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  • La beauté élève l'âme... Par ces images volontairement sélectionnées, ainsi que par la récitation de ces prières, puissiez-vous avoir le désir de parvenir à Jésus et à la sainteté, but ultime de toute vie...
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24 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Bretagne19

Vingt-cinquième jour

Notre Dame de Léard

Débarquez à la station Thouaré, franchissez leur beau pont qui met cette commune en communication avec celle de Saint Julien de Concelles, puis descendez la rive gauche de la Loire, en suivant la route qui longe notre beau fleuve. A deux kilomètres environ de l’extrémité du pont, vous trouverez une petite chapelle ; le premier venu vous dira son nom, Notre Dame de Léard, et vous n'aurez pas besoin de frapper à plusieurs portes pour apprendre son histoire : tout le monde la connaît dans le pays.

La légende rapporte qu’à une époque lointaine, si lointaine que la date précise s’en est perdue, on voyait, dans un de ces liards ou peupliers qui frissonnent au moindre souffle de la brise, une toute petite statue de la sainte Vierge.

Rappelait-elle une merveilleuse apparition ? Témoignait-elle simplement de la dévotion de quelque fidèle, voulant mettre sous la protection de la bonne Mère « la rivière de Loire », ainsi que les mariniers qui la remontaient et la redescendaient sans cesse, Nul ne le pourrait dire. Mais ce que la tradition affirme, c’est que les bons chrétiens du voisinage aimaient à prier devant la statuette.

La piété du peuple voulut, a plusieurs reprises, enlever l’image vénérée pour la mettre en un lieu plus décent ; mais, à chaque fois, celle-ci revenait d’elle-même sur son arbre privilégié. On en conclut justement que Marie voulait être honorée a cet endroit, et l’on y construisit un modeste oratoire. Il y avait bien quelqu audace à le faire. La Loire, plus profonde alors qu'aujourd‘hui, avait des tempêtes terribles et des inondations plus terribles encore ; souvent, tous les deux ou trois ans, nous disent les vieilles archives, elle renversait tout ce qu’on élevait sur ses bords. Un seigneur avait bâti son manoir dans une île. Voisine ; bientôt il dut fuir devant le fleuve en furie et abandonner le château, que les vagues démolirent pierre a pierre. Un autre avait construit des moulins productifs à quelques pas de la chapelle : les moulins furent emportés par les eaux et il fallut les reconstruire ailleurs. Les habitants de la vallée, pour défendre leurs riches cultures contre les envahissements de la Loire, avaient élevé d’immenses et solides chaussées : les chaussées, battues en brèche par le courant, étaient emportées connue le reste. Seule la chapelle, dont les murailles pourtant étaient aussi battues par les flots, restait inébranlable. Une année, en février 1778, tout le monde crut sa ruine imminente : la Loire avait fait rage autour d’elle, tout le sol était bouleversé et les fondations mises à jour. Le général de la paroisse s’inquiète et nomme des commissaires. Mais ceux-ci le rassurent bientôt : la chère chapelle est intacte. Seulement il fallait niveler le sol, profondément raviné par le courant ; un batelier s’en chargea, moyennant la somme de 50 livres. Il est à croire qu’il ne s’enrichit pas a ce travail, car il ne fallut pas moins de 50 charretées de pierres pour ramener les abords de la chapelle a leur ancien niveau. Le peuple voyait la une protection visible de la bonne Mère, et la confiance en son intercession s’en accroissait encore.

La présidente Bourgneuf de Cucé, dont la famille possédait, au XVIe siècle, des terres dans la région, signala sa piété envers Notre Dame de Léard en y établissant une fondation, dite de Notre Dame de Consolation, à savoir « une messe basse tous les premiers dimanches du mois et à toutes les fêtes de la Vierge, ainsi qu’à celle de sainte Catherine » et à plusieurs autres. Elle eut des imitateurs qui fondèrent a leur tour deux services et huit messes basses, chaque année.

Si les riches montraient leur dévotion envers notre madone, le peuple manifestait aussi sa confiance. La petite chapelle, située à la fois sur les bords du fleuve et sur la route de Nantes, recevait les hommages des voyageurs de terre et d’eau. Tous les habitants de la région que leurs affaires appelaient à la ville passaient à la porte de Notre-Dame, et ils ne manquaient pas de lui adresser une courte prière ; ainsi faisaient également les mariniers. La Loire, que l’abandon de ces dernières années n‘avait pas encore laissée s‘ensabler, était vivante alors ; c’était à peu prés l’unique chemin des marchandises venant de Nevers, d’Orléans, de Blois, de la Touraine et de l’Anjou a Nantes ; c'était naturellement aussi le chemin suivi par les denrées coloniales et autres que le port de Nantes, si florissant a cette époque, expédiait au centre de la France. Aussi les blanches voiles animaient constamment le paysage, et quand, après une longue attente. le vent d‘Ouest permettait à la
flottille de remonter le fleuve, c’était pittoresque et charmant de voir passer les barques. Les mariniers, rudes travailleurs, étaient de bons chrétiens aussi ; jamais ils ne manquaient de se découvrir et de se signer lorsqu’ils apercevaient la chapelle de Notre Dame.

Ce fut ainsi jusqu’à la Révolution. L'humble chapelle, malgré ses proportions minuscules, était trop en vue pour échapper aux modernes iconoclastes. Les armées patriotes passaient et repassaient parle chemin nantais, et, de plus, le fleuve était sillonné de canonnières. Tout le pays était ravagé, châteaux et chaumières incendiés, habitants jeunes et vieux massacrés ; la chapelle de Léard ne fut pas épargnée. L’incendie détruisit d’abord la toiture, les pierres mêmes les murailles furent dispersées, et une main sacrilège, saisissant la précieuse statuette, la jeta au loin dans la Loire.

Mais Marie voulait être encore honorée dans ce lieu. Une femme du village voisin, Fidèle Dubois, femme Jean Gohaud, s’en allait un jour prier sur les ruines de la chapelle. Tout a coup elle aperçoit un objet qui brille à ses pieds. C’était la statuette de faïence, depuis si longtemps vénérée, que le flot avait rapportée sur la rive. Elle la recueillit comme un trésor et la cacha soigneusement dans sa maison pendant tout le règne de la Terreur. Souvent, il l‘approche des massacreurs, qui ne se lassaient pas de tuer, il fallait fuir. Fidèle emportait avec elle sa précieuse statue. Quand ils n’étaient pas surpris par des attaques inopinées, les habitants du voisinage se réfugiaient dans une île du marais de Goulaine. Les pauvres gens attachaient leurs bateaux à la rive et se cachaient dans les broussailles. D’ordinaire, les Bleus se contentaient de décharger de loin leurs fusils ; parfois ils tenaient ces malheureux dans une sorte de blocus. Alors Fidèle Dubois posait sa statue sur un socle improvisé et tous, tombant à genoux, demandaient à Notre Dame de les préserver.

Les jours mauvais passèrent enfin et la statuette resta dans la maison de sa gardienne dévouée. Cependant elle avait encore sa tète, au temps des rogations. Un pan de la chapelle était resté debout, Fidèle y plaçait sa madone, dressait devant elle un autel paré de fleurs et de lumières, et attendait, impatiente, le passage de la procession qui s‘allongeait sur les bords de la Loire. Les bannières s‘arrêtaient au pied de l’autel champêtre, prêtres et fidèles s’agenouillaient, et redisaient une fois encore à la Vierge de Léard l’amour persévérant de son peuple.

Cinquante ans après l'incendie, Fidèle Dubois entreprit de rebâtir la chapelle. Encouragée par son curé, M. Durand, dévot serviteur de Marie, celui-là même qui devait relever plus tard le sanctuaire de Bonne Garde, et aidée d’une pieuse veuve du voisinage, elle se fit la quêteuse de Notre Dame. L’entreprise fut bien accueillie et bientôt les aumônes permirent de mettre la main à l’oeuvre. Toutefois, pendant ce demi-siècle, les lieux s’étaient un peu transformés ; Notre-Dame n’était plus là pour arrêter les flots de la Loire, et les eaux avaient envahi les ruines de l’oratoire. ()n construisit en face, de l’autre côté-de la route. Le 29 mai 1843, tout était prêt pour la bénédiction, elle fut solennelle et digne de celle qu’il s’agissait d’honorer.

Les deux paroisses de Saint Julien et de Basse Goulaine s’y rendirent processionnellement, conduites par leur clergé. A leur arrivée devant le nouveau sanctuaire, les bannières se saluèrent, les deux curés s’embrassèrent et les fidèles, joyeux, confondirent leurs rangs et leurs oriflammes. Le curé de Saint-Julien bénit la chapelle, celui de Basse-Goulaine chanta la grand' messe, et les deux quêteuses de Notre Dame firent la sainte communion.

Trois mois plus tard (27 août), autre cérémonie. La vieille statuette de faïence avait été placée, à l’extérieur, au dessus de la porte d'entrée ; une autre, plus grande, fut achetée pour être posée sur l’autel. Il s’agissait de la transporter de l‘église paroissiale à la chapelle de Léard. Cent cinquante jeunes filles de la Vallée communièrent le matin ; le soir, après vêpres, elles se groupèrent autour de l’image sainte, un étendard à la main. Elles devaient, tour à tour, porter le précieux fardeau. Trois arcs de triomphe avaient été dressés sur le chemin, et trois fois la procession s’arrêta pour y poser un instant la madone. La nouvelle statue fut placée sur l'autel ; on mit à droite et à gauche celles de Sainte Fidèle et de Sainte Apolline, patronnes des deux quêteuses de Notre Dame.

En ces derniers temps (1890), par une sage précaution, on a retiré de sa niche extérieure la statuette vénérée, pour la mettre sous un globe, à l'intérieur de l’oratoire : et une inscription, gravée sur une table de marbre, résume sa touchante histoire.

Deux fois par an, le deuxième jour des rogations, et, au temps de Pâques, le jour fixé pour la communion des infirmes de ce quartier, le saint sacrifice de la messe est célébré dans la chapelle. Mais souvent, dans le cours de l'année, de pieux visiteurs, héritiers de la vénération des siècles écoulés, font à la chère madone leur pèlerinage.

Les dévots serviteurs de Notre Dame de Léard nous apprennent par leur exemple quelle confiance nous devons avoir en Marie. Aux jours de la prospérité, quand ils se rendaient à la ville pour leurs affaires ou quand leurs barques richement chargées sillonnaient le fleuve, ils adressaient leurs hommages et leurs prières à Notre-Dame. Imitons-les dans les jours heureux. Les peuples, fort souvent, lorsqu’ils ont tout à souhait, oublient Dieu et la très sainte Vierge, abandonnent toute pratique religieuse et dédaignent une morale qui désormais leur semble trop austère. C’est un fait triste à constater dans notre pays de France, que les contrées les plus riches sont aussi les moins chrétiennes, les plus empressées au plaisir, les plus dédaigneuses du devoir ; tandis que les régions plus pauvres, comme notre Bretagne et les pays de montagnes, sont restés plus fidèles à la foi et aux pratiques des ancêtres. Gardons-nous de faire comme ces riches oublieux et ingrats, restons dévoués toujours à Dieu et à Notre Dame ; d’abord parce que les richesses spirituelles et les trésors de la vertu l'emportent infiniment sur tous les biens terrestres ; ensuite parce que c'est la protection d‘En-haut qui peut seule nous conserver ceux-ci et nous procurer plus de bien être encore.

Dans les tristesses et les épreuves de la vie, on invoquait également Notre Dame de Léard. Je n’en veux pas d‘autre preuve que cette fondation, en l’honneur de Notre-Dame de Consolation, établie dans sa chapelle par la présidente de Cucé. La femme du riche et puissant magistrat, apparentée à deux évêques de Nantes, avait eu sans doute le cœur endolori par des souffrances et des peines ; mais elle savait où chercher le réconfort. Elle nous montre ce que nous avons à faire sous le coup de l'adversité. Toute consolation humaine est vide et dure peu ; la seule vraie consolation vient du ciel et c’est d'ordinaire Marie qui la donne : Dieu a voulu que nos larmes fussent essuyées par celle qui a tant pleuré.

Enfin, les fidèles amis de N. D. de Léard se confiaient en elle dans le danger, lorsque les massacreurs étaient à leurs portes et que les balles sifflaient sur leurs têtes. Leur espérance ne fut pas trompée, la protection de Marie les sauva. Ainsi l‘ont partout les vrais serviteurs de Notre Dame : s’ils sont exposés au danger des batailles ou aux fureurs de la tempête, si quelque accident met leur vie en péril ou si la maladie les conduit aux portes de la mort, un cri de détresse jaillit de leur cœur et retentit dans le Cœur de Marie. Crions comme eux à notre Mère lorsque surviendra le danger, et sa tendresse ne manquera pas de nous assister. Invoquons-là surtout dans ces périls bien autrement terribles qui menacent nos âmes, et qui pourraient les perdre pour l’éternité. Sa puissance n’est pas moindre contre le démon que contre les massacreurs de la terre, et jamais elle ne refuse l’aide de son bras invincible aux âmes justes qui la supplient de les préserver du péché.

ND de Nantes

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12 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Bretagne9

Treizième jour

Notre Dame de Pitié

 

La fête de la Compassion ne rappelle pas seulement Notre Dame des Sept-Douleurs, mais aussi Notre Dame de Pitié. Ce dernier vocable nous dit la part que la Vierge-Mère prit aux souffrances de son Fils et celle qu’elle prend aux nôtres. Aussi les sanctuaires où l’on trouve des images de Notre Dame de Pitié sont-ils fort nombreux. Avant la Révolution, la plupart des églises de Nantes possédaient un autel dédié à Marie sous ce vocable, ou du moins une Pietà. Saint Nicolas avait son autel Saint-Sauveur, dont le retable était orné d’une Notre Dame de Pitié, en relief, entourée des douze apôtres. Mais c’est à Saint-Vincent que cette dévotion possédait le plus remarquable monument. Cette église existe encore partiellement, sur la place qui porte son nom ; mais le transept sud a été récemment démoli et remplacé, rue Beau Soleil, par une annexe de l’Hôtel de Bretagne. C’était là que se trouvait la chapelle de Briord, fondée par la famille du célèbre Pierre Landais, trésorier de Bretagne et seigneur de Briord. L’autel portait une statue de Notre-Dame de Pitié, puis à droite, sous un arceau voûté, on voyait « la représentation du Saint Sépulcre de Nostre Seigneur, en bosse, contenant, oultre la figure de Nostre-Seigneur, neuf personnages ».

Le vocable de Notre-Dame de Pitié évoque surtout le souvenir des maladreries et des hôpitaux que la charité chrétienne avait semés partout sur le sol de notre pays et consacrés souvent à la Compassion de Marie. On compte une douzaine de ceux-ci au moins dans le diocèse et plusieurs dans la ville de Nantes. C’est ainsi que, dès le milieu du XIVe siècle, nous trouvons, dans la rue du Port-Maillard, un hôpital de Notre Dame de Pitié, qui fut transporté plus tard à l’endroit que marque encore aujourd’hui la rue du Vieil Hôpital, sur la rive gauche et près de l’embouchure de l’Erdre.

Mais le principal était l’aumônerie de Saint Clément, Notre Dame hors la ville, comme on disait alors, parce qu’il était situé en dehors de l’enceinte, a proximité de la porte Saint Pierre, à peu près à l’endroit qu’occupe actuellement la caserne des pompiers. Lui aussi était dédié à Notre-Dame de Pitié, c’était le plus ancien hôpital de la ville et il remontait, croit-on, au IXe siècle. C’est là, au milieu des pauvres, que les évêques de Nantes allaient coucher, la veille de cette entrée solennelle où les plus puissants seigneurs de leur diocèse, les barons d’Ancenis, de Châteaubriant, de Raiz et de Pontchâteau, les portaient triomphalement sur leurs épaules ; c’est la que, le Jeudi Saint, ils lavaient les pieds à douze pauvres, qu’ils gratifiaient ensuite d’une généreuse aumône. La paroisse de Saint Clément posséda plus tard un autre sanctuaire de Notre-Dame de Pitié. Il fut construit, au XVe siècle, dans le cimetière de Champfleuri, dont les terrains sont occupés aujourd’hui par l’Hôtel du Grand Monarque. C’est sans doute pour honorer Notre-Dame de Pitié, dont la tête se célébrait la veille des Rameaux, que la procession de ce dimanche se rendait au Champ fleuri. Tous les curés se réunissaient a la Cathédrale pour se diriger ensuite vers le but traditionnel. « En quittant le cimetière, après avoir entendu le prédicateur, la procession retournait a la ville. Elle en trouvait la porte fermée ; et c’est devant la porte de ville que le premier choeur entonnait le Gloria, tous, auquel le second choeur répondait du haut des remparts ». J’imagine que c’est en souvenir de ce culte envers la Compassion de Marie, tant de fois séculaire sur le territoire de la paroisse Saint Clément, que M. le curé Bouyer demanda et obtint d’ériger dans son église, en 1833, la Confrérie de Notre Dame des Sept Douleurs. Elle y est encore très prospère et, chaque année, vers la fin de septembre, elle y célèbre sa neuvaine avec un grand concours de fidèles.

Une des plus belles et des plus importantes églises paroissiales de notre diocèse est dédiée à Notre Dame de Pitié. Plus d’un sans doute, parmi ceux qui m’écoutent ce soir, l’a admirée, défiant, dans sa robe de granit, l’effort de la tempête et appelant, de sa tour monumentale, les matelots en péril : c’est l’église du Croisic. Ce n’était d’abord qu’une modeste chapelle très vénérée, dont l’origine se perdait dans la nuit des temps. Au XVe siècle (20 janvier 1432), une bulle du pape Sixte IV accorde des indulgences « à tous ceux qui contribueront à réparer, entretenir, embellir la chapelle de la Bienheureuse Marie de Pitié, en la paroisse de Saint-Guénolé de Batz ». Cinquante ans plus tard, Innocent VIII en attribue d’autres à ceux qui visiteront la chapelle à certains jours. Excités par ces faveurs spirituelles et sans doute aussi parle désir d’égaler, voire même de surpasser l’église mère, les riches armateurs croisicais se montrèrent généreux. Ils bâtirent la splendide église que nous admirons encore. Le peuple qui l’avait élevée à l’honneur de Dieu et de la Vierge, sa mère, sut aussi la défendre. A deux reprises (en 1558 et en 1562), les huguenots y pénétrèrent et eurent l’audace d’y faire leur prêche. Ils en furent promptement délogés et Notre Dame de Pitié continua d’être. honorée dans son temple. N’est-il pas vrai qu’elle y est bien a sa place ? Pour ma part, je ne puis songer, sans en être ému, a la touchante pensée qui, pour rassurer tant de mères inquiètes sur le sort de leurs enfants, et pour essuyer tant de larmes versées sur les disparus, sur « les péris en mer », comme on dit chez nous, a voulu placer là, sur la presqu’île battue des vagues et balayée par les rafales, la Vierge-Mère, pleurant sur le cadavre de son enfant.

Je veux signaler, enfin, un sanctuaire plus humble, mais d’une inspiration aussi touchante, bâti à une autre frontière de notre diocèse, sur une colline d’où il domine la Vendée.

Avant la Révolution, une toute petite et très pauvre chapelle, dédiée à Notre-Dame de Pitié, s’élevait a l’entrée du gros bourg de Legé. Simple était son histoire, aussi les archives n’ont-elles jamais révélé aux chercheurs que son nom. Durant les mauvais jours, elle partagea le sort de la bourgade, qui fut, à plusieurs reprises, témoin de terribles batailles, inondée de sang et livrée aux flammes. La torche incendiaire anéantit la petite chapelle ; mais auparavant elle avait vu des drames émouvants.

C’était en janvier 1794, plusieurs habitants de Touvois, Froidefond et Falleron, 70, d’après les notes manuscrites de l’abbé Gilliers, 90, d’après les mémoires de Lucas de la Championnière, sur la foi d’une proclamation répandue par Turreau, avaient rendu leurs armes, décidés à vivre paisiblement chez eux. Bien accueillis d’abord, ils furent enfermés dans la chapelle de Pitié pour y passer la nuit. Le lendemain, ils furent dépouillés, attachés deux par deux, les mains derrière le dos, et conduits dans le chemin qui longe le vieux manoir de Charbonneau, maintenant le presbytère. Là, on les força de s’agenouiller et on les fusilla sans autre forme de procès. Leurs cadavres furent jetés dans les carrières, au chevet du monument actuel.

Dans le même mois (12 janvier), une autre scène de mort se déroulait à cet endroit. Deux révolutionnaires de Saint Etienne de Corcoué avaient convié les habitants de leur village et des hameaux voisins à un banquet. Soixante-huit acceptèrent, vingt-neuf hommes, trente-deux femmes et sept enfants. Au milieu du festin, la troupe, qui était prévenue, arriva, et les pauvres paysans furent traînés à Legé. Les femmes et les enfants furent parqués, sous bonne garde, sur la place de la chapelle, et les hommes introduits dans la maison d’en face. Cette fois, on instruisit le procès. Pour juge, on constitua un mendiant du pays, sourd-muet de naissance. Lorsqu’on lui amenait un de ces hommes, il faisait le geste de le mettre en joue : c’était un arrêt de mort ; une fois, une fois seulement, il prit un des prévenus par le bras et l’attira près de lui: ce fut l’unique sentence d’absolution. Cet homme avait en jadis l’occasion de faire l'aumône a son juge. C’est lui qui raconta plus tard ces faits à celui-la même dont j’utilise les notes. Les victimes furent dépouillées connue les précédentes, puis conduites dans une prairie voisine, où on les fusilla. Le lendemain matin, après une nuit affreuse, au milieu des insultes et des menaces, on entraîna les femmes et les enfants auprès des cadavres de leurs époux et de leurs pères, qu’on les força de dévisager, puis on les renvoya.

Aujourd'hui rien ne reste de la vieille chapelle pour rappeler les horribles spectacles dont elle fut le muet témoin, rien, si ce n’est un débris de la croix qui en surmontait le fronton, que l’on voit encore dans le jardin du presbytère. Mais une autre chapelle, digne de ces grands et tristes souvenirs qu’elle est chargée de commémorer, s’élève à la place de l’ancienne. Sous la Restauration, des hommes de cœur eurent la délicate pensée de consacrer un monument religieux a la mémoire des héros qui s’étaient levés pour la cause de Dieu et des martyrs immolés pour leur fidélité a la foi. Legé fut choisi, et c’est sur les ruines de l’antique chapelle dédié à Notre Dame de Pitié que, le 2 mai 1825, l’évêque de Nantes, assisté des plus grands personnages et d’une foule immense de Vendéens, bénit la première pierre de l’édifice. Pouvait-on faire mieux que de lui laisser son nom ? Deux messes y sont célébrées chaque année pour les âmes des Vendéens, et tous ceux qui se souviennent - ils sont nombreux là-bas, aiment aller prier dans ce sanctuaire auquel son architecte, bien inspiré, a donné presque la forme d’un tombeau.

 

Après ce trop long exposé, que me reste-t-il a dire ? Trois mots seulement. Comme nos pères, si heureux dans les applications qu’ils avaient faites de ce vocable, demandons à Notre Dame pitié pour ceux qui souffrent, pitié pour ceux qui pleurent, pitié pour ceux que l’on persécute.

Pitié pour ceux qui souffrent ! Nos pères avaient confié leurs pauvres et leurs malades à Notre Dame. Hélas ! Malgré les progrès du siècle et le bien être que l’on prétend assurer à tous, les pauvres et les malades sont aussi nombreux qu’autrefois. Ils sont aussi plus malheureux, puisque beaucoup n’ont plus la foi, la foi qui fait accepter la souffrance, la foi qui donne le courage de la supporter, la foi qui la rend féconde et méritoire. Prions Notre Dame de donner du pain au pauvre qui a faim, de donner la santé au malade, de donner a tous la foi des anciens jours ; prions-la aussi de faire en sorte que la religion ne soit pas, chez nous comme ailleurs, bannie des hospices et des hôtels-Dieu.

Pitié pour ceux qui pleurent ! L’Evangile ne dit nulle part que Notre-Seigneur ait souri ; deux fois au moins, il nous apprend que le divin Maître a pleuré. C’est l’image de l’humanité dont il était le représentant. L’humanité pleure encore aujourd’hui : elle pleure sur ses illusions envolées, sur ses amours trompées, sur ses bien-aimés disparus. Mais ses larmes sont souvent plus amères qu’autrefois. Autrefois, elle pleurait avec Notre-Dame, au pied du crucifix, et ces deux grandes douleurs du Fils et de la Mère lui faisaient trouver les siennes plus douces. Autrefois, elle priait les yeux fixés au ciel, et la pensée du bonheur qui l’attendait là-haut, avec tous ceux qu’elle aimait et dont jamais plus elle ne serait séparée, mêlait des sourires a ses pleurs. Et aujourd'hui ?... Hélas ! les crucifix tombent en poussière ou descendent à la voirie, et l’espérance s’en va. Demandons à Marie de prendre nos larmes en pitié et de l’aire que nous ne pleurions plus comme ces païens dont parle saint Paul, et qui n’ont point d'espérance.

Pitié pour ceux que l’on persécute ! Il fut un temps chez nous où l’on pouvait croire que l’ère des persécutions était close : hélas ! Voilà qu’elle vient de se rouvrir, nous montrant qu’elle est vraie toujours la parole du Maître : Vous serez: haïs à cause de moi : on vous citera devant les proconsuls et l’on vous traînera dans les tribunaux : voilà que les prêtres, les moines, les vierges consacrées se pressent sur les chemins de l’exil ; voilà que les soutanes et les frocs remplissent les tribunaux ; voilà que, demain peut-être, vont se fermer les temples et se rouvrir les catacombes !... Prions encore Notre Dame : demandons-lui le repentir pour les bourreaux, et pour les autres, non pas d’échapper au martyre, mais d’avoir la force de le subir.

 

ND de Nantes

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11 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Bretagne8

Douzième jour

Notre Dame des Langueurs

 

Après la fête de la Chandeleur, ne tarde pas a venir celle de la Compassion ou de Notre Dame des Sept Douleurs, que l’Eglise célèbre le vendredi, avant-veille du dimanche des Rameaux. Pour suivre l’ordre des mystères, dans lequel je me tiens le plus possible, je viens vous parler ce soir d’un pèlerinage relativement récent, mais vénérable pourtant déjà par son antiquité, puisqu’il comptera bientôt trois siècles d’existence ; vénérable surtout par son origine et par la dévotion qu’il inspire a toute la contrée environnante : Notre Dame des Langueurs.

Au mois de juillet 1637, un terrible fléau, la peste, apparaît subitement et jette l’épouvante dans la paroisse de Joué. Il sévit dès l’abord avec une intensité effrayante. Le cimetière paroissial étant devenu bientôt insuffisant, et le transport des cadavres pouvant d’ailleurs contribuer à répandre la contagion, on enterre à la chapelle rurale de Saint Donation ; on improvise même un nouveau cimetière, a une lieue du bourg, au milieu d’une lande solitaire située entre les gros villages de Franchaud et de la Mulonnière, en un lieu désigné maintenant a la piété du peuple par la croix du Désert.

Deux pieuses filles, les sœurs Martin, habitant cette partie de la paroisse dont on a formé depuis la chapellenie de Notre Dame des Langueurs, eurent la pensée de faire un vœu à la sainte Vierge. Les paysans des villages voisins approuvèrent leur initiative et tous promirent d’ériger une chapelle à Marie, si elle écartait le fléau. Notre-Dame entendit ce confiant appel : la peste cessa immédiatement dans ces villages, alors qu’elle continua de désoler le reste de la paroisse jusqu’au mois de décembre.

Les villageois se mirent en devoir de tenir leur promesse. Mais qui posséderait la précieuse chapelle, ex-voto de la commune reconnaissance ? Le village de Franchaud prétendait y avoir des droits incontestables, sans doute parce qu’il était la plus importante agglomération du quartier ; les habitants de quelques pauvres maisons, juchées sur la lande de Vioreau, y prétendaient aussi. C’est alors, au dire du moins de la légende, que le Ciel intervint en faveur de ceux-ci.

Un fait merveilleux se produisit, qui rappelle l’apparition de l’archange saint Michel au mont Gargan, et dont témoigne la tradition unanime du pays. Un cultivateur de la Lirais, hameau de la paroisse d’Abbaretz, situé sur les confins de Joué, envoyait chaque jour, comme d’ailleurs tous ses voisins, paître ses troupeaux sur l’immense lande alors indivise de Vioreau. Vers ce temps, il remarqua qu’un de ses bœufs devenait sensiblement plus gras et plus beau que les autres. Craignant, dans sa délicatesse, que, par défaut de surveillance, l’animal ne quittait la lande pour faire des excursions dans les champs, il interrogea le patour. Celui-ci répondit que le bœuf restait constamment sur le pâtis commun et qu’il prenait la même nourriture que les autres. Le propriétaire voulut en avoir le cœur net et fit suivre le boeuf. On remarqua que celui-ci, au sortir de l’étable, relevait la tète, finirait l’air d’un certain côté, puis, d’un pas ferme et rapide, sans courir toutefois, se dirigeait vers un point de la lande, toujours le même. Il s’arrêtait près d’un buisson de houx et y restait de longues heures, jusqu’à ce qu’on le forçât de rentrer à l’étable. Il ne mangeait pas, seulement il léchait de temps en temps une grosse pierre cachée sous la verdure. La curiosité du paysan fut piquée au vif, et bientôt tous les voisins, informés de ce fait étrange, accoururent. Ils soulevèrent, a force de bras, l’énorme bloc et, ô prodige ! ils aperçurent, dans une cavité souterraine, une statue assez grande et deux autres plus petites. La première était une Pietà, c’est-à-dire représentait Marie, la mère des douleurs, avec, sur ses genoux, le corps inanimé de son Jésus ; les statuettes représentaient Saint Eutrope, premier évêque de Saintes, et sainte Marguerite d’Ecosse.

