de ne pas être obligés, au jour de notre mort, de le dire par nécessité inexorable, alors que Dieu, ne nous demandant plus notre avis, nous dira d'un ton qui ne souffrira ni réplique ni délai : « Je veux ? »... Ouvrons-nous notre cœur, plus encore que notre esprit, aux désirs divins, aux ordonnances divines, mettant de la coquetterie à avoir toutes les bontés pour Dieu, à lui faire toutes les grâces, car ce qu'il regarde dans les œuvres c'est avant tout le cœur.... Bernadette répondit oui.

Ne sommes-nous point de ceux qui commencent avec entrain le mois de Marie, mais qui, avant la première quinzaine ou la fin de la seconde, ne remettent plus les pieds à l'église, non parce qu'ils sont retenus chez eux par la maladie ou les affaires, mais parce que rien ne leur plaît tant que l'inconstance, rien ne leur pèse plus que la continuité ?.... Sommes-nous bien convaincus que notre présence est fort agréable à Marie, à condition que dans ses sanctuaires nous sachions la prier avec ferveur et prendre des résolutions qui provoquent chez nous l'imitation plus parfaite de ses exemples et de ses vertus ?... Tout culte doit rendre imitateur.... Pensons-nous souvent au bonheur sans mélange ni terme qui nous attend au Ciel ?... Ne cherchons-nous pas plutôt être heureux sur cette terre, à la façon des mondaines et des mondains : désirant les richesses, les honneurs, les plaisirs qui deviennent si facilement des causes d'éternelle damnation ?...

Tout en ayant, je le veux supposer, une vraie dévotion intérieure à la Très Sainte Vierge, savons-nous faire pour elle, extérieurement, des sacrifices de toilette, par la simplicité de mise qui convient à des Enfants de Marie ?... Que de jeunes filles refusent aujourd'hui de s'habiller de blanc, de porter le voile virginal ! Si encore c'était pour économiser, elles pourraient être excusables. Mais elles ont peur de ne pas être assez belles, assez élégantes, pendant quelques heures, aux yeux du monde : des robes, des chapeaux, à la dernière mode, cadrent mieux avec leurs goûts de vanité qu'elles amalgament avec des airs et des pratiques de religion. Car à notre époque, par une anomalie tristement caractéristique, les personnes honnêtes ont la manie de se vêtir souvent comme celles qui ne le sont pas, afin de paraître, dirait-on, avoir quelque relent de légèreté ou de vice ; et celles qui ne sont pas honnêtes recourent à tous les vernis de l'hypocrisie pour reproduire les dehors de celles qui le sont.... C'est le monde renversé !.. La Dame plus belle, plus élégante que toutes, j'imagine, ne se montra pas si difficile : elle apparut à la Grotte tout juste avec le costume : robe blanche et ceinture bleue, admis dans l'association des Enfants de Marie à la paroisse de Lourdes, et elle consacra de la sorte, en l'irradiant d'une N'estimez-vous pas qu'une telle leçon de toilette ne devrait point passer inaperçue ?... 

 

Prière

 

O Notre-Dame, nous voulons avoir la bonté, vous faire la grâce de venir dans votre sanctuaire, non pas seulement pendant quinze jours, mais durant tout ce mois, qui n'aura que le tort très grand d'être trop court. Veuillez, en revanche, avoir la bonté, nous faire la grâce de nous promettre, comme à Bernadette, le bonheur du Paradis. « Salut, César, ceux qui vont mourir te saluent », disaient dans l'arène fatale les gladiateurs de Rome. Salut, disons-nous aussi, aux richesses, aux honneurs, aux plaisirs tyranniques : les enfants de la Vierge, uniquement épris des biens du Ciel, regardent la mort prochaine comme une libératrice, et ne vous accordent qu'un salut de pitié....

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

173_001

Pour recevoir les méditations du Mois de Marie, chaque jour, dans votre boite mail, abonnez-vous à la newsletter d'Images Saintes

4 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

132_001

Cinquième jour

Le papier et la plume

 

L'événement accompli pour la seconde fois à la Grotte s'ébruita dans Lourdes : les jeunes filles qui s'étaient séparées de Bernadette au moulin de Savy en parlèrent. On rit généralement du caquetage, on les traita de petites folles. Cependant deux personnes pieuses, Madame Millet et Antoinette Peyret qui faisait partie de la congrégation des Enfants de Marie établie dans la paroisse, prirent la chose au sérieux et, dans la journée du mercredi 17 février, décidèrent, pour s'éclairer à ce sujet, de se rendre, à la tombée de la nuit, au domicile des Soubirous.

« Elles se présentèrent juste au moment où Bernadette sollicitait de sa mère l'autorisation de retourner une troisième fois à la Grotte. Encore sous le coup des impressions reçues le dimanche précédent, la mère ne voulait pas renouveler ses alarmes et adressait à sa fille une sévère mercuriale. A la vue des deux visiteuses, elle s'arrêta un peu confuse, mais elle ne put cacher ni s'empêcher de dire le motif de son irritation. Madame Millet et Antoinette Peyret furent presque heureuses d'arriver en cette conjoncture ; elles s'employèrent à calmer la mère, à lui démontrer que ses craintes étaient exagérées. Elles appuyèrent ensuite la demande de Bernadette, et, plaidant autant pour elles-mêmes que pour l'enfant, elles firent remarquer qu'il y avait plus de danger à combattre ce désir qu'à le favoriser. Enfin elles s'engagèrent à accompagner Bernadette à la Grotte et à lui servir de protectrices ». L'opposition maternelle cessa. Le lendemain, jeudi 18 février, avait lieu la troisième Apparition.

« Avant le jour, afin de ne pas attirer l'attention des curieux, Madame Millet et Mademoiselle Peyret vinrent frapper discrètement à la porte des Soubirous, et Bernadette sortit avec elles. Elles avaient à peine fait quelques pas dans la rue, quand les cloches de la paroisse annoncèrent une messe basse : elles entrèrent à l'église. La messe entendue, elles s'acheminèrent vers Massabielle ; peu de personnes les virent passer, car les maisons n'étaient pas encore ouvertes. Madame Millet tenait ostensiblement le cierge traditionnel bénit à la Chandeleur, cierge qu'elle faisait brûler dans sa chambre aux jours de fête de la Vierge ou à l'approche des gros orages. Antoinette Peyret cachait de son côté sous les plis de son grand capuchon noir des Pyrénées une feuille de papier, une plume, de l'encre. Lorsqu'elles furent parvenues au sommet du mamelon de Massabielle, Bernadette, pressée d'arriver, laissa derrière elle ses protectrices et descendit rapidement vers la Grotte. Madame Millet et Antoinette Peyret, moins familiarisées avec le sentier, n'arrivèrent au bord du Gave que quelques minutes après la voyante. Elles trouvèrent cette dernière à genoux, récitant son chapelet, en face de la niche où pendait le buisson. Après avoir allumé le cierge bénit, les deux femmes imitèrent Bernadette et prirent leur chapelet. Le petit groupe agenouillé priait à voix basse depuis déjà quelques instants, lorsque la voyante jeta soudain un cri de joie : « Elle vient... La voilà ! » et Bernadette, frémissante de bonheur, inclinait en même temps la tête jusqu'à terre. Madame Millet et Madame Peyret se hâtèrent de porter leurs regards sur le rocher, mais hélas ! Pour elles rien n'y était changé.

« Bernadette était déjà en communication avec la céleste apparition. Elle priait et souriait tour à tour... Quand le chapelet fut récité, Antoinette Peyret dit à Bernadette en lui tendant le papier et la plume qu'elle avait apportés : « Demande, je te prie, à la Dame, si elle a quelque chose à nous communiquer et, dans ce cas, de vouloir bien le mettre par écrit ». La voyante fit trois ou quatre pas vers le rocher, puis comprenant sans se retourner que les deux femmes la suivaient, elle leur fit signe de la main de demeurer en arrière. Arrivée sous le buisson, Bernadette se haussa sur ses pieds et présenta le papier et la plume à la Vision. Elle demeura quelques instants dans cette attitude, regardant vers l'ouverture ogivale et paraissant écouter des paroles qui lui venaient du bout de la niche. Elle abaissa ensuite ses bras, fit une profonde inclination et revint à sa place première. Comme on le pense bien, le papier était demeuré blanc. Un peu attristée.

Antoinette Peyret se rapprocha de Bernadette et lui demanda ce qu'avait répondu la Dame. « Quand je lui ai présenté le papier et l'encre, elle s'est mise à sourire, puis, sans se fâcher, elle m'a répondu : « Ce que j'ai a vous dire, il n'est pas nécessaire que je le mette par écrit ».

Première parole de la Dame : elle contenait une triple leçon.

Leçon de respect. « Ce que j'ai à vous dire ». Elle lui disait vous. « La Vierge me dit vous », racontait-elle plus tard, en s'arrêtant à ce pronom, confuse et la tête baissée. Rien n'échappe aux enfants : ils saisissent bien vite la nuance des égards qu'on a pour eux. Ils nous mesurent à notre aune, d'après nos procédés à leur endroit. L'instinct de la dignité, affiné par l'amour-propre, leur donne des clairvoyances redoutables. Au foyer comme à l'école, les enfants ont perdu la majesté dont la Religion, pour protéger leur faiblesse, les avait recouverts : on les traite gentiment, sous maints toits, comme de petits animaux d'un dressage plus ou moins intéressant et long. Parents et maîtres ont besoin de se rappeler l'exemple de la Dame.

Leçon d'autorité doctrinale. « Ce que j'ai à vous dire, il n'est pas nécessaire que je le mette par écrit ». La Révélation, n'en déplaise à la Critique, vaut mieux que l'Histoire : elle en est la mère. Chez les individus comme chez les peuples, la pensée suggérée précède la parole, et la parole précède l'écriture. Les Livres Saints n'ont vu le jour qu'après que Dieu, qui les inspira au fur et à mesure de leur composition, a eu parlé à l'Humanité par des témoins spéciaux, et, plus tard, par le Verbe incarné. En dehors de nos Saintes Lettres, l'écriture, qui est une garantie en matière commerciale, est loin d'être toujours une certitude en Histoire. Plus d'une fois, le document authentique, passion des fouilleurs, réclame des fats, écueil des superficiels, doit renoncer à la prétention absolue d'apporter le rayon décisif.

Leçon de condescendance. « Ce que j'ai à vous dire ». Certaines grandes dames, moins grandes par leurs mérites que par leurs prétentions, le prennent de très haut, lorsqu'elles daignent adresser la parole à des inférieurs ou à ceux et celles que, malgré les nivellements démocratiques, elles regardent comme tels : fort peu avenantes, elles sont très laconiques. Les parvenues, favorites de la fortune et de l'intrigue, ont la spécialité de ces airs dédaigneux.

La Dame, elle, la plus grande Dame qui soit sur terre et au Ciel, ne se sert point de la plume naïvement présentée par Bernadette. Elle parle. Quel honneur pour cette enfant que d'entendre la Reine du monde s'entretenir en tête à tête avec elle ! Et elle parlait patois. Elle le devait pour se faire comprendre ; elle le devait davantage pour se faire aimer. « Un jour, raconte M. Estrade, que Bernadette causait avec nous, au salon, je lui adressai cette question : « Dis-moi, est-ce que la Dame de la Grotte te parle français ou patois ? » « Oh ! Patois !... » « Bah !... tu veux qu'une dame d'un rang si élevé sache parler patois ? » « Mais oui !... » Puis avec fierté et en employant une tournure patoise : « Et le patois de Lourdes, encore, qu'elle parle ! » Le don des langues, apanage des Apôtres après la Pentecôte, est encore plus l'apanage de Marie. Mère de tous les hommes, il faut bien que, le cas échéant, lorsqu'elle juge à propos de porter des messages, elle sache s'exprimer dans tous les idiomes.

 

Examen

 

Nous faisons-nous, non par vanité, par hypocrisie ou sotte indiscrétion, mais par zèle intelligent et sans peur aucune des critiques déraisonnables, les messagers, j'allais dire les gazettes vivantes et intéressantes du Bien ?... Les compagnes de Bernadette parlèrent de la Vision.... On parle de tout et quelquefois de tous dans les conversations contemporaines, excepté du Bon Dieu : on dirait qu'il est devenu, même parmi les professionnels de la piété, un étranger.... Chez les fidèles comme chez les prêtres, la bouche parlait jadis de l'abondance du cœur...

Avides de parler de Dieu, quand il le faut, et n'ayant rien de commun avec les intempérants de la langue qui ont le culte exagéré du moi comme les égoïstes ou du monologue comme les comédiens, avons-nous une avidité plus grande à entendre les autres, surtout ceux qui en savent plus que nous, parler de Dieu et de la Religion ?... Mesdames Millet et Antoinette Peyret se plurent à écouter, puis à défendre et à suivre Bernadette... Quelle que soit notre hâte de jouir des spectacles religieux les plus insolites, de satisfaire notre dévotion même envers la Très Sainte Vierge, préférons-nous cependant l'adoration de Jésus-Hostie, l'assistance au Saint Sacrifice, à tous les autres spectacles, à toutes les autres dévotions ?... Mesdames Millet, Antoinette Peyret et Bernadette, ayant entendu les cloches de la paroisse sonner la messe, entrèrent à l'église pour y assister....

Sommes-nous bien persuadés que ce que la Sainte Vierge a à nous dire, il n'est pas nécessaire qu'elle le mette par écrit ou qu'elle le traduise en paroles ?... Il lui suffit de le suggérer sous forme de pensée à notre esprit, de le faire passer comme un souffle de tendresse sur notre cœur. S'il est très doux d'ouïr comme Bernadette la Sainte Vierge, il est plus méritoire de la comprendre, sans avoir perçu d'une manière sensible l'émission de sa voix... Comment parlons-nous à nos inférieurs : enfants, élèves, employés, domestiques ?,,.Sommes-nous à leur égard calmes, respectueux, condescendants, dignes et non emportés, grossiers, boudeurs ou inégaux ?... Bien parler à ses subalternes c'est les édifier, les corriger, les instruire, les ennoblir... Ceux qui sont moins haut que nous tombent pour s'estimer trop et, plus souvent, pour ne s'estimer point assez...

 

Prière

 

O Notre Dame, ce que vous aviez à dire à Bernadette, vous le lui dites en temps opportun, avec respect, autorité, condescendance. Elle eut ainsi de vous le mot pour elle... Le mot pour soi ! On y tient tant ! Chacun de nous a besoin de l'entendre. Vous seule, après Dieu et votre Fils Jésus, le savez dire. Dites-le nous : qu'il soit compliment, conseil, ordre, reproche.... Et nous serons instruits, charmés, réconfortés...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

173_001

Pour recevoir les méditations du Mois de Marie, chaque jour, dans votre boite mail, abonnez-vous à la newsletter d'Images Saintes

3 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Moulin_de_Boly

Quatrième jour

L'eau bénite, le Meunier

 

Marie Hillot, qui tenait à ce moment le flacon d'eau bénite, le passa rapidement à Bernadette, en lui disant : « Vite, jette-lui de l'eau ». Bernadette obéit et jeta le contenu de la fiole dans la direction du buisson. « Elle ne s'en fâche pas, reprit la voyante avec satisfaction, elle approuve de la tête et sourit vers nous toutes ». Aussitôt les jeunes filles tombèrent à genoux, se rangeant en demi-cercle sur les cotés de Bernadette ».

Signalée par la grâce, accueillie par la reconnaissance, la deuxième Apparition fut, de la sorte, contrôlée par la religion.

Il fallait que ces enfants fussent bien instruites de leur catéchisme pour se rappeler la vertu de l'eau bénite, et songer à employer celui d'entre les sacramentaux le plus redouté du Démon. Bernadette alla à l'église quérir de l'eau bénite : jadis, dans les maisons chrétiennes, on renouvelait souvent semblable provision. Sa main dut répugner instinctivement à saisir la fiole pour procéder à une aspersion matériellement irrévérencieuse, puisque, à cause de l'identité de la Dame, elle était sûrement illusoire. Hâtive en son geste, elle ne marchanda point les gouttes d'eau bénite : elle vida d'emblée le flacon. Comment la Dame se serait-elle fâchée de l'emploi de ces petits moyens préservateurs ? Ceux-là seuls se fâchent, en des rencontres analogues, qui manquent ou d'esprit ou de cœur. Elle n'avait qu'à approuver et sourire. Ce qu'elle fit...

« Un instant après, Bernadette était plongée dans l'extase. Son regard, doux et tranquille, demeurait fixé sur la niche, vide et froide pour tout autre que pour elle, et semblait s'enivrer de la contemplation d'une beauté céleste ; son visage, transfiguré et rayonnant de bonheur, avait pris une expression indéfinissable ; on aurait dit un ange en prière. En présence d'un tel tableau, aussi inattendu qu'émouvant, les jeunes filles se troublèrent ne sachant à quel sentiment se livrer. La plupart éclatèrent en sanglots, et l'une d'elles s'écria : « Oh ! Si Bernadette allait mourir ! »

« Elles étaient là, anxieuses et hésitantes, quand un incident nouveau vint redoubler leurs alarmes. Une pierre, lancée du haut du mamelon, rebondit sur le rocher, et tomba dans le Gave. C'était plus qu'il n'en fallait pour affoler de jeunes têtes déjà surexcitées. Les amies de la voyante s'enfuirent de la Grotte, et, remplies de terreur, elles remontèrent le talus escarpé, en jetant de grands cris et en appelant au secours. Arrivées au chemin de la forêt, elles trouvèrent Jeanne Abadie, en tête de son petit peloton de retardataires, battant des mains et riant aux éclats. Bientôt tout fut expliqué : c'était Jeanne qui, pour se venger de ce qu'on ne l'avait pas attendue, avait causé la panique. La paix faite et la frayeur calmée, les jeunes filles venues d'en bas firent connaître aux autres l'état extraordinaire dans lequel elles avaient laissé Bernadette. Toutes s'empressèrent de descendre pour venir en aide à leur amie commune. Elles trouvèrent la voyante agenouillée à la même place, dans les ravissements de l'extase. Elles approchèrent d'elle, l'appelèrent affectueusement par son petit nom : mais Bernadette était insensible à la voix de ses compagnes. Comme si elle n'était plus de ce monde, son regard demeurait fixé sur l'objet qui la captivait. Les jeunes filles, ne sachant si la voyante était morte ou si elle allait mourir, se lamentaient, se désolaient, lorsqu'elles virent descendre la mère et la sœur de Nicolau, le meunier du moulin de Savy. Les deux femmes avaient entendu les cris de détresse des enfants et s'étaient empressées d'accourir. En voyant Bernadette en extase, elles demeurèrent stupéfaites et comme saisies d'un religieux respect. Elles s'approchèrent d'elle timidement et cherchèrent par de douces instances à la faire revenir à la vie ordinaire. Peine perdue : Bernadette ne voyait, n'entendait que sa chère vision. Il fallait cependant soustraire la voyante au charme qui la captivait d'une manière si merveilleuse. Sans tarder davantage, la mère Nicolau se détacha de Massabielle et alla prendre son fils au moulin de Savy. Le jeune meunier, alors âgé de vingt-huit ans, courut à la Grotte le sourire ironique sur les lèvres, croyant assister à une espièglerie d'enfant. Arrivé près de Bernadette, il recula de surprise et se croisa les bras.

