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25 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Vingt-sixième jour

Dévotion de Vincent, et sa piété envers Dieu

 

La dévotion est une vertu par laquelle nous nous portons à toutes les choses qui regardent le culte et le service de Dieu, avec une affection toute singulière et un désir de le glorifier et honorer, qui n'a point d'autres bornes que celles qui lui sont prescrites par la charité. Et comme nous pouvons honorer et glorifier Dieu par l'exercice de toutes sortes de vertus, pour cette raison Saint Ambroise a fort bien dit que la dévotion était le fondement des autres vertus ; et Saint Augustin assure que les vraies vertus ne se peuvent trouver, sinon en ceux qui ont une véritable dévotion et piété envers Dieu.

Comme donc Vincent a excellé eu toutes sortes de vertus, ainsi que nous avons vu dans le courant de ce mois, il n'y a pas lieu de douter qu'il n'ait possédé celle-ci en un degré très excellent, et qu'il n'ait été doué d'un dévotion sincère et parfaite pour tout ce qui concernait le culte et l'honneur de Dieu.

La dévotion de ce saint homme était fondée sur une très haute estime de la grandeur infinie de Dieu, et sur un très profond respect envers sa divine Majesté. Ses humiliations merveilleuses dans toutes les actions de religion, les termes remplis d'honneur et de respect qu'il employait, quand il était question de parler de Dieu, et l'affection toute singulière avec laquelle il s'efforçait de répandre dans tous les esprits une très grande estime et reconnaissance des grandeurs et des perfections de Dieu, ont été des marques évidentes de cette sainte disposition qu'il avait dans le cœur.

« Étudions-nous, mes frères, disait-il un jour à sa communauté, à concevoir une grande, mais une très-grande estime de la majesté et de la sainteté de Dieu ; si nous avions la vue de notre esprit assez forte pour pénétrer quelque peu dans l'immensité de sa souveraine excellence, ô Jésus ! Que nous en rapporterions de hauts sentiments ! Nous pourrions bien dire, comme Saint Paul, que les yeux n'ont jamais vu, ni les oreilles ouï, ni l'esprit conçu quelque chose qui lui soit comparable. C'est un abîme de perfection, un être éternel, très saint, très pur, très parfait et infiniment glorieux ; un bien infini qui comprend tous les biens, et qui est en soi incompréhensible. Or, cette connaissance que nous avons que Dieu est infiniment élevé au-dessus de toutes connaissances et de tout entendement créé, nous doit suffire pour nous le faire estimer infiniment, pour nous anéantir en sa présence, et pour nous faire parler de sa Majesté suprême avec un grand sentiment de révérence et de soumission ; et à proportion que nous l'estimerons, nous l'aimerons aussi ; et cet amour produira en nous un désir insatiable de reconnaître ses bienfaits, et de lui procurer de vrais adorateurs ».

Il avait une aversion incroyable contre l'orgueil, à cause que ce vice ravit à Dieu l'honneur qui lui est dû, et fait que les superbes se l'attribuent avec autant de témérité que d'injustice ; et, pour cela, il lui faisait une guerre continuelle, non-seulement en lui même, mais en tous ceux qui étaient sous sa conduite. Nous rapporterons ici quelques-uns de ses sentiments, qu'il écrivit un jour à un de ses prêtres qui travaillait en mission : « Oh ! que je suis consolé, lui dit-il, de ce que vous me mandez que ce bon peuple fait bien son devoir! Car je ne saurais vous dire combien je craignais qu'il ne le fit pas. À Dieu seul en soit la gloire, et que ceux qui travaillent lui rendent fidèlement cette reconnaissance, que si leurs petits travaux ont quelque succès, et s'ils produisent quelque bon effet, c'est Dieu qui l'a fait, et c'est à lui seul à qui il en faut rendre tout l'honneur. Oh ! Monsieur, que celui-là apporterait un grand empêchement à la sanctification du nom de Dieu, et à la justification des âmes, qui s'attribuerait l'un ou l'autre, ou qui penserait y avoir quelque part ! Plaise à la bonté divine qu'il n'arrive jamais qu'aucun de la Mission admette en son esprit une telle pensée ; ce serait sans doute un grand sacrilège qu'il commettrait, et tout le corps de la congrégation se rendrait coupable du même crime, s'il se flattait de cette malheureuse opinion, que par ses emplois il convertit des peuples à Dieu, et qu'il est pour cela digne d'être estimé et considéré. Oh ! que je désire que nous gravions bien avant dans nos cœurs cette vérité, que ceux-là qui pensent être les auteurs de quelque bien ou y avoir quelque part, et qui prennent quelque complaisance en cette pensée, perdent beaucoup plus qu'ils ne gagnent en ce même bien ! »

Mais c'était principalement en la célébration publique des offices divins, que la dévotion de ce grand serviteur de Dieu paraissait, avec une édification toute singulière des assistants ; lorsqu'il pouvait assister au chœur pour chanter ou psalmodier, il le faisait avec un grand recueillement d'esprit ; en sorte qu'on le voyait comme tout ravi et élevé en Dieu. Il recommandait aussi très souvent à sa communauté de s'acquitter de ce devoir envers Dieu avec respect et sentiment de piété, d'aller posément, tenir les yeux baissés ou arrêtés sur le bréviaire, sans regarder ni d'un côté ni d'autre ; et quoiqu'il eût un cœur tout rempli de mansuétude, il ne pouvait néanmoins souffrir les moindres fautes qui se commettaient dans les offices divins ; comme au contraire il ne pouvait assez témoigner sa joie, quand on faisait cette action de la manière qu'il convient.

Comme l'église, dans ses fêtes principales, nous invite à honorer plus particulièrement les mystères dont elle solennise la mémoire, c'était en ces jours-là que Vincent faisait paraître une dévotion tout extraordinaire ; il y célébrait ordinairement la grand' messe et officiait à vêpres, mais avec une telle récollection, modestie et gravité, qu'il était aisé de connaître combien il était appliqué intérieurement à Dieu. Et quoique sa dévotion fût telle pour la célébration des grandes fêtes, elles ne paraissait pas moindre aux autres jours, pour toutes les actions qui concernait le culte et l'honneur qu'il rendait à Dieu. Il se levait régulièrement à quatre heures, comme il a été dit, quoiqu'il se couchât toujours fort tard, et qu'il passât beaucoup de nuits sans pouvoir reposer plus de deux heures, comme il l'a quelquefois lui-même avoué; et, nonobstant cela, dès le premier signal il se levait avec une telle promptitude et ferveur, que le second coup de la cloche qu'on sonnait ne le trouvait jamais en la même posture que le premier; il ne manquait pas de rendre ensuite aveu grande humilité ses premiers devoirs à Dieu.

Voici ce qui a été écrit de sa propre main, qu'il a donné à une personne de très grande qualité pour bien faire cette action : « Étant levé, j'adorerai la majesté de Dieu, et lui rendrai grâce de la gloire qu'il possède, de celle qu'il a donnée à son Fils, à la Sainte Vierge, aux Saints Anges, à mon ange gardien, à Saint Jean-Baptiste, aux Apôtres, à Saint Joseph, et à tous les saints et saintes du Paradis. Je le remercierai aussi des grâces qu'il a faites à la sainte Eglise et en particulier de celles que j'ai reçues de lui, nommément de ce qu'il m'a conservé pendant la nuit. Je lui offrirai mes pensées, mes paroles et mes actions, en l'union de celles de Jésus-Christ, et je le prierai qu'il me garde de l'offenser, et qu'il me donne la grâce d'accomplir fidèlement tout ce qu'il lui sera le plus agréable ». Après ces actes de religion et de reconnaissance, il faisait son lit, et puis il s'en allait à l'Église devant le Saint Sacrement, où nonobstant toutes ses incommodités, il arrivait ordinairement avant la demi-heure, et plus tôt que beaucoup d'autres. Il témoignait une grande joie de voir tous les matins la communauté assemblée devant Notre Seigneur et il congratulait fort les plus diligents et les plus assidus, et avait peine quand il en voyait quelques-uns traîner après les autres.

 

Fleurs Spirituelles

 

« Si en parlant de bouche à Dieu, on lui parle en même temps de cœur, faisant attention que c'est à Dieu qu'on s'adresse, et entrant dans les sentiments que les paroles expriment, on fait une prière qui est tout à la fois vocale et mentale ; une telle prière est très utile ». (Sainte Thérèse).

« Une prière bien faite est très-agréable aux Anges, ce qui fait qu'ils aiment beaucoup ceux qui prient. Au contraire, une telle prière est un grand tourment pour le démon, qui s'efforce de troubler et de distraire ceux qui vaquent à ce saint exercice ». (Saint Jean Chrysostôme).

Pratique : Faites aujourd'hui toutes vos prières vocales avec beaucoup de recueillement et d'attention. Priez pour les personnes qui s'adonnent souvent au saint exercice de la prière.

 

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10 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Onzième jour

Mortification de Saint Vincent

 

Il n'y a rien de plus grand ni de plus relevé dans la vie du chrétien, (comme dit Saint Ambroise), que d'exercer son âme dans la pratique des vertus, et pour cet effet, afin qu'elle apprenne à se soumettre, et qu'elle se rende docile à la conduite de la raison, en sorte que nonobstant les travaux et les difficultés qu'elle peut ressentir dans cet exercice, elle ne laisse pas de se porter courageusement à l'exécution des bons désirs et des saintes résolutions qu'elle aura conçus dans son cœur. Et certes, ce n'est pas sans raison que ce Saint docteur a parlé de la sorte, car puisque selon le sentiment du Sage, c'est une chose bien glorieuse que de suivre le Seigneur et que le premier pas qu'il faut faire pour marcher à sa suite, comme lui6même le déclare dans l'Évangile, c'est de renoncer à soi-même et de porter sa croix, il s'ensuit que le chrétien, doit regarder l'abnégation et la mortification comme un titre de noblesse, et comme une marque, qu'on .a l'honneur d'appartenir à Jésus-Christ et d'être de sa suite. Or, Vincent ayant toujours une profession particulière de suivre ce divin Sauveur et de marcher sur les traces de ses exemples, il n'y a pas lieu de douter qu'il n'ait été honoré de ses plus chères livrées, et que, selon la parole de l'apôtre, il n'ait porté en son corps la mortification de Jésus-Christ ; en sorte que sa vie n'a été presque qu'un sacrifice continuel de son corps et de tous ses sens, de son âme et de ses puissances, et enfin de tous les désirs et mouvements de son cœur; et c'est de l'abondance de ce cœur parfaitement mortifié, que s'entretenant un jour avec les siens, sur ces paroles de Jésus-Christ dans l'évangile, si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi même, qu'il porte sa croix et qu'il me suive.

C'est-là, leur dit-il, le conseil que Notre Seigneur donne à ceux qui se présentent à lui pour le suivre ; il leur déclare que la première démarche qu'il doivent faire est de renoncer à eux-mêmes et ensuite de porter leur croix, et puis persévérer constamment en l'un et en l'autre jusqu'à la fin. Mais nous pouvons bien appliquer à ce sujet ce que ce divin Sauveur a dit en une autre occasion : qu'il y en a peu qui se donnent vraiment à Jésus-Christ pour le suivre sous ces conditions. De là est venu que de tant de milliers de personnes qui le suivaient pour l'entendre, presque toutes l'ont abandonné et se sont retirées parce qu'elles ne le suivaient pas préparées de la sorte que Notre Seigneur leur disait qu'il le fallait être, et qu'elles n'étaient pas dans la disposition de se mortifier et de porter leur croix. C'est donc une nécessité à quiconque veut être disciple de ce divin maître, de renoncer à son propre jugement, à sa volonté, à ses sens, à ses passions, etc.

Par le jugement on entend la science, l'intelligence et le raisonnement. Oh ! Quel avantage pour un chrétien de soumettre ses lumières et sa raison pour l'amour de Dieu! qu'est-ce que cela, sinon suivre et imiter Jésus-Christ et lui faire un sacrifice de son propre jugement? Par exemple, on met une question en avant, chacun en dit son avis, on aime à montrer ce qu'on en pense, or, pour renoncer à soi-même en une telle occasion, il ne faut pas refuser d'en dire son sentiment, ruais il faut se tenir dans la disposition de soumettre son jugement et sa raison, en sorte que l'on suive volontiers, et même que l'on préfère le jugement d'autrui au sien propre.

Pour ce qui est de renoncer à sa propre volonté, Notre Seigneur nous en a donné l'exemple pendant tout le cours de sa vie et jusqu'à la mort, s'étant continuellement étudié de faire non sa volonté, mais celle de son père et d'accomplir en toutes choses ce qu'il connaissait lui être agréable. Oh que s'il plaisait à Dieu de nous prévenir de tant de grâces, que nous demeurassions toujours dans l'accomplissement de sa volonté, obéissant à ses commandements, aux règles de notre état et aux ordres de l'obéissance, nous serions alors les vrais disciples de son Fils; mais tant que nous serons attachés à notre propre volonté nous n'aurons point de disposition pour le suivre, ni de mérite à porter nos peines, ni de part avec lui.

Nous devons encore mortifier nos sens et veiller continuellement sur eux, pour les assujettir à Dieu! Oh ! Que la curiosité de voir et d'écouter est dangereuse, et qu'elle a de force pour détourner notre esprit de Dieu ! Que nous devons beaucoup prier Notre Seigneur, afin qu'il nous fasse la grâce de renoncer à cette curiosité qui a été la cause de la perte de nos premiers parents.

Jusqu'ici ce sont les paroles de Vincent que nous avons rapportées comme des fidèles expressions, non-seulement des pensées de son esprit, mais encore plus des affections et dispositions de son cœur, touchant cette vertu de mortification que l'on peut dire avoir été une de celles, qu'il a le plus universellement et constamment pratiquée pendant tout le cours de sa vie, et jusqu'à son dernier soupir. Il est vrai qu'il ne faisait pas paraître au-dehors une vie fort austère, estimant qu'une vie commune en apparence était la plus convenable pour réussir au service des peuples et des ecclésiastiques, auxquels Dieu l'avait destiné ; étant aussi la plus rapportante à la vie de Jésus-Christ et des Saints Apôtres, sur le modèle de laquelle il voulait élever les missionnaires de sa congrégation : et, par conséquent, il se croyait obligé de leur en donner l'exemple, se conformant à eux, pour l'extérieur d'une vie bien réglée, qui n'est ni trop large, ni trop étroite, ni trop douce, ni trop rigoureuse; mais, en son particulier, il se traitait fort âprement, faisant souffrir son corps en diverses manières, mortifiant sans cesse son intérieur, pour tenir l'un et l'autre parfaitement soumis aux volontés de Dieu : et cela d'une manière d'autant plus excellente et plus sainte, qu'elle paraissait moins aux yeux des hommes : en quoi il s'est rendu semblable à ce grain de froment dont parle Jésus-Christ dans l'Évangile, lequel, plus il est caché et enfoncé en terre, plus aussi il pousse ses tiges et multiplie ses fruits.

Il a mortifié cet amour de l'honneur et de la propre estime qui est si naturel à tous les hommes, et qui leur fait cacher avec tant de soin tout ce qui peut leur causerie moindre mépris ; car ce Saint Prêtre, réprimant cette inclination naturelle, ne laissait échapper aucune occasion de s'humilier, en parlant de sa basse naissance et de la pauvre condition de ses parents, qu'il ne l'embrassât très volontiers. Voici ce qu'il écrivit en l'année 1633 à l'un de ses prêtres. « Oh ! Monsieur, que nous sommes heureux de ce que nous honorons la parenté pauvre de Jésus par la nôtre pauvre et chétive! Je disais avec consolation ces jours passés, en prêchant à une communauté, que je suis le fils d'un pauvre paysan, et à une autre, que j'ai gardé les pourceaux. Croiriez-vous bien, Monsieur, que je crains d'en avoir de la vaine satisfaction, à cause de la peine que la nature en souffre ? Il est vrai, que le diable est bien fin et bien rusé ; mais certes celui-là l'est encore davantage, qui se tient honoré de la pauvre condition de l'enfant de Bethléem et de celle de ses saints parents ».

Vincent a aussi mortifié l'affection qu'il avait pour ses parents ; car ayant un très bon naturel, il aimait tendrement les siens, ainsi que lui-même l'a avoué, et néanmoins il a su fort bien mortifier cette affection et en faire un sacrifice à Jésus-Christ ; à ce sujet parlant un jour à sa communauté de l'éloignement des parents ordonné par ce divin Sauveur à ceux qui veulent le suivre : « il leur dit que plusieurs qui sont retournés en leur pays sont entrés dans les intérêts de leur famille et dans leurs sentiments de tristesse et de joie et qu'ils s'y sont fort embarrassés comme les mouches qui tombent dans les toiles d'une araignée d'où elles ne se peuvent tirer ».

On dit communément que comme du mouvement bien compassé de l'aiguille d'un cadran, il est aisé de connaître l'ajustement des roues et des autres pièces qui composent l'horloge, et qu'ainsi, de la bonne conduite de la langue on peut juger du bon état de tout le reste de l'intérieur, puisque les affections et les passions du cœur sont comme les maîtres ressorts qui lui donnent ordinairement le mouvement, et qui forment et animent ses paroles. Et certes, quand nous n'aurions point d'autres preuves de la mortification intérieure de Vincent, que cet empire absolu qu'il avait sur la conduite de sa langue, cela suffirait pour nous faire connaître qu'il a possédé cette vertu à un très haut degré de perfection, puisque selon la doctrine de l'apôtre Saint Jacques, celui qui ne pèche point en cette matière, peut-être appelé un homme parfait. Il s'était rendu tellement maître de sa langue, que le même apôtre appelle partie indomptable, qu'il ne lui échappait point ou très-peu de paroles inutiles ou superflues, et jamais de celles qui ressentent la médisance, la vanterie, la vanité, la flatterie, le mépris, la moquerie, l'impatience, ou autres semblables saillies d'une passion émue et déréglée.

Quand pour l'entretenir ou lui donner quelque satisfaction on lui rapportait quelque nouveauté ou quelque autre chose extraordinaire qu'il savait déjà, il l'écoutait avec attention, sans témoigner qu'il en eût aucune connaissance, tant pour mortifier l'amour-propre qui est toujours bien aise de faire paraître qu'il n'ignore pas ce que les autres savent, que pour ne point priver ceux qui lui parlait de la satisfaction qu'ils pouvaient ressentir de lui avoir appris quelque chose de nouveau. 11 savait surtout bien retenir sa langue, et lui imposer un rigoureux silence, lorsqu'on lui faisait des reproches, ou que par des emportements on le chargeait d'outrages et d'injures; car, quoique dans ces occasions la nature désire ardemment de se justifier et de repousser l'injure qui lui est faite, néanmoins, à l'imitation de son divin Maître, il se recueillait en lui-même, et mettait toute sa force dans le silence et dans la patience, bénissant en son cœur ceux qui le maudissaient, et priant pour ceux qui l'outrageaient.

Il a encore fait connaître combien il était mortifié en sa langue et quel empire il avait acquis sur cette partie si mal aisée à conduire, en ce que s'étant présenté une infinité d'occasions, qui l'invitaient et même qui semblaient l'obliger de parler de son esclavage de Tunis, étant une chose douce à la nature de raconter les périls et les accidents plus fâcheux, desquels on s'est heureusement dégagé, et particulièrement lorsque cela fait connaître quelque vertu qui est en nous, et que le succès peut tourner à notre propre louange; néanmoins, c'est une chose merveilleuse qu'en quelque rencontre que ce fût, on ne lui a jamais ouï dire un seul mot de son esclavage, ni de ce qu'il avait fait ou dit pour convertir celui qui le tenait captif, et pour se sauver avec lui des mains des infidèles.

Il parlait volontiers des sujets d'humiliation qui lui étaient arrivés, mais jamais de ce qui pouvait directement ou indirectement donner sujet de le foire estimer. Or, il est certain qu'il n'eût pu acquérir un tel empire sur sa langue, s'il ne se fût rendu maître absolu de ses sentiments et de ses mouvements intérieurs par une continuelle pratique de la mortification : il l'estimait d'une belle nécessité non-seulement pour la perfection, mais même pour le salut, que pour l'exprimer, il disait: que si une personne qui aurait déjà comme un pied dans le Ciel, venait à quitter l'exercice de cette vertu dans l'intervalle du temps qu'il faudrait pour y mettre l'autre, elle serait en péril de se perdre.

C'est le sujet pour lequel il a toujours tâché d'inspirer à ceux de sa compagnie un esprit de mortification intérieure, un grand dénuement et détachement de toutes choses, et une mort universelle à tous les sens, à tous les mouvements de la nature, à tout intérêt particulier, à tout amour-propre et recherche de soi-même, pour ne vivre que de la vie de l'esprit.

 

Fleurs Spirituelles

 

« Pour faire des progrès dans la vertu, il ne s'agit pas tant de se mortifier, que de choisir les meilleures mortifications. Ces mortifications sont celles qui sont plus opposées à nos inclinations naturelles ». (Saint François de Sales).

« Plus on mortifie ses inclinations naturelles, plus on se rend capable de recevoir des inspirations divines, et plus on fait des progrès dans la vertu ». (Saint François de Sales).

Pratique : Ne donnez aujourd'hui rien à l'amour-propre. Priez pour les personnes remplies d'elles-mêmes.

 

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20 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Vingt-et-unième jour

Charité de Vincent pour le prochain en général

 

Après le grand commandement d'aimer Dieu de tout son cœur, celui d'aimer son prochain comme soi-même suit de si près, et en est tellement inséparable, qu'on ne saurait parfaitement accomplir le premier, si l'on manque au second; et celui qui n'aimerait point son prochain ne pourrait pas dire qu'il eut un véritable amour pour Dieu, quelques sentiments de ferveur et de zèle pour sa gloire qu'il pensât avoir. Vincent était bien persuadé de cette vérité, lorsqu'il disait que ce précepte d'aimer son prochain est si fort et a un tel privilège, que quiconque l'observe accomplit la foi de Dieu, parce que tous les préceptes de cette loi se rapportent à cet amour du prochain, selon la doctrine du saint Apôtre.

Vincent parlant un jour aux siens leur dit : « Donnez-moi une personne qui borne son amour en Dieu seul, une âme, si vous voulez, élevée en contemplation, laquelle trouvant du goût dans cette manière d'aimer Dieu, qui lui paraît uniquement aimable, s'arrête à savourer cette source infinie de douceur, sans se mettre en aucune peine de son prochain ; et donnez m'en une autre qui aime Dieu de tout son cœur, et qui aime aussi son prochain, quoique rude et grossier, pour l'amour de Dieu, et qui s'emploie de tout son pouvoir pour le porter à Dieu : dites-moi, je vous prie, lequel de ces deux amours est le plus parfait et le moins intéressé ? Sans doute que c'est le second, lequel joignant l'amour de Dieu à l'amour du prochain, ou, pour mieux dire, étendant l'amour de Dieu sur le prochain, et rapportant l'amour du prochain à Dieu, accomplit la loi plus parfaitement que le premier ».

Et puis, appliquant cette doctrine à ceux de sa Congrégation : « Nous devons, leur disait-il, bien imprimer ces vérités dans nos âmes, pour conduire notre vie selon cet amour, et pour en faire les œuvres, n'y ayant personne au monde plus obligé à cela que nous le sommes, ni aucune compagnie qui doive être plus appliquée que la nôtre à l'exercice extérieur d'une vraie charité ; car notre vocation est d'aller, non en une seule paroisse, ni en un seul diocèse, mais par toute la terre, pour embraser les cœurs des hommes, et pour y faire ce qu'a fait le Fils de Dieu, lequel a dit qu'il était venu apporter un feu sur la terre, afin d'enflammer les cœurs des hommes de son amour. Il est donc vrai que nous sommes envoyés, non seulement pour aimer Dieu, mais aussi pour le faire aimer. Il ne nous suffit pas d'aimer Dieu, si notre prochain ne l'aime aussi; et nous ne saurions aimer notre prochain comme nous-mêmes, si nous ne lui procurons le bien que nous sommes obligés de nous vouloir à nous-mêmes, c'est à savoir l'amour divin qui nous unit à celui qui est notre souverain bien. Nous devons aimer notre prochain comme l'image de Dieu et l'objet de son amour, et faire en sorte que réciproquement les hommes aiment leur très-aimable Créateur, et qu'ils s'entr'aiment les uns les autres d'une charité mutuelle pour l'amour de Dieu, qui les a tant aimés que de livrer son propre Fils à la mort pour eux. Mais regardons, je vous prie, Messieurs, ce divin Sauveur comme le parfait exemple de la charité que nous devons avoir pour notre prochain : ô Jésus ! Dites-nous, s'il vous plaît, qui est-ce qui vous a fait descendre du Ciel pour venir souffrir la malédiction de la terre ? Quel excès d'amour vous a porté à vous humilier jusqu'à nous, et jusqu'au supplice infâme de la croix ? Quel excès de charité vous a fait exposer à toutes nos misères, prendre la forme du pécheur, mener une vie souffrante, et souffrir une mort honteuse? Où est-ce que l'on trouvera une charité si admirable et si excessive ? Il n'y a que le Fils de Dieu qui en soit capable, et qui ait eu un tel amour pour ses créatures, que de quitter le trône de sa gloire pour venir prendre un corps sujet aux infirmités et misères de cette vie, et pour faire les étranges démarches qu'il a fuites pour établir en nous et parmi nous par son exemple et par sa parole, la charité de Dieu et du prochain. Oui, c'est cet amour qui l'a crucifié, et qui a produit cet ouvrage merveilleux de notre rédemption. O Messieurs, si nous avions une étincelle de ce feu sacré qui embrasait le cœur de Jésus, demeurerions-nous les bras croises, et délaisserions-nous ceux que nous pouvons assister ? Non, certes ; car la vraie charité ne saurait demeurer oisive, ni nous permettre de voir nos frères et nos amis dans le besoin sans leur manifester notre amour ; et pour l'ordinaire les actions extérieures rendent témoignage de l'état intérieur. Ceux qui ont la vraie charité au dedans, la font paraître au dehors: c'est le propre du feu d'éclairer et d'échauffer, et c'est aussi le propre de l'amour de se communiquer.

Dans ce même sentiment, parlant une autre fois à ceux de sa communauté, il disait que les missionnaires seraient bien heureux s'ils devenaient pauvres pour avoir exercé la charité envers les autres; mais qu'ils ne devaient pas craindre de le devenir par cette voie, à moins que de se défier de la bonté de notre Seigneur, et de la vérité de sa parole.

Or, la charité de Vincent était si parfaite, et son cœur était tellement rempli de l'onction de cette divine vertu, que Ton peut dire en quelque façon qu'elle embaumait ceux qui avaient le bonheur de converser avec lui ; en sorte que l'on pouvait connaître qu'il était du nombre de ceux dont parlait l'apôtre Saint Paul quand il disait: Nous répandons en tous lieux la bonne odeur de Jésus-Christ. Sur quoi parlant un jour aux siens : « Chaque chose, leur dit-il, produit comme une espèce d'image de soi-même, ainsi qu'on voit dans une glace de miroir qui représente les objets tels qu'ils sont: un visage laid y parait laid, et un beau y paraît beau; de même, les bonnes ou les mauvaises qualités se répandent au dehors ; et surtout la charité, qui est d'elle-même communicative, produit la charité ; et un cœur vraiment embrasé et animé de cette vertu fait ressentir son ardeur, et tout ce qui est dans un homme charitable respire et prêche la charité ».

Enfin Vincent était l'ami de tous les bons, et avait des amis partout, dont il conservait et cultivait l'amitié, non pour être jamais à charge à personne, mais pour maintenir et fomenter cette sainte union que le Fils de Dieu a tant recommandée aux siens, et pour faire plutôt du bien que pour en recevoir. Aussi peut on dire avec vérité que jamais avaricieux n'a ménagé plus soigneusement ses biens, et les occasions de les accroître, ni ambitieux les occasions d'acquérir de nouveaux honneurs, que Vincent celles de faire du bien à son prochain, par un véritable et sincère esprit de charité. Sur quoi il ne sera pas hors de propos de produire le témoignage des religieuses de la Visitation du premier monastère de Paris, qui ont été ses filles spirituelles l'espace de trente-cinq ans. Voici en quels termes elles en ont parlé : « Ce grand serviteur de Dieu, tout ardent de son amour, voulait que chacun en brulât, et que la charité fût pratiquée en toutes les sortes qu'elle le pouvait être. Il ne pouvait souffrir que dans les communautés l'on ne se témoignât pas assez d'estime les uns aux autres, ou que l'on vint à dire quelque chose qui fût au désavantage du prochain. Il disait qu'il craignait fort la désolation des communautés, lorsque les personnes qui les composent ne se tiennent pas bien unies les unes aux autres; ce qui n'arrive jamais que par le manquement d'estime, de support et de charité ; qu'il fallait que les religieuses se regardassent les unes les autres comme les épouses de Jésus-Christ, les temples du Saint-Esprit et les images vivantes de Dieu, et que dans cette vue elles se portassent réciproquement un amour et un respect les unes aux autres ; et pour cela, ajoutent ces vertueuses servantes de Dieu, il nous exhortait particulièrement à deux choses : la première, d'avoir recours à la bonté de Dieu, qui est tout amour et charité, pour lui demander part aux lumières et aux ardeurs divines de son esprit ; la seconde, de concevoir un grand désir de notre amendement, et de travailler en effet à nous amender des défauts et manquements que nous pourrions commettre contre la vertu de charité, faisant fidèlement sur ce sujet notre examen particulier, pour corriger et ôter de nos cœurs tout ce qui pourrait, en quelque manière que ce fût, altérer l'union que nous devons avoir avec Dieu et entre nous mêmes ».

Et une autre religieuse du même ordre, dont la vertu a répandu une très-bonne odeur dans le second monastère de Paris, a laissé en mourant ce témoignage de la charité qu'elle avait reconnue en Vincent : « On peut assurer, dit-elle, avec vérité, que ce saint homme a imité au plus près la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui n'a été employée qu'à bien faire à un chacun pendant qu'il a été sur la terre ; car qui est-ce qui n'a point éprouvé la charité de Monsieur Vincent dans ses nécessités, soit pour l'âme soit pour le corps ? Trouvera-t-on aucune personne affligée, laquelle ayant eu recours à lui, s'en soit retirée jamais saris trouver quelque soulagement en ses maux ? Mais y a-t-il eu quelqu'un qui ait pu refuser de prendre confiance en lui, lorsqu'il a entrepris de lui parler et de le consoler? Et pour sa propre vie et les biens de sa congrégation, à qui est-ce qu'on peut dire qu'ils sont, sinon à ceux qui en ont besoin ? »

Il y a encore une circonstance que nous ne devons pas omettre touchant la charité dont le cœur de Vincent était rempli ; c'est qu'elle le portait non seulement à soulager les indigences et les misères du corps et de l'âme, mais aussi à épargner et sauver, autant qu'il pouvait, l'honneur et la réputation d'autrui ; et c'est une chose remarquable, qu'on ne l'a jamais entendu se plaindre de personne, quelques torts ou injures qu'il en eût reçus, et encore moins blâmer ou donner le tort à aucun quand il ne s'agissait que de seuls intérêts ; au contraire, les absents avaient partout où il se rencontrait, un avocat qui défendait toujours leur cause, et qui plaidait hautement en faveur de la charité ; en sorte que, disant toujours du bien de tous, autant qu'il le pouvait avec vérité, il ne disait et ne souffrait jamais qu'il fût dit en sa présence aucun mal de personne, et ne voulait pas même que l'on blâmât ou que l'on dit le moindre mal de ses ennemis.

 

Fleurs Spirituelles

 

« C'est surtout à l'amour qu'on a pour le prochain, qu'on connaît si l'on aime Dieu. Ces deux amours ne sont jamais séparés l'un de l'autre. On fait plus de progrès dans celui-ci, à proportion qu'on en fait davantage dans celui-là. Cette règle est sûre : voyez quel amour vous avez pour Dieu. Si le premier est parfait, le second l'est, et vous avez tout fait; mais il ne faut pas être de ceux qui disent vouloir faire beaucoup et qui ne mettent jamais la main à l'œuvre ». (Sainte Thérèse d'Avila).

« Jésus aime tant notre prochain, qu'il a donné sa vie pour lui. Ce Dieu Sauveur se réjouit, lorsque nous nous sacrifions pour faire du bien. Tous les services que nous rendons au prochain en vue de lui, et pour lui témoigner notre amour, lui sont très agréables. Ah ! Si nous comprenions bien de quelle importance est la vertu de charité envers le prochain, quel zèle n'aurions-nous pas à en faire des actes ».

Pratique : Ne laissez passer aucune occasion de rendre service au prochain, par un vrai motif de charité. Priez pour les personnes qui se dévouent au service du prochain.

 

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21 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Vingt-deuxième jour

Quelques exemples remarquables de la charité de Vincent, et sa charité envers les siens

 

Pour commencer à faire voir en particulier ce que nous avons dit hier en général de la charité de Vincent, nous rapporterons ici quelques exemples de cette même vertu, que nous avons choisis entre un très grand nombre d'autres, dont la vie de ce saint homme est toute remplie.

Pendant les troubles de ce royaume, les habitants de la ville de Montmerail se trouvant en grande peine, par la crainte qu'ils avaient des mauvais traitements des soldats, et ne sachant que faire pour sauver leurs biens et pour mettre leurs personnes à couvert de leurs rapines et vexations, Vincent écrivit aux prêtres de sa Congrégation établis en ces quartiers-là, de faire ce qu'ils pourraient pour aider et soulager ces pauvres gens ; mais ces prêtres lui mandèrent qu'il y avait du danger pour eux-mêmes et qu'en faisant ils couraient risque de se perdre : à quoi Vincent fit réponse, qu'il fallait assister son prochain affligé, et que Dieu leur ayant donné les commodités qu'ils avaient, sa divine Majesté avait droit de les leur ôter quand il lui plairait ; mais qu'ils soulageassent, sans rien craindre, cette pauvre ville en tout ce qu'ils pourraient. Ce qu'ils firent, aidant ces pauvres habitants à sauver leurs biens de la main des gens de guerre, et retirant chez eux la plupart de leurs meubles, s'abandonnant ainsi à la providence de Dieu pour tout ce qui leur en pourrait arriver. Vincent, longtemps avant l'institution de sa Congrégation, fit une action de charité toute pareille à celle qui est rapportée de Saint Paulin, lequel se vendit lui-même pour racheter de l'esclavage le fils d'une pauvre veuve ; car ayant un jour trouvé sur les galères, un forçat qui avait été contraint, par ce malheur, d'abandonner sa femme et ses enfants dans une grande pauvreté, il fut tellement touché de compassion du misérable état où ils étaient réduits, qu'il se résolut de chercher et d'employer tous les moyens qu'il pourrait pour les consoler et les soulager ; et comme il n'en voyait aucun, il fut intérieurement poussé par un mouvement extraordinaire de charité, de se mettre lui-même à la place de ce pauvre homme, pour lui donner moyen, en le tirant de cette captivité, d'aller assister sa famille affligée. Il fit donc en sorte, par les adresses que sa charité lui suggéra, de faire agréer cet échange à ceux de qui cette affaire dépendait ; et s'étant mis volontairement dans cette état de captivité, il y fut attaché de la chaîne de ce pauvre homme, duquel il avait procuré la liberté ; mais au bout de quelque temps, la vertu singulière de ce charitable libérateur ayant été reconnue dans cette rude épreuve, il en fut retiré. Plusieurs ont pensé depuis, non sans apparence de vérité, que l'enflure de ses jambes lui était venue du poids et de l'incommodité de cette chaîne que l'on attache aux pieds des forçats : et un prêtre de sa congrégation ayant pris de là occasion de lui demander si ce que l'on disait de lui était véritable, qu'il s'était mis autrefois en la place d'un forçat, il détourna ce discours en souriant, sans donner aucune réponse à la demande.