On comprend l’enthousiasme de ces bons villageois, à cette merveilleuse découverte. Ils se rappelèrent alors que la tradition signalait l’existence d’une antique chapelle dans ces lieux et que, plus d’une fois, leur enfance avait pâli au récit d’une légende la même d’ailleurs que l’on raconte aux abords de tous les vieux sanctuaires de nos campagnes. On disait, et l’on dit encore a Joué, qu’un paysan du voisinage, pénétrant un jour dans la chapelle, y avait trouvé un prêtre prêt a célébrer la sainte messe, qui l’avait prié de la lui servir. Le saint sacrifice terminé, l’officiant avait disparu. Non sans promettre a son clerc improvisé une place près de lui dans le paradis. C’était pure légende, mais qui prouvait l’existence de la chapelle. Il est une autre preuve qui ne permet pas de la contester : une très ancienne charte du cartulaire de Saint-Florent mentionne, au XIIe siècle, dans la paroisse de Joué, une chapelle dédiée à Sainte-Marie de la Lande.

Les paysans n’hésitèrent plus ; là, de par Dieu lui-même, devait s’élever la chapelle votive. On se mit immédiatement à extraire de la pierre et deux premières charretées furent transportées sur la lande. Cependant, malgré le miracle, si l’on en croit les gens de Langueur, le village de Franchaud s’obstina dans ses prétentions, et il fallut une seconde manifestation du Ciel pour qu’il avouât sa défaite. Quelques-uns de ses habitants vinrent clandestinement enlever les pierres déjà déposées sur la lande et les transportèrent, a l’entrée de leur village, dans un champ que la tradition désigne encore. Mais le lendemain matin, sans qu’on pût relever aucune trace de pas ou de chariot, les pierres se retrouvèrent sur le premier emplacement. Cette fois, tout le monde fut d’accord. On commença sur le champ la construction et l’on fit reposer un des angles de la chapelle sur le bloc de pierre qui avait préservé, pendant des siècles peut-être, la statue de Notre-Dame.

La première pierre de l’humble monument fut solennellement bénite, le 12 octobre 1637, par missire Thomas Gaultier, recteur de Joué, qu’assistaient Nicolas Guybour, prêtre de la paroisse, et Jean Foret, vicaire d’Abbaretz. L’oeuvre enfin terminée, la Pietà miraculeuse fut mise à la place d’honneur, entourée des deux statuettes, et on la salua du titre désormais consacré de Notre-Dame des Langueurs.

Je n’ai pas besoin de dire avec quel empressement les pieux fidèles de la contrée vinrent lui rendre leurs hommages. Les archives nous donnent la preuve de l’attachement de ces braves gens a leur chapelle. Malgré leur peu de fortune, plusieurs y firent des fondations, et, au premier rang des donateurs, on trouve les Martin, de la Braudiére, peut-être les deux vieilles filles qui avaient en l’initiative du vœu, du moins quelqu’un de leur parenté.

L’origine doublement merveilleuse de la chapelle la rendit chère, non seulement aux habitants de Joué et des paroisses voisines, mais a ceux de toute la région. La fête patronale fut nécessairement la Compassion de la sainte Vierge, et un grand pardon y attira chaque année la foule. Il avait lieu le samedi, veille du dimanche des Rameaux, jour où dans le diocèse de Nantes on honorait alors ce mystère. Les pèlerins accouraient de tous les villages d’alentour, même d’Ancenis, même des paroisses angevines de la rive gauche de la Loire. Les Rogations fournissaient aux fidèles de Joué une autre occasion de montrer leur dévotion à Notre Dame des Langueurs : un des trois jours, la procession s’y rendait, et l’on y célébrait la messe de station. La paroisse y retournait encore le 15 août. De bonne heure dans l’après-midi, malgré la chaleur et la longueur du chemin,clergé et fidèles se mettaient en rangs de procession, pour se rendre à la chapelle de Notre-Dame, où, sitôt arrivés, ils chantaient solennellement les vêpres ; et c’était un spectacle à la fois curieux et touchant de voir tous ces bons paysans assis ou agenouillés sur la lande, pendant que les prêtres officiaient dans la chapelle, trop étroite pour contenir la foule.

La Révolution respecta la chapelle et le pèleninage continua. Seulement, à l’aurore du XIXe siècle (1811), le grand pardon de la Compassion changea de caractère : une foire fut établie par l’autorité civile au village de Langueur, et ce ne fut plus seulement la piété qui attira le peuple.

En 1864, la chapelle fut érigée en succursale de Joué, et il fallut l’agrandir. Depuis ce temps, des transformations plus radicales ont été opérées. Une église plus spacieuse et plus belle a été construite à quelques pas de l’ancienne, et celle-ci a été renversée. L’antique Pietà a été transportée dans le nouveau monument ; mais les deux statuettes, ses compagnes de tant de siècles, n’ont pas été jugées dignes d’occuper une place a ses côtés. Un bon chrétien, ami des antiques traditions, celui-là même a qui nous devons une bonne part de nos renseignements, les a pieusement recueillies.

Les pèlerinages continuent à Notre Dame des Langueurs, et le grand pardon des temps passés n’a pas complètement disparu. Les paysans n’y viennent pas seulement faire des achats ou des ventes ; beaucoup ont pour but principal d’honorer la sainte Vierge. On y chante solennellement la messe, et, depuis l’ouverture de la halte du Pavillon, les pèlerins, amenés par le chemin de fer et dont on a soin d’attendre l’arrivée avant de commencer l’office, se présentent plus nombreux encore qu’autrefois.

 

Vous savez, mes Frères, pourquoi Marie est appelée Notre Dame des Sept-Douleurs : c’est parce qu’elle a souffert tous les jours de sa vie, particulièrement au Calvaire ; c’est parce qu’en elle s’est réalisée la prophétie du vieillard Siméon : « Un glaive de douleur transpercera votre âme ». Mais savez-vous pourquoi Marie, la toute pure, l’lmmaculée, a souffert de la sorte ? Savez-vous pourquoi la compassion de la Vierge accompagna la passion du Sauveur ? La douleur est l’expiation nécessaire du péché, et c’est pour cela qu’elle apparut dans le monde immédiatement après le péché, comme châtiment du péché : « In dolore paries, Tu enfanteras dans la douleur ». Pour expier dignement le péché, il fallait qu’un homme, représentant de ses frères, endurât une immense douleur, il fallait de plus que cette douleur fût soufferte par un cœur très pur, et qu’elle fût infinie. C’est la raison d’être de l’Incarnation : pour expier les péchés de ses frères, Jésus-Christ, l’Homme Dieu, mérita d’être appelé l’Homme de la douleur. Mais une femme, Eve, avait concouru au péché de l’homme : ne semblait-il pas convenable qu’une femme, toute sainte et toute pure, participât à la douleur de l’Homme-Dieu ? Voilà, mes frères, la raison de la compassion de Marie. Notre Dame des Sept-Douleurs, c’est la corédemptrice.

Si la très sainte Vierge nous donne de la sorte une grande preuve d’amour, elle nous donne en même temps une grande leçon de choses. Rappelez-vous le mot si connu de saint Paul : « J’accomplis dans ma chair, disait-il, ce qui manque à la passion de Jésus-Christ », et il ajoutait : « Voilà pourquoi je me réjouis dans les maux que je souffre pour vous ». C’est la douleur qui expie,Jésus-Christ a pris a sa charge la grosse part du fardeau, mais il a voulu, et ce n’est que justice, que nous en portassions une petite part aussi. Donc nous devons souffrir, sans cela la passion, pour ce qui nous concerne, resterait incomplète, et nous ne pourrions pas être sauvés : voilà ce que Marie, plus éloquemment que saint Paul, nous prêche du pied de la croix. Au lieu donc de murmurer contre la douleur, apprenons, par l’exemple de notre Mère, a rester debout quand elle nous frappe, et a porter vaillamment notre fardeau. En même temps demandons-lui de nous obtenir du courage dans nos souffrances et nos peines. Demandons-lui enfin, car sa bonté nous y autorise, d’imiter les mères de la terre qui partagent et conscient les douleurs de leurs enfants, et d’alléger notre fardeau, en nous procurant secours et consolation.

 

ND de Nantes

 

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5 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Sixième jour

Notre Dame de Bonne Nouvelle

 

Dans la commune de Puceul, au chef-lieu de la paroisse de la Chevallerais, nous trouvons une modeste et gracieuse église consacrée à Notre-Dame de Bonne Nouvelle. Écoutons d’abord parler la légende.

C’était, il y a longtemps, bien longtemps, sur les bords de l’Isac. Des bois s’étendaient entre Saffré et Blain, jusqu’à ceux du Cuivre, avec lesquels ils ne formaient sans doute qu’une seule et immense forêt. Un jour, un pauvre bûcheron, qui travaillait dans les halliers, aperçut une belle Dame, auprès d’une source d’eau vive ; et, comble de bonheur ! la belle Dame se fit connaître et dit qu’elle voulait, en ces lieux, une chapelle dédiée il son nom. Le lendemain, revenant au même endroit, il trouva une statuette de la Sainte Vierge cachée dans les broussailles.

Le bûcheron était pauvre et, par conséquent, incapable d’élever, a lui seul, un superbe édifice : il mit sa cognée au service de la belle Dame, fit disparaître les broussailles, tailla des poutres dans la forêt, et bientôt la madone eut sa chapelle, bien humble il est vrai, avec ses cloisons et son toit de feuillage, mais monument touchant de foi et d’amour. Puis, quand la statuette eut été placée dans son sanctuaire, le dévot serviteur de Marie se prosterna devant elle, et les foules vinrent après lui prier devant l’image miraculeuse et boire à la source bénie.

Or les seigneurs du voisinage, pour se délasser de leurs chevauchées guerrières, venaient souvent chasser dans la forêt, aux environs du pauvre oratoire. Un jour, l’un d’eux, croyant frapper une bête fauve, atteignit et blessa grièvement un de ses compagnons. Dans sa désolation, le chevalier, de la le nom de Chevallerais, promit d’élever une chapelle à la Vierge, si le blessé guérissait. Quelque temps après, informé de cette bonne nouvelle, le noble seigneur accomplit sa promesse, et une chapelle convenable remplaça, avec le titre de Notre-Dame de Bonne Nouvelle, la hutte du pauvre bûcheron.

Quoi qu’il en soit de cette gracieuse légende, nous connaissons, par les archives de Saffré, l’existence de la chapelle en 1620, et nous avons appris naguère, en compulsant un vieux registre de Puceul, que le recteur de cette dernière paroisse fit restaurer, en 1722, la chapelle de la Chevallerais.

Pendant des siècles, les pèlerins allèrent prier dans ce modeste sanctuaire et, peu a peu, des habitations se groupèrent aux alentours. Le hameau ne tarda pas à devenir une fratrie distincte et posséda son chapelain. Les mauvais jours arrivèrent, et le troisième chapelain de la Chevallerais, Jean-Martin Chrétien de la Cour, périt, malgré ses quatre-vingts ans, dans les eaux de la Loire. Marin Leroy, son successeur, jeune mais infirme, ne fut pas plus heureux et périt avec lui.Les révolutionnaires de Blain tirent une expédition contre la chapelle et la livrèrent aux flammes. Mais l’un d'eux, pris de remords sans doute, sauva la statuette et la remit à une femme du village, qui la conserva avec amour.

La frairie de la Chevallerais restait fidèle à Dieu et à Notre-Dame. Un prêtre non sermenté, M. l'abbé Chédeville, y fixa sa résidence et y entretint ces sentiments chrétiens. Aussi, dès 1795, les habitants relevèrent la chapelle de ses ruines et, quand le Concordat de 1802 ramena définitivement le calme et la liberté religieuse, la statuette vénérée reparut sur son autel. Un prêtre du voisinage, M. l’abbé Le Bastard, vint s’installer au milieu de ces braves gens et, pendant plusieurs années, il y dirigea un petit séminaire qu’il avait fondé à l’ombre du sanctuaire de Marie.

Depuis, la frairie est devenue paroisse ; une église simple, mais de bon goût, a remplacé la chapelle croulante ; et les habitants y invoquent, avec plus de confiance que jamais, Notre Dame de Bonne Nouvelle. Les fidèles du voisinage y font souvent des pèlerinages. Puceul Surtout, la paroisse-mère, qui ne se console pas d’avoir perdu sa perte la plus précieuse, se fait remarquer par sa fidélité au culte de la Bonne Mère. Quand quelque danger la menace, quand la sécheresse ou des pluies persistantes mettent les récoltes en péril, quand le croup, le terrible croup porte la désolation au cœur des mères et le deuil a tous les foyers, elle se forme en procession et court invoquer Marie. Dans son église neuve, elle s’est fait un devoir d’élever un autel à Notre Dame de Bonne Nouvelle ; et, pour traduire aux yeux du peuple le mystère de cette dévotion tant aimée, un de nos meilleurs artistes nantais, délicieusement inspiré,a taillé dans la pierre une Vierge-Mère présentant son Fils au monde.

Dans les temps anciens, N. D. de Bonne Nouvelle n’était pas Seulement honorée a la Chevallerais ; elle possédait, elle possède encore une petite chapelle à Donges. Cet humble édifice, que l’on aperçoit, a droite du chemin de fer, quelques minutes après avoir quitté la gare de Savenay, n’est pas éloigné de la Loire ; aussi les marins invoquaient-ils volontiers sa madone tandis que, de leur côté, les parents inquiets s’en allaient, pendant les voyages trop prolongés des leurs, demander à Marie de bonnes nouvelles.

A Nantes, dans la chapelle Saint Yves, on voyait un autel de N. D. de Bonne-Nouvelle où, chaque vendredi, sur la fin du jour, se chantait le Stabat ; on on voyait un autre à la Cathédrale. Ecoutez messire Vincent Charron : «Yves du Quirisec, issu d’une ancienne et noble famille de Bretagne, Scolastique de Vannes et chanoine de Nantes, fut fort affectionné à la Sainte-Vierge, en l’honneur de laquelle il fonda un beau salut a la Cathédrale dudit Nantes, qui se chante tous les samedys de l’an, après Complies, devant l’autel de N. D. de Bonne Nouvelle en ladite église, et y fonda depuis deux chapellanies, de deux messes par semaine chacune, et voulut être enterré devant ledit autel, après son décès qui arriva à tel jour (l6 janvier) l’an 1518. Il git sous une belle grande tombe de cuivre ».

 

Il y a bientôt dix neuf siècles, au milieu d’une froide nuit d’hiver, de pauvres bergers de Palestine furent favorisés d’une ravissante vision. Un ange tout resplendissant de lumière leur apparut et, connue ils étaient saisis d’épouvante, la douce voix du céleste messager leur dit : « Ne craignez point, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande joie : c’est qu’ilvous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur ». La bonne nouvelle par excellence, c’est la naissance du Messie, c’est la Rédemption prochaine, c’est le salut du monde. Et, à cause de cela, l’ange de Bethléem a été regardé, dans tous les siècles chrétiens, connue le messager de la Bonne Nouvelle.

Mais ne pouvons-nous pas dire que c’est Marie qui, la première, annonce cette bonne nouvelle au monde ? Je le faisais observer hier ; Marie, dès l’origine, a entretenu l'espérance de l’humanité; je puis bien ajouter aujourd’hui que la raison c'est la bonne nouvelle qu’elle annonçait. Je ne veux pas me répéter ; disons cependant que l‘apparition de Marie a été l’annonce de l’arrivée prochaine de Jésus; que le monde, a sa naissance, pouvait déjà la saluer du beau nom de Notre Dame de Bonne Nouvelle ; qu’ils ont été bien inspirés ceux qui ont choisi la Nativité de la Sainte Vierge pour fête patronale de notre sanctuaire. Tous les Pères de l’Eglise se sont plu à appeler Marie l’aurore du soleil de justice. Est-ce que l’aurore, à sa naissance, ne donne pas au monde l’heureuse nouvelle de l’apparition prochaine du soleil ? De même Marie, a sa naissance, donne au monde l’heureuse nouvelle de l’apparition du Messie.

Ce n’est pas tout. Nous disions avec Bossuet : les dons de Dieu sont sans repentance : le rôle qu’il a confié jadis à Marie, la Vierge le remplit encore. C’est elle qui annonça le Rédempteur a la terre, le salut au monde ; c’est elle encore qui annonce le salut il chacun d’entre nous et, plus particulièrement aux pécheurs. On le répète souvent, et c’est un fait d'expérience, la piété envers Marie est un sûr indice et connue un gage certain de sanctification et de salut. Ne regarde-t-on pas, dans l’Eglise catholique, la dévotion à la Sainte Vierge comme un signe de prédestination ? N’est-on pas accoutumé a désespérer presque du salut des insulteurs de Marie ?

N’a-t-on pas pour habitude de dire, avec preuves à l’appui, le serviteur de Marie ne périra pas ? Je puis donc bien l’affirmer, l’amour de Marie, la dévotion à Marie est l’annonce du salut assuré, et c’est encore pour cela que nous avons raison de l’appeler Notre Dame de Bonne Nouvelle. Je vais plus loin, et ma déduction est logique, le culte de Marie est le gage et l’annonce du salut pour les nations. La France était jadis couverte de sanctuaires dédiés à son nom et le peuple ne se lassait pas de les visiter. La France alors était prospère et glorieuse ; la France surtout était chrétienne. Durant le XVIIIe siècle, les pèlerins s’y rendirent moins nombreux, les chapelles furent négligées, plusieurs même tombèrent en ruines. La Révolution fit le reste et, durant les premières années du XIXe siècle, on acheva de démolir les précieux débris de ces sanctuaires désolés. La France, hélas ! vit s’évanouir ses gloires et la foi s’éteignit chez la plupart de ses fils.

Depuis un peu plus de quarante ans (Mois de Marie publié en 1904, ndlr), à la suite des apparitions de la Salette, de Lourdes et de Pontmain, la France s’est reprise à aimer Marie ; les vieux sanctuaires ont été relevés ou rajeunis et la foule en a retrouvé les chemins ; de nouvelles basiliques ont été fondées et les voies, ouvertes aux voyageurs par le génie moderne, ont été tout étonnées de voir des milliers de pèlerins, revenants d’un autre âge, traverser la France entière, jeter au vent leurs Avé et leurs refrains pieux. Alors la religion a relevé la tête. Ah ! Sans doute l’impiété blasphème plus que jamais, je le sais bien ; mais c’est de rage, et parce qu'elle sent qu‘elle joue sa dernière partie. Le nombre des timides diminue; le nombre des croyants, des courageux surtout, s’accroît d’une manière consolante ; on ne craint plus, comme autrefois, de se montrer publiquement chrétien, et, si le temps des persécutions revenait, ce serait aussi le temps des martyrs. Nous sommes loin du triomphe, c’est vrai ; mais courage ! Si nous voulons que notre France redevienne chrétienne, si nous voulons opérer notre propre salut, honorons Marie, aimons, invoquons Notre Dame de Bonne Nouvelle.

 

ND de Nantes

 

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4 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Cinquième jour

Notre Dame d‘Espérance

 

L’ordre logique de nos études m’amène à vous parler aujourd’hui d’un vocable de la très sainte Vierge, dont on peut vraiment dire qu’il est aussi vieux que le monde : Notre Dame d’Espérance. Quand, au soir de la chute, le grand Justicier prononça contre nos premiers parents la terrible sentence, il joignit il la parole de colère une parole de miséricorde : Je mettrai l’inimitié entre toi et la femme, entre sa postérité et la tienne, et elle t’écrasera la tête. Et lorsque, plus tard, les tristes exilés du Paradis terrestre sentaient le poids des malédictions divines peser trop lourdement sur leurs épaules, ils voyaient apparaître, comme une vision réconfortante, la femme, prédite par le Très-Haut, qui leur souriait doucement dans le lointain de l’avenir : c’était Notre Dame d’Espérance.

Quand, aux derniers jours du déluge, Noé, jetant un regard sur la terre désolée et songeant, non sans effroi peut être, à l’immense solitude qu’était devenu le monde, aperçut la colombe qui revenait dans l‘arche, tenant dans son bec un rameau d’olivier, il dut voir, dans cette messagère de paix et de pardon, la gracieuse image de Notre Dame d’Espérance.

Quand le prophète Isaïe, palpitant sous le souffle de Dieu, criait au peuple d’Israël : « Ecce Virgo concipiet : Voici qu’une Vierge concevra et enfantera un Fils que l’on appellera Emmanuel, l’Homme-Dieu » ; celle qu'il annonçait de la sorte, sept siècles avant sa venue, c’était Notre Dame d’Espérance.

Quand nos druides gaulois, dépositaires inconscients des traditions primitives, étranges interprètes des oracles divins, élevaient des autels il la Vierge qui devait enfanter, Virgini pariturae, ces surprenants hommages s'adressaient encore à Notre-Dame d'Espérance.

Quand sainte Elisabeth, saisie d’un transport céleste, disait à l'humble jeune fille qui venait de franchir le seuil de sa maison : « D‘où me vient cet honneur que la Mère de mon Dieu daigne me visiter ; et quand la Vierge répondait par ce sublime cantique que le monde chrétien ne se lasse pas de chanter, c’était la terre acclamant Notre Dame d‘Espérance, c’était Notre-Dame d’Espérance entonnant l‘hymne de la reconnaissance et de l’amour.

Vous étonnerez-vous maintenant que la piété catholique ait élevé, sur tous les points du globe, d’innombrables églises dédiées, sous ce vocable, à la très sainte Vierge Marie ? Le diocèse de Nantes ne fait pas exception. Dans la nouvelle église de Saint Nazaire, au dessus de l’autel de la sainte Vierge, un vitrail du transept gauche représente l’archange Gabriel, portant une banderole, avec l’inscription : « Spes nostra, notre Espérance ». C’est pour perpétuer le souvenir d’une chapelle ancienne et très vénérée que beaucoup sans doute parmi vous ont jadis visitée. Les vieillards l’appellent ordinairement la chapelle du Gand Cimetière, du lieu, autrefois et pendant des siècles principal cimetière de Saint Nazaire, où elle était située ; les jeunes la désignent plus habituellement sous le nom de chapelle du Fort, à raison de la batterie voisine qui défendait, il n’y a pas encore longtemps, l'entrée du port ; mais tous savent qu‘elle est consacrée à Notre Dame d‘Espérance.

On ignore son origine et l‘histoire de sa fondation; toutefois on remarque, sur la porte d’entrée, le blason de la famille de Carné, qui posséda la vicomté de Saint-Nazaire, dans la seconde moitié du XVIIe siècle (1660-1706), ce qui prouve que le monument actuel remonte au moins a cette époque.

A la Révolution, la commune s’en empara, et elle devint successivement magasin à fourrages, halle, écurie, pour être élevée enfin à la dignité de maison d’école. Un arrêté préfectoral la rendit à la fabrique en 1829, et elle redevint ce qu’elle était dans le passé, le sanctuaire très aimé de Marie. Plus tard, en 1861, M. l’abbé Bouyer, curé de la paroisse, fit procéder à sa restauration complète. Pendant toute la fin de ce siècle, elle fut un centre de piété. L’archiconfrérie pour la conversion des pécheurs y avait son siège. Les habitants du vieux Saint-Nazaire, héritiers des traditions de leurs pères, allaient volontiers la visiter, prier Notre Dame pour leurs marins, faire brûler des cierges devant son image, déposer des ex-voto, témoins authentiques de la bonté compatissante de la Mère et de l’amour reconnaissant des fils. Placée tout au bord de l'Océan, dont les embruns la recouvraient parfois, elle apparaissait bien vraiment connue l’espérance des marins, mis en péril par la tempête ; bâtie au centre d'un ancien cimetière, elle s’offrait bien naturellement aussi connue l’espérance des âmes ballottées sur la mer de ce monde et qui abordent au port de l’éternité.

Malheureusement, à l’occasion des travaux de la nouvelle entrée du bassin, la vieille chapelle, tant aimée de nos pères, a été récemment aliénée et désaffectée. Le cœur se serre de la revoir : à la place des bancs et des prie-Dieu, des sacs de plâtre ou de ciment ; à la place des pieux fidèles en prières, des ouvriers qui fredonnent des couplets profanes ou qui profèrent des blasphème !… Encore un vieux souvenir qui s'en va, encore un lambeau de nos antiques dévotions qui disparaît !

Machecoul posséda, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, sa chapelle de Notre-Dame d’Espérance. Elle était située dans le faubourg Saint Martin. Le temps et les hommes l‘ont renversée, et ses derniers débris ont depuis longtemps disparu. Je ne voudrais pas assurer que ceux qui foulent chaque jour le sol qui la porta en ont gardé même le souvenir.

En revanche, la ville de Nantes, qui n’avait jadis aucune église de ce nom, s’est enrichie, au siècle dernier, d’un beau sanctuaire dédié à Notre Dame d‘Espérance.

Vous connaissez, pour les avoir vues, empressées et délicates, a votre chevet peut-être, sûrement a celui de quelqu’un des vôtres, les religieuses hospitalières qui portent ce nom si doux. Fondées, à l’aurore du XIX° siècle, dans la ville de Bordeaux, elles vinrent s’établir à Nantes, en 1838, sous l’épiscopat et avec l’appui de Mgr de Hercé. J’aime a proclamer que c’est un missionnaire diocésain, de la maison de Saint François, M. l’abbé Briand, nom cher aussi d’ailleurs à cette paroisse qu’il administra pendant deux ans (1848-1850), qui leur en facilita les moyens et mérita d’être appelé « leur fondateur et leur père nourricier ». Elles s’installèrent d’abord à l’extrémité du territoire de Saint Nicolas, rue du Boccage, je crois, dans la maison qui fait face à la rue Bonne-Louise. La pauvreté des débuts ne leur permettait point d’avoir aumônier, ni chapelle. Mais l’église voisine de Saint-François s’ouvrait a leur piété, et les missionnaires étaient là.

Depuis, l’arbrisseau a été transplanté et a pris des proportions gigantesques. Les sœurs garde-malades ont bâti un vaste établissement et construit une superbe chapelle, dédiée, comme leur œuvre, à Notre-Dame d'Espérance. N’est-ce pas le nom qui convient à ces filles du ciel ? Et ne portent-elles pas vraiment l’espérance avec elles ? Oui, l’espérance ! Parfois l’espérance de la guérison et de la santé que hâtent leurs soins délicats; plus souvent encore, peut être, l’espérance du ciel qu’elles ouvrent a bien des pêcheurs endurcis, et dont elles rendent, aux autres, l’accès plus facile.

 

Invoquez donc, mes Frères, Notre-Dame d’Espérance. Invoquez-la pour vous. Qui donc peut se passer d’espérance ? Et l’espérance parfois nous manque. Les jours heureux sont clair-semés dans la vie et, bien souvent, au milieu des souffrances et des peines, le cœur le mieux trempé sent faiblir son courage. Les luttes pour la vertu fatiguent plus vite encore peut être ; que d’âmes, effrayées par les difficultés qu’il faut surmonter, par les tentations qu’il faut vaincre, par l’effort qu’il faut faire, et qui croient la lutte impossible, et qui désespèrent d’atteindre le but, et qui s’abandonnent au courant, comme le naufragé, épuisé par l’effort, qui finit par lâcher la branche qu’il avait saisie et se laisse emporter au fil de l’eau ! c’est alors, surtout, qu’il importe de jeter un regard et un cri suppliants vers Marie. Elle nous permet de lui demander ces biens et ces joies de la terre qu’elle dédaigna pour elle-même et, souvent, sa pitié maternelle les accorde à notre faiblesse; en tout cas, elle ne refuse jamais le baume qui adoucit, l’affection qui console et, réconforté par son sourire, en se relève et l’on marche son chemin plus vaillant et plus fort. Surtout elle accueille les pauvres âmes désemparées, elle ne manque jamais de leur accorder secours et protection, elle les lire de la l’ange et les prend dans ses bras pour les porter à Dieu.

