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  • La beauté élève l'âme... Par ces images volontairement sélectionnées, ainsi que par la récitation de ces prières, puissiez-vous avoir le désir de parvenir à Jésus et à la sainteté, but ultime de toute vie...
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27 avril 2018

Le Mois de la Passion

Le Mois de la Passion

ou la Science du Crucifix

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Vingt-huitième jour

Des satisfactions de Jésus-Christ et de l’excellence de notre rédemption

 

I. Ce fut un grand mystère qu’après la mort de Jésus-Christ il sortit de Son côté du Sang et de l’Eau. c’était pour nous apprendre que le Sang du Sauveur du monde demeurait dans Son Eglise après sa mort, et qu’Il le déposait dans Ses Sacrements comme dans des trésors inépuisables. Les causes des effets naturels n’agissent pas tandis qu’elles existent : la mort de Jésus-Christ qui est ressuscité pour ne plus mourir, opère comme s’Il mourait à chaque instant. Elle est devenue pour nous une vie toujours agissante. Son Sang, lorsqu’il le répandit sur la Croix, expia les péchés passés ; il a expié ceux qui se sont commis depuis ; il expiera tous ceux qui se commettront jusqu’à la fin des siècles, si les pécheurs pénitents recourent à la Miséricorde Divine, et se plongent avec confiance dans le bain salutaire de ce Sang infiniment précieux.

II. L’Ecriture est remplie de témoignages qui prouvent que tous les péchés de tous les siècles se pardonnent par la seule vertu du Sang de Jésus-Christ. Vous tous qui avez été baptisés, dit Saint Paul, sachez que vous l’avez été dans la mort de Jésus-Christ, c’est-à-dire dans Son Sang. Il a fallu que l’Agneau sans tache fût égorgé et qu’il fit de Son Sang un bain salutaire pour effacer nos iniquités. C’est dans le Fils unique de Dieu, dit le même apôtre, que nous trouvons le prix de notre rédemption, car Il a versé pour nous tout Son Sang et c’est par le mérite de ce Sang Divin que nous recevons la rémission de nos péchés. Voilà l’Agneau de Dieu, dit Saint Jean, qui efface les péchés du monde. Il nous a aimés, et nous a lavés de Son Sang. Il n’y a pas d’autre nom, dit Saint Pierre, par lequel nous puissions être sauvés, que par le Nom de Jésus-Christ.

III. Ce serait faire outrage à la Passion de Jésus-Christ que de croire que Son Sang n’a été répandu que pour laver le péché originel, que sa vertu n’opère en nous que dans le Baptême, et que nous n’avons rien à espérer, si par de nouveaux péchés, nous avons le malheur de profaner le caractère de chrétien et d’enfants de Dieu. Non, cette vertu divine est inépuisable ; Jésus-Christ, pontife éternel, ne cesse d’offrir à Dieu son Père le Sacrifice de Sa Croix pour la rémission de tous nos péchés. Il est en même temps et notre Prêtre et notre victime ; Il ne cesse d’intercéder pour nous. Quelques pécheurs que nous ayons été ou que nous soyons encore, faisons pénitence, portons tous nos péchés au pied de la Croix ; Ses plaies nous sont toujours ouvertes et Son Sang est toujours prêt à couleur sur nous.

IV. La plus illustre preuve que Dieu est prêt à nous pardonner, en considération des mérites de Son Fils, tout nos péchés, quels qu’ils soient, c’est que Jésus-Christ a confié aux hommes même le pouvoir de les remettre, et qu’Il a établi sur la terre un tribunal de Miséricorde, sans mettre de bornes aux pouvoir qu’Il communique à ses ministres. Tout ce que vous délierez sur la terre, leur-a-t-il dit, sera délié dans le Ciel ; tous les péchés que vous remettrez seront remis. Jésus-Christ a donné aux hommes une autorité divine ; Il emploie avec des médiateurs aussi faibles et aussi pécheurs que nous avec l’ordre de nous absoudre, non pas seulement sept fois mais soixante dix fois sept fois, mais toutes les fois que nous détesteront nos péchés, que quittant sincèrement les voies de l’iniquité, nous recourrons à la Miséricorde Divine. Ô mon Dieu ! Quelle facilité vous nous donnez pour rentrer en grâce avec vous ? Quelque pécheur que je sois, je puis être absous par les paroles d’un homme ; je puis recevoir le pardon de mes péchés qu’une éternité de tourments ne pourrait expier dans l’enfer. Nous pouvons pardonner les injures qui nous sont faites ; mais qui peut pardonner les injures faites à autrui ? Dieu nous montre plus de bonté que les hommes ne peuvent en avoir les uns pour les autres ; Il donne aux hommes mêmes le pouvoir de remettre les injures que lui font continuellement les plus indignes pécheurs. Pouvait-il mieux nous prouver son estime infinie des mérites et des surabondantes satisfactions de Son Fils, notre Sauveur ?

V. Ce qui doit encore inspirer de la confiance aux plus grands pécheurs, c’est que la gloire de Jésus-Christ, notre divin Médiateur, n’est pas moins intéressée au pardon de nos péchés que notre salut même. Quand nous entrons dans les voies de la pénitence, nous mettons en valeur les mérites du Sauveur ; nous empêchons que Son sang précieux n’ait été inutilement répandu, nous lui procurons la victoire et le triomphe qu’Il a payé si cher en mourant pour nous. Les maladies désespérées font honneur au médecin qui en procure la guérison. Ainsi la pénitence fait que les péchés les plus énormes tournent le plus à la gloire du Sauveur et que l’enfant le plus prodigue devient le plus cher à son coeur.

 

Texte extrait du Mois de la Passion ou la Science du Crucifix, aux Editions Saint Jean

 

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1 avril 2018

Le Mois de la Passion

Le Mois de la Passion

ou la Science du Crucifix

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Deuxième jour

Le Crucifix nous apprend combien est terrible la vengeance que Dieu tire du péché

 

I. Nous étions les ennemis de Dieu, dit Saint Paul ; nous étions menacés des derniers châtiments ; il nous a réconciliés avec Lui par la mort de Son Fils. Que signifient ces paroles ? Que l’injure faite à Dieu par le péché étant infinie, elle ne pouvait être réparée que par les mérites d’un Homme-Dieu ; qu’il a fallu que le Fils de Dieu fût humilié pour rendre à Dieu la gloire que le péché lui avait ravie ; qu’il a fallu qu’Il mourût dans les plus affreux tourments, pour racheter l’homme pécheur de la mort éternelle.

II. Hélas ! Nous ne savons pas ce que nous faisons, quand nous offensons l’infinie Majesté de Dieu. Sa Bonté est si grande, qu’elle ne souffrirait pas qu’il nous arrivât le moindre mal, si Sa Justice ne le lui arrachait des mains. Que Sa Justice est terrible, puisque pour l’accorder avec Sa Bonté, Il a voulu que Son Fils fût déchiré de plaies, et mourût en Croix pour nous réconcilier avec Lui !

III. Dieu n’a pas épargné Son propre Fils ; pour nous sauver tous, Il l’a livré à la mort. Le bois vert a été consommé par le feu de la colère divine : que deviendra le bois sec et aride ? Quand Dieu punit le péché, comme il le mérite, il n’y a rien qui puisse arrêter ou calmer son courroux. Il le fait éclater son Son propre Fils, parce qu’Il a voulu se charger des péchés des hommes. Que deviendront donc les pécheurs mêmes qui, par leur impénitence, n’auront aucune part aux expiations du Sauveur : ne pouvant jamais assez souffrir pour leurs péchés, ils souffriront éternellement. Ô péché, que tu es effrayant, quand on te considère dans tes suites !

 

Texte extrait du Mois de la Passion ou la Science du Crucifix, aux Editions Saint Jean

 

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14 décembre 2017

Le Mois de Jésus Naissant

Le Mois de Jésus Naissant

Un mois proposé par l’Etoile Notre Dame

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15 décembre

Joseph père putatif

 

« Réveillé de son sommeil, Joseph fit ce que l'ange du Seigneur lui avait commandé : il prit chez lui son épouse. Et il ne la connut point jusqu'à ce qu'elle enfantât son fils, et il lui donna pour nom Jésus ». (Matthieu 1, 1-2).

Joseph n'a pas été pour Marie seulement un protecteur. Il est en toute vérité l'époux de Marie, et même s'il ne l'a pas connue selon le vocabulaire hébraïque, même s'il n'a pas eu avec elle des relations conjugales, il est au sens fort, son époux, c'est-à-dire celui qui a été chargé de l'aimer et d'aimer à travers elle ce mystère éblouissant de l'incarnation, dans laquelle Marie a été entraînée, enveloppée, et dont Joseph lui-même est le serviteur. Un poème de Romanos le Mélode dit cela de manière très belle et très lyrique. Il met dans la bouche de Joseph, ces paroles : "Rempli de crainte, d'étonnement, de stupeur, Joseph se dit en lui-même : quelle est cette femme ? Elle m'apparaît aujourd'hui non pas comme elle était hier. Terrible et doux à la fois, tel est l'aspect de ma compagne, je contemple l'ardeur et la neige, un jardin et une fournaise, une montagne fumante (allusion au Sinaï), et une fleur divine dans sa verdure, le trône redoutable et le fragile marchepied du très miséricordieux. O lumineuse dit-il, je vois une flamme, un brasier qui t'environne, protège-moi Marie, ne me consume pas, ton sein est devenu tout à coup une fournaise remplie de feu. Qu'elle ne me brûle pas. Tu veux que moi aussi comme jadis Moïse (allusion de la révélation de Dieu à Moïse dans le buisson ardent), j'enlève mes chaussures, que je t'approche, que je t'écoute, et qu'instruit par toi, je puisse te dire, salut épouse inépousée".

 

Méditation

 

O mon âme ! Considère Joseph qui a été le témoin en quelque sorte, celui qui a entouré de vénération cet inexprimable mystère d'un Dieu qui, dans le sein d'une femme, se fait homme. En vertu de son mariage avec Marie, en vertu de cet amour conjugal profond qu'il a eu pour Marie et que Marie a eu pour lui, Joseph était à la première place pour contempler en Marie, cet enfant, pour contempler dans cet enfant, le Verbe de Dieu, et toute sa vie en a été transformée, transfigurée. Ô mon âme ! Joseph est celui qui peut te conduire jusqu'à la porte du mystère de Dieu qui se fait homme.

 

Prière


Saint Joseph, vous avez su honorer et aimer comme un époux la femme bénie entre toutes. Dieu a rempli votre cœur de l'affection la plus ardente et la plus pure envers elle. Implorez pour tous les hommes un respect profond pour le sexe féminin, une attitude chevaleresque qui protège la dignité des femmes. Implorez pour tous les époux une affection digne et fidèle envers leur épouse, le sens de cet amour chrétien qui respecte les valeurs éternelles, qui soigne non seulement le corps, mais l'âme, et qui sait conduire vers le bien suprême, la possession de Dieu. Ainsi soit-il.

 

Résolutions : Aussitôt que je me reconnaîtrai coupable d'une nouvelle infidélité à la grâce, je susciterai la contrition en mon âme, et, si je le puis, j'irai à l'église pour y déplorer, dans le silence du sanctuaire, le malheur que j'aurai eu d'offenser le Sauveur. Toutes les fois que j'éprouverai quelque affront, ou qu'on m'adressera des reproches injustes, je me tiendrai intérieurement ce langage : si Jésus, quoique innocent a été traité comme un criminel..., suis-je raisonnable, moi pécheur, de vouloir être traité comme un innocent ?

 

Un Je vous salue Marie

 

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7 décembre 2017

Le Mois de Jésus Naissant

Le Mois de Jésus Naissant

Un mois proposé par l’Etoile Notre Dame

 

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8 décembre

L'Immaculée Conception

 

« Je suis l'Immaculée conception ! »

 

Bien après la quinzaine des apparitions, trois dernières visites de Marie vont clôturer les événements de Massabielle, par la révélation du nom d'Immaculée Conception, le 25 mars, et les deux visites du 7 avril et du 16 juillet, silencieuses comme aux premiers jours. Au jour de l'Annonciation, ce n'est qu'à la quatrième demande de Bernadette que Marie révèle son nom. Aussitôt, la jeune fille court chez Monsieur le Curé, lâchant d'emblée : « Je suis l'Immaculée Conception ! » On raconte que lorsque le Pape Pie IX eut connaissance de ces paroles, il en pleura, lui qui avait proclamé le dogme de l'Immaculée Conception quatre ans auparavant. Il nous faut découvrir dans ces paroles ce qui a pacifié le cœur de l'Abbé Peyramale puis du Saint-Père, et qui a résonné dans le cœur de Bernadette pendant toute une vie, donnant à l'Église entière la solution de l'énigme qui était en train de se jouer à Massabielle.

Bernadette, en cette matinée du 25 mars, n'est pas en mesure de peser tout le poids de ces paroles. «Sais-tu ce que ça signifie ? » lui demande l'Abbé Peyramale, « Non, répond-elle, Immaculée, c'est quelque chose de pur, sans tache ! » Elle est bien incapable de répondre que « conception », c'est quelque chose en train de naître entre deux parents, dans l'embrassement de l'amour, dans l'embrasement de l'amour.

Immaculé, pour Bernadette, sans hésitation, c'est le sourire de Marie, sans tache. Transparence de la jeunesse du visage de la Vierge et de son cœur étranger à toutes les manipulations des hommes, des adultes. Cœur neuf dans un visage neuf. Ce sourire ne cherche pas à prendre possession des personnes, ni même à attirer à soi, mais à Dieu. C'est bien la chasteté de Marie qui transparaît en lui. Tout cela est immaculé, c'est une beauté qui dépasse de loin celle qu'on rencontre dans les revues et les salons, beauté qui dépasse l'esthétique, car elle est la vitrine, le visage d'un amour virginal, sans recherche de soi-même. Pur reflet de ce qui est en Dieu, cette transparence reflète aussi la compassion de Dieu pour les pécheurs, par la tristesse qui envahit le visage de Marie chaque fois que celle-ci évoque leur nom.C'est sans doute tout cela que Bernadette pressent dans le nom d'Immaculée.

Et « Conception » ? C'est ce qui arrive entre deux personnes qui s'aiment et ne font plus qu'un par l'amour. C'est un jaillissement de vie entre deux personnes. Et voici ·que Marie dit : « Je suis l'Immaculée Conception ! » Elle ne dit pas : « J'ai été conçue sans péché », même si cela est vrai aussi, mais ce qu'elle dit à Massabielle est beaucoup plus. Elle ne fait pas allusion à un événement passé, tant d'années auparavant dans le sein d'Anne, par l'action de Joachim. Elle dit : « Je suis l'Immaculée Conception ». Cela veut dire qu'elle est un jaillissement de vie, qu'elle ne vieillit pas, qu'elle ne prend pas d'années, car elle est continuellement conçue par le Père et le Fils.

La Trinité sainte veut en effet une Mère Immaculée digne du Fils et qui Lui soit associée dans la grande œuvre de la Rédemption et la marche de l'Église « en procession » vers le Royaume.

Le Père ne cesse pas de concevoir Marie pour qu'elle soit la mère de son Fils. Elle est continuellement conçue dans cet embrassement du Père et du Fils. Le Père donne à son Fils une Mère, une Épouse, une « Isha ». L'Esprit Saint descend dans cet embrassement d'amour et fait jaillir la Conception Immaculée. La conception continuelle est comme le miroir. En lui, l'image est continuellement conçue, renouvelée et vivante. Il importe de comprendre que, nous aussi, avons été conçus et devons l'être continuellement, dans la nouveauté du Saint-Esprit. Nous avons été conçus dans le sein de notre mère terrestre, mais nous devons être conçus continuellement dans ce jaillissement de l'Esprit Saint qui nous refait.

Car le péché fait qu'une fois jaillissante, la source que nous sommes devienne sale, boueuse, polluée. Nous avons besoin d'être de nouveau conçus, pour qu'un nouveau jaillissement de vie se produise, en toute pureté. D'un sol très boueux et souillé, l'Esprit Saint sait faire jaillir une source très pure. À Lourdes, de la vieille humanité salie par le péché, Dieu fait jaillir une nouveauté qui est toute transparence. Et pas seulement un jour, en attendant que revienne la pollution, mais continuellement, la source jaillira sans se laisser souiller, ni assécher. Marie est ainsi miroir vivant, non pas photo, ni film. Miroir infiniment pur qui laisse à chaque instant se refléter à l'extérieur d'elle-même ce que Dieu est en elle, qui laisse transparaître Dieu en elle, en toutes les situations humaines, joyeuses, douloureuses ou glorieuses de son existence.

C'est ce qui explique que son sourire puisse avoir des significations différentes selon les circonstances, mais n'être continuellement qu'un reflet très pur de ce qui est éternellement en Dieu. Ainsi, qui voit Marie rencontre Dieu. Ce n'est bien sûr pas comme en Jésus-Christ qui n'est qu'un seul être avec le Père, dans la dualité des personnes. En Marie, cela s'explique par la totale livraison constante de soi à ce que le Père veut réaliser en elle, à chaque instant. Une photo vieillit, l'image d'un miroir jamais. Il donne l'image de la personne qui s'y reflète à l'instant. Lorsque Marie dit : « Je suis l'Immaculée Conception », c'est sa façon de dire qu'elle est conçue à chaque instant pour refléter Dieu, de façon immaculée.

La définition dogmatique du Pape Pie IX a bien mis en évidence que ce privilège de l'Immaculée Conception est donné à la Vierge Marie en vertu et en vue de la Maternité divine. C'est par la puissance de la Rédemption opérée par Jésus que Marie est préservée de l'héritage du péché, elle est rachetée avant d'être touchée. C'est en vue de son rôle de Mère que le Père lui octroie ce privilège, en toute gratuité. Il veut donner à son Fils incarné une Mère digne de Lui. Comment Marie peut-elle être digne si elle ne reflète pas, avec toute la perfection possible en cette terre, le Père qui éternellement engendre le Fils ?

Le visage de Marie doit être, pour Jésus, le miroir dans lequel le Père éternel se reflète en une image sans tache. Comme l'Amour éternel du Père engendre le Fils dans l'Esprit Saint, Marie est faite Mère de ce même Fils incarné par l'opération de l'Esprit Saine. Paul dit aux Éphésiens qu'ils sont faits pour vivre « saints et immaculés dans l'amour ». Marie l'est pour ne pas avoir été souillée. Dans sa première conception, dans le sein d'Anne, elle a été préservée et sanctifiée, puis elle est restée immaculée. Le chrétien est immaculé parce qu'il est lavé. Lavé dans le Baptême, et continuellement conçu, le chrétien ne vieillit jamais, il est toujours renouvelé, il devient à son tour « Immaculée Conception ».

Au terme de tout cet itinéraire que Bernadette est en train de parcourir, au fil des apparitions, on perçoit ce qui est en jeu. La révélation du Visage de Dieu à travers le sourire de Marie a apprivoisé Bernadette et a suscité son consentement le plus libre, celui de l'amour. Elle entre progressivement dans une vie qui ne lui appartient plus parce qu'elle est entièrement livrée à l'action de l'Esprit Saint en elle. Il restait à Bernadette à découvrir le terme du voyage, ce vers quoi elle s'est mise en chemin. En effet, la vie chrétienne, la vie dans l'Esprit Saint n'est pas une marche dans l'ignorance totale du terme. Marie représente pour l'Église la perfection vers laquelle Dieu l'entraîne, la femme livrée à l'amour de Dieu agissant dès ici-bas dans la nature humaine pour la glorifier. Pour le chrétien, le terme est déjà en vue. Un jour, il dira lui aussi en toute vérité : « Je suis l'Immaculée Conception ».

 

Méditation

 

O mon âme ! Pour être continuellement conçu, mon âme doit laisser advenir à chaque instant ce que le Père est en train de concevoir en moi, dans ce regard d'amour, dans cet embrassement, et cet embrasement où il est pris entre le Père et le Fils, qui s'appelle l'Esprit Saint. Cela s'appelle « vivre dans l'Esprit Saint », vivre dans cette fécondité que l'Esprit Saint est capable d'avoir en moi, et qui me fait engendrer les attitudes qui sont celles du Fils Bien-Aimé, Jésus.

 

Prière

 

Très Sainte Vierge Marie, nous croyons qu’à la fin de votre vie terrestre, vous avez été élevée corps et âme au Ciel, parce que vous êtes la Mère de Dieu, l’Immaculée. La Très Sainte Trinité vous a couronnée Reine de l’univers, et avec tous les Anges et les Saints du Ciel, vous intercédez pour nous, pèlerins de la terre, et pour les âmes des défunts qui ont encore besoin de purification. Aidez-nous à orienter notre vie vers Dieu qui a un dessein d’amour sur chacun de nous, à prier, à recourir aux sacrements de l’Eglise et à faire le bien, pour notre bonheur véritable dès ici-bas. Donnez-nous une Foi et une Espérance inébranlables en l’Amour infini de Dieu, au milieu des luttes et des épreuves inévitables et nécessaires de cette vie, car les souffrances du temps présent ne sont rien, en comparaison du bonheur qui nous attend.

 

Résolutions : Je lirai le récit des miracles opérés par le Fils de Dieu avec des sentiments de foi. Je serai heureux d’appartenir à une religion qui repose sur des preuves si admirables de l’amour de notre Dieu et je remercierai tous les jours le Seigneur pour tous ses bienfaits. Je ne conserverai jamais aucun sentiment de haine contre le prochain ; je repousserai jusqu’à la pensée de la vengeance, et si j’ai quelques ennemis, je vais travailler dès ce moment à me réconcilier avec eux.

 

Un Je vous salue Marie

 

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8 décembre 2017

Le Mois de Jésus Naissant

Le Mois de Jésus Naissant

Un mois proposé par l’Etoile Notre Dame

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9 décembre

Ordre du recensement

 

« En ce temps-là, l'empereur Auguste donna l'ordre de recenser tous les habitants de l'empire romain. Ce recensement, le premier, eut lieu alors que Quirinius était gouverneur de la province de Syrie. Tout le monde allait se faire enregistrer, chacun dans sa ville d'origine. Joseph lui aussi partit de Nazareth, un bourg de Galilée, pour se rendre en Judée, à Bethléem, où est né le roi David ; en effet, il était lui-même un descendant de David. Il alla s'y faire enregistrer avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte. Pendant qu'ils étaient à Bethléem, le jour de la naissance arriva. Elle mit au monde un fils, son premier-né. Elle l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'abri destiné aux voyageurs ». (Lc 2, 1-7)

« Joseph rentre du village. Il dit : « Ils ont affiché un édit sur la porte de la synagogue. C'est l'ordre de recensement de tous les palestiniens. il faut aller nous faire inscrire au lieu d'origine. Pour nous, nous devons aller à Bethléem ». Marie sourit intérieurement en pensant aux saintes Écritures : « Et toi, Bethléen Ephrata, tu es le plus petit canton de Juda, mais de toi sortira le Dominateur, le Dominateur promis à la race de David ». Mais Joseph est désemparé en pensant aux difficultés du voyage, avec une femme sur le point d'accoucher. C'est Marie qui doit rassurer Joseph : « N'aie pas peur, Joseph... Rien ne peut arriver. Dieu est avec nous ». (Maria Valtorta, T.I chapitre 44).

 

Méditation

 

O mon âme !  Considère les lois des hommes auxquelles le Roi des rois se soumet. Demande-lui de te donner cette humilité et cette confiance en Dieu qui te permettra de te soumettre à toutes les contingences de ce monde.


Prière

 

Jésus, Marie, Joseph, divins modèles ! Comment pourrai-je ne pas m'humilier profondément à la vue de votre charité. Que Marie m'aide à avoir une confiance en Dieu à toute épreuve. Amen.


Résolutions : Je me transporterai souvent en esprit dans le ciel, pour y considérer la place qui m'y est préparée, et pour m'animer, par cette vue, à porter ma croix avec courage. Je ferai ma plus douce occupation de la lecture des livres saints. Je méditerai attentivement les paroles émanées de la bouche de Jésus Christ et je m'appliquerai à rendre ma vie conforme à celle de mon divin modèle.

Un Je vous salue Marie

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31 juillet 2017

Séquence de Sainte Elisabeth de Hongrie

 Concinat Ecclesia

« Que l’Église loue »

Séquence Liturgique de Sainte Elisabeth de Hongrie

 

Interprétée par Ioculatores, Ars Choralis Coeln, Amarcord

 

Extrait de l'album "Vita S. Elisabeth",

sorti en 2007 chez le label Raum Klang.

Disponible chez tous les bons disquaires

 

La Séquence d’Elisabeth, issue d’un missel Franciscain

(Paris, Ravenne XIVe/XVe siècles)

 

Non seulement l’accent porté sur l’appartenance d’Elisabeth à l’Ordre des Franciscains indique que le poète faisait partie de l’Ordre des Frères Mineurs, mais également le début du texte, qui rappelle de façon évidente le « Concinat plebs fidelium » de la séquence de Sainte Claire. La forme mélodique suit la Séquence de la Pentecôte « Veni Creator Spiritus ». Cette séquence pleine d’entrain, fut souvent reprise dans la forme de la Messe « in honorem S. Elisabeth » du Pape Grégoire IX qui, à l’origine, ne comportait pas de séquence. Le description de la sainteté et des bonnes œuvres d’Elisabeth est suivie dans les derniers vers d’une prière fervente : « Détruis nos péchés et dirige nos pas vers les hauteurs du Ciel ».

 

Concinat Eccelsia

celebri memoria

Elisabeth hodie

quae in coeli curia

coronatur gloria

stirps regis Hungariae.

 

Que l’Église loue

de mémoire festive

Elisabeth aujourd’hui

qui dans la salle céleste

sera couronnée de la gloire de Dieu,

la souche du roi Hongrois.

 

Pro Francisci chordula

mantello, tunicula

purpuram deposuit ;

Sic fratrum discipula

minorum minicula

minima se praebuit.

 

Pour la cordelière de François,

la bure et la chemise,

elle a ôté la pourpre ;

la moindre des élèves

des Frères Mineurs

se montra la plus humble ;

 

De quorum consilio

sub Conrado studio

regulari voluit.

Tandem magisterio

multis facta lectio

stella mundo claruit.

 

Selon leurs conseils

elle voulut sous le zèle de Conrad

être disciplinée.

Enfin elle apparut après que,

du dresseur elle eût de nombreuses leçons reçu,

comme l’étoile du monde.

 

Leprosis obsequio

Languidis suffragio,

maestis fit in gaudium.

Pauperum refectio

fuit in hospitio

cunctis patens ostium.

 

Par son ardeur envers les pestiférés,

par son soutien aux faibles,

les affligés seront à la joie amenés.

Pour les pauvres une collation

était à l’auberge,

pour tous, la porte était ouverte.

 

Hospitalis domina

in tuorum agima

hospites nos elige !

Nostra dele crimina

et ad caeli culmina

pedes nostros dirige !

 

Patronne des asiles,

choisis-nous, étrangers,

dans ta suite ;

Détruis nos péchés

et guide nos pieds

vers les hauteurs du Ciel.

 

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Téléchargez le texte de cette séquence (pdf) en cliquant ici

 

4 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Cinquième jour

Sentiments de Vincent sur l'humilité

 

Quoique Vincent prit occasion de s'humilier en toutes rencontres, comme nous l'avons dit hier, et qu'on puisse bien dire que toutes sortes de choses lui servaient de matière pour pratiquer l'humilité, il avait néanmoins deux principaux motifs qui étaient comme les deux pivots sur lesquels roulaient tous les sentiments qu'il avait de cette vertu et toutes les pratiques qu'il en faisait et conseillait aux autres.

Le premier était la grande connaissance et les vues toutes singulières qu'il avait des infinies perfections de Dieu, et des défauts des créatures, qui lui donnaient pour sujet de tenir pour injustice, de ne se pas humilier toujours et en toutes choses, attendu la condition misérable de l'homme et la grandeur et sainteté infinie de Dieu.

Voici en quels termes il en parla un jour aux siens : en vérité, Messieurs et mes frères, si un chacun de nous veut s'étudier à se bien connaître, il y trouvera qu'il est très juste et très raisonnable de se mépriser soi-même. Car si d'un côté, nous considérons sérieusement la corruption de notre nature, la légèreté de notre esprit, les ténèbres de notre entendement, les dérèglements de notre volonté, et l'impureté de nos affections ; si ailleurs, si nous pesons bien au poids du sanctuaire nos œuvres et nos productions, nous trouverons que le tout est très digne de mépris. Mais quoi ! Me dites-vous, mettez-vous de ce nombre les prédications que nous avons faites, les confessions que nous avons entendues, les peines et les soins que nous avons pris pour le prochain et pour le service de notre Seigneur ? Oui, Messieurs, si l'on repasse sur ses meilleurs actions, on est surpris d'y voir qu'en la plupart on s'y est mal conduit quant à la manière, et souvent quant à la fin; et que, de quelque façon qu'on les regarde, il y peut avoir autant de mal que de bien, car, dites-moi je vous prie, que peut-on attendre de la faiblesse de l'homme ? Qu'est-ce que peut produire le néant, et que peut faire le péché ? Et qu'avons-nous de nous-mêmes autre chose, sinon le néant et le péché ? Tenons donc pour certain qu'en tout et partout nous sommes dignes de rebut, et toujours très méprisable, à cause de l'opposition que nous avons par nous-mêmes à la sainteté et aux autres perfections de Dieu, à la vie de Jésus-Christ et aux opérations de sa grâce ; et ce qui nous persuade davantage de cette vérité, est la pente naturelle et continuelle que nous avons au mal, notre impuissance au bien, et l'expérience que nous avons tous que lors même que nous pensons avoir bien réussi en quelque action, ou bien rencontré en nos avis, il arrive tout le contraire, et Dieu permet souvent que nous sommes méprisés. Si donc nous nous étudions à nous bien connaître, nous trouverons qu'en tout ce que nous pensons, faisons et disons, soit en la substance ou dans les circonstances, nous sommes pleins et environnés de sujets de confusions et de mépris: et si nous ne voulons point nous flatter, nous nous verrons non seulement plus méchants que les autres hommes, mais pires en quelque façon que les démons de l'enfer, car si ces malins esprits avaient en leur disposition les grâces et les moyens qui nous sont donnés pour devenir meilleurs, ils en feraient mille et mille fois plus d'usage que nous n'en faisons.

Le second motif était l'exemple et les paroles de Jésus qu'il avait toujours en vue, et qu'il exposait aux yeux d'un chacun. Rapportant un jour sur ce sujet, dans un discours qu'il fit aux siens, ces paroles de Jésus Christ apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur : et ces autres, celui qui s'humiliera sera exalté, et celui qui s'élèvera sera abaissé, il ajouta ce qui suit: Qu'est-ce que la vie de ce divin Sauveur, sinon une vie d'humiliations continuelles, une vie active et passive ? Il l'a tellement aimée, cette humiliation, qu'il ne l'a jamais quittée pendant sa vie, et même après sa mort, il a voulu que l'Eglise nous ait représenté sa personne divine par la figure du Crucifix, afin de paraître à nos yeux dans un état d'ignominie, comme ayant été pendu pour ainsi dire comme un criminel, et comme ayant souffert pour nous, la mort la plus honteuse et la plus affreuse qu'on ait pu s'imaginer. Pourquoi cela ? C'est par ce qu'il connaissait l'excellence des humiliations et la malice du péché contraire qui non-seulement aggrave les autres péchés, mais qui rend vicieuses les œuvres qui de soi ne sont pas mauvaises, et qui peut infecter et corrompre celles qui sont bonnes, même les plus saintes.

Retenons donc bien cette vérité, Messieurs, et qu'un chacun la grave bien avant dans son cœur, et qu'il dise, parlant à soi-même: quoique j'eusse toutes les vertus, si toutefois je n'ai pas l'humilité, je me trompe, et pensant être vertueux je ne suis qu'un superbe pharisien et un religieux abominable. Ô Sauveur Jésus-Christ, répandez sur nos cœurs ces divines lumières dont votre sainte âme était remplie et qui vous ont fait préférer l'outrage à la louange ! Embrasez nos cœurs de ces affections saintes qui brûlaient et consumaient le vôtre et qui vous ont fait chercher la gloire de votre père céleste dans votre propre confusion. Faites par votre grâce que nous commencions dès maintenant à rejeter tout ce qui ne va pas à votre honneur et à notre mépris, tout ce qui ressent la vanité, l'ostentation et la propre estime : que nous renoncions une bonne fois pour toutes à l'applaudissement des hommes abusés et trompeurs, et à la vaine imagination du bon succès de nos œuvres : enfin, mon Sauveur, que nous apprenions à être véritablement humbles de cœur par votre grâce et vos exemples.

J'ai fait diverses fois, disait-il un jour, la visite en quelques maisons de religieuses, et j'ai souvent demandé à plusieurs d'entre elles pour quelle vertu elles avaient le plus d'estime, ou d'attrait; je le demandais même à celles que je savais avoir plus d'éloignement pour les humiliations ; mais à peine entre vingt en ai-je trouvé une, qui ne me dit que c'était pour l'humilité, tant il est vrai que chacun trouve cette vertu belle et aimable. D'où vient donc qu'il y en a si peu qui l'embrasse et encore moins qui la possède ? C'est qu'on se contente de la considérer, et on ne prend pas la peine de l'acquérir : elle est ravissante dans la spéculation, mais dans la pratique elle a un visage désagréable à la nature, et ses exercices nous déplaisent, parce qu'ils nous portent à choisir toujours le plus bas lieu, à nous mettre au-dessous des autres et même des moindres, à souffrir les calomnies, chercher le mépris, aimer l'abjection, qui sont choses pour lesquelles naturellement nous avons de l'aversion.

 

Fleurs Spirituelles

 

« Voici un des meilleurs moyens d'acquérir l'humilité, c'est de graver profondément dans son esprit cette maxime : Chacun n'est réellement que ce qu'il est devant Dieu, il n'est rien de plus ». (L'auteur de l'imitation).

« L'humilité, pour être véritable, doit être toujours accompagnée de la charité, c'est-à-dire que nous devons aimer, chercher et accepter les humiliations, pour plaire à Dieu et pour ressembler à Jésus Christ ». (Saint François de Sales).

Pratique : Cherchez aujourd'hui la dernière place et le rebut des autres, vous persuadant avec tout cela que vous avez encore plus que vous ne méritez à cause de vos péchés. Priez pour les âmes qui aspirent au troisième degré d'humilité.

 

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30 juin 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

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Le Mois de Saint Vincent de Paul

Ou lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

Par une religieuse de Saint Vincent de Paul

 

Notice sur la vie de Saint Vincent de Paul

 

Naissance et premières années de Saint Vincent de Paul

 

Ce fut l'an 1576, le mardi d'après Pâques, que Vincent De Paul prit naissance, dans le petit village de Pouy près de Dax. 1l naquit de parents dépourvus des biens de la fortune, et vivant de leur travail : en cela, il semble que Dieu ait voulu poser et établir sur cette humble et pauvre extraction, le premier fondement de l'édifice des vertus qu'il voulait élever en l'âme de son fidèle serviteur ; car comme a fort bien dit Saint Augustin, celui qui veut devenir grand devant Dieu doit commencer par une très profonde démission de lui-même, et plus il prétend élever l'édifice de ses vertus, plus il doit creuser les fondements de son Humilité. Et en effet, parmi les emplois les plus considérables auxquels Dieu destina ensuite Vincent De Paul, et au milieu des plus grands honneurs, qu'on rendait à sa vertu, son entretien le plus ordinaire était de la bassesse de sa naissance ; et on lui entendait souvent répéter en telles rencontres, qu'il n'était que le fils d'un pauvre paysan, qu'il avait gardé les pourceaux, etc. Oh ! que c'est une marque d'une vertu bien solide, que de conserver l'amour de son abjection, avilissement et mépris, au milieu des applaudissements et des louanges ! et que Saint Bernard a eu grande raison de dire que c'est une vertu bien rare que l'humilité honorée! et qu'il y en a peu qui arrivent à ce degré de perfection, que de rechercher les mépris lorsqu'ils sont poursuivis des honneurs !

Dès ses plus jeunes années, Vincent avait le cœur fort tendre sur les misères de son prochain, et était très prompt à les secourir autant qu'il était en lui de sorte qu'il pouvait dire avec cet ancien patriarche, que la miséricorde était née avec lui, et qu'il avait toujours eu une inclination particulière à exercer cette vertu ; on a remarqué que dans un âge où les autres enfants n'ont point encore le sentiment de cette tendre pitié, Vincent pouvait déjà servir d'exemple à beaucoup : il donnait tout ce qu'il pouvait aux pauvres ; et lorsque son père l'envoyait au moulin quérir la farine, s'il rencontrait des malheureux en son chemin, il ouvrait le sac et leur en donnait des poignées, quand il n'avait autre moyen de les secourir : de quoi son père, qui était homme de bien, témoignait n'être pas fâché. Et une autre fois, à l'âge de douze ans, ayant peu à peu amassé jusqu'à trente sous de ce qu'il avait pu gagner, qu'il estimait beaucoup en cet âge et en ce pays-là où l'argent était fort rare, et qu'il gardait bien chèrement, ayant néanmoins rencontré un pauvre qui paraissait dans une grande indulgence, étant touché d'un sentiment de compassion, il lui donna tout son petit trésor, sans s'en réserver aucune chose. Certes, si l'on veut faire quelque attention à l'attache naturelle que les jeunes enfants ont aux choses qui les accommodent et qui leur plaisent, on pourra juger que ce fut là un effet particulier des premières grâces que Dieu avait mises en cet enfant de bénédiction; et de là on pouvait présager ce grand et parfait détachement des créatures, et ce degré éminent de charité où Dieu le voulait élever.

Toutes ces bonnes dispositions d'esprit du jeune Vincent et ces inclinations au bien, firent résoudre son père de faire quelque petit effort, selon l'étendue fort médiocre de ses facultés, pour l'entretenir aux études, et à cette effet, il le mit en pension chez les pères Cordeliers de Dax. Ce fut environ l'an 1588, qu'il commença ses études par les premiers rudiments de la langue latine ; où il se comporta de telle sorte et fit un tel progrès, que quatre ans après Mr de Commet l'aîné, avocat de la ville de Dax et juge de Pouy, ayant appris des pères Cordeliers les bonnes qualités de ce jeune écolier, conçut une affection toute particulière pour lui, et l'ayant retiré du couvent, le reçut en sa maison pour être précepteur de ses enfants, afin que, prenant soin de leur instruction et conduite, il eut moyen, sans être davantage à charge à son père, de continuer ses études : ce qu'il fit avec un très grand profit, ayant employé neuf ans à étudier en la ville de Dax au bout desquels Mr de Commet, qui était une personne de mérite et de piété, étant très satisfait du service que le jeune Vincent lui avait rendu en la personne de ses enfants, et de l'édification que toute sa famille avait reçue de sa vertu et sage conduite, qui surpassait de beaucoup son âge, jugea qu'il ne fallait pas laisser cette lampe sous le boisseau, et qu'il serait avantageux à l'Eglise, de l'élever sur le chandelier ; et pour cette raison, il porta Vincent De Paul, qui avait grand respect pour lui, et qui le regardait comme son second père, à s'offrir à Dieu pour le servir dans l'état ecclésiastique, et lui fit prendre la tonsure et les quatre ordres qu'on appelle mineurs, le 20 décembre 1599, étant alors âgé de 20 ans. — Il fut promu au saint ordre de prêtrise le 23 septembre 1600. On n'a pu savoir en quel lieu, ni même en quel temps il célébra sa première messe ; mais on a ouï dire qu'il avait un telle appréhension de la majesté de cette action toute divine, qu'il en tremblait, et, n'ayant pas le courage de la célébrer publiquement, il choisit plutôt de la dire à l'écart dans une chapelle retirée, assisté seulement d'un prêtre et d'un servant.

Ce fut enfin l'an 1625 que ce fidèle serviteur de Dieu, après avoir vogué plusieurs années sur la mer orageuse du monde, aborda par une conduite toute particulière de la divine Providence, en la retraite du Collège des Bons Enfants, comme en un port assuré, pour y commencer une vie toute apostolique, et en renonçant absolument aux honneurs, aux dignités et aux autres biens du monde, y faire une profession particulière de travailler à sa propre perfection et au salut des peuples, dans la pratique des vertus que Jésus-Christ a enseignées, et dont il a laissé de si beaux exemples.

Ce fut en ce lieu qu'il jeta les premiers fondements de la Congrégation de la Mission, toute dédiée comme celle des premiers disciples de Jésus Christ à suivre ce grand et premier Missionnaire venu du ciel, et à travailler au même ouvrage auquel il s'est employé pendant le temps de sa vie mortelle.

Or, pour mieux pénétrer dans les desseins de Dieu, touchant cette nouvelle institution de la Congrégation de la Mission, il est nécessaire de bien connaître quel a été celui duquel sa Providence infiniment sage en toutes ses conduites, a voulu se servir, pour en être le premier instituteur et comment il lui a donné toutes les qualités du corps et de l'esprit convenables pour bien réussir dans une entreprise si importante à sa gloire et au bien de son Eglise. Il est vrai qu'il ne sera pas aisé de représenter ce que ce grand Serviteur de Dieu s'est toujours efforcé de cacher autant qu'il lui a été possible sous le voile d'une très profonde humilité, c'est pourquoi nous ne pouvons dire que ce que la charité ou l'obéissance l'ont obligé de produire au dehors, dont néanmoins la principale partie, qui était toute intérieure et spirituelle, nous est inconnue : et partant, nous en présenterons dans le jour suivant une ébauche, laquelle quoique fort imparfaite et grossière, ne laissera pas de donner quelques lumières, pour mieux concevoir tout ce que nous avons à rapporter dans la suite de ce mois, du grand Saint Vincent De Paul !

 

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Premier jour

Les dispositions de corps et d'esprit de Saint Vincent et les qualités de sa conduite

 

Pour ce qui est du corps, Vincent était d'une taille moyenne et bien proportionnée ; il avait la tête un peu chauve et assez grosse, mais bien faite par une juste proportion au reste du corps ; le front large et majestueux, le visage ni trop plein, ni trop maigre ; son regard était doux, sa vue pénétrante, son ouïe subtile, son port grave, et sa gravité bénigne ; sa contenance simple et naïve, son abord fort affable, et son naturel grandement bon et aimable.

Il était d'un tempérament bilieux et sanguin et d'une complexion assez forte et robuste ; ce qui n'empêchait pas pourtant qu'il fut plus sensible qu'il ne semblait aux impressions de l'air, et ensuite fort sujet aux atteintes de la fièvre.

Il avait l'esprit grand, posé, circonspect, capable de grandes choses, et difficile à surprendre. Il n'entrait pas légèrement dans la connaissance des affaires ; mais lorsqu'il s'y appliquait sérieusement, il les pénétrait jusqu'à la moelle, il en découvrait toutes les circonstances petites et grandes, il en prévoyait les inconvénients et les suites, et néanmoins de peur de se tromper, il n'en portait point jugement d'abord, s'il n'était pressé de le faire, et il ne déterminait rien qu'il n'eût balancé les raisons pour et contre, étant même bien aise d'en concerter encore avec d'autres : lorsqu'il lui fallait dire son avis, ou prendre quelque résolution, il développait la question avec tant d'ordre et de clarté, qu'il étonnait les plus experts, surtout dans les matières spirituelles et ecclésiastiques. Il ne s'empressait jamais dans les affaires, et ne se troublait point par leur multitude, ni pour les difficultés qui s'y rencontraient; mais avec une présence et une force d'esprit infatigable, il les entreprenait et s'y appliquait avec ordre et lumière, et en portait le poids et la peine avec patience et tranquillité. Quand il était question de traiter d'affaires, il écoutait volontiers les autres, sans interrompre jamais aucun pendant qu'il parlait ; et néanmoins il supportait sans peine qu'on l'interrompît, s'arrêtant tout court, et puis reprenait le fil de son discours. Lorsqu'il donnait son avis sur quelque chose, il ne s'étendait pas beaucoup en discours, mais déclarait ses pensées en bons termes, ayant une certaine éloquence naturelle, non-seulement pour s'expliquer nettement et solidement, mais aussi pour toucher et persuader avec des paroles fort affectives, ceux qui l'écoutaient, quand il s'agissait de les porter au bien. Il faisait en tous ses discours un juste mélange de la prudence et de la simplicité, il disait sincèrement les choses comme il les pensait, et néanmoins il savait fort bien se taire sur celles où il voyait quelque inconvénient de parler; il se tenait toujours présent à lui-même, et attentif à ne rien dire ni écrire de mal digéré, ou qui témoignât aucune aigreur, mésestime ou défaut de charité envers qui que ce fût.

Son esprit était fort éloigné des changements, nouveautés et singularités, et tenait pour maxime, quand les choses étaient bien, de ne les pas changer facilement, sous prétexte de les mettre mieux. 1l se défiait de toutes sortes de propositions nouvelles et extraordinaires, spéculatives ou de pratique, et se tenait ferme aux usages et sentiments communs, surtout en fait de religion.

Il avait le cœur fort tendre, noble et généreux, libéral, et facile à concevoir de l'affection pour ce qu'il voyait être vraiment bon et selon Dieu ; et néanmoins il avait un empire absolu sur tous ses mouvements, et tenait ses passions si sujettes à la raison, qu'à peine pouvait-on s'apercevoir qu'il en eût.

