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  • La beauté élève l'âme... Par ces images volontairement sélectionnées, ainsi que par la récitation de ces prières, puissiez-vous avoir le désir de parvenir à Jésus et à la sainteté, but ultime de toute vie...
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14 août 2021

Le Mois de Saint Dominique

Le Mois de Saint Dominique

 

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Quinzième jour

La Dispersion

 

Prélude. - Représentons-nous le saint patriarche, debout devant l'autel, et parlant à ses frères agenouillés à ses pieds pour recevoir leur obédience.

 

Réflexions

 

C'est aux pieds de Notre Dame de Prouilhe que Dominique rassemble ses premiers fils, les pères de l'ordre dominicain, pour leur distribuer le monde. Marie, la reine du très Saint Rosaire, préside à cet acte de sublime détermination, jugée imprudente et folle par les contemporains. Mais, encore une fois, la sagesse.de Dieu a des pensées que ne comprendra jamais la sagesse du monde.

Devant ce spectacle, on se reporte involontairement à treize siècles en arrière, et la pensée vient naturellement à l'esprit de comparer Dominique à Simon Pierre. Alors comme aujourd'hui, au Cénacle comme à Prouilhe, Marie préside, le représentant de Jésus-Christ est debout avec autorité, et des Apôtres reçoivent leur mission.

Bienheureux compagnons de l'homme apostolique, redites nous, vous qui les avez entendues et goûtées, les exhortations pleines de feu qui réchauffèrent votre zèle, au moment de cette dispersion, Ah ! comme il dut en coûter à votre cour de quitter ce père, d'abandonner ce doux et cher asile de Saint Romain où venaient de s'écouler de si beaux jours, les jours de votre séminaire, de votre Nazareth, de votre éducation apostolique. Mais, l'heure a sonné, la moisson est blanche, elle attend les moissonneurs. Partez donc avec la faucille d'or de votre éloquence : il ne faut pas d'autre arme. Ne demandez ni argent, ni besace, ni vêtements. Dominique vous les refuserait : il vous envoie, avec votre cœur, avec votre doctrine, avec votre amour. Cela suffit, quand Dieu est avec nous, pour sauver le monde.

La petite troupe fut donc dispersée, par le saint fondateur. Il les envoya fonder des centres de prédication à Rome, à Paris, à Bologne, en Espagne, partout où l'esprit du ciel lui inspira de choisir les premiers sièges de l'apostolat de son ordre. Harangués par leur chef, ces soldats vaillants du plus héroïque des capitaines partirent, avec une sainte ardeur et une naïve confiance, à la conquête du monde.

 

Pratique : Se confier aveuglément en la Providence, quand on est certain d'accomplir la sainte volonté de Dieu dans une entreprise humainement jugée difficile ou même impossible.

Invocation : Saint Dominique, vous que Dieu a envoyé dans le monde entier, priez pour nous !

 

Trait historique

Le départ

 

Quand Dominique eut exhorté les Frères à garder leurs vœux et à travailler de tout leur cœur à la fondation de nouveaux couvents, à la prédication et aux études, il les congédia, après les avoir bénis. Les nouveaux apôtres partirent à pied, sans argent, dénués de toutes ressources humaines, avec la mission non-seulement de prêcher, mais de fonder des couvents. Un seul d'entre eux, Jean de Navarre, refusa de se mettre en route à de telles conditions, et demanda de l'argent. Dominique, voyant un frère prêcheur qui ne se confiait pas pour vivre à la Providence, se prit à pleurer et se jeta aux pieds de cet enfant de peu de foi. Mais, comme il ne pouvait vaincre sa défiance envers Dieu, il ordonna qu'on lui remit douze deniers. Quelques cisterciens qui étaient présents témoignèrent, dit-on, leur surprise, en des termes peu mesurés, qu'on osât envoyer des hommes sans lettres et sans science, pour enseigner et prêcher ; leurs expressions étaient plus que libres, elles étaient méprisantes ; Dominique supporta ces officieuses remarques avec l'égalité d'âme qu'il montrait toujours en pareille circonstance. « Que dites-vous, mes frères, répliqua-t- il avec douceur, n'êtes vous pas un peu comme les Pharisiens ? Je sais, je suis même certain que mes enfants voyageront sains et saufs, mais qu'il n'en sera pas de mème de vous ». (Vie de saint Dominique, par divers auteurs).

 

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13 août 2021

Le Mois de Saint Dominique

Le Mois de Saint Dominique

 

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Quatorzième jour

Le Maître du Sacré Palais

 

Prélude. - Dans le palais du Pape, sous les yeux et avec les encouragements du vicaire infaillible de Jésus-Christ, Dominique enseigne, et ses auditeurs ravis témoignent par leur attitude de l'impression que produit sur les âmes, ce grand Prêcheur.

 

Réflexions

 

Dominique eut voulu revenir bien vite près de ses frères et commencer avec eux, cette fois avec autorité, la vie apostolique assignée à son Institut par l'organe du chef de l’Église. Mais, Dieu voulait montrer en cet homme extraordinaire le modèle des prédicateurs de l'Evangile, dont le principal devoir est d'enseigner en union et en conformité de vues avec le Saint-Siège, d'où émane toute vérité dans le monde. À la veille de la Réforme, à l'approche des prédications insurgées contre la papauté, cette leçon de la Providence est d'une importance capitale, et on a trop négligé jus qu'ici de la faire ressortir, quand on parle de Dominique ou des origines de son Ordre.

Pendant le Carême, Dominique eut souvent l'occasion de prêcher à Rome. Les succès de sa parole inspirèrent au Pape la pensée de lui confier le soin d'expliquer les Epîtres de saint Paul dans le Sacré Palais, en présence des cardinaux et de la cour pontificale. On venait de tous côtés l'entendre, et docteurs et écoliers lui donnaient le titre de Maître. Le Souverain Pontife, frappé de l'utilité de ces prédications, les érigea en institution permanente et créa l'office de Maître du Sacré Palais, conservé depuis à l'un des fils de saint Dominique.

Cette création mémorable rappellera aux siècles futurs l'apostolat de saint Dominique et la providentielle mission qu'il fut chargé d'exercer dans l’Église de Dieu, par lui-même et par sa postérité religieuse. De prédicateur et de docteur tenant au Vatican une école spirituelle, le Maître du Sacré Palais est devenu le théologien du Pape, le censeur universel des livres qui s'impriment ou s'introduisent à Rome, le seul qui ait puissance d'élever au doctorat dans l'Université Romaine, l'électeur de ceux qui prêchent devant le Saint Père dans les solennités, fonctions relevées encore par un grand nombre de privilèges honorables, et dont l'héritage s'est justement et inviolablement transmis d'un fils de saint Dominique à un autre de ses fils.

Un contemporain nous a gardé le souvenir de l'apostolat du saint pendant cette prolongation de séjour à Rome. « Nous parlions ensemble, dit Guillaume de Montferrat, du salut éternel de nos âmes et de celui de tous les hommes. Je n'avais jamais trouvé quelqu'un d'aussi parfait, ni qui fût épris d'autant d'ardeur pour le salut du monde, quoiqu'en vérité j'aie eu de fréquents rapports avec des personnages d'une éminente sainteté. Je me déterminai donc à me ranger au nombre de ses disciples, après que j'aurais étudié la théologie pendant deux ans à l'Université de Paris. Il fut ainsi arrêté entre nous et nous convînmes également, que, quand il aurait établi la discipline parmi ses Frères, nous irions ensemble convertir les païens de la Perse ou de la Grèce, et en suite ceux qui habitent les contrées méridionales ».

 

Pratique : S'examiner sur la question de savoir, si, selon les devoirs de son état particulier, on travaille de son mieux au salut des âmes.

Invocation : Saint Dominique, vous qu'un zèle ardent consumait pour le salut des pécheurs, priez pour nous !

 

Trait historique

Saint Pierre et saint Paul

 

Jour et nuit, Dominique, pendant son séjour prolongé à Rome, recommandait à Dieu ses enfants et son œuvre, surtout durant ses longues veilles dans les églises, qui étaient sa seule demeure. Il aimait d'une affection particulière celle des saints Apôtres, et c'est en priant sur leur tombeau qu'il fut honoré d'une seconde vision, dans laquelle il puisa un nouveau courage et une grande consolation. Les apôtres Pierre et Paul lui apparurent. Le premier lui donna un bâton et le second un livre, et il entendit une voix qui lui disait : « Va et prêche, car c'est à ce ministère que tu es appelé ». Il lui sembla voir en même temps ses enfants aller deux à deux par le monde annonçant la parole de Dieu . Quelques historiens ajoutent que le Saint Esprit apparut en ce moment sur sa tête en forme de langue de feu et qu'il fut alors confirmé en grâce et exempté de beaucoup de tentations. D'autres assurent que, depuis ce jour, il porta toujours sur lui le livre des Saints Evangiles et les Epitres de saint Paul. Dans tous ses voyages aussi, il se servait toujours d'un bâton, probablement en souvenir de cette vision. (Vie de saint Dominique, par le B. Humbert).

 

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7 août 2021

Le Mois de Saint Dominique

Le Mois de Saint Dominique

 

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Huitième jour

Le très saint Rosaire

 

Prélude. - Marie apparaît au saint patriarche, qui reçoit, à genoux, des mains de la reine des apôtres, un beau Rosaire tout brillant de lumière.

 

Réflexions

 

L'histoire rapporte que, jusque là, pendant dix années consécutives, saint Dominique, ni par ses prières, ni par son éloquente parole, ni par ses mortifications et ses jeunes, ni par ses prodiges, ne parvenait à ramener les âmes à Dieu. C'est alors que, gémissant sur cette stérilité de son ministère apostolique, il se jeta entre les bras de Marie, et que fit-il ?

« Le saint Evangile raconte que les disciples, se groupant au tour de Jésus-Christ, lui adressèrent un jour cette parole : « Maître, apprenez- nous à prier » ; et le Maître leur dicta l'Oraison Dominicale, que nous récitons encore tous les jours. C'est cette parole que saint Dominique adressa lui-même à la très sainte Vierge : « Ô Marie, apprenez-moi comment il faut prier pour sauver et convertir les âmes ! » Marie ne resta pas sourde à la demande de son serviteur, elle lui révéla le saint Rosaire et le lui remit entre les mains pour que, de ses mains, il passa dans celles de toutes les générations chrétiennes.

« À peine, continue Mgr de la Bouillerie à qui nous empruntons cette pensée, à peine saint Dominique eut-il commencé à prêcher le Rosaire, qu'il opéra de toutes parts de merveilleux fruits de conversion ; mais ce n'était pas lui qui prêchait, c'était Marie elle-même. Le Rosaire, on peut le dire, est le glorieux et universel apostolat de Marie. Marie est la reine des apôtres, elle était au Cénacle avec Pierre. Pierre prêche du haut de sa chaire infaillible, Marie prêche avec le Rosaire. Ainsi, ce que n'avaient pu ni les prédications ni les jeunes, quelques Pater et quelques Ave l'accomplirent en très peu de temps ; et le saint Rosaire, entre les mains des fidèles, bien mieux encore que l'épée victorieuse entre celles de Simon de Montfort, mit à néant l'hérésie albigeoise ».

 

Pratique : Se renouveler dans la dévotion au très saint Rosaire.

Invocation : Saint Dominique, héraut spécial du Rosaire de la vierge Marie, priez pour nous.

 

Trait historique

À quoi l'on reconnaît les vrais disciples de saint Dominique

 

Dès ses premières années, notre bienheureux père choisit Marie pour Mère. Lorsqu'il pensait à elle, il fondait en larmes de tendresse. Jamais il ne se rassasiait d'invoquer son saint nom, et le prononçait avec tant d'affection et de ferveur, qu'il paraissait en extase par la suavité et la douceur qu'il y trouvait. Sans cesse, il célébrait les louanges de Marie et les mêlait à presque tous ses entre tiens familiers et à toutes ses prédications. Il aurait voulu allumer son amour dans tous les cours et devenir le héraut de sa gloire. Instituteur et propagateur de la dévotion au saint Rosaire, il en prêcha l'excellence avec tant de fruit, que bientôt on la vit embrassée par l’Église universelle. Aussi, plein de rage, pressé par les exorcismes faits à la sainte Baume de Marie Madeleine, le démon s'écria-t-il, le 21 septembre 1610 : « Maudite soit, ô Dominique, la dévotion que tu as eue pour la vierge Marie, mère de Dieu ! Maudits soient tes religieux ! Maudit soit ton Ordre !.… Je vous dis que Dominique est un des intimes de la vierge Marie... Et toi, grand Dieu, tu me contrains de louer Dominique, mon plus grand ennemi, car tu veux que tous sachent combien il est bon et salutaire d'aimer ta mère et de la servir avec dévotion. Ô Dominique ! j'ai pour toi une haine profonde... Oh ! que tu as eu de dévotion pour Marie ! C'est pourquoi celui qui veut être ami de la bienheureuse vierge Marie doit servir Dominique avec ferveur ». Jamais le saint ne de manda à Dieu aucune faveur qu'il ne l'obtînt par l'intercession de Marie ; elle le déclara apôtre et instituteur de son Rosaire : elle le soutint dans les épreuves, le secourut dans les périls et lui apparut souvent du haut du ciel pour le consoler, le fortifier et l'instruire. Elle le présenta à son divin fils comme un fidèle et valeureux capitaine, pour combattre, extirper tous les vices et arrêter la colère du ciel prête à éclater sur le monde. « Il fut, dit sainte Catherine de Sienne, un flambeau que Dieu donna aux hommes par l'intermédiaire de Marie, car c'est elle qui lui donna l'habit, la bonté de Dieu lui en avait confié le soin » ; et, selon saint Vincent Ferrier, « il fut le sel dont la Bienheureuse Vierge se servit pour sauver et régénérer le monde ». Enfin, notre saint patriarche, avant de mourir, priant cette mère si bonne pour les enfants qu'il allait laisser orphelins, reçut d'elle cette réponse : « Ô Dominique, mon bien-aimé, parce que tu m'as aimée plus que toi-même, je protégerai et défendrai tes enfants à l'ombre de mon manteau virginal, et tous ceux qui persévéreront dans l'observation de ta règle seront sauvés ». (Méditations sur la vie et les vertus de saint Dominique, auteur anonyme).

 

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9 août 2021

Le Mois de Saint Dominique

Le Mois de Saint Dominique

 

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Dixième jour

Les Frères Prêcheurs

 

Prélude. – Représentons-nous le saint humblement a genouillé aux pieds du vicaire de Jésus-Christ, qui l'exhorte et l'encourage à poursuivre la grande mission de l'Apostolat.

 

Réflexion

 

Les œuvres de Dieu sont marquées d'un sceau qui ne trompe point. Dominique exposa aux pères du concile les plans de son ordre. On l'écouta comme un homme de Dieu ; mais, de graves objections se dressèrent à l'encontre. Innocent III hésitait . « Mais la nuit, cette divine conseillère des hommes, lui apporta de meilleures pensées. Comme il était plongé dans le sommeil, il lui sembla voir l'église de Saint Jean de Latran près de tomber en ruines, et Dominique appuyé contre elle qui en soutenait sur ses épaules les murailles chancelantes. C'est pourquoi, ayant fait venir l'homme de Dieu, il lui ordonna de retourner en France auprès de ses compagnons, et de s'entendre avec eux sur la règle qu'ils voulaient suivre, lui promettant de lui donner ensuite toute satisfaction. Jusque là, les ordres religieux n'avaient pas eu l'apostolat ni la science divine pour but. C'étaient de saintes républiques, où les âmes qui avaient faim et soif de la justice, en quelque rang qu'elles fussent nées, allaient chercher, dans la solitude, le travail, la prière et l'obéissance, des vertus trop pures pour le monde. Le monde les apercevait de loin, comme ces châteaux que le voyageur qui passe dans la plaine entrevoit au haut des montagnes. Dominique, choisi de Dieu pour donner à l’Église une nouvelle forme de milice, conçut le dessein d'unir ensemble la vie du cloître et la vie du siècle, le moine et le prêtre, dessein chimérique, ce semble ; mais, quelque vertu qu'on demande aux hommes, il ne faut jamais désespérer d'eux... L'ordre créé par saint Dominique n'est donc pas un ordre monastique, mais une association de « Frères », joignant la force de la vie commune à la liberté de l'action extérieure, l'apostolat à la sanctification personnelle. Le salut des âmes est son premier but, l'enseignement son moyen principal. « Allez et enseignez », répéta Dominique.

Ô sublime génie, inspiré par la foi, vous avez été, dans les des seins de la Providence, un sauveur et un réformateur pour l’Église de Dieu, à un moment terrible, où il semblait que l'enfer triompherait de sa divine constitution. Sans doute, l'assistance promise ne lui fait jamais défaut mais le chef de l’Église emploie, pour manifester cette assistance miraculeuse, des instruments qu'il façonne avec amour, et vous avez été, admirable père des Prêcheurs, un de ces instruments privilégiés qui ont la gloire de se prêter avec docilité et avec une fidèle coopération aux desseins du Maître qui les emploie !

 

Pratique : Renouveler sa foi aux promesses infaillibles qui as surent l'existence et le triomphe définitif de l’Église jusqu'à la fin des siècles.

Invocation : Saint Dominique, fondateur de l'ordre des prédicateurs, priez pour nous !

 

Trait historique

Le nom

 

Peu de temps après avoir donné une réponse favorable aux sollicitations de Dominique, le pape, ayant à lui écrire sur le même sujet, ordonna à un de ses secrétaires de faire la lettre. Quand elle fut terminée, celui-ci demanda à qui il fallait l'adresser : « Au frère Dominique et à ses compagnons », répondit Innocent III. Puis, un instant après , il ajouta : « Non, n'écrivez pas ainsi : mettez : Au frère Dominique et à ceux qui prêchent avec lui dans le pays de Toulouse ». Enfin, se reprenant une troisième fois, il dit : « Écrivez ceci : « À maître Dominique et aux Frères Prêcheurs ». Quoique ce titre n'eût pas été spécialement formulé par Honorius III dans les Bulles de confirmation, il fut cependant adopté, comme nous le verrons, et toujours conservé depuis. Dominique y tenait et le prenait en toute circonstance. Dès le mois de mai 1211, au sein de ses travaux solitaires et apostoliques en Languedoc, il apposa sur un document son cachet, sur lequel on lisait : « Sceau de Frère Dominique, prêcheur ». (Vie de Saint Dominique, traduite de l'anglais par l'abbé Chirat).

 

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6 août 2021

Le Mois de Saint Dominique

Le Mois de Saint Dominique

 

St Dominique et les Albigeois

 

Septième jour

Vie apostolique

 

Prélude. - Représentons-nous le saint, demeurant au milieu des hérétiques, les convertissant ou les étonnant par l'austérité de sa vie et la douceur de son commerce, tandis que la guerre répand sur tout le pays l'horreur de ses carnages.

 

Réflexions

 

« Après le retour de l'évêque Diego à son diocèse, dit le bienheureux Humbert, saint Dominique, demeuré presque seul avec quelques compagnons qui ne lui étaient attachés par aucun vœu, soutint pendant dix années la ſoi catholique en divers lieux de la province de Narbonne, particulièrement à Carcassonne et à Fanjeaux. Il s'était donné tout entier au salut des âmes par l'office de la prédication, et il souffrit de grand coeur beaucoup d'affronts, d'ignominies et d'angoisses, pour le nom de Notre Seigneur Jésus Christ ».

Les pieux missionnaires vivaient réunis, allant pieds nus de village en village prêcher la vraie foi, sous la conduite du saint apôtre, qui leur donnait l'exemple de l'abnégation la plus absolue mise au service du zèle le plus pur et le plus doux. On le traitait de fou, on l'insultait, on lui crachait au visage, il demeurait impassible et radieux au milieu des opprobres, avouant, dans l'intimité, à ses amis, qu'il préférait le séjour de Carcassonne où on l'injuriait à celui de Toulouse où il était honoré.

Épris d'une sainte ambition de martyre, il enviait le sort du bienheureux Pierre de Castelnau, mis à mort pour la foi, mais, disait il, « je ne suis pas digne du martyre ! » Il s'exposa en bien des occasions à tomber dans les pièges que lui tendaient les albigeois, et, quand ceux-ci lui demandaient sa pensée à cet égard, il répondait avec une simplicité sublime : « Si je tombais entre vos mains, je vous prierais de ne pas m'ôter la vie d'un seul coup, mais peu à peu, en me coupant les membres l'un après l'autre, et, quand vous auriez fait cela, de m'arracher les yeux et de m'abandonner ensuite, afin de prolonger mes tourments et d'enrichir ma couronne ».

Ces beaux exemples enflammaient le zèle de ses compagnons, qui rivalisaient à l'envi de courage et d'ardeur apostolique : « Confiez-vous dans le Seigneur, mes bien-aimés, leur disait le saint, la victoire est à vous, puis que nos péchés sont expiés par le sang. N'est- il pas écrit : Qu'ils sont beaux les pieds de ceux qui apportent l'Evangile de la paix ? » Et ils s'en allaient, joyeux et ardents, les pieds ensanglantés par les ronces des chemins, le coeur fier, les lèvres frémissantes et les cantiques à la bouche.

Ah ! quelle leçon pour nous et pour notre temps ! Comme Dominique et ses premiers compagnons, il faut opposer aux attaques de l'erreur les armes d'une invincible patience, d'une profonde humilité et d'un zèle à toute épreuve. L'apostolat catholique est impossible en dehors de ces conditions.

 

Pratique : S'examiner sur les qualités de son zèle à l'endroit du service de l’Église et du salut de ses frères.

Invocation : Saint Dominique, vous qui arrosiez la terre de votre sang précieux, priez pour nous !

 

Trait historique

Le premier inquisiteur

 

La seule prérogative, dont saint Dominique se prévalut dans ses missions, était celle qui lui avait été conférée avant la croisade de Simon de Montfort contre les albigeois : elle lui donnait le pou voir de réconcilier les hérétiques à la sainte Église et de les admettre à la pénitence, office qui lui a fait donner le nom de premier inquisiteur. Mais, l'inquisition ne fut ni établie, ni constituée à cette époque. Il ne saurait entrer dans le cadre de ce pieux travail d'étudier et d'apprécier cette question encore brûlante du tribunal de l'inquisition. Mais, il nous sera bien permis du moins de citer le rapport présenté aux Cortès d'Espagne, en 1812, lors de la suppression de ce tribunal. Cette pièce, de fabrique rationaliste, libérale et espagnole, ne saurait être suspectée. On y lit : « Les premiers inquisiteurs n'opposèrent jamais à l'hérésie d'autres armes que la prière, la patience et l'instruction, et cette remarque s'applique plus particulièrement à saint Dominique, suivant le portrait que les Bollandistes, Eckart et Touron ont tracé de lui ».

 

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5 août 2021

Le Mois de Saint Dominique

Le Mois de Saint Dominique

 

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Sixième jour

Le Prieur de Prouilhe

 

Prélude. - Représentons nous ce saint, franchissant pour la première fois le sol béni de cet humble monastère, qui deviendra le berceau de tant d'autres fondations dues à son zèle apostolique.

 

Réflexions

 

Saint Dominique, à son retour de Rome, vint se fixer à Fanjeaux, où l'éloquence de sa parole, la sainteté de sa vie, mais surtout l'aide de la très sainte Vierge, déterminèrent un grand nombre d'âmes à quitter le sentier de l'erreur. Mais, ces âmes, nouvellement converties, ne cessaient pas d'être circonvenues par les ennemis de l'Église, et ce fut pour préserver quelques jeunes filles de la perfide atteinte des sectaires albigeois, qu'en l'année 1206, saint Dominique jeta, au pied de la colline de Fanjeaux, les premiers fondements du monastère de Prouilhe, qui devait être lui-même l'origine de l'ordre des Frères Prêcheurs.

La même année, au pied des montagnes de l'Ombrie, saint François d'Assise, l'ami et le glorieux émule de saint Dominique, groupait ses premiers compagnons près de la chapelle de la Portioncule. Prouilhe et Assise, berceaux illustres que l'Église façonnait en même temps, et d'où, un jour, devaient sortir deux races d'hommes forts pour la défendre !…

Les deux choses se tiennent ; la foi et les mœurs sont solidaires. L'hérésie des Albigeois ne s'attaquait à la foi que pour corrompre plus facilement les mœurs. Dominique, ardent défenseur de la vérité, ne pouvait manquer de devenir aussi l'intrépide apôtre de la morale. De là toute la pensée de sa fondation de Prouilhe. Ses prédications se fortifieraient de l'exemple des âmes pures qui, renonçant à tout pour se sous traire aux périls de la vie du monde, viendraient, dans cet asile béni, fleurir comme des lys, répandant sur la terre infestée par les miasmes corrupteurs de l'hérésie albigeoise des parfums austères.