Invoquez-la pour l’Eglise. Certes, l’Eglise n’a rien à craindre des orages qui grondent sur sa tête : les orages passent et l’Eglise demeure. C’est le chêne, cramponné au sol depuis des siècles, et qui, sans fléchir, affronte la tempête. Mais le souffle de la tempête, s’il n’ébranle pas le tronc, emporte par milliers les feuilles de nos grands chênes, celles surtout qui commencent à jaunir et dans lesquelles la sève ne circule plus qu’imparfaitement ; et elles s’en vont, roulées par l’ouragan, à la fange, à l’abîme. De même, les tempêtes qui soufflent contre l’Eglise font tomber, hélas ! Bien des âmes, surtout les âmes anémiées, il la foi affaiblie, a la vertu branlante, dans laquelle ne circule plus qu'imparfaitement la sève de la grâce : et elles s’en vont, à la fange, à l’abîme. Demandez donc à Marie d’écarter la tempête de l’Eglise, pour empêcher la perdition des âmes.

Invoquez-la surtout pour la France ! On dit que la France est a son déclin. Serait-elle donc finie, la glorieuse journée que Dieu lui accorda de vivre ? Va-t-il donc disparaître ce grand astre dont l’éclat illuminait le monde, comme ce soleil que nous voyons à la fin du jour s’incliner sur l’horizon et se coucher majestueusement dans l’azur ? La France est l’apanage, le royaume de Marie, et, durant les quinze siècles qu’elle a vécus, aux jours sombres de son histoire, Marie fut toujours sa suprême espérance. Elle ne peut faillir aujourd’hui aux promesses de son passé. Confiance donc, mes Frères, et ne vous lassez pas d’invoquer Notre Dame d’Espérance.

 

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3 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Quatrième jour

Notre Dame de Grâce

 

Dans la partie sud-est de la commune de Guenroüet, sur la rive gauche et a deux pas de l’Isac, pour ainsi dire à l’ombre du château princier et des hautes futaies de Carheil, s’élève une modeste église paroissiale : Notre-Dame de Grâce. Il y a seulement soixante ans, le 22 juillet 1844, qu’elle a été décorée de ce titre; jusque là, ce n’était qu’une chapelle rurale de Guenroüet. Mais elle n’en est pas moins célèbre dans les fastes de la contrée, et peut-être remonte-t-elle aussi haut que la paroisse- mère, qui, pourtant, n’est pas jeune.

Les seigneurs du château voisin des Carheil d’abord, ensuite des Coislin, revendiquaient les titres de seigneurs fondateurs et prééminenciers dans la chapelle de Grâce, ainsi que dans l’église de Guenroüet ; ils y conservaient jalousement leurs droits de banc et de tombeau ; leurs armoiries, peintes sur la litre des murailles aussi bien que sur les vitraux, témoignaient orgueilleusement de ces droits. Et connue l’intérêt se mêle à tout dans la vie, les Cambout de Coislin, qui n’étaient pas sans voir, des fenêtres de leur manoir, l’affluence des pèlerins a certains jours, en conclurent qu’il serait bon d’établir des foires a leur profit sur le « pâtis » de la chapelle. Ils en sollicitèrent la création, et voilà comment, le 1er mars 1578, le Parlement de Bretagne opposait son visa sur une ordonnance royale accordant a M. de Cambout, vicomte de Carheil, trois foires par chacun an « au bourg de Grasse », a savoir, le mardi de la Pentecôte, le jour de Saint Jean-Baptiste et à la fête patronale du lieu « Nostre-Dame de Septembre ».

Les seigneurs de Carheil montraient leur sollicitude pour Notre-Dame de Grâce en cherchant surtout a en tirer honneur et profit ; d’autres seigneurs, bien autrement puissants, manifestèrent la leur d’une manière plus désintéressée, en comblant la modeste chapelle de leurs bienfaits. C’étaient les ducs de Bretagne, ou du moins deux princes, ducs de cette maison de Montfort si pieusement généreuse, qui couvrit de monuments splendides, consacrés à Dieu et à la Vierge, toute la terre de Bretagne, et particulièrement le sol nantais.

Mais pourquoi nos ducs pensaient-ils à cette humble et lointaine chapelle de N. D. de Grâce ? Hasardons d’abord des conjectures. Alain le Grand, roi de Bretagne, après avoir battu glorieusement les pillards Normands, vers la fin du IXe siècle, s’était retiré dans son château de Plessé - Plebs Sei, comme l’écrit l’auteur de la Chronique nantaise ; Plou Sé, d’après la traduction de notre grand historien breton A. de la Borderie. C’était, non pas au chef-lieu actuel de cette paroisse, mais a 5 kilomètres de là, sur un rocher abrupt qui domine l’Isac et que marque toujours l’antique chapelle de Saint Clair,probablement contemporaine du grand batailleur, si elle n’est plus ancienne encore. Alain y tenait cour nombreuse, seigneurs et hommes de guerre s’y pressaient autour de lui. La Chronique de Nantes nous apprend que l'évêque de cette ville, Foulcher, y vint lui rendre visite et lui demander des faveurs pour son Eglise désolée.

Sur la rive opposée de l’Isac, s’étalant au flanc d’un coteau encore plus élevé que celui de Saint-Clair, on voyait la petite bourgade de Guenroüet. Alain la fit ériger en paroisse et la dota de sa première église. Est-ce vers la même époque qu’on éleva la chapelle de Grâce, dont l’origine se perd dans la nuit des temps ? L’apparition de la Vierge en ce lieu, dont parle la légende, fut-elle connue du châtelain de Plessé ? Est-ce pour cela que les sires de Carheil, seigneurs de ce pays après Alain le Grand, possédèrent connue lui des droits de fondateurs dans les deux églises ? Est-ce pour cela, enfin, que les ducs du XVe siècle, gardiens des pieuses traditions de leurs devanciers, conservèrent une grande dévotion envers la sainte Dame de ces lieux ? Ce sont la des questions auxquelles je ne saurais répondre ; et pourtant je me sens incliné à chercher dans ce lointain passé l’origine de la dévotion de nos ducs a Notre-Dame de Grâce.

Un historien nantais, que tous les autres ont copié, affirme, malheureusement sans donner de preuves, qu’Arthur III aimait et avait considérablement enrichi la chapelle de Grâce. En effet, pendant que ce prince n’était encore que le comte de Richemond, connétable de France, et qu’il bataillait aux côtés de Jeanne d’Arc, pour délivrer notre pays du joug de l’Anglais, son frère, le duc. Jean V, lui avait abandonné la jouissance de la seigneurie du Gâvre. Arthur aimait cette terre où, mieux que partout ailleurs, il pouvait se livrer au plaisir de la chasse, cette vivante image de la guerre qu’il aimait tant. Ce fut même lui qui rebâtit le château, jadis détruit par Olivier de Clisson. « Je veu a Dieu, disait-il, je ferai ici une belle place et maison ». Et, pendant de longues années, il consacra à cette entreprise les 25,000 livres, somme énorme à l’époque , que lui donnait le Roi de France pour sa charge de connétable. Notre Dame de Grâce n’était qu’à une courte distance du château, et l’on comprend que le prince, qui était un Montfort, pieux par conséquent, malgré sa rudesse de soldat, ait fait souvent ce pèlerinage et y ait laissé des marques de sa munificence. Nous pouvons donc, sans preuves, croire les historiens.

Mais ce qu’aucun d’entre eux n’a dit, et ce qui est pourtant bien certain, c’est que Jean V, son frère et son troisième prédécesseur sur le trône de Bretagne, fit un vœu et un pèlerinage à Notre Dame de Grâce en des circonstances solennelles.

On connaît la guerre de succession de Bretagne et la lutte entre les deux maisons rivales de Penthièvre et de Montfort. Celle-ci finit par l’emporter, et Jean IV, un Montfort, fut reconnu de tous connue duc de Bretagne. Son fils, Jean V, lui succéda sans conteste sur le tronc ducal. Il régnait depuis vingt ans quand la haine sournoise et félone des Penthièvre faillit renouveler le fléau de la guerre civile. Jean V, invité par eux à les visiter dans leur terre de Châteauceaux, fut traîtreusement arrêté, chargé de chaînes, accablé d’injures, menacé d’une mort horrible, traîné de château en château, de forteresse en forteresse, pendant plusieurs mois, et finalement jeté dans un cachet à Châteauceaux même. Toute la Bretagne se leva et vint tirer le duc de sa prison.

Mais Jean V, s’il comptait sur ses féaux sujets et ses preux chevaliers, comptait surtout sur ses protecteurs du Paradis. Il avait multiplié les vœux. Il en avait fait à Notre Dame des Carmes, dont nous reparlerons ; il en avait fait à Notre Dame du Folgoët et à saint Yves ; il en a fait fait aussi à Notre Dame de Grâce. J’en trouve la preuve dans un mandat de paiement par lequel il ordonne à son trésorier de rembourser quarante écus d’or empruntés pour acquitter les vœux faits, dans sa prison, « à Saint-Julien-de-Vovantes, à Redon, à Nostre-Dame de Graices, à Prières et ès-chapclles de Nostre-Dame du Bodou et du Méné ».

Jean V, a peine délivré, avait voulu accomplir ses vœux. Il commença par Notre Dame des Carmes ; ensuite il envoya des représentants aux sanctuaires trop éloignés qu’il ne pouvait visiter immédiatement, tels que le Folgoët et Saint Yves de Tréguier. Mais il n’en était pas ainsi des églises que j’ai nommées tout a l’heure. Les Etats de Bretagne étaient convoqués à Vannes pour juger les Penthièvre. Jean V résolut d’acquitter ses vœux avant que de s’y rendre, ou plutôt en s’y rendant. Délivré le 6 juillet 1420, il était, dans le courant du même mois, à Châteaubriant, d’où il se rendit à Saint-Julien ; de là, à l’abbaye de Saint Sauveur de Redon, d’où il était facile de faire le voyage de Grâce ; puis à l’abbaye de Prières ; puis enfin à Vannes, où se trouvaient les chapelles du Bondon et du Méné. Le duc n‘avait oublié que de remplir sa bourse ; peut-être ne l’avait-il pas pu, car son trésor était à sec : il avait tout donné à Notre-Dame des Carmes.

Depuis, l’humble chapelle a-t-elle reçu d‘aussi nobles visiteurs ? Peut-être, car la belle fille de Jean V, Françoise d’Amboise, passa six mois dans son château du Gâvre, où elle perdit sa mère, et il ne serait point surprenant qu’elle eût fait un pèlerinage au sanctuaire tant aimé de son beau-père et de son oncle. De plus, un historien prétend qu’une Marguerite de Bretagne, qui ne peut être que la soeur de Jean V et d’Arthur III, femme d’Alain de Rohan, laissa, en 1428, trente sous de rente à Notre Dame de Grâce pour la célébration d’une messe annuelle ; et, si le fait est exact, nous pouvons en conclure que la pieuse princesse aima, connue ses frères, notre petite chapelle et la visita souvent. Sans doute, en des temps plus rapprochés de nous, les grands seigneurs du voisinage, les Coislin de Carheil, les Rohan de Blain, la visitèrent â leur tour ; mais les Coislin et les Rohan eux-mêmes étaient de petits compagnons auprès des Ducs de Bretagne.

L’histoire ne dit presque plus rien de notre sanctuaire. Nous savons cependant que la piété du peuple y entretenait un chapelain et que les fidèles d‘alentour s’y rendaient assidûment le dimanche et les jours de fête. La preuve, c’est que, le 14 janvier 1656, une sentence de l’officialité faisait défense aux prêtres de Grâce de célébrer la messe dans la chapelle aux heures des offices paroissiaux.

La défense n’a plus de raison d’être. Notre Dame de Grâce est désormais paroisse. On n’y célèbre plus, il est vrai, comme fête patronale, N.-D. de Septembre ; mais la piété et la confiance en Marie n‘ont pas faibli : le peuple répète toujours qu’une apparition de la Sainte Vierge a fait ériger ce sanctuaire, la foule va toujours demander des guérisons a l’eau miraculeuse de la fontaine de Riavau ; et de toutes les paroisses du voisinage, de Guenrouët, de Plessé, de Campbon, de Quilly, de Montoir même, on s’y rend en pèlerinage.

 

Que nous ayons le droit d’appeler Marie Notre Dame de Grâce, il semble superflu de le démontrer. L’Archange disait à la Vierge de Nazareth, en s’inclinant devant elle : « Ave, gratia plena : Je vous salue, pleine de grâce ». Marie possède donc la grâce dans sa plénitude, c’est-à-dire qu’elle possède autant de grâces que tous les anges et tous les saints réunis ; autant de grâces que peut en recevoir une simple créature. Une seule en a possédé davantage, Jésus Christ, mais Jésus-Christ n’était pas une simple créature, Jésus Christ était Dieu.

Pleine de Grâce, avait dit Gabriel, et c’était pour signifier toutes les grâces et toutes les grandeurs prodiguées par Dieu à Marie, c’était pour nous apprendre aussi que la Vierge, mère de Dieu et mère des hommes, serait chargée de répandre sur ses fils indigents tous les trésors spirituels. Elle est, en effet, ta mère de la divine grâce et d‘elle on peut dire, dans une certaine mesure, ce que saint Jean a dit de son Fils : « De ptenitudine ejus omnes nos uccepimus : Nous avons tous reçu de sa plénitude ». Il y a toutefois une différence entre eux, et elle est essentielle, c’est que Jésus est le créateur de la grâce qu’il nous a méritée au Calvaire, tandis que Marie n’en est que la dispensatrice, c’est l’aqueduc, c’est le canal dont Dieu se sert pour la faire parvenir jusqu’à nous.

Il y a longtemps que saint Augustin l’avait dit : « La Vierge incomparable, étant mère de notre Chef selon la chair, a dû être, selon l’esprit, la Mère de tous ses membres, en coopérant par sa charité a la naissance spirituelle des enfants de Dieu ». Il y a longtemps aussi déjà que Bossuet avait ajouté : « Dieu ayant une fois voulu nous donner Jésus-Christ par la Sainte Vierge, cet ordre ne se change plus, et les dons de Dieu sont sans repentance. Il est et sera toujours véritable, qu’ayant reçu par elle une t’ois le principe universel de la grâce, nous en recevions encore, par son entremise, les diverses applications dans tous les états différents, qui composent la vie Chrétienne. Sa charité maternelle ayant tant contribué à notre salut dans le mystère de l’Incarnation, qui est le principe universel de de la grâce, elle y contribuera éternellement dans toutes les autres opérations, qui n’en sont que des dépendances ».

Mais Bossuet, mais saint Augustin lui-même, n’étaient que des voix particulières, et voici que la voix même de l’Eglise, que le Pape a parlé, que Pie X a proclamé Marie le ministre suprême de la dispensation des grâces. Nos pères avaient donc raison de dire, et nous, après eux, nous avons raison de répéter : Notre Dame de Grâce, priez pour nous.

 

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Notre Dame de grâce de nos jours

 

« La paroisse de Grâce a été crée en 1845 par ordonnance de Louis-Philippe, notifiée par l’évêque de Nantes. Le 12 janvier un curé y fut installé. La situation de ce dernier était bien précaire : presbytère inhabitable, une chapelle insuffisante et délabrée, puisque l’eau filtrait sur l’autel à travers les lambris, pas de sacristie, pas de cloche, puisque l’ancienne avait été envoyée à Savenay par les révolutionnaires pour être fondue. En 1855, le conseil de fabrique (paroissial) votait le projet définitif de construction d’une église dont le marché de travaux, après bien des difficultés et vicissitudes, fut conclu fin juillet 1866, entre un architecte Blinois et une entreprise de St Nicolas de Redon. Les travaux durèrent deux ans, le clocher, faute de moyens, ne fut pas construit. L’aménagement intérieur, la fabrication des bancs et des autels latéraux terminés en 1875, l’église pouvait accueillir 450 personnes. Le curé Héry a réalisé l’autel de la Vierge et a participé à la fabrication des bancs et des confessionnaux. Il fallu attendre le 29 septembre 1877 pour voir enfin le clocher terminé et ses quatre cloches carillonner. Ce carillon continua de marquer les heures joyeuses et douloureuses du pays, jusqu’au 7 décembre 1944, durant la poche de Saint-Nazaire.

Ce jour là, après de nombreux bombardements par les américains, une averse d’obus plus violente, qui dura trois heures, troua les murs, fit écrouler la moitié de la toiture de la nef et toucha le clocher. Le cadran de l’horloge traversa la place et la grosse cloche rendue inutilisable, le clocher restait suspendu dans le ciel  par quatre tiges de fer énormes ancrées dans la maçonnerie. Après la libération, une messe célébrée dans les ruines de l’église, le 13 mai 1945, rassembla les paroissiens rescapés et ceux qui avaient pu rentrer au pays. La démolition de l’édifice commença en 1949. La flèche du clocher fut jugée dangereuse, et un tracteur de l’armée américaine, au moyen d’un filin, la tira vers le sol, mutilant un peu plus le clocher, dont les trois cloches rescapées avaient été préalablement démontées ; la plus grosse des trois, dont les oreilles de fixation étaient brisées, tomba sur un tas de gravats et se fendit un peu plus. Elle faisait 1200 Kg et fut envoyée à la fonderie.

 

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L’Eglise provisoire

 

Des bâtiments en bois montés à Savenay par les anglais, pour y loger les troupes en 1940, étaient disponibles. Le démontage de deux éléments par les artisans de Notre Dame de Grâce, ont été réassemblés sur le terrain, où aujourd’hui, est situé le parking derrière l’église. Un bâtiment de vingt mètres de long par huit de large se trouva rapidement bâti, permettant d’accueillir les paroissiens pour toutes les cérémonies religieuses. Un clocher fut érigé indépendamment, sur le coté. Les cloches épargnées par les obus furent électrifiées et motorisées avec du matériel provenant de la démolition d’une église de Saint Nazaire. L’ensemble des bâtiments fut mis en service le 15 août 1945 et a servi d’église jusqu’au 2 juin 1952. Après quoi elle fut désaffectée et servit de salle de théâtre et de cinéma paroissial, puis démolie au cours des années 1959/60. A noter que la cloche brisée, refondue à Annecy en compagnie de celles de Guenrouët, après une cérémonie de bénédiction le 25 octobre 1948, prit une place avec ses sœurs dans le clocher provisoire.

 

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L’église actuelle

 

En 1947, le conseil municipal commença à se préoccuper des églises de la commune, toutes deux touchées lors de la poche de Saint Nazaire. Notre église paroissiale trop touchée par les obus, fût jugée irréparable lors la venue à Nantes du ministre de la reconstruction (un délégué se déplaça sur les lieux). Les travaux de démolition commencèrent en 1949. A la fin de l’année 1950, les plans acceptés, la reconstruction de cette nouvelle église commença. Les travaux furent rondement menés. La première pierre fut posée, le 2 mars 1951. Sous cette première pierre, située à droite dans le choeur et au pied de la fresque, un cylindre métallique renfermant les documents récupérés de l’ancienne église démolie, auxquels ont été ajoutés la narration des tribulations vécues et les noms des contemporains de cette nouvelle histoire. Le 2 juin 1952 restait les finitions intérieures. Les vieux bancs et chaises étaient tout justes assez nombreux pour accueillir la foule des paroissiens et voisins, venue avec les personnalités civiles et religieuses, participer à sa consécration par Monseigneur Villepelet, alors évêque de Nantes ».

L'église Notre Dame de Grâce a été reconnue « Patrimoine du XXe siècle en mai 2015.

(D'après un texte extrait du site www.guenrouet.ft)

 

ND de Nantes

 

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8 avril 2017

Le Carême avec Saint François et Sainte Claire d'Assise

Le Carême avec Saint François et Sainte Claire d'Assise

StGeorgeToledo - The Entry of the Lord into Jerusalem - Fr

Dimanche des Rameaux et de la Passion

 

Méditation

D'un François à l'autre...

 

« Lorsque les médias parlent de l’Église, ils croient que l’Église, ce sont les prêtres, les religieuses, les évêques, les cardinaux et le Pape. Mais l’Église, c’est nous tous, comme je l’ai dit. Et nous devons tous nous dépouiller de cette mondanité : l’esprit contraire à l’esprit des béatitudes, l’esprit contraire à l’esprit de Jésus. La mondanité nous fait mal. Il est si triste de trouver un chrétien mondain, fort — selon lui —, de cette certitude que lui donne la foi et fort de la certitude que lui donne le monde. On ne peut pas travailler dans les deux parties. L’Église — nous tous — doit se dépouiller de la mondanité, qui la conduit à la vanité, à l’orgueil, qui est l’idolâtrie. (…) Lorsque François, ici, a accompli ce geste de se dépouiller, c’était un garçon jeune, il n’avait pas la force de faire cela. C’est la force de Dieu qui l’a poussé à faire cela, la force de Dieu qui voulait nous rappeler ce que Jésus nous disait sur l’esprit de ce monde, ce que Jésus a prié au Père, afin que le Père nous sauve de l’esprit du monde. Que le Seigneur nous donne à tous le courage de nous dépouiller, mais pas de 20 lires, de nous dépouiller de l’esprit du monde, qui est la lèpre, c’est le cancer de la société ! C’est le cancer de la révélation de Dieu ! L’esprit du monde est l’ennemi de Jésus ! Je demande au Seigneur qu’il nous donne à tous cette grâce de nous dépouiller ». (Pape François, Discours lors de la visite pastorale à Assise, rencontre avec les pauvres, les chômeurs et les immigrés assistés par la Caritas, 4 octobre 2013).

 

Semaine Sainte

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Lundi Saint

François : prédicateur ou contemplatif ?

 

S'estimant plus doué pour la prière que pour la prédication, un doute angoissant étreint François : doit-il se consacrer à la prière ou prêcher de ville en ville ? Quelle est la volonté de Dieu ? François a le don de prophétie pour les autres, mais pas pour lui ! Humblement, il demande à ses frères avis, conseil et soutien par la prière. Il sollicite Sylvestre (un Frère-Prêtre) et Claire en vue de discerner pour lui. Chacun se met en prière. Le résultat est unanime : François doit prêcher à travers le monde. Obéissant au Saint-Esprit qui lui a parlé par ses Frères, il se met sans plus tarder en route.

 

À l'école de Saint François

 

« Il me plaît que tu enseignes aux frères la sainte théologie, à condition qu'en te livrant à cette étude tu n'éteignes pas en toi l'esprit de prière et de dévotion, ainsi qu'il est marqué dans la Règle ». (François d'Assise, Lettre à Saint Antoine de Padoue).

Parole de Dieu : « Ce que chacun de vous a reçu comme don de la grâce, mettez-le au service des autres, en bons gérants de la grâce de Dieu qui est si diverse » (1 Pierre 4, 10).

 

Dans ma vie

 

La voix du Seigneur passe aussi par mes frères. François a la sagesse de demander leur avis, une aide au discernement. La facilité serait de faire ce qu'il préfère sans réfléchir, et c'est bien souvent ce que je fais moi-même chaque jour. Encore et toujours, François veut faire la Volonté de Dieu et rien que Sa Divine Volonté. Moi aussi, je peux être appelé à aider un ami dans son discernement. Je dois bien faire attention de ne l'aider dans cette tâche que s'il me le demande, et d'éviter deux pièges : je l'aide sans décider pour lui ; et surtout, je ne lui donne pas mon avis, mais le résultat d'une réflexion mûrie dans la prière...

Effet de conversion : Suis-je honnête envers mes proches, mes amis ? Peuvent-ils compter sur ma prière et mon aide désintéressée (aide matérielle ou spirituelle) ?

 

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Mardi Saint

Claire et la Parole-nourriture

 

Nourrir ses protégées à la source de la Parole de Dieu est primordial pour Claire. Les homélies revêtent donc une grande importance. En 1236, le Pape Grégoire IX décide par une bulle que les Frères se rendant prêcher chez les Sœurs soient pourvus de son accord. Claire s'inquiète du peu de Frères qui lui seront désormais envoyés. Ainsi elle renvoie les Frères logeant à proximité du Couvent et chargés de mendier pour le compte des Sœurs. « Puisque le Pape Grégoire nous ôte les Frères qui donnaient à nos âmes la nourriture, nous n'avons que faire de ceux qui ne nourrissent que nos corps ». Le Pape revient alors sur sa décision.

 

À l'école de Saint François

 

« Je défends formellement à tous les frères d'avoir avec les femmes aucune fréquentation ni familiarité suspectes. Ils n'entreront pas dans les monastères de moniales, sauf avec permission spéciale du Siège apostolique. Ils ne seront parrains ni d'hommes ni de femmes, de peur qu'à cette occasion ne naisse quelque scandale parmi les frères ou au sujet des frères ». (François d'Assise, Deuxième Règle, 11).

Parole de Dieu : « Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ». (Jean 6, 68).

 

Dans ma vie

 

Souvent, certains se lamentent : les Chrétiens ne connaissent pas les Ecritures ! Même si les autorités civiles le démentent, le niveau d'instruction baisse, entraînant à sa suite la curiosité intellectuelle et culturelle (et donc aussi spirituelle). Comment faire le poids face à des détracteurs ou provocateurs (issus de sectes par exemple) qui maîtrisent leurs textes, et aussi les nôtres mieux que nous ne les connaissons ? Il est donc doublement nécessaire de lire la Parole de Dieu : pour vivre avec et en Dieu, et pour pouvoir répondre plus facilement (dans la Charité, cela s'entend!) aux pics lancés par les gens du monde.

Effet de conversion : Où en suis-je de ma résolution prise il y a cinq jours de lire les textes relatifs à ma Foi et à l’Église ? J'approfondis mes recherches et mes lectures.

 

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Mercredi Saint

François et les stigmates

 

Deux ans avant sa mort, François s'exile en altitude, dans l'ermitage du Mont Alverne, pour y offrir son habituel « Carême à Saint Michel ». Aux environs du 14 septembre, fête de l'Exaltation de la Sainte Croix, il a une vision – ou bien est-ce réel ? – un Séraphin resplendissant s'approche, tenant contre lui un homme crucifié. La vision disparaît, non sans lui laisser un « souvenir » : il porte désormais en sa chair les marques de son Sauveur Crucifié. Ses pieds et ses mains sont transpercés par des clous saillants. Son côté est ouvert, baignant régulièrement par la suite ses vêtements de sang.

 

À l'école de Saint François

 

« Que Ton règne vienne, règne en nous dès maintenant par la grâce, introduis-nous un jour en ton royaume où sans ombre enfin nous te verrons, où deviendra parfait notre amour pour toi, bienheureuse notre union avec toi, éternelle notre jouissance de toi ». (François d'Assise, Pater Paraphrasé).

Parole de Dieu : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi ». (Galates 2, 20).

 

Dans ma vie

 

François est le premier stigmatisé connu. D'autres ont suivi, et parmi les plus connus et les plus proches de nous il y a Marthe Robin et Saint Padre Pio. Quel grand honneur de participer réellement à la Passion du Christ ! C'est le signe d'une parfaite union de vie, de volonté avec Jésus. Y croire ou pas n'a aucune importance dans mon chemin de Foi, mais je peux me laisser interpeller. Les sceptiques trouveront des explications médicales, psychologiques, somatiques... Retenons que les stigmatisés n'ont rien demandé et ont réellement participé aux souffrances de Jésus. Il ne s'agissait pas de simples petites égratignures !

Effet de conversion : Je ne recherche pas la souffrance, mais aujourd'hui je décide d'accepter tout ce qui « me tombe dessus » en l'offrant au Seigneur pour la conversion des pécheurs, y compris la mienne.

 

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Jeudi Saint

Les extases de Claire

 

Un jour de commémoration de la Cène, à l'heure de l'agonie de Jésus, Claire, épuisée, s'enferme dans sa cellule. S'asseyant sur son lit, elle devient comme paralysée, les yeux ouverts, regardant sans voir. Elle est comme ravie, enlevée en d'autres sphères. L'expérience de répète, et parfois l'extase dure plusieurs jours, à tel point que Claire met une Sœur dans la confidence, lui donnant la mission de veiller à ce qu'elle ne manque de rien, sans toutefois lui parler. Au cours de ces extase, Claire peut être éclairée par Dieu sur ses volontés. François lui demande parfois quelles sont les volontés de Dieu le concernant.

 

À l'école de Sainte Claire

 

« Contemple encore l'indicible bonheur, les richesses et les honneurs sans fin qu'il procure,et tu lui crieras, de toute l'ardeur de ton désir et de ton amour : « Prends-moi avec toi, mon époux céleste, je te poursuis sur la trace de tes parfums. Je ne m'arrêterai de courir qu'une fois introduite au cellier, lorsque ton bras gauche soutiendra ma tête, que ta droite m'étreindra et que tu me donneras de ta bouche le délicieux baiser ». (Claire d'Assise, Quatrième Lettre à Agnès de Prague 28-32).

 

Parole de Dieu : « Mon bien-aimé est à moi, et moi, je suis à lui qui mène paître ses brebis parmi les lys ». (Cantique des Cantiques 2, 16).

 

Dans ma vie

 

Extase, ravissement:Claire est enlevée d'un instant, elle n'est plus de ce monde, vivant déjà en Dieu. Quelles difficultés a-t-elle dû éprouver en revenant à la réalité de ce monde ! Dans ma propre expérience, je peux ressentir ces mêmes difficultés lorsque je reviens d'une retraite ou même d'un voyage et que je dois affronter de nouveau le quotidien... Je pense aussi aux « voyants » (ceux qui ont eu des apparitions) qui parfois ont du mal à vivre « l'après apparition(s) », parce qu'ils ne tendent plus qu'à vivre éternellement ces moments de félicité et cette puissance d'amour.

