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16 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Dix-septième jour

Dévotion toute singulière de Vincent pour imiter Jésus-Christ et se conformer à ses exemples

 

L'amour suppose la ressemblance ou bien la produit, et fait que l'aimant tache de se transformer autant qu'il peut en la personne aimée, et de lui devenir semblable, pour lui plaire davantage, et rendre par ce moyen plus stable et plus parfaite l'union de leur amitié. C'est pour cela que le Fils de Dieu, voulant nous témoigner l'excès de son amour, a voulu se faire homme, pour se rendre semblable à nous. C'est aussi pour la même raison que ceux qui aiment vraiment Jésus-Christ doivent autant qu'il est en eux avec le secours de sa grâce, se rendre semblables à lui par l'imitation de ses divines vertus ; et plus cet amour est grand, plus aussi cette imitation doit-elle être parfaite et accomplie.

Vincent s'est étudié à imiter Jésus-Christ en sa manière de vie pauvre, cachée et commune, qui ne paraissait avoir rien de singulier pour l'extérieur et néanmoins était toute admirable, toute sainte et toute divine pour l'intérieur ; car à l'imitation de cet incomparable maître, il a mené une vie basse et commune eu apparence, ne faisant rien paraître en lui d'éclatant ni d'extraordinaire, et fuyant toute ostentation et singularité, mais il pratiquait au-dedans et dans le secret de son cœur des actions excellentes et vraiment héroïques de toutes sortes de vertus.

Il n'a pas toujours été retiré en son particulier, ni toujours exposé en public, mais, suivant l'exemple de son divin prototype, il a fait un parfait mélange de la vie active et de la contemplative ; il a été quelquefois dans la solitude avec Jésus-Christ ; il l'a aussi quittée comme lui pour aller prêcher la pénitence et pour s'employer à procurer la conversion des pécheurs et le salut des âmes.

Nous pouvons encore dire que Notre Seigneur a pratiqué la vie cachée, non tant en se séparant de la conversation des hommes, qu'en tenant couvert et ne leur manifestant pas ce qu'il avait de plus excellent et de plus divin. Il pouvait se faire connaître et honorer en tous lieux comme le vrai Fils de Dieu, il pouvait faire éclater les rayons de sa gloire aussi bien par toute la Judée comme sur le Tabor, il n'a toutefois voulu paraître à l'extérieur que le fils d'un simple charpentier, et un homme du commun. Vincent, à son exemple, faisait gloire de dire en toutes sortes de rencontres, qu'il n'était que le fils d'un pauvre paysan et recherchait de n'être tenu que pour un simple prêtre de village cachant autant qu'il pouvait aux yeux des hommes, les excellents dons de nature et de grâce qu'il avait reçus de Dieu, et qui le rendaient digne d'honneur et de vénération. Il a parfaitement imité cette vie commune et cachée de son divin maître ; et comme il connaissait par sa propre expérience le trésor de grâces qui est caché dans ce champ mystique de l'Évangile, il invitait et exhortait les autres à y participer. Voici quelques extraits de diverses lettres qu'il a écrites à une même personne qu'il conduisait par cette voie : « Honorons toujours, lui dit-il, l'état inconnu du Fils de Dieu. C'est-là notre centre ; et c'est-ce qu'il demande de nous pour le présent et pour l'avenir ; et pour toujours si sa divine Majesté ne nous fait connaître en sa manière qui ne peut tromper, qu'il veuille autre chose de nous. Honorons, dis-je, la vie commune que Notre Seigneur a mené sur la terre, son humilité, son anéantissement, et la pratique qu'il a faite de plus excellentes vertus dans cette manière de vivre. Mais honorons particulièrement ce divin Maître dans la modération de son agir. Non, il n'a pas voulu faire toujours ce qu'il a pu, pour nous apprendre à nous contenter, lorsqu'il n'est pas expédient de faire tout ce que nous pourrions faire, mais seulement ce qui est convenable à la charité, et conforme aux ordres de la divine volonté.

Oh ! Que j'estime cette généreuse résolution que vous avez prise d'imiter la vie cachée de Notre Seigneur ! Il paraît bien que cette pensée vient de Dieu, puisqu'elle est si éloignée de la chair et du sang. Tenez pour certain que c'est-là proprement l'assiette qui convient aux enfants de Dieu, et par conséquent demeurez-y ferme, et résistez courageusement à tous les sentiments contraires qui pourraient vous arriver. Assurez-vous que, par ce moyen, vous serez en l'état auquel Dieu vous demande, et que vous ferez incessamment sa sainte volonté, qui est la fin à laquelle nous tendons et à laquelle ont tendu tous les Saints ».

Vincent ne portait pas seulement les personnes particulières à cette sainte pratique, mais aussi tous ceux de sa compagnie en général, les exhortant souvent de se rendre vrais imitateurs de Jésus-Christ en sa vie commune et cachée. A ce sujet, leur expliquant un jour en quoi consistait le renoncement qu'on doit faire de soi-même, selon que Notre Seigneur l'a ordonné à tous ceux qui le veulent suivre, entre six ou sept choses qu'il leur enseigna pour le pratiquer parfaitement, il en proposa une tirée de la doctrine de Saint Basile, qui est de renoncer aux pompes. Sur quoi il fit une objection, à laquelle il fit une réponse digne de lui, qui donne assez à connaître ce qu'il pratiquait lui-même, en leur déclarant ce qu'ils devaient faire. Voici ses paroles : « Vous me direz peut-être : Nous sommes, Monsieur, de pauvres Prêtres, qui avons déjà renoncé à toutes les pompes du monde ; nous n'avons que de simples, habits, des meubles fort chétifs et rien qui ressente la vanité ou le luxe dont on fait parade dans le monde ; qu'est-il donc besoin de nous exhorter à renoncer aux pompes dont nous sommes si éloignés ? Ô Messieurs et mes frères, ne nous y trompons pas ! Quoique nous ayons de pauvres habits et de pauvres meubles, nous pouvons avec cela avoir l'esprit pompeux. Et comment cela ? Me direz-vous : par exemple, quand on s'étudie à faire de belles prédications ; quand on est bien aise que ce qu'on l'on fait, et que ce que l'on dit, soit approuvé et estimé des autres ; quand on se réjouit d'entendre ses louanges, ou que l'on publie le bien que l'on a fait, ou même que l'on y prend quelque vaine complaisance : toutes ces choses sont des marques qu'on a l'esprit pompeux ; et, pour le combattre et le terrasser, il est plus expédient quelquefois de faite moins bien une chose, quant à l'extérieur, que de se complaire de l'avoir bien faite. Il faut, avec cela, prendre bien garde de ne donner aucune entrée en notre esprit à la vanité, mais renoncer aussitôt à toutes les pensées et à tous les sentiments qui nous en viennent intérieurement aussi bien qu'aux applaudissements qui nous sont faits extérieurement. Il faut se donner à Dieu, mes frères, pour s'éloigner de la propre estime et des louanges du monde, qui font la pompe de l'esprit. Enfin, mes frères, c'est une vérité de l'Évangile, que Notre Seigneur ne se plaît rien tant que dans l'humilité du cœur, et dans la simplicité des actions ; c'est là que son esprit réside, et en vain le cherche-t-on ailleurs : si donc vous voulez le trouver, il faut renoncer à l'affection et au désir de paraître, à la pompe de l'esprit aussi bien qu'à celle du corps, et enfin à toutes les vanités et satisfactions de la vie ».

Un célèbre Docteur demandant un jour à un prêtre de la Mission, qui observait fort Vincent, quelle était sa propre et principale vertu, il lui répondit que c'était l'imitation de Jésus-Christ, parce qu'il l'avait toujours devant les yeux pour se conformer à lui ; c'était son livre et son miroir, dans lequel il se regardait en toute rencontres; et lorsqu'il se trouvait en quelque doute comment il devait faire une chose pour être parfaitement agréable à Dieu, il considérait aussitôt de quelle façon Notre Seigneur s'était comporté en pareille rencontre, ou bien ce qu'il en avait dit, ou ce qu'il en avait, signifié par ses maximes, et sans hésiter, il suivait son exemple et sa parole ; et marchant à la faveur de cette divine lumière, il foulait aux pieds le propre jugement, le respect humain, et la crainte qu'il eût pu ressentir que sa conduite ne fût improuvée par la licence de ceux qui s'efforcent de relâcher la sainte sévérité de l'Église, et d'accommoder la piété chrétienne à l'esprit du temps. « Car enfin, disait-il quelquefois, la prudence humaine se trompe et s'égare souvent du droit chemin, mais les paroles de la sagesse éternelle sont infaillibles, et ses conduites sont droites et assurées ».

C'était-là l'étude continuelle de ce saint homme, que d'imiter Jésus, non-seulement en sa manière d'agir et de parler extérieurement, mais aussi en toutes ses dispositions intérieures, en ses plus saints désirs, et en ses plus parfaites intentions: en sorte qu'en tout et partout il ne désirait et ne prétendait autre chose, sinon ce que ce divin Sauveur avait désiré et prétendu, qui était que Dieu fût de plus en plus connu, honoré, servi et glorifié, et que sa très-sa nte volonté fût entièrement et parfaitement accomplie, se tenant à tout moment disposé de faire et de souffrir ce qu'il plairait à Dieu pour des fins si nobles et si justes, étant toujours prêt à s'exposer aux travaux, aux fatigues, aux humiliations, aux peines et aux persécutions qu'il eût fallu subir et endurer pour ce sujet. De là provenait qu'il n'était jamais surpris d'aucun accident qu'il lui arrivât, quelque fâcheux qu'il pût être, ni d'aucun mauvais traitement qu'on lui pût faire, étant préparé, à l'imitation de son divin maître, lorsqu'il était question de procurer l'accroissement de la gloire de Dieu, ou de se soumettre à ses volontés, de tout faire et de tout souffrir, même de se voir dépouillé de tout ce qu'il avait de plus cher dans le monde, jusqu'à voir sa propre congrégation dissipée et détruite si tel était le bon plaisir de Dieu. A ce sujet, parlant quelquefois à ceux de sa communauté: Je prie Dieu, disait-il, deux ou trois fois tous les jours, qu'il nous anéantisse si nous ne sommes utiles à son service. Eh quoi ! mes frères, voudrions-nous être au monde sans plaire à Dieu, et sans procurer qu'il soit connu et aimé ?

Il se conformait non-seulement au désir et aux intentions du Fils de Dieu, mais même à ses déplaisirs, à ses douleurs et à ses angoisses intérieures. Oh ! qui aurait pu pénétrer dans les secrets du cœur de ce fidèle et zélé imitateur de Jésus-Christ, il l'aurait vu, comme celui de son divin maître, tout outré de douleur, dans la vue des péchés innombrables qui se commettent contre Dieu; tout rempli d'aversion contre les maximes du monde, si opposées à celles de l'Évangile ; tout pénétré des sentiments de tristesse et d'affliction pour le progrès des hérésies, et pour les grands dommages qui en arrivent à l'Église; et enfin, vivement louché de compassion sur les misères spirituelles et temporelles des peuples, et le délaissement et abandon où se trouvent tant d'âmes plongées dans les ténèbres de l'ignorance ou de l'infidélité. Oh ! combien de fois a-t-il souhaité de mourir et de donner sa vie pour remédier à tant de maux ! Mais sa vie n'ayant presque été qu'une mort continuelle, par ses mortifications et ses souffrances, on peut dire aussi qu'elle a été comme un remède plus long et plus étendu, dont Dieu a voulu se servir pour cet effet.

Il voulait que ses enfants entrassent dans ces mêmes sentiments, et qu'à l'imitation du même Jésus-Christ, ils fussent tous des hosties vivantes qui s'immolassent continuellement avec ce divin Sauveur pour le salut de tous les peuples. De quoi leur parlant un jour : « Qui voudra sauver sa vie, mes frères, leur dit-il, la perdra ; c'est Jésus-Christ qui nous le déclare et qui nous dit que l'on ne saurait faire un plus grand acte d'amour que de donner sa vie pour son ami. Eh quoi ! Pouvons-nous avoir un meilleur ami que Dieu ? et ne devons-nous pas aimer tout ce qu'il aime, et tenir pour l'amour de lui notre prochain pour notre ami ? Ne serions-nous pas indignes de jouir de l'être que Dieu nous donne, si nous refusions de l'employer pour un si digne sujet ? Certes, reconnaissant que nous tenons notre vie de sa main libérale, nous ferions injure à sa bonté, et une très grande injustice si nous refusions de l'employer et de la consumer, selon ses desseins, à l'imitation de son Fils Notre Seigneur ». Et leur parlant une fois sur le même sujet, il proféra ces paroles de l'abondance de son cœur : « Qui dit un missionnaire, dit un homme appelé de Dieu pour sauver les âmes ; car notre fin est de travailler à leur salut, à l'imitation de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est le seul véritable Rédempteur, et qui a parfaitement rempli ce nom aimable de Jésus, c'est-à-dire Sauveur ».

Enfin, parlant dans ce même esprit à tous ceux de sa Congrégation dans l'épître qu'il leur adresse, et qu'il a mise au commencement de leurs règles ou constitutions : « Considérez, leur dit-il, ces règles et constitutions, non pas comme produites par l'esprit humain, mais plutôt comme inspirées par Dieu, de qui tout bien procède, et sans qui nous ne sommes pas capables de penser quelque chose de bon par nous-mêmes. Car que trouverez-vous dans ces règles qui ne serve à vous exciter et enflammer, soit à la fuite des vices, ou à l'acquisition des vertus, et à la pratique des maximes évangéliques ? Et ça été pour cela, que nous avons tâché autant qu'il nous a été possible, de les puiser toutes de l'esprit de Jésus-Christ, et de les tirer des actions de sa vie, comme il est aisé à voir, estimant que les personnes qui sont appelées à la continuation de la mission du même Sauveur, laquelle consiste particulièrement à évangéliser les pauvres, doivent entrer dans ses sentiments et ses maximes, être remplies de son même esprit et marcher sur ses mêmes pas ».

 

Fleurs Spirituelles

 

« Les quatre extrémités de la croix sont ornées de quatre perles bien précieuses. L'humilité est placée au pied de la croix ; l'obéissance occupe la droite ; la patience occupe la gauche, enfin la charité, comme la première et la reine des vertus, brille en caractères d'or au haut de la croix. Ces quatre vertus éclatent d'une manière particulière et bien frappante, dans la passion de Jésus-Christ : ce sont les quatre principaux fruits qu'il faut tirer de la méditation de Jésus Crucifié ». (Saint Bernard).

« Il ne suffit pas de faire de bonnes choses il faut de plus les bien faire à l'exemple de Jésus-Christ de qui il est écrit : Il a bien fait toutes choses. Appliquons-nous donc à faire toutes nos actions dans l'esprit de Jésus-Christ, c'est-à-dire de la manière qu'il faisait ses actions, nous proposant les mêmes fins ; autrement toutes les bonnes œuvres en elles-mêmes que nous ferons, attireront sur nous des châtiments plutôt que des récompenses ». (Saint Vincent De Paul).

Pratique : Efforcez-vous aujourd'hui de faire toutes vos actions, même les plus indifférentes, avec les mêmes intentions qu'avait Notre Seigneur en faisant les siennes pendant qu'il était sur la terre. Priez pour les personnes qui font leurs actions avec des intentions pures.

 

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15 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Seizième jour

Attention continuelle à la présence de Dieu, et oraison de Saint Vincent

 

La grandeur et la perfection de l'amour que Vincent avait pour Dieu se sont fait connaître, non-seulement par sa soumission parfaite à toutes ses volontés, mais encore particulièrement par son attention continuelle à la présence de sa divine Majesté; car c'est le propre de l'amour que de faire désirer et rechercher le présence de la personne aimée, et de se plaire en sa compagnie, en sa vue et en ses entretiens. Or, l'application de Vincent à Dieu était telle, selon le témoignage qu'en a rendu un très vertueux prêtre qui l'a particulièrement connu et observé durant plusieurs années, qu'il était facile de juger que son esprit était continuellement attentif à la présence de Dieu: on ne le voyait jamais dissipé pour quelques sortes d'affaires et d'occupations qui lui pussent arriver, mais toujours recueilli et présent à lui-même ; et on a remarqué que pour l'ordinaire il ne rendait point de réponse à ce qu'on lui demandait, surtout si c'était quelque chose d'important, sans faire quelque petite pause, pendant laquelle il élevait son esprit à Dieu pour implorer sa lumière et sa grâce, afin de ne dire ni faire aucune chose que selon sa volonté et pour sa plus grande gloire.

Ce même ecclésiastique a déclaré qu'il l'avait vu quelquefois des heures entières tenir les yeux collés sur un Crucifix qu'il avait entre les mains, et qu'en diverses autres occasions, lorsqu'on lui apportait les nouvelles de quelques affaires fâcheuses, ou d'autres qui pouvaient lui donner quelque sujet de consolation, il paraissait en son visage une telle égalité d'esprit, qu'elle ne pouvait venir que de cette application continuelle qu'il avait à Dieu. A ce propos, on lui a souvent ouï dire, « qu'il n'y avait pas grand chose à espérer d'un homme qui n'aimait pas à s'entretenir avec Dieu, et que si l'on ne s'acquittait pas comme il fallait de ses emplois pour le service de Notre Seigneur c'était faute de se bien tenir à lui, et de lui demander le secours de sa grâce avec une parfaite confiance ».

Quand il allait ou venait par la ville, c'était dans un grand recueillement, marchant en la présence de Dieu, le louant et le priant en son cœur ; et, sur ces dernières années, lorsqu'il allait tout seul avec son compagnon dans le carrosse dont il avait été obligé de se servir, non-seulement il se tenait intérieurement recueilli, mais ordinairement il avait les yeux fermés, et le plus souvent il tirait sur lui le rideau, en sorte qu'il ne pouvait ni voir ni être vu de personne, pour se pouvoir mieux entretenir avec Dieu.

Il avait cette coutume, que toutes les fois qu'il entendait sonner l'horloge, soit les heures ou les quarts, à la maison ou à la ville, soit qu'il fût seul ou en compagnie, il se découvrait et faisait le signe de la croix, élevant son cœur à Dieu. Il disait que cette pratique était très propre pour renouveler en son esprit la présence de Dieu, et se ressouvenir des résolutions qu'on aurait prises le matin en l'oraison, et pour cela il l'a introduite parmi ceux de sa compagnie, qui en usent selon que le temps et les lieux le leur peuvent permettre.

Comme il connaissait, par sa propre expérience, les grâces et les bénédictions renfermées dans ce recueillement intérieur et dans cette attention à la présence de Dieu, il y portait les autres autant qu'il pouvait, pour les en rendre participants. Il était fort intelligent à se servir des choses naturelles et sensibles pour s'élever à Dieu ; et pour cet effet, il ne s'arrêtait pas à l'écorce, ni à la figure extérieure, ni même aux excellences particulières des êtres créés ; mais il s'en servait seulement pour passer à la considération des perfections du Créateur. Quand il voyait des campagnes couvertes de blés, ou des arbres chargés de fruits, cela lui donnait sujet d'admirer cette abondance inépuisable de biens qui est en Dieu, ou bien de bénir et louer le soin paternel de sa Providence pour fournir la nourriture et pourvoir à la conservation de ses créatures. Lorsqu'il voyait des fleurs, ou quelque autre chose belle et agréable, il en prenait occasion de penser à la perfection et beauté infinie de Dieu, et de dire en son cœur ces paroles qu'on a trouvées écrites de sa main : « Qu'est-ce qu'il y a de comparable à la beauté de Dieu, qui est le principe de toute la beauté et perfection des créatures ? N'est-ce pas de lui que les fleurs, les oiseaux, les astres, la lune et le soleil empruntent leur beauté ? » » Il dit un jour à sa communauté, qu'étant allé voir une personne malade et affligée d'un continuel mal de tête, elle souffrait cette incommodité avec une si grande patience, qu'il lui semblait voir sur son visage je ne sais quelle grâce, qui lui faisait connaître que Dieu résidait dans cette âme souffrante ; d'où il prit sujet de faire cette exclamation : « O l'heureux état que celui de souffrir pour l'amour de Dieu ! Combien est-il agréable à ses yeux, puisque son propre Fils a voulu couronner les actions héroïques de sa sainte vie d'un excès de douleurs qui l'ont fait mourir !

La pensée de la présence de Dieu nous rendra familière la pratique de faire incessamment sa volonté ; le souvenir de la divine présence s'établira peu à peu dans l'esprit, et par sa grâce se formera en habitude ; en sorte que nous serons enfin comme animés de cette divine présence. Combien pensez-vous, mes frères, qu'il y a de personnes même dans le monde, qui ne perdent presque point Dieu de vue ? Je me rencontrai ces jours passés avec une qui faisait conscience d'avoir été trois fois le jour distraite de la pensée de Dieu : ces gens-là seront nos juges, qui nous condamneront devant la majesté divine de l'oubli que nous avons pour elle, nous qui n'avons autre chose à faire qu'à l'aimer et h lui témoigner notre amour par nos regards et par nos services. Prions Notre Seigneur qu'il nous fasse la grâce de dire comme lui : ma nourriture et ma vie est de faire la volonté de Dieu ; supplions-le qu'il nous donne toujours une faim et une soif de cette justice ».

L'oraison étant comme une manne précieuse que Dieu a donnée à ses fidèles pour conserver et perfectionner la vie de leurs âmes, et comme une rosée céleste pour faire germer et croître dans leurs cœurs toutes sortes de vertus, il n'y a pas lieu de s'étonner si Vincent a fait toujours paraître une estime si particulière de ce saint exercice, et une si grande affection à le pratiquer et à le faire pratiquer aux autres.

Il ne manquait jamais tous les matins d'employer une heure à faire oraison mentale ; quelques affaires qu'il pût avoir, et en quelque lieu qu'il se rencontrât, et par préférence à toute autre bonne œuvre qui ne fût point d'obligation ou de nécessité : c'était pour consacrer à Dieu les prémices de la journée, et se disposer à passer saintement tout le reste. Il la faisait dans l'Église avec toute sa communauté ; et quelquefois, ne pouvant contenir tous les sentiments que le Saint-Esprit lui donnait, on l'entendait pousser avec ardeur des élans de son amour envers Dieu, et ses soupirs donnaient de la dévotion aux plus tièdes. Il a mis sa congrégation dans l'usage de ce saint exercice, et voulait que tous les jours chacun s'y appliquât ; il disait que les infirmes mêmes la pouvaient faire sans être incommodés, usant de la méthode qu'il leur enseignait, c'est à savoir, de s'y porter par les affections de la volonté plus que par l'application de l'entendement, se tenant doucement en la présence de Dieu, en formant des actes réitérés de résignation, de conformité à la volonté divine, de contrition de ses péchés, de patience, de confiance en la divine bonté, de remerciement de ses bienfaits, d'amour de Dieu et autres semblables.

On n'a pu découvrir quelle était l'oraison de Vincent, ni si elle était ordinaire ou extraordinaire, son humilité lui ayant toujours fait cacher les dons qu'il recevait de Dieu autant qu'il lui était possible; mais, qu'elle ait été en particulier, nous pouvons dire en général qu'elle a été assurément très parfaite, comme on le peut inférer avec raison des excellentes dispositions qu'il y apportait, et des grands fruits qu'il en retirait. Il voulait qu'on jugeât de la perfection et de la bonté de l'oraison par les dispositions qu'on y apportait, et par les fruits qu'on en retirait. Pour les dispositions, il disait qu'il n'en reconnaissait point de meilleures que l'humilité, la reconnaissance de son néant devant Dieu, la mortification des passions et des mouvements déréglés de la nature, la récollection intérieure, la droiture et simplicité de cœur, l'attention à la présence de Dieu, la dépendance entière de ses volontés, et les aspirations fréquentes vers sa bonté.

Mais s'il exhortait les autres à se mettre dans ces saintes dispositions, il s'y exerçait encore mieux lui-même, préparant ainsi continuellement son âme pour recevoir abondamment dans l'oraison les lumières et les grâces que Dieu y versait à pleines mains. Pour ce qui est des fruits qu'il recueillait dans son oraison, quoique les principaux nous soient inconnus, son humilité les lui ayant toujours fait couvrir du voile du silence, et n'a pas pu néanmoins se contenir de telle sorte, qu'il n'ait quelquefois paru comme un autre Moïse, sinon tout lumineux, au moins tout ardent de ferveur et d'amour au sortir des .communications qu'il avait eues avec sa divine Majesté, et l'on pouvait aisément juger par les paroles qu'il proférait de l'abondance de son cœur au sortir de ce saint exercice, quels étaient les effets qu'il avait produits dans son âme ; mais, outre cela, on peut dire avec vérité que toutes les actions de vertu qu'il a pratiquées durant le cours de sa vie, son humilité, sa patience, sa mortification, sa charité et généralement tout ce qu'il a fait pour la gloire et pour le service de Dieu, ont été les fruits de son oraison.

 

Fleurs Spirituelles

 

« Que celui qui veut que l'oraison lui soit très utile ne fasse aucun compte des consolations spirituelles. Je sais, par expérience, qu'une âme qui commence à entrer dans cette voie avec une vraie détermination d'être reconnaissante, soit que le Seigneur lui donne ces goûts et ces tendresses, soit qu'il ne les lui donne pas, à déjà fait une grande partie du voyage ». (Sainte Thérèse d'Avila).

« L'oraison, ainsi que toute prière vocale, doit être humble, fervente, persévérante, accompagnée de résignation et de confiance, considérant qu'on est en la présence de Dieu, et qu'on parle à celui devant qui les vertus célestes tremblent, saisies de respect et de crainte ». (Sainte Madeleine de Pazzi).

Pratique : Soyez très fidèles à vous rappeler souvent la présence de Dieu. Priez pour les personnes qui s'appliquent à la vie intérieure.

 

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14 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Quinzième jour

Son union parfaite au bon plaisir de Dieu par une entière résignation et indifférence

 

Saint Vincent considérait cette pratique comme un souverain remède à tous les maux : et quand on lui demandait comment on se pourrait corriger de quelque promptitude ou impatience, ou autre imperfection, ou bien vaincre quelque tentation, ou conserver la paix du cœur parmi les pertes et les souffrances, il répondait que ce serait en se conformant à la volonté de Dieu. Mais il voulait qu'on persistât courageusement en cette sainte pratique, et qu'on eût une affection persévérante à chercher de connaître et d'accomplir en toutes choses cette sainte et divine volonté ; et il ne pouvait souffrir en cela aucune relâche ni aucune remise, souhaitant que la volonté de Dieu fut comme le propre élément de l'âme, que ce fut l'air qu'elle respirât, et le bonheur auquel elle aspirât continuellement. Lorsque Notre Seigneur voulut enseigner le moyen d'arriver à la perfection à cet homme dont il est parlé dans l'Évangile, il lui dit : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même, qu'il porte sa croix et qu'il me suive ». Or, je vous demande qui est-ce qui renonce plus à soi-même, qui porte mieux la croix de la mortification, et qui suit plus parfaitement Jésus-Christ, que celui qui s'étudie à ne faire jamais sa volonté et à faire toujours celle de Dieu ? L'écriture sainte dit aussi en quelque autre lieu, que celui qui adhère à Dieu, est un même esprit avec Dieu ; or, je vous le demande, qui est-ce qui adhère plus parfaitement à Dieu, que celui qui ne fait que la volonté de Dieu même, et jamais la sienne propre ; qui ne veut et ne souhaite que ce que Dieu veut ?