« Poussé cependant par sa mère, le jeune Nicolau prit, avec précaution, Bernadette sous les aisselles et essaya de la faire marcher. Soutenue ensuite par la meunière et son fils, la voyante put parvenir ainsi au moulin de Savy. Mais, durant le trajet, elle paraissait suivre du regard un être mystérieux qui se tenait sur le devant et un peu au-dessus d'elle. En vain, le fils Nicolau, pour rompre le charme, lui mettait la main sur les yeux, et l'obligeait à baisser la tête : Bernadette revenait sans cesse à sa position première et continuait à poursuivre sa contemplation. Ce ne fut qu'à son arrivée au moulin que Bernadette reprit possession d'elle-même et qu'elle vit avec tristesse reparaître devant ses yeux le tableau décoloré de la vie ordinaire. Interrogée sur les causes qui avaient provoqué ses ravissements, Bernadette fit le récit de la vision du jour, qui n'était qu'une répétition du jeudi précédent ».

Signalée par la Grâce, accueillie par la reconnaissance, contrôlée par la religion, la deuxième Apparition fut donc contrariée par l'amitié.

Il n'est pas possible de mener une vie dévote dans le monde, sans s'attirer les coups de langue des sots ou les coups de force des fâcheux qui dégénèrent en violents.

« Oh ! Si Bernadette allait mourir ! » Réflexion trop humaine. Comment aurait-elle pu mourir, quand son âme d'extatique, plus que jamais, buvait la Vie ? Mais supposons-la morte en de telles conjonctures ; la Mort aurait été, pour elle, le gain par excellence, puisque la perte de la Vie du Temps était la conquête immédiate de la Vie éternelle, avec toutes ses félicités. Le monde ne comprend point ainsi les choses. Il permettra, que dis-je ? Il prescrira de passer des nuits au théâtre, au bal, en voyages d'agrément. Mais il proscrit une heure d'Adoration nocturne, un séjour prolongé à l'église, une veille de prières en un train de pèlerinage : « Oh ! Si Bernadette allait mourir ! » Il paraît qu'en servant Dieu avec ferveur, on meurt plus vite physiquement : ce qui n'empêche point les prêtres et les moines de tenir, dans les statistiques, le record de la longévité. On meurt aussi intellectuellement : ce qui n'empêche pas davantage les plus grands génies d'avoir été les plus grands Saints. On meurt encore, dit-on, socialement : et cependant, pour les postes de confiance comme pour les mariages sérieux, les jeunes filles les plus chrétiennes, les jeunes gens les plus pratiquants continuent, là où l'on a horreur des aventures malpropres, à être les plus recherchés...

Aux paroles inconsidérées s'ajoutent, contre les personnes pieuses, les procédés de mauvais aloi.

On lance des pierres dans leur jardin, on amuse la galerie à leurs dépens, on rit, on ricane, on s'évertue à troubler leur solitude, jaloux qu'on est de leur commerce avec la Vierge et Dieu. On simule la désolation, on joue la comédie du sentiment. On fait appel aux étrangers...

Mais quand l'âme est solidement ancrée dans la piété, rien ne la fait changer d'attitude. Telle Bernadette, que la meunière et son fils tentèrent vainement d'arracher à sa chère Vision. Là où les femmes ont échoué, on espère que les hommes réussiront. Ils arrivent, dédaigneux, sceptiques, sûrs de vaincre. Mais la piété répand sur la figure de ses serviteurs et de ses servantes, tant est grande l'influence de l'âme sur le corps, des clartés quasi célestes, et les hommes loyaux, honnêtes, hésitent à se mêler de ce qui ne les regarde point. Ils se sentent, malgré eux, dans le voisinage d'un être supérieur et se reconnaissent indignes d'y toucher. Il faut bien pourtant que le coup de force, préparé, escompté, se produise. Et la force intervient, cherche à rompre le charme, oblige à des déplacements ceux et celles qui voudraient rester tranquilles, bande les yeux, abaisse les têtes. Mais voilà que le charme ne se rompt point : l'idée du Divin se fixe en l'âme, et les yeux rouverts et les têtes relevées contemplent derechef la Vision... Et quand le Surnaturel a perdu, à la fin des grandes grâces, ses sensations irrésistiblement fascinatrices, on en garde le souvenir, et le souvenir du passé, avivé par la légitime espérance du retour des mêmes faveurs, remplit les vies humaines que l'on espérait religieusement désenchanter et épuiser. Ainsi l'amitié contrariante, l'inquisition tracassière et la force, même doublée de la haine brutale, sont contraintes, devant les résistances du Surnaturel, de s'avouer vaincues ! Qu'on s'empare des corps ! En ceux qui ont la vocation chrétienne bien trempée, l'âme est insaisissable. Et ce sont les captures d'âme qui donnent la victoire Quoi qu'elle fasse, l'impiété est donc assurée d'être finalement battue, tant que chez nous il y aura, dans toute l'acception du mot, des âmes...

 

Examen

 

Quel usage faisons-nous de l'eau bénite dans nos maisons, à la porte des églises, à la cérémonie de l'Aspersion ?... Notre bénitier, si nous en avons un appendu près de notre lit, n'est-il pas toujours sec, servant simplement d'ornement à notre chambre que le confort ou l'irréligion moderne laïcise de plus en plus ?... N'aurions nous pas aimé jouir de la vue de Bernadette en extase ? Beau, ineffablement beau était son visage ; plus belle mille fois est notre âme en grâce avec Dieu. Ah ! Si nous savions la splendeur de la grâce, la laideur du péché !... Ne sommes-nous pas trop facilement distraits de notre union à Dieu par les petits incidents politiques ou sociaux qui se produisent autour de nous et même contre nous ?... Les jeunes filles eurent beau pousser des cris, le meunier eut beau l'emmener, lui mettre la main sur les yeux, l'obliger à baisser la tête, Bernadette continua, comme si de rien n'était, à poursuivre sa contemplation.... Quand lutterons-nous, pour Dieu, dans nos prières, contre l'habituel vagabondage de notre esprit et de notre cœur ?...

 

Prière

 

O Notre Dame, ardent est notre désir de vous être agréables ; arrière tout ce qui jusqu'à présent dans notre conduite vous a déplu : nous le répudions. Il faut que désormais telle soit pour vous notre délicatesse, que nos anges gardiens puissent dire comme Bernadette, après avoir jeté l'eau bénite : « La Dame approuve de la tête et sourit vers nous toutes ».

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

173_001

Pour recevoir les méditations du Mois de Marie, chaque jour, dans votre boite mail, abonnez-vous à la newsletter d'Images Saintes

2 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

3b19bba8

Troisième jour

Retour à la Grotte

 

Bernadette passa les journées du vendredi et du samedi 12 et 13 février, hantée par le souvenir de sa Dame. La défense maternelle l'empêcha seule de retourner à la Grotte, Mais là où était son trésor, là demeura son cœur. Elle arriva ainsi au dimanche 14 février, se demandant sans cesse quelle serait la suite du mystérieux événement qui l'avait de la sorte amorcée. Or, dans l'après-midi de ce jour, une voix retentit en son âme, la pressant, suavement mais fortement, de se rendre à Massabielle. Sa nature craintive ne lui permit point de s'ouvrir à sa mère sur l'appel intime qu'elle venait de percevoir. « Plus libre avec sa sœur Marie, elle lui confia son secret et la pria d'agir auprès de leur mère pour obtenir la permission désirée. Marie essuya un premier refus ; sans se décourager, elle fit appel à son amie, Jeanne Abadie, pour plaider ensemble la cause de Bernadette. La mère Soubirous résista encore : elle se rappelait les funestes effets de la première sortie, et ne voulait pas s'exposer à augmenter ses inquiétudes en livrant sa fille à de nouvelles et dangereuses émotions ».

La deuxième Apparition fut donc, tout d'abord, signalée par la grâce. La grâce est la sublime travailleuse des âmes. Prévenante, elle les initie par des jets gradués de lumière, par des pulsations ascendantes d'amour, par des pressentiments indéfectibles ou des incitations secrètes, aux désirs et aux vouloirs de Dieu ; elle est le signal avertisseur le plus délicat, le plus insinuant, le plus sûr, des prochaines manifestations du Divin. Adjuvante, elle mûrit l'esprit, rectifie le jugement, épure le cœur, assouplit le caractère, affermit la volonté, dispose l'acte, et se révèle comme un agent diplomatique hors de pair, pour mener à bien une surnaturelle entreprise. La grâce n'agit point seulement en l'âme, objet des privautés de Dieu : elle fait sentir aussi son action en toutes celles qui se trouvent sur son passage, dans son rayon, en son orbite. Parents, amis, étrangers avec lesquels les événements mettent en rapport, tous subissent, à leur insu, son influence. Telles, ici, la mère de Bernadette, sa sœur Marie, Jeanne Abadie, les premières en scène, que nous voyons évoluer dans leurs idées et intervenir, chacune selon son rôle, avec obligeance. Si nous écoutions nos Voix, les oppositions domestiques, contre lesquelles les desseins de Dieu sur nous se butent plus ou moins, seraient vite évanouies...

« La Dame cependant appelait Bernadette à la Grotte. Doucement, sans effort, elle sut lever les obstacles et ouvrir les chemins à sa petite privilégiée. Mettant précisément en jeu les sollicitudes de la mère, elle amena celle-ci à se demander si la démarche à laquelle elle s'opposait n'était pas plutôt le moyen le plus efficace de débarrasser sa fille des folles idées qui l'obsédaient. Si l'enfant, en effet, ne voyait plus rien à la Grotte, n'était-il pas à présumer qu'elle reviendrait d'elle-même de ses premières impressions ? La mère, quoique anxieuse, se décida donc à laisser tenter l'épreuve d'une seconde visite. A une nouvelle instance faite par les deux petites filles, pour ne pas paraître se déjuger, elle simula l'impatience et répondit : « Allez, partez, et ne me cassez plus la tête. Au moins, ajouta- t-elle, soyez ici à l'heure des Vêpres, sans cela vous savez ce qui vous attend ».

Rien ne casse plus facilement la tête des gens du monde que les questions religieuses : elles écrasent par leur majesté, s'imposent par leur nécessité, intriguent par leurs énigmes, tyrannisent par leurs exigences, quand elles ne charment plus par leurs attraits. Dans le cas présent, la mère Soubirous forçait intentionnellement la note ; elle avait la tête un peu énervée, non cassée. La prudence maternelle lui inspirait des saillies que réprouvait, à part elle, la chrétienne. Ses paroles dépassaient sa pensée. Est-elle charmante cette invite à rentrer pour les Vêpres : l'office divin devenant une limite d'octroi pour la pieuse faveur sollicitée ! Les parents envoyaient donc leurs enfants aux Vêpres, à cette époque et en ce pays, et ils avaient des façons spéciales de corriger les délinquants. Le mode d'éducation a bien changé depuis. Les Vêpres sont regardées comme un supplément de dévotion indigeste dont on s'exonère volontiers.

« En dehors du cercle de la famille, Bernadette n'avait parlé à personne de la vision qu'elle avait eue à la Grotte. Marie, sa sœur, n'avait pas cru devoir se tenir dans la même réserve. Dès le matin du 14 février, une douzaine de jeunes filles du quartier étaient dans la confidence, et toutes avaient demandé à suivre Bernadette, au cas où celle-ci reviendrait à Massabielle. Aussitôt que l'autorisation de la mère fut accordée, Marie, fidèle à des promesses données, courut, accompagnée de Jeanne Abadie, prévenir ses amies. Pendant ce temps Bernadette s'habillait à la hâte, et son imagination se créait par avance le tableau des joies qui l'attendaient à la Grotte. Ce tableau l'attirait, et cependant un nuage importun venait de temps en temps en assombrir la radieuse perspective. La voyante se rappelait ce que lui avait dit sa mère des l'uses du démon, et, bien qu'elle sentît en elle-même comme une certitude invincible, qu'elle n'avait pas été mystifiée, elle ne pouvait se défendre d'une certaine appréhension. En tout cas, sur le conseil de ses jeunes compagnes, elle se munit d'une fiole qu'elle alla remplir au bénitier de la paroisse. Ainsi armée contre les artifices de l'esprit de mensonge, elle s'engagea confiante dans le chemin de la forêt, escortée de cinq ou six jeunes filles de son âge que Marie, sa sœur, avait réunies en toute diligence. D'autres compagnes devaient suivre ; mais comme leurs apprêts de toilette n'étaient pas encore terminés, il fut convenu que Jeanne Abadie les attendrait. Aussitôt que le premier groupe parvint à Massabielle, Bernadette tomba à genoux sur le côté droit de la Grotte, en face du buisson au-dessus duquel la Dame avait une première fois apparu. Elle se mit en prière ; puis, tout à coup, elle s'écria dans un transport de joie : « Elle y est ! Elle y est !... »

Signalée par la Grâce, la deuxième Apparition fut accueillie par la reconnaissanceLa Grâce avait opéré au-dedans ; la reconnaissance éclatait au-dehors. C'est la logique de l'amour : on désire, on espère, on a craint, on voit, on tressaille : « Elle y est ! Elle y est ! » Elle est où on l'appelle, où on l'invoque, où on la supplie, où on l'aime. Mais on est plus sûr de la trouver à coté du tabernacle de son Fils, dans les sanctuaires et les Cathédrales bâtis en son honneur par la piété des contemporains ou des aïeux : « Elle y est ! Elle y est ! »

Bernadette remorquait après elle une escorte d'amies.... Pourquoi n'aurions-nous point la nôtre, quand nous venons aux autels de Notre Dame ? Rien n'est moins égoïste que la Religion bien comprise ; rien n'est plus conquérant que le prosélytisme religieux bien appliqué. On risque de se heurter pour les femmes à des retards de toilette, pour les hommes à des sursis de respect humain. Mais les courants s'établissent : la Grâce, travaillant l'ambiance, rend moins rebelle et plus active la Nature. La toilette de l'âme devient la préoccupation dominante, on finit par goûter l'orgueil de la Vertu...

 

Examen

 

Comment employons-nous les après-midi du Dimanche ? On croit avoir été un héros, une héroïne du christianisme en assistant, de quelle manière !, à la messe, le matin.... Le reste du temps, on vit humainement comme les jours de semaine.... Le jour de Dieu doit cependant avoir 24 heures. Quel malheur de ne les point sanctifier toutes !... Dans l'après-midi du dimanche, Bernadette entendit une voix en son âme.... C'est aussi un dimanche que les révélations de l'Apocalypse furent faites à l'apôtre saint Jean.... Quelles voix frappent nos oreilles ?... Nous excellons à vaincre les résistances de nos parents, quand il s'agit d'obtenir les permissions flatteuses pour l'amour-propre ou la sensualité... Avons-nous la même adresse de tactique, la même opiniâtreté de vouloir, pour mettre fin à leurs oppositions accidentelles aux desseins de Dieu sur nous ?... Bernadette mit à contribution sa sœur et son amie pour agir auprès de sa mère, et réussit...  

Une voix intérieure ne nous dit-elle pas, depuis quelque temps peut-être : arrache tel défaut, acquiers telle vertu, romps telle relation, combats telle habitude, cesse telle lecture, et viens à moi ?... C'est la grâce qui nous prévient : elle veut nous aider, nous changer, pour nous transfigurer.... Comment y répondons-nous ?... Bernadette, ayant entendu, obéit... Remarquons-nous l'action divine en ceux que Dieu place sur nos pas, pour que nous travaillions à leur salut ou qu'ils travaillent au nôtre ?... La mère de Bernadette, sa sœur, Jeanne Abadie, évoluèrent dans leurs idées, pour favoriser les plans divins sur la Voyante... Savons-nous voir Dieu et le remercier de ses manifestations dans les événements plus saillants, dans les émotions religieuses plus vives, qui accidentent notre Vie ?... Bernadette, à l'aspect de la Dame, s'écria : « Elle y est !... »

 

Prière

 

O Notre Dame, Mère, Dispensatrice de la grâce, c'est vous qui nous appelez intérieurement, chaque soir, à l'exercice du mois qui vous est consacré... Vous étiez bien en réalité devant les yeux ravis de Bernadette à la Grotte.... Mais l'enfant était aussi elle-même, avec son âme plus encore qu'avec son corps, devant vos yeux qui en étaient impressionnés. Accordez-nous donc d'être en votre présence (car vous êtes ici comme à Lourdes) avec tout notre esprit, pour vous contempler ; avec toute notre volonté, pour vous servir ; avec tout notre cœur, pour vous aimer !...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

173_001

Pour recevoir les méditations du Mois de Marie, chaque jour, dans votre boite mail, abonnez-vous à la newsletter d'Images Saintes

1 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

047_001

Deuxième jour

Après l'Apparition, à la maison de Bernadette

 

« Dès que la Dame eut disparu, racontait encore Bernadette, Jeanne Abadie et ma sœur revinrent à la Grotte, et me trouvèrent à genoux à la même place où elles m'avaient laissée. Elles se moquèrent de moi et me traitèrent d'imbécile, de bigote, et me demandèrent si oui ou non je voulais me retirer avec elles. Je n'eus à ce moment aucune peine à entrer dans le ruisseau et je sentis l'eau tiède comme l'eau de la vaisselle. « Vous n'aviez pas tant à crier, dis-je à Jeanne et à Marie, en essuyant mes pieds ; l'eau du canal n'est pas aussi froide que vous sembliez le faire croire ! » « Tu es fort heureuse, toi, de ne pas la trouver froide ; pour nous, elle nous a produit un tout autre effet ».

Précédée par une contrariété, annoncée par des signes symboliques, sanctifiée par la prière, la première Apparition fut donc suivie d'une récompense.

Le contact du Surnaturel fortifie et transforme, en certains cas, même le corps. La Vertu est ce qu'il y a au monde de plus hygiénique ; les compensations terrestres, décernées à ceux qui en observent les préceptes, sont plus fréquentes que l'ignorance ou l'impiété ne l'imaginent. Nous ne voulons pas en conclure que si les Saints de glace, redoutés des frileux, nous font sentir prochainement le froid, vous n'en serez point, à cause de votre ferveur, incommodé. Mais il est certain que l'amour aguerrit contre les éléments, et que la grâce divine, plus forte que l'amour, peut, en maintes circonstances, les empêcher d'être nuisibles, quand elle ne donne pas à ses disciples la passion victorieuse du Bien, au milieu même des étreintes du Mal...

Entendons de Bernadette les derniers détails de la narration : « Nous liâmes en trois fagots les branchages et les tronçons de bois que mes compagnes avaient apportés ; nous montâmes ensuite la pente de Massabielle, et revînmes rejoindre le chemin de la forêt. Pendant que nous avancions vers la ville, je demandai à Jeanne et à Marie si elles n'avaient rien remarqué à la Grotte. « Non, répondirent-elles, pourquoi nous fais-tu cette question ? » « Oh ! alors, rien », leur dis-je avec indifférence. Cependant avant d'arriver à la maison, je fis part à ma sœur Marie des choses extraordinaires qui m'étaient arrivées à la Grotte, et je lui recommandai d'en garder le secret. Durant toute la journée l'image de la Dame demeura dans mon esprit. Le soir, en faisant la prière de famille, je me troublai et me mis à pleurer. « Qu'as-tu ? » me demanda ma mère. Marie se hâta de répondre pour moi, et je fus obligée de donner moi-même des explications sur ma surprise de la journée. « Ce sont des illusions, répliqua ma mère : il te faut chasser toutes ces idées-là de la tête, et surtout ne plus retourner à Massabielle ». Nous allâmes nous coucher ; mais je ne pus dormir. La figure si bonne et si gracieuse de la Dame me revenait sans cesse à la mémoire, et j'avais beau me rappeler ce que m'avait dit ma mère, je ne pouvais croire que je me fusse trompée ».