Enfin, quoique l'on ne puisse pas dire qu'il n'eût point de défauts, l'Ecriture sainte y contredisant, et les apôtres mêmes ni les autres saints n'en ayant pas été exempts, il est pourtant véritable qu'il ne s'est guère vu d'hommes en ce siècle exposés comme lui à toutes sortes d'occasions, d'affaires et de personnes, en qui on ait trouvé moins à redire, Dieu lui ayant fait la grâce de se posséder toujours à un tel point que rien ne le surprenait, et il avait si bien en vue Notre Seigneur Jésus Christ qu'il moulait tout ce qu'il avait à dire ou à faire sur ce divin Original. C'est sur ce principe qu'il s'est comporté avec tant de circonspection et de retenue envers les plus grands, et avec tant d'affabilité et de bonté envers les plus petits, que sa vie et sa conduite ont toujours été non-seulement sans reproche, mais aussi dans une approbation universelle et publique.

Vincent avait tellement pris à cœur la pratique de l'humilité et de l'avilissement de soi-même, qu'à l'ouïr parler il semblait qu'il ne voyait en lui que vice et péché ; il souhaitait qu'on l'aidât à remercier Dieu, non tant des grâces singulières que sa libéralité lui communiquait, que de la patience que sa divine miséricorde exerçait envers lui, le supportant, comme il disait ordinairement, en ses abominations et infidélités. Ce n'est pas que, dans le secret de son cœur, il ne fût plein de reconnaissance des grandes faveurs et des dons excellents qu'il recevait de la main de Dieu; mais il n'en parlait point, craignant de s'attribuer aucun bien, et regardant toutes ces grâces comme des biens de Dieu dont il se jugeait très indigne, et lesquels, quoiqu'ils fussent en lui, n'étaient pas pourtant de lui ni à lui, mais uniquement de Dieu et à Dieu : de sorte qu'à l'exemple du grand Apôtre, il ne faisait parade que de ses faiblesses et de ses infirmités, et cachait soigneusement tout le reste : au contraire, fermant les yeux à la faiblesse et aux défauts des autres, particulièrement de ceux de la conduite desquels il n'était pas chargé, il manifestait volontiers le bien qu'il reconnaissait en eux, non pour le leur attribuer, sais pour en glorifier Dieu, qui est le souverain auteur de tout bien. Il disait : « qu'il y avait des personnes qui pensent toujours bien de leur prochain, autant que la vraie charité le leur peut permettre, et qui ne peuvent voir la vertu sans la louer, ni les personnes vertueuses sans les aimer ». C'est ainsi qu'il le pratiquait lui-même, toujours néanmoins avec grande prudence et discrétion : car pour les siens, il ne les louait que très rarement en leur présence, et seulement quand il le jugeait expédient pour la gloire de Dieu et pour leur plus grand bien ; mais pour les autres personnes vertueuses, il se conjouissait volontiers avec elles des grâces qu'elles recevaient de Dieu et du bon usage qu'elles en faisaient, et en parlait quand il le jugeait convenable pour les encourager à la persévérance dans le bien.

Enfin, pour exprimer en peu de paroles ce que nous dirons plus amplement dans la suite de ce mois, touchant les vertus de Vincent, il s'était proposé Jésus comme l'unique exemplaire de sa vie, et il avait si bien imprimé son image dans son esprit, et possédait si parfaitement ses maximes, qu'il ne parlait, ne pensait, ni n'opérait, qu'à son imitation et par sa conduite. La vie de ce divin Sauveur et la doctrine de son Evangile étaient la seule règle de sa vie et de ses actions; c'étaient toute la morale et toute la politique selon lesquelles il se réglait soi-même et toutes les affaires qui passaient par ses mains ; c'était en un mot, l'unique fondement sur lequel il élevait son édifice spirituel : de sorte que l'on peut dire avec vérité qu'il nous a laissé, sans y penser, un tableau raccourci des perfections de son âme, et marqué sa divise particulière dans ces belles paroles qu'il dit un jour de l'abondance de son cœur : « Rien ne me plaît qu'en Jésus Christ ! » De cette source procédaient la fermeté et la constance inébranlables qu'il avait dans le bien, lesquelles ne fléchissaient jamais par aucune considération ni de respect humain, ni de propre intérêt, et qui le tenaient toujours disposé à soutenir toutes les contradictions, souffrir toutes les persécutions, et, comme dit le Sage, agoniser jusqu'à la mort pour la défense de la justice et de la vérité. C'est ce qu'il déclara encore, sur la fin de sa vie, en ces termes bien remarquables : « Qui dit doctrine de Jésus-Christ, dit un rocher inébranlable ; il dit des vérités éternelles qui sont suivies infailliblement de leurs effets; de sorte que le Ciel renverserait plutôt que la doctrine de Jésus-Christ vint à manquer ».

Vincent n'avait pas seulement rempli son cœur et son esprit de ses maximes et vérités évangéliques, mais il s'étudiait, en toutes occasions, à les répandre dans les esprits et dans les cœurs des autres, et particulièrement de ceux de sa Compagnie ; voici comment il leur parlait un jour sur ce sujet : « Il faut, dit-il, que la compagnie se donne à Dieu pour se nourrir de cette ambroisie du Ciel, pour vivre de la manière que notre Seigneur a vécu, et pour tourner toutes nos conduites vers lui, et les mouler sur les siennes ». Il a mis pour première maxime, de chercher toujours la gloire de Dieu, et sa justice toujours et avant toute autre chose. Oh ! Que cela est beau, de chercher premièrement le règne de Dieu en nous, et le procurer à autrui ! Une compagnie qui serait dans cette maxime d'avancer de plus en plus la gloire de Dieu, combien avancerait-elle aussi son propre bonheur ? Quel sujet n'aurait-elle pas d'espérer que tout lui tournerait en bien ? S'il plaisait à Dieu nous faire cette grâce, notre bonheur serait incomparable. Si, dans le monde, quand on entreprend un voyage, on prend garde si l'on est dans le droit chemin, combien plus ceux qui font profession de suivre Jésus dans la pratique des maximes évangéliques (particulièrement de celle-ci, par laquelle ils nous ordonne de chercher en toutes choses la gloire de Dieu) doivent-ils prendre garde ce qu'ils font, et se demander : Pourquoi fais-tu ceci ou cela ? Est-ce pour te satisfaire ? Est-ce parce que tu as aversion à d'autres choses ? Est-ce pour complaire à quelque chétive créature ? mais plutôt n'est-ce pas pour accomplir le bon plaisir de Dieu et chercher sa justice ? Quelle vie ! Quelle vie serait celle-là ? Serait-ce une vie humaine ? Non, elle serait une vie tout angélique, puisque c'est purement pour l'amour de Dieu que je ferais tout ce que je ferais, et que je laisserais à faire tout ce que je ne ferais pas. — Quand on ajoute à cela la pratique de faire en toutes choses la volonté de Dieu, qui doit être comme l'âme de la compagnie et une des pratiques qu'elle doit avoir bien avant dans le cœur, c'est pour nous donner à un chacun en particulier un moyen de perfection, facile, excellent et infaillible, et qui fait que nos actions ne sont pas actions humaines, ni même seulement angéliques, mais en quelque façon divines, puisqu'elles se font en Dieu et par le mouvement de son esprit et de sa grâce. Quelle vie ! Quelle vie serait celle des missionnaires ! Quelle compagnie si elle s'établissait bien là dedans !

Vincent ajoutait encore à cela deux maximes très importantes, qu'il possédait parfaitement dans son cœur, et qu'il s'efforçait particulièrement d'imprimer, dans le cœur des siens.

La première était de ne pas se contenter d'avoir un amour affectif envers Dieu, et de concevoir de grands sentiments de sa bonté et de grands désirs de sa gloire, mais de rendre cet amour effectif, et, comme a dit Saint Grégoire, en donner des preuves par les œuvres ; au sujet de quoi parlant un jour à ceux de sa communauté, il leur dit :

« Aimons Dieu, mes frères, aimons Dieu ; mais que ce soit aux dépens de nos bras, que ce soit à la sueur de nos visages ; car bien souvent, tant d'actes d'amour de Dieu, de complaisance, de bienveillance, et autres affections semblables et pratiques intérieures d'un cœur tendre, quoique très bonnes et très désirables, sont néanmoins très suspectes quand on n'en vient point à la pratique de l'amour effectif. En cela, dit Notre Seigneur, mon père est glorifié que vous rapportiez beaucoup de fruit. Et c'est en quoi nous devons bien prendre garde; car il y en a plusieurs qui, pour avoir l'extérieur bien composé et l'intérieur rempli de grands sentiments de Dieu, s'arrêtent à cela ; et quand ce vient au fait, et qu'ils se trouvent dans les occasions d'agir, ils demeurent court. Ils se flattent de leur imagination échauffée, ils se contentent des doux entretiens qu'ils ont avec Dieu dans l'oraison, ils en parlent même comme des anges ; mais au sortir de là, est-il question de travailler pour Dieu, de souffrir, de se mortifier, d'instruire les pauvres, d'aller chercher les brebis égarées, d'aimer qui leur manque quelque chose, d'agréer les maladies, ou quelque autre disgrâce, hélas ! Il n'y a plus personne, le courage leur manque. Et cependant, il n'y a que nos œuvres qui nous accompagnent en l'autre vie ; faisons donc, ajoutait-il, réflexion à cela, d'autant plus qu'en ce siècle il y en a plusieurs qui semblent vertueux, et qui en effet le sont, qui néanmoins inclinent à une voie douce et molle plutôt qu'à une dévotion laborieuse et solide. L'Eglise est comparée à une grande moisson qui requiert des ouvriers, mais des ouvriers qui travaillent. Il n'y a rien de plus conforme à l'Evangile qui d'amasser d'un côté des lumières et des forces pour son âme dans l'oraison, dans la lecture et la solitude, et d'aller ensuite faire part aux hommes de cette nourriture spirituelle ; c'est faire comme notre Seigneur a fait, et après lui ses apôtres ; c'est joindre l'office de Marthe et de Marie ; c'est imiter la colombe qui digère à moitié la pâture qu'elle a prise, et puis met le reste par son bec dans celui de ses petits pour les nourrir. Voilà comme nous devons témoigner à Dieu par nos œuvres que nous l'aimons ».

La seconde maxime de ce grand Serviteur de Dieu, était de regarder Jésus-Christ dans les autres pour exciter plus efficacement son cœur à leur rendre tous les devoirs de la charité. Il regardait ce divin Sauveur comme pontife et chef de l'église dans notre saint père le Pape, comme évêque et prince des pasteurs dans les évêques, docteur dans les docteurs, prêtre dans les prêtres, religieux dans les religieux, souverain et puissant dans les rois, noble dans les gentils-hommes, juge et très-sage politique dans les magistrats, gouverneurs et autres officiers : et le royaume de Dieu étant comparé dans l'Evangile à un marchand, il le considérait comme tel dans les hommes de trafic, ouvrier dans les artisans, pauvre dans les pauvres, infirme et agonisant dans les malades et mourants ; et considérant ainsi Jésus-Christ en tous ces états, et en chaque état voyant une image de ce souverain Seigneur, qui reluisait en la personne de son prochain, il s'excitait par cette vue à honorer, respecter, aimer et servir un chacun en notre Seigneur, et notre Seigneur en un chacun, conviant les siens et ceux auxquels il en parlait d'entrer dans cette maxime, et de s'en servir pour rendre leur charité plus constante, et plus parfaite envers le prochain.

Voilà un petit crayon en général de l'esprit de Vincent, dont il a lui-même tracé de sa propre main la plus grande partie, sans y penser, et même contre son dessein, qui était toujours de se cacher, et de couvrir les dons et les vertus qu'il avait reçus du voile du silence et de l'humilité : mais Dieu a voulu qu'il se soit innocemment trompé, et en quelque façon trahi lui-même pour mieux faire connaître les grâces et les excellentes qualités qu'il avait abondamment versées dans son âme, afin de le rendre un digne instrument de sa gloire, et se servir de lui dans les grandes choses qu'il voulait opérer, par son moyen, pour le plus grand bien de son Eglise ; et pour recueillir en peu de paroles ce qui a été dit de la conduite de Vincent, on peut dire avec vérité, qu'elle a été :

1° Sainte, ayant eu uniquement Dieu pour objet : qu'elle allait à Dieu, qu'elle y menait les autres, et lui rapportait toutes choses comme à leur dernière fin. 2° Humble, se défiant de ses propres lumières, prenant conseil dans ses doutes, et se confiant à l'esprit de Jésus-Christ, comme à son guide et à son docteur. 3e Douce en sa manière d'agir, condescendant aux faiblesses, et s'accommodant aux forces, à l'inclination, à l'état des personnes. 4° Ferme pour l'accomplissement des volontés de Dieu, et pour ce qui concernait l'avancement spirituel des siens et le bon ordre des communautés, sans se rebuter par les contradictions ni se laisser abattre par les difficultés. 5° Droite, pour ne pas éviter, ni se détourner des voies de Dieu, par aucun respect humain. 6° Simple, rejetant tout artifice, duplicité, feinte et toute prudence de la chair. 7° Prudente dans le choix des moyens propres pour parvenir à la fin unique qu'il se proposait en tout, qui était l'accomplissement de ce qu'il connaissait être le plus agréable à Dieu, prenant garde, dans l'emploi de ces moyens, et en tout ce qu'il faisait, de ne choquer ni contrister personne, autant que cela pouvait dépendre de lui, et évitant judicieusement les obstacles, ou les surmontant par sa patience et par ses prières. 8° Secrète, pour ne divulguer les affaires avant le temps, ni les communiquer à d'autres qu'à ceux auxquels il était expédient d'en parler. Il disait sur ce sujet : « Que le démon se jouait des bonnes œuvres découvertes et divulguées sans nécessité, et qu'elles étaient comme des mines éventées qui demeurent sans effet ». 9° Réservée et circonspecte, pour ne s'engager pas trop à la légère, et pour ne rien précipiter ni trop s'avancer. 10° Enfin désintéressée, ne cherchant ni honneur, ni propre satisfaction, ni aucun bien périssable, mais uniquement, à l'imitation de son divin maître, la seule gloire de Dieu, le salut et la sanctification des âmes.

 

Fleurs Spirituelles

 

« Faites fidèlement à tout moment ce que le Seigneur voudra de vous, et laissez à Dieu de penser à autre chose : Je vous assure qu'en vivant ainsi, vous éprouverez une grande paix ». (Sainte Jeanne-Françoise de Chantal).

« Les œuvres de Dieu se font presque toujours peu à peu, et ont leur commencement et leur progrès. On ne doit pas prétendre faire tout en une seule fois à la hâte, ni penser que tout est perdu, si l'on ne devient pas parfait tout-à-coup. Il faut toujours marcher, mais sans s'inquiéter ; prier beaucoup le Seigneur, et se servir des moyens suggérés par l'esprit de Dieu, sans avoir aucun égard aux fausses règles du siècle. (Saint Vincent De paul).

 

Pratique : A l'exemple de Saint Vincent De Paul, tâchez aujourd'hui de faire vos différentes actions le plus parfaitement possible. Priez pour les Sœurs servantes des Pauvres.

 

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1 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Nantes, Chapelle de l'Immaculée Conception 2

Deuxième jour

Notre Dame de l'Immaculée Conception

 

De tous les vocables sous lesquels on honore la très Sainte-Vierge, le plus populaire à notre époque, c’est bien celui de l’Immaculée Conception. C’est aussi le mystère qui, logiquement, se présente le premier a notre pensée.

Le 8 décembre 1854, après avoir consulté toutes les Eglises de la catholicité, Pie IX, entouré de 54 cardinaux, de 42 archevêques et de 92 évêques, venus de tous les points du monde, proclamait solennellement le dogme de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge. L’univers applaudit ; Rome donna le signal par des fêtes splendides et toutes les nations unirent leurs acclamations a celles de la Ville éternelle. Au premier rang se distingua la France, le royaume de Marie ; et parmi toutes les cités de notre pays se distingua la cité nantaise. L‘évêque d’alors écrivait, le 16 décembre 1854 : « On prépare pour demain la plus belle illumination que Nantes ait jamais vue ». C’était une prophétie, l’illumination fut belle, incomparable, féerique. Plusieurs peut être de ceux qui m’écoutent ce soir en ont gardé le souvenir. C’est la première fête a laquelle ait pris part votre basilique. Elle ne devait être livrée au culte que huit jours plus tard; mais elle était débarrassée déjà de ses échafaudages, et, sous la nuit embrasée, elle apparut toute blanche dans sa robe de pierre avec une ceinture de feux aux couleurs de la Vierge, symbole de celle qui devait apparaître bientôt sur les monts Pyrénéens dans la blancheur immaculée de ses voiles de lin et le bleu céleste de son écharpe. De cette fête, que je n’ai point vue, mais dont les échos sont venus jusqu’à moi, je ne veux retenir qu’un mot qui nous révèle, dans sa simplicité touchante, la foi naïve et délicate de l’âme populaire. « Apercevant au fond d’une cour misé able une pauvre vieille qui allumait quelques chandelles, une dame de charité s’écria : « Que faites-vous ? Vous êtes sans pain ! D’ailleurs, qui viendra ici ? » « Ah ! fit la vieille, ce n’est pas pour le monde que j'illumine, c'est pour ma bonne Mère du Ciel ».

Vingt cinq ans plus tard, Nantes célébrait avec le même enthousiasme le premier jubilé de la proclamation du dogme, et il nous souvient encore de l’effet magique produit par les feux de l’illumination sur le blanc manteau de neige dont le sol était revêtu..Je n’ai pas à vous apprendre, à vous qui vous pressiez naguère si nombreux et si recueillis dans les nefs de votre vaste église, pour célébrer la cinquantaine de l’Immaculée, que l'ardeur de la piété nantaise ne s’est pas refroidie.

Mais les catholiques n’avaient pas attendu le le XIXe siècle pour honorer la conception immaculée de leur Mère, et c’est bien le cas de répéter les paroles de Mgr Dupanloup : « Si l’Eglise n’en avait pas fait encore un dogme de foi, nos coeurs en avaient fait un dogme d’amour ».

L'Eglise grecque célébrait la fête de la Conception de Marie depuis le VIe siècle, l’Espagne dès le VIIIe, et nous Savons que l’Angleterre, à la suite d’un éclatant miracle, l‘adopta au Xie. Elle ne tarda point a passer le détroit et de la Normandie s’étendit a toute la France où l’on prit l'habitude de l’appeler « la fête aux Normands ».

On la trouve à Nantes, dès le XIe siècle ; toutefois, elle s'appela d’abord l’Annonciation de la bienheureuse Vierge Marie, et plus tard, a raison de la période de l’année liturgique où elle tombait, elle fut surtout connue sous le nom de Notre-Dame des Avents. Plusieurs confréries, érigées en l’honneur de l’Immaculée Conception, s’abritaient sous ce titre ; il y en avait à Saint Saturnin, à Sainte Croix, à Saint Clément ; la plus célèbre était à Saint Similien. La fête patronale de cette dernière confrérie était célébrée avec le plus d‘éclat possible : la veille, ou chantait solennellement les premières vêpres ; le matin même de la fête, les matines et les landes suivies de la grand-messe, et il ne fallait pas moins de 1,600 livres de gâteaux pour le pain bénit des confrères.

Le prieuré de Pennebé honorait l’Immaculée Conception dès le XIe siècle. Une église du diocèse, celle de Bouée, autrefois trêve de Savenay, est aussi depuis longtemps dédiée à Marie sous ce vocable. Mais, mes Frères, et il me plaît de vous le dire, c’est la circonscription paroissiale de Saint Nicolas qui posséda le premier sanctuaire consacré, dans la ville de Nantes, a l’Immaculée.

Le jour de la Chandeleur de l’année 1623, les religieuses bénédictines du Calvaire, que venait de fonder l’ami de Richelieu, le célèbre Père Joseph, arrivaient a Nantes et tentaient de s’y établir. Mais de graves difficultés surgirent. Alors elles tirent un vœu a la Sainte Vierge, promettant de dédier leur église à Son immaculée conception, si elle aplanissait les obstacles. Peu de jours après, ces obstacles tombèrent et les religieuses signaient le contrat qui les rendait propriétaires de « la motte de Ballüe ». C’étaient les terrains occupés aujourd’hui par le quartier Delorme, et la rue du Calvaire marque l’allée qui conduisait au nouveau cloître.

Telle fut l’origine de la première chapelle de l'Immaculée Conception dans notre cité : plus de deux siècles devaient s’écouler avant que Nantes en possédât une seconde.

C’était en 1845, le jour même de la fête instituée par l’Eglise pour honorer le mystère de l’Immaculée Conception. Un saint prêtre, M. l’abbé Lusson, ancien curé de Saint-Jacques, forma le projet de donner une église à Marie. Il était en prières dans la chapelle de la Retraite quand la pensée lui vint que « sa bonne Mère n’avait à Nantes qu’un pied a terre et qu’il fallait lui consacrer une chapelle ». Celle de l’Oratoire était en vente, il résolut de l’acquérir. Une pieuse dame, ravie de cette entreprise, lui promit 6000 fr. Encouragé par ce premier succès, le vaillant prêtre multiplia les démarches. Hélas ! ce fut en vain. L’autorité ecclésiastique ne lui prêtait point son concours ; un jour même, le vicaire général Vrignaud, fatigué de ses instances, lui répondit brusquement: « Quand vous aurez 25,000 francs, vous pourrez commencer votre oeuvre ». M. Lusson n’en avait que 7,000. La protection de Marie lui procura le reste. L’infatigable quêteur de Notre Dame priait un jour dans l’oratoire de Saint Vincent-de-Paul. Tout à coup, connue inspiré du Ciel, il étend les bras vers la statue de la Sainte-Vierge : « Ma bonne Mère, donnez moi a l’instant ces 18,000 francs. Vous-même ou bien indiquez-moi la personne qui me les procurera ». Un nom lui vint à la pensée ; le lendemain, il heurtait a la porte d’une demeure dont il n’avait jamais franchi le seuil, et, naïvement, racontait son histoire. On lui donna les 18,000 francs.

D’autres obstacles se dressent devant lui. Mais qu’était-ce que des obstacles humains devant cette foi obstinée? M. Lusson part bientôt pour Paris ; le 20 février 1848, il obtient une audience du Ministre ; le 22, les dernières formalités doivent être remplies, et, le 22 février, Paris se réveille au bruit de l’émeute ..... Tout semble bien fini à cette fois, et d’autant plus irrémédiablement que l’Oratoire est vendu. Mais non, l’oeuvre va s’accomplir, le rêve du saint homme va se réaliser enfin !

Mgr Jaquemet vient d’arriver a Nantes, il encourage l’entreprise de l’abbé Lusson et celui-ci se remet à l’oeuvre avec plus d’ardeur que jamais. L’Oratoire est vendu, c’est vrai, mais l’église des Minimes est la. Toutefois, il faut se hâter, car elle vient d’être adjugée aux enchères publiques. Vite on met une surenchère et, le 19 septembre 1849, la vieille église devient propriété de l’Evêque de Nantes.

C’était l’antique chapelle bâtie par François II, à l’entrée des jardins du château, et dédiée pendant plus de trois siècles a saint Antoine-de-Pade. La Révolution l'avait profanée, et le vieux sanctuaire ducal, tour à tour atelier de serrurerie et magasin a fourrages, était bien déchu de sa splendeur première. Toutefois, l’oeuvre vive était intacte ; une réparation sommaire, reprise magnifiquement plus tard, lui rendit la décence convenable et, le 8 décembre 1840, la piété nantaise en reprenait possession et l’offrait, gage de filial amour, a l’Immaculée Conception.

 

Vous savez, mes Frères, en quoi consiste le mystère de l’Immaculée Conception. Tous les hommes, enfants d’Adam et Eve, enveloppés avec eux dans la malédiction qui suivit leur chute, reçoivent avec la vie la marque du péché et naissent enfants de colère. Marie seule fait exception. Dieu suspendit, pour cette créature privilégiée, l’universelle loi portée par sa justice et lui appliqua par avance les mérites de son Fils. Il est de foi qu’au moment même où Dieu unit l’âme de Marie au corps qu’elle devait animer, cette âme a jamais bénie, non seulement ne contracta point la tache originelle, mais fut remplie de grâces et de vertus. Bien plus, la sainte enfant était, conséquence naturelle, soustraite par la même à toutes les suites du péché, mise à l’abri des entraînements de la concupiscence et des attaques de la tentation, si bien que, durant tout le cours de sa vie, elle ne contracta pas, elle ne put pas contracter la moindre souillure.

Privilège unique et incomparable, mais privilège nécessaire, sans lequel on ne conçoit pas la Rédemption. Ainsi l’exigu1it le respect que Dieu porte à sa propre sainteté. La bonté de la mère, en effet, rejaillit sur l’enfant, et pour Dieu, le Saint par excellence, il n’est pas de honte comparable au péché : est-il donc croyable que la Mère de Jésus, que la Mère de Dieu ait subi cette honte ?

Ainsi l’exigeait l’amour de Jésus pour Marie. N’est-il pas vrai que l’enfant bien né rêve pour sa mère toutes les perfections et toutes les gloires, et que si, par impossible, Dieu nous avait consultés avant d'appeler notre mère à la vie, nous l’aurions supplié de déposer toutes les vertus et tous les dons dans son berceau ? Le Fils de Marie est en même temps Fils de Dieu, il pouvait ce qui nous est impossible a nous, pauvres mortels: comment donc eût-il permis que celle qu’il entourait de tant d’amour et prédestinait a tant de grandeur fût courbée, même un seul instant, sous le joug flétrissant du démon ?

Ainsi l’exigeait l’oeuvre même de la Rédemption. Future mère de celui qui venait détruire le péché, chargée d’infuser dans ses veines le sang qui allait purifier le monde en coulant sur la croix, Marie de fait être pure et sans tache, Marie devait être immaculée dans sa conception.

Marie est aussi notre mère et notre modèle. À l’exemple de ces fils qui redisent sans cesse les gloires de leurs aïeux, aimons à redire les gloires de notre Mère et a la saluer du beau titre d’Immaculée. À l’exemple de ces fils qui, non seulement Se glorifient des exploits et des hautes dignités de leurs ancêtres, mais qui lâchent de s’en montrer dignes, ne soyons pas seulement fiers des grandeurs de notre Mère et, dans la mesure du possible, efforçons nous de lui ressembler.

Je le sais bien, nous sommes venus au monde honteusement souillés par le péché. Mais, avec l’eau sainte du baptême, le sang du Rédempteur a coulé sur nos fronts, nos âmes ont été purifiées, nous sommes devenus frères de Jésus-Christ, enfants bien-aimés du Très Haut. Dans cette naissance nouvelle, qui s’appelle le baptême, naissance à la vie de chrétien, naissance à la grâce, à l’amitié de Dieu, à l’espérance du Ciel, nous aussi, nous sommes immaculés, et de ce titre nous devons être fiers.

Ce n’est pas tout et Dieu veut autre chose : Immaculée dans sa conception, Marie le fut encore durant tout le cours de sa vie. À son exemple, nous aussi, immaculés dans notre baptême, nous aurions dû le rester toujours. Nous le pouvions, car Dieu, s’il n’avait pas éteint complètement en nous les feux de la concupiscence, en avait tempéré les ardeurs ; nous le pouvions, car Dieu, s’il ne nous avait pas soustraits aux attaques des tentations, nous avait donné des armes pour les vaincre ; nous le pouvions, car Dieu, s’il nous avait laissés faibles et peccables, nous avait cependant, en nous dispensant largement sa grâce, fait participer à sa force divine.

Hélas ! Malgré tout, nous avons péché ! Jetons-nous donc aux pieds de l’Immaculée Conception ; demandons-lui de nous aider a redevenir immaculés comme elle et promettons-lui de le rester toujours.

 

ND de Nantes

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29 avril 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Ouverture du Mois de Marie

Le culte de la Très Sainte Vierge

« Toutes les générations me proclameront Bienheureuse ». (St Luc,1, 48).

 

J’imagine que si l’un de ces docteurs orgueilleux et suffisants, qui devaient plus tard traîner Jésus Christ au Calvaire, avait entendu ce cri, poussé par une jeune fille de quinze ans, fiancée d’un pauvre charpentier de village, il eut haussé dédaigneusement les épaules et se fut éloigné en esquisse… un sourire de pitié. Pourtant c’était une prophétie, et, pour prouver son accomplissement, il suffit de montrer l’univers catholique pressé au pied des autels dédiés il cette humble femme ; il suffit de prêter l’oreille aux discours et aux chants qui vont, durant ces quatre semaines, redire il tous les échos de la chrétienté ses incomparables grandeurs.

Ce verset du Magnificat appellerait un commentaire, le seul qui lui convienne, l’histoire du culte de la Très Sainte Vierge. Vous m’excuserez de ne point l’entreprendre ; ni le temps dont je dispose ici, ni mes forces ne me le permettent ; il y faudrait plus que la vie d’un homme. Je voudrais cependant apporter une pierre - fut-elle des plus modestes - à ce splendide monument, en étudiant avec vous le culte de Marie dans le diocèse de Nantes. Ce sera le sujet de nos entretiens durant ce mois. En guise d’introduction, disons deux. mots ce soir sur la légitimité du culte de Marie, et sur les avantages de ce que j’appellerai le culte local de Très Sainte Vierge.

Les théologiens, après avoir étudié il fond le mystère de l'Incarnation, et avoir exposé la vie de l’Homme Dieu, ne manquent pas d‘ajouter que la connaissance du Fils sans celle de la Mère serait imparfaite, et que le traité du Verbe incarné doit être suivi de celui de la Trés Sainte-Vierge. D’ailleurs, disent-ils encore, il n'est pas possible de séparer deux êtres si étroitement unis ; il n’est pas possible, quand on parle si longuement du Christ, de garder le silence sur sa divine Mère. C’est ce que le cardinal Mermillod exprimait ainsi familièrement : « La Sainte-Vierge est-elle donc de trop quand on parle de Jésus ? »

Ce que les théologiens disent de l’étude nécessairement simultanée de Jésus et de Marie, il me semble que je puis bien le dire de leur culte. Le culte du Fils, sans le culte de la Mère, serait incomplet; pour honorer pleinement Jésus, il faut honorer Marie. Le culte de la Très Sainte Vierge est, en effet, une conséquence nécessaire et comme le prolongement du culte de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Pourquoi honorons-nous Notre Seigneur Jésus Christ ? Parce qu’il est Dieu. Au commencement était le Verbe et le Verbe était Dieu, dit Saint Jean, et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. Avec les apôtres, dont l’antique symbole résume notre foi Catholique ; avec tous les siècles chrétiens, héritiers et gardiens de leur doctrine, nous croyons que Jésus-Christ est Dieu, et nous tombons a genoux devant lui, disant comme Saint Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ».

Eh bien ! Marie est la mère de Jésus, Marie est la mère de Dieu. Marie est mère de Dieu ! Ce sont encore tous les siècles chrétiens qui le proclament; c’est l’Eglise qui le définit aux applaudissements des peuples ; que dis-je ? C’est le ciel qui l’annonce il la terre. C’est sainte Elisabeth qui s’écrie, dans un élan inspiré : « D’où me vient cet honneur que la mère de mon Dieu daigne me visiter ? » C’est l’Archange Gabriel qui dit a la Vierge de la part de Dieu : « Celui qui naîtra de vous sera saint et on l’appellera le Fils du Très Haut : il régnera éternellement sur la maison de Jacob ».

Marie est mère de Dieu ! Savez-vous la conséquence ? La Vierge elle-même va vous la dire. Au seuil de la maison d’Elisabeth, elle entend le cri inspiré de sa cousine : « D’où me vient cet honneur que la mère de mon Dieu daigne me visiter ? ». Alors, dans une sublime extase, elle-même entrevoit l’avenir et à son tour elle s’écrie : « Voici que toutes les générations une proclameront bienheureuse, parce que le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses ». Ces grandes choses accomplies en Marie par la toute puissance de Dieu, c’est la maternité divine, et, a cause de cela en effet, toutes les générations ont proclamé la Vierge bienheureuse ; et à cause de cela toutes les générations se sont prosternées respectueusement devant elle.

N’est-ce pas légitime ? N’est-ce pas nécessaire ? Eh quoi ! La mère d’un prince est exaltée au-dessus de toutes les autres femmes, et la mère de Dieu n’aurait pas droit a plus de respect et d’amour ? Non, non, cela n’est pas possible ; c’est le contraire qui doit être, c’est le contraire qui est. « Je vous salue, disaient Elisabeth et Gabriel, parce que vous êtes bénie au-dessus de toutes les femmes ». Et nous répétons après eux : « Je vous salue, Marie, je vous honore au-dessus de toutes les femmes, au-dessus de tous les saints, au-dessus de tous les anges, parce que vous êtes plus grande qu’eux tous ; parce que vous approchez de plus près le Maître du ciel et de la terre ; parce que vous êtes l’alliée, l’associée, que dis-je ? la mère de Dieu !

Pourquoi honorons-nous Notre Seigneur Jésus-Christ ? Nous l’honorons, non pas seulement parce qu’il est Dieu, mais aussi parce qu’il est homme. Vous connaissez la belle et profonde doctrine de l’lncarnation. Le péché, qui s’attaquait à Dieu, était, d’une certaine manière, infini. Donc, pour apaiser Dieu, pour expierle péché, il fallait une satisfaction infinie. Dieu seul est infini, Dieu seul est capable d’accomplir des actions infinies ; d’un autre côté, l’homme seul est capable de satisfaire et d’expier, parce que seul il est capable de souffrir. La conséquence, c’est que, pour offrir la satisfaction convenable, il fallait un Homme-Dieu. Saint Jean nous donne la solution du problème : « Et le Verbe s’est fait chair ». Le Fils de Dieu a pris notre nature humaine, a revêtu notre chair mortelle, et il a pu souffrir, mourir, apaiser Dieu, expier le péché, racheter le monde, rouvrir a l’homme coupable les portes éternelles. Vous savez ces choses, mes Frères, et tant d’amour vous confond et vous tombez aux genoux de l’Homme Dieu pour le bénir et pour l’adorer.

Mais comment le Verbe de Dieu s’est-il fait Homme ? N’est-ce pas en s’incarnant dans le sein de Marie ? Mais de qui le Verbe de Dieu tient-il cette chair, grâce a laquelle il a pu souffrir et mourir ? N’est-ce pas de sa Mère ? Écoutez, c’est Saint Augustin qui parle : « La chair du Christ est la chair de Marie, et bien qu’elle soit actuellement transfigurée par la gloire de la résurrection, elle reste la même, c’est toujours la chair qu’il a reçue de Marie ». C’est donc à Marie que nous devons ce petit enfant qui vagit à Bethléem, sur la paille d’une crèche ; c’est à Marie que nous devons ce divin ouvrier qui nous donne, il Nazareth, le fécond exemple du labeur humble et méritoire ; c’est à Marie que nous devons cet infatigable prêcheur qui, pendant trois années, parcourt la Palestine, en semant sa parole et ses miracles ; c’est à Marie que nous devons cette sainte et innocente victime qui gravit péniblement le Calvaire, et, pour nos péchés, expire sur la croix ; c’est à Marie que nous devons cette même victime perpétuellement immolée sur l’autel, perpétuellement donnée en nourriture à nos âmes, perpétuellement présente dans nos tabernacles ; c’est à Marie, en un mot, que nous devons, après Dieu, la rédemption du monde. N’est-ce pas ce qui justifie le beau titre de corédemptrice, qui lui a été décerné par les Pères ? N’est-ce pas ce qui justifie en même temps le culte que nous lui rendons ?

C’est pour cela que l’Eglise, appuyée sur l’exemple de l’archange Gabriel et de sainte Elisabeth, a, depuis dix-neuf siècles, prosterné ses fidèles au pied des autels de la Vierge et multiplié les fêtes en son honneur. C’est pour cela que toutes les générations chrétiennes, fières de pouvoir se dire les enfants de Marie, se sont ingéniées en mille façons à lui manifester leur amour. Je le répète, il nous serait impossible de passer en revue devant vous tous les pays et tous les siècles chrétiens, et de vous montrer, même en raccourci, ce qu’ils ont fait pour célébrer leur Mère; nous allons nous borner au culte local, c’est-à-dire, rechercher les honneurs rendus à Marie dans ce coin de terre catholique qui s’appelle le Diocèse de Nantes.

Je ne sais si je me trompe, séduit par mon amour passionné des vieilles choses et des vieux souvenirs de mon pays : il me semble que cette étude historique et religieuse n’est pas seulement curieuse, et qu’elle peut nous être également utile. C’est un moyen, et le meilleur peut-être, de dire la gloire de Marie sur la terre. En voyant comment elle a été honorée et aimée sur un point quelconque de la catholicité, en étudiant les détails de son culte dans un territoire restreint, ce qu’il serait impossible de faire pour des contrées plus vastes, on devine aisément quels honneurs elle a reçus dans l’univers Catholique, car ce qui s‘est fait chez nous s’est aussi fait ailleurs.

C’est un moyen, et l’un des plus doux à notre piété, de dire la gloire de notre petite patrie. Nous sommes fiers de notre foi bretonne, nous exaltons, quelquefois plus que de raison, ce vaste et beau diocèse de Nantes : son amour pour Marie, le soin qu’il a pris de l’honorer, les termes spéciales et multiples dont il s’est servi pour lui témoigner son filial attachement, tout cela est une preuve de notre foi, tout cela nous met en beau rang parmi les Eglises de France et du monde.

Mais ce qui importe davantage, c’est qu’une telle étude est de nature à fortifier notre foi et notre piété. Rien, pour obtenir ce résultat, comme la fidélité aux traditions religieuses d’un pays, la persévérance dans les pratiques pieuses des ancêtres. Les dévotions nouvelles sont bonnes assurément et nous pouvons les adopter quand elles ont été approuvées par l’Eglise. C’est dans l’ordre. Le progrès existe dans la piété comme en toutes choses. Je l’ai dit, les fêtes instituées dans la suite des âges, les pratiques diverses par lesquelles la piété des peuples a voulu honorer Marie sont une de ses gloires. Si l’on a pu les multiplier dans le passé, il est évident qu’on peut les multiplier dans le présent. Mais il y a un écueil : la tendance à embrasser toutes les nouveautés, d’où qu’elles viennent. C’est un signe d’inconstance et qui indique souvent plus de curiosité, d’humeur fantasque, de passion pour le changement et la mode que de fermeté dans la foi, de vivacité dans l’amour, de sérieux dans la piété. Peut être la piété contemporaine n’a-t-elle pas su se prémunir assez contre ce péril, et, en passant ainsi d’une dévotion à une autre, en accueillant, avec transport toute pratique nouvelle et surtout étrangère, a-t-elle montré qu’elle était plus superficielle que profonde. La fidélité aux dévotions anciennes, aux pratiques chères à nos pères, aux sanctuaires qu’ils ont aimés, est un indice de foi plus profonde et de piété plus sûre. Ces dévotions ont leurs racines dans le passé et nous rattachent à lui: la_ fidélité aux pratiques de nos pères entretient et fortifie la fidélité à leur foi.

N’ai-je pas le droit d’ajouter que ces dévotions locales, manifestations le plus souvent spontanées d’amour à Marie, convenaient au tempérament, aux habitudes, aux sentiments, aux mœurs de nos ancêtres ; que toutes ces choses qui constituent le caractère particulier d’une population, d’une province, ne se sont pas tellement modifiées qu’on ne puisse les retrouver chez nous, et que, par conséquent, ce qui plaisait à leur piété doit aussi plaire à la nôtre ? N’ai-je pas enfin le devoir de remarquer qu’un très grand nombre de ces pratiques, de ces dévotions, de ces pèlerinages, nés d’un cri d’angoisse ou d’un hommage de la reconnaissance, inspirés miraculeusement par Marie ou du moins approuvés par elle, sont une dette que nous n’avons pas le droit de protester, en même temps qu’un glorieux héritage dont nous avons le devoir d’être fiers ?

Venez donc, mes Frères, durant tout ce mois, étudier avec nous le culte de Marie au diocèse de Nantes. Sans doute nous ne dirons pas tout, nous ne citerons pas les quatre-vingt dix vocables sous lesquels on l’honorait dans notre pays ; nous n’énumérerons pas les quatre-vingt trois chapelles consacrées à son nom sur le territoire diocésain; nous ne calculerons pas le nombre des statues, ni même des autels qui lui furent dressés par la piété de nos pères ; nous ne cataloguerons pas toutes les congrégations et les confréries qui lui furent érigées ; nous ne signalerons pas toutes les processions qui se déroulaient en son honneur, chaque année, chaque mois, presque chaque semaine, dans les rues de nos villages et de nos villes ; nous ne mentionnerons pas tous ces curieux saluts de la Très Sainte-Vierge, dont le nom, sinon tout a fait la pratique, a disparu chez nous ; enfin nous ne dénombrerons pas les pèlerins qui ont tracé, à travers nos forêts et nos landes, les sentiers menant à nos sanctuaires locaux, pas plus d’ailleurs que ceux qui s’en vont aujourd’hui, emportés parla vapeur, à la Salette, à Pontmain et à Lourdes. J’espère toutefois que nous en dirons assez pour prouver que Nantes a toujours aimé Marie et que Marie le lui a bien rendu ; assez par conséquent pour vous déterminer à l’aimer toujours, et vous convaincre que toujours elle saura vous le rendre.

 

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30 avril 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Premier jour

Notre Dame de Nantes

 

Le plus célèbre et le plus beau des sanctuaires dédiés à Marie, dans notre pays, celui dont le nom résume tous les autres, c’est l’église que l’on avait coutume d’appeler simplement Notre Dame, ou bien encore Notre Dame de Nantes. Écoutez l’abrégé de son histoire.

Trois fois au moins, durant le cours du IXe siècle, la ville de Nantes avait été prise et détruite par les barbares Normands, et nos annales racontent, non sans nous faire frémir encore, ces scènes de pillage et d’incendie, ces massacres surtout qui firent couler des flots de sang chrétien et mirent une auréole au front de l’évêque Gohard et de ses compagnons. Ces vainqueurs féroces s’étaient même établis dans les îles de la Loire, spécialement dans l’île de Biesse, et, de la, continuaient à rançonner le pays. Alain le Grand, l’un des plus illustres de nos rois bretons, les chassa et Nantes, grâce a sa protection, grâce surtout aux efforts de son évêque Foulcher, sortit enfin de ses ruines.

Hélas ! Ce n’était pas pour longtemps. Le grand roi descend dans la tombe et les barbares accourent, impatients de laver dans le sang leurs défaites. Nantes est pris de nouveau, les survivants de la bataille s’enfuient épouvantés, la ville entière est saccagée, livrée aux flammes. Elle resta déserte pendant vingt ans. Gardiens jaloux de ces débris, les vainqueurs s'installent sur les rives de notre beau fleuve, ravageant a plaisir le Comté Nantais et la Bretagne entière. On ne voit partout que champs en friche et ruines fumantes ; la résistance se décourage ; la plupart des Bretons, princes en tête, se réfugient en Angleterre. C’est de là qu’allait venir le vengeur.

Il était petit-fils d’Alain le Grand et, lui aussi, portait ce nom plein d’espérance, auquel le peuple ajouta l’étrange surnom de Barbetorte, que la gloire et la reconnaissance ont transmis à la postérité. Comme les Bretons de tous les temps, le jeune Alain souffrait dans l’exil ; il avait hâte de revoir sa Bretagne. Dès qu’il fut en âge de batailler, il traversa la Manche à la tête d’une troupe de fidèles. Il surprit et culbuta les envahisseurs à Dol d’abord, puis à Saint Brieuc. Mais c’est à Nantes qu’ils avaient leur établissement principal, c’est à Nantes qu’il fallait les vaincre. Barbetorte traversa toute la haute Bretagne et vint les attaquer dans leur repaire.

Les Barbares étaient retranchés dans l’angle formé par la Loire et l’Erdre, sur la rive droite de cette dernière rivière : c’était alors une vaste prairie appelée le pré Saint-Aignan, in prato sancti Antoni, c’est aujourd’hui le quartier Sainte Catherine, et la rue du Pré-Nian rappelle encore ce nom célèbre dans les fastes de Nantes et de la Bretagne. Les Bretons attaquent avec furie ces hordes étrangères campées sur le sol de la patrie. Mais les Normands sont braves et fortement retranchés ; ils repoussent les assaillants. Alain remonte lentement les pentes abruptes qui conduisent à la colline du Marchix. Harassé par le combat, dévoré par une soif ardente, brisé d’émotion, tremblant pour sa Bretagne, il appelle Marie a son secours et la supplie de lui procurer un peu d’eau pour apaiser sa soif et celle de ses soldats : la Vierge écouta sa prière et lui découvrit une source d’eau vive. Elle existe encore, on l’appelle depuis ce temps la fontaine Sainte Marie et vous pouvez la vénérer a quelques pas d’ici, au fond de la rue Paré.

Réconfortés par ce breuvage, exaltés par la protection visible de la Mère de Dieu, Alain et ses soldats recommencèrent la lutte et mirent cette fois les Barbares en fuite. Nantes était délivré. Mais Nantes existait-il encore ?... Les vainqueurs se dirigèrent vers l’église Saint Pierre pour rendre grâces à Dieu. Hélas ! Ils furent obligés, pour se frayer un passage, de trancher les ronces et les épines avec leurs épées ; le temple n’était plus qu’une ruine informe. Alain pourtant ne se découragea point et il releva la ville, dont il fit sa capitale.