Quoique cette action de charité soit fort admirable, nous pouvons dire néanmoins, par des témoignages encore plus assurés, que Vincent a fait quelque chose plus avantageux à la gloire de Dieu, employant son temps, ses soins, ses biens et sa vie, comme il fait, pour le service de tous les forçats, que d'avoir engagé sa liberté pour un seul ; car, connaissant, par sa propre expérience, leurs misères et leurs besoins, il leur a procuré des secours corporels et spirituels, en santé et en maladie, pour le présent et pour l'avenir, plus grands et plus étendus incomparablement qu'il n'aurait pu faire, s'il était toujours demeuré attaché avec eux. Mais on n'aura pas difficulté de croire qu'il ait été disposé d'engager sa liberté extérieure et de se réduire à l'esclavage, comme Saint Paulin, pour la délivrance de son prochain, si l'on considère qu'il a passé encore plus outre, et qu'à l'imitation du grand apôtre Saint Paul, il a bien voulu en quelque façon, se rendre anathème pour ses frères.

Et comme une des principales et des plus importantes leçons que Jésus-Christ ait faites à ses disciples, a été de s'entr'aimer saintement les uns les autres, c'est aussi celle que Vincent de Paul a le plus souvent répétée à ses enfants, et sur laquelle il leur a fait quantité d'entretiens, et même leur en a laisse un écrit de sa main, ce qu'il n'a fait en aucune autre matière. Il leur a dit entre plusieurs autres choses, sur le sujet de cette vertu de la charité fraternelle, qu'elle était une marque de leur prédestination, puisque c'est par elle que l'on est reconnu véritable disciple de Jésus-Christ, et un jour qu'on célébrait la fête de saint Jean l'Evangéliste, exhortant les siens à s'entr'aimer, par les paroles de l'apôtre : « Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres », il dit que la congrégation de la Mission durerait autant de temps que la charité y régnerait. Il prononça quantité de malédictions contre celui qui détruirait la charité, et qui serait ainsi cause de la ruine de la Compagnie, ou seulement de quelque déchet de perfection, c'est-à-dire, qui par sa faute ferait qu'elle fût moins parfaite.

Il leur disait encore que la charité est l'âme des vertus et le paradis des communautés. Et parce que la médisance est la capitale ennemie de la charité, et que ce vice se fourre même quelquefois dans les compagnies les plus saintes, ce charitable père des missionnaires combattait ce vice à outrance, pour empêcher qu'il n'approchât de ses enfants, lesquels il exhortait souvent de veiller et de se tenir sur leurs gardes, pour ne lui donner aucune entrée parmi eux. Il le comparait à un loup carnassier qui désole et détruit la bergerie où il entre, assurant qu'un des plus grands maux qui puissent arriver à une compagnie, est lorsqu'il s'y trouve des gens qui médisent, murmurent et, qui n'étant jamais contents, trouvent à redire à tout. Il disait encore que celui qui prête l'oreille au médisant, n'est pas plus innocent que celui qui profère la médisance, comme enseignent les Saints Pères. Il souhaitait ardemment que Dieu inspirât cette charité dans les cœurs de tous ceux de sa Congrégation : « D'autant plus, disait-il, que par ce support mutuel les forts se soutiendront et aideront les faibles, et l'œuvre de Dieu s'accomplira ».

 

Fleurs Spirituelles

 

« Celui qui nous a recommandé d'aimer le prochain, nous a prescrit la manière dont nous devons l'aimer comme nous-mêmes. Voilà la règle, nous ne pouvons la transgresser sans nous rendre coupables. Il est si essentiel d'aimer ainsi notre prochain, qu'en l'aimant différemment, nous ne l'aimerions par suffisamment ». (Saint François de Sales).

« Pour avoir envers le prochain l'amour que Notre Seigneur nous commande, il faut avoir un cœur bon, charitable, complaisant, dans le temps même que nous sentons pour lui de la répugnance, à cause de quelque défaut naturel ou moral, parce que c'est l'aimer alors par rapport au Sauveur. La maxime des Saints était qu'en faisant du bien et en aimant, on ne doit jamais considérer la personne, à qui on rend service, mais celle pour qui on agit ». (Saint François de Sales).

Pratique : Ne faites et ne dites rien aujourd'hui qui puisse blesser le prochain. Priez pour les religieuses qui maintiennent la charité entre elles.

 

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1 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Deuxième jour

Foi de Saint Vincent De Paul

 

Puisque la foi est le fondement des autres vertus, et que la fermeté de l'édifice spirituel dépend principalement de cette mystique base, ayant à faire voir les plus excellentes vertus dans la personne de Vincent, nous commencerons par la foi que ce sage architecte avait posée pour fondement de toutes ses pratiques vertueuses et sur laquelle il s'appuyait en tout ce qu'il entreprenait et faisait pour le service de Dieu.

Comme les arbres qui sont battus des vents et ébranlés par les orages, jettent les plus profondes racines et s'affermissent davantage par ces agitations ; de même on peut dire que Dieu voulant rendre plus ferme et plus parfaite la foi de Vincent, a permis qu'elle ait été au commencement exposée à la violence de plusieurs tentations, et que son fidèle serviteur ait ressenti diverses attaques contre cette vertu. Il en est pourtant toujours demeuré victorieux par le secours de sa grâce, et sa foi s'est trouvée plutôt affermie et fortifiée, qu'affaiblie par toutes ces épreuves, desquelles Dieu s'est servi pour le perfectionner ; de sorte qu'après toutes ces bourrasques il est devenu non-seulement plus fort, mais plus éclairé dans les vérités de la foi, comme lui-même l'a déclaré en quelque rencontre, les possédant et les goûtant d'une manière aussi parfaite qu'elle se peut en cette vie.

Or, un des plus souverains remèdes qu'il employa pour fortifier sa foi, et la mettre à l'abri de la violence de ces tentations, fut d'écrire et signer sa profession de de foi et la porter sur son cœur ayant supplié Notre Seigneur d'agréer la résolution qu'il avait prise que toutes les fois qu'il porterait lu main sur son cœur, particulièrement quand il serait tenté, cela serait une marque et un témoignage qu'il renonçait à la tentation, et un renouvellement de la protestation qu'il avait faite de persévérer jusqu'à la mort dans la foi de l'Eglise.

Sa foi était non seulement forte, mais aussi pure et simple, étant appuyée non sur les connaissances acquises par l'étude ou par l'expérience, mais uniquement sur la première vérité qui est Dieu, et sur l'autorité de son église. La foi de Vincent ne tenait pas ses lumières renfermées dans son esprit, mais elle les communiquait au-dehors d'autant plus libéralement qu'elle était animée d'une plus parfaite charité.

Sa foi lui fit préférer l'instruction des pauvres à celle des riches ; il manifestait surtout son zèle à faire des catéchismes et instructions dans les lieux qu'il jugeait en avoir plus de besoin, comme dans les villages et parmi les pauvres qui sont ordinairement les moins instruits des vérités de la foi. Il ne se contentait pas encore de le faire par lui-même, il y excitait et portait tous ceux qu'il estimait capables de cet office de charité ; et il n'a point cessé qu'il n'ait enfin établi une congrégation toute dédiée à la culture de cette divine plante de la foi dans les terres les plus stériles.

On peut dire que la foi de Vincent fut non seulement pure, simple et ferme, mais qu'il en avait une plénitude : vu qu'elle éclairait son esprit, remplissait son cœur et animait ses actions, ses paroles, ses affections et ses pensées, il le faisait agir en tout et partout selon les vérités et les maximes de Jésus Christ ; en telle sorte que ce que la plupart des chrétiens font ordinairement, ou par des mouvements naturels, ou par des raisonnements humains, il le faisait par des principes de foi, laquelle était, selon la parole d'un prophète comme une lampe allumée qu'il tenait toujours en main pour se conduire, et pour dresser tons ses pas dans les sentiers de la justice. C'était sans doute un don très particulier qu'il avait reçu de Dieu, de savoir appliquer les lumières de la foi à toutes sortes d'occasions et de rencontres, et d'en faire d'excellentes pratiques dans les affaires mêmes purement temporelles et séculières, ne les entreprenant que par des motifs que la foi lui inspirait, ne s'y conduisant que par ses lumières et les référant toujours à des fins surnaturelles qu'elle lui proposait. Et non-seulement il se conduisait par cet esprit de foi, en toutes ses affaires et entreprises, mais il l'inspirait autant qu'il pouvait aux autres personnes, et particulièrement à celles qui étaient sous sa conduite, au sujet de quoi Mademoiselle Legras, fondatrice et première supérieure des filles de la charité, lui ayant un jour témoigné quelque petit empressement d'esprit touchant ce charitable institut duquel il était le père, il fit la réponse suivante : « Je vous vois toujours un peu dans les sentiments humains, pensant, que tout est perdu dès lors que vous me voyez malade. O femme de peu de foi ! Que n'avez-vous plus de confiance et d'acquiescement à la conduite et à l'exemple de Jésus Christ ! Ce Sauveur du monde se rapportait à Dieu son père pour l'état de toute l'Eglise, et vous, pour une poignée de filles que sa providence a notoirement suscitées et assemblées, vous pensez qu'il vous manquera ! Allez, Mademoiselle, humiliez-vous beaucoup devant Dieu ! ».

Il disait souvent que le peu d'avancement à la vertu, et le défaut de progrès dans les affaires de Dieu, provenait de ce qu'on ne s'établissait pas assez sur les lumières de la foi, et qu'on s'appuyait trop sur les raisons humaines : « Non, non, dit-il un jour, il n'y a que les vérités éternelles qui soient capables de nous remplir le cœur, et de nous conduire avec assurance. Croyez moi, il ne faut que s'appuyer sur Dieu, ou solidement et fortement sur quelqu'une de ses perfections, comme sa bonté, sa providence, sa vérité, son immensité, etc. Il ne faut, dis-je, que se bien établir sur ces fondements divins, pour devenir parfait en peu de temps ».

Il tenait encore cette maxime de ne pas considérer les choses dans le seul extérieur et selon leur apparence, mais selon ce qu'elles pouvaient être en Dieu et selon Dieu ; « Je ne dois pas considérer, disait-il, un pauvre paysan ou une pauvre femme selon leur extérieur, ni selon ce qu'il paraît de la portée de leur esprit, d'autant que bien souvent ils n'ont presque pas la figure ni l'esprit de personnes raisonnables, tant ils sont grossiers et terrestres. Mais tournez la médaille, et vous verrez par les lumières de la foi, que le Fils de Dieu a voulu être pauvre, qu'il est représenté par ces pauvres ; qu'il n'avait presque pas la figure d'un homme, en sa passion, et qu'il passait pour fou dans l'esprit des gentils, et pour pierre de scandale dans celui des Juifs ; et avec tout cela il se qualifie l'évangéliste des pauvres. O Dieu ! Qu'il fait beau voir les pauvres, si nous les considérons en Dieu, et dans l'estime que Jésus Christ en a faite! mais si nous les regardons selon les sentiments de la chair et de l'esprit mondain, ils paraîtront méprisables ».

Enfin, pour connaître combien grande et parfaite fut la foi de Vincent, il faut jeter les yeux sur toutes ses autres vertus, puisqu'elle en est comme la racine selon le sentiment de Saint Ambroise, et l'on pourra juger qu'elle a été la vigueur et la perfection de cette mystique racine, en considérant la multitude et l'excellence des fruits qu'elle a produits.

 

Fleurs Spirituelles

 

« Il y a une espèce de simplicité qui fuit que la personne ferme les yeux à tous les sentiments de la nature, et aux raisons humaines, et les tient toujours fixés sur les maximes de la foi, pour en faire constamment la règle de sa conduite. Dans toutes ses actions, ses paroles, ses pensées, ses affaires, en tout temps, en tous lieux elle consulte la foi, et ne fait rien que selon ce qu'elle dicte ». (Saint Vincent De Paul).

« Il est absolument nécessaire pour sa propre sanctification et pour être très utile au salut des autres de s'accoutumer à suivre en tout la belle lumière de la foi, toujours accompagnée d'une onction qui se répand dans les cœurs. Cela est très certain, il n'y a que les vérités éternelles qui soient capables de remplir notre cœur et de nous conduire par la voie sûre. Croyez-moi, il suffit de bien s'établir sur ces fondements pour arriver en peu de temps à la perfection et à pouvoir faire de grandes choses ». (Saint Vincent De Paul).

Pratique : Voir toujours dans les pauvres, la personne de notre Seigneur Jésus-Christ et dans cette vue, les traiter avec compassion, douceur, cordialité, respect et dévotion. Priez pour les personnes qui soignent les malades.

 

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9 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Dixième jour

Parfait dégagement des biens de la terre, et amour de la pauvreté de Saint Vincent De Paul

 

Oh ! Que c'est une grande vertu, dit Saint Ambroise, de mépriser les biens de la terre ! Mais que cette vertu est rare, et qu'il y en a peu dans le monde qui la mettent en pratique. En effet, il y en a très peu qui aient le courage d'arracher entièrement de leurs cœurs cette malheureuse convoitise que l'Ecriture-Sainte appelle la racine de tous les maux, et qui puissent véritablement dire avec le Saint Apôtre : « Voilà, Seigneur, que nous avons tout quitté pour vous suivre et pour vous servir ». Heureux vraiment celui-là, qui comme dit le Sage, n'a point permis à son cœur de courir après l'or et l'argent, et qui n'a point mis ses espérances dans les richesses ni dans les trésors de la terre : où est-ce que nous le trouverons, pour lui donner les louanges qu'il a méritées, parce qu'il a fait des merveilles en sa vie.

Il ne serait pas nécessaire d'employer ici un plus long discours, pour faire remarquer cette vertueuse disposition en la personne de Vincent, puisque l'histoire de sa vie et le récit de ses grandes et saintes actions en fournissent des preuves très évidentes. Non, il ne faut pas s'étonner s'il a possédé les vertus en un si éminent degré, puisqu'il a si généreusement méprisé les richesses !

Il n'a jamais voulu avoir pour lui de chambre où il y eut une cheminée, quelque incommodité qu'il ressentit même dans un âge plus avancé, sinon quatre ou cinq ans avant sa mort, que toute sa communauté, voyant ses continuelles infirmités, l'y contraignit en quelque façon par les prières et les instances qu'elle lui en fit : de sorte que jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans, il n'a point voulu avoir d'autre retraite que dans une petite chambre sans lambris, sans natte et sans autres meubles qu'une simple table de Lois sans tapis, avec deux chaises de paille, et une chétive couchette qui n'était garnie que d'une paillasse avec une couverture et un traversin. Et comme un jour qu'il avait la fièvre, on y eut mis un petit pavillon, il l'ôta lui-même depuis et ne voulut point le souffrir : et non content de cela, il fit encore ôter de sa chambre quelques images qu'un dos frères de la maison y avait mis en divers temps, et n'en voulut retenir qu'une seule, disant que c'était contre la pauvreté d'en avoir plusieurs. Lorsqu'on faisait la visite des chambres, il voulait qu'on visitât la sienne aussi bien que les autres, pour en ôter tout ce qui serait superflu. De plus, quelqu'un ayant mis une petite pièce de vieille tapisserie à la porte de la chambre basse, où il demeurait pendant le jour pour y recevoir les personnes de dehors, et cela à cause d'un vent fort froid qui entrait par cette porte, aussitôt néanmoins qu'il s'en fut aperçu il la fit ôter.

Il allait prendre ordinairement sa réfection dans ce même esprit de pauvreté, disant souvent en lui-même : Ah ! misérable, tu n'as pas gagné le pain que tu manges ; et quand il pouvait attraper des morceaux restés aux autres, il les prenait pour les manger et pour en faire son repas.

On a remarqué sur le sujet, de cet amour qu'il avait pour la pauvreté, qu'il aimait à être nourri et vêtu pauvrement, et qu'il était ravi quand quelque chose lui manquait, soit pour le vivre ou pour le vêtement et les autres commodités de la vie ; pour cela il portait ordinairement ses soutanes fort usées et même rapiécées, et ses habits de-dessous fort pauvres, et quelquefois tout rompus. Un Seigneur de marque qui le visita un jour, lui voyant une soutane tout usée avec des pièces aux manches, en fut si touché, qu'étant sorti de chez lui, et se trouvant dans une bonne compagnie, il dit que la pauvreté et la propreté de Vincent l'avaient grandement édifié.

Lorsqu'il allait au Louvre pour parler à la Reine, ou pour assister au conseil, c'était toujours avec des habits ordinaires, pauvres et grossiers, sans vouloir jamais en prendre d'autres. Et un jour, Mr le Cardinal Mazarin le prenant par sa ceinture qui était toute déchirée, la fit considérer aux personnes de la compagnie, il dit en riant : « Voyez comme Mr Vincent vient habillé à la Cour, et la belle ceinture qu'il porte ! » Si quelqu'un de la maison lui représentait que son collet était tout déchiré, et qu'il en devait prendre un autre, ou bien que son chapeau était trop vieux, il tournait cela en raillerie, disant : « O mon frère, c'est tout ce que le Roi peut faire que d'avoir un collet qui ne soit pas rompu, et de porter un chapeau neuf ».

Quand il avait besoin de se chauffer en hiver, il ne voulait point qu'on mît sinon fort peu de bois au feu, craignant de faire le moindre dégât du bien de la maison, disant que c'était le bien de Dieu et le bien des pauvres, dont nous n'étions que Dispensateurs et non Seigneurs, et dont par conséquent il faudrait rendre un compte exact devant Dieu aussi bien que de tout le reste, qu'il fallait employer le nécessaire et jamais au delà.

Il s'est trouvé plusieurs fois à la campagne sans argent: et pressé du besoin de manger, il était ravi d'aller chez quelque particulier, ou chez quelque pauvre laboureur, demander un morceau de pain pour l'amour de Dieu : ce qui lui est arrivé particulièrement revenant un jour fort tard de Saint-Germain à Paris.

Comme son cœur était rempli de l'amour de cette vertu de pauvreté, dont il connaissait la valeur et l'excellence, il tâchait aussi d'y porter les siens et d'inspirer ce même esprit dans toute sa compagnie; sur quoi parlant un jour à ceux de sa communauté, il leur dit : « Vous devez savoir, Messieurs, que cette vertu de pauvreté est le fondement de cette congrégation de la Mission : cette langue qui vous parle, n'a jamais, par la grâce de Dieu, demandé chose aucune de toutes celles que la compagnie possède maintenant ; et quand il ne tiendrait qu'à faire un pas, ou à prononcer une seule parole pour faire que la compagnie s'établit dans les provinces et dans les grandes villes, et se multipliât en nombre et en emplois considérables, je ne la voudrais pas prononcer, et j'espère, que Notre Seigneur me ferait la grâce de ne la point dire. C'est la disposition en laquelle je suis, de laisser faire la Providence de Dieu ».

Témoignant une fois la crainte qu'il avait que l'affection de la pauvreté ne vint quelque jour à se ralentir parmi les siens, il leur dit : « Hélas ! que deviendra cette compagnie si l'attache aux biens du monde s'y met ? Que deviendra-t-elle si elle donne l'entrée à cette convoitise des biens, que l'apôtre dit être la racine de tous les maux ? Quelques grands Saints ont dit que la pauvreté est le nœud des religions : nous ne sommes pas à la vérité des religieux, n'ayant pas été trouvé expédient que nous le fussions, et nous ne sommes pas aussi dignes de l'être, bien que nous vivions en commun; mais il n'est pas moins véritable et nous le pouvons dire aussi, que la pauvreté est le nœud des communautés et particulièrement de la nôtre : c'est le nœud qui, la déliant de toutes les choses de la terre, l'attache parfaitement à Dieu. O Sauveur ! donnez-nous cette vertu, qui nous attache inséparablement à votre service, en sorte que nous ne voulions et ne cherchions plus désormais que vous seul et votre pure gloire ».

L'un de ses prêtres lui représentant un jour la pauvreté de la maison, il lui demanda : « Que faites-vous, Monsieur, quand vous manquez ainsi de ce qui est nécessaire pour la communauté ? Avez-vous recours à Dieu ? » — « Oui, quelquefois », répondit le Prêtre. — « Eh bien ! Lui répliqua-t-il, voilà ce que fait la pauvreté ; elle nous fait penser à Dieu, et élever notre cœur vers lui : au lieu que si nous étions accommodés nous oublierions peut-être Dieu : et c'est pour cela que j'ai une grande joie de ce que la pauvreté volontaire est réelle et en pratique, en toutes nos maisons. 1l y a une grâce cachée sous cette pauvreté, que nous ne connaissons pas ». — « Mais, lui répart ce Prêtre, vous procurez du bien aux autres pauvres, et vous laissez-là les vôtres ? » — « Je prie Dieu, lui dit Vincent, qu'il vous pardonne ces paroles ; je vois bien que vous les avez dites tout simplement: mais sachez que nous ne serons jamais plus riches que lorsque nous serons semblables à Jésus-Christ ».

 

Fleurs Spirituelles

 

« Soyons petits, et réjouissons-nous d'être pauvres ; sans cela nous ne serons pas de parfaits disciples de Jésus-Christ ». (Saint Vincent De Paul).

« Plus nous sommes pauvres et plus il faut nous confier à la Providence divine, à qui nous devons nous abandonner entièrement, soit pour les biens temporels, soit pour les biens spirituels ». (Saint Vincent De Paul).

« L'homme n'est jamais plus riche que lorsqu'il est semblable à Jésus-Christ ». (Saint Vincent De Paul).

Pratique : Supportez aujourd'hui avec patience et même avec joie les effets de la sainte pauvreté. Priez pour les personnes qui. ont encore quelque attache aux choses créées.

 

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30 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

ND des Coeurs

Trente-et-unième jour

Notre Dame des Cœurs


Pour terminer cette revue incomplète et rapide des noms sous lesquels la sainte Vierge est honorée chez nous, étudions un vocable inventé, je crois, par le Père Montfort, grand missionnaire et non moins grand serviteur de Marie : Notre-Dame des Coeurs.

Au mois de juin 1710, le Bienheureux donnait les exercices d’une mission à Saint Donatien, alors paroisse rurale et séparée du faubourg Saint Clément par une vaste lande. La population accueillit l’homme de Dieu avec faveur, et ses prédications eurent un plein succès. Son zèle lui fit pourtant, là comme ailleurs, courir quelques dangers. Il apprend, un dimanche, que des jeunes gens, attablés dans un de ces cabarets qui pullulent aux abords des grandes villes, y causent du scandale. Le saint homme n’hésite pas ; seul, car nul n’accepte de l’accompagner, il se rend en ce mauvais lieu. La salle est remplie et l’on devine les scènes qui s’y déroulent, au soir d’une journée passée tout entière en débauches : les uns hurlent, de leurs voix avinées, des refrains obscènes ; d’autres se livrent, au son d’instruments criards, à des danses effrénées ; d’autres, enfin, se querellant, vomissent à pleine bouche les injures et les blasphèmes. Montfort s’agenouille au milieu de la salle et récite un Ave Maria ; puis, se relevant, il brise les instruments de musique et renverse les tables des buveurs. Ce fut, tout d'abord, de la stupeur chez ceux-ci ; ce fut bientôt de la colère : dix épées sortirent du fourreau. Le Bienheureux se dresse, calme et intrépide, devant ces furieux, son chapelet dans une main, dans l’autre un crucifix. Les malheureux ne purent supporter la flamme de son regard ; ils s’enfuirent, laissant le prêtre seul avec l’aubergiste auquel il s’efforça de faire comprendre l’indignité de sa conduite.

Inutile d’ajouter que, avec un tel apôtre, la mission fut admirablement fructueuse. La procession de clôture fut magnifique. Montfort avait fait exécuter par les dames de la paroisse quatorze grands étendards en satin, destinés a être portés en tête d’autant de groupes distincts de fidèles, qu’il appelait ses escadrons. Le cortège se déroula splendide, dans la campagne, et quand la foule se fut assemblée autour du trône champêtre sur lequel avait été placé le très saint Sacrement, le prédicateur parla de manière à tirer les larmes de tous les yeux.

Comment oublier de pareilles scènes et les enseignements donnés par un tel apôtre ! Celui-ci, d’ailleurs, laissait deux monuments chargés de perpétuer le souvenir de son œuvre. Le premier était un calvaire qui, plusieurs fois renouvelé, se dresse encore, au chevet de la basilique actuelle, dans le cimetière paroissial ; le second était une chapelle de la sainte Vierge. À deux pas du calvaire qu’on érigeait, dans l'enceinte du même cimetière, existait une vieille et pauvre chapelle ; un évêque de Nantes, du VIe siècle, Epiphane (569-515), l'avait bâtie, au retour d'un voyage en Palestine, y avait déposé des reliques de saint Etienne et la lui avait dédiée. Il y était venu plus tard dormir son dernier sommeil, et nous avons vu naguère un débris de son tombeau récemment découvert. Le petit sanctuaire avait traversé les siècles et les révolutions sans grands dommages, et, malgré quelques injures du temps et quelques remaniements, on pouvait le dire intact. Toutefois, il n‘avait plus guère que les apparences d’une chapelle. Dubuisson-Aubenay écrivait, en 1637 : « C’est sans contre-dit la plus ancienne muraille d’église qui soit à Nantes debout, voire l’une des plus anciennes qui soient en France. Elle est comme abandonnée et relante ». Cinquante ans plus tard, l’archidiacre Binet constatait qu’elle n’était pas en meilleur état : les murs étaient toujours solides et la charpente bonne ; on y voyait encore un autel surmonté d’une « image en bosse d’un sainct Estienne passable » ; mais il n’y avait plus aucune trace de lambris ni de carrelage, et l’archidiacre n’hésitait point à qualifier d’ordures » les débris de toute sorte qu’on y avait accumulés.

Le missionnaire, dont le cœur avait bondi plus d’une fois devant le délabrement et la malpropreté d’un grand nombre d’églises de campagne, et qui pressait les populations de rendre la maison de Dieu digne du Maître qui l’habite, dut être péniblement impressionné en voyant le triste abandon d’un sanctuaire si respectable : et peut-être commenta-t-il au peuple, en les lui faisant chanter, les vers qu’il avait composés à Cambon, l’année précédente :

« L’église est dans l’oubli, l’autel est dépouillé,

Le pavé tout brisé, le toit sans couverture,

Les murs tout écroulés et tout couverts d'ordure ».


Heureusement ici les murs et le toit étaient en assez bon état et il fut facile de rendre la chapelle décente. Mais puisqu'elle était depuis longtemps abandonnée et le culte de saint Etienne mis en oubli, pourquoi ne la consacrerait-on pas à Marie ? Il en fut ainsi décidé. Quant au choix du vocable, Montfort n‘hésita point. Déjà, quelques années plus tôt (1704), au cours d’une mission qu’il prêchait au faubourg de Montbernage, à Poitiers, il avait transformé une grange en chapelle et l’avait dédiée à Marie, Reine des Coeurs. Les habitants du faubourg étaient pauvres, et le missionnaire fournit lui-même la statue que l’on y vénère toujours ; il y ajouta un cœur couronné d’épines, comme gage de sa consécration personnelle à la reine des Coeurs. Notre Bienheureux avait toujours le même amour pour la sainte Vierge : ce titre qui exprimait si bien la nature de la dévotion qu'il prêchait et sur laquelle il devait écrire un sublime traité, il le donna à la chapelle de Saint Donatien.

Les dames généreuses, qui s'étaient chargées des quatorze étendards dont nous avons parlé, aidèrent sans doute le missionnaire a meubler le nouveau sanctuaire de Marie, et il est a croire qu‘elles placèrent une statue de la Reine des Coeurs à côté de la vieille « image » de saint Etienne. L’une d’elles, la plus riche et probablement la plus généreuse, devait connaître Montfort, et c'est peut-être à son appel qu’il était venu évangéliser cette paroisse. Elle appartenait en effet a une famille de Pontchâteau, et elle avait pu voir, de son manoir familial, les merveilles que le saint homme accomplissait dans la lande de la Madeleine. J’ai nommé Madame de la Tullaye, née Rogier de Crévy. L’antique chapelle avait alors un clocher ; mais il était muet : Montfort voulut lui donner une voix. N’était-ce pas nécessaire ? Il avait établi, dans son oratoire de Montbernage, la pratique du chapelet en commun ; nous avons vu précédemment qu‘il avait l‘ait de même a Saint Similien. Ce n’est pas trop préjuger de son zèle que de croire à l’établissement de cet usage dans le sanctuaire qui nous occupe. Or, comment appeler les fidèles à la prière, sinon par le son de la cloche ? Montfort en demanda une et l'obtint. La bénédiction solennelle en fut faite au cours de la mission, et le Bienheureux en fut le parrain avec Madame de la Tullaye. Le procès-verbal en fut soigneusement dressé, puis signé du parrain et de la marraine, ainsi que de deux prêtres employés sans doute aux exercices, P. Gelineau et P. Tripon. Il est conservé aux archives municipales de Nantes et c‘est, je crois, l'unique preuve qui nous reste dela dédicace de la chapelle Saint Etienne à Notre Dame des Coeurs. Qu’on nous permette, pour ce motif, de le rapporter en entier : « Le 21e jour de juin 1710, on a fait dans la chapelle de Notre Dame des Coeurs, alias de Saint Etienne, dans le cymytière de cette paroisse, la cérémonie de la bénédiction d’une cloche pour servir à la ditte chapelle. Le nom luy a été imposé d’Anne-Marie, par M. Louis de Montfort, prêtre et missionnaire, et par Madame Anne Bogier de Crévy, épouse de Messire François-Salomon de la Tullaye, cons.er du Roy et son procureur général a la C. des C. de B ».

La chapelle de Saint-Donatien fut moins heureuse que celle de Montbernage ; elle perdit à la Révolution sa cloche et sa madone. Le souvenir même du culte qu'on y avait rendu à Notre-Dame des Coeurs s’éteignit. Toutefois la chapelle ne périt point. L'église paroissiale avait été vendue et démolie, et lorsque les prétres revinrent d’exil, le modeste sanctuaire bâti par l'évêque Epiphane treize siècles auparavant restait seul debout. Il abrita les fidèles et servit d'église paroissiale pendant quatre ans, jusqu’au 28 mars 1806. C'est-là, entre ces vieilles murailles, que les deux anciens vicaires, revenus d‘Espagne, reprirent l'exercice de leur ministère ; c’est là que l’un d’eux, M. Jambu, fut installé à la place de son ancien recteur, noyé dans les flots de la Loire ; c’est là qu’un jour ce vénérable pasteur, suppliant ses ouailles d’oublier les injures reçues et les persécutions subies, tira des larmes de tous les yeux.

De tels souvenirs auraient dû rendre la petite chapelle plus chère encore au peuple. Hélas ! dès l'ouverture de la nouvelle église, elle retomba dans l’oubli; elle perdit jusqu’à son nom. Bientôt elle ne fut pour le peuple que la chapelle de Saint Agapit, d’un saint très vénéré dans la paroisse, et dont la statue, après la destruction de sa chapelle, fut placée dans celle de Saint Etienne.

Notre pauvre vieux sanctuaire resta longtemps sans gloire ; et l'on put craindre un instant que l’édifice, élevé par l’évêque Epiphane, allait à jamais disparaître. Un ami de nos antiquités chrétiennes, dévoué surtout à ce qui intéresse le culte des Enfants Nantais et l‘histoire de leur paroisse, le sauva de la ruine. Il fit mieux. Il entreprit de le restaurer. Pour commencer, il y a rétabli la dévotion à Marie Reine des Coeurs.

Par ses soins, un peintre de talent dessina un tableau qui résume l'histoire que nous avons racontée. On y voit, sur un trône et la couronne au front, la Vierge-Mère ; sur ses genoux est son divin Enfant, tenant en main un sceptre et un globe ; le Bienheureux Montfort, agenouillé devant elle, lui présente des deux mains un cœur enflammé ; enfin deux anges, planant au-dessus du groupe, portent des banderoles où on lit ces mots : « Marie Reine des Coeurs – A Jésus par Marie ». Le tableau fut placé dans la chapelle, du côté de l’Evangile et, en 1901, un jour de fête de catéchisme, le culte de Notre Dame des Coeurs fut solennellement rétabli. Déjà des cantiques en son honneur ont été composés ; des Sœurs de la Sagesse, accompagnées des jeunes filles qu’elles élèvent, y sont venues chercher en quelque sorte les traces de leur Père ; plusieurs personnes pieuses ont suivi le. même chemin. Mais ce sont les enfants du catéchisme de première communion qui se montrent les plus empressés à honorer Notre Dame des Cœurs.

Le restaurateur de ce culte savait que le Père Montfort, durant l’année qu'il passa dans la Communauté de Saint-Clément à Nantes, s'était consacré presque exclusivement à l’instruction religieuse des enfants, dans diverses paroisses de la campagne. Est-il croyable, pensa-t-il, que ce saint homme ait oublié la paroisse rurale la plus voisine de sa demeure ? N’est-il pas à croire du moins que, dans ses pèlerinages a la tombe de nos martyrs, il aimait à s‘entretenir avec les petits enfants qu’il trouvait sur sa route et qu’il leur communiquait quelque chose de son amour pour Jésus et pour Marie ? D’ailleurs les cœurs d’enfants, les plus sincères et les plus purs, plaisent par dessus tous les autres au Coeur de Marie. Voilà pourquoi la dévotion à la Reine des Coeurs est pratiquée surtout aujourd’hui par les enfants du catéchisme de Saint-Donatien. À chaque réunion, ils invoquent la Vierge sous ce nom si doux ; souvent ils chantent ses cantiques ; et quand sonnent les heures, ils interrompent la leçon pour redire, sur l’air d'avant-quart de l’horloge, qui sert ainsi d’accompagnement a leur chant, ces paroles empruntées en partie au Bienheureux Montfort : « Tout pour Jésus, tout par Marie: Roi des élus, à vous ma vie ! »

 

C’est le Père Montfort qui nous a fait connaître et honorer Marie, reine des cœurs ; c'est à lui que nous devons demander le sens de cette gracieuse dévotion.

Dans l’Ecriture et dans le langage de l’Eglise, le mot cœur offre plusieurs sens. Il désigne d’abord l’organe de chair qui fait en nous circuler le sang ; mais il est également employé pour signifier tout l’intérieur de l’homme, l’ensemble de ses pensées, de ses désirs, de ses volontés. C’est tout cet ensemble qui constitue le domaine de, la Reine des Cœurs. Écoutez Montfort : « Marie est la Reine du ciel et de la terre par grâce, comme Jésus en est le Roi par nature et par conquête : or connue le royaume de Jésus-Christ consiste principalement dans le cœur et l’intérieur de l’homme, selon cette parole : Le royaume de Dieu est au dedans de vous, de même le royaume de la très sainte Vierge est principalement dans l’intérieur de l’homme, c’est-à-dire, dans son âme, et c’est principalement dans les âmes qu’elle est plus glorifiée avec son Fils que dans toutes les créatures visibles, et nous pouvons l’appeler avec les saints Reine des Cœurs ».