Oh ! que c'est-là un moyen bien court pour acquérir en cette vie un grand trésor de grâces ! Vincent a fait paraître son affection et sa fidélité à cette sainte pratique, d'une manière que l'on peut dire lui avoir été presque singulière, en ce qu'il n'est jamais entré dans aucun emploi, et n'a jamais procuré aucun avantage temporel à sa Congrégation, sinon autant qu'il connaissait manifestement que cela était conforme à la volonté de Dieu, et qu'il y était même fortement poussé par autrui. Il a fait à la vérité, son possible pour conserver les biens temporels que la Providence divine avait donnés à sa compagnie ; parce que Dieu le voulait ainsi, mais on ne l'a jamais vu aller au devant pour lui en procurer, ni faire aucune recherche ou sollicitation pour y attirer personne; et quoiqu'il soit licite et même louable de convier les autres à se mettre dans un état auquel ils puissent mieux servir Dieu, quand cela se fait par un pur zèle de sa gloire, néanmoins la dévotion de ce saint homme était d'attendre toujours le bon plaisir de Dieu pour le suivre, et de ne le prévenir jamais, ce qui est une vertu assez rare ; et il était tellement rempli et animé de ce désir, que la volonté de Dieu fut la souveraine sur son cœur, et sur tout ce qui pouvait dépendre de lui, qu'il tenait pour maxime de ne rien épargner, ni dépense, ni peine, ni même la vie quand il était question d'accomplir cette très sainte volonté.

Il voulait que, dans les aridités spirituelles et dans les infirmités du corps, on demeurât soumis au bon plaisir de Dieu et que l'on fut content dans tous les états où il lui plairait nous mettre, et qu'on ne désirât jamais d'en sortir, sinon autant que l'on connaîtrait lui être agréable ; et il disait que, selon son sentiment, c'était la pratique la plus excellente et la plus relevée en laquelle un chrétien et même un prêtre, pût s'exercer sur la terre. Il l'avait tellement à cœur, que c'était une de ses plus grandes joies que de voir ses enfants dans cette disposition : « Dieu soit loué, dit-il, à l'un d'eux dans une lettre qu'il lui écrivit, de ce que vous êtes prêt à foire en tout et partout sa très sainte volonté, et d'aller vivre et mourir en quelque part qu'il ait agréable de vous appeler. C'est la disposition des bons serviteurs de Dieu et des hommes vraiment apostoliques qui ne tiennent à rien ; c'est la marque des vrais enfants de Dieu, qui sont toujours en liberté de répondre aux desseins d'un si digne Père. Je l'en remercie pour vous avec un grand sentiment de tendresse et de reconnaissance, ne doutant pas que votre cœur, étant ainsi préparé, ne reçoive les grâces du Ciel en abondance, pour faire beaucoup de bien sur la terre comme j'en prie sa divine bonté ».

Vincent s'était prescrit comme une règle pour demeurer conforme à la volonté de Dieu, l'une et l'autre manière: premièrement, de se tenir incessamment dans une entière soumission au bon plaisir de Dieu pour tous les accidents les plus fâcheux qu'il lui plairait ordonner ou permettre, et dans une disposition et résolution, lorsqu'ils arriveraient, de les recevoir et accepter, non-seulement avec patience et soumission, mais aussi avec affection et avec joie, étant toujours très content que la sainte volonté de Dieu s'accomplit en lui, et que tous ses ordres fussent entièrement exécutés. Et pour ce qui est des choses que Dieu laissait en sa liberté, il agissait toujours selon ce qu'il connaissait être de plus agréable à sa divine Majesté, dressant à cette fin son intention au commencement de chacune de ses actions, et disant en son cœur : Mon Dieu je vais faire ceci, ou laisser cela, parce que je crois que telle est votre volonté et que vous l'avez ainsi agréable. De temps en temps, il renouvelait cette intention, afin que toujours et en toutes choses, il accomplit fidèlement et saintement la volonté de Dieu. Il appelait cet exercice de conformité à la volonté divine le trésor du chrétien, parce qu'il contenait en éminence celui de la mortification, de l'indifférence, de l'abnégation de soi-même, de l'imitation de Jésus-Christ, de l'union avec Dieu , et généralement de toutes les vertus, qui ne sont vertus que parce qu'elles sont agréables à Dieu et conformes à sa volonté, qui est la source et la règle de toute perfection. C'est principalement, dans les afflictions et les souffrances, soit intérieures, soit extérieures, que paraît le véritable amour de Dieu et la parfaite conformité à sa volonté, lorsque le cœur humain s'unit à son bon plaisir, acquiesçant, non seulement avec patience, mais aussi avec paix et joie, à toutes les dispositions de sa bonté divine, recevant et portant amoureusement les croix qu'elle lui envoie, parce que tel est son bon plaisir.

C'est ce qui se fait par la résignation; lorsque la volonté humaine se remet et se résigne entièrement entre les mains de Dieu, faisant un effort sur toutes ses répugnances naturelles, et les soumettant parfaitement au bon plaisir de sa divine Majesté. C'est ce que Vincent a excellemment pratiqué parmi toutes les croix, et les souffrances, par lesquelles Dieu a voulu éprouver sa vertu; car, en toutes ces fâcheuses rencontres, on ne lui entendait dire autre chose, que : « Dieu soit béni » ; « le nom de Dieu soit béni » : C'était-là son refrain ordinaire, par lequel il faisait connaître la disposition de son cœur, toujours prêt et résigné à toutes les volontés divines ; et il avait une telle affection et estime pour cette vertu, qu'un jour voyant un des siens touché d'un accident fâcheux arrivé à leur congrégation, il lui dit qu'un acte de résignation et d'acquiescement au bon plaisir de Dieu, valait mieux que cent mille bons succès temporels.

Voici comme il parla un jour à sa communauté sur ce sujet : « L'indifférence est un état de vertu, qui fait que l'on est tellement détaché des créatures, et si parfaitement uni à la volonté du Créateur, qu'on est presque sans aucun désir d'une chose plutôt que d'une autre. J'ai dit que c'est un état de vertu, et non pas simplement une vertu, laquelle doit agir dans cet état ; car il faut qu'elle soit active, et que par elle le cœur se dégage des choses qui le tiennent captif, autrement ce ne serait pas une vertu ; et cette vertu est non-seulement d'une grande excellence, mais aussi d'une singulière nécessité pour l'avancement en la vie spirituelle ; et même on peut dire qu'elle est nécessaire à tous ceux qui veulent parfaitement servir Dieu; car comment pouvons-nous chercher le royaume de Dieu, et nous employer à procurer la conversion des pécheurs, et le salut des âmes, si nous sommes attachés aux aises et aux commodités de la vie présente ? Comment accomplir la volonté de Dieu, si nous suivons les mouvements de la nôtre ? Comment renoncer à nous-mêmes, selon le conseil de notre Seigneur, si nous recherchons d'être estimés et applaudis ? Comment nous détacher de tout, si nous n'avons pas le courage de quitter une chose de néant qui nous arrête ? Voyez donc combien cette sainte indifférence nous est nécessaire, et quelle est l'obligation que nous avons de nous donner à Dieu pour l'acquérir, si nous voulons nous exempter d'être esclaves de nous-mêmes, ou, pour mieux dire, d'être esclaves d'une bête, puisque celui qui se laisse mener et dominer par sa partie animale ne mérite pas d'être appelé homme, mais plutôt d'être tenu pour une bête.

L'indifférence tient de la nature du parfait amour, ou, pour mieux dire, c'est une activité de ce parfait amour, qui porte la volonté à tout ce qui est de meilleur, et qui détruit tout ce qui l'empêche ; comme le feu, qui non-seulement tend à sa sphère, mais qui consume tout ce qui le retient, et c'est en ce sens que l'indifférence, selon la pensée d'un saint, est l'origine de toutes les vertus, et la mort de tous les vices.

Ô grand Saint Pierre ! vous le disiez bien, que vous aviez tout quitté, et vous le fîtes bien voir, lorsqu'ayant reconnu votre Maître sur le rivage de la mer, et que vous entendîtes son bien-aimé disciple, qui vous dit: c'est le Seigneur, vous vous jetâtes dans l'eau pour aller à lui; vous ne teniez point au bateau, ni à votre robe, ni à votre vie, mais seulement à ce divin Sauveur, qui était votre tout. Et vous, saint Paul, grand apôtre, qui, par une grâce très spéciale, dont vous avez été prévenu dès le moment de votre conversion, avez si parfaitement pratiqué cette vertu d'indifférence, en disant: Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? Ce langage marquait un changement merveilleux, et un détachement qui n'avait pu être fait que par un coup de grâce, ayant été en un instant détaché de sa loi, de sa commission, de ses prétentions, de ses sentiments, et mis dans un état si parfait, qu'il était prêt et indifférent à tout ce que Dieu voudrait de lui. Si donc ces grands saints ont tant chéri et pratiqué cette vertu d'indifférence, nous devons les imiter et les suivre ; car les missionnaires ne sont point à eux, mais à Jésus-Christ, qui veut en disposer pour faire ce qu'il fait, et pour souffrir à son exemple. De même que mon Père m'a envoyé, disait-il à ses apôtres et à ses disciples, ainsi je vous envoie, et comme on m'a persécuté on vous persécutera.

Après toutes ces considérations, ne faut-il pas vider notre cœur de toute autre affection que de celle de nous conformer à Jésus-Christ, et de toute autre volonté que de celle de l'obéissance ? Il me semble que je vous y vois tous disposés, et j'espère que Dieu vous fera cette grâce. Oui, mon Dieu, je l'espère pour moi tout le premier, qui en ai tant besoin, à cause de mes misères, et de toutes mes attaches, dont je me vois presque dans l'impuissance de me retirer, et qui me fait dire en ma vieillesse, comme David : Seigneur, ayez pitié de moi ».

Vincent n'exhortait pas seulement en général les siens à cette sainte indifférence, il y portait encore un chacun d'eux en particulier dans les occasions qui s'en présentaient.

 

Fleurs Spirituelles

 

« Ne croyez pas être arrivé à la pureté que vous devez avoir, tant que vous ne serez pas constamment, entièrement et joyeusement soumis à la sainte volonté de Dieu en toutes choses, même dans celles qui répugnent le plus ». (Saint François de Sales).

« Il en est beaucoup qui disent à Dieu : « Je me donne tout à vous sans aucune réserve » ; mais il en est peu qui embrassent la pratique de cet abandon. Il consiste dans une certaine indifférence à recevoir de la main de Dieu toutes sortes d'accidents selon l'ordre de la divine Providence. (Saint François de Sales).

Pratique : Efforcez-vous aujourd'hui de vous tenir dans, une parfaite indifférence par rapport aux emplois dont on vous chargera, dans la vue d'accomplir la sainte volonté de Dieu. Priez pour les personnes qui tâchent de se conserver dans cette sainte indifférence.

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8 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Neuvième jour

Gratitude de Saint Vincent

 

Ce serait manquer à l'un des plus justes devoirs du chrétien, que de se rendre ingrats et méconnaissant des bienfaits reçus, soit à l'égard de Dieu qui en est la principale source, soit à l'égard du prochain dont la divine bonté se sert quelquefois comme d'un canal pour faire découler sur nous diverses sortes de biens.

Or, Vincent était autant éloigné de ce vice, que son cœur se sentait porté par son inclination naturelle et encore plus par le mouvement de la grâce, à la vertu de reconnaissance, tant envers Dieu qu'envers le prochain. Il disait sur ce sujet qu'il n'y avait rien qui avait tant d'efficace pour gagner le cœur de Dieu que de lui offrir un cœur reconnaissant de ses dons et de ses bienfaits ; et dans ce sentiment il avait coutume de remercier Dieu souvent de tous les biens que sa bonté infinie communique incessamment à toutes sortes de créatures, et qu'il a communiqués dès le commencement du monde, comme aussi de toutes les bonnes œuvres et actions de vertu qui ont été pratiquées par le mouvement de sa grâce ; et il conviait les autres à faire de même: et descendant plus au particulier, il invitait souvent les siens à rendre à Dieu de très fréquentes actions de grâces pour la protection et. pour le progrès qu'il daignait donner à son Église et aux principales parties dont elle est composée, surtout aux prélats, aux pasteurs et aux autres ouvriers ecclésiastiques qui travaillaient pour sa conservation et son avancement. Il avait aussi grand soin de remercier Dieu de tous les fruits que faisaient dans l'Église les compagnies et congrégations bien réglées. Et pour ce qui regardait la sienne, on ne saurait assez expliquer avec quels sentiments de reconnaissance il remerciait la divine bonté pour toutes les bénédictions qu'elle versait sur toutes les fonctions auxquelles les siens s'appliquent; comme sur les missions, les exercices des ordinants, les retraites, les conférences, les séminaires et autres services qu'ils rendent à l'Eglise. Il remerciait encore souvent Dieu, pour les assistances qu'on rendait aux pauvres, pour la promotion des bons ecclésiastiques aux charges et dignités de l'Eglise, pour les heureux succès que sa divine boulé donnait aux bons desseins du Roi, pour les victoires remportées soit par sa Majesté, soit par les autres princes et états chrétiens, sur les infidèles hérétiques et schismatiques : et généralement de tous les événements avantageux à la gloire de Dieu et au bien de la religion catholique. C'étaient là les plus ordinaires sujets de sa reconnaissance envers Dieu, laquelle lui semblant trop chétive, il invitait toutes les personnes de piété et les communautés entières, et principalement la sienne, à en louer et glorifier Dieu avec lui, et à offrir leurs sacrifices et prières à cette intention.

On lui a souvent ouï dire qu'il fallait employer autant de temps à remercier Dieu de ses bienfaits, qu'on en employait pour les lui demander ; et il se plaignait avec un grand ressentiment de l'ingratitude extrême des hommes envers leur Père céleste, rapportant sur ce sujet la plainte que Jésus-Christ même en a faite dans l'Évangile, lorsque ayant guéri dix lépreux il n'y en eut qu'un qui se rendit reconnaissant de ce bienfait : et, pour cela, il exhortait incessamment les siens à la pratique de cette vertu, dont le défaut, comme il disait, nous rend indignes de recevoir aucune faveur de Dieu et des hommes.

On ne sait pas de quelle grâce particulière à son égard il remerciait Dieu, parce qu'il n'en parlait jamais, son humilité lui faisant tenir les dons qu'il recevait du Ciel sous le sceau du silence, mais il avait cette coutume tous les ans au jour de son baptême de prier tous ceux de sa communauté, de lui aider à remercier Dieu de ce qu'il avait tant d'années que sa bonté le supportait sur la terre. Nous pourrons juger de la reconnaissance qu'il avait pour les hommes, qui était inconcevable, quelle pouvait être celle qu'il avait pour Dieu; et cela d'autant plus que, recevant les bienfaits des hommes comme lui étant départis de la main libérale du Seigneur, son intention était de lui rapporter les remerciements qu'il leur rendait.

Pour ce qui est de sa gratitude envers les hommes, elle était si grande, qu'il en rendait des témoignages particuliers, non-seulement pour les bienfaits signalés et les services considérables qu'il recevait, mais même pour les moindres choses que l'on faisait pour lui, ce qui provenait de sa profonde humilité qui lui faisait croire que rien ne lui était dû, et que chacun lui faisait plus d'honneur et de grâce qu'il ne méritait ; de sorte qu'il trouvait sujet de remerciement en des choses où les personnes les plus reconnaissantes n'en eussent pu apercevoir. Dans cette esprit de gratitude, il disait à ceux qui l'approchaient, quoique ce ne fût que par manière de visite, ou pour lui rendre le moindre devoir, aux uns : « Je vous remercie de ce que vous ne méprisez point la vieillesse » ; à d'autres : « de ce que vous supportez un misérable pécheur » ; à quelque autre : « de ce que vous m'avez enseigné une chose que je ne savais pas », ou « de la charité que Dieu vous donne pour moi » ; ou bien : « de la patience que vous avez exercée à m'entendre » ; et il faisait ces remerciements jusqu'aux moindres des frères et même à celui qui était plus ordinairement auprès de sa personne dans ses maladies, le remerciant des plus petits services, comme de lui allumer une lampe, lui apporter un livre, ouvrir ou fermer une porte, etc., témoignant faire état des moindres choses et de les recevoir avec esprit de reconnaissance; ce qui faisait qu'un chacun prenait plaisir à lui rendre quelque sorte de service. — Il en usait de même dans les voyages, pour les moindres assistances qu'on lui rendait, comme de lui aidera monter à cheval ou autres semblables, dont il faisait plusieurs remerciements avec une grande cordialité et d'une manière fort gracieuse même aux enfants, ajoutant souvent aux paroles quelque rétribution ; et il était si exact en cette reconnaissance, que si celui qui l'accompagnait dans ses voyages ne remerciait pas assez, ou le faisait froidement, il l'en avertissait comme d'une faute.

Ce vénérable Prêtre, qui en toutes choses imitait Notre Seigneur, l'a imité particulièrement en ceci, de tenir fait à sa personne ce qui l'était air moindre des siens ; et pour cela il remerciait et récompensait ceux qui rendaient quelque bon office au frère qui avait le bonheur de l'accompagner, comme de ce qui était fait à lui-même.

Il était si reconnaissant, que quand il avait reçu assistance ou faveur de quelqu'un pour sa compagnie, il ne manquait pas de le publier partout, et de l'appeler protecteur, bienfaiteur et lui donner d'autres titres semblables, exhortant ses enfants à le recommander à Notre Seigneur et lui témoignant toujours aux rencontres le souvenir de ce bienfait.

Un Prêtre de la Mission étant mort en Lorraine dans une maison des Révérends Pères Jésuites, qui le firent enterrer honorablement, Vincent fit faire pour cela une conférence à sa communauté sur la reconnaissance, afin d'exciter ses enfants à prier Dieu pour ces bons Pères et pour lui demander la grâce et les occasions de reconnaître ce bienfait, comme il l'a reconnu en son particulier dans toutes les manières possibles ; prenant toujours le parti de cette Sainte Compagnie, lorsqu'il s'est élevé des persécutions contre elle, tâchant d'en détourner les calomnies, publiant les vertus qu'elle pratique et les grands biens qu'elle fait.

Il avait surtout une grande reconnaissance envers les fondateurs des maisons de sa congrégation, en sorte qu'il ne mettait point de bornes dans tous les témoignages de gratitude qu'il pouvait leur rendre. Écrivant sur ce sujet à l'un de ses Prêtres : « Nous ne saurions, lui dit-il, avoir jamais assez de reconnaissance et de gratitude pour nos fondateurs » ; on peut juger par ces quelques mots extraits de sa lettre, de quels sentiments il était animé à leur égard, et combien il désirait que ses enfants les partageassent. Nous n'aurions jamais fait, si nous voulions rapporter jusqu'où Saint Vincent a excellé dans cette vertu, nous nous contenterons de ce que nous en avons dit.

 

Fleurs Spirituelles

 

« La reconnaissance pour les grâces reçues est un des,moyens les plus efficaces pour en obtenir de nouvelles ». (Saint Vincent De Paul).

« Les bienfaits innombrables que Dieu nous accorde, et ceux qu'il nous promet, méritent bien que nous n'agissions jamais pour notre propre gloire et que toutes nos actions soient faites pour la gloire de Dieu ». (Saint Vincent De Paul).

« Dès que Dieu a commencé à répandre ses bienfaits sur une créature, il ne cesse pas de la favoriser tant qu'elle ne s'en rend pas indigne ». (Saint Vincent De Paul).

Pratique : Soyez aujourd'hui très fidèles aux inspirations de la grâce, en reconnaissance des bienfaits que vous avez reçus de Dieu. Priez pour les personnes qui manquent de remercier le Seigneur des grâces reçues.

 

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9 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Dixième jour

Notre Dame de la Chandeleur

 

Missire Vincent Charron, chanoine de la Cathédrale, écrivait en 1637, dans son Calendrier historial de la glorieuse Vierge Mère de Dieu : « A Nantes, en Bretagne, il y a une très belle et très ancienne Confrairie érigée en l‘église parroissiale de Saint-Nicolas, sous le nom de Nostre-Dame de Chandeleur ». Guillaume Greslan, notable commerçant et prévôt en charge de cette Confrérie, renchérissait encore sur ces éloges, dans un mémoire rédigé vers 1727 : « La Confrairie de Notre Dame de la Chandeleur est, de toutes celles qui sont établies en l’honneur de la Sainte Vierge en la ville de Nantes, peut-être même dans le royaume, la plus célèbre par son ancienneté, par le sujet de son établissement et par le nombre de ses membres ». C’est de cette dévotion, si chère à vos ancêtres, que je voudrais vous entretenir ce soir.

Des actes authentiques prouvent que notre Confrérie existait déjà à l'aurore du XVe siècle (1402). E11c dut sa fondation a la pieuse initiative de quelques fidèles qui voulaient, comme son nom l’indique, honorer d’ une manière particulière le Mystère de la Purification de Marie et de la Présentation de Notre-Seigneur au temple, ainsi que la sainte joie du vieillard Siméon.

A sa tête se trouvaient deux prévôts, élus chaque année et choisis parmi « les gens solvables et sans reproche », l’un « pour la ville et paroisse », l'autre « pour la Fosse et le Bignon-Létard », c’est-à-dire le quartier qui s’étend aujourd’hui de la rue Crébillon a la rue du Calvaire. Ils étaient assistés, dans leur gestion, par six commissaires, trois de la ville et trois de la Fosse, élus aussi chaque année et choisis parmi les anciens prévôts résidant sur la paroisse. Enfin, le plus ancien prévôt était toujours commissaire-né et réputé syndic de la Confrérie ; en cette qualité, il était dépositaire d'une des trois clefs des archives et de la caisse. Un procureur pouvait, en outre, être chargé de surveiller l'entretien des immeubles sur lesquels étaient assises les fondations.

La Confrérie de Chandeleur comptait à Nantes parmi les plus cotées ; aussi les confrères, prêtres ou laïques, étaient-ils fort nombreux. Vincent Charron prétend que la plupart des habitants en faisaient partie. Cela peut sembler exagéré. Nous savons du moins que, au commencement du XVIIIe siècle, alors que la célèbre association commençait à déchoir, le nombre des confrères dépassait encore deux mille. Les paroissiens de Saint Nicolas tenaient à honneur d’en être prévôts, « ceux même qui y primaient par leur rang et par leur bien » ; et la liste de ceux qui occupèrent cette charge, bien qu’elle soit incomplète, pourrait constituer le livre d’or du haut commerce nantais. C'était une douce satisfaction, pour les anciens prévôts, d’occuper a l’église une place dans l’un des trois bancs marqués aux armes de la Confrérie. Le pape Paul V lui accorda des indulgences, en 1612, et la bulle en fut publiée l’année suivante, par mandement de l’évêque de Nantes. Ces pièces étaient conservées précieusement « dans l’armoire aux archives » et, à certains jours, une. traduction sur vélin en était affiché sur la porte du « chapitreau ».

La Purification était naturellement la fête patronale de la Confrérie. La veille, le bresteur ou bedeau, en surplis et dalmatique, s’en allait, avec sa cloche, annoncer la fête et ses indulgenes dans toutes les places publiques « de la ville et fauxbourgs, et au-devant des maisons des anciens prévôts ». Le jour même de la fête, on exposait, dès le matin, le Très Saint-Sacrement et l’on chantait matines et laudes. Toutefois, pour ne pas gêner la paroisse qui célébrait solennellement la Chandeleur et avait, comme toute l’Eglise, sa procession des cierges ; et sans doute aussi pour que sa propre procession ne passât point inaperçue, la Confrérie la transportait au dimanche suivant. Ce jour-là, donc, à l’issue de la grand’messe paroissiale, la « cloche de la Confrairie » sonnait en branle durant un quart d’heure. La cérémonie commençait par l’installation des prévôts entrants, dont les noms avaient été proclamés au salut, un des dimanches précédents. Les deux élus s’agenouillent à la balustrade de l’autel de la Confrérie. Un prêtre, revêtu de la chape blanche et assisté d’un diacre et d’un sous-diacre, se lient au-dedans. ll entonne le Veni Creator, puis a la strophe : « Accende lumen sensibus », il met dans la main droite des prévôts un cierge allumé, auquel est attachée une plaque d’argent représentant la Sainte-Vierge. Les récipiendaires lui baisent la main.

Après l’oraison, deux prêtres entonnent les Litanies de la Sainte Vierge auxquelles le choeur. et les assistants répondent. À « Sancta Maria », le bresteur, en surplis et dalmatique blanche, annonce le départ de la procession avec sa cloche qu’il fait sonner de temps en temps durant tout le parcours.

Alors, sous les regards Curieux de la foule, défile le cortège. En tête, les quatre grosses torches de la Confrérie, portées par des laïques en surplis ; puis, le bresteur agitant sa cloche ; le crucigêre assisté de deux enfants de choeur heureux d’arborer les grands chandeliers d’argent de la Confrérie, avec des cierges ornés de plaques aussi d’argent, à l’effigie de la Vierge; le clergé, cierges en main ; le célébrant, assisté de ses ministres et portant la statue d’argent de la Sainte Vierge, du poids de vingt-trois marcs, onze livres et demie, chef d’oeuvre d’un artiste nantais du XVIIe siècle, Thomas Jus, dont la Confrérie de la Chandeleur est si justement fière ; enfin, derrière le célébrant, les prévôts anciens et nouveaux, en habit noir, et tous les membres de la Confrérie, tous avec des cierges, tous rangés sur deux lignes.

On se rend à la chapelle Saint Julien, au centre de la place actuelle du commerce, et l’on y chante l’antienne de la fête avec les verset et oraison. Puis on revient dans le même ordre à Saint-Nicolas, où est célébrée, à l’autel de la Confrérie, une messe solennelle de la Purification. À l’offertoire, tous les prévôts avertis, chacun, par un coup de cloche du bresteur, vont baiser la paix que le célébrant leur présente. Enfin, on distribue a tous le pain bénit. La veille de l’Octave de la Fête-Dieu, le bresteur fait encore sa ronde. En outre, les prévôts en charge envoient aux anciens prévôts et à des confrères, « gens de probité, pour remplir le nombre de 70, des billets dattez et signez d’un d’eux pour les inviter de se trouver en habit noir ledit jour d’Oclave, a cinq heures après midi, au chapitreau, pour y recevoir de leurs mains une torche et marcher a la procession du Très Saint Sacrement qui se fait à six heures, de l’église de Saint-Nicolas a la chapelle de Saint-Julien ».

La Confrérie n'honorait pas seulement le Saint-Sacrement et Notre-Dame, elle songeait aussi à honorer et à soulager ses membres défunts. Après le décès de chaque confrère, le bresteur, revêtu d’un surplis et d'une dalmatique noire, s'en allait par les rues de la ville annoncer ses obsèques, comme il faisait pour les indulgences. On portait à la cérémonie funèbre les quatre grosses torches jaunes de la Confrérie. On y voyait aussi la « quarrée », ou catafalque de l’Association, avec ses quarante cierges, et, s’ils étaient demandés, ses ornements de velours aux riches garnitures d’argent, ornements blancs pour les garçons et les filles, noirs pour les autres défunts. Mais cet appareil n’était transporté que dans les églises paroissiales et dans les chapelles de Toussaints, de l’Hôtel Dieu et du Sanitat. De plus, les prévôts faisaient célébrer, à l’autel de la Confrérie, un service et trente messes basses pour le repos de son âme.

La Confrérie avait beaucoup d’autres exercices que le temps ne me permet pas d’énumérer ; par exemple, tous les dimanches et fêtes de Notre Dame, un Salut de la Sainte-Vierge, où l’on chantait l’Ave Maris Stella, ou un autre hymne, suivant le temps, avec trois fois l’Ave Maria. Pourtant il est une touchante pratique qui ne peut être passée sous silence, c’est la messe de « la porte ouvrante ». L’église de Saint Nicolas attenait aux remparts dont on peut voir encore quelques restes a deux pas d’ici, et la porte du même nom était proche. Elle s’ouvrait a 4 heures du matin en été, il 5 en hiver. Pour procurer « une messe sûre aux voyageurs, artisans et ouvriers sans attendre », la Confrérie en faisait célébrer une aussitôt l’ouverture. C’était « la messe de la porte ouvrante », et elle était offerte pour les confrères défunts.