Telles furent les prémisses des institutions dominicaines. « Elles commencèrent, dit le père Lacordaire, par un asile en faveur de la triple faiblesse du sexe, de la naissance et de la pauvreté, comme la rédemption du monde commença dans le sein d'une vierge pauvre et fille de David. Notre Dame de Prouilhe, solitaire et modeste, attendit longtemps encore au pied des montagnes les frères et les sœurs qui devaient lui être donnés sans mesure, et porter son nom jusqu'aux extrémités de la terre. Fille aînée d'un père qui s'élevait lentement sous la direction patiente de Dieu, elle croissait elle-même en silence, honorée de l'amitié de plusieurs grands hommes, et comme bercée sur leurs genoux. Dominique, qui, après l'entrevue de Montpellier avec les légats du pape, avait quitté le titre de sous-prieur d'Osma pour prendre celui de frère Dominique, ajouta pour lors à cette humble et douce qualification celle de Prieur de Prouilhe, en sorte qu'on l'appelait le frère Dominique, prieur de Prouilhe ».

 

Pratique : Dans les tentations et les occasions périlleuses pour la pureté, faire des actes de foi.

Invocation : Saint Dominique, ivoire de chasteté, priez pour nous !

 

Trait historique

L'animal immonde

 

Dominique avait fondé, depuis peu le monastère de Notre Dame de Prouilhe, quand il vit accourir neuf dames nobles, qui, se prosternant à ses pieds, lui dirent : « Serviteur de Dieu, soyez-nous en aide ; si ce que vous avez prêché aujourd'hui est vrai, voilà bien du temps que notre esprit est aveuglé par l'erreur : car ceux que vous appelez hérétiques, et que nous appelons « bonshommes », nous avons cru en eux jusqu'à présent, et nous leur étions attachées de tout notre cœur, Maintenant nous ne savons plus que penser. Serviteur de Dieu, ayez donc pitié de nous, et priez le Seigneur votre Dieu qu'il nous fasse connaître la foi dans la quelle nous vivions, nous mourrions et nous soyons sauvées ». Ayez patience, leur répondit Dominique après une courte prière, et attendez sans crainte ; je crois que le Seigneur, qui ne veut la perte de personne, va vous montrer quel maître vous avez servi jusqu'à présent ». Tout à coup, apparaît un animal immonde, en qui s'était comme incarné l'esprit d'erreur et d'immoralité, et Dominique reprit, en les rassurant : « Vous pouvez juger à cette figure, que Dieu a fait apparaître devant vous, quel est celui que vous suiviez en suivant les hérétiques ». Ces femmes se convertirent et devinrent les premières religieuses du prieuré de Prouilhe. (Vie de saint Dominique, par le B. Humbert).

 

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3 août 2021

Le Mois de Saint Dominique

Le Mois de Saint Dominique

 

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Quatrième jour

En France !

 

Prélude : Unissons-nous, en ce jour où l'Église entière honore notre saint protecteur, à toutes les prières qui lui sont adressées de toutes parts, dans les ordres religieux, dans le clergé et par les âmes pieuses.

 

Réflexions

 

Ce n'est pas sans émotion que les fidèles enfants de saint Dominique assistent à cette première entrée de leur grand patriarche sur le sol de la France. L'esprit de Dieu, qui l'assista visiblement en toute occurrence, dut donner à l'âme du futur prêcheur, un tressaillement inconnu, quand il franchit les frontières du pays natal pour fouler la terre que Dieu avait marquée et où la voix de l'inspirateur divin des apôtres allait se faire entendre à Dominique. Ainsi Jean-Baptiste tressaillit dans le sein de sa mère, lorsque Jésus se rapprocha de lui. Écoute, mon fils, quitte la maison de ton père, oublie le temps où tu es né, viens, franchis les monts, écoute la voix de l'ange qui garde la France, incline ton oreille, regarde, ceux-ci seront tes enfants, tu leur donneras la vie de l'âme, et ta lumière ardente et dévorante illuminera et embrasera pour des siècles la terre que tu foules, la terre consacrée par les desseins de la Providence à l'endroit de ta vocation apostolique.

Dominique accompagnait Diego d'Azévédo, devenu évêque d'Osma, dans une mission diplomatique à la cour du Danemark, quand il traversa le sud de la France. Il y entendit parler pour la première fois de cette effroyable hérésie manichéenne, qui, sous le nom d'hérésie des albigeois, devait répandre tant de ténèbres, de boues immondes et de terribles catastrophes dans le midi de la France. Il constata, avec la douleur d'une âme éprise du zèle pour le salut des âmes, le développement effrayant de cette hérésie dans le Languedoc. Son cœur en reçut une impression ineffaçable. Il comprit que Dieu lui dévoilait sa mission et l'œuvre qui allait devenir le but de ses immenses travaux.

« Arrivé à Toulouse, où il ne devait demeurer qu'une nuit, Dominique s'aperçut que leur hôte était hérétique... Il ne se con tenta pas de prier en secret pour son hôte infidèle ; il passa la nuit à l'entretenir, et l'éloquence imprévue de cet étranger toucha tellement le cœur de l'hérétique, qu'il revint à la foi, avant que le jour fût levé. Alors, une autre merveille s'accomplit : Dominique, ému par la conquête qu'il venait de faire à la vérité et par le triste spectacle des ravages de l'erreur, eut pour la première fois la pensée de créer un ordre consacré à la défense de l'Église par la prédication. Cette vue soudaine prit possession de lui et ne l'abandonna plus. Il quitta la France avec le secret éclairé de sa destinée future, comme si la France, jalouse de n'avoir pas produit ce grand homme, eût obtenu de Dieu qu'il ne touchât pas vainement son sol, et que ce fût elle au moins qui lui donnât le conseil décisif de sa vie ».

 

Pratique : Renouveler aujourd'hui sa consécration personnelle à saint Dominique.

Invocation : Saint Dominique, priez pour nous !

 

Trait historique

Le saint roi

 

Castiglio nous assure, dans son histoire des Frères Prêcheurs, que le but du voyage de Diego et de Dominique n'était point le Danemark, mais qu'ils se rendaient à la cour du roi de France, et que Dominique, trouvant la reine Blanche dans une grande affliction, parce qu'elle n'avait pas d'enfants, lui recommanda avec instances le pieux usage du Rosaire. Castiglio ajoute que la reine et son peuple accueillirent cette sainte dévotion avec un religieux empressement, et que l'enfant que Dieu accorda à ses ferventes prières fut le grand saint Louis. Il est probable, d'après la date de la naissance du fils de Blanche de Castille, généralement fixée en l'année 1215, que les circonstances, que nous relatons ici, doivent être rapportées à un voyage postérieur de Dominique à la cour de France. Toutefois, bien qu'il y ait évidemment confusion dans les dates, nous ne trouvons pas improbable cette touchante tradition, nous la chérissons même, et tous les cours attachés à l'Ordre de Saint Dominique doivent être émus en pensant qu'ils peuvent considérer saint Louis comme l'enfant du très saint Rosaire. (Vie de saint Dominique, par l'abbé Chirat).

 

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1 août 2021

Le Mois de Saint Dominique

Le Mois de Saint Dominique

 

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Deuxième jour

L'éducation

 

Prélude. - Représentons-nous Dominique enfant et admirons, avec ses contemporains, cet air d'innocence et de douceur qui lui gagnait toutes les âmes, dès sa plus tendre jeunesse.

 

Réflexions

 

Rien ne devait entraver, dans cette âme prédestinée, les desseins de la Providence et les attraits de la grâce de Dieu. Nourri par sa pieuse mère, son premier âge s'écoula à l'abri de cette maison paternelle, où ses premiers regards ne devaient rencontrer que de saints exemples. Heureux enfant, il secondait de son mieux l'action de la grâce sur lui, et, tout petit, on le vit sortir souvent de son berceau trop moelleux pour se coucher par terre, comme s'il eut souffert dès lors d'avoir une couche plus douce que les plus malheureux de ses frères.

« Avant que le monde eut touché à cet enfant, il fut confié, comme Samuel, aux leçons de l'Église, en la personne d'un de ses oncles, archiprêtre d'une ville voisine de Calaroza, afin qu'une discipline salutaire prit encore possession de son tendre cœur ; et il arriva, en effet, que, posé sur ce fondement solide, il croissait en âge et en esprit, s'élevant chaque jour, par un progrès heureux, à une plus haute vertu ». Son bonheur dès lors ſut de visiter, d'embellir et d'habiter la maison de Dieu.

À quatorze ans, lorsque le cour s'éveille et que les tentations se dressent devant l'imagination de l'adolescent, il fut envoyé à l'Université de Valencia, où il devait séjourner dix ans, sans démentir un seul jour son application à l'étude et l'angélique candeur de sa vie.

Un de ses condisciples a écrit, sur le temps que Dominique consacra à ses études dans l'Université, une page qu'il faut lire et que nous allons bientôt admirer. Mais, pour caractériser cette vie de pieux étudiant, il suffirait de citer, avec Lacordaire, deux traits qui nous sont restés de ces dix années de Valencia. « Pendant une famine qui désolait l'Espagne, Dominique, non content de donner aux pauvres tout ce qu'il avait, même ses vêtements, vendit encore ses livres annotés de sa main, pour leur en distribuer le prix, et, comme on s'étonnait qu'il se privât des moyens d'étudier, il prononça cette parole, la première de lui, qui soit arrivée à sa postérité : « Pourrais-je étudier sur des peaux mortes, quand il y a des hommes qui meurent de faim ? Son exemple engagea les maîtres et les élèves de l'Université à venir abondamment au se cours des malheureux. Une autre fois, voyant une femme, dont le frère était captif chez les Maures, pleurer amèrement de ne pouvoir payer sa rançon, il lui offrit de se vendre pour le racheter : mais Dieu, qui le réservait pour la rédemption spirituelle d'un grand nombre d'hommes, ne le permit pas ».

 

Pratique : Contribuer, par tous les moyens que la Providence met à notre disposition, à l'éducation chrétienne des enfants.

Invocation : Saint Dominique, fleur éclatante dans le jardin de l’Église, priez pour nous.

 

Trait historique

L'étudiant de Valencia

 

Voici ce qu'un historien a dit des années que notre saint passa à l'université de Valencia : « L'angélique jeune homme Domini que, bien qu'il pénétrât facilement dans les choses humaines, n'en était cependant pas ravi, parce qu'il y cherchait vainement la sagesse de Dieu, qui est le Christ. Nul des philosophes, en effet, ne l'a communiquée aux hommes ; nul des princes de ce monde ne l'a connue. C'est pour quoi, de peur de consumer en d'inutiles travaux la fleur et la force de sa jeunesse, et pour éteindre la soif qui le dévorait, il alla puiser aux sources profondes de la théologie. Invoquant et priant le Christ, qui est la sagesse du Père, il ouvrit son cœur à la vraie science, ses oreilles aux doctrines des saintes Ecritures ; et cette parole divine lui parut si douce, il la reçut avec tant d'avidité et de si ardents désirs, que, pendant quatre années qu'il l'étudia, il passait des nuits presque sans sommeil, donnant à l'étude le temps du repos. Afin de boire ce fleure de la sagesse avec une chasteté plus digne encore d'elle, il fut dix ans à s'abstenir de vin. C'était une chose merveilleuse et aimable à voir que cet homme en qui le petit nombre de ses jours accusait la jeunesse, mais qui, par la maturité de sa conversation et la force de ses mœurs, révélait le vieillard. Supérieur aux plaisirs de son âge, il ne recherchait que la justice ; attentif à ne rien perdre du temps, il préférait aux courses sans but le sein de l'Église sa mère, le repos sacré de ses tabernacles, et toute sa vie s'écoulait entre une prière et un travail assidus. Dieu le récompensa de ce fervent amour avec lequel il gardait ses commandements, en lui inspirant un esprit de sagesse et d'intelligence qui lui faisait résoudre sans peine les plus difficiles questions ». (Vie de saint Dominique, par Thierry D'Arolda).

 

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30 juillet 2021

Le Mois de Saint Dominique

Le Mois de Saint Dominique

 

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Veille du premier jour

Les gloires dominicaines

 

Prélude. - S’unir, par la pensée et par le cœur, à toutes les âmes qui, en ce jour, se disposent à honorer notre glorieux patron, pendant le mois que lui consacre la piété de ses fils spirituels, afin d'accroître, par cette communion des saints, l'ardeur de notre dévotion et d'assurer le fruit de cette pratique.

 

Réflexions

 

Ce que le Père Lacordaire a dit, dans une intention plus générale, nous le dirons ici, de la postérité spirituelle de saint Dominique, plaçant ainsi nos pieuses réflexions du mois entier sous l'égide d'une parole aussi filialement dévouée à notre saint protecteur que digne de nous faire entendre la grandeur de son œuvre, pour l'avoir le mieux étudiée, méditée, comprise et traduite.

« L'histoire a raconté les travaux (des fils de saint Dominique). Des hérésies formidables s'élevèrent, des mondes nouveaux se découvrirent : mais, dans les régions de la pensée comme sur les flots de la mer, nul navigateur ne put aller plus loin que leur dévouement ou leur doctrine. Tous les rivages ont gardé la trace de leur sang, et tous les échos de son de leur voix. L'Indien, poursuivi comme une bête fauve, a trouvé un asile sous leur froc ; l’africain a encore sur son cou la marque de leurs embrassements ; le Japonais et le Chinois, séparés du reste de la terre par la coutume et l'orgueil encore plus que par le chemin, se sont assis pour entendre ces merveilleux étrangers ; le Gange les a vus communiquer aux parias la sagesse divine ; les ruines de Babylone leur ont prêté une pierre pour se reposer et songer un moment, en s'essuyant le front, aux jours anciens. Quels sables ou quelles forêts les ont ignorés ? Quelle langue est-ce qu'ils n'ont pas parlée ? Quelle plaie de l'âme ou du corps n'a senti leur main ? Et, pendant qu'ils faisaient et refaisaient le tour du monde sous tous les pavillons, leurs frères portaient la parole dans les conciles et sur les places publiques de l'Europe ; ils écrivaient de Dieu en mêlant le génie des Pères de l’Église à celui d'Aristote et de Platon, le pinceau à la plume, le ciseau du sculpteur au com pas de l'architecte, élevant sous toutes les formes ces fameuses sommes théologiques, diverses par leurs matériaux, uniques par la pensée, que notre siècle se reprend à lire et à aimer... »

Avant de mourir, Dominique promit d'aider ses enfants : l'histoire a dit les merveilles de cette assistance du père sur sa postérité, mais, nous, qui sommes les fils de ce saint, nous avons un motif spécial de nous laisser aller à la joie que donne à l'âme pieuse le tableau des bienfaits du patronage que le grand Patriarche de l'Ordre Dominicain n'a cessé d'exercer sur ses membres. Sans doute, tous les fondateurs d'Ordres vivent dans leur Institut, mais la présence perpétuelle du maître parmi les disciples, ce legs de ses lèvres mourantes, nous donne, à nous les enfants privilégiés de saint Dominique, une confiance spéciale. Ce sentiment nous accompagnera pendant tout le mois que nous allons consacrer à méditer les vertus et les gloires de sa vie.

 

Pratique : Répandre autour de soi la pratique du mois consacré à saint Dominique, et se préparer à le suivre avec une filiale dévotion, sans y manquer un seul jour.

Invocation : Saint Dominique, chef et père de l'Ordre des Frères Prêcheurs, priez pour nous !

 

Trait historique

Le Chant de Dante

 

Voici l'éloge que faisait de l'Ordre Dominicain, au XVe siècle, un des plus grands poètes chrétiens, le chantre indépendant de la Divine Comédie :

« En cette partie du monde d'où le zéphyr part et vient ouvrir les feuilles nouvelles de l'Europe ; non loin du bruit des flots qui cachent le soleil à tout homme derrière leur immensité ; est assise la Calaroga sous la protection du grand écu, où le Lion domine la Tour, et la Tour le Lion.

Là naquit l'amoureux serviteur de Dieu, le saint champion de la foi chrétienne, doux aux siens et rude aux ennemis. À peine était créée son âme, que, remplie d'une vive vertu, elle fit prophétiser sa mère. Lorsque, au sacré baptême, la foi et lui se fiancèrent ensemble, et promirent de se sauver l'un par l'autre, la marraine qui donnait pour lui le consentement vit en songe le fruit merveilleux qui devait sortir de lui et de ses héritiers. Et, pour que son nom répondit à sa nature, un ange vint le nommer du nom même du Seigneur, auquel il était tout entier. Il fut appelé Dominique : et c'est de lui que je parle comme du jardinier choisi par le Christ pour l'aider dans son jardin.

Bien parut-il qu'il était l'envoyé et l'ami du Christ, puisque son premier amour fut pour le premier conseil que donne le Christ. Souvent sa nourrice le trouva couché par terre, silencieux et éveillé, comme s'il eût dit : « Je suis venu pour cela ». Oh ! vraiment heureux père ! Oh ! vraiment pleine de grâces, sa mère ! comme le dit leur nom même de Félix et de Jeanne.

En peu de temps, non pour le vain amour du monde, mais par amour de la manne véritable, il devint grand docteur, et se mit à travailler la vigne qui blanchit et se dessèche lorsque le vigneron n'est pas digne d'elle. Il ne demanda pas de donner moins au lieu de donner plus, ni le premier bénéfice vacant, ni les dîmes qui appartiennent aux pauvres de Dieu ; mais seulement la liberté de combattre pour l'Evangile contre les erreurs du monde. (Le Paradis, chant XII, trad. du P. Lacordaire).

 

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6 octobre 2020

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

 

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Vingtième jour

2e jour de la seconde neuvaine en l’honneur de Saint Vincent de Paul

7 octobre

 

La Visitation

 

Prélude. - Représentons-nous l'aimable et doux François de Sa les présentant l'humble et charitable Vincent de Paul aux religieuses de la Visitation.

 

Récit. - Vincent, comme nous venons de le voir, n'avait point songé à créer un ordre religieux. Ce n'est pas qu'il ne fût un très habile maître de la vie monastique. On le voit surabondamment à tant de monastères protégés par sa vigilance, et préservés de supérieurs incapables ou peu dignes. Il était le conseiller de la Rochefoucauld, depuis que le pieux cardinal avait accepté de diriger la réformation des cloîtres.

Or, il y avait déjà quelques années que Dieu avait fait éclore le saint Ordre des religieuses de la Visitation et cette nouvelle fleur commençait à répandre une odeur de suavité dans le jardin de l’Église. C'était de saint François de Sales, évêque de Genève, que Dieu s'était servi pour donner la vie et la première culture à cette mystique plante : le doux et saint prélat s'y était appliqué avec tous les soins que sa charité incomparable avait pu lui suggérer. La mère de Chantal avait été envoyée à Paris par son bienheureux père, pour y fonder un monastère de ce saint Ordre ; et elle y travailla avec tant de zèle et de prudence que, malgré toutes les oppositions, contradictions et persécutions qui lui furent faites, les murs de cette Jérusalem et de cette demeure de paix s'élevèrent comme par enchantement.

Lorsqu'il fut question de trouver un père spirituel et une supérieure pour cette religieuse communauté, c'est-à-dire un ange visible qui en fut le gardien pour y conserver le premier es prit que Jésus-Christ lui avait donné, saint François de Sales, qui avait un don tout singulier pour discerner les esprits, et sainte Jeanne de Chantal, qui avait un esprit très éclairé, choisirent notre saint pour lui confier ce qui leur était le plus cher et le plus précieux en ce monde. Dieu bénit ce choix et le gouverne ment de saint Vincent qui dura jusqu'à sa mort, quelques efforts qu'il fit pour se décharger de ce fardeau.

Mais, le nom même de la Visitation devait lui rappeler que cette aimable institution était restée incomplète, que le fondateur avait été empêché de faire tout ce que son cœur lui inspirait pour les nécessités de son siècle, et que sa bonne pensée, arrêtée à la porte de l’Église, attendait toujours un introducteur. François de Sales en effet s'était proposé d'appliquer ses religieuses à la visite des malades, de là le nom de Visitation : mais il y avait renoncé sur les représentations réitérées et encore trop puissantes, de certaines âmes timorées ou routinières, qui ne comprenaient pas une religieuse sans cloître, ni la contemplation dans les œuvres de charité extérieure. Vincent de Paul fut amené insensiblement à exécuter ce que François de Sales n'avait eu que la liberté de concevoir. Il y réussit avec une approbation qui a dignement justifié l'évêque de Genève et l'a couronné lui-même de la gloire la plus connue et la plus durable.

 

Pratique. - Unir la pratique de la vie intérieure à l'accomplissement des devoirs de la vie active.

 

Invocation. - Saint Vincent, modèle de la vie chrétienne, apprenez-nous à unir la vie active à la vie contemplative, comme fit le Sauveur, votre divin exemplaire.

 

L'esprit de Saint Vincent de Paul

 

Un supérieur doit avoir de la complaisance pour les scrupuleux ; il doit supporter leurs faiblesses et les écouter avec une grande patience. Il doit en agir de même avec les esprits difficiles et pointilleux, qu'il faut traiter avec beaucoup de ménagement, leur faiblesse étant plus digne encore de compassion que les maladies corporelles.

La gloire de Dieu et le salut des âmes sont les deux seuls objets qu'un supérieur doit avoir en vue. Il ne peut les procurer plus efficacement que par l'humilité et la douceur.

Le supérieur doit donner tous ses soins à ceux qui sont affligés de peines intérieures ou tourmentés par des tentations, pour les aider et les délivrer ; et s'il trouve en eux quelques oppositions, il doit s'efforcer de les vaincre par des manières douces et humbles.

Le supérieur doit avoir une amitié, une tendresse paternelle pour ses inférieurs ; il doit leur faire un accueil si affectueux, que chacun d'eux connaisse qu'il en est tendrement aimé.

Le supérieur ne doit pas se décourager par les difficultés qu'il rencontre, ni s'inquiéter de ce que son gouvernement ne plaît pas à tous. Oh ! combien n'y a-t-il pas eu de personnes qui n'ont pas approuvé, et combien n'y en a-t-il pas encore aujourd'hui qui n'approuvent pas la conduite de Notre-Seigneur Jésus-Christ lui même !

Rien n'est plus nuisible à une communauté que d'être gouvernée par des supérieurs trop faibles qui cherchent à plaire et à se faire aimer.

 

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4 octobre 2020

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

 

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Dix-huitième jour

8e et dernier jour de l’octave d’action de grâces après la fête de Saint Vincent de Paul

5 octobre

 

Mademoiselle Legras

 

Prélude. - Cette admirable femme est à genoux devant saint Vincent de Paul qui l'exhorte, l'instruit et l'anime de son esprit de charité.

 

Récit. - Cependant, il fallait à ces belles créations des agents réguliers, qu'une pratique constante rendît habiles dans l'art de servir les pauvres, et capables de l'enseigner aux autres, des gardiens spéciaux et permanents qu'aucun autre soin ou devoir légitime ne vint distraire de cette occupation.

Louise de Marillac, veuve de Legras, secrétaire de Marie de Médicis, si connue sous le nom de « Mademoiselle Legras », s'était mise entièrement sous la direction de Vincent de Paul, au mérite duquel son nom est resté glorieusement uni, Comme elle était libre de son temps et de sa fortune, il la chargea de visiter les Confréries de Charité établies dans les campagnes, de raffermir celles qui chancelaient, de dresser les inexpérimentées, d'assurer par des tournées régulières, l'effet de ses bons conseils.

Ce système d'inspection réussit à merveille ; mais, à mesure que l'œuvre s'étendit, de nouvelles mesures parurent indispensables à sa conservation.

Les femmes qui composaient les Confréries de Charité, sur tout dans les villes, et d'abord à Paris, avaient quelquefois plus de bonne volonté que de liberté ; il leur était plus facile de contribuer de leur argent que de leurs personnes. L'opposition de leurs maris, le soin de leurs familles, leurs devoirs domestiques, l'inégalité même des forces et des santés, ne leur permettaient pas de consacrer toujours et également aux malades une part de leur temps. On sentit qu'il faudrait à chaque confrérie une ou plusieurs « servantes des malades », qui n'auraient pas d'autre emploi, seconderaient les associées, et seraient toujours prêtes à les remplacer au besoin.

Vincent de Paul, loin de rejeter cette proposition, la trouva op portune et d'autant plus facile à réaliser qu'il avait souvent rencontré de bonnes filles à qui le mariage ne convenait pas, à qui la vie des cloîtres était peu abordable, « mais qui seraient bien aises de se donner pour l'amour de Dieu au service des pauvres ». Telle fut l'origine des « Filles de la Charité ».

 

Pratique. - S'adonner aux bonnes œuvres, dans la mesure des exigences de la position sociale que l'on occupe.

 

Invocation. - Saint Vincent, inspirateur des âmes charitables, développez l'esprit de charité au sein de notre pauvre société.

 

L'esprit de Saint Vincent de Paul

 

Il ne faut quelquefois qu'un mot charitable pour convertir un cœur endurci ; de même aussi une seule parole dure est capable de désoler une âme et de la pénétrer d'une douleur amère qui peut lui être très nuisible.

La douceur et l'affabilité sont des vertus très puissantes pour gagner les âmes à Dieu.

Il faut être affable, mais jamais flatteur, parce qu'il n'est rien de plus vil ni de plus indigne d'un cœur chrétien, rien de plus détestable aux yeux des personnes solidement pieuses, que la flatterie.

L'affabilité jointe à l'amour est un moyen très efficace pour s'insinuer dans l'esprit des hommes, et pour les engager à embrasser les choses les plus répugnantes à la nature.