Mais s‘il est dans l’ordre que Marie règne sur tout notre intérieur, règle toutes nos facultés, soit maîtresse de toutes nos volontés, c'est afin de les consacrer à son Fils. Telle est en effet la raison d’être de cette dévotion : soumettre à Marie notre âme et toutes ses facultés, afin que Marie les soumette à Jésus. C'est la ce. que notre Bienheureux appelait le » saint Esclavage », ou la parfaite consécration à Jésus par Marie ; et voici comment il l’expose lui-même : « Cette dévotion consiste donc à se donner tout entier a la très sainte Vierge, pour être tout entier à Jésus—Christ par elle. Il faut lui donner : 1°notre corps avec tous ses sens et ses membres ; 2° notre âme avec toutes ses puissances ; 3° nos biens extérieurs qu’on appelle de fortune, présents et à venir ; 4° nos biens intérieurs et spirituels, qui sont nos mérites, nos vertus et nos bonnes œuvres, passées, présentes et futures ».

Le titre de Reine des Coeurs dit encore davantage ; il signifie que cet esclavage, que nous professons envers la sainte Vierge, doit être surtout un esclavage d'amour. Il y a en effet des esclaves de contrainte et des esclaves d’amour : ce dernier titre convient seul à ceux qui se consacrent à la Reine des Cœurs. « Si la sainte Vierge est la reine et souveraine du ciel et de la terre, n'a-t-elle pas autant de sujets et d’esclaves qu'il y a de créatures ? Mais n’est-il pas raisonnable que, parmi tant d’esclaves de contrainte, il y en ait d‘amour qui, de plein gré, choisissent, en qualité d‘esclaves, Marie pour leur Souveraine ? »

Tel est le sens de notre dévotion, exposé par le Bienheureux lui-même ; et c’est pour cela que la confrérie du saint Esclavage, récemment érigée, l’a été sous le titre de Marie, Reine des Cœurs. Profitons des leçons de notre grand apôtre, soyons comme lui les esclaves très humbles et très dévoués de la Mère de Dieu, répétons souvent les paroles enflammées d‘un de ses plus beaux cantiques :


J‘aime ardemment Marie,
Après Dieu, mon Sauveur,
Je donnerais ma vie
Pour lui gagner un cœur.

Ô ma bonne Maîtresse,
Si l‘on vous connaissait,
Chacun ferait la presse
À qui vous servirait.

ND de Nantes

 Fin du Mois de Marie des Madones Nantaises

 

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29 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Bretagne21

Trentième jour

Notre Dame de la Délivrance


Parmi les vocables sous lesquels Marie est honorée chez nous, il en est un que la plupart ignorent, et qui mérite d’être signalé : Notre Dame de la Délivrance.

Nos pères avaient placé son image a l'entrée des ponts, tout près de la forteresse de Pirmil. Ils voulaient, dit-on, remercier la sainte Vierge de la protection qu‘elle avait exercée sur la cité menacée par les protestants ; mais c‘était certainement aussi pour obtenir qu’elle les délivrât à l’avenir des attaques de l‘ennemi.

Les débris pittoresques du vieux château ont été renversés, il y a longtemps déjà (1839) ; la madone a disparu comme eux. Cependant le petit peuple est resté fidèle au culte qu‘il avait voué a Notre Dame de la Délivrance, et il est encore un coin de notre ville où se perpétue cette dévotion.

Toutefois ne cherchez pas dans nos riches basiliques : il n’y en a pas de trace ; n’explorez pas davantage nos larges rues et nos places modernes : ce n’est pas là que se manifeste la piété populaire, elle y serait mal à l’aise. Allez dans un de nos plus vieux quartiers, dans la rue des Carmes, autrefois si fréquentée parles dévots serviteurs de Notre Dame, presque en face de cette antique maison à l’enseigne du « Vieux Nantes », dont la façade de bois et d’ardoise surplombe la chaussée, réjouissant notre regard déshabitué de ces formes vénérables et nous reportant cinq siècles en arrière. Arrêtez-vous au numéro 15, et suivez une allée longue, étroite, à l'odeur de moisi. Au fond est une cour entourée de bâtiments : c’est là. À droite, sur la façade d’une maison plus basse que les autres et relativement récente, dans une sorte de fenêtre aveugle que surmonte un fronton, à été encastré un plein relief qui attire tout de suite les yeux par ses couleurs voyantes. C’est un arc en accolade, rappelant quelque peu le triforium de la Cathédrale, mais d'un travail incomparablement moins fin ; au centre, posée sur un socle, est une Vierge-Mère, portant sur son bras droit le divin Enfant et, de la main gauche, lui présentant le sein. A la hauteur des épaules de la madone sont suspendus deux anges ; et, dominant le tout, on voit un Père Eternel coiffé de la tiare. Au-dessus de l’arc se lit l’inscription : « Notre Dame de Délivrance » ; au-dessous est un support abrité pour recevoir les cierges ainsi qu’un tronc pour recueillir les offrandes. Le bas relief à été repeint tout récemment avec des couleurs diverses où dominent le blanc et le bleu, dans ce ton cru qui tire l'oeil et qu’affectionne le menu peuple. La Vierge a les traits gros et assez vulgaires ; elle paraît antique et peut-être est-elle antérieure aux décors qui l’entourent. D’où vient-elle ? Ornait-elle déjà la façade d’une maison plus ancienne situé= au même lieu ? Est-ce un débris du couvent des Carmes qui était proche ? Provient-elle, comme quelques-uns l'ont pensé, de la démolition de la porte de Sauvetour ? Le peuple l’ignore et, sans s’en inquiéter, continue de vénérer sa chère madone. On l’invoque surtout pour les femmes enceintes, et l’on y fait brûler des cierges pour obtenir leur heureuse délivrance.

On trouve une autre madone, honorée sous ce même vocable, à l’extrémité du diocèse de Nantes, dans la paroisse récente de Trescallan. Près des limites de Piriac, à deux pas du manoir de Lauvergnac et non loin de la mer, est le pauvre hameau de Brenda. Il ne se compose actuellement que de trois ou quatre masures, mais il eut jadis plus d’importance: les gens du pays sont unanimes à déclarer qu’il a connu des jours de prospérité, presque des jours de gloire. Ce n’est pas un récit purement légendaire ; les Celtes en effet y ont laissé un tumulus et les Romains des ruines. Les paysans racontent volontiers qu’il exista naguère un premier Brandu sur le rivage même, entre Belmont et Lérat, et qu’il fut détruit à une époque très reculée par les envahissements de la mer. Ils ajoutent qu’aux grandes marées, quand le reflux laisse un large espace à découvert, on aperçoit encore sur les roches de Belmont des blocs énormes, certainement taillés de main d’homme. Le propriétaire d‘un champ voisin, en cultivant sa terre, y a constaté l’existence de trois couches bien distinctes, le sable d’abord, puis des débris de constructions, et au-dessous le sol arable. Quels bâtiments s'élevèrent la jadis ? Y eut-il un petit port dans le genre de celui de Lérat, ou même plus important ? Les Romains y avaient-ils établi un entrepôt de marchandises ? Les mines d’étain qu’ils exploitèrent dans le voisinage y avaient-elle attiré de nombreux commerçants ? Les ruines n‘ont pas dit leur secret, et il est a croire que l’océan, qui les recouvre en partie, ne le livrera jamais.

Un second Brandu fut construit, après la catastrophe, à quelque distance du premier. Il existe encore, mais bien déchu. On y compta jusqu’à douze fours, marque évidente d’une agglomération assez considérable. Nous avons dit ce qu’il est aujourd’hui.

En des temps lointains, qu’il est impossible de préciser, même approximativement, les habitants de Brandu, très éloignés de Guérande, leur centre paroissial, avaient élevé une chapelle dédiée à la sainte Vierge, et choisi la Visitation pour fête patronale. On en ignore l’origine, mais on sait qu’elle était en grande vénération. Les marins du pays la visitaient régulièrement au départ et à l’arrivée. En mer, quand grondait la tempête, ils invoquaient leur puissante patronne et lui faisaient des vœux. Pas un navire ne passait en vue de la chapelle, que les matelots ne saluassent pieusement la madone de Brandu : Dans les nécessités publiques, soit maladies, soit dérangement des saisons, les paroisses voisines, mais surtout Guérande, y venaient processionnellement solliciter l’intervention de Notre Dame. Les habitants du pays rappellent encore, avec une fierté mêlée de tristesse, que leur chapelle reçut en mème temps jusqu’à sept bannières de paroisses différentes. Beaucoup de personnes allaient aussi en particulier s'y recommander à la Mère de Dieu.

Comme tous les lieux de pèlerinage, Brandu avait sa fontaine et son calvaire, que l’on y vénère toujours. Ce dernier porte une date à sa base, 1625.

Il semble pourtant que, dès cette époque, l’étoile de Brandu commençait à pâlir. Peut être faut-il en chercher la cause dans le voisinage des Protestants. On sait que l’hérésie avait à Piriac de nombreux adhérents, excités et soutenus par un ministre fort entreprenant ; de plus, le sire de Tournemine, baron de Campzillon, dont dépendait notre village, avait aussi embrassé la réforme, et ne pouvait manquer d’exercer, du manoir de Kerjean où il résidait, une puissante et néfaste influence sur ses vassaux.

A la fin du XVIIe siècle (1698), les habitants de la frairie résolurent de construire une autre chapelle plus centrale. Ils choisirent comme emplacement au tertre isolé de toute habitation, afin d’éviter, semble-t-il, les compétitions intéressées des différents villages. Toutefois, s’ils se montraient infidèles a Brandu, ils ne l’étaient pas à Notre Dame, et la chapelle de Trescallan, tel était son nom, fut aussi dédiée à la sainte Vierge, sous le vocable de N. D. de Miséricorde.

Le sanctuaire de Brandu subsista néanmoins, et les pieux fidèles ne cessèrent point d’y faire des pèlerinages. Ils y trouvaient toujours la vieille madone tant vénérée. C’était une statue en bois doré représentant la Vierge Marie avec l’Enfant Jésus dans ses bras. Elle avait les traits forts et accentués des femmes du pays, sans rien cependant de ridicule et d’inconvenant. Le socle portait une inscription : « Notre Dame de la Délivrance ». Pourtant la chapelle et la statue elle-même n’étaient guère désignées que par le nom de Notre-Dame de Brandu.

Les anciens racontent que, pendant les dévastations sacrilèges de la Révolution, leurs pères, voulant soustraire la sainte image à la profanation, l’avaient enlevée de la chapelle et cachée dans la demeure de l’un d’eux ; et la légende, brodant sur une translation très naturelle sans doute et opérée secrètement, ajoute que la Bonne Mère, ne trouvant pas ce lieu convenable, alla d’elle-même prendre domicile chez un autre habitant du village.

La paix enfin revenue, l’antique statue reprit sa place dans la chapelle de Brandu, et continua d’y recevoir les hommages de ses fidèles. Parmi ceux-ci, en remarqua, durant plusieurs années, un personnage mystérieux dont nul ne sut jamais le nom, peut-être un ancien religieux chassé de son monastère par la Révolution, et qui poursuivait dans cette solitude les méditations auxquelles jadis il se livrait dans le cloître.

Cependant les pèlerins de Brandu devenaient de moins en moins nombreux. Le village n’était plus qu’un hameau insignifiant ; d‘un autre côté la chapelle de Trescallan avait son desservant et ses offices réguliers ; la désormais se dirigeait la foule, la désormais devait être honorée Notre Dame. De plus c’était assez, pour cette population pauvre, d’entretenir une église ; la chapelle de Brandu ne fut bientôt plus qu’une ruine. On se résolut à transporter l’antique statue dans l’église de Trescallan. Elle y est encore, vénérée des fils comme autrefois des pères. Quant à Brandu, il pleure toujours sa madone et sa chapelle, dont il ne reste pas pierre sur pierre. Les derniers débris en ont été transportés à la Turballe et sont entrés dans la construction des premières maisons de ce bourg. Peut-être verra-t-on quelque jour, dans cette importante agglomération, chef-lieu de la commune dont le centre paroissial reste à Trescallan, surgir une nouvelle chapelle, qui certes répondrait à un besoin pressant. Ne serait-il pas juste de lui donner pour patronne Notre-Dame de la Délivrance ?

 

Le vocable que nous venons d’étudier doit nous rappeler tout naturellement les derniers mots de la sublime prière que Jésus-Christ lui-même a placée sur nos lèvres : « Libera nos à malo, Délivrez-nous du mal ». Tous les commentateurs de l’Oraison dominicale disent que, par ces paroles, nous demandons à Dieu de nous délivrer des maux du corps, mais surtout de ceux qui menacent les âmes. Nous supplions le Seigneur d’écarter de nous le péché et de nous délivrer de la puissance du diable. Beaucoup traduisent, en effet, « libera nos à malo », par délivrez-nous du méchant, c'est-à-dire, du démon. Or, ce que nous demandons directement à Dieu, nous pouvons prier Marie de le solliciter pour nous : sa prière, toujours bien accueillie, obtient infailliblement son effet, et c’est ainsi qu’elle mérite d’être appelée Notre-Dame de la Délivrance. Continuons donc de demander à la sainte Vierge de nous délivrer de la tempête, des intempéries, de la contagion, des accidents qui nous guettent, de tous les maux temporels qui nous menacent. Demandons-lui plus instamment encore de nous délivrer du péché, et de nous donner la main pour nous aider a traverser les fanges de la terre sans souiller notre robe d'innocence. Demandons-lui enfin de nous délivrer de la puissance du démon. Beaucoup de gens, surtout à la campagne, voient du diable partout, dans leurs étables, dans leurs laiteries, même dans leurs demeures, et sollicitent des bénédictions et des prières pour se délivrer de ses maléfices. Bien de mieux assurément, à condition que l’on sache se garder des exagérations et des pratiques superstitieuses. Mais on néglige de voir le démon la surtout où il se trouve, dans le monde, rôdant autour de nous pour nous dévorer. Le Maître a dit : « Le monde est tout entier sous l’influence du malin esprit ». La parole divine se justifie tous les jours : c’est le diable qui mène le monde. Demandons à Marie de nous défendre contre lui, nous, nos familles, nos paroisses, notre pays, et, dans cette intention, répétons avec confiance : « Notre-Dame de la Délivrance , priez pour nous ».

Note de la rédaction: L'image de Notre Dame de Délivrance de la rue des Carmes a été transférée, au début du 20e siècle, dans la Cathédrale Saint Pierre et Saint Paul de Nantes, ou l'on peut toujours l'y vénérer en la chapelle Saint Jean-Baptiste.

 

ND de Nantes

 

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28 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Vingt-neuvième jour

Notre Dame de Contratacion

ou du Commerce

Je voudrais vous parler ce soir d‘un vocable de la très sainte Vierge à Nantes, inconnu sans doute à la plupart d’entre vous. Du XVe au XVIIIe siècle, il fut cher a beaucoup d’habitants de cette paroisse et, de nos jours, il conviendrait encore à bon nombre des paroissiens de Saint Nicolas. C’est Notre Dame de la Contratacion, ou en français, car le mot contratacion est espagnol, Notre Dame du Commerce.

Mais comment une dévotion nantaise pouvait-elle avoir un nom espagnol ? À l’époque dont j’ai parlé, il y avait un très grand nombre d’Espagnols à Nantes ; et l’on peut affirmer qu’ils avaient en mains une grande partie du commerce de cette ville. Ils étaient, suivant l'expression, commune alors et que j'ai déjà employée, marchands à la Fosse, c’est-à-dire, armateurs et riches armateurs, car la plupart des terrains de ce quartier leur appartenaient. Plusieurs sans doute rentrèrent dans leur pays d’origine avec la fortune qu’ils avaient amassée ; beaucoup aussi devinrent définitivement nos concitoyens. Ils mêlèrent le sang des Hidalgos a celui de nos meilleures familles, et plusieurs d’entre eux arrivèrent aux postes les plus éminents. On en vit s’asseoir dans le fauteuil des Maires de Nantes ou sur les sièges fleurdelisés des présidents de la Chambre des Comptes ou du Parlement de Bretagne.

Isolés sur la terre étrangère, ils éprouvèrent tout d’abord le besoin de se grouper et formèrent une compagnie. qui, composée de commerçants, ne tarda pas a devenir une Bourse. Ils se réunissaient dans la Tenue d'Espagne, dont la rue de ce nom perpétue le souvenir en Saint-Donatien ; ils se réunissaient aussi, pour leurs affaires, tout prés d’ici, dans la maison et le jardin de la « Nation d‘Espagne », que rappelle le Café des Quatre Nations.

Leur compagnie, dont faisaient déjà partie plusieurs commerçants nantais existait depuis de longues années quand, le 29 décembre 1493, le roi Charles VIII, mari de notre duchesse Anne, la rétablit dans tous ses droits. Ses membres nantais jouissaient de précieux privilèges à Bilbao et dans d’autres villes d’Espagne ; en revanche, les commerçants espagnols avaient aussi des privilèges à Nantes.

Fidèles aux traditions de leur pays, où la foi est profonde et le culte de la sainte Vierge plus développé que partout ailleurs, les fondateurs de la société de Contratacion en firent une confrérie, et la placèrent sous le patronage de Notre Dame.

C’est dans l‘église des Cordeliers, dont les ruines lamentables se voient encore, à droite du choeur, que se trouvait la chapelle de la Nation d'Espagne, centre de notre confrérie. Ses membres, tous opulents et dévoués à Marie, se plaisaient à enrichir leur sanctuaire national. Partout, sculptées sur les murailles ou peintes dans les vitraux, étincelaient les armes de Castille, de Léon, d‘Aragon, de Biseaye ; partout, sur les riches mausolées dont son enceinte était encombrée, se lisaient des noms espagnols, francisés parfois, reconnaissables toujours, des Darrande, des Ruys, des Myrande, des Complude, des Despinoze, d‘autres encore, tous connus à Nantes comme en Espagne, tous marchands à la Fosse. La petite chapelle était comme un coin, comme une vision de la patrie lointaine.

Les opérations commerciales de la Contratacion avaient lieu dans la maison de la Nation d’Espagne ; ses réunions pieuses dans la chapelle des Cordeliers. La confrérie était présidée par un consul, encore un mot qui sent le négoce élu chaque année par les confrères, et dans la liste de ces présidents on trouve, non seulement les noms les plus notables de la colonie espagnole, mais aussi ceux des plus célèbres commerçants nantais de cette époque. Chaque nouveau membre fait, en entrant, serment « d’honneur et de probité » ; prend l'engagement de se trouver « ès-jours de festes ordonnées à la chapelle des Cordeliers, aux processions et offertes » ; remet quatre écus au trésorier de la compagnie ; enfin donne une « aumône aux pauvres et à Sainte Clère » à la manière accoutumée, selon sa volonté.

A la mort d'un confrère, le lendemain de son enterrement, l'association faisait célébrer aux Cordeliers une messe de Requiem « à haulte voix ». Pour cela elle avait fait la dépense d'un drap de velours, que l'on devait rapporter fidèlement, après le service, « au logeix de Monsieur le Consul ».

Un accord avait été passé avec les Cordeliers pour le service de la confrérie : les marchands espagnols étaient pieux et sans doute mais du faste, aussi les cérémonies étaient nombreuses et devaient être solennelles.

Il y avait trois processions chaque année, celles de la Chandeleur et des deux fêtes-Dieu. Les confrères y devaient assister, sous peine de payer un écu de soixante sols. Aux processions des fêtes-Dieu, tous les religieux devaient être « chappés », et tenir à la main un cierge. Le Saint Sacrement devait être porté d’abord autour du cloître où un reposoir était dressé, puis dans les deux cours de la maison, et revenir, par la rue, dans l’église. Une seconde bénédiction était donnée à l’autel de la chapelle espagnole, et le Saint Sacrement était reporté au maître-autel.

Les religieux devaient en outre chanter vingt grand’messes solennelles, avec diacre et sous-diacre, chantres et enfants de choeur. Le jour du Sacre et de son octave, qui étaient évidemment les deux principales fêtes de la confrérie, la messe devait être célébrée avec plus de pompe : aux ministres des fêtes ordinaires s’ajoutaient un prêtre assistant, un maître des cérémonies, quatre chantres chappés, et tous les religieux de la communauté devaient être présents au grand choeur.

Les membres de la confrérie assistaient fidèlement à ces fêtes ; ils devaient, en outre, aller six fois par an à « l’offerte » ; le consul donnait un écu au célébrant de l’Epiphanie, ordinairement le religieux qui avait été roi « à la cérémonie du gâteau ».

Deux fois par an, le jour du Sacre et celui de l’octave, les confrères se réunissaient dans un déjeûner commun. Ils avaient à leur disposition, pour cette fin, une des salles de la communauté, et, pendant longtemps, ce fut une salle particulière qui portait leurs armes au plafond.

Comme tant d’autres, la confrérie tomba au XVIIIe siècle, en 1733. Depuis longtemps déjà, elle ne comptait plus d’Espagnols. On a au même décidé, en 1662, de ne plus admettre aucune personne qui ne fût « originaire de la ville ou faubourgs, ou marié avec femme ou fille de ladite ville ou faubourgs ». En outre, pour y être admis, il fallait l’avis favorable de douze membres et du consul. La confrérie n'était plus espagnole ; en revanche, elle était bien nantaise.

 

Jésus-Christ, en nous apprenant à prier, a mis ces paroles sur nos lèvres : « Donnez-nous aujourd’hui notre pain de chaque jour ». Il ne nous interdit donc point de lui demander les biens temporels, et l'Eglise, par les usages et les prières de sa liturgie, nous en donne l’exemple. Nos ancêtres le savaient bien; ils ne manquaient point d’intéresser les saints à leurs affaires et d’appeler la bénédiction de Dieu sur toutes leurs entreprises. Aussi, quand nos « marchands » nantais construisirent une Bourse pour leur commerce, ils voulut y joindre une chapelle et y attacher un aumônier. Ces riches armateurs qui, le soir, s’en allaient fièrement à la Bourse, en habit de soie et l’épée au côté, ne rougissaient pas de s’agenouiller le matin dans leur chapelle de Saint Julien, pour recommander au maître de la tempête les bateaux chargés de richesses, qu’ils expédiaient sur les océans. Les mêmes motifs et la même confiance les conduisaient aux autels de Notre-Dame, et les portaient à s'enrôler dans ses confréries. Vous donc, mes Frères, qui cherchez à acquérir, dans le commerce ou l’industrie, l’aisance et même la fortune, et vous qui demandez simplement à un travail plus modeste le pain de chaque jour, suivez ces exemples, priez Dieu et la Vierge de vous bénir.

Toutefois, n’oubliez pas ceci : les commerçants d’autrefois respectaient Dieu. ses mystères, son nom et ses commandements. Alors, on ne violait pas la sainte loi du dimanche par un travail maudit ; alors, à l'exemple de notre Jacques Cassard, qui imposait, même à des flibustiers, sous peine « de perdre leur part » de prise, l’engagement de ne pas « jurer le nom de Dieu », on ne souffrait pas dans les magasins ou les ateliers les impiétés et les blasphèmes ; alors, on s’agenouillait à la table sainte, et bien rares étaient ceux qui ne remplissaient pas « leurs devoirs ». De même, si vous voulez que Dieu écoute vos prières, il ne faut pas insulter à son nom, attaquer ses mystères, fouler aux pieds ses lois ; si vous voulez que la Mère vous protège, il ne faut pas crucifier a nouveau le Fils.

Les membres de notre confrérie faisaient serment « d‘honneur et de probité ». Ils savaient le tenir. À cette époque, la probité commerciale était intacte, la parole du marchand valait un contrat, la fraude était inconnue, la marchandise toujours de bon aloi. Tous aujourd’hui, parmi ceux qui se livrent au commerce ou à l‘industrie, seraient-ils dignes d’un tel éloge ? Peut-être serait-il imprudent de l’affirmer. Pour vous, mes Frères, si vous voulez que Marie vous protège, et que Dieu vous bénisse, vous marcherez sur les traces de vos pères, vous tiendrez votre « serment d‘honneur et de probité ».

 

ND de Nantes

 

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26 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Vingt-septième jour

Notre Dame de la Victoire


Notre Dame de la Victoire, le vocable que nous allons étudier ce soir, nous reporte aux dernières années du seizième siècle, alors que la France se débattait en des luttes terribles, et que l’on se demandait si le royaume très chrétien, revendiqué par un prince protestant, allait cesser d‘être Catholique. Mais il nous rappelle en même temps que la vraie foi finit par triompher chez nous, et que la tête de l’infernal serpent, qui se dressait pour nous infuser son venin, fut une fois encore écrasée par Marie.

Nantes faisait partie de la Sainte Union, et le duc de Mercœur y tenait haut et ferme le drapeau de la foi. On a critiqué l'ambition de ce prince, on a dit qu’il visait à mettre sur sa tête la couronne de Bretagne, qu’il revendiquait du chef de sa femme, héritière des Penthièvre. Je ne le nie point ; mais s’il avait des défauts, il avait des qualités aussi: il a vaillamment combattu pour la foi, et sa piété, louée par saint François de Sales, n’a jamais été contestée.

Dans ses luttes contre l’hérésie protestante, Mercœur avait recours a la force des armes ; mais il n’oubliait pas la prière, et, quand le succès avait couronné ses efforts, il était reconnaissant à Dieu et à Notre Dame.

C’est ainsi qu’en action de grâces de la victoire de Châteaugiron, remportée sur le comte de Soissons, il avait fondé aux Jacobins de Nantes une procession du Saint Sacrement le premier jeudi de chaque mois.

C’est ainsi que, par acte du 4janvier 1592, il avait aussi fondé un curieux salut de la Vierge à la Collégiale. Il devait être solennellement chanté tous les dimanches, aux quatre grandes fétes de l’année et aux huit fêtes de Notre Dame. Après les vêpres, un chanoine et le sous-chantre, tous deux en chape, se rendaient au pied de l’autel. Devant eux, deux enfants de chœur, revêtus de leurs aubes et dalmatiques, portaient chacun un flambeau, garni d‘un cierge de cire jaune du poids de deux livres, l'un aux armes du duc, l'autre a celles de Marie de Luxembourg, sa femme. Arrivés au bas des degrés, ils entonnaient le Sub tuum, continué en musique par le chœur. Suivait le Magnificat, exécuté en faux bourdon. Après le psaume, on répétait l’antienne, puis venait le verset, et enfin l’oraison dans laquelle on demandait pour Philippe Emmanuel de Lorraine la victoire contre les ennemis de Dieu ; et en même temps pour la Bretagne et particulièrement pour la ville de Nantes et la Collégiale elle-même, la protection divine. Et « aftin d‘inciter le peuple a se trouver à ceste solennité et dévotieulx service, la grosse cloche de ladite église sonnera douze gobbetz, qui connnanceront après le son du Magnificat des vespres ordinaires, et finiront auparavant le commancement dudict service ».

Quelques mois plus tard, le 23 mai 1592, un triomphe, plus éclatant que tous les autres, fournit a Mercœur une occasion nouvelle de témoigner sa reconnaissance à Marie. La ville de Craon, qui tenait pour la Ligue, fut attaquée soudain par le prince de Dombes, chef des partisans du Béarnais en Bretagne. Mereœur courut à sa défense. Beaucoup de Nantais combattaient sous ses ordres ; on y voyait notamment le sire de Goulaine et son frère, ainsi que toute la noblesse du duché de Retz conduite a la bataille par le marquis de Belle-Isle. La victoire des Ligueurs fut complète et les rendit maîtres incontestés du pays. Le vainqueur fit porter aussitôt à Nantes onze canons, vingt-quatre enseignes de gens de pied, deux cornettes de cavalerie, ainsi que plusieurs prisonniers d’importance. Ceux-ci furent enfermés au château, et les drapeaux suspendus aux galeries du triforium dans la Cathédrale.

Quelques semaines après, le duc revint à Nantes et le peuple lui lit une entrée triomphale. Il fut conduit solennellement a la Cathédrale où le Chapitre le complimenta ; puis le Te Deum retentit en action de grâces pour les succès obtenus, pendant que les cloches annonçaient au loin la joie de la cité. Le dévoué serviteur de Marie voulut faire davantage et perpétuer sa reconnaissance envers la puissante protectrice qui lui avait donné la victoire.

Il habitait alors, ainsi que sa belle-mère, la duchesse douairière de Martigues, l’hôtel de Briord, bâti par Pierre Landais, et dont nous pouvons admirer encore la belle architecture gothique : il était donc, comme la plupart des grands seigneurs de. cette époque, paroissien de Saint Vincent. La famille Landais s'était montrée généreuse pour cette église et y avait construit, du côté de l’épître, la chapelle de Briord, dont j’ai déjà parlé ; Mercœur voulut surpasser le puissant ministre, son devancier. Il acheta une partie de la cour de l'hôtel de Portric, dont le Mont de Piété nous marque aujourd’hui l’emplacement, fit percer le mur de l‘église, du côté de l’évangile, et bâtit (1593) une Chapelle qui faisait pendant à celle de Briord. Il la dédia à Notre Dame de la Victoire. L’extérieur du monument, du moins à en juger par ce qui nous en reste, était d’une architecture assez simple ; mais l’intérieur en était richement décoré. Sur l’autel, on voit, à la place d’honneur, la statue de Notre Dame de la Victoire, entourée de celles de saint Philippe, patron du fondateur, et de saint François d'Assise, pour lequel il avait une particulière dévotion ; dans le riche vitrail qui éclaire la chapelle, brillent orgueilleusement le blason du duc et celui de la duchesse douairière de Martigues ; a la muraille, est suspendu le portrait de Mercœur, « en peinture d’environ deux pieds de hauteur, et d’un pied et demi de largeur ; il y est représenté à mi-corps, cuirassé, ayant la belle écharpe rouge que lui envoya Philippe ll, roy d'Espagne, en 1595, transpassée sur les épaules de droite a gauche ». Un choeur a été ménagé dans la chapelle neuve et contient dix stalles semées de croix de Lorraine. C’est la qu'au son de la cloche qui porte elle_même sur ses flancs le nom du prince, le recteur de Saint Vincent et' les quatre chapelains, institués par Mercœur, viennent chanter l’office. Le duc, en effet, ne s’est pas contenté d’élever un nouveau sanctuaire à Marie ; il y a joint une importante fondation, au capital de 4,500 livres. Quatre chapelains doivent chanter tous les jours avec le Recteur l’office entier de Notre-Dame, dans la chapelle de la Victoire. Après nones, on célèbre au même autel une messe basse de Beatà. Mais le samedi et les jours de fête de la Vierge, la messe est chantée, et le célébrant est assisté d'un diacre et d’un sous-diacre : de plus, tous les samedis, le saint sacrifice est précédé d'une procession autour de l‘Eglise. Enfin, chaque jour, après complies, on chante le salut de la Vierge.

Notre Dame de la Victoire sourit encore à notre pays : bientôt ce fut la paix définitive, la paix dans la gloire et la prospérité. Le rêve trop humain de Mercœur s‘était évanoui sans doute, et sa femme, la fille des Penthièvre, avait du renoncer pour toujours au trône tant convoité ; mais l’hérésie était vaincue chez nous et la foi triomphante ; Marie conservait son beau royaume terrestre, le plus beau après celui du ciel ; et la France restait, pour de longs siècles encore, la grande nation catholique.

La foi de la Bretagne allait aussi refleurir. L’ignorance religieuse et le désordre des mœurs, conséquences des discordes civiles, avaient réduit cette belle province a un état lamentable. Marie lui donna des apôtres : à nos frères du Léon et de la Cornouailles, Le Nobletz, Quintin et Maunoir ; à ceux de Vannes, les fondateurs de la Retrait ; à ceux de Saint Brieuc, le P. Leuduger ; à nous, le Bienheureux Grignion de Montfort. Ils s'en allèrent, comme les apôtres des temps lointains, jetant partout, sur cette terre féconde, la bonne semence ; et la semence leva magnifique, et l'ignorance religieuse disparut, et la vertu refleurit, et les sanctuaires de granit revirent leur splendeur d’autrefois, et des calvaires se dressèrent au long de tous les sentiers, et les communautés retrouvèrent leur ferveur, et les tiers ordres enrôlèrent partout des sujets, et l'on vit se multiplier les saints : la Bretagne était redevenue ce que nous la voyons encore : le coin de France le plus entêté dans sa foi, le plus généreux dans son dévouement.

Vingt ans avant la fondation faite par le duc de Mercœur et que je viens de raconter, le saint pontife Pie V avait institué (1571) la fête de Sainte Marie de la Victoire. C’était à la suite de la bataille de Lépante, pour remercier Marie de ce brillant fait d’armes, du a sa puissante intervention.


Notre Dame de la Victoire, c‘est donc Marie sauvant l'Eglise universelle des attaques musulmanes et conservant à l'Europe la foi Catholique. Notre Dame de la Victoire , nous l’avons dit aussi, c’est Marie sauvant l’Eglise de France des attaques de l’hérésie protestante, et gardant à la grande Nation, ainsi qu‘à notre petite Bretagne, la foi catholique. Reconnaissance donc, pour le passé, à Notre Dame de la Victoire; et confiance pour l’avenir.

Marie ne peut pas être vaincue, et quand elle prend une cause en mains, cette cause est assurée du triomphe. Confions-lui donc la foi de notre France, la foi de notre chère Bretagne. Vous savez a quel point elle est actuellement menacée. Depuis plus d'un siècle et je puis bien le dire, depuis vingt ans surtout, l‘Enfer et ses suppots lui livrent de terribles assauts. Notre Bretagne n'est pas épargnée, que dis-je ? elle est en butte à de plus violentes attaques : il semble que les impies aient deviné qu’elle constitue la réserve de la France chrétienne, qu’elle est cette forteresse presque inaccessible, dans laquelle se réfugient les derniers défenseurs après la prise de la cité, et ils en font le siège avec une rage et une habileté sataniques. Restons fidèles à Marie, dont le bienheureux Père Montfort nous à dit le rôle ici-bas et chanté les grandeurs ; comme aux jours lointains des luttes contre l’hérésie, multiplions les hommages a son nom, les appels à son invincible puissance, et elle sera pour nous, aujourd’hui comme hier, Notre Dame de la Victoire.

 

ND de Nantes

 

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8 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Neuvième jour

Notre Dame de Créé-Lait

 

A l’entrée de la chaussée de la Madeleine, à Nantes, entre les numéros 7 et 9, on aperçoit, au fond d’une ruelle, une vieille maison, portant l‘enseigne de la Boule d’Or. En face de cette maison, sur le terrain qu’occupe actuellement le square de l’Hôtel-Dieu, se voyait naguère un édicule, dégradé par le temps et dont les restes mutilés indiquaient une oeuvre du XVe siècle. On l’appelait le « Pilier de Notre-Dame », ou bien encore, d’un nom plus vulgaire et plus expressif : « Notre-Dame de Crée-Lait ». La chaussée, sorte de pont qui s’allongeait pendant trois à quatre cents pas, sur des arcades de pierre, à travers les prairies basses de la Madeleine, ne commençait alors qu’à l’auberge de la Boule d’Or, et la voie étroite et courte qui, du pont de la Belle-Croix, aboutissait à la chaussée, s’appelait « rue de la Bonne Vierge de Crée-Lait », nom très compréhensible dont la foule ignorante avait fait « rue Bonne-Vierge-Grêlée ».

L’origine de cette humble construction et la dévotion qui y conduisit nos pères, pendant près de quatre siècles, méritent qu’on les signale. Vous avez tous entendu parler de ce Gilles de Raiz, dont l’histoire s’est confondue chez nous avec la légende de Barbe Bleue. C’était un riche et puissant seigneur, ses terres étaient immenses et ses revenus dépassaient un million de notre monnaie ; c’était un brave aussi : il avait combattu vaillamment aux côtés de Jeanne d’Arc et, dès l’âge de 27 ans, il avait conquis, à la pointe de son épée, le bâton de maréchal de France. Mais il avait été gâté par des parents trop faibles, et des passions ardentes que nul, dans son enfance, ne s’était occupé de réprimer, l’avaient emporté vers l’abîme et avaient fait de lui le monstre hideux et lubrique dont le souvenir nous fait horreur. C’est par centaines que l’on compte les enfants qui furent ses victimes, et les mères ne peuvent entendre prononcer son nom sans tressaillir d’effroi.