Pendant des siècles, la Confrérie fut florissante et riche. C’est alors qu’elle acquit ces pièces d’orfèvrerie et ces magnifiques ornements qu'elle était fière d’étaler aux yeux de toute la ville et qu’elle gardait avec un soin jaloux. Elle était fière aussi et jalouse de sa cloche, la plus grosse de Saint Nicolas, peut-être de la ville, qui pesait plus de 2,000 livres. Surtout, elle était fière de ses tapisseries. Elles avaient été faites, en 1649, par un artiste nantais, Gabriel Pierron. Brodées en soie et dessinées avec art, elles étaient vraiment splendides. Huit grandes pièces représentaient la Nativité de Marie, sa Présentation, l’Annonciation, la Nativité de Notre Seigneur, la Purification, l’Adoration des Mages, le Retour des Bergers, l’Assomption ; elles décoraient le choeur dans l’ordre où je viens de les énumérer. Une neuvième pièce, plus petite, représentait la Fuite en Egypte : elle était placée entre le maître-autel et celui de la Confrérie. Les marguillers de Saint-Nicolas avaient l‘autorisation de s’en servir, ainsi que de la cloche et quelquefois de l’argenterie, mais il une condition, « que messieurs les nouveaux fabriqueurs fassent, au commencement de leur charge, civilité à ce sujet aux prévôts » de la Confrérie.

Aux jours de sa splendeur, la Confrérie savait se montrer généreuse: elle vient en aide aux hôpitaux dans les épidémies ; elle accorde d’importants secours aux victimes des incendies ; elle contribue à la construction d’une salle de catéchisme à Saint Nicolas, « la seule paroisse du diocèse que l’on sache avoir un lieu destiné a cela » ; elle paie un riche vitrail à l’église paroissiale ; enfin, elle offre, pendant de longues années, un don de 60 livres au prédicateur du carême.

Hélas ! avec le XVIIIe siècle vint la décadence : la dépréciation de l‘argent réduisit considérablement la valeur des fondations, alors que, d’un autre côté, les honoraires des services étaient augmentés ; puis ce fut la perturbation amenée dans les affaires par la banque de Law. Les cotisations diminuèrent et toutes les ressources décrurent : ce fut le déficit. Des prévôts intelligents et dévoués firent des réformes, rédigèrrnt des statuts, tinrent la main a la bonne gestion des finances et réussirent à conserver un peu de vie a leur chère Confrérie. Toutefois, elle ne revit plus les beaux jours d’antan et elle ne faisait guère que végéter quand la Révolution lui porta le dernier coup.

 

Le cierge de la Chandeleur symbolise Jésus-Christ, et c’est la Sainte-Vierge qui nous donne Jésus Christ : c’est elle qui, dans le mystère adorable de l’Incarnation, a été choisie de Dieu pour le donner a la terre ; c’est elle qui, depuis dix-neuf siècles, continue et, jusqu’à la fin des temps, continuera de nous le donner. « Il n’est route, en effet, ni plus sûre ni plus facile que Marie pour aller à Jésus et pour obtenir, moyennant Jésus, cette parfaite adoption des fils, qui rend saint et sans tache sous le regard de Dieu ». Qui, mieux que Marie possède la connaissance de notre divin Sauveur, qu’elle a porté dans son sein, qu’elle a suivi d’un regard maternel pendant toute sa vie, dont elle a médité sans cesse les mystères ? Qui, par conséquent, est plus capable de nous mener à la connaissance de Notre Seigneur Jésus-Christ ? L’Evangile fait la remarque que le miracle de Cana fut le premier accompli par Jésus et qu’à sa vue, ses apôtres crurent en lui ; or, c’est Marie qui l‘avait obtenu ; d’où nous pouvons conclure que c‘est Marie qui procura aux apôtres la vraie connaissance de Jésus. C’est le.premier acte du rôle qu’elle remplit a travers les âges.

Nous pouvons le dire, ce qui manque le plus au monde, particulièrement à cette époque, c’est la connaissance de Jésus-Christ. Elle manque aux infidèles qui couvrent les trois quarts de notre globe ; elle manque aux hérétiques qui ont déchiré la robe sans couture de l’Eglise en se séparant d’elle ; elle manque aux catholiques apostats et rebelles, qui se multiplient tous les jours ; elle manque aux indifférents et aux mondains qui sont la foule ; elle manque même aux bons catholiques, qui ne savent pas comprendre le Maître ou qui n’ont pas le courage de le suivre.

Demandons à Marie de nous montrer, comme autrefois à Siméon, « cette lumière venue pour éclairer les nations ». Et répétons la prière de nos ancêtres : « Notre Dame de la Chandeleur, priez pour nous ».

 

ND de Nantes

 

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8 mars 2017

Le Mois du Coeur Agonisant de Jésus

Le Mois du Cœur agonisant de Jésus

Père Blot

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 Vingt-deuxième jour

Le Cœur agonisant

 

Pour la fête de l'oraison de Notre Seigneur sur le mont des Oliviers, l'introït de la messe commence ainsi : « Cor meum conturbatum est in me, mon Cœur s'est troublé en moi, et la crainte de la mort est tombée sur moi » (Psaume 37, 11). C'est donc spécialement au Cœur, que se rapportent les souffrances de Jésus agonisant.

 

Méditation

 

I. Le Cœur du bon Maître endura seul des souffrances plus nombreuses et plus acerbes, que toutes les autres parties de son corps prises ensemble ; l'état de ce Cœur adorable, livré à toutes les sévérités de la justice divine, était bien plus lamentable que l'état de ce corps mortel, déchiré par la cruauté des bourreaux ; la passion intérieure fut plus poignante que la passion extérieure. Voyez ce Cœur délaissé, abandonné de tous, chargé de tous les péchés des hommes. Il est réduit à dire au Père céleste : « Vous avez détourné de moi votre face, et j'en suis tout troublé » (Psaume 19, 8). Dieu semble en effet s'être éloigné, il livre à lui-même ce Cœur innocent devenu victime pour nous, il ne lui donne ni vues, ni lumières, ni goûts. Tout rebute ce pauvre Cœur, tout contribue à lui faire sentir le poids de sa peine. En quel abattement il tombe ! Quel ennui le saisit et le désole ! Quelles sombres réflexions l'inquiètent et le tourmentent ! Il a beau prier, le ciel est fermé pour lui ; la nature et les sens ne cessent de lui dire : « Où donc est ton Dieu ? » (Psaume 41, 4). Il éprouve toutes les agonies, il ressent toutes les souffrances morales, pour nous aider à les sanctifier. Hâtons-nous donc de prendre tous ses sentiments. Il faut que le Cœur agonisant du divin Maître batte en quelque sorte dans mon cœur affligé, pour que je participe à sa soumission, à son énergie, à son dévouement. Cœur admirable, soyez mon modèle, mon amour et mon soutien !...

II. Jésus s'était séparé de la plus grande partie de ses amis, et de sa Mère elle-même, en quittant le cénacle ; il s'était séparé de huit apôtres, en entrant dans Gethsémani ; enfin dans le jardin, il se sépare des trois disciples qu'il aime le plus. Ils s'endorment, pendant que Judas veille pour le trahir, et que nous veillons tous pour l'offenser. Nos péchés sans nombre, de hideux fantômes, de cruels démons peuplent seuls sa solitude. Son Cœur devient le confluent de toutes les souffrances, à cause des iniquités qui débordent de tous nos cœurs. Dans le Cœur agonisant du Sauveur tombent tous les crimes du monde, comme les fleuves entrent dans la mer avec la fange qu'ils charrient : de là des tristesses, des angoisses, des agitations, des tempêtes excitées parla colère même de Dieu irrité contre nous. Ah ! que ne puis-je arrêter le torrent de nos iniquités ? D'où vient que je le grossis encore par mes propres péchés ?...

III. De ce même Cœur, de cet océan de douleur et d'amour, sortent des gémissements, des prières, des actes répétés de résignation, des vapeurs sanglantes qui forment des nuages bienfaisants, pour répandre au loin une rosée salutaire. Par un flux et reflux continuel de miséricorde et d'expiation, il bat tous les rivages, il atteint tous nos cœurs, durs, secs, froids, stériles et insensibles comme des rochers ; puis il se replie sur lui-même, en soupirant, mais pour nous bénir encore et préparer notre salut. Voilà jusqu'où va sa douleur, voilà jusqu'où va sa bonté, dans le plus complet isolement. Pauvre Cœur abandonné, votre agonie n'a plus de bornes., et vos souffrances sont sans mesure. L'infinité de nos péchés vous accable, et notre ingratitude y met le comble en vous délaissant. Moi, du moins, je vous tiendrai compagnie, j'essuierai votre sueur, je m'unirai à votre prière, je partagerai vos afflictions et vos peines...

Lisez dans l'Agonie de Jésus, liv. I, ch. VIII, Jésus agonisant chef des pénitents.

 

Pratique : Résignons-nous à être, autant qu'il plaira au Seigneur, dans le trouble, dans l'inquiétude, dans la tristesse, dans la crainte, dans le dégoût et l'ennui. Ne cherchons pas à échapper à l'agonie du cœur par l'acceptation de l'agonie, en imitant ces âmes égoïstes qui veulent trouver dans leur résignation même quelque goût ou plaisir spirituelle calme, la paix, le contentement. Travaillons avec zèle à l'extension de l'archiconfrérie et de la communauté du Cœur agonisant.

 

Exemple

 

On obtient chaque jour de très nombreuses conversions, en invoquant le Cœur agonisant de Jésus, en plaçant son image dans la chambre du malade, sa médaille sur la poitrine ou sous l'oreiller du moribond. Dans presque tous les hôpitaux tenus par des religieuses on pourrait dire, comme les religieuses de Saint Alexis de Limoges : « Depuis que nous ayons embrassé la dévotion au Cœur agonisant de Jésus et au Cœur compatissant de Marie, elle a été une source de grâces précieuses et abondantes, d'abord pour nous-mêmes, ensuite pour les pauvres malades de notre vaste hôpital, que nous n'avons plus la douleur de voir mourir sans recevoir les derniers sacrements. Avons-nous affaire aux âmes les plus endurcies, dès que nous implorons pour elles les Cœurs sacrés de Jésus et de Marie, nous sommes exaucées ». On obtient de même des guérisons. Le 26 mai 1872, on écrivait de Lavaur (Tarn) : « Marie Cany, épouse de Jean Raynaud, en proie à d'atroces souffrances et abandonnée des médecins, appliqua une médaille, le 7au matin, sur le point le plus douloureux. Aussitôt la douleur se calma, et à deux heures le bien était complet ; il s'est maintenu. Nous espérons que cette faveur excitera de plus en plus la dévotion au Cœur agonisant, et ranimera le zèle des associés ». La pieuse médaille préserva de la mort un grand nombre de soldats, durant la guerre de1870-1871.

 

Vingt-troisième jour

Agonisons avec Jésus

 

De la grotte de l'agonie, l'Homme-Dieu nous dit : « Mon Cœur n'a attendu que des outrages et de la misère, improperium expectavit Cor meura et miseriam. J'ai été dans l'attente de quelqu'un qui s'affligerait avec moi, et il n'y en a point eu ; j'ai espéré des consolateurs, et je n'en ai point trouvé » (Psaume 78, 21). Voulons-nous le consoler ? Partageons ses souffrances et son agonie, avant de partager sa gloire et sa couronne (Romains 8, 17).

 

Méditation

 

I. La première manière d'agoniser avec le Sauveur, c'est de souffrir avec lui. Mais qui se présente pour partager l'état de Jésus agonisant dans Gethsémani ? Qui veut éprouver comme lui la crainte, l'ennui, le dégoût, la tristesse mortelle ? Qui veut suer sang et eau ? Qui se plaît à rencontrer un Judas parmi ses amis ? Qui est heureux d'adresser au Seigneur de longues prières, sans les voir exaucées ? Il est surtout un trait que nous n'imitons guère : c'étaient les péchés des hommes qui mettaient Jésus à l'agonie. Or, nous n'avons aucun empressement à partager cette agonie de douleur et de confusion, pour nos propres péchés, moins encore pour les péchés des autres. Il faut ordinairement que Dieu frappe à coups redoublés, que son bras s'appesantisse sur nous, pour que nous nous décidions à expier nos fautes ; encore nous bornons-nous alors à faire des afflictions qui nous sont envoyées une salutaire expiation. Mais nous n'allons pas au-devant, comme le divin Maître, comme les religieux pénitents ou contemplatifs qui embrassent volontairement un genre de vie, qu'ils savent être la plus large participation aux agonies du Sauveur. Quand donc serons-nous les compagnons de Jésus dans ses humiliations et ses souffrances !...

II. Une autre manière de lui tenir compagnie, d'agoniser avec lui, c'est d'avoir patience avec nous-mêmes, c'est de nous résigner aux tourments que nous causent notre imagination et notre sensibilité. N'est-ce pas exprès, tout exprès, que le Fils de Dieu a voulu s'abandonner à l'excès de sa sensibilité, comme aux sombres prévisions de son imagination ? A-t-il donc failli ? Non, il nous a sauvés par ces souffrances intérieures recherchées à dessein, autant que par les tortures extérieures infligées par ses bourreaux. Réduit à l'agonie par la vivacité de son imagination qui prévient les événements, et par la sensibilité de son Cœur qui aime éperdument des ennemis, il console et rassure ces âmes pieuses, qui s'entendent reprocher souvent de porter dans leur cœur la cause de leurs afflictions. Et ne portons-nous pas dans notre corps la cause de nos maladies ? Nos infirmités corporelles n'en peuvent pas moins être très-méritoires, si nous savons faire de nécessité vertu. Lors donc qu'une âme est torturée par la prévision ou l'exagération de ses maux, par l'excès de sa délicatesse ou de sa sensibilité, qu'elle laisse mille personnes la charger de reproches ou de mépris, et qu'elle considère Jésus-Christ seul en son agonie. Jésus lui reste, et c'est assez ; car il lui reste avec la force, avec la lumière, avec la consolation de ses souffrances et de ses exemples

III. Une troisième manière d'agoniser avec le Sauveur, c'est d'endurer comme lui notre dernière agonie, c'est de prier, d'agir, de souffrir pour sanctifier l'agonie des autres. Qu'elles sont affreuses les angoisses des pauvres moribonds, lorsque le remords de la conscience, la crainte du jugement qui s'approche et l'incertitude du salut éternel se réunissent, pour remplir leur âme de trouble et de frayeur ! L'enfer, qui n'a plus qu'un peu de temps (Apocalypse 12,1 2), redouble sa rage et fait un effort suprême, pour saisir au passage cette proie qui va lui échapper. Pour ce dernier combat, le démon qui d'ordinaire tendait des embûches à l'âme durant son pèlerinage, ne se contente pas de venir seul à la charge, mais il appelle à son aide des légions innombrables d'esprits infernaux. L'Église a donc bien raison de convoquer ses fidèles et ses ministres, d'appeler même les anges du ciel, auprès du plus humble agonisant qui va quitter la terre, pour opposer les saintes phalanges de la lumière et de l'amour aux infernales phalanges des ténèbres et de la haine. Secondons-nous de tous nos efforts les pieux desseins de notre mère ? Invoquons-nous Jésus agonisant pour chaque moribond, comme fait le prêtre qui l'assiste ?...

Lisez dans l'Agonie de Jésus, liv. I, ch. VII, Jésus agonisant, soutien des affligés.

 

Pratique : Laissons le Seigneur nous immoler en paix et sans bruit, sur le calvaire du cœur ou dans le jardin de l'agonie. Confortons les affligés, comme l'ange consolateur conforta Jésus. Engageons les cœurs qui souffrent à recourir au Cœur agonisant du divin Maître, pour qu'il sanctifie leur agonie par l'exemple et le mérite de la sienne. Prions tous les jours pour les mourants.

 

Exemple

 

On raconte de saint André Avellin, qu'au moment de sa mort son lit fut entouré de milliers de démons, et que pendant son agonie il eut un combat si terrible à soutenir contre l'enfer, que tous les religieux qui l'assistaient en furent saisis d'épouvante. On vit le visage du saint se décomposer, et prendre une couleur livide ; il tremblait de tous ses membres ; les larmes coulaient de ses yeux en abondance : autant d'indices du violent assaut qu'il avait à repousser. Un pareil spectacle arrachait des pleurs à tous les assistants : chacun redoublait de prières, chacun tremblait pour soi en voyant qu'un saint mourait de la sorte. Une seule chose consolait ces religieux ; c'était que le moribond tournait souvent ses regards vers une image de la très sainte Vierge, comme pour demander du secours. On se souvenait qu'il avait dit plus d'une fois, durant sa vie, que Marie serait son refuge à l'heure de la mort : « Ora pro nobis, in hora mortis ». Ce fait est cité par Saint Alphonse de Liguori.

 

Vingt-quatrième jour

La sueur sanglante

 

Durant son agonie et sa longue prière, Jésus sua du sang, sudor ejus sicut guttœ sanguinis decurrentis in terram (Luc 22, 44). Le sang et la sueur ordinaire ayant paru presque en même temps sur son corps, le sang s'y figea bientôt, et fut entraîné jus- qu'à terre par la fluidité de la sueur, qui lui servait comme de véhicule ; ou bien la sueur de sang étant très abondante coula jusqu'à terre, aidée à prendre ce cours par l'humidité que la sueur laissa sur la peau.

 

Méditation

 

I. Le péché se forme dans le cœur, avant de se consommer à l'extérieur par l'action, et il consiste dans la détermination de la volonté, plutôt que dans l'acte matériel. Il faut donc que le pécheur, avant d'offrir à Dieu le sacrifice de son corps au moyen de la satisfaction, lui offre le sacrifice de son cœur au moyen de la contrition. Caution des pécheurs, Jésus allait offrir le sacrifice de son corps sur le Calvaire, en satisfaisant surabondamment à la justice divine ; mais il commence par offrir, au jardin des Oliviers, le sacrifice de son Cœur par une indicible contrition. Sur le Calvaire la présence des bourreaux, faisant violence au Sauveur, empêchera les Juifs de croire que cette mort sanglante soit libre et volontaire du côté de la victime. Mais au jardin, la sueur de sang met en évidence cette liberté du sacrifice, qui importe tant à notre salut. Ici point de tourments ni de coups ; aucune blessure extérieure ne force le sang à jaillir des veines. Ici le Fis de Dieu, tout à la fois prêtre, autel et victime, ouvre lui-même, par son propre vouloir, ses veines sacrées. Profitons-nous aussi de notre liberté, pour multiplier nos sacrifices, les rendre plus saints et plus complets ?...

II. Quel supplice ne cause pas à toutes les parties du corps de Jésus agonisant, la rupture subite de tant de fibres délicates, dont le moindre dérangement nous cause de si excessives douleurs ! Mon sacrifice serait imparfait, disait le Fils de Dieu, s'il n'était celui d'un esprit abattu et d'un cœur brisé, spiritus contribulatus, cor contritum (Psaume 50, 19). Et mon âme, plus excellente que mon corps, doit être plus accablée par la crainte et la douleur, que mon corps ne le sera par les coups redoublés qui tomberont sur lui. Je ne trouve donc maintenant d'autre consolation que de consentir à m'affliger, puisque vous voulez que je souffre, ô mon Père ! Cette nuit est pour moi aussi douloureuse que le sera ma croix. Tous mes os sont comme arrachés de leur place, tous mes nerfs sont mis à la torture, mon Cœur est devenu semblable à la cire qui se fond (Psaume 21, 15), et mes artères sont agitées par un mouvement si violent, qu'elles s'entr'ouvrent et répandent du sang par tous mes pores. Avons-nous souffert, avons-nous combattu, avons-nous seulement résisté jusqu'au sang ?...

III. J'ai foulé le pressoir, avait dit le Sauveur par la bouche du prophète, je l'ai même foulé seul, car personne n'était avec moi, et mon vêtement a été couvert de sang (Isaïe 63, 3). Dans Gethsémani, qui signifie pressoir, sa chair a été foulée comme sous un pressoir, et le sang en est sorti, comme le suc sort du raisin en rougissant les habits de ceux qui le pressent. C'était Jésus lui-même qui, sans le secours d'aucun bourreau, pressait ainsi sa chair très sainte pour en exprimer le sang. Il pouvait dire : « Aucun homme de cœur n'est avec moi », car aucun gentil, aucun juif ne partageait son agonie, ne le soutenait dans cette lutte, n'essuyait sa sueur. Exposé à cette juste colère de Dieu, qui est comparée à un pressoir (Apocalypse 19, 15), et pour ainsi dire vendangé par le Seigneur (Thren. 1, 12) en punition de nos crimes, le Cœur du bon Maître ressemblait à un raisin foulé avec violence sous le pressoir, pour qu'un vin généreux en jaillisse de toutes parts. Jésus, c'est moi qui ai mis votre Cœur sous le pressoir pour en faire jaillir le sang. Puisse une goutte de ce sang tomber sur mon cœur refroidi, pour l'animer, l'échauffer, et le rendre tout brûlant du feu sacré de votre amour !...

Lisez dans l'Agonie de Jésus, liv. XI, ch. X, Fins et significations de la sueur de sang.

 

Pratique : Voulons-nous satisfaire à Dieu pour nos péchés ? Prenons pour modèle Jésus suant sang et eau, et implorons son secours. Mon Sauveur, qui avez sué volontairement du sang pour moi, changez la délicatesse de mon cœur en un vif désir de souffrir quelque chose pour vous.

 

Exemple

 

Sainte Madeleine de Pazzi éprouvait une indicible compassion pour le Sauveur en sa sueur de sang. Un jour, dans une extase, l'ayant vu tout sanglant au jardin des Oliviers, elle en conçut tant de douleur que de moment en moment elle tombait par terre, comme si elle eût été morte. Puis poussant les soupirs les plus enflammés, elle s'écria : « Mon Jésus, vous avez sué du sang ! Ah ! que ne puis-je enchaîner toutes les volontés des créatures, et les amener à vous !... Je ne puis plus, ô mon amour, vous appeler le plus beau des enfants des hommes, comme faisait le prophète (Psaume 44, 3), puisque je vois tout votre visage plein de sang. Tous vos apôtres dorment ; je m'étonne qu'ils ne se lèvent pas pour considérer votre face ensanglantée... » La sainte voyait tomber des gouttes de sang du visage de Jésus-Christ jusqu'à terre ; elle s'écriait avec une grande stupeur : « Il sue du sang ! mon amour, ne suffit-il pas que vous suiez du sang de tous les membres de votre corps ? Faut-il encore que je vous voie répandre par vos yeux des gouttes de sang, au lieu de larmes ? mon amour, que n'ai-je été moi-même la terre qui recevait ce sang !... Oh ! Si je pouvais recevoir quelques gouttes de votre sang, qui sont comme autant de rubis précieux tombant sur la terre ! Oh ! Si mon cœur était cette terre qui les reçoit, qu'il serait riche, qu'il serait heureux ! Il aurait en lui-même un trésor suffisant pour acheter mille mondes ».

 

Vingt-cinquième jour

Le sommeil

 

Durant sa prière, Jésus agonisant se leva plusieurs fois pour visiter ses apôtres privilégiés ; mais il les trouva toujours dormants, invenit eos dormientes (Matthieu 26, 40). Combien ce lâche sommeil fut poignant pour le Cœur du bon Maître ! Combien notre cœur à nous-mêmes ne souffre-t-il pas du sommeil ou de l'indifférence de nos amis, pendant que le vent de l'adversité souffle sur nous !

 

Méditation

 

I. Dans le présent Jésus lisait l'avenir, et il se disait : Ce sommeil de mes disciples m'est plus dur que la cruauté de mes bourreaux. Je vois que mon corps mystique, par la somnolence de mes pontifes et de mes prêtres, sera dans la suite assailli et maltraité, autant de fois que les successeurs des apôtres les imiteront dans leur sommeil, plus que dans leur courage. On verra dans les champs de l'Évangile, ensemencés par ma parole, arrosés par mon sang, croître les germes funestes de l'ivraie ou de la zizanie, les doctrines licencieuses, les hérésies manifestes, parce que mes apôtres dorment et que leurs successeurs dormiront encore. On verra les églises non respectées, les sacrements non fréquentés, les autels sans ornements, les mœurs sans pureté, la religion sans prestige,parce que mes apôtres dorment et que leurs successeurs dormiront encore. Ah ! mon Cœur en éprouve une agonie de tristesse et de dégoût ! Ne contribuons-nous point a endormir dans la tiédeur et la mollesse quelques âmes, des fidèles et même des prêtres ?...

II. Le sommeil de nos amis était aussi représenté dans le sommeil des amis de Jésus. Quel désappointement cruel pour nous, quand nous sommes forcés, durant nos épreuves, de comparer nos amis à ces oiseaux de passage, qui ne s'arrêtent en nos climats qu'autant que l'air en est doux et tempéré, et qui s'envolent aussitôt que l'hiver approche ! Alors notre sensibilité se retourne contre elle-même, et le développement qu'elle avait acquis par l'amitié, ne sert plus qu'à augmenter notre tourment. Heureux, mille fois heureux, Seigneur, l'homme qui tend vers vous les bras de son affection, et qui met en vous seul tout son amour, toute sa confiance ! Car vous seul peuplez réellement pour lui toutes les solitudes, vous seul ne lui manquez jamais, vous seul lui êtes un appui toujours prêt et toujours puissant, vous seul faites refleurir pour lui les sentiers de la vie, vous seul lui ouvrez à la mort les portes du ciel. Vous seul, ô Dieu fait homme, Jésus agonisant, victime du sommeil de vos amis, vous êtes pour nous un ami qui jamais ne sommeille réellement...

III. Dieu lui-même semble dormir quelquefois à notre égard : sommeil apparent, mais néanmoins douloureux pour nous, qui nous écrions alors avec David : Quare obdormis, Domine ? pourquoi dormez-vous, Seigneur ? Pourquoi oubliez-vous notre indigence et notre tribulation ? (Psaume 43, 23-26) ? Il nous répond : « Je dors, mais mon Cœur veille, Cor meum vigilat » (Cantique 5, 2). Mon sommeil ne ressemble-t-il pas à celui d'une mère, auprès du berceau de son enfant ? Lors même que ses sens paraissent le plus endormis, son cœur veille, et le moindre cri poussé par l'objet de son amour, la retrouve prête à lui prodiguer ses soins. Ainsi, malgré mon sommeil apparent sous le voile des espèces sacramentelles, mon Cœur eucharistique est toujours veillant et priant pour vous. Oui, mon Dieu, vous êtes l'ami qui veille pour les amis mêmes qui s'endorment ; vous êtes celui qu'au sortir de leur sommeil, interrompu parle malheur, ils trouvent toujours prêt à leur prodiguer ses conseils, ses secours et son sang. Ai-je recouru à ce Cœur divin qui veille nuit et jour près de moi, toutes les fois que je me suis senti malheureux et délaissé ?...

Lisez dans L'Agonie de Jésus, liv. IX, ch.I, Le sommeil de nos amis.

 

Pratique : Rougissons d'abandonner nos amis dans le malheur, ou de nous montrer indifférents à leurs souffrances. Si nous sommes nous-mêmes abandonnés de nos amis, ne nous en plaignons qu'à Dieu, et versons toutes les tristesses de notre cœur dans le Cœur agonisant ou dans le Cœur eucharistique de Jésus, en attendant de lui seul notre meilleure consolation.

 

Exemple

 

Saint Jean Eudes, fondateur des prêtres de Jésus et Marie, et des Religieuses de Notre-Dame de charité, vit ses meilleurs amis s'éloigner de lui, tant sa réputation fut attaquée par d'atroces calomnies. Ceux mêmes qui l'avaient exhorté à entreprendre l'établissement de sa Congrégation, l'abandonnèrent dans le malheur, à l'exception de trois; la reine-mère refusa de l'admettre à se justifier ; le vertueux baron de Renty fut lui-même ébranlé. Mais le P. Eudes ne se montra jamais plus tranquille et plus satisfait, que lorsqu'on le traita plus indignement. Un jour, dans les rues de Caen, une femme applaudie par la populace le chargea des injures les plus grossières. Il ne songea seulement pas à se dérober aux insultes, et on ne s'aperçut qu'il avait senti cette brutalité, que lorsqu'étant rentré au séminaire il dit à celui qui l'accompagnait : « Allons, mon frère, allons remercier Notre-Seigneur de la grâce qu'il nous a faite, de vouloir bien partager avec nous ses humiliations ». Dans ce même temps il écrivit : « Où trouvera-t-on un ami fidèle ? C'est la chose du monde la plus facile. Aimons Jésus fils de Marie, et Marie mère de Jésus ; mettons toute notre confiance en eux, et ils feront paraître leur puissance et leur bonté ». Ces deux amis célestes lui ramenèrent, en effet, la confiance et l'estime de tous, avec le succès de ses œuvres.