Il y a nombre de personnes qui se bornent à avoir un extérieur bien modeste, et de grands sentiments de Dieu dans leur intérieur ; mais, lorsqu'il s'agit de supporter pour Dieu de grandes fatigues, d'instruire les pauvres, de souffrir, de se mortifier, de recevoir avec amour les maladies, d'être en butte à des calomnies ou à d'autres disgrâces, le courage leur manque et tout s'évanouit.

La modestie extérieure et le bon exemple sont une prédication muette, mais très efficace ; ces vertus sont comme le caractère qui distingue essentiellement les vrais serviteurs de Dieu des hommes esclaves de leurs sens ; et, comme elles prennent leur source dans une grâce intérieure, elles opèrent nécessairement des effets merveilleux sur ceux qui en sont les témoins.

 

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1 octobre 2020

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

 

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Quinzième jour

5e jour de l’octave d’action de grâces après la fête de Saint Vincent de Paul

2 octobre

 

Aumônier général des galères

 

Prélude. - Contemplons Saint Vincent de Paul au milieu des pauvres galériens, qui l'entourent de leur vénération et l'écoutent avec respect.

 

Récit. - Gondi, général des galères, voyant avec quelle bénédiction et avec quel fruit notre saint travaillait à procurer le salut des âmes sur toutes ses terres, voulut lui fournir une occasion d'étendre plus loin sa charité : il le fit nommer aumônier général des galères.

Vincent, étant venu à Marseille, y vit le spectacle le plus pitoyable qu'on puisse imaginer des criminels, doublement misérables, plus chargés du poids insupportable de leurs péchés que de la pesanteur de leurs chaînes ; accablés de misères et de peines qui leur ôtaient le soin et la pensée de leur salut, et les portaient incessamment au blasphème et au désespoir. C'était une vraie image de l'enfer, où l'on n'entendait parler de Dieu que pour le renier et le déshonorer : la mauvaise disposition de ces galériens rendait toutes leurs souffrances inutiles et sans fruit.

Étant donc touché d'un sentiment de compassion envers ces pauvres forçats, il se mit en devoir de les consoler et assister le mieux qu'il lui fut possible : et surtout il employa tout ce que la charité put lui suggérer pour adoucir leurs esprits, et les rendre par ce moyen susceptibles du bien qu'il désirait procurer à leurs âmes. Pour cet effet, il écoutait leurs plaintes avec une grande patience, compatissait à leurs peines, les embrassait, baisait leurs chaînes, et il obtint de l'administration qu'ils fussent traités plus humainement, s'insinuant ainsi dans leurs cœurs pour les gagner plus facilement à Dieu.

Les malheureux galériens de Paris étaient dans un état encore plus déplorable que ceux de Marseille, entièrement négligés pour le corps et pour l'âme. Saint Vincent loua une maison exprès pour y retirer ces pauvres forçats. Là, il leur rendit toutes sortes de bons offices, il les visitait fort souvent, les instruisait, les consolait, les disposait à faire de bonnes confessions générales, leur administrait les sacrements, et non content du soin qu'il prenait de leurs âmes, il pourvoyait encore au soulagement de leurs corps, et quelquefois il se retirait avec eux, et il y demeurait pour leur rendre plus de services et leur donner plus de consolation, ce qu'il a fait même en temps d'épidémie et de maladie contagieuse, l'amour qu'il portait à ces pauvres affligés le faisant s'oublier lui-même et sa propre conservation, pour se donner entièrement à eux. Quand il était obligé de s'absenter pour d'autres affaires, il en laissait le soin à deux bons et vertueux ecclésiastiques.

 

Pratique. - Se prêter aux œuvres qui ont pour but le soulagement et l'évangélisation des pauvres prisonniers.

 

Invocation. - Saint Vincent, qui n'avez laissé aucune misère sans vous porter à la soulager, priez pour les malheureux endurcis dans le péché.

 

L'esprit de Saint Vincent de Paul

 

Lorsque nous recevons avec une entière et parfaite résignation les afflictions que Dieu nous envoie, elles deviennent pour nous des faveurs et des bienfaits, puisque la conformité à la volonté de Dieu est un gain bien supérieur à tous les avantages temporels.

Les calomnies et les persécutions sont des faveurs que Dieu accorde à ceux qui le servent fidèlement : elles sont des moyens dont la Sagesse divine se sert pour sanctifier davantage les âmes, et pour les détacher de tout ce qui les empêche de s'unir à lui parfaitement.

Il y a des contradictions par tout : il suffit que deux hommes se trouvent ensemble pour qu'ils se donnent mutuellement des occasions d'exercer la patience ; et, quand même quelqu'un serait seul, il aurait encore besoin de cette vertu, tant il est vrai que notre misérable vie est pleine de croix !

Notre-Seigneur a, en quelque sorte, ennobli et sanctifié les misères humaines, en s'assujettissant à toutes, excepté l'ignorance et le péché. Il nous a appris par là à ne pas mépriser ceux qui en sont les plus accablés, et à ne pas refuser de les soulager.

Les afflictions sont le gage le plus certain que Dieu puisse nous donner de l'amour qu'il a pour nous.

Plus l'amour de Dieu s'accroît dans une âme, et plus l'amour des souffrances et des humiliations s'accroît en elle.

La marque que Dieu a de grands desseins sur une âme, c'est lorsqu'il lui envoie désolations sur désolations et peines sur peines.

 

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30 septembre 2020

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

 

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Quatorzième jour

4e jour de l’octave d’action de grâces après la fête de Saint Vincent de Paul

1er octobre

 

Les confréries de Charité

 

Prélude. - Le saint réunit quelques femmes de Châtillon-les-Dombes et leur proposa son dessein.

 

Récit. - La compassion pour les souffrances lui était venue en même temps que le zèle des âmes et du même mouvement, c'est-à-dire de la vue et du sentiment des misères publiques.

Elle lui inspira d'abord les Confréries de charité.

Ces confréries admettaient dans leur sein toutes les femmes, de bonne volonté et de tout rang, qui avaient dessein de servir les pauvres. Elles tiraient leurs ressources de quêtes faites en leur nom dans les paroisses, de dons en argent ou en nature, tels que blé, linge, meubles et ustensiles de ménage, offerts par les associées ou par leurs amies. Une trésorière avait la garde de l'argent, une garde-meuble celle du linge et autres objets qui devaient être à la disposition des malades ; un procureur tenait le contrôle des quêtes et des dons, le catalogue des membres de la confrérie, la liste des pauvres assistés. Les associées visitaient les malades, leur portaient la nourriture sou vent apprêtée par elles ou chez elles, faisaient leurs lits, leur administraient les remèdes, et ne reculaient devant aucun soin vulgaire.

Ainsi, les malades trouvaient dans « leur pauvre chambre » toute la vigilance, tous les services, qu'aurait pu leur offrir l'hôpital le mieux administré, et, ce qui valait bien plus encore, ils n'étaient pas à l'hôpital, mais dans leur domicile et dans leur famille. On leur apportait tous les remèdes corporels et spirituels, « sans séparer le mari d'avec la femme, ni la mère d'avec les enfants ».

Le succès ayant justifié l'entre prise, Vincent de Paul la renouvela dans plus de trente paroisses qui relevaient de la maison de Gondi. Les prêtres de la mission, dès leur commencement, travaillèrent, partout où ils prêchaient, à produire des confréries de Charité, comme un des meilleurs fruits de leur parole Le fondateur n'avait aspiré qu'à les former dans les campagnes, où les hôpitaux manquaient, où les aumônes étaient moins abondantes. Mais, les villes ne restèrent pas en arrière.

 

Pratique. - S'agréger, dans la mesure du possible à quelqu'une de ces œuvres de charité qui s'occupent du soin et de l'assistance des pauvres.

 

Invocation. - Saint Vincent de Paul, organisateur de la Charité, protégez ceux qui s'occupent de l'assistance des malheureux.

 

L'esprit de Saint Vincent de Paul

 

Notre divin Rédempteur nous disant : « Vous serez heureux quand les hommes vous persécuteront et diront de vous toute sorte de mal », c'est un bonheur bien grand d'être traité comme l'a été Jésus-Christ, notre Sauveur.

Les calomnies sont pour nous un motif de remercier Dieu et de nous réjouir quand nous n'avons pas donné occasion à ce que l'on dit contre nous. Nous sommes heureux, si Dieu nous fait la grâce de souffrir pour la justice, d’aimer le mépris et la confusion et de rendre le bien pour le mal.

Oh ! Qu'il est malheureux d'être sans croix ! Quand nous ne souffrons rien, nous ne sommes pas conformes à Jésus-Christ ; et c'est pourtant cette conformité qui est la véritable marque de notre prédestination.

Il n'y a aucun état dans le monde qui n'ait ses amertumes et ses dégoûts, et qui, par conséquent, ne nous inspire le désir d'embrasser un autre genre de vie.

Si nous pouvions voir les tribulations avec des yeux vraiment chrétiens, et si notre esprit était débarrassé de certaines maximes du monde, qui s'opposent, ainsi que de sombres nuages, aux rayons de la foi ; et qui ne laissent pas pénétrer cette lumière céleste jusqu'au fond de nos âmes nous nous estimerions très heureux d'être calomniés, d'être regardés non-seulement comme des hommes oisifs et inutiles, mais encore comme des méchants et des vicieux.

Dieu, pour procurer sa gloire, permet quelquefois que nous soyons diffamés et persécutés sans raison : Il veut en cela nous rendre semblables à son Fils, qui fut calomnié et traité de séducteur, d'ambitieux et de possédé.

Une âme toujours en repos peut être comparée à une mare d'eau sans mouvement, qui se corrompt et répand une odeur fétide ; une âme, qui est exercée par la tentation, est semblable à une eau courante, toujours claire et toujours agréable.

 

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27 septembre 2020

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

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Onzième jour

1er jour de l’octave d’action de grâces après la fête de Saint Vincent de Paul

28 septembre

 

Les exercices des Ordinands

 

Prélude. - Représentons-nous saint Vincent de Paul préparant les jeunes ecclésiastiques à la réception des saints Ordres.

 

Récit. - Un jour qu'il s'entre tenait avec Augustin Potier, évêque de Beauvais, des mesures à prendre contre des dérèglements qui n'étaient que trop communs et trop visibles, Vincent avait conclu qu'il fallait s'attacher à former de bons prêtres pour l'avenir. L'évêque, après une longue réflexion, s'arrêta au projet de faire venir chez lui les aspirants aux ordres sacrés, de les interroger, examiner, instruire, pendant quelques jours, pour ne conserver que ceux qui lui parai traient avoir la science et les dispositions requises. Il sollicita en même temps Vincent de venir, à Beauvais, diriger ces exercices. L'essai, heureux et remarqué, fut bien vite imité. L'archevêque de Paris signifia que dorénavant les Ordinands de son diocèse seraient soumis à une épreuve semblable et il désigna les prêtres de la Congrégation de la Mission pour y procéder. L'autorité pontificale se joignit pour cet effet à celle de l'Ordinaire. Urbain VIII, par la même bulle qui établissait les Prêtres de la Mission pour le service des campagnes, leur confia spécialement le soin de diriger les exercices spirituels qui devaient précéder pendant quinze jours les ordinations.

Vincent de Paul fut par là constitué le préparateur aux ordres ecclésiastiques et le maître du clergé. En remettant sous les yeux des Ordinands, en leur expliquant toute la théologie morale, toutes les vertus, toutes les fonctions de la vie ecclésiastique, il animait à la persévérance les cœurs déjà sincèrement préparés, il corrigeait ou il éloignait ceux qui n'avaient pas les dispositions nécessaires.

Les fruits de vertus qui sortirent de là furent si complets, si frappants, que l'émulation gagna, de proche en proche, les autres diocèses. Un grand nombre d'évêques établirent chez eux les exercices des Ordinands, et de mandèrent, pour les diriger, des prêtres de la Congrégation de Vincent de Paul, Telle fut, par moments, la multiplicité des demandes, que les ouvriers manquèrent au travail. Jusqu'à l'établissement régulier des séminaires, ces exercices furent la meilleure préparation au sacerdoce.

Saint Vincent s'acquitta toujours de cette charge avec d'autant plus d'empressement qu'il ne s'y était pas porté de lui même.

 

Pratique. - À l'approche des Ordinations, prier pour ceux qui prêchent et pour ceux qui suivent les Exercices des Ordinands.

 

Invocation. - Saint Vincent, modèle du clergé, protégez le clergé français.

 

L'esprit de Saint Vincent de Paul

 

Les œuvres de Dieu n'ont ordinairement que des progrès peu sensibles. Lorsque Dieu nous appelle à travailler à ses œuvres, nous ne devons faire usage que de moyens suggérés par l'esprit de Jésus-Christ, et conformes aux maximes de l'Evangile, et non aux fausses maximes du monde.

La retraite et le silence sont absolument nécessaires à ceux qui font profession de travailler au salut des âmes.

Le salut des chrétiens dépend de la bonté et du zèle des prêtres. Un bon prêtre est un grand trésor.

Celui qui prêche pour se faire applaudir, louer, estimer, faire parler de soi, que fait-il autre chose qu'un sacrilège ? Eh, quoi ! N'est-ce pas un sacrilège que de se servir de la parole de Dieu pour acquérir de l'honneur et de la réputation !

Il arrive souvent que ceux qui travaillent à sauver les autres se perdent eux-mêmes : tel qui pratique le bien lorsqu'il ne s'occupe que de son salut, se néglige et s'oublie quand il est occupé au salut des autres. Saül fut digne d'être roi tant qu'il vécut dans la maison paternelle ; mais, placé sur le trône, il perdit misérablement la grâce de Dieu.

Comme c'est le propre du feu d'éclairer et d'échauffer, c'est le propre de la charité de communiquer ses lumières et son ardeur.

Celui qui travaille au salut du prochain avec plaisir et uniquement pour la gloire de Dieu, et qui se conforme en cela aux exemples de Jésus-Christ, celui-là peut être assuré que Dieu coordonnera ses travaux des plus heureux succès.

 

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23 septembre 2020

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

 

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Septième jour

7e jour de la neuvaine préparatoire à la fête de Saint Vincent de Paul

24 septembre

 

Précepteur

 

Prélude. - Suivons l'humble prêtre dans la maison de Gondi, où il se soustrait au luxe tumultueux, toutes les fois qu'on ne fait pas appel à ses services.

 

Récit. - Il n'y avait guère qu'un an que notre saint était à Clichy, lorsque Bérulle l'arracha à ses chers paysans. Ce fut un vrai déchirement pour son cœur.

« Je m'éloignai tristement de ma petite église de Clichy, écrivait-il à un de ses amis; mes yeux étaient baignés de larmes, et je bénis ces hommes et ces femmes qui venaient vers moi et que j'avais tant aimés. Mes pauvres y étaient aussi, et ceux-là me fendaient le cœur. J'arrivai à Paris avec mon petit mobilier, et je me rendis chez M. de Bérulle ».

De là, l'humble curé allait être jeté dans le grand monde. A la voix de M. de Bérulle, il accepta la charge de précepteur des enfants d'Emmanuel de Gondi, général des galères de France.

Nous ne pouvons mieux exposer dans quel esprit il agissait, de quelle façon il se comportait dans cette illustre famille, qu'en citant ce qu'il en a dit, à savoir, « qu'il connaissait une personne qui avait beaucoup profité pour elle et pour les autres dans la maison d'un seigneur, ayant toujours regardé et honoré Jésus-Christ en la personne de ce seigneur, et la sainte Vierge, en la personne de la dame ; que cette considération l'ayant toujours retenue dans une modestie et circonspection en toutes ses actions et ses paroles, lui avait acquis l'affection de ce seigneur, de cette dame, de tous les domestiques; et donné moyen de faire un notable fruit dans cette famille ».

Madame de Gondi ressentait une joie ineffable d'avoir en sa maison un ange tutélaire, qui attirait tous les jours de nouvelles races sur elle et sur les siens. Elle le choisit pour son directeur et ils s'appliquaient ensemble à toute sorte de bonnes œuvres : aumônes, visites des malades, protection des faibles, consolation des affligés, catéchisme des pauvres et instruction des gens de la campagne.

 

Pratique. - Faire en tout et partout ce qu'on sent être le plus agréable à Dieu.

 

Invocation. - Saint Vincent, qui vous êtes toujours appliqué à remplir pour le mieux tous les emplois divers où la Providence vous a mis, obtenez-nous de vous imiter en cette importante pratique de la véritable vertu.

 

L'esprit de Saint Vincent de Paul

 

Un seul acte de résignation à la volonté divine en tout ce qu'elle ordonne de contraire à nos désirs vaut plus que cent mille succès conformes à notre volonté et à nos goûts.

Un remède très puissant et très efficace pour tous les maux ; un moyen pour se corriger de toute imperfection, pour triompher de toutes les tentations,pour conserver dans son cœur une paix inaltérable, c'est la conformité à la volonté de Dieu.

La pensée de la présence de Dieu nous rend familière la pratique de faire en tout sa sainte volonté.

Dieu communique une force et une énergie toutes particulières aux paroles de ceux qui font sa volonté. Il répand des bénédictions spéciales sur les œuvres qu'ils entreprennent pour lui ; il accompagne de sa grâce leurs saintes entreprises : aussi toutes leurs actions édifient-elles beaucoup ceux qui en sont les témoins.

Celui qui sera très soumis à la volonté divine, surmontera toutes les difficultés qu'il rencontrera dans le service de Dieu : le Seigneur accomplira tous les des seins qu'il a sur lui.

Notre perfection consiste à unir tellement notre volonté à celle de Dieu, que nous ne voulions que ce qu'il veut. Celui qui conformera le plus sa volonté à celle de Dieu sera le chrétien le plus parfait.

Celui qui cherche à se soumettre à Dieu en toutes choses, est sûr que tout ce que les hommes pourront faire ou dire contre lui tournera toujours à son avantage.

 

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6 mai 2020

Le Mois de Marie Historique de Notre Dame du Puy

Le Mois de Marie Historique de Notre Dame du Puy

 

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Septième jour

Comment le prince Sarrasin Mirat, assiégé par Charlemagne dans la forteresse de Mirambelle, devenue aujourd'hui le château-fort de Lourdes, ne consentit à se rendre à personne qu'à Notre Dame du Puy.

 

Charlemagne était occupé à réduire, dans les Pyrénées, la petite province de Bigorre, où un chef sarrasin, appelé Mirat, s'était fait une sorte de souveraineté indépendante. Ce Mirat était un guerrier au courage intrépide, au caractère chevaleresque, à la volonté de fer. Après avoir vu, malgré sa vaillance, toutes les autres places de sa principauté tomber au pouvoir de l'empereur, il s'était héroïquement renfermé, avec une poignée de troupes, dans la forteresse de Mirambelle, la seule place qui lui restât, et là, après avoir juré de ne se rendre à aucun homme, il avait entrepris une défense désespérée contre l'empereur.

Cette forteresse de Mirambelle, qui existe encore, et dont la position et la structure rappellent assez notre château de Polignac, avait été construite du temps de César. Assise sur un roc escarpé, elle défiait toute surprise et tout assaut. Restée sous la domination des infidèles depuis leur première invasion en France, elle avait été fortifiée avec beaucoup de soins, et elle était imprenable autrement que par la famine. C'est ce qu'éprouvèrent, cinq à six siècles plus tard, le duc d'Anjou et Du Guesclin, qui tentèrent vainement de s'en emparer de vive force.

Vainement aussi, depuis plusieurs mois, Charlemagne en faisait-il le siège. L'empereur, malgré sa puissance, se voyait bel et bien tenu en échec devant cette place avec toute son armée. Espérant amener les assiégés à se rendre, en leur faisant voir que leur perte n'était qu'une affaire de temps, Charlemagne fit cerner étroitement la place de tous côtés : les assiégés n'en continuèrent pas moins à résister. L'empereur offrit alors au prince Sarrasin de capituler à d'honorables conditions : inutile ; aux promesses comme aux menaces, l'obstiné Mirat répondait invariablement qu'il avait juré de ne se rendre à aucun homme, et qu'il tiendrait son serment jusqu'à la mort.

Lassé de ces lenteurs, Charlemagne songea enfin à marcher en avant, après avoir laissé devant Mirambelle, une division suffisamment forte pour en continuer le siège, quand un événement imprévu vint tout à coup changer la face des affaires. L'évêque du Puy, Rorice, devenu l'ami de l'empereur, depuis ses pèlerinages à Notre Dame du Puy, l'accompagnait à cette expédition. Se souvenant de la toute puissance de la Reine de nos montagnes, il eut la pensée de la faire intervenir en cette circonstance. Il la supplia donc d'applanir par quelque miracle les difficultés présentes, et d'illustrer ainsi son nom jusqu'aux extrémités de la France, en réduisant et convertissant elle-même l'héroïque Mirat et son petit peuple Sarrasin. L'intervention de Notre-Dame du Puy ne fut pas invoquée en vain. Voici qu'un aigle, en effet, ayant enlevé dans ses serres un énorme poisson, rencontré sans doute à la surface d'un lac qui avoisinait la forteresse, s'en vint le déposer, tout vivant et sans la moindre égratignure, sur l'endroit le plus élevé du rocher qui sert de base au château-fort. Cet endroit s'appelle encore aujourd'hui la pierre de l'aigle. Qu'on juge de l'étonnement de Mirat ! Toutefois, voyant bientôt le parti qu'il pouvait tirer d'un pareil événement, il expédie le poisson à l'empereur, pour lui faire comprendre que la famine est loin de ceux qui possèdent de pareilles pièces dans leur vivier. Charlemagne demeure stupéfait devant l'étrangeté de ce message, mais l'évêque du Puy lui dit alors : « Sire, ayez confiance ! La Mère de Dieu, Notre Dame du Mont Anis, commence à se mêler de nos affaires d'une manière admirable ». — « Je désire de tout mon coeur qu'il en soit ainsi, répondit le religieux empereur ». Sur ce, l'évêque lui demande et obtient la permission d'aller trouver le Sarrasin. Lorsqu'il fut en présence de Mirat : « Prince, lui-dit-il, vous avez juré de ne vous rendre à aucun homme, soit ! mais rendez-vous donc alors à une Dame, à une Dame très puissante qui vous chérit grandement. Rendez-vous à la Mère de Dieu, à Celle qui règne sur le Mont Anis, et dont l'empereur et moi nous nous glorifions d'être les humbles sujets. Croyez-moi, Prince, le traité que je vous offre vaut mieux qu'une victoire, on en parlera encore quand vos beaux faits d'armes seront oubliés. Allons ! Faites-vous le chevalier de cette Dame, elle vous attend ! »

Ce langage toucha et adoucit subitement le coeur du farouche et inflexible Mirat. Lui, qui jusqu'alors aurait préféré mille fois mourir plutôt que de se rendre, il se sentit fléchir sous l'action de la grâce. « Evêque, répondit-il, je ne me serais jamais rendu à l'armée formidable qui m'entoure, eh bien ! Je me rends à la grande Dame, Mère de Jésus, qui a daigné vous envoyer ici. Elle m'aime, avez-vous dit ; moi aussi je l'aime déjà. En son honneur, je me ferai chrétien et je serai son fidèle chevalier. Oui, je veux tenir et je veux que mes descendants tiennent à jamais, en foi et hommage, de la Dame sainte Marie du Mont Anis, ma seigneurie de Bigorre, exemple de toute autre suzeraineté ».

On devine la joie de l'Evêque en entendant une déclaration si franche et si généreuse. L'entrevue se passait dans une sorte de préau. En habile et dévoué mandataire, l'Evêque du Puy arrache une poignée d'herbes, et les présentant au prince : « Mirat, lui dit-il, tout suzerain doit un hommage à sa suzeraine : voulez-vous me donner ces herbes comme signe de la prise de possession du fief que Marie vient d'acquérir ici ? » — « Oui bien, réplique Mirat, j'y consens et de bon coeur. Mais avant la conclusion, définitive, il importe de savoir ce qu'en pensera l'empereur ». De retour auprès de lui, l'Evêque lui raconte le résultat merveilleux de sa négociation. A ce récit, Charlemagne de s'écrier : « J'approuve, je maintiens, je sanctionne tout ce que vous avez stipulé pour la gloire de Notre-Dame du Mont-Anis ». Dans une seconde visite, l'Evêque reçut Mirat à titre de vassal, au nom de la sainte Vierge, avec toutes les formalités prescrites par l'usage et Charlemagne leva le siège immédiatement.

Peu de jours après, Mirat, accompagné de l'élite de ses braves, faisait le voyage du Velay, et venait ratifier la convention dans l'église angélique. Il était curieux de voir pendiller, au bout des lances des guerriers Sarrazins, de petits faix d'herbe religieusement cueillie dans une prairie du nouveau fief. Quand ils eurent fléchi le genou devant la vénérable statue, chacun d'eux fit une jonchée à Marie, avec les petits faix d'herbe qu'ils avaient apportés. Le saint Evêque était là, il avait quitté l'empereur pour venir assister au triomphe de Notre Dame, triomphe qui récompensait si magnifiquement son zèle, et dont ses diocésains, transportés d'admiration, ne pouvaient assez le féliciter. Les Sarrasins reçurent le baptême avec les plus belles dispositions. Le nom de Mirat, qui signifiait « invincible ou indomptable » fut changé en celui de Lorrus, qui veut dire éclairé ou celui qui a ouvert les yeux à la lumière ».