L’évêque de Nantes, Jean de Malestroit, sans se laisser effrayer par la puissance du monstre et par les liens de parenté qui l’unissaient à deux familles souveraines, dénonça ses forfaits. Le duc Jean V lui donna des juges et, le 25 octobre 1440, Gilles de Laval, baron de Batz et maréchal de France, fut condamné à être brûlé vif. Ce fut un événement public : les pères et les mères jeûnèrent trois jours pour lui obtenir la miséricorde divine et infligèrent, dit-on,la peine du fouet à leurs enfants, afin qu’ils gardassent dans leur mémoire le souvenir du châtiment terrible qui allait frapper ce grand criminel. La sentence fut exécutée sur la prairie de la Madeleine ; les cloches de toutes les églises tintèrent des glas et une procession précéda le coupable jusqu’au lieu du supplice ; le clergé, l’évêque, le duc lui-même étaient là. En considération de son rang et de son repentir, Gilles de Raiz fut d‘abord étranglé et son cadavre, à peine touché par les flammes, fut enseveli dans l‘église des Carmes.

En exécution des dernières volontés du défunt, on érigea, sur le lieu de son supplice, une croix de pierre, la Belle Croix. Dans le soubassement qui la portait, ou,ce qui me parait plus probable, dans une sorte de mur étroit ou de pilier élevé il quelque distance, on creusa trois grottes en style gothique de l‘époque et l’on y plaça l’image des saints préférés du seigneur de Raiz, celle de Notre Dame au milieu, puis, à droite et a gauche, celles de saint Gilles et de Saint Laud.

Avant de mourir, le grand coupable, repentant de ses crimes, avait déclaré « que sa mauvaise éducation était cause de tous ses désordres, que l’oisiveté l’avait perdu, que les mères devaient refuser a leurs enfants des mets trop délicats et, au contraire, les nourrir de bons principes ». Les mères chrétiennes prirent l’habitude de venir au Pilier de Notre Dame prier pour le malheureux qui les avait tant fait pleurer et demander, en même temps, à leur bonne Mère du Ciel, la grâce pour leurs propres enfants de ne pas marcher sur ses traces. Elles faisaient ordinairement ce pèlerinage dans les mois qui suivaient immédiatement leur délivrance, alors qu’elles nourrissaient encore ces chers petits. Naturellement, elles ne se contentaient pas de solliciter pour eux des grâces d’ordre surnaturel, mais elles demandaient aussi des avantages temporels, et particulièrement le lait dont elles avaient besoin pour les nourrir. Bientôt, comme il arrive presque toujours, hélas ! Les préoccupations temporelles l’emportèrent sur les autres et l’on ne demanda plus guère a Notre Dame que la nourriture nécessaire aux petits enfants. De là ce vocable singulièrement expressif, inventé par le peuple : Notre-Dame de Crée-Lait.

Pendant des siècles, un courant de dévotion conduisit les mères au Pilier de Notre-Dame. Malgré l’encombrement de la rue, plus étroite à cet endroit qu’elle ne l’est aujourd’hui et voie unique de communication de la rive gauche avec la ville, on y voyait souvent des mères agenouillées, et parfois même des foules considérables. Marie ne pouvait manquer d’exaucer les prières qu’inspirait cette foi simple et touchante. Le Bureau de ville, qui s’intéressait à tous les souvenirs de la cité, arrêtait, le5janvier 1578, de faire établir un auvent protecteur au-dessus des trois statues pour assurer leur conservation. La Terreur mit fin à ce modeste pèlerinage. Les trois statues furent enlevées et probablement détruites. Toutefois, les niches subsistèrent jusqu’en 1867. A cette époque, le Pilier de Notre-Dame fut renversé pour l’aménagement du square de l’Hôtel-Dieu. En d’autres temps, on ont regardé connue un devoir de dresser, sur cet emplacement consacré par la piété populaire, au milieu de la verdure et des fleurs du jardin, un autre « pilier » et une nouvelle image de Notre-Dame ; le Bureau de ville de l’an de grâce 1578 n’y eût pas manqué ; notre société laïque, pour ne pas dire païenne, n’a plus de ces pieuses délicatesses et la naïve dévotion à Notre-Dame de Crée-Lait a pour toujours disparu. Pour trouver quelques restes du vieux monument, il faut aller au Musée archéologique, où sa partie supérieure a été recueillie et gît mélancoliquement au milieu d’autres débris du passé. Il est vrai pourtant que, sur le pont voisin, se dresse toujours la « Belle-Croix ».

 

La leçon qui se dégage de ce court historique est surtout pour les mères : permettez-moi donc, Mesdames, en terminant, de m’adresser plus spécialement il vous. À l’exemple de vos devancières, demandez la nourriture corporelle pour vos enfants. Elle est nécessaire, et c’est Dieu qui la donne ; c’est Dieu qui féconde le sein des mères et y distille mystérieusement la liqueur précieuse qui fortifie et fait grandir ces êtres chéris : c’est à Dieu donc qu’il faut la demander. Mais si l’on veut être plus sûrement exaucé, il est bon d’employer l’intermédiaire de Notre-Dame. Demandez en même temps la grâce de comprendre et d’aimer ces grands devoirs de la maternité que Dieu impose, mais que le monde rejette ou dédaigne, parce que l’égoïsme les redoute ou simplement parce que la mode les prescrit.

Demandez à Marie de comprendre et de pratiquer les conseils que Gilles de Raiz mourant donnait, de son échafaud, a toutes les mères de tous les temps. Gardez-vous, dans l‘éducation que vous donnez à vos enfants, de la mollesse et de l’oisiveté. Un orateur catholique le disait au siècle dernier : « La mollesse énerve l’âme et en détruit le ressort; tout languit dans l’enfant a qui l’on ne refuse rien. Si vous voulez faire de votre enfant un homme, ne l’amollissez pas par des soins exagérés, sinon le sentiment de l’honneur s’affaiblira dans son âme et son sang s’appauvrira dans ses veines. Inconnu aux hommes, oubliant Dieu, il ne sera rien, ni en cette vie, ni en l’autre. Vous lui aurez appris a manger et non il travailler, a dormir et non à veiller, à céder et non il vaincre, a véiller et non à vivre : votre mollesse aura tout perdu ».

Appliquez-vous surtout à « nourrir vos enfants de bons principes ». Et qu’est-ce donc que nourrir ses enfants de bons principes ? C’est mettre sur leurs lèvres les noms de Dieu, de Jésus et de Marie, et ces premières prières, les prières de l’enfance, qui restent gravées dans la mémoire jusqu’au dernier souffle, et que l’on aime toujours, même quand on n’a plus le courage de les redire ; c’est mettre dans leur intelligence, avec la connaissance des choses de Dieu et de la religion, une foi que les attaques de l'impiété non plus que les séductions du vice ne sauraient ébranler ; c’est mettre sur leur front l’orgueil de cette foi, le sent orgueil permis, celui qui fait que l’on ne rougit pas de son baptême, que l’on ne s’incline pas devant les idoles, que l’on ne s’abaisse pas devant les puissances ; c’est mettre dans leur cœur la volonté qui fait les hommes, les héros et les saints. Voilà, mes Frères, la leçon qui ressort de notre vocable; voilà ce que signifie cette invocation qui, peut-être, vous fait sourire : « Notre-Dame de Crée-Lait, priez pour nous ! »

 

ND de Nantes

 

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19 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Vingtième jour

Notre Dame de Miséricorde

 

Notre piété ne peut plus s'épancher sous les voûtes et dans les nefs gracieuses de l’église royale et collégiale de Notre-Dame de Nantes : le temps a renversé l'œuvre élégante des rois et des ducs. Le temps n’a pas davantage épargné l’église plus humble et non moins aimée de Notre Dame des Carmes. il a du moins respecté la modeste statuette que nos pères vénéraient sous le nom encourageant de Notre Dame de Miséricorde ; et il n‘a fait qu’accroître la dévotion du peuple nantais envers cette chère madone. C'est d‘elle que je viens vous entretenir ce soir.

Vers le huitième siècle, une. forêt immense s‘étendait à l'ouest de Nantes et s‘avançait jusqu‘aux abords de la colline du Martray. Le manoir dela Cour Cattuy, dont le peuple dit volontiers que c’est un ancien rendez-vous de chasse des ducs de Bretagne et qui existe encore rue des Hauts-Pavés, semblerait en marquer les limites.

Un dragon, bête monstrueuse et féroce, assez semblable à un serpent ou à un crocodile, s’y était établi, au dire de la légende, et, de cette retraite impénétrable, jetait partout la désolation. Les troupeaux étaient décimés, les hommes eux-mêmes n’étaient pas épargnés. Malheur au voyageur ou au paysan qui se hasardait dans les étroits sentiers de la forêt : il était irrémédiablement perdu.

Les Nantais font vœu à Marie de lui élever un sanctuaire, sous le vocable de Notre-Dame de Miséricorde, si elle les délivre de ce fléau. Confiants dans la protection de la Vierge, les trois plus honorables habitants de la cité s’offrent pour combattre le monstre. Ils parlent ; le premier est victime de son courage, il tombe sous la dent du dragon ; mais c’est en vain que celui-ci tourne ensuite sa fureur contre les deux autres assaillants, il tombe à son tour, mortellement frappé.

L’Evéque vint alors, à la tète du clergé et du peuple, poser la première pierre de la chapelle votive; et il emporta, comme témoignage de la protection de Marie, la mâchoire du monstre, qui fut placée dans un étui d’argent et conservée jusqu’à la Révolution, dans le trésor de la Cathédrale.

La piété nantaise pourvut a la construction de la chapelle et veilla, pendant des siècles, à son entretien. Deux fois au moins, sous l’effort du temps, ses vieux murs menacèrent ruine ; deux fois elle fut soigneusement rebâtie. Les fidèles s’y rendaient fréquemment en pèlerinage ; les processions ne partaient pas seulement de la ville, il en venait des paroisses plus éloignées du comté nantais, il en venait même, au témoignage du chanoine Vincent Charron, de l’Anjou et du Poitou. Notre Dame de Miséricorde répondait a cette confiance, et le même auteur rapporte trois miracles obtenus, aux XVIe et XVIIe siècles, par son intercession. Deux furent accomplis dans la ville de Nort, qui semble avoir aimé d’un amour tout spécial la madone nantaise, et l’un des miraculés, riche marchand tiré des portes de la mort où l’avait conduit une grave maladie, vint visiter notre chapelle et y laissa un tableau qui le représentait aux pieds de la « Mère de bonté ». Le troisième fait cité par le vieux chroniqueur concerne un gentilhomme du comté nantais qui, revenant d'Espagne, fut assailli sur mer par une furieuse tempête. Menacé de périr, il jeta un cri de détresse vers Notre-Dame de Miséricorde. Marie entendit sa prière, et le voyageur, en témoignage de sa reconnaissance, fit placer dans la chapelle un tableau, où il était représenté sur le pont d’un navire battu par la tempête.

Faut-il s’étonner, après cela, que ce doux vocable se fût répandu au loin dans le diocèse de Nantes, et que l’on honorât presque sur tous les points Notre-Dame de Miséricorde ? Au premier rang, la Cathédrale : un chanoine, vénérable et discret missire Jean Berhault, « pour la grande dévotion qu’il portait à la Saincte Vierge, sa spéciale patrone », fit construire, au XVe siècle, « une belle chappelle sous l’invocation de Nostre Dame de Miséricorde, de sainct André, apostre, et de sainct Martin, évesque de Tours » ; il voulut y être enterré aux pieds de sa bonne Mère et fit, en son honneur, une fondation perpétuelle de deux messes par semaine. On trouvait aussi ce vocable à Sainte-Pazanne, à Trescalan, à Herbignac ; et nos ducs de Bretagne, qui possédaient une résidence au Gâvre, avaient voulu que leur chapelle, plus tard église paroissiale, fût dédiée à Notre Dame de Miséricorde.

Au XVIIe siècle, un évêque de Nantes établit à Miséricorde une confrérie en l’honneur de saint Michel, le vainqueur de l'internat serpent ; puis, quelques années plus tard, un autre prélat, évêque irlandais, exilé pour la foi, inaugura, dans le petit sanctuaire soigneusement restauré, la célèbre neuvaine qui se célèbre encore à Saint Similien, de l’Ascension à la Pentecôte.

À la Révolution, la chapelle est vendue, puis démolie. Il n’en reste aucune trace. Elle s’élevait sur la petite place qui précède l’entrée du cimetière qui porte encore son nom. Mais la statuette vénérée par nos ancêtres avait été sauvée. Une pieuse tertiaire, « la bonne sœur Jeanne », qui s’occupait de la chapelle, l’avait soustraite à la profanation, et elle est aujourd’hui conservée précieusement dans l’église paroissiale, où la piété nantaise honore, avec plus d’ardeur et d’amour que jamais, Notre-Dame de Miséricorde.


Ce titre, si consolant et si encourageant pour nous, est donc bien un titre nantais. Cependant nos pères ne l’avaient pas inventé ; ils l’avaient emprunté aux usages de l’Eglise universelle qui, dès longtemps, honore d’un culte pieux Notre Dame de Miséricorde, et qui depuis l’a placé dans ses Litanies : « Mater Misericordiæe, ora pro nobis ». Comment traduire cette location latine ? Elle a deux sens, et les deux sont également beaux.

Elle veut dire : « Mère de la Miséricorde ». Mais la Miséricorde, n’est-ce pas Jésus, n’est-ce pas le Fils de Dieu fait homme, qui a si bien mérité par son amour pour les pécheurs d’être regardé comme la Miséricorde en personne ? La Mère de la Miséricorde, c’est donc la Mère de Jésus, c’est donc la Mère de Dieu; mais ce n’est pas la Mère du Dieu terrible, ce n’est pas la Mère du Dieu de justice et de vengeance ; c’est la Mère du Dieu d’amour, dont le cœur déborde de pitié pour les pauvres pécheurs.

Mater misericordiæ a un autre sens, plus généralement adopté, il veut dire : »la Mère de Miséricorde », c’est-à-dire, la Mère miséricordieuse et bonne. N’est-il pas naturel d'ailleurs que la Mère d’un Dieu si bon soit elle-même remplie de miséricorde et de bonté ?

Aimons donc a nous servir de ce touchant vocable, nous tous surtout qui sommes livrés au péché : c’est la leçon qui ressort, en effet, tout naturellement de notre dévotion nantaise. Ce dragon, qui dévore tous ceux qui l’approchent, c‘était l’image du démon, le serpent infernal, qui rôde sans cessa autour de nous pour nous dévorer, et qui, trop souvent hélas ! Nous donne la mort avec son venin. Ils avaient compris combien ce rapprochement était naturel, ceux qui avaient établi dans notre chapelle la confrérie de Saint-Michel, le vainqueur de Satan.

Mais Marie aussi a vaincu le serpent dont son pied virginal continue d’écraser la tête maudite. Elle est forte contre lui, et communique à ceux qui l’invoquent la force pour le vaincre. Elle est de plus le refuge suprême de ceux qu’il a vaincus, elle est la dernière espérance des pêcheurs, et c’est à cause de ses bontés maternelles pour ces pauvres malheureux qu’elle a Surtout mérité d’être appelée Mère de Miséricorde.

Elle accueille les bras ouverts et presse sur son cœur, que la pitié fait battre et plus encore l’amour, les plus coupables, les plus flétris, et c’est merveille de voir, dans les annales qui enregistrent ses bienfaits, le nombre et la désespérante malice des criminels qu’elle a sauvés. Mais en outre comment dire le peu qu’elle exige d’eux pour les tirer de la l‘ange et les arracher à l’enfer Une médaille à leur cou, un scapulaire sur leurs épaules, un Ave sur leurs lèvres déshabituées de la prière, un cierge brûlant a son autel, une neuvaine ou un pèlerinage entrepris par la mère, la femme ou la fille du pécheur, et le cœur de Marie est touché, et elle insinue le repentir dans l’âme du coupable, et elle lui donne la main pour le conduire à Dieu.

Nous donc qui sommes pécheurs, et nous qui gémissons de voir des pécheurs a nos côtés, sous notre toit, parmi ceux qui nous touchent de plus près, tournons nos regards vers Marie, mettons notre espérance en elle, et ne nous lassons pas de redire la prière que les Nantais répètent depuis douze siècles : « Notre Dame de Miséricorde, priez pour nous ».

 

ND de Nantes

 

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14 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Quinzième jour

Notre Dame de Toutes joies

 

La très Sainte Vierge et c’était la consolation des affligés, s’appelait chez nous Notre Dame des Langueurs, Notre-Dame de Pitié, Notre Dame des Larmes ; elle s’appelait aussi, elle s’appelle encore Notre Dame de Toutes Joies.

Dans ce délicieux coin de terre que tous les Nantais connaissent et que les étrangers ne manquent pas de visiter, à deux pas de Clisson, qu’elle domine et protège, s’élève, depuis des siècles, une chapelle de la Vierge. Laissez-moi résumer rapidement son histoire.

C’était au XIVe siècle, pendant cette désastreuse guerre de Cent-Ans, qui mit la France à deux doigts de sa perte, et qui lit éclater, par l’entremise de Jeanne d’Arc, la protection du Ciel sur notre pays. Dans les marches communes de la Bretagne et du Poitou, aux avant-postes de notre chère petite patrie, se dressait une forteresse dont nous admirons encore les imposants débris. De ce nid d’aigle, le sire de Clisson définit tous les efforts de l’ennemi. L’Anglais, voulant a tout prix s’emparer de cette place, véritable clef de la Bretagne, du côté de l’Aquitaine, où il régnait en maître, vint l’assiéger avec des forces considérables. Il posa son camp sur les hauteurs de la Challouére, d’où il dominait la ville et le château. Plus confiant dans la force de son bras que dans ses imprenables murailles, le sire de Clisson sortit au-devant des assiégeants et remporta sur eux une victoire complète. Au moment même où l'ennemi fuyait sous ses coups, on accourut annoncer au vainqueur qu’il venait de lui naître un fils. Cet enfant devait illustrer a jamais sa race ; c’est celui que l’histoire appelle Olivier de Clisson, connétable de France, et qui, réalisant les présages de sa naissance, mérita d’être surnommé « le boucher des Anglais. « Allons, s’écria le vaillant guerrier, joie hors la ville, joie dans la ville ! » Et il se hâta de rentrer au château. Sa femme, l’héroïque Jeanne de Belleville, laissa, en le voyant, éclater les transports de sa reconnaissance, et, les yeux levés au Ciel, s'écria à son tour : « Toute joie vient de vous, Seigneur, toute joie vient de vous ».

Les nobles époux témoignèrent à Dieu leur gratitude. Non loin du château, s’élevait jadis une chapelle consacrée à N.-D. de Lorette et qui, sans doute, avait été détruite par les incursions de l’ennemi. Ils la rebâtirent un peu plus haut, sur le lieu même de la bataille, au sommet de ce coteau qui sépare la Sèvre de la Moine, aspectant les deux vallées et leurs poétiques garennes. Ils la dédièrent à Notre Dame de Toutes-Joies.

Bien souvent, le sire de Clisson, Jeanne de Belleville et le futur connétable y vinrent prier Marie. Toute la contrée y vint après eux et la petite chapelle fut bientôt un pèlerinage célèbre. En vain les Protestants la réduisirent en cendres, l’amour des peuples la rebâtit. Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, les foules ne cessèrent de s’y presser et, chaque année, durant l’octave de l'Assomption, vingt-cinq paroisses s’y rendaient tour à tour en ordre de procession.

La Révolution traita le pieux sanctuaire comme avaient fait les Protestants. Une division de Mayençais, l’armée de Mayence ! Comme disent encore en tremblant nos paysans Vendéens et Bretons passa par Clisson et une scène ignoble se déroula à Notre Dame de Toutes Joies. Ces soldats impies s’affublèrent des ornements sacerdotaux et coururent les sentiers et les champs d’alentour, dans une sorte de procession sacrilège. Le lendemain, ils étaient battus à Torfou par les Vendéens. Les survivants, dans leur retraite précipitée sur Nantes, mirent le feu a la chapelle.

A la paix, tout était ruiné : les habitants relevèrent comme ils purent leurs maisons ; les prêtres rétablirent a la hâte leurs églises ; mais personne ne pensait à la vieille chapelle. Une pauvre fille, Jeanne Favrot, y songea. S’emparant d’une statuette de faïence, à demi-brisée par les Vandales modernes, elle la posa pieusement sur une petite table, et, pendant des années, elle se tint à la porte de la chapelle en ruines, filant sa quenouille et sollicitant la charité. Les paysans, après tant de pillages et d’incendies, étaient aussi pauvres qu’elle, et les riches se moquaient de la vaillante fille. Pourtant, les jours de foire, quelques sous tombaient dans sa sébile. Elle finit par réunir la nautique somme de 30 francs et fit réparer une partie du toit, au-dessus de l’autel. Alors la piété s'émut, les aumônes devinrent plus abondantes et la chapelle put être restaurée entièrement.

Les pèlerinages reprirent. Au XVIIe siècle, le principal fondateur des séminaires en France, M. Olier, prieur de la Trinité de Clisson, aimait à prier dans la chapelle ; ses fils ont hérité de sa vénération pour le modeste sanctuaire et, chaque année, le mardi qui suit la mi-août, ils s’y rendent fidèlement avec un grand nombre de séminaristes. La paroisse de Gétigné, fière de posséder la chapelle sur son territoire, y vient en procession, le jour même de l’Assomption.

En ce siècle généreux, où l’on élève de splendides églises, la chapelle semblait bien pauvre aux dévots serviteurs de Marie. Elle a été reconstruite, il y a quelques années, et l’architecte a ménagé, à l’angle de la façade, une chaire extérieure d’où le prédicateur peut, le jour du pardon, adresser la parole à la foule, trop considérable pour que le monument puisse la contenir.

Le pays de Clisson n‘était pas seul à posséder un sanctuaire dédié à Notre-Dame de Toutes Joies. Durant de longs siècles, la ville de Nantes a en un prieuré du même nom, dépendance de la Collégiale,annexé plus tard à l’Université. La chapelle était située tout près de l’Hôtel de Ville, et, jusqu’à ces dernières années, une rue de notre cité en rappelait encore le souvenir : c’était la Petite rue Notre Dame, plus justement dénommée autrefois rue de la Petite Notre Dame.

Il y a cinquante ans, ce vocable a été relevé. Des prêtres dévoués, voulant fonder une œuvre pour la persévérance de la jeunesse ouvrière, ont en l’heureuse idée de donner ce nom significatif à la magnifique chapelle de l’établissement. Elle est aujourd’hui succursale de Saint Similien ; mais nos jeunes ouvriers en employés vont encore se délasser de leurs travaux, à l’ombre et sous la protection de Notre Dame de Toutes Joies.

 

Rappelez-vous, mes Frères, le cri de Jeanne de Belleville, alors et pour peu de temps, hélas ! Heureuse châtelaine de Clisson : « Toute joie vient de vous, Seigneur, toute joie vient de vous ! » Il est vrai, toute joie vient de Dieu ; il est vrai aussi, et les nobles seigneurs l’avaient compris, toute joie vient de Dieu par Marie. C’est pour cela qu’ils témoignèrent leur reconnaissance à Dieu et à la très sainte Vierge, en donnant à la chapelle, où Dieu devait être honoré en même temps que sa Mère, le nom symbolique de Notre Dame de Toutes Joies.

Nous aussi, chrétiens, nous savons ces choses, et c’est pour cela que nous demandons si souvent à Dieu, par l’intermédiaire de Marie, de mettre un peu de joie dans notre vie. Quand la tristesse nous abat, quand la douleur poignante nous étreint le cœur, quand la maladie nous assiège, quand des peines intimes nous rongent, quand le malheur, sous quelque forme que ce soit, vient fondre sur nous et sur les nôtres, nous crions à Dieu par Marie, et nous demandons un peu de joie, un peu de bonheur.

C’est bien, mais ce n’est pas assez. Quand nous souffrons, nous comprenons cela ; quand la joie manque, nous sentons que c’est à Dieu et à sa Mère qu’il faut la demander. Mais quand la vie nous sourit, mais quand la joie vient s’asseoir a notre foyer, y pensons-nous encore ? Dans la prospérité, faisons-nous remonter à Dieu et à Marie l’élan de notre reconnaissance ? Même quand nous sommes convaincus que cette faveur, que cette joie, que ce retour de bonheur, nous les devons aux prières répandues aux pieds de la bonne Mère, même alors pensons-nous a les lui attribuer, pensons-nous à remercier Notre Dame de Toutes Joies ? Plusieurs y pensent sans doute, et c’est avec émotion que nous voyons les ex-voto qui tapissent les sanctuaires de la sainte Vierge : mais combien qui n’y pensent pas ! Combien qui négligent de dire merci ! Combien qui, dans la joie et la prospérité, oublient la divine main qui les donne ! Ah ! Mes frères, ne soyons pas des ingrats ; disons nous aussi : « Toute joie vient de vous, Seigneur, toute joie vient de vous » ; et si, dans la tristesse, nous pensons à invoquer Notre Dame de Pitié, n’oublions pas, dans l’allégresse, de remercier Notre Dame de Toutes Joies.

J’ajoute que la nouvelle chapelle, érigée sous ce vocable a Nantes, pour sanctifier les joies de la jeunesse, nous rappelle un devoir et nous donne une leçon : c’est qu’il n’y a de joies légitimes et vraies que celles qui sont prises sous les regards de Dieu et de Marie. L’homme, fait pour le bonheur, cherche a se réjouir ici-bas : ce n’est pas un mal, bien au contraire ; mais a une condition, c’est que nous évitions les joies mauvaises, c’est que nous évitions même les joies dangereuses, c’est que nous évitions les joies excessives et trop multipliées, qui nous occupent tout entiers et nous font oublier les joies éternelles. Ces joies-là ne sont pas légitimes, nous ne pouvons pas les prendre sous le regard de Marie. Les joies légitimes, ce sont les joies innocentes, ce sont les joies qui ne souillent pas le cœur, ce sont les joies qui n’ébranlent pas la foi, ce sont les joies modérées qui n’absorbent que nos loisirs et ne prennent pas sur le temps du devoir, ce sont celles-là qui sourient à Dieu et que nous pouvons prendre sous le regard de Marie.

Donc, mes Frères, quand nous sommes dans la prospérité, quand nous nous réjouissons de quelque événement heureux, que notre reconnaissance aille à Dieu et à Marie de qui vient toute joie ; quand, pour nous délasser des peines et des fatigues de la vie, nous nous livrons à quelque plaisir, que ce soit sous les regards de Dieu et de Notre Dame de Toutes Joies.

 

ND de Nantes

 

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13 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Quatorzième jour

Notre Dame de Patience

 

La piété des fidèles de Nantes avait dressé un autel à Notre-Dame de Patience dans la Collégiale. Les habitants de Petit-Mars avaient fait mieux, et lui avaient consacré une chapelle. Celle-ci fut élevée, en l’année 1649, à la dignité d’église paroissiale. S’il faut en croire l’archidiacre Binet, cité par M. l’abbé Grégoire, ce n’était qu’une restitution, et l’église du Vieux-bourg, comme on dit encore aujourd’hui, ne faisait que rendre à sa voisine un titre que naguère elle lui avait ravi. C’est le 16 novembre que l’église de Patience, agrandie et transformée, « fut bénite, par noble, vénérable et discret Michel Laubier, bachelier en théologie de la faculté de Paris, vicaire général et official de Nantes ». Le dimanche suivant, 19 novembre, la paroisse s’y rendit solennellement en procession et la messe y fut chantée pour la première fois. Le nouveau temple était bien pauvre : point de carrelage, point de lambris, point de balustrade aux petits autels, et tout le reste à l’avenant... Et ce fut ainsi pendant près d’un siècle, jusqu’en 1726 ! L'église eut été plus justement dédiée à Notre Dame de Bethléem ! Mais n’insistons pas, car ce serait sortir de notre sujet. En effet, la chapelle de Patience, en devenant église, avait perdu son nom, pour prendre sans doute celui du patron de la paroisse, saint Pierre-ès-liens. Ajoutons cependant que l’emplacement occupé naguère par l’antique chapelle de Notre Dame, puis durant deux siècles par l’église paroissiale, l’est aujourd'hui par un calvaire que la piété des habitants de Petit-Mars s’est plu a environner de verdure et de fleurs.

Pour trouver un autre sanctuaire consacré à Notre Dame de Patience, il nous faut revenir à Nantes, sur le territoire de la paroisse actuelle de Saint Jacques. C’était dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, vers 1765 ; une fervente chrétienne, Madame Bontant, édifiait par sa piété le quartier Dos-d'âne, c’est-à-dire, l’angle formé par la Loire et la Sèvre. Elle se faisait surtout remarquer par son amour envers la sainte Vierge. Elle avait, a proximité de sa demeure, des sanctuaires assez nombreux, semble-t-il, pour satisfaire sa dévotion : sur la hauteur que signale aujourd’hui l’élégant clocher de Saint Paul, Notre Dame des Vertus ; à l’entrée de la route de Vertou, Notre Dame de Bonne Garde ; enfin, dans l’église du prieuré de Pirmil, l’autel vénéré et la confrérie célèbre de Notre Dame de Vie. Tout cela pourtant ne lui suffisait point, et elle voulut avoir elle-même sa chapelle de Marie : elle la fit élever avec amour et la dédia à Notre Dame de Patience. Peut-être, durant sa vie déjà longue, avait-elle connu beaucoup de tribulations, et voulait-elle chercher, dans la méditation continuelle des douleurs de la Vierge-Mère, et de sa sublime résignation au pied de la croix, la patience dans ses propres infortunes. Peut être voulait-elle simplement rappeler un pauvre peuple du voisinage que la patience dans les privations et les peines est, pour le chrétien, le secret d’être heureux.

Madame Bontant, en effet, ne garda point son oratoire pour elle seule ; dès le principe, les portes en fureut ouvertes a tous les habitants du quartier. Ceux-ci ne tardèrent pas à s’y presser, et la fondatrice organisa pour eux des exercices quotidiens. Le matin, à l’aube, on récitait en commun la prière, les litanies du saint Nom de Jésus, puis un premier chapelet, suivi d’une lecture de piété ; un prêtre, attaché sans doute à la petite chapelle, venait alors célébrer la sainte messe, que suivaient un deuxième chapelet et une seconde lecture. Enfin, on ajoutait le De profundis, le Salve Regina, trois Ave Maria, deux Pater et deux Ave : c’était l’exercice de la matinée. Le soir, la pieuse assemblée récitait un troisième chapelet pour achever le rosaire. Chacun de ces exercices se terminait par le chant d’un cantique.

Madame Bontant était avancée en âge. Elle voulut, avant de mourir, assurer l’existence de cette oeuvre intéressante des prières du matin et du soir. Elle voulut aussi, du même coup, procurer l’instruction chrétienne aux petites filles de ce pauvre quartier. Le meilleur moyen était de faire appel a une communauté de religieuses enseignantes. Ainsi pensa la fondatrice. Elle adressa une touchante supplique au Père Besnard, supérieur général des Soeurs de la Sagesse, le conjurant « à genoux, de lui envoyer deux sœurs, afin qu’avant de mourir elle eût la consolation de voir se perpétuer le culte que l’on rendait a la sainte Vierge dans la chapelle qu’elle avait fait bâtir ». Comment résister à de tels accents ? Les deux sœurs furent immédiatement accordées. Elles s’appelaient sœur Agnès et sœur Bathilde et arrivèrent rue Dos-d’Ane, à la fin de l’année 1770, le 16 novembre. Les deux saintes filles s’en allèrent d’abord demander la bénédiction de l’Evêque de Nantes, Mgr de la Muzanchère, puis ouvrirent sans tarder leur école charitable.

L’oeuvre nouvelle prospéra et, dès l’année 1773, il fallait demander à Saint-Laurent une troisième religieuse. On en comptait sept dans la maison de la rue Dos-d’Ane, en 1791. La très sainte Vierge d’ailleurs ne pouvait manquer de bénir un établissement où elle était si fidèlement honorée. Les exercices religieux, établis par Madame Bontant, n’avaient point été interrompus ; chaque matin et chaque soir, la chapelle s’ouvrait aux fidèles ; ceux-ci priaient avec plus d’ardeur que jamais la Bonne Mère, excités par la voix et les exemples des Soeurs. Et Notre-Dame, heureuse de ces hommages persévérants, donnait aux pieuses institutrices le courage, la force et la patience, si nécessaires dans l’oeuvre délicate et difficile de l’éducation des enfants. Elle devait aussi leur donner courage, force et patience, pour supporter sans faiblesse la persécution qui allait s’abattre sur la petite communauté.

Le 9 juin 1791, elles refusèrent de prêter le serment schismatique et déclarèrent unanimement qu’elles voulaient continuer leur vie religieuse. Elles la continuèrent, en effet, pendant près de deux ans, non pas, toutefois, sans subir bien des vexations et courir bien des dangers. La plupart des parents retirèrent leurs enfants d’une école désormais suspecte ; et les pauvres sœurs, n’ayant plus qu’un petit nombre d’élèves, passaient leurs jours dans la tristesse et les alarmes. Le 15 octobre 1792, on vint faire l’inventaire de leur modeste mobilier. Elles purent soustraire les vases sacrés et les principaux ornements de la chapelle, qui furent confiés plus tard à la famille Giraud. Enfin, le 28 mars 1793, eut lieu leur expulsion. Ces saintes femmes, qui n’avaient jamais fait que du bien, furent, non seulement chassées de leur maison, mais traitées indignement, et emmenées en prison, au milieu des huées de la populace. On les conduisit au Sanital, où elles passèrent de longs mois entassées, avec d’autres religieuses, dans un grenier. Elles y reçurent la visite de Dieu. Un jour, elles virent entrer dans leur galetas un inconnu, qui leur dit, sans préambule : « Etes-vous disposées à verser votre sang pour Jésus Christ, à mourir pour la religion Catholique, apostolique et romaine ? » « Nous le sommes » répondirent-elles. « Avez-vous la contrition de vos péchés ? » « Oui , répondirent-elles encore. « Eh bien ! Mettez-vous à genoux ». Puis, ouvrant une boîte de métal précieux, l’étranger leur distribua la sainte communion. Il disparut ensuite sans qu’elles aient pu se rendre compte comment. Cet inconnu n’était pas prêtre, sans doute, puisqu’il ne parla point du sacrement de pénitence ; était-ce un pieux laïc ? Était-ce un ange, comme quelques uns l’ont cru ? C’était, du moins, un envoyé du Ciel.

Des sept religieuses qui composaient la petite communauté de Pirmil, une, la supérieure, mourut à l’hôpital de Brest,où les patriotes l’envoyèrent avec une de ses sœurs, soigner leurs malades ; deux disparurent sans laisser de traces ; les quatre autres reprirent ailleurs leur ministère de charité après la Révolution, et moururent saintement comme elles avaient vécu. L‘école charitable de Saint Jacques fut rouverte plus tard, mais non point dans l’établissement de la rue Dos-d’Ane, et la petite chapelle de Mme Bontant pleure toujours ses pieuses réunions d’autrefois.