 

Vingt-sixième jour

Le réveil

 

Les deux premières fois que le Sauveur visita ses apôtres endormis, il leur adressa des reproches pour les réveiller : « Est-ce donc ainsi que vous tenez vos promesses ? Quoi ! vous n'avez pu veiller une heure avec moi ! » Mais dans la troisième visite il leur dit : « Dormez maintenant et reposez-vous » (Marc 14, 41). Néanmoins il ajouta aussitôt : « C'est assez, levez-vous ! »

 

Méditation

 

I. Le bon Maître réveille ou corrige ceux qu'il aime le plus parmi ses disciples, et c'est même au premier d'entre eux qu'il adresse d'abord ses reproches : « Simon, dormis ! Simon, tu dors ! » (Marc 14, 37). Il avait plus promis que les autres, il était leur chef ; n'était-il pas plus obligé à veiller ? Pour qu'il sente mieux sa faute, il reçoit ici le nom du vieil homme, le nom de l'humble et obscur pêcheur, Simon ; il ne reçoit pas du tout le nom de l'homme nouveau, du pontife suprême, du fondement de l'Église, Pierre. De même après notre conversion, après des jours de ferveur, si nous commençons à nous endormir, la voix de notre conscience nous adresse de légers reproches, et nous rappelle aussi notre humiliant passé. L'écoutons-nous ? Secouons-nous notre torpeur ?...

II. Jésus agonisant dit ensuite aux trois apôtres ensemble : « Sic non potuistis una hora vigilare mecun ? Ainsi vous n'avez pu veiller une heure avec moi ? » (Matthieu 26, 40). Ainsi se rapporte à ce que tous avaient dit après leur chef : « Quand même il me faudrait mourir avec vous, je ne vous nierai point » (Matthieu 26, 35). Voilà donc, leur dit le Sauveur, voilà donc comme vous êtes préparés à mourir avec moi, vous qui n'avez pas même pu veiller avec moi pendant une heure ! Une heure signifie ici un moment, par une figure dont le Maître se sert, pour faire ressortir toute la négligence de ses disciples. Par sa brièveté ce reproche unit la force à la douceur. Avec moi rend le reproche plus grave Jésus veillait lui-même, il veillait pour ses disciples, il veillait en présence de ses disciples, il gardait ses disciples comme un père garde ses petits enfants, comme un pasteur arde ses timides brebis : les trois disciples n'avaient donc point à s'effrayer de leur solitude, et, sous les yeux du divin Maître, leur indolence ou leur lâcheté devenait moins excusable et plus honteuse. Nous-mêmes nous ne sommes jamais seuls, le Seigneur est toujours avec nous, comme le prêtre nous le souhaite et l'affirme souvent. Dominus vobiscum ! Pourquoi donc sommes-nous si facilement découragés, abattus ?...

III. Les apôtres préférés, et pourtant si faibles, fie savaient que répondre aux justes reproches que le Fils de Dieu leur adressait, ignorabant quid responderent ei (Marc 14, 40). Les yeux de leur âme étaient appesantis, comme ceux de leur corps, leur intelligence était elle-même obscurcie par la sensualité, par le péché. L'ignorance est un sommeil. L'ignorance volontaire, causée par la paresse de l'esprit, est parfois en nous un sommeil coupable, dont nous rendrons un compte sévère. Les disciples écoutèrent avec une humble confusion les reproches du Maître, et ne cherchèrent point à se justifier. Ce silence est digne d'éloges : l'imitons-nous, nous qui sommes toujours si prompts à trouver des excuses ? Mais ils n'en retombèrent pas moins dans le sommeil : combien nous aussi nous profitons peu des avertissements qui nous sont donnés ! Combien nous restons endormis au service de Dieu !...

Lisez dans L'Agonie de Jésus, liv. IX. ch. IV, Le repos permis.

 

Pratique : Réveillons-nous à l'approche du carême, et par nos prières, nos actes, nos exemples, faisons en sorte que la sainte parole réveille les âmes endormies. Venons nous-mêmes toujours, et amenons les autres au pied de la chaire de vérité, afin de produire cette édification du nombre, qui est un réveil et un entraînement pour toute une paroisse.

 

Exemples

 

Dans l'histoire des Saints, on voit quelles admirables industries le Seigneur leur inspire pour réveiller les âmes. Saint François-Xavier, après avoir vainement exhorté un grand pécheur à se confesser, l'invite à faire avec lui une promenade sur une montagne voisine. Dès qu'ils sont seuls et à l'écart, l'apôtre saisit des chardons, s'en fait une discipline, se dépouille et se frappe rudement, en répétant à son compagnon : « C'est pour vous, c'est pour apaiser la colère de Dieu qui va tomber sur vous ! » Le sang qui sort des épaules de l'innocent rejaillit sur le coupable ; vaincu par un tel exemple de charité, le pécheur tombe aux pieds du saint, se confesse et se corrige.

Du vivant de saint Ignace, un Frère de la Compagnie de Jésus, fort tenté sur sa vocation, résolut de quitter Dieu pour retourner au monde. Le saint fondateur, ayant découvert que la cause de ce trouble venait d'un péché dont ce Frère ne voulait pas se confesser, alla le trouver et lui raconta toute sa vie passée, combien il avait été acharné au faux amour des créatures, afin de lui ôter la honte, et de lui donner une meilleure impression de la miséricorde divine. Heureux l'homme qui, dans la voix terrible des révolutions et des malheurs publics ou privés, reconnaît la voix du divin Maître lui donnant une leçon sur la vanité des choses humaines, pour le réveiller de son assoupissement et rattacher on cœur à Dieu !

 

Vingt-septième jour

N'entrons pas dans la tentation

 

Aux reproches, Notre-Seigneur ajouta un précieux conseil : « Veillez et priez, dit-il aux trois apôtres, afin que vous n'entriez point en tentation » (Marc 14, 38). De quelle tentation parle-t-il ? de toute tentation, principalement de la tentation de l'abandonner lui-même, comme les apôtres vont le faire dans sa passion, parce qu'ils n'ont ni assez veillé ni assez prié.

 

Méditation

 

I. Nous sommes tous éprouvés par quelque espèce de tentation. L'Homme-Dieu fut tenté, et sa tentation s'étend à tous les chrétiens ; elle se fit sentir aux apôtres et se fait sentir à chacun de nous, elle se fera sentir à ceux qui viendront après nous. Aussi ne dit-il pas : « Veillez et priez pour n'être point tentés » ; il dit seulement : « Veillez et priez pour ne pas entrer dans la tentation, ut non intretis in tentationem » (Matthieu 26, 41), pour n'être pas vaincus par la tentation, pour qu'elle ne vous prenne ni ne vous retienne dans ses filets. Nous ne pouvons pas empêcher le démon de nous tendre des pièges, des filets, des embûches, mais nous pouvons ne jamais y tomber ; nous sommes tentés malgré nous, mais nous n'entrons dans la tentation que de notre gré. Tenons-nous donc sur nos gardes, et prévoyons le danger, l'occasion, la tentation, pour n'y pas entrer...

II. Qu'est-ce que d'entrer dans la tentation ? C'est entrer dans les sentiments qu'elle suggère, en suivre l'attrait, en subir la violence ; c'est entrer dans le courant de nos passions, et nous laisser entraîner ou submerger. Entrer en tentation, c'est appliquer notre esprit à ce qui nous est subitement suggéré de mauvais, c'est nous en occuper. On veut voir ce que c'est, on s'entretient quelque temps avec le serpent, on ne veut pas le chasser sans savoir ce qu'il dit, et l'on pénètre ainsi plus ou moins rapidement dans la tentation, où l'on ne tardera pas à périr. Car toutes les tentations ont un commencement, qui mène fort loin quand il est négligé. Mais il serait aisément vaincu, si on ne lui laissait pas le temps de se fortifier, soit par une espèce d'engourdissement et de paresse, soit par une mauvaise curiosité, soit par une présomption téméraire. Nous entrons d'autres fois dans la tentation par plaisir ou par faiblesse, parce que nous négligeons la prière, et que nous nous laissons amorcer par le moindre appât, comme le poisson qui entre dans le filet ou mord à l'hameçon. N'est-ce point là l'explication de nos chutes ?...

III. En disant tous les jours à Dieu : « Et ne nos inducas in tentationem, ne nous induisez point en tentation, ne nous laissez pas succomber à la tentation (Matthieu 6 , 13), nous ne refusons pas d'être tentés, nous demandons la force de résister aux tentations, une force qui soit proportionnée au péril. Nous prions notre Père céleste de régler tellement, à notre égard, tous les événements dont il est le maître absolu, qu'aucun ne devienne pour nous une tentation trop forte, subite ou imprévue. Nous demandons qu'il nous inspire la vigilance et la fidélité, pour réprimer les plus légers commencements de la séduction ou de la crainte ; nous demandons qu'il fasse cesser la tentation, avant que notre patience et notre fermeté soient abattues. Si néanmoins nos tentations se multiplient, tâchons de nous en consoler et de nous en réjouir. Comme la fumée précède le feu, la tentation précède la gloire : et comme l'or s'épure dans le creuset, l'homme se perfectionne dans les épreuves. Ne nous laissons-nous point aller, au contraire, à la tristesse et au découragement ?...

Lisez dans L'Agonie de Jésus, liv. XI, ch. IX, N'entrez pas dans la tentation.

 

Pratique : Pour ne point entrer dans la tentation ou pour en sortir victorieux, veillons par la pratique des bonnes œuvres, prions par la fréquentation des sacrements. Augmentons même souvent alors nos charités, nos oraisons et nos austérités. Pour faire de toutes nos tentations autant de sources de grâces, demandons instamment à Dieu la prudence et le courage.

 

Exemple

 

Au temps de saint Vincent de Paul, un célèbre docteur en théologie fut soumis à une terrible épreuve. Son esprit s'obscurcit, sa foi s'ébranla, la prière sur ses lèvres se changea en blasphème, et le désespoir lui soufflait de continuelles tentations de suicide. Après de vains efforts pour le guérir, Vincent s'offrit à Dieu en victime, et consentit à prendre sur lui la tentation du docteur. Cet héroïque sacrifice fut accepté dans toute son étendue. Pendant que la lumière, l'espérance et l'amour affluaient dans l'âme du docteur, le saint était cruellement tenté, malgré ses larmes et ses bonnes œuvres. Alors il écrivit son Credo, et l'appliqua comme un remède sur son cœur. Puis, il convint avec Dieu que sa main, posée sur ce papier, serait un désaveu de la tentation et un acte de foi. De plus, il se fit une loi de contredire en tout les suggestions de l'ennemi, dans ses pensées, ses paroles et ses actes, s'appliquant à suivre toujours l'esprit de foi, à ne proférer que son langage, et à ne produire que les œuvres de la divine charité. Ce fut alors qu'il multiplia ses visites et ses services dans les hôpitaux. Cependant trois ou quatre années se passèrent dans ce rude exercice, et la tentation durait toujours. Dieu voulait encore quelque chose de son serviteur. Un jour qu'il était plus désolé que de coutume, il tomba à genoux et voua a vie à Jésus Christ dans la personne des pauvres. Il se releva libre et consacré apôtre de la charité.

 

Vingt-huitième jour

Promptitude et faiblesse

 

En recommandant la vigilance et la prière, Jésus en donna ce motif : « Spiritus quidem promptus est, caro autem infirma » (Matthieu 26, 41), parce que l'esprit est prompt à s'élever vers l'avenir, et à former de beaux projets, mais la chair est faible à les réaliser, et à tenir nos meilleures résolutions. Une trop grande confiance dans la promptitude de l'esprit, doit nous faire craindre d'autant plus la faiblesse de la chair.

 

Méditation

 

I. Le Verbe incarné, pendant sa vie mortelle, avait eu la promptitude de l'esprit, et il avait vivement désiré sa passion ; mais à peine l'heure de souffrir est-elle venue, qu'il éprouve la faiblesse de la chair et tombe en agonie. De même nous concevons dans la joie, mais nous enfantons dans la douleur, et peut-être ne participons-nous jamais mieux à l'agonie du Sauveur, qu'au moment d'accomplir, comme lui, ce qui doit contribuer à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Si notre esprit est généreux, comme le sien, à vouloir ce qui est saint et utile, prompt à trouver les moyens de le faire, notre chair est faible dans l'exécution ; elle sent la peine et la fatigue, elle nous force à dire quelquefois : ah ! Qu'il en coûte pour faire le bien ! Sommes nous alors courageux, comme Jésus, pour aller au-devant des difficultés ?...

II. Les apôtres avaient prouvé la promptitude de leur esprit, quand ils avaient dit : « Nous mourrons avec vous » (Marc 14, 31) ; maintenant ils prouvent l'infirmité de leur chair, en se livrant au sommeil précurseur du renoncement ou de l'abandon. Nous-mêmes ne prouvons-nous pas cette promptitude de l'esprit dans les moments de ferveur ? par exemple, lorsque, dans la joie d'une première communion, nous renouvelons nos promesses du baptême ? Mais vienne l'adversité, vienne la tentation, nous ne montrons plus que la faiblesse de la chair. Cette promptitude et cette faiblesse, en un même sujet, nous causent parfois une sorte d'agonie. L'agonie est un abaissement de la vie : notre vie ne s'abaisse-t-elle pas par la faiblesse de la chair ? L'agonie est un combat : le combat, ne se ranime-t-il pas en nous par la promptitude de l'esprit ? Chacun de nous peut dire : Il y a deux hommes en moi, l'homme de l'esprit et l'homme de la chair ; et ces deux hommes se font souvent la guerre. Puisse cette lutte intérieure m'apprendre à être plus indulgent pour le prochain, plus miséricordieux dans mes jugements !...

III. Le tour de phrase dont se servit le divin Maître, attirait l'attention de ses disciples sur la faiblesse de là chair, plus que sur la promptitude de l'esprit, et la leur présentait comme ce qui les exposait le plus à entrer dans la tentation ; car l'esprit est prompt à la vérité, mais la chair est bien faible. Saint Paul insistera aussi davantage sur cette infirmité de la partie animale de notre être, puisqu'il en gémira souvent dans ses épîtres. Le principal motif de cette insistance est, sans doute, que la faiblesse de la chair n'est pas une simple absence de forces, quelque chose de purement négatif, mais une résistance positive à l'esprit par la violence des désirs contraires. Cette faiblesse de la chair n'est point semblable à la débilité d'un malade ou d'un enfant, qui n'est capable d'aucun effort ; on doit la comparer à la résistance d'un homme sain et robuste, d'un athlète ferme et vigoureux, combattant contre un autre qui prétend l'assujettir. Que faisons-nous pour diminuer cette résistance de la chair aux mouvements de l'esprit ? Nous imposons-nous des privations ou quelques macérations, comme le grand apôtre qui châtiait son corps pour le réduire en servitude (1 Corinthiens 9, 27) ?...

Lisez dans L'Agonie de Jésus, liv. IX,ch. XI, Promptitude de l'esprit et faiblesse de la chair en nous-mêmes.

 

Pratique : Gardons-nous d'accroître la fragilité de la chair, en prenant les habitudes d'un siècle sensuel, où chacun cherche ses aises et veut trouver partout le confortable. Défions-nous de l'ardeur même de l'esprit, qui peut devenir pour nous un danger, parce qu'elle naît quelquefois de l'orgueil et engendre la présomption. A la mortification unissons toujours l'humilité.

 

Exemple

 

Saint Thomas d'Aquin, à peine âgé de seize ans, s'enfuit de sa famille qui s'opposait à sa résolution d'entrer chez les dominicains. Surpris en route, il fut ramené au château d'Aquin et resserré dans une étroite prison. Une courtisane fut même introduite dans sa chambre. Aussitôt, prenant un tison enflammé, il repousse et poursuit la misérable. Puis, avec le même tison, il trace une croix sur le mur, tombe à genoux et renouvelle le vœu qui le consacrait entièrement au Seigneur. Pendant qu'il priait, un doux sommeil s'empara de lui. Les anges le visitèrent dans cette extase de la virginité, et ceignirent ses reins d'une ceinture, en lui disant : « Nous venons à toi, de la part de Dieu, te conférer le don de virginité perpétuelle ». Le cordon miraculeux que Thomas avait reçu des anges, et qu'il porta jusqu'à la fin de sa vie, fut donné à la maison des dominicains de Verceil, en Piémont. Sur ce modèle furent faits d'autres cordons semblables, qui devinrent la marque distinctive d'une nouvelle association, nommée la Milice Angélique, dont le but était de conserver ou de reconquérir le trésor de la pureté. Cette légion sainte, armée pour le triomphe de l'esprit sur la chair, se répandit avec une merveilleuse rapidité dans toutes les contrées de l'Europe, et s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Les riches et les pauvres, les rois et les reines se firent gloire, pendant plus de cinq siècles, de porter le cordon de saint Thomas et de la sainte Vierge ; il devint surtout en usage parmi les étudiants de toutes les universités.

 

Vingt-neuvième jour

Prière répétée

 

Jésus agonisant se tourna trois fois vers son Père pour demander grâce, et trois fois il parut repoussé. Il s'approcha trois fois de ses plus chers disciples, comme pour en recevoir un peu de consolation, et trois fois il les trouva endormis. Comment cette réitération des mêmes efforts, toujours infructueux en apparence, n'aurait-elle pas aggravé l'agonie du chef, puisqu'elle aggrave tous les jours l'agonie des membres, nos luttes et nos souffrances morales ?

 

Méditation

 

I. Le Sauveur au jardin des Olives fit trois fois la même prière, oravit tertio eumdem sermonem dicens (Matthieu 26, 44). Il répéta les mêmes choses, et presque les mêmes paroles. Cette répétition peut se rapporter au transeat, au calice dont il demandait l'éloignement, et dans ce cas l'identité des termes n'excluait point la variété des intentions. Par ce calice, le divin agonisant ne pouvait-il pas indiquer tantôt une chose, tantôt une autre ? Cette répétition peut s'entendre du fiat, c'est-à-dire de la résignation qui, dans l'expression comme dans le sentiment, était générale et s'étendait à tout, mais qui pouvait admettre quelque variété dans les termes : « Que votre volonté soit faite et non la mienne (Luc 22, 42), non ce que je veux, mais ce que vous voulez (Marc 14, 36), comme vous voulez et non pas comme je veux (Matthieu 26, 39). Toutes les prières ne sont-elles pas résumées ou renfermées dans celles-là? Et n'est-ce pas cette partie de sa prière que Notre-Seigneur répéta surtout ? Est-ce aussi ce que nous aimons à répéter le plus, fiat ! Fiât !? D'ordinaire nous ne répétons volontiers que le transeat de la répugnance : loin de moi cette épreuve, loin de moi ce mépris, loin de moi cette douleur ! Notre parfait modèle l'a dit en son agonie, mais en ajoutant chaque fois le fiat de la soumission. L'imitons-nous ?...

II. Cette répétition se rapporte à l'ensemble, et s'entend de toute là prière de Notre-Seigneur. Il la répéta plusieurs fois intégralement, et voulut nous apprendre ainsi à persévérer dans nos demandes, à les renouveler même avec une constance toujours plus grande. Car notre insistance finit par obtenir ce qui pourrait être refusé à notre indignité. Cette importunité réjouit merveilleusement notre Père céleste. S'il diffère de nous accorder ses dons, son motif ordinaire est de nous les faire demander lus souvent et plus instamment. La foi, l'humilité, le respect et la confiance préparent les grâces, mais c'est la persévérance qui nous les obtient. Nous obstinons-nous dans la même prière, dans la même demande ?...

III. Le bon Maître voulait aussi nous montrer qu'une première résignation, une première acceptation du calice, ne suffit pas de notre part, et que nous devons réitérer souvent les protestations de notre obéissance, avec les prières qui peuvent seules nous obtenir cette conformité. Le Fils de Dieu ne s'était-il pas pleinement soumis dès la première fois, et son sacrifice n'avait-il pas été sans réserve ? Cependant il réitère les mêmes instances, pour s'entretenir dans ces heureuses dispositions. Pourquoi donc nous, qui sommes si changeants et si faibles, ne réitérerions- nous pas les mêmes exercices de piété, la méditation, l'examen, la confession, la visite et la communion ? L'Église le fait, comme son divin Époux. C'est la manne qui tombe toujours la même dans le désert de cette vie, mais qui a tous les goûts et toutes les délices (Sagesse 16, 20). Sommes- nous fidèles à la recueillir ?...

 

Lisez dans L'Agonie de Jésus, liv. IX, ch. XIV, Répétition des mêmes prières.

 

Pratique : Combattons la paresse de l'esprit, qui met obstacle à notre persévérance dans les mêmes prières, à nos progrès dans l'oraison, à notre perfection dans la vie contemplative. Tenons-nous en garde contre la manie de changer ou de multiplier les pratiques de dévotion, parce qu'elle n'est qu'une pure impatience de notre nature, qui veut toujours courir à cent choses, et qui n'aime rien tant que la nouveauté.

 

Exemple

 

La charité de saint Paul était un vaste et profond océan ; il donnait quelque soulagement à l'impétuosité de ses flots, en multipliant ses prières, en réitérant ses instances pour les enfants d'Israël. Pour eux l'affection de mon cœur, écrivait-il. et pour leur salut ma prière à Dieu (Romains 10, 1).La charité divine fut toujours le foyer du plus ardent patriotisme, et, en vivant ou en mourant pour Jésus-Christ, les saints priaient très souvent pour leur patrie. Ils prient encore pour elle comme pour leur famille, comme pour lEghse, et ils ajoutent à la prière le sacrifice. Pour décider le Seigneur à donner des grâces de choix, les religieuses du Cœur agonisant réitèrent chaque jour leur vœu d'immolation. Il les oblige au jeûne hebdomadaire et cette pratique extérieure de mortification a pour but de leur rappeler abattement corporel, auquel la sueur de sang réduisit le divin Maître. Il les oblige à l'exercice quotidien d'intercession, et cet exercice répond à la prière prolongée que fit l'Homme-Dieu dans le jardin des Oliviers. Quoi de plus éloquent que le cri de miséricorde poussé par toutes ces épouses du Sauveur, qui viennent au pied de l'autel s'associer à son sacrifice, unir leur prière à sa Prière, leur agonie à son agonie ! Des faits nombreux ont prouvé qu'elles obtiennent les grâces variées et puissantes, surtout des pensons inespérées, des conversions sincères, des morts édifiantes. Mais elles laissent à Dieu le soin de révéler ces faits. Leur vif désir est de rester elles-mêmes dans l'ombre et l'oubli, pour mieux imiter Jésus agonisant, dont la prière et le sacrifice sur le mont des Oliviers se firent dans le silence de la nuit.

 

Trentième jour

Les prévisions

 

Après avoir réveillé une troisième fois ses disciples, le divin Maître leur dit : « Il suffit, l'heure est venue, voici que le Fils de l'homme va être livré aux mains des pécheurs, Ecce Filius hominis tradetur. Levez-vous donc et allons. Voici que celui qui va me livrer est proche » (Marc 14, 41-42). Ces mots nous révèlent en Notre Seigneur cette prévision des épreuves, qui est souvent en nous une cause d'agonie, de souffrance, d'accablement.

 

Méditation

 

I. Les dernières paroles de Jésus agonisant à ses trois apôtres préférés, nous apprennent l'efficacité d'une résignation parfaite secondée de la grâce : il n'est rien de si pénible qu'elle ne nous fasse endurer ou entreprendre avec intrépidité ; elle réveille et fortifie toutes les puissances de L'âme. Notre Seigneur avait tremblé, avait été accablé de tristesse, s'était étendu sur la poussière et avait répandu une sueur de sang ; mais depuis qu'il s'est résigné pleinement à la volonté de son Père, il est plein d'ardeur pour affronter les redoutables épreuves qu'il prévoit, et il s'écrie lui-même : « En avant ! Venit hora », voici l'heure attendue depuis tant de siècles, voici l'heure que j'ai toujours regardée depuis le premier instant de ma vie, voici l'heure de ma détention et de votre affranchissement. Voici l'heure d'offrir aux hommes un suprême exemple de courage et de force, afin que, dans les occasions où ils se verront assaillis de difficultés, ils se souviennent de moi et surmontent tout généreusement, comme ils m'auront vu faire. Et pour qui va-t-il le faire ? pour qui court-il au-devant des souffrances prévues ? pour des indifférents, pour des ingrats, pour ses bourreaux eux-mêmes. Le Cœur agonisant de Jésus est un immense brasier d'amour ; le vent de l'ingratitude en rend la flamme plus vive et plus ardente. Ah ! Je veux en approcher mon cœur, pour qu'il s'embrase aussi et lui devienne semblable...

II. Les pécheurs désignés par la parole de Notre-Seigneur, in manus peccatorum, sont les Romains idolâtres, les Juifs déicides et Judas le traître. Cette connaissance anticipée de la trahison, de l'arrestation, de tous les détails de la passion, rendit plus douloureuse pour son Cœur toute sa vie mortelle, et en particulier son agonie. Dès son entrée en ce monde, il était homme pour sentir cette peine dans toute son étendue, et Dieu pour la prévoir dans toutes ses circonstances. Durant la passion, il y eut peu d'intervalle entre les différents supplices, à peine lui donnait-on le loisir de respirer ; néanmoins il ne les souffrit pas tous à la fois, au lieu qu'au jardin ces maux vinrent en foule assaillir son âme désolée : elle découvrit d'une seule vue toute cette longue et tragique histoire. Or tel qui pourrait résister en détail à tous ces malheurs, est accablé par la multitude. Le Sauveur fut d'abord abattu, mais avec quelle énergie il se releva ! Ainsi la grâce corrige et complète la prévision naturelle, qui souvent exagère les maux à venir, et nous abat plus qu'elle ne nous relève ; la grâce en fait la prévoyance chrétienne, qui prie avec Jésus, se mortifie avec Jésus, et se relève avec Jésus en face des difficultés réelles, pour les affronter de grand cœur...

III. Notre âme a deux facultés qui multiplient pour nous les douleurs et les épreuves. La mémoire et la prévoyance ne sont-elles pas en nous comme deux échos, qui répètent tous les sons lamentables, ou comme deux miroirs qui réfléchissent toutes les images sombres et attristantes ? Nous oublions plus facilement nos joies que nos douleurs, et nous sommes plus prompts à prévoir la peine que le plaisir. Cette prévision nous sert-elle toujours à augmenter nos mérites, en multipliant nos actes de résignation ? C'était dans sa prière que le Fils de Dieu prévoyait et acceptait toutes ses épreuves ; le temps de nos exercices de piété n'est il pas aussi le plus favorable à la prévoyance, et à l'acceptation de nos croix ? L'oraison du matin et la retraite annuelle sont des actes de prévoyance pour toute une journée, pour toute une année. La vie spirituelle est une continuelle prévoyance, et les saints furent les plus prévoyants de tous les hommes. Sous ce rapport, sommes-nous les enfants des saints ?...

Lisez dans L'Agonie de Jésus, liv. XI, ch. I, Prévoir les épreuves.

 

Pratique : Étendons notre prévoyance jusqu'au dernier instant de notre vie, afin que la mort ne puisse nous surprendre, quand même elle serait subite. Propageons la confrérie de la Bonne-Mort, et les associations de prières pour les défunts. Si nous le pouvons, consacrons un jour par mois à l'exercice de la préparation à la mort.