L'hommage des faix d'herbe, suspendus au bout d'une lance, fut rendu à Notre Dame du Puy par les successeurs de Mirat jusqu'à l'année 1118, où Centulle, comte de Bigorre, remplaça les faix d'herbe par 65 sous de Béarn, payables tous les ans, par lui et les siens, pour l'advenir, à Notre Dame du Puy. En 1266 le roi de Navarre déclara, par un traité avec l'Evêque du Puy, tenir en fiel le château de Mirambelle et le comté de Bigorre. A chaque mutation de fief, la bannière de Notre Dame du Puy devait être hissée sur la tour du château pendant un jour et une nuit. Il en fut ainsi jusqu'au commencement du quatorzième siècle (1307), où Jean de Cumènes, évêque du Puy, céda son droit de suzeraineté sur le comté de Bigorre au roi Philippe-le-Bel, moyennant une rente de 300 livres tournois, à prendre sur le péage du Breuil au diocèse de Clermont. Quant au château-fort de Mirambelle, il existe toujours, avons-nous dit ; mais, depuis l'époque de Charlemagne, il s'appelle d'un autre nom, célèbre aujourd'hui dans le monde entier. Au pied de ce château-fort s'élève une petite ville à qui on a donné le même nom que le château. Les armoiries de cette ville rendent encore témoignage du fait merveilleux de l'aigle et du poisson, dont il est question dans ce chapitre. Elle porte de gueules à trois tours d'or, maçonnées de sable, sur roc d'argent ; la tour du milieu, plus haute que les deux autres, est surmontée d'un aigle de sable éployé, membré d'or, tenant au bec une truite d'argent. Or, la ville et le château dont nous parlons portent aujourd'hui le nom de Lourdes, en souvenir peut-être du nom de Lorus donné au prince Mirat, lors de son baptême au Puy. Admirable coïncidence, qui, mille ans d'avance, fait intervenir miraculeusement Notre Dame du Puy, au lieu même de la célèbre apparition de Notre Dame de Lourdes !

 

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Prière

 

Notre-Dame du Puy, priez pour nous ! Ô Reine du Mont-Anis, quelle admirable histoire est la vôtre ! et quel autre de vos pèlerinages pourrait montrer dans ses annales un tel assemblage de titres honorifiques et de faits merveilleux ? Rien n'est plus doux pour notre coeur que de publier votre gloire, et c'est avec une sainte et légitime fierté que nous exhumons aujourd'hui du passé vos vieilles illustrations et vos antiques splendeurs. O Marie, votre gloire rejaillit sur vos enfants ; mais elle leur impose de grands devoirs : Ces devoirs, nous saurons désormais les accomplir. Oui, désormais, avec la grâce de Dieu, nous nous montrerons dignes de l'illustration que vous avez répandue sur notre pays. Vous nous avez comblés de grâces et d'honneurs : à nous, maintenant, de nous montrer reconnaissants envers vous et de vous faire honneur à notre tour ! Nous vous aimerons donc de tout notre coeur, sainte Patronne du Velay ! nous aurons pour vous la même affection et la même dévotion que vous témoignaient nos aïeux. Nous nous efforcerons surtout de vous honorer par notre sainteté de vie. Loin de nous désormais le péché et toute attache au péché ! Loin de nous tout ce qui pourrait nous rendre indignes de la prédilection que vous avez daigné nous témoigner ! Ô Marie, nous promettons d'être toujours vos sujets fidèles et vos enfants dévoués. Ne désertez pas nos chères montagnes ! Continuez, comme autrefois, à répandre sur nous vos grâces et vos faveurs, En retour, ô reine du Mont Anis, nous publierons partout vos bienfaits et votre gloire, nous proclamerons hautement vos excellences et vos grandeurs ; et, par notre ferveur et notre dévotion, nous contribuerons, de tout notre pouvoir, à rendre à votre pèlerinage son ancienne splendeur. Ainsi soit-il !

 

Notre-Dame du Puy, priez pour nous !

 

Salve Regina

 

Salut, ô Reine, Mère de miséricorde, notre vie, notre joie, notre espérance, salut !

Enfants d’Eve, de cette terre d’exil, nous crions vers vous. Vers vous nous soupirons vers vous, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes !

Ô vous notre avocate, tournez vers nous votre regard miséricordieux,

et au sortir de cet après l'exil , obtenez-nous de contempler Jésus, le fruit béni de votre sein !

O clémente, ô pieuse, ô douce Vierge Marie !

 

V. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu.

R. Afin que nous devenions dignes des promesses de Jésus-Christ.

 

Oraison

 

Dieu tout puissant et éternel, qui, par la coopération du Saint Esprit, avez préparé le corps et l'âme de la glorieuse Vierge Marie pour en faire une demeure digne de votre fils, accordez-nous d'être délivrés des maux présents et de la mort éternelle par l'intercession de Celle dont nous célébrons la mémoire avec joie, nous vous en supplions par le même Jésus-Christ Notre-Seigneur. Ainsi soit-il.

 

 

Salve, Regina, Mater misericordiae, vita, dulcedo et spes nostra, salve !

Ad te clamamus, exules, filii Evae ; ad te suspiramus, gementes et flentes in hac lacrymarum valle.

Eia ergo, advocata, nostra, illos tuos misericordes occulos ad nos converte.

Et Jesum benedictum fructum ventris tui, nobis, post hoc exilium, ostende.

O clemens, o Pia, O dulcis Virgo Maria !

 

V. Ora pro nobis sancta Dei genitrix.

R. Ut digni efficiamur promissionibus Christi.

 

Oremus

 

Omnipotens sempiterne Deus, qui gloriosae Virginis Matris Mariae corpus et animam, ut dignum filii tui habitaculum, effici mereretur, Spiritu sancto cooperante, praeparasti: da ut cujus commemorationo laetamur, ejus pia intercessione, ab instantibus malis, et a morte perpetua liberemur. Per enmdem Christum Dominum nostrum.

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5 mai 2020

Le Mois de Marie Historique de Notre Dame du Puy

Le Mois de Marie Historique de Notre Dame du Puy

 

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Sixième jour

Notre Dame du Puy et l'empereur Charlemagne

 

Charlemagne fut le premier à tracer à ses successeurs le chemin du Mont Anis, et à venir incliner, devant la glorieuse Vierge, un front si souvent couronné par la victoire. Le huitième siècle, en effet, n'était pas terminé, lorsque Charles, encore simple roi de France, vint en pèlerinage à Notre Dame du Puy. Il fut reçu avec la plus grande magnificence par l'évêque Rorice II, qui appartenait, par sa naissance, à l'une des plus puissantes familles du royaume. Le religieux empereur revint une seconde fois au Puy, lorsqu'il eut reçu à Rome, des mains du Pape, la couronne impériale. L'histoire ne nous a conservé aucun détail sur ce dernier pèlerinage, ni sur les riches dons que le pieux monarque se plut sans doute à offrir à la sainte Vierge. Lacune regrettable, dont nos chroniques offrent malheureusement trop d'exemples, et que nous aurons plus d'une fois l'occasion de déplorer dans le cours de cet ouvrage. Quoi qu'il en soit, on voyait autrefois dans notre Cathédrale, près des reliques, un tableau commémoratif de la dernière visite de l'empereur, entouré des rois, ses enfants, et d'une suite nombreuse de princes et de princesses. Ce tableau était connu sous le nom de tableau des neuf preux.

Les deux pèlerinages qu'il fit à notre sanctuaire, laissèrent une impression profonde dans l'âme de Charlemagne. Il prit même notre église en si grande estime, que, voulant établir un siège épiscopal à Girone, ville d'Espagne, qu'il venait de conquérir sur les Sarrasins, il choisit le premier évêque de cette ville, parmi les chanoines du Puy, et lui adjoignit plusieurs choriers du même chapitre, pour composer le chapitre nouvellement institué. Le litre d'érection porte que l'empereur entendait que ces deux cathédrales fussent, à perpétuité, unies de coeur et associées ensemble. C'est là l'origine de la touchante fraternité qui a régné, pendant tant de siècles, entre les deux églises. Depuis cette époque, en effet, les églises vellave et catalane contractèrent une étroite alliance qui subsista fidèlement jusqu'à la grande Révolution française. Entre Girone et le Puy, il y eut, dès lors, comme une sainte Hermandad ou fraternité religieuse.

Pour en revenir à Charlemagne, outre la grande vénération que cet empereur eut toute sa vie pour le sanctuaire du Mont Anis, il conçut aussi,à la suite des visites qu'il y fit, une amitié profonde pour Rorice, évêque du Puy et comte du Velay. Il voulut même qu'il l'accompagnât dans une de ses expéditions, afin d'être mieux à portée de son affection et de ses conseils.

Pour assurer le service du sanctuaire du Mont Anis et pourvoir à la majesté et à la splendeur du culte, Charlemagne ajouta aux soixante chanoines qui composaient déjà le chapitre de Notre Dame, dix autres chanoines inférieurs dont la principale fonction était de se rendre ponctuellement au choeur et d'en soutenir la psalmodie. Il y eut ainsi, autour de l'autel de Marie, tout un sénat vénérable, occupé à chanter les louanges de la Mère de Dieu et à desservir son auguste sanctuaire. L'institution de ces dix chanoines, par Charlemagne, donna naissance à la fameuse Université de Saint Mayol, où l'on apprenait à de jeunes clercs les sept arts libéraux, et dont la renommée s'étendit bientôt dans toute la France. Rien n'est beau à lire comme la Charte par laquelle le grand empereur créa ces dix canonicats dans notre basilique du Mont Anis. Qu'on nous permette d'en donner lecture ici ; aussi bien y verra-ton quels sentiments Charlemagne professait pour Notre-Dame du Puy, et comment il affirmait hautement l'apostolicité de l'Eglise du Puy :

« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, est-il dit dans le diplôme d'institution dont on a la copie, Charles, empereur couronné de Dieu, par la miséricorde divine, roi des Français, à tous les fidèles présents et à venir, faisons savoir que nous avons visité dernièrement la basilique ou très sainte et angélique Eglise de la bienheureuse Marie, de la ville d'Anicium, autrement dite du Puy-Sainte-Marie, fondée et construite par Vosy, premier évêque du Puy. Cette Eglise a reçu la foi catholique dès les premiers temps du christianisme, et conserve, depuis les siècles apostoliques jusques à nos jours, sans tâche et sans aucun mélange d'hérésie, cette foi que lui apporta Georges, envoyé par les Apôtres dans les régions avoisinant la Loire, préférablement à tant d'autres contrées de la Gaule.

« Dans cette basilique à jamais vénérable par sa consécration, on rend un culte très grand aux reliques de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de plusieurs saints. Nous avons fait un pèlerinage à ce sanctuaire pour y vénérer ces reliques. Afin d'obtenir la miséricorde de Dieu et de Notre Seigneur Jésus-Christ, nous sommes venus, pieds nus, nous prosterner, le corps et la face contre terre, dans ce temple de la bienheureuse Vierge Marie, adressant de nombreuses prières au Roi des rois, qui donne et enlève, à son gré, tous les royaumes du monde à qui il veut et comme il veut, sans considération des mérites personnels, afin qu'il voulût bien nous conserver la vie, l'empire et le royaume de France, et surtout afin que les peuples qui nous sont confiés, égalant en nombre les sables de la mer qu'on ne peut compter, restent dans la foi catholique et romaine qui fait seule notre espérance, lui demandant tout cela par l'intercession de la très bonne et très miséricordieuse Marie, sa Mère.

« En outre, pour l'accroissement du culte et du service divin, dans une si sainte basilique où les fidèles de toutes les parties du monde viennent implorer le secours de Dieu et sa miséricorde par l'intercession de la très clémente Marie, Mère de notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ, en vertu de l'autorité royale et impériale que nous tenons de Dieu, nous voulons créer et créons, maintenant et pour toujours, dix chanoines pauvres dans la communauté et l'église du Puy, choisis parmi les clercs qui servent déjà dans cette Eglise. Ils seront dans le choeur avec les autres chanoines de la même communauté et de la môme Eglise, priant pour nous et pour nos enfants, pour l'augmentation et la dilatation de toute l'Eglise apostolique et romaine, et chantant dans cette Eglise les louanges de Dieu avec ces mômes chanoines. Et pour que cette création, de dix chanoines pauvres, dans les dites église et communauté, soit ferme et stable devant Dieu et persévère longtemps dans l'avenir, nous avons statué et ordonné qu'elle serait signée de notre main, et scellée de notre anneau. Signé : Charles, empereur ».

Un tel langage se passe de commentaires. Outre cette institution de dix chanoines, Charlemagne établit encore au Puy une oeuvre dont l'institution restera l'un des plus beaux titres de gloire de notre sanctuaire : nous voulons parler de l'OEuvre du denier de Saint-Pierre.

Après avoir été sacré empereur par le Pape Léon III, Charlemagne, voulant témoigner sa reconnaissance et sa dévotion envers le Saint Siège, recommanda instamment les besoins de l'Eglise romaine à la générosité de tous ses sujets. Il autorisa à cet effet, dans tous ses états, la levée d'offrandes et de dons volontaires, et il choisit spécialement, pour centre de perception de ces aumônes, trois villes de son empire : Aix-la-Chapelle, Saint-Gilles sur le Rhône et le Puy-Sainte-Marie. Ces trois villes, d'importance fort inégale, étaient alors célèbres par les précieuses reliques qu'elles contenaient et l'affluence des pèlerins qui se pressaient dans leurs murs. Le choix que Charlemagne fit du Puy en particulier, pour résidence des collecteurs du denier de Saint-Pierre, lui fut certainement inspiré par l'impression qu'avait laissée dans son âme le souvenir de ses deux pèlerinages à la Vierge d'Anis. Grand honneur pour notre ville qu'un tel choix dont elle s'est, du reste, montrée toujours digne ; car la cité du Puy-Sainte-Marie n'a pas dégénéré : elle est encore aujourd'hui un des plus généreux soutiens de l'OEuvre, dix fois séculaire, fondée dans ses murs par Charlemagne. Oui, entre tous les diocèses de France, celui du Puy, étant donné sa pauvreté relative, est peut être celui qui se montre le plus aumônier et le plus charitablement prodigue envers le Père commun des fidèles. Du reste, les besoins de l'Eglise ne sont pas moins pressants aujourd'hui que du temps de Charlemagne ; ils sont même devenus bien plus urgents, depuis surtout que le Souverain-Pontife s'est vu dépouiller injustement, par la force, de ses états temporels : on le sait dans nos montagnes, et voilà pourquoi, bien que l'or y soit plus rare qu'ailleurs, et le pays relativement pauvre, on s'y montre généreux envers le Pape, à l'envi des plus riches provinces de France. C'est justice, après tout : Quand l'un de nos plus grands rois, qui a laissé à la postérité ce mot célèbre : « tout est perdu, fors l'honneur ! » vaincu par son ennemi, fut jeté dans une prison étrangère, il n'y eut fille ou femme en France, qui ne filât sa quenouille pour la rançon du roi. Eh bien ! l'Eglise aussi est une reine qui a tout perdu, fors l'honneur ! C'est la reine de nos âmes. Il est donc juste qu'aujourd'hui comme autrefois, il n'y ait partout en France, et surtout dans notre catholique Velay, ni fille ni femme chrétienne, qui ne filent leur quenouille pour la rançon de l'Eglise. Nous avons donc la ferme et douce confiance que, dans l'avenir non moins que dans le passé, notre religieux diocèse ne faillira jamais à ce noble devoir de piété filiale et de tendre charité envers le Saint-Siège. Puisse-t-il en être ainsi par le secours et la protection de Notre Dame du Puy ! Amen.

 

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Prière

 

Ô Marie, en lisant les glorieuses annales de votre pèlerinage du Mont Anis, comme on se sent fier d'appartenir à ce noble pays du Velay que vous avez chéri entre tous les autres, qu'illustra et aima Charlemagne, et qui fut le siège et le foyer de tant de bonnes et grandes œuvres !... Mais si c'est une véritable noblesse que d'appartenir à une contrée si privilégiée, cette noblesse nous oblige à nous en montrer dignes.

De tout temps, ô Marie, le Velay s'est distingué par son zèle à orner votre temple auguste, non seulement de richesses matérielles, mais aussi et surtout de saints prêtres, qui sont le meilleur et le plus digne ornement de vos temples. C'est ainsi que, grâce aux fondations de Charlemagne,on put admirer longtemps, dans la Basilique du Mont Anis, un sénat de soixante vénérables ecclésiastiques, occupés à desservir le sanctuaire et à chanter pieusement les louanges de Marie. Hélas ! quelle pénurie a fait place aujourd'hui à cette abondance d'autrefois ! Tandis que les rois de la terre ont autour d'eux toute une nombreuse cour, la Reine de tous les rois du monde possède à peine quelques prêtres à son service. O Marie, comme le psalmiste, nous voulons aimer dorénavant la gloire de votre demeure, Dilexi decorem domus tuae. Nous l'embellirons non seulement de nos dons et de nos offrandes, mais nous l'embellirons surtout en consacrant à votre service ceux de nos enfants qui seront capables de vous honorer et de faire partie de votre cour dans les rangs de votre clergé.

Enfin, comme nos aïeux, ô Marie, nous serons zélés pour l'oeuvre du denier de Saint-Pierre que Charlemagne fonda lui-même dans notre ville, il y a plus de mille ans. Nous viendrons, de notre mieux, au secours du Père commun de tous les fidèles. Et puisque les méchants l'ont injustement dépouillé de ses états temporels, qui lui assuraient,avec l'indépendance, les ressources nécessaires au gouvernement des âmes dont il a reçu la charge, nous tâcherons, par nos aumônes, de subvenir aux besoins de son gouvernement spirituel, et nous lui fournirons, selon notre pouvoir, les moyens matériels de remplir son divin mandat. Telles sont, ô Marie, les résolutions que nous prenons aujourd'hui à vos pieds : Bénissez-les et faites-nous la grâce d'y être désormais fidèles ! Notre Dame du Puy, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

Salve Regina

 

Salut, ô Reine, Mère de miséricorde, notre vie, notre joie, notre espérance, salut !

Enfants d’Eve, de cette terre d’exil, nous crions vers vous. Vers vous nous soupirons vers vous, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes !

Ô vous notre avocate, tournez vers nous votre regard miséricordieux,

et au sortir de cet après l'exil , obtenez-nous de contempler Jésus, le fruit béni de votre sein !

O clémente, ô pieuse, ô douce Vierge Marie !

 

V. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu.

R. Afin que nous devenions dignes des promesses de Jésus-Christ.

 

Oraison

 

Dieu tout puissant et éternel, qui, par la coopération du Saint Esprit, avez préparé le corps et l'âme de la glorieuse Vierge Marie pour en faire une demeure digne de votre fils, accordez-nous d'être délivrés des maux présents et de la mort éternelle par l'intercession de Celle dont nous célébrons la mémoire avec joie, nous vous en supplions par le même Jésus-Christ Notre-Seigneur. Ainsi soit-il.

 

 

Salve, Regina, Mater misericordiae, vita, dulcedo et spes nostra, salve !

Ad te clamamus, exules, filii Evae ; ad te suspiramus, gementes et flentes in hac lacrymarum valle.

Eia ergo, advocata, nostra, illos tuos misericordes occulos ad nos converte.

Et Jesum benedictum fructum ventris tui, nobis, post hoc exilium, ostende.

O clemens, o Pia, O dulcis Virgo Maria !

 

V. Ora pro nobis sancta Dei genitrix.

R. Ut digni efficiamur promissionibus Christi.

 

Oremus

 

Omnipotens sempiterne Deus, qui gloriosae Virginis Matris Mariae corpus et animam, ut dignum filii tui habitaculum, effici mereretur, Spiritu sancto cooperante, praeparasti: da ut cujus commemorationo laetamur, ejus pia intercessione, ab instantibus malis, et a morte perpetua liberemur. Per enmdem Christum Dominum nostrum.

 

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30 avril 2020

Le Mois de Marie Historique de Notre Dame du Puy

Le Mois de Marie Historique de Notre Dame du Puy

 

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Premier jour

Comment le Christianisme et le culte de Marie s'introduisirent dans le Velay

 

Quarante-cinq ans après l'incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sous le règne de l'empereur Claude, saint Pierre, qui depuis deux ans avait transporté son siège d'Antioche à Rome, envoya plusieurs de ses disciples prêcher la foi dans les Gaules. Voici, tels que la tradition nous les a conservés, les noms et la destination de quelques-uns d'entre ceux qui vinrent alors évangéliser la France, et y furent nos Pères dans la foi : Saint Martial fut envoyé à Limoges, saint Denis à Paris, saint Julien au Mans, saint Sixte à Reims, saint Trophime à Arles, saint Savinien à Sens, saint Saturnin à Toulouse, saint Austremoine à Clermont, saint Front à Périgueux et saint Georges au Velay.

Saint Georges et saint Front partirent ensemble pour se rendre au lieu de leur mission. Mais au bout de trois jours de marche, comme ils approchaient de la ville de Bolsena, ville de Toscane, qui tirait son nom du lac sur les bords duquel elle était située (1), saint Georges fut saisi par une maladie soudaine qui le fit mourir presque subitement.

Désolé d'avoir ainsi perdu son frère et son compagnon de route, saint Front, après avoir rendu les derniers devoirs à saint Georges, revient en toute hâte sur ses pas, et va retrouver saint Pierre à qui il raconte en pleurant le triste début de son voyage :

« Ne pleurez plus, mon fils, lui dit saint Pierre, il n'y a point de mal en tout cela : Dieu n'a permis ce trépas que pour sa gloire et pour la conversion d'un grand nombre d'âmes. Comme assurance de ce que je vous dis, prenez mon bâton pastoral, allez-le poser sur la tombe de votre compagnon, et dites : « Georges, serviteur du Dieu vivant, au nom de Jésus et de la part de Pierre, son vicaire en terre, je vous adjure de quitter présentement le tombeau où vous êtes, afin que votre âme, ayant rejoint son corps, vous puissiez achever le voyage que vous avez commencé ». A ces simples paroles et au contact de ce bâton, Georges ressuscitera certainement, ajouta saint Pierre, et vous pourrez aller de compagnie illuminer de la clarté de l’Évangile, maintes pauvres âmes, qui, parmi les Gaules, croupissent dans les ténèbres de l'idolâtrie ».

Tout joyeux de cette réponse, saint Front reçut le bâton de l'apôtre saint Pierre et revint en toute hâte, au lieu où le corps de saint Georges gisait inanimé. Une grande multitude d'infidèles des deux sexes s'était réunie là pour voir ce qui allait advenir. Alors, en présence de tous ces spectateurs, saint Front s'approche du tombeau, y dépose le bâton de l'apôtre, et, invoquant le nom de Jésus-Christ, commande au mort de ressusciter. Soudain, au contact du bâton apostolique, et à l'invocation du nom de Jésus-Christ, Georges, comme un autre Lazare, sort du tombeau plein de vie et de santé. Aussitôt la multitude pousse des cris de triomphe en l'honneur du Christ ; à la vue d'un tel miracle, un grand nombre d'infidèles se convertissent au Seigneur, et saint Front eut le bonheur d'administrer le baptême à plusieurs milliers d'idolâtres.

La moitié du bâton miraculeux de saint Pierre, dont il est ici question, se conservait encore au dix-septième siècle, dans l'église collégiale de Saint-Paulien, où le P. Odo de Gissey assure l'avoir vue et maniée souvent. Ce bâton paraît avoir été, dans cette église, l'objet de la vénération des fidèles jusqu'en 1793. Après le rétablissement du culte, il fut remis à M. le curé de Saint-Paulien, qui le donna ensuite aux Dames de l'Instruction du Puy, qui le possèdent encore aujourd'hui. Quant à l'autre moitié du bâton apostolique que possédait autrefois l'église de Périgueux, il paraît qu'elle est malheureusement perdue.

Cependant, après avoir instruit et évangélisé pendant quelque temps leurs nouveaux disciples, nos deux saints reprirent bientôt leur chemin vers les Gaules, traversèrent les Alpes et arrivèrent enfin à la capitale du Velay, qu'on appelait alors Ruessium et qu'on nomme aujourd'hui Saint-Paulien. Là, saint Front convertit d'abord une dame veuve qui habitait dans les environs de la ville et que l'on croît être la veuve d'un des premiers seigneurs de Polignac. Cette néophyte fut bientôt imitée par toute sa famille, et, de proche en proche, les conversions se multiplièrent à tel point, qu'au bout d'un an le pays comptait déjà plusieurs milliers de chrétiens. Mais, sur ces entrefaites, saint Front dut se séparer de saint Georges pour aller à Périgueux, qui était le lieu que saint Pierre lui avait spécialement assigné pour mission.

Saint Georges, resté seul au Velay, s'adonna avec le plus grand zèle à la conversion des idolâtres. Partout où il trouvait l'occasion de se faire entendre, dans les rues, sur les places publiques et jusque dans l'enceinte du prétoire où l'on rendait la justice, partout il prêchait courageusement la parole de Dieu. Et le Saint-Esprit donnait à sa parole une éloquence si persuasive, son accent de foi touchait et convainquait si bien les âmes, qu'en peu de temps il eut baptisé un grand nombre d'idolâtres.