 

La pieuse dame de Pirmil, dont j’ai appelé la simple et touchante histoire, nous donne de salutaires leçons. Elle s’efforce d’abord d’inspirer au peuple qui l’entoure le goût et la pratique de la prière.

Hélas ! Que de gens qui ne prient jamais, même parmi ceux qui consacrent encore vingt-cinq minutes par semaine à une messe basse entendue distraitement ! Et ils oublient Dieu, et leur foi peu a peu s’affaiblit pour s'éteindre bientôt tout a fait, et leurs idées s‘abaissent, et rien de grand n’est plus capable de faire vibrer leurs âmes, et ils se matérialisent complètement, ne songeant qu’aux affaires ou aux distractions, et ils se vautrent dans la boue et, sous la poussée des appétits insatiables, éclosent inévitablement les entreprises louches, les jalousies, les haines, les révoltes, les révolutions.... Mettez, au contraire, la prière sur leurs lèvres, et vous ranimerez la foi dans leurs âmes, et vous les forcerez a regarder le ciel, et leurs idées s’élèveront, et ils comprendront ce qui est grand, et ils aimeront ce qui est bien, et ils aspireront a la vertu, a la sainteté, au ciel, compensation et revanche des misères de la vie, et vous aurez, autant du moins qu’on peut les posséder ici-bas, la paix et l'harmonie sociales.

La bonne dame Bontant songe ensuite a procurer aux enfants le bienfait d’une éducation chrétienne ; elle veut qu’ils apprennent à connaître Dieu et à le servir. L‘enfant, c’est tout l’homme. Les principes inoculés aux jeunes âmes s'y gravent ordinairement pour la vie. Élevez les enfants sans religion et sans Dieu, vous aurez des hommes d'argent ou de plaisir, et bien souvent des monstres, parce que rien ne sera capable de contrebalancer en eux les instincts et les appétits, parce que la morale des intérêts, la seule qu’ils puissent connaître, n’est pas une morale, et qu’elle conseille les pires choses, dés-là qu’elles conduisent au succès. Mettez au contraire la foi dans les jeunes âmes, vous jetez en elles du même coup la semence des vertus ; et si les passions de l‘adolescence l’emportent souvent, il reste toujours dans ces âmes quelques bons sentiments, réserve de l’avenir, et tôt ou tard se fait entendre la voix du remords qui sonne le réveil du bien. Les enfants élevés chrétiennement, ou resteront honnêtes et vertueux, ou du moins reviendront, au soir de la vie, aux principes du jeune âge.

Suivons donc les exemples de Madame Bontant, inspirons au peuple l’amour de la prière, procurons aux enfants une éducation chrétienne. Mais pour exercer ce fécond apostolat, il faut des qualités maîtresses et par dessus tout de la patience ; et c’est bien justement que la charitable dame avait dédié la chapelle, centre de ses œuvres, à Notre Dame de Patience.

Il faut de la patience, parce que ce sont-là des œuvres délicates et difficiles qui demandent un dévouement inlassable, de tous les jours, de tous les instants, une grande maîtrise de soi, l’oubli complet de sa personne, de son amour-propre, de tous les intérêts humains. Il faut de la patience, parce que ceux qui se livrent à ce ministère charitable ne recueillent le plus souvent que l’oubli, l’indifférence, l’ingratitude ; parce que les méchants, qui ont intérêt au règne des passions mauvaises, qui détestent instinctivement la foi et la vertu, s'efforcent toujours de déchaîner contre eux des persécutions. Le passé nous l‘apprend, hélas ! Et le présent aussi. Ce n’est pas un motif suffisant pour arrêter des chrétiens, encore moins des apôtres. À l’oeuvre donc, sans hésitation ni faiblesse, sous le regard et avec la protection de Notre Dame de Patience.

 

ND de Nantes

 

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10 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Onzième jour

Notre Dame de Recouvrance

 

Le Diocèse de Nantes comptait, il y a un siècle, cinq chapelles dédiées à Marie sous le nom de Notre-Dame de Recouvrance : deux seulement subsistent aujourd’hui. Ce sont d’ailleurs les plus vénérées : ce sont elles aussi que nous allons étudier ce soir.

La première est sur le territoire de Gétigné, paroisse privilégiée entre toutes, puisqu’elle possède deux pèlerinages de Notre Dame, tous deux antiques, tous deux vénérés, tous deux fréquentés assidûment par les populations d‘alentour : Toutes Joies et Recouvrance. Le premier sans doute est plus connu au loin ; mais il serait difficile de déterminer lequel des deux est le plus aimé des gens de Gétigné eux-mêmes. Le jour de l’Assomption ils vont processionnellement à la chapelle de Toutes-Joies ; mais le dimanche suivant, fête de sainte Radegonde, leur patronne, ils se rendent de même a celle de Recouvrance. Il est vrai, celle-ci porte trop visiblement la marque des siècles qu’elle a vécus, tandis que l’autre, fière de ses murailles neuves, de ses lignes architecturales, de son autel et de ses vitraux, semble la préférée du peuple qui l’a rajeunie ; mais Recouvrance n’est point oubliée, et les habitants de Gétigné, aussi généreux pour elle que pour sa sœur, la veulent également belle, parce qu’elle n’est pas moins aimée. Il y a cependant une différence entre elles, c’est que Toutes Joies, la voisine des sires de Clisson, possède une page dans leur histoire, tandis que Recouvrance, plus humble et presque ignorée, n’a qu’une légende, gravée dans la mémoire du peuple. Mais si l’histoire de Toutes Joies est a la fois gracieuse et touchante, la légende de Recouvrance est bien gracieuse et bien touchante aussi. Écoutez.

Le seigneur de la Roche, dont le manoir s’élevait a quelques toises de ce dernier sanctuaire, perdit un serviteur qui avait vécu en grande réputation de sainteté. On l’entera à l’ombre même de la chapelle où, suivant une coutume très répandue en ce temps-là, se trouvait sans doute un petit cimetière. Les fidèles du voisinage, pleins de confiance dans l’intercession du saint homme, ne tardèrent pas à faire des pèlerinages sur sa tombe. La fille du seigneur, qui avait vu de près la vertu du vieux serviteur, se faisait remarquer par une plus grande vénération et des visites plus assidues. Elle prenait soin de la modeste tombe et y avait fait quelques plantations. Elle y cultivait particulièrement un précieux arbuste. À quelque temps de là, le sire de la Roche devint aveugle. Sa fille, désolée mais pourtant confiante, multiplia les prières ; on la voyait plus souvent encore agenouillée sur la tombe qu’elle entourait de tant de respect. Un matin, elle eut tout a coup la pensée de recueillir la rosée que la nuit avait déposée sur les feuilles de l’arbuste, et elle en baigna les paupières fermées de son malheureux père. Ô merveille ! Elles s’ouvrirent de nouveau a la lumière, la cécité disparut. De là, dit-on, vint à la chapelle voisine le nom de Recouvrance.

Les siècles passés ne nous ont transmis aucun document sur l’origine et l’histoire de ce modeste pèlerinage. Toutefois les traditions du pays le font remonter a une haute antiquité. La toiture porte la date de 1745 ; mais il s‘agit certainement d’une reconstruction. Cinq prêtres résidaient jadis sur le territoire de Gétigné, le recteur, son vicaire et trois chapelains. Ceux-ci, titulaires de petits bénéfices, en acquittaient les messes, soit à l’église paroissiale, soit dans les chapelles rurales : l’un d’eux était attaché à N.-D. de Recouvrance.

Notre chapelle, plus heureuse que sa sœur de Toutes Joies, fut épargnée par les Mayençais et les Colonnes Infernales : et les fidèles ne cessèrent point de la fréquenter. Ils ont grande confiance dans la protection de la Bonne Mère et ne se lassent point de la prier. Ils s’agenouillent de préférence devant un bas-relief, taillé dans la pierre, qui représente l’Assomption de Marie. Cette image, trouvée naguère dans un champ voisin, provenait évidemment de l’ancienne chapelle, saccagée peut être dans les guerres de religion ; on l’y a replacée avec honneur, et le peuple la regarde connue miraculeuse.

La seconde chapelle de N. D. de Recouvrance appartient a la paroisse de Casson. Elle est située, non loin du bourg et près du village de la Hacherie, sur une petite éminence qui borde la route de Héric, dans un vallon plein de solitude et de fraîcheur, au fond duquel un ruisseau serpente capricieusement, en murmurant doucement sa chanson, sous les saules et la ramure des grands chênes.

Il y a plusieurs siècles déjà que l’on vient prier Marie dans cet oratoire, et il nous serait impossible de fixer la date de son origine. Cependant il ne peut remonter à une époque très reculée, puisque le peuple redit encore, sans qu’aucun document écrit vienne en aide à sa mémoire, le nom, la profession, le village de son fondateur. Pourtant la légende a déjà fleuri sur le récit populaire et même plusieurs versions du même fait circulent aux alentours. On raconte donc qu’un col porteur mercier, du village de la Hacherie, nommé Savary, s’était endormi, par une journée très chaude, sur le tertre où s’élève aujourd’hui la chapelle. Suivant les uns, il se trouva tout a coup si fortement pressé contre terre, et il éprouva une si violente douleur, qu’il se sentit près d’expirer ; dans ce moment d’angoisse, il appela la Vierge à son secours et, grâce a cette céleste protectrice, il recouvra sur le champ la santé. Suivant les autres, quand le donneur se réveille après un long somme, il s’aperçut que des voleurs lui avaient enlevé son gagne-pain, sa balle de colporteur avec toutes les marchandises qu’elle contenait. Le pauvre homme, tout désolé, cria sa détresse à Marie et recouvra son bien. Quelle que soit la faveur qu’il eût obtenue de la très Sainte Vierge, il est certain que le colporteur fut reconnaissant. Son petit commerce ayant prospéré, il en consacra le bénéfice à construire un oratoire à Notre Dame de Recouvrance.

Nous constatons l’existence de la chapelle en 1649, puisque, le 13 février de cette année, le recteur Despinose y bénissait le mariage de deux notables paroissiens, après avoir reçu publiquement l’abjuration de la fiancée, qui avait vécu jusque-là dans le protestantisme. L’hérésie avait eu de nombreux sectateurs a Casson, sans doute à cause du voisinage de Sucé, dont le temple est bien connu dans l'histoire de notre pays. Casson avait même son ministre particulier, nommé Guénet, en 1570. C’est surtout dans le bourg et autour de Recouvrance que se trouvaient les huguenoteries. On cite : la Cherbaudière, les Glands, la Gandonnière, la haute et la basse Hacherie, la Galpâtière, la Grohinière, la Pyronmière ; et l’on ajoute qu’en ce dernier lieu habita longtemps un ardent sectaire, le comte d’Estrées, qui tourmentait fort les catholiques.

Marie finit par convertir ses voisins qui abandonnèrent l’hérésie et devinrent tous de dévoués serviteurs de Notre Dame. Ils l’invoquaient Spécialement pour leurs brebis, et ces braves gens, dans leur langage imagé, avaient pris l’habitude d’appeler leur madone Sainte Berge, façon pittoresque de rappeler qu’elle était la protectrice des bergers.

Chaque année, le jour du mardi gras, avait lieu le pardon de Recouvrance. Il y avait messe et procession a la chapelle. Toutefois la population était pauvre, et les décors étaient modestes. On rapporte que ces bonnes gens, n’ayant pas de riche brancard pour y poser leur madone, se servaient d’une simple chaise, trône bien humble, assurément, et bien indigne de la Reine du ciel, mais que l’amour de son peuple transformait à ses yeux.

Les offrandes se ressentaient aussi de la pauvreté des visiteurs. Une pieuse femme, chargée de veiller sur l’oratoire, les recueillait fidèlement. C’était, pour l’ordinaire, de la laine. On voulait obtenir ainsi de la sainte Vierge qu’elle protégeât les bergeries.

Les pèlerins étaient nombreux, le mardi gras. On accourait de tous les points de la paroisse, même de Grandchamp et de Héric. Une bonne vieille racontait, en 1850, que ce jour-là, dans sa jeunesse, « sa maison ne désemplissait pas de gens de Héric venant s’y reposer après leur voyage ». M. Dupas, recteur de Casson, écrivait, en 1778, que l’oratoire de Notre-Dame de Recouvrance était un petit sanctuaire isolé, mais assez proprement entretenu. Au sortir de la Révolution, il n’en était plus ainsi : l'abandon avait amené la décadence, presque la ruine. On cessa de célébrer la messe dans la chapelle trop misérable. Toutefois, pendant la première moitié du XIXe siècle, on continua d’y faire la procession traditionnelle, transférée au jour de l’Assomption. Les habitants des villages voisins cachaient pieusement sous la verdure les crevasses des murailles et la pauvreté de l’autel ; des jonchées de roseaux, empruntés au ruisseau du vallon, tenaient lieu de tapis ; et les fidèles, agenouillés autour de la chapelle croulante, s’unissaient au clergé qui chantait les litanies.

En 1860, M. le curé Philippe, profitant de la présence des ouvriers qui travaillaient au château du Chalonge. fit enfin relever ces ruines : la chapelle fut complètement reconstruite. Elle est là, dans son vallon solitaire, petite et modeste comme autrefois, et toujours vénérée. L’antique madone devant laquelle s’agenouillaient les pères et repris sa place au-dessus de l’autel, pour recevoir les hommages des fils ; et les bienheureux particulièrement honorés dans la paroisse sont rangés a ses côtés, connue pour lui faire une cour, savoir : saint Pierre et saint Fiacre, sainte Anne et sainte Germaine. Une plaque commémorative porte les noms de M. Paré, maire de Casson, et des principaux bienfaiteurs : Melle de Grammont, MM. de Bouillé et de la Cadinière. Enfin, à droite, en entrant, l’on voit un bas-relief représentant Notre-Dame et, devant elle, a genoux, trois personnages lui offrant une chapelle.

 

Notre Dame de Recouvrance ! Ai-je besoin de vous indiquer le mystère que nous rappelle ce titre ? Jésus avait douze ans; pour obéir aux prescriptions de la loi Mosaïque, il accompagna ses parents a Jérusalem, au temps de la pâque. « Les jours saints étant passés, ils prirent le chemin du retour. Or, l’Enfant Jésus était resté à Jérusalem, sans que ses parents s’en fussent aperçus. Supposant qu’il était dans l’une ou l’autre compagnie, ils firent une journée de voyage. Alors ils le cherchèrent anxieusement parmi ceux de leur parenté et parmi leurs connaissances. Ne l'ayant point trouvé, ils retournèrent à Jérusalem, le cherchant toujours. Après trois jours, ils le trouvèrent dans le Temple ».

 

Nous aussi, chrétiens, nous avons Dieu avec nous, et l’on peut dire que nous le possédons surnaturellement de deux manières, par la foi et par la grâce. Mais nous aussi, nous pouvons le perdre. Toutefois, la différence est grande entre la Vierge et nous. Marie perdit l'Enfant-Dieu sans commettre aucune faute, et uniquement parce que Jésus voulut lui imposer une épreuve méritoire en nous donnant une leçon. Pour nous, au contraire, si nous perdons Dieu, c’est toujours par notre faute. En effet, que l’homme perde la foi ou la grâce, il y a toujours en quelque faute de sa part.

 

Heureusement, Dieu peut être retrouvé, et la sainte Vierge nous en donne l’exemple. Mais, pour retrouver Dieu, il faut d’abord, comme elle, éprouver quelque peine de l’avoir perdu. Les hommes d’orgueil ou de plaisir qui vivent heureux, tranquilles, sans souci de la perte qu’ils ont faite, ne retrouveront jamais Dieu. C’est la preuve qu’ils n’ont aucun repentir de la faute commise ; c’est la preuve aussi qu'ils ne comprennent pas quel grand bien c’est que de posséder Dieu. Je puis bien ajouter que, en général. l’homme heureux éprouve rarement le besoin de Dieu, tandis que celui qui souffre est tout naturellement incliné vers lui. Comment, après cela, se plaindre de la douleur et dire que les heureux de ce monde ont la meilleure part ?

 

Pour retrouver Dieu, il faut ensuite le chercher, c’est-à-dire montrer quelque bonne volonté, faire quelques efforts pour retrouver la foi ou la grâce. Alors, Dieu fait le reste du chemin et, comme il a fait dans l’Incarnation, il marche vers nous à pas de géant: exultavit ut gigas ad currendam viam.

 

Pour retrouver Dieu, il faut le chercher dans le temple, c’est-à-dire en priant et en étudiant. Pour retrouver Dieu, il faut le chercher avec Marie. Si donc, vous aviez perdu la foi, et ce malheur n’est point rare en ce siècle d’ignorance et de blasphème ; si donc vous aviez perdu la grâce, priez, étudiez, mortifiez-vous, frappez-vous la poitrine, et ne manquez pas d’invoquer en même temps Notre-Dame de Recouvrance.

 

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7 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Bretagne6

Huitième jour

Notre Dame de Fréligné

 

A l’extrémité sud-ouest de la paroisse de Touvois, à deux pas du Falleron, petit fleuve sans gloire, qui sépare la Bretagne de la Vendée, s’élève une modeste chapelle chère, depuis les âges les plus reculés, aux habitants voisins des deux provinces: on l’appelle Notre Dame de Fréligné. À la fin du XVIIe siècle (1689), on la disait déjà fort ancienne et, de fait, l’observateur attentif qui la visite et qui remarque son architecture, mélange assez incohérent de roman et de gothique, est naturellement incliné a lui donner, pour date d’origine, la seconde moitié du XIIe siècle.

La légende rapporte que de riches Anglais, battus par la tempête et menacés de naufrage, firent vœu de bâtir un oratoire a la Sainte Vierge près du lieu de leur débarquement, si elle les sauvait de la mort. La Vierge puissante exauça leur prière et les voyageurs, reconnaissants, réalisèrent leur vœu. Aussi, Notre Dame de Fréligné passe pour avoir été bâtie par les Anglais et, dans le pays, on l’appelle généralement la chapelle des Anglais.

Ces faits ne paraissent nullement improbables quand on se rappelle que, dans le courant du XIIe siècle, le Poitou fut apporté en dot au roi d’Angleterre, par Eléonore d’Aquitaine et quand on songe que la mer, en ce temps-là, pénétrait beaucoup plus avant dans les terres. La fondation nouvelle, a une date que nous ne pouvons préciser, fut donnée, avec quelques revenus, â l’abbaye augustine de Geneston, et les moines prirent l’engagement d’y célébrer une messe chaque semaine. Toutefois, ils s’entendirent de bonne heure avec le recteur de la paroisse, pour assurer le service. Pendant des siècles, on y célébra la première messe du dimanche ; et les jours de fêtes de la Vierge, tout le clergé paroissial s’y transportait pour chanter solennellement les offices. Les habitants du voisinage, tout dévoués â Notre-Dame, réclamaient souvent la faveur de dormir leur dernier sommeil à l’ombre de son sanctuaire, et un assez vaste cimetière s’étendait tout autour. Le cimetière n’est plus qu’un souvenir, mais le placis verdoyant qui le remplace est toujours dominé par la croix.

L’Archidiacre de Nantes, qui visita Fréligné au XVIIe siècle, nous a laissé une curieuse relation. Il prend soin de signaler l’antiquité de l’oeuvre, le joli clocher qui surmonte la chapelle et les deux cloches qui s’y balancent harmonieusement pour appeler les pèlerins, les vastes greniers où l’on dépose les dons en nature offerts par la piété généreuse des fidèles, les fresques a demi effacées par le temps qui décorent les vieilles murailles, les ex-voto de cire qui disent la puissance de Notre Dame et la reconnaissance de ses pauvres suppliants, enfin « la très vieille image d’une Vierge allaitant son enfant, taillée en bosse dans une grande pierre carrée ». Surtout il remarque avec satisfaction qu’il y a à Fréligné « de très grandes dévotions ». Peut être, s’il avait en le temps d’interroger les anciens du pays, eut-il appris que ce pèlerinage était jadis célèbre parmi les habitants du Bas-Poitou et que. son renom s’étendait au loin ; peut-être eut-il noté, dans sa relation, qu’aux temps lointains du XIVe siècle, durant la guerre qui mit aux prises pendant cent ans l’Angleterre et la France, les belligérants accordaient des laissez-passer aux pèlerins de Fréligné ; peut-être eut-il recueilli quelques uns de ces curieux jetons dont on retrouve encore des spécimens aux archives de Poitiers.

Pendant la Révolution, la chapelle fut d‘abord livrée à des usages profanes, puis incendiée, avec tout le village, par les colonnes infernales. La vieille charpente s‘abîma dans les flammes, mais les épaisses murailles, que six siècles n’avaient pu ébranler, résistèrent à l’action du feu. Au printemps de 1794, 2,000 soldats s’établirent dans un camp fortement retranché, à quelques pas des ruines. Leurs déprédations incessantes, les incendies et les meurtres qu’ils multipliaient tous les jours exaspérèrent les Vendéens. Charette résolut de les débusquer. Le 14 septembre, il convoque les paroisses du quartier; le 15, il est a Fréligné. Les paysans qui l’entourent et dont les demeures ont été brûlées, les familles massacrées, se précipitent, ivres de vengeance, â l’assaut. Leur colonne arrive sur le placis qui s’étend au-devant de la chapelle en ruines. Alors, d’un même mouvement, tous tombent a genoux, et, dans une fervente prière, demandent à Notre Dame la grâce de vaincre on de mourir de la mort des saints. Déjà les balles ennemies sifflent sur leurs tètes ; n’importe, ils achèvent leur prière. Puis, se relevant, ils s’élancent à la bataille. La résistance des soldats patriotes fut longue et vaillante ; mais que pouvaient-ils contre ces héros protégés par Marie ? La victoire, cette fois encore, fut pour la Vendée.

Avec la paix reprirent les pèlerinages. La chapelle était en ruines, sans doute : quatre murs, un autel fait de quelques planches, un drap au-dessus de l’autel... Mais c‘était le sanctuaire aimé de Notre Dame, et le vieux curé retour d'exil y célébrait la messe, et les survivants de la grande guerre s’agenouillaient au milieu des débris. Enfin, revinrent les beaux jours. En 1820, on reconstruisit la toiture ainsi que le clocher, et toutes les paroisses voisines se réunirent pour transporter dans le sanctuaire rajeuni la nouvelle statue, remplaçante de la « vieille image » de pierre que la tempête n’avait pas respectée.

Depuis 1839, on ne célèbre plus la première messe du dimanche a Notre-Dame de Fréligné, l’église paroissiale garde jalousement son privilège. Cependant, sept fois par an, les lundis de Pâques et de la Pentecôte, et a cinq fêtes de la Sainte Vierge, le clergé paroissial, entouré des dévots serviteurs de Notre Dame, vient y célébrer tous les offices.

C’est le 8 septembre, fête patronale du pèlerinage, qu’il faut aller a Fréligné. La chapelle et ses alentours sont gracieusement décorés, et la foule pieuse accourt de cinq et six lieues a la ronde. À 9 heures et demie, deux processions s’ébranlent, l’une vient de Touvois, c’est la procession bretonne ; l’autre, la Vendéenne, part de l’église de Falleron. Le rendez-vous est sur le placis de la chapelle,car la nef est trop étroite pour contenir la foule, et c’est sous une tente, à l’abri du calvaire, dont le piédestal est transformé en autel, que le prêtre célèbre le saint sacrifice. Dans la soirée, on chante solennellement les vêpres et l’on donne, du haut de l’estrade, la bénédiction du très saint sacrement. Dans l’intervalle des deux cérémonies, la foule, en longues files, s’en va prier dans la chapelle, et de la se dirige pieusement vers « la bonne fontaine », pour demander des grâces et des miracles à Marie. C‘est toujours par milliers que l’on compte les pèlerins, des prêtres nombreux accompagnent leurs paroissiens, et, deux fois au moins, depuis vingt ans, on y a vu Monseigneur l’évêque de Nantes.

 

Un procès-verbal authentique, nous venons de le voir témoigne que l’ancienne statue de Frétigné représentait la Vierge-Mère allaitant son enfant. C’est donc Marie, nourricière de Jésus, que l’on honorait en ce lieu. Marie, nourricière de Jésus ! A ces mots, quel tableau a la fois plein de réalisme et de gracieuse poésie se déroule à nos yeux ! Le Fils de Dieu, en se faisant homme, a voulu se soumettre a toutes les faiblesses du jeune âge, et Marie dut l’entourer des soins que les autres mères prodiguent a leurs enfants. L’Evangile nous apprend, en effet, qu’à sa naissance la mère de Jésus l’enveloppa de langes, puis le coucha sur la paille d’une crèche : ces détails du saint Livre nous permettent de conjecturer ce que fut la première enfance du Sauveur et de contempler la Vierge-Mère penchée, nuit et jour, sur son enfant. La voyez-vous, mes Frères, présentant à sa lèvre altérée le breuvage qu’elle réclame, couvrant ses membres débats des pauvres vêtements qui les défendront contre la froidure, veillant amoureusement sur le sommeil de l’Enfant-Dieu, guidant ses pas mal assurés dans leurs premiers essais et enseignant ses lèvres inhabiles â bégayer des mots ? Quels abaissements ! Mais quelle grandeur pour Marie !

Marie est aussi notre mère. N’est-ce pas une conséquence qu’elle soit la grande nourricière de l’humanité ? Dieu, qui se sert de son intermédiaire pour nous communiquer les trésors de sa grâce, doit en user également pour nous communiquer tous les autres biens. Les pauvres, les malheureux, les affligés l’ont compris, et ils se pressent aux autels de Marie, et ils la supplient d’apaiser leur faim, de vêtir leur nudité, de soulager leur misère, de leur donner tous les biens qu’ils n’ont pas. Et Marie les écoute, et leur confiance n’est point trompée. Ce sont surtout les tout petits qui réclament une mère nourricière ; ce sont eux surtout qu’elle assiste. Regardez au fronton de nos orphelinats catholiques : vous y verrez la Vierge-Mère qui tend les bras et sourit aux petits enfants. Cette image n’est pas seulement un symbole, c’est un portrait. La mère qui veille sur ces asiles, c’est Marie, et il semble parfois qu’elle emprunte la robe de bure et la cornette de la fille de charité pour traverser les rangs de ses chers petits, pour leur distribuer des caresses et du pain.

Marie, nourricière de Jésus et par la même des frères de Jésus, inspire confiance à notre misère, elle nous donne aussi d’instructives leçons. Elle encourage de son sourire les mères de la terre et leur recommande les petits frères de son Jésus : les soins dont il faut entourer leur enfance délicate sont un devoir bien deux pour les vrais Coeurs des mères ; mais ils semblent parfois une charge trop pesante aux âmes moins généreuses : Marie, nourricière de Jésus, c’est la récompense des unes, c’est le remords des autres. Enfin, elle nous montre à tous les tout petits qui n’ont pas de mères, les tout petits qui n’ont pas de pain, et nous rappelle éloquemment que celui qui possède est l’économe de Dieu et le nourricier du pauvre.

 

ND de Nantes

 

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17 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Bretagne13

Dix-huitième jour

Notre Dame de Consolation

 

La sainte Vierge règne dans le ciel par la gloire ; elle règne dans le Purgatoire par la bonté. Aussi nos pères ne pouvaient-ils manquer de l'associer à leurs prières pour les trépassés.

La plupart de ces puissantes confréries, si nombreuses dans les siècles passés et tant aimées de nos ancêtres, avaient sans doute pour but de commémorer un mystère ou d’honorer un saint ; toutes s'appliquaient en même temps à multiplier les prières pour leurs membres défunts. Je n’ai pas besoin de remarquer qu’il en était ainsi particulièrement dans les confréries de la sainte Vierge. Ce que nous avons dit de celle de la Chandeleur suffirait largement à le prouver, puisque les messes et services qu’on y faisait dire chaque année pour les confrères défunts se chiffrent par centaines. Mais nous n’avons pas à revenir sur votre célèbre confrérie ; mentionnons plutôt une autre dévotion nantaise qui avait, je le crois du moins avec l'abbé Lagrange, un double objet, honorer Marie et soulager les âmes du purgatoire, je veux dire Notre-Dame de Consolation.

La madone au nom si doux pour les cœurs affligés, et devant laquelle les mères désolées, les veuves, les orphelins, tous les endeuillés devaient s’agenouiller si volontiers, avait son autel et sa confrérie dans l’église de Sainte Croix.

L’histoire ne nous a transmis aucun détail sur l’origine de cette dévotion dans notre ville. Peut-être le bruit des miracles qui se multipliaient à Rome, au pied d’une image de la sainte Vierge que le peuple, bien inspiré dans sa reconnaissance, appela Notre-Dame de Consolation, donna-t-il à la piété de nos pères l’occasion d‘introduire ce vocable chez nous. Ce qui est incontestable, c’est que les miracles commencèrent à Rome en 1471, et que Notre Dame de Consolation était vénérée à Nantes quelques années plus tard. M. Lagrange affirme qu'on la trouve mentionnée dés l'année 1489, et le procès-verbal d'une visite épiscopale, daté de 1638, fait remonter la fondation de notre confrérie à 1492 ou environ. Elle était donc plus jeune que sa sœur de Saint Nicolas, mais d’âge bien respectable encore.

Pour le service de la confrérie, on chante tous les samedis une messe de Beatà à l’autel de Notre Dame de Consolation, et une autre à toutes les fêtes de Marie. En outre, « le jour particulier de la feste, qui est la Conception immaculée de la Vierge, il y a procession par la Grande-Rue, et, au soir, vespres des morts, et, le lendemain, service général pour les frères et sœurs décédés ». Ce qui n’empêchait point la célébration d’un service particulier pour chaque confrère, quelques jours après son décès.

Ce n’est pas tout ; outre les cérémonies solennelles établies à son autel par la confrérie elle-même, d’autres y avaient été fondées par des personnes pieuses, probablement des membres dévoués de l'association. C'est ainsi que, le 11 septembre 1518, maître Yves du Bot, médecin, originaire de Josselin et également dévoué à Notre Dame du Roncier, fonde une messe hebdomadaire à l‘autel de Notre Dame de Consolation. ll exerçait a Nantes, sur la paroisse de Sainte Croix, et la rente perpétuelle qu'il léguait pour sa fondation était assise sur sa maison de la Saulzaie. Lui-même nomma le premier chapelain chargé de l’acquitter et régla qu’après lui le droit de présentation appartiendrait aux fabriqueurs de la paroisse. Ceux-ci ne le laissèrent pas tomber et, jusqu’à la Révolution, en ne manqua pas de célébrer, tous les lundis, à l’autel de Notre Dame de Consolatiou, la messe de « maître Yves du Bot ».

C’est ainsi encore que, durant l’année 1637, Missire Pierre Couperic, prêtre, docteur en théologie, chanoine théologal et archidiacre de la Mée, et son frère Jean Couperie, sieur des Jonchéres, docteur en droit, conseiller du Roy et président au Présidial de Nantes, dont les parents avaient été enterrés dans la chapelle de notre confrérie, y faisaient une importante et curieuse fondation. « Désireux de contribuer à l'augmentation du divin service en ladite église parrochialle de Sainte Croix, à la gloire de Dieu et de la sainte Vierge Marie, pour le salut des vivans et repos des trépassez et particulièrement des âmes des deffunts » leurs père et mère, ils établissent ceci : aux sept fétes principales de Notre Dame, savoir : la Conception, la Nativité, la Présentation, l'Annonciation, la Visitation, la Purification et l’Assomption, une messe basse devra être célébrée, a l'autel de Notre Dame de Consolation, à l'issue de la messe paroissiale. Au cas où deux messes solennelles seraient chantées, ces mêmes jours, l’une pour la paroisse, l'autre pour la confrérie, c’est seulement à l’issue de celle-ci que sera dite la messe basse. De plus, au soir de ces mêmes fêtes, après l’office des vêpres, le clergé de Sainte Croix devait, en vertu de la même fondation, chanter un Salut de la Vierge. On se rendait donc processionnellement à l’autel de Notre Dame de Consolation ; deux prêtres de choeur ou du moins deux clercs, ces détails sont spécifiés dans l'acte, doivent chanter « en entier et à haute voix les litanies de Notre-Dame » et tout le clergé paroissial doit chanter aussi la réponse. Après l’Oraison de la sainte Vierge, on chante, toujours au même autel, pour les fidèles trépassés, « le psaume De profundis avec que son Libera et l'oraison Fidelium ».

Le XVIIIe siècle amena la ruine de la confrérie. Un arrêt de justice, du 12 août 1738, prononça sa dissolution, sous prétexte qu’elle n'avait pas de lettres-patentes dûment enregistrées au Parlement. Deux siècles et demi d'existence légale ne suffirent pas a la défendre et ses rentes allèrent grossir les maigres revenus du Sanitat.

Un siècle plus tard, en 1853, une dévotion, différente par le nom, mais née d'une inspiration analogue, était établie à Nantes, dans la chapelle de l’Immaculée Conception : c’est la confrérie bien connue de Notre Dame du Suffrage. Elle poursuit deux buts, inséparables d’ailleurs : assister toutes les âmes du purgatoire et, plus particulièrement, les âmes des associés défunts et de leurs parents ; exciter ses membres, par la pensée de la mort et des expiations qui la suivent, à mener une vie plus chrétienne.

Les fidèles, désireux de venir en aide à leurs défunts, désireux surtout de se ménager a eux-mêmes des suffrages assurés, comprirent aussitôt cette dévotion et s’agrégèrent nombreux à la confrérie. Depuis lors, l’autel spécialement dédié à N.-D. du Suffrage n'a pas cessé d’être visité par les familles en deuil ; depuis lors aussi, la conf'rérie n'a pas cessé d’accomplir ses pieux exercices. Chaque semaine, une messe est offerte aux intentions de l'œuvre. Chaque mois, le premier lundi, la messe est précédée d'une allocution, et le soir ou fait solennellement le Chemin de la Croix, suivi de la bénédiction de la Vraie-Croix et d'une absoute. Chaque année, l'octave des morts y est célébrée par des exercices semblables à ceux du premier lundi. Enfin, au décès de chaque confrère, deux messes basses pour le repos de son âme sont annoncées et dites à l’autel privilégié de Notre Dame du Suffrage.

Depuis 1853, bien des défunts avaient été soulagés par les prières de notre confrérie ; en 1899, on se demanda S’il n’était pas possible de faire davantage. Des âmes, héroïquement oublieuses d'elles-mêmes, abandonnent parfois toutes leurs satisfactions aux âmes délaissées du purgatoire : pourquoi la confrérie ne les imiterait-elle pas, en consacrant une partie de ses ressources au soulagement de ces mêmes âmes ? Hélas ! Que de défunts pour lesquels des familles sans religion et plus souvent sans fortune ne font jamais offrir le saint sacrifice ! La charité serait heureuse de réparer ces cruels oublis, en faisant dire une messe pour chacun de ces délaissés. Cela se fait ailleurs, à Redon par exemple ; une personne riche et profondément chrétienne y a pourvu. La confrérie du Suffrage aurait voulu imiter cet exemple ; mais la ville de Nantes est trop grande et le nombre des indigents y est trop considérable pour qu'il lui fut possible d’accorder a tous cet insigne bienfait. Elle a pensé du moins qu'elle pouvait faire quelque chose, et depuis cinq ans déjà, chaque matin, elle fait célébrer a son autel une messe pour les indigents décédés la veille dans la ville de Nantes. Cette pensée n’est-elle pas touchante, et n’est-il pas vrai que la confrérie de N. D. du Suffrage pourrait s’appeler, comme sa devancière, N.-D. de Consolation ?