 

Exemple

 

Mademoiselle de Saint-Légier de la Sauzaye avait le zèle des malades. Ce fut à leur chevet qu'elle reçut l'inspiration d'établir une œuvre spéciale pour les aider à bien mourir, et pour préparer l'habitation de l'indigent à la visite du suprême consolateur. Bientôt, avec le concours d'une autre pieuse demoiselle, vouée comme elle au service de Notre-Seigneur dans la personne des pauvres, elle fonda l' Œuvre du Saint-Viatique. Elle put en constater les heureux fruits, mais elle mourut avant de la voir érigée en archiconfrérie. Cette érection date du 13 avril 1874, et le siège de l'archiconfrérie est la basilique de Saint Pierre à Saintes (Charente Maritime, France). Les associés commencent par remplir auprès des malades le ministère d'anges de paix, de bon conseil et de pieuse assistance ; ils leur inspirent des sentiments de foi et de confiance en Dieu, ils les disposent à se confesser, puis à communier ; ils ornent la chambre, et y portent toute une petite chapelle. Ils accompagnent le Saint-Viatique, et après que le prêtre s'est retiré ils n'abandonnent pas le mourant : ils l'exhortent à unir ses souffrances à celles du Sauveur, et prient avec lui et pour lui. « Quelle consolation pour le prêtre, écrivait-on, de trouver des chrétiennes au cœur brûlant d'amour pour Jésus, qui mettent leur bonheur à préparer les âmes, et à faire oublier aux pauvres le dénuement de leur mansarde, lorsque Dieu vient les visiter ! Aussi je désire vivement que l'OEuvre s'établisse partout ».

 

Trente-et-unième jour

Le Cœur compatissant de Marie

 

On croit que la Vierge-Mère eut le privilège de savoir ce que son Fils endurait, et d'unir son Cœur compatissant au Cœur agonisant de l'Homme-Dieu. Plusieurs âmes d'élite ont même pensé que Marie fut corporellement présente auprès de Jésus agonisant dans le Jardin, comme elle se tint debout auprès de Jésus mourant sur le Calvaire.

 

Méditation

 

I. La prévoyance avait fait de la vie de la Mère, comme de la vie du Fils, une longue agonie, et tout ce que les prévisions de Jésus avaient de plus douloureux, s'était réfléchi dans les prévisions de Marie, comme dans un miroir fidèle, afin d'augmenter sa participation aux souffrances qui devaient nous sauver. Marie fut ainsi, après Jésus, le plus parfait modèle de la résignation dans la prévoyance, et afin que sa résignation fût plus méritoire, sa prévoyance s'étendait au delà de ses maux personnels, à tous les maux de celui qu'elle aimait plus qu'elle-même. Elle n'aurait pu supporter un tel poids de douleurs, s'il n'avait été tempéré par de fréquentes consolations. Le Cœur agonisant de Jésus appelait donc le Cœur compatissant de Marie, et comme c'est au jardin que l'un fut le plus agonisant, c'est alors que l'autre fut le plus compatissant. L'agonie du Fils causa l'agonie de la Mère, et celle-ci à son tour rendit celle-là plus cruelle. Les honorons-nous toutes deux, par un pieux souvenir et une efficace compassion ?...

II. Pour aller du cénacle au jardin des Oliviers, pour courir à la mort, le Sauveur avait dû s'éloigner de sa Mère ; mais il ne s'en était séparé que de corps : il lui laissa tout entier son Cœur, et demeura toujours avec elle par la pensée et l'affection. L'amour qu'il avait pour sa Mère, fut un clou qui lui perça le Cœur, et l'attacha à une croix intérieure. Il voyait Marie présente à tous les mystères de sa passion, il voyait toutes les plaies de son corps se réunir et se ramasser dans le Cœur virginal de cette Mère bien-aimée : la compassion qu'elle avait ainsi de sa mort, le faisait plus souffrir que sa mort même. Voilà comment, rapprochés par un amour sans bornes, les Cœurs sacrés de Jésus et de Marie s'embrasaient de plus en plus l'un pour l'autre, et leurs flammes en s'unissant rendaient plus ardente la compassion réciproque pour leurs communes douleurs. Chaque coup qui frappait l'un ou l'autre de ces deux Cœurs, loin de trancher le nœud de leur amour, le resserrait davantage. En est-il ainsi de nous ?...

III. Venez donc, ô Marie, venez essuyer la sueur sanglante de Jésus. Et si vous n'avez pas de linge, essuyez, comme Madeleine, avec vos propres cheveux (Luc. vu, 38). Que de fois, lorsqu'il était encore enfant, vous avez essuyé ses larmes, en lui témoignant un souverain respect et une singulière dévotion ! Que de fois, le Cœur débordant de tendresse, vous lui avez donné un baiser ! Ce soir encore essuyez-le, baisez-le ! Non, vous ne pouvez être de corps auprès de lui, vous savez seulement ce qu'il endure dans son agonie. Mais cette connaissance suffit à déchirer votre Cœur, autant que si vous éprouviez vous-même ses angoisses. Votre Cœur est aussi brûlant que s'il était dans une ardente fournaise, et le feu de l'affliction vous pénètre tout entière. Durant cette triste nuit quelles paroles jaillirent de votre Cœur comme des étincelles ! « Ô mon Fils, disiez-vous, qui me fera la grâce de souffrir tous vos tourments, de mourir en votre place ? Ô Jésus, unique consolation de mon Cœur pourquoi ne me permet-on pas du moins de mourir avec vous ?... »N 'oublions-nous point ces gémissements de notre Mère ? (Eccle. 7, 29) Sommes-nous dans les sentiments où était Jésus (Philip, II, 5), où était Marie ?...

Lisez dans L'Agonie de Jésus, liv. XII, ch. VI, L'agonie de Marie.

 

Pratique : Imitons Notre-Dame du Mont des Oliviers, et invoquons son Cœur compatissant pour les affligés, les pécheurs et les moribonds. Dans le même but, répandons cette série non interrompue d'hommages, qu'on nomme Supplication perpétuelle au Cœur compatissant de Marie.

 

Exemple

 

Une noble veuve, très-zélée à répandre en Angleterre la dévotion qui nous occupe, offrait à Dieu tous ses efforts comme une prière pour des grâces nouvelles, comme un témoignage de reconnaissance pour les faveurs déjà obtenues. Une de ses parentes, ayant reçu une grande grâce par l'intercession de Notre-Dame des Victoires, voulait envoyer à Paris un riche ex-voto en métal. « N'y dépensez plutôt qu'une somme modique, lui dit la pieuse veuve, et faites offrir beaucoup de messes en action de grâces, en priant les prêtres que vous en chargerez, d'en remettre les mérites aux mains de la très sainte Vierge, pour qu'elle en fasse elle-même l'application aux âmes des agonisants, qui devront ce jour-là paraître devant Dieu. Ces âmes sauvées par la vertu du saint sacrifice, seront un ex-voto vivant et éternel, qui sera plus agréable au Cœur agonisant de Jésus et au Cœur compatissant de Marie ». Ce conseil fut suivi, comme on peut le voir dans les Annales de l'archiconfrérie du très saint et immaculé Cœur de Marie, numéro de décembre 1872. Combien de prêtres et de fidèles reconnaissants voudront aussi contribuer, par l'oblation du sacrifice de la messe, au salut des agonisants de chaque jour ! Les âmes ainsi sauvées deviendront dans le ciel autant d'ex-voto vivants, qui rendront éternellement témoignage de notre gratitude, pour les grâces dont nous sommes comblés ici-bas. Adressons-nous donc au Cœur compatissant de Marie, pour qu'il applique aux moribonds tous nos mérites et les mérites du sang de Jésus-Christ.

 

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Prochain mois de Dévotion: Le Mois de Marie des Madones Nantaises

 

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23 mai 2016

Le Mois de Marie d'Ars

Le Mois de Marie d'Ars

Un mois avec le Saint Curé d'Ars

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Vingt-quatrième jour

Refuge des pécheurs, priez pour nous.

 

Il est dans la nature de l'homme, d'appréhender grandement de paraître devant celui qu'il sait avoir offensé, fût-ce même pour lui témoigner son repentir et lui demander grâce, surtout si le coupable est un misérable révolté centre son bienfaiteur. Ah ! quel soulagement, quelle consolation pour ce malheureux, quand un ami commun, un ami dévoué et influent vient lui offrir sa bienveillante entremise et faciliter sa réconciliation ! Mais si c'est la mère elle-même de l'offensé qui daigne interposer en faveur du coupable son puissant crédit auprès d'un fils plein de tendresse pour elle ; alors quelle joie ! quel bonheur !

Pécheurs, cette avocate toute puissante et si bien disposée en votre faveur ; c'est Marie mère de Jésus-Christ son fils adorable, dont vous avez méconnu l'amour infini, dont vous avez audacieusement outragé la majesté suprême. Ah ! Sans doute, vous êtes coupables et grandement coupables, vos péchés sans nombre crient vengeance contre vous et semblent devoir vous pousser dans l'abîme du désespoir. Mais voilà que Marie, l'auguste mère de Dieu, Marie le refuge des pécheurs, abaisse sur vous des regards pleins de tendresse, vous prend entre ses bras et vous couvre de ses mérites pour apaiser la colère de son divin fils. Fussiez-vous mille fois plus coupables encore, prenez courage ; elle sollicite votre pardon, elle est assez puissante pour l'obtenir.

Combien de pécheurs endurcis, ayant croupi de longues années dans l'iniquité se sont convertis tout à coup, d'une manière inespérée, quelquefois sur le seuil de l'éternité, et lorsque déjà, pour ainsi dire, ils avaient un pied dans l'enfer. À quoi attribuer la grâce de leur conversion ? A quelque pratique de dévotion envers la Sainte Vierge, qu'ils avaient conservée au milieu de leurs désordres ou bien à la pieuse intervention d'un ami, d'une mère, d une épouse, d'une sœur qui gémissait en secret sur les égarements d'un père, d'un époux, d'un fils ou d'un frère, qui ne cessait de chaque jour ses humbles et puissantes prières vers le trône miséricordieux de Marie.

Personne ne semble avoir plus expérimenté la miséricorde de la sainte Vierge que notre saint curé, et aucun docteur de l'Eglise n'en parle en termes plus touchants. Écoutons-le. « La Sainte Vierge se tient entre son fils et nous. Plus nous sommes pécheurs, et plus elle a de tendresse et de compassion pour nous. L'enfant qui a coûté le plus de larmes à sa mère est le plus cher à son cœur. Une mère ne court-elle pas toujours au plus faible et au plus exposé ? Un médecin dans un hôpital, n'a-t-il pas plus d'attention pour les plus malades ? » Qui que vous soyez, quelque soit létal de votre âme, ne désespérez donc pas de votre salut. Que vous demandiez pour vous ou pour autrui une grâce de conversion, le temps est propice, redoublez de confiance. Marie tient en réserve, pour la fin de ce mois qui lui est consacré, des miséricordes spéciales. Ouvrez vos cœurs et vos mains. « Ô Marie, s'écrie saint Bernard, j'y consens, qu'il ne soit plus fait mention de votre miséricorde, si jamais quelqu'un peut dire l'a voir implorée eu vain ».

Mais que le pécheur qui veut trouver en Marie un refuge et un port assuré, se détache du péché ; qu'il rompe avec le péché, qu'il demande sérieusement la grâce d'un sincère retour à Dieu. Car sans cela, sa dévotion ne serait qu'une dérision du Dieu des miséricordes et de la mère des miséricordes.

 

Exemple

Conversion d'un grand pécheur

 

Dans le temps que saint François de Borgia était à Rome, un grand pécheur se présenta à lui. Il trouva dans cet homme tant de désordres qu'il n'osa se charger de sa conscience : il le renvoya au P. Acosta qui était très éclairé dans 'la direction des âmes. Voici le récit de cet insigne coupable : « Mon père, dans mon bas âge, je paraissais avoir de la religion, je priais Marie, je la saluais sans cesse. Je communiais souvent, mais dans le fond du cœur j'étais gâté, je cachais mes péchés en confession ! J'ai accumulé crimes sur crimes, sacrilèges sur sacrilèges : parfois je promettais de me corriger, et dès que l'occasion se présentait, je retombais dans mes crimes honteux. Plusieurs fois lorsque j'allais communier, Jésus-Christ m'a apparu et m'a dit : « Pourquoi, malheureux ! Me maltraites-tu de cette sorte, Moi qui ai tant de bonté pour toi ? N'est-ce pas assez d'avoir été crucifié par les Juifs ? Faut-il donc que je trouve encore un nouveau Calvaire dans ton cœur ? Accoutumé avec le péché, j'étais insensible ; mais voici le dernier trait de la Miséricorde de mon Dieu. Ce matin, un ange m'a apparu, il m'a présenté une hostie consacrée et m'a dit : « Connais-tu ce Dieu sauveur qui l'a comblé de biens et que tu profanes depuis tant d'années ? Voici le châtiment de ton ingratitude ». En finissant ces mots, il a saisi une épée pour me donner la mort. Comme hors de moi-même, me voyant perdu pour toujours, je me suis écrié : « Je vous salue, Marie, vous seule pouvez me sauver ». L'Ange m'a répondu : « C'est la dernière miséricorde de Dieu à ton égard ; Dieu le laisse, par la protection de notre Reine, encore quelque temps sur la terre pour expier tes péchés ». Le P. Acosta consola ce malheureux, qui fit la plus rude pénitence jusqu'à l'heure de sa mort. (Cité par saint Alphonse de Liguori).

Pratique : Récitez un Souvenez-vous, pour demander la conversion de telle ou telle personne, au salut de laquelle vous vous intéressez d'une manière particulière.

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Prière

 

Qu'il m'est doux, ô Marie ! D'apprendre que vous êtes le refuge des pauvres pécheurs ; vous serez le mien en particulier. Combien de fois n'ai je pas eu le malheur d'offenser votre divin fils ; vous devriez m'avoir en horreur. Loin de là, ma propre misère vous attire à moi pour me guérir et me sauver. C'est dans votre cœur miséricordieux que je dépose tant de souvenirs amers que je voudrais pouvoir effacer du livre de ma vie. Obtenez-moi une contrition toujours plus vive, un ferme propos plus inébranlable, une pratique plus généreuse de la mortification ; et qu'ainsi je meure un jour plein d'abandon entre vos mains, dans votre amour et celui de votre divin fils. Ainsi soit-il.

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15 mai 2016

Le Mois de Marie d'Ars

Le Mois de Marie d'Ars

Un mois avec le Saint Curé d'Ars

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Seizième jour

Trône de la sagesse, priez pour nous

 

La sagesse éternelle, c'est le fils de Dieu fait homme. Marie lui a servi de trône, soit lorsqu'elle le portait dans son sein, soit lorsqu'elle le tenait dans ses bras. Voilà pourquoi les images de la Sainte Vierge nous la représentent ordinairement avec Notre-Seigneur son divin fils Les trônes des rois dé la terre brillent par l'éclat de l'or et des pierres précieuses ; Jésus-Christ le roi des rois a choisi quelque chose de mieux que l'or et les diamants, il a pris pour trône le cœur et les bras de la Sainte Vierge. C'est là qu'il s'est assis en souverain pour instruire le monde, pour le gouverner et le sauver. Par là il nous a appris qu'il ne se laisse point attirer par l'or mais par la vertu ; qu'il estime par dessus tout la pureté du cœur et l'innocence de l'âme. S'il y avait eu sur la terre, une âme plus ornée de grâces, plus riche de vertus que celle de la Sainte Vierge, le Seigneur fut venu à elle et l'aurait choisie pour en faire son trône.

Mais Jésus, la sagesse incréée, a-t-il pu prendre Marie pour son trône, sans lui communiquer sa propre sagesse, sans l'enrichir de cette vertu divine qui est comme la source d'où découlent toutes les autres ? Ah ! qui fut jamais plus sage et mieux inspiré que Marie dans ses pensées, dans ses projets, dans ses paroles et dans toutes ses actions ! La sagesse la prend au berceau et dirige tous ses pas jusqu'au terme de sa carrière Dès l'âge le plus tendre, lorsque les autres enfants ne pensent qu'aux plaisirs et aux amusements, ne recherchent que les caresses de leur mère, Marie se retire dans le temple pour mieux servir Dieu, elle comprend et met en pratique cette grande maxime de Sagesse : « Cherchez avant tout le royaume de Dieu ». Plus tard elle est honorée du message d'un ange, elle apprend que l'honneur convoité par toutes les filles d'Israël, celui de devenir la Mère du Messie lui est dévolu ; Marie va-telle épancher au dehors ce secret du ciel ? Va-t-elle se prévaloir et tirer vanité d'une prérogative qui l'établit reine du ciel et de la terre ? Sa réserve en cette circonstance condamne la jactance de ces personnes toujours prêtes à se vanter des avantages de leur condition, des dons naturels ou surnaturels dont elles sont favorisées. « Que possédez-vous, dit saint Paul, que vous ne l'ayez reçu ? Mais si vous l'avez reçu, pourquoi vous en glorifier comme d'un bien propre ? » La sage réserve de Marie, condamne encore la démangeaison de parler, l'intempérance de langue de ces personnes qui veulent tout savoir pour tout raconter, qui fouillent les secrets des familles pour se donner le plaisir de les publier. Il suffit d'une langue indiscrète pour porter le trouble et la division dans une famille, et souvent même dans toute une paroisse.

Joseph, son chaste époux, reste étranger à la connaissance du mystère, conçoit un doute cruel en voyant son état, et pense à l'abandonner. Que fait encore Marie ? Elle souffre en silence plutôt que de trahir le secret que l'ange lui a confié, et abandonne à Dieu le soin de faire éclater son innocence. Ô vous sur qui la calomnie fait planer d'injurieux soupçons, ne vous laissez point aller à l'abattement, aux plaintes, aux récriminations contre celui-ci ou contre celle-là. Confiez à Dieu votre peine et le soin de votre réputation, et plus vous serez résigné dans l'épreuve, plus il mettra votre innocence dans un jour éclatant. Lorsque les bergers accourent à la crèche, ils ne peuvent contenir les élans de leur joie naïve, et publient à haute voix les magnificences de Dieu. L'Evangile remarque encore que Marie se tait et médite en silence tout ce qu'elle voit et entend. Ainsi les personnes sages et animées d'une solide piété, restent-elfes toujours calmes et maîtresses d'elles-mêmes, au milieu des événements heureux ou malheureux. Rien n'arrive que par là volonté ou la permission de Dieu, et elles se complaisent uniquement dans l'accomplissement de cette divine volonté. On se repent souvent d'avoir parlé, presque jamais d'avoir gardé le silence. Oh ! Qui nous donnera d'imiter la discrétion de Marie, sa réserve dans nos démarches, sa prudence dans nos rapports, sa sagesse dans toute notre conduite !

 

Exemple

Incendie aparté par un scapulaire

 

Dans la nuit du 20 au 21 novembre 4836, un Incendie, poussé par un vent violent, menaçait de consumer en entier un village appelé Dompuac, dans l'Ardèche. Il y avait déjà plusieurs heures qu'on travaillait inutilement à en arrêter les progrès, lorsque une jeune fille, nommée Anne Ragnaud, s'écrie qu'il faut jeter dans le feu un scapulaire, et, se dépouillant de celui qu'elle porte, elle le donne à un des principaux du village. Celui-ci le roule autour d'une pierre et le lance au milieu des flammes. A l'instant la fureur de l'incendie s'apaise, l'espérance se réveille, on redouble d'activité, et bientôt toute crainte de voir le feu se propager est évanouie. Mais le fait le plus étonnant ne fut connu que le lendemain. Comme les débris de la maison incendiée bridaient encore et qu'on les retirait un à un pour les éteindre, ô prodige ! Au milieu des charbons ardents et des pierres brûlantes que la main ne pouvait toucher apparaît le scapulaire intact ; l'image de la Vierge est parfaitement conservée, pas la moindre altération, les attaches même ont été épargnées. On se presse autour du foyer ardent, on pousse des cris d'admiration, on retire le scapulaire que l'on va déposer à l'église aux pieds de la statue de Marie, comme un monument insigne de sa protection. Les témoins de ce fait sont tous les habitants de Dompuac, qui, un an plus tard, au mois d'octobre 1887, accomplissant un vœu de reconnaissance, ont inauguré sur le clocher du village une statue de la Vierge libératrice. (Couronne de Marie, par l'auteur de Fourvière au XIXe siècle).

Pratique : Soyez sage et réservé dans vos paroles. On se repent Souvent d'avoir trop parlé, rarement d'avoir gardé le silence. Au milieu des tentations, il suffit d'invoquer le nom de Marie pour éteindre le feu des passions les plus violentes.

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Prière

 

O Marie, quand je rentre en moi même et que je repasse mes années écoulées, combien de paroles indiscrètes que je voudrais n'avoir jamais prononcées ! Combien d'actions imprudentes, de démarches compromettantes que je voudrais n'avoir pas faites ! Si j'avais pris conseil de la sagesse, je n'éprouverais pas aujourd'hui tous ces regrets. O vous qui êtes le trône de la sagesse, épanchez dans mon âme la lumière des bonnes inspirations, la modération des désirs, et surtout obtenez-moi cet attrait des choses divines qui me fasse préférer Dieu et le salut à tout le reste. Ainsi soit-il.

 

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5 mai 2016

Le Mois de Marie d'Ars

Le Mois de Marie d'Ars

Un mois avec le Saint Curé d'Ars

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Sixième jour

Sainte Vierge des vierges, priez pour nous.

 

Après avoir salué Marie comme mère de Dieu, l'Eglise l'invoque comme vierge des vierges. Mère de Dieu et vierge des vierges ! Telle est la double couronne qui brille sur le front de Marie, et dont l'éclat merveilleux éblouit à la fois la terre et le ciel. Son titre de mère de Dieu est plus glorieux, celui de vierge des vierges est, à certains égards, plus cher à son cœur. Si pour devenir mère de Dieu elle avait dû sacrifier sa qualité de vierge, elle aurait préféré l'auréole de la virginité à la gloire de la maternité divine. Aussi, avec quelle vigilance, avec quelle sainte frayeur elle garde ce précieux trésor ! Un ange vient la saluer pleine de grâce, et devant une parole louangeuse, la pudeur de Marie se trouble et s'alarme. Quel exemple ! Quelle leçon ! Apprenons de Marie combien nous devons estimer la vertu angélique, la sainte pureté. Le lys est la fleur qui pare le mieux l'autel de la sainte Vierge. De même, ce qui pare et orne le mieux une famille, c'est la candeur et la pureté virginale des enfants. Tant qu'ils n'ont pas perdu l'innocence et la pureté, ils sont candides, affectueux, obéissants et toujours aimables. Si par le manque de vigilance de leur mère et par la suite de fréquentations dangereuses, leur âme vient à être souillée, ils deviennent aussitôt dissimulés, revêches et de mauvaise humeur. « Il n'y a rien de si beau qu'une âme pure, disait notre saint curé. Notre Seigneur en fit voir une à sainte Catherine, elle la trouva si belle, qu'elle dit : « Seigneur, si je ne savais pas qu'il n'y a qu'un Dieu, je croirais que c'en est un. L'image de Dieu se réfléchit dans une âme pure comme le soleil dans l'eau ».

Vierge des vierges ! Nous ne saurions invoquer Marie sous un nom plus cher à son cœur. Vierge des vierges : c'est à-dire la vierge par excellence, la première et la plus angélique des vierges, la vierge qui a enfanté des millions d'autres vierges. Qu'est-ce qui a peuplé et continue à peupler nos couvents, nos hôpitaux de saintes filles qui ont renoncé au mariage pour se vouer aux austérités du cloître, au service des malades et à l'éducation des petits enfants ? L'exemple de Marie, le pieux désir d'imiter sa virginité. Heureuses les âmes que Dieu a favorisées de la vocation religieuse, et qui ont la générosité d'y répondre ! A elles est réservée la gloire de suivre l'Agneau dans le ciel partout où il ira.

 Mais si tous ne sont pas appelés à l'état parfait des vierges, tous doivent garder la pureté de leur état. Qui que vous soyez, veillez donc sur vos sens, sur vos regards, sur vos conversations, sur votre cœur surtout. Marie exempte de la concupiscence a peine à supporter les regards d'un ange ; que n'avez-vous donc pas à craindre des fréquentations d'un sexe différent ! Est ce dans le monde et l'enivrement des plaisirs que vous pourrez vous conserver chaste ? Autant vaudrait dire que vous voulez marcher sur des charbons ardents sans en ressentir les ardeurs. Il n'y a que les rayons du soleil qui touchent la boue sans se salir. Non, elles ne sont pas sincères, elles se mentent à elles-mêmes comme elles mentent aux autres, les personnes qui affirment vouloir éviter le péché, lorsqu'elles ne veulent pas en fuir les occasions.

 

Exemple

La crainte du péché

 

Sur le penchant d'une colline qui longe la route d'Inspruch à Milan, une jeune fille nommée Marie, gardait son troupeau et chantait un beau cantique à la sainte Vierge, sa patronne. L'un des directeurs du grand théâtre de Milan, qui passait en ce moment sur la route, n'eut pas plus tôt entendu la voix de la jeune bergère, qu'il s'avança vers un champ de genêts pour l'entendre de plus près. Il fut ravi ; jamais il n'avait entendu une voix si douce, si agréable et si étendue tout à la fois. « Quelle belle voix, se dit-il, comme elle irait bien sur un théâtre ! » Et en parlant ainsi, il s'avance vers la jeune fille. « Voulez-vous me conduire à votre mère ? » lui dit-il. « Et mon troupeau, qui le gardera ? » Abandonnez au loup votre troupeau ; je vous le payerai cent fois, mille fois ». « Mais que voulez-vous donc à ma mère ? » « La rendre heureuse et vous tirer vous-même de la misère. Si vous voulez venir avec moi, je vous ferai la première cantatrice du théâtre de Milan, et votre fortune est assurée ». « Je ne veux point de votre fortune, car on nu peut pas faire son salut sur votre théâtre ; j'ai toujours entendu dire qu'on s'y perd soi-même en y damnant les autres ».

Le directeur voyant qu'il ne pouvait rien gagner auprès de la jeune bergère, se rendit vers la mère, qui heureuse d'avoir trouvé un moyen de sortir de la misère, pressa elle-même sa fille d'accepter la proposition qu'on lui faisait ; mais, ni les vives sollicitations de sa mère, ni les magnifiques promesses du directeur, rien ne put ébranler sa résolution, et elle refusa constamment. On lui donna la nuit pour réfléchir. Quelle triste nuit pour la pauvre enfant ! Elle la passa à prier, s'adressant tantôt à Dieu, tantôt à la sainte Vierge ; et chaque fois elle entendait au fond de sa conscience quelque chose qui lui disait : « Ne consens pas, tu quitterais Jésus pour retourner à Satan ». Le matin arrivé, la mère revint à la charge : « Es-tu enfin décidée ? » dit-elle à sa fille. « Non, ma mère, cela m'est impossible. Commandez-moi tout autre chose, et je le ferai avec plaisir ; mais je ne puis offenser mon Dieu, je ne puis sacrifier mon éternité ». « Retire-toi, dit enfin la mère en colère, va te préparer, et dans une heure nous partons ». La jeune fille passa dans une pièce voisine, et là elle prit une détermination héroïque. Ayant entendu dire que la perte des dents de devant changeait entièrement la voix, elle s'approche d'une fenêtre et se brisa deux de ces dents contre l'angle de la pierre. A son retour, le directeur s'aperçut aussitôt de l'altération de sa voix, et pénétré d'admiration pour un courage si héroïque, il renonça à son projet et exhorta la mère à ne plus persécuter une fille si digne de son estime et de son affection. Voilà le généreux sacrifice qu'a fait une jeune fille pour conserver sa pureté.

Pratique : Veillez avec soin sur votre tenue, sur vos regards et sur vos paroles, afin de ne rien dire et de ne rien écouter qui blesse la sainte modestie.

 

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Prière

 

Vierge des vierges ! Vous marchez à leur tête, vous avez la première élevé dans le monde l'étendard de la virginité. O Marie ! J'éprouve un grand désir de marcher à votre suite, pour être présenté un jour par vos mains au Roi des vierges, à l'Agneau sans tache. Je vous confie la garde de tous mes sens, de mon cœur surtout. Daignez l'approcher de votre cœur très pur, et communiquez-lui votre propre intégrité pour le rendre inviolable et impénétrable aux traits de l'ennemi du salut. Ainsi soit-il.