Effet de conversion : En ce jour de célébration de la Cène, je m'abaisse à faire pour mes proches des choses que je ne fais pas d'habitude : le ménage, la vaisselle, une visite, un coup de téléphone à une personne oubliée...

 

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Vendredi Saint

La fin terrestre de François et Claire

 

François souffre, non seulement des stigmates mais aussi des nombreuses maladies qui l'accablent. Il bénit néanmoins sa « sœur Souffrance » ! Connaissant à l'avance, et par grâce divine, le moment de sa mort, il se fait transporter à Sainte Marie, à la Portioncule, lieu du début de sa nouvelle vie où il souhaite entrer cette fois « dans la vraie vie ». il rejoint le Père en 1226. En 1251, une longue maladie, due à l'austérité de sa vie et aux pénitences qu'elle s'impose, contraint Claire à garder le lit. Le 12 août 1253, 27 ans après François, Claire rejoint le Créateur après une lente et douloureuse agonie.

 

À l'école de Saint François

 

« (…) Le Christ béni m'a révélé par sa grâce que la fin de ma vie est proche. C'est pourquoi, au reçu de cette lettre, si tu veux me trouver encore en vie, hâte-toi de venir à Sainte Marie des Anges. Car si tu arrives après samedi, tu ne pourras plus me trouver en vie. Prends avec toi (…) de la cire pour les funérailles. (...) ». (François d'Assise, Lettre à Dame Jacqueline de Settesoli).

Parole de Dieu : « Maintenant je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous ; ce qui reste à souffrir des épreuves du Christ dans ma propre chair, je l’accomplis pour son corps qui est l’Église ». (Colossiens 1, 24).

 

Dans ma vie

 

Nul ne connaît ni le jour, ni l'heure, sauf le Père. Et heureusement ! Dans des films, dans des livres, dans des articles, à la question « que feriez-vous si vous alliez mourir ? », les réponses données sont souvent bassement terrestres et correspondent à la course effrénée aux plaisirs, à profiter de la vie. Pour cette raison, il est préférable que je ne connaisse pas l'heure de ma fin. Ainsi, je peux me concentrer sur l'amour à donner, à recevoir, les pardons à offrir... la vie jusqu'au bout vaut d'être vécue, même étendu sur un lit, inconscient (pour le monde) : l'offrande et la prière du malade portent de nombreux fruits.

Effet de conversion : Aujourd'hui, Vendredi Saint, je commence la Neuvaine à la Miséricorde Divine donnée par Jésus à Sœur Faustine.

 

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Samedi Saint

François et Claire, vivants aujourd'hui

 

Du temps de François, les Frères sont déjà environ 5000. Le Saint Séraphique a organisé, par la force naturelle des choses, sa communauté en trois ordres : les Frères, les Sœurs et les Laïcs. Aujourd'hui, la Famille Franciscaine est très vaste, recouvrant plusieurs mouvements tous regroupés autour des charismes et spiritualités de François et Claire d'Assise. Le nombre de Franciscains de tous ordre est probablement incalculable. Pour exemple, l'OFS (Ordre Franciscain Séculier), dénombre plus de 450 000 Franciscains laïcs dans 104 pays ! La vocation miraculeuse de François de rebâtir l’Église est toujours à l'oeuvre...

 

À l'école de Saint François

 

« Je bénis tous mes frères, ceux qui sont actuellement dans notre Ordre et ceux qui, jusqu'à la fin du monde, y viendront (...). Que toujours ils s'aiment les uns les autres en souvenir de ma bénédiction et de mon testament ; Que toujours ils aiment et honorent notre Dame la sainte Pauvreté ; Que toujours ils se montrent fidèles et soumis aux prélats et à tous les clercs de notre sainte Mère l'Eglise ». (François d'Assise, Testament de Sienne).

Parole de Dieu : « Chaque arbre, en effet, se reconnaît à son fruit : on ne cueille pas des figues sur des épines ; on ne vendange pas non plus du raisin sur des ronces ». (Luc 6, 44).

 

Dans ma vie

 

Qu'elle est belle l'oeuvre du Seigneur qui s'est opérée à travers François et Claire ! Quels fruits ! Et quelle pérennité ! Mais quels sont les véritables fruits des Franciscains et des Clarisses ? Est-ce le nombre ? Tous ces Frères, Sœurs, Laïcs... (bénis soient-ils pour le don de leur vie!) sont les instruments de la Volonté de Dieu, au même titre que les deux Saints qui nous ont accompagné tout au long de ce Carême. Les véritables fruits à contempler, ne sont-ils pas toutes les conversions, les âmes sauvées et ramenées au Seigneur, l’Église qui croît... ? Ne nous trompons pas de fruits !

Effet de conversion : En ce Samedi-Saint, je m'efforce de vivre le grand silence de l'attente de la Résurrection. Si je ne parviens pas ou ne peux pas (famille, profession...) me taire, j'évite toutefois les exubérances. Je prie Marie de m'aider.

 

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Saint Jour de Pâques

Le Christ est ressuscité... Alléluia..!!!

 

Méditation

D'un François à l'autre

 

« Pietro del Morrone, comme François d’Assise (...), étaient très proches des gens, du peuple. Ils avaient la même compassion que Jésus à l’égard des nombreuses personnes lasses ou opprimées; mais ils ne se limitaient pas à dispenser de bons conseils, ou de pieuses consolations. Ce sont eux qui les premiers ont fait un choix de vie à contre-courant, ils ont choisi de se remettre à la Providence du Père, non seulement comme ascèse personnelle, mais comme témoignage prophétique d’une Paternité et d’une fraternité, qui sont le message de l’Evangile de Jésus Christ. Et je suis toujours frappé qu’avec cette grande compassion à l’égard des personnes, ces saints aient ressenti le besoin de donner au peuple la richesse la plus grande: la miséricorde du Père, le pardon (...). La miséricorde, l’indulgence, la rémission des péchés, n’est pas seulement quelque chose qui a rapport avec la dévotion, d’intime, un palliatif spirituel, une sorte d’huile qui nous aide à être plus doux, plus bons, non (...). la miséricorde est la prophétie d’un monde nouveau, dans lequel les biens de la terre et du travail sont distribués équitablement et où personne n’est privé du nécessaire, car la solidarité et le partage sont la conséquence concrète de la fraternité ». (Pape François, discours lors de la visite pastorale aux Diocèses de Campobasso et Isernia-Venafro, rencontre avec la population et indiction de l'année jubilaire consacrée à Saint Célestin V, 5 juillet 2014).

 

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Prière aux Saints d'Assise

 

Saint François, Sainte Claire,

 

je me tourne vers vous pour qu'au long de ce Carême vous m'appreniez tout ! Je veux connaître comme Dieu aime ! Vous si proches des anges, abandonné à la Providence, votre vie illuminée de louange, avec Marie pour modèle de confiance, je vous choisis comme exemples. Montrez-moi le chemin de la sainteté, comment adorer le Seigneur en son temple, en Marie, pleine de grâce et de bonté. Que votre vie emplie d'amour, rejetant luxe et oisiveté, me conduise jour après jour : être tout à Jésus, par Marie, voilà mon seul désir, ma seule envie. (Cédric Chanot).

 

Fin du Carême avec Saint François et Sainte Claire d'Assise

 

Méditations extraites de « Mon Carême avec Saint François d'Assise », hors série de Parole et Prière, sorti en 2016.

 

Téléchargez les méditations de la semaine (pdf) en cliquant ici

Téléchargez la totalité du Carême avec Saint François et Sainte Claire d'Assise (pdf) en cliquant ici

 

 

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Prochaines Neuvaines: Neuvaine aux sept Plaies du Christ, rendez-vous le mardi 11 avril

Neuvaine de la Miséricorde Divine, rendez-vous, le jeudi 13 avril

Prochain Mois de Dévotion: Mois de Marie des Madones Nantaises, rendez-vous, le vendredi 28 avril.

 

 

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11 mars 2017

Le Carême avec Saint François et Sainte Claire d'Assise

Le Carême avec Saint François et Sainte Claire d'Assise

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Deuxième Dimanche du Carême

 

Méditation

D'un François à l'autre...

 

« Pour proposer une relation saine avec la création comme dimension de la conversion intégrale de la personne, souvenons-nous du modèle de saint François d’Assise. Cela implique aussi de reconnaître ses propres erreurs, péchés, vices ou négligences, et de se repentir de tout cœur, de changer intérieurement. Les Évêques australiens ont su exprimer la conversion en termes de réconciliation avec la création : « Pour réaliser cette réconciliation, nous devons examiner nos vies et reconnaître de quelle façon nous offensons la création de Dieu par nos actions et notre incapacité d’agir. Nous devons faire l’expérience d’une conversion, d’un changement du cœur ». Cependant, il ne suffit pas que chacun s’amende pour dénouer une situation aussi complexe que celle qu’affronte le monde actuel. Les individus isolés peuvent perdre leur capacité, ainsi que leur liberté pour surmonter la logique de la raison instrumentale, et finir par être à la merci d’un consumérisme sans éthique et sans dimension sociale ni environnementale. On répond aux problèmes sociaux par des réseaux communautaires, non par la simple somme de biens individuels (…). La conversion écologique requise pour créer un dynamisme de changement durable est aussi une conversion communautaire. (Pape François, Encyclique Laudato Si, 218-219).

 

Deuxième semaine du Carême

 

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Lundi

François et Bernard, les pionniers

 

Bernard, attiré par son enseignement et sa vie, est le premier disciple de François. Après avoir prié pour connaître de quelle manière ils doivent vivre, ils ouvrent par trois fois (en l'honneur de la Sainte Trinité) les Evangiles. Trois passages leur indiquent la voie à suivre : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres », « Ne prenez rien pour la route », et « Si quelqu'un veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive » (Matthieu 19, 21 ; Luc 9, 3 ; Matthieu 16, 24). « Voilà notre vie, voilà notre règle et celle de tous ceux qui voudraient venir avec nous ».

 

À l'école de Saint François

 

« La règle de vie des Frères Mineurs est la suivante : observer le saint Evangile de notre Seigneur Jésus-Christ, en vivant dans l'obéissance, sans avoir rien en propre et dans la chasteté. Le frère François promet obéissance et respect au Seigneur Pape Honorius et à ses successeurs canoniquement élus, et à l'Eglise romaine. Les autres frères sont tenus d'obéir au frère François et à ses successeurs ». (François d'Assise, Deuxième Règle 1).

Parole de Dieu : « Éloigne de moi mensonge et fausseté, ne me donne ni pauvreté ni richesse, accorde-moi seulement ma part de pain ». (Proverbes 30, 8).

 

Dans ma vie

 

Si je comprends le message de l’Église, je crois qu'être riche n'est pas bon, qu'il faut absolument être pauvre. Le péché n'est pas dans la richesse (« Si vous amassez des richesses, n'y mettez pas votre cœur » (Psaume 61, 11), mais dans l'orgueil : penser que tout est à moi, gagné par la seule force. Gardons à l'esprit que tout est grâce, don de Dieu. Ainsi le partage sera plus aisé ! Il y aura toujours des riches et des pauvres ! En disciples du Christ, mettons de l'amour dans ce monde en ne gardant pas les biens pour nous-mêmes. Plus il y aura de chrétiens riches, plus il y aura de partage des richesses !

Effet de conversion : Riche ou pauvre, je peux et dois partager si je me mets à la suite du Christ. Que représentent 10% de mon salaire ? J'y réfléchis sérieusement et je prévois de faire un don dès aujourd'hui ?

 

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Mardi

François à Rome

 

Ils sont maintenant douze Frères. François, souhaitant alors la reconnaissance de l’Église, part avec des disciples à Rome rencontrer le Pape Innocent III. La première rencontre est impromptue, dans les jardins du Latran : le Souverain Pontife renvoie l'inconnu (François) qui tente de l'aborder. Suite à un songe, il le fait chercher dans toute la ville. François présente un projet. Un cardinal l'appuie : « Soutenir que c'est folie de pratiquer la perfection de l'Evangile, c'est blasphémer contre le Christ ». Le Saint Père adhère, approuve la Règle, appelle François et ses compagnons à prêcher, et les tonsure.

 

À l'école de Saint François

 

« A tous mes frères clercs et laïcs je prescris fermement, en vertu de l'obéissance, de ne faire de gloses ni sur la Règle ni sur ces paroles en disant : Voici comment il faut les comprendre ! Mais de même que le Seigneur m'a donné de dire et d'écrire la Règle et ces paroles purement et simplement, de même vous aussi, simplement et sans glose, vous devez jusqu'à votre dernier jour les comprendre et les mettre en pratique par de saintes actions ». (François d'Assise, Testament).

Parole de Dieu : « Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle ». (Matthieu 16, 18).

 

Dans ma vie

 

Être chrétien, c'est faire partie de l’Église du Christ. Je ne peux pas être chrétien tout seul et je ne peux œuvrer dans l’Église Catholique sans son accord ou sa reconnaissance officielle. Même si cette Eglise semble me décevoir par certains côtés, parce qu'elle est humaine, cela ne remet en cause ni ma Foi, ni ma confiance en Dieu, en l’Église de son Fils et en l'Esprit Saint qui la dirige. Si je ne suis pas toujours d'accord avec ses décisions, ses conseils de vie, je me dis que c'est sûrement parce que je n'ai pas toutes les clés en main. Mais je m'attache à lui rester fidèle et obéissant.

Effet de conversion : Souvent, les propos de l'Evangile sont déformés par ceux qui en parlent. Aujourd'hui je me mets en quête de textes de l’Église à lire pour mieux comprendre son message.

 

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Mercredi

Claire et l'idéal de François

 

Claire entend parler d'un certain François qui s'est converti tout récemment. Il a embrassé la vie religieuse et érigé e idéal évangélique la pauvreté. Il veut ramener dans le monde la perfection évangélique. Ce François prêche à qui veut l'entendre la Bonne Nouvelle de l'Evangile. Claire en est transportée de joie et caresse désormais le doux espoir de rencontrer cet homme qui incarne ce qu'elle recherche, de lui ouvrir son cœur et de partager avec lui le bonheur, déjà palpable ici-bas, de vivre avec et pour le Bon Dieu.

 

À l'école de Sainte Claire

 

« Or, le Fils de Dieu s’est fait lui-même notre Voie et le bienheureux Père saint François, son amant authentique et son imitateur, nous l’a montrée et enseignée par sa parole et par ses exemples. Nous devons donc (...), considérer les immenses bienfaits dont Dieu nous a comblées, mais surtout ceux dont il a daigné nous favoriser par l’intermédiaire de son serviteur (...) François, non seulement après notre entrée au monastère mais lors même que nous étions encore dans les vanités du monde ». (Claire d'Assise, Testament 2-3).

Parole de Dieu : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père ». (Jean 14, 6-7).

 

Dans ma vie

 

Il n'y a pourtant qu'une seule digne d'être suivie : Jésus. Je peux avoir mes préférences pour les célébrations (lieu, prêtre...), mais cela ne doit pas entraver mon amour du Christ, et surtout, cela ne doit pas empêcher mon rendez-vous amoureux dominical avec celui qui s'est donné sans compter pour me montrer qu'il m'aime et me sauver. Un prêtre que j'apprécie, même le plus fidèle à l’Église et l'Evangile, ne remplacera jamais Jésus, mais me conduira à lui. C'est Jésus que je dois suivre... dans l’Église ! Claire l'a compris : elle suit le Christ en se mettant à la suite de François.

Effet de conversion : Je me penche aujourd'hui sur mon amour de l'Eucharistie. Je me mets en condition pour voir en le Prêtre un instrument et ne regarder que Jésus au cours des messes auxquelles je participe.

 

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Jeudi

François : l'Ordre naissant

 

La vie des Frères est travail, dénuement, prière intérieure... Pauvreté de leur prière : le crucifix est leur livre, puisqu'ils n'en ont pas ! François apprend à ses Frères à louer Dieu en sa création, à respecter les Prêtres et prier pour eux... Devant chaque calvaire ou église, on prie un pater suivi de : « Nous vous bénissons parce que vous avez racheté le monde pas votre Sainte Croix ». Les Frères s'installent définitivement à la Portioncule où laïcs (célibataires ou mariés) et clercs les rejoignent, formant les deux premières branches de l'Ordre.

 

À l'école de Saint François

 

« Le Seigneur m'a donné et me donne encore, à cause de leur caractère sacerdotal, une si grande foi aux prêtres qui vivent selon la règle de la sainte Église romaine, que, même s'ils me persécutaient, c'est à eux malgré tout que je veux avoir recours (…). Je veux les respecter, les aimer et les honorer comme mes seigneurs. Je ne veux pas considérer en eux le péché ; car c'est le Fils de Dieu que je discerne en eux (…) ». (François d'Assise, Testament).

Parole de Dieu : « Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés ». (Matthieu 6, 7).

 

Dans ma vie

 

Le Prêtre est à l'image du Christ... comme tout baptisé, pour autant qu'il s'en donne ma peine. Je ne respecte pas davantage le Prêtre que les autres parce qu'il est Prêtre ! Je le respecte comme tout être humain, et parce qu'il a donné sa vie à Dieu dans le Sacerdoce... tout comme moi je l'ai donnée à Dieu dans mon état de vie. Chaque vocation est sacrée, belle et nécessaire : des prêtres pour les Sacrements, des religieux et consacrés pour la prière interrompue et des familles pour la vie chrétienne dans le monde ainsi que le renouvellement des générations.

Effet de conversion : Je prie pour un Prêtre, pour mon évêque et pour le Pape François. J'offre pour eux un petit sacrifice, une privation...

 

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Vendredi

Claire rencontre le Poverello

 

Claire aspire à réunir d'autour d'elle des jeunes filles vierges afin de poursuivre son idéal évangélique. En 1210, vers l'âge de 16 ans, un matin de Carême, elle entend François prêcher. Le feu de ses paroles embrase le cœur de Claire. Elle n'y tient plus et parvient à le rencontrer, lui exposant son projet de vie : abandonner le monde et servir Dieu dans la chasteté. Tout à sa joie d'entendre le récit d'une telle vocation, François décide néanmoins d'éprouver Claire : elle devra se revêtir d'un sac et parcourir la ville en mendiant son pain. De bonne grâce, elle s'exécute.

 

À l'école de Sainte Claire

 

« Après que le très haut Père des cieux eut daigné, par sa bonté et par sa grâce, projeter en mon cœur ses lumières et m’inspirer de faire pénitence selon l’exemple et l’enseignement de notre bienheureux Père François (c’était peu de temps après sa propre conversion), accompagnée des quelques sœurs que le Seigneur m’avait données dès le début de ma vie pour Dieu, je fis volontairement le vœu d’obéissance entre ses mains ». (Claire d'Assise, Testament 7).

Parole de Dieu : « Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » (Luc 1, 38).

 

Dans ma vie

 

Dans l'esprit de beaucoup il est important de laisser une trace en ce monde, d'avoir une descendance. Certaines civilisation considèrent que les enfants permettent à l'âme de leurs ancêtres de continuer à vivre en eux. Une espèce de vie éternelle en quelque sorte. Mais je dois ne poser la question de ce qui est est pérenne, de ce qui porte du fruit, de ce que sont la paternité et la maternité. La création seule est appelée à être pérenne en Dieu. Ce qui donne du fruit, c'est le don de soi, de sa vie, intégralement. Être père ou mère, c'est amener des enfants au Dieu d'amour.

Effet de conversion : Suis-je prêt à me donner librement pour ceux que j'aime, pour Jésus ? Je commence à me mettre dans cet état d'esprit : dès que quelqu'un m'appelle, j'abandonne toute activité personnelle et me mets à son service.

 

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Samedi

Les vœux de Claire

 

Devant l'insistance de Claire, François lui propose de venir le soir du Dimanche des Rameaux 1212 à la Portioncule (à 4 km d'Assise). Entouré de ses compagnons Frères Mineurs, et après qu'elle a revêtu l'habit religieux, la ceinture faite d'une grosse corde et le voile blanc et noir fait de tissu rude et grossier posé sur ses cheveux fraîchement coupé, il reçoit les vœux de celle qui se donne à Dieu. Devant l'Autel de Notre Dame des Anges, Claire s'offre à la pauvreté, la chasteté, l'obéissance et la clôture perpétuelle. François la conduit chez les Bénédictines du monastère de Saint Paul.

 

À l'école de Saint François

 

« Puisque, par inspiration de Dieu, vous avez voulu devenir filles et servantes du très haut et souverain Roi, le Père des cieux, et puisque vous vous êtes données comme épouses à l'Esprit-Saint, je veux, et j'en prends l'engagement, avoir toujours, par moi-même et par mes frères, pour vous comme pour eux, un soin attentif et une affection toute spéciale ». (François d'Assise, écrits pour les Soeurs de Sainte Claire).

Parole de Dieu : « Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » (Luc 19, 5).

 

Dans ma vie

 

Claire, François... et bien d'autres après eux ont trouvé leur vocation et ont dit oui. Cette acceptation a aussi donné lieu à des renoncements : une situation sociale, un bien-être matériel, etc. Sans pour autant faire un choix aussi radical que le leur, je dois bien prendre conscience que « choisir, c'est mourir ». En effet, toute décision en faveur que quelque chose est forcément l'abandon d'autre chose. Comme le dit le dicton populaire : « On ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre ! » D'où l'importance d'un bon discernement en toutes choses.

Effet de conversion : Je décide aujourd'hui de faire preuve de sagesse en ne prenant pas de décision hâtive. Je prie l'Esprit-Saint de m'éclairer en tout.

 

Texte extrait du hors série de Parole et Prière « Mon Carême avec Saint François et Sainte Claire d'Assise », publié en 2016

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22 février 2017

Le Mois du Coeur Agonisant de Jésus

Le Mois du Cœur agonisant

Christ-Gethsemane

Huitième jour

« Mon âme est triste ».

 

« Mon âme est triste, tristis est anima mea » (Matthieu 26, 38), dit le bon Maître à Pierre, Jacques et Jean, pour les réhabiliter à leurs propres yeux. En l'entendant lui-même parler de sa tristesse, ils n'ont plus honte d'éprouver une telle tristesse, que saint Luc l'alléguera bientôt comme excuse à leur sommeil, dormientes prœ tristitia (Luc. XXII, 45).

 

Méditation

 

I. Comment peut-il être éclipsé par la tristesse ce soleil divin, qui fait briller de célestes splendeurs et surabonder de joies ineffables toute âme qui s'attache à lui ? Sa tristesse vient de sa charité. On s'attriste de ce qui est désavantageux à celui qu'on aime, et dans le cœur des hommes le poids de l'affliction est égal au poids de l'amour. Plus le Cœur de Jésus nous aime, plus il s'attriste de nos fautes, plus il s'attriste de nos maux. Notre aimable Sauveur n'est-il pas un médecin charitable ? Au chevet d'un malade chéri, auquel il donne les meilleurs remèdes, il s'attriste de l'indocilité de ce malheureux, qui rend tous les remèdes inutiles. N'est-il pas un père compatissant ? A côté de son enfant coupable, condamné mais impénitent, il se désole doublement et à cause du crime et à cause du supplice. N'est-il pas un époux tendre et jaloux ? En face de nos âmes, ses épouses bien-aimées, dont il voit toutes les infidélités, il est rempli de dégoût pour le présent, et de crainte pour l'avenir. stérilité de l'agonie de mon Maître, que tu es déchirante pour son Cœur si tendre et si aimant ! Quelle est mon affliction des péchés d'autrui ?...

II. Jésus s'attriste pour ses disciples, qu'il chérit plus qu'une mère ne chérit ses enfants, et qu'il va laisser comme des brebis sans pasteur, dispersés, exposés au scandale, livrés à la tentation. Il s'attriste plus encore pour la Vierge Marie, dont l'insondable douleur vient de la sienne, et reflue sans cesse vers son Cœur filial. Il s'attriste pour ses persécuteurs eux-mêmes, dont il voit déjà les châtiments terribles, et pour sa patrie aussi aveugle qu'obstinée. divin Sauveur des sociétés et des âmes, sur la pente de cette même montagne des Oliviers, avant de faire votre entrée triomphale dans Jérusalem, vous vous étiez arrêté pour considérer cette grande capitale, pleurer sur elle et en prédire la complète destruction (Luc. 19, 37-44). Quelle doit être votre tristesse en ce même lieu, à l'heure où vous savez qu'on va venir vous prendre, pour vous entraîner dans cette ville coupable, impatiente de consommer le déicide qui causera sa ruine! Et moi, comment ai-je prouvé mon amour à ma patrie malheureuse ?...

III. Le Cœur de Jésus fut crucifié sur le mont des Oliviers, avant que son corps le fût sur la colline du Calvaire ; la croix du jardin fut même plus rigoureuse, pour lui, que celle du Golgotha. Car la compassion est proportionnée à l'amour, à la connaissance, à la sensibilité. Qui sentit comme Jésus ? Qui connut comme Jésus ? Qui aima comme Jésus ? Il sent, il goûte, il savoure toutes nos peines ; il prend sur lui le détail des douleurs de chacun, la somme des douleurs de tous ; il endure à la fois toutes les croix des apôtres, tous les tourments des martyrs, toutes les mortifications des confesseurs et des vierges, toutes les austérités des religieux, toutes les afflictions des justes calomniés ou persécutés. Âmes délaissées, cœurs ulcérés, pauvres moribonds, Jésus agonisant jette sur vous un regard plein d'amour et de tendresse ; son Cœur est plus attristé de vos maux, que la Vierge-Mère n'était émue des douleurs de son Fils unique. Ai-je un peu de cette compassion pour le prochain ?...

Lisez dans L'Agonie de Jésus, Liv. v, ch.VIII. Motifs de la tristesse de Jésus

 

Pratique : Si nous sommes tristes, ne parlons pas davantage aux hommes par nos plaintes, mais parlons davantage à Dieu par la prière. Aimons notre patrie, comme Jésus-Christ aimait la sienne, jusqu'à nous offrir en victimes pour en préparer le salut ou la conversion.

 

Exemple

 

Saint Paul éprouva l'agonie du patriotisme, en voyant les Juifs refuser l'Évangile, et courir ainsi à leur perte. C'est pour moi, dit-il, une grande tristesse tristitia mihi magna, c'est pour mon cœur une douleur continuelle, continuus dolor cordi meo, à tel point que j'eusse désiré devenir anathème, à l'égard de Jésus-Christ, pour les Israélites qui sont mes frères selon la chair (Romains 9, 1-4). Que dites-vous, ô grand apôtre ! S'écrie Saint Jean Chrysostome ? Vous demandez maintenant à être séparé de ce Christ tant désiré, dont vous affirmiez que rien ne vous séparerait jamais (Romains 8, 35-39). N'avez-vous plus le même désir ? Je vous entends me répondre : Mon désir n'est que plus ardent. C'est parce que je suis brûlant d'amour pour Jésus-Christ, que je demande d'en être séparé, non pas séparé de son amour, mais seulement de sa jouissance et de sa gloire. J'y consentirais pour que mon Maître ne fût pas blasphémé, pour qu'on ne dise plus : Il a promis aux uns et donné aux autres. Oui, volontiers, pour que l'on ne parlât point ainsi, bien que ce soit injustement, je renoncerais au royaume des cieux et à l'ineffable gloire, j'endurerais toutes les souffrances, estimant une grande consolation dans mes peines, de ne plus entendre blasphémer celui que j'aime si ardemment.

 

Neuvième jour

« Jusqu'à la mort ».

 

« Jusqu'à la mort », dit Notre-Seigneur, « mon âme est triste, usque ad mortem » (Matthieu 26, 38.) Cet aveu nous rappelle et le royaume sans fin qu'un ange lui avait prédit (Luc 1, 33), et l'amour qu'il nous témoigna jusqu'à la fin (Jean 13, 1). Son règne commencé par la mort s'accroîtra par la mort ; des douleurs sans limites et un dévouement sans réserves seront une semence de nouveaux sujets.

 

Méditation

 

I. Jusqu'à la mort, c'est la rigueur de la justice. Pour satisfaire surabondamment à la justice de Dieu, le Sauveur veut s'attrister, à cause de la mort qu'il doit subir en expiation de nos crimes, mort ignominieuse et cruelle, mort précédée de mille affronts et de mille tourments. Il aura beau prier son Père, il aura beau suer du sang, il devra bientôt s'humilier et obéir jusqu'à la mort, jusqu'au crucifiement ; il devra passer entre toutes les hontes et toutes les douleurs, comme une victime expiatoire, jusqu'à ce qu'il embrasse la croix et meure entre ses bras. Quelles répugnances en son humanité il lui faudra dompter auparavant ! « Mon âme sera triste, dit- il à ses trois apôtres privilégiés, jusqu'à ce que j'aie vaincu mes répugnances naturelles, jusqu'à ce que ma volonté soit morte à elle-même et ne vive plus qu'à Dieu ». Sommes-nous tristes, nous aussi, jusqu'à la mort de la nature ? Ne cherchons-nous de vraie joie que dans la mortification parfaite des appétits et des passions ?...