Gardons ces souvenirs, mes Frères, et n’oublions pas que, sans Alain Barbetorte, sans la protection de Marie surtout, Nantes peut-être, comme Rezé sa voisine et tant d’autres cités, aurait pour jamais disparu. Alain fut reconnaissant. Il ne pouvait songer à bâtir une église près de la fontaine Sainte Marie, situé: aux portes de la ville, exposée à toutes les attaques de l’ennemi, mais il avait existé, non loin de la Cathédrale, une chapelle de la Vierge, disparue comme tout le reste. Alain la releva splendidement et la dédia à Notre-Dame. C’est là qu’il fut enseveli.

Écoutez ce que raconte la Chronique de Nantes : on enterra le libérateur à Saint-Donatien, mais le lendemain matin la tombe était ouverte et le cadavre sur la terre nue. Soigneusement on le replaça dans le sépulcre, qu’on chargea de grosses et lourdes pierres et qu’on entoura de gardiens. Le lendemain, en dépit des pierres et des soldats, le cadavre était déterré. Un familier d’Alain dit alors : « Le noble Duc a toujours aimé la sainte Mère de Dieu plus que tous les autres saints et l’a toujours invoquée dans ses besoins, portez-le dans l’église qu’il a reconstruite en l’honneur de la Vierge et il y trouvera le repos ». On suivit le conseil et le grand batailleur y trouva le repos pendant dix siècles. Quatre cents ans plus tard, l’évêque Daniel Vigier, poussé par la piété des Nantais envers Notre-Dame, érigeait son église en collégiale et y plaçait dix-neuf chanoines chargés de chanter les louanges de Marie.

Bientôt l’antique église, que tous les siècles avaient embellie, revêtit une splendeur nouvelle. Pierre de Bretagne et Françoise d’Amboise, plus tard souverains de ce pays, se promettent par serment de n’appartenir qu’à Dieu, si la mort les sépare, et, pour consacrer cette promesse. ils font rebâtir magnifiquement le choeur de Notre-Dame. Ils y érigent en même temps leur tombeau et y fondent une messe solennelle quotidienne. Le Duc y descendit le premier et, chaque jour, pendant qu’elle résidait à Nantes, la pieuse Françoise s’y rendait à pied pour y répandre ses larmes et ses prières. La sainte veuve ne devait jamais y reposer près de lui, l’affection de ses chères Carmélites des Couëts rendit vaines les réclamations des chanoines de Notre Dame.

Nos ducs continuèrent la reconstruction de la collégiale et la reine Anne y mit la dernière main. L’édifice était digne de ceux qui l’avaient construit et son clocher en pierres, le plus beau de la ville, s’élevait jusqu’à deux cents pieds. Les ducs n’étaient pas seuls dévots à Notre-Dame ; tous les Nantais y venaient prier, tous les Nantais y répandaient leurs largesses. Au XVe siècle, les fondations y étaient si nombreuses que cinquante prêtres ne suffisaient pas à les acquitter.

Hélas ! Toute cette gloire a disparu. L’église, vendue nationalement à la Révolution, devint un atelier de fondeur. On ne tarda pas à la démolir. Aujourd’hui, nous savons encore qu’elle était sur la place Dumoutiers ; mais c’est en vain que nous y cherchons quelques débris d’un temple autrefois si glorieux. Il n’en reste plus rien qu’une petite chapelle mutilée, incomparable joyau dédié jadis a saint Thomas et dû probablement au ciseau de Michel Columb, le grand artiste qui sculptait, à la même époque, le chef d’oeuvre que nous appelons aujourd’hui le tombeau des Carmes. Ce débris d’une splendeur évanouie a été placé naguère dans l’ancienne chapelle de l’Oratoire.

Le temple est détruit, mais non pas notre amour pour Marie : aujourd’hui connue autrefois, nous pouvons l’appeler Notre Dame de Nantes. Et quel est le sens de cette expression : « Notre Dame » ?

Vous savez, mes Frères, ce qu’était un seigneur des siècles passés. Dans le principe, c’était un chef de bande, un vaillant capitaine, ou même simplement un possesseur de fief, un puissant propriétaire, autour duquel se rangeaient des soldats, des paysans, des hommes du peuple, qui se plaçaient sous sa dépendance et réclamaient son appui contre les ennemis, petits et grands, qui pullulaient alors. Le seigneur devait protéger ses vassaux, défendre leurs intérêts, leur rendre la justice ; les vassaux, de leur côté, devaient au seigneur hommage et fidélité. Bientôt les fiefs devinrent héréditaires et leurs possesseurs furent seigneurs de père en fils. Plus tard, après le XIIe siècle, à défaut d’enfants mâles, les femmes héritaient des fiefs et elles portaient alors le nom de dames. De même qu’on écrivait dans les actes publics haut et puissant seigneur, on écrivait aussi haute et puissante dame.

A cette époque de foi ardente et naïve, ces expressions ne tardèrent pas a passer dans la langue religieuse; on disait couramment alors Monsieur saint Michel et Madame sainte Anne. Tout naturellement le mot Seigneur, pris d’une manière absolue, sans adjonction d’un nom propre, fut attribué à Jésus, notre divin Sauveur, c’est lui par excellence qui est le Maître, c’est lui que tous appelaient le Seigneur, Notre Seigneur. Les Livres saints d’ailleurs avaient donné l’exemple et l’on ne faisait guère que les traduire. Tout naturellement aussi le mot Dame, sans adjonctif, fut appliqué à Marie, car, suivant la belle expression de Saint Bernard, elle est bien vraiment « la Dame de tout le monde ». N’est-elle pas dépositaire des pouvoirs de son Fils ? N’a-t-elle pas été associée à sa grandeur ? N’est-telle pas chargée d’exercer sa puissante protection sur les hommes ? N’a-telle pas, en conséquence, droit a leur fidélité et a leurs hommages ? Nos pères savaient ces choses, et ils croyaient à la puissance de Marie, et ils l’invoquaient dans toutes les difficultés de la vie, et ils la servaient avec fidélité, et ils lui rendaient leurs hommages, et ils l’appelaient du nom expressif de Notre Dame. N’est-il pas délicat et juste, ce nom ? Ne traduit-il pas admirablement les relations de Marie avec les chrétiens et des chrétiens avec Marie ?

Ce n’est pas tout ; ce terme avait encore un autre sens, un peu différent du premier, et emprunté aux coutumes de la chevalerie. Les hommes de ce temps-là, les nobles surtout, les chevaliers, étaient passionnés pour les luttes courtoises des tournois et pour les combats plus terribles de la guerre; mais ils avaient appris de l’Eglise a respecter tout ce qui est faible, les prêtres, les orphelins, les femmes. Aussi la plupart avaient à cœur d’honorer les nobles dames, les belles et vertueuses châtelaines. Lejeune homme, devenu chevalier, ne manquait pas d’adresser l’hommage de son cœur à quelque noble damoiselle, et, dans les joutes brillantes des tournois, dans les luttes sanglantes de la guerre, il arborait les couleurs de sa Dame et faisait mainte prouesse en son honneur. Tel Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche. Mais plusieurs, parmi les plus chrétiens et les plus purs, ne voulaient avoir d’autre Dame que la Vierge Marie : c’est à elle seule qu’ils donnaient leur cœur, se sont ses couleurs qu’ils portaient, et quand ils frappaient d’estoc et de taille, quand ils faisaient fuir l’ennemi devant leur vaillante épée, quand ils se couvraient de gloire dans les tournois ou dans les combats, c’était en l’honneur de Marie, leur Maîtresse et leur Dame. Ne vous souvient-il pas que notre grand connétable breton avait pour cri de guerre : « Notre Dame Guesclin » ?

Le peuple du Moyen-Age, plus que le peuple d’aujourd’hui sans doute, était épris d’idéal et de poésie, et il comprenait ces délicats symboles. Tous avaient adopté Marie pour leur Dame, et tous aimaient a lui donner ce titre. Et s’ils travaillaient, s’ils combattaient, s’ils accomplissaient fidèlement leurs devoirs de chrétiens, c’était sans doute et tout d’abord pour l’honneur de Notre-Seigneur, mais c’était aussi pour l’honneur de Notre Dame.

Cette belle et touchante expression a presque disparu de la langue religieuse, au moins dans notre pays : nous désignons encore par ces mots les églises et les pèlerinages consacrés à Marie, nous disons Notre Dame de Bon Port, Notre Dame de Toutes Aydes, Notre Dame de Lourdes ; nous ne disons plus simplement Notre Dame, en parlant de la Sainte Vierge elle-même. Il est permis de le regretter. Du moins, ayons dans le cœur les sentiments exprimés par ces mots : confions-nous à la protection de Marie, soyons empressés a son service, adressons-lui fréquemment nos hommages, donnons-lui toujours notre amour ; et nous aurons, aujourd’hui connue autrefois, le droit de l’appeler Notre Dame.

 

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Notre Dame du Précieux Sang

Vénérée en l'église Saint Guénolé de Batz-sur-Mer

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21 novembre 2016

Mois des Âmes du Purgatoire

Mois des Âmes du Purgatoire

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 Les voix du Purgatoire

Petit mois des morts à l'usage des fidèles

 

Par un tertiaire de Saint François

 

« Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous au moins qui êtes mes amis »

 

Prière pour tous les défunts

A réciter chaque jour

 

Dieu tout-puissant, en présence des terribles rigueurs de votre justice, nous nous humilions. Oui, chaque coup que vous frappez est bien mérité ; nous avons tous péché contre vous, et les flammes du Purgatoire sont bien peu de chose pour compenser l'injure que nous vous avons faite. Mais, Seigneur, dans votre divin Cœur, il y a un océan de miséricorde. Nous nous jetons à vos genoux, et nous vous présentons les souffrances et la mort de notre Sauveur crucifié, votre Fils ; l'amour et les douleurs de Marie, sa mère et la nôtre ; la sainteté, les pénitences de tous les saints du ciel, et, en particulier, de saint Joseph, de sainte Anne et de saint François d'Assise, ainsi que les prières, les sacrifices et les souffrances de toute l'Eglise militante ; nous vous conjurons d'avoir pitié des pauvres âmes du purgatoire ; délivrez-les toutes de leurs peines, du moins allégez leurs souffrances, et qu'au plus tôt elles s'élèvent au ciel pour chanter vos louanges et prier pour nous, pauvres pécheurs, sur la terre. Ainsi soit-il.

 

De Profundis

 

Du fond de l'abîme j'ai crié vers vous, Seigneur :

Seigneur, écoutez ma voix.

Que vos oreilles soient attentives à la voix de ma prière.

Si vous exigez, Seigneur, un compte sévère de nos iniquités,

qui pourra Seigneur, subsister devant vous ?

Vous aimez à pardonner ; aussi, à cause de votre loi,

j'ai attendu, Seigneur, votre secours.

Mon âme l'a attendu sur votre parole,

mon âme a espéré dans le Seigneur.

Depuis le matin jusqu'au soir,

qu'Israël espère dans le Seigneur.

Car dans le Seigneur est la miséricorde

et une abondante Rédemption.

Et il rachètera Israël de toutes ses iniquités,

 

V, Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel.

R. Et que la lumière éternelle luise sur eux.

 

V, Seigneur, exaucez ma prière.

R. Et que mes cris s'élèvent jusqu'à vous.

 

Prions

 

O Dieu, Créateur et Rédempteur de tous les fidèles, accordez aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes la rémission de tous leur péchés ; afin par que nos très humbles supplications, elles obtiennent le pardon qu'elles ont toujours désiré. Vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Seigneur, nous vous en supplions : secourez vos serviteurs, que vous avez rachetés par votre précieux sang.

 

V. Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel.

R. Et que la lumière éternelle luise sur eux.

V. Qu'ils reposent en paix.

R. Ainsi soit-il.

 

5 Notre Père, je Vous salue Marie, gloire au Père.

 

Offrande à faire tous les jours

 

Je Vous offre, ô mon Dieu, tout ce que j'ai fait ou ferai et tout ce que j'ai obtenu ou obtiendrais, aujourd'hui de mérites devant Vous, pour le soulagement des âmes du purgatoire, particulièrement aux intentions de ce jour.

 

Acte héroïque

 

O Marie, Mère de miséricorde, je mets entre vos mains, en faveur des saintes âmes du Purgatoire, l'entier abandon de mes œuvres satisfactoires pendant ma vie et des suffrages qui me seront appliqués après ma mort, ne me réservant que la compassion du Cœur de Jésus et la vôtre. Ainsi soit-il.

 

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Vingt-deuxième jour

Prions pour ceux qui souffrent pour avoir violé le dimanche

 

Voix du Purgatoire — Dieu, dans sa bonté, nous avait donné six jours et n'en avait gardé qu'un pour Lui ; et ce qu'il nous demandait de faire ce jour-là était encore pour notre avantage : assister à la sainte Messe, prier, cesser de travailler, c'est-à-dire, quitter la terre pour le contempler au ciel, oublier nos peines pour partager ses joies. Ingrats, nous n'avons observé sa loi qu'à demi, avec répugnance et indifférence. Oh ! ne suivez pas l'exemple de notre folie et priez pour nous.

 

Prière

 

Vous le savez, ô mon Dieu, les violateurs du dimanche sont des insensés qui, trompés par l'esprit du mal, vous ont offensé plus par égoïsme que par malice. Ayez donc pitié d'eux, et puisqu'il n'ont pas su goûter les joies que l'on trouve à vous honorer sur la terre, vengez-vous en leur faisant célébrer vos grandeurs dans le ciel pendant toute l'éternité. Ainsi soit-il.

 

Dieu Tout-puissant, De Profundis, etc...

 

Vingt-troisième jour

Prions pour ceux qui souffrent pour avoir violé les lois de l'abstinence et du jeûne

 

Voix du Purgatoire — Bienheureux sont ceux qui font pénitence lorsqu'il est encore temps. Sur la terre une légère souffrance n'est rien, et quels grands supplices elle nous épargne au purgatoire... Oh ! S'il nous était donné de retourner sur la terre, nous voudrions y passer toute une longue vie dans la plus austère pénitence : mais il est trop tard !... Priez pour nous.

 

Prière

 

Nous reconnaissons, Seigneur, notre amour du bien-être et de la bonne chère. A l'exemple d'un si grand nombre de chrétiens peu fervents, loin d'aimer la pénitence, nous la fuyons. Mais nous voulons à l'avenir bien observer les lois du jeûne et de l'abstinence. Nous vous supplions d'avoir pitié des âmes qui sont dans le Purgatoire et qui, comme nous, ont été infidèles sur ce point. Écoutez nos voix, bien aimé Sauveur, et faites-leur miséricorde. Ainsi soit-il.

 

Dieu Tout-puissant, De Profundis, etc...

 

Vingt-quatrième jour

Prions pour ceux qui souffrent à cause de leurs scandales

 

Voix du Purgatoire — La miséricorde de Dieu à notre égard a déjà été bien grande. Il nous a pardonné malgré nos scandales. Vous que nous avons scandalisés, pardonnez-nous aussi. Vous avez encore les moyens de vous sauver et de nous délivrer ; oh ! Soyez touchés de nos gémissements. Ouvrez-nous la porte du ciel, et nous vous attirerons près de nous par nos prières.

 

Prière

 

O Dieu, qui désirez le salut de tous, faites en sorte que le scandale ne triomphe pas parmi nous. Augmentez, sur la terre, le zèle de vos amis et, au ciel, le nombre des élus, en pardonnant aux âmes du Purgatoire pour lesquels nous vous intercédons aujourd'hui, afin qu'à leur tour, elles prient pour nous. Ainsi soit il.

 

Dieu Tout-puissant, De Profundis, etc...

 

Vingt-cinquième jour

Prions pour ceux qui ont eu une grande dévotion à Jésus-Christ

 

Voix du Purgatoire — C'est à Jésus que nous devons notre salut. Il nous a racheté de nos fautes et nous prépare un bonheur sans fin. Nous l'avons aimé sur la terre ; notre amour est maintenant bien plus grand. Nous soupirons vers lui. Il est notre espérance, notre vie. Nos souffrances ne sont rien, ce qui est affreux c'est d'en être séparé. Quelques prières seulement, et nous nous envolons, comme la colombe, vers notre bien-aimé.

 

Prière

 

Doux Jésus, nous savons que votre Cœur n'oublie jamais ses amis. Souvenez-vous donc qu'en purgatoire il y a quantité d'âmes qui vous ont aimé sur la terre plus que les autres, elles vous ont prié et ont placé en vous toutes leurs espérances ; seront-elles trompées ? Non, hâtez-vous de les secourir et de leur ouvrir les portes de la céleste patrie. Ainsi soit-il.

 

Dieu Tout-puissant, De Profundis, etc...

 

Vingt-sixième jour

Prions pour ceux qui ont eu une grande dévotion à la sainte Vierge

 

Voix du Purgatoire — Oh ! Quel bonheur a été le nôtre d'avoir été enfants de Marie ! Dans ce lieu de tourments, c'est Elle qui vient nous consoler et nous encourager. Sa vue, ses paroles nous donnent un avant-goût des joies du ciel. Priez pour nous, et nous-mêmes nous prierons pour vous, afin que bientôt nous soyons tous réunies pour toujours aux pieds de notre bonne Mère.

 

Prière

 

O Marie, nous vous adressons nos humbles prières. Voyez ces bonnes âmes qui soupirent vers le ciel : ce sont vos fidèles sur la terre, elles ont été membres de vos confréries, elles ont porté vos livrées, elles ont fidèlement récité votre rosaire, elles vous ont constamment aimé et servie. Maintenant qu'elles soupirent vers vous, accablées de peines et de misères, réunissez-les autour de votre trône, comme autant de diamants attachés à votre couronne. Ainsi soit il.

 

Dieu Tout-puissant, De Profundis, etc...

 

Vingt-septième jour

Prions pour ceux qui ont eu une grande dévotion à saint Joseph et à sainte Anne

 

Voix dît Purgatoire — Malgré nos peines et nos souffrances, nous sommes remplies de consolations. Nous avons eu une grande confiance en saint Joseph sur la terre, nous avons prié constamment sainte Anne. De combien de grâces ne leur sommes-nous pas redevables. Qu'il nous tarde de les aller rejoindre dans le séjour de la gloire ! Elevez donc vos voix vers eux en notre faveur ; priez-les, ils ne resteront pas sourds à vos supplications, et nous obtiendrons la fin de nos tourments.

 

Prière

 

Ne retirez pas vos faveurs, ô grand saint Joseph et glorieuse sainte Anne, aux âmes qui vous ont été dévouées sur la terre, et qui maintenant souffrent dans le Purgatoire. Écoutez nos prières, nous vous supplions, visitez-les, encouragez-les, et introduisez-les sans délai auprès de vous dans le ciel. Ainsi soit-il.

 

Dieu Tout-puissant, De Profundis, etc...

 

Vingt-huitième jour

Prions pour ceux qui ont honoré particulièrement leur Ange Gardien

 

Voix du Purgatoire — Nous aimions notre Ange Gardien sur la terre. Oh ! Comme nous en recueillons bien les fruits maintenant ! Lorsque les souffrances terribles que nous endurons en ce lieu nous jettent dans le découragement, notre Ange Gardien relève notre courage et nous fortifie. Il est près de nous, il pleure avec nous, il prie pour nous, il nous attire à chaque instant vers le ciel. Aidez-le donc, âmes pieuses, par vos prières.

 

Prière

 

O Dieu, qui avez commandé à vos anges de prendre soin de nous sur la terre, et qui leur permettez de nous continuer leur charitable protection dans le purgatoire ; animés par un sentiment de reconnaissance, nous vous supplions de récompenser les âmes souffrantes du purgatoire qui les ont honorés particulièrement pendant leur vie en les délivrant du purgatoire. Ainsi soit -il.

 

Dieu Tout-puissant, De Profundis, etc...

 

Vingt-neuvième jour

Prions pour ceux qui durant leur vie ont fait « l'Acte de cession »

 

Voix du Purgatoire — Nous nous sommes montrées généreux pendant notre vie : maintenant, nous sommes payées de notre désintéressement... suivez notre exemple. Nous nous étions réservé la compassion du Cœur de Jésus ! nous l'avons trouvée bien grande. Délivrez-nous et lorsque la justice divine vous aura appelé en ce lieu terrible. Dieu inspirera aux âmes compatissantes de vous en délivrer à votre tour.

 

Prière

 

Seigneur, vous n'oubliez jamais ce que l'on donne en votre nom. Nous renouvelons donc pour vous être agréable, « l'Acte de Cession », de toutes les indulgences que nous pourrons gagner, de tous nos mérites, et des suffrages qui nous seront appliqués après notre mort, en faveur des âmes du Purgatoire, ne nous réservant que la compassion de votre divin Cœur. Ayez pitié des âmes qui ont fait cet acte de cession durant leur vie, et qui souffrent maintenant dans le purgatoire. Ainsi soit- il.

 

Dieu Tout-puissant, De Profundis, etc...

 

Trentième jour

Prions pour les tertiaires et pour les enfants de Saint François

 

Voix du Purgatoire. — Nous nous adressons à vous avec confiance, fils de Saint François. Nous avons été négligents dans l'observation de notre sainte Règle ; nous avons été sourds à la voix de nos directeurs, Si nous avons pratiqué les grandes vertus, nous avons négligé les petites. Ah ! Que nous souffrons maintenant pour avoir joui quelques instants. Priez pour nous.

 

Prière

 

O bon saint François, vous ne laisserez pas vos enfants souffrir plus longtemps dans le purgatoire. Nous venons à vos genoux vous prier d'employer votre puissance auprès de Dieu pour faire sortir de ce lieu de peines tous vos fils bien-aimés. Faites-nous aussi un jour cette grâce, que nous nous efforcerons de mériter par notre fidélité à vos saintes lois. Ainsi soit-il.

 

Dieu Tout-puissant, De Profundis, etc...

 

Téléchargez les méditations de cette semaine (pdf) en cliquant ici

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Fin du mois des âmes du Purgatoire

 

Prochaine dévotion : L'Avent avec Saints Louis et Zélie Martin, rendez-vous le 26 novembre

 

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les méditations de L'Avent avec Saints Louis et Zélie Martin,

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1 mars 2017

Le Mois du Coeur Agonisant de Jésus

Le Mois du Cœur agonisant de Jésus

Père Blot

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Quinzième jour

La paternité divine

 

Le premier mot de la prière du Sauveur est, Mon Père, Pater mi (Matthieu 26, 39). Ce doux nom de Père excite en Jésus, au milieu même de ses plus poignantes douleurs, une confiance vraiment filiale : il n'hésite pas à se jeter entre les bras de Dieu, tant il est sûr d'en être exaucé comme un fils par un bon père. Pour la manière et la mesure, il s'en repose absolument sur sa providence paternelle.

 

Méditation

 

I. Jamais avant l'ère chrétienne, l'homme malheureux, l'homme suppliant, en s'adressant à la Divinité, n'avait osé lui donner le nom de Père. Mais le Sauveur le lui prodigue, même quand il en est le plus abandonné. Au jardin des Oliviers, il est accablé sous le poids d'une mortelle tristesse, et il dit : « Mon Père, que ce calice passe loin de moi » (Matthieu 26, 39). Sur le Calvaire, il est attaché à la croix, et quelle est sa première parole ? « Père, pardonnez-leur » (Luc 23, 34). Quelle est sa dernière parole ? « Père, je remets mon âme entre vos mains (Luc 23, 46). Voilà cet amour filial qui est le propre de la loi nouvelle. Que d'amour le Cœur agonisant met dans ces deux mots : « Mon Père » ! Que d'amour les saints, au milieu des plus grandes tribulations, n'ont-ils pas mis dans chacune des prières qu'ils faisaient à leur Père céleste ! Quel amour y mettons-nous ?...

II. C'était comme homme que Notre-Seigneur adressait à Dieu une prière proprement dite, et c'était comme homme qu'il disait : « Le Père est plus grand que moi » (Jean 14, 28). Alors le nom de Père désignait la Trinité entière. Mais dans la prière il pouvait désigner seulement la première personne, Jésus pouvait la prier seule, comme nous la prions nous-mêmes souvent, comme nous prions aussi la seconde et la troisième. On peut croire que, durant son agonie, le Sauveur pria tour à tour la Trinité entière et la première personne seulement ; qu'il désignait toute la Trinité, quand il disait simplement : « Père, Pater » ; mais qu'il s'adressait à la première personne, lorsqu'il disait en spécifiant : « Mon Père, Pater mi ». Or, comme les fleuves retournent à l'Océan d'où ils sont sortis, ainsi Jésus agonisant, par le sentiment filial qui correspond à cette double expression, retournait dans le sein de son Père, pour y trouver un abri contre les maux qui le poursuivaient. De même Isaac avait appelé Abraham son père, Pater mi, au moment où il allait être sacrifié par lui (Genèse 22, 7). Est-ce aussi dans le malheur et l'affliction, que nous faisons éclater notre piété filiale envers Dieu ?...

III. Trois témoignages, la soumission, les larmes et la sueur sanglante, se réunissent dans le jardin des Oliviers, pour attester la piété filiale de Jésus, et l'immensité de la douleur à laquelle il s'abandonne, afin de mieux glorifier son Père. Quand Pierre tirera le glaive pour le défendre, il l'arrêtera par ces mots : « Ne boirai-je donc pas le calice que mon Père m'a donné ? » (Jean 18, 11) La souffrance est le don d'un Père, la persécution est une coupe d'honneur, que Jésus nous apprend à recevoir avec reconnaissance et amour. Hélas ! Nous voulons presque toujours un autre calice, que celui qui a été choisi pour nous par notre Père céleste. Nous ne voudrions aucune épreuve, ou du moins nous ne voudrions que celle de notre choix...

 

Lisez dans L'Agonie de Jesus, Liv. VII, ch. V, La paternité de Dieu dans nos épreuves.

 

Pratique : Souffrons patiemment, dans un silence d'adoration, en baisant la main divine et paternelle qui nous frappe. Il faut vingt vertus pour ne point abuser des charmes de la prospérité ; il n'en faut qu'une seule pour profiter des coups de l'adversité, la résignation à la volonté de notre Père qui est dans les cieux.

 

Exemple

 

Dieu prend un soin paternel des innocents persécutés ; sa sollicitude va jusqu'au miracle. Saint Macaire d'Egypte vit un jour se réfugier, dans sa pauvre cellule, un homme accusé de meurtre, et poursuivi par ceux qui avaient ordre de l'arrêter. Le saint demanda où l'on avait enterré le mort, s'y rendit avec les accusateurs, pria quelques instants, puis appela le mort par son nom et lui dit : « Je vous conjure par Jésus-Christ de déclarer si cet homme qu'on accuse, est celui qui vous a ôté la vie ? » Du fond du sépulcre, le mort répondit d'une voix fort intelligible : « Non, ce n'est pas lui qui m'a tué! » Les assistants se jetèrent aux pieds du saint, et l'innocent fut sauvé. Un autre jour, sciant du blé, Macaire. vit une pauvre femme, qui glanait après lui et pleurait continuellement. Il voulut savoir la cause de ses larmes, « On avait confié, dit-elle, un trésor en dépôt à mon mari, et parce qu'il est mort subitement sans dire où il l'avait mis, celui auquel il appartenait veut nous avoir pour esclaves, mes enfants et moi ». Le saint se fait conduire à l'endroit où le mari est enterré, appelle le mort et l'invite à déclarer où est le trésor dont il était dépositaire. « Il est dans ma maison, répond-il, on le trouvera caché au pied du lit ». La veuve l'y trouva en effet, le rendit au créancier et dégagea ses enfants.

 

Seizième jour

Que ce calice passe !

 

Jésus agonisant dit à son divin Père : « Que ce calice passe loin de moi, transeat a me calix iste ! » (Matthieu 26, 39). L'expression de calice est une figure qui désigne les souffrances, les ignominies, toute la passion du Sauveur. Elle paraît empruntée à l'usage de présenter, à tous les convives, une même coupe pleine de vin, dont chacun buvait à son tour.

 

Méditation

 

I. Le pronom démonstratif « iste », employé par les trois évangélistes, prouve que le divin Maître ne refuse pas tous les calices, mais seulement une espèce particulière. Il en repousse un, à cause de ses lamentables conséquences ; mais il en demande tacitement un autre, plus amer peut-être, afin d'opérer un bien plus universel ; il demande à souffrir en lui-même et en nous, dans son corps réel et dans son corps mystique, pour notre plus grand bien, comme pour la plus grande gloire de Dieu. Jusqu'à la fin des temps le calice de l'agonie, le calice de la douleur, fera donc le tour delà table, au banquet de la grâce, et s'arrêtera devant chacun des convives, pour que nous en buvions tous à la ronde. C'est notre Père céleste qui nous le présente, et l'impression des lèvres de Jésus y demeure. Ah ! buvons-en généreusement notre part, à l'exemple des grandes âmes qui se sont enivrées du vin de la croix...

II. Le mot calice signifie parfois un grand bonheur (Psaume 15, 5 ; 22, 5), et il peut désigner ici la coupe désirée par celui qui est prêt à tout souffrir, pour sauver l'objet de son amour. Parce qu'une charité infiniment libre lui faisait prendre notre place, Jésus agonisant regardait comme une coupe délicieuse, comme un calice enivrant, tout ce qu'il lui faudrait souffrir pour nous réconcilier avec son Père. N'avait-il pas déjà exprimé le désir de recevoir au plus tôt le sanglant baptême de sa passion ? (Luc 12, 50) Son amour n'était-il pas le plus cruel et le plus impatient de ses bourreaux ? Trois heures de retardement sont pour le Rédempteur un supplice, tant il est pressé d'accomplir son œuvre. Ah ! S'écrie-t-il, je veux éloigner ce calice en le vidant, en le vidant promptement, en le vidant jusqu'à la lie. Viens vite, ô calice tant désiré, approche-toi de mes lèvres, et passe ensuite rapidement loin de moi ! Avons-nous cette soif de souffrances, pour gagner des âmes à Dieu ?..

III. Quand il considérait notre intérêt, le Sauveur demandait que chacun de nous bût généreusement, après lui, le calice des peines et des afflictions de cette vie. Selon saint Hilaire, il disait : « Que ce calice passe loin de moi, non sans que je le boive, mais après que je l'aurai bu; qu'il soit bu par tous les autres, après avoir été bu par moi ». Que tous les convives assis comme moi au banquet de la douleur, dans la suite des siècles, boivent après moi cette coupe d'honneur avec courage et confiance. Du moins, ô mon Père, pour que les hommes profitent de ma passion, transmettez-leur une partie de mes souffrances, faites que l'horreur que j'ai de leurs péchés passe de mon Cœur innocent dans leurs cœurs coupables, et pour que ce calice leur soit plus salutaire, faites qu'ils le boivent avec moi ! Avons-nous la sainte ambition de souffrir, pour expier nos péchés et les péchés d'autrui ?...

 

Lisez dans L'Agonie de Jésus, Liv. VII, ch. IX. Le calice d'amertume.

 

Pratique : Nous pouvons conjurer notre Père céleste de faire passer le calice de la mort, loin de ceux dont la vie est précieuse à la famille, à la patrie, à l'Église. Mais prions-le plus encore d'éloigner des âmes qui nous sont chères la mort spirituelle du péché. Imitons ces mères vertueuses qui, à la pensée du péché mortel où leur enfant pouvait tomber, s'écriaient : « Que ce calice d'amertume passe loin de moi ! Mon Dieu, plutôt la mort de mon enfant que la perte de son innocence ! »

 

Exemple

 

Souvent une personne pieuse et dévouée offrit à Dieu sa propre vie, pour la conservation d'une vie qui lui paraissait plus importante ; souvent aussi le Seigneur accepta cette offrande, et réalisa cet échange. Dans la nuit du 23 au 24 décembre 1823, le pape Léon XII était mourant, et venait même de recevoir le saint Viatique. Près de lui se tenait debout le vénérable Vincent Strambi, passionniste, ancien évêque de Macérata et de Tolentino. Il était environ une heure après minuit. Tout à coup ce prélat, inspiré de Dieu, demande au souverain Pontife la permission d'aller offrir le saint sacrifice de la messe, pour le rétablissement de sa santé. Il l'obtient, et en se retirant il dit : « Courage, Saint Père ! Il y a une personne qui présente à Dieu l'immolation de sa vie, pour la conservation de la vôtre ». La messe fut célébrée avec une ferveur, qui toucha profondément les assistants, et Dieu agréa l'offrande de Vincent ; car il rendit presque instantanément la santé à l'auguste malade, au grand étonnement de tous ceux qui se trouvaient présents. Vincent, à quelques jours de là, le 1er janvier 1824, payait son tribut à la mort. Combien de retours à Dieu, à la santé de l'âme, sont dus à l'immolation volontaire d'une personne, qui offre ses larmes et sa vie à cette intention, comme avait fait sans doute la mère de l'enfant prodigue, comme fit Monique pour Augustin !

 

Dix-septième jour

Que Votre Volonté soit faite

 

Notre-Seigneur nous avait appris à dire à notre Père céleste : « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel » (Matthieu 6, 10). Lui-même nous en donne l'exemple dans son agonie : « Mon Père, s'écrie-t-il, si vous voulez, éloignez de moi ce calice (Luc 22, 42). Mais s'il ne peut passer sans que je le boive, que votre volonté soit faite, fiat voluntas tua » (Matthieu 26, 42). On ne demande pas que Dieu fasse ce qu'il veut : car qui pourrait s'opposer à lui pour l'empêcher de le faire ? Mais nous demandons sa grâce et son secours, pour faire nous-mêmes ce qu'il veut.

 

Méditation

 

I. La volonté du Seigneur est miséricordieuse : il veut que tous les hommes soient sauvés (1 Timothée 2, 4), il ne veut pas qu'un seul des plus petits périsse (Matthieu 18, 14). Sa volonté réunit toutes les perfections, par conséquent l'amour et la providence qui s'étendent à tout. Elle nous est cachée en certains détails, et suit parfois des routes qui nous paraissent contraires à ce qu'elle prétend, soit afin de ne point nous rebuter dès le commencement, soit afin de nous faire attendre plus patiemment l'issue. Mais soyons convaincus que, tant que nous serons en cette vie, tout ce qui nous arrivera par la volonté ou la permission de Dieu, n'arrivera que pour notre bien, même les persécutions, les injures, la pauvreté ou la maladie. N'est-il pas écrit qu'il fallait que Jésus lui-même souffrît pour entrer dans sa gloire (Luc 24, 26) ? Prenez donc mon cœur, ô mon Dieu, comme vous prîtes le Cœur agonisant de Jésus, pour le presser fortement par diverses épreuves, ainsi qu'un fruit mûr et choisi, afin d'en exprimer le suc délicieux de la résignation !...

II. Le plus souvent, la volonté de Dieu est médiate, se manifeste et nous atteint par des intermédiaires. Comme pour nous donner l'existence et le bonheur, il se sert du ministère des créatures ; de même pour nous envoyer des épreuves, il emploie ordinairement des messagers. Dans le second cas, notre soumission doit descendre à tous ses intermédiaires, comme dans le premier cas notre reconnaissance doit monter jusqu'à lui-même. En se cachant ainsi, il resserre les liens de la société humaine, il rend plus méritoires notre obéissance et notre gratitude, il fait de nos douleurs autant d'acheminements au tombeau. Savons-nous, comme le Verbe fait chair, descendre chaque jour par la soumission, et monter par la reconnaissance ?...

III. Jésus agonisant voit la volonté de son Père jusque dans la volonté de ses ennemis, il étend la volonté de Dieu jusqu'à la volonté des hommes. C'est le traître Judas, c'est le lâche Pilate, ce sont les Juifs, que le Père éternel a chargés d'exécuter sur son Fils incarné les arrêts de sa divine justice. Que votre volonté soit faite signifie donc, dans la bouche du Rédempteur : « Que la volonté de Judas, que la volonté de Pilate, que la volonté de mes persécuteurs et de mes bourreaux soit accomplie ! Que ce qu'ils veulent soit fait, que tout se passe comme ils l'entendent ! » Mon doux Maître, quelle opposition entre ma conduite et la vôtre ! Pour vous soumettre à la mort, aux plus horribles supplices, par amour pour moi, il vous suffit que les plus méchants des hommes le veuillent. Et pour me soumettre au plus petit mal, à la plus faible contrariété, à l'inégalité d'humeur des personnes chères qui vivent avec moi, il ne me suffit pas toujours que Dieu l'ordonne !...

 

Lisez dans L'Agonie de Jésus, Liv. VIII, chap. IV, La résignation.

 

Pratique : Dans nos souffrances et nos malheurs, ne considérons et n'accusons ni l'avarice de ce parent, ni l'inconstance de cet ami, ni l'infidélité de ce serviteur, ni la méchanceté de ce concurrent. Mais allons jusque dans le sein de la divinité chercher le principe de nos peines. Car, encore que Dieu ne soit pas l'auteur du péché commis dans l'injustice qui nous est faite, il permet et il veut que nous en tirions un grand profit spirituel.

 

Exemples

 

Saint Vincent de Paul, dans toutes ses lettres, ne recommandait rien tant aux supérieurs de sa congrégation que la conformité au bon plaisir de Dieu. Il disait que Notre-Seigneur est une communion continuelle aux âmes vertueuses, qui se tiennent fidèlement et constamment unies à sa très sainte volonté, qui ont un même vouloir et un même non-vouloir avec lui. Il ajoutait que se conformer en toutes choses à la volonté de Dieu, et y prendre tout son plaisir, c'est vivre sur la terre d'une vie tout angélique, et même de la vie de Jésus-Christ.

Un des plus illustres otages de la Commune reconnut et bénit la volonté divine, qui faisait pour lui de la captivité une grâce de conversion. Le président Bonjean se confessa au P. Clerc, jésuite, le jour même où ils furent fusillés ensemble, le 24 mai 1871. Quelques instants auparavant il avait dit : « La crise que nous traversons me rappelle les dangers que j'ai courus sur mer. J'ai vu, dans la violence de la tempête, le gouvernail échapper aux mains du pilote, et le navire se balancer sur les abîmes. La main seule de Dieu le soutenait, et l'empêchait de sombrer. Voilà notre situation pour le moment. Qu'il fait bon alors s'abandonner à la conduite de Dieu, qui dirige tout à sa gloire et pour notre bien ! Comme cette pensée repose le cœur ! Comme elle me console quand je songe à l'affliction de ma famille ! ».

 

Dix-huitième jour

« Non ma volonté »

 

« Non ma volonté, non mea voluntas ! » (Luc 22, 42), s'écrie le Sauveur en sa prière, pour redresser notre volonté trop souvent tortueuse. Il commence par exprimer nos sentiments propres, et finit par nous faire exprimer les siens. En soumettant sa volonté en mon nom, il m'a mérité la grâce de soumettre aussi la mienne et de dire : « Ni ce que je veux, ni comme je veux, mais ce que vous voulez et comme vous voulez, ô mon Père ! »

 

Méditation

 

I. Pendant que la volonté supérieure ou de raison, en Jésus agonisant, adorait la volonté du Père céleste et s'y soumettait sans réserve, la volonté inférieure éprouvait une répugnance extrême à souffrir, parce qu'elle envisageait seulement ce que les souffrances avaient de contraire à la nature. Notre-Seigneur montrait ainsi une certaine volonté particulière d'homme, dans laquelle il figurait la nôtre, parce qu'il est notre chef. De même ses disciples ont parfois une volonté particulière, ils veulent quelque chose qui convient à leur intérêt, à l'affaire du moment. Mais dès qu'ils ont compris et reconnu que Dieu veut autre chose, ils préfèrent à leur volonté, à leurs désirs, à leurs répugnances, la volonté de celui qui est meilleur que nous tous; ils s'empressent de dire : « Non quod ego volo, sed quod tu, non ce que je veux, mais ce que vous voulez » (Marc 16, 36). Avons-nous cet Empressement à préférer la volonté de Dieu à la nôtre ?...

II. Notre-Seigneur s'attristait d'une mort, que Dieu voulait et ordonnait ; néanmoins il ne péchait pas, il ne cessait pas même d'être parfait. En lui, tous les mouvements de la volonté humaine qui ne tendaient pas à ce que Dieu voulait, n'étaient que des velléités ; de même qu'ils ne sont en nous que des velléités, quand nous disons : « Je voudrais bien que tel malheur ne m'arrivât pas, mais que la volonté de Dieu soit faite ! » De telles velléités ne sont pas des péchés, parce qu'elles ne nous font pas sortir du cercle, que le divin vouloir a tracé autour de nous ; on n'en sort, on ne pèche qu'en désirant, parlant ou agissant contre cette auguste volonté, parfaitement connue et déclarée par un précepte. Nous pouvons donc demander à Dieu le retour à la santé pour un malade, le retour à la paix et à la joie pour un affligé. Nous pouvons même faire de ces désirs et de ces prières des actes méritoires, en pratiquant la chanté ou la piété filiale. Il suffit que nous disions alors à notre Père céleste, comme son Verbe fait chair : Pourtant, non comme je veux, mais comme vous voulez, verumtamen non sicut ego volo, sed sicut tu » (Matthieu 26. 39). Le disons-nous sincèrement et du fond du cœur ?...

III. Rien n'est fort comme la volonté de l'homme unie à celle de Dieu. L'Écriture ne dit-elle pas : « Vir obediens loquetur victoriam (Proverbes 21, 28) ? L'homme qui obéit, c'est-à-dire qui soumet et conforme sa volonté à celle de Dieu, aura toujours des victoires à raconter, victoires sur l'enfer et sur le monde, victoires sur la fragilité de la chair et sur la paresse de l'esprit. Mais la volonté n'est jamais qu'avec l'amour, nous voulons ce que nous aimons, ce qui nous fait plaisir, et nous avons ordinairement en horreur ce qui nous cause quelque peine. D'où donc viendra la générosité dans nos actes, et la sublimité dans nos sentiments ? De l'amour de Dieu, et de la soumission à sa très sainte volonté. Le bon Maître souffrait comme le malade, qui consent à être amputé ou brûlé pour guérir, et qui supporte courageusement l'opération, bien qu'il n'aime ni l'amputation ni la brûlure, qu'il en ait même une grande frayeur. Mais Jésus agonisant aurait voulu souffrir plus encore, tant il désirait prouver à son Père son obéissance, et aux hommes son désir de leur salut. De même les martyrs ont souffert contre leur volonté naturelle les douleurs et les tourments ; mais ils étaient heureux de vaincre cette répugnance par amour pour Notre Seigneur, et d'accroître ainsi leurs mérites. Foulons donc aux pieds toutes les répugnances, pour nous soumettre à la volonté de Dieu ; nous nous élèverons plus haut dans la perfection et la félicité...

 

Lisez dans l'Agonie de Jésus, Liv. VIII, ch. V, La conformité.

 

Pratique : Goûtons le repos du cœur, en voulant tout ce que Dieu veut. Tâchons de connaître, en tout ce qui nous regarde, la volonté divine, et d'y conformer la nôtre. Pour nous consoler et nous soutenir dans nos épreuves, disons souvent : « Dieu l'a voulu ! ».

 

Exemples

 

Saint Ignace de Loyola avait un si ardent désir de voir Dieu, qu'il pleurait de joie en pensant à sa mort. « Néanmoins, disait-il, si on me donnait le choix de sortir à l'instant de ce monde, et d'aller au ciel jouir de Dieu, ou de rester sur la terre sans être assuré de persévérer dans la vertu, mais en rendant un service notable à la majesté divine, je préférerais demeurer en cette vie, ne regardant que Dieu, sans me soucier du péril » . Sainte Catherine de Sienne s'écriait : « Seigneur, il serait bon pour moi que tous lussent sauvés, et que moi seule, en gardant toujours votre charité, j'endurasse les peines de l'enfer, parce qu'il y aurait là pour vous un plus grand honneur et une plus grande gloire. Et si, en vous restant unie par l'amour, j'étais placée sur la bouche de l'enfer, pour fermer cet abîme de telle sorte que personne n'y tombât plus, j'en aurais une très-grande joie ». Durant trente-huit ans, pauvre, seule, abandonnée, en proie à toutes les maladies et à toutes les afflictions, sainte Lidwine ne demandait rien à Dieu, si ce n'est qu'il augmentât ses douleurs pour épargner les coupables et les convertir.

 

Dix-neuvième jour

Le Fiat dans le sacrifice

 

Jésus agonisant dit à son divin Père : « Fiat, fiat (Matthieu 26, 42 ; Luc 22, 42). Il avait déjà dit, et chacun de nous peut répéter après lui : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé » (Jean 4, 34). Un fiat sera donc pour les disciples, comme pour le Maître, un aliment aussi délicieux que fortifiant. Il embaume la bouche qui le prononce, il nourrit l'âme qui le médite, il est le pain quotidien de tout cœur qui tend à la perfection.