 

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10 mai 2016

Le Mois de Marie d'Ars

Le Mois de Marie d'Ars

Un mois avec le Saint Curé d'Ars

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Onzième jour

Mère admirable, priez pour nous.

Mère du Créateur, priez pour nous.

Mère du Sauveur, priez pour nous.

 

Tout est digne d'admiration dans la maternité de Marie. Sa vie dans cet état, l'orme le modèle le plus accompli que les mères chrétiennes doivent avoir sans cesse sous les yeux L'Esprit Saint avait dit : « Qui trouvera la femme forte ? C'est un trésor sans prix, que tout l'or du monde ne pourrait payer à sa juste valeur ». Cette femme forte, cette mère par excellence, c'est Marie mère du Créateur, mère du Sauveur. Admirez comme elle supporte tes charges et remplit tous les devoirs de la maternité.

Voyez-la d'abord à Bethléem, mendiant un asile pour y faire ses couches. Repoussée de toutes les auberges, elle ne trouve d'autre refuge que celui d'une étable abandonnée. Se plaint-elle de sa pauvreté ? Murmure-t-elle des rebuts indiques dont elle est l'objet ? Accuse-t-elle la Providence ? Elle s'incline amoureusement sous la main de Dieu et adore ses desseins sans les comprendre. Ô mères, qui partagez l'indigence et les privations de la sainte Vierge, non seulement ne vous plaignez pas, mais soyez heureuses de votre condition. Plus vous ressemblerez à Marie, plus ses regards reposeront sur vous avec affection.

Quarante jours après ses couches, Marie se présente au temple pour la Purification. En se soumettant à cette loi qui ne l'obligeait pas, Marie dérobe à la connaissance des hommes les nobles prérogatives de la maternité divine, et vous apprend, mères chrétiennes, que les vertus cachées, que les vertus pratiquées sous l'œil de Dieu, sont les plus solides et les plus méritoires. Et quelle consolation emportera-t-elle de cette cérémonie ? Voilà que le saint vieillard Siméon, franc jusqu'à la rudesse, lui apprend : que Jésus sera une cause de ruine comme il sera une cause de salut ; et qu'un glaive de douleur transpercera non son corps, mais son âme. Quittez maintenant le temple, ô mère de douleur ! Vous connaissez votre destinée. Emportez votre glaive, comme un blessé garde un trait mortel dans sa plaie jusqu'à ce qu'il succombe, car vous mourrez avec lui et par lui. En présence de tels oracles, Marie va-telle éclater en sanglots. Elle se soumet sans plainte aux desseins du Seigneur, apprenant aux mères qui ne savent pas supporter les épreuves de la vie qu'elles ne sont pas chrétiennes ; que l'adversité éprouve la vertu comme le feu éprouve l'or.

La pointe du glaive de douleur prédit par Siméon, ne tarde pas à s'enfoncer dans son âme. Qui pourrait comprendre les alarmes de sa tendresse pendant sa fuite en Egypte, et les privations qui s'accumulent sur sa tête pendant un exil dont le terme est inconnu ? Sa fermeté reste inébranlable. Revenue dans sa pauvre, mais chère demeure de Nazareth, la voilà tout entière aux soins de son ménage, partageant les travaux et la pauvreté de saint Joseph. Étrangère à tout ce qui se passe au dehors, elle ne vit que pour son fils et son époux. Apprenez, ô mères de famille ! À concentrer votre vie dans l'intérieur de votre maison, à faire face à tous vos devoirs, sans vous mêler des affaires des autres, sinon pour remplir à leur égard les devoirs de la charité.

Au bout de quelques années, son cher et saint époux lui est enlevé par la mort. Quelle douloureuse séparation ! Elle lui paye un légitime tribut de larmes, mais sans que sa résignation se démente un seul instant. Âgé de trente ans, Jésus quitte sa mère pour se livrer aux travaux de sa vie apostolique. Marie ne le revoit plus qu'à de rares intervalles, et apprend aux mères chrétiennes avec quelle générosité elles doivent se séparer de leurs enfants lorsque Dieu les appelle, soit à la vie religieuse, soit à l'état du mariage. Ainsi la maternité comporte-t-elle de grands devoirs, et c'est pour les avoir tous remplis à la perfection, que Marie est une mère admirable !

 

Exemple

La joie succédant à la douleur dans une mère de famille

 

Une mère de famille avait perdu, dans l'espace de vingt mois, un époux tendrement aimé et deux jeunes filles. Plongée dans une amère douleur, elle reportait toute sa tendresse sur deux fils qui lui restaient, mais qui par malheur avaient embrassé l'état militaire. Quand vint la guerre d'Italie, en 1859, les deux jeunes sous-officiers firent partie de l'expédition. Qu'on juge des angoisses de la pauvre mère ! Ses prières à la puissante Vierge étaient incessantes. Arrive la nouvelle de la bataille de Magenta. Chacun cherche à en apprendre les détails. Notre pauvre affligée ne vit plus ; elle attend une lettre de jour en jour, il n'en paraît point. Cependant elle s'aperçoit qu'on a l'air triste autour d'elle, elle pressent une catastrophe ; elle interroge, elle supplie qu'on ne lui cache rien. On lui avoue alors que ses deux enfants ont péri. A cette nouvelle, son esprit déjà surexcité, s'exalte, sa tête s'égare. Elle aperçoit une fenêtre ouverte, une horrible tentation se présente à elle. Mais non ! Marie la protège. Elle court à un oratoire voisin, et reste une heure comme abîmée sous le poids de son chagrin ; enfin elle se lève calme et résignée ; elle avait invoqué la Mère admirable, la consolatrice des affligés.

Deux jours après, elle reçoit une lettre : elle l'ouvre avec une émotion indicible : elle avait reconnu l'écriture de son fils aîné. Il lui annonce qu'il a été blessé, ainsi que son frère et qu'ils ont passé pour morts, mais que des soins dévoués et intelligents les ont mis hors de danger, et que, ne pouvant continuer la campagne, ils rentreront sous peu en France. L'heureuse mère, passant d'une extrême douleur à la joie la plus vive, se jette à genoux et se livre aux plus tendres élans de la reconnaissance envers le Seigneur, qui n'a voulu que l'éprouver comme Abraham.

Pratique : Faites aujourd'hui généreusement à Dieu le sacrifice de telle ou telle peine, que vous portez peut-être depuis longtemps sans résignation.

 

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Prière

 

Ô Marie, je ne sais ce que je dois admirer le plus, de la tendresse de voire cœur ou de la fermeté de votre âme. À votre exemple, je veux m'attacher au devoir, coûte que coûte. C'est au fond du sacrifice que se trouve la plus douce consolation. Apprenez-moi, ô mère admirable, mère du Sauveur, mère du Rédempteur, à en savourer la salutaire amertume. La place d'honneur, la place convoitée par tous les saints, c'est le pied de la croix, parce que la croix est l'échelle mystérieuse par laquelle nous devons nous élever de la terre au ciel. Ainsi soit-il.

 

notre dame du sacerdoce

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31 août 2022

Le Mois de Sainte Philomène

Le Mois de Sainte Philomène

 

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Trente-deuxième jour

 

Conclusion du Mois de Sainte Philomène

 

À toutes les gloires de sainte Philomène est venue ; dans ces dernières années - années d’épreuves pour la France - s’en joindre une nouvelle non moins éclatante que les autres. La Thaumaturge du XIXe siècle a voulu être l’instigateur des pèlerinages nationaux qui se sont organisés pour la conversion de la France et la délivrance du Souverain Pontife, en commençant par celui qui a eu lieu à la Salette en 1871, C’est elle qui a présidé au mouvement religieux de notre époque, lequel va grandissant tous les jours, et voici comment.

Durant la guerre civile qui a ensanglanté la capitale, une lampe n’a cessé de briller à l’autel de sainte Philomène en l’église des Saints Gervais et Protais, qui, quoique au milieu de l’incendie et de l'émeute, a été miraculeusement préservée, et avec elle, toutes les maisons de la paroisse. Au pied de cet autel quarante fidèles, touchés des malheurs de la patrie, et de là protection manifeste que la Sainte avait accordée à leur église, promirent d’aller solennellement en pèlerinage à Ars et à la Salette, et de convoquer à cette manifestation religieuse, non-seulement la paroisse de Saint Gervais, mais encore tous les catholiques de France.

Malgré des obstacles sans nombre dont Philomène a triomphé, le pèlerinage national de 1872 a eu lieu, et il a été suivi de celui de 1873, et l’on peut bien dire que si la vierge de Mugnano a inspiré le premier pèlerinage national, elle a été la protectrice de tous ceux qui ont suivi.

Aussi le culte de sainte Philomène à Saint Gervais, qui n’était à l’origine que paroissial, a acquis un caractère d’universalité et pris une importance qui ne fait que s’accroître ; il s’est régularisé grâce aux soins et au zèle de M. l’abbé de Bussy, curé de Saint Gervais et chanoine honoraire du diocèse, et a fait sentir partout sa douce et salutaire influence. De nombreux cierges brûlent constamment autour de la statue de la Sainte et treize lampes -en mémoire des treize années mortelles de la martyre - ont été allumées pour ne plus s’éteindre. Que de consolations accordées ! que de grâces obtenues !

 

Pratique : Que sainte Philomène a acquis de titres à notre reconnaissance ! Combien elle est grande devant Dieu, et combien nous devons faire d’efforts pour mériter un de ses regards ! Invoquons-la sans cesse ; déposons des ex-voto à ses sanctuaires ; faisons brûler en son honneur des huiles parfumées ! Invoquons-la surtout pour la conversion de notre patrie, pour le Pontife que la chrétienté vénère ; invoquons-la pour le catholicisme qu’on martyrise. Philomène est la vierge victorieuse - virgo victrix - elle est l’inspiratrice et la protectrice des grandes œuvres. Mettons-nous sous son égide, et nous n’aurons plus rien à craindre ; l’espérance luira pour nos cœurs, et nous atteindrons le séjour céleste que Dieu réserve à ses élus.

 

Téléchargez l’intégralité des méditations du Mois de Sainte Philomène (pdf) en cliquant ici

 

Fin du Mois de Sainte Philomène

 

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Prochain Mois de dévotion:

le Mois des âmes du Purgatoire

rendez-vous le 30 octobre


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30 août 2022

Le Mois de Sainte Philomène

Le Mois de Sainte Philomène

 

Ste Philomène

 

Trente-et-unième et dernier jour

 

Nous voici arrivés au dernier jour du Mois consacré à sainte Philomène. Nous avons pu voir cette sainte toujours secourant le malheureux, toujours versant à flots sur ses protégés les miséricordes du Seigneur et de la Vierge.

À ces traits déjà si multipliés nous eussions pu en ajouter des milliers d’autres. Car combien de prodiges la Sainte n’opère-t-elle pas de nos jours encore par sa médiation auprès du Tout-Puissant, en Italie, dans notre France, en Belgique, pays où son culte devient toujours plus florissant. Il n’est pas un lieu de pèlerinage, il n’est point un autel édifié à la Sainte où elle ne signale de temps en temps toute sa tendresse en faveur des âmes qui s’adressent à elle avec confiance.

Dites-le vous, braves anges, esprits bienheureux, gardiens de ces sanctuaires bénis qui avez été les témoins de ses bienfaits. N’est-il pas vrai que tous les maux trouvent des remèdes, et toutes les infirmités et les maladies leur guérison au pied de l’image vénérée de sainte Philomène ? Oh ! quel puissant encouragement pour nous de la prier avec foi, de l’honorer avec amour ! Grande Sainte, qui a jamais pu dire, s’il vous a invoquée avec humilité, confiance et persévérance, que vous l’ayez abandonné dans ses besoins. Oh! que les enfants des hommes célèbrent donc conjointement avec les anges les miséricordes de notre Dieu sur eux par l’entremise de Philomène !

Sainte Philomène donc ne demande qu’à nous faire du bien : nous en sommes convaincus. Mais cela suffit-il pour que nous jouissions de sa faveur ? Pas toujours ; car il faut qu’à sa bonté, à sa sollicitude, répondent non seulement notre désir d’être protégés par elle, mais encore, mais surtout la persévérance à l’honorer par un culte spécial, et qui soit conforme à la doctrine et à la pratique de notre mère la sainte Eglise. Or, ce culte de sainte Philomène doit être comme celui que nous rendons à Dieu, toujours proportion gardée selon les limites que l’ordre et les convenances réclament, rendu en esprit et en vérité, et ici le mot de saint Jean trouve heureusement son application : « N’aimons pas de paroles, mais par les œuvres ». C’est-à-dire que pour honorer dignement et avec fruit notre Sainte bien-aimée, il faut, si nous sommes pécheurs, quitter le péché et marcher dans la voie du juste, en y faisant tous les jours, à chaque instant de nouveaux pro­ grès. C’est-à-dire encore qu’à l’invocation de sainte Philomène, nous devons joindre l’imitation des vertus de sainte Philomène.

C’est ainsi que le saint curé d’Ars lui-même entendait le vrai culte de sainte Philomène ; il disait souvent aux empressés qui le priaient d’intervenir auprès de la Sainte pour eux, afin qu’elle les guérît de leurs infortunes : « Il faut guérir l’âme avant de guérir le corps ». Et nos dévotions pour sainte Philomène seraient-elles animées de la plus grande ferveur, le Seigneur et sa Sainte détourneront les yeux de nos prières, dédaigneront même notre culte, si nous voulons persévérer dans l’iniquité.

Une fois quittes du péché, une fois notre âme purifiée, allons avec confiance vers sainte Philomène, adressons-nous à elle dans nos besoins, et soyons convaincus à l’avance que nos espérances ne seront jamais frustrées dans ce que nous lui demanderons; car c’est ce dont il faut nous bien persuader en terminant, ou alors sainte Philomène nous obtiendra les grâces que nous sollicitons de sa bonté, ou elle nous en obtiendra de meilleures, c’est-à-dire des grâces plus conformes à ce que l’Eternel veut de nous et à nos vrais besoins.

 

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27 août 2022

Le Mois de Sainte Philomène

Le Mois de Sainte Philomène

 

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Vingt-huitième jour

 

Sainte Philomène rend la santé à une religieuse dangereusement malade

 

Qui racontera les secours que prodigue sainte Philomène aux religieuses qui sont fidèles à leurs saints engagements dans la noble et belle vocation qu’elles ont embrassée ? Le trait qui suit montre jusqu’à l’évidence combien ces âmes consacrées au Seigneur peuvent compter sur la protection de la Sainte, lorsqu’elles l’invoqueront avec instance et avec confiance dans leurs maladies ou autres causes désespérées.

Une jeune religieuse, que la discrétion ne permet pas de nommer, était dans un état voisin de la mort. Les gardes qui veillaient sur elle n’attendaient que l’instant où, dans un suprême effort, elle rendrait le dernier soupir.

Cependant on eût voulu sauver la vie de cette chère sœur à tout prix ! Voyant bien que l’espoir n’était plus, et saisie par une vive crainte qui le remplaçait, l’une des gardes vole à l’instant vers la digne supérieure.

« Ma mère, lui dit la sœur en laissant échapper de grosses larmes, venez recevoir le dernier soupir de votre fille ».

La supérieure arrive, fait prier sainte Philomène de vouloir bien, elle si bonne envers tous, s’intéresser à la position désespérante de la malade et lui obtenir le retour à la santé, s’il plaisait au Seigneur.

Une prière faite dans ces sentiments de foi et d’humilité, faite à sainte Philomène surtout, ne pouvait certes manquer d’être exaucée.

En effet, sainte Philomène, toujours si bienveillante, ne fut pas plus tôt invoquée, que la crainte à son tour fit place à l’espoir. Car, tout à coup, on voit la malade ouvrir les lèvres, on l’entend articuler quelques paroles.

Enfin, et l’Eternel le permettait ainsi pour que la guérison pût être certifiée par un témoignage imposant de plus, enfin, la nuit écoulée, l’aumônier arrive.

Il conjure la sœur malade d’unir sa prière à la prière de ses compagnes, et de se confier pleinement en Dieu sous la protection de sainte Philomène, il ajouta que la Sainte en avait tant guéri ! « Hélas ! répond à l’instant la pieuse et modeste religieuse, mais d’un ton qui accusait encore son état excessivement maladif, hélas ! ma vie est si peu de chose, et c’est un si grand bonheur pour moi de l’offrir à Dieu, en la lui sacrifiant par la mort ! » Le prêtre insiste ; la bonne sœur obéit ; elle prie sainte Philomène. Et soudain sa figure change, ses traits décomposés se rétablissent, un bien-être se fait sentir dans tous ses membres.

Sainte Philomène n’a point été insensible aux supplications qui lui ont été adressées. Oh ! Non ! car deux jours après, la malade allait à l’église rendre grâces à Dieu et à la Sainte de sa guérison.

 

Pratique : Comme sainte Philomène est la protectrice spéciale des personnes religieuses, elles doivent, ces personnes, lui témoigner une grande vénération. Les frères et les sœurs des écoles feront une œuvre bien agréable à Dieu et à la Sainte s’ils s'efforcent d’implanter la dévotion à sainte Philomène dans le cœur des jeunes enfants confiés à leurs soins.

 

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15 août 2022

Le Mois de Sainte Philomène

Le Mois de Sainte Philomène

 

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Seizième jour

 

Sainte Philomène délivre de l’enfer et guérit une femme qui lui était affectionnée

 

Les moindres choses faites pour plaire à l’Éternel, dans la vue de le glorifier dans sainte Philomène, ne sont jamais sans récompense. Que sera-ce donc que d’être dévoué, autant qu’il est dans l’ordre de Dieu, à la cause de cette si grande Sainte ! Que n’obtiendra-t-on pas alors de son inépuisable bonté ? Il est de ces faveurs, que la Sainte a accordées, qui ne peuvent guère s’expliquer que par le crédit puissant dont elle jouit dans la gloire céleste, près de Jésus-Christ, pour lequel elle a vécu Vierge et a versé par les tourments les plus douloureux, son sang précieux jusqu’à la dernière goutte.

Assurément, l’Éternel ne peut rien refuser aux prières d’une Vierge martyre. Ainsi s’expliquera le fait suivant :

Dans un pays voisin de Nole vivait une femme mariée, toute dévouée à sainte Philomène ; elle avait environ trente ans. Sa famille avait coutume de se réunir chaque année pour célébrer une fête en grande pompe en l’honneur de la Sainte.

En 1830, cette personne fut réduite à toute extrémité par une dangereuse maladie. Ayant perdu tout sentiment, luttant depuis trois jours avec la mort, elle semblait devoir mourir d’un instant à l’autre ; l’on s’occupait même des apprêts de son enterrement.

Le peuple, qui lui portait grand intérêt, adressait pour elle au ciel des prières ferventes et se plaignait à sainte Philomène du peu de zèle qu’elle montrait en cette occasion, où, selon lui, il y allait de son honneur et de sa gloire.

Il lui disait : « Tandis que cette pieuse femme se prépare à vous fêter, qu’elle dépense son argent pour vous faire un beau tableau, que tout le monde, édifié de sa générosité, vous demande sa grâce, vous, la plus intéressée à sa guérison, la laissez mourir ».

Mais ni les prières ni les plaintes n’arrêtaient le mal ; et, vers la fin du troisième jour de son agonie, on s’attendait à la voir expirer, quand un grand bruit causé par des bêtes de somme, qui étaient à l’écurie, attira l’attention des personnes qui la veillaient.

Craignant que ce vacarme ne hâtât le moment de sa mort (car l’écurie était précisément au-dessous de la chambre), ils se hâtèrent d’aller apaiser ces animaux, et revenant aussitôt après, ils se disaient : « Nous allons, peut-être, la trouver morte... » Mais ils la trouvèrent pleine de vie, assise sur son lit. À peine les a-t-elle aperçus que d’une voix forte et sonore elle s’écrie : « Je reviens de l’autre monde et je dois mon salut à sainte Philomène ».

Elle leur raconte alors la vision qu’elle vient d’avoir et comment sainte Philomène l’avait délivrée des mains du dé­ mon et lui avait obtenu sa guérison.

La maladie cessa en effet dès ce moment-là ; et une multitude de personnes venant s’assurer du prodige par leurs propres yeux, il opérait sur leurs cœurs les plus salutaires effets ; leur dévotion envers la Sainte s’en accrut aussi ; et les habitants érigèrent en son honneur une grande et belle statue.

 

Pratique : Dans toutes les maladies du corps comme dans toutes les peines d’esprit, invoquez sainte Philomène et que jamais le désespoir ne s’empare de vous, elle veillera sans cesse à vos côtés et vous délivrera de tous maux.

 

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25 août 2022

Le Mois de Sainte Philomène

Le Mois de Sainte Philomène

 

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Vingt-sixième jour

 

Sainte Philomène prend sa cause en main

 

Le ciel, qui est jaloux de la gloire des amis de Dieu, montre souvent sa puissance sur ceux qui prétendraient la leur ravir. Nous citons un fait qui prouve jusqu’à l’évidence que Dieu accorde à ses saints amis d’exercer eux-mêmes ce pouvoir sur les volontés des hommes qui s’opposent trop souvent d’une manière directe ou indirecte au culte que nous leur rendons et qu’ils ont le droit d’attendre de nous. Ce trait, du reste, nous devra faire remarquer que la grande influence du culte de sainte Philomène sur la société chrétienne à cette époque est le résultat de la puissance dont l’a revêtue l’Eternel, qui met en elle ses complaisances, et qui la glorifie sur la terre à raison de son humilité, de sa virginité et de son martyre.

Tout se disposait à Mugnano pour célébrer avec solennité l’anniversaire de la Translation de la Sainte.

Le concours était prodigieux, la joie universelle ; quand la veille de ce beau jour, vers l’heure de midi, arrive un escadron de cavalerie étrangère, avec ordre de s'arrêter dans cette petite ville, où il devait être maintenu aux frais des habitants.

C’était le fruit d’une intrigue, ourdie à Naples par la jalousie de l’enfer et par la malice de ses suppôts.

On y avait fait courir le bruit que la population de Mugnano méditait un soulèvement contre l’ordre actuel des choses, et qu’il était sur le point d’éclater. Aussi la première démarche du commandant, aussitôt après son arrivée, fut de défendre, sous des peines rigoureuses, la célébration de la fête, et particulièrement la procession, où devait être portée la statue de sainte Philomène.

Cette défense jeta tout le monde dans la consternation : habitants, étrangers, tous pénétrés de la plus amère douleur, ne pouvaient concevoir ce qui avait donné lieu à des mesures aussi impies que sévères, et ils couraient en foule épancher leur affliction aux pieds de leur sainte Protectrice.

Elle entendit leurs plaintes, et s’empressa de seconder leurs pieux désirs. Car enfin, comme dit l’Ecriture, le cœur de ceux qui gouvernent n’est-il pas entre les mains du Seigneur ? La Thaumaturge pria, et Dieu changea soudain la volonté du commandant.

L’ordre donné est révoqué ; il est permis de célébrer la fête et de faire la procession. La force militaire, envoyée dans les vues les plus hostiles, paraît n’être venue que pour ajouter une nouvelle pompe à la solennité, et faire régner partout l’ordre le plus exact. Officiers et soldats, tous dans la plus belle tenue et dans une attitude de respect, viennent se joindre au peuple et faire cortège à la sainte statue. La musique guerrière se mêle à celle de la cité ; il semble qu’il n’y ait en ce jour, à la plus grande gloire de la Sainte, qu’un cœur, qu’une âme, qu’une volonté. Et, comme si ce n’était point assez de ce premier triomphe sur de vils calomniateurs, à peine la fête terminée, le commandant déclare publiquement sa satisfaction du bon esprit qu’il avait trouvé dans la population de Mugnano. Il réprouve, comme fausse et absurde, la dénonciation faite au gouvernement. Et, pour gage de son affection et de son estime pour un peuple si religieux et si pacifique, il annonce son prochain départ.

Les troupes reprirent en effet le chemin de Naples, dès le lendemain, laissant à Mugnano la preuve évidente et palpable de ce qui est écrit : « Celui qui se confie au Seigneur n’aura rien à craindre des flèches qu’on lui décoche pendant le jour, ni des pièges qui lui sont dressés pendant la nuit. Le mal ne s’approchera point de sa personne, ni le fléau de son habitation, parce que le Seigneur a ordonné à ses Anges (et à ses Saints) de veiller sur ceux qui ont mis en lui leur confiance, et de les garder dans toutes leurs voies. Aussi les verra-t-on marcher avec assurance sur l’aspic et le basilic, et fouler sous leurs pas le lion et le dragon, sans en être mordus ».

 

Pratique : Ne nous rebutons pas des obstacles que l’enfer nous suscitera quand nous chercherons à propager la dévotion à sainte Philomène. Ces obstacles pourront venir de gens pieux, soi-disant bien intentionnés d’ailleurs, car le démon se sert de tous les moyens pour arriver à ses fins ; mais ayons confiance et prenons courage : le ciel couronnera nos efforts !

 

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30 juillet 2022

Le Mois de Sainte Philomène

Le Mois de Sainte Philomène

 

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Veille du Premier jour

 

Pourquoi sainte Philomène est donnée au monde

 

Amour ineffable de notre Dieu envers les enfants des hommes ! Ce n’est pas sans un dessein de miséricorde qu’il leur donne un saint pour consolateur, pour maître et pour avocat. Il veut les consoler dans leurs douleurs, les instruire, les ramener de leurs égarements, les secourir dans toutes les nécessités du corps et de l’âme. Les saints exercent ces augustes fonctions durant leur vie temporelle et même après leur mort. Tel fut le saint curé d’Ars, Jean-Marie Vianney. Sainte Philomène n’a point exercé ce glorieux apostolat de son vivant : elle est morte à la fleur de l’âge, par un généreux martyre; elle comptait à peine quatorze ans. Son nom semblait s’être enseveli avec elle dans la tombe. Depuis le troisième siècle, époque de son heureuse naissance, il est resté assez inconnu, et à peine vénéré à Rome même. Mais l’Eternel, qui se plaît à glorifier ses amis, a multiplié d’autant plus ses dons sur les fidèles par l’entremise de sa servante, que l’heure était venue, où cette épouse chérie du Christ devait exercer sa grande et sublime mission. Il l’a comme investie de toute sa puissance, pour qu’elle devînt à notre égard l’instrument de sa miséricorde et de son amour infini.

Il me semble voir ce Roi Eternel, à qui son Père adorable donna un souverain pouvoir, distinguer Philomène, au milieu de l’assemblée des Saints, par un regard de singulière complaisance. Il l’appelle auprès de son trône, et lui dit : « Va, je t’ai choisie, je veux te placer dans le champ de mon Eglise, comme une semence nouvelle, destinée à le féconder. Va, et rapporte-moi les fruits que ma main te prépare ».

La Vierge entend, son apostolat commence. Il est comme la lumière soudainement tirée de dessous le boisseau, la terre entière a vu briller sa gloire. Et tous les peuples se sont écriés dans le senti­ ment dè l’admiration : C’est là l’œuvre de l’Eternel, c’est là le signe de ses miséricordes sur les fils des hommes, et nos yeux le considèrent avec étonnement!

Ah! que pour nous ce saint ravissement ne soit point stérile, mais qu’il nous convie à la considération de la sainte ët haute mission de Philomène. Venez donc tous, et écoutez raconter les biens dont le Seigneur-Dieu nous a gratifiés, par son épouse et servante bien-aimée.

Dans la Vie très complète de sainte Philomène, on peut voir comment et à quelle époque l’Eternel a donné à cette Sainte la grande et sainte mission de secourir tous les malheureux dans leurs nécessités. Mais il est des lieux qui lui sont spécialement consacrés, et où elle exerce plus particulièrement sa tendre compassion : Ces lieux sont ceux où elle est le mieux honorée. Il est aussi des chrétiens qui obtiennent plus facilement ses faveurs, et ce sont ceux qui s’efforcent de fuir le péché et de pratiquer la vertu, ceux par exemple qui lui sont le plus affectionnés par un culte sincère.