II. Jusqu'à la mort, c'est l'excès de l'amour. Un prodigieux amour fait que Jésus s'attriste de tous les délais, de tous les retards apportés à sa mort, parce que retarder son supplice c'est retarder notre Rédemption. « Oh ! que je souffre, s'écrie-t-il, jusqu'à ce que ce grand mystère soit accompli, quomodo coarctor usque dum perficiatur ! » (Luc 12, 50) ! Combien ce retardement me cause d'anxiété, d'impatience et de tristesse ! N'est-ce pas ainsi qu'un vaillant soldat s'afflige de voir retarder le signal de la bataille ? Ne pouvant plus tolérer ce délai, notre charitable Rédempteur s'abandonne lui-même à une si profonde tristesse, que tous les efforts de ses ennemis n'eussent jamais pu lui en causer une pareille, parce que la haine qu'ils ont contre lui, ne peut égaler l'amour qu'il a pour nous. Avons-nous cette sainte impatience de nous signaler au service de Dieu, de l'Église et de l'humanité ?...

III. Jusqu'à la mort, c'est la mesure de l'intensité. Suivant l'Écriture, un esprit triste dessèche les os (Proverbes 17, 22), et il est une tristesse qui fait mourir (2, Corinthiens 7, 10.) Incomparablement plus intense, plus accablante, plus excessive que toutes les autres, la tristesse de Jésus agonisant aurait dû mille fois lui donner la mort. « Mon âme est aussi triste, disait-il, que si je mourais déjà, que si j'expirais en ce moment. Cette tristesse serait même capable de m'ôter la vie, si je ne faisais un miracle e toute-puissance pour soutenir ma vie, jusqu'à ce qu'il me plaise de la sacrifier au milieu des tourments extérieurs, sur le Calvaire. Je puis dire encore que mon âme est triste, comme on est triste dans la mort éternelle ou dans l'enfer, non pas avec une rigoureuse égalité, mais avec une juste proportion. Je ressens la perte de chaque réprouvé, comme la perte d'un de mes membres, et je conçois une indicible tristesse de son malheur éternel ! » Sommes-nous disposés à faire pénitence pour les âmes, que nous voyons courir à leur damnation ?...

Lisez dans L'Agonie de Jésus, Liv. v, chap. VII « Jusqu'à la mort »

 

Pratique : Ne nous attristons jamais comme ceux qui n'ont point d'espérance ; mais faisons de notre tristesse même, comme le Sauveur en agonie, une expiation féconde. Sachons renoncer aux consolations, accepter la douleur et le sacrifice, pour la délivrance de nos chers défunts, pour le salut éternel des mourants de chaque jour.

 

Exemple

 

Les religieuses du Cœur agonisant de Jésus forment, à Lyon, une communauté contemplative et cloîtrée, qui ressemble d'autant plus au jardin des Oliviers, qu'on s'efforce d'y représenter matériellement, moralement et mystiquement l'agonie du divin Maître. Aux trois vœux ordinaires de religion, on ajoute le vœu particulier d'immolation, c'est-à-dire le vœu de s'offrir en sacrifice à Dieu le Père, en union avec le Cœur agonisant du Sauveur, pour le salut des moribonds. Il oblige chaque religieuse à l'offrande quotidienne de sa vie, et cette offrande sincère et formulée extérieurement fait écho à celle que le divin agonisant réitéra plusieurs fois, en s'attristant et en obéissant jusqu'à la mort pour notre salut. Voici cette formule abrégée :

« Dieu éternel et tout-puissant, quoique je sois très-indigne de paraître devant vous, me confiant néanmoins en votre infinie bonté, je m'offre très-humblement en victime à votre divine Majesté, en l'honneur et union du Cœur agonisant de votre très cher Fils Jésus. Daignez disposer de ma vie, de mes prières et de mes souffrances, selon votre bon plaisir, pour le salut de tous les mourants, spécialement des mourants de ce jour. Ainsi soit-il ».

De saints prêtres ont demandé et obtenu de mourir aussitôt après avoir dit la messe, afin que le sacrifice de leur vie, uni à celui de l'Agneau sans tache présent en eux, fût plus agréable au Seigneur.

 

Dixième jour

« Veillez en priant ».

 

Dès le début, le Sauveur dit aux trois disciples choisis : « Veillez et priez » (Matthieu 24, 38 ; Luc, 22, 40) ; dans le cours de son agonie, il le leur répéta (Matthieu 26, 41 ; Marc 14, 38). Il nous le répète aussi, parce que la vigilance et la prière forment tout le fond de la conduite chrétienne, sont un remède et un préservatif, conviennent à tous les âges et à toutes les conditions.

 

Méditation

 

I. Le divin Maître ne veut pas que la veille qu'il recommande à ses disciples, soit un temps employé à des choses profanes ; il veut qu'elle soit consacrée à la prière, à l'oraison, aux élévations de l'âme vers Dieu ; il veut qu'à sa passion ses apôtres les plus aimés unissent leur vigilante compassion, leur instante prière, vigilate et orate. Cet exemple apprend aux supérieurs à ne pas dédaigner le secours, si faible qu'il soit, que peut leur procurer la prière de leurs inférieurs, quand même ceux-ci sont visiblement imparfaits. Sans doute la pressante exhortation du Sauveur parut d'abord être sans effet sur Pierre, Jacques et Jean, puisqu'ils s'endormirent presque aussitôt ; mais plus tard elle porta son fruit pour eux, comme pour les vrais fidèles, en leur faisant prendre l'habitude de veiller avec Jésus et de veiller en priant. Avons-nous cette habitude ?...

II. Ce n'est pas la première fois que Notre-Seigneur exige cette union de la vigilance et de la prière ; car nous voyons dans saint Marc qu'il avait déjà dit : « Veillez et priez » (Marc13, 33), et dans saint Luc : « Veillez donc en priant toujours, vigilate itaque omni tempore orantes » (Luc 21, 36). Partout il met la vigilance avant la prière, parce qu'on prie mieux et plus volontiers, quand on sait veiller. La vigilance est une préparation à la prière, et on retrouve avec plaisir dans l'oraison les yeux du Maître, à qui l'on vient de donner par la vigilance une marque éclatante de fidélité. Pour aimer à prier, il faut veiller ; dans les entretiens avec Dieu, les goûts et les consolations ne sont accordés qu'au recueillement, et aux sacrifices de la vigilance. D'où vient ma sécheresse fréquente dans l'oraison ? N'est-ce point de mes égarements et de mes distractions volontaires ?...

III. Cette fois « Vigilate mecum, veillez avec moi et priez », est une harangue brève et militaire, que Jésus adresse à ses soldats, avant de livrer le dernier combat. C'est le discours d'un général, qui dispose à une grande bataille sa petite armée, affaiblie, fatiguée, vaincue par le sommeil et la tristesse, avant de l'être par l'ennemi. Il ranime son courage et lui promet la victoire, mais à la condition de faire, par la vigilance, tout ce qu'elle peut, et d'obtenir de Dieu par la prière ce qu'elle ne pourrait pas. Toute la tactique du combat spirituel est là. Qui arme l'esprit ? La prière. Qui désarme la chair ? l vigilance. Le soin de veiller sur nos pensées entretient la pureté du cœur, qui produit une prière enflammée ; à son tour, l'oraison rend l'esprit plus prudent à se garder lui-même. Prier sans veiller, c'est présumer de la grâce ; veiller sans prier, c'est présumer de ses propres forces. Cette double présomption n'a-t-elle pas préparé mes défaites ?...

Lisez dans « L'Agonie de Jésus », Liv, IX. chap. VI Union de la vigilance et de la prière.

 

Pratique : Cultivons la vertu de prudence, et accusons-nous d'y avoir manqué. Soyons fidèles à la pratique quotidienne de l'examen de conscience, général ou particulier. Que notre vigilance mette tout en œuvre, afin que les secours de la religion soient offerts aux mourants et aux malades ; que notre prière s'efforce d'obtenir que ces secours soient acceptés avec empressement.

 

Exemple

 

Après avoir tout repoussé, un moribond sort d'un profond assoupissement et s'écrie : « Quelqu'un a prié pour moi, car je suis tout changé ; amenez-moi un prêtre ! » Sa petite-fille avait prié au pied de son lit, et s'était offerte à tout souffrir pour son salut. À Lyon un fervent laïque, qui visitait souvent un vaste hôpital, faisait circuler chaque semaine une liste des personnes qui s'y trouvaient en danger de mort, afin qu'on priât à leur intention : aucune ne mourut sans être convertie. A Paris un curé disait : « Depuis que j'ai établi sur ma paroisse cette sainte ligue de la prière et de la vigilance, pour le salut des agonisants, personne n'y est mort, à moins que ce ne fût subitement, sans être réconcilié avec Dieu ». Formons partout de semblables ligues, redoublons de vigilance et de prière pour nos chers moribonds. Récitons même souvent, pour les quatre-vingt mille mourants de chaque jour, cette courte invocation qui, comme un germe précieux fécondé par la bénédiction du Pontife suprême en 1850, a été répandue par le souffle divin dans le monde entier, pour y faire croître et s'épanouir la dévotion au Cœur agonisant du Sauveur, et qui maintenant monte sans interruption vers le ciel, de tous les points du globe et en toutes les langues :

« Très Miséricordieux Jésus, plein d'amour pour les âmes, je vous en conjure par l'agonie de votre sacré Cœur, et par les douleurs de votre Mère immaculée, purifiez dans votre sang tous les pécheurs de la terre qui sont maintenant à l'agonie, et qui aujourd'hui même doivent mourir. Ainsi soit-il ».

« Cœur agonisant de Jésus, ayez pitié des mourants ! »

 

Onzième jour

Les séparation du Cœur

 

Notre-Seigneur s'avança dans le jardin des Oliviers, en laissant derrière lui, à la distance d'un jet de pierre, les trois apôtres qu'il aimait. Il s'en écarta par charité; mais cette séparation, prélude et présage de tant d'autres, fut si douloureuse pour son Cœur, qu'il fut comme arraché, et ipse avulsus est ab eis (Luc 22, 41).

 

Méditation

 

I. Combien plus douce est l'expression employée par l'Évangile, en parlant de la mort du Sauveur qu'en parlant de sa séparation ! S'il meurt, c'est lui-même qui rend son esprit, emisit spiritum (Matthieu 27, 30), qui donne son âme ou sa vie, pono eam a me ipso (Jean 10, 18) ; on n'a pas besoin de les lui arracher. S'il se sépare, ce n'est qu'en faisant effort pour s'arrachera ses disciples et aux hommes, avulsus est. Aussi le disciple bien-aimé ne dit pas l'heure de la mort, mais l'heure de la séparation, hora ejus ut transeat ex hoc mundo (Jean 13, 1). I1 avait reposé sur le Cœur du divin Maître, il était entré dans ce Cœur, il avait vu quelle place y tenait chacune de ces deux affections, chacun de ces deux amours, l'amour de la vie et l'amour des hommes, la crainte de la mort et la crainte de la séparation. Cette heure suprême était incomparablement plus dure au Sauveur du monde, comme heure de la séparation, que comme heure de la mort. Ce qui nous sépare de Dieu, le péché mortel, nous est-il aussi plus amer que le trépas ?...

II. Nous séparer des créatures nous est parfois, comme à Jésus, une dure agonie. Notre cœur ne tient-il pas à ses affections, comme notre corps à ses membres ? Quand le vaisseau qui nous porte, veut quitter le rivage du temps, pour nous déposer sur la rive inconnue de l'éternité, notre cœur se sent retenu à la terre par de suaves et fortes affections ; il s'y rattache par tous ses membres. Une lutte s'engage entre nos attachements et nos devoirs, nous avons une heure, plusieurs heures peut-être d'agonie. Il faut que le maître du vaisseau, l'arbitre de la vie, Dieu même, frappe un coup de hache qui coupe les membres de notre cœur, nous détache du rivage, et mette par la mort un terme à notre agonie. Ah ! N'attendons pas cette heure décisive, pour trancher dans le vif, pour rompre des liens coupables ou dangereux ; arrachons de suite notre cœur aux affections terrestres, excessives et despotiques...

III. Survivre à la séparation, survivre à un être uniquement aimé, devient parfois une agonie et une tentation. C'est une agonie, parce que c'est un rapide abaissement de la foi contre ces émotions et ces souvenirs, qui nous plongent dans la tristesse et nous noient dans les larmes. C'est une tentation, parce que le vide qui se fait autour d'un cœur, accoutumé à se sentir aimé et appuyé, l'expose à se refroidir pour son Dieu, à murmurer contre la Providence, à trancher même le faible et dernier fil de sa vie. Cette épouse, cette mère, qui a perdu tous les siens, ne sent-elle pas que son existence n'est plus qu'une lente agonie ? Son cœur est sans élan, sa piété sans joie, et sa vie considérablement abaissée se consume et s'éteint, dans d'obscurs combats, pour rester fidèle à la vertu. Avons-nous du moins profité de cette agonie de la séparation, comme le bon Maitre, pour prier davantage, prolixius orabat (Luc 22, 43) ?...

Lisez dans « L'Agonie de Jésus », Liv. I, chap. III L'agonie du Jardin

 

Pratique : Me conduire en homme convaincu que d'être appelé au christianisme, c'est être appelé à la séparation, et que toute vocation à l'apostolat ou à la perfection religieuse, est une vocation à une séparation plus complète. M'estimer heureux et me montrer empressé d'adoucir, pour les moribonds et les survivants, toutes les douleurs de la séparation.

 

Exemple

 

Les religieuses du Cœur agonisant savent, par expérience, qu'en se séparant de leurs familles, elles obtiennent à leurs parents une fin plus chrétienne. La Mère Supérieure écrivait : « Ici c'est un vieillard qui se réjouit de l'espoir que sa fille, religieuse dans notre communauté, lui obtiendra la grâce d'une sainte mort. En effet, il conserve jusqu'à la fin, avec le parfait usage de sa raison, les dispositions les plus chrétiennes. Là c'est un homme encore dans la force de l'âge, modèle de droiture et de délicatesse, mais infidèle, malgré ses convictions de foi, à la pratique de la religion, Dès qu'il tombe malade, une de ses parentes qui vit parmi nous, nous fuit partager à toutes son anxiété ; et, comme elle, nous demandons instamment au Cœur agonisant de Jésus cette âme qui lui est si chère. Dès les premiers jours, le malade demande le prêtre pour se réconcilier avec Dieu ; et, dans toutes les phases d'une maladie rapide et douloureuse, il exprime les plus admirables sentiments de résignation et de patience. Il expire, après avoir baisé avec amour le crucifix, et en prononçant le nom de Jésus. Du reste, je crois que ce serait faire injure au Cœur du divin Maître que de douter qu'en se dévouant, pour le salut des mourants, on obtienne de sa bonté des grâces particulières à ceux qu'on n'a quittés que pour lui ». Oui, tous les religieux, par la vertu de leur holocauste, parle mérite de leur séparation volontaire, ouvrent souvent le ciel à un parent, à tin frère, à un oncle, à un père dont la vie s'écoula loin de Dieu.

 

Douzième jour

La solitude du Cœur

 

Le Sauveur voulut être seul dans une grotte, sous un rocher, pour avoir la liberté de dire, de faire et de souffrir, durant sa prière, tout ce qui conviendrait aux saints mouvements dont son Cœur était agité. Fixons nos regards sur cette grotte de l'agonie, pour apprécier les avantages de la retraite, ou de la solitude chrétienne.

 

Méditation

 

I. Solitude signifie un lieu éloigné de la vue ou delà fréquentation des hommes, et l'état d'une personne qui vit seule, qui est retirée du monde. Le lieu doit nous servir de passage pour arriver à l'état. Il ne serait pas solitaire, au sens chrétien du mot, celui qui, vivant en un lieu écarté, porterait dans son cœur tout un monde profane. La vraie solitude du cœur nous fait participer à la vie de Dieu en lui-même ; car elle est l'image de cette solitude éternelle, que le Verbe goûte dans le sein du Père. Bornée au dehors, l'action de Dieu au dedans est infinie, action de l'intelligence par la connaissance, action de la volonté par l'amour : se connaître et s'aimer lui-même, c'est sa vie. Le plus grand désir d'un cœur solitaire n'est pas non plus de faire beaucoup au dehors, mais de vivre intérieurement de la connaissance et de l'amour de Dieu. Cette vie d'union le rend très-utile aux autres, par les grâces qu'il leur obtient et les bénédictions qu'il leur attire. L'estimons-nous ?...

II. La solitude du cœur nous fait participer à la vie de Jésus agonisant. Il ne se borne pas à nous offrir l'exemple de la retraite et de la prière, il nous donne l'esprit d'oraison, l'amour de la solitude et une part à ses souffrances morales. Car la solitude a ses peines, la retraite a ses heures d'angoisses, et les âmes contemplatives sont les plus exposées à l'agonie. Plus nous nous retirons des créatures, plus le Créateur semble quelquefois prendre plaisir à se retirer lui-même de nous. Il ne nous abandonne jamais réellement ; mais nous sentons une sorte d'absence ou d'éloignement de Dieu. Une nous tient plus sensiblement compagnie, la nuit se fait autour de nous et au-dedans de nous, la tempête éclate et soulève des montagnes de tentations et de difficultés dans notre solitude, comme un vent violent soulève des montagnes de sable dans le désert. Ainsi le Sauveur fut éprouvé dans la grotte. Savons-nous souffrir et résister comme lui ?...

III. Les profanations et les impuretés, les calomnies et les rapines, Les violences et les injustices, affluent de tous les pays et de les siècles vers ce Cœur solitaire et abandonné : elles s'y ramassent comme des eaux fangeuses, qui rendent sa contrition grande comme la mer (Thren. II, 13). De même que les torrents et les fleuves, par une pente naturelle, se précipitent vers l'océan pour s'y déverser et en grossir les flots ; ainsi tous les crimes du monde, tous les torrents du vice et de l'impiété, entrent par mille canaux dans le Cœur de Jésus, pour y grossir cette mer de douleurs. Mais en se mêlant dans la mer, les fleuves perdent le nom et la qualité de leurs eaux, tandis que les eaux impures du péché, qui enflent et qui noient le Cœur agonisant, y demeurent distinctes : chaque crime y est marqué de sa laideur particulière, chaque faute y conserve sa propre difformité. Ô mes péchés, vous lui étiez donc distinctement présents, pour le tourmenter !...

Lisez dans L'Agonie de Jésus, Liv. VI, ch. III. Ce que la solitude est pour nous.

 

Pratique : Pénétrons-nous bien de cette pensée : La solitude évangélique consiste dans l'éloignement de tout ce qui est de la terre, du monde et des hommes, et dans le rapprochement du ciel et de Dieu. Bénissons le Seigneur de tous ces abandons de nos proches et de nos amis, qui font souffrira notre cœur l'isolement et l'agonie.

 

Exemple

 

La bienheureuse Françoise d'Amboise avait gardé la virginité avec son mari, Pierre II, Duc de Bretagne. Devenue veuve, elle vit se liguer son père, ses oncles et le roi Louis XI, pour la contraindre à se remarier ; ils résolurent même de l'enlever, et gagnèrent à cet effet tous ses gens. C'était au printemps de 1462, dans la ville de Nantes. Enfermée, gardée à vue, Françoise mesura le danger ; mais quelle ressource lui restait-il ? une seule, celle qui ne manque jamais à l'homme abandonné, la prière. S'agenouillant donc, l'infortunée offrit à Dieu son isolement cruel, et son cœur brisé se répandit en supplications ardentes et résignées, comme autrefois le Cœur de Jésus au jardin des Oliviers. Elle priait avec tant de larmes et d'angoisses, qu'elle perdit beaucoup de sang par les narines, et se trouva plusieurs fois toute pâmée de douleur, à ce point que ses gardiens s'en effrayèrent, craignant qu'elle ne mourût. Ils lui rendirent donc la liberté. Mais le lendemain on prépara une litière pour l'y déposer de vive force, et des bateaux sur la Loire pour l'emmener à la cour de France. Elle se mit de nouveau en prière, et après minuit la glace couvrit le fleuve, depuis Nantes jusqu'à Mauves, liant ou brisant toutes les barques. Ainsi Dieu fit triompher de la violence des hommes une femme seule et délaissée. (E. de Kersabiec, La B. Françoise d'Amboise).

 

Treizième jour

La prière du Cœur Agonisant

 

Durant toute sa vie, la veille même de sa mort, en son agonie, Notre-Seigneur pria beaucoup pour lui-même et pour les autres. C'était une prière véritable et proprement dite, qu'il adressait ainsi à son divin Père. Il priait comme homme, mais d'une manière digne d'un Dieu, et son oraison était un moyen de nous obtenir de grandes grâces, comme sa mort en croix fut le moyen choisi pour nous racheter.

 

Méditation

 

I. Telle fut l'application du Sauveur à la prière, qu'il entra en agonie et sua du sang ; pour soutenir ou accroître encore son attention, il voulut prier du cœur et de la voix en même temps, orans et dicens (Matthieu 26, 39). Jésus prie du cœur : comme l'agonie a labouré, déchiré, brisé tout son Cœur, l'encens de la prière s'exhale de tout son Cœur. Nous, au contraire, nous avons souvent dans notre cœur des plis et des replis, d'où le parfum de la prière ne s'échappe pas, mais où le monde pénètre et avec lui ce qui nous distrait, l'amour des plaisirs et des vanités. Jésus prie de la voix ; mais ce n'est point par un effort de mémoire, c'est par l'effet d'une forte émotion qu'il prie vocalement. La prière vocale est-elle toujours, pour nous, le pied de l'échelle qui sert à monter vers Dieu, le moyen de recueillir et d'exciter notre âme, de produire par l'extérieur une émotion plus grande à l'intérieur ? Nous y recourons quelquefois par paresse, parce qu'elle exige moins. d'application. Quand donc comprendrons-nous que les exercices spirituels, comme les exercices militaires, veulent de l'attention, de la vigueur et de la persévérance ?...

II. Durant la prière, l'amour pour Dieu jaillit du Cœur agonisant de Jésus, comme une flamme impétueuse. Pourquoi demande-t-il à son Père ce qu'il pourrait avoir ou faire par lui-même ? parce que l'amour se plaît à demander, comme il se plaît à accorder, parce qu'il lui est doux de tout devoir à l'être aimé. Pourquoi soumet-il à la volonté de son divin Père tous ses désirs et toutes ses demandes ? pour lui prouver plus d'amour, en abandonnant tout à son bon plaisir. Dans nos prières, il nous faut aussi l'amour, un amour tout embaumé d'abandon et de conformité ; il nous faut vouloir uniquement ce qui plaît au Seigneur. Dieu travaillait à la gloire de son Fils, en n'éloignant pas le calice d'amertume ; ne travaille-t-il pas à notre vrai bonheur, en ne nous exauçant pas comme nous l'entendons quelquefois ?...

III. La charité pour le prochain, une charité active et pleine de sollicitude, accompagne aussi la prière de Jésus agonisant, puisqu'il l'interrompt trois fois, pour visiter ses disciples et les exhorter. Que les devoirs de la vie contemplative ne nous fassent donc pas négliger les devoirs de la vie active, les obligations et les vertus de notre état. L'aumône et le jeûne, la bienfaisance et la mortification, voilà quelles sont les mains de la prière : elle doit les lever toutes deux vers le ciel, pour être plus sûrement exaucée. L'Homme-Dieu, en son oraison, s'offrait comme victime pour le salut du monde ; que notre prière soit aussi vivifiée par des sacrifices, intérieurs ou extérieurs, pour l'Église et les âmes !...

Lisez dans L'Agonie de Jésus, Liv. VII, ch. I, Utilité de la prière dans l'agonie.

 

Pratique : Chaque jour récitons l'oraison dominicale, dans le même esprit et avec les mêmes sentiments, que le Sauveur en agonie fit ta prière, parce qu'elles ont toutes deux de nombreux rapports. Chaque année, le mardi de la septuagésime, fête de l'oraison de Notre-Seigneur sur le mont des Oliviers, examinons nos prières et nos oraisons, pour les rendre de plus en plus conformes à celles du Cœur agonisant de Jésus.

 

Exemple

 

La prière du soir est un souvenir de la prière du divin Maître au jardin des Oliviers. En beaucoup d'endroits, les fidèles se réunissent pour la faire à l'église, et les familles chrétiennes la font en commun, ainsi que les apôtres auraient dû la faire. Saint Charles Borromée, archevêque de Milan, établit dans son diocèse, en 1572, le pieux usage de prier tous les soirs, après la première heure de nuit, au signal donné par la cloche de l'église. Les personnes de la même maison étaient invitées à se réunir, et à prier ensemble pendant un quart d'heure. Le célèbre cardinal enseigna lui-même la manière de s'occuper durant cette oraison, et il obtint du Pape Grégoire XIII des indulgences, pour toutes les personnes qui prendraient cette louable habitude. Dans son homélie sur la passion, il rappelait à ses ouailles qu'il avait établi cette pratique, en mémoire de la prière de Jésus agonisant : « Ce fut selon sa coutume que le Sauveur alla, après la cène, prier sur le mont des Oliviers (Luc 22, 39). Milanais, mes chers fils, qu'elle est belle l'institution dont vous jouissez, lorsque le soir, à la seconde heure de nuit ou à peu près, au son de la cloche, en mémoire de cette très sainte coutume du Fils de Dieu, vous êtes invités à prier ! Certes, ceux qui veulent prouver qu'ils sont enfants de Dieu, et qui désirent avoir un même esprit avec Jésus-Christ, manquent à leur devoir, s'il n'adoptent pas cette sainte pratique, ou s'ils l'abandonnent ».

 

Quatorzième jour

La Face contre terre

 

Pour prier, Jésus agonisant mit les deux genoux en terre, positis genibus (Luc 22, 41). Ensuite saint Mathieu nous apprend qu'il tomba sur sa face, procidit in faciem suam (Matthieu 26, 39), et saint Marc qu'il tomba sur la terre, super terrain (Marc 14, 35). Il se prosterna donc et s'étendit sur la poussière.

 

Méditation

 

I. Le Sauveur en agonie prosterna tout à la fois son corps, son esprit et sa prière. Il tomba sur la face, sur la terre, en signe de la plus profonde vénération, pour fortifier par la posture de son corps les mouvements de son âme, pour lutter contre la tristesse, l'ennui et le dégoût dont elle était remplie, pour offrir à Dieu cette posture modeste et respectueuse, comme une compensation de ses répugnances et de ses frayeurs. Sa prière fut longue, il la recommença trois fois, il y fut soumis à toutes les épreuves intérieures ; néanmoins il resta constamment prosterné, comme un criminel, devant la majesté d'un Dieu irrité. Quelle condamnation de nos maintiens, qui favorisent presque toujours et la mollesse du corps et la mobilité de l'esprit ! Le Fils de Dieu garde l'attitude du dernier des hommes, et cette humilité attire sur lui une rosée de bénédictions, une pluie de grâces, qui font produire à l'opprobre et à la mort la gloire et l'immortalité. Mais quand notre céleste médecin se prosterne ainsi jusqu'à terre pour prier, nous, pauvres malades, nous daignons à peine nous incliner !...

II. Jésus tombe devant Dieu, comme représentant de tous les criminels, comme chargé de toutes les iniquités du monde. Ce poids l'accable, l'écrase, l'étend par terre, tandis que le pécheur impénitent se redresse, montre une impudence intolérable, et trouve son iniquité légère. Le Sauveur voudrait cacher à tous la honte qui couvre son visage, et il rougit de lever les yeux sur son divin Père. On dirait qu'il prend par avance le plan de sa croix, ou qu'il voudrait se cacher à lui-même la vue de nos péchés, en se faisant un bandeau de toute l'épaisseur de la terre. Mais la justice vengeresse le presse de tous côtés, et montre à ses regards tous les crimes dont il s'est chargé. Il en ressent cet accablement de l'affliction, qui produit une prostration des forces physiques, aussi bien que des forces morales. Et moi je ne me courberais pas sous le poids de mes propres iniquités ? Et moi je ne me tiendrais pas si humblement devant Dieu, que je puisse dire : « Mon âme s'est collée au pavé (Psaume, 25) ?...

III. Notre-Seigneur se penche, s'abaisse jusqu'à terre, afin de mieux apaiser son Père céleste, en cueillant pour lui-même une telle moisson de myrrhe, messui myrrham (Cantique 5,1), c'est-à-dire d'afflictions et d'épreuves, qu'il n'en reste plus pour nous qu'un bouquet, qu'une poignée, fasciculus myrrhae (Cant. i, 12). Comme le moissonneur se baisse, pour couper les épis plus près de terre, Jésus se prosterne pour faire plus complète cette moisson d'amertumes, de tristesses et de tourments. Et toutes ces gerbes de souffrances il les embrasse, il les étreint, il les presse sur son Cœur, il les baise comme il baisera Judas ! Que sont toutes nos mortifications et nos peines ? une poignée d'épis. Ah ! ne craignons pas de glaner après Jésus dans le champ de la douleur. Glanons-y en souvenir de lui et par amour pour lui. Dans nos prières prévoyons les épreuves, faisons provision de courage et redisons à Dieu : « Je suis prêt à souffrir, in flagella paratus sum » (Psaume 37, 18)...