Cela ne faisait pas l'affaire du démon qui, jusqu'alors, avait régné sans partage sur cette contrée. On vint dire au gouverneur de la ville qu'un étranger assemblait partout le peuple et lui prêchait une doctrine inconnue, qui ne tendait à rien moins qu'à combattre et à détruire la doctrine établie dans le pays. Le gouverneur, ayant voulu se rendre compte par lui-même de ce qu'on lui avait rapporté, fut si offensé de la liberté toute évangélique avec laquelle saint Georges prêchait la doctrine chrétienne, qu'il incita le peuple à lui faire un mauvais parti. Aussitôt la populace se rue contre le pauvre saint, les insultes et les coups de pierre pleuvent sur lui ; on s'empare de sa personne, on le renverse à terre, on le foule aux pieds et on l'eût cruellement mis à mort, si sa patience et sa douceur merveilleuses n'eussent fini par déconcerter et par apaiser la rage de tous ces forcenés. Vaincus par sa mansuétude et sa résignation, ils lui font grâce de la vie et lui rendent la liberté. Alors, Georges, s'armant du signe de la Croix, pénètre dans un temple païen dédié au Soleil et devant lequel avait eu lieu la scène que nous venons de raconter. La multitude l'y suit avec précipitation. Mais à peine le saint eût-il mis le pied dans le temple, que les démons invisibles, dont ce lieu était rempli, se mirent à pousser des cris et des hurlements épouvantables. Mais Georges, s'armant alors du signe de la Croix, commanda à tous les démons qui étaient là de quitter immédiatement les statues qu'ils occupaient. Aussitôt on vit se détacher, des statues qui ornaient le temple, d'horribles ombres noires qui jetaient des flammes par la bouche et par les yeux, et rugissaient comme des lions au grand épouvantement de tout le peuple qui se serait enfui, si le saint n'eut ordonné à tous ces méchants esprits de rentrer immédiatement dans les abîmes de l'enfer. On entendit alors un fracas épouvantable, pareil à celui d'une montagne qui s'écroule. C'était le bruit que tous ces monstres infernaux faisaient en disparaissant et en rentrant dans leurs demeures.

Terrifiés par tout ce qu'ils venaient de voir, en même temps que touchés par la grâce de Dieu, les prêtres des idoles et tous les païens qui étaient là se jetèrent aux pieds du saint, lui demandèrent pardon de tous les mauvais traitements qu'ils lui avaient fait subir, et lui protestèrent qu'ils voulaient renoncer à leurs erreurs et embrasser la foi chrétienne. Ce qu'ils firent, en effet. Saint Georges les catéchisa, leur administra le baptême, et après avoir purifié le temple d'où il venait de chasser les Démons, il le dédia au service du vrai Dieu, sous le nom et en l'honneur de l'auguste Reine du ciel. C'est ce temple qui fut connu depuis à Saint-Paulien sous le nom de Notre-Dame du haut Solier.

Telle fut l'introduction du culte de Marie dans les montagnes du Velay. Un antique sanctoral de l'église angélique de Notre-Dame du Puy porte ces belles paroles : « A genoux ! peuple du Velay, honore Marie, la mère de Dieu, que Georges, ton premier pasteur, t'apprit à révérer ! » Pour répondre à cette pieuse invitation, tombons à genoux, et remercions Jésus et Marie de la grâce qu'ils firent au Velay, il y a dix-huit siècles, par le ministère de saint Georges !

 

(1) Le lac de Bolsena, près de la ville de ce nom, est à une centaine de kilomètres de Rome. Il mesure quinze kilomètres de long sur dix de large, et envoie, par la Marta, ses eaux dans la Méditerranée.

 

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Prière à Jésus et à Marie

 

O Jésus qui, entre toutes les nations de la terre, avez daigné choisir la France pour l'appeler, l'une des premières, à la connaissance et à l'amour de votre nom, gardez toujours à notre chère Patrie cette vieille foi catholique, grâce à laquelle elle fut si longtemps la première nation du monde. Ne permettez titre de soldat de Dieu et de fille aînée de l’Église ! Qu'elle ne cesse point de justifier son antique devise : « Vivat Christus, qui diligit Francos ! Vive le Christ qui aime les Francs ! » Et puis qu'entre toutes les autres provinces de France, la province du Velay a eu le bonheur et l'insigne honneur, ô Jésus ! de vous connaître et de vous aimer une des premières, faites aussi qu'elle vous garde toujours son cœur et sa foi ! Oui, que votre nom et celui de votre sainte Mère, soient à jamais bénis et honorés dans nos montagnes et par toute la terre, comme ils sont bénis et honorés dans le Ciel !

Et vous, ô Marie, qui avez été également aimée et vénérée en France dès les temps apostoliques, n'abandonnez pas non plus notre chère Patrie. Malgré toutes ses fautes et toutes ses erreurs, nulle nation au monde vous aime et vous honore comme elle : voyez, nos villes et nos campagnes sont toutes parsemées de vos chapelles et de vos statues. Il n'est pas une seule de nos habitations où votre douce image ne préside et ne soit en honneur. Il n'est pas non plus une famille où votre nom béni ne soit pieusement invoqué ou dévotement porté... O Marie, non, la France n'a pas cessé de vous aimer ; elle vous aime encore, elle vous aimera toujours, et notre Patrie, malgré tout, ne cessera jamais d'être votre royaume, Regnum Galiae, regnum Mariae ! Mais, entre toutes les contrées de notre chère France, il en est une, ô Marie, bien petite en étendue, mais infiniment riche en cœur, et qui surpasse toutes les autres en amour et en vénération pour vous. Cette contrée, c'est le Velay ! Bénissez cet humble petit coin de terre, ô Vierge immaculée ! Gardez-lui votre amour et votre pendant ce mois, comme pendant toute la vie, régnez toujours dans le cœur de ses habitants.

 

Regina Vellaviae, ora pro nobis !

Reine du Velay. priez pour nous

 

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Salve Regina

 

Salve, Regina, Mater misericordiae, vita, dulcedo et spes nostra, salve !

Ad te clamamus, exules, filii Evae ;

ad te suspiramus, gementes et flentes in hac lacrymarum valle.

Eia ergo, advocata, nostra, illos tuos misericordes occulos ad nos converte.

Et Jesum benedictum fructum ventris tui, nobis, post hoc exilium, ostende.

O clemens, o Pia, O dulcis Virgo Maria !

 

V. Ora pro nobis sancta Dei genitrix.

R. Ut digni efficiamur promissionibus Christi.

 

Oremus

 

Omnipotens sempiterne Deus, qui gloriosae Virginis Matris Mariae corpus et animam, ut dignum filii tui habitaculum, effici mereretur, Spiritu sancto cooperante, praeparasti: da ut cujus commemorationo laetamur, ejus pia intercessione, ab instantibus malis, et a morte perpetua liberemur. Per enmdem Christum Dominum nostrum.

 

Salut, ô Reine, Mère de miséricorde, notre vie, notre douceur et notre espérance, salut !

Nous élevons nos cris vers vous, pauvres exilés que nous sommes et malheureux enfants d'Eve nous soupirons vers vous,

gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes !

Céleste avocate, tournez donc vers nous vos regards miséricordieux, et après l'exil de cette vie,

montrez-nous enfin, Jésus, le fruit béni de votre sein !

O clémente, ô compatissante, O douce Vierge Marie !

 

V. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu.

R. Afin que nous devenions dignes des promesses de Jésus-Christ.

 

Oraison

 

Dieu tout puissant et éternel, qui, par la coopération du Saint Esprit, avez préparé le corps et l'âme de la glorieuse Vierge Marie pour en faire une demeure digne de votre fils, accordez-nous d'être délivrés des maux présents et de la mort éternelle par l'intercession de Celle dont nous célébrons la mémoire avec joie, nous vous en supplions par le même Jésus-Christ Notre-Seigneur. Ainsi soit-il.

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24 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

 

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

 

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Vingt-cinquième jour

 

Des Pèlerinages aux églises de Marie

 

 

 

« Qu'ils sont utiles aux pêcheurs les lieux consacrés par la piété a la très Sainte Vierge ! » (Mr Olier)

 

« Quand on est arrivé à un lien de pèlerinage, il faut rendre avec ferveur ses vœux et ses respects à Dieu, à la Vierge, ou au saint; demander instamment les grâces dont on a besoin, et surtout celle d'une parfaite conversion ». (Père Ducos).

 


I. Les oratoires qui, dès les commencements de l'Église, avaient été consacrés à la très Sainte Vierge, devinrent souvent, par la suite des temps, des lieux de pèlerinage à cause des miracles qui s'y opéraient. Mais pour que les pèlerinages soient utiles à nos âmes, il faut les faire comme les faisaient les saints, réfléchir sur la sainteté du but qu'on se propose, sur la sainteté du lieu qu'on veut visiter, sur les grâces à demander, sur la conduite à tenir et sur le mal à éviter pendant le voyage, et en offrir d'avance à Marie les fatigues et les privations; se mettre en état de grâce avant de partir, pour rendre méritoires les fatigues inséparables d'un long voyage, et ne pas risquer d'être surpris par les accidents auxquels on peut être exposé pendant le trajet ; se mettre sous la protection de la sainte Vierge, dont on va visiter le sanctuaire ; réfléchir sur les voyages que Notre-Seigneur faisait sur la terre pour le salut du monde, sur les voyages que les saints ont faits pour la gloire de Dieu et le salut des âmes sur le grand, important et décisif voyage que nous faisons du temps à l'éternité.

 

Notre glorieux Père saint Dominique nous donna le premier l'exemple de la dévotion aux pèlerinages de Marie. Notre Dame de Rocamadour, vieux sanctuaire dédié à la Bienheureuse Vierge Marie, dans une solitude sauvage et escarpée du Quercy, se souvient encore du pèlerinage que fit Saint Dominique avant de se rendre à Paris. Ce fut en sortant de Rocamadour qu'il accomplit un de ses plus éclatants miracles.

 

Tous les enfants de notre bienheureux Père l'imitèrent dans sa dévotion pour les pèlerinages de Marie, où le souvenir de leur passage est encore vivant.

 

Le vénérable Père Antoine Lequien n'alla jamais à Rome, voyage qu'il fit plusieurs fois, sans passer par Lorette, afin de vénérer Marie d'une manière plus particulière dans ce lieu qui lui est spécialement consacré ; il était cependant obligé pour cela de se détourner de plus de quarante lieues de sa route. Pendant un des séjours qu'il fit à Lorette, tandis qu'il priait Dieu dans la petite chambre de la Sainte Vierge, il vit qu'on se disposait à la balayer. Il sollicita comme une précieuse faveur la permission de remplir lui même cette fonction ; il s'en acquitta en effet avec beaucoup de respect et de ferveur. Cependant, ayant, par mégarde, heurté une des lampes suspendues dans la chapelle, l'huile se répandit sur sa tête ; il l'essuya promptement et la conserva toujours depuis comme une sorte de relique, que sa foi et sa piété lui rendaient précieuse. Pendant qu'il priait dans cette Sainte chapelle, il remarqua que les pèlerins déposaient dans le tronc des aumônes plus ou moins considérables. Son complet dénuement ne lui permettant pas de les imiter, il voulut cependant faire l'offrande qui était en son pouvoir, et qui, sans doute, ne fut pas la moins agréable à la divine Mère. Il écrivit sur un petit morceau de papier un acte de consécration et de donation entière de lui-même à Marie dans les termes les plus tendres et les plus dévoués, et l'ayant roulée étroitement, il le jeta dans le tronc, pour lui servir d'offrande.

 

Dans ce célèbre sanctuaire, il célébrait la Sainte Messe avec les sentiments de la plus profonde dévotion, et baisait respectueusement les petits ustensiles qu'on y conserve avec soin comme ayant servi à l'enfant Jésus et à sa sainte Mère.

 

Lorsqu'il arrivait à Paris, sa première visite était pour Notre Dame, qu'il prenait pour son aide et son soutien dans les affaires dont il était chargé. Dans un voyage dans le midi, il se détourna de sa route pour aller visiter une église dédiée à la sainte Vierge, sous le titre de Notre Dame de Grâce. Il visitait de même tous les lieux saints qui se trouvaient sur son chemin pendant ses voyages, pour remercier Dieu des grâces qu'il lui avait faites. Pour obtenir la victoire sur une pénible tentation, il ne craignit pas de faire deux lieues, pieds nus, pour invoquer Marie dans une chapelle plus spécialement consacrée à son honneur, et il en reçut le secours qu'il espérait.

 

« Au commencement du XIVe siècle, nous voyons parmi la foule des pèlerins de Notre Dame d'Einsiedeln, Sainte Elisabeth, fille d'André III, roi de Hongrie ; cette vertueuse princesse était entrée chez les Dominicaines de Toes, près Winterthur, et sous la direction spirituelle du Bienheureux Henri Suso, elle arriva bientôt à un haut degré de perfection. Élisabeth étant tombée dangereusement malade, les médecins lui ordonnèrent d'aller prendre les eaux de Bade, et ses supérieurs y donnèrent leur consentement. Mais sa confiance en Marie l'emporta sur les avis des médecins, elle vint à l'ermitage de Saint Meinrad, elle s'agenouilla devant l'image miraculeuse de Celle que l'Église appelle le salut des infirmes, elle pria longtemps avec espoir et foi, et quand elle se releva, elle était guérie ». (Chronique d’Einsiedeln).

 

L'abbé Olier avait une grande dévotion pour aller en pèlerinage aux divers sanctuaires de Marie. Toutes les fois qu'il avait quelque grâce spirituelle a demander c'était là sa grande ressource, et il retirait de ses pieux voyages les avantages les plus précieux. Pendant qu'il était à Rome pour étudier l'hébreu, il éprouva un affaiblissement de la vue qui lui rendit l'étude impossible, tous les remèdes furent employés sans aucun succès. Le pieux jeune homme eut alors recours à la Sainte Vierge, et fit vœu d'aller à Notre Dame de Lorette. Il se mit en route à la fin de mai, par une chaleur excessive, à pied, et couvert de ses vêtements d'hiver. Il fit environ cinquante lieues. Chemin faisant, il récitait le Rosaire, ou bien il chantait ou composait de pieux cantiques. Le plus souvent il méditait sur Jésus et Marie, et ces saintes occupations lui faisaient oublier la fatigue du voyage ; mais elle n'existait pas moins, et la nature fut près d'y succomber.

 

Il fut attaqué par une violente fièvre qui l'abattit sans l'arrêter néanmoins. Il se traînait lentement, et plus il approchait de Lorette, plus il goûtait de consolations intérieures, et plus sa confiance en Marie augmentait. Dès qu'il fut arrivé, on voulut qu'il allât consulter un médecin, mais il s'y refusa et alla de suite se prosterner aux pieds de la Madone miraculeuse. Son empressement et sa dévotion furent récompensés ; au même instant, il se trouva parfaitement guéri, et son âme fut inondée des plus suaves consolations et d'un grand désir de la perfection. Ce fut la, disait-il, qu'il reçut le coup le plus puissant, et qui de son entière conversion. Marie lui obtint plus qu'il ne lui avait demandé. Il fut guéri de la fièvre et de la faiblesse de sa vue pour le reste de sa vie, et de plus les yeux de son âme furent ouverts ; il reçut les grâces les plus particulières, et entre autres un si grand attrait pour la prière qu'il passa la nuit entière en oraison dans la sainte chapelle, et en sortit un homme nouveau.

 

Les pèlerinages aux sanctuaires de Marie étaient aussi le moyen que le même serviteur de Dieu employait pour se préparer aux fêtes de Marie.

 

En 1632, il fit le pèlerinage de Notre Dame de Liesse, pour se préparer à la fête de l'Assomption et aussi pour demander le succès d'un sermon qu'il devait faire ce jour-là. A cette époque, il éprouvait en montant en chaire une agitation extraordinaire, qui paralysait ses facultés. Ce jour-là, la mémoire lui manqua entièrement au milieu de son sermon, mais il s'abandonna à Marie en toute sincérité et humilité; il continua à parler et à dire tout ce qui lui venait sur les lèvres et il se trouva qu'il avait dit précisément tout ce qu'il avait préparé. Son sermon produisit d'heureux fruits.

 

Parmi les nombreux sanctuaires consacrés à Marie, il y en a plusieurs qui rappellent de grands souvenirs dominicains, et qui, pour cette raison, doivent nous être particulièrement chers. Le premier est sans contredit Notre Dame de Prouilhe. Notre glorieux Père puisait surtout dans sa tendre dévotion à Marie les forces dont il avait besoin pour accomplir la rude tâche qu'il s'était imposée. L'histoire, d'accord avec la tradition, nous montre le sanctuaire de Prouilhe comme le lieu où les faveurs de Marie se répandaient sur son serviteur d'une manière particulière, et nous regardons Prouilhe comme le berceau des principales institutions dominicaines.

 

Nous avons déjà vu que l'illustre patriarche commença par y établir le premier couvent des sœurs de son Ordre. Il vit fondre sur cet endroit un globe de feu, qui manifestait la volonté divine. Le sanctuaire de Prouilhe vit également germer, sous les bénignes influences de la Reine des cieux, le premier Ordre des Frères Prêcheurs. L'institution du Rosaire et celle du Tiers Ordre de la Pénitence, ces autres œuvres saintes de Dominique, ne sont pas étrangères non plus au sanctuaire de Prouilhe. Ah ! Sans doute, plus d'une fois, prosterné devant l'autel chéri de Notre Dame de Prouilhe. il y reçut des inspirations vives, des enseignements lumineux sur la dévotion si salutaire du Rosaire.

 

Quant au Tiers Ordre, selon toute vraisemblance, l'idée, le plan, la forme de cette institution nouvelle ont été souvent l'objet des préoccupations pieuses du serviteur de Dieu durant les longues veilles qu'il passait aux pieds de Notre Dame de Prouilhe. Ne nous étonnons pas du tendre intérêt que porte toute la famille dominicaine à ce lieu sacré ; il est bien légitime. À Prouille, la famille dominicaine a été conçue ; c'est là qu'elle a été engendrée. Saint Dominique en fut le Père, et elle reconnaît dans la Bienheureuse Vierge Marie sa Mère mystique.

 

À Avignonnet, non loin de Prouilhe, se trouve Notre Dame des Miracles qui rappelle aussi de grands souvenirs dominicains sur lesquels je m'étendrai un des jours suivants. Nous avons encore dans le diocèse de Toulouse Notre-Dame des Grâces de Brugnières, dans le diocèse de Fréjus, à Tavernes (Var), Notre-Dame de Bellevue et de Consolation ; dans le diocèse de Gap (Hautes-Alpes), Notre Dame du Laus, etc., etc...

 

 

 

II. Je vous remercie, Vierge sainte, d'avoir bien voulu manifester dans tant de lieux-dits vers votre puissance et votre miséricorde par un si grand nombre de miracles éclatants. Ô Vierge, je Vous conjure de daigner secourir toujours ceux qui vous invoqueront dans vos sanctuaires privilégiés ; soyez touchée de nous voir gémir sous le poids d'afflictions diverses dans cette vallée de larmes, et étendez la main pour nous secourir. Si vous m'accordez, ma, bonne Mère, la grâce de visiter quelqu'un de vos sanctuaires privilégiés, faites que je profite de tout ce que je verrai, de tout ce que j'entendrai le long de mon chemin, pour élever mon cœur vers Dieu, et qu'arrivée aux pieds de votre image bénie, je prenne sous vos auspices tous les moyens de profiter de la grâce que vous m'avez ménagée. Obtenez-moi enfin qu'après mon triste pèlerinage sur cette terre d'exil, vous m'ouvriez les portes du ciel, ma seule et véritable patrie. Amen.

 

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20 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

 

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Vingt-et-unième jour

Le esclavage de Marie

 

« Quand vous voudrez offrir quelque chose à Dieu, ayez soin de l’offrir par les mains très agréables et très dignes de Marie, à moins que vous ne vouliez être rejeté. Le plus grand bien que l’aimable Marie procure à ses fidèles serviteurs, c’est qu’elle intercède pour eux près de son Fils et l’apaise par ses prières. Elle les unit à Lui d’un lien très intime, et elle les y conserve ». (Saint Louis Marie Grignion de Montfort, du T.-O. De Saint Dominique).

« Ô Marie, je veux de tout mon coeur être la petite esclave de Jésus et la vôtre ». (Vénérable Sœur Charlotte de la Résurrection, conv.).

 

I. « La plus parfaite consécration à Jésus Christ n'est autre chose qu'une parfaite et entière consécration de soi-même à la très Sainte Vierge, pour être tout entier à Jésus Christ par Elle. Il faut lui donner 1° Notre corps, avec tous ses sens et ses membres ; 2° notre âme avec toutes ses puissances ; 3° nos biens extérieurs ; 4° nos biens intérieurs et spirituels qui sont nos mérites, nos vertus, et nos bonnes œuvres passées, présentes et futures ; en deux mots, tout ce que nous avons, et tout ce que nous pourrons avoir à l'avenir dans l'ordre de la nature, de la grâce et de la gloire ; et cela, sans aucune réserve, pas même d'un denier, d'un cheveu et de la moindre bonne action, et cela pour toute l'éternité, et cela sans prétendre ni espérer aucune autre récompense de son offrande et de son service, que l'honneur d'appartenir à Jésus Christ par Elle et en Elle, quand cette aimable Maîtresse ne serait pas, comme Elle l'est toujours, la plus libérale et la plus reconnaissante des créatures.

Une personne qui s'est ainsi volontairement consacrée et sacrifiée à Jésus Christ par Marie, ne peut plus disposer de la valeur d'aucune de ses bonnes actions ; tout ce qu'elle souffre, tout ce qu'elle pense, dit et fait de bien appartient à Marie, afin qu'elle en dispose selon la volonté de son Fils et à sa plus grande gloire, sans cependant que cette dépendance préjudicie en aucune manière aux obligations de l'état où on est à présent, et où on pourra être pour l'avenir : par exemple, aux obligations d'un prêtre, qui, par office ou autrement, doit appliquer la valeur satisfactoire et impétratoire de la sainte Messe à un particulier, car on ne fait cette offrande que selon l'ordre de Dieu et les devoirs de son état.

On se consacre tout ensemble à la très Sainte Vierge et à Jésus Christ : à la très Sainte Vierge, comme un moyen parfait que Jésus-Christ a choisi pour s'unir à nous et nous unir à Lui ; et à Notre Seigneur, comme à notre dernière fin, auquel nous devons tout ce que nous sommes. Comme à notre Rédempteur et à notre Dieu ». (Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Traité de la la vraie dévotion à la très Sainte Vierge).

Quelqu'un dira peut-être : « Si je donne à la très Sainte Vierge toute la valeur de mes actions, pour l'appliquer à qui Elle voudra, il faudra peut-être que je souffre longtemps en purgatoire ». Cette objection, qui vient de l'amour-propre et de l'ignorance de la libéralité de Dieu et de sa Sainte Mère, se détruit d'elle-même, une âme fervente et généreuse, qui prise les intérêts de Dieu plus que les siens, qui donne à Dieu tout ce qu'elle a sans réserve, en sorte qu'elle ne peut rien de plus ; qui ne respire que la gloire et le règne de Jésus Christ par sa Sainte Mère, et qui se sacrifie tout entière pour le gagner ; cette âme généreuse, dis-je, sera-belle plus punie dans l'autre monde, pour avoir été plus libérale et plus désintéressée que les autres ? Tant s'en faut : c'est envers cette âme, comme nous le verrons ci-après, que Notre-Seigneur et sa très Sainte Mère sont très généreux et prodigues en ce monde et dans l'autre, dans l'ordre de la nature, de la grâce et de la gloire.

On trouve depuis plus de huit cents ans des marques de cette pratique de dévotion dans l'Église. Saint Odilon, abbé de Cluny, qui vivait environ l'an 1040, a été un des premiers qui l'ait pratiquée publiquement en France. Différents papes ont approuvé cette dévotion, et des milliers de personnes l'ont embrassée.

La Bienheureuse Agnés de Jésus, religieuse dominicaine du couvent de Langeac, en Auvergne, où elle mourut en odeur de sainteté, souffrait de grandes peines d'esprit, quand elle entendit une voix qui lui disait que si elle voulait être délivrée de toutes ses peines et protégée contre tous ses ennemis, elle se fit au plus tôt l'esclave de Jésus et de sa sainte Mère. Aussitôt Agnès se donna tout entière à Jésus et à sa sainte Mère en cette qualité, quoiqu'elle ne sût pas auparavant ce que c'était que cette dévotion ; et ayant trouvé une chaîne de fer, elle se la mit autour du corps et la porta jusqu'à sa mort. Après cette action, toutes ses peines et ses scrupules cessèrent, et elle se trouva dans une grande paix et dilatation de cœur ; ce qui l'engagea à enseigner cette dévotion a plusieurs personnes qui y firent de grands progrès. Un jour la sainte Vierge apparut à la vénérable Agnès et lui mit au cou une chaîne d'or, pour lui témoigner la joie qu'elle avait qu'elle se fût faite l'esclave de son Fils et la sienne : et sainte Cécile, qui accompagnait la sainte Vierge, lui dit : « Heureux sont les fidèles serviteurs de la Reine du ciel, car ils jouiront de la véritable liberté ».