 

Méditation

 

I. Un seul fiat dans nos peines vaut mieux que mille actions de grâces dans nos joies. C'est le plus grand hommage que nous puissions rendre à Dieu, parce que c'est l'aveu le plus significatif de sa souveraineté sur toutes les créatures. Immoler notre volonté, ce n'est pas seulement un sacrifice plus excellent, parce qu'elle l'emporte en dignité sur notre corps, autant que celui-ci sur les biens extérieurs ; mais c'est encore un sacrifice plus étendu, un sacrifice universel, un holocauste, puisque c'est par la volonté que nous nous servons de tout le reste, et que donner notre volonté c'est tout donner. C'est donner l'écorce, c'est donner la moelle, c'est donner l'arbre entier avec ses fruits ; c'est offrir et sacrifier à Dieu tout ce que nous avons, tout ce que nous sommes. Étendons-nous jusque là notre fiat ?...

II. L'incarnation du Verbe exposait la Vierge-Mère aux plus rudes épreuves. Son fiât généreux l'éleva en dignité, répara la désobéissance d'Eve, et donna au monde un Sauveur. Ce qui nous élève aussi et ce qui nous sauve, c'est le fiât répété dans la souffrance et le sacrifice. Combien de fois même une épreuve, supportée avec résignation, a-t-elle préparé une conversion, enfanté Jésus dans une ou plusieurs âme ? Dans la maladie, nous pensons parfais à ce que nous ferions pour Dieu et pour le prochain, si nous étions en santé. Unissons plutôt nos douleurs aux douleurs de Jésus-Christ, notre volonté à la volonté de Dieu. Cette union vaudra mieux que toutes les mortifications, que toutes les pratiques de piété, que toutes les œuvres de zèle. On ne glorifie jamais plus le Seigneur, qu'en faisant mieux sa volonté. Pour cela même on le sert plus sûrement en souffrant qu'en agissant. En sommes-nous convaincus ?...

III. Aux approches de la mort surtout, un fiat qui l'accepte avec ses rigueurs et ses suites, est l'acte d'une charité très parfaite, qui suffit certainement pour effacer tous les péchés de la vie. et pour mériter la gloire du ciel. Jésus agonisant n'est-il pas le modèle de tous les moribonds ? En éprouvant notre répugnance naturelle à mourir, il voulut la sanctifier ; en la surmontant il voulut nous communiquer sa résignation. Lorsque de pieux moribonds sont tranquilles et souriants en face du trépas, c'est que le Cœur agonisant du bon Maître les fait participer aux merveilleux effets de sa prière et de son fiât. mon Dieu, dès aujourd'hui j'accepte la mort, comme mon Sauveur l'accepta, produisant par sa grâce, et en union avec lui, cet acte d'obéissance entière et de soumission parfaite, dont il me donna l'exemple. Vous me commandez de mourir en punition de mes fautes, j'obéis, je meurs, et je meurs content parce que je meurs obéissant comme mon Jésus....

 

Lisez dans l'Agonie de Jésus, Liv. VIII, ch. VII, Le fiat de l'agonie.

 

Pratique : Ne souhaitons notre sanctification même que dans la mesure de la grâce, que le Seigneur a résolu de nous donner, Faisons plus de cas de son bon plaisir et de sa divine volonté, que de toute la perfection et de toute la sainteté possible. Pour les malades et les mourants que nous visitons, faisons en sorte que le fiât revienne sans cesse dans leur cœur et sur leurs lèvres. Invoquons pour eux le Cœur agonisant de Jésus, et tâchons qu'ils en prennent tous les sentiments.

 

Exemples

 

Saint François de Sales, frappé d'apoplexie et mourant, entendit un religieux lui faire cette question : « Si telle était la volonté de Dieu, ne voudriez-vous pas bien mourir en ce moment ? » « Si Dieu le veut, répondit le saint malade avec un doux sourire, je le veux aussi ». « Monseigneur, lui dit le Père Maniglier, jésuite de ses amis, qui était accouru près de lui dès qu'il avait appris l'accident, dites : Transeat a me calix iste, que ce calice passe à côté de moi sans que je le boive ». « Oh ! Non, répondit-il, il vaut mieux dire : « Mon Dieu, que votre volonté se fasse et non la mienne ».

Le roi Louis XIII, près d'expirer au château de Saint-Germain-en-Laye, demandait à Vincent de Paul quelle était la meilleure manière de se préparer à la mort. « Sire, répondit le saint, c'est d'imiter celle dont Jésus-Christ se prépara à la sienne, et de se soumettre entièrement et parfaitement, comme il fit, à la volonté du Père céleste : Non mea minutas, sed tua fiat ! » « Jésus, reprenait le religieux monarque, je le veux aussi de tout mon cœur. Oui, mon Dieu, je le dis et le veux dire jusqu'au dernier soupir de ma vie : Fiat voluntas tua ! » Puis il parlait gaiement de son dernier voyage. Un de ses médecins lui ayant dit qu'il avait encore tout au plus deux ou trois heures à vivre, le prince joignit les mains, regarda le ciel, et s'écria sans montrer d'altération : « Eh bien, mon Dieu, j'y consens et de bon cœur ».

Le 19 mai 1818, le pape Pie VII accorda une indulgence de cent jours à la récitation de cet acte de conformité une fois le jour : « Fiat, Que la très juste, la très haute et très aimable volonté de Dieu soit faite, louée et éternellement exaltée en toutes choses ».

 

Vingtième jour

L'ange qui fortifie

 

Durant, son oraison, Notre-Seigneur vit un ange du ciel lui apparaître pour le conforter, angélus de cœlo confortans eum (Luc 22, 43). N'est-ce pas aussi durant la prière, n'est-ce pas souvent par le ministère d'un ange, ou d'une âme qui en a l'innocence et la charité, que les fidèles malheureux reçoivent la force et la consolation ?

 

Méditation

 

I. L'Évangile ne dit pas que l'ange ait consolé Jésus ; il dit seulement qu'il le fortifia, confortans eum. Il fut comme l'écuyer céleste du divin chevalier, il l'arma en quelque sorte pour cette lutte, pour ce combat, pour ce duel terrible qui devait se terminer par une complète victoire de la miséricorde et de la vie, par le salut du monde. Nous, hélas nous n'estimons la consolation qu'autant qu'elle peut nous soustraire à la lutte, à la fatigue, à l'ennui, à la douleur, à la croix, à la mort du vieil homme, ou du moins apporter à la partie inférieure un peu d'adoucissement et de relâche. Cœur agonisant de Jésus, apprenez-nous à n'estimer, à ne désirer, à n'accepter que la consolation qui accroît notre patience en proportion de nos épreuves, et qui nous donne des forces nouvelles pour nous préparer à de nouveaux combats !...

II. L'ange ne fortifie pas Notre-Seigneur en lui communiquant quelque vertu, ou quelque force, qui ne fût pas auparavant en lui ; toute la force divine est toujours restée dans le Dieu fait homme. Mais la partie inférieure de l'âme du Sauveur était, dans sa passion, comme abandonnée de la supérieure et privée de ses influences, afin de souffrir tout ce qu'elle pouvait souffrir. C'est pourquoi l'ange le fortifie, en faisant à cette partie inférieure de son âme une vive représentation du grand fruit de sa passion et de son sang, en lui mettant devant les yeux tant d'âmes dont il serait le salut et la vie, en le relevant par là de l'abattement où l'avait mis la vue de tant d'autres âmes, qui rejetteraient le prix de son sang, dont il serait par leur faute la perte et la ruine. L'envoyé céleste l'encourage et le conforte, en lui faisant voir toute la gloire qui suivra sa mort, la conversion des peuples, l'établissement de l'Église, la joie et le courage de tant de millions de martyrs, l'innocence de tant de justes, la pénitence de tant de coupables. Cœur agonisant de mon Sauveur, n'êtes- vous pas en effet consolé et ranimé par la joie, que vos anges eux-mêmes vous témoignent de la conversion des pécheurs ? Et toi, mon âme, pauvre enfant prodigue, par ton retour as-tu consolé ton Sauveur et ton Père ?...

III. Outre les consolations dont le motif nous est personnel, n'y a-t-il pas des consolations dont le motif se puise dans un généreux dévouement ? Un père, à la mort, se console en pensant à l'heureux avenir de ses enfants, lorsqu'il lui est donné de l'entrevoir. Moïse put s'affliger pour lui-même, mais il se réjouit certainement pour son peuple. De même Jésus goûta des consolations vraiment paternelles, pendant que l'ange déroulait devant lui le tableau de l'heureuse et sainte postérité, qui naîtrait de ses souffrances et de sa mort. Le céleste esprit lui montrait les fruits de sa passion, pour lui donner de la force, et non pour lui ôter l'amertume de sa douleur. Une telle consolation suffirait-elle à notre égoïsme ? Sommes-nous réjouis et fortifiés au récit, ou à la vue du bien accompli par d'autres ?...

 

Lisez dans L'Agonie de Jésus, Liv. X, ch. IV, Les fruits de l'apparition.

 

Pratique : Ne cherchons pas notre consolation dans les nouveautés même pieuses ; mais soyons réservés à l'égard des apparitions et des prophéties, que l'autorité ecclésiastique n'a point encore approuvées. Que Jésus seul soit toujours pour nous l'ange des grandes consolations ; puisons les dans son Cœur agonisant ou dans son Cœur eucharistique.

 

Exemple

 

En l'honneur de l'ange consolateur, les Religieuses du Cœur agonisant ont un exercice spécial, où elles font cette prière : « Jésus, qui avez voulu être triste jusqu'à la mort au jardin des Oliviers, et qui, dans cet excès d'abattement, n'avez pas craint d'être soutenu et fortifié par un ange, ne rejetez pas le faible soulagement que vous offre, avec tout le respect, et tout l'amour dont elle est capable, la plus indigne de vos servantes. Permettez qu'après avoir uni ma prière à votre prière, mon sacrifice à votre sacrifice, pour expier mes ingratitudes et pour sauver les âmes des pauvres mourants, je me joigne, pour vous consoler, à l'auge consolateur de votre agonie. Permettez-moi de rester avec vous dans cette grotte solitaire, d'être témoin de vos angoisses, d'y compatir, de les partager, de boire avec vous jusqu'à la lie le calice d'amertume, que vous envoie votre Père céleste.

Glorieux ministre du Très-Haut, qui avez eu la sublime mission de consoler, de réconforter un Dieu, souffrez qu'avec vous je tienne fidèlement compagnie à mon Sauveur. Ah ! Que ne puis-je comme vous apporter quelque soulagement aux tristesses profondes de sa sainte âme, à l'agonie mortelle de son aimable Cœur ! Donnez-moi votre force, votre courage, votre amour, pour que je puisse prier avec Jésus, souffrir avec Jésus, mourir avec Jésus. Ainsi soit-il ».

 

Vingt-et-unième jour

La crise ou l'agonie

 

Depuis qu'il est au jardin des Oliviers, notre Libérateur n'a cessé de combattre pour nous par la prière et la souffrance. Mais un messager de son divin Père est venu lui montrer les fruits de la victoire : aussitôt il engage la lutte suprême, factus in agonia (Luc 22, 43), et entre dans une agonie qu'on a comparée souvent à une crise.

 

Méditation

 

I. Le mot crise signifie au propre l'effort que fait la nature dans les maladies, effort lui est d'ordinaire indiqué par une sueur ou par quelque autre symptôme, et qui produit un changement subit et marqué en bien ou en mal. Il signifie au figuré le moment périlleux ou décisif d'une affaire, n'est-ce pas ce que nous voyons dans l'Agonie du Sauveur, après qu'un ange est venu le fortifier ? Tous les mouvements des passions contraires, réprimés les uns par les autres, se brisent dans le Cœur agonisant de Jésus, et y font comme une crise d'amour qui lui fait rejeter le sang, que la crainte lui envoie pour le soutenir dans sa défaillance. La sueur de sang fut plutôt une suite de la crise, que la crise elle-même. Ce mot convient d'autant mieux ici, qu'employé seul il est ordinairement pris en bonne part, et restreint à signifier les crises salutaires. Ce n'est pas le Fils de Dieu qui est malade, c'est la pauvre humanité ; mais il daigne éprouver en soi la crise qui doit nous sauver tous. Avons-nous une telle charité ? Au moment décisif, pour assurer une conversion, redoublons-nous nos macérations et nos actes de patience ?...

II. Cette agonie, cette crise était entièrement libre en Jésus-Christ. Nous, nous entrons en agonie sans le vouloir, et c'est à contre-cœur que nous traversons une crise, un temps où la nature va faire effort pour produire un changement, qui sera peut-être notre ruine et notre perte. L'Homme-Dieu ne fut point saisi par l'agonie ; il entra plutôt en agonie, comme le soldat se présente au combat, après l'avoir désirée, après l'avoir cherchée. Tout homme a dans sa vie des moments plus pénibles, des moments plus périlleux, des moments plus décisifs et plus critiques. Quelquefois même, pour que nous ayons une plus grande ressemblance avec Jésus agonisant, le symptôme de cette crise, de cette lutte intérieure, est l'insomnie, l'agitation, la pâleur du visage, la sueur qui coule de tous les membres. Si alors nous ne ressemblons pas au Sauveur par la liberté, ressemblons-lui du moins par l'assiduité à la prière. Il priait davantage, prolixius orabat (Luc. 22, 43) : prolongeons aussi nos prières, aux heures de crise ou d'agonie de l'âme. Le faisons-nous ?...

III. Plus il priait et souffrait librement, plus notre divin Sauveur exprimait vivement et méritoirement en lui notre dernière agonie, cette crise suprême que nous subirons tous, et qu'il voulait tout à la fois adoucir et sanctifier. Comme cette crise est la plus importante, puisqu'elle va décider de notre éternité, c'est elle principalement qu'il veut représenter en soi, de manière à vérifier cette parole de saint Paul : Pour nous tous Jésus a goûté la mort, gustaret mortem (Hebreux, 9). Les autres agonisants, comme si leurs sens étaient déjà morts, ne peuvent plus goûter l'amertume du trépas. Mais au jardin des Oliviers, les sens du divin agonisant étaient pleins de vie, et les facultés de son âme avaient toute la liberté de leur exercice. Voulons-nous comme lui goûter, sentir, savourer toute l'amertume de la souffrance, pour qu'elle soit aux autres plus douce et plus profitable ?..

 

Lisez dans L'Agonie de Jésus, Liv. XI, ch. V, La crise.

 

Pratique : Pour mener une vie nouvelle, commençons par recevoir un baptême de souffrances, et prenons un bain d'humiliations, un bain de douleurs et d'épreuves. Ayons le courage d'agoniser pour la conversion d'un pécheur, pour la sanctification d'un juste, pour la conservation de la foi dans notre patrie, pour la prospérité de l'Église universelle.

 

Exemples

 

Sainte Madeleine de Pazzi, pour hâter le retour des enfants prodigues, aurait voulu souffrir et ne pas mourir, être immortelle dans la souffrance. Elle demandait instamment les infirmités corporelles les douleurs morales, les persécutions du dehors, et même tous les châtiments que les pécheurs avaient mérités par leurs fautes, sans en excepter toutes les peines du purgatoire. Par zèle pour le salut des âmes, elle s'offrit même à rester en enfer, au milieu des tourments, à la seule condition de ne haïr ni blasphémer jamais la divine majesté. On l'entendit s'écrier : « Quelle souffrance pour moi que de ne pas souffrir ! Je voudrais mourir mille fois dans les tourments, pour donner mille fois ma vie. Que ne puis-je à toute heure et à tout instant endurer le martyre, pour ramener les âmes à leur Créateur ! Mais ce ne serait plus pour moi un martyre, ce serait un paradis. Verbe de Dieu, pourquoi ne me faites-vous pas goûter les peines de l'enfer, afin d'apaiser, au moins en partie, la colère de votre Père ! ».

Sœur Madeleine Orsini trouvant ses tribulations trop longues, Jésus crucifié lui apparut. « Ah ! Lui dit-elle, vous n'avez été que trois heures en croix, tandis que je suis dans la peine depuis plusieurs années ». « Ignorante, repartit le Sauveur, depuis le premier moment de ma conception, je souffris dans mon Cœur tout ce que j'endurai plus tard sur la croix ! ».

 

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21 novembre 2016

Le Bienheureux Marie-Eugène de de l'Enfant Jésus

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Le Bienheureux Marie-Eugène de de l'Enfant Jésus

Fondateur de l'Institut Notre Dame de Vie

1894-1967

Fête le 4 février

 

Né le 2 décembre 1894 dans un modeste foyer de l'Aveyron (Le Gua, France), Henri Grialou, encore enfant, s'oriente vers le sacerdoce. Après la première guerre mondiale où il expérimente la puissante protection de Sainte Thérèse de Lisieux, il reprend ses études au Séminaire, y témoignant d'une profonde vie spirituelle. La découverte de Saint Jean de la Croix lui révèle sa vocation impérative au Carmel où il entre dès sont ordination sacerdotale, en février 1922 il prend le nom de Marie-Eugène de l'Enfant Jésus.

Fortement saisi par l'absolu de Dieu et la grâce mariale qui caractérisent le Carmel, le Père Marie-Eugène servira passionnément l’Église et l'Ordre : fondateur de l'Institut Séculier Notre Dame de Vie, Vicaire apostolique des Carmélites de France, Définiteur général et Vicaire général de l'Ordre à Rome, Provincial des Carmes du Sud de la France.

Il emploie toute sa vie à diffuser l'esprit et la doctrine du Carmel pour que soit largement vécue l'union de la contemplation et de l'action. Il transmet cette doctrine carmélitaine dans « la somme de théologie spirituelle qu'est « Je veux voir Dieu », ce chef d'oeuvre qui met l'auteur parmi les grands maîtres de spiritualité que Dieu a donné à l’Église par le Carmel » (P. Général des Carmes), livrant en même temps sa propre expérience de contemplatif et d'apôtre.

Appelé par Dieu à transmettre sa grâce à un grand nombre d'âmes, en 1932, il fonde l'Institut Notre Dame de Vie, dont les membres, laïcs et prêtres, veulent témoigner du Dieu vivant et le révéler aux hommes de notre temps. Son désir est d'ouvrir à tous les Chrétiens, en plein monde et dans la vie ordinaire, les chemins de la contemplation et de la sainteté, à la suite de Sainte Thérèse de Lisieux dont il est « l'un des disciples les plus important au XXe siècle... et pour les temps à venir » (Mgr Guy Gaucher).

Toute la vie du Père Marie-Eugène fut marquée par une emprise puissante de l'Esprit Saint et de la Vierge Marie. En réponse à sa fidélité d'amour, la Vierge Marie vint le chercher le 27 mars 1967, un lundi de Pâques, jour où lui-même aimait célébrer la joie pascale de Marie, Mère de Vie.

Déclaré Vénérable en 2011 par Benoît XVI, le Père Marie-Eugène a été béatifié à Avignon, le 19 novembre 2016. Inhumé dans l'église du Sanctuaire de Notre Dame de Vie, berceau de l'institut qu'il avait fondé à Venasque (Vaucluse, France), le lendemain de la béatification, ses reliques ont ont solennellement étés transférées en la chapelle Sainte Emérentienne de ce même Sanctuaire Notre Dame de Vie.

 

Citations du Bienheureux Marie-Eugène de l'Enfant Jésus

 

« Il est vivant l'Esprit d'amour qui vit en moi et qui m'a pris depuis longtemps. Ma sainteté sera de croire en Lui, en sa présence, et de me livrer à son emprise » (Notes intimes).

« C'est l'Esprit Saint qui fait les prophètes et les saints, c'est Lui qui vit en nous et qui nous montre le chemin qu'est le Christ... Il n'est pas d'autre moyen de sanctification que l'Esprit Saint (Août 1962).

« Priez pour demander de l'amour. C'est l'unique prière à faire. Pour les âmes que j'aime, je ne puis demander que l'amour ; c'est la seule réalité qui vaille quelque chose, la seule chose éternelle a demander pour vous. Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus a été géniale en cela : « Donnez-moi de l'amour » dit-elle au Bon Dieu ». (1951).

« Demandons à la Sainte Vierge qu'Elle nous aide à assurer à l'Esprit Saint cette fidélité qu'Il attend de nous. Qu'Elle fortifie notre foi si faible ; foi qui doit traverser l'obscurité et passer au-delà de toutes les angoisses pour aller à Dieu et croire en Lui. Nous Lui disons : « Je Vous donne déjà tout l'amour que vous attendiez de moi ; maintenant et demain, jusqu'au dernier soupir. Faites que je tienne cette fidélité d'amour » (Juillet 1962).

« Mes enfants doivent être fils de l'Esprit et de la Vierge » (Notes intimes 1953).

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Prière

 

Seigneur notre Dieu, nous Te rendons grâce pour le Bienheureux Marie-Eugène de l'Enfant Jésus, Votre Prêtre, qui a vécu sous la motion de Votre Esprit Saint. Vous l'avez suscité afin qu'il nous apprenne à pouvoir pénétrer dans les profondeurs de Votre Intimité et pour conduire les hommes de notre temps, par les sentiers de la Foi et de la contemplation, à la perfection de l'amour. Faites que sa mission porte toujours plus de fruits en Votre Eglise. Accordez-nous les grâces que nous Vous demandons par son intercession, et, si Telle est Votre Volonté, hâtez-vous de l'élever au rang des Saints de Votre Eglise. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

 

Bienheureux Marie-Eugène de l'Enfant Jésus, priez pour nous !

 

Les personnes qui reçoivent des grâces par l'intercession du Bienheureux Marie-Eugène sont priées de les faire connaître au

Père Postulateur

Notre Dame de Vie

84210 Venasque (France).

 

Téléchargez le texte de cette prière (pdf) en cliquant ici

 

Messe de Béatification du Père Marie-Eugène de l'Enfant Jésus

Pour approfondir

 

Site de l'institut Notre Dame de vie

www.notredamedevie.org

 

Site officiel de la Cause de Béatification

http://pere-marie-eugene.org

 

13 février 2017

Le Mois du Coeur Agonisant de Jésus

Le Mois du Cœur agonisant

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En guise d'introduction

 

Le temps de la Septuagésime

 

Le temps de la Septuagésime est une période de trois semaines qui précède l’ouverture du carême. Le temps de la Septuagésime commence toujours la neuvième semaine avant Pâques et compte trois dimanches qui sont respectivement appelés dimanches de la Septuagésime, de la Sexagésime et de la Quinquagésime.

Ces appellations proviennent du système de comptage en usage dans l’antiquité et désignent la décade dans laquelle tombe chacun de ces dimanches : si en effet l’on divise les neufs semaines qui précèdent Pâques en séries de dix jours, on constate que le premier de ces neuf dimanches tombe dans la septième dizaine, le deuxième dimanche dans la sixième dizaine, le troisième dimanche dans la cinquième dizaine ; de là viennent leurs noms respectifs de dimanches in Septuagesima, in Sexagesima et in Quinquagesima.

Symboliquement, on fait correspondre ces (presque) septante jours aux septante années de la captivité à Babylone. Dans le symbolisme biblique et liturgique, Babylone représente la cité terrestre corrompue, opposée à Jérusalem, la cité de Dieu. La captivité à Babylone fut un châtiment : Dieu a permis que son peuple – vaincu et asservi – soit déporté en terre païenne. C’était la conséquence de ses infidélités répétées ; mais ce fut aussi le moyen radical d’une guérison car le peuple élu ne retomba plus ensuite dans l’idolâtrie.

Ainsi nous est rappelée la gravité du péché et ses conséquences dramatiques. Ainsi nous est montrée la nécessité de lutter contre les séductions du mal. Ainsi nous est enseigné à désirer ardemment de quitter la terre de l’exil – le péché -, pour revenir vers la patrie véritable – la grâce divine! L’existence de la liturgie septuagésimale est attestée au VIème siècle par un lectionnaire conservé à la bibliothèque de l’université de Wurtzbourg : ce manuscrit montre qu’à l’époque de Saint Grégoire le Grand, les épîtres et les évangiles du temps de la Septuagésime étaient ceux que nous avons aujourd’hui encore dans nos missels (pour la forme extraordinaire du rite romain, bien entendu).

Les lectures de ces trois dimanches sont particulièrement importantes : elles ont été choisies avec un très grand soin. Ce choix, leur répartition et leur progression manifestent une pédagogie remarquable tant par le sens que par son équilibre :

a) le dimanche de la Septuagésime nous fait entendre une épître fameuse rappelant la nécessité du combat spirituel (1 Cor. IX, 24-27; X, 1-5), tandis que l’Evangile nous fait méditer sur les ouvriers de la onzième heure (Matth. XX, 1-16) : de la sorte l’Eglise nous rappelle dans un même temps que nous avons à combattre avec une véritable pugnacité pour accéder au salut, mais que ce dernier sera toujours un don gratuit de Dieu, et qu’aucun homme ne pourra l’attribuer à ses mérites personnels.

b) dans l’épître du dimanche de la Sexagésime (2 Cor. XI, 19-33 ; XII, 1-9), nous entendons Saint Paul faire le résumé de toutes les épreuves qu’il a endurées mais au terme de cette énumération retentit cette sublime assurance : « Ma grâce te suffit, car Ma puissance s’accomplit dans la faiblesse ». L’Evangile de ce jour (Luc. VIII, 4-15) est celui de la parabole de la semence qui tombe en des sols variés avec l’explication donnée par Notre-Seigneur Lui-même : les hommes n’accueillent pas tous la Parole salvifique de Dieu de la même manière, ils ne sont pas égaux dans la façon dont ils lui font porter du fruit. Ces deux textes mis en parallèle nous redisent que si la toute puissante grâce de Dieu peut faire en nous des choses qui sont bien au-delà des capacités réelles de notre nature, nous ne sommes cependant pas dispensés de l’effort pour amender le terrain de notre âme si nous voulons que cette grâce y produise la plénitude de ses fruits.

c) au dimanche de la Quinquagésime, est proclamé l’hymne à la charité (1 Cor. XIII, 1-13) ; puis dans l’Evangile (Luc. XVIII, 31-43) Jésus fait l’annonce solennelle de Sa Passion et de Sa Résurrection – « Voici que nous montons à Jérusalem » – avant de guérir l’aveugle de Jéricho. Par là, l’Eglise nous engage à crier comme cet aveugle : « Fils de David, aie pitié de moi! » afin que soit guérie la cécité de nos coeurs, et pour que nous nous engagions résolument, en pleine liberté et intelligence (pas comme les apôtres dont cet Evangile nous dit qu’ils ne comprirent rien aux paroles de Jésus), dans les pas du Sauveur qui va accomplir le mystère pascal : or ce ne sont pas des déterminations, des qualités ou des prouesses humaines qui nous permettront de le faire, mais la seule charité surnaturelle.

On a pu dire du temps de la Septuagésime qu’il est le « vestibule du carême » : en effet, ces trois dimanches sont comme trois paliers qui nous conduisent, par une gradation très étudiée, jusqu’au seuil du grand temps liturgique où seront dispensées en abondance les grâces de la pénitence, de la conversion, de l’intériorité, de l’approfondissement de notre vie chrétienne et du salut... Cet « avant-carême » nous prédispose donc non seulement à y entrer mais surtout à y bien entrer. Ce n’est pas au matin du mercredi des cendres que nous devrons tout à coup nous mettre à penser aux efforts de conversion et de pénitence qui nous sont les plus nécessaires ; ce n’est pas le jour de l’entrée en carême que, de manière impromptue, nous devrons réfléchir à l’ascèse qui devra être la nôtre pendant ce temps et en déterminer les résolutions! Procéder ainsi serait le meilleur moyen de rater notre carême. Et voilà pourquoi l’Eglise – en Mère réaliste et en excellente pédagogue – a institué ce temps de la Septuagésime.

En nous mettant en face des enjeux de notre vie et de nos responsabilités,  le temps de la Septuagésime nous invite à une réflexion – raisonnable, méthodique et posée – sur la stratégie qui s’impose à chacun de nous pour faire progresser notre propre conversion à l’amour divin en vérité, en profondeur et avec efficacité.

Pendant le temps de la Septuagésime il n’y a pas encore d’obligation du jeûne, mais déjà les ornements sont violets ; les chants joyeux (Gloria in excelsis et Alleluia) sont supprimés. Aux Messes de semaine, seul le graduel est récité ; le dimanche et les jours de fête, il est suivi d’un trait qui remplace l’Alleluia. Aux Messes solennelles du temps, le diacre et le sous-diacre portent encore la dalmatique et la tunique, et l’on peut toucher l’orgue. Avant le code des rubriques de 1960, qui a aboli cet usage, le « Benedicamus Domino » remplaçait l’ « Ite, missa est » à toutes les Messes de férie.

À l’Office divin, l’Alleluia qui suit l’introduction « Deus, in adjutorium », est remplacé par « Laus tibi, Domine, Rex aeternae gloriae ». À la fin de Matines, le Te Deum est remplacé par un simple répons.

La veille de la Septuagésime, à la fin des vêpres, les chantres ajoutent deux Alleluia au « Benedicamus Domino » et le choeur deux Alleluia au « Deo gratias ». C’est la déposition de l’Alleluia, que nos pères appelaient «Clausum Alleluia» (Voir le texte de Dom Guéranger sur les adieux à l’Alléluia : http://leblogdumesnil.unblog.fr/2013/01/26/2013-12-les-adieux-a-lalleluia/)

Un chant particulier au temps de la Septuagésime est le répons « Media vita« , (dont vous pouvez – si vous le voulez – entendre un enregistrement par le moyen de la vidéo ci-dessous).

En voici la traduction :

Dès le milieu de la vie, nous voici à la mort : quel aide chercher, si ce n’est Vous, ô Seigneur? Vous, que nos péchés irritent avec raison : * ô Dieu Saint, ô Saint Fort, ô Saint Sauveur miséricordieux, ne nous livrez pas à l’amertume de la mort!

En Vous ont espéré nos pères : ils ont espéré et Vous les avez délivrés : * ô Dieu Saint…

Vers Vous crièrent nos pères : ils ont crié et ils n’ont pas été confondus : * ô Dieu Saint…

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit. * Ô Dieu Saint…

 

Texte extrait du site http://leblogdumesnil.unblog.fr

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La Fête de l'Oraison de Notre Seigneur

Mardi de la Septuagésime

 

Jésus étant sorti s'en alla suivant, sa coutume au mont des Oliviers, et ses disciples le suivirent; et arrivé en ce lieu il leur dit « Priez afin de ne point entrer en tentation ». Et il s'éloigna d'eux de la distance d'un jet de pierre, et s'étant mis à genoux, il priait disant : « Père, si vous le voulez, éloignez de moi ce calice, cependant que votre volonté se fasse, et non la mienne ». Alors un ange du ciel lui apparut qui le fortifiait, et étant tombé en agonie il priait encore plus. Il eut une sueur, comme de gouttes de sang qui tombaient à terre.

L'Eglise consacre un jour de chacune des semaines qui précèdent la Passion à honorer d'un culte spécial une des parties de ce douloureux et ineffable mystère. Aujourd'hui, c'est l'oraison de Notre-Seigneur au jardin des Oliviers, qu'elle offre à la vénération et à la méditation de ses enfants. Ce qui émeut jusqu'au fond de l'âme dans le spectacle que nous offre la Passion, c'est la douceur inaltérable, le calme surhumain du Sauveur en présence de ce qui briserait le cœur le plus ferme.

Jamais on ne verra rien de semblable. C'est le sublime de la grandeur, le plus haut point d'élévation auquel l'homme puisse atteindre ; « s'en rapprocher, quoique toujours de loin, sera désormais le travail de ceux qui aspirent avec le plus d'ardeur à la perfection. Et néanmoins, comme pour les soutenir, comme pour encourager leurs efforts, cette perfection leur est montrée sous les conditions de la lutte, du combat intérieur inséparable de notre nature infirme. Aux approches de l'épreuve dernière, Jésus n'hésite pas certes, sa volonté n'est pas ébranlée un moment, mais le trouble envahit la partie inférieure de son être, il est triste jusqu'à la mort ; en proie à des angoisses, à une agonie plus terrible que le supplice même qui suivra, il ne le cache point, ne le dissimule point il veut au contraire que ses disciples en soient témoins, qu'ils en gardent le souvenir, afin d'y trouver un appui dans les involontaires défaillances de la chair, lorsque pour eux aussi viendra le jour du sacrifice ».

Le sacrifice se rencontre à chaque pas sur notre chemin. Les angoisses et les souffrances sont notre partage sur la terre le malheur est le roi d'ici-bas; et tôt ou tard, tout mortel finit par être atteint de son sceptre. Qui n'a pas ici-bas sa part aux infirmités humaines, sa croix à porter ? Toute créature est en travail, la vie humaine n'est qu'une longue plainte dont les échos montent vers le ciel. Jésus a voulu nous apprendre que la force pour supporter et souffrir se trouve dans la prière. A son exemple, adressons-nous à Dieu, il est le Tout-Puissant qui dirige tous les événements de ce monde il est la souveraine lumière qui éclaire toute intelligence.

Dieu est un bon Père, qui ne peut entendre les plaintes de ses enfants sans prêter l'oreille à leurs voix et sans apporter un soulagement à leurs misères. Mais n'oublions pas que s'il prie, que s'il arrose la terre de ses larmes et de son sang, c'est à cause des outrages dont nous nous sommes rendus coupables envers Dieu. Ce sont nos péchés qui rendent son âme triste jusqu'à la mort ; ce sont nos iniquités qui remplissent cette coupe qu'il demande à son Père d'éloigner de lui. Songeons à ne pas rendre ses souffrances inutiles, et disons-lui aujourd'hui avec l’Église : « Seigneur, qui, dans le jardin des Oliviers, nous avez appris, par votre parole et par votre exemple, à prier pour triompher des périls de la tentation, faites, dans votre bonté, qu'à travers les dangers et les obstacles de tout genre qui nous environnent, toujours appliqués à la prière, nous méritions d'en obtenir un fruit abondant, et par là, de parvenir sûrement au royaume du ciel ».

(Extrait des Petits Bollandistes, Abbé Guérin, Volume XVI)

 

Préface

 

Préparée à Paris, éclose à Vais près Le Puy, la dévotion au Cœur agonisant du Sauveur fut approuvée par le pape Pie IX, alors en exil ; le 2 février 1850, Sa Sainteté enrichit d'indulgences une prière rédigée par le R. P. Lyonnard, de la Compagnie de Jésus. Des confréries se formèrent bientôt en plusieurs villes ; celle de Jérusalem fut érigée en 1864, et transformée en archiconfrérie le 23 août 1867.

Plusieurs publications sont venues en aide à cette pieuse association, en ont expliqué les pratiques et entretenu l'esprit. Dans ce but, nous publiâmes nous-même plusieurs volumes,. « L'Agonie de Jésus » et « Le Cœur Agonisant » ; nous publions aujourd'hui un livre moins gros et plus populaire, en adoptant la forme d'un de ces Mois, qui sont si chers aux fidèles et si utiles aux âmes.

Toute époque où l'on se sent plongé dans l'affliction, est favorable pour faire le Mois du Cœur Agonisant. Le mois de juin, qui est le mois du sacré Cœur, paraît convenir aussi. Mais le mois de février convient mieux encore, parce qu'il devient ainsi une heureuse transition, entre les plaisirs du renouvellement de l'année et les austérités du carême. Nous conseillons même fortement de se régler sur la sainte quarantaine, de commencer ce Mois le quatrième jeudi avant le carême, le second avant la septuagésime, de manière que la fête de l'archiconfrérie du Cœur agonisant, l'oraison de Notre-Seigneur sur le mont des Oliviers, qui ne tombe jamais plus tôt que le 20 janvier, ni plus tard que le 24 février, toujours le mardi de la septuagésime, se rencontre le treizième jour, et que ces pieux exercices servent à s'y préparer, au moins durant une neuvaine. Ils se termineront le premier samedi de carême, par un hommage rendu au Cœur compatissant de Marie.

Chrétiens dévoués au Cœur agonisant de Jésus, méditez-en les angoisses, partagez-en les souffrances, et laissez votre cœur devenir un autel et un calvaire. La dévotion n'est-elle pas l'embonpoint spirituel d'une âme engraissée de charité ? Pendant un mois engraissez-vous d'amour, de compassion, de générosité, de dévouement et de patience, pour continuer l'œuvre du Cœur sacré du Rédempteur, en nous obtenant l'application des mérites de son agonie. Restez ensuite toute votre vie, comme durant ce mois, à l'école du divin agonisant, pour apprendre à compatir efficacement aux douleurs des autres, et à faire de vos propres agonies un apostolat fécond.

 

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Le Mois du Cœur agonisant de Jésus

 

Veille du premier jour

 

Lecture préparatoire

 

La dévotion au douloureux mystère du jardin des Oliviers, et la dévotion au Cœur de Jésus, ont une commune origine, les révélations de Notre-Seigneur à Sainte Marguerite-Marie, qui reçut de lui la pratique de l'Heure Sainte, et la mission de répandre le culte de son divin Cœur. Le Cœur agonisant c'est le Cœur même de l'Homme-Dieu, considéré dans son état passif, dans ses souffrances, ses angoisses, ses tristesses, ses craintes et ses ennuis, L'expression de Cœur agonisant était usitée dès les premières années du XVIIIe siècle.

Les peines intérieures commencèrent et finirent pour Jésus avec sa vie mortelle, et il y fait allusion quand il nous dit par la bouche du Psalmiste : « J'ai été dans le trouble, l'anxiété, les travaux dès ma jeunesse » (Psaume16). Mais il modérait à son gré cette agonie morale, et ce ne fut qu'à Gethsémani qu'il la laissa tourmenter pleinement son Cœur, et même déborder sur son corps. Aussi est-ce au jardin des Oliviers que tous les chrétiens fervents accourent en esprit, pour partager les souffrances de Jésus, pleurer avec Jésus, unir leurs cœurs au Cœur agonisant de Jésus.

Par la dévotion au Cœur agonisant du bon Maître, nous voulons d'abord lui offrir nos hommages et nos réparations, l'honorer dans ses douleurs et réparer les outrages qu'il reçoit. Nous voulons même prévenir ces outrages, les empêcher, en travaillant à convertir les pécheurs qui l'offensent, et surtout ceux que la mort va jeter dans l'éternelle damnation. Préserver de l'enfer, préserver de l'impénitence finale les quatre-vingt mille mourants de chaque jour, voilà l'objet principal de notre intercession, de nos supplications au Cœur agonisant de Jésus. Qui n'en voit l'opportunité ? Autrefois tout chrétien qui se sentait mourir, voulait se réconcilier avec Dieu, et en prenait lui-même les moyens. Mais aujourd'hui beaucoup de malades à l'extrémité ne veulent pas même voir le ministre de la réconciliation ; la société satanique des Solidaires travaille nuit et jour, à réaliser sa devise : Plus de prêtre, ni à la naissance, ni au mariage, ni à la mort. Elle séduit les faibles et les pauvres, par l'appât d'un enterrement civil où le nombre augmente le scandale.

Enfin le Cœur agonisant de l'Homme-Dieu est pour nous un objet d'imitation. Au dernier jour de sa Vie mortelle , le Sauveur voulut endurer trois passions, une passion eucharistique et sacramentelle sur le mont Sion, une passion mystique et intérieure sur le mont des Oliviers, une passion extérieure et sanglante sur la colline du Calvaire. Ces trois passions se continuent ou se réitèrent à travers tous les siècles. Tous les jours dans nos temples et sur nos autels Jésus lui-même continue, par le ministère du prêtre, sa passion eucharistique. Souvent au milieu des peuples civilisés ou barbares, dans les prisons ou sur les places publiques, la sanglante passion du Sauveur a été renouvelée, dans la personne des martyrs, par le ministère des bourreaux. En qui donc se réitérera sa passion intérieure ? En quelques âmes privilégiées, dont le cœur est tantôt un autel et tantôt un calvaire, mais quelquefois aussi une montagne et un jardin des Oliviers, où, sous la pression des épreuves mystiques et des souffrances morales, qui les réduisent à une agonie pire que la mort, coule l'huile de la prière et de la résignation, du renoncement et de la charité.

Le même religieux qui répandit la dévotion au Cœur agonisant de Jésus, publia « L'Apostolat de la souffrance », et propagea la société des victimes volontaires. N'est-ce pas le désir d'imiter le Cœur agonisant du Sauveur, qui a fait naître cette société, pour les besoins actuels de l'Église et des nations catholiques ? Plus un pays est souillé par les iniquités de ses habitants, plus il convient de le purifier et de l'assainir, en y introduisant les plantes salutaires issues du sang de Jésus-Christ, qui répandent autour d'elles une suave odeur de vie et de pureté ; plus il importe d'y établir des paratonnerres, qui détournent loin des têtes coupables les foudres de la divine justice, prête à éclater sur elles. Ces plantes, ces paratonnerres, ce sont toutes les communautés ferventes, ce sont particulièrement les victimes volontaires.

Dieu choisit indistinctement ces victimes spéciales, dans tous les rangs de la société chrétienne, et leur donne une large participation aux souffrances de son Fils unique, par conséquent à son titre de victime, à sa fonction de sauveur. La tendre prédilection qu'il a pour elles, le dispose à leur accorder des miracles de grâce, quand elles lui présentent leurs prières mêlées aux larmes, au sang et aux agonies de Jésus, ainsi qu'à leurs propres larmes et à leurs propres agonies. La Vierge-Mère fut au premier rang dans cette généreuse phalange ; vint ensuite saint Jean, le disciple bien-aimé du Cœur agonisant de Jésus, et l'enfant privilégié du Cœur compatissant de Marie. Puis, à toutes les époques de crise religieuse et sociale, le Seigneur suscita en nombre plus ou moins grand ces victimes cachées, dont l'action latente, comme celle de la grâce en chacun de nous, opère avec elle et par elle d'une manière intime et vitale.

Le but de ce Mois est de faire de nous des apôtres par la souffrance, aussi bien que par la prière. Soyons intercesseurs et suppliants, mais en même temps acceptons patiemment nos peines, nos maladies, toutes nos tribulations, la mort même pour l'Église et pour les âmes. Cet emploi apostolique de nos afflictions nous fera puiser, dans le Cœur agonisant de Jésus, les plus fortes et les plus suaves consolations. Peut-on mieux se consoler dans ses propres agonies, qu'en méditant les agonies d'un Dieu, et en soulageant les agonies des hommes ?

 

Premier jour

L'agonie continuelle

 

La continuité de l'agonie du Cœur en Jésus-Christ, depuis le premier instant de sa conception jusqu'à son dernier soupir, est attestée par les auteurs les plus graves, qui s'appuient sur le titre d'homme de douleurs donné au Messie parle prophète (Isaïe. 53, 3), et sur plusieurs paroles du psalmiste (Ps. 30, 11 ; 37, 18 ; 87, 16). Au jardin des Oliviers, il éprouva toute l'intensité de cette agonie.

 

Méditation

 

1. Pendant que les anges chantaient au-dessus de sa crèche : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté (Luc. 2, 14), Jésus disait en son Cœur ce qu'il devait redire sur le mont des Oliviers : « Mon Père, que votre volonté soit faite, et non pas la mienne (Luc 23, 42). Anges du ciel, pouvait-il ajouter, vous applaudissez à mon humiliation volontaire pour la gloire de Dieu et la paix des hommes. Vous êtes les avant-coureurs du céleste esprit, qui viendra me visiter dans une humiliation plus grande encore, dans la lutte de ma nature humaine contre ma volonté divine, lorsque je serai prosterné sur la terre, en proie à l'agonie et tout sanglant. En pensant à vous, je ne puis m'empêcher de penser à lui ». De même voyait-il des victimes ? Il savait qu'elles étaient la figure du sacrifice, qu'il consommerait par son immolation sur le Calvaire. Voyait-il Jérusalem ? Il savait que dans cette ville il perdrait la vie, au milieu des opprobres et des tourments. Regardait-il sa Mère bien-aimée ? Il s'imaginait la voir déjà debout au pied de sa croix. C'était pour son Cœur une continuelle torture. Pourquoi la vue d'un jardin, d'une fleur, d'un bouquet, ne vous ferait-elle pas aussi penser à ce jardin des Oliviers, à cette fleur des champs, à ce bouquet de myrrhe (Cant. 1, 12 ; 2, 1), tout arrosés de sueur et de sang ?...

II. Par la prévision de ses maux, Jésus endura dans son Cœur et pendant trente ans toutes les afflictions à la fois. De tous les organes de sa sainte humanité, son Cœur fut le premier et le dernier à souffrir : toutes les souffrances des autres membres s'y étaient ramassées. Il se faisait un flux et reflux continuel des peines de l'esprit au Cœur, et des peines du Cœur à l'esprit. C'était un calice qui se remplissait à tout moment, et que le Sauveur buvait aussi sans relâche et jusqu'à la lie. Ce qui rendait ce calice plus amer, c'était la certitude que ses peines seraient en partie inutiles ; ce qui rendait cette agonie plus poignante, c'était de savoir qu'après tant de combats il ne remporterait pas une victoire plus achevée, Il pensait non-seulement aux idolâtres, aux juifs, aux mahométans, à qui les mérites de sa passion ne seraient point appliqués ; il pensait encore aux chrétiens qui foulent aux pieds le Fils de Dieu, et souillent le sang du Testament (Heb. 10, 29). Ne pensait-il point aussi que, devenu notre juge, il nous demanderait un compte sévère du sang que nous avons profané ?...