Lisez dans L'Agonie de Jésus, Liv. VI, ch. V, Jésus tombe la face contre terre.

 

Pratique : Prosternons nos prières (Jérémie, 38, 36 ; 42, 9 ; Daniel 9, 18, 20) ; expression de l'Écriture tout à la fois énergique et naturelle, qui signifie que l'esprit doit être aussi prosterné que le corps, et la prière aussi humble que l'un et l'autre. Tout appel de Dieu à élever les autres, est un appel à descendre soi-même. Avec les prêtres et les religieux prosternés la face contre terre, abaissons-nous donc comme le Sauveur, pour élever comme lui les âmes.

 

Exemple

 

Au Bréviaire romain nous lisons, le 17 mars, que saint Patrick, apôtre de l'Irlande, fléchissait les genoux trois cents fois par jour pour adorer Dieu, et qu'il le faisait encore deux cents fois durant la première partie de la nuit. Nous y lisons de même, le 10 octobre, que saint François de Borgia, général de la Compagnie de Jésus, se mettait chaque jour cent fois à genoux, pour offrir à Dieu ses adorations. On sait que des personnes pieuses et mortifiées ont l'habitude de ne s'appuyer jamais, durant les plus longues oraisons, ni sur le prie-Dieu, ni sur le dossier de la chaise qui est devant elles. D'autres, quand elles ne peuvent être vues, aiment à tenir les bras élevés ou étendus en croix, durant la prière, comme faisait saint Antoine, patriarche des cénobites. Des religieux, pour la moindre faute, comme sous le poids d'un péché énorme, se prosternent et s'étendent sur la terre, pour que d'autres leur passent sur le corps, les foulent aux pieds. Ainsi se prosternèrent saint François d'Assise, le bienheureux Thomas de Cori, la fondatrice des Filles de la Charité, etc, etc...

 

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25 janvier 2015

L'Angelus Breton

 

L'Angélus Breton

 

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V. Angelus Domini, nuntiavit Mariae
R/ Et concepit de Spiritu Sancto.

V. L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie,
R/ Et elle conçut du Saint-Esprit.

 

Ni ho salud gant karantez Rouanez ar Sent hag an Aelez !

C'hwi a zo benniget, o pia ! Hag a c'hrasoù karget ! Ave Maria !

 

Nous Vous saluons avec amour Reine des saints et des anges !

Vous êtes bénie! O pieuse ! Et pleine de grâces ! Ave Maria !

 

(Me ho salud, Mari), leun a c'hras, An Aotrou Doue a zo ganeoc'h, benniget oc'h dreist an oll gwragez, Ha benniget eo ar frouez euz ho korv, Jezuz.

Santez Mari, Mamm da Zoue, Pedit evidom pec'herien, bremañ ha da eur or maro. Evel-se bezet graet.

 

(Ave Maria), gratia plena : Dominus tecum : benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui, Jesus.

Sancta Maria mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostrae. Amen.

 

(Je Vous salue Marie), comblée de grâce, le Seigneur est avec Vous, Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de Votre sein est béni.

Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Amen.

  

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V. Ecce ancilla Domini.
R/ Fiat mihi secundum verbum tuum.

V. Voici la Servante du Seigneur
R/ Qu’il me soit fait selon votre parole.

 

Ra vezo benniget Jezuz ! ar frouezh eus ho korf eürus !

Kanomp gant an aelez, o pia ! e veuleudi bemdez, Ave Maria !

 

Que soit béni Jésus ! Le fruit de votre corps bienheureux !

Chantons avec les anges ! O pieuse ! Ses louanges chaque jour, Ave Maria !

 

(Me ho salud, Mari), leun a c'hras, an Aotrou Doue a zo ganeoc'h, benniget oc'h dreist an oll gwragez, ha benniget eo ar frouez euz ho korv, Jezuz.

Santez Mari, Mamm da Zoue, Pedit evidom pec'herien, bremañ ha da eur or maro. Evel-se bezet graet.

 

(Ave Maria), gratia plena : Dominus tecum : benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui, Jesus.

Sancta Maria mater Dei, ora pro nabis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostrae. Amen.

 

(Je Vous salue Marie), comblée de grâce, le Seigneur est avec Vous, Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de Votre sein est béni.

Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Amen.

  

 

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V. Et Verbum caro factum est.

R/ Et habitavit in nobis.

 

V. Et le Verbe s'est fait chair.

R/ Et il a habité parmi nous.

 

Ni ho ped, Mari, gwerc'hez c'hlan pa vezimp war hon tremenvan

Da c'houlenn ouzh Jezuz, o pia ! Deomp ur marv eürus, Ave Maria !

 

Nous vous prions, Vierge pure ! À notre dernière heure,

De demander à Jésus, O pia ! De nous obtenir une mort heureuse, Ave Maria !

 

(Me ho salud), Mari, leun a c'hras, an Aotrou Doue a zo ganeoc'h, benniget oc'h dreist an oll gwragez, ha benniget eo ar frouez euz ho korv, Jezuz.

Santez Mari, Mamm da Zoue, pedit evidom pec'herien, bremañ ha da eur or maro. Evel-se bezet graet.

 

(Ave Maria), gratia plena : Dominus tecum : benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui, Jesus.

Sancta Maria mater Dei, ora pro nabis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostrae. Amen.

 

(Je Vous salue Marie), comblée de grâce, le Seigneur est avec Vous, Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de Votre sein est béni.

Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Amen.

 

V. Ora pro nobis, sancta Dei Genetrix.

R/ Ut digni efficiamur promissionibus Christi.

V. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu

R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

 

Oremus

 

Gratiam tuam, quaesumus, Domine, mentibus nostris infunde ; ut qui, Angelo nuntiante, Christi Filii tui incarnationem cognovimus, per passionem eius et crucem, ad resurrectionis gloriam perducamur. Per Jésus Christum Dominum nostrum.

R/ Amen.

 

Prions

 

Que Votre grâce, Seigneur, se répande en nos cœurs. Par le message de l'ange, Vous nous avez fait connaître l'Incarnation de Votre Fils bien aimé, conduisez-nous, par Sa Passion et par Sa Croix jusqu'à la gloire de la Résurrection. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur.

R/ Amen.

 

Annunciation (2)

 

Chant extrait de l'album

« Pèlerinage à Sainte Anne d'Auray, chants et cantiques populaires »

interprété par la Chorale du Petit Séminaire de Sainte Anne d'Auray,

Un album disponible en téléchargement

 

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27 mai 2013

Le Mois du Saint Sacrement

Le Mois du Très Saint Sacrement

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Deuxième jour

Le Mardi après la Trinité

 

Venez en nous, Père des pauvres,

venez, Dispensateur des dons,

venez, Lumière de nos cœurs.

Je Vous salue Marie...


Nous lisons dans le second chapitre de la Genèse les paroles suivantes : « Un fleuve sortait de ce lieu de délices pour arroser le Paradis ». C'était à ce fleuve que Dieu avait donné la propriété d'entretenir la fraîcheur dans le Paradis terrestre, de lui communiquer sa fécondité. Tout ce qu'il y avait de riches productions dans ce lieu de délices était dû aux eaux abondantes de ce fleuve; la beauté et la multitude des fruits, l'éclat et les innombrables Variétés des fleurs. Cette source qui se divisait en plusieurs fleuves pour embrasser dans leurs cours, toute la vaste étendue du Paradis, était, suivant Saint Jean Chrysostôme, une figure de la Sainte Eucharistie, fontaine de grâces qui se répand en plusieurs fleuves spirituels, pour répandre sur le champ de l'Eglise la fécondité la plus merveilleuse.

Le Saint Esprit emploie fréquemment, dans l'Ecriture, cette comparaison d'un fleuve ou d'une source d'eau vive pour nous faire comprendre les effets de la grâce que Dieu répand sur les hommes. Tantôt c'est une faible source qui devient un grand fleuve, et qui répand partout ses eaux abondantes. Tantôt le Seigneur promet de répandre la sagesse, comme le Tigre répand ses eaux aux jours des nouveaux fruits ; l'intelligence, comme les eaux de l'Euphrate ; la science qui s'étendra comme le Gehon au jour de la vendange; une autre fois il s'écrie : « Je suis sorti du Paradis, je suis comme le ruisseau d'un fleuve aux eaux immenses, comme l'écoulement d'une rivière, comme le canal qui conduit les eaux ». Nous lisons dans Isaïe : « Un chemin traversera le désert, et je ferai couler des fleuves dans une terre inaccessible ; a tous se désaltéreront dans les eaux que je répandrai à travers le désert, dans les fleuves que je ferai couler à travers la solitude, pour éteindre la soif de mon peuple, du peuple que j'ai choisi ».

Oh! comme elles parlent éloquemment ces figures! L'Eglise, tous les jours, rend au Ciel mille actions de grâces, en reconnaissant que tous ces prodiges de miséricorde s'accomplissent en sa faveur par la Sainte Eucharistie. Elle voit dans cet adorable mystère ce fleuve de Dieu aux eaux magnifiques et abondantes. Elle tressaille d'allégresse parce qu'il lui a été dit : « Le Fleuve de Dieu a été rempli d'eaux ». « L'abondance des eaux du fleuve réjouit la cité de Dieu ». Lorsque Moïse eut conduit le peuple d'Israël dans le désert, l'eau vint à manquer, le peuple murmura. Alors Dieu dit à Moïse : « Frappe la pierre d'Horeb, l'eau en jaillira, et le peuple sera désaltéré ». Moïse obéit, et les eaux abondantes sorties de cette pierre, coulèrent tout le temps que le peuple y demeura. « Le Seigneur, s'écrie David, avait changé la pierre en une source d'eaux abondantes ». Il est bien certain que toutes ces choses étaient pour annoncer les grands mystères de Jésus-Christ et les faveurs dont il devait combler son Eglise. Ecoutons Saint Paul : « Nos pères ont bu le même breuvage spirituel ; ils buvaient de l'eau de la pierre mystérieuse, eau qui les suivait dans le désert ; et cette pierre était Jésus-Christ. Toutes ces choses étaient des figures de ce qui nous regarde ».

Quelle est donc cette Eau spirituelle et mystérieuse qui sort de la pierre comme une source magnifique ! Cette eau destinée à désaltérer le chrétien qui voyage et qui combat, en se dirigeant vers la véritable terre promise, qui est le Ciel ? Où est la source de ces eaux abondantes de la grâce ? Mon Dieu ! Serait-il possible de ne pas voir, sous ces figures, la Divine Eucharistie. Le disciple bien-aimé nous dit dans son Apocalypse : « L'Ange me transporta en esprit sur une montagne grande et élevée, et il me montra Jérusalem, la Cité Sainte qui descendait du Ciel venant de Dieu, et il me montra un fleuve d'eau vive qui sortait du trône de Dieu et de l'Agneau ». Nous la connaissons, cette Jérusalem nouvelle, la Cité Sainte qui vient de Dieu. C'est l'Eglise. Eh bien ! Portons nos regards sur le trône de l'Agneau, sur l'autel du Dieu vivant, où Jésus-Christ, l'Agneau sans tâche, a établi sa demeure. De ce trône d'amour jaillit une fontaine dont les eaux majestueuses se répandant sur toute l'Eglise, vont porter jusqu'aux extrémités du monde, l'abondance des célestes bénédictions.

O mon Dieu ! Qui me donnera de bien comprendre et surtout d'apprécier ce don inestimable ? Qui me découvrira toutes les richesses que répand sur l'Eglise et sur chacun de ses enfants ce fleuve d'eau vive qui a sa source dans la Divine Eucharistie, et qui communique à l'Epouse du Sauveur une fécondité toujours nouvelle ?

 

Premier Point

La Sainte Eucharistie donne à l'âme chrétienne la fécondité

 

Les merveilles opérées dans l'Eglise par les torrents de grâces que la Divine Eucharistie répand sur elle, je dois les considérer dans l'âme fidèle qui a le bonheur de recourir à cette source de tous les biens. L'âme chrétienne est comme une terre qui doit produire des fruits dignes de Dieu. Elle est, dit le prophète, comme un arbre planté sur le bord des eaux, et qui donne son fruit au temps qui lui est marqué. Combien de cœurs fidèles qui se sont ouverts pour recevoir ce principe d'une fécondité admirable, et dont les fruits sont beaux et excellents ! Hélas ! Souvent notre âme, semblable à une terre desséchée et brûlée par l'ardeur dévorante des passions, sent le besoin d'être arrosée, rafraîchie et fécondée par les eaux salutaires de la grâce !Pourquoi demeure-t-elle dans cet état d'aridité qui la rend semblable à cet arbre maudit par Jésus-Christ dans le Saint Evangile ?

David s'était plaint à Dieu de l'aridité de son âme qu'il comparait à une terre déserte, où l'eau ne coule pas. Tout-à-coup le Saint-Esprit ouvre devant lui les trésors divins de la grâce, et le prophète s'écrie : « Vous avez visité la terre, et vous l'avez comme enivrée de vos pluies. Le fleuve de Dieu a été rempli d'eau ; et vous avez par là préparé de quoi nourrir les habitants de la terre. Enivrez d'eau ses sillons ; multipliez ses productions; et elle semblera se réjouir de l'abondance de ses rosées par les fruits qu'elle produira ».

Où donc les âmes ferventes puisent-elles ces sentiments de vertu qui se traduisent en actions souvent héroïques ; les prodiges que la Charité enfante tous les jours; la patience inaltérable au milieu des épreuves les plus cruelles; la pureté sans tâche, parmi les moyens de séduction employés par le monde; où en chercherons-nous le principe ? « Ah ! La timide colombe, nous dit le Saint-Esprit, attache son regard vers les ruisseaux mystérieux ». Et ailleurs : « Les eaux des fontaines ont coulé.... et les âmes sont devenues comme un olivier verdoyant, comme le lys qui croit sur le bord des eaux, comme la rose du printemps ». O vous qui n'êtes que des arbres infructueux, dont le cœur est toujours semblable à une terre sans eau ; levez les yeux, voyez la fontaine aux eaux vives et abondantes. Venez, inclinez votre cœur vers la Sainte Eucharistie, portez sur elle toutes vos pensées ; bientôt vous comprendrez ce que devient une âme fécondée par cette source divine.

 

Deuxième point

La Divine Eucharistie répare les forces

 

Quand le voyageur est accablé de lassitude, quand il a marché longtemps dans un lieu désert, ses forces semblent renaître à la vue d'une source d'eau vive qui sort de la montagne. Lorsque après un combat opiniâtre, un homme couvert de poussière, ses membres étant brisés par des efforts longs et persévérants, vient à rencontrer un torrent, il s'arrête, il bénit Dieu. Bientôt il sent comme une vigueur nouvelle communiquée à tout son corps. Ce voyageur si souvent fatigué, ce combattant dont les forces s'épuisent, n'est-ce pas le fidèle qui gravit la Montagne du Salut, qui rencontre à chaque instant, sur son chemin, des ennemis nombreux dont les attaques multipliées et perfides exigent des efforts persévérants qui épuisent bientôt ses forces ?

Hélas ! Je comprends bien ces choses ! et surtout, je connais depuis longtemps ma faiblesse ! Mais j'entends une voix, c'est celle d'un homme qui a connu , comme moi, toutes les fatigues du désert, et toute la force des ennemis de son salut. Il crie vers le Ciel, et tout-à-coup son cœur se fond en reconnaissance : « C'est le Seigneur qui me conduit ; rien ne pourra me manquer ; il m'a établi dans un lieu « abondant en pâturages ; il m'a amené près d'une fontaine fortifiante. Que mon Calice qui à la force d'enivrer, est a admirable !... »

Cette eau qui répare les forces épuisées, Jésus-Christ en avait parlé à la Samaritaine. « Si vous saviez quel est Celui qui vous a dit : « Donnez-Moi à boire », vous Lui en auriez demandé vous-même, et Il vous aurait donné de l'eau vive ». Le Disciple Bien-aimé n'a-t-il pas entendu le Divin Maître s'écrier : « Je serai leur Pasteur, Je les conduirai aux fontaines des eaux vivantes » ; et encore : « Je donnerai gratuitement à boire de la Source d'Eau Vive à celui qui a soif ». Cette source d'Eau Vive n'est-ce pas la Divine Eucharistie ? Quand Isaïe s'écriait : « Vous deviendrez comme un jardin toujours arrosé, et comme une fontaine dont les eaux ne sèchent jamais ». Ne voyait-il pas de loin l'âme fidèle qui puise continuellement à cette source intarissable du souverain bien ? Ne semblait-il pas apercevoir à travers la nuit des siècles le Sacrement d'amour quand il disait : « C'est là qu'est la fontaine et le puits des eaux vivantes qui coulent avec impétuosité ».

D'où vient qu'un si grand nombre de Chrétiens tombent en défaillance comme ceux dont parlait Saint Paul, quand il disait : « Parmi vous il y en a beaucoup qui sont faibles et malades, d'où vient « que plusieurs meurent par suite de cette faiblesse ? » Ah ! s'écrie un prophète : « Ce peuple a rejeté les eaux de Siloë ! » « Ils m'ont abandonné, dit Jérémie, moi qui suis la fontaine d'eau vive ». Pauvres aveugles qui ne voient pas cette source d'eau vive où l'âme fidèle vient à chaque instant se plonger pour en sortir avec une nouvelle vigueur. C'est là que l'aigle fatigué par la rapidité de son vol vient renouveler sa jeunesse : c'est là que l'âme humiliée par des chutes fréquentes vient laver ses iniquités et chercher l'innocence. Le prophète Zacharie l'avait annoncé. « En ce jour-là, dit-il, il y aura une fontaine ouverte aux habitants de Jérusalem, pour y laver les souillures du pécheur ».

O Jésus ! J'ai cherché partout le remède à mes maux et j'ai souvent oublié la Sainte Eucharistie ! Quelle folie ! Il y a dans cet oubli, qui porte un si grand préjudice aux âmes, quelque chose de surnaturel. Le démon seul peut en être l'auteur ; car il n'ignore pas que les grâces puisées dans cette Source Divine, me rendraient invincible.

 

Troisième point

La Sainte Eucharistie apaise la soif

 

Notre âme est dévorée par la soif du bonheur. Il y a au fond de notre nature un principe de tristesse et d'ennui qui nous accompagne partout et nous empêche de trouver ici-bas une véritable félicité. Et, cependant, nous la cherchons la félicité. Elle est notre fin. Mais ou rencontrer des jouissances capables de nous rendre heureux ? C'est en vain que l'homme s'agite, il ne trouvera qu'un grand vide au milieu des plaisirs qu'il a si longtemps désirés ! O mon âme, où iras-tu te désaltérer ? La soif te dévore. Il faut que tu aimes, il faut que tu jouisses ; c'est un besoin pour ta nature.

J'entends le prophète Isaïe : « Vous puiserez avec joie des eaux dans les Fontaines du Sauveur ». « Il y a une eau, avait dit le sage, qui éteint la soif la plus dévorante ». « Si vous avez soif, buvez l'eau dont mes serviteurs boivent ». « La fontaine de tes jardins, dit l'époux à l'épouse, est une source d'eau vive ». « Allez au-devant de ceux qui sont altérés, et portez leur de l'eau, s'écrie le prophète Isaïe ». Enfin, nous lisons dans l'Apocalypse : « Je donnerai gratuitement à boire de la source d'eau vive à celui qui a soif ». Mais que dis-je ? j'entends une voix qui sort du Tabernacle : « Si Quelqu'un à soif, qu'il vienne à Moi et qu'il boive ». La voici cette eau qui rafraîchit les âmes altérées. Tous les élus de Dieu en ont connu la source. C'est la Divine Eucharistie !

L'Eglise emprunte au prophète ces paroles puissantes : « Vous tous qui avez soif, venez aux eaux ; hâtez-vous ; achetez sans argent et sans aucun échange le vin et le lait ». Je comprends, maintenant, pourquoi mon Jésus a dit : « Heureux ceux qui sont altérés de la justice ! » Oui, elle sera désaltérée, l'âme qui soupire après la Justice et la Sainteté, en venant a la source de tous les biens. Qui dira les douceurs dont certaines âmes sont inondées au pied des Saints Autels ! Ah ! Je n'ai que trop aimé les créatures ! Insensé ! Je ne comprenais pas qu'en buvant à la coupe des plaisirs et des jouissances mondaines, la soif qui me dévore ne pouvait que s'accroître. Désormais je dirai avec le serviteur d'Abraham : « Voilà que je me tiens au pied de cette fontaine ; et je l'appellerai volontiers, comme Josué, « La fontaine du soleil ». L'âme qui vient s'y désaltérer n'est-elle pas inondée de lumières ?

C'est donc à Vous seul, ô mon Sauveur, que j'aurai recours pour rassasier mes insatiables désirs ! Le Sanctuaire, l'Autel, le divin Tabernacle, la Table Eucharistique, voilà mon Trésor !... Ouvrez-vous, Fontaines Sacrées, je veux me désaltérer à Vos Sources Divines ! O Jésus ! O Jésus !

 

Jesu, quem velatum nunc aspicio,

Oro fiat illud quod tam sitio ;

Ut te revelata cernens facie,

Visu sim beatus tuae gloriae.

 

Jésus, que sous un voile, à présent, je regarde,

Je Vous en prie, que se réalise ce dont j'ai tant soif ;

Vous contempler, la face dévoilée,

Que je sois bienheureux, à la vue de Votre gloire.

 

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30 avril 2023

Le Mois de Marie avec la Vénérable Maria d’Agreda

 

Le Mois de Marie avec la Vénérable Maria d’Agreda

 

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Veille du premier jour

Prédestination

 

Prélude

 

Le ciel et la terre sont encore plongés dans le néant. Abîmons-nous dans cet inénarrable trésor qui seul est et qu'on appelle les desseins de Dieu. Dans l'entendement divin, nous apercevrons la prédestination de l'auguste Vierge Marie.

 

Méditation

 

Au commencement, avant de rien créer, quand Dieu voulut établir les chemins par lesquels il allait communiquer sa divinité et commencer toutes choses, il décréta premièrement de créer l'humanité du Verbe, et à ce décret fut joint celui qui concernait sa très sainte Mère. Ô grandeur ! Ô dignité ! Avant la terre, avant les cieux, avant les anges, avant tout le reste de la création, Marie occupe avec Jésus la pensée de Dieu ! C'est l’Esprit Saint qui nous l'a enseigné dans ce magnifique chapitre du livre des Proverbes, qui commence par ces mots : « Le Seigneur m'a possédée au commencement de ses voies, dès le principe, avant d'avoir fait aucune chose » (Prov. 8).

Ô Marie ! la première vous avez occupé la pensée de Dieu, parce que l'œuvre de l'Incarnation, dont vous deviez être l'instrument béni, était la grande œuvre de Dieu, celle qui l'emporterait par sa grandeur et son importance sur toutes les autres œuvres de la création. Daignez, auguste Reine des pensées divines, abaissez sur vos serviteurs un regard bienveillant et maternel. Ils viennent, aimable souveraine, se prosterner aux pieds de vos autels avec respect, avec admiration, avec confiance, mais ils viennent surtout avec amour. Vous connaissez leur faiblesse et leur indignité, mais Vous voyez les dispositions de leur cœur. Mère, prenez pitié de nos misères. Pour qu'ils soient plus agréables, ou mieux pour qu'ils soient moins indignes de votre grandeur sublime, nous unissons nos hommages à ceux de vos enfants dont les dispositions sont à cette heure les plus parfaites et qui commencent avec le plus de ferveur les exercices de votre mois béni.

 

Résolution : Renouveler souvent pendant le mois de Marie l'intention d'être uni aux âmes qui le font avec le plus de ferveur.

Bouquet spirituel : « Je vous salue, Marie, fille chérie du Père Éternel avant toutes les autres créatures ». (Saint Laurent Justinien)

 

Ste Marianne de Jésus

 

Exemple

Le Lys de Quito

 

Sainte Marianne de Jésus, surnommée à cause de sa pureté admirable le lys de Quito, avait une dévotion bien tendre pour la très sainte Vierge, qui la paya d'une protection particulière et d'une insigne faveur, que l'Immaculée Mère de Dieu manifesta, tantôt en lui rendant intact un voile atteint par la flamme, tantôt en la guérissant instantanément d'une ophtalmie ou d'une grave maladie. Les premières paroles que la petite enfant, encore à la mamelle, apprit à prononcer, furent « Ave Maria » ; dès qu'elle eut l'usage de la raison, qui fut très précoce en elle, elle commença à réciter le rosaire de la Vierge, en en méditant les mystères, et elle ne laissa passer aucun jour sans payer à Marie ce tribut de respect, en rassemblant les domestiques pour le réciter ensemble. (Vie de Sainte Marianne de Jésus).

 

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8 novembre 2022

Le Mois des âmes du Purgatoire

Le Mois des âmes du Purgatoire

 

Tous-les-Saints

 

Neuvième jour

L'action de grâces

 

Prélude : Représentons-nous les saints dans le ciel occupés à offrir sans relâche à Dieu leurs actions de grâces et leurs louanges.

 

Méditation

 

La reconnaissance est le premier de nos devoirs envers Dieu. Considérons en effet ce que nous avons reçu de Dieu et les biens infinis que nous en recevons chaque jour. Peut-on imaginer des biens d'une nature plus élevée que ceux de l'ordre de la grâce ? Ils nous élèvent au-dessus de notre propre nature pour nous rendre participants de la nature même de Dieu.

Peut-on compter tous les biens que le Seigneur nous prodigue dans l'ordre de la nature ? C'est pourtant un Dieu d'une majesté infinie, qui nous les donne sans que nous puissions arguer de notre mérite et nous les attribuer. Il nous les donne avec un amour et une miséricorde admirables, dans un but de merveilleuse utilité pour nous.

Les âmes chrétiennes qui veulent songer sérieusement à toutes ces choses n'ont pas de peine à comprendre qu'elles sont obligées de rendre au Seigneur d'éternelles actions de grâces. Or, quelle meilleure action de grâces que celle que les bienheureux lui pourront rendre pour nous dans le ciel ?

Tâchons donc de délivrer le plus d'âmes que nous pourrons des flammes du purgatoire, afin que, étant dans le ciel, elles ne cessent jamais de louer, de bénir, d'exalter ce Dieu infiniment libéral, ce souverain bienfaiteur qui nous comble de ses biens.

Quels remerciements pourraient lui agréer davantage que ceux que lui offriront des âmes glorieuses et immortelles pour des créatures villes et mortelles ?

 

Résolution : S'exciter souvent à de grands sentiments d'actions de grâces pour les bienfaits de Dieu, et recourir ensuite à la dévotion aux âmes du purgatoire pour nous acquitter envers cette majesté souveraine.

Bouquet spirituel : « Soyons toujours dans l'action de grâces ». (Epîtres de saint Paul).

 

Exemple

Vision de sainte Madeleine de Pazzi

 

Un jour qu'elle priait devant le très Saint Sacrement, elle vit sortir de terre l'âme d'une de ses sœurs, captive dans les prisons du purgatoire ; elle était couverte d'un manteau de feu qui cachait une robe d'une éblouissante blancheur, et elle demeura une heure entière au pied de l'autel, adorant, dans un anéantissement impossible à dire, le Dieu caché sous les espèces eucharistiques.

Madeleine ayant désiré savoir tout ce que cela signifiait, Dieu lui fit connaître que cette à me avait été condamnée à venir faire chaque jour une heure d'adoration, sous un manteau de feu, pour la punir d'avoir souvent perdu des communions par sa faute, et que cette robe, d'une blancheur si vive, était une parure que lui avait value sa virginité et dont la vue lui donnait une grande consolation.

Cette heure d'adoration que Madeleine lui voyait faire étant la dernière de sa pénitence, elle la vit, à l'expiration, prendre son vol vers le ciel.

 

Purgatoire 2

 

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7 novembre 2022

Le Mois des âmes du Purgatoire

Le Mois des âmes du Purgatoire

 

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Huitième jour

La gloire de Dieu

 

Prélude : Représentons-nous Dieu sous la figure du bon Pasteur qui arrache sa brebis à la gueule du loup. Quelle joie paternelle ! Quels transports d'amour !

 

Méditation

 

Une âme qui aime Dieu ardemment comprendra les motifs que cet amour de Dieu lui dicte afin de la pousser à avoir de la charité et de la compassion pour les âmes du purgatoire. Dieu est si grand, si bon, si parfait, qu'il mérite tout l'amour et tout l'honneur que ses créatures peuvent lui rendre.

C'est ce principe, qui ne s'enseigne pas, qui se sent et se devine lorsqu'on a le cœur pur et élevé au-dessus des choses de la terre, c'est ce principe, dis-je, qui fait que les âmes vraiment éprises de l'amour de Dieu ne pensent qu'à procurer sa gloire.

Saint Ignace ne trouvait d'autre parole pour traduire les sentiments d'amour divin qui remplissaient son cour que la célèbre devise de la sainte Compagnie : « Tout pour la plus grande gloire de Dieu ! » Laissons-nous pénétrer de cette pensée en voyant combien Dieu est peu connu, peu aimé, peu honoré autour de nous, pensons avec bonheur qu'il est en notre pouvoir de procurer sa gloire.