Sainte Philomène obtenait tant de guérisons aux prières du vénéré curé d’Ars, que devant des témoins, il se vit contraint de lui dire un jour : « Ma bonne Sainte, allez faire des miracles ailleurs ! » Puissions-nous par la sainteté de notre conduite, mériter aussi la protection de sainte Philomène !

 

Consécration à Sainte Philomène

 

Grande Sainte, attiré par le sentiment d’une tendre confiance en vous, je m’offre à l'Eternel, mon Dieu, par vos mains si pures et par celles de Marie immaculée, votre auguste et sainte Patronne et ma Mère. Je vous consacre donc, ô Philomène, et ma personne, et mes biens, et ma famille, et mes amis et même mes ennemis. Je veux par votre entremise redoubler de soins et d’empressement au service de Jésus et de Marie, et par l’imitation de vos belles vertus et les hommages que je vais vous rendre tous les jours de ma vie, attirer sur moi et sur toutes les âmes qui me sont chères vos plus douces faveurs. Ô très aimable Sainte de Jésus, exaucez mes désirs, veillez sur moi, et dirigez par l’entremise du gardien céleste auquel la Providence m’a confié, toutes mes pensées, mes paroles et mes actions, afin qu’il n’y en ait aucune qui ne tende à la grande gloire de Dieu et au salut de mon âme.

Défendez-moi aussi par votre protection des ennemis redoutables, le démon, le monde et la chair, qui ont juré ma perte éternelle, pour que je marche avec fidélité dans la voie du Seigneur, et que j'arrive un jour au ciel où avec vous je glorifierai ce Dieu, bon à l’excès envers tous ceux qui l’invoquent en vérité. Enfin, ma sainte Protectrice, puisque vous avez tant fait déjà pour la cause du saint Curé d’Ars, continuez, je vous prie, à le faire connaître de plus en plus, et hâtez le moment de son triomphe et du culte qui devra lui être rendu, quand la voix suprême de l’Église aura parlé. Ainsi soit-il.

 

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21 août 2021

Le Mois de Saint Dominique

Le Mois de Saint Dominique

 

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Vingt-deuxième jour

La loi de pauvreté

 

Prélude. - Représentons-nous saint Dominique, entouré de ses frères et présidant leur premier chapitre général, à Bologne.

 

Réflexions

 

Lorsque Dominique eut satisfait l'ardent désir de son cœur, en dotant l'Espagne de fondations fécondes en fruits de sainteté, il voulut voir Paris, bénir cette famille naissante que Dieu semblait avoir en prédilection. Mais son âme l'attirait à Rome. Il se dirigea vers la Ville Reine pour la cinquième fois.

C'est à cette époque que s'ouvrit, dans la ville de Bologne, le premier chapitre général de l'Ordre Dominicain. Qu'il dut être beau, ce premier revoir des frères, disséminés par le zèle sur tant de points divers, et se réunissant pour parler des absents, pour raconter les bénédictions du passé, pour s'interroger sur les difficultés du présent et pour entrevoir ensemble, sous les regards et sous la bénédiction du Père, les espérances de l'avenir !

Dominique présida cette première réunion solennelle, malgré son humilité, qui s’alarmait des périls de la supériorité et qui voulait éloigner les témoignages de vénération filiale dont ses disciples l'entouraient, pour s'en aller prêcher la foi chez les idolâtres. Ceux-ci ne le permirent point, et Dominique, fondateur, devint, par le suffrage unanime de ses fils, le Maître Général de l'ordre.

Une autre préoccupation se fit jour, dès la première séance, dans les paroles et les exhortations du saint. Jusque là, l'ordre n'avait pas encore embrassé la sainte pauvreté, comme il convenait à ces sublimes imitateurs des apôtres. Dominique de Guzman ambitionna la gloire de François d'Assise et fit acclamer, par ses frères, la sainte loi de la pauvreté évangélique, comme l'une des ba ses fondamentales de leur constitution.

Après avoir réduit l'ordre à la sévérité de la pauvreté apostolique, le chapitre général de Bologne porta diverses lois qui font encore autorité, par rapport à l'abstinence, au jeûne, à l'obéissance, à l'étude de la science sacrée, à la prière , à la conservation de l'esprit religieux.

Sauf certaines modifications, exigées par le changement des temps et des lieux, les constitutions bolognaises sont encore en vigueur dans l'ordre, tandis que nous voyons les constitutions humaines politiques changer à chaque instant, comme pour nous montrer que, si Dieu ne bâtit pas la maison, c'est en vain que travaillent ceux qui la bâtissent.

 

Pratique : Pratiquer la vertu de pauvreté, au moins dans son esprit, chacun selon son état.

Invocation : Saint Dominique, pauvre volontaire des biens de la fortune, priez pour nous !

 

Trait historique

Les deux pauvres de Jésus-Christ

 

Pendant une absence de Dominique, le procureur du couvent de Bologne avait augmenté les bâtiments d'une façon que le saint jugea contraire à la sainte vertu de pauvreté. Avant son départ, il avait laissé des ordres pour les changements projetés, et même une sorte de plan ou de modèle, pour assurer l'observance si chère à son âme, de la loi de pauvreté, qu'il considérait comme une indispensable condition de la vie religieuse. Il regarda le nouveau bâtiment et des larmes coulèrent sur ses joues : « Voulez-vous bâtir des palais comme celui-ci, tandis que je suis encore vivant ? s'écria-t-il, sachez que, si vous le faites, vous ruinerez l'ordre : vous avez percé mon cœur ». Ces paroles percèrent aussi les cœurs de ceux qui les entendirent, et pendant tout le temps qu'il vécut ; personne n'osa parler de terminer le couvent. On n'y posa pas une pierre, et cependant les cellules qu'il trouvait si inconvenantes étaient, après tout, pauvres, étroites et très peu différentes de celles qui avaient été élevées auparavant. On jugera de la pauvreté et de l'humilité des bâtiments par une autre circonstance qui arriva vers ce temps-là. Saint François était aussi venu à Bologne, pour visiter les religieux de son ordre, récemment établis en cette ville, mais les trouvant dans une grande et spacieuse maison, il en fut si indigné, qu'il ordonna à tous les frères de la quitter, et il alla lui-même se loger au couvent des Frères Prêcheurs, « qu'il trouva, dit le père Chalippe, dans une maison plus à son gré, et auprès desquels il resta quelques jours en compagnie de son ami saint Dominique ». (Vie de St Dominique traduite de l'anglais par l'abbé Chirat).

 

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13 avril 2022

Le Mois de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ

Le Mois de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ

 

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Quatorzième jour

14 avril

 

« Ecce homo ! »

 

Prélude : Pilate sort et fait voir aux Juifs le Fils de Dieu dans l'état pitoyable où les soldats l'avaient mis, disant : « Voilà l'homme ! »

 

Méditation

 

Pendant que les soldats traitaient si indignement le fils de Dieu dans la cour du Prétoire, Pilate était en haut, dans son palais, attendant l'effet que cette rude flagellation aurait produit dans l'esprit des Juifs. Il commande qu'on lui amène Jésus. Jésus remonte encore une fois les marches du Prétoire avec sa pourpre dérisoire, sa couronne et son roseau, le visage défiguré, tout couvert de sang et de crachats. En cet état, Pilate le mène sur le perron et le montre aux Juifs, en disant : « Voilà l'homme ! Voyez s'il n'est pas assez puni. Pour moi, je le trouve plus digne de compassion que d'un châtiment nouveau ». Mais eux, plus furieux encore, crient plus fort : « Crucifiez-le ! Crucifiez-le ! »

Ô Fils de l'Homme, à quel état vous a donc réduit votre amour, puisque le plus humain de vos juges croit vous faire une faveur en vous traitant avec la dernière ignominie et la plus extrême cruauté !

« Voilà l’Homme ! » Pilate, voulant adoucir la fureur des Juifs, leur montre Jésus dans l'état du monde le plus misérable, la tête hérissée d'épines, le visage enflé, meurtri et souillé de crachats, tous ses membres saignants et tremblants. Puis, relevant sa robe de pourpre, pour faire voir son corps tout déchiré et couvert de plaies, il leur dit, moitié par mépris, moitié par compassion ; « Voilà l'homme ! »

Ô Pilate, vous faites bien de dire que c'est là un homme, car il n'a plus forme humaine, celui qui s'était fait homme pour nous sauver ! Ô cœurs des Juifs, plus durs que la pierre, le sang de cette innocent, victime ne pourra-t-il donc pas vous attendrir ?

Ô Jésus, vous voilà donc exposé en spectacle au monde, aux anges et aux hommes. Quelle mort ne serait préférable à cette exposition dérisoire et humiliante ? Et, vous avez voulu être traité de la sorte pour m'épargner la confusion que je dois craindre au jour du jugement, lorsque mes péchés seront manifestés et exposés devant votre tribunal.

« Voilà l'homme ! » Voilà le miroir où Dieu fait voir aux hommes l'abîme de sa miséricorde, l'abîme de sa justice et l'abîme de leur malice.

« Voilà l'homme ! » Regarde-toi, pécheresse, dans ce miroir. Le malheureux état de ton âme est figuré par le pitoyable état de ce corps divin couvert de plaies.

« Voilà l'homme ! » Si le vrai Fils est traité si rudement, l'esclave n'a-t-il pas sujet de trembler ? Si l'innocent est puni pour le coupable, le coupable n'a-t-il pas lieu de craindre s'il ne satisfait pas son juge.

« Voilà l'homme ! » Voilà celui qui doit me juger un jour, et qui m'apparaîtra alors, aussi terrible que je le vois maintenant humilié !

« Voilà l'homme ! » Père Eternel, voilà l'homme qui me fait espérer miséricordes. Arrêtez vos yeux sur ce divin visage, et, en vue de ses plaies, oubliez les crimes que j'ai commis contre vous.

Sortez, filles de Sion, venez voir votre Roi Salomon couronné du diadème que sa mère lui a mis sur la tête le jour de ses noces et de sa joie ! Oh ! quel Roi ! s'écrie saint Bernard. Oh ! quel diadème ! Oh ! quel jour de joie et de noces ! C'est le jour de ses noces, car, pour épouser vos âmes, il ne  craint point de verser son sang. C'est le jour de sa joie, car sa joie est de mourir pour vous rendre la vie.

 

Pratique : Se comparer souvent à Jésus durant sa Passion.

Bouquet spirituel : « Voilà l'homme ! »

 

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21 avril 2022

Le Mois de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ

Le Mois de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ

 

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Vingt-deuxième jour

22 avril

 

Marie

 

Prélude : La mère de Jésus est au pied de la croix, avec la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie-Madeleine.

 

Méditation

 

La plus grande preuve d'amour que l'on puisse donner à Jésus, c'est de le suivre à la croix. Ceux qui s'en approchent le plus sont ses plus grands et ses plus fidèles amis. Voilà pourquoi Marie est debout, au pied même de la croix.

Tout contribue à accroître sa douleur ; son amour, sa science des choses de Dieu, sa connaissance de la complexion délicate du Sauveur.

Aussi, son cœur est-il lui aussi crucifié par la véhémence de son amour, par la force de son esprit, par la compassion maternelle. Cette compassion est un affreux martyre, capable de lui causer la mort, si Dieu ne l'eût soutenue par miracle. Ô Reine des martyrs. faites que j'aime et que je souffre à votre exemple ; faites que l'amour nous soit donné par la croix, puisque l'amour nous a donné la croix ; faites que j'aime tout ce qui me vient de Dieu, jusqu'à la souffrance et à la mort.

Considérons les vertus que Marie pratique au pied de la croix. Le moment est favorable, puisque c'est dans les plus grandes souffrances que l'on pratique les plus héroïques vertus.

Au pied de la croix, la bien- heureuse Vierge exerce une ardente charité, en consentant à la mort de son Fils, avec une admirable conformité aux desseins de Dieu, pour la gloire du Père céleste et le salut de tous les hommes.

Elle pratique une profonde humilité, en supportant tous les mépris et toutes les ignominies du Calvaire.

Elle fait paraître une âme constante et une patience invincible, en se tenant debout au milieu de cette horrible tempête, comme un rocher au milieu des vagues.

Admirez son silence, son regard plein d'amour, son maintien résolu et courageux. Ah ! c'est qu'elle contribue à la rédemption des hommes, comme Eve avait contribué à leur perdition.

Au milieu de ses tourments, Jésus n'omet rien de son office de Sauveur. Il nous donne sa Mère en la personne de saint Jean, afin que nous soyons ses frères par son Père des cieux et par l'adoption de sa Mère de la terre.

Les paroles qu'il prononce alors opèrent ce qu'elles signifient, c'est-à-dire, qu'elles inspirent à Marie un amour maternel pour saint Jean et pour les hommes, et à saint Jean, en qui nous étions représentés, une affection filiale, pleine de confiance et de respect, pour cette divine Mère.

 

Pratique : Se renouveler dans la dévotion à la sainte Vierge, aux approches du mois de Marie.

Bouquet spirituel : « Voilà votre Mère ».

 

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17 avril 2022

Le Mois de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ

Le Mois de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ

 

Croix des Jeunes de Pléchatel

 

Dix-huitième jour

18 avril

 

Le chemin du Calvaire

 

Prélude : Contemplons Jésus marchant vers le lieu de son supplice en compagnie de deux scélérats, escorté de bourreaux et suivis d'une foule immense.

 

Méditation

 

Ô le funeste cortège ! Jésus s'achemine vers le calvaire, comme autrefois Isaac vers la montagne de son sacrifice. Il est en compagnie de deux voleurs, condamnés comme lui à la croix. Un héraut marche devant et publie le crime des coupables avec les motifs de leur condamnation. Les soldats suivent après, avec les magistrats du peuple juif, tant pour protéger l'exécution de la sentence que pour empêcher le tumulte. Les Scribes et les Pharisiens se répandent de tous côtés et se repaissent avec une joie inhumaine, des souffrances et des opprobres du fils de Dieu qui marche au milieu de tous ses bourreaux, comme un agneau qu'on mène à la boucherie.

Suivons Jésus avec amour et confiance, puisqu'il ne rejette pas la compagnie des pécheurs. Il n'est pas difficile de trouver le chemin par où il va au Calvaire qui est le vrai chemin du salut : il l'a marqué de son sang. Vous le verrez tomber à chaque pas qu'il fuit, dans la boue des sentiers, pour vous laisser, partout où il passe, de sensibles traces de son amour.

Hélas ! Rien n'est plus noble, plus sacré, plus précieux que le sang qu'il verse à profusion pendant tout le cours de son voyage. Et néanmoins, il est foulé aux pieds, ce sang divin, par ceux-là mêmes pour qui il le répand.

Combien de fois l'ai-je foulé, moi aussi aux pieds ? Autant de fois que je suis tombé dans mes mauvaises habitudes.

Pendant que Jésus va s'immoler pour nous sur le Calvaire et qu'il nous marque le chemin avec son sang, plusieurs le suivent jusqu'au lieu du supplice, mais il y en a peu qui compatissent à ses douleurs.

Il ne se trouve qu'une Véronique, qui lui présente un linge pour essuyer son visage, et quelques autres femmes qui pleurent de tendresse et de compassion.

Jésus récompense Véronique en imprimant son visage adorable sur le voile qu'elle lui a prêté.

Après avoir contemplé ce sanglant portrait des souffrances de Jésus et demandé à notre divin Maître d'imprimer dans notre cœur son image, écoutons les salutaires avis par lesquels il récompense les autres femmes de leur dévotion compatissante.

Il ne leur défend pas de pleurer sa passion, car elle est digne d'un océan de larmes et tous les Saints ont aimé à pleurer sur la mort de Jésus. Mais, il les avertit de pleurer leurs péchés pour lesquels il endure toutes ses peines et les châtiments effroyables dont elles sont menacées.

« Ne pleurez pas sur moi, mais sur vous », Hélas ! Le monde pleure souvent sur les autres, et il ne pleure pas sur l'âme. Il pleure pour un criminel qu'il voit mener au supplice. Il ne pleure pas pour un blasphémateur qui va tomber dans l'enfer.

 

Pratique : Pleurer sur les péchés qui ont été la cause des douleurs de Jésus-Christ.

Bouquet spirituel : « Filles de Jérusalem, pleurez sur vous ».

 

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13 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Quatorzième jour

Amour de Saint Vincent pour Dieu

 

Si c'est une marque assurée d'un parfait amour de Dieu, selon le témoignage du disciple bien-aimé et bien aimant, de garder la loi de Dieu, et de se rendre obéissant et fidèle à sa parole, on peut dire avec vérité, que Vincent a beaucoup aimé Dieu, puisqu'il a été si fidèle et si exact à observer sa loi et à suivre ce qui est prescrit par sa sainte parole, que ceux qui l'ont le plus hanté et qui ont considéré de plus près tous ses déportements, assurent qu'il n'eût pas fallu être homme pour manquer moins que lui, et qu'il était tellement attentif sur lui-même, mortifié en ses passions, équitable en ses jugements, circonspect en ses paroles, prudent en sa conduite, exact en ses pratiques de piété, et enfin si parfaitement uni à Dieu, autant qu'on en pouvait juger à l'extérieur, qu'il paraissait assez que c'était l'amour divin qui animait son cœur, et qui régnait sur toutes les puissances de son âme, et même sur les organes et facultés de son corps, pour régler tous leurs mouvements et toutes leurs opérations selon les ordres de cette loi éternelle, qui est la première règle de toute justice et sainteté. Et l'on peut dire que toute sa vie était un sacrifice continuel qu'il faisait à Dieu, non-seulement des honneurs, commodités, plaisirs, et autres biens du monde, mais de tout ce qu'il avait reçu de sa main libérale, de ses lumières, de ses affections, de sa liberté, et de tout ce qui pouvait tomber en sa disposition ; et que la plus grande et la plus intime joie de son cœur était de penser à la gloire incompréhensible que Dieu possède en lui-même, à l'amour ineffable qu'il se porte, et aux infinies perfections qui sont renfermées dans l'unité et simplicité de sa divine essence.

Que ses plus ardents et continuels désirs étaient que Dieu fût de plus en plus connu, adoré, servi, obéi, aimé et glorifié en tous lieux, par toutes sortes de créatures ; et que tout ce qu'il faisait et disait, ne tendait autrement qu'à graver, autant qu'il était en lui, ce divin amour dans tous les cœurs, et particulièrement dans ceux de ses enfants, qui ont admiré et éprouvé la grâce de cette parfaite charité qui était en lui, et qui faisait ressentir ses ardeurs à ceux qui s'approchaient de sa personne. C'est ce qui les portait toujours à exécuter avec grande estime et dévotion toutes ses paroles, et même quelquefois à les recueillir jusques aux moindres : et néanmoins ils ont reconnu et confessé que les paroles de ce grand serviteur de Dieu avaient tout autre force en sa bouche que sur le papier, et que le même esprit qui animait son cœur, donnait une vertu et une énergie particulière à ses paroles, en sorte qu'on pouvait dire que c'étaient des paroles de grâce, qui pénétraient jusqu'au cœur de ceux qui l'écoutaient.

Or, ce grand amour que Vincent avait pour Dieu, s'est fait particulièrement connaître par la droiture et pureté de ses intentions, qui tendaient uniquement et incessamment à la grande gloire de sa divine Majesté : il faisait chaque chose, et même celles qui semblaient les plus petites dans la vue de Dieu, pour lui plaire et pour accomplir ce qu'il reconnaissait lui être le plus agréable. Aussi disait-il souvent, que Dieu ne regardait pas tant l'extérieur de nos actions que le degré d'amour et de pureté d'intention dans lequel nous les faisons ; que les petites actions faites pour plaire à Dieu, ne sont pas si sujettes à la vaine gloire que les autres actions plus éclatantes, qui bien souvent s'en vont en fumée ; et enfin que, si nous voulons plaire à Dieu dans les grandes actions, il faut nous habituer à lui plaire dans les petites.

Un jour, quelqu'un des siens s'étant accusé devant les autres d'avoir fait quelque action par respect humain, Vincent, tout animé de l'amour de Dieu, dit qu'il vaudrait mieux être jeté pieds et mains liés parmi les charbons ardents, que de faire une action pour plaire aux hommes. Ensuite, s'étant mis à faire d'un côté le dénombrement de quelques-unes des perfections divines, et de l'autre, des défauts, imperfections et misères des créatures, pour faire mieux voir l'injustice et la folie de ceux qui négligent de faire leurs actions pour Dieu, et qui perdent leurs temps et leurs peines pour n'avoir en ce qu'ils font que des vues basses et humaines, il ajouta ces paroles dignes de remarque : « Honorons toujours les perfections de Dieu ; prenons pour but de tout ce que nous avons à faire, celles qui sont les opposées à nos imperfections, comme sa douceur, sa clémence, directement opposées à notre colère; sa science, si contraire à notre aveuglement ; sa grandeur et sa majesté, si fort élevées au-dessus de notre bassesse et vileté : son infinie bonté toujours opposée à notre malice ; étudions-nous à faire toutes nos actions pour honorer et glorifier cette perfection, qui est directement contraire à nos défauts. Il ajouta que c'était cette direction et application, qui étaient comme l'âme de nos œuvres et qui rehaussaient grandement leur prix et leur valeur, se servant à ce sujet d'une comparaison familière des habits dont se revêtent les princes et les grands seigneurs aux jours de leurs triomphes et magnificences : « Car, disait-il, les habits ne sont pas ordinairement tant estimés pour l'étoffe dont ils sont faits, que pour les passements d'or et enrichissements de broderies, perles et pierres précieuses dont ils sont ornés ; de même il ne faut pas se contenter de faire des bonnes œuvres, mais il les faut enrichir et relever parle mérite d'une très noble et très sainte intention, les faisant uniquement pour plaire à Dieu et pour le glorifier ».

C'est dans cette même droiture d'intention qu'il avait souvent en bouche, et encore plus dans le cœur, ces paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ rapportées dans l'Évangile : « Cherchez premièrement le royaume des Cieux. Notre Seigneur, disait-il sur ce sujet, nous recommande par ces paroles de faire régner Dieu en nous, puis de coopérer avec lui à étendre et à amplifier son royaume dans la conquête des âmes. N'est-ce pas là un grand honneur pour nous, que d'être appelés à l'exécution d'un si grand et si important dessein ? N'est-ce pas agir comme les Anges, qui travaillent incessamment et uniquement pour l'agrandissement de ce royaume de Dieu ? Y a-t-il condition plus désirable que la nôtre, nous qui ne devons vivre que pour établir, accroître et agrandir le royaume de Dieu ? A quoi tiendra-t-il, mes frères, que nous ne répondions dignement à une vocation si sainte et si sanctifiante ? »

Saint Basile étant un jour interrogé par quel moyen on pouvait témoigner son amour envers Dieu, répondit : que c'était en faisant tout ce qu'on peut, et même s'il faut parler ainsi, pins qu'on ne pe t, pour accomplir continuellement, en toutes choses, la très sainte volonté de Dieu, avec un très-ardent désir de procurer l'accroissement de son honneur et de sa gloire ; et certes, ce n'est pas sans grande raison qu'il a parlé de la sorte ; car, puisque l'union qui se fait par l'amour est principalement des cœurs et des volontés; on ne saurait mieux faire paraître qu'on aime Dieu, que par une conformité et union parfaite de sa volonté avec celle de Dieu.

C'est ce que Vincent a saintement pratiqué ; et l'on peut dire que cette conformité de sa volonté avec celle de Dieu, était la propre, la principale, et comme la générale vertu de ce Saint homme, qui répandait ses influences sur toutes les autres ; c'était comme le maître-ressort qui faisait agir toutes les facultés de son âme et tous les arguments de son corps ; c'était le premier mobile de tous ses exercices de piété, de toutes ses plus saintes pratiques, et généralement de toutes ses actions, en sorte que, s'il se présentait devant Dieu en ses oraisons, s'il se rendait en tout temps et en toutes occasions si attentif à sa divine présence, c'était pour lui dire comme Saint Paul : Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? S'il était si soigneux de consulter Dieu, de l'écouter et d'user d'une si grande circonspection, pour discerner les vraies inspirations qui venaient du Saint-Esprit, d'avec les fausses qui procédaient de la suggestion du démon, ou des mouvements déréglés de la nature, c'était pour connaître la volonté de Dieu, avec plus d'assurance, et pour se mettre plus en état de l'accomplir ; enfin, s'il rejetait si fortement toutes les maximes du monde, pour embrasser celles de l'Evangile, s'il renonçait si parfaitement à lui-même, s'il embrassait les croix avec tant d'affection, et s'il s'abandonnait à tout faire et à tout souffrir pour Dieu, c'était pour se conformer plus parfaitement à toutes les volontés de sa divine Majesté ; et il avait une telle estime de la pratique de cette sainte conformité, qu'il dit un jour de l'abondance de son cœur cette belle sentence : que se conformer en toutes choses à la volonté de Dieu et y prendre tout son plaisir, c'était vivre sur la terre d'une vie tout angélique, et même que c'était vivre de la vie de Jésus-Christ.

Il dit une autre fois sur ce même sujet, que Notre Seigneur était une communion continuelle aux âmes vertueuses qui se tenaient fidèlement et constamment unies à sa très sainte volonté, et qui avaient un même vouloir et un même non vouloir avec lui. Et comme il était tout rempli et pénétré de cette importante vérité, et qu'il connaissait par sa propre expérience les grâces et les bénédictions qui découlaient de cette conformité à la volonté de Dieu, il a toujours taché de l'inspirer dans tous les cœurs des autres et particulièrement de ceux de sa Congrégation, auxquels il en a même fait une règle particulière dans les termes suivants : « Et parce que la sainte pratique, qui consiste à faire toujours, et en toutes choses la volonté de Dieu, est un moyen assuré pour pouvoir acquérir bientôt la perfection chrétienne, chacun tâchera selon son possible, de se la rendre familière, en exécutant dûment les choses qui nous sont commandées, et fuyant soigneusement celles qui nous sont défendues, et cela toutes les fois qu'il nous appert que tel commandement et telle défense viennent de la part de Dieu ou de l'Église ou de nos supérieurs ou de nos règles et constitutions ». La perfection de l'amour, leur dit-il un jour, ne consiste pas dans les extases, mais à bien faire la volonté de Dieu : et celui-là entre tous les hommes sera le plus parfait qui aura sa volonté plus conforme à celle de Dieu; en sorte que notre perfection consiste à unir tellement notre volonté à celle de Dieu , que la sienne et la nôtre ne soient qu'un même vouloir et non-vouloir; et celui qui excellera davantage en ce point sera le plus parfait.

 

Fleurs Spirituelles

 

« Comme le Seigneur connaît ce qui est bon et utile à chacun de nous, il nous donne à tous ce qui peut contribuer davantage à sa gloire, à notre salut et au bien du prochain. C'est donc bien nous tromper, et consulter mal nos intérêts, que de ne pas nous abandonner entièrement à ce qu'il veut faire de nous ». (Sainte Thérèse d'Avila).

« Une des plus grandes raisons pour laquelle Jésus-Christ est venu sur la terre, et s'est donné à nous, c'est afin que l'homme connût jusqu'à quel point Dieu l'aime et que cette connaissance le portât à brûler d'amour pour celui qui l'a aimé si excessivement ». (Saint Augustin).

Pratique : Dans tous ce qui vous arrivera de fâcheux aujourd'hui, dites : « O mon Dieu, que votre volonté se fasse et non la mienne ». Priez pour les personnes qui dans leurs actions n'agissent pas purement pour Dieu.