Précédée par une contrariété, annoncée par des signes symboliques, sanctifiée par la prière, suivie d'une récompense, la première Apparition fut donc, pour Bernadette, continuée par le souvenir, et accueillie par le scepticisme maternel.

On s'explique que l'enfant ne songeât plus qu'à sa chère Dame, au point d'en perdre le sommeil. Si une vision de paysage, de figure humaine, est capable d'imposer à l’œil observateur, au cœur conquis, une hantise irrésistible, comment une manifestation authentique de Surnaturel n'aurait-elle point produit sur l'âme toute neuve, toute droite et pure, de Bernadette, une impression plus absorbante encore ? Vraie était sa parole, et rien qu'à ce son d'âme, un psychologue averti constaterait la véracité de son témoignage, quand elle disait : « Durant toute la journée l'image de la Dame demeura dans mon esprit.... Nous allâmes nous coucher ; je ne pus dormir. La figure si bonne et si gracieuse de la Dame me revenait sans cesse à la mémoire ».

En taxant d'illusions les révélations de sa fille, en lui défendant l'entretien de ces pensées, le retour à la Grotte, la mère de Bernadette faisait preuve de sagesse humaine. Mais la sagesse humaine devient facilement, dans la perception et l'analyse des phénomènes surnaturels, l'incompétence, l'erreur, voire la folie. Et cette incompétence, cette erreur, cette folie sont le partage d'une foule de parents. Ils toléreront chez leurs enfants toute sorte d'idées mondaines, de fréquentations dangereuses. Mais entretenir des idées nettement chrétiennes, avoir des assiduités à l'église, commercer intimement avec Dieu, Jésus-Christ, la Vierge, les Anges et les Saints, ce sont là des illusions dont ils se feront les expulseurs parfois brutaux !

Le monde renchérit sur les parents, et avec l'habitude de généralisation affectionnée par l'ignorance et le vice, il fait un bloc peu consistant des questions religieuses et le renverse en un geste de sommaire mépris. Selon lui, les exercices de piété, la réception fréquente des sacrements, l'état de grâce, le travail de la sanctification, l'éternité, le Christ, la Vierge et même Dieu, tout cela est illusion, chimère, anachronisme, inutilité : il faut être de son siècle, il faut que jeunesse se passe ; comme si nous ne devions pas être avant tout, en notre mentalité, du siècle de l’Évangile enseigné par Jésus ; comme si la jeunesse ne se pouvait bien passer que dans le sans-gêne religieux, sinon dans l'impiété et l'immoralité !...

« Mais, répétait Bernadette, j'avais beau me rappeler ce que m'avait dit ma mère, je ne pouvais croire que je me fusse trompée ». Non, Enfant clairvoyante comme la Pureté, vous ne vous étiez point trompée : vous étiez dans le vrai absolu. L'illusionnée était, ici, votre mère. Et le monde gît aussi tout entier, malgré sa jactance, dans l'illusion, l'erreur, l'anachronisme, l'inutilité et le mal, quand il se permet de railler la Croyance !

 

Examen

 

Nous trouve-t-on quelquefois à genoux dans notre maison, à l'église, devant la statue de la Vierge, et sommes-nous insensibles aux moqueries malséantes, aux propos discourtois que peut susciter, de la part de nos compagnons, ou de nos compagnes, notre dévotion prolongée ?... « Jeanne Abadie et ma sœur, rapportait Bernadette, me trouvèrent à genoux, se moquèrent de moi ».

Après avoir fait dévotement nos exercices de piété, n'avons-nous pas senti plus d'élan, de goût et même d'habileté pratique, à remplir nos autres devoirs domestiques et sociaux ?... Le chrétien décuple les aptitudes, les énergies de l'homme, comme la chrétienne perfectionne singulièrement la femme, lorsqu'on se laisse pénétrer plus avant par la grâce de Dieu. On voit plus clair dans la tête, on a plus chaud au cœur, on triomphe sans peine des obstacles naguère rebutants. « Je sentis l'eau tiède comme l'eau de la vaisselle », observait Bernadette.

Avons-nous quelque ami avec lequel nous puissions parler, quand les confidences sont nécessaires, de notre âme et du Bon Dieu ?... « Je fis part à ma sœur Marie des choses qui m'étaient arrivées à la Grotte ». La pensée de Marie nous est-elle habituelle, pendant le jour ? Y revenons-nous avant de nous endormir ?... Sommes-nous de ces parents qui, remplissant leurs fonctions de prêtres du foyer, président, le soir, à la prière en famille ?... « Durant toute la journée l'image de la Dame demeura dans mon esprit et, le soir, en faisant la prière de famille, je me troublai ». Heureux trouble, dont l'amour était l'inspirateur !

Acceptons-nous humblement les contradictions que notre manière de concevoir les choses religieuses peut provoquer dans notre entourage familial ?... Et, pour n'être dupes d'aucune illusions, pour mériter, de Dieu et de la Vierge, une confirmation de grâces, un accroissement de lumières, nous cramponnons-nous, sans jamais lâcher prise, aux enseignements du Pape, aux affirmations du Credo ?... « Je ne pouvais croire que je me fusse trompée ».

 

Prière

 

O Notre Dame, vous n'apparûtes à Bernadette, préférablement à toutes les autres jeunes filles des Pyrénées et de France, que parce qu'elle était supérieure aux autres, peut- être, en humilité, en Charité, en mortification, en pauvreté, en innocence, en foi.... Augmentez en nous ces vertus dont la parure dans les âmes vous captive : nous pourrons ainsi mieux vous servir, plus vous comprendre, si nous ne sommes point de ceux ni de celles qui, ici-bas, comme Bernadette, sont appelés à vous voir face à face dans le creux d'un rocher

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

173_001

Pour recevoir les méditations du Mois de Marie, chaque jour, dans votre boite mail, abonnez-vous à la newsletter d'Images Saintes

30 avril 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

173_001

Premier jour

Préludes et Apparition

 

« Quand je fus seule, ajoutait Bernadette, je jetai quelques pierres dans le lit du ruisseau pour y appuyer les pieds, mais cela ne me servit de rien. Je dus alors me décider à quitter mes sabots et à traverser le canal comme avaient fait Jeanne et ma sœur. J'avais commencé à ôter mon premier bas, quand, tout à coup, j'entendis une grande rumeur pareille à un bruit d'orage. Je regardai à droite, à gauche, sur les arbres de la rivière, rien ne bougeait : je crus m 'être trompée. Je continuais à me déchausser, lorsqu'une nouvelle rumeur semblable à la première se fit encore entendre. Oh ! alors j'eus peur et me dressai toute droite. Je n'avais plus de parole et ne savais que penser, quand, tournant la tête du côté de la Grotte, je vis à une des ouvertures du rocher, un buisson, un seul, remuer comme s'il avait fait grand vent. Presque en même temps, il sortit de l'intérieur de la Grotte un nuage couleur d'or.... »

Précédée d'une contrariété, la première Apparition fut donc annoncée par des signes symboliques. Il fallait bien frapper, forcer l'attention de Bernadette ; de là, la grande rumeur d'abord incomprise, puis renouvelée. Elle était le symbole de l'Esprit Saint : spiration d'amour ineffablement rafraîchissante au sein de la Trinité ; souffle délicat qui caresse l'humble hysope ou, s'il est nécessaire, vent impétueux qui déracine les cèdres de l'orgueil. En vain est-on distrait, sourd, même systématiquement : il a de quoi se faire entendre. Il avait soufflé en tempête, au matin de la Pentecôte, pour réveiller de sa torpeur le vieux monde païen et en chasser les miasmes. Il souffla, à deux reprises, en faveur de Bernadette. Ses ondulations purifiaient aussi l'atmosphère et préparaient les éléments eux-mêmes à la visite de leur Reine...

L'agitation du buisson symbolisait les émois de l'âme sous l'action de l'Esprit de Dieu. Elle commence par trembler de crainte : le Surnaturel, avec ses mystères et sa transcendance, impressionne toujours. Et elle s'agite ensuite, contrainte qu'elle est, voulût-elle rester buisson épineux et ne produire que des roses sauvages, sans la greffe et la culture de la grâce, de subir la domination du Divin. Le nuage couleur d'or était également la figure du Saint-Esprit qui, par des transitions respectueuses de notre liberté et de notre faiblesse, s'insinue doucement dans l'âme, avant de l'embraser de ses feux. Lors de l'Incarnation, il avait couvert la Vierge de son ombre, comme jadis, au Temple, il enveloppait d'un nuage l'arche de l'ancien Testament...

« Et peu après, reprenait Bernadette, une Dame jeune et belle, belle surtout comme je n'en avais jamais vu, vint se placer à l'entrée de l'ouverture au-dessus du buisson. Aussitôt elle me regarda, me sourit et me fit signe d'avancer comme si elle avait été ma mère. La peur m'avait passé, mais il me semblait que je ne savais plus où j'étais. Je me frottais les yeux, je les fermais, je les ouvrais ; mais la Dame était toujours là, continuant à me sourire et faisant comprendre que je ne me trompais pas. Sans me rendre compte de ce que je faisais je pris mon chapelet dans ma poche et me mis à genoux. La Dame m'approuva par un signe de tête, et amena elle-même dans ses doigts un chapelet qu'elle tenait à son bras droit.

Lorsque je voulus commencer le chapelet et porter ma main au front, mon bras demeura comme paralysé, et ce n'est qu'après que la Dame se fut signée que je pus faire comme elle. La Dame me laissa prier toute seule ; elle faisait bien passer entre ses doigts les grains de son chapelet, mais elle ne parlait pas ; et ce n'est qu'à la fin de chaque dizaine qu'elle disait avec moi : « Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto ». Quand le chapelet fut récité, la Dame rentra à l'intérieur du rocher, et le nuage d'or disparut avec elle ».

A ceux qui demandaient le portrait détaillé de la Dame, Bernadette répondait : « Elle a l'air d'une jeune fille de seize ou dix-sept ans. Elle est vêtue d'une robe blanche, serrée à la ceinture par un ruban bleu glissant le long de la robe. Elle porte sur sa tête un voile également blanc, laissant à peine apercevoir ses cheveux et retombant ensuite en arrière jusqu'au-dessous de la taille. Ses pieds sont nus, mais couverts par les derniers plis de la robe, si ce n'est à la pointe où brille sur chacun d'eux une rose jaune. Elle tient à son bras droit un chapelet à grains blancs, avec une chaîne d'or luisante comme les deux roses des pieds ».

Précédée par une contrariété, annoncée par des signes symboliques, la première Apparition fut donc sanctifiée par la prière. La Dame se signe la première. Avec quelle perfection ce signe de croix dut être dessiné ! N'aurions-nous pas besoin d'aller à cette école pour y apprendre à faire, non pas seulement géométriquement, mais amoureusement, le signe rédempteur ?

Et Bernadette commença. Combien de nos jeunes chrétiennes contemporaines, même dans ce qu'on appelle le grand monde, auraient été embarrassées, en semblable occurrence, de prendre dans leur poche le chapelet ! Les objets de piété sont devenus trop encombrants, trop lourds pour la poche des jeunes filles, des femmes trop légères. Des articles de vanité, d'artistiques petits miroirs, des porte-bonheur, des amulettes, des flacons, des mouchoirs parfumés, des écrits ou imprimés compromettants, cela ne pèse point et ne gène pas du tout. Mais le chapelet !!!! ô temps, ô mœurs !... Avec quelle dévotion, devant une telle Assistante, l'enfant dut égrener les Ave ! Pour elle, comme dirait le barde de Bretagne, le ciel était si bas, si bas qu'elle y voyait monter sa prière... Les vaniteuses intempestives remplissent toutes les conversations de leurs faits et gestes ; le vide de leur cerveau ou de leur cœur fait sans cesse sortir le pronom personnel, je, moi, de leur bouche pleine. La Dame, ne voulant se louer elle-même, demeurait muette au cours de la dizaine et n'ouvrait les lèvres qu'à la Doxologie, pour laisser échapper, comme trois cris d'amour, les trois invocations glorieuses au Père et au Fils et au Saint-Esprit...

 

Examen

 

Ne sommes-nous pas de ceux que décourage l'insuccès des premiers efforts personnels ? Constante, Bernadette se décida à quitter ses sabots, à traverser le canal, après avoir constaté l'inutilité des premières pierres jetées dans le ruisseau.... Quelle est notre constance dans l'apport humain que Dieu et les hommes attendent de nous ?... Un jour ou l'autre, dans le courant de notre vie, n'avons-nous pas entendu intérieurement, au fond de l'âme, sinon extérieurement, comme Bernadette, avec nos oreilles de chair, quelque grande rumeur ?... Rien ne bougeait pour nous, au dehors ; tout était bouleversé en nous, au dedans. Interrogeons nos souvenirs....

N'avons-nous pas une peur excessive des manifestations même normales du Surnaturel, et pour bannir cette peur qui, corrigée dans son outrance, nous assagirait à la façon des Saints, n'entretenons-nous pas puérilement en nous les lâches distractions, les coupables paresses, les sottes confiances ?... Quelle est notre dévotion au Saint-Esprit, l'indispensable Ouvrier de toute sanctification ? Vivons-nous, par l'exemption du péché, dans sa grâce habituelle ? Correspondons-nous à chacune de ses grâces actuelles ? Faisons-nous, avec son divin concours, usage de ses dons ?... Rien n'échappe à Bernadette : ni la rumeur renouvelée, ni l'agitation du buisson, ni le nuage couleur d'or.... Que voyons-nous, que sentons-nous, qu'entendons-nous, dans le monde du Surnaturel ?...

Si la Vierge ici présente, quoique cachée, se manifestait à nos yeux, nous accueillerait-elle comme Bernadette ? « Elle me regarda, disait l'enfant, me sourit et me fit signe d'avancer ». Que seraient pour nous ses regards, ses sourires, ses signes ?... Portons-nous habituellement le chapelet ?... Le récitons-nous avec la ferveur de Bernadette devant la Dame ?... Comment prononçons-nous le « Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto » après chaque dizaine ? Avons-nous pour les trois Personnes de l'adorable Trinité un respect un peu approchant de celui de la Vierge, à la Grotte ?... Que de résolutions à prendre sur tous ces points !...

 

Prière

 

O Notre-Dame, tout en chantant avec la nostalgie de l'exilé le cantique : « J'irai la voir un jour, au Ciel, dans ma patrie, oui, j'irai voir Marie, ma joie et mon amour », nous tenons à vous voir dès maintenant le plus possible à travers le nuage lumineux de la Foi !... Nous tenons aussi à ce qu'à notre vue, comme à celle de Bernadette, (car vous nous voyez tous mystérieusement, sans ombre;, vous ayez pour nous de gracieux sourires.... Rendez-nous persévérants dans les efforts humains, frappez nos âmes par de grands coups de grâce, livrez-nous tout entiers à l'Esprit, votre divin Époux, apprenez-nous l'art de vous plaire en effeuillant pour vous les Ave Maria, et méritez-nous de contempler, après notre mort, la Très Sainte Trinité, dans les siècles des siècles.

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

19f81faa

Pour recevoir les méditations du Mois de Marie, chaque jour, dans votre boite mail, abonnez-vous à la newsletter d'Images Saintes

29 avril 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

173_001

Veille du premier jour

L'arrivée à la Grotte

 

C'est donc à Lourdes que nous allons passer ce mois de mai tant désiré et enfin revenu. Pour le soin, souvent exagéré, du corps, on se ménage dans les stations balnéaires des cures d'eau, dans les stations climatériques des cures d'air. Remercions Dieu de nous avoir inspiré la pensée, fourni le moyen, d'entreprendre aux Pyrénées, en la station mystique la plus bienfaisante du monde, la cure d'âme dont notre esprit, notre volonté, notre cœur, plus ou moins fatigués, éprouvent le besoin. Quand on arrive au sommet des montagnes, dans les coins de forêt, sur la grève des plages, aux bords des sources, après lesquels on soupirait, la première chose qu'on fait, une fois installé en sa chambre d'hôtel, c'est de respirer en toute hâte le grand air, d'écouter le rythme, de regarder l'écume, de recevoir l'embrun des vagues, de se livrer, à l'orifice des fontaines, à d'impatientes libations. De même, sitôt arrivé à Lourdes, se hâte-t-on, avec une célérité plus légitime, de venir « voir le roc sauvage, où la Vierge un jour descendit, la Vierge au radieux visage qui nous console et nous bénit ». Et, tant qu'on a le bonheur de demeurer en cette ville sainte et d'y vivre en pèlerin, on fait de la Grotte le centre principal de ses journalières activités.

Ainsi ferons-nous, si vous le voulez, chaque jour de ce mois ! La Grotte de Massabielle explique d'ailleurs tout Lourdes, comme la grotte de Bethléem révéla aux Bergers tout le mystère de Noël, comme la grotte du jardin des Oliviers initia les trois Apôtres à l'agonie du Sauveur, comme le tabernacle, façon de grotte symbolique, contient toute l'économie cultuelle de nos églises par la présence de Jésus-Hostie....

Transportons-nous donc au 11 février 1858, et apprenons aujourd'hui de Bernadette elle-même les préliminaires de la Première Apparition.

« Le jeudi gras, il faisait froid et le temps était sombre. Après notre dîner, ma mère nous dit qu'il n'y avait plus de bois dans la maison, et elle s'en chagrinait. Ma sœur Toinette et moi, pour lui faire plaisir, nous nous offrîmes à aller ramasser des branches sèches sur le bord de la rivière. Ma mère nous répondit que non, parce que le temps était trop mauvais et que nous pourrions nous exposer à tomber dans le Gave. Jeanne Abadie, notre voisine et notre amie, qui gardait son petit frère à la maison et qui avait envie de venir avec nous, alla remettre son frère chez elle, et revint un moment après, en nous disant qu'elle avait la permission de nous accompagner. Ma mère se fit prier encore, mais voyant que nous étions à trois, elle nous laissa partir. Nous prîmes tout d'abord la rue qui conduit au cimetière, à côté duquel on décharge du bois, et où l'on trouve par moments des copeaux abandonnés.