Non seulement elle adoucit, mais elle délivre. C’est une pieuse croyance que, le jour de son Assomption, le purgatoire demeura vide, Marie ayant obtenu de son Fils la grâce d‘entrer au Ciel accompagnée de toutes les âmes détenues dans ce lieu d'expiation. Certains auteurs affirment qu’à chacune de ses fêtes, elle descend au purgatoire et délivre une foule d’âmes, choisies principalement parmi celles qui l’ont bien servie sur la terre. Des révélations, qui n'ont point été désavouées par l’Eglise, font croire aux fidèles qu‘elle favorise entre tous les membres de la confrérie du Mont-Carmel, et qu’elle délivre, le samedi d’après leur mort, ceux d’entre eux qui ont porté fidèlement le scapulaire, pratiqué la charité, récité le petit office de la sainte Vierge, observé les jeûnes et l‘abstinence du mercredi.


Marie est bien la consolatrice des âmes détenues dans le purgatoire ; elle est par là-même la consolatrice de ceux qui restent pour quelques jours encore sur cette terre d’exil. Aussi je comprends que la chapelle commémorative élevée naguère, à Paris, sur l'emplacement du Bazar de la charité, ait été dédiée à N.-D. de Consolation. Prions donc Marie pour nos défunts, confions-lui les prières et les suffrages que nous offrons pour leur soulagement, demandons-lui de ne pas nous oublier après notre mort, et répétons, comme autrefois nos pères : « Notre Dame de Consolation, priez pour nous ».

 

ND de Nantes

 

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15 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Seizième jour

Notre Dame du Tabernacle

 

La plupart d’entre vous, dans leurs excursions de vacances, ou dans ces rapides voyages que multiplient les trains de plaisir, ont visité la coquette station de Pornic ; et ils n’ont pas oublié la vision enchanteresse dont on jouit, quand, après avoir dépassé le vieux donjon rajeuni de Barbe Bleue, on chemine à petits pas, humant délicieusement l’air salin et les yeux grands ouverts, entre les chalets et la mer. À droite de riantes villas, au milieu de la verdure et des fleurs; a gauche, les ions dorées de la baie de Bourgneut, les bal aux de pèche et les yachts dont le vent gonfle les blanches voiles, et, dans le lointain, Noirmouliers avec son bois de la Chaise et sa tour massive de Saint Philibert. La promenade, dont chaque sinuosité varie les aspects, se prolonge, on atteint la Noë-Veillard, on franchit les Grandes-Vallées, on remonte enfin le coteau ; c’est Sainte Marie. D’un côté, une jeune église surmontée d’un élégant clocher qui domine toute la baie, et que l’on aperçoit, par dessus la Plaine, de la rive droite de la Loire ; de l’autre, au milieu d’une vaste prairie, qui s’étend en amphithéâtre jusqu’au bord de la falaise, une ruine circulaire ; d’un côté le présent, de l’autre le passé. Cette ruine est en effet tout ce qui reste d’une antique abbaye, berceau de la paroisse et même de la ville voisine, Sainte Marie de Pornic. Je me trompe, dans la jeune église, il est un autre reste, lien d’amour qui nuit le présent au passé, la vieille statue de Notre Dame.

En avant de l’autel de la sainte Vierge, près de la balustrade, on remarque une image de Marie qui contraste, par ses formes antiques, avec les sculptures modernes qui l’entourent : c’est le Palladium de Sainte Marie. Voici qui expliquera ce mot païen. Des archéologues font remonter cette statue au XIIIe siècle ; ceux qui en rapprochent davantage l’origine reconnaissent qu’elle date au moins du XVe. Cinq siècles incontestés d’existence, c‘est déjà bien respectable. Aussi les habitants, qui l'ont toujours vue, dans l’ancienne connue dans la nouvelle église, et qui, de père en fils, s’agenouillent devant elle, tiennent-ils à leur madone connue à la prunelle de leurs yeux.

On prétend même que la vénération dont ils l’entourent revêt parfois des formes quasi-superstitieuses ; ils sont persuadés que l’enlèvement de la statue amènerait infailliblement quelque malheur. C’était en 1839, on réparait le choeur, aujourd’hui disparu, de l’ancienne église ; la statue dut être déplacée. Or, pendant les travaux, le 16 juin de la même année, un orage violent, accompagné d’énormes grêlons, vint s’abattre sur la côte de Sainte Marie et détruisit toutes les cultures. Les habitants ne manquèrent pas d’attribuer cette calamité au déplacement de leur « Sainte Vierge ».

L’âge de la statue suffirait à expliquer cet extraordinaire attachement ; mais il y a mieux, pendant des siècles, elle a servi de tabernacle. Elle est taillée dans un bloc de calcaire très dur et représente Notre-Dame debout, portant sur le bras gauche l'Enfant Jésus. Sa tète est recouverte d’un léger capulet ; ses cheveux, réunis en deux grosses tresses, encadrent son visage et glissent sur ses épaules. Par dessus la tunique dont elle est recouverte, est jeté un large manteau que soulèvent les avant-bras et qui retombe de chaque côté. Enfin les deux premiers doigts de la main droite se dirigent vers la poitrine, comme pour y attirer les regards. C’est là, en effet, la particularité la plus curieuse de cette image : au centre de la poitrine se remarque une ouverture circulaire, large de douze centimètres et fermée par une glace sans tain. La poitrine de la Vierge forme une sorte d’armoire ; close en avant par la glace que je viens de mentionner, elle l’était en arrière par une porte haute de trente-deux centimètres et large de quatorze: l’un des gonds y est encore attaché. C’était un tabernacle.

Au moyen âge, la sainte réserve était souvent placée dans un vase, en forme de colombe, suspendu au-dessus de l’autel, et l’on voit encore dans quelques églises, notamment à Dol, d’énormes crosses en bois sculpté et doré, qui lui servaient de supports. Les religieux cisterciens avaient adopté une statue de la sainte Vierge tenant sur le bras gauche l’Enfant-Jésus, et, de la main droite, un pavillon auquel on suspendait le ciboire. L’usage d'une Vierge-Tabernacle, comme à Sainte-Marie, est extrêmement rare, peut-être unique, dans l’histoire du culte eucharistique. Il est pourtant incontestable, et nous avons la preuve qu'il exista dans l’église qui nous occupe, au moins du XVIe au XVIIIe siècle. En effet, un acte de 1554 fonde une lampe ardente qui doit brûler perpétuellement devant l’image de Notre Dame, « servant de sacraire ». Et dans un procès-verbal de 1678, un vieillard de soixante-quatorze ans affirme « avoir toujours vu messieurs les vicaires perpétuels... prendre le Saint Sacrement, dans l’image de la Vierge qui est au des et au-dessus de l’autel, le porter et administrer aux paroissiens ».

 

Les habitants de Sainte Marie n’ont-ils pas raison de vénérer cette antique image de Notre Dame ? Et me blâmerez-vous de recommander aux étrangers qui passent de ne pas l’honorer seulement d’un regard curieux, mais de fléchir le genou devant elle pour prier la Vierge qu’elle représente, et le Dieu qu'elle a jadis porté ?

La Vierge-Tabernacle symbolise l’adorable mystère de l'émotion du Verbe, opéré dans le sein de Marie par la puissance du Saint Esprit ; elle rappelle aussi le sacrement de l’Eucharistie et cette merveille qu’est la communion.

Disons seulement un mot sur la Vierge Mère et l’Eucharistie. Nous devons à Marie la victime du Calvaire, nous lui devons de même le corps eucharistique de Jésus. C’est elle, en effet, dont le sang très pur a formé le corps de l’Homme-Dieu ; c’est elle qui a procuré de la sorte au divin Sauveur le moyen de souffrir et de mourir ; et c’est ainsi, en même temps que par sa compassion, qu’elle a concouru dans une certaine mesure au rachat du monde. Le même corps est aussi dans l’hostie ; celui que nous adorons sur l’autel et que nous recevons a la table sainte, c’est l’enfant de Bethléem, c’est l‘ouvrier de Nazareth, c’est le prêcheur de Galilée, c’est le sacrifié du Calvaire, c’est le Fils de Dieu et c’est le Fils de Marie. N’est-il pas juste d’en conclure que Marie a contribué par là-même a nous donner l’eucharistie ? Quoi d’étonnant après cela que l’Eglise aime tant a rapprocher de l’autel l’image de Marie ! Quoi d’étonnant que nos pères aient imaginé la Vierge-Tabernacle !

Disons notre reconnaissance à cette bonne Mère pour cet immense bienfait. Demandons-lui en même temps de nous inspirer l’amour de l’eucharistie, de la communion. Avez-vous remarqué l’indissoluble union de Marie avec Jésus, a partir de l’instant où Gabriel lui dit de la part de Dieu : « Voici que nous concevrez et vous enfanterez un fils » ? Pendant neuf mois, elle le porte dans son sein ; elle l’accompagne ou plutôt le porte dans ses bras en Egypte ; elle vit avec lui durant les trente ans de la vie cachée, et quand, pour s’occuper des affaires de son Père céleste, Jésus lui échappe pendant trois jours, un cri d’angoisse jaillit de son cœur : « Mon Fils, qu’avez-vous fait ? Votre père adoptif et moi nous vous cherchions tout affligés ». Elle le suit encore pendant la vie publique ; elle s’attache a ses pas jusqu’au Calvaire ; et la tradition nous apprend qu’après l’Ascension, pour se consoler de ne plus le voir et l’entendre, elle communiait chaque jour de la main de saint Jean. Elle avait goûté de Jésus, elle ne pouvait plus se passer de Jésus. Après avoir communié une fois, les chrétiens devraient désirer de le faire tous les jours de leur vie. Hélas ! Combien qui ne s’approchent de la table sainte qu’à de longs intervalles ! Combien qui ne communient plus jamais ! Demandons à Marie d’obtenir pour ceux-ci le goût de la communion, et pour ceux-là l’ardent désir d’une communion plus fréquente.

Enfin demandons à Notre Dame de nous enseigner la manière de communier dignement. Quelles dispositions remplissaient le coeur de Marie a l’arrivée de Jésus ? Recherchons-les, et nous saurons quelles doivent être les nôtres. C’est tout d’abord la foi : je n’en veux pas d’autre preuve que l’exclamation mélancolique d’Elisabeth, dont la pensée allait évidemment de cette jeune fille si magnifiquement récompensée à Zacharie, son époux, si terriblement puni : « Vous êtes bien heureuse d’avoir cru ! » C’est l’humilité : le mot de Marie à Gabriel ne sort-il pas d’un cœur humble : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole » ? La même d’ailleurs n’a-t-elle pas proclamé, dans le Magnificat, que Dieu a regardé l’humilité de sa servante ? C’est la pureté aussi, car elle est sainte, immaculée, pleine de grâce ; et c’est enfin l’amour, l‘amour qui l’a portée, dès l’âge de trois ans, a se donner il Dieu ; l’amour qui l’a déterminée, contrairement a tous les usages de son temps et de son pays, à repousser les amours de la terre pour consacrer à son divin époux la fleur de sa virginité.

Demandez à Notre Dame de vous donner la foi, de vous donner l’humilité, de vous donner la pureté, de vous donner l’amour, et venez sans crainte à la table de communion : Jésus sera ravi de descendre dans vos cœurs et d’en faire ses tabernacles.

 

ND de Nantes

 

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10 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Onzième jour

Notre Dame de Recouvrance

 

Le Diocèse de Nantes comptait, il y a un siècle, cinq chapelles dédiées à Marie sous le nom de Notre-Dame de Recouvrance : deux seulement subsistent aujourd’hui. Ce sont d’ailleurs les plus vénérées : ce sont elles aussi que nous allons étudier ce soir.

La première est sur le territoire de Gétigné, paroisse privilégiée entre toutes, puisqu’elle possède deux pèlerinages de Notre Dame, tous deux antiques, tous deux vénérés, tous deux fréquentés assidûment par les populations d‘alentour : Toutes Joies et Recouvrance. Le premier sans doute est plus connu au loin ; mais il serait difficile de déterminer lequel des deux est le plus aimé des gens de Gétigné eux-mêmes. Le jour de l’Assomption ils vont processionnellement à la chapelle de Toutes-Joies ; mais le dimanche suivant, fête de sainte Radegonde, leur patronne, ils se rendent de même a celle de Recouvrance. Il est vrai, celle-ci porte trop visiblement la marque des siècles qu’elle a vécus, tandis que l’autre, fière de ses murailles neuves, de ses lignes architecturales, de son autel et de ses vitraux, semble la préférée du peuple qui l’a rajeunie ; mais Recouvrance n’est point oubliée, et les habitants de Gétigné, aussi généreux pour elle que pour sa sœur, la veulent également belle, parce qu’elle n’est pas moins aimée. Il y a cependant une différence entre elles, c’est que Toutes Joies, la voisine des sires de Clisson, possède une page dans leur histoire, tandis que Recouvrance, plus humble et presque ignorée, n’a qu’une légende, gravée dans la mémoire du peuple. Mais si l’histoire de Toutes Joies est a la fois gracieuse et touchante, la légende de Recouvrance est bien gracieuse et bien touchante aussi. Écoutez.

Le seigneur de la Roche, dont le manoir s’élevait a quelques toises de ce dernier sanctuaire, perdit un serviteur qui avait vécu en grande réputation de sainteté. On l’entera à l’ombre même de la chapelle où, suivant une coutume très répandue en ce temps-là, se trouvait sans doute un petit cimetière. Les fidèles du voisinage, pleins de confiance dans l’intercession du saint homme, ne tardèrent pas à faire des pèlerinages sur sa tombe. La fille du seigneur, qui avait vu de près la vertu du vieux serviteur, se faisait remarquer par une plus grande vénération et des visites plus assidues. Elle prenait soin de la modeste tombe et y avait fait quelques plantations. Elle y cultivait particulièrement un précieux arbuste. À quelque temps de là, le sire de la Roche devint aveugle. Sa fille, désolée mais pourtant confiante, multiplia les prières ; on la voyait plus souvent encore agenouillée sur la tombe qu’elle entourait de tant de respect. Un matin, elle eut tout a coup la pensée de recueillir la rosée que la nuit avait déposée sur les feuilles de l’arbuste, et elle en baigna les paupières fermées de son malheureux père. Ô merveille ! Elles s’ouvrirent de nouveau a la lumière, la cécité disparut. De là, dit-on, vint à la chapelle voisine le nom de Recouvrance.

Les siècles passés ne nous ont transmis aucun document sur l’origine et l’histoire de ce modeste pèlerinage. Toutefois les traditions du pays le font remonter a une haute antiquité. La toiture porte la date de 1745 ; mais il s‘agit certainement d’une reconstruction. Cinq prêtres résidaient jadis sur le territoire de Gétigné, le recteur, son vicaire et trois chapelains. Ceux-ci, titulaires de petits bénéfices, en acquittaient les messes, soit à l’église paroissiale, soit dans les chapelles rurales : l’un d’eux était attaché à N.-D. de Recouvrance.

Notre chapelle, plus heureuse que sa sœur de Toutes Joies, fut épargnée par les Mayençais et les Colonnes Infernales : et les fidèles ne cessèrent point de la fréquenter. Ils ont grande confiance dans la protection de la Bonne Mère et ne se lassent point de la prier. Ils s’agenouillent de préférence devant un bas-relief, taillé dans la pierre, qui représente l’Assomption de Marie. Cette image, trouvée naguère dans un champ voisin, provenait évidemment de l’ancienne chapelle, saccagée peut être dans les guerres de religion ; on l’y a replacée avec honneur, et le peuple la regarde connue miraculeuse.

La seconde chapelle de N. D. de Recouvrance appartient a la paroisse de Casson. Elle est située, non loin du bourg et près du village de la Hacherie, sur une petite éminence qui borde la route de Héric, dans un vallon plein de solitude et de fraîcheur, au fond duquel un ruisseau serpente capricieusement, en murmurant doucement sa chanson, sous les saules et la ramure des grands chênes.

Il y a plusieurs siècles déjà que l’on vient prier Marie dans cet oratoire, et il nous serait impossible de fixer la date de son origine. Cependant il ne peut remonter à une époque très reculée, puisque le peuple redit encore, sans qu’aucun document écrit vienne en aide à sa mémoire, le nom, la profession, le village de son fondateur. Pourtant la légende a déjà fleuri sur le récit populaire et même plusieurs versions du même fait circulent aux alentours. On raconte donc qu’un col porteur mercier, du village de la Hacherie, nommé Savary, s’était endormi, par une journée très chaude, sur le tertre où s’élève aujourd’hui la chapelle. Suivant les uns, il se trouva tout a coup si fortement pressé contre terre, et il éprouva une si violente douleur, qu’il se sentit près d’expirer ; dans ce moment d’angoisse, il appela la Vierge à son secours et, grâce a cette céleste protectrice, il recouvra sur le champ la santé. Suivant les autres, quand le donneur se réveille après un long somme, il s’aperçut que des voleurs lui avaient enlevé son gagne-pain, sa balle de colporteur avec toutes les marchandises qu’elle contenait. Le pauvre homme, tout désolé, cria sa détresse à Marie et recouvra son bien. Quelle que soit la faveur qu’il eût obtenue de la très Sainte Vierge, il est certain que le colporteur fut reconnaissant. Son petit commerce ayant prospéré, il en consacra le bénéfice à construire un oratoire à Notre Dame de Recouvrance.

Nous constatons l’existence de la chapelle en 1649, puisque, le 13 février de cette année, le recteur Despinose y bénissait le mariage de deux notables paroissiens, après avoir reçu publiquement l’abjuration de la fiancée, qui avait vécu jusque-là dans le protestantisme. L’hérésie avait eu de nombreux sectateurs a Casson, sans doute à cause du voisinage de Sucé, dont le temple est bien connu dans l'histoire de notre pays. Casson avait même son ministre particulier, nommé Guénet, en 1570. C’est surtout dans le bourg et autour de Recouvrance que se trouvaient les huguenoteries. On cite : la Cherbaudière, les Glands, la Gandonnière, la haute et la basse Hacherie, la Galpâtière, la Grohinière, la Pyronmière ; et l’on ajoute qu’en ce dernier lieu habita longtemps un ardent sectaire, le comte d’Estrées, qui tourmentait fort les catholiques.

Marie finit par convertir ses voisins qui abandonnèrent l’hérésie et devinrent tous de dévoués serviteurs de Notre Dame. Ils l’invoquaient Spécialement pour leurs brebis, et ces braves gens, dans leur langage imagé, avaient pris l’habitude d’appeler leur madone Sainte Berge, façon pittoresque de rappeler qu’elle était la protectrice des bergers.

Chaque année, le jour du mardi gras, avait lieu le pardon de Recouvrance. Il y avait messe et procession a la chapelle. Toutefois la population était pauvre, et les décors étaient modestes. On rapporte que ces bonnes gens, n’ayant pas de riche brancard pour y poser leur madone, se servaient d’une simple chaise, trône bien humble, assurément, et bien indigne de la Reine du ciel, mais que l’amour de son peuple transformait à ses yeux.

Les offrandes se ressentaient aussi de la pauvreté des visiteurs. Une pieuse femme, chargée de veiller sur l’oratoire, les recueillait fidèlement. C’était, pour l’ordinaire, de la laine. On voulait obtenir ainsi de la sainte Vierge qu’elle protégeât les bergeries.

Les pèlerins étaient nombreux, le mardi gras. On accourait de tous les points de la paroisse, même de Grandchamp et de Héric. Une bonne vieille racontait, en 1850, que ce jour-là, dans sa jeunesse, « sa maison ne désemplissait pas de gens de Héric venant s’y reposer après leur voyage ». M. Dupas, recteur de Casson, écrivait, en 1778, que l’oratoire de Notre-Dame de Recouvrance était un petit sanctuaire isolé, mais assez proprement entretenu. Au sortir de la Révolution, il n’en était plus ainsi : l'abandon avait amené la décadence, presque la ruine. On cessa de célébrer la messe dans la chapelle trop misérable. Toutefois, pendant la première moitié du XIXe siècle, on continua d’y faire la procession traditionnelle, transférée au jour de l’Assomption. Les habitants des villages voisins cachaient pieusement sous la verdure les crevasses des murailles et la pauvreté de l’autel ; des jonchées de roseaux, empruntés au ruisseau du vallon, tenaient lieu de tapis ; et les fidèles, agenouillés autour de la chapelle croulante, s’unissaient au clergé qui chantait les litanies.

En 1860, M. le curé Philippe, profitant de la présence des ouvriers qui travaillaient au château du Chalonge. fit enfin relever ces ruines : la chapelle fut complètement reconstruite. Elle est là, dans son vallon solitaire, petite et modeste comme autrefois, et toujours vénérée. L’antique madone devant laquelle s’agenouillaient les pères et repris sa place au-dessus de l’autel, pour recevoir les hommages des fils ; et les bienheureux particulièrement honorés dans la paroisse sont rangés a ses côtés, connue pour lui faire une cour, savoir : saint Pierre et saint Fiacre, sainte Anne et sainte Germaine. Une plaque commémorative porte les noms de M. Paré, maire de Casson, et des principaux bienfaiteurs : Melle de Grammont, MM. de Bouillé et de la Cadinière. Enfin, à droite, en entrant, l’on voit un bas-relief représentant Notre-Dame et, devant elle, a genoux, trois personnages lui offrant une chapelle.

 

Notre Dame de Recouvrance ! Ai-je besoin de vous indiquer le mystère que nous rappelle ce titre ? Jésus avait douze ans; pour obéir aux prescriptions de la loi Mosaïque, il accompagna ses parents a Jérusalem, au temps de la pâque. « Les jours saints étant passés, ils prirent le chemin du retour. Or, l’Enfant Jésus était resté à Jérusalem, sans que ses parents s’en fussent aperçus. Supposant qu’il était dans l’une ou l’autre compagnie, ils firent une journée de voyage. Alors ils le cherchèrent anxieusement parmi ceux de leur parenté et parmi leurs connaissances. Ne l'ayant point trouvé, ils retournèrent à Jérusalem, le cherchant toujours. Après trois jours, ils le trouvèrent dans le Temple ».

Nous aussi, chrétiens, nous avons Dieu avec nous, et l’on peut dire que nous le possédons surnaturellement de deux manières, par la foi et par la grâce. Mais nous aussi, nous pouvons le perdre. Toutefois, la différence est grande entre la Vierge et nous. Marie perdit l'Enfant-Dieu sans commettre aucune faute, et uniquement parce que Jésus voulut lui imposer une épreuve méritoire en nous donnant une leçon. Pour nous, au contraire, si nous perdons Dieu, c’est toujours par notre faute. En effet, que l’homme perde la foi ou la grâce, il y a toujours en quelque faute de sa part.

Heureusement, Dieu peut être retrouvé, et la sainte Vierge nous en donne l’exemple. Mais, pour retrouver Dieu, il faut d’abord, comme elle, éprouver quelque peine de l’avoir perdu. Les hommes d’orgueil ou de plaisir qui vivent heureux, tranquilles, sans souci de la perte qu’ils ont faite, ne retrouveront jamais Dieu. C’est la preuve qu’ils n’ont aucun repentir de la faute commise ; c’est la preuve aussi qu'ils ne comprennent pas quel grand bien c’est que de posséder Dieu. Je puis bien ajouter que, en général. l’homme heureux éprouve rarement le besoin de Dieu, tandis que celui qui souffre est tout naturellement incliné vers lui. Comment, après cela, se plaindre de la douleur et dire que les heureux de ce monde ont la meilleure part ?

Pour retrouver Dieu, il faut ensuite le chercher, c’est-à-dire montrer quelque bonne volonté, faire quelques efforts pour retrouver la foi ou la grâce. Alors, Dieu fait le reste du chemin et, comme il a fait dans l’Incarnation, il marche vers nous à pas de géant: exultavit ut gigas ad currendam viam.

Pour retrouver Dieu, il faut le chercher dans le temple, c’est-à-dire en priant et en étudiant. Pour retrouver Dieu, il faut le chercher avec Marie. Si donc, vous aviez perdu la foi, et ce malheur n’est point rare en ce siècle d’ignorance et de blasphème ; si donc vous aviez perdu la grâce, priez, étudiez, mortifiez-vous, frappez-vous la poitrine, et ne manquez pas d’invoquer en même temps Notre-Dame de Recouvrance.

 

ND de Nantes

 

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1 avril 2017

Le Carême avec Saint François et Sainte Claire d'Assise

Le Carême avec Saint François et Sainte Claire d'Assise

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Cinquième Dimanche du Carême

 

Méditation

 D'un François à l'autre...

 

« Selon le récit biblique de la création, Dieu a placé l’être humain dans le jardin à peine créé (cf. Gn 2, 15) non seulement pour préserver ce qui existe (protéger) mais aussi pour le travailler de manière à ce qu’il porte du fruit (labourer). En réalité, l’intervention humaine qui vise le développement prudent du créé est la forme la plus adéquate d’en prendre soin, parce qu’elle implique de se considérer comme instrument de Dieu pour aider à faire apparaître les potentialités qu’il a lui-même mises dans les choses : « Le Seigneur a créé les plantes médicinales, l’homme avisé ne les méprise pas » (Si 38, 4). (…) Si nous essayons de considérer quelles sont les relations adéquates de l’être humain avec le monde qui l’entoure, la nécessité d’une conception correcte du travail émerge (...), car si nous parlons de la relation de l’être humain avec les choses, la question du sens et de la finalité de l’action humaine sur la réalité apparaît. Nous ne parlons pas seulement du travail manuel ou du travail de la terre, mais de toute activité qui implique quelque transformation de ce qui existe, depuis l’élaboration d’une étude sociale jusqu’au projet de développement technologique. N’importe quelle forme de travail suppose une conception d’une relation que l’être humain peut ou doit établir avec son semblable. La spiritualité chrétienne, avec l’admiration contemplative des créatures que nous trouvons chez saint François d’Assise, a développé aussi une riche et saine compréhension du travail (...) ». (Pape François, Encyclique Laudato Si, n° 124-125).

 

Cinquième Semaine du Carême

 

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Lundi

François et la Crèche vivante

 

François cherche toujours à gagner plus d'âmes au Christ. Pour réveiller la Foi des fidèles, à Greccio, trois ans avant sa mort, il a l'idée de rendre plus solennelle la Nativité de Jésus. Avec l'autorisation du Pape, il met en place la première Crèche vivante. La foule accourt en grand nombre provoquant chez François des larmes de joie. Étant diacre, il chante l'Evangile et prêche sur la naissance de l'Enfant-Dieu à Bethléem. Chacun repart chez lui empli d'allégresse et muni d'une brindille du foin de la Crèche qui s'avéra miraculeuse, facilitant les accouchements difficiles, guérissant hommes, femmes et animaux.

 

À l'école de Saint François

 

« Ce Verbe du Père, si digne, si saint et si glorieux, le très haut Père du ciel annonça, par son saint ange Gabriel, qu'il viendrait dans le sein de la glorieuse Vierge Marie ; et de fait il reçut vraiment, dans son sein, la chair de notre fragile humanité. Lui qui était riche plus que tout, il a voulu, avec la bienheureuse Vierge sa mère, choisir la pauvreté ». (François d'Assise, Deuxième Lettre à tous les Fidèles, 1).

Parole de Dieu : Devenu semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix ». (Philippiens 2, 7-8).

 

Dans ma vie

 

François cherche à gagner le plus d'âmes possibles à Jésus. Quand je vois ma paroisse se vider, les bancs ornés de cheveux gris, de cheveux blancs, que fais-je pour essayer d'endiguer l'hémorragie ? Est-ce que, comme François, je m'implique, cherche des idées, les propose (sans les imposer, car c'est toujours au Curé de décider ! Et c'est normal!!!) Est-ce que ma pratique religieuse est personnelle ou communautaire ? Gagner des âmes, c'est le cri de Jésus sur la Croix : « J'ai soif ! » Il a soif des âmes et, en tant que baptisé, je suis son instrument.

Effet de conversion : Je me décide à m'impliquer dans ma paroisse. Pour cela, je commence à sonder quels sont les besoins et je vois ce que je peux proposer comme service.

 

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Mardi

Claire et la prière

 

Oraison, méditation... Claire reste de longs moments en prière. Elle s'évertue aussi à donner à ses sœurs le goût et la fidélité à la prière, se levant habituellement la première et n'hésitant pas elle-même à les réveiller à l'heure des offices. Sa méditation préférée est celle de la Passion de Jésus, au cours de laquelle elle verse énormément de larmes. Le démon vient même la harceler lors de ses oraisons, tenant de la détourner malignement de son office. À chaque fois, il échoue. Ses Sœurs s'émerveillent néanmoins de constater que la joie transfigure leur Supérieure dès son retour du temps de prière.

 

À l'école de Sainte Claire

 

« J'ai donc bien sujet de me réjouir, et personne ne pourrait me ravir ma joie, quand je vois réalisé ce que, dès cette terre, je désire : tu triomphes d'une manière terrible et surprenante des ruses de l'ennemi, de l'orgueil qui a jeté tout le genre humain dans sa perte, de la vanité qui sème la folie au cœur de l'homme ; tu en triomphes avec cette admirable sagesse que tu sembles tenir de la bouche même de Dieu (...) » (Claire d'Assise, Troisième Lettre à Agnès de Prague 5-6).

Parole de Dieu : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » (Marc 8, 33).

 

Dans ma vie

 

Le démon a chercher à détourner Claire de sa prière, de sa proximité avec Dieu. Le démon enrage quand un être choisir de se consacrer au Seigneur. Alors, il le harcèle pour le faire chuter. Pour cela, il a des armes, notamment le découragement, le manque de persévérance, etc... Cela marche plutôt bien, si l'on juge par tous les mariages qui ne tiennent pas ! Le malin utilise parfois nos frères pour nous tenter. N'a-t-il pas tenté Jésus jusque sur la Croix en lui disant de se sauver Lui-même ? Il aurait pu se sauver ! Mais Jésus était donné entièrement à la Volonté de Dieu qui primait sur tout.

Effet de conversion : Je recherche dans ma vie les découragements et manques de persévérance qui m'ont détourné de Dieu. Je cherche comment y remédier et demande la force de l'Esprit-Saint dans la prière.

 

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Mercredi

Claire et le don de prophétie

 

Claire est gratifiée par le Seigneur du don de prophétie. Par deux fois au moins elle en fait preuve. François lui envoyant cinq femmes en vue de leur entrée dans son monastère, Claire n'en accepte que quatre. On la presse d'accueillir la cinquième, mais elle pressent que la dame ne tiendra pas trois années... Sous la pression, Claire cède : la jeune femme entre, mais quitte les lieux au bout de six mois. De même, au sujet d'un chevalier ayant répudié sa femme depuis 22 ans : Claire prédit à celle-ci qu'il va la reprendre et lui donnera un fils, lui procurant une joie immense... ce qui advient !

 

À l'école de Sainte Claire

 

« J'avertis et j'exhorte (...) toutes mes sœurs, présentes et à venir, d'avoir à suivre toujours la voie de la sainte simplicité, de l'humilité et de la pauvreté, d'avoir aussi à mener une vie sainte et édifiante (...). Ces vertus, en effet, sans qu'il y ait mérite de notre part mais par la seule miséricorde et la grâce de Celui qui en est l'auteur, le Père des Miséricordes, doivent répandre partout le parfum de notre bonne réputation (...) ». (Claire d'Assise, Testament 17).

Parole de Dieu : « Je suis un serviteur comme toi, comme tes frères qui portent le témoignage de Jésus. Prosterne-toi devant Dieu ! Car c’est le témoignage de Jésus qui inspire la prophétie. » (Apocalypse 19, 10).

 

Dans ma vie

 

« Tout viens de toi, ô Père très bon, nous T'offrons les merveilles de Ton Amour ! » Chantons-nous dans un cantique. Rien ne m'appartient, tout m'est donné et je t'offre en retour (action de grâces) au Père de toute Bonté. S'il a mis en moi des dons, je les met à contribution de sa gloire et de l'annonce du Royaume. Que ce don paraisse insignifiant ou extraordinaire, il est divin et je ne dois pas le gâcher. Il y a notamment deux manières de le gâcher : en ne l'utilisant pas ou en m'attribuant personnellement les mérites de ce qui découlerait de ce don.

Effet de conversion : J'offre à Dieu ce qu'il a mis en moi, depuis mon intelligence, mes actes, mes paroles d'amour jusqu'au moindre battement de cil ou à la plus petite respiration. Je réfléchis à Lui offrir ma vie comme elle est aujourd'hui, dans toutes ses composantes.

 

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Jeudi

Les dons de François

 

François ne connaît pas les Ecritures par les études, mais par l'oraison et la contemplation. Par grâce de Dieu, il maîtrise les textes sacrés et peut ainsi débattre avec d'éminents théologiens. L'esprit de connaissance dont le Seigneur gratifie François, couplé avec l'esprit de prophétie, lui permet de lire dans les âmes et de prédire l'avenir, toujours pour la gloire de Dieu. Il annonce par exemple leur mort prochaine à des personnes qui peuvent ainsi se confesser, « mettre de l'ordre dans leur affaires ». De même, il décèle le mensonge et la désobéissance chez des Frères, les remettant ainsi sur le droit chemin.

 

À l'école de Saint François

 

« Que Ton Nom soit sanctifié, que devienne toujours plus lumineuse en nous la connaissance que nous avons de toi, afin que nous puissions mesurer la largeur de tes bienfaits, la longueur de tes promesses, la hauteur de ta majesté, la profondeur de tes jugements ». (François d'Assise, Pater Paraphrasé).

Parole de Dieu : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance ». (Luc 10, 24).

 

Dans ma vie

 

Un certain nombre de Saints ont préféré rester des Frères ou Sœurs de second ordre (convers) ou ne pas accéder au Sacerdoce. Pourtant ils maîtrisaient les Ecritures sans les avoir étudiées. Le Seigneur donne les grâces nécessaires à chaque état de vie. Dans ces grâces, il y a les connaissances dont j'ai besoin. Mais c'est comme pour la Providence : je ne dois pas les attendre béatement sans rien faire ! Je dois me donner les moyens de connaître les textes fondateurs de ma Foi, les textes du Magistères, les enseignement du Pape et des Pères de l’Église... Dieu a aussi permis qu'il y ait des théologiens, intellectuels, chercheurs, etc...

Effet de conversion : Je me donne des objectifs pour augmenter mes connaissances de l’Église, de ma Foi : lire un Evangile, des articles du Catéchisme de l’Église Catholique, une encyclique.

 

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Vendredi

Claire met le feu !

 

Claire aimerait partager un repas avec François. Celui-ci n'y consent que devant l'insistance de ses Frères, et à la condition qu'il se déroule à Sainte Marie des Anges, lieu où Claire a revêtu l'habit. Claire, accompagnée d'une Sœur, retrouve François et ses Frères : visite des lieux, mise du couvert à même le sol – comme d'habitude –, prière du Bénédicité... Au cours du repas, François parle de Dieu avec enthousiasme, provoquant le ravissement et l'extase de toute l'assemblée. Le monastère et le bois s'embrasent à tel point que les gens d'Assise accourent pour éteindre l'incendie... mais il ne découvrent que le feu céleste des religieux en extase !

 

À l'école de Sainte Claire

 

« Par Ta mort très amère, donne-moi la Foi droite, l'Espérance certaine et la Charité parfaite ; que je T'aime de tout mon corps, de toute mon âme et de toutes ma force ; confirme-moi dans les bonnes œuvres, et donne-moi une persévérance à Ton saint service, que que je puisse T'y plaire parfaitement sans fin. Amen. » (Claire d'Assise, Prière aux Cinq Plaies : Oraison et louange à la plaie du Côté).

Parole de Dieu : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force ». (Deutéronome 6, 5).