Il y a au purgatoire des âmes qui, lorsqu'elles en seront sorties, entreront au ciel, verront Dieu face à face comme les autres bienheureux, l'aimeront de toutes leurs forces, ne cesseront point durant toute l'éternité de chanter ses louanges.

Hâtez-vous donc, ô âmes chrétiennes, vous toutes qui avez du zèle pour la gloire du Seigneur, hâtez-vous de témoigner ce zèle d'une manière efficace en vous intéressant de tout votre cour à la délivrance des âmes qui souffrent dans le purgatoire et qui désirent en sortir pour glorifier le Seigneur votre Dieu dans de perpétuelles éternités !

 

Résolution : Nous nous ranimerons quelquefois dans la dévotion aux âmes du purgatoire par la pensée de la gloire de Dieu.

Bouquet spirituel : « Seigneur, délivrez de la prison et mettez en liberté toutes les âmes des fidèles défunts, afin qu'étant délivrées, elles glorifient votre nom ». (Ps. 141, 8).

 

Exemple

Les demandes du saint Enfant Jésus

 

On connaît les rapports intimes et familiers de la vénérable Marguerite de Beaune avec le divin Enfant Jésus, et toutes les faveurs qu'elle en obtenait. Quelquefois, c'était le saint Enfant Jésus lui-même qui pressait Marguerite de prier pour des âmes dont il lui révélait les besoins.

Ainsi l'état déplorable d'un grand prince lui fut montré quatre mois avant qu'il mourût. Le saint Enfant lui annonça le jour et l'heure de sa mort, et voulut qu'elle se trouvât en esprit près de lui pour l'assister en son heure dernière.

Marguerite communiqua cet avertissement à la prieure, à qui elle raconta également plus tard tous les détails de la mort de son protégé, détails qui furent confirmés de point en point. On ne saurait dire ce que ce pécheur endurci lui coûta de larmes et de tourments.

Son purgatoire fut terrible, épouvantable, « Il y souffrait, dit Marguerite, des tourments qui ne sauraient s'exprimer, et il avait son esprit plongé dans une si grande obscurité, qu'il ne savait s'il était en purgatoire ou en enſer ». Marguerite ne suspendit ni ses prières ni ses pénitences, jusqu'à ce que l'âme de ce prince, ayant été délivrée par l'effet de ses prières et des suffrages de l’Église, vint remercier sa protectrice.

 

Purgatoire 2

 

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19 mars 2022

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

 

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Vingtième jour

20 mars

 

La perfection de Saint Joseph se modèle sur la perfection de Jésus et de Marie

 

Prélude : Figurons-nous saint Joseph en oraison : il médite dans un recueillement admirable les grandes leçons dont il est journellement le témoin.

 

Méditation

 

Lorsque saint Joseph est choisi pour être l'époux de Marie, l'Esprit-Saint l'appelle un homme juste. Mais, à partir de ce moment, quelle abondance d'amour divin et de toutes les vertus notre saint ne dut-il pas retirer des entretiens et de la compagnie continuelle de son admirable épouse, en qui il voyait un parfait modèle de toutes les vertus ? Si un seul mot de Marie suffit pour sanctifier Jean-Baptiste et remplir Elisabeth du Saint-Esprit, à quelle haute sainteté ne devons-nous pas penser que parvint la belle âme de Joseph par les rapports familiers qu'il eut avec Marie, l'espace d'au moins vingt-cinq ans, selon la tradition.

En outre, quel accroissement de vertus et de mérites ne devons-nous pas croire que Joseph acquit dans le commerce continuel qu'il eut durant tant d'années avec Jésus-Christ, la sainteté même, en le servant, le nourrissant et l'assistant dans les besoins de la vie. Il est vrai que Joseph aimait beaucoup aussi sa sainte épouse, mais sa tendresse pour Marie ne partageait point son cœur, comme il arrive, suivant la remarque de l'apôtre, aux personnes qui vivent dans les liens du mariage. Non, car l'amour qu'il portait à son épouse augmentait son amour envers Dieu. On ne doit donc pas douter que Joseph, en vivant avec Jésus-Christ, n'ait continué de croître en sainteté et n'ait acquit tant de mérites, que nous pouvons dire qu'ils ont surpassé ceux des autres saints.

De plus, si Marie est, comme parle saint Bernardin de Sienne, la dispensatrice de toutes les grâces que Dieu accorde aux hommes, avec quelle profusion ne devons-nous pas croire qu'elle enrichit son époux, qu'elle aimait tant et de qui elle était tant aimée !

 

Résolution : Dans les difficultés que nous rencontrons à poursuivre les voies de notre perfection, invoquer saint Joseph comme l'homme juste et parfait, dont la conduite était le reflet de celle de Jésus et de Marie.

 

Bouquet spirituel : « Joseph, l'homme juste ». (Matthieu 1, 19).

 

Exemple

La perfection enseignée par saint Joseph

 

Un saint religieux de la Compagnie de Jésus rencontra un jour un jeune homme de dix-huit ans, domestique de  son état, dont la vie avait toujours été d'une innocence parfaite et qui parlait sur les matières de spiritualité comme le plus profond théologien, sans avoir jamais été instruit par aucun directeur. Comme le père en manifestait sa surprise : « Il y a six ans, répondit ce jeune homme, que j'ai choisi saint Joseph pour mon patron, le Seigneur me l'ayant inspiré lui-même ». Puis, développant merveilleusement les grandeurs de son glorieux patron, il affirma que saint Joseph était le véritable maître des âmes qui aiment les vertus cachées et intérieures. (Barry, Dévotion à saint Joseph).

 

Saint Joseph (Beaulieu)

 

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11 janvier 2022

Le Mois des Étrennes Spirituelles

Le Mois des Étrennes Spirituelles

 

Hirondelle

 

Douzième étrenne spirituelle

12 Janvier

 

Une hirondelle : la sagesse chrétienne

 

Offrande

 

« L'hirondelle, disait Jérémie, sait discerner l'époque où elle changera de climat, et mon peuple n'a pas connu le temps du jugement du Seigneur. Comment donc ose-t-il se dire sage ? » L'hirondelle encore façonne sagement son nid, « et l'or lui-même, dit l'auteur des Proverbes, est moins précieux que le nid de la sagesse ». Or, je veux être sage, Seigneur, et vous offrir en mon âme la prudence de l'hirondelle.

 

Méditation

 

Le Saint Esprit, voulant nous inspirer l'amour de l'estime de la véritable sagesse, l'appelle la science des Saints, la vie et la paix de l'âme, la gardienne et la directrice des vertus, sans laquelle ou elles ne sont que des vices, ou elles sont inutiles pour le salut.

L'apôtre saint Jacques nous a donné les marques auxquelles nous reconnaîtrons la véritable sagesse chrétienne. « La sagesse qui vient d'en haut, dit-il, est premièrement chaste, puis amie de la paix, modérée, facile à persuader, unie de sentiments avec les bons, pleine de miséricorde et de bons fruits, ne jugeant point, n'ayant point de dissimulation ».

1° Chaste. Le premier soin de la sagesse chrétienne, ce qu'elle a le plus à cœur, c'est de nous faire veiller constamment à la garde de la pureté, de nous faire fuir les moindres occasions qui pourraient la ternir, et de nous faire vivre pour cela dans une mortification universelle de nos sens.

2° Amie de la paix. La sagesse chrétienne se plaît à mettre l'ordre partout, et, comme elle n'agit jamais que par règle, avec mesure et selon la volonté de Dieu, elle apporte toujours avec elle la véritable paix, qui est le fruit de l'ordre.

3° Modérée. La sagesse chrétienne règle si bien l'intérieur que l'extérieur s'en ressent et se montre avec toute la modestie que demande la présence de Dieu et l'édification du prochain.

4° Facile à persuader. Elle rend le cœur docile et l'esprit soumis, et, comme elle ne souffre point que l'âme suive ses propres lumières, ni qu'elle résiste aux bons avis qu'on lui donne, elle le met en état de faire avec facilité toutes sortes de biens.

5° Unie de sentiment avec les bons. Elle veut qu'on soit d'accord avec les bons serviteurs de Dieu, que l'on soit ravi de les voir remplis de grâces, faisant de grandes choses et s'excellant en toutes sortes de vertus.

6° Pleine de miséricorde et de bons fruits. Elle veut que nous soyons pleins de miséricorde et de bonnes œuvres, que nous tâchions de faire du bien aux malheureux, d'être utiles à tout le monde, et de prouver partout la gloire de Dieu et le salut du prochain.

7° Ne jugeons point. Son esprit n'est point un esprit de critique ni de mesure. Elle est même si éloignée de condamner les autres, qu'elle ne s'arrête aucunement à examiner leur conduite pour en porter un jugement, à moins d'y être obligée par les devoirs de sa charge.

8° Sans Dissimulation. La véritable sagesse chrétienne est simple et sans fond ; elle aime tellement la conduite et la franchise qu'elle ne peut souffrir la finesse, la duplicité et le déguisement.

 

Pratique : Demander souvent cette vertu par l’intercession de Marie, la plus prudente de toutes les vierges, que Dieu a choisie pour être le siège et le trône de la sagesse éternelle.

 

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27 décembre 2017

Le Mois de Jésus Naissant

Le Mois de Jésus Naissant

Un mois proposé par l’Etoile Notre Dame

Saints Innocents

28 décembre

Le massacre des saints innocents

 

« Alors Hérode, voyant que les mages l'avaient trompé, entra dans une violente fureur. Il envoya tuer tous les enfants de moins de deux ans à Bethléem et dans toute la région, d'après la date qu'il s'était fait préciser par les mages. Alors s'accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète Jérémie : « Un cri s'élève dans Rama, des pleurs et une longue plainte : c'est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas qu'on la console, car ils ne sont plus ». (Matthieu 2, 13-18).

La violence au berceau ! Abomination ! La folie paranoïaque d'Hérode est incontestable. Ce genre de projet lui ressemble, lui qui fit assassiner son épouse et plusieurs de ses enfants. Le passage est inséré au cœur de l'épisode de Jésus en fuite avec ses parents en Egypte. Il rejoint ainsi l'événement fondateur du Peuple élu : le massacre orchestré par Pharaon (Exode 1-2). La clé du récit est là. L'enfant Jésus échappe à la mort, comme le fut l'enfant Moïse sauvé par Dieu en vue de sa mission. Jésus, dès ses premiers instants de vie, revit l'histoire du Salut du Peuple. Jésus est bien le Seigneur qui accompagne le Peuple, de la violence de l'Exode jusqu'à la violence de la Passion. Le massacre des innocents annonce ainsi le massacre de l'Innocent, dont le don sauvera définitivement le Peuple. Jésus, le nouveau Moïse, accomplit ainsi les Écritures. En citant Jérémie 31,15, Matthieu fait allusion à d'autres événements douloureux et violents vécus par le Peuple de Dieu. Rachel, « la mère » des tribus du nord d'Israël, pleure ses fils et ses filles déportés par les Assyriens. C'est de Rama (l'un des lieux probables, avec Bethléem, du site de la tombe de Rachel) que les tribus du Sud partirent pour Babylone lors de l'Exil (Jérémie 40,1).

 

Méditation

 

O mon âme ! Dès les premiers moments de l'histoire d'Israël jusqu'à la naissance du Messie, la violence frappe. Dieu est innocent de ces carnages, il se met toujours du côté des violentés, solidaires de ceux qui souffrent et leur offrant le Salut. Jésus annonce ce Dieu, bien plus, il est Dieu !


Prière

 

Seigneur, demeurez avec nous pour être notre force, notre refuge et notre libérateur dans les jours de désolation. Demeurez avec nous et nous nous efforcerons de réparer par la sincérité de nos adorations et de nos hommages les profanations auxquelles votre amour pour nous vous tiendra exposé.

 

Résolutions : Je m'éloignerai autant que je pourrai des divertissements du monde. J'aurai en horreur ses spectacles, ses assemblées nocturnes et je m'abstiendrai de temps en temps des plaisirs qui me paraîtront innocents et permis. Je considérerai souvent l'ineffable bonté du Fils de Dieu qui veut bien habiter parmi les hommes. Je m'estimerai infiniment heureux de pouvoir fréquenter la maison du Seigneur, et je n'y paraîtrai jamais qu'avec recueillement et dévotion.


Un Je vous salue Marie

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28 décembre 2017

Le Mois de Jésus Naissant

Le Mois de Jésus Naissant

Un mois proposé par l’Etoile Notre Dame

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29 décembre

La sainte famille

 

« Ils y allèrent en hâte, et ils trouvèrent Marie et Joseph, et le petit enfant couché dans la crèche ». (Luc 2,16).

La réalité dominante de ce que fut la vie de Jésus, Marie et Joseph dans leur petite ville de Nazareth où Joseph exerçait le métier de charpentier, c'est la simplicité. Bien que d'ascendance illustre par ses aïeux - puisqu'elle descendait du roi David - la Sainte Famille menait, au milieu d'une nombreuse parenté, la vie d'un foyer modeste, ni pauvre ni riche, gagnant à la sueur de son front le pain quotidien et respectant les lois administratives et sociales de son peuple. Rythmée par la prière commune à la synagogue, les rites et les nombreuses fêtes religieuses du judaïsme (dont entre autres, le rite de la circoncision, la fête des Tentes, le pèlerinage au temple de Jérusalem), la vie de prière de la Sainte Famille était extérieurement celle de tout bon Israélite pratiquant de l'époque. Pourtant, derrière la modestie de ce comportement respectueux des us et coutumes de sa culture, la Sainte Famille vivait une réalité tellement grandiose, que seuls silence et discrétion pouvaient assurer au Foyer de Nazareth la sérénité nécessaire au développement du plan de Dieu : donner naissance au Messie tant attendu depuis des siècles par le peuple hébreu, Jésus, le Christ-Sauveur du monde, et veiller sur son enfance et son adolescence jusqu'à ce qu'Il atteigne sa pleine maturité d'homme et puisse commencer sa vie publique et la prédication de son Evangile. C'est en effet dans l'humble demeure de Nazareth que commencèrent à se dérouler, entre les membres de la Sainte Famille, les premières pages de ce Nouveau Testament que le Ciel, en son Verbe fait chair, est venu donner aux hommes, par amour et pour le salut de tous. Le témoignage du Christ et de ses parents montre aussi l'immense rayonnement que peut atteindre une vie familiale commune vécue en Dieu, dans la simplicité et dans un grand amour partagé.

La Sainte Famille met en évidence les attitudes fondamentales pour toute famille : personne n'appartient à personne, et chacun agit selon sa propre vérité, qui réside dans sa relation à Dieu.

 

Méditation

 

O mon âme ! Où trouver cette foi admirable que la sainte Famille a manifestée à la face de la terre ? Foi humble et docile. Les membres de cette famille ne délibèrent pas sur la conduite qu'ils ont à tenir quand Dieu les appelle. Ils ne sont pas inquiets sur les moyens qui leur resteront pour pourvoir à leurs besoins, après qu'ils auront renoncé à leurs propres projets pour suivre les appels de Dieu. Ils obéissent sans répliquer à la voix de Dieu et s'attachent à lui pour ne jamais le quitter.


Prière

 

Seigneur Jésus ! Attachez mes pas aux vôtres, pour que je ne suive plus que vous. Aidez-moi à vous respecter comme mon maître, à vous aimer comme mon Sauveur, à vous adorer comme mon Dieu. Ayez pour moi toute la tendresse d'un père qui me fera partager ses inquiétudes, ses consolations, ses douleurs. Ouvrez-moi votre cœur et priez votre père afin que je sois fortifié dans mes faiblesses, soulagé dans mes souffrances, consolé dans mes afflictions, rassuré dans mes terreurs.


Résolution : Je ne me laisserai pas aller au découragement dans les tentations. J'invoquerai avec confiance le secours du ciel pour obtenir la grâce de n'être pas vaincu par le démon. Je ne manquerai jamais de témoigner à Dieu ma reconnaissance lorsqu'il m'aura fait éviter le danger.


Fin du Mois de Jésus Naissant

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Prochain mois de dévotion : le Mois de la Passion de Jésus

Rendez-vous le 30 mars

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11 décembre 2017

Le Mois de Jésus Naissant

Le Mois de Jésus Naissant

Un mois proposé par l’Etoile Notre Dame

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12 décembre

La recherche d'un hébergement à Bethléem

 

« Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s'appelle Bethléem - parce qu'il était de la maison et de la lignée de David - afin de se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte. Or il advint, comme ils étaient là, que les jours furent accomplis où elle devait enfanter. Elle enfanta son fils premier-né, l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu'ils manquaient de place dans la salle ». (Luc 2, 1-6)

Pour saint Luc, qui rapporte ces détails, cette naissance obscure annonce déjà le destin tragique de Jésus : pauvre et méprisé, à l’image de cette étable qui fut son lieu de naissance, Jésus donnera sa vie pour ses amis, à l’image de la mangeoire qui fut son berceau.

« Ils arrivèrent à Bethléem, le samedi au coucher du soleil. lIs cherchèrent un logement dans la ville chez les amis et les parents de saint Joseph. Mais ce fut en vain, personne ne voulut les recevoir et plusieurs les congédièrent avec mépris et avec des injures. La sainte Vierge savait bien que personne ne les recevrait, mais pour pratiquer l'humilité et la patience elle suivait son époux de maison en maison, de porte en porte dans les rues. En cherchant ainsi un logement ils rencontrèrent la maison où l'on tenait les registres, ils firent inscrire leur nom et payèrent leur tribut pour ne pas être obligés de revenir. Ils continuèrent à chercher un abri mais ils n'en trouvèrent point quoiqu'ils le demandassent à plus de cinquante maisons et auberges. Il était neuf heures du soir, lorsque saint Joseph accablé de tristesse se tourna vers son épouse : Je me souviens, dit-il, qu'il y a une grotte hors des murs qui sert pour les bergers; allons-y et si elle n'est pas occupée, nous y prendrons le logement qu'il est impossible ici de trouver ». (La Cité mystique de Dieu, Maria d’Agréda, chapitre XI)

 

Méditation

 

O mon âme ! O bienheureuse Sainte Famille ! Combien vous avez accepté de souffrir pour Jésus ! Mais quels glorieux privilèges vous ont été accordés. Vous avez été les premiers auxquels Dieu a voulu enseigner le chemin du véritable bonheur : il vous a admis à sa plus intime familiarité, vous a communiqué tous ses desseins, et vous a considérés comme les premières pierres de ce vaste et majestueux édifice qu’il est venu construire lui-même, et qu’il a promis de conserver jusqu’à la fin des siècles.

 

Prière


Que la joie de la présence constante de Dieu en moi m’habite et me fasse rayonner, malgré les difficultés extérieures que je rencontrerai.

 

Résolutions : Lorsque je serai dans l’affliction, je tournerai tous mes regards vers Dieu. J’attendrai de lui les consolations et j’invoquerai son secours par des prières humbles et persévérantes. Je ferai le chemin de la croix en demandant à Jésus qu’il daigne augmenter en moi la charité.

 

Un Je vous salue Marie

 

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7 août 2017

Le Mois de Sainte Claire

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Le Mois de Sainte Claire


Exercices pour honorer Sainte Claire pendant le mois d'août par une pauvre Clarisse

Mère Séraphine du Cœur de Jésus

 

Huitième jour

L'adieu au Monde

 

À mesure que s'affermissait dans l'âme de Claire son généreux dessein, le vœu de le réaliser l'embrasait de plus en plus. Elle ne voyait et ne rêvait plus que le cloître, appelant de tout son cœur le jour béni qui l’y introduirait pour toujours. Touché de ses désirs et inspiré d’en haut, François comprit que l‘heure était venue de rompre les liens qui retenaient captive cette chaste colombe et qu'il devait lui permettre enfin de prendre son vol vers les régions solitaires que rêvait son amour. Le départ de Claire pour le cloître fut donc résolu. François le fixa à une solennité aussi mémorable que touchante, celle du' dimanche des Rameaux, qui, en cette année 1212, tombait le 19 mars.

Mais comment s'y prendre pour annoncer aux parents de Claire une telle décision ? Comment surtout espérer leur agrément en ce point ? Aucune ouverture préalable n'avait pu les induire à conjecturer pareil dessein dans l'esprit de leur fille aînée, de leur douce Claire admirablement soumise, obéissante et toujours si affectionnée et si tendre à leur égard.

François et Claire unirent leurs supplications auprès de Dieu pour obtenir d’être éclairés en cette grave et délicate circonstance. Malgré la piété qui distinguait les châtelains de Sasso-Rosso, tout faisait prévoir qu'elle n’irait pas jusqu’à les incliner volontiers à l'acceptation d'un pareil sacrifice... Claire était trop aimée, trop chérie de ses parents pour qu'ils puissent consentir à la voir s'éloigner d'eux pour embrasser un genre de vie si austère et si effrayant pour la nature.

« La situation était donc des plus délicates. Après y avoir réfléchi, François ne vit qu'une ressource, celle dont il avait usé lui-même, un parti hardi qui, en l’éloignant de son père, lui donnait contre lui la force d'un événement accompli. Claire déclarait que pour Dieu, elle irait jusque là, mais François semble avoir hésité à assumer sur lui une responsabilité aussi grave. Il jugea très sagement que l'intervention de l’Évêque était nécessaire » (Mgr Ricard). L’Évêque, ayant oui les raisons alléguées de part et d’autre, trancha la question et donna son autorisation.

Le jour de l'Adieu au monde resta donc fixé au dimanche des Rameaux, et il fut convenu que Claire, l’élue du Seigneur, quitterait secrètement la maison paternelle pendant la nuit.

Lorsque brilla l’aurore de Pâques fleuries, Claire entonna le chant de la jubilation et d'action de grâces. C‘était le jour béni de sa délivrance ; celui de son adieu au monde et de son entrée au cloître Son âme exultait dans la joie et l'amour.

Parée de ses plus riches habits, ainsi qu’avait réglé François, pour donner plus d’éclat à son dépouillement volontaire, Claire se rendit à la cathédrale où officiait l’évêque d’Assise. Toute à la contemplation de son Dieu et au bonheur qui l’attendait, l’angélique vierge ne parut point aux pieds du Pontife pour recevoir de sa main, comme c’était l'usage, le rameau bénit de ce tour. Elle demeura à sa place absorbée dans la contemplation... l’Évêque le remarqua, et, quittant soudain le sanctuaire, il apporta lui-même à Claire et déposa entre ses mains virginales la palme bénite, symbole anticipé du glorieux triomphe qu'elle allait remporter le soir même à l’admiration universelle du ciel et de la terre.


Réflexions et avis


Le beau jour pour se donner à Dieu que le dimanche des Rameaux, alors qu'on a la palme à la main, l’hosanna sur les lèvres et l'amour plein le cœur... Telle nous apparent la douce Claire a la cérémonie du matin dans la cathédrale d'Assise et le soir à sa sortie du château pour la chapelle de la Portioncule, ou doit avoir lieu son oblation solennelle... Quel beau jour pour une telle oblation ! et qu'en touchants et délicieux à-propos il abonde !... Claire n‘est-elle pas la vierge de Sion à laquelle il a été dit : Ne craignez pas fille de Sion. Ne craignez pas, fille privilégiée de Sion, voici votre Roi qui vient à vous, plein de douceur... Et si le Roi pacifique des cœurs est venu le premier vers elle, ne faut-il pas qu'elle aille maintenant à Lui le cœur en joie et l'âme aussi généreuse qu'ardente ?...

Poétique rapprochement entre le printemps de la nature et le printemps de la vocation. Le dimanche des Rameaux c’est, dans le printemps à son aurore, la fête qui parle de triomphe, d'espérance et de suffit, en même temps que tout refleurit dans un doux renouveau. C‘est le réveil de la nature, délicieux surtout dans la radieuse Ombrie, heure choisie précisément pour le sacrifice de Claire, à un âge ou tout semble sourire et chanter et où la vie pour elle s’annonçait si heureuse !

Tout quitter et tout sacrifier en face du séduisant tableau de l’avenir est un héroïsme qui étonne ! Le sacrifice de Claire n'en parait que plus admirable et plus spontané... Les splendeurs d'un autre printemps, celui de la vie religieuse, sont dévoilées à son âme, et les délices de l’amour de jésus, - sans comparaison aucune, - ont pour elle bien d'autres attraits... L’heure est venue d'en jouir, et l’Époux divin l’y convie : L’hiver a passé, les pluies ont cessé, le printemps a reparu sur notre terre ; lève-toi, ma Bien-Aimée, et viens... (Cantique 2, 11-12).

Rappelons cependant que tout n’était pas rose et fleurs devant les pas de Claire allant au devant de l’Époux sacré... Le dimanche des Palmes précède la Semaine sainte et les splendeurs des voies divines ne pouvaient être entrevues par la jeune vierge qu’à travers les ombres de la Passion… Elle sait qu’elle embrasse la croix... qu'elle va au devant des souffrances... qu’elle devra monter jusqu'au Calvaire... mais aucune de ces considérations ne l’arrête... Notre héroïne marche à la suite de jeans encouragée par cette pensée qu‘elle peut tout en Celui qui la fortifie (Phil. 4, 13). A l'exemple de Claire âme pieuse, comptez sur le secours divin, car les sacrifices qu'exige la vertu sont toujours accompagnés de grâces particulières aidant à les accomplir.


Avis des Saints

 

« Que le bruit et l‘éclat du monde ne vous émeuvent point, parce que les siècle disparaît avec la vitesse de l'ombre. Ne vous laissez pas éblouir par ses apparences, parce qu’elles sont trompeuses. L'antique serpent sifflera autour de vous, il est vrai, mais fermez l’oreille, résistez avec courage et il fuira loin de vous » (Sainte Claire). « Ceux qui méprisent la terre et qui n'y désirent rien, s’élèvent et volent jusqu'au ciel » (Saint Grégoire). « Jetez un regard sur la croix pour ne point perdre confiance ». (Saint Paul de la Croix).


Couronne de Sainte Claire

Fleur Séraphique

 

La Bienheureuse Balbina, sa nièce, sœur de la Bienheureuse Aimée (XIIIe siècle).


Elle fut par ses qualités une de ses auxiliaires les plus appréciées pour la réformation ou la fondation de diverses maisons. Dieu la favorisa du don des miracles. Sa vie exemplaire lui gagna tellement l'amour de sainte Claire que celle-ci, rapportent les chroniques, se plaisait à lui en donner des preuves en la soignant souvent elle-même à l'occasion. Elle mourut au monastère du Val de Gloire à Spello qu'elle avait fondé et dont elle était abbesse.


Pratique : La générosité au service de Dieu. Ne pas redouter les croix et les souffrances qui s’y rencontrent.


Prière


Daignez, céleste Mère, me faire comprendre le mystère de ta croix, me découvrir le prix et l‘excellence du sacrifice qui répugne tant à ma nature déchue. Obtenez-moi la sainte énergie d‘immoler à Dieu tout ce qu'il réclame, sans craindre même de porter le glaive jusqu' au plus profond de mon cœur. Ainsi soit-il.

 

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23 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Vingt-quatrième jour

Notre Dame des Dons

 

Le pauvre sanctuaire dont je viens vous entretenir ce soir, et dont le nom n’est peut-être pas même venu jusqu’à vous, peut se glorifier d’une origine princière. Il date des derniers temps de l’indépendance bretonne; il fut construit, en l’honneur de Notre Dame, par François Il, notre dernier duc. Léger, insouciant, trop ami, hélas ! Des plaisirs coupables, ce prince était bon cependant et son peuple l’aimait. Il était aussi, comme tous les ducs de la maison de Montfort profondément religieux et, même au milieu de ses désordres, il multiplia les marques de sa foi et fit un très grand nombre de fondations pieuses. Il eut à cœur surtout d’honorer la très sainte Vierge. Peut-être subissait-il sur ce point l’entraînement des saintes princesses qui l’entouraient. Il y avait alors à Nantes quatre duchesses de Bretagne, et toutes étaient fort pieuses : Marguerite de Bretagne, femme du duc régnant ; Isabeau d’Ecosse, veuve de François 1er ; Catherine de Luxembourg, veuve d’Arthur III, et surtout la sainte veuve de Pierre II, Françoise d’Amboise. Peut-être voulait-il se faire pardonner ses désordres. Peut-être aussi sentait-il son trône menacé et voulait-il ménager la protection du Ciel a sa patrie et à sa race. C’est lui qui fit bâtir l’aile droite de Notre Dame ; c’est lui qui fit élever, dans les jardins de son château ducal, cette belle chapelle de Saint-Antoine de Pade, où vous allez prier maintenant l’Immaculée-Conception ; c’est lui qui releva splendidement Notre Dame de Bois Garant, dont je vous parlerai bientôt ; c’est lui enfin qui fit reconstruire, un fond d'un bocage solitaire, à trois kilomètres du petit bourg de Treillières, la chapelle de Notre Dame des Dons.

Ce n’était, ai-je dit, qu’une reconstruction : le pèlerinage existait depuis longtemps déjà. Depuis quand ? Nul ne le saurait dire ; mais le duc ne fit que relever et embellir un sanctuaire désigné à sa piété parla piété du peuple.