Nous n'y trouvâmes rien ce jour-là. Nous descendîmes la côte qui mène près du Gave, et arrivées au Pont-Vieux, nous nous demandâmes s'il fallait aller vers le haut ou le bas de la rivière. Nous décidâmes d'aller vers le bas ; et prenant le chemin de la forêt nous arrivâmes à la Merlasse. Là, nous entrâmes dans la prairie de M. de Lafitte par le moulin de Savy. Une fois à l'extrémité de cette prairie, presque en face de la Grotte de Massabielle, nous fûmes arrêtées par le canal du moulin que nous venions de traverser. Les eaux de ce canal n'étaient pas fortes, car le moulin ne marchait pas, mais elles étaient froides, et, pour ma part, je craignais d'y entrer. Jeanne Abadie et ma sœur, moins peureuses que moi, prirent leurs sabots à la main et passèrent le ruisseau. Cependant lorsqu'elles furent de l'autre côté, ces drôles se mirent à crier au froid, et se baissèrent sur elles-mêmes pour réchauffer leurs pieds. Tout cela augmentait ma crainte, et je sentais que, si j'entrais dans l'eau, mon asthme allait me reprendre. Alors je priai Jeanne Abadie, qui était plus grande et plus forte que moi, de venir me passer sur ses épaules. « Oh ! Ma foi, non ! Répondit Jeanne ; tu n'es qu'une mignarde et une ennuyeuse, si tu ne veux pas passer, reste où tu es ». Ces drôles, après avoir ramassé quelques morceaux de bois sous la Grotte, disparurent le long du Gave ».

La première Apparition fut donc précédée pour Bernadette d'une contrariété. Un embarras matériel lui attirait une humiliation ; elle était traitée de mignarde, d'ennuyeuse. Ces aménités de langage ne sont-elles point aussi servies par le monde aux personnes qui font profession de piété ? Mignardes, ennuyeuses même, elles peuvent l'être, et le sont, pourquoi en disconvenir ? lorsque, dépourvues de l'habileté rudimentaire qu'ont les autres pour vaincre les obstacles, elles obligent leurs parents ou leurs amis, leurs serviteurs ou leurs servantes, à leur rendre des services dont, avec un peu d'intelligence et de bonne volonté, elles devraient se passer. Mais ces personnes, méticuleuses et importunes, ne représentent point la véritable piété. La piété véritable est, au contraire, large d'esprit et d'un commerce plein de délicatesses, de réserves et de charmes. Mais voilà ! Le monde ne se donne pas la peine de distinguer, et même, lorsque, comme Bernadette, nous nous heurtons à des difficultés réelles, il fait pleuvoir sur nous ses quolibets et ses ricanements.

C'est convenu : pour n'être ni mignard, ni ennuyeux, il faut être mondain. Heureusement, les contrariétés, grandes ou petites, suscitées par le monde, sont la rançon de prochaines récompenses, même temporelles. On s'applaudit alors d'avoir été traité de mignard, d'ennuyeux... Qui sait si vos assiduités au Mois de Marie ne vont point faire décocher contre vous, flèches peu malfaisantes, ces qualificatifs ? Réjouissez- vous, ce sont les préludes obligatoires des interventions du Surnaturel.

 

Examen

 

Quelles sont nos dispositions au début de ces exercices ? Ne les regardons-nous pas comme un usage de bon ton, comme un agréable passe-temps, comme une effusion de sentimentalité religieuse, au lieu d'y voir une série de pressantes invitations à la prière, à l'effort sanctificateur ?... Apprécions-nous le bienfait de cette cure d'âme qui commence, mille fois plus que les mondains et les mondaines n'apprécient les avantages corporels de leur séjour à la montagne, dans les bois, aux villes d'eaux, durant la belle saison que l'on devrait appeler souvent la saison laide du péché ?... Sommes-nous franchement décidés à suivre, quoi qu'il en coûte, le pieux traitement, le régime de vie plus sainte, prescrit par notre confesseur : sublime spécialiste, médecin des consciences dont la santé est à refaire ou à fortifier ?... Quelles prévenances avons-nous envers nos parents, surtout s'ils, sont tristes et dans le besoin ?... Bernadette, pour faire plaisir à sa mère, s'offrit, par un jour sombre et froid, à aller ramasser des branches sèches sur le bord de la rivière.... Avons-nous confiance en Dieu qui veille sur nos destinées à chaque instant de notre vie, et qui, nous crûssions-nous abandonnés, intervient en notre faveur, si magnifiquement ?... Le 11 février 1858 était, pour les Soubirous et leur fille, une date divine qu'ils ne soupçonnaient point.... Ah ! Si nous connaissions les grandes dates de la Providence sur nous !... Leur échéance est peut-être proche... Si nous savions, par notre docilité, les préparer...

 

Prière

 

O Notre-Dame, attirez-nous à vous, comme vous avez attiré, à son insu, Bernadette à la Grotte, vous proposant de vous montrer à ses regards. Quelle surprise vous lui réserviez, tout juste quand, son asthme la rendant raisonnablement craintive, elle encourait la raillerie de ses compagnes ! Surprenez-nous, pendant ce mois, par quelqu'une de vos gâteries maternelles, que nous importeront alors les critiques dont les superficiels, les vaniteux ou les jaloux pourront nous abreuver ?...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

P7170570

Pour recevoir les méditations du Mois de Marie, chaque jour, dans votre boite mail, abonnez-vous à la newsletter d'Images Saintes

18 avril 2014

La Miséricorde Divine

tj200812250838_1

La Miséricorde Divine du Coeur de Jésus

 

18871068

L'icône du Christ Miséricordieux

 

La genèse de l'icône est liée à une vision du Christ Miséricordieux que soeur Faustine a eue le 22 février 1931, dans notre couvent à Plock. Au cours de cette vision, le Christ lui a commandé de peindre une image avec une inscription au bas: Jésus, j'ai confiance en Toi. L'image représente le Christ ressuscité portant les stigmates de la Passion aux mains et aux pieds. De son Coeur caché sur l'image sortent deux rayons: l'un rouge et l'autre pâle. Lorsque soeur Faustine avait demandé à Jésus la signification des rayons, Il lui a répondu: Ces deux rayons indiquent le sang et l'eau: le rayon pâle signifie l'eau qui justifie les âmes; le rayon rouge signifie le sang, qui est la vie des âmes. Ces deux rayons jaillirent des entrailles de ma miséricorde, alors que mon coeur, agonisant sur la croix, fut ouvert par la lance. Autrement dit, ces deux rayons désignent les Sacrements, mais aussi la sainte Eglise née du côté transpercé du Christ, ainsi que les dons de l'Esprit Saint dont l'Eau est un symbole biblique: Heureux, celui qui vivra dans leur ombre - dit Jésus - car la main juste de Dieu ne l'atteindra pas. L'image montre donc une grande Miséricorde Divine qui fut révélée dans le Mystère pascal de la Rédemption, et qui s'accomplit sans cesse dans les Sacrements de l'Eglise. L'image est un vase pour puiser des grâces et un signe qui rappelle aux fidèles le besoin d'avoir confiance en Dieu et de faire miséricorde aux autres. Les paroles situées en bas de l'image expriment elles-aussi, l'attitude de confiance: Jésus, j'ai confiance en Toi. L'image doit rappeler, par ailleurs, la nécessité de pratiquer la charité, d'après les paroles prononcées par Jésus Lui-même: Par cette image, je donnerai beaucoup de grâces aux âmes, elle doit leur rappeler les exigences de ma miséricorde, car même la foi la plus forte ne sert à rien sans l'action. La vénération de cette icône consiste en une prière pleine de confiance, liée à des actes de miséricorde. Au culte de l'image Jésus a attaché les promesses suivantes: la grâce du salut, de grands progrès sur la voie de la perfection chrétienne, la grâce de bien mourir ainsi que toutes sortes de grâces et de biens nécessaires pour vivre ici-bas, pourvu que l'on prie avec confiance. Je donne aux hommes un vase - dit Jésus à soeur Faustine - avec lequel ils doivent venir puiser la grâce à la source de la miséricorde. Ce vase, c'est cette image avec l'inscription: Jésus, j'ai confiance en Toi. Par cette image j'accorderai beaucoup de grâces aux âmes, que chaque âme ait donc accès à elle. Je promets que l'âme qui honorera cette image ne sera pas perdue. le lui promets aussi la victoire sur ses ennemis dès ici-bas, et spécialement à l'heure de la mort, moi-même, je la défendrai comme ma propre gloire. Les flammes de la miséricorde me brûlent, je désire les déverser sur les âmes humaines. Oh! quelle douleur elles me causent, quand elles ne veulent pas les recevoir (... ). Dis à l'humanité endolorie de se blottir dans mon coeur miséricordieux et je la comblerai de paix. L'humanité ne trouvera pas la paix tant qu'elle ne se tournera pas avec confiance vers ma miséricorde. Parle au monde de ma miséricorde, que l'humanité entière apprenne à connaître mon insondable miséricorde. C'est un signe pour les derniers temps, après viendra le jour de la justice. Tant qu'il en est temps, que les hommes aient recours à la source de ma miséricorde, qu'ils profitent du sang et de l'eau qui ont jailli pour eux. (848) Avant de venir  comme juge équitable, j'ouvre d'abord toutes grandes les portes de ma miséricorde. Qui ne veut pas passer par la porte de ma miséricorde, doit passer par la porte de ma justice...

90026EZ

La Fête de la Miséricorde Divine

Le 1er Dimanche après Pâques

 

Elle doit être célébrée le premier dimanche après Pâques (le dimanche in albis), conformément à un voeu exprimé par le Seigneur Jésus à soeur Faustine. La date choisie par Jésus lui-même montre le rapport étroit qui existe entre le Mystère pascal de la Rédemption et cette Fête. En effet, la liturgie même de la Fête loue Dieu riche en miséricorde. La Fête de la Miséricorde doit être non seulement un jour où l'on honore Dieu dans ce mystère, mais aussi un jour de grâce pour tous et surtout pour les pauvres pécheurs. Le Seigneur Jésus a attaché à cette Fête de grandes promesses. La plus importante est intimement liée à la Sainte Communion reçue ce jour-là (après une confession valide). Elle consiste à obtenir une rémission plénière des fautes et des peines. Cette grâce égale uniquement celle que nous recevons au Sacrement du baptême. La grandeur de cette Fête réside aussi dans le fait suivant: tous, même ceux qui se sont convertis à l'occasion de cette Fête, peuvent implorer et obtenir toutes les grâces, à condition que leurs demandes soient conformes à la volonté divine. Je désire - dit Jésus à Sainte Faustine - qu'il y ait une fête de la Miséricorde. Je veux que cette image que tu peindras avec un pinceau, soit solennellement bénie le premier dimanche après Pâques, ce dimanche doit être la fête de la Miséricorde. Je désire que la fête de la Miséricorde soit le recours et le refuge pour toutes les âmes, et surtout pour les pauvres pécheurs. En ce jour les entrailles de ma miséricorde sont ouvertes, je déverse tout un océan de grâces sur les âmes qui s'approcheront de la source de ma miséricorde; toute âme qui se confessera et communiera recevra le pardon complet de ses fautes et la remise de leur punition; en ce jour sont ouvertes toutes les sources divines par lesquelles s'écoulent les grâces; qu'aucune âme n'ait peur de s'approcher de moi, même si ses péchés sont comme de l'écarlate. La Fête de la Miséricorde a jailli de mes entrailles pour la consolation du monde entier (1517) et elle est confirmée dans les profondeurs de mon amour infini. Cette fête doit être préparée par une Neuvaine qui commence le Vendredi Saint; elle consiste à réciter le Chapelet à la Miséricorde Divine pendant neuf jours de suite; la neuvaine se termine le dimanche dit in albis.

jezu_ufam_tobie_web

La Neuvaine à la Miséricorde Divine

 

La neuvaine est le dernier acte de lutte spirituelle pour les âmes qui se sont égarées sur le chemin de la vie et qui ont perdu la foi, l’espérance et l’amour. La neuvaine doit être une prière « pour la conversion du monde entier et la connaissance de la Miséricorde Divine » (PJ 1059). Elle doit être célébrée à compter du Vendredi Saint pour préparer la Fête de la Miséricorde Divine mais à tout autre moment de l’année aussi. Le désir du Seigneur est que Faustine amène les âmes à la source de la Miséricorde Divine « afin qu’elles puisent force et fraîcheur, ainsi que toutes les grâces dont elles ont besoin dans les difficultés de la vie et particulièrement à l’heure de la mort » (PJ 1209). Il annonce également qu’Il ne refusera rien à l’âme qui lui sera amenée à la source de sa miséricorde (cf. ibid.). Chaque jour de la neuvaine doit être une prière pour des groupes de personnes différents. Le désir du Sauveur est donc clair, il veut que nous nous souciions non seulement de notre salut, mais également de celui des autres. Comme nous pouvons facilement le remarquer, cet appel à la prière ne concerne pas uniquement les pécheurs, mais différentes catégories de personnes, y compris celles qui au quotidien plaisent à Dieu. Ainsi, l’humanité deviendrait une immense famille de prière unie par la glorification de la Miséricorde Divine et par l’imploration de cette miséricorde pour ceux qui en ont besoin. « Je désire que durant ces neuf jours, tu amènes les âmes à la source de ma miséricorde, afin qu’elles puisent force et fraîcheur, ainsi que toutes les grâces dont elles ont besoin dans les difficultés de la vie et particulièrement à l’heure de la mort. Chaque jour tu amèneras jusqu’à mon cœur un groupe d’âmes différent et tu les plongeras dans l’océan de ma miséricorde. Et moi, je ferai entrer toutes ces âmes dans la demeure de mon père. Tu feras cela dans cette vie et dans l’autre. Je ne refuserai rien aux âmes que tu amèneras à la source de ma miséricorde. Et chaque jour par ma douloureuse passion, tu solliciteras de mon Père des grâces pour ces âmes.» « J’ai répondu : Jésus, je ne sais comment faire cette neuvaine, ni quelles âmes conduire tout d’abord à Ton Cœur très compatissant. Et Jésus me répondit qu’il me dirait chaque jour quelles âmes je devrai conduire à Son Cœur. » (PJ 1209)

Num_riser0026

L'Heure de la Miséricorde Divine

 

Voici comment Sœur Faustine note la demande de Jésus à la date du 10 octobre 1937, juste un an avant sa mort : « A trois heures implore ma miséricorde, tout particulièrement pour les pécheurs et ne fût-ce que pour un bref instant, plonge-toi dans ma passion, en particulier dans mon abandon au moment de mon agonie C’est là une heure de grande miséricorde pour le monde entier. Je te laisserai pénétrer ma mortelle tristesse ; en cette heure je ne saurais rien refuser à l’âme qui me prie, par ma passion… » (PJ 1320) En février 1938, Jésus demandait d’être invoqué dans sa miséricorde pour les pécheurs et le monde entier, à trois heures de l’après-midi. A cette médiation, il a attaché une grande promesse d’effusion de grâces spéciales pour toute âme et le monde entier. « Je te rappelle ma fille que chaque fois que tu entendras l’horloge sonner trois heures, immerge-toi tout entière en ma miséricorde en l’adorant et en la glorifiant ; fais appel à sa toute puissance pour le monde entier et particulièrement pour les pauvres pécheurs car à ce moment elle est grande ouverte à toutes les âmes ; à cette heure là tu peux tout obtenir pour toi et pour les autres, à cette heure- là , la grâce a été donnée au monde entier, la miséricorde l’emporta sur la justice. Ma fille essaie à cette heure là de faire le chemin de croix autant que tes occupations te le permettent mais si tu ne peux pas faire le chemin de croix, entre au moins un moment à la chapelle et célèbre mon Cœur qui est plein de miséricorde dans le Très Saint Sacrement ; et si tu ne peux pas entrer à la chapelle, plonge toi dans la prière là où tu te trouves, ne serait-ce que pour un tout petit moment. J’exige de toute créature de vénérer ma miséricorde, mais de toi d’abord, car je t’ai fait connaître le plus profondément ce mystère.» (PJ 1572) Voilà comment nous pouvons sanctifier cette « heure du Golgotha » de tous les jours en mettant en pratique les recommandations du Christ Miséricordieux. « A cette heure-là, tu peux tout obtenir pour toi et pour les autres; à cette heure, la grâce a été donnée au monde entier la miséricorde l'emporta sur la justice. » (PJ 1572) Cette heure permettra aussi à chacun d’unir ses activités et ses souffrances avec celles du monde entier à l’œuvre rédemptrice du Christ. Quel trésor de grâces pouvons-nous ainsi mettre à la disposition de l’Eglise ! Alors notre vie de chrétien revêtira une signification plus consciente de sa vraie valeur corédemptrice. Mais n’oublions pas que l’heure du Golgotha n’est pas le terme de la mission du Christ. Nécessairement, elle conduit à la rencontre personnelle du Ressuscité qui, de son Cœur transpercé, nous enveloppe de ses rayons de purification et de sanctification. Tel est d’ailleurs le message du Christ Miséricordieux.

 

Prière pour célébrer l’Heure de la Miséricorde

 

Ô Jésus, Tu T’es chargé Toi-même, uniquement par amour pour nous, d’une si terrible passion. La justice de Ton Père aurait été fléchie par Ton seul soupir, et Ton anéantissement est uniquement l’œuvre de Ta miséricorde et de Ton inconcevable amour… Au moment de Ton agonie sur la croix, à ce moment même, Tu nous as donné la vie éternelle; en laissant ouvrir Ton côté, Tu nous as ouvert l’inépuisable source de Ta miséricorde; Tu nous as donné ce que Tu as de plus cher: le sang et l’eau de Ton Cœur. Telle est la toute-puissance de Ta miséricorde, d’elle provient toute grâce pour nous. (Petit Journal, 1747)

DV_20mosaic

Chapelet à la Miséricorde Divine

 

Jésus a dicté cette prière à la Sœur Faustine à Vilnius la nuit du 13/14 septembre 1935. (Petit Journal 475-477) Il lui en parlé 14 fois, tout en expliquant son but et les promesses liées à elle. Dans ce chapelet nous offrons à Dieu le Père: « le Corps et le Sang, l’Âme et la Divinité » de Jésus Christ… « en réparation de nos péchés et de ceux du monde entièr. » Par cette prière nous nous unissons au sacrifice de la croix de Jésus, pour le salut de monde; nous invoquons cet amour que Dieu le Père a pour son Fils, et pour le monde. En demandant la miséricorde de Dieu pour nous et pour le monde entier, nous accomplissons un acte de miséricorde. En ajoutant à cela une attitude de confiance et en accomplissant les conditions d’une bonne prière (humilité, persévérance, accord avec la volonté de Dieu), avec attitude d’un sincère, regret des péchés commis, nous pouvons espérer la réalisation des promesses du Christ liées à la récitation de ce chapelet. Ma fille, incite les âmes à dire ce chapelet que je t’ai donné. Il me plaît de leur accorder tout ce qu’elles me demanderont en disant ce chapelet. (Petit Journal, 1541) Si ce que tu demandes est conforme à ma volonté. (Petit Journal, 1731) Les prêtres le donneront aux pécheurs comme une ultime planche de salut; même le pécheur le plus endurci , s’il récite ce chapelet une seule fois obtiendra la grâce de mon infinie miséricorde. (Petit Journal, 687) Les promesses particulières liées au chapelet concernent l’heure de la mort: la grâce de la conversion et d’une mort paisible; elles peuvent être obtenues par les personnes qui récitent ce chapelet et les mourants, auprès desquels l'on prie avec ces paroles.

 

Récitation du chapelet à la Miséricorde Divine

On récite les prières suivantes sur le chapelet ordinaire, et l'on méditera sur les Mystères Douloureux

 

Au début: Notre Père… Je Vous salue Marie…. Je crois en Dieu…

Sur les gros grains, une fois: Père Éternel, je Vous offre le Corps et le Sang, l’Âme et la Divinité de Votre Fils Bien-Aimé, notre Seigneur Jésus-Christ, en réparation de nos péchés et de ceux du monde entier.