 

Dans ma vie

 

Le commandement de Dieu transmis par Moïse au peuple hébreux (Dt 6, 5-7), Jésus nous le redonne aussi (Mt 22, 37-40). Jésus y adjoint d'aimer son prochain comme soi-même. Voilà qui est facile à commander, mais en pratique, c'est un combat quotidien. Claire elle-même – modèle pour nous d'amour d'humilité et de tant d'autres vertus impossibles à lister – , nous surprend en demandant l'aide du Seigneur dans sa prière afin de remplir ces « obligations de base ». C'est bien parce qu'ils sont la base que ces commandements sont difficiles à observer et que nous avons besoin de l'aide du Saint-Esprit pour y parvenir !

Effet de conversion : Je relis Mt 22, 37-40 et me répète ces versets tout au long de ma journée. Je prie le Seigneur de m'aider pour que ces commandements soient au cœur de ma vie.

 

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Samedi

Claire guide de ses Sœurs

 

Claire à grand souci de l'instruction de ses Sœurs. La pénitence et le goût de la Confession lui sont chers parmi les qualités qu'elle souhaite les voir acquérir. De même leur enseigne-t-elle de fuir les bruits du monde et la sobriété des paroles afin de mieux cerner les secrets de Dieu. Quitter parents, maison, pays, mépriser les voluptés charnelles et combattre la sensualité font partie du programme de la vie des Pauvres Dames. Claire enjoint ses Sœurs à louer Dieu en toutes circonstances, ainsi qu'à travailler : le travail redonne goût et ferveur à l'oraison.

 

À l'école de Saint François

 

« Dans toutes vos prédications, enseignez au peuple qu'il doit faire pénitence, et que nul ne peut être sauvé s'il ne reçoit le Corps et le Sang très saints du Seigneur. Enseignez et prêchez à tous les peuples ce devoir de le louer pour que (...) louange, et actions de grâces soient rendues toujours (…) au Dieu tout-Puissant ». (François d'Assise, Lettre à tous les Custodes).

Parole de Dieu : « Ce mystère, c’est le Christ, en qui se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance ». (Colossiens 2, 2-3).

 

Dans ma vie

 

Deux choses sont essentielles au baptisé : l'Eucharistie et la louange-action de grâces. Le Salut passe par l'Eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne. Pour y accéder et bénéficier pleinement des grâces dispensées par Dieu, il est nécessaire d'être « en bons termes » avec Lui, c'est-à-dire d'être passé par le Sacrement de pénitence et de réconciliation. Le Seigneur pourra alors opérer au mieux en moi et à travers moi. Quant à la louange-action de grâces, c'est comme une respiration, une reconnaissance de chaque instant envers la bonté du Créateur et la beauté de sa création.

Effet de conversion : Si ce n'est pas encore fait, je programme un rendez-vous avec un prêtre pour me confesser.

 

Texte extrait du hors série de Parole et Prière « Mon Carême avec Saint François et Sainte Claire d'Assise », publié en 2016

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25 mars 2017

Le Carême avec Saint François et Sainte Claire d'Assise

Le Carême avec Saint François et Sainte Claire d'Assise

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Quatrième Dimanche du Carême

 

Méditation

 D'un François à l'autre...

 

« Les créatures de ce monde ne peuvent pas être considérées comme un bien sans propriétaire : « Tout est à toi, Maître, ami de la vie » (Sg 11, 26). D’où la conviction que, créés par le même Père, nous et tous les êtres de l’univers, sommes unis par des liens invisibles, et formons une sorte de famille universelle, une communion sublime qui nous pousse à un respect sacré, tendre et humble. Le sentiment d’union intime avec les autres êtres de la nature ne peut pas être réel si en même temps il n’y a pas dans le cœur de la tendresse, de la compassion et de la préoccupation pour les autres êtres humains. L’incohérence est évidente de la part de celui qui lutte contre le trafic d’animaux en voie d’extinction mais qui reste complètement indifférent face à la traite des personnes, se désintéresse des pauvres, ou s’emploie à détruire un autre être humain qui lui déplaît. Ceci met en péril le sens de la lutte pour l’environnement. Ce n’est pas un hasard si dans l’hymne à la création où saint François loue Dieu pour ses créatures, il ajoute ceci : « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi ». Tout est lié. Il faut donc une préoccupation pour l’environnement unie à un amour sincère envers les êtres humains, et à un engagement constant pour les problèmes de la société ». (Pape François, Encyclique Laudato Si, n) 89, 91).

 

Quatrième semaine du Carême

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Lundi

Humilité de François

 

François se considère comme pécheur. L'humilité, qui peut être considérée comme pauvreté de soi-même, l'obsède autant que la pauvreté. Il se dévalorise pour ne pas sombrer dans l'orgueil. L'humiliation est pour lui une joie, alors que le compliment le chagrine. Ainsi, à la surprise de tous, il démissionne de sa charge de supérieur, préférant obéir plutôt que de commander. Au Cardinal d'Ostie, protecteur de son ordre, il écrit : « Seigneur, si mes frères ont reçu le nom de petits (mineurs), c'est pour qu'ils n'aspirent jamais à devenir grands. (…) ne leur permettez jamais d'accéder aux dignités ecclésiastiques ».

 

À l'école de Saint François

 

Que les frères se gardent bien de recevoir, sous aucun prétexte, ni églises, ni humbles demeures maisons, ni tout ce que l'on construit pour eux, si cela n'est conforme à la pauvreté que nous avons promise dans la Règle ; qu'ils y séjournent toujours comme des hôtes de passage, comme des étrangers, des pèlerins. (François d'Assise, Testament, 24).

Parole de Dieu : « L'orgueil précède l’effondrement, et la prétention, la chute. Mieux vaut être humble parmi des gens modestes, que partager un butin avec des orgueilleux ». (Proverbes 16, 18-19).

 

Dans ma vie

 

L'humilité n'est pas vraiment au goût du jour. L'a-t-elle vraiment été ? L'heure est plutôt à la compétition, au gravissement des échelons, et de la hiérarchie, quitte à se servir de l'autre et à l'écraser. L'humble se veut petit, conscient de ne rien posséder qui ne lui aurait été confié par Dieu. L'humble travaille, donne tout de sa personne pour le bien commun, pour son frère, non pour accéder à la première place. L'humble n'attend rien en retour, pas même un merci : ce qu'il fait, il l'offre, et quand c'est offert, cela ne lui appartient plus. L'humble est prêt à être malmené... parce qu'il est humble !

Effet de conversion : Aujourd'hui, je ne cherche pas à passer devant les autres ni en actes, ni en paroles. Je m'efforce d'être un marchepied pour mes frères... au nom du Christ.

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Mardi

Claire aux commandes de la barque

 

Trois ans durant, les Sœurs de Claire, et François lui-même, souhaitent que leur fondatrice devienne leur abbesse. Par grande humilité, Claire résiste et tient bon dans son refus. Au prix de l'obéissance, elle finit par s'y soumettre. La crainte prend l'ascendant sur la joie : l'obéissance était plus confortable que la responsabilité et la tenue du gouvernail. Se sentant davantage redevable, Claire s'ingénie à servir ses Sœurs en tout : elle échange son habit avec celle qui en a un moins bon, s'assoit la dernière à table, lave les pieds au retour des sorties... Claire préfère exécuter elle-même les tâches plutôt que de les ordonner.

 

À l'école de Sainte Claire

 

« Je prie aussi celle qui sera chargée des sœurs, de s’étudier à être la première par la vertu et la sainteté de sa vie plus que par sa charge (...). Qu’elle ait pour ses sœurs la prévoyance et le discernement d’une mère pour ses filles, (...). Qu’elle soit en outre si bienveillante et si avenante pour toutes, que les sœurs puissent en toute sécurité s’ouvrir à elle de leurs nécessités et recourir à elle à chaque instant avec confiance, (...) ». (Claire d'Assise, Testament, 19).

Parole de Dieu : « Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; et celui qui veut être parmi vous le premier sera votre esclave ». (Matthieu 20, 26-27).

 

Dans ma vie

 

Dans une apparition à Sœur Faustine, Jésus lui demande une chose qu'elle ne peut mettre en œuvre car sa Supérieure s'y oppose. Jésus console Faustine attristée : son obéissance à sa Supérieure a porté plus de fruits que si elle avait désobéi. L'obéissance n'est cependant pas réservée aux religieux et consacrés. En tant que baptisé, j'obéis à l’Église et au Pape, même si je ne suis pas d'accord : je n'ai pas toutes les cartes en main pour tout comprendre. J'obéis aussi à l'Etat, sans frauder, etc. par respect pour mes frères. Quant aux lois iniques (avortement, euthanasie...) je peux (dois?) m'y opposer... en restant dans la Charité, l'amour et le respect du prochain.

Effet de conversion : Respecter la loi par égard pour les autres. Je commence par exemple en respectant les limitations de vitesse... et je relis les dix commandements.

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Mercredi

Claire et la pauvreté

 

Dès les débuts de sa vocation, la pauvreté est l'apanage de Claire. Elle vend ses biens, hérités de son père. Le fruit de la vente n'est bien sûr ni a son bénéfice, ni même à celui de son monastère. Elle les distribue directement aux miséreux. Les couvents de ses Sœurs ne doivent pas être trop confortable, à l'image de la Crèche accueillant le Fils de Dieu. Le Pape Innocent III octroie à l'Ordre de Claire l'étendard de la pauvreté. Son successeur Grégoire IX tente bien de lui proposer quelques propriétés pour assurer la subsistance à son ordre. C'est peine perdue : Claire s'en tient à son premier vœu.

 

À l'école de Sainte Claire

 

« La voilà, cette perfection qui, dans les palais des cieux, scellera ton union avec le Roi (…)  : cette perfection a consisté pour toi à mépriser les grandeurs d'un royaume terrestre ; à juger indignes, en comparaison, les propositions d'un mariage avec l'empereur ; à pratiquer la très sainte pauvreté et, avec tout l'élan de ton amour et de ton humilité, à suivre les traces de Celui aux noces duquel tu as mérité d'être conviée ». Claire d'Assise, Deuxième Lettre à Agnès de Prague 5-7).

Parole de Dieu : « Ce qui est prestigieux pour les gens est une chose abominable aux yeux de Dieu ». (Luc 16, 15).

 

Dans ma vie

 

Tenir bon dans sa vocation ! Tenir bon dans ses résolutions ! Parfois la tentation peut même venir de personnes de l’Église comme Grégoire IX qui propose à Claire d'alléger la pauvreté qu'elle impose à son ordre. Cela part d'une bonne intention. Ne dit-on pas que « l'enfer est pavé de bonnes intentions » ?! Parfois, c'est moi qui tente les autres en leur disant que telle ou telle chose ne vaut pas la peine, etc. Carême est un temps de combat pendant lequel je dois tenir bon, mais pas tout seul : Dieu Trinité, Marie, les Saints, mon Ange Gardien sont là (et vraiment là!) pour m'aider.

Effet de conversion : À ce stade du Carême, je ressens des difficultés à tenir mes résolutions. Je fais le point sur ce qui m'est facile et difficile. Je relis le passage de l'Evangile de Saint Luc 4, 1-13.

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Jeudi

François et le sultan

 

François éprouve une sainte jalousie pour les martyrs. Il veut prêcher la Foi Chrétienne chez les Sarrasins. La Syrie puis le Maroc se refusent à lui : cela semble être la Volonté de Dieu. Un troisième essai aboutir, le conduisant chez le sultan de Babylone. La guerre y fait rage entre chrétiens et sarrasins, avec promesse d'or à qui amènera une tête de chrétien. Fait prisonnier, François est amené auprès du sultan, impressionné par la Foi et la ferveur de sa prédication. Sans adhérer pour autant, le sultan estime l'homme, en fait son hôte et le couvre de présents... qu'il refuse, accroissant encore l'estime du sultan.

 

À l'école de Saint François

 

« Les frères qui, sous l'aspiration de Dieu, voudront aller chez les Sarrasins et autres infidèles en demanderont la permission à leur ministre provincial. Les ministres, eux, ne le permettront qu'à ceux qu'ils jugeront capables de cette mission ». (François d'Assise, Deuxième Règle 12).

Parole de Dieu : « De même vous aussi, quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : « Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir ». »

 

Dans ma vie

 

Pourquoi notre cher François à eu la vie sauve alors qu'il cherchait à mourir pour sa Foi et être semence pour l'avènement du Royaume dès ici-bas ? Pourquoi d'autres, inconnus, n'ont-il pas eu cette « chance » de garder la vie sauve ? Le Seigneur sait ce dont chaque cœur a besoin et ce dont il est capable. Il sait ce dont a besoin une terre pour être fertile. Nous n'avons pas connaissance de ces données. Laissons-le donc guider nos vies. Ouvrons-nous toujours à l'Esprit-Saint et accueillons les événements.

Effet de conversion : Ai-je un projet de vie ? Où en suis-je de ce projet ? Je relis ma vie, mes échecs et mes réussites et j'essaie d'y voir la main de Dieu qui m'a relevé ou guidé...

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Vendredi

Claire et la multiplication du pain

 

Sœur Cécile est désespérée : l'heure du repas s'annonce et il ne reste qu'un seul pain. Inquiète, elle s'empresse d'en informer Claire. Confiante, la mère abbesse demande à Sœur Cécile de partager le pain en deux : une moitié pour les Frères qui sortent mendier quelques dons pour les Pauvres Dames, et l'autre pour les Sœurs. Dans la moitié du pain des Sœurs, Cécile devra couper 50 morceaux, un pour chaque Sœur du monastère. Comment faire avec un si petit morceau de pain ? « Va, ma fille, et fais en paix ce que je t'ai dit », assure Claire. Cécile obtempère... et chaque Sœur mange à sa faim.

 

À l'école de Sainte Claire

 

« Avec quel soin donc, avec quel élan passionné du corps et de l'âme ne devons-nous pas accomplir ce que nous demande Dieu notre Père, afin qu'avec sa grâce nous puissions lui rendre multiplié le talent que nous en avons reçu ! Multiplié, car ce n'est pas seulement pour les autres que Dieu nous a destinées à être des modèles et des miroirs, mais aussi pour chacune de nos sœurs afin qu'elles soient à leur tour des modèles et des miroirs pour ceux qui vivent dans le monde ». (Claire d'Assise, Testament, 6).

Parole de Dieu : « Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule ». (Luc 9, 16).

 

Dans ma vie

 

Être missionnaire et faire des disciples peut ne pas demander d'effort physique ou de déplacement exorbitant. Quand je vis de la Vie du Christ, je rayonne de Son Amour autour de moi. Cela interpelle mes frères et sœurs et les incite à suivre eux-mêmes Celui qui veut notre bonheur – et qui le fait déjà sur terre en vue du Ciel. Tout mon travail de conversion est de vouloir ressembler en tout ce qui m'est possible au Christ. Lui ressembler, c'est déjà Le servir. C'est aussi servir mes frères, puisque je leur offrirai de voir en partie le Visage du Christ, ce qui devrait les inciter à le suivre à leur tour.

Effet de conversion : Aujourd'hui, je m'efforce d'avoir une « tête de ressuscité » plutôt qu'une « tête de Carême » ! Je m'efforce de sourire et d'être agréable, même si cela me coûte énormément.

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Samedi

Claire et le jeûne

 

Claire ne s'épargne aucun sacrifice, en offrande sainte à Celui en les mains duquel elle a remis sa vie. Ainsi, Claire dort à même le sol, une paillasse ou un morceau de bois lui servant d'oreiller. Le jeûne est, pourrait-on dire, son aliment préféré. Lors du Carême, elle se contente de pain et d'eau,, véritable festin comparé aux trois jours hebdomadaires de jeûne total. Par souci de santé, François et l'évêque d'Assise usent de leur autorité et interdisent à Claire le jeûne total, l'obligeant à prendre au moins « une once et demie de pain ».

 

À l'école de Sainte Claire

 

« Sauf pour les malades et les sœurs particulièrement fragiles (auxquelles saint François nous a bien recommandé et ordonné de procurer avec le plus grand dévouement possible tous les aliments sans considération d'interdiction de règle), aucune de nous, pourvu qu'elle soit saine et valide, ne devrait jamais suivre un autre régime que celui du carême, et cela aussi bien les jours de fête que les fériés ; le jeûne devrait être perpétuel, sauf le dimanche et le jour de Noël » (Claire d'Assise, Troisième Lettre à Agnès de Prague 31-33).

Parole de Dieu : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». (Matthieu 22, 39).

 

Dans ma vie

 

Le jeûne alimentaire est une chose admirable qui porte du fruit, c'est à n'en pas douter. Le jeûne est cependant un choix personnel. Je ne dois pas regarder l'autre de travers parce qu'il a choisi de ne pas jeûner ou parce qu'il ne le peut pas... ou même parce qu'il succombe et finit par manger. Chacun son Carême ! Ni intransigeance (il fait savoir lâcher du lest, y compris envers soi-même, surtout si la santé l'exige), ni intolérance. Il y a tellement de façon de jeûner...

Effet de conversion : Aujourd'hui, je fais un effort (offert au Seigneur) sur mon alimentation : jeûne intégral ou partiel (pain et eau par exemple). J'offre à manger à un mendiant ou je fais don du montant de ma privation à une association caritative.

 

Texte extrait du hors série de Parole et Prière « Mon Carême avec Saint François et Sainte Claire d'Assise », publié en 2016

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18 mars 2017

Le Carême avec Saint François et Sainte Claire d'Assise

Le Carême avec Saint François et Sainte Claire d'Assise

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Troisième Dimanche du Carême

 

Méditation

 D'un François à l'autre...

 

« Si nous nous approchons de la nature et de l’environnement sans cette ouverture à l’étonnement et à l’émerveillement, si nous ne parlons plus le langage de la fraternité et de la beauté dans notre relation avec le monde, nos attitudes seront celles du dominateur, du consommateur ou du pur exploiteur de ressources, incapable de fixer des limites à ses intérêts immédiats. En revanche, si nous nous sentons intimement unis à tout ce qui existe, la sobriété et le souci de protection jailliront spontanément. La pauvreté et l’austérité de saint François n’étaient pas un ascétisme purement extérieur, mais quelque chose de plus radical : un renoncement à transformer la réalité en pur objet d'usage et de domination. D’autre part, saint François, fidèle à l’Écriture, nous propose de reconnaître la nature comme un splendide livre dans lequel Dieu nous parle et nous révèle quelque chose de sa beauté et de sa bonté : « La grandeur et la beauté des créatures font contempler, par analogie, leur Auteur «  (Sg 13, 5), et « ce que Dieu a d’invisible depuis la création du monde, se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité » (Rm 1, 20). (Pape François, Encyclique Laudato Si, 11-12).

 

Troisième semaine du Carême

Giotto

Lundi

François et les animaux

 

Frère François est admiratif de la bonté et de la création de Dieu. Il n'a de cesse de louer le Seigneur pour toutes les merveilles, petites et grandes, qu'il rencontre. Il a une réelle proximité avec les animaux : les hirondelles gazouillant à ne plus s'entendre pendant ses homélies se taisent sur son ordre ; les moutons lui font la fête quand il passe près d'eux et les salue ; une biche, offerte un jour, entre dans l'église quand chantent les Frères, fléchissant les genoux ou se prosternant lors de l'élévation pendant la sainte messe... sans oublier le célèbre loup de Gubbio que François convertit !

 

À l'école de Saint François

 

Loué sois-tu, mon Seigneur, dans toutes tes créatures, spécialement messire le frère Soleil, qui fait le jour et par qui tu nous illumines ; il est beau, rayonnant d'une grande splendeur ; de Toi, le Très-Haut, il nous offre le symbole. (…) Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre qui nous porte et nous nourrit, qui produit la diversité des fruits, et les fleurs diaprées et les herbes ». (François d'Assise, Cantique de Frère Soleil ou « des Créatures »).

Parole de Dieu : « Ton amour vaut mieux que la vie : tu seras la louange de mes lèvres ! Toute ma vie je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton nom. Comme par un festin je serai rassasié ; la joie sur les lèvres, je dirai ta louange ». (Psaume 62 4-6).

 

Dans ma vie

 

Dans ma vie tourbillonnante d'activités, qu'elles soient professionnelles, familiales, ludiques ou autres, je me demande souvent quelle place donner à a la prière. Je peux, et même je devrais, lui accorder une vraie place dans mon emploi du temps. Je peux aussi faire de chaque respiration, de chaque battement de cils une prière de louange et d'action de grâce envers Dieu mon créateur. Ainsi peuvent jaillir de mon cœur et de ma bouche de très courtes prières à tout moment. C'est cela l'oraison jaculatoire.

Effet de conversion : Je relis le Cantique des Trois Enfants (Daniel 3, 52-90) et me l'approprie en apprenant par cœur le verset qui me touche le plus. Je le ruminerai le plus souvent dans la journée.

 

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Mardi

La vie austère de François

 

« Ceux qui appartiennent au Christ on crucifié leur chair avec ses vices et ses concupiscences ». La parole de Saint Paul aux Galates marque profondément François. Il s'impose alors une vie austère dans le seul but de garder corps et âme purs. Ainsi privait-il ses aliments de goût, couchait-il à même le sol avec sa tunique pour couverture, considérait-il l'oisiveté comme un réservoir de mauvaises pensées... Sur la légèreté de son habit lors des hivers rigoureux, il répondait simplement : « Si nous brûlions de ce feu intérieur qu'est la patrie céleste, nous supporterions allègrement le froid extérieur ! »

 

À l'école de Saint François

 

« Il y en a beaucoup qui sont férus de prières et d'offices, et qui infligent à leur corps de fréquentes mortifications et abstinences. Mais pour un mot qui leur semble un affront ou une injustice envers leur cher « moi », ou bien pour tel ou tel objet qu'on leur enlève, les voilà aussitôt qui se scandalisent et perdent la paix de l'âme. Ceux-là n'ont pas le véritable esprit de pauvreté : car celui qui a le véritable esprit de pauvreté se hait lui-même, et chérit ceux qui le frappent sur la joue ». (François d'Assise, Admonitions, 14).

Parole de Dieu : « Nous apprenons que certains d’entre vous mènent une vie déréglée, affairés sans rien faire. À ceux-là, nous adressons dans le Seigneur Jésus Christ cet ordre et cet appel : qu’ils travaillent dans le calme pour manger le pain qu’ils auront gagné ». (2 Th. 3, 11-12).

 

Dans ma vie

 

« Le progrès ne vaut que s'il est partagé par tous », disait Aristote avant d'être repris par une grande entreprise française ! C'est peut-être bien ce qui manque au progrès depuis que l'homme est devenu un « chercheur de mieux être » : être partagé par tous. Cela explique peut-être pourquoi des hommes et des femmes refusent la moindre parcelle de luxe et se retirent dans une vie austère. Le progrès détourne de Dieu, car l'homme en veut toujours plus et se prend pour Dieu, puisqu'il sait améliorer les choses par lui-même. Mais ce progrès ne profite qu'à peu de gens. Est-il alors vraiment progrès ?

Effet de conversion : J'essaie de me priver d'un « luxe » : marcher plutôt que prendre la voiture, dormir sans oreiller, prendre un repas sans dessert... : « Je vis ces privations dans la joie et l'offrande à l'amour de Dieu ».

 

Saint-Clare

Mercredi

Claire affronte sa famille

 

La « fugue » de Claire exacerbe les passions familiales. Aussi sa famille se déplace-t-elle, tentant de raisonner et de ramener à la maison la jeune fugueuse. Claire les reçoit dans la chapelle, agrippée à l'autel. Plus saintement entêtée que jamais, elle leur fait momentanément entendre sa raison. François déplace ses protégées à l'Abbaye bénédictine de Saint-Ange. Agnès, 15 ans, sœur de Claire, la rejoint, déclenchant l'ire de sa parenté, notamment un oncle qui réunit une douzaine de cavaliers en vue de ramener la jeune cadette chez les siens. Agnès ne doit son salut de rester auprès de Claire que par intervention divine.

 

À l'école de Sainte Claire

 

« Louange et Gloire, à toi, pour la Très Sainte Plaie de Ton pied droit, Seigneur Jésus-Christ, doux comme le miel. Par cette Plaie Sacrée, accorde-moi de faire digne pénitence pour mes péchés. Et par Ta Mort très pieuse, je T'en supplie : garde-moi jour et nuit, moi ta servante, dans Ta Volonté, arrache-moi à toute adversité de l'âme et du corps, reçois mon âme au jour redoutable dans Ta Foi et Ta Miséricorde et conduis-moi aux joies éternelles. Amen. » (Claie d'Assise, Prière aux Cinq Plaies).

Parole de Dieu : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi ». (Mt 10, 37-38).

 

Dans ma vie

 

Aller contre la volonté de ses parents, de sa famille, ce n'est pas facile. Surtout quand on a 15 ans ! Obéir est une belle et grande vertu qui donne beaucoup de fruit. Cependant, lorsque je suis sûr de la Volonté de Dieu, et toujours après un véritable et saint discernement, je peux m'engouffrer corps et âme sur ce chemin. Et quand bien même je dois malgré tout obéir à mes parents (ou aux contraintes imposées par ma vie actuelle, par mes engagements), en déposant tout dans les mains du Seigneur, j'aurai la conviction de réponde à son appel, et je serai l'âme.

Effet de conversion : Toute décision en faveur de Dieu et à l'encontre de l'obéissance parentale doit se prendre en respectant son père et sa mère. Je regarde mon passé et, le cas échéant, je demande pardon à mes parents.

 

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Jeudi

Claire : Installation à Saint Damien

 

Riche année que celle de 1212 ! François établit ses protégées à Saint Damien, dans l'église qu'il à relevée suite à la demande entendue du Seigneur. Éclairé par l'Esprit-Saint, il avait prophétisé : « Venez et aidez-moi dans l'oeuvre de Saint Damien, car ici viendront beaucoup de saintes femmes qui glorifieront grandement le Père Céleste par la perfection de leur vie ». En effet : Claire se sent bien dans ce lieu qu'elle estime propice à la prière, à l'épanouissement de sa vocation. Les monastère des Pauvres Dames, les premières Clarisses, est né. Claire y passera le reste de ses années terrestres.

 

À l'école de Sainte Claire

 

« Nous avons donc bien sujet de considérer là l’immense bonté de Dieu à notre égard : dans sa bonté et son amour surabondants il a fait proclamer par son saint le choix qu’il porterait sur nous et l’appel qu’il nous adresserait. Et ce n’était pas seulement de nous que notre bienheureux Père prophétisait ainsi, mais encore de toutes celles qui nous suivront dans cette vocation sainte à laquelle le Seigneur nous a appelées ». (Claire d'Assise, Testament, 5).

Parole de Dieu : « Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu'ils sont appelés selon le dessein de son amour ». (Rm 8, 28).

 

Dans ma vie

 

L'appel que le Seigneur nous adresse est incessant. De tout temps et en tout lieu, Dieu appelle les hommes à répondre à leur vocation. Il est donc important de prier pour les vocations, non pas tant pour que le Seigneur appelle des hommes et des femmes à le servir et à servir leurs frères. Cette prière pour les vocations doit être bien orientée : « Seigneur, ouvre les oreilles à tes appelés et ouvre les cœurs afin qu'ils te répondent librement oui, sans restriction ! » Marie, elle qui s'est donnée en acceptant tout lors de l'Annonciation, peut intercéder avec succès pour nos prières.

Effet de conversion : Je prends un temps de prière pour les vocations sacerdotales, religieuses, consacrées, familles chrétiennes vivant de leur foi... J'ouvre mon cœur pour accepter la, mienne et celle de mes proches.

 

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Vendredi

François et les miracles

 

De son vivant, François est un thaumaturge. Il se fait l'instrument de Dieu en multipliant la nourriture, en guérissant des malades, en transformant l'eau en vin, en apparaissant à des endroits ou il ne peut logiquement pas de trouver : (« bilocation »). Il est véritablement « à l'image du Christ ». Par exemple, une nuit, accompagné d'un Frère ils se retrouvèrent entre Pô et marais, bloqués par l'obscurité et risquant la noyade. François se met en prière et Dieu l'exauce : une lumière miraculeuse illumine route et environs, leur permettant d'atteindre leur destination sans encombre.

 

À l'école de Saint François

 

« Où règnent charité et sagesse, il n'y a ni crainte ni ignorance. Où règnent patience et humilité, il n'y a ni colère ni trouble.(...) Où règnent paix intérieure et méditation, il n'y a ni désir de changement ni dissipation. Où règne crainte du Seigneur pour garder la maison, l'ennemi ne peut pratiquer nulle brèche pour y pénétrer. Où règnent miséricorde et discernement, il n'y a ni luxe superflu ni dureté du cœur ». (François d'Assise, Admonitions, 27).

Parole de Dieu : « Ceux que, d’avance, il connaissait, il les a aussi destinés d’avance à être configurés à l’image de son Fils, pour que ce Fils soit le premier-né d’une multitude de frères ». (Rm 8, 29).

 

Dans ma vie

 

Les miracles de Jésus servent, en principe, à renforcer ma Foi, ils donnent des éléments à ma raison de croire Dieu fait homme. En Jésus, tout a été révélé : il n'y a plus rien a ajouter. Alors à quoi servent les miracles des Saints ? « (…) les miracles du Christ et des saints, les prophéties, la propagation et la sainteté de l’Église, sa fécondité et sa stabilité « sont des signes certains de la Révélation, adaptés à l’intelligence de tous », des « motifs de crédibilité » qui montrent que l’assentiment de la foi n’est « nullement un mouvement aveugle de l’esprit ». » (Catéchisme de l’Église Catholique, n° 156).

Effet de conversion : Raison et foi... Je cherche le bon équilibre. Aujourd'hui, je médite le Credo et le prie à plusieurs moments de la journée.

 

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Samedi

L'aura de Claire

 

De toutes parts, proches et lointaines contrées, la renommée de Claire se répand. De nombreuses femmes la rejoignent, souhaitant suivre l'exemple de ses vertus. Sa manière d'être, plus que ses actions, attire. Viennent à elle des jeunes filles désirant garder leur virginité, des veuves, et riches et nobles dames, des épouses se séparant par consentement mutuel (l'époux se mettant à la suite de François). Si des femmes ne peuvent rejoindre Claire, leurs vies sont bouleversées par elle, passant du vice à la vertu, ou bien érigeant des monastères ou chapelles... Claire et ses disciples deviennent de véritables exemples de sainteté.

 

À l'école de Sainte Claire

 

« Mais le chemin qui mène à la vie est étroit, et la porte qui nous y donne accès est étroite elle aussi ; c’est pourquoi il y en a peu qui empruntent ce chemin. Et parmi ceux qui, durant un certain temps, y ont cheminé, il y en a encore bien moins qui y persévèrent. Mais, bienheureux ceux auxquels il a été donné d’y marcher et d’y persévérer jusqu’à la fin ! » (Claire d'Assise, Testament, 21).

Parole de Dieu : « Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. » .Mc 10, 21)

 

Dans ma vie

 

Dans la vie on a souvent besoin d'un modèle, d'un mentor, d'une personnes que l'on admire et à qui l'on veut ressembler. Claire à trouvé François, qui a trouvé Jésus. François mène Claire à Jésus... Je dois rester vigilant, ne pas me tromper de modèle. Si je décide de suivre un intermédiaire du Christ, il ne doit pas me mener à lui-même et à ses propres intérêts : j'aurai alors affaire à un gourou. Prêtre, supérieur, fondateur de communauté... s'effacent devant Jésus. Comme Marie : elle n'est pas une déesse, sorte de « quatrième personne de la Trinité » ! Elle nous mène à Son Fils qui seul est le chemin, la vérité, la vie.

Effet de conversion : Je réfléchis à la (ou les) personne(s) que j'ai pris pour modèle. En ai-je fait une idole ? Je me recentre sur Jésus et en chaque acte ou parole je me demande : « Qu'aurait fait Jésus à ma place ? »

 

Texte extrait du hors série de Parole et Prière « Mon Carême avec Saint François et Sainte Claire d'Assise », publié en 2016

François et Claire

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4 mars 2017

Le Carême avec Saint François et Sainte Claire d'Assise

Le Carême avec Saint François et Sainte Claire d'Assise

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Premier Dimanche du Carême

 

Méditation

D'un François à l'autre...

 

La vocation de garder, cependant, ne nous concerne pas seulement nous les chrétiens (…). C’est le fait de garder la création tout entière, la beauté de la création, comme il nous est dit dans le Livre de la Genèse et comme nous l’a montré saint François d’Assise : c’est le fait d’avoir du respect pour toute créature de Dieu et pour l’environnement dans lequel nous vivons. C’est le fait de garder les gens, d’avoir soin de tous, de chaque personne, avec amour, spécialement des enfants, des personnes âgées, de celles qui sont plus fragiles et qui souvent sont dans la périphérie de notre cœur. C’est d’avoir soin l’un de l’autre dans la famille : les époux se gardent réciproquement, puis comme parents ils prennent soin des enfants et avec le temps aussi les enfants deviennent gardiens des parents. C’est le fait de vivre avec sincérité les amitiés, qui sont une garde réciproque dans la confiance, dans le respect et dans le bien. Au fond, tout est confié à la garde de l’homme, et c’est une responsabilité qui nous concerne tous. Soyez des gardiens des dons de Dieu ! Et quand l’homme manque à cette responsabilité, quand nous ne prenons pas soin de la création et des frères, alors la destruction trouve une place et le cœur s’endurcit. (Pape François : Homélie de la messe d'inauguration du Pontificat, 19 mars 2013, solennité de Saint Joseph).

 

Première semaine du Carême

 

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Lundi

Début de la conversion de François

 

La conversion de François commence à s'opérer : prière, souci du pauvre, mépris des choses terrestres. Le lépreux ne l'effraie plus : il descend de cheval pour subvenir à ses besoins et le soigner. Il se détache des obligations requises par son travail après de son père et vient même à distribuer les biens paternels au tout-venant. Tandis qu'il demande des lumières sur sa vocation à son Père des Cieux, son père terrestre est fou de rage. Une vision du Christ en croix transforme François et il ne peut plus penser à la Passion sans verser de larmes.

 

À l'école de Saint François

 

« Voici comment le Seigneur me donna, à moi frère François, la grâce de commencer à faire pénitence. Au temps où j'étais encore dans les péchés, la vue des lépreux m'était insupportable. Mais le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux; je les soignai de tout mon cœur ; et au retour, ce qui m'avait semblé si amer s'était changé pour moi en douceur pour l'esprit et pour le corps. Ensuite j'attendis peu, et je dis adieu au monde ». (François d'Assise, Testament 1-3).

Parole de Dieu : « Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». (Matthieu 16, 24).

 

Dans ma vie

 

La maladie fait peur. Bien souvent, au jour de l'An, on entend : « Bonne année ! Et surtout, bonne santé ! La santé c'est le plus important ! » C'est vrai qu'il est plus confortable d'être en bonne santé, de « mourir en bonne santé » ! Et l'hôpital aussi me fait peur ! Tous ces gens malades, toutes ces personnes âgées dans les maisons de retraites, les unités Long Séjour... Je redoute même d'aller voir cette grand-mère ou ce grand-père, ce grand-oncle... C'est trop difficile ! Pourtant, ça ne me prendrait qu'un peu de temps, alors que lui restera après ma visite, dans ces murs (in)hospitaliers !

Effet de conversion : Je prends la ferme résolution de rendre visite à quelqu'un de ma famille dans un hôpital, une maison de retraite... Je peux aussi prendre contact pour rejoindre une équipe de visiteurs hospitaliers.