III. Notre-Seigneur avait sans cesse sous les yeux les supplices de tous les martyrs, et il en discernait les détails les plus horribles ; il voyait les tribulations de tous les affligés, toutes les indigences et toutes les persécutions. Combien ne souffre pas une mère qui voit souffrir son enfant ! Or, Jésus nous aimait incomparablement plus qu'une mère. Si la tendresse de toutes les mères se réunissait en un seul cœur, ce serait moins qu'une étincelle en comparaison de l'incendie de charité qui dévorait le Cœur de l'Homme-Dieu. Chacune de nos souffrances faisait une plaie à cet aimable Cœur, qui, percé de tant de blessures, ne conservait la vie que par miracle. Il était devenu le confluent de toutes nos douleurs, et le calvaire où toutes nos croix étaient plantées. Jamais l'esprit humain ne comprendra quelle agonie, quel martyre, le Cœur du Fils de Dieu endura, depuis l'incarnation jusqu'à la mort, par sympathie et commisération pour nous. Quand nous sommes affligés, est-ce une consolation de savoir que toutes nos peines ont passé par le Cœur de Jésus, qu'il les a le premier ressenties et portées par amour pour nous ? En sommes-nous plus généreux à les porter par amour pour lui ?...

Lire dans l'Agonie de Jésus du Père Blot, livre I, le chapitre II « L'agonie de Nazareth »

 

Pratique : Ne nous faisons pas un christianisme mitigé, un christianisme à concessions, un christianisme sans combat. Ne nous plaignons plus de la longueur de nos souffrances et de nos épreuves. Mais consentons que notre vie soit comme celle des saints, comme celle de Jésus, une continuelle agonie.

 

Exemple

 

« Je trouve dans la vie de sainte Catherine de Gênes, dit le P. Eudes, qu'un jour Dieu lui fit voir l'horreur du moindre péché véniel, et elle assure que, quoique cette vue ne durât qu'un moment, elle vit néanmoins un objet si effroyable que le sang lui glaça dans les veines, qu'elle tomba dans l'agonie, et qu elle serait morte si Dieu ne l'avait conservée miraculeusement, pour raconter aux autres ce qu'elle avait vu. Ensuite de quo elle disait que, si elle était dans le plus profond d'une mer de feux et de flammes, et qu'il fût en son pouvoir d'en sortir à la condition de voir encore une fois en sortant de là une chose si épouvantable, elle aimerait mieux y demeurer que d'en sortir à cette condition. Or, si la vue du moindre péché véniel a mis cette sainte dans un tel état, que faut-il penser de l'état auquel notre Sauveur a été réduit par la vue de tous les péchés de l'univers ? Car il les avait tous continuellement devant les yeux, et sa lumière étant plus grande infiniment que celle de sainte Catherine, il y avait plus d'horreur infiniment qu'elle n'y en voyait. Tous ces péchés et toutes ces vues navraient son Cœur d'une infinité de plaies ». (Eudes, le Cœur admirable, T. II, liv. VI, ch. 10).

 

Deuxième jour

Une coutume de Jésus

 

Accomplissant les figures et les prophéties, Jésus sort de Jérusalem, traverse le torrent et la vallée du Gédron, malgré les ténèbres de la nuit, et va là où il sait qu'on viendra le trahir et le prendre. Pourquoi ? Pour rester fidèle à son habitude d'aller prier Dieu, le soir, sur le mont des Oliviers.

 

Méditation

 

1. Notre-Seigneur avait coutume de rendre grâces publiquement, de prier, après chaque repas ; il le fit encore la veille de sa mort, après avoir mangé l'agneau pascal et institué l'Eucharistie. Les religieux l'imitent, en nourrissant leur esprit par une lecture durant le repas, et en visitant aussitôt après le Saint Sacrement ou quelque pieuse image, pour nourrir leur cœur par la prière. Imitons-le aussi, en prenant la nourriture du corps avec tempérance et modestie, afin que l'âme puisse toujours se nourrir d'oraison, afin que nos repas mêmes glorifient le Seigneur. Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, dit l'Apôtre, faites tout pour la gloire de Dieu (1 Cor. 10, 31). Le fait-on d'ordinaire parmi nous ? Parfois ne contentons-nous pas nos sens, de manière que l'excès de la nourriture appesantisse notre âme et l'empêche de prier ? Combien même de chrétiens aujourd'hui qui, comme les païens d'autrefois, ont l'idolâtrie du ventre, adorent le dieu ventre, (Philippiens 3, 19), se montrent plus fidèles à servir leur ventre qu'à servir Jésus-Christ (Romains 16, 18) ?...

II. Sous le coup des plus dures épreuves, le Sauveur n'interrompt ni ne change ses pieuses habitudes. Il n'ignorait rien de ce qui l'attendait au jardin des Oliviers, et saint Jean nous fait remarquer que c'était un lieu bien connu de Judas, parce que le Maître et les disciples s'y étaient fréquemment réunis (Jean 18, 2). La certitude d'y être facilement trouvé, pris, garrotté, ne suffit pas pour que Notre Seigneur manque à une sainte coutume. En est-il ainsi de nous ? Une mince contrariété, une légère fatigue, un malaise imaginaire, la moindre crainte, celle d'une critique, d'une raillerie, d'un regard ou d'un sourire désapprobateur, nous font interrompre nos meilleures coutumes, omettre nos exercices de dévotion, quelquefois même nos devoirs de religion, comme l'assistance à la messe, la communion, l'abstinence...

III. Les habitudes du divin Maître venaient d'une conviction si profonde et d'une volonté si ferme, qu'il allait, sortait, entrait, priait selon sa coutume, et non point par coutume. Nous, au contraire, que de choses nous faisons par simple habitude, par routine, machinalement, sans élan ni entrain, sans esprit intérieur ni générosité spirituelle ! Si nos lèvres récitent une formule, notre mémoire seule y prend part, notre cœur est loin de Dieu (Matthieu 15, 8). N'est-ce pas même parce que notre piété est comme un corps sans âme, que nous sommes souvent renversés par le choc de la tentation, ou du moins arrêtés dans notre marche Vers la perfection ? Cœur agonisant de Jésus, venez combattre le sensualisme et la mollesse de notre siècle ; venez nous aider à prendre des habitudes austères et viriles, qui nous fassent avancer encore, comme par la force d'une vitesse acquise, quand les résistances de la nature et du monde voudraient nous ralentir et nous entraver !...

Lisez dans L'Agonie de Jésus, liv. IV, chap. II, Le passage du Cédron.

 

Pratique : Mettons autant de régularité à nourrir notre âme qu'à nourrir notre corps. Durant l'agonie morale, le trouble et l'obscurité, ne faisons aucun changement à nos bonnes résolutions, mais changeons-nous courageusement nous-mêmes. Soyons fidèles à passer chaque année un mois au jardin des Olives, à faire l'Heure Sainte chaque semaine, malgré les dégoûts, les contradictions, les ennuis et les tristesses.

 

Exemple

 

La pratique de l'Heure Sainte, dont le parfum suave et discret embaume aujourd'hui toute l'Église, nous vient de Sainte Marguerite-Marie Alacoque, religieuse de la Visitation, à laquelle Notre-Seigneur confia le soin de cette plante bénie. Elle rapporte ainsi le commandement qu'il lui donna : « Toutes les nuits du jeudi au vendredi, je te ferai participer à cette mortelle tristesse, que j'ai bien voulu ressentir au jardin des Oliviers, et cette participation à ma tristesse te réduira à une espèce d'agonie plus rude à supporter que la mort. Tu m'accompagneras dans cette humble prière, que je présentai alors à mon Père parmi toutes mes angoisses, et pour cela tu te lèveras entre onze heures et minuit, et tu demeureras prosternée avec moi pendant une heure la face contre terre, tant pour apaiser la divine colère, en demandant miséricorde pour les pécheurs, que pour honorer et adoucir en quelque façon l'amertume que je sentis alors de l'abandon de mes apôtres ; ce qui m'obligea de leur reprocher qu'ils n'avaient pu veiller une heure avec moi. Tu feras pendant cette heure-là ce que je t'enseignerai ». (Mémoire de Sainte Marguerite-Marie, n° 37).

 

Troisième jour

Le Mont des Oliviers

 

Où se rend le divin Maître, en sortant de Jérusalem, suivi de ses disciples ? Sur le mont des Oliviers. Comme l'olive sous le pressoir, son Cœur veut y être serré, pressé, torturé par toutes les douleurs morales, pour répandre plus abondamment l'huile de la miséricorde et de la paix, l'huile de l'espérance et de l'amour.

 

Méditation

 

I. Pourquoi le Sauveur choisit-il une montagne, pour en faire le lieu de sa prière ? Il nous avertit de rechercher dans nos prières ce qui est haut et sublime, c'est-à-dire de faire des biens célestes, des intérêts éternels, l'objet principal de nos demandes. A mesure qu'il gravit la hauteur sur laquelle il va prier durant trois heures, il nous crie : « Les cœurs en haut ! Ne permettez pas que vos cœurs soient appesantis ou abaissés par le soin des choses inférieures ; mais que la sainte prière soit toujours pour vous une ascension de l'âme vers Dieu, une élévation des pensées et des désirs ! Hélas ! combien de fois nos prières ont-elles été boiteuses, ou se sont-elles traînées sur la terre ?...

II. Pourquoi l'Homme-Dieu choisit-il une montagne, pour y commencer sa passion, pour y livrer son Cœur à l'agonie ? Il nous apprend que son corps mystique doit se transfigurer sur le mont des Oliviers, comme son corps réel se transfigura sur le Thabor ; il nous apprend que les lieux où nous souffrons, sont pour nous le chemin de la gloire, et que la douleur prépare nos corps eux-mêmes à l'ascension glorieuse. Car de ces mêmes sommets où ils vont le voir souffrir cruellement, ses disciples le verront bientôt remonter glorieusement dans les deux. Partout où nous souffrons, disons donc avec saint Pierre sur le Thabor : « Il est bon que nous soyons ici » (Matthieu 17, 4). Ne nous tarde-t-il pas, au contraire, de changer de lieu ou d'emploi ? Nous descendons du mont des Olives, où la patience nous aurait transfigurés, nous rampons dans la plaine , nous restons des chrétiens vulgaires, parce que nous ne voulons faire effort ni pour rectifier notre conduite, ni pour élever nos sentiments, ni pour mettre notre cœur en harmonie avec le Cœur agonisant de Jésus...

III. Pourquoi encore le mont des Oliviers ? Parce que l'olivier est le symbole de l'espérance et de la paix. Des hauteurs du mont des Oliviers, le Sauveur découvre tout l'univers et l'histoire de tous les siècles, tous les lieux et tous les temps où nous serons agités, battus, brisés par les tempêtes ; il promène ses regards sur la mer orageuse du monde, où il voit tant d'âmes en péril, où il compte tant de malheureux qui ont déjà sombré, par imprudence et par faiblesse. Il leur crie : « Espérance, espérance, ô pauvres naufragés ! Je vous apporte la paix et le pardon, je vous envoie deux planches de salut, qui sont la souffrance et la prière : profitez-en, vous reviendrez tranquillement au port ! En profitons-nous ? Savons-nous espérer, souffrir et prier ?...

Lisez dans L'Agonie de Jésus, liv. III, ch. IX L'Espérance

 

Pratique : Quels que soient mes troubles, mes tentations, mes adversités, j'espérerai en Dieu quand même. Dans mes prières pour moi et les autres, je demanderai surtout les biens spirituels et célestes. Après mes exercices de piété, si agonisant que soit mon cœur, je montrerai à tous quelque chose de plus pacifique et de plus confiant, aux miens plus d'amabilité, aux malheureux plus de dévouement.

 

Exemple

 

 

L'exercice de l'Heure Sainte fleurit maintenant dans l'Église entière. Il a donné naissance à une archiconfrérie, dont le siège est à Paray-le-Monial, et que le pape Grégoire XVI, en 1831, dota de précieuses indulgences. Chaque semaine, au jour et à l'heure où le Fils de Dieu, prosterné la face contre terre, répandait une sueur de sang, un grand nombre d'âmes pieuses se dérobent aux douceurs du sommeil, pour tenir compagnie à Jésus agonisant, pour appliquer activement toutes leurs facultés à ses souffrances intérieures, et pour échapper au reproche qu'il adressa aux premiers témoins de son agonie : « Quoi ! Vous n'avez pu veiller une heure avec moi ? » (Matth. 24, 40). En certaines paroisses, comme à Bréauté, au diocèse de Rouen, cet exercice se fait collectivement le jeudi soir par les hommes seuls, par les confrères, qui passent une heure devant le saint Sacrement, en prières ou méditations, à genoux ou assis. Ils se proposent, de consoler ainsi le Cœur du bon Maître, et d'obtenir une part de ses miséricordes. Dans plusieurs communautés, comme celle du Cœur agonisant, à Lyon, toutes les religieuses se rendent à la chapelle vers le milieu de la nuit. L'une d'elles lit à haute voix ce que les Évangélistes nous apprennent, sur l'agonie de Notre-Seigneur au jardin des Oliviers. Toutes se prosternent, unissent leur prière à sa prière, leur sacrifice à son sacrifice, et s'offrent avec lui comme victimes à son divin Père. Avant de se retirer, on l'ait une amende honorable au Cœur agonisant de Jésus, qu'on adore dans le tabernacle, comme dans la grotte de Gethsémani.

 

Quatrième jour

Le jardin de l'Agonie

 

Sur le mont des Oliviers, Notre-Seigneur laissa huit de ses apôtres dans une ferme nommée Gethsémani, en leur permettant de s'asseoir ; il prit Pierre, Jacques et Jean, leur recommanda de veiller avec lui, et les introduisit dans un jardin, ubi erat hortus (Jn 28, 1). Le premier Adam nous avait fait tomber avec lui dans le jardin de délices : le second Adam nous releva par ses expiations volontaires, dans le jardin de l'agonie.

 

Méditation

 

I. Dans le paradis terrestre, nos premiers parents laissèrent s'allumer en eux cette soif de jouissances, qui ne devait plus s'éteindre dans leur postérité ; pour jouir ils foulèrent aux pieds leur devoir, leur bonheur et le nôtre. Jésus-Christ fait du jardin des Oliviers le lieu de sa pénitence, le temple et l'autel de son sacrifice ; il est lui-même le prêtre et la victime de son holocauste. Comme le premier châtiment infligé par le Seigneur à nos coupables parents, fut de les abandonner à eux-mêmes, en sorte qu'ils devinssent leurs premiers bourreaux, et que le remords fût leur première peine : ainsi le divin Réparateur veut paraître abandonné, se tourmenter lui-même, être son propre sacrificateur. N'hésitons pas non plus à nous imposer à nous-mêmes, par esprit de pénitence, des sacrifices et des privations...

II. Dans le jardin de délices, l'homme se cacha et Dieu se montra, l'homme par honte et Dieu par justice. Dans le jardin de l'agonie, c'est l'homme qui se montre et Dieu qui se cache. Dieu se cache, Deus abscondilus (Isaïe 45, 15), pour laisser souffrir son Fils notre Rédempteur ; l'homme se montre, vir dolorum (Isaïe 53, 3), pour endurer toutes les souffrances morales, être garrotté par les bourreaux et conduit au supplice. Quand aurai-je le courage de dire à Dieu : Cachez-vous pour moi, Seigneur ? Retirez-moi vos consolations, vos douceurs, toutes les délices sensibles de la dévotion, le sentiment même de votre assistance, pour que je souffre davantage, pour que mon sacrifice et ma fidélité soient plus méritoires !...

III. Au milieu de l'Éden, nous étions en Adam comme les rameaux dans l'arbre, et il nous communiqua le virus du péché originel. Chacun de nous n'est plus qu'un olivier sauvage, oleaster, suivant l'expression de saint Paul ; Jésus-Christ seul est l'olivier franc, sur lequel il faut que nous soyons entés pour porter de bons fruits (Romains 11, 17, 24). Pourquoi dans le jardin des Oliviers ouvre-t-il toutes ses veines, tous ses pores ? Pour s'unir et s'incorporer par toutes ces ouvertures, pour enter sur sa propre tige, tous ces oliviers sauvages et stériles qui sont les rejetons d'Adam. Il entre en agonie pour nous rendre participants de sa sève vitale, pour nous remplir du suc de sa grâce et de son amour. Demeurons en lui pour porter du fruit, et souffrons avec lui pour en porter plus encore. Cœur agonisant de Jésus, mon âme est devant vous comme une terre sans eau (Psaume 142, 6) ; visitez-la par votre miséricorde, pour l'enivrer de générosité, pour la rendre de plus en plus féconde !...

Lisez dans « L'Agonie de Jésus », Liv. IV, ch v Le jardin de délices et le jardin de l'agonie

 

Pratique : Me bien convaincre que, si Dieu paraît m'abandonner ou se cacher dans mes épreuves, c'est pour mieux les marquer au coin de son Fils, c'est pour en faire une monnaie qui ait plus de valeur. — Ne jamais blâmer les austérités des saints, mais estimer le droit à la souffrance innocente et libre, en user même quelquefois comme le divin agonisant.

 

Exemple

 

Une âme pieuse qui a expérimenté la manière passive défaire l'heure-sainte, écrivait à son directeur : « Je commence par me rendre en esprit au jardin de l'agonie, et je m'offre tout entière à Notre-Seigneur avec mon âme, mon esprit, mon cœur, mon corps, pour éprouver tout ce qu'il voudra pendant cette heure. A peine ai-je fait cette offrande, que mon âme est saisie d'effroi, d'épouvante ; elle se sent comme mourir, à la pensée des tourments qu'elle commence à endurer, et qui ne sont rien pourtant en comparaison de ceux qu'elle aura à souffrir, vers le milieu et vers la fin de cette heure d'angoisses. Le péché universel se montre à ma vue, et Notre-Seigneur me fait comprendre l'outrage qu'en reçoit la Majesté divine. C'est là le plus grand des supplices ; car il nous semble que Dieu nous revêt de ce péché, qu'il est nôtre, et qu'il nous en reste l'expiation. Je ne saurais vous dire ce qui se passe alors. On se sent accablé de tout le poids de ce péché, une sueur froide s'étend sur tout le corps, et l'âme est livrée aune telle torture intérieure que l'enfer semblerait un paradis, s'il était permis d'échanger un instant les tourments de l'enfer, pour ce supplice absolument inexprimable. L'esprit est enveloppé de ténèbres, livré à la crainte, à la tristesse, au dégoût, sans savoir précisément de quoi. On se sent plutôt écrasé par la justice du Père éternel, que sous la dépendance de Notre-Seigneur lui-même, pour partager toute son agonie. Il est rare que, dans ces moments indicibles, j'aie le sentiment de moi-même ; je ne sais plus si j'existe, je suis comme transsubstantiée en douleur ».

 

Cinquième jour

L'affliction du Cœur de Jésus

 

Le Cœur de l'Homme-Dieu avait toujours été agonisant ; mais dès qu'il entre au jardin des Oliviers, avec trois disciples choisis, il commence à sentir plus vivement la tristesse et le chagrin, cœpit contristari et mœstus esse (Matthieu 26, 37), parce que rien ne l'y soulage plus de ses ennuis et de ses craintes, de ses dégoûts et de ses douleurs.

 

Méditation

 

I. Pourquoi Notre-Seigneur veut-il tant souffrir au jardin des Oliviers, sans même attendre son arrestation ? Victime totale et universelle, il aurait voulu souffrir depuis le commencement du monde jusqu'au dernier jugement, afin d'égaler le plus possible sa souffrance à son amour. Ce vœu ne pouvant être exaucé, il entre volontairement en agonie, pour compenser la durée par l'intensité, pour récapituler en soi toutes les afflictions, et faire de son Cœur le confluent de toutes les douleurs. Il s'enferme dans le jardin comme dans une prison, afin que toutes les tortures morales viennent l'y assaillir, comme les soldats viendront l'y prendre. Nous aussi, quand nous avons moins longtemps à souffrir, désirons-nous souffrir plus violemment ? Ne cherchons-nous pas à diminuer la violence comme la durée de nos peines ?...

II. Si pour cette Agonie le Sauveur choisit le temps, qui précède immédiatement son arrestation, c'est afin de mettre plus en évidence et la générosité de sa conduite, et la liberté de son sacrifice : sa générosité, quand il ira lui-même au-devant de ses persécuteurs ; sa liberté, quand il achèvera sur le Calvaire, au milieu clés bourreaux, le sacrifice qu'il commence lui-même, sans nulle violence du dehors, sur le mont Olivet. Il est le maître des agitations de son Cœur, et tandis que ce sont nos passions qui nous remuent, c'est lui qui remue ce qui dans son Cœur tient lieu de nos passions ; il souffre quand il lui plaît, autant qu'il lui plaît et de la manière qu'il lui plaît. Il s'émeut comme un homme, mais avec la générosité et la liberté d'un Dieu. Nous, au contraire, nous usons le plus souvent de la liberté qui nous est laissée, pour nous soustraire à la peine, à la souffrance...

III. Durant tout le cours de sa vie, le bon Maître avait parlé de sa passion avec joie, comme d'un baptême désiré, Gomme d'une heure impatiemment attendue. Maintenant il avoue que son âme est troublée, il prie son Père de le préserver de cette heure-là (Jean 12, 27). Mais ne faut-il pas qu'il aille à la mort avec tremblement, puisqu'il doit y aller comme un criminel ? Sur la croix il montrera la grandeur de son pouvoir divin ; au jardin il veut montrer la faiblesse de sa nature humaine. Là nous le verrons dans l'acte même de sacrificateur ; ici nous le voyons dans l'état de victime. Aimons-nous cet état de victime ? Pour mieux ressembler à Jésus agonisant, acceptons-nous volontiers d'être victimes des événements, de l'injustice et de la calomnie ?

Lisez dans « L'Agonie de Jésus », liv. Il, chap II Jésus a vraiment souffert intérieurement

 

Pratique : Baisons quelquefois la terre avec respect, en souvenir de cette terre bénie sur laquelle Notre-Seigneur colla ses lèvres, et répandit la précieuse rosée de son sang : il s'en exhalera un parfum de patience et d'humilité, qui embaumera notre âme et ranimera notre courage. — Pour mieux puiser un surcroît de forces dans le Cœur agonisant, tenons-lui compagnie, veillons souvent avec lui, dans nos joies comme dans nos peines.

 

Exemple

 

Plusieurs âmes illustres ont éprouvé dans l'extase les afflictions du Cœur de Jésus, ont fait l'Heure-Sainte d'une manière extatique. Marguerite du Saint-Sacrement, carmélite de Beaune, fut transportée dans un ravissement au jardin des Oliviers, où le Sauveur lui communiqua la tristesse de son âme, ses craintes, sa sueur de sang, son agonie, et les imprima en elle autant qu'elle fut capable de les supporter. Pendant les deux premières heures, elle demeura le visage collé contre terre, versant des larmes avec tant d'abondance que toute la communauté en était vivement émue. Elle se releva ensuite, se tint droite pendant un quart d'heure, les yeux élevés au ciel, tremblante et paraissant fort effrayée ; après quoi elle se prosterna de nouveau. Insensiblement on vit son corps se courber, et sa tête se pencher à terre avec une indicible expression de terreur, jusqu'à ce que ne pouvant soutenir le spectacle déchirant de l'agonie et des douleurs infinies de son Maître, elle retombât la face contre terre, s'abandonnant à Dieu, comme avait fait Jésus-Christ, pour porter sa croix et le fardeau des péchés du monde. Au moment où elle aperçut en esprit la troupe conduite par Judas, elle se leva calme, sereine, avec un front plein de majesté. Peu d'instants après, ses mains se fixèrent Tune sur l'autre, comme si elles eussent été liées avec des cordes, dont les marques s'imprimèrent si fortement dans les chairs, que les carmélites apercevaient très-distinctement deux longues enflures, qui semblaient suivre toutes les sinuosités de la corde et former deux espèces de bourrelets. (Louis de Cissey, Vie de, Marguerite du St Sacrement).

 

Sixième jour

Les craintes du Cœur de Jésus

 

Celui que l'Écriture appelle le lion de la tribu de Juda (Apocalypse 5, 5), daigne commencer son agonie par la crainte, cœpit pavere (Marc 14, 33). Tel est l'excès de sa frayeur qu'il en est ébranlé, qu'il implore l'assistance de ceux mêmes dont il n'espère rien. C'est ainsi qu'il expie notre présomptueuse sécurité.

 

Méditation

 

I. Si le démon avait connu la divinité du Fils de Marie, s'il avait su que sa mort serait le salut du monde, il n'aurait point poussé les Juifs à le mettre en croix. Mais trompé par les apparences, il crut qu'il ne risquait rien en traînant au supplice un homme, dont la doctrine et les vertus excitaient sa haine. La crainte de Jésus est un appât pour prendre Satan à l'hameçon. Quel est cet hameçon ? la divinité, que le Sauveur cache sous le ver de son corps timide et tremblant. Le démon tout joyeux accourt pour dévorer l'humanité, le ver qu'il voit plongé dans les eaux de la douleur et de la crainte ; mais il est pris lui-même par l'hameçon, par la divinité. En manifestant son effroi, sa crainte de la mort, le Fils de Dieu provoque ses ennemis invisibles à le faire mourir, par un supplice qui anéantira leur empire. Et nous, dans nos combats pour la conquête du ciel, ne négligeons-nous point la prudence, le discernement, l'habileté ?...

II. Pour nous, la crainte et l'abattement du Sauveur sont une lumière et une force, dans toutes nos appréhensions, spécialement à notre dernière heure. N'a-t-on pas vu des saints trembler, comme lui, aux approches de la mort ? Que la crainte qu'il éprouve nous remplisse nous-mêmes d'une sainte frayeur pour ce redoutable passage ; qu'elle nous stimule à mieux nous y préparer, qu'elle nous console de nos répugnances et les sanctifie ! Si la nature en nous craint, tremble, murmure, ne nous en inquiétons pas ; mais que notre cœur, qui seul est en notre disposition, s'unisse au Cœur du divin agonisant, pour s'effrayer avec lui, espérer avec lui, se résigner avec lui. Avons-nous jusqu'ici pratiqué cette union ?

III. Nous ne saurions avoir tant de défaillances au cœur, que Jésus n'en ait ressenti plus encore pour nous obtenir du courage. Il a tremblé, pour que ses martyrs allassent au supplice comme aune fête. L'intrépidité humaine commence par une forcé audacieuse et superbe, mais se termine souvent à la crainte et à la faiblesse. L'intrépidité que la grâce inspire, commence par un abattement de l'âme, par une vive appréhension, par un humble aveu de notre insuffisance. Mais la vraie valeur, la valeur chrétienne, après avoir considéré tous les justes motifs de craindre le péril, passe et s'élève au-dessus de tous les obstacles pour l'affronter. Ainsi Jésus sera d'autant plus courageux qu'il a paru plus timide : après avoir tremblé à la vue d'iniquités qui ne sont pas les siennes, il n'hésitera pas à souffrir la passion la plus ignominieuse et la mort la plus cruelle, pour en faire pénitence. Ah ! prenons, prenons dans son Cœur le courage et l'humilité qu'il nous faut, pour n'hésiter jamais à laisser voir le repentir et la crainte, que nous causent des péchés qui sont les nôtres !

Lisez dans L'Agonie de Jésus, Liv. V chap. III Utilité de cette crainte

 

Pratique : Combattons la timidité comme la présomption, et ne reculons jamais devant une difficulté à vaincre pour accomplir un devoir. Foulons aux pieds toutes ces vaines terreurs, qui représentent à notre imagination nos plus saints projets comme impraticables. Que la peine ressentie en entreprenant une chose ardue, ne nous fasse pas différer ni remettre au lendemain.

 

Exemple

 

Saint Pierre Paschal, né à Valence en Espagne, l'an 1227, religieux de l'ordre de Notre-Dame de la Merci, évoque de Jaën, eut la tête tranchée par les Maures de Grenade, le 6 décembre de l'an 1300. Il se prépara avec joie à ce sacrifice, qu'il avait tant désiré. Son ange gardien l'ayant averti qu'il serait massacré le lendemain matin, il passa toute la nuit en prières ; il offrit sa vie à Dieu pour le salut des esclaves chrétiens, et pria même pour les Maures qui avaient résolu de le faire mourir. Il sentit néanmoins des craintes et des frayeurs en sa partie inférieure, et il souffrit une agonie pareille à celle de Jésus-Christ dans le jardin des Oliviers ; mais il se calma bientôt par un parfait abandon aux dispositions de la divine Providence. Le Sauveur lui apparut alors et lui dit : « Pierre, j'ai été sensible comme toi, et j'ai enduré d'horribles tourments pour ton amour ». Ces paroles répandirent une telle onction dans l'âme du saint, qu'il ne respira que le martyre. Il en reçut la couronne, pendant qu'il faisait son action de grâces après la messe.

Sainte Félicité, se trouvant enceinte au moment de sa condamnation à mort, vit différer l'exécution. Elle avait peur des douleurs de l'enfantement, et nullement des tortures du martyre. Comme le geôlier s'en étonnait, elle 'lui répondit : « Maintenant c'est moi qui souffre ce que j'endure ; mais alors ce sera un autre qui en moi souffrira pour moi, parce que moi aussi je souffrirai pour lui ». Cet autre était Jésus-Christ agonisant dans ses membres.

 

Septième jour

Les ennuis du Cœur de Jésus

 

Avec la crainte, le Sauveur éprouva dans le jardin des Oliviers une autre peine, la fatigue, le dégoût, l'ennui, et tœdere (Marc, xiv, 33.) C'est une consolation pour nous tous, qui avons tant de dégoûts et d'ennuis à dévorer : l'Homme-Dieu n'en a-t-il pas eu lui-même sa part ?

 

Méditation

 

I. Lorsqu'ils sont à leur comble, les dégoûts et les ennuis nous font haïr et abhorrer toutes choses, notre vie même. Tel est l'état du Fils de Dieu en son agonie. Devant lui une mort ignominieuse et cruelle ; à sa droite un petit nombre d'âmes, qui consentent à être rachetées par le prix infini de ce trépas ; à sa gauche, l'immense multitude des pécheurs endurcis et des damnés, qui ne s'en servent que pour aggraver leurs torts. Son Cœur devient comme une cire fondue, et sa force se dessèche comme la terre cuite au feu (Psaume 21, 15, 16.) La vie lui est à charge, et plus malheureux que Job il redit mieux que lui : « Je m'ennuie de vivre, mon âme est dégoûtée de la vie, tœdet animam meam vitœ meœ » (Job 10, 1.) A la vue de nos péchés, plus que de nos douleurs et de nos épreuves, disons aussi : « Mon âme est ennuyée de ma vie, de ma vie tiède, de ma vie peu chrétienne, de la vie mondaine ou criminelle que je mène depuis longtemps ! »...

II. En éprouvant le dégoût et l'enfui les plus accablants qui furent jamais, le Sauveur expiait les coupables dégoûts des uns, et consolait les autres dans leurs ennuis involontaires. Il se proposait de me réveiller, de secouer mon indolence, de changer ma lâcheté en courage, de rallumer dans mon âme une noble et sainte ardeur, pour tout ce qui est vrai et beau, grand et saint. Il voulait nous donner à tous sa persévérance, sa promptitude, sa vivacité, son empressement à prier, à parler, à agir, à souffrir pour le bien. Plus généreux que saint Martin, le voici qui se dépouille de son manteau tout entier, du manteau de sa gloire et de sa félicité, pour nous revêtir de la plénitude de ses contentements et de ses joies. Il prend pour lui le dégoût et l'ennui suprêmes, afin que son allégresse passe en nous, remplisse et fasse déborder notre âme, comme celle de l'Apôtre qui s'écriait : « Je surabonde de joie en toutes mes tribulations ! » (2 Corinthiens 7 , 4) Quel reproche pour moi qui ne fais rien, ne donne rien, ne souffre rien, dans le but d'épargner aux autres un peu de dégoût et d'ennui !...

III. Suite nécessaire de l'inquiétude d'un cœur qui n'est point à sa place, et qui ne peut l'être tout à fait ici-bas, les ennuis et les dégoûts sont inévitables en cette vie. Parce que notre nature est sujette au caprice et à l'inconstance, parce que la piété contrarie nos anciens goûts et nos premiers penchants, nous éprouvons au service de Dieu des répugnances et des amertumes, qui mettent notre patience ou notre fidélité en péril. Le désir de changement, si commun dans notre siècle, fait que la stabilité même nous ennuie. Tenons ferme, et l'expérience nous apprendra que, dans la piété, les ennuis et les dégoûts sont moins amers qu'on ne se le figure, moins amers que ceux des mondains, qu'ils ont des ressources que ceux-ci n'ont pas, et que la vertu n'a point de peine qui n'ait sa consolation. Mais comment nous conduisons-nous dans l'agonie du dégoût et de l'ennui ?...

Lisez dans l'Agonie de Jésus, Liv. v, ch. v. Le dégoût et l'ennui dans les membres mystiques de Jésus.

 

Pratique : Ne laissons pas voir aux autres, surtout à ceux qui pourraient en être scandalisés ou refroidis, les ennuis et les dégoûts que nous éprouvons parfois au service de Dieu. Afin de les diminuer, donnons-nous purement en sacrifice au Seigneur, sans en attendre rien d'extraordinaire et de sensible.

 

Exemple

 

Sainte Madeleine de Pazzi désirait si vivement souffrir sans aucune consolation, qu'elle conjurait souvent le Seigneur de lui retirer tous les goûts et plaisirs spirituels. Elle fut si bien exaucée qu'elle se comparait à un morceau de bois, à une pierre insensible. Mais jamais son visage ne parut ni troublé ni altéré ; on y vit toujours cette grâce angélique et cette douce paix, qu'elle avait dans le cœur. Néanmoins, pour échapper à toute illusion, pour ne point aggraver par ses négligences son tourment le plus cruel, l'extrême aridité d'esprit, elle redoublait ses macérations et ses efforts, afin de s'exciter à la dévotion, de réveiller en son cœur le goût des choses spirituelles. Pour sauver des âmes en péril, elle s'offrit à rester privée de tout sentiment, dépouillée même de toute grâce, excepté de la grâce principale qui est l'amour de Dieu et la volonté de le servir. Le Seigneur l'exauça encore, en l'éprouvant par de longues et atroces souffrances dans le corps et dans l'âme. Mais plus la sainte souffrait pour le salut des pécheurs, plus elle désirait souffrir.

 

Vous pouvez retrouver et télécharger les 3 volumes de L'Agonie de Jésus du Père François Blot,

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Volume 1

Volume 2

Volume 3

 

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31 décembre 2016

L'Avent avec Saints Louis et Zélie Martin

L'Avent avec Saints Louis et Zélie Martin

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Dimanche 1er Janvier 2017

Miracles

 

Le procès de Louis commence à Lisieux, le 22 mars 1957 et est clôturé le 12 février 1960. le procès de Zélie est quant à lui instruit à Sées. Chose heureuse, les deux causes sont réunies en 1971. le 26 mars 1994, le Pape Jean Paul II signe les décrets d'héroïcité de leurs vertus et les proclame tous les deux Vénérables. Le 10 juin 2003, l'archevêque de Milan le Cardinal Tettamanzi clôture le miracle attribué à l'intercession de Louis et Zélie Martin, pour la guérison subite et inexpliquée d'un enfants né le25 mai 2002 avec de graves problèmes respiratoires à Monza. Cette guérison est reconnue comme miraculeuse le 3 juillet 2008 par le Pape Benoît XVI et ouvre à la voie à la béatification.

 

À l'école des Saints Louis et Zélie Martin

 

« (pour deux de ses filles) Pour mon diamant et ma perle fine !: « Que pouvez-vous voir ailleurs que vous ne voyiez où vous êtes ? Vous avez devant les yeux le Ciel et la terre et tous les éléments. (…) Que pouvez-vous voir, en quelque lieu que ce soit, qui puisse longtemps demeurer stable sous le soleil ? » (Texte tiré de L'Imitation, copié de la main de Louis).

Parole de Dieu : « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire » (Jean 1, 14).

 

Dans ma vie

 

Le langage fleuri de Louis Martin est à l'image de sa personnalité. Il connaît la valeur d'une belle montre en or et sait de quoi il parle quand il emploie le vocabulaire du bijoutier en parlant de ses filles : « Mon diamant, ma perle fine... ». La figure paternelle de Louis est marquée par le fait qu'il fut le père d'une fratrie de filles : de telles filles pour un tel homme ! Nous n'oublions pas ses fils décédés en bas âge et qui ornent son pêle-mêle familial de manière discrète et glorieuse tout en même temps. Pourquoi ne pourrions-nous pas les invoquer, eux aussi ?

Effet de Conversion : Si je le peux, j'irai à la Messe aujourd'hui et confierai à Notre Dame, Marie, Mère de Dieu, ma patrie la France et le monde. Pour que la Paix de Noël règne.

 

Avant l'Epiphanie

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Lundi 2 janvier

Modèle de sainteté

 

Louis et Zélie ont été officiellement proclamés Bienheureux, à Lisieux, le dimanche 19 octobre 2008, lors d'une célébration présidée par le Cardinal José Saraiva Martins, sous le pontificat de Benoît XVI. En déclarant Bienheureux Louis et Zélie Martin d'Alençon, l’Église Catholique offre à tous les couples de la terre un modèle indiquant un chemin de sainteté à part entière. C'est le second couple béatifié. Auparavant en 2001, un coupe italien, Luigi et Maria Beltrame-Quattrocchi, avait été porté à l'honneur des autels.

 

À l'école des Saints Louis et Zélie Martin

 

« (à sa fille Pauline à propos d'un pèlerinage à Lourdes) Au commencement, ton père n'approuvait pas que je vous emmène toutes les trois, mais maintenant, il le désire, disant qu'on ne peut faire trop de sacrifices pour obtenir un si grand miracle. (…) Nous devons nous mettre dans la disposition d'accepter généreusement la Volonté du Bon Dieu, quelle qu'elle soit, car ce sera toujours ce qu'il peut y avoir de meilleur pour nous » (Zélie).

Parole de Dieu : « La sagesse de l'homme fait luire son visage et son air austère est changé ». (Ecclésiaste 8, 1).

 

Dans ma vie

 

La Volonté de Dieu est notre boussole. Point de fécondité en dehors de l'acceptation sereine et paisible du bon vouloir divin. Oublions-nous qu'en toute chose nous sommes entre les mains de Dieu ? Ni la mort, ni la vie, ni le présent, ni l'avenir, rien ne pourra nous séparer de l'amour du Christ, lisons-nous dans les Saintes Ecritures. Plaçant ainsi notre espérance dans les choses qui demeurent, nous marcherons en présence de Dieu au milieu des vicissitudes de l'existence avec la légèreté d'un moineau qui vole de branches en branches. Rien ne pourra nous séparer de l'amour du Christ.

Effet de Conversion : Je remplacerai une connexion internet ou un appel téléphonique superflu par un Notre Père récité lentement à l'intention de mes ennemis.

 

Mardi 3 janvier

« Signes du Ciel »

 

Voici ce que disait le Cardinal Saraiva Martins lors de la béatification : « Thérèse écrivait dans l'Histoire d'une âme : Pardonne-moi Jésus, si je déraisonne en voulant te dire mes désirs, mes espérances qui touchent à l'infini, pardonne-moi et guéris mon âme en lui donnant ce qu'elle espère (Ms B 2v). Jésus a toujours exaucé les désirs de Thérèse. Il s'est même montré généreux dès avant sa naissance puisque, comme elles l'écrivait à l'Abbé Bellière – que beaucoup connaissent désormais par cœur - : « Le Bon dieu m'a donné un père et une mère plus dignes du Ciel que de la terre » (Lt 261).

 

À l'école des Saints Louis et Zélie Martin

 

« (à son frère) Si la Sainte Vierge ne me guérit pas, je la supplierai de guérir mon enfant, d'ouvrir son intelligence et d'en faire une sainte. Ainsi, laissons toutes les affaires comme elles sont arrangées, elles me paraissent très bien, puis remettons-nous entre les mains de Dieu » (Zélie).

Parole de Dieu : « Je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent » (Jean 10, 14).

 

Dans ma vie

 

Notre demeure est dans le Ciel. Les souffrances du monde présent ne doivent pas nous faire redouter la bonté de Dieu qui permet ce qui nous arrive pour que nous nous approchions toujours plus à Lui. Les choses agréables, pour le remercier, et les plus difficiles pour compter d'avantage sur Sa Miséricorde. Nous ne pouvons rien sans Lui : c'est la raison pour laquelle Il permet que nous vivions de lourdes épreuves, qui ne sont pas là pour nous assommer mais pour éprouver notre foi en Lui. Nous sommes faits pour le Ciel. Et le Ciel commence aujourd'hui, dira la Petite Thérèse, à condition que nous ne lâchions jamais la main de la Divine Miséricorde.

Effet de Conversion : Je choisis de me priver de quelque chose en offrant cette contrariété pour le Pape, les évêques et pour les prêtres.

 

Mercredi 4 janvier

Reflet de l'amour

 

« L'amour conjugal de Louis et Zélie est un pur reflet de l'amour du Christ pour son Eglise; il est aussi un pur reflet de l'amour dont l'Eglise aime son Epoux:  le Christ. Le Père nous a choisis avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irréprochables sous Son regard, dans l'amour (Ep 1, 4). Louis et Zélie ont témoigné de la radicalité de l'engagement évangélique de la vocation au mariage jusqu'à l'héroïsme. Ils n'ont pas craint de se faire violence à eux-mêmes pour ravir le Royaume des cieux ». (Cardinal Martins).

 

À l'école des Saints Louis et Zélie Martin

 

« (à des amis) « Dieu a béni la maison d’Aaron », il a béni aussi la maison Nogrix (famille destinataire de la missive), car ta famille « file un bon nœud » ; espérons que le vent ne changera pas que tous ne soient rendus à bon port. (...) Thérèse, ma petite reine, est entrée hier au Carmel !... Dieu seul peut exiger un tel sacrifice... Ne me plaignez pas, car mon cœur surabonde de joie ». (Louis).

Parole de Dieu : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit ».

 

Dans ma vie

 

« Filer un bon nœud », écrit Louis Martin. Filer un bon nœud, c'est faire fi des mauvais courants et des vents contraires. C'est se jouer des avaries en tous genres par une bonne préparation : rien de ce qui nous arrive ne doit être vécu en dehors de Dieu, les bonnes choses comme les tristes. Filer un bon nœud, c'est ne pas lâcher le cap qu'est le Christ en laissant les monstres marins, les dragons, s'enfoncer toujours plus loin dans les abysses. Avec Notre Dame, « Marie-des-Flots », filer un bon nœud c'est enfin ne jamais oublier que la lumière du phare, c'est la doctrine Catholique.

Effet de Conversion : Je choisis de vivre ma prochaine Messe comme une occasion de m'offrir tout entier à la suite de Jésus. Comme il l'a fait pour la Vierge Marie. Je demanderai au Seigneur de consacrer mon offrande pour lui faire porter du fruit.

 

Jeudi 5 janvier

Marcher humblement

 

« Quel est le secret de la réussite de leur vie chrétienne? On t'a fait savoir, homme, ce qui est bien, ce que Dieu réclame de toi:  rien d'autre que pratiquer la justice, aimer la miséricorde, et marcher humblement avec ton Dieu (Mi 6, 8). Louis et Zélie ont marché humblement avec Dieu à la recherche de l'avis du Seigneur. Maître donne-nous ton avis. Ils cherchaient l'avis du Seigneur. Ils étaient assoiffés de l'avis du Seigneur. Ils aimaient l'avis du Seigneur. Ils se sont conformés à l'avis du Seigneur sans récriminer ». (Cardinal Martins).

 

À l'école des Saints Louis et Zélie Martin

 

« (à son frère) Le cou était pris de tous les côtés et de bouger le plus légèrement me mettait dans des douleurs atroces. (…) Il a fallu gémir toute la nuit; Louis, Marie et la bonne sont demeurés près de moi. Ce pauvre Louis, de temps en temps, me prenait dans ses bras comme une enfant. (...) La Sainte Vierge ne m'a pas guérie à Lourdes, que voulez-vous c'est que mon temps est fait et que le bon Dieu veut que je me repose ailleurs que sur la terre ». (Zélie)

Parole de Dieu : « Quiconque accueille ce petit enfant à cause de Mon Nom ; c'est moi qu'il accueille. Et celui qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé. (Luc 9, 48).

 

Dans ma vie

 

« Ce pauvre Louis me prenait dans ses bras comme une enfant », nous dit Zélie, alors qu'elle est en phase presque terminale de son cancer. Imaginons la scène et recueillons-nous. Savons-nous que Dieu nous prends dans ses bras lorsque nous souffrons ? Que celui qui est affligé de la maladie d'un très proche est lui-même enserré dans les bras généreux du Crucifié ? Ô divines plaies qui, au contact de notre pauvre être, réveillent en nous l'espérance de la résurrection... ayez pitié de nous.

Effet de Conversion : J'essaie de programmer la visite à un malade, à une personne handicapée, par amour pour le Christ.

 

Vendredi 7 janvier

Dieu premier servi

 

« Pour être sûrs de marcher dans le véritable avis du Seigneur, ils se sont tournés vers l'Eglise, experte en humanité, mettant tous les aspects de leur vie en harmonie avec les enseignements de l'Eglise. Pour les époux Martin, ce qui est à César et ce qui est à Dieu était très clair. Messire Dieu, premier servi, disait Jeanne d'Arc. Les Martin en ont fait la devise de leur foyer:  chez eux Dieu avait toujours la première place dans leur vie. Madame Martin disait souvent:  Dieu est le Maître. Il fait ce qu'Il veut. Monsieur Martin lui faisait écho en reprenant:  Dieu, premier servi. Lorsque l'épreuve atteignit leur foyer, leur réaction spontanée fut toujours l'acceptation de cette volonté divine ». (Cardinal Martins).