L'abbé Olier, fondateur de Saint Sulpice, voua à Marie une captivité perpétuelle, et en signe de cette heureuse captivité, il portait toujours une petite chaîne d'argent autour du cou. « Ces petits devoirs, disait-il, sont agréables à la sainte Vierge, ils lui plaisent davantage que d'autres plus considérables ».

Le Père de Montfort dit qu'il est très louable, très glorieux et très utile à ceux et celles qui se sont faits les esclaves de Jésus en Marie, de porter pour marque de leur esclavage amoureux de petites chaînes de fer bénites d'une bénédiction propre, chaînes mille fois plus glorieuses et plus précieuses, quoique de fer, que tous les colliers d'or des souverains et des mondains.

 

II. Ô Marie, je vous choisis aujourd'hui en présence de toute la cour céleste pour ma Mère et ma Maîtresse ; je vous livre et vous consacre, en qualité d'esclave, mon corps et mon âme, mes biens intérieurs et extérieurs, et la valeur même de mes bonnes actions passées, présentes et futures, vous laissant un plein droit de disposer de moi et de tout ce qui m'appartient, selon votre bon plaisir, pour la plus grande gloire de Dieu, dans le temps et dans l'éternité.

Ô Mère admirable, présentez-moi à votre cher Fils, en qualité d'esclave éternel, afin que m’ayant rachetée par Vous, Il me reçoive par Vous.

Ô Mère de Miséricorde, faites-moi la grâce d'obtenir la vraie sagesse de Dieu, et de me mettre pour cela au nombre de celles que vous aimez, que vous enseignez, que vous conduisez, que vous nourrissez et protégez comme vos enfants et vos esclaves.

Ô Vierge fidèle, rendez-moi en toutes choses une si parfaite imitatrice, disciple et esclave de la Sagesse incarnée, Jésus Christ, votre Fils, que je puisse partager un jour sa gloire dans les cieux. Amen.

 

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22 mars 2019

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Vingt-troisième jour

Départ pour l’Égypte

 

Mais que les joies de la terre, même les plus saintes, sont de courte durée ! Déjà Jésus, Marie et Joseph ne sont plus a Nazareth. La veille du jour où nous sommes arrivés, saint Joseph était revenu de bonne heure de la maison de Sainte Anne. Celle-ci et sa fille aînée étaient encore à Nazareth. A peine étaient elles allées se reposer, que l’Ange avertit Joseph. Marie et l’Enfant Jésus avaient leur chambre a coucher à droite du foyer ; Sainte Anne, a gauche ; la fille aînée de celle-ci, entre la chambre de sa mère et celle de Saint Joseph. Ces différentes pièces étaient séparées par des cloisons en branches d’arbres tressées ; elles étaient aussi couvertes par en haut avec un clayonnage de même espèce. Le lit de Marie était en outre séparé du reste de la chambre par une sorte de paravent. L’Enfant Jésus couchait à ses pieds sur un tapis: quand elle se levait, elle pouvait le prendre sans difficulté.

Saint Joseph dormait dans sa chambre, couché sur le côté, la tête appuyée sur son bras, quand un jeune homme, resplendissant de lumière, s’approcha de sa couche et lui parla. Joseph se releva ; mais il était accablé de sommeil, et il se recoucha. Le jeune homme le prit alors par la main, et Joseph se réveilla tout a fait et se leva. Le jeune homme disparut. Joseph alla allumer sa lampe à celle qui était devant le foyer, au milieu de la maison. Il frappa à la porte de la sainte Vierge, et demanda si elle pouvait le recevoir. Après quoi il entra et parla à Marie, qui n’ouvrit pas le rideau placé devant elle. Puis il alla dans l’écurie où était son âne, et entra dans une chambre où étaient divers effets. Il faisait les préparatifs pour le départ.

Quand saint Joseph ont quitté la sainte Vierge, elle se leva et s’habiller pour le voyage. Elle alla ensuite trouver sa mère et lui fit connaître l’ordre donné par Dieu. Alors Sainte Anne se leva aussi, ainsi que Marie d’Héli et son fils. Ils laissèrent l'Enfant Jésus reposer encore. La volonté de Dieu était au-dessus de tout pour ces saintes personnes : quelque affliction qu’elles eussent dans le cœur, elles disposèrent tout pour le voyage, avant de se livrer à la tristesse des, adieux. Marie ne prit pas, à beaucoup près, tout ce qu’elle avait apporté de Bethléem. Elles firent un paquet de médiocre grosseur avec ce que Joseph avait préparé, et y joignirent quelques couvertures. Tout se fit avec calme et très promptement, comme lorsqu’on vient d’être réveillé pour partir secrètement.

Puis Marie alla chercher l’Enfant, et son empressement fut tel, qu’on ne la vit pas le changer de langes. Le moment des adieux était arrivé, et l’on ne put dire combien amère était l’affliction de Sainte Anne et celle de sa fille aînée. Elles pressèrent en pleurant l’Enfant Jésus contre leur cœur, et le petit garçon lui-même le couvrit de baisers. Sainte Anne embrassa à plusieurs reprises la Sainte Vierge, pleurant amèrement, comme si elle ne devait plus la revoir. Marie d’Héli se jeta par terre et versa des larmes abondantes.

Il n’était pas encore minuit lorsqu’ils quittèrent la maison. Anne et Marie d’Héli accompagnèrent la sainte Vierge à pied pendant quelque temps. Saint Joseph venait derrière avec l’âne. On allait dans la direction de la maison de Sainte Anne ; seulement on la laissait un peu à droite. Marie portait dans ses bras l’Enfant Jésus, soigneusement emmailloté, et retenu par un grand linge noué autour du cou de sa mère. Elle avait un long manteau qui l'enveloppait ainsi que l’Enfant, et un grand voile carré, ramassé par derrière autour de la tête, mais qui retombait à longs plis sur les côtés. Elles avaient fait un peu de chemin, lorsque saint Joseph les rejoignit avec l’âne sur lequel étaient attachées une entre pleine d’eau et une corbeille où se trouvaient plusieurs objets, des petits pains, des oiseaux vivants et une petite cruche. Le petit bagage des voyageurs et quelques couvertures étaient empaquetés autour du siège, placé en travers, qui avait une planchette pour les pieds. Elles s’embrassèrent encore en pleurant ; Sainte Anne bénit la Sainte Vierge, et celle-ci monta sur l’âne que Joseph conduisait et se mit en route.

Enfin, ce matin, de bonne heure, Marie d‘Héli alla chez Sainte Anne avec son petit garçon, et pria son beau-père de se rendre à Nazareth avec un de ses serviteurs ; après quoi, elle retourna chez elle. Puis Sainte Anne rangea tout dans la maison de Joseph et empaqueta beaucoup de choses. Le matin, il vint deux hommes de la maison de Sainte Anne : l’un d‘eux ne portait sur lui qu’une peau de mouton et avait des sandales grossières assujetties avec des courroies autour des jambes ; l’autre avait un vêtement plus long. Celui-ci était, sans nul doute, le mari actuel de Sainte Anne. Ils aidèrent à tout mettre en ordre dans la maison de Joseph, à empaqueter tout ce qui pouvait être retiré, et à le porter dans la maison de Sainte Anne.

 

Considération

Saint Joseph d’après le Père Faber

 

Le Père Faber, mort en 1864, supérieur de l’Oratoire de Londres, fut un de ces nombreux ministres anglicans qui, en 1845, amenés par leurs seules études à reconnaître la vérité, surent faire tous les sacrifices pour suivre la voix de leur conscience, en abandonnant le schisme et rentrant dans le sein de l‘Eglise. Une des dévotions les plus chères au Père Faber, après sa conversion, était celle à Saint Joseph. Il le priait tous les jours avec autant de ferveur que de confiance; il ne manquait aucune occasion d‘en parler dans ses discours et dans ses ouvrages ; il exhortait à recourir à lui en pleine confiance tous ceux qu'il dirigeait.

« Marie, disait-il, doit être le premier objet de notre dévotion, Joseph le second ».

« Marie et Joseph, disait-il encore, sont d’une sainteté si sublime, qu’elle est capable de ravir d’admiration toutes les créatures, non-seulement jusqu’à la fin des temps, mais dans l’éternité ».

Nous regrettons de ne pouvoir donner ici que quelques lignes des admirables pages qu’il a consacrées au saint Patriarche dans ses deux ouvrages: Le saint Sacrement, et Bethléem ou le Mystère de la sainte Enfance.

« Qui peut douter, dit-il, dans le premier de ces ouvrages, que tout n’ait été disposé, dans la personne de saint Joseph, de manière à être une préparation digne de la haute dignité que Dieu devait lui conférer ? Qui peut douter que tout n’ait tendu à le former et à lui donner la consécration qui convenait au Père nourricier du Verbe fait chair ?…

Non seulement saint Joseph semble nous représenter tous à Bethléem, en Egypte, dans le désert et à Nazareth, mais il y est encore comme l’ombre du Père éternel. C’est là ce qui constitue la sublimité de sa dignité. L’incommunicable et a jamais bénie paternité de Dieu lui est communiquée d’une manière figurative. Il est le Père nourricier de Jésus ; aux yeux du monde extérieur, il passe pour son véritable père. Il en exerce l’autorité, et remplit envers lui tous les devoirs de l’affection et de la sollicitude paternelles. Que dis-je ? Dans sa nature humaine, Notre Seigneur est subordonné à saint Joseph, lui qui, dans sa nature divine, ne pouvait jamais être subordonné au Père éternel. Les ineffables trésors de Dieu, Jésus et Marie, sont confiés à la garde de saint Joseph ; et lui-même est un trésor en même temps qu’il est le gardien des trésors de Dieu. Il occupe une place dans le plan de la Rédemption. Comme Jésus et comme Marie, il a ses types, ses précurseurs et ses prophéties dans l’Ancien Testament. Il prête son concours a Dieu pour tenir secret le mystère de l'Incarnation ; et en sa qualité de représentant du Père éternel, il nous rappelle constamment, dans son ministère auprès de l’Enfant Jésus, le souvenir de sa divinité...

Quoi d’étonnant donc dans ce que les théologiens nous rapportent touchant les grâces nombreuses et les dons précieux dont il a été orné ? Est-il surprenant que les fidèles croient que pour lui, le moment de la résurrection des justes fut anticipé, qu’il fut un de ceux qui parcoururent les rues de Jérusalem le jour de Pâques avec leur corps ressuscité, et qu’il monta ainsi dans les cieux, le jour de l’Ascension, à la suite de Notre seigneur ? »

Et maintenant, si nous ouvrons « Bethléem ou le Mystère de la Sainte Enfance », voici ce que nous y lisons entre autres choses non moins édifiantes assurément :

« Après Marie, Joseph s’approche aussi pour adorer l’Enfant Dieu.... Joseph, le plus caché de tous les saints de Dieu, et enveloppé dans les nuages mêmes et les ombres qui environnent la source incréée de la Divinité. Son âme est un abîme de grâces sans nom ; de grâces plus profondes que celles d’où jaillissent les vertus ordinaires. Il ne nous est pas possible de donner un nom au caractère de sa sainteté. Nous ne pouvons le comparer avec aucun autre des saints de Dieu. De même que son office était unique, de même sa grâce a été toute spéciale ; elle a suivi ce qu’il y avait de particulier dans son office ; elle a été aussi unique. Joseph a été pour Marie parmi les hommes ce que Gabriel était pour elle parmi les Anges ; mais il a été plus rapproché d’elle que Gabriel, car Joseph était de la même nature que Marie. Il a donc été pour elle, après Bethléem, ce que saint Jean a été après le Calvaire, de sorte que, probablement, s’il nous était possible de l’apercevoir, nous concevrions une certaine analogie entre sa sainteté et celle du disciple bien-aimé. Mais sa sanctification est cachée dans l’obscurité. Il est probable qu’il a reçu le don de la justice originelle, comme Saint Jean-Baptiste. Ce qui est certain, c’est qu’il a été un vaisseau de la prédilection divine, prédestiné de toute éternité à un office particulier et incomparablement sublime, et revêtu des grâces les plus magnifiques destinées,à le rendre digne de cet office. Car quelque merveilleux que fût son office à l’égard de Marie, l’office qu’il avait à remplir à l’égard de Jésus était encore de beaucoup supérieur, à moins peut-être que l’on ne dise, ce qui est plus vrai, que le premier n’était qu’une partie du second…

Joseph, saisi de respect, s’approche de Jésus qui vient de naître, afin de l’adorer avant de lui commander. Son âme se remplit silencieusement d’amour, et volontiers sa vie se briserait et s’écoulerait sur la terre de la grotte, aux pieds de l’Enfant, comme elle le fit plus tard sur ses genoux ; mais le temps n’était pas encore venu, et l’Enfant le sanctifia de nouveau ; il le revêtit d’une force pleine de calme et d’une douceur pleine de force, et l’éleva à une sphère plus élevée de sainteté et d’ineffable grâce, afin qu’il pût être le supérieur officiel de son Dieu... »

 

Pratique

Missives à Saint Joseph

 

Qu’entend-on par Missives à Saint Joseph ? L’on entend par Missives à Saint Joseph des lettres qu’on lui écrit et lui adresse comme on ferait à un père, à un bienfaiteur, à un protecteur, dont on réclamerait les bonnes grâces, la faveur, la protection. Sans doute qu’on ne les lui enverra pas par la poste, mais on les lui fera parvenir en les déposant devant son image, au pied de sa statue, sur son autel. Par cette acte de vraie foi, d’amoureuse confiance, de reconnaissance de sa bonté pour les hommes et de sa puissance auprès de Dieu, nous semblons mettre le saint Patriarche en demeure de nous accorder l’effet de nos demandes. Et ces missives deviennent ainsi de vraies suppliques, qui, comme dit Saint Léonard de Port Maurice, sont d’abord présentées à Saint Joseph, Saint Joseph les remet ensuite à Marie, qui les soumet à son tour, à Jésus. Et Jésus, après avoir entériné ces suppliques, en remet les rescrits à Marie, qui les rend à Joseph peur sortir tout leur effet.

On rapporte du Père Louis Lallemand que, pendant qu‘il était recteur au collège de Bourges, la Fête de Saint Joseph approchant, il manda les Pères Paul Bagueneau et Jacques Nouet, qui y étaient régents des basses classes, et leur promit de leur faire obtenir, par l’intercession de ce grand Saint, tout ce qu’ils demanderaient, s‘ils voulaient exhorter leurs écoliers à lui être dévots, et à faire quelque chose d’extraordinaire pour le jour de sa Fête. Les deux jeunes régents s’y engagèrent et firent communier ce jour là tous leurs écoliers. Puis, ils allèrent proposer au Père recteur chacun ce qu’ils souhaitaient que saint Joseph leur obtint. Le Père Nouet demanda la grâce de parler et d’écrire dignement de Notre Seigneur. Mais le lendemain étant allé trouver le Père Lallemand pour lui dire qu’après y avoir bien pensé, il avait envie de demander une autre grâce qu’il croyait plus utile pour sa perfection, le Père lui répondit qu’il n’était plus temps de demander une autre grâce, parce que la première lui avait déjà été accordée, et qu’il ne s’était engagé que pour celle-ci.

Adressons, écrivons, envoyons des missives à saint Joseph avec la même Foi et la même confiance, et, comme ces saints religieux, nous ne tarderons pas à obtenir l’effet de nos demandes.

 

Prière pour la délivrance des âmes du Purgatoire

 

Bienheureux Saint Joseph, vous à qui Dieu a accordé de causer tant de joie dans les Limbes, lorsque votre sainte âme y est descendue, après votre bienheureuse mort, pour annoncer aux justes de l’ancienne loi, qui y étaient retenus, que l’œuvre de la Rédemption allait enfin se consommer, et que bientôt l’heure de la délivrance sonnerait pour eux ; vous a qui Jésus, dans le ciel où vous régnez maintenant avec lui au sein d‘une gloire incomparable, et donné, comme à Marie, tenté puissance dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, non-seulement pour réfréner les démons, mais encore pour pouvoir secourir les pauvres âmes du Purgatoire ; vous si compatissant et si bon peur les affligés, les malheureux, ceux qui sont dans les gémissements et les larmes, daignez, nous vous en conjurons, faire ressentir les effets de votre puissante protection aux âmes si souffrantes du Purgatoire et particulièrement à l’âme de N. (mettre ici des noms) qui m’est singulièrement chère…

Vous savez bien mieux que nous, bon saint Joseph, combien elles souffrent, ces pauvres âmes, combien il leur tarde de voir arriver le jour de leur délivrance, combien elles ont hâte d’être admises dans le séjour du rafraîchissement, de la lumière et de l’éternelle paix. Avec toute votre puissance et votre bonté, venez donc au plus tôt à leur secours. Elles sont dans les flammes, apaisez-en les ardeurs ; elles sont dans les ténèbres, faites luire sur elles la lumière qui réjouit et console ; elles sont dans d‘indicibles tourments, apportez-leur tout le soulagement qui est en votre pouvoir. Elles ne savent, ô cruelle incertitude ! quand finiront ces terribles expiations ; obtenez-leur de Jésus, par Marie, leur entière amnistie. Puis, venez leur annoncer, comme vous le fîtes autrefois aux Limbes, que la justice divine est enfin satisfaite, et que vous venez les chercher pour les introduire dans le saint Paradis, où elles seront si heureuses de chanter éternellement les miséricordes de Jésus, les bontés de Marie, et la puissance de votre médiation.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

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30 avril 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Premier jour

Dévotion de notre glorieux Père saint Dominique envers la très Sainte Vierge Marie

 

« Mon fils a été pour Dominique le Maître le plus cher, et moi, sa Mère, il m'a aimée plus que son coeur » Révélation de sainte Brigitte (Livre 5, chap. 17).

 

I. En se dispersant dans le monde, les apôtres et les disciples de Jésus portèrent dans tout l'univers, avec son nom et son culte, celui de sa divine Mère ; partout où ils élevaient un autel en l'honneur du Fils, ils en dressaient un autre en l'honneur de la Mère. Depuis lors, chaque siècle offrit à Marie des serviteurs dévoués ; mais aucun ne surpassa et peut-être n'égala notre bienheureux Père saint Dominique dans sa tendre dévotion pour la Reine du ciel.

Sa mère, qui était elle-même une sainte, avait la plus ardente dévotion pour la sainte Vierge ; ses instructions et ses exemples portèrent leurs fruits, et Dominique de Guzman, dés l'aurore de ses jours, prit Marie pour sa protectrice spéciale et lui voua un culte tout particulier. Son amour et sa confiance en elle n'avaient point de bornes ; à chaque instant il l’invoquait avec la ferveur d'un séraphin ; il déployait le plus grand zèle pour la faire connaître et honorer, et s'attachait surtout à lui plaire et à mériter sa protection par l'imitation de ses vertus. Aussi la Vierge écoutait toutes ses prières et s'empressait de répondre au premier appel de sa piété; elle l'encourageait, le consolait et lui indiquait les moyens les plus propres à réussir dans la conquête des âmes.

Ce fut sous les auspices de Marie qu'il entreprit la conversion des Albigeois ; et ce fut en prêchant la dévotion du Rosaire qu'elle lui avait enseignée, qu'il produisit en tout lieu les fruits les plus abondants de salut et de pénitence.

On a gardé longtemps à Bologne,comme une relique d'un grand prix, une image de Marie que notre saint Patriarche avait lui-même placée dans l'église de Saint-Nicolas, et exposée à la vénération des fidèles sous le titre de Notre-Dame du Rosaire.

Saint Dominique ne commençait jamais ses controverses et ses sermons qu'après avoir prié longtemps devant l'image de sa divine protectrice et lui avoir adressé cette prière : « Dignare me, laudare te, Virgo sacrata ; da mihi virtutem contra hostes tuos. Daignez me permettre de vous louer, ô Vierge sacrée, et fortifiez-moi contre vos ennemis ».

C'est à lui qu'est dû le pieux usage, adopté depuis par les prédicateurs, de saluer et de prier la Vierge pleine de grâces en commençant le sermon.

La tendre piété de saint Dominique pour Marie lui rendait particulièrement chers tous les lieux qui lui étaient consacrés. Il y avait à Prouilhe, dans le diocèse de Toulouse, une ancienne chapelle dédiée à Notre Dame, et depuis longtemps en grande vénération parmi les fidèles. Saint Dominique l'affectionnait beaucoup ; c'était pour lui un lieu d'espérance et de consolation où il s'arrêtait souvent pour répandre son âme devant Dieu. Il fonda là, sous la protection maternelle de Marie, un monastère où les jeunes filles nobles, mais pauvres et exposées par là même à devenir la proie des hérétiques, étaient élevées dans les doctrines du plus pur catholicisme ; il offrit ainsi à Notre Dame de Prouilhe les premices de ses conquêtes sur l'hérésie. C'est là aussi qu'il fit la première réunion de ses religieux, au jour de l'Assomption, et ils rédigèrent ensemble, sous le regard de Marie, les principales constitutions de l'Ordre. L'année suivante, réunis dans le même lieu. ils se consacrèrent solennellement à travailler de toutes leurs forces au salut des âmes. C'est donc de Marie que les Frères Prêcheurs devaient en quelque sorte recevoir leur mission ; c'est de son sanctuaire qu'ils devaient partir pour aller la faire connaître et honorer par toute la terre ; car après la gloire de Dieu, l'honneur de sa Mère était ce que notre bienheureux Père avait principalement en vue en fondant son Ordre ; c'est sous ses auspices qu'il envoyait ses frères porter au loin avec la lumière de l'Évangile la dévotion du Rosaire ; ils furent si fidèles à remplir ses intentions, ils étaient si dévoués à la sainte Vierge, si appliqués à restaurer ou à faire connaître son culte, à porter à l'imitation de ses vertus qu'on les appelait dans quelques villes les Religieux de la Vierge.

Sur son lit de mort, notre bien-aimé Père bénit ses enfants au nom de Marie, les mit une dernière fois sous sa protection, et leur fit comprendre que la dévotion à la très Sainte Vierge était le plus précieux héritage qu'il pût leur laisser, afin que destinés à prêcher le Christ en tous lieux, ils fissent connaître en même temps la sainteté, la grandeur et les admirables vertus de Celle qui a été choisie pour être sa Mère. (Vie de Saint Dominique, par le Père Touron).

Marie reconnut par les plus nombreuses et les plus signalées faveurs l'amour que lui portait saint Dominique et il semblait qu'elle ne pût rien refuser à ses prières. Notre bienheureux Père reconnaissait et ne cessait de proclamer que, si son Ordre avait été approuvé et confirmé par le Saint-Siège, il en était redevable à Marie. Non contente de l'avoir comblé des témoignages de sa tendresse pendant sa vie mortelle, la très-sainte Vierge voulut encore en donner après sa mort une preuve bien touchante en donnant aux religieux de Soriano une belle peinture représentant les traits de leur Père bien-aimé ; et comme ils avaient peine à croire à cet excès de bonté ; sainte Catherine de Sienne apparut à un Frère Prêcheur de Soriano et lui dit : « Cessez de douter, c'est la très-sainte Vierge Marie qui a voulu donner à votre Ordre cette précieuse marque de sa prédilection » (Méditations sur la vie des Saints et des Bienheureux de l'Ordre, p. 262).

Fidèles héritiers du legs d'amour que leur avait laissé le Père, les enfants de saint Dominique ne se contentèrent pas de parler de Marie, mais un grand nombre d'entre eux laissèrent de nombreux témoignages écrits de leur vénération pour la très Sainte Vierge. Je citerai seulement saint Thomas d'Aquin, saint Antonin, le bienheureux Alain de la Roche surnommé le Mignon de la très sainte Vierge, le bienheureux Albert le Grand que Prussia appelle le Secrétaire de Marie, surpassant tous ceux qui ont écrit sur elle : « Car, dit-il, si les Jérôme, les Ambroise, les Augustin, les Bernard, les Anselme et les Jean Damascène l'ont aussi exaltée dans un magnifique langage et avec tous les charmes de la plus suave dévotion ; s'ils ont fait voir dans un style tout resplendissant de beauté combien elle est aimable, puissante, pleine de mérites, riche en vertus, combien enfin elle est bonne et compatissante ; néanmoins, malgré leurs raisonnements poussés jusqu'à l'évidence, ils ne sauraient porter la conviction dans l'âme du lecteur ou de l'auditeur comme notre vénérable maître quand il parle de Marie dans ses sermons » (Prussia, p. 190). Les monuments impérissables et les plus importants de l'amour du bienheureux Albert pour Marie sont : De laudibus beatae Mariæ, et son travail intitulé Mariale, sur la Salutation Angélique.

Le Père Vincent Contenson qui laissa sur la divine Vierge un traité complet auquel il donna le nom de Mariologie.

Le pieux Père Polonais qui composa au XVIIe siècle, sous le nom de Litaniæ Lauretanæ, un ouvrage où il expose et développe, avec une onction qui rappelle souvent les plus suaves passages de saint Bernard, la suite des invocations des Litanies de la très Sainte Vierge.