Sur les petits grains, 10 fois: Par Sa douloureuse Passion, soyez miséricordieux pour nous et pour le monde entier.

Pour terminer, 3 fois: Dieu Saint, Dieu Fort, Dieu Éternel, ayez pitié de nous et du monde entier.

 

Jésus, j'ai confiance en Vous ( X3).

 

Jésus Miséricordieux, étendu sur la croix, souvenez-Vous de nous à l’heure de notre mort.

 

Méditation pour les Mystères Douloureux

 

L’Agonie au Gethsémani

 

Je suis entrée dans la passion que Jésus a subie au Jardin des Oliviers…. Pendant tout ce temps, je fus comme évanouie. Chaque frémissement de cœur de Jésus se répercutait dans mon cœur et transperçait mon âme…. Je L’ai accompagné au Jardin et au cachot, devant les juges, j’étais avec Lui dans chacun de Ses supplices; pas un de Ses mouvements, pas un de Ses regardes ne m’échappe, j’ai connu la toute-puissance de Son Amour et de Sa Miséricorde envers les âmes. J’agissais avec Lui, mais je ne pouvais trépasser. Le monde ignore tout ce que Jésus a souffert. (Petit Journal II, 102; III,14,15)

 

La Flagellation

 

J'aperçus Jésus attaché à un poteau, dépouillé de ses vêtements et tout de suite la flagellation commença. J'ai vu quatre hommes qui, tour a tour, frappaient le Seigneur avec des foutes…Son sang a coulé a terre et la chair commençait a se détacher en certains endroits. Et j’ai vu dans Son dos os a nu… Jésus gémissait en silence en souffrant…Et Jésus me fit connaître pour quels péchés accepta la flagellation, ce sont les péchés d’impureté. Oh quel souffrances morales de Jésus…quand Il se soumit à la flagellation! (Petit Journal I,93; I,185).

 

Le couronnement d'épines

 

Après la flagellation, les bourreaux emmenèrent le Seigneur et Lui ôtèrent son vêtement, qui déjà collait a Ses plaies; celles-ci se rouvrirent pendant qu’il ôtaient le vêtement, alors on jeta sur le épaules du Seigneur et sur Ses plaies ouvertes un manteau rouge, sale et déchiré. On fit asseoir le Seigneur sur une poutre, puis on tressa une couronne d’épines, qu’on Lui posa sur la tête, et on Lui mit dans la main un roseau et tous se moquaient de Lui et Lui rendaient hommage comme à un roi, ils Lui crachaient au Visage, d’autres prenaient le roseau et Le frappaient à la tête, d’autres encore Lui violaient la face et Le frappaient à coups de poing; Jésus supportait tout avec douceur. (Petit Journal I,170)

 

Le Portement de la Croix

 

Je vis tout une légion d’âmes crucifiées comme Jésus. Et je vis une deuxième et troisième légion d’âmes. La deuxième légion n’était pas clouée à la croix ; mais les âmes tenaient fermement la croix en mains; la troisième légion n’était ni crucifiée, ni ne tenait fermement la croix, mais ces âmes traînaient la croix derrière elles, d’un air mécontent. Alors Jésus me dit: Vois-tu, ces âmes qui me ressemblent dans les souffrances et dans les mépris, me ressembleront aussi dans la gloire; et celles qui sont le moins semblables à Moi dans les souffrances et le mépris, seront aussi moins semblables à Moi dans la gloire. (Petit Journal I, 186).

 

La Mort sur la Croix

 

A trois heures, je vis le Seigneur Jésus crucifié, qui me regarda et dit: J’ai soif (Petit Journal III, 8), soif du salut des âmes, Aide-Moi à sauver les âmes. Joins te souffrances à Ma Passion et offre-les au Père des Cieux pour le rachat des pêcheurs. (Petit Journal II, 104) Je vis sortir de son cote le deux rayons, telles qu’ils sont sur cette image. Alors je sentis dans mon âme la soif du salut des âmes, et de anéantissement de moi-même au profit des pauvres pécheurs. (Petit Journal II, 205)

dimis

La diffusion du culte de la Miséricorde Divine

 

« Les âmes qui propagent la vénération de ma miséricorde, je les protège durant toute leur vie, comme une tendre mère son nourrisson, et à l’heure de la mort, je ne serai pas pour elles un juge, mais le Sauveur miséricordieux » (PJ 1075). Jésus adresse aussi un autre encouragement aux prêtres en les assurant que : « Les pécheurs endurcis se repentiront lorsqu’ils leur parleront de Mon insondable miséricorde, de la pitié que J’ai sur eux en mon cœur » (PJ 1521). Les prêtres et les fidèles sont les apôtres de la Miséricorde de Dieu d’abord par le témoignage de leur vie chrétienne authentique et profonde, qui s’exprime dans une attitude de confiance envers Dieu et d’amour miséricordieux envers le prochain. Jésus dit à Sœur Faustine : « Je désire la confiance de mes créatures. Exhorte les âmes à une grande confiance en l’abîme de ma miséricorde » (PJ 1059). « J’exige de toi des actes de miséricorde qui doivent découler de ton amour pour Moi. Tu dois témoigner aux autres la miséricorde, toujours et partout, tu ne peux pas t’en écarter, ni t’excuser, ni te justifier. Je te donne trois moyens pour exercer la miséricorde envers le prochain : le premier – l’action, le deuxième – la parole, le troisième – la prière ; ces trois degrés renferment la plénitude de la miséricorde » (PJ 742). Les adorateurs de la Miséricorde Divine doivent accomplir chaque jour des actes de miséricorde. On peut être un grand apôtre de la Miséricorde Divine sans utiliser beaucoup de paroles. Sœur Faustine nous a laissé l’exemple efficace d’un tel apostolat par sa vie vécue dans un esprit de confiance et de miséricorde, par ses prières et ses sacrifices, pour la plus grande gloire de la miséricorde divine dans son âme, dans les âmes des autres, mais surtout dans celles des autres pécheurs. Elle priait ainsi : C’est mon plus grand désir que les âmes sachent que Tu es leur bonheur éternel, qu’elles croient en Ta bonté et glorifient Ton infinie miséricorde (PJ 305). Sur elle s’est accomplie la promesse de Jésus : Toutes les âmes qui vénéreront ma miséricorde et propageront sa gloire en incitant les autres âmes à la confiance en ma miséricorde – ces âmes ne connaîtront pas l’effroi à l’heure de la mort. Ma miséricorde les abritera lors de cette dernière lutte (PJ 1540). « Parle au monde de ma miséricorde, que l'humanité entière apprenne à connaître mon insondable miséricorde. C'est un signe pour les derniers temps, après viendra le jour de la justice. Tant qu'il en est temps, que les hommes aient recours à la source de ma miséricorde, qu'ils profitent du sang et de l'eau qui ont jailli pour eux. » (PJ 848).

 

Appendice

22

Sœur Marie Faustine du Saint Sacrement (Hélène Kowalska)

Sa vie et sa mission

 

Hélène Kowalska, connue sous le nom religieux de Sœur Faustine, fait partie aujourd’hui des saints de l’église, élevée sur les autels. Elle a été béatifiée et canonisée par Jean-Paul II . Elle appartient à ces personnes dont Dieu a fait son instrument pour sanctifier l’humanité et la rapprocher de Lui. Elle naît le 25 août 1905 dans une famille de paysans simples et pauvres dans le centre de la Pologne. Rien de particulier ne la distingue si ce n’est une remarquable vie de piété qui se développe très tôt. En raison des conditions familiales difficiles, elle ne peut recevoir une solide éducation, elle arrête sa scolarité en primaire au bout de 3 années. Elle entend pour la première fois la voix de Dieu à l’âge de sept ans. C’est cette voix qui se renforce en son cœur qui la conduit à choisir le chemin de la vie religieuse dans la Congrégation des Sœurs de Notre Dame de la Miséricorde à Varsovie. Elle y entre le 1er août 1925 dans la Congrégation des sœurs de Notre-Dame de la Miséricorde après une année passée comme domestique pour réunir sa dot. Elle est affectée aux tâches les plus humbles de cuisinière, jardinière, portière ou encore boulangère. Au gré des remplacements dans les différentes maisons de sa congrégation, elle sera amenée à vivre à Cracovie, Varsovie, Płock, Vilnius (en Lituanie actuellement, mais Pologne à son époque), Walendow, Derdy. Tout au long de sa vie de postulante puis novice, elle subit des purifications intenses, appelées « nuits ». A côté des apparitions de Jésus, la Vierge Marie ou de nombreux saints (St Michel (PJ 706), Ste Thérèse de l’Enfant Jésus (PJ 150), …), elle traverse sa vie de religieuse sous le signe de très nombreuses souffrances qu’elle accepte avec une admirable patience, confiance et fidélité à la volonté divine. Jésus la charge d’une mission particulière dans l’Eglise : « Tu es la secrétaire de ma miséricorde, je t’ai choisie pour cette fonction dans cette vie et dans la vie future. Je le veux ainsi malgré tous les obstacles que l’on dressera contre toi » (PJ 1605). Elle sera conduite par Jésus à sacrifier sa propre vie pour faire connaître au monde entier la miséricorde infinie que Dieu veut déverser sur le monde et en particulier intercéder pour les plus grands pécheurs en faisant réparation pour leurs péchés. Le 22 février 1931, à Płock, le Christ lui apparaît et lui demande pour la première fois de peindre un tableau selon ce qu’elle a vu dans sa vision. C’est à Vilnius, aidée par son confesseur le Père Michel Sopocko, qu’elle débute les démarches pour la réalisation de ce tableau. Faustine rapportait à ses confesseurs et à ses supérieures toutes ses actions liées aux visions et toutes ses expériences spirituelles. C’est à la demande du Père Sopocko qu’elle met par écrit ses visions et ses entretiens avec Jésus. Ces cahiers ont été rassemblés sous le titre de « PETIT JOURNAL » après sa mort. Elle a souvent été contrecarrée, mise à l’épreuve par ceux qui devait faire preuve de prudence qu’en à l’authenticité de ses visions et ses demandes. L’analyse des comportements et des contenus transmis par Faustine, évaluation psychiatrique y compris, ont permis de les rendre dignes de foi. Le tableau du Christ Miséricordieux a été réalisé selon ses indications en août 1934. Quelques mois plus tard, Faustine connaît pour la seconde fois la même vision qu’en 1931. Dans cette deuxième apparition, les rayons de la Miséricorde Divine embrassent le monde entier. En raison de son mauvais état de santé, elle est envoyée à Cracovie où elle sera hospitalisée pour une tuberculose déjà très avancée, inguérissable à l’époque. Elle meurt le 5 octobre 1938, à l’âge de 33 ans. Elle sera béatifiée le 18 avril 1993, puis canonisée par le pape Jean-Paul II le 30 avril 2000 comme elle en avait eu la vision (PJ 1044).

Faustine était sans aucun doute l’une des personnes qui, dans l’Histoire de l’église, ont appartenu, par une grâce spécifique de Dieu, aux « privilégiés » ayant connu une étroite communion mystique avec Dieu dès cette terre. En témoigne le Petit Journal qu’elle nous a laissé en héritage spirituel. Elle y raconte de manière simple et naturelle, sans aucune exaltation, ses rencontres exceptionnelles avec le Christ Miséricordieux. C’est justement elle que le Christ a utilisée pour rappeler au monde la nécessité de se détourner du péché et l’existence de Son insondable Miséricorde, qu’Il est prêt à déverser sur tous ceux qui font pénitence. Elle a été choisie pour être l’apôtre de la Miséricorde pour notre temps. C’était sa principale mission, mission qu’elle a payée par de grandes souffrances et d’humiliations mais en gardant toujours une très grande confiance en Dieu. Toute sa vie, elle a été de constitution fragile et la plupart du temps entourée de soins médicaux. Elle a offert toutes ses souffrances, tant physiques que spirituelles, au Seigneur pour les péchés du monde, pour sauver les pécheurs par le don de la Miséricorde Divine, pour le monde d’aujourd’hui qui s’efforce de ne compter que sur lui-même, qui croit si fort en ce qui est matériel et qui connaît en même temps un vide spirituel qu’il essaye à tout prix d’assourdir. Le message parlant de Dieu qui se penche sur chaque pécheur, prêt à tout pardonner par amour et à donner ce dont le monde a le plus besoin, est un message d’espérance et un remède pour les âmes meurtries.

 

Petite chronologie de Sœur Faustine (Hélène Kowalska)

 

25 août 1905 Naissance du 3ème enfant des Kowalski dans le village de Glogowiec 27 août 1905 Baptême d’Hélène dans la paroisse de St Casimir à Swinice Warckie 1912 Hélène entend pour la première fois l’appel à une vie consacrée à Dieu 1914 Première communion 1 août 1925 Après avoir travaillé pendant une année comme domestique afin de constituer sa dot, Hélène est acceptée au sein de la Congrégation des Sœurs de la miséricorde à Varsovie, rue Zytnia où elle commence son Postulat 23 janvier 1926 Départ pour le noviciat à Cracovie 30 avril 1926 Prise d’habit et prend le nom de Sœur Marie Faustine 30 avril 1928 Premiers vœux religieux temporaires 1928 Elle travaille à Varsovie 1929 Elle travaille à Vilnius (Lituanie), Kiekrz (Poznan) 22 février 1930 Elle travaille à Plock où elle reçoit la première demande de Jésus pour peindre un tableau suivant le modèle de l’apparition qu’elle a eu 1932 Elle revient à Varsovie pour sa probation 1 mai 1933 Vœux perpétuels à Cracovie devant Mgr Stanilaw Rospond 1933 Elle part pour Vilnius juin 1934 La première icône représentant Jésus Miséricordieux est peinte par E. Kazimirowski à Vilnius 8 janvier 1936 Elle visite l’archevêque dR. Jalbrzykowski pour lui annoncer la demande de Jésus de fonder une nouvelle congrégation 1936 – 1937 Maladie et hospitalisations 5 octobre 1938 Elle meurt à 22h45 18 avril 1993 Béatification à Rome par Jean-Paul II 30 avril 2000 Canonisation à Rome par le Pape Jean-Paul II en la fête de la miséricorde Divine et première canonisée du 2ème millénaire.

 

M_Sopocko

Bienheureux Père Michel Sopoćko

sa vie et sa mission

 

Le père Michel Sopoćko est l’une de ces personnes que l’on ne peut omettre quand on parle du message de la Miséricorde Divine. Il naît en 1888, le jour de la Toussaint, à Nowosady (dans la région de Vilnius en Lituanie actuelle, à l’époque d’avant-guerre Pologne). Il reçoit l’ordination sacerdotale le 15 juin 1914 après de brillante étude au séminaire romain catholique de Vilnius. En 1926, après des études à l’Université de Varsovie, il obtient le titre de docteur en théologie et, en 1934, il soutient son habilitation à l’Université de Vilnius. Il étudie également à l’Institut Supérieur de Pédagogie. En 1928, le Ministère du Culte et de l’Education Publique confie au jeune professeur la chaire de théologie de l’Université Etienne Batory à Vilnius. Il est parallèlement nommé recteur de l’église Saint Michel. Il est également l’auteur de nombreux ouvrages dans le domaine de la pédagogie, de la théologie pastorale et de l’homilétique. Après la IIème guerre mondiale, il poursuit son activité dans les nouvelles frontières de la Pologne. A Vilnius il est également connu comme un pasteur zélé, il œuvre contre l’alcoolisme ; c’est également un confesseur apprécié par les séminaristes, les prêtres et les religieuses. C’est en tant qu’un des confesseurs de la Congrégation Notre-Dame de la Miséricorde, qu’il rencontre Sœur Faustine. Sœur Faustine a eu auparavant deux visions de ce futur confesseur, une première fois à Varsovie lors de sa 3ème probation (PJ 53)et la seconde à Cracovie (PJ 60). Dubitatif au début sur les révélations que lui rapporte Sœur Faustine, il devient convaincu que les inspirations qu’elle reçoit son d’origine divine et s’engage alors dans la propagation du culte de la miséricorde Divine tel que le demande Jésus avec insistance (PJ 422). Grâce à ses démarches, le peintre Eugène Kazimirowski a peint le premier tableau du Christ Miséricordieux. Ce tableau fut exposé pour la première fois à la porte dite « Notre-Dame de la Miséricorde » ou « Ostra Brama » à Vilnius le 1er dimanche après Pâques en avril 1935 qui correspondait aussi à la fin du jubilée de la Rédemption du monde (PJ 89, 416, 417, 420). Après la mort de Sœur Faustine, le père Sopoćko veille à ce que le culte de la Miséricorde Divine dans les formes voulues par Jésus soit propagé. Comme chaque grain jeté en terre, il a d’abord dû mûrir avant de donner des fruits. Comme Jésus l’avait annoncé à Sœur Faustine (PJ 1586), ce serviteur fidèle a dû faire face toute sa vie aux épreuves et en particulier de voir interdit officiellement par Rome en 1958 ce culte de la Miséricorde pour lequel il s’était intégralement donné. Jésus avait révélé à sœur Faustine le 9 juin 1935, son désir que soit fondée une Congrégation qui devait avoir pour but la proclamation de la Miséricorde Divine (PJ 436-439). Cette congrégation « les sœurs de Jésus Miséricordieux », a vu le jour dans les années 40. Elle est actuellement répandue dans plusieurs pays. Le père Sopoćko meurt le 15 février 1975. En 1987 son procès en béatification débute au niveau diocésain. En 2002, les actes sont transmis à la Congrégation pour la Cause des Saints à Rome et, en 2004, est proclamé le décret d’héroïcité de ses vertus. Nous fêtons sa béatification le 28 septembre 2008 à Bialystok (Pologne) où il repose au sein de sa congrégation. Son élévation aux autels est l’aboutissement tant attendu de celui qui, aux côtés de sœur Faustine, est devenu le plus grand propagateur de la Miséricorde Divine (PJ 1256).

 

Pour aller plus loin

 

« Le Petit Journal de Sœur Faustine » - Editions Paroles et Dialogues

« L’Icône du Christ Miséricordieux » de Maria Winowska - Editions Saint-Paul

MERCYbp

Liens

http://spiritualitechretienne.blog4ever.com/blog/lirarticle-83937-704163.html

 

http://spiritualitechretienne.blog4ever.com/blog/lirarticle-83937-540333.html

 

http://spiritualitechretienne.blog4ever.com/blog/lirarticle-83937-956238.html

 

http://spiritualitechretienne.blog4ever.com/blog/lirarticle-83937-956236.html

 

Sites et blogs recommandés

 

http://www.faustine-message.com

 

http://www.misericordedivine.org

 

http://divinemisericorde.com/doku.php

 

http://www.hommage-a-la-misericorde-divine.com

 

http://divinemisericorde.blogspot.com

D_Mercy_Color

Jésus, j'ai confiance en Vous!