 

À l'école des Saints Louis et Zélie Martin

 

« (à ses filles carmélites) Je tiens à vous dire, mes chères enfants, que je suis pressé de remercier le Bon Dieu, car je le sens notre famille, quoique très humble, a l'honneur d'être au nombre des privilégiées de notre adorable Créateur » (Louis).

Parole de Dieu : Le Verbe était la lumière véritable qui éclaire tout homme » (Jean 1, 9).

 

Dans ma vie

 

Les chrétiens sont des privilégiés. Par les eaux du saint baptême, ils ont été renouvelés dans le mystère d'amour qui a présidé à leur création. La mission des Saints Louis et Zélie Martin commence tout juste. Dans le mystère de la communion des élus, nous sommes pris, non pas au piège, mais dans le rayonnement d'un amour inouï dont l'épicentre est la Sainte Trinité. Louis et Zélie se sont laissés saisir par cet amour ; ils ont choisi de dire oui à Dieu et aux préceptes de l'Eglise, de ne rien garder pour eux. En ferons-nous autant ? Nous avons tant à gagner : la vie éternelle.

Effet de Conversion : pour nourrir mon oraison, je lirai le prologue de l'Evangile selon Saint Jean. Je m'arrêterai plusieurs fois au cours de la lecture pour laisser descendre en mon âme la parole qui donne vie à mon être.

 

Reliquaire-poux-Martin

Samedi 8 janvier

La Béatification de Louis et Zélie Martin

 

Le premier miracle des Bienheureux Louis et Zélie Martin

 

Pietro, l’enfant miraculé grâce à l’intercession des bienheureux Louis et Zélie Martin.

 

« Je suis né malade, et quand j’étais malade, les époux Martin ont demandé à Jésus de me guérir et Il m’a guéri ».C’est ainsi que le petit Pietro Schilirò, âgé de six ans, explique le miracle de sa guérison alors qu’il était encore nouveau-né. Walter et Adèle, les parents du petit garçon, ont confié Pietro à l’intercession des époux Martin, Marie Zélie Guérin (1831-1877) et Louis Martin (1823-1894), parents de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Ce miracle a permis la béatification du couple, qui a eu lieu le 19 octobre 2008, à la Basilique de Lisieux en France, précédée par la messe d’ouverture de la béatification à la basilique Notre-Dame d’Alençon.

 

Histoire d’un miracle

 

Pietro est le dernier d’une famille de cinq enfants. Il est né à Milan le 25 mai 2002. Dès le premier jour de sa naissance, il présente une grave malformation  pulmonaire, et doit rester à l’hôpital et suivre une thérapie intensive pour pouvoir respirer. Le père raconte :« Nous avons tout de suite compris que la maladie était très grave et qu’il n’y avait aucune chance de guérison. On nous a demandé de lui faire une radiographie des poumons pour voir ce qu’il en était ». Une biopsie s’avérait indispensable, mais comportait un grand risque pour le petit garçon. Aussi les parents décident de faire baptiser l’enfant sur-le-champ. Ils demandent alors à un carme italien, le P. Antonio Sangalli, d’administrer le sacrement. Le prêtre leur offre une petite image des époux Martin.« Ils avaient perdu quatre enfants en bas âge, explique Adèle, la maman de Pietro : les prier nous aurait aidés et soutenus dans la situation que nous étions en train de vivre et dans ce que le Seigneur nous demandait à ce moment-là ».

Les époux Schilirò savaient peu de choses de la vie de Zélie et Louis  en dehors de  ce qu’ils avaient lu dans les écrits de la petite Thérèse. Dans l’incertitude où ils se trouvaient  quant à la santé du petit Pietro, ils découvrirent une « mystérieuse proximité avec les époux Martin », avoue Walter.« C’est alors que nous avons osé demander au Seigneur ce qui nous tenait à cœur : la guérison de  Pietro. Le Seigneur avait mis entre nos mains les époux Martin », se rappelle Adèle. Au sein de leur souffrance, et à la vue de leur bébé relié à tant d’appareils artificiels pour pouvoir respirer, Adèle et Walter ont compris qu’ils devaient demander à Dieu de leur faire connaître Sa volonté pour Pietro.« Ce qui a été très important pour nous, car cela nous a aidé à regarder ce que notre enfant était en train de vivre. Il vivait pleinement sa vocation à travers ce qu’il faisait dans la souffrance et ce qu’il portait. Il participait au salut des âmes avec Jésus et, pour nous, cela a été le premier miracle ».

Le 26 juin Pietro a eu une grave crise d’insuffisance respiratoire. « Ce n’était plus qu’une question d’heures ou de quelques jours, nous ont dit les médecins. De toute façon, il n’y avait pas d’espoir pour Pietro », a poursuivi Adèle. Après avoir récité plusieurs fois la neuvaine aux époux Martin, le 29 juin, jour où l’Eglise célèbre la fête de saint Pierre et saint Paul, Pietro a commencé à montrer des signes d’amélioration. En l’espace de deux semaines, l’enfant pouvait respirer par lui-même, sans oxygène, et les médecins retinrent la guérison comme « un fait surprenant ». Les parents en parlèrent au père Antonio, et c’est ainsi que le prêtre devint vice-postulateur de la cause de béatification de Zélie et Louis.

« Nous débordons vraiment de gratitude. Nous ne le méritons pas, nous nous sentons dépassés », assure Adèle. Walter ajoute : « Il n’y a aucun mérite de notre part, absolument aucun. Ce qui est arrivé à Pietro rejaillit sur toute l’Eglise. C’est si vrai que nous sommes ici, aujourd’hui, pour remettre au pape cette relique, qui représente un grand signe pour toute l’Eglise ». Aujourd’hui, Pietro est un enfant normal : il joue, va à l’école et sait parfaitement que sa guérison est due au miracle obtenu par l’intercession des époux Martin. « Tous les soirs il récite avec nous, en famille, la prière des Martin pour intercéder en faveur des personnes qui nous demandent leurs prières », dit Adèle. « Il prie aussi pour le pape et tous nos chers amis prêtres, et pour toute une liste de personnes, ce qui prend toute la soirée », ajoute Walter.

Les parents de Pietro comprennent très bien ce que signifie se confier à la Providence quand on souffre pour la santé de ses enfants : « Je dirais aux parents d’enfants malades de ne pas perdre espoir, de se rapprocher du Christ à travers ses saints. Oser demander parce que le Seigneur est un Père qui est bon. Et il faut avoir cette force de comprendre que ce qui arrive est pour notre bien ».

« Au moment de l’épreuve, le Seigneur exige vraiment beaucoup de nous, mais si on met en Lui notre espérance et notre confiance, le Seigneur nous comble bien davantage encore. Il faut demander avant tout la conversion du cœur. C’est la première guérison à demander, toujours », recommande Adèle. (texte de Carmen Elena Villa Traduit de l’italien par E. de Lavigne, source ; Zenit.org, extrait du site http://louiszeliemartin-alencon.fr )

 

Parole de Dieu : « Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Tous ceux qui aiment Dieu sont enfants de Dieu, et ils connaissent Dieu. Celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour.

 

Homélie du Cardinal José Saraiva Martins,

prononcée lors de la Messe de Béatification de Louis et Zélie Martin à Lisieux, le 19 octobre 2008

 

Thérèse écrivait dans l'Histoire d'une âme :  Pardonne-moi Jésus, si je déraisonne en voulant te dire mes désirs, mes espérances qui touchent à l'infini, pardonne-moi et guéris mon âme en lui donnant ce qu'elle espère!... (Ms B 2v). Jésus a toujours exaucé les désirs de Thérèse. Il s'est même montré généreux dès avant sa naissance puisque, comme elle l'écrivait à l'abbé Bellière - que beaucoup connaissent désormais par cœur -:  le bon Dieu m'a donné un père et une mère plus dignes du Ciel que de la terre (Lt 261).

Je viens de terminer le rite de béatification par lequel le Saint-Père a inscrit les deux époux conjointement dans l'Album des Bienheureux. C'est une grande première que cette béatification de Louis Martin et Zélie Guérin, que Thérèse définissait comme parents sans égaux, dignes du Ciel, terre sainte, comme toute imprégnée d'un parfum virginal (cf. Ms A).

Mon cœur rend grâce à Dieu pour ce témoignage exemplaire d'amour conjugal, susceptible de stimuler les foyers chrétiens dans la pratique intégrale des vertus chrétiennes comme il a stimulé le désir de sainteté chez Thérèse.

Pendant que je lisais la Lettre apostolique du Saint-Père, je pensais à mon père et à ma mère et je voudrais, en ce moment, que vous aussi pensiez à votre père et à votre mère et qu'ensemble nous remercions Dieu de nous avoir créés et fait chrétiens à travers l'amour conjugal de nos parents. Recevoir la vie est une chose merveilleuse mais, pour nous, il est plus admirable encore que nos parents nous aient amenés à l'Eglise qui seule est capable de faire des chrétiens. Personne ne peut se faire chrétien soi-même.

Parmi les vocations auxquelles les hommes sont appelés par la Providence, le mariage est l'une des plus nobles et des plus élevées. Louis et Zélie ont compris qu'ils pouvaient se sanctifier non pas malgré le mariage mais à travers, dans et par le mariage, et que leurs épousailles devaient être considérées comme le point de départ d'une montée à deux. Aujourd'hui, l'Eglise n'admire pas seulement la sainteté de ces fils de la terre de Normandie, un don pour tous, mais elle se mire dans ce couple de bienheureux qui contribue à rendre la robe de mariée de l'Eglise, plus belle et splendide. Elle n'admire pas seulement la sainteté de leur vie, elle reconnaît dans ce couple la sainteté éminente de l'institution de l'amour conjugal, telle que l'a conçue le Créateur Lui-même. L'amour conjugal de Louis et Zélie est un pur reflet de l'amour du Christ pour son Eglise; il est aussi un pur reflet de l'amour dont l'Eglise aime son Epoux:  le Christ. Le Père nous a choisis avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irréprochables sous Son regard, dans l'amour (Ep 1, 4).

Louis et Zélie ont témoigné de la radicalité de l'engagement évangélique de la vocation au mariage jusqu'à l'héroïsme. Ils n'ont pas craint de se faire violence à eux-mêmes pour ravir le Royaume des cieux et ainsi ils sont devenus la lumière du monde que l'Eglise aujourd'hui met sur le lampadaire afin qu'ils brillent pour tous ceux qui sont dans la maison (Eglise). Ils brillent devant les hommes afin que ceux-ci voient leurs bonnes œuvres et glorifient notre Père qui est dans les cieux. Leur exemple de vie chrétienne est telle une ville située sur une montagne qui ne peut être cachée (cf. Mt 5, 13-16).

Quel est le secret de la réussite de leur vie chrétienne? On t'a fait savoir, homme, ce qui est bien, ce que Dieu réclame de toi:  rien d'autre que pratiquer la justice, aimer la miséricorde, et marcher humblement avec ton Dieu (Mi 6, 8). Louis et Zélie ont marché humblement avec Dieu à la recherche de l'avis du Seigneur. Maître donne-nous ton avis. Ils cherchaient l'avis du Seigneur. Ils étaient assoiffés de l'avis du Seigneur. Ils aimaient l'avis du Seigneur. Ils se sont conformés à l'avis du Seigneur sans récriminer. Pour être sûrs de marcher dans le véritable avis du Seigneur, ils se sont tournés vers l'Eglise, experte en humanité, mettant tous les aspects de leur vie en harmonie avec les enseignements de l'Eglise.

Pour les époux Martin, ce qui est à César et ce qui est à Dieu était très clair. Messire Dieu, premier servi, disait Jeanne d'Arc. Les Martin en ont fait la devise de leur foyer:  chez eux Dieu avait toujours la première place dans leur vie. Madame Martin disait souvent:  Dieu est le Maître. Il fait ce qu'Il veut. Monsieur Martin lui faisait écho en reprenant:  Dieu, premier servi. Lorsque l'épreuve atteignit leur foyer, leur réaction spontanée fut toujours l'acceptation de cette volonté divine. Ils ont servi Dieu dans le pauvre, non par simple élan de générosité, ni par justice sociale, mais simplement parce que le pauvre est Jésus. Servir le pauvre, c'est servir Jésus, c'est rendre à Dieu ce qui est à Dieu:  chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait (Mt 25, 34-40). Dans quelques instants nous proclamerons notre profession de foi que Louis et Zélie ont répétée tant de fois à la messe et qu'ils ont enseignée à leurs enfants. Après avoir confessé la sainte Eglise catholique, le symbole des apôtres ajoute la Communion des saints.

Je croyais, disait Thérèse, je sentais qu'il y a un ciel et que ce Ciel est peuplé d'âmes qui me chérissent, qui me regardent comme leur enfant... (Ms B).

Dans ce Ciel peuplé d'âmes, nous pouvons compter désormais les bienheureux Louis et Zélie, que pour la première fois, nous invoquons publiquement:  Louis et Zélie priez Dieu pour nous. Je vous en prie chérissez-nous, regardez-nous comme vos enfants, chérissez l'Eglise entière, chérissez surtout nos foyers et leurs enfants.

Louis et Zélie sont un don pour les époux de tous âges par l'estime, le respect et l'harmonie avec lesquels ils se sont aimés pendant 19 ans. Zélie écrivait à Louis:  Je ne puis pas vivre sans toi, mon cher Louis. Il lui répondait:  Je suis ton mari et ami qui t'aime pour la vie. Ils ont vécu les promesses du mariage:  la fidélité de l'engagement, l'indissolubilité du lien, la fécondité de l'amour, dans le bonheur comme dans les épreuves, dans la santé comme dans la maladie.

Louis et Zélie sont un don pour les parents. Ministres de l'amour et de la vie, ils ont engendré de nombreux enfants pour le Seigneur. Parmi ces enfants, nous admirons particulièrement Thérèse, chef d'œuvre de la grâce de Dieu mais aussi chef d'œuvre de leur amour envers la vie et les enfants. Louis et Zélie sont un don pour tous ceux qui ont perdu un conjoint. Le veuvage est toujours une condition difficile à accepter. Louis a vécu la perte de sa femme avec foi et générosité, préférant, à ses attraits personnels, le bien de ses enfants.

Louis et Zélie sont un don pour ceux qui affrontent la maladie et la mort. Zélie est morte d'un cancer, Louis a terminé son existence, éprouvé par une artériosclérose cérébrale. Dans notre monde qui cherche à occulter la mort, ils nous enseignent à la regarder en face, en s'abandonnant à Dieu.

Enfin je rends grâce à Dieu, en cette 82e journée mondiale des missions, car Louis et Zélie sont un modèle exemplaire de foyer missionnaire. Voilà la raison pour laquelle le Saint Père a voulu que la béatification se réalise en cette journée si chère à l'Eglise universelle, comme pour unir les maîtres Louis et Zélie à la disciple Thérèse, leur fille, devenue Patronne des missions et Docteur de l'Eglise. Les témoignages des enfants Martin au sujet de l'esprit missionnaire qui régnait dans leur foyer sont unanimes et frappants:  Mes parents s'intéressaient beaucoup au salut des âmes... Mais l'œuvre d'apostolat la plus connue chez nous était la propagation de la foi pour laquelle, chaque année, nos parents faisaient une très belle offrande. C'est encore ce zèle des âmes qui leur faisait tant désirer avoir un fils missionnaire et des filles religieuses.

Tout récemment, le cardinal Dias, préfet de la Congrégation pour l'évangélisation des peuples (Propagande Fide) écrivait:  Pour un disciple du Christ, annoncer l'Evangile n'est pas une option mais un commandement du Seigneur... Un chrétien doit se considérer en mission (...) pour répandre l'Evangile dans chaque cœur, dans chaque maison, dans chaque culture (Conférence de Lambeth, 23 juillet 2008).

Puissent, mes frères, vos familles, vos paroisses, vos communautés religieuses, de Normandie, de France... et du monde entier, être aussi des foyers saints et missionnaires, comme l'a été le foyer des bienheureux époux Louis et Zélie Martin. Amen.

 

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Epiphanie du Seigneur

Dimanche 8 janvier

 

La Canonisation de Louis et Zélie Martin

 

Louis et Zélie Martin ont donc été béatifiés à Lisieux, le 19 octobre 2008. Pour qu’ils soient canonisés, il était nécessaire que l’Eglise reconnaisse un miracle survenu par leur intercession. Il a été obtenu en faveur d’une enfant prématurée de Valencia, en Espagne.

Carmen naît le 15 octobre 2008, après 28 semaines d’une grossesse très difficile. « Préparez-vous au pire » annonce la sage-femme. Les complications, fréquentes chez un grand prématuré, se multiplient : détresse respiratoire, cardiaque, double septicémie, hémorragie cérébrale au stade le plus avancé, etc.

L’enfant ayant vu le jour pour la Fête de sainte Thérèse d’Avila, le Papa se rend dans un carmel en dehors de la ville. Les soeurs prennent cette intention à coeur. Les parents viennent chaque dimanche à la Messe et repartent vite à l’hôpital. Fin novembre, le cas semble désespéré. Pour la première fois la maman a le droit de toucher son bébé, la couveuse reste ouverte. La famille commence à évoquer l’inhumation.

Le 23 novembre, la Prieure du Carmel remet aux parents la prière à Louis et Zélie en espagnol. Ils ne les connaissaient pas du tout, pas plus que leur célèbre fille Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face. Dès le lendemain a lieu un changement d’Hôpital providentiel. Contrairement à toute attente, Carmen le supporte, l’infection est jugulée. Elle commence à récupérer, au point de sortir le 2 janvier 2009.

Un point reste très préoccupant : l’hémorragie cérébrale dilate son crâne et la fait souffrir. Un examen est prévu le 19 février. Il faudra probablement opérer. Nouvelle « offensive » de prière aux Parents Martin dont le Reliquaire passe providentiellement au Sanctuaire de Llerida juste avant. Le père de Carmen, le grand frère Ismaël (né en 2004), et les grands-pères s’y rendent pour remercier et intercéder. De leur monastère, les carmélites se joignent à leur prière. Quelques jours après, l’échographie révèle que l’hémorragie cérébrale a disparu, on ne constate plus que les cicatrices et, ce qui est le plus surprenant (à ce jour les médecins ne peuvent l’expliquer), l’absence totale de séquelles neurologiques ou motrices. Cette guérison inexpliquée a été reconnue comme miracle par le Pape François, à Rome, le 18 mars 2015, permettant ainsi la canonisation des Bienheureux Parents Martin (d'après un texte extrait du site www.eglise.catholique.fr )

 

Homélie prononcée par le Pape François,

lors de la Messe de Canonisation de Louis et Zélie Martin

à Rome, 18 octobre 2015

 

Les lectures bibliques nous présentent (...) le thème du service et nous appellent à suivre Jésus sur le chemin de l’humilité et de la croix.

Le prophète Isaïe décrit la figure du Serviteur du Seigneur (53, 10-11) et sa mission de salut. Il s’agit d’un personnage qui ne se vante pas de généalogies illustres, il est méprisé, évité par tous, expert en souffrance. Quelqu’un à qui on n’attribue pas d’entreprises grandioses, ni de discours célèbres, mais qui mène à son accomplissement le plan de Dieu à travers une présence humble et silencieuse et à travers sa propre souffrance. Sa mission, en effet, se réalise au moyen de la souffrance, qui lui permet de comprendre ceux qui souffrent, de porter le fardeau des fautes d’autrui et de les expier. L’exclusion et la souffrance du Serviteur du Seigneur, prolongées jusqu’à la mort, se révèlent féconde au point de racheter et de sauver les multitudes.

Jésus est le Serviteur du Seigneur : sa vie et sa mort, entièrement dans la forme du service (cf. Ph 2, 7), ont été cause de notre salut et de la réconciliation de l’humanité avec Dieu. Le kérygme, cœur de l’Évangile, atteste que dans sa mort et sa résurrection se sont accomplies les prophéties du Serviteur du Seigneur. Le récit de saint Marc décrit la scène de Jésus aux prises avec les disciples Jacques et Jean, qui – soutenus par leur mère – voulaient s’asseoir à sa droite et à sa gauche dans le royaume de Dieu (cf. Mc 10, 37), revendiquant des places d’honneur, selon leur vision hiérarchique du royaume même. La perspective dans laquelle ils se placent se révèle encore polluée par des rêves de réalisation terrestre. Jésus alors donne une première “secousse” à ces convictions des disciples rappelant son chemin sur cette terre : « La coupe que je vais boire, vous la boirez… quant à siéger à ma droite et à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela a été préparé » (vv. 39-40). Avec l’image de la coupe, il assure aux deux la possibilité d’être associés jusqu’au bout à son destin de souffrance, sans toutefois garantir les places d’honneur ambitionnées. Sa réponse est une invitation à le suivre sur le chemin de l’amour et du service, repoussant la tentation mondaine de vouloir exceller et commander aux autres.

Devant des gens qui intriguent pour obtenir le pouvoir et le succès, pour se faire voir, devant des gens qui veulent que leurs mérites personnels, leurs œuvres personnelles soient reconnus, les disciples sont appelés à faire le contraire. Il les avertit donc : « Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maître ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur » (vv. 42-44). Avec ces paroles, il indique le service comme style de l’autorité dans la communauté chrétienne. Celui qui sert les autres et est réellement sans prestige exerce la véritable autorité dans l’Église. Jésus nous invite à changer de mentalité et à passer de la convoitise du pouvoir à la joie de disparaître et de servir ; à extirper l’instinct de domination sur les autres et à exercer la vertu de l’humilité.

Et après avoir présenté un modèle à ne pas imiter, il s’offre lui-même comme idéal auquel se référer. Dans l’attitude du Maître, la communauté trouvera la motivation de la nouvelle perspective de vie : « Car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude » (v. 45). Dans la tradition biblique, le Fils de l’homme est celui qui reçoit de Dieu « domination, gloire et royauté » (Dn 7, 14). Jésus remplit d’un nouveau sens cette image et précise qu’il a le pouvoir en tant que serviteur, la gloire en tant que capable d’abaissement, l’autorité royale en tant que disponibilité au don total de sa vie. C’est en effet, par sa passion et sa mort qu’il conquiert la dernière place, atteint le maximum de grandeur dans le service, et en fait don à son Église.

Il y a incompatibilité entre une manière de concevoir le pouvoir selon des critères mondains et l’humble service qui devrait caractériser l’autorité selon l’enseignement et l’exemple de Jésus. Incompatibilité entre ambitions, arrivismes et suite du Christ ; incompatibilité entre honneurs, succès, réputation, triomphes terrestres et la logique du Christ crucifié. Il y a au contraire compatibilité entre Jésus “expert en souffrance” et notre souffrance. La Lettre aux Hébreux, qui présente le Christ comme le souverain prêtre qui partage en tout notre condition humaine, excepté le péché, nous le rappelle : « Nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché » (4, 15). Jésus exerce essentiellement un sacerdoce de miséricorde et de compassion. Il a fait l’expérience directe de nos difficultés, il connaît de l’intérieur notre condition humaine ; ne pas avoir fait l’expérience du péché ne l’empêche pas de comprendre les pécheurs. Sa gloire n’est pas celle de l’ambition ou de la soif du pouvoir, mais c’est la gloire d’aimer les hommes, d’assumer et de partager leur faiblesse et de leur offrir la grâce qui guérit, de les accompagner avec une infinie tendresse, de les accompagner sur leur chemin de souffrance.

Chacun de nous, en tant que baptisé, participe pour la part qui lui est propre au sacerdoce du Christ ; les fidèles laïcs au sacerdoce commun, les prêtres au sacerdoce ministériel. Tous nous pouvons donc recevoir la charité qui émane de son Cœur ouvert aussi bien pour nous-mêmes que pour les autres : en devenant des “canaux” de son amour, de sa compassion, spécialement envers tous ceux qui sont dans la douleur, dans l’angoisse, dans le découragement et dans la solitude.

Ceux qui aujourd’hui ont été proclamés saints ont constamment servi leurs frères avec une humilité et une charité extraordinaires, imitant ainsi le divin Maître. Saint Vincent Grossi a été un curé plein de zèle, toujours attentif aux besoins de ses gens, spécialement aux fragilités des jeunes. Pour tous, il rompait avec ardeur le pain de la Parole et il est devenu un bon samaritain pour les plus nécessiteux.

Sainte Marie de l’Immaculée Conception, en puisant aux sources de la prière et de la contemplation, a vécu en personne dans une grande humilité le service des derniers, avec une attention particulière aux enfants des pauvres et aux malades.

Les saints époux Louis Martin et Marie Azélie Guérin ont vécu le service chrétien dans la famille, construisant jour après jour une atmosphère pleine de foi et d’amour ; et dans ce climat ont germé les vocations de leurs filles, parmi lesquelles sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus.

Le témoignage lumineux de ces nouveaux Saints nous pousse à persévérer sur la route du service joyeux des frères, confiant dans l’aide de Dieu et dans la protection maternelle de Marie. Du ciel qu’ils veillent maintenant sur nous et nous soutiennent de leur puissante intercession !

 

Effet de conversion : Je remercie la Sainte Vierge pour sa présence, sa bienveillance et son soutien et je lui confie les années qui me restent à vivre sur cette terre : « Priez pour nous... maintenant et à l'heure de notre mort ».

 

Fin

 

Prochain mois de Dévotion

Le Mois du Cœur agonisant de Jésus

Rendez-vous le 15 février

 

 

Textes extraits du Hors Série de Parole et Prière, "Mon Avent avec Saints Louis et Zélie Martin", publié également en 2015 (pour les textes des semaines).

 

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Téléchargez les méditations de cette semaine (pdf) en cliquant ici

Téléchargez l'intégralité des Méditations de l'Avent avec Saints louis et Zélie Martin (pdf) en cliquant ici

 

21 septembre 2016

Mois de Saint Michel Archange et des Saints Anges

Nouveau Mois de Saint Michel Archange et des Saints Anges

ou

Le Précieux Sang et le Saints

 

« La dévotion à saint Michel est un signe de prédestination ». (Saint Alphonse de Liguori)

 

01

Vingt-deuxième jour

Quis ut Deus ?

 

Le mot Michel (Mi-cha-el) signifie « Qui est comme Dieu ? » C'est le nom que l'Ange de la Victoire conquit au jour de son grand triomphe sur Lucifer.

Depuis ce jour glorieux, nommer, invoquer saint Michel avec confiance, c'est ou se prémunir contre une défaite, ou triompher soi-même de Satan et de ses légions, puisque ce Prince de la milice céleste n'a plus à diriger son invincible armée que vers les champs de bataille où l'homme lutte contre les esprits infernaux.

Oh ! Qu'il aime à venir à notre secours, dès le premier appel de notre âme, cet Adorateur de la sainte Humanité de Jésus et de son Sang précieux, ce Sujet fidèle de la Vierge-Mère, cet Ami de l'homme racheté par le Sang même qui l'a préservé du mal.

Adorateurs du Précieux Sang, les armes de saint Michel, son bouclier impénétrable, son armée toujours victorieuse, lui-même est à notre service. Appelons-le à notre aide aussi souvent que nous en avons besoin pour protéger en nous les intérêts de Jésus et de Marie, et il se hâtera d'accourir pour nous faire entendre d'une manière efficace son « Quis ut Deus ? »

Jeunes enfants, vous toutes, âmes privilégiées, qui ressemblez encore à l'Ange par le parfum d'innocence que vous exhalez, placez- vous aujourd'hui même, sous la protection de saint Michel, afin qu'il vous en revête comme d'une cuirasse impénétrable, et dites-lui :

« Saint Michel Archange, protégez-moi contre les ruses et les séductions de Satan. Je vous consacre toutes les avenues de mon âme, cette âme elle-même et toutes ses puissances. Protégez si bien les parties faibles de ma pauvre nature que toutes les luttes qu'elle aura à soutenir se changent en autant de victoires, à l'éternelle gloire du Sang très précieux de Notre Seigneur Jésus-Christ. Ainsi soit-il.

 

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Vingt-troisième jour

Saint Michel et les vaincus de Satan

 

Mais, hélas ! Ce n'est pas seulement la troisième partie des hommes qui sont vaincus par les démons et laissés comme morts sur le champ de bataille spirituel ; plus que les trois quarts de l'humanité ne parviennent à leurs destinées éternelles qu'après avoir reblanchi leur robe dans le bain du Sang divin.

Saint Michel est trop ami de l'homme à cause de l'Homme-Dieu, trop ami du Sang précieux à raison de la grâce de préservation qu'il en a reçue, pour ne point s'efforcer de ressusciter la vie spirituelle dans lame du pécheur. Nous aider à recouvrer la grâce sanctifiante, quand nous avons eu le malheur de la perdre, constitue donc une des plus importantes missions du saint Archange. Il est l'Ange du Pardon.

Matin et soir, en disant le Confiteor, nous nous confessons « à Dieu, à la bienheureuse Vierge Marie et à saint Michel Archange d'avoir péché, grandement péché » ; matin et soir, nous conjurons « la bienheureuse Vierge Marie et saint Michel Archange de prier pour nous le Seigneur notre Dieu », parce que nous avons péché, grandement péché. Que cette accusation et cette supplication ne soient pas routinières sur nos lèvres ; disons-les de tout cœur, avec l'intention d'obtenir la contrition de nos péchés, la grâce de les confesser sincèrement, d'en recevoir le pardon, de ne les plus commettre et d'en faire pénitence. Si nous ne sommes pas de ces âmes qui ne font usage des pratiques de piété que pour pécher plus facilement, à l'aide de la présomption, saint Michel rendra efficace notre bonne volonté, notre désir sincère de rentrer en grâce avec notre Dieu rédempteur : il blanchira, dans le Sang de l'Agneau, notre vêtement spirituel, fût-il plus rouge que l'écarlate.

O glorieux Archange, j'ai péché, mille fois péché, et, en péchant, j'ai méprisé les souffrances et le Sang de mon Jésus, victime d'expiation et de réparation. S'il ne me convertit, s'il ne me pardonne, j'habiterai éternellement en la compagnie et sous les pieds des démons. Je vous en conjure, ô saint Michel, aidez-moi à me retirer de cet abîme de misère ; priez pour moi, et obtenez que mon âme resplendisse encore de l'éclat de la grâce ici bas ; faites qu'elle la conserve jusqu'à la mort, afin que, sortant de cette vie revêtue du Sang rédempteur, elle puisse aller le glorifier éternellement au ciel. Ainsi soit-il.

 

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 Vingt-quatrième jour

Saint Michel, notre Secours universel

 

Pantaléon assure que saint Michel nous délivre des dangers, et même des nécessités temporelles, lorsque nous l'invoquons avec confiance. Citons deux faits à l'appui de cette assertion : l'un est ancien et l'autre récent.

Sozomène raconte la guérison suivante. Un de ses amis souffrait d'une maladie qui finit par lui rendre impossible la digestion de tout aliment, même de tout médicament. Le médecin ayant perdu tout espoir de guérir son malade, Aquilin se fit porter dans une église consacrée à saint Michel, « afin d'y guérir ou d'y mourir ». Pendant la nuit, le saint Archange lui apparut et lui dit : « Faites-vous faire une potion composée de miel, de vin et de poivre et assaisonnez-en quelques aliments légers que vous prendrez ; ce remède vous rendra votre santé première ». Le médecin, consulté, jugea que, de soi, cette potion ne pouvait qu'être funeste au malade : celui-ci en usa néanmoins et fut guéri.

Le fait suivant a été publié dans les pieuses Annales du Mont-Saint Michel : « Ma mère allant à l'église par un sentier détourné, passait au bord d'une vigne en côtoyant un ruisseau profond. A moitié chemin, la tête lui tourne, elle perd l'équilibre et se sent tomber. Soudain, il lui semble être soulevée par les bras , et elle est transportée dans la vigne. Elle en a été tout effrayée. Moi, j'ai cru reconnaître là un trait de protection de saint Michel puisque ma mère dit tous les jours son chapelet ; mais, pour savoir s'il y avait eu réellement intervention surnaturelle, je fis cette prière : « Saint Archange, si c'est vous, il me faut une autre grâce : une personne nous doit de l'argent ; si, dans trois jours, la somme nous est remise par votre intercession, je croirai que c'est vous qui avez ainsi préservé ma mère dans cet imminent danger ». Le lendemain du jour où j'avais ainsi prié saint Michel, on me remit l'argent dont nous avions si grand besoin ».

Bon saint Michel, protégez-nous en tous temps, en tous lieux et en toutes circonstances. Soyez le médecin de nos corps et de nos âmes ; assistez-nous en toutes sortes de nécessités ; gardez-nous de tout accident et surtout du péril d'offenser Dieu : nous vous en conjurons par les mérites du très précieux Sang de Jésus-Christ. Ainsi soit-il.

 

 

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Vingt-cinquième jour

Saint Michel nous aide à obéir à Dieu

 

Saint Michel, d'après Pantaléon, aide ses fidèles serviteurs à faire la volonté de Dieu. Jeunes gens, jeunes personnes qui êtes indécis, perplexes, embarrassés sur la voie qu'il vous faut prendre pour entrer dans les desseins de Dieu sur vous, recourez à saint Michel, l'Ange de l'Obéissance, et il vous enseignera le sentier de la soumission à la volonté divine.

Vierges, qui aspirez à donner à Dieu la première sève de votre jeunesse, la fleur de vos sentiments, votre être tout entier, et qui ne pouvez réaliser vos désirs de solitude, de vie cachée, de tête à tête, de cœur à cœur avec Jésus, recourez à saint Michel, et il écartera les obstacles qui entravent l'accomplissement de la volonté de Dieu sur vous ; il comblera vos saintes aspirations en vous conduisant au sentier de la perfection.

Aspirants au Sacerdoce et à l'Etat religieux, qui hésitez entre le monde et le sanctuaire, entre la bure et la soie ; vous qui craignez d'être téméraires en choisissant le calice du Sang divin, le calice de la souffrance pour votre partage dans la vie, recourez à Saint Michel, et il vous dira le secret de la volonté de Dieu sur vous.

Pauvres affligés que l'épreuve accable, que le pressoir de la douleur écrase, qui versez des larmes que l'Ange de la Résignation ne recueille pas, parce que votre agonie est sans Fiat, pauvres affligés, souvenez-vous que saint Michel porte l'étendard de la croix, que cet étendard est rougi du Sang divin, et qu'il suffit d'une goutte de ce Sang pour adoucir votre joug et alléger votre fardeau. Recourez à saint Michel, invoquez-le avec persévérance et il versera sur vos douleurs une telle onction, ou dans votre âme une telle force que l'Ainsi soit-il jaillira insensiblement de vos lèvres, et deviendra comme le baiser, l'Alléluia de votre âme à la volonté du Dieu qui vous crucifie.

Saint Michel Archange, dirigez et maintenez nos pas dans les sentiers de la volonté de Dieu, soit qu'ils mènent dans la plaine ou sur le Calvaire ; car, quoi qu'il m'en coûte, je veux sauver mon âme et glorifier éternellement, avec les Anges et les élus, le Précieux Sang de mon Rédempteur.

 

 

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Vingt-sixième jour

Saint Michel à l'heure de la mort

 

« Michel, mon archange, je vous ai établi prince sur toutes les âmes qui doivent être reçues dans mon royaume ». Ces paroles; que l'Eglise met sur les lèvres de Notre-Seigneur, nous apprennent que saint Michel a aussi pour fonction de nous assister à la mort.

Quelle heure terrible ! Quelle heure épouvantable ! C'est l'heure de la faiblesse de l'homme à qui il ne reste plus qu'un souffle de vie ; c'est l'heure de la puissance des esprits de ténèbres, l'heure où ils s'assemblent en légions pour tourmenter notre âme, afin de lui faire perdre la grâce de la rédemption. Mais saint Michel arrive aussi, avec la multitude de ses Anges, auprès du juste mourant. Là, la lutte s'engage de nouveau entre les deux armées ; mais, comme toujours, Satan est vaincu et repoussé dans le noir abîme.

Pour mériter cette grâce insigne de la protection de saint Michel à l'article de la mort, il faut : 1° être fidèle à Dieu pendant la vie ; 2° ou si la faiblesse en empêche, se hâter, au moins, après une faute, de purifier son âme dans le bain du Sang de Jésus ; 3° honorer le grand Archange et l'invoquer habituellement dans ce but, ne fût-ce que par l'une ou l'autre des deux courtes prières qui suivent :

 

Prière de la Sainte Eglise

 

Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat, afin que nous ne périssions pas au redoutable jugement de Dieu. Ainsi soit-il.

 

Prière de Saint Anselme

 

« Saint Michel, archange de Dieu, gardien du ciel, venez à mon secours au moment de la mort ; soyez ma défense contre l'ennemi malin, et conduisez mon âme dans le paradis de la jubilation éternelle » que Jésus-Christ nous a acquis par l'effusion de tout son Sang. Ainsi, soit-il.

 

 

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Vingt-septième jour

Saint Michel au Tribunal de Dieu

 

Saint Michel archange ne présente pas seulement les âmes au tribunal de Dieu, il est encore chargé de procéder au pèsement de leurs œuvres. (C'est pourquoi saint Michel est souvent représenté portant une balance). Ce pèsement des œuvres ne signifie pas que ceux qui auront fait un plus grand nombre de bonnes œuvres que de péchés seront sauvés, ni que ceux qui en auront fait un moindre nombre seront damnés ; cela signifie seulement que l'âme qui aura quitté la terre dans la grâce de Dieu aura le bonheur de contempler le Sang Divin dans le plateau de la balance opposé à celui de ses péchés.

Or, c'est Saint Michel, le premier adorateur de la sainte humanité de Jésus et de son Sang précieux, qui remplit l'auguste fonction d'ajouter ce prix de la rédemption aux œuvres des âmes qui sortent de cette vie dans l'amitié de Dieu.

L'âme revêtue de la grâce n'eut-elle à opposer à des iniquités incalculables que le seul acte de contrition qui l'aura sauvée, cet acte de contrition étant une une goutte du Sang de Jésus, c'est à dire un fruit de sa passion et de sa mort, c'en est assez pour que je jugement favorable qu'elle recevra soit un jugement plein d'équité ; son éternelle couronne sera un tissu des miséricordes du Sang rédempteur.

Cette raison n'est-elle point assez puissante pour nous engager à rendre chaque jour, quelque hommage au Sang infiniment précieux dont les mérites, sont destinés à nous couvrir des mérites, si nous savons obtenir qu'ils nous soient appliqués.

Saint Michel Archange, ô vous qui aimez mon âme, et qui la voulez voir éternellement heureuse, je vous en conjure, manifestez-moi votre amour dès cette vie, en m obtenant une grande dévotion envers le Précieux Sang et la douloureuse Passion de mon bien-aimé Rédempteur. Si j'obtiens cette grâce et celle de vous invoquer chaque jour, je suis certain d'entendre une sentence de salut au tribunal du Souverain Juge, et de chanter éternellement la puissance, la miséricorde et la charité du Sang de l'Agneau immolé. Ainsi soit-il.

 

 

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Vingt-huitième jour

Saint Michel après la sentence du Juge

 

Après le jugement, l'âme n'a plus qu'à prendre le chemin de son éternité. Si elle a entendu la sentence de salut qui lui ouvre le ciel sans délai, saint Michel l'y introduit au milieu des concerts de sa triomphante armée. Si l'enfer est son partage, saint Michel la livre à Satan qui la précipite dans le gouffre de feu.

Si l'âme doit séjourner au purgatoire, saint Michel, nous pouvons le conjecturer, l'y conduit en compagnie de l'Ange gardien. Et si cette âme a souvent invoqué saint Michel pendant la vie, si elle l'a fait honorer et aimer, le glorieux archange intercède pour elle et lui obtient une diminution de temps et de peine.

Jacques Massi rapporte qu'un prêtre, célébrant la Messe des morts recommandait quelques âmes d'une manière spéciale, en prononçant ces paroles : « Que le prince des Anges, Saint Michel, les introduise dans la Sainte Lumière » ; et à l'instant même, il vit le saint archange descendre du ciel dans le purgatoire pour les délivrer.

Le même auteur rapporte qu'un moine de Citeaux apparut à un prêtre et lui dit qu'il serait délivré du Purgatoire, si, à la messe, il le recommandait à saint Michel. Le ministre de l'autel se rendit à son désir, et il vit ainsi que d'autres personnes, l'âme de son ami conduit au ciel par le saint Archange.

Remarquons que l'âme du défunt demande qu'on invoque saint Michel pendant la messe. N'est-ce point dire que le glorieux dépositaire des âmes est plus promptement propice à celles qui l'invoquent en lui rappelant les souffrances, le Sang répandu et la mort de notre bien-aimé Rédempteur ?

O saint Michel, qu'elle sera longue mon expiation en l'autre vie, si vous ne m'obtenez, dès celle-ci, cet amour douloureux qui expie toute faute !... Ah ! si je ne suis pas digne d'une grâce aussi insigne, si je dois connaître le feu du purgatoire, je vous en prie, je vous en supplie, je vous en conjure par toutes les plaies de Jésus-Christ, versez abondamment sur mon âme la rosée rafraîchissante du Sang divin, afin que je ne gémisse pas longtemps loin de mon Dieu. Par ce même Sang si généreusement répandu, ayez pitié, ô saint Archange, de toutes les âmes détenues dans ce lieu d'expiation, particulièrement de celles qui m'intéressent davantage. Ainsi soit-il.

 

 

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Vingt-neuvième jour

Fête de Saint Michel Archange

 

La sainte Eglise ayant fait de ce jour la fête principale de Saint Michel, considérons-je aujourd'hui comme son protecteur spécial. Le dragon, dit saint Jean dans son apocalypse, se mit à persécuter la femme. Quelle femme est donc l'objet de cette persécution ? « Voulez-vous la connaître, dit Mgr Gaume ? Prêtez l'oreille à la voix des siècles passés et présents, tous répètent le nom de Marie »

Voici comment le docte abbé Soyer met le texte que nous lui empruntons en rapport avec Saint Michel considéré comme le protecteur de l’Église universelle.

« Marie, dit-il, est la femme immortelle, quarante siècle avant sa naissance, elle vivait dans Eve ; et Satan le savait. Depuis dix-neuf siècle, elle vit dans l’Église et Satan le sait encore.

Marie, en effet, vit dans l'Eglise, sa fille et sa ressemblance. Nous disons sa fille ; car le Sang divin qui a enfanta l'Eglise est le sang de Marie. Nous disons sa ressemblance ; comme Marie, l'Eglise est vierge et mère tout ensemble. Vierge, jamais l'erreur ne l'a souillée ; mère, elle enfante autant de Christs qu'elle enfante de chrétiens. Ainsi la femme, objet de la haine éternelle du Dragon, c'est l'Eglise, ou plutôt Marie vivant dans l'Eglise.

Le défenseur, le protecteur de Marie et de l'Eglise dans laquelle elle vit, est toujours celui qui fit entendre, dans le ciel, ce cri : « Qui est comme Dieu ? »

La sagesse divine a ses vues sur l'Eglise comme elle a eu ses vues sur Marie. L'épée du chef de la milice céleste n'empêche pas toujours l'Eglise de perdre ses possessions matérielles, ou plutôt de se les voir usurpées ; car la victoire de l'Archange, aux époques des spoliations et des persécutions qu'il laisse faire, est dans la défaite elle-même. En effet, la vie de l'Eglise n'est jamais plus vigoureuse et plus forte que quand celui qui la gouverne n'a plus qu'un sceptre brisé, une couronne dérisoire, un palais d'emprunt. D'ailleurs comme Marie, comme le Christ, l’Église doit ensanglanter sa voie à travers les siècles, par la souffrance...

Mais, comme ministre de Jésus-Christ qui a promis l'immortalité à son église, Saint Michel la protège toujours victorieusement contre le mal réel auquel les méchants veulent arriver par leur persécution : jamais elle ne sera détruite ; jamais son action sur la terre ne sera interrompue ; jamais elle ne cessera d'être une, sainte, catholique, apostolique ; jamais elle ne sera atteinte dans ce qui la constitue à proprement parler : sa foi, ses principes, son autorité, son infaillibilité. Dans ces circonstances, le « Qui ut Deus ? » de Saint Michel retentit toujours triomphalement ; et quand la conversion ne fait pas rentrer les oppresseurs de l’Église dans les voies du pardon, la lance de Saint Michel les précipite, au jour de la reddition des comptes, avec les premiers révoltés.

Saint Michel est aussi chargé de protéger les hommes apostoliques qui travaillent à l'extension de la sainte Eglise Un jour, il entre dans la prison de saint Erasme, martyr, et lui dit : « Je suis l'Archange Michel envoyé vers toi pour te mener dans la province de Campanie où tu dois enseigner le peuple ». Il rompt les chaînes du martyr, le sort de sa prison et le transporte au lieu de son apostolat. Une légende ajoute que, pendant sept ans, il fournit à l'apôtre le pain de chaque jour.