Le Père Jehan de Sainte-Marie qui composa cinq volumes sur le Rosaire, et y associa plusieurs milliers d'âmes.

Le bienheureux Jacques de Voragine qui écrivit son délicieux Mariale, à la gloire de Marie.

Le Père de Montfort, du Tiers-Ordre de saint Dominique, connu par son beau livre : De la vraie et solide dévotion de la très-Sainte Vierge, et par d'autres. écrits répandus…

Et de nos jours le Père Marie-Augustin, ravi par le ciel à la terre au milieu de ses jours, après nous avoir laissé des pages empreintes de l'amour le plus tendre et le plus zélé pour la gloire de la Reine du très saint Rosaire...

 

II. Vierge Marie, vous qui êtes plus brillante que l'aurore, plus douce que la lune argentée, plus pure que la source limpide, plus blanche que la neige, plus gracieuse que la rose printanière, plus suave que le miel, plus parfumée que le lys, plus chaste que les Anges, plus élevée que les cieux ; je veux, ainsi que saint Dominique, mon bien-aimé Père, me consacrer entièrement à votre service, je veux penser sans cesse à Vous, vous aimer, vous servir, vous honorer, et comme la Mère de Dieu et comme ma Mère chérie. Je vous invoquerai a toute heure pour obtenir par votre toute-puissante intercession les lumières et les grâces dont j'ai besoin pour accomplir mon salut. Vous n'avez jamais refusé de secourir les âmes qui se sont adressées à vous avec confiance dans leurs besoins, vous ne repousserez donc pas mes supplications. Mais pour mieux vous témoigner mon amour, Vierge sainte, et pour mériter votre protection, je veux m'efforcer, à l'exemple de notre glorieux Père, d'imiter, autant que ma faiblesse en sera capable, vos admirables vertus ; et pendant ce beau mois, « je veux vous offrir au lieu des roses nouvelles, un amour sincère et ardent pour votre Jésus ; au lieu de toutes les violettes, une humble obéissance ; au lieu de tous les lys, les chastes embrassements d'une inviolable pureté ; au lieu de toutes les fleurs printanières qui naissent dans les champs, les bois et les prairies, les baisers spirituels de mon cœur ; au lieu du chant des oiseaux qui voltigent de branche en branche, les louanges les plus affectueuses de mon âme ; enfin, au lieu des beautés et des ornements dont s'embellit le printemps, un cœur plein de joie et d'amour pour vous aimer chaque jour davantage ». (B. Henri Suso). Amen.

 

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29 avril 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

 

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Veille du premier jour

Ouverture du Mois de Marie

 

« Enfin l'hiver est passé ; la nature endormie se réveille de toutes parts pour se revêtir de sa gracieuse parure, sous le souffle embaumé du printemps... La grande fête de trente jours consacrée à la Reine des cieux vient de s'ouvrir avec ses douces émotions et ses fleurs.

Salut, ô mois de mai ! salut ô mois de la plus tendre des mères ! à chacun tu apportes l'espérance et la joie ; car en ces jours bénis, nous le savons, Marie est prodigue de grâces et de bienfaits.

La nature pour vous fêter, ô douce Mère ! voudrait rivaliser avec vos enfants. Voyez quelle fraîcheur dans tout ce qu'elle offre à vos yeux, c'est pour vous rendre hommage que ces mille fleurs aux couleurs variées sont semées çà et là comme des diamants dans nos vertes prairies. Écoutez quel harmonieux concert, depuis l'heure première jusqu'au déclin du jour, s'élève constamment aux pieds de votre trône ; l'hôte de nos bois et de nos champs ne termine ses joyeux refrains que lorsque le soleil a disparu derrière l'horizon, et la brise du soir qui rafraîchit la terre et qui devant vous fait courber chaque fleur, se mêle alors au doux murmure de nos ‘limpides ruisseaux pour vous offrir, elle aussi, un humble chant d'amour.

Oh! nous sommes heureux, ô Marie de voir la terre entière s'incliner devant vous et vous reconnaître pour souveraine ; mais notre chant de fête à nous, enfants du Rosaire et de saint Dominique, serait-il au-dessous du chant de la nature ? À nous donc, enfants du Rosaire, d'entourer les autels de Marie pendant ce mois de mai ; à nous de le charger de guirlandes et de fleurs. À nous de faire monter jusqu'aux pieds du trône de notre Reine l'encens de nos prières et de nos vœux. À nous d'entonner jour et nuit sur la lyre harmonieuse du Rosaire l'hymne ravissante de l'Ave Maria. À nous de tresser autour du cœur brisé de notre Mère une couronne de consolation ; nos âmes en seront les roses ; ne sont-elles pas plus belles et plus suaves que les roses du printemps ?

Petites roses de la terre, roses mystiques bien chères à la Reine des anges, laissez votre cœur se réveiller et s'épanouir sous le souffle embaumé de son maternel amour. Pour vous, nous l'avons dit, les premiers baisers de ses lèvres immaculées ; pour vous les faveurs les plus signalées de ses mains divines. Pour vous aussi son sourire qui s'échappe des cieux comme un flot d'harmonie. Oui, oui, à vous de chanter Marie, de l'aimer et de la faire aimer… Enfants du Rosaire, pendant ce mois de mai qui s'ouvre devant vous avec tant de poésie et de charmes, vous tresserez à Marie une couronne mystique que vous déposerez à ses pieds.

Chaque jour vous cultiverez en votre âme une fleur, en pratiquant la vertu dont elle est l'emblème : Le Lundi vous cultiverez la marguerite de la modestie ; le Mardi, la giroflée de la douceur ; le Mercredi, les jacinthes de l'obéissance ; le Jeudi, les violettes de l'humilité ; le Vendredi, la rose de la charité ; le Samedi, le lys de la pureté ; le Dimanche, la primevère de la simplicité.

Si vous préférez, ne prenez que deux fleurs que vous cultiverez avec un grand soin pendant tout le mois ; choisissez celle qui vous manque le plus ; vous l'unirez au lys qui doit, dans tous les cœurs consacrés à Marie, ouvrir sa blanche corolle à l'ombre de la prudence. N'oubliez pas de mêler à ces fleurs parfumées quelques branches de myrrhe d'une sérieuse mortification, et vous unirez le tout par les liens d'un Rosaire pieusement récité.

Vous prierez pour les pêcheurs, pour les âmes du purgatoire, pour tout ce qui a besoin de prières, sans oublier celui qui vous convoque tous dans la cité des cieux où règne avec Jésus Celle que nous appelons du doux nom de Marie ». (Couronne de Marie, troisième année).

 

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Nos cum prole pia benedicat Virgo Maria.

Bénissez-nous, ô Vierge Marie, vous et votre divin Fils.

 

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24 mars 2019

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Vingt-cinquième jour

Stations en Egypte

 

Il faisait nuit lorsque nos saints voyageurs entrèrent dans le désert. Ils commencèrent par cheminer le long d’un bois ; mais à quelque distance du chemin et en avant du bois, ils entrevirent une misérable cabane. Non loin de la cabane était suspendue à un arbre une lanterne, qu’on pouvait voir de très loin, et qui était destinée à attirer les voyageurs. Le chemin était très difficile et coupé ça et là par des fossés. Il y avait aussi des fossés autour de la cabane, et sur les parties du chemin où l’on pouvait passer étaient tendus des fils cachés qui correspondaient à des sonnettes placées dans la cabane. Les voleurs qui y habitaient étaient ainsi avertis de la présence des voyageurs et venaient les dépouiller. Cette cabane de voleurs n’était pas toujours à la même place ; elle était mobile, et ses habitants la transportaient ailleurs, suivant les circonstances.

Au moment où la sainte Famille s’approcha de la lanterne, elle se vit entourée du chef des voleurs et de cinq de ses compagnons. Ils avaient d’abord de mauvaises intentions ; mais il partit de l’Enfant Jésus un rayon de lumière qui toucha comme un trait le cœur du chef, lequel ordonna à ses gens de ne pas faire de mal aux saints voyageurs. La Sainte Vierge vit aussi ce rayon arriver au cœur du brigand, comme elle le raconta à la prophétesse Anne, après son retour.

Le voleur conduisit alors la sainte Famille dans sa cabane, où se trouvait sa femme avec deux enfants. La nuit était venue. Le brigand fit part à sa femme du mouvement extraordinaire qui s’était produit en lui a la vue de l’Enfant. Celle-ci accueillit la Sainte Famille non sans bienveillance, mais avec une réserve embarrassée. Les saints voyageurs s’assirent à terre dans un coin et se mirent à manger quelque chose des provisions qu’ils avaient avec eux. Leurs hôtes furent d’abord timides et craintifs, ce qui pourtant ne paraissait pas être dans leurs habitudes ; Peu à peu cependant ils se rapprochèrent. Puis survinrent d’autres hommes qui, pendant ce temps, avaient mis sous un abri l’âne de Saint Joseph. Ces gens enfin s’enhardirent, se placèrent autour de la Sainte Famille et lui adressèrent la parole. La femme, de son côté, présenta à Marie des petits pains avec du miel et des fruits, ainsi que des coupes remplies de je ne sais quelle liqueur. Le feu était allumé dans une excavation pratiquée dans un coin de la hutte. La femme disposa une place séparée pour la sainte Vierge, et lui apporta, sur sa demande, une auge pleine d’eau pour baigner l’Enfant Jésus. Elle lava aussi ses langes et les fit sécher devant le feu.

Marie baigna l’Enfant Jésus sous un drap. Le voleur était si ému, qu’il dit à sa femme : « Cet enfant juif n’est pas un enfant ordinaire ; c’est un saint enfant. Prie la mère de nous laisser baigner notre petit garçon lépreux dans l’eau où elle l’a lavé ; cela le guérira peut-être ». Quand la femme s’approcha de Marie, celle-ci lui dit, avant qu’elle n’eût parlé, de laver son enfant lépreux dans cette eau. La femme apporta alors dans ses bras un petit garçon d’environ trois ans. Il était rongé de la lèpre, et son visage n’était qu’une croûte. L’eau dans laquelle Jésus avait été baigné paraissait plus claire qu‘auparavant. Quand l’enfant y eut été mis, les croûtes de la lèpre se détachèrent et tombèrent par serre. Il était parfaitement guéri.

La mère était transportée de joie. Elle voulait embrasser Marie et l’Enfant-Jésus ; mais Marie lui fit signe de n’en rien faire. Elle ne se laissa pas toucher par elle, non plus que le petit Jésus. Elle lui dit de creuser une citerne dans le roc et d’y verser cette eau, qui, donnait à la citerne la même vertu. Elle s’entretint encore avec elle, et cette femme lui promit de renoncer, aussitôt qu’elle le pourrait, à sa vie criminelle. Le père et la mère furent extrêmement heureux de la guérison de leur enfant. Plusieurs de leurs compagnons étant venus pendant la nuit, on leur montra l’enfant guéri, et on leur raconta ce qui s’était passé. Ces nouveaux venus, parmi lesquels étaient quelques jeunes garçons, entourèrent la sainte Famille et la regardèrent avec étonnement.

C'était d’autant plus étonnant de voir ces brigands se montrer si respectueux envers la sainte Famille, que, pendant cette même nuit où ils reçurent de si saints hôtes, ils arrêteront plusieurs autres voyageurs attirés par la lumière placée dans leur voisinage, et les conduisirent dans une grande caverne placée plus avant dans la forêt. Cette caverne, dont l’entrée était cachée par des broussailles, et qui était toute couverte d’herbes et d‘arbustes, de façon à ce qu’on ne pouvait soupçonner son existence, paraissait être leur magasin. Il s’y trouvait alors plusieurs enfants volés, âgés de sept à huit ans, et une vieille femme chargée de garder tout ce qu’il y avait là, ainsi que des vêtements, des tapis, de la viande, des chameaux, des moutons, des animaux plus grands, et toute espèce de butin. C’était un endroit spacieux, et tout s’y trouvait en abondance.

Marie n’a guère dormi de toute cette nuit, pendant laquelle elle reste presque tout le temps assise sur son lit. Joseph et Marie repartirent le matin de bonne heure, munis de quelques provisions. Leurs hôtes les accompagneront jusqu’à une certaine distance, en les faisant passer avec précaution les fossés qui coupaient le chemin et les remettant dans la bonne route.

Ces voleurs prirent congé de la Sainte Famille avec une grande émotion, et le chef dit aux voyageurs, d’une façon très expressive : « Souvenez-vous de nous en quelque lieu que vous alliez ». Paroles quasi prophétiques qui eurent leur dernier accomplissement sur le Calvaire, au moment où l’enfant guéri hier de la lèpre, et devenu alors le bon larron, dit à Jésus mourant : « Souvenez-vous de moi quand vous serez dans votre royaume ». La femme du brigand renonça, au bout d’un certain temps, à la vie qu’elle menait : elle s'établit dans un endroit où la Sainte Famille s’était reposée peu après ; une source y avait jailli, un jardin de baumiers s‘y était planté, et plusieurs honnêtes familles s‘y établirent avec elle.

La Sainte Famille entra ensuite un désert. Comme ils avaient perdu leur chemin, l’on vit s’approcher d’eux des reptiles de diverses espèces, entre autres des lézards rampants avec des ailes de chauves souris, et aussi des serpents ; ils ne cherchaient pourtant pas à leur faire du mal, et paraissaient seulement vouloir leur montrer le chemin. Plus tard encore, comme ils ne savaient plus quelle direction prendre, elle leur fut indiquée par un gracieux miracle. Des deux côtés du chemin sortit de terre la plante appelée rose de Jéricho, avec sa tige droite, ses feuilles frisées et sa fleur au milieu. Ils s‘avancèrent alors pleins de joie, et virent à perte de vue s’élever des plantes semblables ; il en fut ainsi tout le long dit désert. Puis il fut révélé à la sainte Vierge qu’à une époque postérieure les gens du pays viendraient cueillir ces fleurs et les vendraient aux voyageurs étrangers pour avoir du pain. C’est en effet ce qui eut lieu dans la suite. Le nom de cet endroit était comme Gase ou Gose. Puis ils arrivèrent à un lieu qui s’appelait comme Lepe ou Lape. Il y avait de l’eau en cet endroit ; il s’y trouvait des fossés, des canaux et des digues élevées. Ils traversèrent un cours d’eau à l’aide d’un radeau formé de poutres, sur lequel se trouvaient des espèces de grandes cuves dans lesquelles on passait les ânes. Deux hommes laids, basanés, à moitié nus, avec des nez épatés et de grosses lèvres, les passèrent. Ils arrivèrent ensuite près des maisons isolées du bourg ; les habitants étaient si grossiers et si hautains, qu’ils passèrent outre sans entrer en pourparler avec eux. C’était la première ville égyptienne, et par conséquent païenne, qu’ils rencontraient. Ils avaient voyagé dix jours sur le territoire de la Judée et dix jours dans le désert.

Ensuite la Sainte Famille entra dans un pays de plaines appartenant au territoire égyptien, où se trouvaient de vastes prairies couvertes de troupeaux errants. L’on y voyait aussi des arbres auxquels des idoles, semblables à des enfants au maillot, étaient attachées par deux bandelettes, qui étaient couvertes de figures ou de caractères. L’on y rencontrait aussi ça et là des hommes gros et trapus, habillés assez singulièrement et légèrement, qui venaient devant ces idoles et leur rendaient hommage. La sainte Famille entra dans un hangar où était du bétail qui sortit pour lui faire place. Ils manquaient entièrement d’aliments, et n’avaient ni pain ni eau. Personne ne leur donna rien. Marie pouvait à peine allaiter son enfant. Ils eurent beaucoup a souffrir dans ce voyage. Enfin quelques bergers, étant venus abreuver leurs troupeaux à un puits ordinairement fermé, leur donnèrent un peu d’eau sur les instantes prières de Saint Joseph.

En partant de là, les pauvres fugitifs, dépourvus de tout secours et épuisés, parcoururent un petit bois à la sortie duquel se trouvait un dattier très élancé, portant à son sommet des fruits réunis en grappes. Marie vint près de cet arbre, tenant l’Enfant Jésus dans ses bras ; elle fit une prière et éleva l’Enfant en l’air : alors l’arbre courba sa tête vers eux comme s’il se fût agenouillé, et ils cueillirent tous ses fruits. L‘arbre resta dans cette position.

L’on vit aussi beaucoup de gens du lieu précédent suivre la sainte Famille, et Marie donner des fruits de l’arbre à plusieurs enfants demi-nus qui couraient après elle. A un quart de lieue environ de ce premier arbre, ils se trouvèrent près d’un grand sycomore d’une grosseur extraordinaire. Il était creux, et ils s’y cachèrent pour éviter les gens qui les suivaient et qu’ils avaient alors perdus de vue ; ceux-ci passèrent outre. La sainte Famille passa la nuit dans cet arbre.

Le lendemain ils continuèrent leur route ,à travers les sables du désert. Privés d‘eau depuis longtemps et épuisés, ils s’assirent près d’un monticule de sable. La sainte Vierge implora Dieu, et une source abondante jaillit à côté d’elle et arrosa le terrain du voisinage. Joseph fit un petit bassin pour cette source, et creusa un conduit pour l’écoulement de l’eau. Ils se reposèrent en cet endroit. Marie lava l’Enfant Jésus. Joseph fit boire l’âne et remplit son outre d’eau. Puis, de vilaines bêtes comme d’énormes lézards, et aussi des tortues, s’approchèrent pour se rafraîchir. Elles ne firent pas de mal à la sainte Famille, mais les regardèrent d’un air amical. L’eau qui coulait de la source faisait un assez grand circuit et se perdait de nouveau dans la terre à peu de distance.

La portion de terrain qu’elle arrosait fut singulièrement bénie : bientôt il fut couvert de verdure, et le précieux arbre qui produit le baume y vont en grande quantité ; la Sainte Famille, à son retour d’Egypte, put déjà y prendre du baume. Ce lieu devint plus tard célèbre comme jardin de baume. Diverses personnes s’y établirent, et entre autres la mère de l’enfant du voleur qui avait été guéri de la lèpre. Une belle clôture formée de baumiers entourait le jardin, où se trouvaient plusieurs autres arbres fruitiers. À une époque postérieure, on creusa là un autre puits large et profond, d’où l’on tirait, à l’aide d’une roue mise en mouvement par des bœufs, une grande quantité d’eau qu’on mêlait avec celle de la source de Marie, pour arroser tout le jardin : sans ce mélange, l’eau du nouveau puits aurait été nuisible. Les bœufs qui mettaient la roue en mouvement ne travaillaient pas depuis le samedi à midi jusqu’au lundi matin.

 

Considération

Saint Joseph d’après le Père Huguet

 

Quand il s’agit de saint Joseph, comment n’alléguerait-on pas le Père Huguet, son grand zélateur, qui a tant fait et fait tant encore tous les jours pour l’extension de son culte ? C’est d’abord par son Propagateur de la dévotion à Saint Joseph, Bulletin mensuel du Culte Perpétuel, des Confréries, des Associations en son honneur, et des faveurs obtenues par sa puissante médiation, qu’il publie avec un zèle toujours croissant depuis 1862. C’est ensuite par tous les ouvrages qu’il ne cesse de publier à sa gloire et qui se multiplient sous sa plume avec une abondance presque prodigieuse. Il ne tient pas, il est vrai, à donner soit du neuf, soit du sien, et il semble ne vouloir que faire partager à tous les sentiments de son cœur si dévoué à saint Joseph, en nous les présentant sous toutes les formes qu’il peut leur donner. De sorte que de lui l’on ne sait vraiment quoi citer. Reproduisons néanmoins ce qu’il appelle dans son « Auréole de Saint Joseph » la profession solennelle de ses prérogatives et de ses grandeurs. C’est à lui qu’il parle et qu’il dit.

« Ô très saint, très glorieux, très puissant et très aimable Joseph, vous fûtes prévenu des plus précieuses bénédictions de Dieu, dès le sein de votre pieuse Mère, par la sanctification de votre âme et votre confirmation en grâce. À votre naissance, vous parûtes dans le monde comme le lien des deux Testaments, le commencement du Nouveau et la fin de l’Ancien, sans être entièrement à celui-ci ou à celui-là, mais tout à Jésus-Christ, la pierre angulaire qui les a liés ensemble.

La très Sainte Trinité vous favorisa de sublimes prérogatives qui vous ont élevé au-dessus de tous les Saints. Le Père éternel vous nomma pour son représentant sur la terre, pour servir de père, de parrain, de tuteur et de gouverneur à son Fils unique. Le Saint Esprit vous remplit de tous ses dons pour vous préparer aux desseins que Dieu avait eus sur vous de toute éternité. La Sagesse incarnée vous choisit pour être le soutien de sa Mère, son Père nourricier, et le gardien très fidèle de l’une et de l’autre.

L’auguste Reine du ciel et de la terre vous regarde toujours avec respect comme son seigneur, avec amour comme son cher et angélique Epoux, et avec confiance comme le très sage tuteur de son divin Fils. Vous fûtes égal aux Anges en pureté, aux Chérubins en science, et aux Séraphins en charité.

Votre saint cœur fut orné des grâces les plus précieuses qui aient été accordées aux justes depuis le commencement du monde. Vous unîtes vos adorations à celles de Marie, vos vœux aux cantiques des Anges, et vos offrandes aux présents des rois, pour saluer avec eux le Verbe fait chair dans l‘étable de Bethléem. Vous fûtes le témoin de la divine enfance de Jésus, le fidèle compagnon de son exil et son aide dans ses travaux. Votre cœur très pur servit de trône a Celui qui habitait avant tous les siècles dans le sein adorable de son Père.

Vous eûtes toujours les yeux du corps et de l’esprit fixés sur l’Enfant Dieu pour remarquer tous les mouvements de sa divine personne, et tirer de grands avantages pour la, perfection de votre âme des exemples d‘un modèle si accompli. Quand il reposait entre vos bras, vous le preniez avec autant de respect que d’amour sur votre cœur, vous le couvriez de vos baisers et de vos larmes, vous le caressiez avec des tendresses et des suavités ineffables.

Vous fûtes le premier chrétien et le premier apôtre du monde envoyé de Dieu pour y faire connaître le Messie. Vous adoriez souvent les desseins de la Providence qui vous avait mis en main un rabot, au lieu du sceptre des rois de Judée, vos ancêtres. Vous viviez plus heureux dans votre pauvre maison de Nazareth que vous n’eussiez fait dans le palais de David, votre aïeul.

Vous conversâtes pendant trente ans avec notre doux Sauveur et sa très Sainte Mère, acquérant en leur compagnie des richesses inestimables de grâces et de vertus. Votre sainte vie fut couronnée de la plus précieuse mort, rendant votre belle âme entre les mains de Jésus et de Marie, pour être portée par les Anges dans le sein d’Abraham, et peu de temps après conduite dans le ciel et réunie à son corps glorieux.

Enfin, et sans fin, puisque je ne prétends pas en mettre à vos grandeurs ni à vos louanges, vous fûtes admirable dans tous vos états et vos mystères. Noble dans votre origine, parfait dans votre corps, très pur dans votre âme, prudent dans votre conduite, vierge dans votre union angélique avec Marie, infatigable dans, vos travaux, éminent dans votre contemplation, sage dans toute votre vie, heureux dans votre mort, glorieux dans votre résurrection, surabondant de délices dans votre récompense, en un mot Joseph, Père de Jésus et Epoux de Marie !

Ô grandeurs ! Ô privilèges incommunicables ! Ô vertus sublimes ! Je les crois fermement, je les publie hautement. Ô Joseph, incomparable Joseph ! Je vous révère avec amour, je vous chéris avec respect, je vous honore en toute humilité ! Béni soit Dieu qui vous a élu et élevé à de si grandes choses ! Mon esprit est ravi et mon âme tressaille de joie à la vue de tant de merveilles renfermées dans votre auguste personne. Puisse Celui qui vous a fait le sujet d’une si haute et si éminente perfection, d’une gloire si accomplie et d’un mérite approchant de l’infini, répandre la connaissance et l’amour de votre nom par tout l’univers ! Plût à Dieu que toutes les créatures, ou au moins que toutes les âmes chrétiennes, enflammées d’un saint zèle, s’entendissent pour exalter la gloire de Jésus et de Marie en louant Saint Joseph !

Oh ! Que les hommes sont aveugles de ne pas voir les trésors de grâces que Dieu a mis entre vos mains, pour en disposer selon votre volonté en faveur de vos fidèles serviteurs ! »

 

Pratique

Pieux exercices

 

Le fidèle serviteur de Saint Joseph s’acquitte chaque jour de certains exercices de piété qu’il a arrêtés avec lui, selon son attrait ou ses besoins et auxquels il est aussi exact qu’à ceux qu’il a voués chaque jour à la Sainte Vierge. Ayons donc les nôtres bien fixés, bien déterminés, et que ce soit un devoir sacré pour nous de ne jamais y manquer. Nous le devons bien au saint Epoux de Marie, au glorieux Père nourricier de Jésus ; mais lors même que nous ne serions pas assez touchés de hommages à lui rendre, faisons-le au moins pour les avantages que nous y trouverons et les fruits de salut que nous en recueillerons. Ne nous imposons pas trop de graves obligations avec lui, si nous sommes exposés à les enfreindre, mais au moins soyons fidèles à celles plus ou moins adoucies que nous aurons contractées.