12 avril 2014

Le Carême avec Saint Vincent de Paul 7/7

Le Carême avec Saint Vincent de Paul 7/7

Icon, Syriac_jpg

Sixième Semaine de Carême

Semaine Sainte

 

Dimanche des Rameaux et de la Passion

13 avril

 

Méditation

Le Bienheureux Abbé Edouard Poppe, béatifié par Jean Paul II en 1999, fut un ardent disciple du Crucifié. Il nous aide à aimer la Croix, source de joie et de vie éternelle : « Mon Dieu, je me livre à Vous, moi qui n'ai même pas gravé le Calvaire, moi qui ose à peine regarder la Croix et qui ne l'ai pas encore embrassée. Je me ferai à l'austère pensée qu'il faut souffrir et s'attacher à la Croix avec Vous. Je me rappellerai chaque matin, au lever, le devoir de souffrir, et je m'empresserai d'embrasser Vos Plaies sur mon crucifix. Marie, ma Mère, je Vous ai tout donné ; arrangez, disposez tout en moi de façon que je sois prêt à la souffrance. Aimer sans souffrir est aussi vain que souffrir sans aimer... La paix nous dispose à la Croix. Il est dangereux d'oublier, au temps de la consolation, la venue prochaine de la Croix... hélas, nous ne sommes pas encore acclimatés à la rigueur de la Doctrine Evangélique : « Qui veut être mon disciple, qu'il prenne sa croix ». Jésus, je Vous en supplie, rendez Votre sanglant Crucifiement si présent à mon âme que je m'enflamme d'amour et d'une sainte ardeur à Vous suivre, en sorte que je ne cherche plus que la Croix et l'oubli ici-bas. Là-haut, ces croix se changeront en gloire, en bonheur et en ravissement ».

 

L'amour d'une mère

Maylenn, a fait une tentative de suicide en décembre 2001. ayant préféré la vie chaotique des gangs à la misère de ses proches, elle a quitté le foyer familial et sombré petit à petit dans l'engrenage de la rue. Désespérée d'avoir un jour la force de s'en sortir, elle a préféré ingurgiter une boîte de médicaments pour disparaître plutôt que de demander pardon. Maylenn était dans un état semi-comateux. Elle gardait les yeux fermés mais son corps réagissait de temps en temps. Nous étions désarmés. Soudain l'éducatrice qui l'avait suivie se leva : « Je pars chercher sa maman. Je sais où la trouver. Il faut qu'elle vienne ». Elle revint deux heures après, accompagnée de la maman, affolée. Elle approcha de sa fille et lui dit d'une voix tremblante d'émotion : « Maylenn, ma chérie, pourquoi as-tu fait ça ? Je t'aime tant. S'il te plaît reviens-nous ». Puis elle lui prit calmement la main et la serra très fort contre son cœur. Aussitôt nous vîmes couler de chaudes larmes des yeux de notre jeune désespérée. C'était incroyable, Maylenn semblait se battre contre l'inéluctable et le miracle eut lieu : défiant tous les pronostics médicaux, l'empoisonnement fut enrayé et l'injection jugulée. Aujourd'hui Maylenn a retrouvé les siens. Sa réconciliation est le fruit magnifique de l'amour d'une maman.

Gunth 062

Lundi Saint

14 avril

 

Toujours plus pauvres

En 1649, la Fronde fait se tarir beaucoup de petits ruisseaux d'où provenaient les ressources. Certaines nourrices rapportent les enfants parce que les salaires ne sont pas payés. Le pain, les vêtements et l'argent font défaut. Seules les dettes grandissent. Vincent veut une fois encore réunir les Dames. Beaucoup disent ne plus avoir d'argent. Mais elles ont encore beaucoup de bijoux, biens, cadres de prix, tapisseries multicolores, habits et serviteurs. Et une fois de plus, Vincent sait les persuader.

 

À l'école de Saint Vincent

« Chaque chose produit comme une espèce et image de soi-même, ainsi qu'on voit dans une glace un miroir, qui représente les objets tels qu'ils sont : un visage laid y paraît laid, et un beau y paraît beau. De même les bonnes ou les mauvaises qualités se répandent au-dehors ; et surtout la Charité, qui est d'elle-même communicative, produit la Charité ; et un cœur vraiment embrasé et animé de cette vertu fait ressentir son ardeur, et tout ce qui est dans un homme charitable respire et prêche la Charité ».

 

Parole de Dieu

« Contre toi s'avance un destructeur. Monte la garde au rempart, surveille la route, ceins-toi les reins, rassemble toutes tes forces » (Nahum 2, 2).

 

Dans ma vie

Par nature, l'amour pour les créatures est limité et le nombre des objets entre lesquels il se partage l'affaiblit. Notre humanité a besoin de la Force de l'Esprit Saint pour aimer de l'amour même de Dieu. La Bonté de Dieu suffit à tout, dépasse tout. Dieu a des milliards d'enfants et pourtant il les aime d'un amour unique, infini et débordant. Tout l'amour qui est en nous est participation à cet éternel Amour. Laissons la Sainte Trinité faire son œuvre de divinisation de notre âme. Notre amour sera alors vrai et, avec Saint Vincent, nous n'aurons plus peur de prendre les pauvres dans nos bras.

 

Résolution

Attentif à ceux qui me sont confiés, par la vigilance et la prière, je ferai en sorte de les protéger des attaques de l'ennemi. J'exercerai ainsi la responsabilité qui est la mienne à l'égard de mes enfants, de mes semblables, des plus vulnérables.

France 050, Apotres, 6, Clet 1_jpg

Mardi Saint

15 avril

 

En mission

Tout homme a un point faible. Les pauvres sont le point faible de Vincent. Il ne peut refuser l'appel des esclaves de Tunis et d'Alger, pas plus que celui de Madagascar. Ses missionnaires partent bientôt pour Tunis et Alger où se trouvent des dizaines de milliers d'esclaves Chrétiens. À Madagascar ils ont pour mission de s'occuper de la vie chrétienne des colons Français et de l'évangélisation des Malgaches. En diverses vagues, Vincent y envoie vingt-cinq missionnaires.

 

À l'école de Saint Vincent

« Nous courons après la science comme si tout notre bonheur en dépendait. Malheur à nous si nous n'en avons ! Il faut en avoir, mais en suffisance, il faut étudier, mais sobrement. D'autres affectent l'intelligence des affaires, de passer pour gens de mise et de négociation au-dehors. C'est à ceux-là que Dieu ôte la pénétration des vérités Chrétiennes : aux savants et aux entendus du monde. À qui la donne-t-Il donc ? Aux simples du peuple, aux bonnes gens. Nous vouons cela vérifié dans la différence qu'on remarque en la Foi des paysans et la nôtre. Ce qui me reste de l'expérience que j'en ai est le jugement que j'ai toujours fait que la vraie religion, la vraie religion. Messieurs, la vraie religion est parmi les pauvres ».

 

Parole de Dieu

« Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au Ciel ; puis, viens, et suis-moi » (Marc 10, 21).

 

Dans ma vie

Le grand avantage de la vie Chrétienne c'est d'avoir un Maître Divin aux pieds duquel nous pouvons recourir quand nous le voulons. Sans doute, nous avons notre Saint Patron, notre Bon Ange, notre confesseur, notre conjoint, des amis... Mais le Maître Suprême est le Bien-Aimé qui suivait avec une immense affection Sainte Marie Madeleine. Venons à Lui, enivrons-nous de Son Sang, plongeons-nous dans la Source intarissable qui jaillit de Son Côté, de Son Cœur qui a tant aimé les hommes. Cœur Sacré de Jésus, inondez-nous de Vos douceurs, guérissez nos âmes, donnez-nous la paix.

 

Résolution

Pourquoi ne pas profiter du « grand nettoyage de printemps » pour mettre de côté ce qui ne m'est pas utile à la maison afin de le partager avec ceux qui n'ont pas ou peu ? Une fois le sac rempli, j'ajouterai une chose, une « babiole » ou un vêtement qui me plaît bien et je donnerai le tout.

Gunth 097_jpg

 

Mercredi Saint

16 avril

 

Dans les épreuves

La chose qui accable le plus Vincent est le manque de nouvelles. Ses fils sont loin. Ils ne savent rien d'eux. Il prie et espère. Quand, dans l'été 1657, un bateau arrive à Nantes, il en parle à sa communauté : « Nous avons su qu'un bateau est arrivé à Nantes, mais n'ayant reçu aucune nouvelle, nous attendions pour savoir l'état de nos confrères lointains. Sont-ils morts ? Sont-ils vivants ? Nous ne le savons pas. En quelque état qu'ils soient, prions Dieu pour eux. Et quand bien même il serait vrai qu'ils fussent morts, devrions-nous pour cela abandonner cette œuvre, cette terre qu'eux et ceux qui les ont précédés ont commencé à défricher ? Ô Jésus, il faut bien s'en garder ».

 

À l'école de Saint Vincent

« C'est Dieu qui m'a fait l'honneur de m'appeler, il faut donc que j'écoute Sa voix ; c'est Dieu qui m'a destinée à ces exercices charitables, il fait donc que je m'y applique ». Il n'a pas voulu, Mesdames, que vos yeux aient vu le Sauveur, comme ceux de Saint Syméon ; mais Il veut que vous entendiez sa voix pour aller où Il vous appelle, sinon aveuglément, comme Saint Paul, du moins avec joie et tendresse, car de l'entendre et de n'y point répondre, ce serait vous rendre indigne de la grâce de votre vocation ».

 

Parole de Dieu

« Je suis la Résurrection, qui croit en Moi, fut-il mort, vivra ; et quiconque vit en croit en Moi ne mourra jamais » (Jean 11, 25-26).

 

Dans ma vie

Pour bien prier, il faut avoir l'esprit attentif et le cœur libre. Trop parler conduit à d'inutiles distractions : nous sommes comme une ville dont les remparts seraient ouverts de tous côtés, nuit et jour. À ce recueillement de l'intelligence, joignons le détachement du cœur. Pour rejoindre celui que son cœur aime, l'âme doit rejoindre la chambre haute et briser les liens qui le retiennent à l'esprit du monde. L'adage Cartusien Soli Deo, c'est-à-dire « Dieu seul », parle à toute âme éprise de Dieu : en amour on ne partage pas. Nous serons alors moins distraits et davantage transparents à la grâce.

 

Résolution

Où en suis-je de ma relation avec mes beaux-parents, avec les « pièces rapportées » (valeurs ajoutées!) de ma famille ? Est-ce que je donne des nouvelles ? Il n'est pas trop tard pour le faire, pour renouer un contact, donner un pardon...

315_001

Jeudi Saint

17 avril

 

À l'approche de la mort

Vincent vit jusqu'à un âge fort avancé. On a l'impression que son lent vieillissement, comme son attachement à la vie, sont déterminés par sa volonté de ne pas abandonner le service. Jusqu'à la fin, il veut rester à son poste de travail. C'est surtout à partir de 1659 que sa santé se détériore. Il ne peut plus descendre à l'église et doit se résigner à célébrer la Messe dans la Chapelle de l'infirmerie. Plus tard, la faiblesse de ses jambes l'empêche de se tenir debout et de célébrer la Messe. On transforme alors la chambre contiguë à la sienne en Chapelle.

 

À l'école de Saint Vincent

« Faites out le bien que vous voulez, si vous ne le faites pas bien, il ne vous profitera de rien Saint Paul nous l'a enseigné. Donnez vos biens aux pauvres, si vous n'avez pas la Charité, vous ne faites rien, non donneriez-vous même vos vies... il faut imiter le Fils de Dieu, qui ne faisait rien que par le motif de l'Amour qu'Il avait pour Dieu Son Père... Toutes vos actions doivent tendre vers ce même amour ».

 

Parole de Dieu

« Mes enfants, comme il est difficile d'entrer dans le Royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou de l'aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu » Marc 10 23-25).

 

Dans ma vie

Saint Vincent avait choisi Marie pour Reine de son cœur et de son apostolat. L'amour qu'il avait pour Elle donnait des ailes à son apostolat, à son action auprès des affamés. Le visage de Saint Vincent de Paul parle à tous de bonté. C'était l'homme de la bonté. Une explication est possible : il avait tellement l'expérience de la Bonté Maternelle de Notre Dame, sa Mère du Ciel, qu'il était pétrit de douceur et d'attention. En remettant à Marie nos bonnes œuvres, nos apostolats, nous sommes sûrs qu'ils seront protégés. Le manteau de Notre Dame est vaste comme le monde.

 

Résolution

Qu'est-ce que bien vivre ? Certains pauvres et malades vivent mieux que nombre de bien portants... Pourquoi ? Parce qu'ils ont choisi de recevoir leur jeunesse véritable de Celui qui est dans rides depuis l'aube des siècles. Aussi, aujourd'hui, je décide d'aller à la Messe ou, le cas échéant, de vivre une communion de désir, pour vivre vraiment.

Saint_Vincent_de_Paul_2

Vendredi Saint

18 avril

 

Sans une plainte

Les souffrances intenses le consument peu à peu. Sa seule plainte consiste en pieuses exclamations. Son visage toujours doux et affable ne laisse pas soupçonner la souffrance qu'il endure. Il dit à ses visiteurs : « Notre Seigneur a bien plus souffert que moi ». Et encore : « Ce n'est rien comparé à ce que mes péchés m'ont mérité ». De sa chambre il continue à recevoir, à écrire, à donner des conseils. La nuit il souffrait souvent d'insomnies et le jour il s'assoupit souvent.

 

À l'école de Saint Vincent

« Si le Fils de Dieu en Sa conversation paraissait si bon, combien plus a-t-Il fait éclater Sa douceur en Sa Passion ! Ayons donc cet exemple et ne quittons jamais de vue la mortification de Notre Seigneur, puisque nous sommes obligés, pour Le suivre, de nous mortifier après Lui. Formons nos affections sur les Siennes, afin que Ses pas soient la règle des nôtres dans la voie de la perfection. Les Saints sont saints pour avoir marché sur Ses traces, pour avoir renoncé à eux-mêmes et s'être mortifiés en tout. La mortification est une grande aide dans le chemin de la prière ».

 

Parole de Dieu

« Heureux est l'homme, celui-là qui ne va pas au conseil des impies, ni dans la voie des égarés ne s'arrête, ni au banc des rieurs ne s'assied, mais se plaît dans la Loi de Yahvé, et murmure Sa Loi jour et nuit ! » (Psaume 1, 1-2).

 

Dans ma vie

Le Christ ressuscité est venu pour racheter ceux qui ont confiance en Lui, « afin que ceux qui ont confiance en Votre Bonté, soient délivrés de toute adversité », dit une Collecte de la Messe. En effaçant le péché originel, Jésus a brisé le pacte qui nous liait à l'Enfer et nous pouvons échapper, si nous le voulons, aux griffes du Démon. Bénissons notre Dieu qui n'a pas craint d'envoyer Son Fils pour nous sauver. Quelle belle leçon ! À nous maintenant de donner notre vie pour nos frères en leur annonçant par notre parole, mais surtout par notre exemple, l'Evangile de la Vie Eternelle.

 

Résolution

Je décide d'offrir joies et contrariétés de cette journée pour le Souverain Pontife. Pour que le Seigneur lui donne la grâce et la force de gouverner la Barque de Pierre avec prudence et fidélité à la Doctrine Catholique. Et je renouvellerai intérieurement mon affection filiale envers lui.

Paris, rdSevres, shrine_jpg

Samedi Saint

19 avril

 

Son dernier souffle

Le dimanche 26 septembre, il reçoit, au milieu de sa communauté, le Sacrement des malades, après quoi il ne fait que répéter « Dieu viens à mon aide » et « Jésus ». Il professe sa Foi et bénit ses enfants. Le 27, vers quatre heures du matin, à l'heure où habituellement il se levait, il entre en agonie. « Il mourut dans sa chaise, près du feu, tout habillé, sans effort ni convulsion. L'agonie, loin de défigurer ses traits, semblait lui avoir donné une beauté et une majesté, dont tout le monde s'étonnait ». Ainsi meurt celui que les pauvres vénéraient comme leur père, celui déjà entré dans la légende par ses services rendus aux pauvres, à l'Eglise et à la France.

 

À l'école de Saint Vincent

« Ressouvenez-vous que nous vivons de Jésus-Christ par la mort de Jésus-Christ et que nous devons mourir en Jésus-Christ par la vie de Jésus-Christ et que notre vie doit être cachée en Jésus-Christ et pleine de Jésus-Christ et que pour mourir comme Jésus-Christ, il faut vivre comme Jésus-Christ. Nous sommes en cette vocation fort conformes à Notre Seigneur Jésus-Christ qui, e semble, avait fait son principal, en venant au monde, d'assister les pauvres et d'en prendre soin. Et si l'on demandait à Notre Seigneur : « Qu'êtes-Vous venu faire en cette terre ? « Assister les pauvres. « Autre chose ? », « Assister les pauvres ! »

 

Parole de Dieu

« Il est trois choses que mon âme désire, qui sont agréables à Dieu et aux hommes : l'accord entre frères, l'amitié entre voisins, un mari et une femme qui s'entendent bien » (Siracide 25, 1).

 

Dans ma vie

Saint Vincent, sentant sa mort prochaine, était émerveillé par la puissance transformante de la grâce, à condition que l'homme ouvre son cœur à Dieu. Il contemplait les esprits célestes en adoration devant le Tombeau du Fils de Dieu, Tombeau devenu vide par l'extraordinaire miracle de la Résurrection. Saint Vincent méditait alors sur le mystère insondable de l'infinie Miséricorde envers la nature humaine à laquelle le Sauveur s'est unie, en la préférant à la nature angélique. C'est dire si notre race déchue à trouvé la grâce après de Dieu.

 

Résolution

Voulant servir la joie de mes frères, de ceux avec lesquels j'ai du mal à communiquer, je vais chercher à leur faire plaisir et à les écouter en me décentrant de moi-même, de mes petites idées, de mon moi. Et je leur sourirai.

Alise Ste Reine, hospital_jpg

Dimanche de Pâques

Résurrection du Seigneur

Christ est ressuscité !

20 avril

 

Méditation

En 1978, au terme d'une longue et douloureuse maladie, s'éteignit un jeune Franciscain Français, le Frère Marie-Emmanuel de la Croix. Ceux qui l'ont croisé ont reconnu en lui les traits d'une belle figure, témoignant de la Résurrection jusqu'au bout. Voici quelques lignes de son testament spirituel qui se présente comme une supplique au Père : « Accordez-moi la grâce d'endurer avec patience et douceur Vos mystères douloureux en cet exil, afin d'avoir très vite accès à Votre gloire éternelle, car je sais bien que seul le chemin de la croix conduit à la porte du Ciel. C'est un bien raide sentier, il est vrai, mais l'assurance de Votre Amour inébranlablement fidèle me ramène sans cesse et inflexiblement à Vous qui voulez dispenser Vos trésors à ceux qui Vous aiment. Donnez-moi de rester toujours das l'humilité et l'obéissance à Votre Loi et d'accomplir ce que je Vous ai refusé dans ma faiblesse et mes égarements, de participer à Votre Sacerdoce éternel, afin de m'offrir sans cesse – par Jésus et Marie – Père, tout envahi par Vous, et chanter l'abîme de Vos Miséricordes in aeternum ».