O saint Archange, au nom et pour la gloire du Sang de Jésus, secourez l'Eglise et son auguste chef, qui vous fait invoquer quotidiennement par toute la chrétienté, depuis si longtemps déjà ; secourez les hommes apostoliques qui vont annoncer la Bonne Nouvelle aux quatre coins du ciel ; soyez avec eux dans leurs tribulations, dans leurs prisons et à leurs derniers instants, et que le Sang vivificateur qu'ils distribuent aux âmes soit le Sang qui en fasse d'autres Christs sur la terre et au ciel. Ainsi soit-il.

 

 

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Trentième jour

Saint Michel à la fin du monde

 

« Aussitôt, dit l'apôtre, que le signal aura été donné par la voix de l'Archange, et par le son de la trompette de Dieu, le Seigneur descendra du ciel et ceux qui seront morts avec Jésus-Christ ressusciteront les premiers ».

Bernardin de Picquigny dit que cet Archange est Saint Michel, et que c'est d'après ses ordres que les esprits angéliques rassembleront... des extrémités du ciel les élus de Dieu. « Alors, dit l'Evangile, le signe du Fils de l'Homme paraîtra dans le ciel ». Quel est ce signe ? La Croix de Jésus-Christ, le porte-étendard des élus ? L'église nous l'apprend : « Sed explicat vidor Crucem Michael, salutis signifier » : c'est-à-dire : « à leur tête l'Archange Saint Michel porte l'étendard de la Croix, emblème de la victoire ». C'est donc saint Michel qui a pour mission de réunir les élus sous ce drapeau du chef des prédestinés.

Si nous voulons que cette croix, que ces plaies nous attirent au jour de la grande victoire ; si nous voulons qu'elles nous glorifient, rendons hommage, pendant la vie, à la Croix du Calvaire aux plaies sanglantes du Rédempteur ; et souvenons-nous qu'il n'y aura, pour suivre Jésus dans sa gloire, que ceux qui l'auront suivi dans ses humiliations et ses souffrances.

Oserions-nous prendre place sous ce royal étendard, le saluer avec confiance, au jour de son triomphe, si pendant la vie, le mystère de la croix nous avait été indifférent. Surtout si nous avions été des ennemis pratiques de la croix de Jésus ?

O saint Archange, la terreur me saisit quand je réfléchis à cette sortie du tombeau, à ce voyage vers le lieu du jugement, à cette apparition de la Croix du Christ dans les nues... En quel état ressusciterai-je ?.. Sera-ce comme les amis du Crucifié ? Ah ! je vous en prie et je veux vous en prier tous les jours de ma vie, fortifiez-moi, ô saint Archange, dans mes combats contre la croix, afin qu'elle remporte sans cesse de nouvelles victoires sur ma nature, et qu'après avoir ainsi triomphé de moi ici-bas, elle me fasse participer aux joies de l'éternel triomphe. Ainsi soit il.

 

 

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Prière pour choisir saint Michel Archange comme protecteur spécial

 

O grand Prince du ciel, gardien très fidèle de l’Église, Saint Michel Archange, moi N, quoique très indigne de paraître devant vous, confiant néanmoins dans votre spéciale bonté, touché de l'excellence de vos privilèges et de la multitude de vos bienfaits, je me présente à vous, accompagné de mon Ange gardien et, en présence de tous les Anges du ciel que je prends a témoin de ma dévotion envers vous, je vous choisis aujourd'hui pour mon protecteur et mon avocat particulier et je me propose fermement de vous honorer toujours et de vous faire honorer de tout mon pouvoir. Assistez-moi pendant toute ma vie, afin que jamais je n'offense les yeux très purs de Dieu, ni en œuvres, ni en paroles ni en pensées. Défendez moi contre toutes les tentations du démon, spécialement pour la foi et la pureté ; et à l'heure de ma mort, obtenez la paix à mon âme et introduisez-la dans l'éternelle patrie. Ainsi soit-il.

Grand saint Michel et vous tous, ô saints Protégez-nous dans les dangers présent : les ennemis de vos saintes phalanges nous font la guerre en tous lieux, en tous temps : luttez pour nous, Anges de la victoire, et que le Sang qui vous rendit vainqueurs un jour, au ciel, nous couronne de gloire, et nous unisse à vos célestes chœurs.

 

Épilogue

 

Les exercices de ce Mois ressemblent à ceux de la vie : ils fatiguent. Pourquoi ? Parce qu'il ne s'y rencontre un pas seul jour de parfait repos. L'Ange et l'âme reparaissent invariablement les armes à la mains, revêtus du casque de guerre, de l'armure et du bouclier... Est-ce que ce Mois n'eut pas plu d'avantage si l'Ange et l'âme eussent été montrés sous des vêtements plus diaphanes ? Oui, sans doute. Mais la lutte étant de tous les instants, il a fallu sonner le clairon, se remettre sous les armes tous les jours, afin de rappeler à l'homme que l'heure du repos ne sonnera pas avant le jour éternel : et qu'il importe, pour réunir l'Ange et l'âme dans le triomphe des cieux, qu'ils soient toujours militants l'un près de l'autre sur le champ de bataille de la terre.

 

 

Extrait du « Nouveau Mois de Saint Michel Archange et des Saints Anges », publié en 1893 par le Monastère du Précieux Sang, à Saint Hyacinthe (Canada)

 

 

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Fin du Mois de Saint Michel et des Saints Anges

 

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Prochain mois de dévotion: Mois des âmes du Purgatoire, rendez-vous le 31 octobre

 

 

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7 septembre 2016

Mois de Saint Michel Archange et des Saints Anges

Nouveau Mois de Saint Michel Archange et des Saints Anges

ou

Le Précieux Sang et le Saints

 

« La dévotion à saint Michel est un signe de prédestination ». (Saint Alphonse de Liguori)

 

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Huitième jour

Anges supérieurs et Anges inférieurs

 

Quand la sainte Ecriture parle des Anges, c'est par milliers et centaines et millions qu'elle indique leur nombre. Des milliers d'Anges, dit Daniel, exécutaient ses ordres, et un million assistaient devant lui ». Ces expressions signifient que le nombre des esprits célestes est incalculable. Ce serait donc la confusion dans le Ciel, si cette immense multitude était sans ordre. Mais, parmi les Anges comme parmi les hommes, il y a des degrés divers, c'est-à-dire des Anges qui administrent et des Anges qui sont administrés. Les Anges supérieurs, qui se tiennent plus près de Dieu communiquent aux Anges inférieurs les lumières et les ordres dont ceux-ci ont besoin pour bien remplir leurs fonctions spéciales. Avec quel bonheur et quelle docilité les Anges inférieurs reçoivent-ils ces communications des intelligences plus élevées ! Avec quelle charité, quel amour et zèle les Anges supérieurs communiquent-ils leur science !

Pourquoi commande-t-on et obéit-on si bien au Ciel ? C'est qu'il n'existe qu'une seule loi : la volonté divine, une seule ambition : l'accomplir fidèlement ; qu'un seul intérêt: procurer la gloire de Dieu. L'homme commande et obéit plus ou moins bien ou mal, selon qu'il recherche plus ou moins ou sa gloire ou celle de Dieu ; s'il cherche sa propre gloire, l'inférieur deviendra un marchepied que le supérieur foulera ; s'il cherche avant tout la gloire de Dieu, l'inférieur ne sera qu'un aide respecté et aimé, donné par Dieu pour le bien commun. Quant à l'inférieur, s'il recherche sa gloire, l'obéissance lui fera murmurer sans cesse, au moins dans le fond de son âme, le non serviam de l'ange déchu ; mais s'il ne considère son infériorité que dans l'ordre établi par la divine Providence, il comprendra qu'obéir à l'homme pour Dieu c'est servir Dieu, et, que servir Dieu, c'est régner.

O saints Anges, mettez la charité divine, c'est-à-dire l'amour de Dieu et du prochain, dans le cœur de ceux qui gouvernent et de ceux qui obéissent ; et bientôt tous comprendront que l'autorité de l'homme n'est rien autre chose que la volonté de Dieu manifestée à l'homme, comme elle l'est à l'Ange, c'est-à-dire par un de ses semblables. Aidez ceux qui commandent, aidez ceux qui obéissent, afin qu'un jour nous soyons tous, au pied du trône de Dieu, les serviteurs fidèles du Maître souverain de la terre et des cieux. Ainsi soit-il.

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Neuvième jour

L'Ange Gardien

 

Au moment de sa naissance, chaque créature humaine reçoit un Ange pour veiller sur elle et l'aider à parvenir à ses destinées éternelles ; c'est l'Ange Gardien. Saint Brunon de Segni enseigne que c'est à saint Michel qu'incombe le devoir de choisir l'Ange Gardien de chaque âme.

« Leurs Anges, a dit Notre Seigneur, voient sans cesse la face de mon Père qui est dans le ciel ». Et le psalmiste chante : « Dieu a ordonné à ses Anges d'avoir soin de vous et de vous garder dans toutes vos voies, de peur que votre pied ne heurte contre la pierre ». Et c'est en présence d'un aussi auguste témoin que nous ?faisons le mai !.. Au moins, à l'heure du péché, nous dérobons-nous aux regards de l'Ange et fuyons l'Envoyé céleste !..

Mais, où aller ?... car l'Ange Gardien est toujours avec nous ; il est toujours auprès de nous et la nuit et le jour. Ainsi que le dit saint Augustin : « Ses yeux sont sans cesse fixés sur nous et sur toutes nos œuvres ». O excessive bonté de Dieu envers l'homme ! O prodigalité du Précieux Sang ! Une goutte eût suffi pour racheter l'homme ; mais Jésus a voulu se créer le droit d'être prodigue d'excès d'amour envers sa créature privilégiée... et il a versé son Sang jusqu'à la dernière goutte !...

Seul, le Dieu capable de manifester ainsi son amour, a pu concevoir la pensée de confier à un Ange l'âme si extraordinairement aimée... Et ce Jésus, nous ne l'aimerions pas en retour ! Nous ne bénirions pas le Sang qui nous a acheté un Ange Gardien !... un ami Ange !

Ah ! oui, je l'aime mon Jésus ! je le bénis son Sang généreux ! Mais, mon bon Ange, mon Ange ami, aimons, bénissons de concert Jésus et son Sang ! Puisque vous êtes à moi, et que je suis à vous par et pour Jésus, ah ! Je vous en conjure, rendez efficaces, dans mon âme, les mérites infinis de son Sang Rédempteur. Ainsi soit-il.

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Dixième jour

L'Ange Conducteur

 

« Voici, dit le Seigneur, que j'envoie mon Ange, il marchera devant vous, vous protégera, il vous introduira dans le lieu que je vous ai préparé ».

Qu'il est difficile et dangereux le chemin qui conduit au ciel !... Que d'écueils sur cette mer du monde si fertile en tempêtes ! Comme il est puissant le monstre caché qui menace de submerger notre barque ! Mais l'Ange Gardien marche devant nous ; il nous protège, il nous défend, il lutte contre nos adversaires spirituels Si nous ne replions pas nos voiles ; si nous ne nous laissons pas glisser dans l'abîme ; si nous ne nous refusons pas à l'action du céleste pilote sous les auspices duquel nous avons levé l'ancre, notre frêle nacelle touchera le port ; elle abordera au rivage éternel !

Mon bon Ange Gardien, mon Ange conducteur, je vous en conjure, par le Précieux Sang que nous bénissons tous deux, prenez sous votre protection la plus efficace mon voyage vers l'éternité. Les flots de cette mer toujours en furie soulèvent souvent mon cœur, émoussent mon courage ! Au lieu de lutter avec plus d'énergie à ces heures dangereuses, hélas ! Vous le savez, souvent je dépose les rames, je cesse de regarder l'Etoile, de vous regarder, et je me laisse choir fatigué, ennuyé, dégoûté...

Dans ces moments d'accablement ah ! Je vous en supplie, cher Ange, libérez-moi de ma torpeur, en me parlant de Jésus et de la patrie. Si je demeure insensible, prenez-moi par la main ; si cela ne suffit pas, fixez-moi sous vos ailes, afin que je ne m'endorme pas un seul instant d'un sommeil de mort ; mais que, bientôt ranimé, je rame vigoureusement jusqu'à la Jérusalem céleste Ainsi soit-il.

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Onzième jour

Lucifer

 

« Je monterai dans le ciel, je placerai mon trône au-dessus des astres les plus élevés ».

Ainsi que nous l'avons dit ailleurs, l'orgueil s'introduisit au ciel de l'épreuve des premières créatures de Dieu. Volontairement admis dans le cœur de la troisième partie des Anges, il en fit des démons. Lucifer, le plus beau, le plus puissant de tous les Anges, leur chef aux jours de sa fidélité, un archi-Séraphin peut être, est devenu le chef des mauvais anges.

La Sainte Écriture lui donne plusieurs noms. Tantôt, elle l'appelle dragon, c'est-à-dire animal d'une forme épouvantable, d'une taille monstrueuse, d'une force égale à sa cruauté. Tantôt, elle l'appelle serpent, vieux serpent, à raison de sa ruse, de son venin, de sa puissance d'attraction ou de fascination. Le plus souvent il est appelé le diable, c'est-à-dire calomniateur, le Père du mensonge. On le nomme aussi Satan, c'est-à-dire ennemi Juré, ennemi implacable de Dieu et des hommes. Satan ! Voilà le chef d'oeuvre du péché ! Voila ce que c'est que de perdre Dieu !!

Satan apparut un jour à sainte Colette sous la forme d'un lion rugissant. En l'apercevant, elle lui dit ! « Ah ! Misérable ! Qui a perdu Dieu, retire-toi d'ici ». Le démon lui répondit : « Sais-tu bien ce que tu dis, petite créature ? Sais-tu bien ce que c'est que d'avoir perdu Dieu ? Avoir perdu Dieu ! répétait-il en frémissant, avoir perdu Dieu ! Nulle intelligence créée ne peut comprendre l'étendue de ce malheur irréparable : avoir perdu Dieu, c'est être exclu de tout bien, de toute félicité, puisque toute félicité est en lui. La peine du feu n'est rien en comparaison de la perte de Dieu ». « Et ce qui fait l'enfer de l'enfer, s'écria la Sainte, c'est qu'il durera toute l'éternité ». « Éternité ! Éternité ! Éternité ! répéta Satan avec un cri capable de fendre les pierres, si les chrétiens le comprenaient, nous ne réussirions jamais à leur faire perdre Dieu ». Ces paroles prouvent que le père du mensonge fait une terrible expérience de la peine du dam, puisqu'elle lui arrache des vérités dont la connais,sance nous est si utile.

Saint Michel Archange et vous tous saints Anges, nous vous en conjurons, par le Précieux Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ, obtenez-nous la science profonde, intime, de tout le mal que comportent ces mots : « perdre Dieu pour l'éternité », afin que jamais plus nous ne nous exposions a un aussi épouvantable malheur. Ainsi soit-il.

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Douzième jour

Les Dons naturels des Démons

 

De même que les hommes, après avoir perdu la vie de la grâce, n'en conservent pas moins toutes leurs qualités humaines, ainsi les mauvais anges n'ont rien perdu de leurs dons naturels par leur chute.

Ils possèdent donc encore cette agilité, cette subtilité qui les rendent présents en un clin d'oeil et à volonté aux endroits les plus opposés de l'espace ; cette force extraordinaire que leur rendrait facile, selon saint Thomas, de soulever le poids énorme de la terre ; et, selon Bossuet, « cette action vive et vigoureuse, cet esprit délicat et ces vastes connaissances dont Dieu les dota en les créant ». « Les démon, dit l'abbé Soyer, ne peuvent se tromper en aucune science ; il n'y a, pour eux, d'erreur possible que dans les choses de l'ordre surnaturel ».

Concluons de là que la science la plus élevée, l'esprit le plus vaste, le génie le plus sublime, que tous les dons naturels, en un mot, sont fort peu de chose en eux-mêmes, puisque Dieu les laisse à ses plus grands ennemis. Hélas ! L'expérience prouve que ces dons sont même très dangereux, quand ils ne sont pas accompagnés d'humilité !.. En lisant cette réflexion, quel est celui qui ne se rappelle un génie tombé ?...

Périsse tout don extérieur qui m'entraînerait vers l'orgueil, ô mon Dieu !.. Anges de l'Humilité, vous qui, seuls, êtes demeurés fidèles, je vous en conjure, offrez à Dieu mon âme et mon corps, et obtenez que j'estime de préférence tout ce qui, en eux, m'abaisse. Que je rapetisse, me détruit, afin que, recouvert du Sang divin, mon néant germe l'humble vertu qui produit la gloire éternelle. Ainsi soit-il.

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Treizième jour

L'habitation des Démons

 

" Michel combattit avec ses Anges, dit l'Ecriture, et le dragon fut précipité sur la terre ». Suivant la doctrine de saint Pierre et de saint Paul, les démons habitent la terre et l'enfer. Voici comment saint Thomas explique la chose :

« La Providence conduit l'homme à sa fin de deux manières : directement, en le portant au bien : c'est le ministère des bons Anges ; indirectement, en l'exerçant h la lutte contre le mal. Il convenait que cette seconde manière de procurer le bien de l'homme fut confiée aux mauvais anges, afin qu'ils ne fussent pas entièrement inutiles à l'ordre général. De là, pour eux (d'ici à la fin du monde), deux lieux de tourments : l'un, à raison de leur faute, c'est l'enfer ; l'autre, à raison de l'exercice qu'ils doivent donner à l'homme, c'est l'atmosphère ténébreuse qui nous environne... »

Quel spectacle ! Les démons toujours en contact avec l'homme, luttant toujours contre l'homme ! Cette condition, que nous devons subir, prouve que l'homme aussi doit gagner sa couronne. Jésus, par l'effusion de son Sang, a rétabli l'humanité dans ses droits à l'héritage du royaume céleste ; mais l'homme n'y parviendra que par la guerre et la victoire... Eh ! Quelle guerre que celle qu'il nous faut soutenir contre ces légions de mauvais anges qui veulent à tout prix nous empêcher d'occuper les trônes qu'ils ont perdus !

Jésus ! Ô Marie ! Ô saints Anges ! Venez a notre aide. Tout l'enfer est déchaîné contre nous qui ne sommes que des roseaux d'autant mieux disposés à plier, au moindre souffle, que la chute de notre premier père a créé, dans notre être, des similitudes avec l'ange déchu qui nous inclinent, comme naturellement, vers les appas qu'il nous présente. Par pitié pour le Sang divin, envoyez saint Michel et ses légions terrasser nos implacables ennemis. Ainsi soit-il.

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Quatorzième jour

Le nombre des démons

 

Le nombre des démons qui infestent l'air est si grand que, s'ils n'étaient des êtres tout à fait spirituels, ils empêcheraient les rayons du soleil d'arriver jusqu'à nous.

Non seulement chaque homme a un démon particulier qui le moleste, mais il n'y a pas une seule créature visible dans l'univers qui n'ait aussi son démon spécial. Tertullien dit que le diable se plaît à reposer dans les eaux, dans les fontaines, dans les lacs et dans les ruisseaux. C'est peut-être pour cette raison que le Rituel s'ouvre par des exorcismes sur l'enfant qui se présente au baptême, et sur l'eau qui le doit baptiser. Un passage de Porphyre, cité par Eusèbe, attire notre attention : « Toute habitation, dit-il, est pleine de démons. C'est pourquoi on la purifie, en les chassant, toutes les fois qu'on veut prier Dieu ».

En quoi consiste cette purification ? Dans le Signe de la croix, qui épouvante l'enfer et met les démons en fuite ; dans le signe de l'Eau bénite qui produit le même effet. Ô sagesse de notre Mère la sainte Église ! Elle protège nos demeures et nos personnes contre les démons, en bénissant l'eau, les pieuses images, jusqu'aux branches d'arbres dont la piété se fait un bouclier contre Satan et en nous couvrant d'objets bénits !

« Bien plus, continue Porphyre, tous les corps sont remplis de démons... Ainsi, lorsque nous nous mettons à table, ils ne prennent pas seulement place près de nos personnes, ils s'attachent, encore à notre corps ».

Admirons encore ici la prévoyance de la sainte Église qui enseigne à ses enfants de ne se mettre jamais à table, pour prendre leurs repas, avant d'avoir dit le Bénédicité, et de l'avoir fait précéder et suivre du Signe de la croix. C'est le Précieux Sang qui donne à l'Eglise la puissance de ses bénédictions ; parce que l'Eglise est, en quelque sorte, le corps crucifié de Jésus-Christ, et que ce corps n'opère rien sans qu'il ne découle de sa tête, de ses mains ou de son Cœur le Sang qui rend son action efficace.

Ô saints Anges, protégez-nous contre les démons ; protégez nos familles, nos demeures, tout ce qui nous appartient. Augmentez chaque jour en nous la dévotion dans les objets bénits et dans toutes les saintes pratiques de notre Mère l'Eglise, lesquelles ne sont que de mystiques écoulements du Précieux Sang. Ainsi soit-il.

 

Extrait du « Nouveau Mois de Saint Michel Archange et des Saints Anges », publié en 1893 par le Monastère du Précieux Sang, à Saint Hyacinthe (Canada)

 

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29 mars 2015

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Cœur de Saint Joseph ouvert à ceux qui l'implorent

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Trentième jour

Saint Joseph, protecteur des agonisants

 

Comme tous les hommes doivent mourir, tous ont un très grand intérêt à se préparer à la mort par les moyens que la divine Sagesse recommande dans l’Évangile, la vigilance et la prière ; et aussi à se ménager des protecteurs pour cet instant suprême et définitif, d’où dépend une éternité heureuse ou malheureuse. Ô mon Seigneur et mon Dieu, combien, hélas ! Sont surpris pour ne s’être pas précautionnés à l’avance. Certes ce n’est pas la faute de Notre Seigneur qui, non content de donner à tous tant d’avertissements salutaires, et de répéter dans l'Évangile cette grave sentence, met à la disposition de tous, les moyens de terminer saintement sa vie en mourant dans son saint amour.

Après l’assistance de Marie très sainte, que les Saints nomment la Patronne des mourants, que le très«docte Juste Lipse qualifie du beau titre de Patronne dans les périls, dans les chagrins et toutes les douleurs qui nous assiègent jusqu’à la fin de la vie, nulle protection ne nous sera plus salutaire que celle de Joseph, le Patron et l'Avocat fidèle des mourants, le Soutien et l’Appui des agonisants, le Vainqueur des démons qui attaquent alors l’âme prête à paraître devant le Juge souverain.

Certainement, saint Joseph dont le pouvoir est sans bornes auprès du Tout Puissant, son Fils adoptif, sera toujours exaucé par lui, lorsqu’il le priera pour les pauvres agonisants dont les âmes lui ont coûté tant de travaux, de fatigues, de peines. D'autre part, ce bon Saint ne pourra jamais refuser ses, secours aux moribonds qui l’invoqueront avec foi, confiance et fidélité. S’il a sauvé le Chef des persécutions du cruel Hérode, pourquoi ne s’efforcerait-il pas de soustraire les chrétiens, membres de ce divin Chef, aux attaques du démon figuré par Hérode ? C'est alors surtout, qu'ils sont en un danger si grand, si évident de périr pour jamais, et par la même de perdre les fruits précieux de la Rédemption opérée par le Christ, à laquelle saint Joseph lui-même a pris une si bonne part, qu‘il importe de prier pour eux ce Saint ! Douteriez-vous de ces choses ?

Écoutez les Docteurs : Le Christ entre en Egypte, dit Novarin, mais conduit par Joseph : sachons que si le salut nous est accordé, nous le devrons en grande partie à saint Joseph. Les Égyptiens figuraient les gentils, et Joseph leur a mené Jésus, qui est le salut de tous. Ah ! Il mérite bien d'être comparé au patriarche qui, dans la langue des Égyptiens, est appelé Sauveur du monde. Un autre interprète, Escobar, sur ces paroles de l’Évangile : « N'est-ce pas le fils de ce charpentier ?, dit : « Si le fils est charpentier, il a dû faire la porte du ciel, afin que les hommes pussent y entrer ; Joseph l’ouvrira à tous ses dévots dont il aura été en un sens ainsi le père nourricier sur la terre ». Mais voici le pieux Bernardin de Bustis qui vient couronner ces données si consolantes. Il écrit : « Le Christ possède excellemment les clés du Paradis, comme il était prédit, comme il l’a fait entendre après sa glorieuse résurrection. La clé, ici, c'est la puissance ; or, l‘une de ces clés fut donnée à la Vierge Mère de Dieu, et l’autre à Joseph, son Père nourricier, afin qu’ils puissent introduire tous leurs fidèles serviteurs dans le lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix ». Ces belles paroles sont littéralement reproduites.

Saint Joseph est donc le Protecteur certain des agonisants, parce qu’il est le meilleur des amis, qu’il sait ce que valent les âmes par ce qu’elles ont coûté à Jésus ; qu’il a reçu lui-même, dans les derniers instants de sa sainte vie, les secours les plus désirables, ainsi que les plus ineffables consolations de Jésus et de Marie ; qu’il peut obtenir ce qu’il veut à ses clients.

Saint François de Sales vint un jour à Annecy pour consacrer l'église de la Visitation. La supérieure du monastère témoigna le désir qu’une des six chapelles fût dédiée à saint Joseph. Alors une religieuse, favorisée de lumières surnaturelles, la supplia de la consacrer à saint Joseph mourant. « Dieu m'a fait connaître, dit-elle, que par la dévotion à saint Joseph expirant, il voulait, dans sa miséricorde infinie, accorder d’abondantes grâces aux agonisants ».

L’Église l’appelle le Triomphateur de l‘enfer. Il est la terreur des démons, se pourrait-il qu’il manquât alors à sa mission. Oh ! non, n’ayons aucune crainte, au contraire,‘ranimons notre confiance, son assistance nous est assurée pour notre heure dernière, il combattra avec nous et pour nous, et il nous assurera la victoire. Écoutons encore l’Église qui, dans un Hymme consacré à ce Saint, chante : « Quiconque désire terminer dans la joie le cours de sa vie, qu’il prie saint Joseph de. le couvrir de sa protection ». ô grand Saint ! dans l'incertitude où je suis de ne pouvoir vous prier à l’instant de ma mort, je vous abandonne dès à présent le soin de mon âme, conservez-la alors dans l’amitié de Notre Seigneur, défendez-la alors contre les attaques des démons, alors recevez-la dans vos bras paternels ; et comme vous avez sauvé mon Sauveur de la mort temporelle, en le portant dans vos bras en Egypte ; de même sauvez mon âme, en la guidant et la portant vous-même dans le ciel, afin que la, exempte de toute crainte de perdre Dieu, assurée de le posséder à jamais, heureuse du bonheur de Dieu même, elle vous témoigne sa reconnaissance dans l'assemblée des anges et des saints glorifiés.

Nous oublions trop, nous autres, de prier pour les pauvres agonisants, dont le nombre d'environ cent mille expirent chaque jour, quelques-uns sans doute pour la vie éternelle, mais combien, hélas ! pour l’enfer. Ah ! Cette pensée seule fait frissonner le cœur et glace d'épouvante l'âme qui a la loi. C‘est.pourtant la faire l’œuvre la plus belle, la plus grande et la plus chère à Notre Seigneur.

Par nos prières ou par nos soins, secondés de la grâce divine, nous avons converti un pécheur, c'est si grand, si noble, si divin, qu’un Apôtre ne fait pas difficulté d'avancer que, par cette œuvre seule, nous avons couvert la multitude de nos crimes. Mais ce pécheur revenu à Dieu, nous ne savons s’il persévérera, quoique Dieu nous tiendra toujours compte de notre acte miséricordieux, tandis que si, par nos prières ferventes et assidues, unies aux mérites de Jésus-Christ, a l'intercession de Marie, de saint Joseph, des bons Anges et des Saints, comme aussi par nos avis salutaires aux mourants, nous avons été assez heureux pour en faire expirer dans la grâce de Dieu, leur sort est dès lors fixé, et leur salut éternel assuré pour jamais. Quel bonheur pour ces âmes, quelle gloire pour Jésus-Christ, quel puissant motif pour nous d'espérer en sa bonté, à notre heure dernière.

Si j’insiste tant sur ce point, c’est surtout parce qu'il est des moribonds qui se trouvent absolument privés de tout. secours spirituel. Un bon livre dressé a cette fin d'aider les malades à bien mourir, est un trésor sans prix : « Le Prêtre auprès des Malades », par le père Stub, Barnabite, atteint ce but. Ils ont bien des parents et des amis, mais où sont ils ? les parents et les amis de ce monde fuient les moribonds. S’ils sont là présents, qu'y font-ils ? ils compatissent, il est vrai, au pauvre mourant qui souffre et se débat peut-être dans les étreintes de l’ange de la mort ; ils pleurent même cette personne qui leur était bien chère, mais s’occupent-ils un peu de son âme, de son éternel avenir ? lui inspirent-ils au moins une pensée de foi, de confiance en Dieu, un acte d’amour pour ce Dieu qui va être l’arbitre suprême de son sort, hélas ! non, non ! Oh ! que cette indifférence pour les pauvres mourants, est digne de larmes, digne d’un deuil universel, digne, enfin, de tous les gémissements de toute la Nature. « O pitié ! s’écriait le Saint Chancelier Gerson, vous pleurez un corps que l’on porte en terre, et vous ne pleurez pas une âme que personne n’accompagne, que ses œuvres, qui s’en va seule ou avec l'Ange gardien, ou avec le démon dans la maison de son Eternité ! et d’où elle ne reviendra plus qu’au jour des grandes assises.

Nous qui vivons encore, prévenons notre heure dernière par une vie chrétienne et sainte, et si nous avons été pécheurs criminels, par une pénitence continuelle, par les gémissements et les larmes. Gravons bien avant dans notre cœur cet avis, fruit d’une grande expérience des hommes et des choses, si pleins d'une haute philosophie, d’une. éminente sagesse, d’une piété solide et éclairée, que nous donne le même Jean Gerson, dans l’Imitation de Jésus-Christ.

Ne vous fiez point sur vos proches et Vos amis, et ne différez point à faire votre salut ; parce que les hommes vous auront bien plus tôt oublié que vous ne pensez. Il vaut bien mieux pourvoir de bonne heure à la sûreté de votre salut, et faire passer au ciel devant Vous vos bonnes œuvres, que de vous en reposer sur le soin des autres. Un temps viendra que vous souhaiterez, je ne dis pas un jour mais une seule heure pour vous corriger, et je ne sais si vous-l’obtiendrez. Âme chrétienne, considérez de quel péril et de quelle frayeur vous pouvez vous tirer, si vous vivez toujours dans la crainte et l’appréhension de la mort... La,mort emporte tous les hommes, et leur vie s’enfuit comme l’ombre. Qui se souviendra de vous après votre mort, et qui priera pour vous ? Faites, faites maintenant, mon cher frère. tout ce que Vous pouvez faire, puisque vous ne savez pas quand vous montrez, ni ce qui vous doit arriver après votre mort. Amassez des richesses immortelles, pendant que vous en avez le temps. Ne vous appliquez qu’à votre salut, et ne pensez qu’aux choses de Dieu. Faites-vous maintenant des amis, honorant les saints, et imitant leur actions, afin qu’après votre mort ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels. Vivez sur la terre comme un voyageur et un étranger, à qui toutes les affaires du monde sont indifférentes. Conservez votre cœur toujours libre et élevé en Dieu, parce que vous n’avez pas ici de demeure stable, offrez-lui sans cesse vos prières, vos gémissements et vos larmes, afin que votre esprit après cette vie passe heureusement au repos du ciel. Ainsi soit-il.

Ce bienheureux Docteur suivait les conseils qu’il nous donne : il vécut toujours en pèlerin qui marche vers la patrie céleste, avec cette admirable devise,qu’il répétait sans cesse : « le cœur en haut ». Longtemps avant sa sainte mort, il avait fait son testament, qu’il appelait testament du pèlerin, qui contient la substance du chapitre de l’Imitation précédemment cité. Dans une lettre aux Chartreux, pour leur demander à l’avance leurs suffrages, il leur rappelle le texte cité tout à l’heure dans l’Imitation.

Une telle préparation de toute la vie, soutenue paru ne conduite pure et sainte, disposa ce grand homme et illustre serviteur de Dieu à la plus sainte mort. Si souvent il avait prié saint Joseph de l’aider en ce redoutable passage du temps à l’éternité, il avait si bien imité cet insigne Patriarche et Protecteur dés mourants, qu’il proposait ordinairement au culte des fidèles sous cette. dernière dénomination, qu’il eut le bonheur ineffable de mourir comme saint Joseph dans un acte pur d’amour de Dieu et par l'effet de cet amour même. Ne doutez pas que saint Joseph et les saints Anges n’aient accompagné cette belle âme au paradis. C‘est le sentiment du savant et Saint cardinal Bona et de saint François de Sales, qui professaient pour Gerson une estime, je dirai un culte particulier, comme on le voit par ce qu’ils en ont écrit.

 

Exemples

 

Le bienheureux Alexis de Salo, prédicateur Capucin, d’une science et d'une piété angéliques, admirateur et surtout imitateur de Gerson, couronna une vie pleine de mérites par une mort pleine de douceur. Un peu avant d’expirer, il pria l’un de ses frères qui l'assistaient d’allumer plusieurs bougies, ceux-ci étonnés de cette demande, voulurent en savoir la raison. « C'est, répondit le bienheureux, que Notre Dame avec son époux saint Joseph devant venir me visiter dans quelques moments, il est de toute convenance qu'ils soient accueillis l’un et l'autre avec tout le respect possible ». Un instant après, on put reconnaître que déjà cette glorieuse visite avait lieu, car le moribond s‘écria plein de joie : « Voilà la Reine du ciel, voilà saint Joseph ! mettez-vous à genoux, mes Pères, pour les recevoir dignement ». Mais ce fut lui qui recueillit les premiers fruits de la présence de Marie et de Joseph, car à l’instant il rendit son âme entre leurs mains. C’était le dix-neuf mars, consacré à saint Joseph.

« J’ai beaucoup redouté la mort, disait sur son lit de douleur Mgr Douarre, évêque d’Amata; aujourd’hui je ne la crains plus. Il y a dix mois que je la considère dans ma méditation, et vingt-cinq ans que je récite journellement une prière à saint Joseph pour qu’il m'obtienne la grâce de bien mourir ».

 

Prière au Cœur de saint Joseph pour les agonisants

 

O très aimable saint Joseph, qui avez eu le bonheur ineffable de mourir dans l’exercice du plus parfait amour de Dieu, et d’avoir présents à votre mort Jésus et Marie, environnés de troupes angéliques, ayez compassion de ceux de nos frères et de celles de nos sœurs qui soutiennent, en ce moment, la lutte de la dernière agonie. Ouvrez leur votre Cœur miséricordieux, jetez sur leurs âmes un regard de bonté, recommandez-les au Sauveur. Faites les triompher de tous les ennemis spirituels dans le moment suprême et décisif, et aidez-les à mourir dans l’amitié de Jésus et de Marie. Cette grâce, ô tendre Père et fidèle Protecteur, je vous la demande pour moi quand je serai arrivé à ce même instant solennel. Alors, au souvenir du peu que je fais pour propager votre gloire et votre culte, venez m’assister et me défendre au tribunal de Jésus-Christ. Ainsi soit-il.

 

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23 mars 2015

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Cœur de Saint Joseph ouvert à ceux qui l'implorent

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Vingt-quatrième jour

La Providence des délaissés

 

Il est dans le monde une classe de personnes bien infortunées, elles n’ont pas eu de part au banquet de la nature en y faisant leur apparition ; il semble que la terre se refuse à les porter, à les nourrir, à les entretenir; le Ciel paraît être de bronze à leur égard, et les hommes les oublient, les rebutent, les chassent partout où ils peuvent les rencontrer. Elles seraient autorisées à dire avec un Prophète parlant au nom du Christ : « Mes frères m’ont traité comme un étranger et les enfants de ma mère comme un inconnu ». Mais qu’elles se consolent d’être traitées comme Notre-Seigneur, lui qui étant venu chez soi, n’a pas été reçu par les siens. Qu’elles se consolent aussi par l’exemple de saint Joseph.

Voyez, vous qui souffrez ces délaissements, Jésus-Christ est venu ignoré des démons, ignoré de la plus grande partie des hommes, ignoré de ses frères mêmes, ignoré pour un temps de Joseph même, ignoré à certains égards de Marie même, comme le dit l'abbé Thiébault, direz-vous qu’il n’était pas aimé de Dieu, chéri de Dieu, connu de Dieu, lui qui en est le Fils propre, dans lequel le Père éternel met toutes ses complaisances ? Bien plus, il naît et il n'a pas, à lui, un lit sur lequel sa sainte Mère puisse le poser, il se voit contraint d'accepter une vieille masure, d’être placé sur un peu de paille, couvert de pauvres langes, réchauffé par l'haleine de vils animaux qui, selon une tradition constante, se trouvaient abrités dans l’étable. Plus tard, il fuit comme un pauvre exilé en Égypte, où il vit inconnu d'aumônes qu’il reçoit de personnes charitables qui le voient pauvrement logé, pauvrement vêtu, avec un extérieur misérable, ce qu’il observera durant toute sa vie, même dans le temps où la foule reconnaîtra qu’il est Dieu par les merveilles qu’il opère. Eh bien, croyez-vous que parce qu’il fut ainsi traité en ce monde, Notre-Seigneur était moins agréable à son Père, moins aimé de lui et moins précieux à la terre ?

Vous avez le même exemple à peu près de saint Joseph, puisque saint Joseph comme Marie a, plus que tout autre, participé aux états de la vie pauvre, abjecte et souffrante du Sauveur. Saint Joseph, comment le regardait-on avec son tablier de cuir, ses manches retroussées, la sueur découlant de son front, travaillant à son établi, allant chercher de l'ouvrage chez les pratiques ? comme un ouvrier pauvre, bien pauvre, très-pauvre. La preuve se peut tirer du mauvais accueil que lui firent les Bethléemites, lorsqu’il chercha parmi eux un lieu où sa sainte Épouse pût faire ses couches, et qu’il n’en trouva point : « Il n’y avait point de place pour eux dans l’hôtellerie », dit le Texte sacré, parce qu’ils avaient un extérieur qui portait l'empreinte de la misère, ajoutent les interprètes, avec saint Liguori : ô vous qui êtes délaissés, qui êtes maudits, rejetés de ce monde comme la balayure des rues, selon que s’exprime l’Apôtre, qui se trouvait dans cette condition, combien encore une fois l'exemple que vous admirez en saint Joseph, lui, le substitut de Dieu, le père nourricier du Fils de Dieu, doit-il puissamment contribuer à vous consoler, si vous le considérez attentivement, avec des yeux chrétiens !

Ajoutez à cela la protection de saint Joseph. Sans doute il est dur, il est pénible, il est affligeant de se voir maltraité de la sorte dans le monde .tandis qu’il est des personnes et en grand nombre qui jouissent d’un certain bien-être ; de l‘estime de la société et des soins multipliés des autres. Sans doute il est bien humiliant d'être réduit à se dire à soi-même : « Me voilà honni, baffoué, délaissé de mes parents, de ceux qui jouissent pour moi, qui ont une si bonne part sans l’avoir ni mieux méritée, ni plus gagnée que moi, et qui me refusent quelques secours, quelques douceurs, quelques consolations, même quand je m’adresse à eux comme en tremblant, comme en suppliant, comme demandant quelques miettes de tout ce bien qu’ils ont avec une si grande abondance » ; mais aussi il est bien consolant de pouvoir penser que Notre Seigneur, que la Bienheureuse Vierge, que saint Joseph nous contemplent du haut des Cieux, nous préparent de grandes grâces, de grandes bénédictions, de grandes récompenses, et que d’autant plus nous aurons été maltraités sur la terre, d'autant plus aussi, pourvu que nous ayons été humbles, patients, résignés comme saint Joseph, serons-nous élevés dans le Ciel.

 

Exemple

 

Une pauvre dame bien dévote à saint Joseph avait adressé depuis plusieurs semaines une pétition à un grand personnage. Elle réclamait un petit secours. N’ayant que son travail pour suffire à ses besoins et à ceux de sa vieille mère, âgée de plus de quatre-vingts ans, elle se trouvait fort en retard pour son loyer, et cette dure nécessité l’avait décidée à recourir à ce moyen extrême : « Sans doute, vous recevrez une cinquantaine de francs, lui avait dit la personne qui l’engageait à faire cette démarche ». La pétition avait donc été envoyée, mais aucune réponse n’y était faite. La pauvre dame commençait à croire que ses espérances seraient déçues. Hélas ! quelque puissants, quelque riches qu’ils soient, les grands de ce monde ont souvent le prétexte de mettre des limites à leur générosité. Dans son chagrin, elle vint à Notre Dame des Victoires recommander le succès de son affaire à la Sainte-Vierge et commença une neuvaine qui devait se terminer le dix-neuvième jour de mars, fête de saint Joseph. Après avoir prié quelques jours, cette dame se sentit inspirée d'aller se présenter dans les bureaux du grand personnage. Elle hésita d’abord, elle craignait d’être renvoyée ; enfin, avec une énergie qui lui est peu naturelle, elle se décide. Elle se présente donc : on la conduit à l’un des principaux chefs. Celui-ci lui fait un bon accueil, et lui annonce qu’on songe à elle depuis quelques jours ; qu'une somme de trente francs lui est destinée, et qu’elle la recevra sous peu. La veille, en effet, de la Saint Joseph, les trente francs arrivèrent. La dame se hâta de venir à Notre Dame des Victoires remercier la très Sainte Vierge et saint Joseph ; puis elle se rendit auprès d’une personne qui lui porte intérêt et à laquelle elle raconta sa bonne fortune. Cette personne qui savait qu’elle avait compté sur cinquante francs, lui dit : « Tout en remerciant saint Joseph, vous lui en voulez peut-être un peu de n’avoir pas plus arrondi le secours qu’il vous envoie; ne lui en voulez pas plus longtemps : je me charge en son nom de parfaire la somme attendue ».

 

Soupirs des délaissés vers saint Joseph

 

Glorieux saint Joseph, père et pourvoyeur des chrétiens, songez à nous, veillez sur nous. Il est bien grand le nombre des déshérités de ce monde, mais il est bien large, bien bon, bien compatissant aussi votre Cœur tout brûlant d’amour pour Dieu et de charité pour les malheureux. Vous savez, ô notre Père, ce que fait souffrir les mépris,l’abandon et le rebut des hommes; prenez donc pitié de nous, qui sommes ainsi éprouvés : Et à qui s’adresseront les pauvres déshérités, sinon à vous, qui avez à votre disposition tous les trésors célestes et terrestres ? Nous ne vous demandons point, ô très doux protecteur, l'abondance des biens de ce monde; notre cœur peut-être s’y attacherait et tomberait sous l’anathème de Jésus-Christ. Procurez-nous seulement ce qui est absolument indispensable à notre subsistance, afin que nous puissions servir notre Dieu avec plus de liberté, et que nous ne soyons pas tentés de jeter|un regard de convoitise sur les biens que possèdent les autres. Que si c’est le bon plaisir de la divine Providence de nous laisser sur la terre comme le rebut et l'opprobre des hommes, bienheureux Joseph, faites que, fortifiés par votre exemple, nous soyons encore consolés et secourus par votre assistance. Ainsi soit-il.

 

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22 mars 2015

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Cœur de Saint Joseph ouvert à ceux qui l'implorent

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Vingt-troisième jour

Le médecin des infirmes et des malades

 

On ne lit nulle part que saint Joseph ait été assujetti aux infirmités ou aux maladies. Le don de sa sanctification dans le sein de sa mère, l'en aurait-il préservé comme de certaines autres souffrances physiques occasionnées par l’intempérie des saisons ? Je n’ose prononcer. Le privilège d’être exempt des afflictions Corporelles n’appartenait qu'à Nôtre-Seigneur et à Marie, sa sainte Mère, tous deux purs de la faute originelle. Et pourtant tous les deux ont souffert volontairement, et sont morts comme le reste des hommes. Que conclure ? qu’il est plus que probable que notre saint Joseph a été éprouvé par l’infirmité et par la maladie. A la rigueur il a pu être préservé d’infirmités, plusieurs arrivant à une heureuse vieillesse, sans en avoir souffert : mais il a dû être malade avant de mourir, à ce titre certes, il est bien le protecteur des infirmes et des malades; et quand même il eût été préservé de ces misères humaines, il suffit bien qu’il puisse protéger et secourir ceux qui l'implorent pour qu’ils l’en prient avec confiance.

Il est nécessaire de se persuader que la protection des Saints ne peut tout à fait nous mettre en dehors des lois providentielles qui régissent le monde. L'Éternel a tout ordonné avec justice, et l'ordre qu’il a établi s'exécute invariablement. La souffrance étant l'une des conditions de la vie humaine, tout homme juste ou injuste en devient la victime : les plus grands Saints sont souvent ceux qui souffrent le plus, parce que Dieu les prédestine à de grandes choses. Ce qui fait dire à saint Augustin, que la vie d’un chrétien doit être une souffrance continuelle. En effet, membre et disciple du Christ, il ne saurait être plus privilégié que son auguste Chef et son divin Maître. Saint Joseph lui-même qui désire et veut le bien de ses protégés ne tient pas à les délivrer de leurs souffrances : mais il peut bien les leur adoucir, ou les aider à les supporter avec patience, et c'est ce qu’il fait souvent. C’est ce à quoi il s’emploie toujours, quand on le prie comme il convient avec un cœur Confiant, soumis et résigné.