 

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Mardi

Claire et le mariage

 

De noble condition, très logiquement, les parents de Claire souhaitent lui trouver de préférence une alliance intéressante pour la famille. Beauté, intelligence, grâce, sagesse, douceur, discrétion, humilité... sont autant de qualités qui feront d'elles une épouse parfaite, tenant dignement son rang, et que le mari sera fier d'exhiber, tel un joyau, à son bras lors des réceptions mondaines. Son papa décédé, toute la famille s'attelle à lui faire accepter une des nombreuses demandes en mariage. Mais Claire ne s'y résout pas, s'étant déjà donnée exclusivement à Jésus dans la prière.

 

À l'école de Sainte Claire

 

« Alors que vous auriez pu jouir de toutes les flatteries et de tous les honneurs du monde, et accéder même à la plus haute gloire en devenant l'épouse légitime de l'illustre empereur (…) vous avez renoncé à tout et vous avez opté, de tout l'élan de votre âme et de votre cœur, pour la très sainte pauvreté et pour le dénuement ; vous avez choisi un époux de race plus noble encore : notre Seigneur Jésus-Christ, qui gardera pure et intacte votre virginité (...) ». (Claire d'Assise, première lettre à Agnès de Prague 5, 6-7).

Parole de Dieu : « Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses convoitises ». (Galates 5, 24).

 

Dans ma vie

 

Pourquoi donc le pouvoir où les places hautes de la société seraient-ils à fuir ? Il faut bien des personnes pour occuper ces postes à responsabilité ! Est-ce vraiment mal d'être l'épouse d'un homme riche ou le mari d'une héritière aisée ? Il y a du mal à tout cela si je ne suis pas capable de rester dans l'amour de Dieu et de mon prochain. Il est évident que les chrétiens doivent eux aussi investir les instances dirigeantes. C'est pour cela qu'existe la Doctrine Sociale de l’Église ! Bien sûr, que je peux être marié(e) à quelqu'un de riche, pourvu que l'amour soit le socle de mon couple.

Effet de conversion : Je prends un temps de réflexion pour regarder si oui ou non, dans mon travail, ma foi est en accord avec mon attitude à l'égard de mes subordonnés. J'étudie les façons de changer d'attitude s'il y a lieu.

 

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Mercredi

François le bâtisseur

 

Sorti méditer dans la campagne, les pas de François le portent à l'église délabrée de Saint Damien. Seul, en prière devant le crucifix, il entend : « François, va et répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruines ». Il souhaite donc relever ce bâtiment. Il court à Assise, prend des marchandises chez son père et s'empresse de les vendre, de même que son cheval. Il offre ensuite l'argent au prêtre desservant l'église Saint Damien, qui le refuse, mais accepte la proposition de reconstruction. Recherché, François se cache pendant un moi, puis décide d'affronter ses concitoyens et son père qui le frappe et l'enchaîne.

 

À l'école de Saint François

 

« Dieu très haut et glorieux, viens éclairer les ténèbres de mon cœur ; donne-moi une foi droite, une espérance solide et une parfaite charité ; donne-moi de sentir et de connaître, afin que je puisse l’accomplir, ta volonté sainte qui ne saurait m’égarer. Amen ». (François d'Assise, prière devant le Crucifix).

Parole de Dieu : « Le jour venu, il appela ses disciples et en choisit douze auxquels il donna le nom d’Apôtres » (Luc 6, 13).

 

Dans ma vie

 

Quelle chance a-t-il ce François ! Le seigneur lui a parlé en direct ! Ainsi sait-il quelle est exactement (ou à peu près...) la volonté de Dieu pour lui. Le résumé de son histoire donne l'impression que François se précipite dès cette convocation divine reçue. Il pourrait tomber dans un piège du démon ! Beaucoup de saints ont eu affaire aux attaques du Malin tentant de les détourner de leur appel en se faisant passer pour Dieu. François est homme de prière. Il est donc plus probable qu'il a discerné en priant et a reçu confirmation d'un appel véritable de Dieu.

Effet de conversion : Pas facile de discerner ! Je peux m'en donner les moyens par la prière, mais surtout en ne restant pas seul : je cherche un accompagnateur spirituel (si possible un prêtre... pour le Sacrement de Réconciliation) qui me suivra dans ma conversion perpétuelle.

 

Basilica sup Assisi Giotto, «La rinuncia agli averi», part

Jeudi

François sous le manteau de l’Église

 

Son père absent, Dame Pica libère François de ses entraves. Il profite de l'aubaine pour retrouver la solitude, bénissant le Seigneur de cette libération salutaire. De retour, son père tente de le ramener à la maison sinon à la raison. La fermeté de François pousse messire Bernardone à traduire don fils au tribunal de l'évêque, afin qu'il renonce à ses droits d'héritier et rende ce qu'il possède encore. François obtempère et rend tout, depuis son bel habit jusqu'aux chausses : le voici nu comme un vert ! Le prélat le couvre de son manteau avant de le vêtir du manteau de bure d'un de ses fermiers, habit de sa nouvelle vie.

 

À l'école de Saint François

 

« O Seigneur, que je ne cherche pas tant d'être consolé que de consoler, d'être compris que de comprendre, d'être aimé que d'aimer. Car c’est en se donnant que l’on reçoit, c’est en oubliant qu’on se retrouve soi-même, c’est en pardonnant que l’on obtient le pardon, c’est en mourant que l’on ressuscite à l'éternelle Vie ». (François d'Assise, Prière pour la paix).

Parole de Dieu : « Quant à eux, quittant le Conseil suprême, ils repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus ». (Actes des Apôtres 5, 41).

 

Dans ma vie

 

Ce passage de la vie de François est tout un symbole : il quitte le monde – celui de l'opulence, des moyens financiers permettant de tout avoir, le monde des excès de la fête, etc. –, il abandonne tous ses biens jusqu'à la moindre parcelle de tissu, pour rejoindre l’Église qui le couvre et le protège – le manteau de l'Evêque représente cette protection – dans sa volonté de changer de vie et de suivre l'Evangile du Christ. Le vieil homme laisse la place au nouveau. François cesse d'avoir raison pour enfin être. Sa conversion, déjà amorcée, entame sa course finale.

Effet de conversion : Mon désir de conversion radicale au Christ (en conservant mon état de vie : il ne s'agit pas de quitter son foyer pour entrer dans les ordres!) ne va pas aussi vite que je le pensais. Je prie avec confiance pour obtenir la grâce de la patience.

 

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Vendredi

François : la conversion définitive

 

François quitte Assise tel un va-nu pieds, mendiant sa subsistance. Il fait l'aumône, est hébergé chez des amis ou dans des monastères, rejoint les lépreux et se met à leur service. Enfin, il s'attache à répondre à l'appel reçu et reconstruit l'église Saint Damien grâce aux dons providentiels. Puis c'est au tour de l'église Saint Pierre à quelques kilomètres de la ville. Enfin, il rebâtit l'église du sanctuaire marial de Sainte Marie des Anges à la Portioncule. Sa dévotion pour la mère du Christ et son respect pour les anges l'incitent à se poser en ce lieu béni. Ces trois année de reconstruction marquent sa conversion définitive.

 

À l'école de Saint François

 

« Salut, Dame sainte, Reine très reine, mère de Dieu, ô Marie, et vierge perpétuellement, choisie par le très saint Père du ciel, consacrée par lui comme un temple avec son Fils bien-aimé et l'Esprit Paraclet ; Vous en qui fut et demeure toute plénitude de grâce et Celui qui est tout bien (...) ». (François d'Assise, Salutations à la Vierge).

Parole de Dieu : « Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : L’amour de ta maison fera mon tourment ». (Saint Jean 2, 17).

 

Dans ma vie

 

Les églises tombant en ruine sont encore pléthore aujourd'hui. Comment se motiver à les reconstruire, à les restaurer si c'est pour qu'elles ne soient jamais remplies ? Je ne dois pas perdre espoir et il me faut sans cesse remonter les manches, car le travail ne manque pas. Saint François s'est trompé (mais ne devait-il pas passer par là?) et a confondu église et Eglise. Comme lui je ne dois pas me tromper de combat et revenir à ma mission première de baptisé : construire l’Église du Christ jour après jour en lui « amenant » sans cesse des âmes. Jésus a une grande soif des âmes !

Effet de conversion : Je me décide à proposer mes services à la paroisse, dans la mesure de mes compétences et de mes possibilités, et sans m'imposer. Il y aura toujours une place pour moi : si ce n'est pas maintenant, je dois savoir patienter.

 

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Samedi

François et la Volonté de Dieu

 

François prie pour connaître la Volonté de Dieu quant à sa vie. Lors d'une messe pour la fête d'un apôtre (probablement Saint Matthias), François est bouleversé par l'Evangile dans lequel Jésus envoie ses disciples prêcher avec pour consigne : « Ne vous procurez ni or ni argent, ni monnaie de cuivre à mettre dans vos ceintures, ni sac pour la route, ni tenue de rechange, ni sandales, ni bâton ». Rempli de joie il s'écrie : « Voilà ce que toute mon âme désire ! » Il abandonne tout et remplace sa ceinture par une corde. Fort de l'Esprit Saint, François se met en route, prêchant la paix du Christ par monts et par vaux.

 

À l'école de Saint François

 

« Lorsque mes frères vont par le monde, (...) je leur recommande en notre Seigneur Jésus-Christ d'éviter les chicanes et les contestations, de ne point juger les autres. Mais qu'ils soient aimables, apaisants, effacés, doux et humbles, déférents et courtois envers tous dans leurs conversations. (...) En quelque maison qu'ils entrent, qu'ils disent d'abord : Paix à cette maison ! Et, conformément au saint Evangile, qu'il leur soit permis de manger de tout ce qu'on leur présente ». (François d'Assise, Deuxième Règle 3).

Parole de Dieu : En cours de route, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. » Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. » (Luc 57-58).

 

Dans ma vie

 

Partir sans rien, en remettant tout son avenir, sa subsistance quotidienne entre les mains de Dieu, cela peut paraître suicidaire pour certains ! Il y a pourtant dans la Bible de très nombreux exemples de personnes qui reçoivent tout de Dieu, à commencer par le peuple élu, dans le désert... Aujourd'hui encore, des hommes et des femmes vivent de la Providence, et ça marche ! Mais la réussite n'est pas dans l'attentisme. Il est nécessaire de se bouger, d'agir et de mettre Dieu au cours de sa vie et au premier plan de son action : « Aide-toi et le Ciel t'aidera ! ».

Effet de conversion : La Providence intervient dans les besoins vitaux matériels, alimentaires et spirituels. Mais je dois lui laisser la possibilité d'agir. Je cherche comment la laisser œuvrer dans ma vie.

 

Texte extrait du hors série de Parole et Prière « Mon Carême avec Saint François et Sainte Claire d'Assise », publié en 2016

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28 février 2017

Le Carême avec Saint François et Sainte Claire d'Assise

Le Carême avec Saint François et Sainte Claire d'Assise

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Avant Propos

 

La Famille Franciscaine se prépare à célébrer les 800 ans de son arrivée en France

 

« 800 ans et après… », tel est le slogan qui a été choisi par la Famille Franciscaine pour célébrer, en cette année 2017, l’arrivée des franciscains en France. C’était en 1217, du vivant de François, l’Ordre tout juste créé se structure devant l’afflux de nouveaux frères. Les frères rassemblés en chapitre à la Pentecôte décident d’aller porter l’Evangile au-delà des frontières. Saint François demande au frère Pacifique, poète et l’un de ses plus chers compagnons, de partir pour la France. Frère Pacifique fondera la première implantation franciscaine à Vézelay. Dans une lettre datée du 15 novembre dernier, les membres du comité des supérieurs de la Famille Franciscaine annonçaient l’ouverture du Jubilé et les premiers temps forts de celui-ci : « nous sommes héritiers des frères et des sœurs qui ont engagé leurs vies avec Jésus pauvre et crucifié, sur les chemins ouverts par François et Claire d’Assise. Nous sommes aussi des passeurs et avons à regarder devant nous. Nous sommes heureux de vous inviter à célébrer le Jubilé marquant ce 8ème centenaire de l’arrivée des premiers frères mineurs en France. Il se déroulera du 1er mars au 4 octobre 2017 ».

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L'arrivée des Frères Mineurs en France

 

C'est avec l'approbation de la Règle par le Pape Innocent II que la Fraternité des Mineurs, au nombre de 12 Pénitents venus d'Assise est reconnue officiellement. Elle ne cessa dès lors de s'accroître en nombre jusqu'à devenir un Ordre important. Au chapitre de la Pentecôte 1217, ils sont environ 5000 Frères. On décide alors d'envoyer des Frères hors d'Italie (Espagne, Allemagne, Hongie, Terre Sainte). Saint François, pour donner l'exemple, projette d'aller dans le pays dont il porte le nom et admire les troubadours, usant parfois de leur langue. Il veut connaître aussi les théologiens de Paris qui parlent si bien de l'Eucharistie.

Arrêté à Florence par le Cardinal protecteur Ugolin de Segni, sur son conseil, François décide de rester en Italie pour assurer la pérénité de son Ordre, critiqué par certains cardinaux pour son radicalisme évangélique proche des Vaudois dissidents de l’Église. Il délègue alors la direction au Frère Pacifique, une de ses premières recrues, couronné avant sa conversion en 1212, roi des poètes par le futur empereur Frédéric II. Il connaissait probablement quelques rudiments de la langue des troubadours. Par la suite, il aura des fonctions importantes dans l'Ordre comme fondateur de plusieurs couvents de Frères et visiteur des Clarisses. On le considère comme le premier Provincial de France.

Durant l'été 1217 le groupe remonte par la vallée du Rhône et de la Saône jusqu'à Vézelay, à la frontière du Royaume de France et du comté de Nevers, dont l'abbatiale bénédictine est réputée avoir les reliques de Sainte Marie-Madeleine, patronne des pénitents. Après avoir séjourné, selon leur coutume à la léproserie de la Maladrerie, les Frères sont en quête d'un lieu stable et remarquent sur le flanc nord de la colline, le long du chemin des pèlerins qui mène à l'église de Saint Jacques d'Asquins à l'abbaye de Vézelay couronnant la colline, un petit ermitage abandonné par les moines, proche de la chapelle romane mémorial de la prédication de Saint Bernard en 1146. Ce lieu convenant à leur genre de vie, ils en obtiennent de l'abbé la cession. Quelques Frères vont y rester, tandis que Pacifique part pour Paris, ou plus exactement pour Saint Denis où l'Abbé Suger avait fait construire 70 ans auparavant une magnifique abbatiale, près de laquelle se déroulaient des foires trs réputées.

Comme ils en avaient l'habitude, les Frères allèrent trouver l'Abbé pour solliciter sa protection et obtenir de sa générosité une maison afin de s'établir près de l'église Saint Pierre. Grégoire de Naples le rappelle dans une lettre adressée à l'Abbé de Saint Denis en 1231. On sait par ailleurs que le Clergé et l'évêque de Paris étaient très méfiants et qu'une délégation fut envoyée au Pape pour savoir si leur Règle était approuvée.

Afin de bénéficier des enseignements de l'université puis d'y enseigner, les Frères s'installèrent aussi sur la montagne Sainte Geneviève, à l'emplacement du Lycée Henri IV, derrière le Panthéon. On en a le témoignage par un legs fait en leur faveur devant l'official de Paris en janvier 1224. Au nombre d'une trentaine, ils firent construire ensuite vers 1229 un vaste couvent à Vauvert où résidaient des Chartreux, dans le jardin actuel du Luxembourg, non loin de l'école des Mines. Ce couvent s'écroula avant même d'être habité.

Grâce à la générosité de l'Abbé Odon, ils purent s'installer par la suite contre le mur d'enceinte de Philippe-Auguste sur les terres des bénédictins de Saint Germain des Prés. Du couvent commencé en 1230 et sans cesse agrandi, il ne reste aujourd'hui que le réfectoire du XVIe siècle dans l'enceinte de la Faculté de Médecine. Ce fut le foyer de l'enseignement théologique de Paris. Plusieurs autres couvent verront le jour dans Paris au fur et à mesure des réformes Franciscaines : Observants, Récollets, Capucins, Frères de l'Ave Maria.

Frère Jean-Baptiste Auberger, historien et spécialiste des Sources Franciscaines

 

Poverello

Introduction

 

Saint François et Sainte Claire sont deux figures majeures de l’Église. Connaître la vie des saints fait partie de mon chemin de sainteté. Je ne dois pas le négliger et j'ai pour responsabilité de faire connaître la vie de ces aînés dans a Foi à mes enfants, petits-enfants, filleuls, aux plus petits d'entre nous.

Se plonger dans leur vie est un enseignement riche pour un chrétien, même pour moi aux XXIe siècle. Les vies de François et de Claire semblent parfois teintées de merveilleux. Elles ressemblent même à des contes extraordinaires, féeriques, fantastique ! Que je ne m'y trompe pas : n'est-ce pas le propre de la vie des saints, c'est « illuminés » de Dieu, d'avoir une relation privilégiée avec le Christ, et ainsi de bénéficier de grâces extraordinaires dépassant mon entendement ? Il en est ici comme dans les Actes des Apôtres : l'Esprit Saint est présent à chaque page et guide sans cesse François et Claire. Le surnaturel est omniprésent dans leur vie.

Je peux alors me poser la question suivante : où sont les saints prophètes et thaumaturges aujourd'hui ? Il y en a eu (Saint Jean Paul II, Sainte Teresa de Calcutta) et il y en a encore, c'est à n'en pas douter ! Mais si la question est posée, c'est parce que c'est toi, c'est moi, c'est nous qui devons nous ouvrir à la sainteté, à l'action de l'Esprit Saint en nous, à nous laisser être les instruments du Seigneur. Nous sommes les saints d'aujourd'hui et de demain... si nous le voulons. Voilà quel peut être mon chemin de Carême avec François et Claire : atteindre ou approcher au maximum dès ici-bas les lauriers impérissable de la sainteté.

Avec François et Claire, je vais réapprendre à vivre l'Evangile, à me dépouiller du superflu, à retrouver le goût de la Parole, à aimer l’Église et participer à sa construction continuelle... Je vais les suivre pendant tout ce temps de conversion,parce que ces « illuminés de Dieu » ne vont pas me conduire à eux, mais ils vont éclairer le chemin qui mène au Christ... pour autant que je le veuille bien !

Cédric Chanot

 

4 GIOVINEZZA

Mercredi des Cendres

Jeunesse

 

Pietro Bernardone, riche commerçant en tissu à Assise, et Dame Pica, originaire de Provence mettent au monde un fils. Sa date de naissance ne nous est pas connue avec précision. Elle est supposée vers 1181 ou 1182. son père parti en voyage pour affaire, l'enfant est d'abord appelé Jean. À son retour, Pietro le prénomme Francesco. Il devient un jeune homme gai, généreux, à l'esprit vif, exerçant le métier de son père, mais préférant promenades diurnes et nocturnes, chansons et divertissements. Il dépense sans compter en fêtes et vêtements extravagants, assuré dans ses excès, par ses riches parents qui l'aiment sans condition.

 

À l'école de Saint François

 

« Que nous aimions nos proches comme nous-mêmes, en les attirant tous à ton amour selon notre pouvoir, en partageant leur bonheur comme s'il était le nôtre ; en les aidant à supporter leurs malheurs ; en ne leur faisant nulle offense ». (Louanges du Seigneur, ou Pater Paraphrasé).

Parole de Dieu : « J'étais encore inachevé, tu me voyais ; sur ton livre, tous mes jours étaient inscrits, recensés avant qu'un seul ne soit ! » (Psaume 138, 16).

 

Dans ma vie

 

François est un « gosse de riche » comme on dirait aujourd'hui. Cela lui permet de dépenser sans compter, de faire la fête... et d'avoir toujours ses parents à ses côtés pour rattraper ses errances. Ce qu'il fait dans sa jeunesse, même s'il se convertit un jour et abandonne le vieil homme qui est en lui, le marque à jamais. François éprouvera même par la suite de l'amertume lorsqu'il se remémorera cette période pleine de débauche et d'excès. Rien n'est anodin, ni pour moi ni pour les autres, dans ce que je fais ou dis.

Effet de conversion : Aujourd'hui débute le Carême. Je profite de cette journée pour faire un point : ai-je des comportements extravagants, impulsifs ? Je prends des résolutions pour changer et demande à mon ange gardien de m'y aider.

 

ClairedAssise

Jeudi après les Cendres

Naissance de Claire

 

Ortulana, noble et dévote dame, épouse de messire Favarone Offreduccio, chevalier de haute lignée, revient de pèlerinage en Terre Sainte et à Rome. Encore pleine des grâces de ses périples, la Providence leur confie un troisième enfant. Arrivée au terme de sa grossesse, dans la prière ; elle dépose ses angoisses aux pieds du Seigneur, devant le Crucifix. « Ne crains rien, car t enfanteras saine et sauve une lumière qui resplendira dans tout le monde ». Telle est la parole que reçut la pieuse Ortulana. Ainsi naît Claire troisième de cinq enfants, venue briller dans la ville d'Assise en l'an 1194.

 

À l'école de Sainte Claire

 

« La plus grande de toutes les grâces que nous avons reçues et que nous recevons chaque jour de notre grand Bienfaiteur, le Père des Miséricordes, celle dont nous devons lui être le plus reconnaissantes, c’est notre vocation ; et nous devons témoigner à Dieu d’autant plus de gratitude que l’état auquel il nous a appelées est plus grand et plus parfait. C’est pourquoi l’Apôtre dit : Prenez conscience de votre vocation ! » (Claire d'Assise, Testament, 1).

Parole de Dieu : C'est toi qui as créé mes reins, qui m'as tissé dans le sein de ma mère ». (Psaume 138, 13).

 

Dans ma vie

 

Le Seigneur a un projet pour chacun de nous. Cela ne fait pas de moi sa marionnette, son pantin ! Dans son amour, Dieu m'a donné la liberté. Ainsi je peux ouvrir mon cœur ou le garder sourd à la voix du Seigneur. Je peux dire oui ou non à la vocation à laquelle il m'appelle. Cette vocation m'a pour seul but que de me conduire à la sainteté, donc à la vie éternelle. Claire le comprend bien, et elle reste fidèle à l'appel entendu très tôt dans son enfance. Elle s'attache à maintenir un oui ferme et définitif, résolue à servir le Christ contre vents et marées.

Effet de conversion : La vie conjugale, consacrée ou sacerdotale me conduit à la sainteté. Si je n'avais pas encore choisi, je garde mon cœur ouvert. Si j'ai déjà un état de vie, j'ai besoin du Seigneur tous les jours. Je le laisse me parler dans la prière et la méditation de Sa Parole.

6 Partenza per la guerra

Vendredi après les Cendres

Le soldat François

 

Malgré ses excentricités et son goût de la fête, François est un jeune homme courtois, bannissant la grossièreté et les injures. Il n'a pas encore le sens de l'aide spontanée au miséreux et le lépreux le rebute encore. Engagé dans la guerre opposant Pérouse et Assise, il est fait prisonnier. Ses nobles manières le font enfermer avec le chevaliers. Sa captivité dure un an. De retour, il souhaite embrasser la carrière des armes et repartir au combat dans les Pouilles, mais visions et songes lui font comprendre que sa place n'est pas celle-ci. Obéissant, bien que prêt à un nouveau daprt au combat, il retourne au pays qui l'a vu naître.

 

À l'école de Saint François

 

« Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix. Là où est la haine, que je mette l’amour. Là où est l’offense, que je mette le pardon. Là où est la discorde, que je mette l’union. Là où est l’erreur, que je mette la vérité. (...) Là où est le désespoir, que je mette l’espérance. Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière ». (François d'Assise, Prière pour la paix).

Parole de Dieu : Si donc quelqu’un se purifie des travers dont j’ai parlé, il sera un instrument pour ce qui est honorable, sanctifié, utile au Maître, prêt à faire tout ce qui est bien. (2 Timothée 2, 21).

 

Dans ma vie

 

Se faire l'instrument, cela peut revêtir deux sens : l'instrument de musique, qui laisse l'Esprit Saint le faire retentir, résonner de l'Evangile, vibrer de l'amour de Dieu ; l'instrument-outil, qui se laisse manier par le Créateur en vue de façonner un monde meilleur. Il n'est pas aisé de se laisse faire ! Il s'agit de ce qu'on appelle le « lâcher-prise », l'abandon. En Dieu, je peux tout et je veux être acteur de la paix, de l'amour que nous annonce le Christ. Je dois donc me mettre en quête de qui est ce Christ et ce qu'il prêche, afin de ne pas me fourvoyer en suivant un Christ que j'aurai créé.

Effet de conversion : En quoi consisterait pour moi de devenir « l'instrument de Dieu » ? Comment abandonner ma volonté au Seigneur tout en continuant de vivre dans le monde ? Je chante des refrains à l'Esprit Saint toute la journée pour qu'il m'éclaire.

 

La madre

Samedi après les Cendres

Claire, une vocation précoce

 

La foi et la piété de Claire son cultivées par sa maman. En Claire croissent de saintes vertus telles la Charité, l'aumône, la crainte de Dieu. Ainsi, par de discrets intermédiaires, elle fait remettre aux pauvres et nécessiteux le fruit de ses privations alimentaires. La prière l'édifie, et au fil de ses cœur-à-cœur avec le Seigneur, elle éprouve, alors qu'elle n'a pas encore douze ans, le désir d'offrir sa vie et sa virginité au Christ. Les choses du monde, qu'elle considère comme « pourriture et mensonge » la dégoûtent. Les biens célestes la réjouissent quand les futilités terrestres l'ennuient.

 

À l'école de Sainte Claire

 

« J'ai appris, sœur très chère, qu'avec la grâce du Seigneur tu avais été assez heureuse pour échapper à la boue de ce monde. (…) Sois fidèle jusqu'à la mort, sœur bien-aimée, à Celui auquel tu t'es consacrée, car tu recevras un jour de lui la couronne de la Vie. (…) Ne te laisse pas séduire par les splendeurs d'un monde qui fuit comme l'ombre. Ne te laisse pas prendre aux apparences d'un siècle trompeur(...) ». (Claire d'Assise, Lettre à Ermentrude de Bruges).

Parole de Dieu : « Il y en a qui ont choisi de ne pas se marier à cause du royaume des Cieux. Celui qui peut comprendre, qu’il comprenne ! » (Matthieu, 19, 12).

 

Dans ma vie

 

L'intégralité de l'humanité courrait à sa perte si la virginité était érigée en idéal : le renouvellement des générations ne se ferait plus ! La virginité est une vocation, réservée à certains seulement, qui l'ont choisi librement, répondant en cela à un appel particuliers, et la vivent en offrande pour le Christ. Ces âmes humaines (hommes ou femmes) sont des âmes-épouses du Christ. Le seul objectif, encore une fois, dépasse le cadre de notre vie terrestre : cette virginité, dont nous parlent Claire et Jésus, est en vue du Royaume, de la vie éternelle dans le cœur de Dieu. C'est pour cette raison que les biens terrestres ne sont que futilité.

Effet de conversion : Suis-je attaché aux biens terrestres ? Suis-je capable de me passer de certaines choses (télévision, ordinateur, argent...) pendant ce Carême, de m'en séparer définitivement ? Je prévois de donner les biens matériels qui m'encombrent spirituellement.

 

Texte extrait du hors série de Parole et Prière « Mon Carême avec Saint François et Sainte Claire d'Assise », publié en 2016

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7 juin 2016

Le Mois du Sacré Cœur de Jésus

Le Mois du Sacré Cœur de Jésus

Un Tertiaire Séculier

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« Nous avons tous reçu de sa plénitude ». (Jean, 1, 16).

 

Huitième jour

 

Le cœur de Jésus est l'autel sur lequel il a offert le sacrifice du monde le plus agréable au Créateur. C'est sur ce même autel que nous devons mettre tous nos voeux et offrir tous nos coeurs, parce que c'est de là qu'il les reçoit et qu'il les écoute. Tout l'honneur que les créatures lui ont jamais rendu, toutes leurs louanges, leurs sacrifices, leurs adorations et leur amour sont des effets qui en dépendent ; ces effets ne sont rien en comparaison de l'honneur qu'il rend tout seul à la souveraine grandeur de Dieu, vu qu'il n'y a que lui seul qui l'aime et le respecte autant qu'il le mérite (Nouët). Ce que nous pouvons donc faire de plus agréable à Dieu, c'est de lui offrir les hommages et les adorations du coeur de son divin fils.

Pratique : Offrez à Dieu chaque jour vos prières par le cœur de Jésus, c'est le moyen de les rendre aussi méritoires qu'efficaces.

Oraison Jaculatoire : Coeur de Jésus, force des faibles, revêtez-moi de votre force.

 

Neuvième jour

 

C'est dans le coeur de Jésus que l'Eglise à pris naissance, par conséquent, les fidèles doivent l'aimer comme le lieu de leur véritable origine, et n'en sortir jamais. Jésus étant endormi du sommeil de la mort, l’Église fut tirée de son cœur ; il voulut que son cœur fût ouvert pour lui donner sujet de se glorifier d'être sorti du côté de son Sauveur. Le coeur de Jésus est le coeur de l’Église ; il veille pendant qu'elle dort. L'Ecriture sainte dit quo les premiers chrétiens n'avaient qu'un coeur et qu'une âme ; c'était le cœur de Jésus qui vivait en eux, et qui leur inspirait à tous l'amour des choses célestes. (Nouët).

Pratique : C'est faire une chose très agréable au divin cœur de Jésus, que de renouveler, au moment du réveil les promesses de votre baptême.

Oraison Jaculatoire : Si quelqu'un ne vous aime pas, ô cœur de Jésus ! Qu'il soit anathème !

 

Dixième jour

 

Aux qualités les plus éclatantes, aux titres les plus magnifiques, le Cœur de Jésus joint une tendresse qui va pour nous jusqu'à l'excès : « Mes délices, dit-il, sont d'être avec les enfants des hommes ». Sa douceur est si aimable qu'elle a charmé ses plus mortels ennemis. Tantôt il se compare à un père qui ne peut contenir sa joie ni retenir ses larmes au retour d'un fils débauché ; tantôt à un pasteur poursuivant une brebis égarée. Amène-t-on à ses pieds une femme adultère, il refuse de la condamner et couvre de honte ses accusateurs. Il s'assoit à la table des publicains et des pécheurs, pour les ramener à lui...

Pratique : Dans tous ses doutes, dans tous ses ennuis, s'adresser au Cœur de Jésus comme un enfant à son père, un ami à son ami, et le prier de nous éclairer et de nous aider.

Oraison Jaculatoire : J'ai trouvé le cœur de mon roi, de mon père, de mon ami Jésus : que puis-je désirer au ciel et chercher sur la terre ?

 

Onzième jour

 

Je n'étais pas encore que déjà le Cœur de Jésus ne respirait que pour moi, ne soupirait qu'après mon salut, n'aspirait qu'à se donner a moi, ne pensait qu'à moi, ne veillait que pour moi, ne s'inquiétait que de moi. Ce Cœur est si amoureux du mien qu'il ne fait pas difficulté de venir frapper à sa porte et de lui en demander l'entrée. Les saints en sont dans le ravissement, et ils auraient sujet de s'en étonner si tous les cœurs étaient faits comme les nôtres. Mais c'est que Dieu a mis tant de mérites dans le Cœur de son fils qu'il chérit même les nôtres en sa considération. Non, Seigneur, je ne m'étonne plus si vous voulez être appelé le Dieu de mon cœur, si vous êtes jaloux de son amour, mais je m'étonne qu'il vous rebute, qu'il puisse hésiter à se donner à vous (Nouët).

Pratique : Adressez-vous souvent aux Saints Anges chargés d'adorer le Cœur de Jésus, et priez-les de suppléer par leur amour à votre froideur.

Oraison Jaculatoire : Aimé soit partout le Sacré Coeur de Jésus.

 

Douzième jour

 

Notre Seigneur me fit connaître, dît Sainte Marguerite-Marie, que le grand désir qu'Il avait d'être aimé des hommes lui avait fait prendre le dessein de leur manifester son Cœur, et de le leur donner dans ces derniers temps, comme le dernier effort de son amour. Qu en cela il leur ouvrirait tous les trésors d'amour, de grâce, de miséricorde, de sanctification et de salut que ce cœur contient, afin que tous ceux qui voudraient lui rendre et lui procurer tout l'amour et l'honneur qu'il leur serait possible, fussent enrichis avec profusion des trésors dont ce Cœur Divin est la source, source féconde et inépuisable.

Pratique : Ne vous laissez jamais aller au découragement, quelque grandes que soient vos fautes ; mais songez que vous avez à votre disposition, pour les réparer, tous les mérites du Cœur de Jésus.

Oraison Jaculatoire : Cœur de Jésus, vous serez mon espérance dans le trouble et mon ombrage contre les ardeurs de mes passions !

 

Treizième jour

 

Le Sacré Cœur de Jésus, dit un grand serviteur de Dieu, est le siège de toutes les vertus, la source des bénédictions, la. retraite de toutes les âmes saintes : ce Cœur adorable est toujours brûlant d'amour pour les hommes, toujours touché de nos maux, toujours disposé à nous recevoir, à nous servir d'asile dès cette vie. Venez-y donc, vous surtout qui êtes chargés de croix, de tentations, de misères ; le Sacré Cœur vous invite, il vous attend, il vous presse, il désire vous soulager...

Pratique : La reconnaissance est un des caractères distinctifs de la dévotion au Sacré Cœur de Jésus ; rappelez-vous chaque jour tous les bienfaits que vous en avez reçus.

Oraison jaculatoire : Tenez moi uni à vous ô Cœur de Jésus !

 

Quatorzième jour

 

Ce n'est pas le fer de la lance qui blessa le premier le Cœur de Jésus, l'amour le plus ardent pour les hommes l'avait tout d'abord blessé. Ce fut la première et la plus grande de ces plaies, qu'il ne put dissimuler lui-même : « Vous avez blessé mon cœur, ma sœur, mon épouse, vous avez blessé mon cœur » (Cantique des cantiques).

Pratique : prenez la résolution de faire, autant que possible, tous les premiers vendredis du mois, une communion que vous offrirez au Cœur de Jésus, en réparation d« toutes les négligences qui se seraient glissées dans celles que vous aurez faites dans l'intervalle, ou précédemment.

Oraison Jaculatoire : Cœur de Jésus, rassasié d'opprobres, apprenez-moi à supporter les souffrances et les contradictions.

 

Quinzième jour

Toutes les plaies de notre Sauveur sont autant de portes de salut ouvertes à tout le monde ; mais celle du cœur est la plus large. Toutes ses plaies sont autant de ruisseaux de pourpre dans lesquels nous pouvons plonger les puissances de notre âme pour donner du prix à toutes nos pensées, à toutes nos paroles et à toutes nos actions ; mais celle du cœur leur fait prendre une plus belle couleur, un éclat plus vif, une teinte plus précieuse.

Pratique : Notre Seigneur, parmi les différents exercices qu'il prescrivit à Sainte Marguerite Marie pour honorer son Cœur, lui enseigna celui qui est connu sous le nom d'heure sainte. Il consiste à faire une heure d'oraison les nuits du jeudi au vendredi, et à s'unir aux douleurs du cœur de Jésus dans son agonie au jardin des Oliviers. Si l'âge, la santé ne vous le permettent pas, vous ne pourrez au moins vous excuser d'en former le désir... Priez votre bon ange de tenir votre place auprès du Cœur de Jésus.

Oraison Jaculatoire : Oh ! Qui me donnera d'entrer dans l'intérieur de votre Cœur, ô Jésus !

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