 

L'identification au Christ

Il faut prier... J'aperçus la peur dans ses yeux. Un regard teinté d'une angoisse terrible. Darwin, notre jeune enfant de la rue atteint de la myopathie de Duchenne, était au crépuscule de sa vie. Nous avions vu la maladie évoluer petit à petit au cours des sept années passées à la Fondation. Notre petit héros qui ne parlait pas de son infirmité comme d'une maladie, mais la comprenait comme une mission, lui qui avait, dans son âme et dans son corps, une intimité avec le Crucifié que peu de grands priants connaissent, notre jeune Saint s'empoisonnait le sang petit à petit. Il allait bientôt s'éteindre et recevoir la couronne de lauriers qui ne se flétrit pas. Nous lui soutenions la main afin qu'il puisse écrire sur un cahier posé devant lui. Péniblement, avec une écriture maladroite, il m'écrit deux petites phrases : « Un immense merci » et « Je suis très heureux ». Bien plus que de simples mots, c'est un testament qu'il m'a ainsi laissé. Une joie irradiait effectivement de lui, une joie authentique. Une joie qui brillait au cœur de sa souffrance. Une joie inexplicable mais bien réelle. Darwin avait tout – extérieurement – pour être malheureux, même désespéré, mais il embrassait intérieurement une joie parfaitement spirituelle.

Icon, Spain, Madrid DC SV

Prière à Saint Vincent de Paul

Saint Vincent de Paul, apôtre et témoin de la Charité du Christ, donnez-nous d'aimer Dieu aux dépens de nos bras et à la sueur de nos visages. Aidez-nous à nous abandonner à Sa Providence, fidèles à découvrir Son action dans tous les événements de notre vie. Soutenez-nous dans notre désir de discerner et d'accomplir la Volonté de Dieu. Obtenez-nous un cœur tendre et compatissant aux lisères et aux souffrances des autres, spécialement des plus démunis de ce monde. Accompagnez-nous dans notre service des hommes et intercédez auprès du Fils de Dieu, pour que nous devenions dans notre travail, notre famille, notre quartier, notre paroisse, nos communautés, des passionnés de Son Evangile d'Amour. Amen.

 

Texte extrait du hors série de Parole Prière « Mon Carême avec Saint Vincent de Paul ». Pour vous le procurer ou vous abonner, cliquer ici

1

Rendez-vous le 30 avril pour le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes.

Pour recevoir les méditations et prières du Mois de Marie dans votre boite mail, chaque semaine jour du mois de mai, abonnez-vous à la newsletter d'Images Saintes.

5 avril 2014

Le Carême avec Saint Vincent de Paul 6/7

Le Carême avec Saint Vincent de Paul 6/7

Icon, Syriac_jpg

Cinquième Semaine de Carême

 

Cinquième Dimanche de Carême

Dimanche 6 avril

 

Méditation

Le Carême est un temps de réforme intérieure, de lutte contre soi-même. Pour cela, nous disposons d'armes de « destruction massives des péchés mortels et véniels » : le Sacrement de Pénitence. Nous avons aussi quelques bazookas dans ce que l'on appelle les Sacramentaux : un Signe de la Croix, une bénédiction, une consécration, un pèlerinage... pourront nous aider à vaincre ces péchés que nous faisons sans trop de gêne. En effet, il est difficile de ne pas rendre à son ennemi, cela semble tellement anormal, et pourtant... On ne peut vaincre le mal par le mal. Notre victoire serait alors une défaite. L'orgueil peut rendre colérique : comment ! On me fait cela ! À moi ! Si devant l'injustice notre premier réflexe sera l'indignation, le deuxième acte du drame consistera en un retour à la raison, en prenant de la distance, en invoquant le Prince de la Paix. Avec Saint Paul, nous tâcherons de ne pas rendre le mal pour le mal mais essaierons de vaincre le mal par le bien. Notre colère changera progressivement pour devenir action de grâce devant les dons de Dieu, et bénédiction à l'endroit du frère qui fut à l'origine d'un premier mouvement de colère. Sans oublier de se confesser régulièrement...

 

La Providence

Mario est un enfant de onze ans qui a rejoint de lui-même la fondation. Il vivait avec sa maman qui se prostituait tous les soirs près d'un centre commercial. Elle ne voulait pas de lui et le lui faisait lourdement sentir. Lorsque nous lui avons ouvert la porte, sa bouche était ensanglantée. Elle avait frappé fort, cette fois-ci. Mario entra et se mêla aux autres enfants sans difficulté. Pourtant un jour, à la surprise de tous, il fugua subitement sans raison apparente. De retour en paroisse le soir, j'étais chargé de reposer au Tabernacle le Très Saint Sacrement. Priant quelques instants avant, j'avais une intention de prière toute trouvée : « Mon Dieu, s'il Vous plaît, faites revenir Mario à la fondation. Qu'il ne lui arrive rien dans la rue ». Eh bien, je n'ai pas eu le temps de récupérer la clé du Tabernacle à la sacristie que le bedeau s'approche de moi et me dit : « Mon Père, il y a un enfant qui vous demande dehors ». Prière entendue. C'était Mario. J'ai assisté ensuite à une scène pleine d'émotion : Mario, pieds sales et visage barbouillé, est venu se mettre à genoux, tout près de l'ostensoir, à mes côtés. Puis, prenant un petit temps de prières, il joignit ses mains, ferma un instant ses yeux et murmura : « Jésus, prenez soin de maman ».

10410S

Lundi de la Cinquième Dimanche de Carême

Lundi 7 avril

 

C'est Dieu qui est à l'oeuvre

Le courage de ses missionnaires l'empêche de vieillir. Mais quel est le secret de la vie des Missionnaires ? Pour Vincent, en premier lieu, c'est la conviction que tout est l'oeuvre de Dieu : « Qui est-ce qui nous a appliqués aux missions, aux ordinands, aux conférences, aux retraites, etc ? Est-ce moi ? Nullement. Est-ce Monsieur Portai, que Dieu a joint à moi dès le commencement ? Point du tout, car nous n'y pensions point, nous n'en avions fait aucun dessein. Et qui est-ce donc qui est l'auteur de tout cela ? C'est Dieu, c'est Sa Providence Paternelle et Sa pure Bonté ».

 

À l'école de Saint Vincent

« Ce grand Dieu a voulu mettre en nous le germe de l'amour, qui est la ressemblance. Cet amoureux de nos cœurs, voyant que, par malheur, le péché avait gâté et effacé cette ressemblance, a voulu rompre toutes les lois de la nature pour réparer ce dégât, mais avec un avantage si merveilleux qu'il ne s'est pas contenté de mettre en nous la ressemblance et la caractère de sa divinité, mais même Il a voulu, dans le même dessein que nous l'aimassions, se faire semblable à nous et se revêtir de notre humanité ».

 

Parole de Dieu

« Nul n'a jamais vu Dieu ; le Fils Unique, qui est dans le Sein du Père, Lui, l'a fait connaître » (Jean 1, 18).

 

Dans ma vie

Si nous désirons être aimés, ce qui est totalement légitime, il nous arrive cependant de succomber à la tentation de vouloir paraître parfaits aux yeux de notre entourage. Nous fermons les yeux sur nos imperfections et jouons un rôle : celui d'un être sans aspérités, qui ne dit non à personne, pour faire bref nous cherchons à plaire coûte que coûte. Jésus Lui-même ne répondit pas lorsque, Lui, le Parfait par excellence, était accusé de tous les maux durant les heures de Sa Passion. Il choisit d'aimer en donnant Sa Vie, en épousant un Supplice terrible : Sa Crucifixion. Il était tellement défiguré... Comment pouvait-Il plaire ? Et pourtant, c'est par Ses blessures que nous sommes guéris.

 

Résolution

Programmer la visite d'une personne seule. Tendre la main c'est saisir celle du Christ qui, par la médiation du pauvre, me relève. Je reviendrai d ma visite le cœur rempli d'amour et désireux de me donner davantage encore.

795_001

Mardi de la Cinquième Semaine de Carême

Mardi 8 avril

 

Les Filles de la Charité

Vincent ne veut pas que l'apostolat soit l'apanage exclusif des hommes. Il désire faire un front unique, commun et compact. C'est pourquoi il y engage les femmes. Pour cet engagement il met en place deux moyens. Le premier est celui des « Charités ». Fondées à Châtillon en 1617, elles ont un accroissement imprévisible. Les plus grands noms de l'aristocratie Française en font partie. L'autre moyen est les Filles de la Charité.

 

À l'école de Saint Vincent

« Vous devez porter aux pauvres malades deux sortes de viandes : la corporelle et la spirituelle. Servant les pauvres, on sert Jésus-Christ. Ô, que cela est vrai ! Vous servez Notre Seigneur Jésus-Christ en la personne des pauvres. Et cela est aussi vrai que nous sommes ici. On ira dix fois par le jour voir les malades, et dix fois par jour, on y trouvera Dieu. Comme dit Saint Augustin, ce que nous voyons n'est pas ici assuré, parce que nos sen nous peuvent tromper ; mais les vérités de Dieu ne trompent jamais. Allez voir de pauvres forçats à la chaîne, vous y trouverez Dieu ; servez ces petits enfants, vous y trouverez Dieu ».

 

Parole de Dieu

« Oui, Je vais regagner Ma Demeure, jusqu'à ce qu'ils s'avouent coupables et recherchent ma Face : dans leur détresse, ils Me rechercheront » (Osée 5, 15).

 

Dans ma vie

Le malheur de l'homme vient de son entêtement à ne pas vouloir réfléchir, à ne pas se poser les questions qui devraient s'imposer à tous. L'interrogation du « pourquoi » a laissé bien souvent la place à celle du « comment ». « Si tu savais le don de Dieu » nous suggère Saint Vincent de Paul. Entendons notre Rédempteur qui, sur le point de mourir, manifeste l'immense soif qu'Il a de voir Son immolation profiter à toutes les âmes. Demandons-Lui la grâce de comprendre ce qu'un chartreux appelait : « la véhémence de ce divin Sitio (ou « J'ai soif »)... et d'y répondre par une Charité sans borne.

 

Résolution

Offrir une contradiction pour un défunt de ma famille, une personne que j'ai connue et aimée. L'oubli est un manque d'amour. La mémoire du cœur restaure les liens entre les êtres, par-delà la mort, dans le Christ.

459_001

Mercredi de la Cinquième Semaine de Carême

Mercredi 9 avril

 

Louise, fondatrice à son tour

À partir de 1624, Vincent fait la connaissance de Louise de Marillac, une jeune veuve se sentant depuis longtemps appelée par les Ordres. En 1629, elle fait savoir à Vincent qu'elle se sent poussée à se donner aux pauvres. Elle commence à visiter les « Charités ». C'est ainsi que, visitant les « Charités » Louise s'aperçoit qu'il manque quelque chose au service des Dames. Elles sont engagées, elles y consacrent temps, donation et douceur. Elles donnent beaucoup et même tout. Mais elles ne donnent pas leur vie. Selon Vincent il est nécessaire qu'il y ait des personnes consacrées à plein-temps au service des pauvres. C'est cette œuvre qu'il confie à Louise.

 

À l'école de Saint Vincent

« Cela mes Sœurs, parle de soi-même, c'est-à-dire que vous devez traiter les pauvres avec une grande douceur et respect, pensant qu'ils vous doivent ouvrir le Ciel ; car les pauvres ont cet avantage d'ouvrir le Ciel ; (…) Il faut donc les traiter avec douceur et respect, vous souvenant que c'est à Notre Seigneur que vous rendez ce service, puisqu'il le tient fait à Lui-même... S'il est malade, je le suis aussi ; s'il est en prison, j'y suis ; s'il a des fers aux pieds, je les ai avec lui ».

 

Parole de Dieu

« Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux » (Matthieu 5, 3).

 

Dans ma vie

Ce qui est beau, bien et vrai attire l'amour. Pourtant, nous nous détournons souvent de Dieu. Notre premier mouvement ira d'abord vers lui, mais notre raison raisonnante, empêchée par le diable de se jeter pleinement en Dieu, nous fait retourner en arrière. Et nous disons alors avec le prince païen pourtant aidé par le Prophète Elisée : « Est-ce que les fleuves de Damas ne sont pas meilleurs que les eaux d'Israël ? » Nous hésitons. Et pourtant Dieu nous a rendus capables de Lui, selon la belle formule de Saint Augustin. Capax Dei. Retournons-nous vers Lui et cessons de boire aux eaux troubles, stagnantes, qui abreuvent le monde.

 

Résolution

Dans une conversation, un débat, je veillerai à « la mettre en veilleuse » en écoutant mon prochain et en estimant son propos. lorsque le service de la Vérité l'imposera, j'apporterai ma contribution, en toute simplicité. Humblement.

Naples, Vincent de Paul head_jpg

Jeudi de la Cinquième Semaine de Carême

Jeudi 10 avril

 

Un père et un frère

Pour l'amélioration de la vie du Clergé, il importe de rappeler les « conférences du mardi ». Cette appellation vient du fait que, dès 1633, commencent à Paris des rencontres d'ecclésiastiques qui, sous la direction de Vincent, prient et ensuite mettent en commun leur pensées et leurs convictions sur leur manière d'être Prêtre. Ensemble, ils s'encouragent en partageant. Lorsqu'ils sortent de ces rencontres, tous sont galvanisés et pleins de courage.

 

À l'école de Saint Vincent

« Cherchez premièrement le Royaume de Dieu et Sa Justice, et toutes les choses don vous avez besoin vous seront données par-dessus. Notre Seigneur nous ayant recommandé cela, nous devons nous y attacher ; Il le veut et c'est à nous d'être attentifs à Ses Paroles et à nous donner à Sa Majesté ! Cela dit soin, cela dit action. Cherchez Dieu en vous, car Saint Augustin avoue que, pendant qu'il a cherché hors de lui, il ne l'a pas trouvé. Cherchez-Le en votre âme, comme en Sa demeure agréable. Il faut la vie intérieure, il faut la tendre là. Si on y manque, on manque tout ».

 

Parole de Dieu

« Or, en ces jours-là, Il s'en alla dans la montagne pour prier, et Il passa toute la nuit à prier Dieu. Puis le jour venu, Il appela Ses Disciples et en choisit douze » 'Luc 6, 12).

 

Dans ma vie

Contemplons le Seigneur Jésus qui sourit à notre âme et lui fait envisager la possession d'un inestimable trésor : Lui-même. Demandons la grâce de fixer notre attention et notre regard là où est ce trésor. Mais au fond pourquoi est-ce un trésor ? Tout simplement parce qu'en Jésus nous avons les promesses de la vie éternelle. Il est à l'origine de notre vie et à son terme. De la même façon que Saint Vincent voulut aider ses confrères à reprendre conscience de la grâce de son Sacerdoce, Jésus nous invite chaque jour à nous plonger en Lui pour nous ressaisir dans notre grâce baptismale. Qu'Il en soit béni.

 

Résolution

Je prierai mon bon Ange de retenir toute parole ou tout geste déplacé qui pourrait advenir. C'est une bonne méthode pour éradiquer la tentation. Mon bon Ange Gardien, veillez sur moi et tenez-moi par la main durant cette journée.

863_001

Vendredi de la Cinquième Semaine de Carême

Vendredi 11 avril

 

Sur tous les fronts

En 1636, quand arrive la nouvelle que les Espagnols sont devant Corbie, Vincent dit aux siens : « Voici le temps de la pénitence puisque Dieu afflige son peuple ». Et par solidarité avec les petits, il demande aux siens de fortes privations. Le bon pain disparaît de la table pour trois ou quatre ans. La guerre s'est étendue, elle a enflammé des régions entières. Vincent envoie des missionnaires pour fonder les « Charités » et amener les habitants à s'aider. Il envoie du grain, des habits et des charrues.

 

À l'école de Saint Vincent

Ce chemin nous est donné par Dieu Lui-même, car sans Lui, nous ne pouvons rien, et comme le dit si bien l'Apôtre : suivez la voie de l'Amour, à l'exemple du Christ qui vous a aimés. Nous savons, à la suite de nombreux Pères de l'Eglise et Saints de notre histoire, que notre Charité est toujours en devenir, elle est toujours appelée à grandir en perfection évangélique. Elle nous fait prendre conscience d'une progression nécessaire sur le chemin de l'amour vers les pauvres au chemin pour les pauvres, puis du chemin pour les pauvres au chemin avec les pauvres. Oui... la Charité peut toujours grandir, jusqu'à l'infini ».

 

Parole de Dieu

« Je suis ton serviteur et le fils de ta servante, un homme faible et de vie éphémère » (Sagesse 9, 5).

 

Dans ma vie

Le trésor de l'amitié sans faille se trouve dans la relation de communion que nous entretenons avec Dieu. Dieu seul est notre véritable Ami et toute amitié réelle « transite » par lui. L'expérience de l'amitié n'est possible que si elle est portée par la vérité, vérité sur la vocation de l'homme et de la femme, et finalisée par le bien de chacun. L'amitié ne doit pas répondre à un besoin d'exclusivité mais au contraire ouvrir sur les autres pour porter le Christ. Le vase d'argile que nous sommes nécessite des précautions quant à son usage : soyons délicats les uns envers les autres.

 

Résolution

La vie est un don de Dieu et la mort le passage vers Lui. Peut-être mourrai-je aujourd'hui... Qu'à cela ne tienne ! Je vivrai cette journée comme si c'était la dernière, simplement, en mettant le plus d'amour en tout et en rendant grâce.

629001

Samedi de la Cinquième Semaine de Carême

Samedi 12 avril

 

Les enfants abandonnés

À Paris beaucoup d'enfants sont abandonnés à la naissance. Les maigres moyens mis en œuvre ne permettent pas de faire front aux exigences de tant d'existences sans défense. Beaucoup meurent, certains sont pris et estropiés par des mendiants sans pitié qui contraignent ces pauvres créatures à mendier. Vincent s'occupe de ce problème. Les Dames ne sont pas d'accord pour se charger d'une telle œuvre. N'est-ce pas là favoriser les mauvaises mœurs ? Et puis, l'oeuvre demande des dépenses énormes. Malgré tout, l'oeuvre débute en 1638. d'abord il y eut peu d'enfants mais leur nombre croît vite.

 

À l'école de Saint Vincent

La Charité engendre la Charité. Tout le monde est appelé à devenir Charité pour son frère, telle est la conviction spirituelle, humaine et profonde de Vincent de Paul. Cela se traduit par une expérience hors du commun que d'aucuns considèrent, à juste titre, comme exemplaire pour l'exercice véritable et sans faux-semblant de la Charité, vertu évangélique par excellence. L'homme religieux parle d'expérience et c'est cela qui définit sa Foi et qui la fait transparaître pour ce qu'elle est vraiment : un suivi du Christ évangélisateur des pauvres.

 

Parole de Dieu

« Crie donc vers le Seigneur, gémis, Fille de Sion ; laisse couleur tes larmes comme un torrent jour et nuit » (Lamentations 2, 18).

 

Dans ma vie

Toute notre vie devrait être un acte perpétuel d'adoration. Qu'avons-nous de mieux à faire ? Adorons la Justice Souveraine de Dieu qui condamne à l'Enfer les anges rebelles et offrons-Lui le plus beau bouquet spirituel : notre vie en échange de Sa Grâce. Nous avons tout à y gagner ! Lorsqu'à sa première visite en l'église dévastée de Châtillon, Saint Vincent s'agenouillait aux pieds du Tabernacle vide, il invoquait Dieu de venir habiter les murs de sa paroisse, les âmes et aussi son propre cœur. Adorons nous aussi le Créateur et demandons-Lui de venir faire Sa demeure en nous, pour toujours.