Comprenons bien que quand le Seigneur nous fait souffrir, il agit en bon médecin, et que les maux corporels qu’il nous envoie, peuvent devenir un médicament salutaire à notre âme. C’est, là son but, et pour que nous puissions l’atteindre plus sûrement, il nous offre ses grâces, ses consolations, l’exemple et la protection de ses Saints. C’est donc en vain que l’on se dit chrétien, en vain que l’on dit aimer Dieu, en vain que l’on prétend au Ciel si on refuse de souffrir les infirmités et les maladies que Dieu envoie. « Souvenez-vous, dit mon maître Gerson, qu’il est impossible de passer de la joie à la joie, et d’aller régner avec Jésus-Christ, après avoir vécu dans tous les plaisirs du monde ».

Qui dit chrétien, dit un homme crucifié avec son maître Jésus, qui dit aimer Dieu doit vouloir ce qui lui plaît, qui dit prétendre au Ciel doit en prendre le chemin. Or, tout cela est renfermé dans la souffrance qui contient en germe tous les biens spirituels et éternels, étant certain que la Croix est l’échelle du Ciel, le véhicule qui y transporte l’âme. Qui est-ce qui ne prétend pas arriver à ce bienheureux royaume où règne Jésus-Christ ? Mais pour y parvenir il faut suivre les vestiges que Jésus-Christ a laissés, souffrir en union avec lui, ce qui permettra d'avoir accès à sa gloire. Notre-Seigneur s’en est assez expliqué, lorsqu’il a dit : « Que celui qui veut venir après moi, renonce à soi-même, qu’il prenne sa Croix tous les jours et qu’il me suive ». Il ne force personne, observe Saint Bonaventure, en disant : « celui qui veut venir après moi », car il aime qu’on le serve librement, mais pour le Suivre, il est de toute nécessité de renoncer à sa volonté propre et de vivre selon Dieu, de prendre sa Croix volontairement en souffrant toutes les peines avec patience, et de le suivre, c’est-à-dire de l’imiter, et de se servir de la pénitence comme d’un bouclier jusqu’au terme de la vie.

Pour les infirmes et les malades, ils doivent se consoler de porter toujours ce bouclier de la pénitence. Sans chercher d’autres mortifications, ils peuvent en souffrant leurs maux, en vue de plaire à Dieu,acquérir des mérites égaux à ceux des martyrs, une perfection aussi sublime que celle des grands Saints. Réjouissez-vous donc de souffrir pour Notre-Seigneur, comme saint Gordien qui, menacé de grands supplices, S’il ne reniait Jésus-Christ, répondit : « Je suis fâché de ne pouvoir mourir qu’une seule fois pour Jésus Christ » ; comme sainte Potantienne, vierge, qui dit au tyran qui la menaçait de la faire mourir dans une chaudière de poix bouillante : « Je te prie de me plonger dans cette chaudière peu à peu, afin que je souffre davantage pour l’amour de Jésus-Christ » ; comme le père Charles Spinola, qui, se voyant attaché à un poteau pour être brûlé à petit feu, entonna le psaume : « Laudate Dominum, omnes gentes », et mourut en le chantant. Sainte Lydwine, sainte Emilienne, sainte Claire, furent ou infirmes, ou malades toute leur vie et s'en estimaient heureuses. Faisons de même, recourons à saint Joseph, afin qu’il nous obtienne la patience dans les maladies et dans toutes les tribulations de cette vie.

Disons donc de tout cœur avec le saint chancelier Gerson : « J'ai reçu, mon Sauveur, j’ai reçu la Croix de votre main, je la porterai jusqu'à la mort. Car il est vrai, la vie d’un bon chrétien, est une Croix ; mais cette croix est la voie qui mène au ciel. J’ai commencé une fois à marcher dans ce chemin, il n’est plus permis de retourner en arrière, et encore moins de le quitter. Courage, mes frères, continue le Docteur des consolations, en se tournant vers la génération des disciples du Christ, courage, marchons ensemble, Jésus sera avec nous. Nous avons embrassé la Croix pour Jésus, persévérons en la Croix pour l’amour de Jésus; celui qui est notre Chef et notre gloire, sera aussi notre soutien et notre force ». C'est ainsi que nous devons nous animer sous le regard du bon saint Joseph à souffrir par amour pour Notre Seigneur toutes les maladies et les infirmités, toutes les persécutions et les peines de la vie, en un mot, a porter la croix qui résume tout cela.

 

Exemples

 

Augery, avocat au parlement du Dauphiné, se trouvait à Lyon pendant la peste qui affligea cette ville, dans l'année 1638. Il vit un de ses enfants, Théodore Augéry, âgé de sept ans, atteint du fléau avec tous les signes qui présageaient une mort prochaine et inévitable. Dans sa douleur extrême, ce père affligé s’adressa à saint Joseph avec la plus grande confiance, et lui promit, s’il sauvait son fils, d’aller pendant neuf jours entendre la sainte Messe en son Honneur dans l’église qui lui était consacrée, d’y faire brûler des cierges devant son image, et enfin d’y placer un ex-voto dont l’inscription rappellerait le bienfait dû à son intercession. Cependant les médecins. visitèrent le jeune pestiféré; ils le trouvèrent dans un état si déplorable, qu’ils le firent porter sur-le-champ au lazaret, ne lui donnant plus que deux heures de vie. L’ordre fut exécuté; mais à peine arrivé au lazaret, l'enfant se trouve subitement guéri, et le père plein de reconnaissance pour son glorieux bienfaiteur, accomplit son vœu avec de grands sentiments de piété.

Un pieux jeune homme était atteint d’épilepsie. Il avait pris depuis longtemps toute espèce de remèdes, sans éprouver aucun soulagement. Les attaques se renouvelaient plusieurs fois la semaine. Ayant entendu parler du Cordon de saint Joseph, ce cher malade m’en fit demander un par son curé, et fit dire, aussitôt après l’avoir pris, une neuvaine de messes en l’honneur de saint Joseph. Pendant cette neuvaine, les attaques redoublèrent ; mais après la dernière messe, il n’a pas-eu la plus légère indisposition.

 

Prière d’un malade à saint Joseph

 

Bienheureux Protecteur, je souffre horriblement. Souvent je me vois près du désespoir ; l’impatience s'empare de mon cœur et le murmure de mes lèvres. J'ai recours à vous, qui avez supporté avec une paix inaltérable toutes les peines et les tourments de la vie, afin que vous m'obteniez du Seigneur Jésus, la grâce de pouvoir souffrir comme vous avec calme et avec résignation à la divine Providence, les maux corporels qu’elle permet que nous souffrions pour notre bien et notre salut. Vous, ô juste Joseph, qui avez consolé et soulagé tant de malades et d'infirmes, non-seulement lorsque vous viviez sur la terre, mais depuis surtout que vous régnez dans la gloire céleste, me laisseriez-vous à moi-même, brisé comme je le suis sous le poids énorme de la douleur ? Oh ! non, votre Cœur si compatissant, votre Cœur qui s’attendrit toujours au cri du malheureux, laissera découler sur moi ces influences divines dont le Sauveur l’a rempli pour le soulagement de ceux qui souffrent pour lui. ô grand Saint, mon attente ne saurait être vaine ! Secourez-moi vite en m’obtenant ma guérison, s’il plaît à Dieu, ou la patience pour souffrir à votre exemple en vue du Seigneur et avec mérite. Ainsi soit-il.

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16 mars 2015

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Cœur de Saint Joseph ouvert à ceux qui l'implorent

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Dix-septième jour

Le directeur dans l'oraison

 

L'oraison ou la prière mentale, quelle belle et angélique occupation. Ç'a été celle de tous les saints et de tous les amis de Dieu, par conséquent celle de saint Joseph. Voilà pourquoi je suis bien aise de le proposer à l’âme pieuse et priante comme un grand Protecteur dans les saintes voies de l'oraison, assuré par l'expérience, qu’un puissant moyen pour faire en fort peu de temps un très-grand profit dans cet exercice angélique, c’est de s'adresser au bienheureux Joseph, l'homme d‘oraison accompli, le contemplatif parfait, le maître par excellence dans cet art divin.

Quoique l’oraison mentale réside principalement dans la volonté, et que quand cette volonté est ardente, généreuse, dévouée, on s’y perfectionne assez vite ; il est pourtant certain que les commençants y éprouvent tantôt des sécheresses ou des ennuis, et tantôt des difficultés de penser, de demander ce qu'il conviendrait. Dieu le permettant de la sorte, pour que l'âme le cherche avec plus de pureté d'intention,d'empressement, de persévérance; afin qu’elle le désire avec l'ardeur du cerf qui soupire après les eaux d’une onde pure; et qu’elle s'écrie comme le divin David : « Mon âme brûle d’une ardente soif de contempler le Dieu vivant, quand serai-je digne de paraître devant sa face ? En attendant mes larmes me tiennent lieu de pain le jour et la nuit, parce que durant tout le jour, mes sens me disent : a ton Dieu ou est-il ? »...

Saint Joseph a-t-il passé par ces épreuves si désolantes, par ces sécheresses qui rendent l’âme impuissante à prier, par ces difficultés que la grâce seule et un sage directeur peuvent aider à vaincre ? J'aime à penser que non. Toutefois, on le voit désolé lorsqu'il eût perdu la présence sensible de Jésus, qui était resté dans le temple, on le voit s'empresser, aller et venir, soupirer, pleurer même, jusqu’à ce qu’après trois mortelles et longues journées, après mille et mille perquisitions, après bien des peines d’un pénible et inquiet voyage, il le trouve, couvre sa face adorable de ses baisers et de ses larmes. Oh ! que saint Joseph devient bien, ici, le Patron et le Protecteur des âmes pieuses, qui gémissent d'avoir perdu les douceurs de la divine présence et les lumières dont elles j0uissaient avec tant de délices !

A ces âmes je dirai qu’elles doivent dans leurs épreuves intérieures imiter notre bon Saint ; l'absence de Jésus fait qu'il le cherche avec plus de soin et d'industrie, qu’il le retient avec plus de vigilance et d’amour après qu’il l'a trouvé. Eh bien ! qu'elles persévèrent dans l’oraison, malgré les difficultés qu’elles y rencontreraient soit par leur faute, soit de la part de Dieu, soit de la cause des hommes ou des démons, qui font tout ce qu’ils peuvent pour faire quitter ce divin exercice. Elles doivent se bien persuader que le grand remède aux distractions, aux sécheresses, aux ennuis de l’oraison, c’est la persévérance dans l’oraison, comme le plus savant maître dans l’art de l’oraison c'est la pratique assidue de cet exercice tout angélique.

David que j'aime à citer avec une indicible joie, parce qu’il résume dans ses psaumes tout ce que contient la loi, les prophètes, les moralistes et même le saint Évangile, David compare l’homme d’oraison à un arbre planté au bord d’un courant d’eau, qui donne des fruits dans son temps, toutes ses actions sont méritoires devant l’Éternel. Remarquez ce mot « dans son temps » qui veut dire dans le temps où il faudra supporter telle douleur, tel affront... Observez encore que l'oraison est à l’âme ce que l'eau est a la plante, elle l’attendrit, l’humecte, la fait reverdir, et lui fait produire des fruits meilleurs, plus durables, parce qu'ils sont plus naturels : faites-en l’application. L’oraison est comme cette fontaine, ce puits des eaux vives dont les eaux coulent impétueuses du mont Liban. Elle fertilise l’âme pure, humble et détachée des vanités ; elle en fait un jardin fleuri et agréable aux yeux de l’Époux Jésus-Christ. Mais que cette source vienne à manquer, il n’y aura bientôt plus de fleurs dans ce jardin, c’est-à-dire de vertus dans l'âme qui deviendra semblable à cette terre déserte et sans rosée dont parle encore David, où tout est flétri, sec, aride. Le mal prendra dans le cœur la place du bien, le vice de la vertu, Satan de Dieu, la terre du ciel, le temps de l’éternité. Voilà dans quel abîme affreux, dans quelle réprobation anticipée, dans quel bannissement des joies célestes l’oubli de l’oraison jette l’âme. Oh ! combien la protection du Cœur de saint Joseph est utile, précieuse, salutaire, pour détourner de soi un si grand malheur par l’oraison assidue. Aux âmes qui s’exagéreraient les difficultés de l'oraison pour justifier leur indifférence, je voudrais leur faire comprendre que de tous les arts celui-ci est le plus facile, et je me propose s’il plaît au Seigneur d'écrire un Traité là-dessus. Il ne s'agit ici ni de considérations savantes, ni d'élévations sublimes, ni de contemplations absorbantes. Quand il plaît à Dieu d'en faire le don, on le reçoit et on en use avec reconnaissance, simplicité, humilité, mais il est question d’une oraison commune, que je divise, avec le docteur Thiébaud, en oraison de supplication, d’admiration et d’union. Qu’est-ce en effet que l’oraison en général, sinon une élévation de l’âme à Dieu ? Or, dit cet interprète, je puis élever mon âme vers Dieu, pour le supplier de m'accorder une grâce dont j’ai besoin, voilà ce que j’appelle l'oraison de supplication. Je puis élever mon âme vers Dieu pour contempler ses beautés, et admirer ses ouvrages; voilà ce que j’appelle oraison d’admiration. Je puis élever mon âme vers Dieu, pour m'unir étroitement à lui ; voilà ce que j’appelle oraison d’union. Avec le secours de saint Joseph, et en implorant comme il faut la grâce du Saint Esprit, chose essentielle (le Saint-Esprit n’est ni assez connu ni assez aimé et prié), il n’est personne qui ne puisse s’exercer à ces manières d'oraisons si faciles, si communes, si bien familières aux Saints et aux grands hommes du christianisme, la plupart surchargés d’occupations dissipantes, qui y ont puisé les lumières pour l'esprit, la force pour le cœur, les consolations les plus douces et les plus pures dans les 'peines de la vie. Voici un fait des plus authentiques à l'appui.

 

Exemples

 

S’il fut une sainte que Dieu éprouva par l'aridité de l’âme et les désolations spirituelles, ce fut surtout la séraphique Thérèse. Elle est un vrai modèle de persévérance à ceux qui cherchent le Seigneur, et auxquels il se dérobe quelque temps pour leur faire acquérir à grand prix sa possession. On sait que Thérèse, si pieuse, si dévouée aux volontés du Ciel, fut vingt ans frappée de stérilité et de sécheresse dans ses oraisons, et qu'il lui fallut passer par cette longue épreuve, avant d'arriver à ces intimes contemplations qui la ravirent si souvent. Or, elle dut sa persévérance à chercher Dieu au secours spécial de saint Joseph, son protecteur ordinaire.

Quels contemplatifs, quels hommes d’oraison parmi les saints, plus éclairés que le bienheureux Gerson et saint Jean de la Croix ? Il faut lire le livre de la Mendicite spirituelle du premier, et la Nuit obscure de l’âme, du second, pour se faire une idée des affreuses aridités par lesquelles ils ont passé, et de leur persévérance dans cet exercice de l’oraison, tellement important, dit Gerson, que sans lui, personne, à moins d’un miracle, n’atteint la vraie vie chrétienne. Mais les saints comprennent, comme l’écrit M. le curé de Saint Sulpice, d’après saint Grégoire, que ces délaissements ne sont souvent de la part de Dieu qu’un artifice de son amour, pour exciter l’âme à le désirer avec plus d'ardeur, à le rechercher avec plus de zèle, à saisir sa grâce avec plus d'empressement, et à la suivre avec plus de fidélité quand elle se présente.

Sainte Thérèse qu’on ne se lasse jamais de citer comme étant devenue à l'école de saint Joseph une grande maîtresse dans la science de l’oraison, sainte Thérèse exhortait toutes les âmes qui, voulant pratiquer l'oraison avaient peur des difficultés, de recourir à saint Joseph. Elle leur disait : « Si vous ne pouvez trouver un maître qui vous enseigne la manière de faire oraison, choisissez saint Joseph pour guide et pour directeur, il vous en montrera bientôt le vrai chemin ».

Le très pieux et savant père de Barry rapporte à l’appui de cet avis de la séraphique sainte cette histoire bien consolante. « Je connais, dit-il, deux personnes qui ne pouvaient pas faire oraison,à cause des difficultés qu'elles y rencontraient. Pour les surmonter, toutes deux prirent saint Joseph pour leur guide. Elles ne tardèrent pas à ressentir l’effet de son, assistance ; les difficultés, les montagnes qui les arrêtaient, s'aplanirent bientôt ; ces champs de l’oraison qui n’étaient pour elles qu’un sol stérile et sablonneux, se couvrirent de fleurs et de verdure ; et l'oraison mentale devint pour elles le plus agréable et le plus doux de tous les exercices.

Une autre religieuse, dit encore le père de Barry, désirait, ainsi qu'elle me l'a dit elle-même, être délivrée des distractions qui la troublaient dans la prière. Pour obtenir cette grâce, elle se sentit pressée de recourir à saint Joseph. Elle le fit avec beaucoup de ferveur, et le fruit de sa demande fut non-seulement le don d’une très haute oraison, mais encore l'exemption durant son sommeil de tout songe, de toute image qui n'était pas pure et sainte.

 

Invocation à saint Joseph pour obtenir la grâce de l’oraison

 

Bienheureux Joseph, qui eûtes le bonheur ineffable de pénétrer les secrets des mystères du Sauveur, et de contempler comme sans voile les perfections divines, je vous prie de m’obtenir le recueillement intérieur, la facilité de méditer les vérités du salut et le don d’une prière perpétuelle. Faites que par le renoncement à moi-même, au monde et surtout au péché, le plus grand obstacle a l'oraison, comme l'enseigne le pieux Jean Gerson, je m’élève d‘esprit et de cœur au-dessus de toutes les choses temporelles pour ne me reposer plus qu'en Dieu seul, pour ne plus trouver de bonheur que dans la-pensée, l’amour et le désir des choses célestes. Ainsi soit-il.

 

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12 mars 2015

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Cœur de Saint Joseph ouvert à ceux qui l'implorent

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Treizième jour

L’Ami et le protecteur des ouvriers

 

L’anathème prononcé par l’Éternel contre Adam coupable pèse sur toute Sa postérité : « Vous mangerez votre pain à la sueur de votre front », dit-il à Adam et à sa postérité. L’homme, ajoute saint Bonaventure, sera donc toujours dans le travail. Mais voyez la Providence et la sagesse de Dieu, qui, en infligeant maintenant cette peine à l’homme sait la faire servir pour notre salut, dit ce Docteur. Saint Joseph quoique sanctifié dès sa conception et pur comme un ange durant toute sa vie, n'a pas laissé, comme enfant de parents criminels par le péché d’origine, d’en porter la peine. Il a senti tout le poids de l’humiliation et de la souffrance que donne un travail laborieux, dur et continu, comme celui auquel il se livrait. Il est donc capable de compatir au sort des ouvriers et de tous les hommes dont les fatigues sont l’apanage le plus ordinaire, et la seule ressource contre la mort anticipée par la misère, qui en est toujours l’avant-coureur. Mais il peut aussi leur servir de modèle et leur apprendre à travailler comme il le faisait en esprit de pénitence et d'humilité, avec joie, piété et courage, en union à Jésus-Christ qui fut dans les travaux dès sa jeunesse, comme l’avait prédit David.

Il y a des auteurs qui pensent que Jésus-Christ ne s’est pas employé aux œuvres manuelles, et que tout le cours de sa vie cachée n‘a été qu’une contemplation continuelle des grandeurs de Dieu. Mais ils sont contre les sentiments des saints Pères et de toute la vénérable antiquité. Car la tradition est d’accord avec ce que semble insinuer en plusieurs lieux l’Évangile à démontrer que Jésus a travaillé avec saint Joseph et qu’il était reconnu pour fils de charpentier et charpentier lui-même. Le travail est donc noble, les fatigues sont donc honorables, et la sueur de l’ouvrier est d’un mérite bien grand, je dirai inappréciable devant Dieu, depuis que saint Joseph, depuis surtout que le Fils de Dieu en a porté la peine. Voyez, ce sont les ouvriers, les hommes de fatigues que le Christ appelle à lui : « Venez à moi, dit-il, vous qui travaillez et qui êtes fatigués, et je vous soulagerai ». Je cite textuellement, une paraphrase ne ferait qu’affaiblir ces divines paroles. Mais je renvoie les savants au beau commentaire qu’en a fait le saint chancelier Gerson qui forme un traité entier. Quelle consolation donc pour l’ouvrier ! Le Christ lui-même veut bien essuyer ses sueurs !

Un Paradis ! Tel a été le premier atelier du monde ! Un Roi ! Tel a été le premier ouvrier qui y a travaillé ! Adam fut en effet placé par Dieu au paradis terrestre pour y travailler et le garder. Voilà quelle est l'origine du travail et du travailleur. Le travail d’Adam était donc son bonheur, son atelier était son paradis anticipé, et lui était le roi de la création. Mais le péché est venu tout gâter, tout empoisonner ; il a fait du travail une punition, de l’atelier un enfer, et du travailleur un esclave malheureux. Quel changement!

Par amour pour l’ouvrier, le Fils de Dieu s'est incarné et s'est fait ouvrier lui-même. De plus il voulut avoir pour père nourricier un ouvrier, il choisit saint Joseph qui exerçait la profession laborieuse de charpentier. Contemplez-les tous les deux à Nazareth travaillant, suant de fatigues, mais suant de ces sueurs qui tiennent lieu de sang comme s’exprime Bossuet. Oh ! Quel exemple pour l'ouvrier ; oserait-il bien se plaindre, voyant ainsi son Dieu travailler, saint Joseph travailler aussi ? Quel espoir il doit placer en ce grand Saint, que Notre Seigneur a établi son modèle et son protecteur !

Ouvriers, si vous voulez mériter et obtenir la protection et les secours de saint Joseph, efforcez-vous comme lui et selon que le recommande l'Apôtre de faire tout pour la gloire de Dieu, de supporter avec résignation, si ce n'est avec joie, les peines inséparables de votre profession, les unissant a celles du Sauveur. Faisant ainsi, vous verrez comment et combien saint Joseph vous protégera, lui, le bon Saint, qui aime tant à consoler, secourir et protéger tous ceux qui souffrent. Ah! soyez-en sûrs, saint Joseph ne se laissera pas prier en vain; il ne vous fermera pas son Cœur, il ne vous repoussera pas de sa présence. Bien au contraire, il vous accueillera avec amour, et vous soulagera dans vos travaux et vos peines par l’onction de la grâce divine qu’il fera couler sur vous abondamment.

 

Exemples

 

J’ai connu un brave ouvrier qui, dans toutes ses actions fatigantes, se proposait continuellement d'imiter saint Joseph ; il avouait que la protection de ce Saint lui était tellement sensible, que les plus durs travaux lui semblaient bien faciles à supporter par la douceur que saint Joseph versait dans son cœur.

La vénérable Marie-Elisabeth de la Croix de Jésus, fondatrice de l’institut de Notre-Dame du Refuge des vierges et filles pénitentes, honorait d’un culte particulier le glorieux saint Joseph. Elle aimait à célébrer ses prérogatives et ses sublimes vertus. En action de grâces de toutes les, faveurs qu’elle avait reçues de Dieu par l’intercession de ce grand Saint, elle en fit faire une statue d’argent; et comme on vint lui dire que l’ouvrier qui y travaillait, quoique très-habile dans son art, ne pouvait l'achever, par quelque empêchement secret et inconnu, elle se mit en prières, demandant à Notre-Seigneur, par le souvenir de tout ce que saint Joseph avait souffert pour lui, de vouloir bien éloigner les obstacles. Sa prière n’était pas achevée, que la statue du glorieux époux de Marie se fit avec une grande perfection et une merveilleuse facilité !

Un pauvre ouvrier père de nombreuse famille se trouvait alité dans un hôpital ; la pensée que ses enfants devaient souffrir de la faim et des autres choses nécessaires à leur entretien a la maison, le consternait. Il ne pouvait quitter de sitôt le lit, les médecins n’y consentaient pas à cause du danger d’aggravation du mal. Ce bon père eût recours à saint Joseph, et le lendemain, grâce a la protection du Saint il était guéri, il pût s’en aller reprendre ses travaux ordinaires pour faire subsister sa famille.

« Mon fils, fait dire le bienheureux Gerson à Jésus-Christ, ne perdez jamais courage dans les travaux que vous aurez entrepris pour moi, et que les afflictions ne vous jettent point dans l'abattement; mais que mes promesses vous fortifient et vous consolent dans tous les événements de cette vie. Les travaux que vous souffrez ici-bas ne seront pas longs, et vous ne serez pas toujours dans l’affliction et dans la douleur, attendez un peu, et vous verrez bientôt la fin de vos maux. Il viendra un moment heureux auquel cesseront tous vos travaux et toutes vos peines. Tout ce qui passe avec le temps est toujours bien court. Faites avec soin ce que vous faites; travaillez fidèlement à me servir, et je serai moi-même votre récompense ». C’est ainsi que le Seigneur console et anime l'ouvrier, c’est-à-dire tous les hommes chrétiens, car nous sommes les ouvriers du Seigneur, les. coopérateurs de Dieu. Si donc le travail vous fait peur, que la récompense vous anime, comme disait le grand saint François d'Assise. Et qui refuserait de travailler après l’exemple que nous en a donné saint Joseph ? Le pieux et docte Gerson nous le représente travaillant avec l'Enfant Dieu dans sa boutique et priant néanmoins sans interruption. Et Silveira prétend que les saints Anges accouraient en foule dans l’atelier de Nazareth pour aider ces deux grands ouvriers à travailler le bois, comme aussi ils accompagnaient habituellement Joseph dans ses voyages. Travaillez, mais travaillez avec dévotion, et que le travail ne vous fasse jamais manquer à vos devoirs vis-à-vis Dieu, comme aussi priez, mais que la prière ne préjudicie en rien à votre travail. C'est le conseil que vous donne saint Joseph, et l’exemple qu’il nous montre dans son angélique conduite.

Une sainte religieuse aimait l'oraison, sans pour cela rester oisive; elle faisait chaque chose en son temps. Cependant il lui arrivait de passer les bornes que son directeur lui avaient prescrites, saint Joseph alors l'avertissait de .reprendre occupations.

 

Prière de l’ouvrier à saint Joseph

 

Noble artisan de l'atelier de Nazareth, saint Joseph, qu'il m'est doux de considérer Vos traits, alors que les fatigues du jour appesantissent mes bras, et que les sueurs inondent mon visage. Dès votre jeunesse, vous vous êtes assujetti au travail, et vos mains royales qui eussent porté dignement le sceptre de Juda, aimèrent mieux manier les outils vulgaires d’un pauvre charpentier. Le ciel avait ses desseins ; il voulait nous donner en votre sainte Personne, un modèle achevé de l’amour du travail, et un protecteur bienveillant pour nous soulager dans nos travaux. Obtenez-moi donc, ô saint Joseph ! la patience dans mes pénibles labeurs, et la grâce de les faire servir à l’expiation de mes fautes, à l’acquisition des mérites pour la bienheureuse éternité. Ainsi-soit-il.

 

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19 mars 2015

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Cœur de Saint Joseph ouvert à ceux qui l'implorent

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Vingtième jour

Le guide des pèlerins

 

D'après la très sainte Bible, tous les anciens patriarches envisageaient la vie comme un pèlerinage et un court voyage vers la patrie céleste : « Les jours de mon pèlerinage, disait Jacob, ont été courts et remplis d'afflictions ». Saint Aignan, évêque de Beauvais, écrit que Jacob avait raison d'appeler sa vie un pèlerinage presque continuel. Il fut en Mésopotamie pour s'y marier, d’où il vint ensuite à Socoth, de la à Sichem, et enfin à Bersabée, d'où il arrivait tout nouvellement en Egypte. Ses jours ont été courts, si on les compare à ceux d’Abraham et d'Isaac. Ils ont été courts surtout, relativement à l’éternité que ces grands serviteurs de Dieu avaient toujours devant les yeux. Car, comme le dit avec sagesse le savant Tostat, Jacob parlait ainsi parce qu’il était persuadé que ses derniers moments étaient proches, quoiqu’il ait encore vécu dix-sept ans depuis, selon l'affirmation de l'Ecriture. Jacob ajoute que ses jours ont été remplis d’afflictions ; en effet son histoire témoigne qu'il souffrit beaucoup, comme il arrive ordinairement des justes.

Des vies de tous ces saints hommes, je n'en trouve pas qui soit plus conforme, en ce genre, à celle de Jacob que celle du bienheureux saint Joseph, à la fois patriarche de l'un et de l'autre Testament. Animé des mêmes sentiments de détachement des biens de ce monde, de foi et d'espérance dans les biens futurs, il est aussi pèlerin et voyageur parmi des obstacles et des tribulations sans nombre. A défaut d'autres témoignages, les preuves que nous en fournit le sacré livre des Evangiles suffisent bien. On ne sait trop ce que l’on doit le plus admirer, ou des grandes difficultés de ses voyages, ou de sa patience à en supporter les fatigues. En tous cas, on ne saurait ,disconvenir qu'à bien des titres il mérite d'être considéré, honoré et invoqué comme le Guide et le protecteur des pèlerins et des voyageurs.

Le docteur Hermant dit que les différents voyages de Jésus-Christ dès son enfance (voyages que saint Joseph fit avec lui) nous marquent parfaitement cette vérité, que toute la vie chrétienne doit être un voyage continuel, et qu’il n’y a point de lieu de constance pour ceux qui en font profession jusqu’à ce qu’ils soient arrivés au ciel qui en est le terme et leur véritable patrie.Après avoir énuméré ces voyages dont j‘ai parlé ailleurs, comme, selon que le disait Jacob, les afflictions en sont la suite nécessaire, il ajoute cette réflexion : « Ce mélange de bons et de mauvais succès est un grand mystère qui nous apprend que nous devons recevoir de la main de Dieu cette vicissitude réglée de bons et de mauvais événements qui se rencontrent ordinairement dans notre vie ». Le docteur Thiébaut dit que la sagesse divine a attaché les vicissitudes aux choses humaines, afin d’engager ceux qui sont dans la prospérité, les monarques eux-mêmes, à ne point s’enfler de leur grandeur ; j’ajouterai que c’est aussi afin de les faire penser à la brièveté de la vie, à l’instabilité des biens de ce monde, et de les porter à se regarder comme des étrangers et des voyageurs ici-bas.

C’est ce que confessait de lui-même le bienheureux David : « Je suis étranger sur la terre, disait-il à Dieu, ne me cachez pas vos commandements ». Le terme hébreu « Cher », observe saint Aignan, signifie proprement un pèlerin et un étranger, et tel se regardait David. Aussi entendons-le s’écrier ailleurs : « Que je suis malheureux, de ce que le temps de mon pèlerinage est si long ! Je demeure, ajoute-t-il, avec ceux qui habitent dans Cédar, mon âme est parmi eux comme étrangère ». Que ce soit David qui parle de soi dans le temps qu’il se voyait relégué par la haine de Saül au milieu des habitants de Gédar, c’est-à-dire parmi les Arabes, dit à ce propos le Maître de Saci, ou que ce soit un autre prophète qui parle de soi et des juifs dans ce temps qu’ils vivaient au milieu des peuples barbares, et qui déplorent Ia,longueur de leur exil ; ils nous figurent certainement la disposition d’une âme qui est toute environnée d’afflictions, et qui gémit dans ce monde où elle vit comme étrangère, parce que ne s’y attachant point, elle envisage toujours sa patrie qui est le Ciel, selon ces paroles de saint Paul : « Pendant que nous sommes dans ce corps comme en une tente, nous soupirons sous sa.pesanteur ». « C'est là, dit saint Jean Chrysostome, la plus excellente doctrine et la vérité la plus importante, de bien connaître que nous sommes étrangers en cette vie ». Lisez les trois premiers livres de l’Imitation, partout Gerson, dont le nom signifie étranger, pèlerin, y rappelle cette vérité fondamentale pour la vie chrétienne, que nous sommes des pèlerins et voyageurs vers le ciel.

Et voilà bien pourquoi j’ai voulu traiter ce sujet au point de vue de la foi, persuadé qu'un des grands motifs des pèlerins de pouvoir s’adresser avec une entière confiance à saint Joseph dans les difficultés et les peines de leurs voyages, c'est de se regarder comme des exilés et des étrangers qui ne s’arrêtent qu'en passant sur cette terre, parce qu'ils ont en vue la véritable patrie qui est le Ciel, et de souffrir volontiers pour Dieu toutes les tribulations de cette vie périssable. Ç'a été la conduite du bienheureux Joseph, comme ç'a été celle de tous les saints du vieux Testament qu’il a résumés en lui. « Tous, dit l'Apôtre, sont morts dans la foi, n’ayant pas reçu les biens qui leur étaient promis, mais les voyant et comme les saluant de loin, et confessant qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre ».

Imitez-les, pèlerins chrétiens, et dans vos voyages n’oubliez pas de prier beaucoup saint Joseph qui, vous voyant animé de son esprit de foi, de détachement, de désir du ciel, vous protégera volontiers. A cette fin, car les voyages quelque courts qu’ils soient, offrent toujours une infinité de dangers, placez le voyage que vous allez entreprendre sous la protection de saint Joseph, je dirai mieux de la sainte famille Jésus, Marie et Joseph, ces trois auguste pèlerins, et sous celle de votre bon Ange gardien, priez-les de vous servir de conducteurs ; durant le voyage pensez à eux et invoquez-les souvent. Après le voyage, remerciez-les beaucoup en les saluant intérieurement, comme si vous les voyiez de vos yeux. Si vous faites cela, la bénédiction céleste vous accompagnera et rendra votre voyage heureux, méritoire et sanctifiant, comme il arriva au jeune Tobie, qui fut délivré d'une infinité de dangers par le secours du bon ange saint Raphaël, qui lui servit de guide et de compagnon fidèle, et à qui il faut s’adresser avec une confiance toute particulière dans les voyages de dévotion et autres. Oh ! Si les Anges étaient mieux connus et plus parfaitement honorés, que de grâces découleraient du ciel sur la terre, dont les chrétiens sont privés par leur insouciance pour ces bienheureux esprits.

 

Exemples

 

Une dame du Beaujolais, sur le point de devenir mère, se trouva obligée de faire une course assez longue dans les montagnes ; les mauvais chemins ne permettant pas l’usage d'une voiture, elle dut partir à cheval. Parvenue au détour d‘un chemin escarpé, son cheval s’ombrage et refuse d'avancer. Vivement pressé de l'éperon et de la cravache, il s’emporte tout d’un coup, prend violemment le galop et jette la malheureuse dans un ravin profond, rempli de ronces et de pierres. Le coup devait être mortel ; mais la foi et l’instinct maternel avaient déjà sauvé la victime. Au moment de sa chute, Mme P. avait crié à saint Joseph et lui avait voué l’enfant qu’elle portait dans son sein. Ce protecteur tout-puissant avait étendu la main pour parer le coup. Madame P. se releva saine et sauve et continua sa route. Le prodige fut complet ; l’enfant vint heureusement au monde et reçut au baptême le nom de Joséphine qu'elle porte encore avec reconnaissance.

Grâce au zèle de la céleste Thérèse, le culte de saint Joseph est devenu très célèbre en Espagne, et il n’est pas rare de trouver çà et la de petits oratoires consacrés à l’époux de Marie. Deux jeunes étudiants de Tolède se rendant dans leur famille furent surpris par un affreux orage au milieu de . la route. Déjà le tonnerre était tombé pour la troisième fois à quelques pas d'eux : ils continuèrent cependant leur marche pour se réfugier dans un oratoire voisin dédié à saint Joseph qu'ils ne cessaient d'invoquer. Convaincus qu’ils lui devaient leur salut, ils firent vœu de venir, chaque année au même jour, visiter cet oratoire en esprit de pèlerinage ; ils y furent fidèles et moururent saintement.

 

Prière à saint Joseph, Patron des voyageurs

 

O bienheureux Joseph ! digne compagnon des fatigues de Marie, soyez notre guide dans le pèlerinage de la vie. Mille dangers nous exposent à périr si vous ne dirigez nos pas. Que comme vous, dociles à la voix de Dieu, nous allions avec zèle partout où il nous désire, et que rien ne nous arrête pour accomplir sa volonté sainte. Quel que soit le terme de notre course, faites que nous nous trouvions heureux. C’est bien peu que les peines de ce monde, pour mériter les délices de l’éternité. Tel fut toujours votre langage, et à Dieu ne plaise que jamais le murmure sorte de mes lèvres pour reprocher au Ciel ses épreuves ! Vous avez souffert innocent avec l’innocente Marie et avec l’innocent Jésus, pourrais-je refuser de souffrir, moi si coupable d‘ingratitude et d’oubli! ô Joseph ! soyez mon modèle, soyez mon soutien, et j’accepte tout sous vos auspices. Ainsi soit-il.

 

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18 mars 2015

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Cœur de Saint Joseph ouvert à ceux qui l'implorent

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Dix-neuvième jour

L’abri assuré dans les tentations

 

Parce que vous étiez agréable à Dieu, il fallait que la tentation vous éprouvât, fut-il dit à un; ancien Patriarche. Certains s‘imaginent à tort ? Que les tentations qui viennent les assaillir sont des marques de la colère de Dieu sur eux ; rien n'est plus dangereux que cette illusion grossière, capable de porter l’âme au désespoir et de l’entraîner dans l’abîme éternel. Au contraire, les tentations sont le plus souvent de grandes faveurs que l’Éternel fait a ses amis et à ses meilleurs serviteurs. Car la tentation n’est pas un péché quand, on ne s’y livre pas; loin delà elle est une source de‘ mérites et de grâces : par elle on témoigne de sen amour et de sa fidélité pour Dieu ; par elle on purifie son âme, on s'aguerrit pour combattre avec plus de fermeté et de courage les ennemis de Dieu et de son salut ; par elle, enfin, on se détache de la terre pour soupirer avec plus d’ardeur vers la patrie céleste. Dieu sait que les tentations nous peuvent être utiles, et même qu'elles nous sont souvent nécessaires, voilà pourquoi il les permet ; Marie et saint Joseph qui sont si bien unis de volonté au Seigneur, qui désirent si vivement notre avantage spirituel ne nous en obtiennent pas non plus la délivrance; mais aussi comme Dieu nous aide de sa grâce lorsque nous le prions dans les tentations, de même, Marie et saint Joseph nous couvrent volontiers alors de leur efficace protection pour nous en faire triompher.

A l'exception de Marie, de saint Joseph et peut être de quelques saints privilégiés par la grâce, tous les hommes, les chrétiens surtout, sont exposés à des tentations diverses. Et il paraît, d’après les divines Lettres, que l’on est d‘autant plus tenté que l’on se donne avec plus d’ardeur au service de Dieu : « Mon fils, est-il écrit, en vous dévouant à prier Dieu, préparez votre âme à la tentation ». C'est-à-dire à l'épreuve, comme porte la traduction de saint Aignan, évêque de Beauvais. Sur quoi il est bon d’observer que le mot tenter dont se sert l'Esprit-Saint, est susceptible de deux sens: il signifie les afflictions et les peines que Dieu envoie à ses serviteurs ; ainsi il est dit que Dieu tenta Abraham, c'est-à-dire qu’il éprouva sa fidélité ; selon ce même sens Marie et saint Joseph ont été tentés, et C’est la une grande consolation pour tous ceux que l’Éternel met dans le creuset de la tribulation. En un autre sens le terme tenter signifie pousser au mal, comme qui dirait essayer de faire tomber quelqu‘un dans un abîme ; en ce sens les démons tentent les hommes, comme il en arriva à Eve, ainsi qu'à saint Paul. Dieu ne commande pas ces tentations, mais il les permet par des vues pleines de sagesse et des fins dignes de sa sainteté. Au reste, il multiplie ses grâces et donne ses secours à ceux qui sont ainsi éprouvés pour qu’ils puissent vaincre, selon qu’il le dit à l’Apôtre qui se plaignait et le priait de le délivrer de ses tentations : « Ma grâce vous suffit ». Il faut dire à la gloire de Marie très sainte et du bienheureux Joseph qu’ils ne furent jamais tentés par l’enfer, à raison de l’éminence de leur grâce, de leur dignité, des grands offices qu’ils étaient appelés à exercer vis-à-vis Notre-Seigneur. Ce qui n’empêche pas que l’un et l’autre soient très-compatissants à l'égard des personnes tentées et qu’ils s'empressent de les aider de leur protection quand celles-ci ont recours à eux, avec confiance et persévérance.

Forts du secours divin et du patronage de saint Joseph, les tentations au lieu de nous abattre doivent augmenter notre ardeur pour Dieu. Quelques grandes qu’elles soient, elles ne sauraient souiller notre âme,si nous leur résistons. Saint Liguori remarque que Sainte Catherine de Sienne. la Bienheureuse Angèle de Foligni furent longtemps tentées de luxure ; mais que ces tentations loin d'affaiblir leur pureté la perfectionnèrent beaucoup. Ce pacifique Docteur ajoute : « Chaque fois que nous repoussons une tentation, nous gagnons un degré de grâce, qui nous vaudra un degré de gloire dans le ciel. Il cite saint Bernard qui dit que autant de tentations vaincues ici-bas, autant nous aurons de couronnes dans l’autre vie. Un grand bien des tentations, c'est qu’elles nous rendent humbles et nous initient à la science pratique de la vie, car que sait celui qui n’a pas été éprouvé ? En outre, elles nous attirent les regards et les faveurs du bon Dieu. « Sur qui-jetterait je le yeux, dit le Seigneur, sinon sur celui qui est humble et affligé ? » Le Psalmiste chantait à l’Éternel : « Vous avez sondé mon cœur, vous m’avez examiné durant la nuit ; vous m’avez éprouvé par le feu ». Cette nuit, dans la pensée du bienheureux Gerson, ce sont les tribulations qui attirent les visites de Dieu ; ce feu, ce sont les tentations qui purifient l’âme et l’unissent davantage à Dieu. Bienheureux donc est l’homme qui soutient les tentations, parce que sa vertu ayant été éprouvée il recevra la couronne de vie que Dieu a préparée à ceux qui l’aiment, et qui lui sont fidèles.

Mais que faut-il faire pour vaincre les tentations ? S’humilier beaucoup, car si Dieu résiste aux superbes, il donne sa grâce aux humbles. Veiller sur soi, et prier sans interruption. « Si vous me demandez le moyen de vaincre les tentations, dit saint Liguori, je vous répondrai : le premier moyen, c’est la prière ; le second, c'est la prière ; le troisième, c’est la prière. Vous me le demanderiez mille fois, ajoute ce Père, que je répondrais toujours de même ». L’invocation des trois Personnes divines, par le signe auguste de la Croix, est assurément le moyen le plus puissant pour vaincre l’enfer; enfin le recours à Marie, nommée la reine des démons, la dominatrice de l'enfer, l’agonie du diable, et à saint Joseph qui en est le fléau le plus redoutable, parce qu’il a fortement travaillé à détruire son empire par les soins qu‘il a procurés au Sauveur, et ceux qu’il a pris pour le soustraire aux attaques de cet ennemi perfide, astucieux et cruel, qui cherchait à le faire mourir parle moyen d’Hérode.

 

Exemple

 

Il y avait au couvent de Perpignan un religieux d’une grande vertu. Une nuit, le prince des ténèbres vint l'assaillir avec toute la fureur dont est capable cet esprit immonde, dont la sainte Église prie le Seigneur de délivrer ses enfants. Le combat se prolongea toute la nuit, et donna des inquiétudes mortelles à ce chaste religieux. Ce ne fut qu’au point du jour, qu’il recouvra la paix. Dans la journée, voyageant avec le prieur du couvent, il vit venir à lui un homme d'un aspect vénérable, qui lui dit : « Mon père, pourquoi dans ces combats et ces assauts multipliés que vous aviez à soutenir la nuit dernière, ne vous êtes-vous pas souvenu de saint Joseph ? Pourquoi ne l’avez vous pas appelé à votre secours ?... » Le religieux étonné que ce personnage connût si bien le secret de son âme, se troubla, puis voulut répondre, mais le personnage disparut. Il demeura persuadé que cet auguste visiteur ne pouvait être que le glorieux saint Joseph, si bon et si fidèle à ceux qui lui rendent le plus léger hommage, et qui aime qu’on l’invoque dans les tentations contre la fleur de toutes les vertus.

 

Psaume du fidèle pour attirer le secours de saint Joseph contre les ennemis de l‘âme

(D'après saint Bonaventure)

 

Délivrez-moi, ô Père nourricier du Seigneur des armées ;

levez-vous contre mes ennemis,

qui osent persécuter votre serviteur.

Vous êtes mon refuge, mon espérance, ma force, ma Protection.

Que votre main soit toujours prête à me secourir :

et vos oreilles attentives à mes prières.

Vous êtes une forteresse imprenable

pour ceux qui se confient en vous :

et un rempart qui défend leur honneur :

Je vous recommande toute ma vie, ô bienheureux Joseph,

bénissez toutes mes actions, secourez-moi,

et délivrez-moi dans toutes les tentations.

A mon heure dernière ne m’abandonnez pas.

Et que, sous vos Auspices, je sois introduit,

par votre intercession, dans les tabernacles éternels. Ainsi soit-il.

 

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