N’oublions pas, du reste, que ces exercices de piété doivent surtout tendre à notre avancement spirituel, et que les meilleurs sont les exercices de la vie intérieure. Les actes intérieurs relèvent admirablement le culte extérieur que nous rendons soit à Dieu, soit aux Saints. Ils enrichissent ceux qui les font avec ferveur et remplissent leur cœur d’amour et de vénération. Rien de plus aisé et de plus facile, d’ailleurs, que ces pieux exercices, puisqu‘on peut les pratiquer en tout temps et en tout lieu. Il suffit pour cela d‘une élévation d'esprit ou d’une oraison jaculatoire poussée avec ardeur vers le ciel, et animée de quelque acte intérieur qui lui donne sa valeur et son prix.

Ceux que l’on conseille ordinairement en l'honneur de saint Joseph sont les actes intérieurs de foi en ses glorieux privilèges, d’amour de complaisance d’abord, d’amour parfait ensuite, de louange, d’admiration, de confiance, d’offrande, d'humilité, de reconnaissance, d’imitation.

Le Père Lallemand pratiquait chaque jour, à la gloire du Saint Patriarche, quatre petits exercices intérieurs, deux dans la matinée et deux dans l’après-dîner, dont il tira de merveilleux avantages pour sa sanctification.

 

Prière

Tirée du Père Huguet

 

Mon très aimable Protecteur, saint Joseph, ne serais-je pas du nombre de ceux qui ont port à vos, bienfaits ? Votre bonté, dont j’ai si souvent éprouvé les effets, m’en donne l’assurance. Mais aussi je le déclare à la face du Ciel et de la terre, que les biens que j‘attends de vous ne sont pas la cause de l’amour que je vous porte, ni des services que je vous ai voués. C’est ce que vous êtes en vous-même qui vous a gagné mon cœur. Ce sont les rapports ineffables et personnels que vous avez avec la très Sainte Trinité qui me portent à vous aimer plus vivement et à vous invoquer plus assidûment que les autres bienheureux. Les unions saintes et célestes qui vous lient intimement à Dieu dans l'ordre de l’union hypostatique, sont les nœuds qui m'attachent indissolublement à vous. J’aime votre Fils et votre divine Epouse en vous aimant ; je m’approche de vous pour avoir de l’accès auprès d’eux ; je m’applique à imiter vos vertus pour avoir quelque ressemblance avec leurs perfections. Si jamais, comme je l’espère, j’ai le bonheur d’arriver au port de la céleste patrie, d‘être admis dans l’éternelle société de Jésus et de Marie, je confesserai que c’est, après Dieu et sa sainte Mère, au glorieux saint Joseph que je dois ce bonheur et cette gloire.

C'est dans ces sentiments que je vous renouvelle en ce moment ma consécration, en vous disant : « Ô Bienheureux Joseph, digne Epoux de la Reine des vierges, je me consacre à votre culte et me donne tout à vous ; soyez mon père, mon protecteur et mon guide dans la voie du salut ; obtenez-moi la grâce de faire, à votre exemple, toutes mes actions pour la plus grande gloire de Dieu, en expiation de mes péchés et en réparation des outrages faits aux sacrés Cœurs de Jésus et, de Marie. C’est ce que je vous demande, en vous priant de m’assister tous les jours de ma vie, et particulièrement à l’heure de ma mort. Ainsi soif-il ».

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

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20 mars 2019

Le Mois de Saint Joseph

Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Vingt-et-unième jour

Purification

 

Mais les jours de la Purification de Marie et de la Présentation de l’Enfant au Seigneur vont s’accomplir, et les saints parents de Jésus suivent lentement la route, assez courte, du reste, qui va de Bethléem à Jérusalem. Ils y mettent beaucoup de temps et s’arrêtent souvent. À midi, ils arrivent près d’un puits recouvert d‘un toit et se reposent sur des bancs qui l’entourent. Là, deux femmes viennent près de la sainte Vierge et lui apportent deux petites cruches avec du baume et des petits pains.

L’offrande de la Sainte Vierge pour le Temple était dans une corbeille suspendue aux flancs de l’âne. Cette corbeille avait trois compartiments, dont deux étaient recouverts et contenaient des fruits. Le troisième formait une cage a jour où l’on voyait deux colombes.

Vers le soir, à environ un quart de lieue en avant de Jérusalem, ils arrivent à une petite hôtellerie tenue par deux vieux époux sans enfants, qui les reçurent très affectueusement. C’étaient des Esséniens, parents de Jeanne Chusa. Le mari s’occupait de jardinage, taillait les haies et était chargé de quelque chose relativement au chemin.

Le lendemain, la sainte Famille passa toute la journée chez ses vieux hôtes. La sainte Vierge fut presque tout le temps dans une chambre, seule avec l‘Enfant qui était posé sur un tapis. Elle était toujours en prières et paraissait se préparer pour la cérémonie qui allait avoir lieu. Et l’on vit apparaître dans la chambre plusieurs Anges qui adorèrent l’Enfant Jésus. La Sainte Vierge en fut très émue. Pour les bons hôtes, ils montrèrent toute espèce de prévenances envers la Sainte Vierge. Ils devaient avoir un pressentiment de la sainteté de l’Enfant Jésus.

Et le matin étant arrivé, avant le jour, la Sainte Famille, accompagnée de ses hôtes, quitta son hôtellerie avec les corbeilles où étaient les offrandes, et se rendit au Temple de Jérusalem. Ils entrèrent d'abord dans une cour entourée de murs, attenante au Temple. Pendant que Saint Joseph et son hôte plaçaient l’âne sous un hangar, la Sainte Vierge fut accueillie très amicalement par une femme âgée, qui la conduisit plus loin par un passage couvert. Elles avaient une lanterne, car il faisait encore sombre. Dès leur entrée dans ce passage, le vieux Siméon vint au-devant de Marie. Il lui adressa quelques paroles qui exprimaient sa joie, prit l’Enfant qu’il serra contre son cœur, et revint en hâte au Temple par un autre chemin. Ce que l’Ange lui avait dit la veille lui avait inspiré un si vif désir de voir l’Enfant après lequel il avait si longtemps soupiré, qu’il attendait depuis plusieurs heures l’arrivée des femmes. Il portait de longs vêtements comme faisaient les prêtres hors de l’exercice de leurs fonctions. il était souvent dans le Temple, et toujours en qualité de prêtre, mais qui n'occupait pas un rang élevé dans la hiérarchie. Rien ne le distinguait que sa rare piété, sa simplicité et les lumières extraordinaires dont il était favorisé.

La sainte Vierge fut conduite par la femme qui lui servait de guide jusqu’au vestibule du Temple, Où la présentation devait avoir lieu , et où elle fut reçue par Anne la prophétesse, et par Noémie, son ancienne maîtresse, lesquelles habitaient l’une et l’autre de ce côté du Temple. Siméon, qui était venu de nouveau à la rencontre de la sainte Vierge, la conduisit au lieu où se faisait le rachat des premiers-nés. Anne, a laquelle saint Joseph donna la corbeille où était l’offrande, la suivit avec Noémie. Les colombes étaient dans le des sous de la corbeille ; la partie supérieure était remplie de fruits. Saint Joseph se rendit par une autre porte au lieu où se tenaient les hommes.

On savait dans le Temple que plusieurs femmes devaient venir pour la présentation de leurs premiers-nés, et tout était préparé pour cela. La pièce où se fit la cérémonie était bien aussi grande que l’église principale de Dulmen. Contre les murs étaient des lampes allumées qui formaient toujours une pyramide. La flamme sortait à l’extrémité d’un conduit recourbé par un bec d’or qui brillait presque autant qu‘elle. À ce bec était attaché par un ressort une espèce de petit éteignoir qui, relevé en haut, éteignait la lumière sans qu’elle répandit d’odeur, et qu’on retirait par en bas lorsqu’on voulait allumer.

Cependant plusieurs prêtres avaient apporté devant une espèce d’autel, aux coins duquel se trouvaient comme des cornes, une sorte de coffret quadrangulaire un peu allongé, qui formait le support d’une table assez large sur laquelle était posée une grande plaque. Ils mirent par-dessus une couverture rouge, puis une autre couverture blanche transparente, qui pendait tout autour jusqu’à terre. Aux quatre coins de cette table furent placées des lampes allumées à plusieurs branches, et au milieu, autour d’une espèce de berceau, deux plats ovales et deux petites corbeilles. Ils avaient tiré tous ces objets des compartiments du coffre, où ils avaient pris aussi des habits sacerdotaux, qu’on avait placés sur un autel fixe. Un grillage entourait la table destinée à recevoir les offrandes. Des deux côtés de cette pièce du Temple il y avait des rangées de sièges, dont l’une était plus élevée que l’autre, et était occupée par des prêtres en prières. Siméon s’approcha alors de la sainte Vierge, qui tenait dans ses bras l'Enfant Jésus enveloppé dans une étoffe bleu de ciel, et la conduisit par la grille à la table des offrandes, où elle plaça l'Enfant dans le berceau. À partir de ce moment, le Temple fut rempli d‘une lumière dont rien ne peut rendre l’éclat. C’est que Dieu y était, et au-dessus de l'Enfant l’on vit les cieux ouverts jusqu’au trône de la très Sainte Trinité. Siméon reconduisit ensuite la Sainte Vierge au lieu où se tenaient les femmes derrière un grillage. Marie portait un vêtement couleur bleu de ciel et un voile blanc ; elle était enveloppée dans un long manteau d’une couleur tirant sur le jaune.

Siméon alla ensuite a l’autel fixe, sur lequel étaient placés les vêtements sacerdotaux, et il se revêtit pour la cérémonie, ainsi que trois autres prètres. Ils avaient au bras une espèce de petit bouclier, et sur la tête une sorte de mitre. L’un d‘eux se tenait derrière la table des offrandes, l’autre devant, deux autres étaient aux côtés, et ils récitèrent des prières sur l’Enfant.

Anne la prophétesse s‘approcha alors de Marie, lui présenta la corbeille des offrandes, qui renfermait dans deux compartiments, placés l’un au-dessus de l’autre, des fruits et des colombes, et la conduisit au grillage qui était devant la table des offrandes, et devant lequel elles s‘arrêtèrent l‘une et l’autre. Siméon, qui se tenait devant la table, ouvrit la grille, conduisit Marie devant la table, et y plaça son offrande. Dans un des plats ovales on plaça des fruits, dans l’autre des pièces de monnaie ; les colombes restèrent dans la corbeille.

Siméon resta avec Marie devant l'autel des offrandes ; le prêtre placé derrière l’autel prit l’Enfant Jésus, l’éleva en l’air en le présentant vers différents côtés du Temple, et pria longtemps. Il donna ensuite l‘Enfant à Siméon, qui le remit sur le bras de Marie, et lut des prières dans un rouleau placé près de lui sur un pupitre.

Cette partie de la cérémonie terminée, Siméon reconduisit la sainte Vierge devant la balustrade, où l’attendait la prophétesse Anne, qui la ramena à la place où se tenaient les femmes. Il y en avait là une vingtaine, venues pour présenter au Temple leurs premiers-nés. Joseph et d’autres hommes se tenaient plus loin, à l’endroit qui leur était assigné. Alors les prêtres, qui étaient devant l’autel, commencèrent un service avec des encensements et des prières ; ceux qui se trouvaient sur les sièges y prirent part en faisant quelques gestes, mais non exagérés comme ceux des Juifs d‘aujourd‘hui. Quand cette cérémonie fut finie, Siméon vint à l’endroit où se trouvait Marie, reçut d’elle l’Enfant-Jésus, qu’il prit dans ses bras, et, plein d’un joyeux enthousiasme, parla de lui longtemps, et en termes très expressifs. Il remercia Dieu d’avoir accompli sa promesse, et dit, entre autres choses : « C’est maintenant, Seigneur, que, selon votre parole, vous renvoyez votre serviteur en paix, puisque mes yeux ont vu le Sauveur que vous nous donnez et que vous destinez à apparaître, au milieu des peuples, comme la lumière qui éclairera les nations et la gloire de votre peuple d’Israël ».

Saint Joseph s’était rapproché après l’offrande. Ainsi que Marie, il écouta avec respect les paroles inspirées de Siméon, qui les bénit tous deux, et dit à Marie : « Oui, cet Enfant est venu pour la ruine comme pour la résurrection de plusieurs en Israël. Il sera comme un signe de contradiction ; et votre âme, à vous-même, sera percée d’un glaive, afin que l’on voie révélées les pensées cachées au fond de beaucoup de cœurs ».

Et quand le saint vieillard eut fini de parler, la prophétesse Anne fut aussi inspirée, parla longtemps de l’Enfant Jésus, et appela sa mère Bienheureuse.

Les assistants écoutaient tout cela avec émotion, mais pourtant sans qu’il en résultât aucun trouble ; les prêtres mêmes parurent en entendre quelque chose. Il semblait que cette manière enthousiaste de prier à haute voix ne fût pas une chose tout à fait inaccoutumée, que des choses semblables arrivassent souvent, et que tout dût se passer ainsi. Tous les assistants cependant étaient extrêmement émus en leur cœur. Tous donnèrent à l’Enfant et à sa Mère de grandes marques de respect. Marie brillait comme une rose céleste.

Quoique la sainte Famille vint de présenter l’offrande des pauvres, Joseph n’en donna pas moins secrètement au vieux Siméon et à la prophétesse Anne beaucoup de petites pièces jaunes triangulaires, destinées spécialement aux pauvres vierges élevées dans le Temple, et hors d’état de payer les frais de leur entretien.

Après quoi, la Sainte Vierge, tenant l’Enfant dans ses bras, fut reconduite par Anne et Noémie à la cour où elles l’avaient prise,et où elles se firent réciproquement leurs adieux. Joseph y était déjà avec ses deux hôtes. Il avait amené l’âne sur lequel Marie monta avec l’Enfant, et ils partirent aussitôt du Temple, traversant Jérusalem et se dirigeant vers Nazareth.

Qu’en fut-il des autres premiers-nés amenés au Temple en ce jour ? Quoi qu’il en ait été, il est certain que tous reçurent des grâces particulières, et que beaucoup d’entre eux furent du nombre des Saints Innocents égorgés par ordre d’Hérode.

La cérémonie de la Présentation dut être terminée le matin, vers neuf heures, car c‘est alors que partit la sainte Famille. Ils allèrent ce jour-là jusqu’à Béthoron, et passèrent la nuit dans la maison qui avait été la dernière station de la sainte Vierge treize ans auparavant, lorsqu’elle fut conduite au Temple. La maison paraissait habitée par un docteur de la loi. Ils y étaient attendus par des gens que Sainte Anne y avait envoyés au-devant d’eux. Ils revinrent à Nazareth par un chemin beaucoup plus direct que celui qu’ils avaient pris en allant à Bethléem, lorsqu’ils évitaient les bourgs et n’entraient que dans des maisons isolées.

Joseph avait laissé chez son parent la jeune ânesse qui lui avait montré le chemin dans le voyage à Bethléem ; car il songeait toujours à revenir à Bethléem et a se construire une demeure dans la vallée des Bergers. Il avait parlé de ce projet aux bergers, et leur avait dit qu’il voulait seulement que Marie passât un certain temps chez sa mère pour se remettre des fatigues de son mauvais gîte de Bethléem. Il avait, à cause de cela, laissé beaucoup de choses chez les bergers.

Joseph avait avec lui une singulière espèce de monnaie qu’il avait reçue des trois rois. Il avait à sa robe une espèce de poche intérieure où il portait une quantité de feuilles de métal jaune, minces, brillantes, et repliées les unes sur les autres. Elles étaient carrées, avec les coins arrondis; il y avait quelque chose de gravé. Les pièces d’argent que reçut Judas pour prix de sa trahison étaient plus épaisses et en forme de langues.

 

Considération

Saint Joseph d'après Mgr d’Angers

 

Voici ce que disait Mgr Angebault, dernier évêque d’Angers, dans son beau Mandement de 1866, sur la dévotion a saint Joseph :

« Que l'Eglise ait constamment regardé comme un de ses plus grands Saints cet. humble Patriarche, c‘est un fait sur lequel l’histoire ne laisse aucun doute. Aussi bien, il n’en pouvait être autrement ; le choix que Dieu avait fait de lui pour être l’Epoux de la Vierge Marie, les fonctions qu’il lui a été donné de remplir, ses admirables vertus, n’étaient-ce pas autant de titres de nature a lui assurer dans l’estime et l‘amour de la sainte Eglise un rang d’honneur, une place privilégiée ?

Cette sainteté, toutefois, toujours reconnue, ne devait pas, dès le début, manifester son vif éclat.

Humble, obscur, caché durant sa vie terrestre, saint Joseph devait l‘être aussi dans sa vie céleste. Le nuage qui avait enveloppé sa vie admirable devait prolonger ses voiles jusqu’au delà de la tombe, et, dérobant pour de longs siècles, sa splendeur à la terre, en réservant l’éclat aux phalanges des Cieux.

Mais pourquoi Dieu a-t-il gardé pour notre siècle la manifestation solennelle, après tant d’années d’obscurité, de la vie, des vertus, de la sainteté, de la gloire de saint Joseph ? Ne serait-ce point dans le dessein de nous donner, par l’opposition éclatante de sa vie, par la nature de sa sainteté, par le caractère de ses vertus, une de ces leçons salutaires qu‘il puise dans ses trésors, selon les besoins des temps ?

Quelles Vertus brillent en saint Joseph au-dessus de toutes les autres qu’elles inspirent et qu’elles résument ? N'est-ce pas une fidélité inviolable à Jésus-Christ, un complet détachement des biens de la terre, la perfection dans la famille, c’est-à-dire les vertus mêmes qui nous manquent ?

Fidélité inviolable à Jésus-Christ! Le plus beau titre de saint Joseph, son éternel honneur, c’est d’avoir été choisi pour être le gardien de Jésus ; et avec quelle fidélité il remplit ces fonctions divines ! Il garde Jésus dès le sein de sa mère contre les calomnies des hommes, à l’ombre de sa paternité ; il le garde au moment de sa naissance, en lui procurant l’étable pour abri. Quand les bergers, quand les mages viendront voir et adorer le nouveau-né, il sera à côté de la crèche. Plus tard, il prend l’Enfant, et, pour le soustraire aux fureurs d’Hérode, il le conduit en Egypte et reste près de lui durant le voyage, près de lui sur la terre étrangère, près de lui à son retour. Durant son enfance, sa jeunesse, il est encore près de lui, veillant sur lui, le protégeant, et, quand il le perd à l’âge de douze ans, le recherchant avec toute la sollicitude de son vigilant amour. Enfin, à l’heure qui marquera la fin de sa vie, Jésus à son tour sera près de lui. C’est dans ses bras qu‘il rendra le dernier soupir et donnera ainsi le dernier trait à sa fidélité inviolable à Jésus-Christ.

Et que dire de la vie pauvre de Joseph qui ne soit connu de tous ? Joseph était de la famille de David ; ses pères avaient régné sur Juda ; il pouvait compter dans ses ancêtres ce prince si magnifique, si puissant, qu’on venait de l’Orient pour admirer sa splendeur. Nourrira-t-il dans son âme l’ambition de retrouver une part de ces richesses perdues, de cette gloire éclipsée ? Il n’en sera rien. Joseph, né pauvre, mourra pauvre, et l’humble travail de ses mains n’aura pour objet que de procurer à sa famille le pain de la vie, sans songer jamais à acquérir des richesses qu’il méprise et une élévation qu'il dédaigne.

Enfin, Joseph n’est-il pas le chef, le représentant de la famille de Nazareth, si justement appelée la sainte Famille, famille parfaite, famille bien au-dessus de toutes les autres, éternel modèle de toute famille chrétienne, parce qu‘elle renferme en elle a un degré suprême ce qui donne à toute famille la beauté dans la force, l’autorité reconnue et respectée dans le chef, qui est le père, et la vertu, et dans le chef, et dans les membres...

Et quelles vertus brillent dans cette sainte Famille, ou plutôt de quelle vertu ne brille-t-elle pas ? La religion, la justice, la tempérance, la piété, l‘innocence, sont les hôtes habituels de ce foyer béni, et le travail, l’ordre, la simplicité courageuse, jettent sur cette pauvre demeure un tel éclat, que jusqu’à la fin des siècles elle brillera d‘un éternel honneur aux yeux de ceux qui aiment ce qui est juste, ce qui est bon, ce qui est saint.

Entrevoyez-vous maintenant le dessein de Dieu ? Voyez-vous la raison de ce grand développement du culte de saint Joseph ? Du côté de Dieu, c’est la réalisation d’un de ces desseins de sagesse et d’amour qui présente aux maux le remède pour les guérir. De notre part, c’est la manifestation de la conscience de nos plaies. Dieu nous appelle à Joseph,et du plus intime des douleurs même de notre temps, une puissance nous pousse à ses autels. Nous avons besoin, nous le sentons, de contempler dans l’humble charpentier de Nazareth, comme dans un parfait modèle, ces vertus qui nous manquent, infidélité inviolable à Jésus-Christ, le détachement des biens de ce monde, la sainteté de la famille, comme aussi de trouver dans le puissant concours de son intercession la force et le courage de les accomplir.

Donc, cette dévotion à saint Joseph n’est point un fait du au hasard, un attrait de l’enthousiasme, un fruit d’une piété exaltée. Non. C’est un fait qui a ses racines profondes. Tout s’éclaire, tout s’explique, tout se justifie. La dévotion à saint Joseph, c’est, dans le champ de la sainte Eglise de Jésus-Christ, une fleur que Dieu avait tenue en réserve pour nos temps, et qui, venue à son heure, s’épanouit radieuse à nos regards ».

 

Pratique

Lampes de Saint Joseph

 

L’usage des lampes est ancien dans l’Eglise, et non seulement remonte aux temps apostoliques, mais a même été emprunté de l‘ancienne loi, selon ce qui se pratiqua d’abord dans le Tabernacle et ensuite dans le Temple de Jérusalem. Il est de rigueur dans toute l’Eglise catholique qu’au moins une lampe brûle nuit et jour devant le saint Sacrement. C’est une sorte de manifestation du culte de l’adoration envers. Notre Seigneur, comme celles que l’on entretient devant les images des Saints sont un témoignage de notre vénération à leur égard. On ne saurait toujours être en prière devant une image ou une statue. Les devoirs de la position que l’on occupe, les mille nécessités de la vie, forcent à diminuer et la longueur et le nombre des visites que l’on voudrait faire au pied des autels. On met alors une lampe devant la statue, et la flamme qui s’en élève prie constamment pour l‘âme que ses occupations retiennent ailleurs. C’est un mémorial qui ne cesse de rappeler au Saint et la personne qui l’invoque et la grâce qu’elle sollicite.

Que les lampes placées, allumées et entretenues devant les images de saint Joseph, doivent donc lui être agréables et propres à attirer sur nous sa particulière protection ! Non seulement vous pouvez faire à saint Joseph l’offrande d‘une de ces lampes, mais, sans vous charger seul des frais de son entretien continuel. vous pouvez vous mettre à plusieurs pour couvrir ces frais, ou bien en faire la dépense pendant un certain temps, ou bien déposer votre offrande dans un tronc qui serait destiné à cet effet. Un zélé serviteur de saint Joseph serait même heureux de prendre le soin voulu de ces lampes.

On a vu des personnes qui entretenaient de ces lampes allumées pendant une neuvaine, un mois, tel ou tel laps de temps, devant les images de Saint Joseph qu’elles possédaient dans leurs maisons particulières…

 

Prière des réunions de l’Archiconfrérie d’Angers

 

Ô Joseph, vous qui, par votre fidélité aux inspirations du ciel, avez mérité, au milieu des plus rudes travaux, des mépris du monde, des épreuves de la vie, que le Saint Esprit vous donnât le titre de Juste ; que Dieu le Père vous confiait avec Marie, la Reine des Vierges, Jésus son divin Fils ; nous vous en conjurons, aujourd’hui que vous êtes tout-puissant auprès de Dieu, souvenez-vous de nous qui languissons encore dans cette vallée de larmes, exposés aux embûches des plus cruels ennemis. Obtenez-nous le mépris des faux biens du siècle, la victoire sur nos passions, un dévouement sans bornes au service de Dieu, une tendre confiance pour Jésus votre Fils, pour Marie votre Epouse. Ô Joseph, soyez notre guide, notre patron, notre modèle, pendant le cours de cette vie ; soyez notre défenseur a la mort. Nous vous en supplions par l‘amour que vous portez à Jésus et à Marie. Nous vous conjurons de demander les mêmes grâces pour tous ceux qui se sont associés avec nous dans le but d’étendre votre culte. Écoutez leurs prières, secondez leurs efforts, et obtenez que, pour prix de leur zèle, ils soient réunis un jour autour de votre trône, aux pieds de Jésus et de Marie. Ainsi soit-il.

 

Cœur sacré de Jésus, ayez pitié de nous.

Cœur immaculé de Marie, intercédez pour nous.

Saint Joseph, priez pour nous.

Après quoi l’on ajoute un Pater et un Ave aux diverses intentions des Associés.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

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