 

Résolution

À la pause, au lieu de passer un coup de téléphone superflu, j'irai faire quelque pas, seul et en silence, pour méditer sur la Bonté de Dieu. Je prendrai quelques minutes, le temps d'une cigarette, d'un café, et je laisserai couler en mon âme les eaux vives jaillissant du Côté du Christ.

 

Texte extrait du hors série de Parole Prière « Mon Carême avec Saint Vincent de Paul ». Pour vous le procurer ou vous abonner, cliquer ici

Icon, USA, Emmitsburg, Vincent de Paul and wounded man

Inscrivez-vous pour recevoir dans votre boite mail, chaque semaine pendant le Carême, les méditations et prières du Carême avec Saint Vincent de Paulen vous abonnant à la newsletter d'Images Saintes.

29 mars 2014

Le Carême avec Saint Vincent de Paul 5/7

Le Carême avec Saint Vincent de Paul 5/7

Icon, Syriac_jpg

Quatrième Semaine de Carême

 

Quatrième Dimanche de Carême

Dimanche 30 mars

 

Méditation

La spiritualité des Foyers de Charité comporte cette maxime : « Se donner à chacun et à tous dans un don total à Dieu ». Le mystère de l'amour qui se donne sans jamais s'épuiser trouve sa source là : pour être tout à tous il faut être seul avec Dieu. « Monos pros monon », « seul vers le Seul », écrivent les moines des premiers siècles. Le Christ que nous connaissons parlant aux foules est d'abord Celui de la vie cachée. Trente ans de silence pour trois de paroles, et encore, car en ces trois années, Il se retire souvent des foules pour rejoindre la solitude, la montagne pour retrouver Dieu. Cette statistique est intéressante : pour une heure d'apostolat, faudrait-il dix heures de prière ? Au-delà des chiffres, il faut retenir que la prière est le premier des biens. Pour être Marthe il faut d'abord être Marie. Le Père de Foucauld disait : « On ne donne que ce qu'on a, et d'est dans la solitude, seul avec Dieu seul, que Dieu se donne. Ne craignez pas d'être infidèles à vos devoirs envers les créatures ; c'est au contraire le seul moyen de les servir efficacement ». En ce temps de Carême, il est bon de partager, de faire l'aumône. Sachons aussi implorer Dieu, être mendiants de Son Amour, de Sa Grâce.

 

La consolation

Felipe était un enfant abandonné. Il avait été évincé du foyer familial. Il n'avait que onze ans et ne comprenait pas. Il suit alors le chemin de beaucoup d'autres. Il s'enfuit et connaît le poison de la rue pendant plusieurs semaines. Grâce au travail efficace des éducateurs de rue, Felipe rejoint finalement la Fondation. Mais il a une obsession : sa maman. Il revient ses cesse à cet espoir invraisemblable de ne vivre qu'un mauvais cauchemar : elle ne l'a pas abandonné. Et comme pour se convaincre qu'il est coupable de son abandon, Felipe n'a plus qu'un but : être rejeté. En deux années terribles, il a connu six écoles différentes, des transferts dans plusieurs centres et une petite quinzaine d'allers et retours dans la rue. Jusqu'au jour où après une énième bêtise, je me retrouve face à lui pour essayer de le raisonner. Felipe garde infatigablement la tête baissée. Silence... Puis j'aperçois de lourdes gouttes tomber sans un bruit. Des larmes que nous attendons depuis des années. Des perles enfouies, contenues, écrouées depuis tout ce temps dans la prison de sa blessure qui s'échappent enfin. Ses larmes ont déverrouillé son cœur. « Aujourd'hui, nous a-t-il dit, je sais que je suis aimé ».

532, Vignola 25

Lundi de la Quatrième Semaine de Carême

Lundi 31 mars

 

Fondateur

Vincent ne met pas longtemps à trouver des personnes capables de partager son enthousiasme. Les débuts de la Congrégation de la Mission ne sont pas faciles. Le projet initial est riche et contient l'essentiel du développement futur : missionnaires à l'école de Jésus-Christ adorateur du Père et évangélisateur des pauvres. Les Prêtres qui veulent s'associer à Vincent doivent s'engager pour le Salut du pauvre peuple des campagnes. Pour cela, Vincent demande la vie en communauté, l'obéissance, la renonciation aux bénéfices ou charges ecclésiastiques, la gratuité dans les Missions, l'assistance aux forçats. Il a prévu des temps de recueillement en prévision des Missions.

 

À l'école de Saint Vincent

« Ah ! Mes frères, gardons-nous bien de ces folies ; reconnaissons que nous sommes tous remplis de misères ; ne recherchons que ce qui nous peut davantage humilier et nous porter à la pratique solide des vertus ; abaissons-nous toujours dans l'oraison jusqu'au néant ; et dans nos répétitions d'oraison, disons humblement nos pensées ; et s'il s'en présente quelques-unes qui nous semblent belles, défions-nous beaucoup de nous-mêmes, et craignons que ce ne soit l'esprit des superbes qui les produise, ou le Diable qui les inspire ».

 

Parole de Dieu

« Yahvé, qu'ils sont nombreux mes oppresseurs, nombreux ceux qui se lèvent contre moi » (Psaume 3, 2).

 

Dans ma vie

Saint Vincent s'entoura toujours d'aides de toutes sortes pour accomplir sa mission. Nous aussi, nous devons savoir entendre les conseils des autres, même de ceux auxquels nous ne prêtons habituellement guère attention parce que nous les prenons pour des personnes sans intérêt. Si Dieu Lui-même s'intéresse à ces derniers, comment pourrais-je ne compter que sur moi-même ? N'ai-je pas constamment sous les yeux l'étalage de ma médiocrité, de ma faiblesse, de mon péché ?

 

Résolution

Tout faire par amour, sans vouloir aller trop vite : je veux décider aujourd'hui d'avancer à l'heure de Dieu. Une fois l'oraison calée, j'effectuerai chaque chose le plus consciemment possible, en évacuant autant que possible toute tentation de distraction.

Icon design, Polish Piszcek version_jpg

Mardi de la Quatrième Semaine de Carême

Mardi 1er Avril

 

Les vocations affluent

L'attrait de la vie apostolique est plus fort que tout. Très vite d'autres Prêtres viennent frapper à la porte des Bons-Enfants. En 1631, il y a sept Prêtres. Peu à peu la maison devient trop petite. Des difficultés bien plus grandes viennent de Rome. Au début, la nouvelle communauté était seulement une « mission », un groupe de Prêtres qui s'assemblent dans un but apostolique. Une première reconnaissance romaine es donnée par la Congrégation de la Propagande, mais une seconde tentative n'a aucun succès. Rome craint que Vincent ne veuille fonder une congrégation religieuse qui, avec le temps, aurait la tentation d'abandonner l'apostolat dans les campagnes.

 

À l'école de Saint Vincent

« Le Fils de Dieu pouvait ravir tous les hommes par son éloquence toute Divine, et Il ne l'a pas voulu ; mais au contraire, en enseignant les vérités de Son Evangile, il s'est toujours servi des expressions et paroles communes et familières ; Il a toujours aimé d'être plutôt avili et méprisé, que loué et estimé. (…) Suivons en tout les traces de l'humilité de Jésus-Christ ; usons de paroles simples, communes et familières ; et quand Dieu le permettra ainsi, soyons bien aisés qu'on ne tienne pas compte de ce que nous dirons, qu'on nous méprise, qu'on se moque de nous, et tenons pour certain que, sans une véritable et sincère humilité, il nous est impossible de profiter ni à nous ni aux autres ».

 

Parole de Dieu

« Ne sois pas impatient dans la prière et ne néglige pas de faire l'aumône » (Siracide 7, 10).

 

Dans ma vie

« M'aimes-tu plus que ceux-ci ? », demande le Christ à Saint Pierre. Saint Vincent résolut d'aimer Dieu en premier et c'est parce qu'il choisit de le servir avant toute chose, qu'il reçut l'appel à donner sa vie pour ses frères. La condition de son efficacité apostolique est exclusivement liée à la primauté qu'il donne à Dieu. I ne fit pas cette démarche une fois, il la renouvelait chaque jour par d'étroits colloques qu'il entretenait avec son Créateur et Sauveur. Aimer Dieu pour aimer les pauvres, voilà quelle pourrait être une maxime à tirer de la vie et des enseignements de Saint Vincent de Paul.

 

Résolution

Ne pas me désoler des échecs car « c'est lorsque je suis faible que je suis fort » dit Saint Paul ; à condition que j'essaie toujours de repartir en m'appuyant sur la force des Sacrements le plus régulièrement possible.

Paris, Maison Mere, DC, Vincent de Paul

 

Mercredi de la Quatrième Semaine de Carême

Mercredi 2 avril

 

L'oeuvre des Séminaires

En juillet 1628, Vincent voyage avec Augustin Potier, Evêque de Beauvais. Les deux hommes réfléchissent sur le destin de l'Eglise qui, ils le savent, dépend en grande partie du Clergé. Pour Vincent, il faut tout reprendre au point de départ : au lieu de s'attaquer à la réforme du Clergé ancien habitué à un style de vie peu conforme à l'idéal Sacerdotal, il vaut mieux se préoccuper des nouvelles recrues. L'Evêque Potier décide de prendre chez lui, pour un certain temps, les candidats au Sacerdoce afin de les former à la prière et les instruire des devoirs de leurs fonctions. C'est là une idée toute simple, mais pratique et efficace à partir de quoi à partir de quoi un programme est mis au point. Le 17 septembre 1628 naissent, à Beauvais, les exercices pour les ordinands.

 

À l'école de Saint Vincent

« La Charité fait aller à Dieu, c'est elle qui fait qu'on aime de toute l'étendue de ses affections, qu'on souhaite qu'Il soit aimé et servi de toute le monde, qu'on connaisse et qu'on aime cette éternelle Vérité, cette immensité, cette pureté, cette bonté, cette Sagesse, cette Providence Divine, cette éternité dans laquelle Il communique Sa gloire aux Bienheureux et qui fait offrir continuellement des prières à Dieu pour tout le monde ».

 

Parole de Dieu

« Mon sacrifice, c'est un esprit brisé ; d'un cœur brisé, broyé, Tu n'as point de mépris » (Psaume 50, 19).

 

Dans ma vie

Est-ce que je me dis que Dieu peut faire un miracle dans ma vie, dans cette des autres ? Si je n'y crois pas, je suis loin d'être un fidèle disciple de Jésus. Le premier miracle que Dieu opère c'est de me donner la vie, alors que je ne l'ai absolument pas méritée... Tout es gratuit et générosité pure en Dieu. Attention, je ne crois pas parce qu'il y a des miracles, mais je crois que Dieu peut faire des miracles. Aussi, suis-je attentif à tous les signes que la Providence m'envoie ? Ils préparent mon cœur et l'entretiennent dans cette vigilance intérieure qui me donnera de reconnaître l'Epoux qui viendra me chercher, au soir de ma vie, et de le choisir pour l'éternité.

 

Résolution

Que faire pour me sentir bien en cette journée ? Tout simplement l'offrir au Seigneur. Car ce qui n'est pas offert est mortifère. Je m'ennuie ? Le l'offre. Je suis triste ? Je l'offre. J'ai le sentiment d'être un nul ? Je l'offre. Je regrette de ne pas davantage me tourner vers Dieu ? Je l'offre encore. Alors je suis bien, car Dieu est au terme de tout.

Gunth 068

Jeudi de la Quatrième Semaine de Carême

Jeudi 3 avril

 

Un cœur dilaté

Vincent établit le centre de la Mission à Saint Lazare. C'est là qu'il réside, qu'il forme les missionnaires, s'occupe de secourir les pauvres. C'est de là que la Mission prend son essor : en Lorraine, Sud Ouest, Vendée, Champagne, Savoie, Rome, Marseille, Gênes, Tunis, Alger, Irlande, Ecosse, Pologne, Madagascar. Le cœur de Vincent se dilate à la mesure des appels des pauvres. À Saint Lazare, existe une communauté très unie : « Jamais l'on n'a vue plus de régularité, plus d'union et e cordialité céans qu'il n'y en a à présent. Il semble un petit paradis ». Le principal service est l'accueil.

 

À l'école de Saint Vincent

« Quant au plaisir que j'ai de servir Dieu en servant les pauvres, il est plus grand que celui que toutes les personnes mariées peuvent avoir. (Elles) sont plein(es) de soucis et de mécontentements ; et le plaisir qu'(elles) peuvent prendre n'est pas comparable au plaisir et à la consolation d'une Sœur de la Charité qui sert les pauvres. Pour moi, mes Soeurs, je vous avoue que jamais je n'ai eu plus de consolation que quand j'ai eu l'honneur de servir les pauvres ».

 

Parole de Dieu

« Je rassemblerai Moi-même le reste de Mes brebis de tous les pays où Je les aurai dispersées et Je les ramènerai dans leurs prairies : elles seront fécondes et se multiplieront ». (Jérémie 23, 3).

 

Dans ma vie

Remercions l'ineffable bonté de Dieu d'avoir inspiré à Sainte Anne et Saint Joachim, les parents de Notre Dame, de Lui donner le si beau Nom d'Etoile de la Mer. Maris Stella. Qu'au milieu de nos tempêtes, Marie des Flots, nous conduise vers le port des eaux tranquilles qui nous font revivre. Saint Louis-Marie de Montfort écrit que l'amour de Marie « est ma confiture des croix ». Cela veut dire qu'en toute détresse, elle nous réconforte par des friandises spirituelles dont Elle seule à le secret. Quelle douceur pour une âme que de vivre constamment en compagnie d'une telle Mère !

 

Résolution

Je ne ressens rien de bien excitant spirituellement en ce jour... Tant mieux ! Le Seigneur me demande de l'aimer quand même et d'accomplir Sa Volonté malgré tout. Le désert n'est pas un dessert : l'entremet spirituel ne m'est promis qu'au terme de la route.

France 047, Apotres, 3 SV+Olier

Vendredi de la Quatrième Semaine de Carême

Vendredi 4 avril

 

Une disponibilité permanente

Partout les missions fleurissent et Vincent ne peut répondre à toutes les demandes. Et pourtant la Mission a pour lui la priorité absolue. Ainsi à un missionnaire tenté de traduire la Bible Syriaque en Latin, Vincent fait entendre l'appel urgent de « l'évêque (de Mende) qui crie au secours » et demande des missionnaires pour prêcher dans les Cévennes. Et Vincent insiste, bien décidé à y aller lui-même travailler et mourir pour un peuple « qui périt maintenant de mal-faim de la Parole de Dieu ».

 

À l'école de Saint Vincent

« Regardons le Fils de Dieu, oh ! Quel Cœur de Charité ! Quelle Flamme d'Amour ! Mon Jésus, dites-nous qui Vous a tiré du Ciel pour souffrir la malédiction de la terre, tant de persécutions et de tourments que Vous y avez reçus. Ô Sauveur ! Ô Source de l'Amour humilié jusqu'à nous et jusqu'au supplice infâme, qui en cela a plus aimé le prochain que Vous-même ? Vous êtes venu Vous exposer à toutes nos misères, prendre la forme de pécheur, mener une vie souffrante et souffrir une mort honteuse pour nous ; y-a-t-il un amour ? Mais qui pourrait agir d'une manière tant suréminente ? »

 

Parole de Dieu

« De toute ton âme crains le Seigneur et révère ses Prêtres » (Siracide 8, 29).

 

Dans ma vie

En prenant la place d'un galérien épuisé, Saint Vincent de Paul, aumônier général des galères, choisit d'accomplir un geste fou aux yeux de ceux qui étaient présents à ce moment. En réalité, il puisait sa sagesse dans le zèle intense qui était le sien pour les plus petits, jusqu'à devenir l'un des leurs. N'est-il pas écrit dans l'Evangile : « Vous avez caché ses choses aux sages et aux savants, et Vous les avez révélées aux petits ». Que de sages suivent le monde et ne sont en réalité que des insensés aux yeux de Dieu. Il y a là une invitation à renouveler notre manière de penser en la calquant sur celle de Dieu.

 

Résolution

En fonction de mes moyens, je ferai un acte de générosité : financier, temps, service. Ce qui n'est pas donné est perdu. Les meilleurs placements sont ceux qui rapportent pour la vie éternelle.

Gunth 062

Samedi de la Quatrième Semaine de Carême

Samedi 5 avril

 

Des Prêtres courageux

La renommée de ce que font les missionnaires se répand. Ils sont appelés en plusieurs autres lieux. Ils acceptent d'aller là où les difficultés sont plus grandes et où personne ne veut aller. C'est ainsi qu'ils choisirent la Corse, alors sous domination de la République de Gênes. Les habitants vont partout, même à l'église, armés de fusils, de couteaux et de pistolets dont ils usent avec facilité. Un missionnaire raconte à Vincent qu'un jour de procession, le Prêtre qui portait l'Ostensoir avait mis deux pistolets à sa ceinture.

 

À l'école de Saint Vincent

« L'amour affectif, c'est la tendresse dans l'amour. Vous devez aimer Notre Seigneur tendrement et affectionnément, comme un enfant qui ne peut se séparer de sa mère et crie « Maman » dès qu'elle se veut éloigner. Ainsi un cœur qui aime Notre Seigneur ne peut souffrir son absence et doit se tenir à Lui par cet amour affectif, lequel produit l'amour effectif. Car le premier ne suffit pas, mes Sœurs, il faut avoir les deux. Il faut de l'amour affectif passer à l'amour effectif, qui est l'exercice des œuvres de la Charité, le service des pauvres entrepris avec joie, courage, constance et amour ».

 

Parole de Dieu

« D'ici très peu de temps, le Liban ne deviendra-t-il pas un berger ? Alors les sourds, ce jour-là, entendront les paroles d'un livre et délivrés de l'ombre et des ténèbres, les yeux des aveugles verront » (Isaïe 29, 18).

 

Dans ma vie

Dans toute infirmité, le premier remède est la prière. Saint Jacques nous dit : « Quelqu'un est-il malade par mi vous ? Qu'il prie ! » (Jacques 5, 14). Le recueillement s'avère donc un outil précieux contre la dissipation intérieure. Le monde moderne nous rend infirme au plus profond car il abîme, souvent gravement, notre capacité à faire silence pour nous mettre en présence de Dieu. N'est-ce pas cela la plus grande infirmité ? La vigilance sur nos sens, nos regards surtout, est une alliée dans cette opération de recentrage sur l'essentiel. Nous pourrons alors mieux voir Dieu et renouveler notre offrande intérieure.

 

Résolution

En pensant aux souffrances des Chrétiens d'Orient, j'essaierai de relativiser les ennuis qui m'arriveront jusqu'à ce soir. Quand tout va bien, merci mon Dieu. Quand tout va mal, mon Dieu, je Vous l'offre.

 

Texte extrait du hors série de Parole Prière « Mon Carême avec Saint Vincent de Paul ». Pour vous le procurer ou vous abonner, cliquer ici

vp01

Inscrivez-vous pour recevoir dans votre boite mail, chaque semaine pendant le Carême, les méditations et prières du Carême avec Saint Vincent de Paulen vous abonnant à la newsletter d'Images Saintes.

Publicité
Publicité
Publicité