A partir de cette réédification (1460), l’antique pèlerinage devint plus célèbre encore, et l’on vit les princes et les princesses se mêler aux flots du menu peuple pour solliciter les bienfaits de Notre Dame des Dons.

C’est Marguerite de Bretagne, l’épouse délaissée de François ; qui donne la première l'exemple, c’est, du moins, son nom que nous trouvons tout d’abord dans les archives de la chapelle. Que. vient-elle y demander ? Des joies pour son pauvre cœur blessé ? Un sourire du Ciel pour ses yeux lassés de pleurer ? Peut-être ; peut-être aussi des leçons de patience et de résignation a la Mère des douleurs et des larmes.

Un peu plus tard, sans doute en un jour de repentir, c’est la malheureuse, cause première de ces larmes, qui vient s‘agenouiller à son tour là-même où avait prié sa douce et pure victime.

Plus tard encore, c’est François lui-même qui conduit a la petite chapelle, qu’il avait reconstruite, sa nouvelle épouse, Marguerite de Foix. Les archives rapportent que le but de ce pèlerinage fut d’obtenir, par l’intercession de Marie, le don d’une postérité. Le don que leur octroya la sainte Vierge, ce fut Anne, la bonne duchesse, deux fois reine de France.

C'est Pierre Landays, le néfaste favori de François, qui vient aussi lui, comme pour témoigner que tous les grands personnages de la cour de Bretagne devaient s‘agenouiller devant Notre-Dame des Dons.

C’est enfin Anne de Bretagne. Elle était aux débuts de la guerre avec la France, la lutte suprême de l’indépendance. Menacée par l’ennemi, elle quitte Rennes et vient se réfugier à Nantes. Le maréchal de Rieux, voulant la contraindre a un mariage dont elle ne veut pas, s’efforce de soulever la ville contre elle. Anne l’apprend, mais confiante dans l’amour de ses Nantais, poursuit son chemin. Pendant quelques jours, cependant, elle dut s’arrêter à la Pasquelais. C’était tout près de la chapelle des Dons ; la jeune duchesse s’y rendit pour demander aide et protection à Notre Dame. Les desseins de Dieu ne sont pas les nôtres, et il nous accorde souvent autre chose que ce que nous lui demandons: Anne sollicitait la paisible possession de la couronne de Bretagne, Marie lui accorda la couronne de France.

Nantes cessait d’être capitale : la brillante cour du château de la Tour-Neuve s’évanouit ; la gloire du sanctuaire de Notre Dame des Dons s’évanouit du même coup. Cependant, les paysans de la contrée continuèrent d’y invoquer leur puissante protectrice, et, chaque année, le mardi de Pâques, des foules confiantes venaient fidèlement célébrer le pardon de Notre Dame.

Là comme ailleurs, la Révolution a passé, et elle n‘a laissé que des débris. Les biens dépendants de la chapelle furent vendus ; le sanctuaire fut pillé puis délaissé. Désormais, ce n’est plus qu’une ruine lamentable, ouverte à tous les vents, sur. laquelle la nature pieuse a jeté un vert manteau de lierre. C’est à peine si les paysans se rappellent que le petit oratoire, annexé à la grande chapelle, était dédié à sainte Marguerite, la patronne des deux femmes de François II, Marguerite de Bretagne et Marguerite de Foix. C’est a peine si le visiteur peut reconnaître, dans_leurs niches dévastées, les statues de saint François et de sainte Marguerite, les protecteurs célestes des souverains qui élevèrent ces murs aujourd‘hui croulants.

Toutefois l’image de Notre Dame reste à peu prés intacte. Cachée pendant la Révolution, dans le tronc creux d’un des ifs qui ombragent la chapelle, elle y reprit sa place à l‘apaisement, et les fidèles revinrent se prosterner à ses pieds. Plus tard (1815), on la transporta à l’église paroissiale ; mais il fallut attendre la nuit pour commettre ce pieux larcin, et quand les paysans le connurent, leur mécontentement faillit se transformer en émeute. Elle est restée dans cette nouvelle demeure; toutefois, si les habitants viennent l’y vénérer, ils aiment surtout à prier dans la vieille chapelle, et on les voit Souvent a genoux, surtout les soirs du mois de Marie, égrenant dévotement leur chapelet entre ces murailles en ruines qui furent le sanctuaire aimé de Marie. N’ont-ils pas raison de continuer les antiques traditions ? Les murs élevés par un prince s’écroulent lentement ; mais il subsistera longtemps et, il faut l’espérer, toujours le monument élevé, par l’amour, dans les cœurs de ses fidèles, à Notre Dame des Dons.

Le seul pèlerinage dont nous connaissions le motif avait pour but de solliciter une grâce temporelle : François de Bretagne et Marguerite de Foix, son épouse, allèrent demander a N. D. des Dons une postérité : ils obtinrent Anne de Bretagne.


Nous aussi, mes Frères, nous pouvons solliciter de Marie des faveurs temporelles. Dieu est notre Providence, il nous octroie ce qui est nécessaire a nos corps aussi bien que ce qui est nécessaire à nos âmes ; et il ne trouve pas mauvais que nous le lui demandions. Marie est la coadjutrice de la divine Providence : Dieu l’a chargée de dispenser ses faveurs a la terre, et les trésors dont elle dispose sent les biens temporels en même temps que les autres. Rappelons-nous son rôle à Cana : « Vinum non habent, dit-elle, ils n’ont plus de vin ! » et elle obtient de la bonté de son Fils une faveur temporelle pour de pauvres gens dans la peine. Son rôle dans le ciel est identique, et nous pouvons solliciter pour le même objet son intervention, demander la guérison dans la maladie, la joie dans les larmes, le pain dans la pauvreté... Ne craignons donc pas d’exposer nos besoins temporels à Notre Dame des Dons, et soyons sûrs qu’elle ne manquera pas de nous écouter.

Toutefois n‘oublions pas que, s’il nous est permis de demander des faveurs temporelles, nous ne devons jamais perdre de vue nos intérêts éternels, et que les premières ne peuvent être légitimement sollicitées qu‘à condition qu’elles ne soient pas nuisibles aux seconds, mais qu'elles leur soient au contraire utiles. Marie, aux noces de Cana, demandait à Jésus une grâce temporelle, sachant bien qu’elle devait avoir des effets considérables pour les âmes. Et, de fait, le premier miracle de Jésus lui gagna définitivement les disciples qui en furent les témoins, ils crurent en lui. Ne demandons par conséquent à Marie que des choses qui ne soient pas un obstacle à notre sanctification, mais qui puissent au contraire la faciliter. Que de chrétiens, hélas ! qui demandent des faveurs temporelles sans s’inquiéter si elles sont utiles à leur âme ! Que de chrétiens qui demandent des choses dangereuses ! Que de chrétiens même, si triste qu’elle soit, cette aberration n’est point rare , qui demandent des choses nuisibles à leur salut éternel !

Encore une remarque. Au moment de l’invasion française, la duchesse Anne alla prier Notre Dame des Dons. Que lui demanda-t-elle ? Sans doute le succès dans la lutte et l'indépendance de sa chère Bretagne. Marie ne lui accorda point sa demande, car le Ciel ne juge pas à la façon des hommes. Elle jugea plus utile à la Bretagne qu’elle fût unie définitivement à la grande patrie française ; et bientôt Anne montait sur le trône de France. Nous aussi, nous nous méprenons souvent sur nos véritables intérêts, et nous demandons à Marie des faveurs inutiles ou nuisibles. Marie écoute toujours notre prière ; mais souvent et pour notre bien, elle ne nous accorde point ce que nous demandons : elle préfère nous donner à la place des faveurs plus utiles. C’est bien la Mère aimante et sage qui sait, quand il le faut et dans son intérêt, mécontenter son enfant. Nous devrions nous féliciter de cette tendresse vigilante ; combien, hélas ! qui ne comprennent pas ! Combien qui se plaignent et murmurent! Combien qui traitent de marâtre la plus tendre des mères !

Ayons une confiance plus éclairée ; demandons a Marie des faveurs temporelles, mais à condition qu’elles soient utiles pour nos âmes ; ne nous plaignons point de n’être pas exaucés ; acceptons avec reconnaissance ce qu’aura décidé sa maternelle tendresse. Dans ces conditions, nos prières seront toujours les bien venues là haut, et nous serons traités en enfants gâtés par Notre Dame des Dons.

 

ND de Nantes

 

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23 juin 2016

Le Mois du Sacré Cœur de Jésus

Le Mois du Sacré Cœur de Jésus

Un Tertiaire Séculier

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« Nous avons tout reçu de sa plénitude ». (Jean, 1, 16).

 

Vingt-quatrième jour

 

Dieu nous distribue ses grâces par les mérites du sang de son Fils. Il nous met, par là même, dans l'occasion d'acquérir des trésors immenses pour l'éternité. Mais il faut avouer que nous faisons chaque jour, par notre négligence, des pertes inconcevables. La plupart de nos actions perdent leur valeur faute d'une droite intention.

Pratique : Offrez vos bonnes œuvres et toutes vos actions au Cœur de Jésus afin qu'elles soient purifiées en passant par ce Cœur infiniment parfait.

Oraison jaculatoire : Ô Cœur de Jésus, embrasez-moi de votre amour !

 

Vingt-cinquième jour

 

Partout où le cœur de Jésus a trouvé des adorateurs, l'image de de Cœur divin a été révérée. En effet, lorsque nous avons un bon ami éloigné de nous, son portrait nous est agréable, sa vue nous fait plaisir :elle excite dans nos cœurs les mêmes affections que produirait la présence de notre ami. De là les sentiments de dévotion que les images du Sacré Cœur de Jésus doivent faire naître dans les âmes qui sont touchées de son amour. Sainte Thérèse disait qu'elle aurait voulu en rencontrer dans tous les lieux où se portait sa vue.

Pratique : Avoir toujours sur soi une médaille du Sacré Cœur de Jésus. Travailler, autant qu'on le pourra, à procurer à cet aimable Cœur un sanctuaire qui lui soit dédié.

Oraison Jaculatoire : Aimé soit partout le Sacré cœur de Jésus !

 

Vingt-sixième jour

 

Trois obstacles principaux nous arrêtent ordinairement dans le chemin de la vraie dévotion au Cœur de Jésus : le premier, c'est la tiédeur. L'âme tiède ne fait que ce qu'elle ne peut omettre, et l'apôtre Saint Jean dit que Jésus-Christ la vomira de sa bouche. Le second obstacle est l'amour propre. Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce soi-même, qu'il porte sa croix et qu'il me suive. Le troisième obstacle, c'est quelque passion favorite qu'on ménage, qu'on ne saurait sacrifier.

Pratique : Si vous désirez obtenir une vraie dévotion au Cœur de Jésus, il est important de vous assurer si vous n'avez pas à surmonter en vous quelqu'un des obstacles que l'on vient de signaler.

Oraison Jaculatoire : Dieu, créez en moi un cœur digne d'être uni au cœur de Jésus !

 

Vingt-septième jour

 

Si vous voulez marcher à grands pas dans la voie de la perfection, et attirer sur vous les bénédictions du cœur de Jésus, embrassez la mortification intérieure et la mortification extérieure : toutes deux sont nécessaires pour arriver à la gloire véritable ; l'une ne peut réellement pas subsister sans l'autre. Mais la plus nécessaire est sans contredit la mortification intérieure, dont personne ne peut se dispenser. C'est cette violence qu'il faut se faire sans cesse pour ravir le royaume des cieux...

Pratique : Joignez à l'examen général de votre conscience, l'examen particulier de chaque jour que vous ferez sur votre défaut dominant ou sur une vertu que vous cherchez à acquérir.

Oraison Jaculatoire : Doux Cœur de Marie, soyez mon salut.

 

Vingt-huitième jour

 

Le premier moyen d'obtenir un ardent amour pour Jésus Christ et une dévotion tendre à son Sacré cœur, c'est la prière. Il y a sujet de s'étonner que les chrétiens ne soient pas, pour ainsi dire, tout puissants, puisqu'ils ont un moyen infaillible d'obtenir tout ce qu'ils désirent. Or, ce moyen ne consiste qu'à demander, et il n'est rien à quoi Jésus-Christ se soit si souvent et si solennellement engagé qu'à exaucer nos prières.

Pratique : Vous ne pouvez rien faire de plus agréable au cœur de Jésus que de vous adresser à lui avec confiance dans tous vos besoins. Surtout, ne manquez pas de lui demander son amour.

Oraison Jaculatoire : Doux cœur de Jésus, soyez mon amour.

 

Vingt-huitième jour

 

La dévotion envers le Sacré Cœur de Jésus est proprement un exercice d'amour. Or il suffit de savoir ce que c'est que de communier, pour concevoir qu'il n'est point de moyen plus sûr pour être Bientôt embrasé d'amour pour Jésus-Christ, que de s'approcher souvent de ce divin sacrement. « Il n'est pas possible, dit le Sage, de porter du feu dans son sein et de n'en être pas brûlé ». Ce feu sacré, c'est l'adorable Eucharistie, qui, comme le dit Saint Bernard, est l'amour des amours. Allons donc souvent à cette source de tous les biens ; c'est là qu'unis et incorporés à Jésus-Christ, l'auteur même de la grâce, nous la verrons couler tous les jours sur nous avec de nouvelles profusions.

Pratique : tâchez de vous rendre digne de communier souvent ; de la préparation et de l'action de grâces dépend tout le fruit de cette grande action.

Oraison jaculatoire : Sang de Jésus-Christ, enivrez-moi !

 

Trentième jour

 

La divine Eucharistie ne profite pas seulement à ceux qui la reçoivent. Pour recueillir quelques-uns des fruits de vie qui y sont attachés, il suffit de visiter Jésus-Christ dans cet adorable sacrement, de le désirer, d'y penser, de se tourner en esprit vers quelque église où il repose. C'était la pratique de Saint Alphonse de Liguori et d'un grand nombre de Saints. Il n'est rien qui gagne plus sûrement le Cœur de Jésus que ces fréquentes adorations et ces visites.

Pratique : Prenez la ferme résolution de ne passer aucun jour sans visiter Jésus-Christ au Saint-Sacrement.

Oraison jaculatoire : Que rendrai-je au cœur de Jésus pour l'amour qu'il me porte au Saint Sacrement ?

 

Trente-et-unième jour

 

Marie a tout pouvoir sur le Cœur de Jésus, elle est la mère du parfait amour. Nous pouvons donc nous adresser à elle avec confiance pour demander à être embrasés de cet amour ineffable. Les sacrés Cœurs de Jésus et de Marie sont trop conformes et trop unis pour que l'un ne nous conduise pas toujours à l'autre. Que de pécheurs Marie n'a-t-elle pas dirigés vers le Cœur de Jésus, où ils ont reçu le pardon de leurs iniquités !

Pratique : Unir à la dévotion au Sacré Cœur de Jésus la dévotion si belle au Cœur Immaculé de Marie.

Oraison Jaculatoire : Doux Cœur de Marie, soyez mon salut !

 

Trente-deuxième jour

 

Pour être vraiment dévots au cœur de Jésus, nous devons l'être aussi envers le père nourricier du Fils de Dieu. Saint Joseph aima Jésus, il le porta dans ses bras, il eut soin de son enfance Et Jésus aime son père ; son Cœur adorable est plein de reconnaissance pour lui, et il ne saurait rien lui refuser : nous ferons donc quelque chose de bien agréable à notre divin Sauveur en nous adressant souvent au grand saint Joseph, à cet homme juste par excellence, qui est à la fois notre protecteur et notre modèle.

Pratique : Dire souvent dans la journée, des invocations, de cœur plutôt que de bouche, au glorieux Saint Joseph, si puissant sur le cœur de Jésus.

Oraison Jaculatoire : Cœur de Jésus, faites que je vous aime, et faites que je vous imite !

 

Trente-troisième jour

 

On peut dire de la dévotion au Sacré Cœur ce que dit Saint Augustin de tout ce qui regarde la gloire de Dieu : quand on manque de zèle, on n'aime pas. On veut le bien de ceux que l'on aime, on cherche à procurer la satisfaction des cœurs auxquels on est uni d'affection. Or, le Cœur de Jésus ne désire rien tant que de voir les cœurs des hommes venir de toutes parts se ranger sous son joug si doux et si léger. Donc, si nous aimons Jésus notre Sauveur, travaillons de tontes nos forces à donner à son Cœur sacré le plus de dévots adorateurs qu'il nous sera possible. Pour cela prions, prions beaucoup ; et puis, ne manquons jamais de profiter de toutes les occasions qui se présenteront pour enchaîner de nouveaux captifs dans les filets d'amour du Cœur de Jésus.

Pratique : Employez une petite partie de vos économies à vous procurer des livrets, des images ou des médailles du Sacré Cœur, et lâchez de les répandre de tous côtés.

Oraison Jaculatoire : Cœur de Jésus, que le zèle de votre gloire me dévore !

 

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Acte de consécration au Sacré cœur de Jésus

(Révélé par Jésus à Sainte Marguerite-Marie Alacoque)

 

Moi (N), je me donne et consacre au Sacré Cœur de Notre Seigneur Jésus-Christ. Je Lui donne ma personne et ma vie, mes actions, peines et souffrances, pour ne plus vouloir me servir d'aucune partie de mon être que pour l'honorer, l'aimer et glorifier. C'est ici ma volonté irrévocable que d'être toute à Lui et faire tout pour son amour, en renonçant de tout mon cœur à ce qui pourrait lui déplaire. Je vous prends donc, ô Sacré Cœur, pour l'unique objet de mon amour, le protecteur de ma vie, l'assurance de mon salut, le remède de ma fragilité et de mon inconstance, le réparateur de tous les défauts de ma vie et mon asile assuré à l'heure de ma mort.

Soyez donc, ô Cœur de bonté, ma justification envers Dieu le Père, en détournant de moi les traits de sa juste colère. Ô Cœur d'amour ! Je mets toute ma confiance en vous, car je crains tout de ma malice et de ma faiblesse, mais j'espère tout de votre bonté. Consommez donc en moi tout ce qui peut vous déplaire ou résister ! Que votre pur amour vous imprime si avant dans mon cœur que jamais je ne puisse vous oublier, ni être séparée de vous, que je conjure, par toutes vos bontés, que mon nom soit écrit en vous, puisque je veux faire consister tout mon bonheur et toute ma gloire à vivre et à mourir en qualité de votre esclave. Amen.

 

Fin du Mois du Sacré Cœur de Jésus

Pour télécharger l'intégralité des méditations de ce mois (pdf), cliquer ici

Icône Année Sainte Miséricorde

Prochain Mois de Dévotion : Mois de Saint Michel Archange,

Rendez-vous le 31 août

22 janvier 2022

Le Mois des Étrennes Spirituelles

Le Mois des Étrennes Spirituelles

 

Désert

 

Vingt-troisième étrenne spirituelle

23 Janvier

 

Une fleur des déserts : la vertu de patience

 

Offrande

 

L'âme chrétienne aime le désert. C'est là que vous la conduisez, Seigneur, pour parler à son cœur. Or, la solitude du chrétien, c'est sa conscience. C'est là que je veux me réfugier, pour y jouir de la paix intérieure et vous en offrir les fleurs solitaires.

 

Méditation

 

Quand on est doué d'une véritable patience, on souffre en paix et sans trouble toutes les afflictions qui se présentent. Pour en arriver là, il faut modérer la tristesse et toutes les autres passions qui se soulèvent naturellement aux approches et aux premières atteintes du mal, afin que, quelque émotion qu'on ressente au dedans de soi-même, le cœur ne soit jamais troublé.

L'âme patiente règle tellement son extérieur qu'on ne voit rien, dans ses paroles, dans ses gestes, dans ses actions, qui marque de l'emportement, de la précipitation, de l'aigreur.

Elle se conserve dans cet état de paix, au milieu de ses plus grands maux, extérieurs ou intérieurs, du corps ou de l'esprit, elle se possède toujours également.

Elle ne se contente pas de souffrir sans murmure et sans ressentiment, ce qui est le premier degré de la patience qu'elle sait être d'obligation, mais elle tâche encore de souffrir avec amour et avec joie, ce qui met le comble à cette vertu.

Elle regarde tous les maux qui lui peuvent survenir avec une résolution constante de mourir plutôt que de rien faire pour les éviter et ce qui pourrait déplaire à Dieu.

S'il lui arrive quelquefois de pleurer, de gémir, de soupirer, c'est toujours avec modération, sans excès et dans une grande tranquillité de cœur. Elle ne se flatte d'ailleurs point aisément de la pensée qu'elle est patiente, parce qu'elle n'ignore pas que souvent on s'y trompe, et que très-souvent on attribue à la patience ce qui n'est que de l'insensibilité, ou l'effet d'une passion qui étouffe le sentiment de la douleur.

Elle a pour la patience tout l'amour et toute l'estime que demande une vertu que l'apôtre proclame être le premier effet de la charité et que saint Jacques nous recommande comme la consommation de toutes les vertus.

Mon Dieu, combien la patience nous deviendrait aimable, si nous pouvions croire avec les saints, qu'elle nous fait vos imitateurs et qu'elle nous rend semblables à votre divin Fils ! Ouvrez donc nos yeux sur ces grands avantages, et ne souffrez pas qu'ayant le bonheur d'être vos enfants, et d'être dévoués particulièrement à votre service, nous négligions la pratique d'une vertu que vous nous recommandez comme notre Maître et dont vous nous donnez l'exemple comme notre Père.

 

Pratique : baiser souvent la croix dans les tentations d'impatience et y contempler Notre-Seigneur s'y proposant comme modèle de patience.

 

eugene-delacroix

 

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21 janvier 2022

Le Mois des Étrennes Spirituelles

Le Mois des Étrennes Spirituelles

 

agneau

 

Vingt-deuxième étrenne spirituelle

22 Janvier

 

Un agneau : La bonté et la douceur

 

Offrande

 

Jésus, votre précurseur vous a appelé un agneau, et la douceur de ce petit animal symbolise bien votre mansuétude. Souffrez que je vous offre, moi aussi, la douceur de l'agneau.

 

Méditation

 

Pour imiter la charité tendre et compatissante de Notre Seigneur, il faut s'attendrir sur les besoins du prochain et se laisser toucher de compassion quand on le voit dans la misère. Il faut s'attrister avec lui dans ses afflictions ; à l'exemple de l'apôtre, mêler nos larmes aux siennes, lui témoigner le désir que nous avons de le soulager.

Quand quelques personnes s'adressent à nous dans leurs peines, il faut les recevoir charitablement, avec un visage ouvert et avec les témoignages d'une charité sincère, au lieu de les contrister, comme nous sommes si portés à le faire, par notre mauvaise humeur, par un air triste, par un extérieur trop sévère, au lieu de les rebuter par une manière d'agir hautaine et fière. Il faut en particulier donner un libre accès aux pauvres et aux humbles que le monde méprise, tâchant, selon l'avis de saint Paul, de « complaire à tous en tout ce qui est bon ».

Quand nous parlons aux personnes sur qui nous croyons avoir quelque avantage ou quelque autorité, nous le faisons trop ordinairement d'une manière sèche, d'un ton impérieux, avec l'air d'un maître dur et emporté qui parle à son esclave plutôt qu'avec l'air d'un chrétien qui parle à son frère. Il faut descendre de notre vaine et prétendue grandeur pour nous accommoder au prochain et pour nous faire, à l'exemple de saint Paul, petit avec les petits, pauvre avec les pauvres, infirme avec les infirmes, comme ignorant avec les ignorants, en un mot, tout à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ.

Mais, pour pratiquer exactement cette bonté, si indispensable aux véritables chrétiens, il faut chercher à acquérir la douceur chrétienne, qui en est la source et le fondement.

Les âmes qui ont la douceur chrétienne répriment si bien tous les mouvements de la colère, qu'elles ne s'y laissent jamais aller, pas même par surprise.

Elles ne donnent aucune marque d'impatience ni d'emportement, elles ne s'arrêtent point à ces ombrages ni à ces soupçons qui engendrent le dépit et le chagrin, et elles ne donnent nul accès à tous ces mouvements qui portent dans le cour le fiel et l'amertume.

Elles ne sont point comme ces esprits délicats et susceptibles qui se ſont une peine de tout, ni de ces esprits aigres qui pour un rien se laissent aller à la froideur, à la bouderie, à l'aversion, et quelquefois même au ressenti- ment et à la vengeance.

Elles n'usent jamais de réparties brusques et piquantes, et encore moins de reproches et de menaces.

Elles pardonnent aisément et se réconcilient sans peine.

Elles évitent le plus possible les contentions et les disputes, elles défèrent volontiers aux sentiments des autres et ne les contredisent jamais, ou, si quelquefois elles sont obligées de le faire, c'est toujours avec la plus grande douceur.

Elles ne parlent jamais rudement, pas même quand elles doivent corriger et reprendre, à moins qu'elles n'aient vu que la douceur est inutile ; et encore, dans ces circonstances, leur réprimande est toujours tempérée par tant de douceur qu'elle se ressent plus de la bonté d'un père que de la sévérité d'un maître.

En un mot, elles sont civiles, affables, complaisantes, polies, officieuses, et, si elles ont de la dureté et de la rigueur, ce n'est que pour elles-mêmes.

 

Pratique : prendre pour règle celle que Dieu nous a donnée par son apôtre : « Étant les élus de Dieu, revêtez-vous de tendresse, d'entrailles de miséricorde, de bonté, d'humilité, de modestie et de patience ».

 

eugene-delacroix

 

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7 janvier 2022

Le Mois des Étrennes Spirituelles

Le Mois des Étrennes Spirituelles

 

Bon Samaritain 2

 

Huitième étrenne spirituelle

8 Janvier

 

Des flots d'huile : la Charité envers le prochain.

 

Offrande

 

L'huile, qui symbolise toutes les effusions de l'Esprit-Saint, est aussi l'emblème de la douceur avec laquelle nous devons traiter nos frères. C'est ce que vous nous avez exprimé, ô mon doux Maître, par l'huile que le bon Samaritain versa avec amour sur les plaies du pauvre blessé. Souffrez qu'à mon tour, je vous offre ces mêmes flots d'huile, aimant le prochain comme moi-même pour l'amour de vous.

 

Méditation

 

Prévoyant les efforts de la chair et du démon pour détruire, ou du moins, pour diminuer beaucoup en nous la charité envers le prochain, non-seulement Dieu nous en fait un commandement exprès, mais encore il veut que l'amour que nous avons pour nous-même soit la règle de notre amour envers le prochain.

Saint-Paul, préoccupé de cette pensée et, après nous avoir rappelé que « celui qui aime le prochain accomplit la loi », a énuméré les qualités de la véritable charité.

1° La véritable charité est patiente. Elle supporte sans chagrin et sans peine les humeurs, les faiblesses et les imperfections du prochain.

2° Elle est douce. Elle ne laisse jamais échapper des paroles dures et piquantes; ne reprend pas avec aigreur, ne commande pas avec empire.

3° Elle n'est point jalouse. Loin d'envier le bonheur du prochain, et de s'affliger de ses succès, elle lui en souhaite autant qu'à elle-même et ne s'en réjouit pas moins que de ses propres avantages.

4° Elle n'agit point par caprice et par humeur. Elle ignore la feinte, la dissimulation, la flatterie. Elle n'est point légère, ni inconstante, ni téméraire.

5° Elle ne s'enfle point d'orgueil. Pleine d'estime pour son prochain, elle a beaucoup de déférence pour lui.

6° Elle n'est pas ambitieuse. Il n'est rien, quelque bas et humiliant que ce puisse être, qu'elle n'embrasse de tout son cœur pour l'amour de ses frères.

7° Elle n'est point intéressée. Faisant son bonheur des avantages du prochain, elle est infiniment éloignée de tout intérêt propre.

8° Elle ne s'aigrit et ne se pique jamais contre personne, conservant toujours des sentiments de tendresse et de bienveillance pour tout le monde, quelque sujet de mécontentement qu'elle en reçoive.

9° Elle ne pense pas au mal qu'on a pu lui faire. Elle l'excuse, elle le pardonne, elle l'oublie.

10° Elle ne se réjouit point de l'impiété, de la mauvaise vie et des dérèglements du prochain ; mais elle met toute sa joie à le voir avancer dans les sentiers de la vérité et dans les voies de la justice par la pratique des vertus.

11° Elle endure tout, et sa constance à servir le prochain ne peut-être ébranlée ni par le mépris, ni par aucune tentation.

12° Elle croit tout le bien qu'on peut croire du prochain, et elle défère sans peine à ses sentiments.

13° Elle ne désespère de la conversion de qui que ce soit, et, comme elle ne perd jamais la bonne opinion qu'elle a de son prochain, elle espère toujours qu'il se rendra à Dieu.

14° Elle porte avec courage toutes sortes de charges, infatigable dans les emplois et ne succombant jamais sous le poids des fardeaux qu'on lui impose.

 

Pratique : Pour observer la loi de la charité envers le prochain, il faut suivre exactement les deux grandes règles que nous en donne l'Ecriture : « Ne faites point à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit, et faites-lui ce que vous voudriez qu'il vous fit ».

 

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eugene-delacroix

 

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