 

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11 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Douzième jour

Mortification extérieure et chasteté de Saint Vincent

 

Pour ce qui est de la mortification extérieure de Vincent, on peut dire avec vérité qu'elle allait d'un pas égal avec l'intérieure, c'est-à-dire qu'il la pratiquait parfaitement et presque sans aucune relâche ; car il a toujours traité son corps avec une très-grande rigueur jusqu'au temps de son extrême vieillesse, et même dans ses plus grandes infirmités; et outre ses pénitences et mortifications ordinaires, dont nous parlerons ci-après, il embrassait et recherchait toutes les occasions qu'il pouvait rencontrer de faire souffrir son corps, et particulièrement en sa manière de vivre pendant tout le voyage qu'il fit en l'année 1649 âgé de plus de soixante-dix ans, où les abstinences, les veilles, la violence du froid, et toutes les autres incommodités auxquelles il s'exposa, lui causèrent cette grande et fâcheuse maladie qui lui survint à Richelieu. Sur ce sujet, il disait que l'on pouvait pratiquer la mortification en toutes sortes de rencontres, tenant son corps dans quelque posture qui lui soit pénible, sans pourtant blesser la modestie, privant ses sens extérieurs des choses qui leur pourraient donner quelque satisfaction; souffrant volontiers les intempéries de l'air. C'est ce qu'il savait fort bien pratiquer lui-même, étant bien aise d'en trouver les occasions, et on a souvent pris garde, que pendant les plus grandes rigueurs de l'hiver, il exposait ses mains au froid, qui en paraissaient quelquefois toutes noirâtres, et les autres membres de son corps participaient à cette même incommodité, ne voulant point prendre d'autres chaussures, ni d'autres vêtements pour l'hiver que pour l'été.

Il arrivait souvent que par indisposition ou par quelque autre empêchement, il se trouvait toute la journée attaqué et presque accablé de sommeil, mais au lieu de réparer ce défaut par quelque peu de repos, il en prenait souvent occasion de se mortifier, se tenant debout, ou se mettant en quelque posture contraire, et se faisant d'autres violences, pour s'empêcher de dormir. On a remarqué qu'il n'a jamais rien rabattu de ses veilles dans son grand âge, se levant toujours à l'heure de la communauté, quoiqu'il fût le dernier couché, et avec cela, on le voyait des premiers à l'église, en quelque temps que ce fût, où il se tenait à genoux sur la terre pendant l'oraison, sans jamais avoir voulu permettre qu'on lui mit une natte sous les genoux.

Pour ce qui est de la mortification de ses sens, il la pratiquait presque continuellement et en toutes sortes d'occasions. Lorsqu'il allait par la ville, ou qu'il faisait voyage, au lieu d'égayer sa vue sur les champs ou sur la diversité des objets qu'il rencontrait, il tenait ordinairement ses yeux arrêtés sur un crucifix qu'il portait, ou il les tenait fermés pour ne voir que Dieu.

Jamais on ne lui a vu cueillir une fleur, ni en porter aucune pour se récréer par son odeur, mais, au contraire, quand il se rencontrait en quelque lieu, où il y avait des odeurs mauvaises, comme dans les hôpitaux, ou chez les pauvres malades, le désir qu'il avait de se mortifier lui faisait trouver agréable cette incommodité.

Pour le goût, il l'avait tellement mortifié, qu'il ne témoignait jamais à quelle sorte de viande il avait plus d'appétit. Il semblait même aller à regret prendre sa réfection, ne le faisant que pour satisfaire à la nécessité, et y gardant toute la bienséance possible, mangeant les choses qui lui étaient présentées en la vue de Dieu, et avec beaucoup de modestie: à quoi il avait tellement habitué les siens par son exemple, que plusieurs externes de toutes sortes de conditions qui ont mangé en son réfectoire en ont été grandement édifiés, comme ils l'ont déclaré eux-mêmes, admirant que, dans une action qui de soi semble porter à la dissolution, on y gardât une telle récollection et une si grande modestie et retenue.

Il ne sortait jamais de table, sans s'être mortifié en quelque chose, soit au boire, soit au manger, ainsi qu'il recommandait aux autres de faire.

Pour ce qui est des autres mortifications et austérités extérieures dont il usait, il les a toujours cachées autant qu'il a pu. Mais l'on s'est néanmoins bien aperçu qu'il exerçait de très-grandes rigueurs sur son corps.

Vincent portant ainsi en soi la mortification de Jésus-Christ, la vie du même Jésus-Christ selon la parole du Saint Apôtre, s'est aussi manifestée en lui par une pureté angélique et une chasteté à l'épreuve de tout ce qui lui pouvait être contraire, comme il a bien fait paraître en sa manière de converser lorsqu'il y était obligé, avec des personnes de l'autre sexe, et de tout âge, s'y étant toujours comporté de telle sorte, qu'il n'a jamais donné la moindre occasion à la calomnie, mais plutôt un sujet d'édification à un chacun. Or, comme il connaissait bien de quelle importance est cette vertu à ceux qui sont obligés de s'employer au bien spirituel des autres, et de traiter souvent avec le prochain, tels que sont les missionnaires, aussi leur donnait-il divers avis salutaires sur ce sujet : il leur disait, entre autres choses, que ce n'est pas assez aux missionnaires d'exceller en cette vertu, mais qu'ils doivent encore faire tout leur possible, et se comporter de telle sorte, que personne n'ait sujet de concevoir à leur égard aucun soupçon du vice contraire, parce que ce seul soupçon quoique mal fondé, nuisant à leur réputation, serait plus préjudiciable à leur saint emploi que tous les autres crimes qu'on pourrait leur imputer faussement. Selon cela, ajoutait-il, ne nous contentons pas d'user des moyens ordinaires pour prévenir ce mal, mais employons-y les extraordinaires si besoin est.

La pudeur de son cœur rejaillissait sur tout son visage, et réglait sa langue; ses paroles procédant d'une source très pure, faisaient évidemment voir que la chasteté lui était extrêmement précieuse. C'est pourquoi, selon la règle qu'il a donnée à ses enfants, il apportait toutes les précautions imaginables pour la conserver. Nous avons déjà vu combien il matait son corps par l'excès du travail et par sa pénitence continuelle, quelles étaient ses humiliations, et combien grande sa tempérance au boire et au manger.

Il tenait tous ses sens dans une grande retenue, particulièrement la vue, ne regardant ni légèrement, ni curieusement, ni hors de propos, ni d'un regard fixe les personnes de l'autre sexe ; il ne leur parlait point seul à seul, mais à la vue d'autres personnes, ou la porte ouverte.

Un Frère, souffrant des tentations contre la chasteté, à cause de la vue des objets qui se présentaient à lui, allant et venant pour les affaires de la maison, eut en pensée pour s'en défaire de sortir de la Congrégation de la Mission, et de se faire religieux solitaire; et en ayant écrit à Vincent, voici la réponse qu'il lui fit : « D'un côté j'ai reçu consolation de votre lettre, voyant votre candeur à découvrir ce qui se passe en vous ; mais d'un autre, elle m'a donné la même peine que Saint Bernard reçut autrefois d'un de ses religieux, qui, sous un prétexte d'une grande régularité, voulant quitter sa vocation pour passer à un autre ordre, quoique ce saint abbé lui dit que c'était une tentation, et que l'esprit malin ne demandait pas mieux que ce changement, sachant bien que s'il le pouvait ôter du premier état, il lui serait facile de le tirer du second, et après, de le précipiter de la vie, comme il arriva. Ce que je puis vous dire, mon cher frère, est que si vous n'êtes pas continent en la Mission, vous ne le serez en aucun lieu du monde, et de cela je vous en assure. Prenez garde qu'il n'y ait quelque légèreté dans le désir que vous avez de changer ; en ce cas, le remède après la prière, qui est nécessaire en tous nos besoins, serait de considérer qu'il n'y a aucune condition sur la terre en laquelle il n'arrive des dégoûts, et parfois des désirs de passer en d'autres; et après cette considération, estimez que Dieu vous ayant appelé en la Compagnie où vous êtes, il y a vraisemblablement attaché la grâce du salut, laquelle il vous refuserait ailleurs, où il ne vous appelle pas. Le second remède contre les tentations de la chair, est de fuir la communication et la vue des personnes qui les excitent, et de les communiquer aussitôt à votre directeur, lequel vous donnera d'autres remèdes. Celui que je vous conseille encore, est de vous confier fort en Notre Seigneur Jésus-Christ, et en l'assistance de l'immaculée conception de la Vierge sa Mère, à qui je vous recommanderai souvent ».

 

Fleurs Spirituelles

 

« La chasteté est la beauté inviolable des Saints, qui fleurit, comme la rose, au milieu du corps et de l'âme, et qui remplit toute la maison d'une très douce et très agréable odeur ». (Saint Ephrem).

« Il suffit d'un petit vent pour faire tomber les fleurs dont les arbres se parent au printemps ; et il ne faut quelquefois qu'une parole flatteuse pour perdre une âme chaste, plus tendre et plus délicate que les fleurs. (Père Nouet).

« La virginité est un profond silence des soins de la terre, le calme de tous les mouvements de la chair, l'affranchissement des vices, le règne de toutes les vertus ». (Saint Hildebert).

Pratique : Par amour pour Dieu, mortifiez aujourd'hui le sens de la vue, vous éviterez par-là beaucoup d'occasions de péché. Priez pour les personnes qui ont fait vœu de chasteté ou qui se préparent à le faire.

 

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12 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Treizième jour

Égalité d'esprit de Saint Vincent

 

L'égalité d'esprit est une des marques plus assurées, ou plutôt un des plus excellents fruits de la parfaite mortification , par le moyen de laquelle on acquiert un tel empire, non-seulement sur ses sens extérieurs, mais aussi sur tous les mouvements intérieurs de son âme, que tout ce qui se passe au-dehors et tout ce qu'on peut ressentir au-dedans, n'est point capable d'apporter aucun trouble à celui qui s'est rendu maître de son cœur, et possesseur de cette vertu : de sorte qu'en la partie supérieure de son âme, il jouit d'une continuelle tranquillité, et demeure toujours dans une paisible possession de soi-même, et quelque accident qu'il lui puisse arriver, en quelques rencontres qu'il se puisse trouver et quoi que ce soit qu'on lui puisse dire ou faire, rien toutefois ne le peut altérer ni ébranler. On voit toujours reluire une même sérénité eu son visage, et une même retenue en toutes ses paroles et en toutes ses actions : sa voix ne change point de ton, et son cœur dans une même assiette, conserve tout le reste de son intérieur dans une constante égalité qui se fait même reconnaître à l'extérieur.

Voilà un petit portrait, quoique très imparfait, de l'état auquel Vincent était parvenu, ou plutôt auquel il avait été élevé par la pratique des vertus dont nous avons parlé, et particulièrement de la mortification qui semblait lui avoir parfaitement assujetti les mouvements de ses passions, en sorte qu'il n'en recevait aucun trouble, ni altération, retenant toujours son esprit dans une sainte égalité, qui se faisait connaître même sur son visage et sur toute la position de son extérieur.

Or, cette constance et égalité d'esprit de Vincent s'est rendu remarquable, dans sa manière de vivre, toujours humble et portée à la piété et à la charité, sans avoir jamais été interrompue par aucun désordre de jeunesse, ni par le relâchement au progrès de la vertu, pas même dans le déclin de son âge, et dans sa caducité. Il allait toujours son train ordinaire dans les actions spirituelles et dans la voie de la perfection, marchant droit à la suite de Notre Seigneur, et portant les siens à la pratique des maximes de l'Évangile et des règles de leur état, dont il leur donnait l'exemple en tous lieux et en tout temps, dans la tribulation et la consolation, dans la santé et dans la maladie, dans les grands froids et dans les excessives chaleurs ; parce que toutes ces choses lui étaient égales devant Dieu : ce qui se peut dire de tout le reste. On a souvent remarqué qu'en quelques affaires qu'il fut occupé, et même dans la plus grande presse et foule des importunités dont il était quelquefois accablé, si néanmoins quelqu'un venait pour l'interrompre et lui parler, il l'écoutait et lui répondait avec autant de présence d'esprit et de tranquillité que s'il n'eût eu aucune autre affaire: ce qui était une marque bien évidente de cette égalité en laquelle il maintenait son esprit. Elle s'est encore fait paraître plus merveilleusement dans la constance avec laquelle il a persévéré en toutes ses entreprises et occupations de piété, s'étant incessamment appliqué au service des pauvres, et à l'instruction des peuples.

Cette même égalité d'esprit a été aussi fort remarquable en lui dans la perte de plusieurs très bons sujets de sa Congrégation, qui ont été consumés par les travaux où il les avait engagés pour le service de Dieu ; car lorsqu'il apprenait la nouvelle de leur mort, quoique d'abord il en parût sensiblement touché, néanmoins recueillant aussitôt son esprit et l'élevant vers Dieu, il se conformait au bon plaisir de sa divine Majesté et demeurait ainsi dans une égalité ordinaire.

Il se possédait tellement que quand on lui disait des paroles piquantes, des injures et des calomnies, comme cela lui est arrivé, et même assez souvent, il se tenait toujours égal, ne répondant point autrement qu'à son ordinaire, sans aigreur, ni changement: ce que quelques personnes qui étaient présentes ont admiré en diverses rencontres , avouant qu'elles en ressentaient elles-mêmes quelque émotion, quoique ces injures ou calomnies ne les touchassent en rien.

 

Fleurs Spirituelles

 

« Toutes les fois qu'il nous survient quelque événement inattendu, soit des afflictions, soit des consolations spirituelles ou corporelles, nous devons tâcher de les recevoir avec égalité d'esprit, en pensant que tout nous vient de la main de Dieu ». (Saint Vincent De Paul).

« L'esprit de Jésus-Christ est un esprit de droiture, de sincérité et d'égalité ; celui qui est appelé à glorifier ce Dieu sauveur doit agir d'après son esprit ». (Saint Vincent De Paul).

Pratique : Tâchez de conserver votre âme en paix et dans le calme, dans les petites contrariétés qui pourraient vous survenir aujourd'hui. Priez pour les personnes qui ne savent pas réprimer leur humeur.

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6 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Septième jour

Simplicité de Saint Vincent

 

La simplicité est d'autant plus estimable entre ceux qui font profession de suivre les maximes de Jésus-Christ, qu'elle est moins estimée parmi les sectateurs de la vaine et fausse sagesse du monde.

Saint Vincent disait que la simplicité nous fait aller droit à Dieu, droit à la vérité, sans faste, sans biaisement, sans déguisement, et sans aucune vue de propre intérêt ni de respect humain ; il pratiquait parfaitement ce qu'il disait, en sorte qu'il y a sujet de croire que cette vertu de simplicité qu'il possédait à un très excellent degré, a grandement contribué aux heureux succès de ses saintes entreprises, attirant sur lui la bénédiction de Dieu et l'approbation des hommes, parce qu'il n'y a rien qui plaît tant à Dieu et a gagné davantage l'affection de toutes sortes de personnes, que la droiture et la simplicité dans le cœur, dans la vie et dans les paroles.

Or, comme il avait une estime particulière pour cette vertu, il tâchait aussi de l'insinuer dans l'esprit des siens, auxquels parlant un jour sur ce que Jésus-Christ recommandait à' ses disciples d'être simples comme des colombes, il leur dit : « Ce divin Sauveur, envoyant ses Apôtres pour prêcher son évangile par tout le monde, leur recommande particulièrement cette vertu de simplicité comme une des plus importantes et nécessaires pour attirer en eux les grâces du Ciel, et pour disposer les cœurs des habitants de la terre à les écouter et à les croire ; or, ce n'est pas seulement à ses apôtres qu'il parlait, mais généralement à tous ceux que sa providence destinait pour prêcher l'évangile et travailler à la conversion des âmes, et par conséquent, c'est à nous que Jésus-Christ parlait, et qu'il recommandait cette vertu de simplicité, laquelle est si agréable à Dieu, que son bon plaisir est de s'entretenir avec les simples de cœur. Pensez, mes frères, quelle consolation et quel bonheur pour ceux qui sont du nombre de ses véritables simples, lesquels sont assurés, par la paroles de Dieu, que son bon plaisir est de demeurer et s'entretenir avec eux.

Or, pour bien connaître l'excellence de cette vertu, il faut savoir qu'elle nous approche de Dieu, et qu'elle nous rend semblables à Dieu, dans la conformité qu'elle nous fait avoir avec lui, en tant qu'il est un être simple et qu'il a une essence très pure, qui n'admet aucune composition ; si bien que ce que Dieu est par essence, c'est cela même que nous devons tâcher d'être par vertu, autant que notre faiblesse et misère en sont capables. Il faut avoir un cœur simple, un esprit simple, une intention simple, une opération simple, parler simplement, agir bonnement, sans user d'aucun déguisement ni artifice, ne regardant que Dieu auquel seul nous désirons plaire.

La simplicité donc comprend non seulement la vérité et la pureté d'intention, mais elle a encore une certaine propriété d'éloigner de nous toute tromperie, ruse et duplicité; et comme c'est principalement dans les paroles que cette vertu se fait paraître, elle nous oblige de déclarer les choses par notre langue comme nous les avons dans le cœur, parlant et déclarant simplement ce que nous avons à dire, et avec une pure intention de plaire à Dieu. Ce n'est pas toutefois que la simplicité nous oblige de découvrir toutes nos pensées, car cette vertu est discrète, et n'est jamais contraire à la prudence, qui nous fait discerner ce qui est bon n dire, d'avec ce qui ne l'est pas, et nous fait connaître quand il se faut taire aussi bien que quand il faut parler.

Pour ce qui est de la simplicité qui regarde les actions, elle a cela de propre qu'elle fait agir bonnement, droitement et toujours en vue de Dieu, soit dans les affaires, ou dans les emplois et exercices de piété, à l'exclusion de toutes sortes d'hypocrisies, d'artifices et de vaines prétentions. Une personne, par exemple, qui fait un présent à une autre, feignant que c'est par affection, et néanmoins fait ce présent afin que l'autre lui donne une autre chose plus considérable, quoique selon le monde cela semble permis, c'est toutefois contre la vertu de simplicité qui ne peut souffrir qu'on témoigne une chose et qu'on en regarde une autre ; car, comme cette vertu nous fait parler selon nos sentiments intérieurs, elle nous fait aussi agir de même dans une franchise et droiture chrétienne, et le tout pour Dieu, qui est l'unique fin qu'elle prétend; d'où il faut inférer que cette vertu de simplicité n'est pas dans les personnes, qui par respect humain, veulent paraître autres qu'elles ne sont, qui font des actions bonnes extérieurement pour être estimées vertueuses ».

Nous avons rapporté un peu au long ce discours que Vincent a fait aux siens de cette vertu, parce que nous avons cru ne pouvoir mieux représenter sa simplicité que par ses propres paroles; car, il était tel qu'il voulait persuader aux autres de devenir; et celui qui entendait ses paroles, pouvait connaître son cœur, qu'il portait toujours sur ses lèvres. De sorte que l'on peut dire avec vérité qu'il possédait cette vertu à un tel degré, par le secours de la grâce de Notre Seigneur, que les puissances de son âme en étaient toutes remplies, et que ce qu'il disait et faisait, provenait de cette source, conformant toujours son extérieur à son intérieur, et ses actions à ses intentions, qui tendaient toutes à ce qui était le plus parfait. Sa fidélité à la pratique de cette vertu s'est fait voir en toutes rencontres, jusqu'aux moindres choses. Entre plusieurs exemples, on a souvent remarqué que la grande quantité d'affaires auxquelles il était continuellement appliqué, lui en faisant oublier de fois à autres quelques petites, comme de parler à quelqu'un, de répondre à une lettre, ou de faire quelque autre chose qu'on lui avait recommandée, il aimait mieux avouer franchement ses défauts, quoiqu'il lui en dût arriver de la confusion, que les couvrir, par quelque excuse ou artifice d'esprit. Il disait qu'il s'était toujours bien trouvé de déclarer les choses telles qu'elles étaient, parce que Dieu y donne sa bénédiction.

 

Fleurs Spirituelles

 

« Les réflexions continuelles sur ses défauts, ne plaisent pas aux yeux de Dieu, elles ne servent qu'à contenter notre misérable amour propre ; marchez simplement ». (Saint François de Sales).

« Les âmes simples fuient les détours qui éloignent de Dieu. Dieu nous préserve de louer, de flatter, ou de faire quelque chose pour nous attirer la bienveillance ou la protection de quelqu'un. Ces motifs sont bas, trop vils et trop éloignés de l'esprit de Jésus Christ, à l'amour de qui nous devons principalement rapporter tout ce que nous faisons. Telles doivent être nos maximes : faire tout pour l'amour de Dieu, et ne point désirer l'estime des hommes : travailler à leur salut, sans se mettre en peine de ce qu'ils diront. (Saint Vincent De Paul).

Pratique : Dans les rapports qu'on a avec le prochain, agir avec droiture et franchise, comme on croit devoir le faire devant Dieu. Priez pour les personnes qui manquent de simplicité.

 

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18 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Dix-neuvième jour

Notre Dame du Mont Carmel

 

D'après certaines traditions, un oratoire aurait été bâti en l'honneur de la sainte Vierge, avant son Assomption, par des disciples du prophète Elie, groupés en une sorte de communauté, sur le Mont Carmel. C‘est pour cela que les Carmes, qui prétendent tirer leur origine de cet ordre antique, ont toujours été regardés comme les premiers et les plus fervents serviteurs de Marie.

Ces religieux s‘établirent à Nantes, en 1318. Thébaut de Rochefort, vicomte de Donges, les avait appelés et les reçut dans son hôtel de Rochefort. Toutefois cette maison, qui devait être donnée plus tard aux religieuses de Sainte Claire par une descendante de Thébaut, Françoise d'Amboise, n‘abrita les Carmes que durant neuf années. En 1327, ils allèrent occuper une autre propriété du vicomte, située « entre la maison de Guillaume Lallier, dans la rue de Verdun, et la rue qui conduit à la porte de l’Echellerie ». C’est là qu’ils s’établirent définitivement, qu’ils bâtirent un couvent, une église, qu’ils fondèrent enfin une confrérie de Notre Dame du Mont Carmel.

Dés le principe, les ducs de Bretagne et les habitants de Nantes se montrèrent favorables à ces religieux et prirent l’habitude d’aller dans leur église invoquer Notre-Dame. Mais ce qui donna surtout l’essor à leur dévotion, ce sont les faits merveilleux, racontés par Albert Le Grand, d’après les archives des Carmes.

C'était le jour de saint Maurice, 22 septembre 1365, Jean le Conquérant, IVe du nom, duc de Bretagne, faisait solennellement son « entrée ducale » dans sa bonne ville de Nantes. Toutes les fenêtres étaient garnies de curieux, les rues étaient noires de monde, la foule était immense, si bien que les archers de la garde de son Altesse avaient bien de la peine a mettre un peu d’ordre et à ouvrir un passage au cortège. Comme le duc pénétrait sur le carrefour des Changes, un déplorable accident vint attrister la fête. Des curieux imprudents, des enfants surtout, avaient envahi la margelle du grand puits qui se trouvait alors au milieu de cette place. Un fort remous se produisit dans la foule, à l’arrivée du prince, et un jeune enfant tomba dans le puits. On se hâta de l’en tirer ; mais un pareil sauvetage demandait du temps. Quand le petit corps réapparut au-dessus de la margelle, ce n’était plus qu’un cadavre. Il faisait « compassion aux assistants », rapporte notre chroniqueur. Mais que dire de la pauvre mère quand on lui remit le corps inanimé de son enfant qui tout à l’heure était plein de vie ? Sa douleur était navrante et tirait les larmes des yeux. La foi du peuple parut alors. « On lui conseilla de vouer son enfant mort à Notre Dame du Mont Carmel, laquelle ne dénie son assistance à personne de ceux qui ont recours à elle en leurs afflictions ». L’église des Carmes n’était qu’à quelques pas, la malheureuse femme y courut, portant dans ses bras le cadavre glacé de son enfant. Sans hésiter, elle posa le corps sur l'autel même de Notre-Dame, puis tombant a genoux, avec ses larmes plus encore qu’avec la voix, elle demanda un miracle a la bonne Mère. Marie pouvait-elle repousser une telle prière ? Sur-le-champ, l‘enfant ressuscita, en présence de la foule qui avait suivi la pauvre mère, et qui était là, haletante.

On devine avec quelle ferveur enthousiaste ce bon peuple remercia Notre-Dame ; on devine aussi le bruit que fit cette merveille. Toute la ville était sur pied, ce fut connue une traînée de poudre. Cependant tous n’avaient pas vu, et, dès ce temps-là, il y avait des incrédules. Le lendemain, des passants, attroupés devant la boutique d’un cordonnier, s’entretenaient avec animation du miracle arrivé la veille. L’artisan prête l’oreille a la conversation, puis, avec cet air tranchant des sceptiques, déclare qu’il n’en croit pas un mot, que c’est un faux bruit que les moines font courir pour se donner du crédit, et il ajoute : « Qu’ils aillent au diable ces moines, avec leur Nostre Dame du Mont Carmel ». À peine avait-il proféré ce blasphème que, par un mouvement inconscient, il enfonça son alène dans la paume de sa main. L’instrument s’y fixa si solidement que personne ne put l’arracher, « quelque effort que l’on y fist. Le duc y envoya ses médecins et chirurgiens qui ayant visité le patient, et tasché en vain de le soulager, rapportérenl qu'il y avait du surnaturel, et que c‘était une juste punition de son blasphéme ». Le malheureux demeura vingt-quatre heures dans cet état, avec des douleurs atroces. Enfin il rentra en lui-même, reconnut l‘énormité de sa faute, et demanda qu’on le conduisit à Notre Dame des Carmes. Arrivé devant l’image de la Vierge, il se prosterna dévotement « et versant un torrent de larmes, confessa publiquement sa faute, demanda pardon à la sainte Vierge et la supplia de luy obtenir la santé. Il n’eut pas plus-tôt fait cette petite satisfaction que l’aléne lui tomba de la main sur le marchepié de l’autel, et la playe fut incontinent guérie, dont il rendit grâces à Dieu et a sa très saincte Mère ».

A la suite de ces faits merveilleux, la confiance des Nantais en Notre Dame des Carmes ne pouvait manquer de s’accroître. Celle des ducs s’en accrut aussi. Tous les princes de la maison de Montfort devaient en donner des preuves, mais c’est Jean V qui brille au premier rang.

J’ai dit la trahison des Penthièvre et l’emprisonnement du duc dans la forteresse de Châteauceaux. Un jour que la mère des traîtres, la vindicative Marguerite de Clisson, lui avait adressé les plus terribles menaces, elle termina par ces paroles sinistres : « La mort, le cachot, la torture, tout se prend en patience, avec bon courage ! » Le duc, qui n'était pas très brave, se prit a trembler. Mais il était « grand serviteur de la Mère de Dieu, laquelle lui avait, en plusieurs occasions, fait ressentir les bénignes influences de. sa faveur » ; il se souvint de Notre Dame des Carmes et fit vœu, si par son intercession il était délivré de cette captivité et de ce péril de mort, de lui donner son poids d’or et d’argent. À peine rentré à Nantes, Jean V, reconnaissant, se rendit aux Carmes. « Il fit célébrer la messe sur l’autel de Notre-Dame, à laquelle il communia, puis, en présence des prélats, barons, princes, seigneurs et autres de sa cour, des religieux Carmes et de tout le peuple, il se fit armer de son harnois de guerre, le heaume en tête, timbré des couronne et trophées de Bretagne, et ainsi tout armé entra dans l'une des balances et y fit encore mettre le harnois et caparaçonnement de son cheval d'armes, et charger l’autre bacin des balances d'or et d’argent, tant en monnaye, lingots, que vaisselle, jusqu’à ce que le poids l’enlevast, et de plus fit donner a chaque religieux cinq florins d'or ». Le duc, ainsi armé, pesait 380 mares. Tout son trésor y passa, avec une grande partie de sa vaisselle, et il lui fallut mettre en gage les joyaux de la couronne. « De cet or et argent, on fit faire une image de Notre Dame devant laquelle était l’effigie de ce Prince à grandeur d'homme, à genoux, les mains jointes, et d'autre costé estait représenté, en argent, le château de Champtoceaux avec ses tours, portaux, etc.. ., et furent posez devant l’autel de N.-Dame ».

Hélas ! Ce précieux monument n'eut qu'une durée éphémère: le successeur de Jean V, se trouvant court d’argent, le fit porter à la monnaie, en donnant toutefois des dédommagements aux Révérends Pères. Ceux-ci durent se contenter de mettre à sa place une reproduction en bois, qui se voyait encore au XVIIe siècle, en avant du premier pilier de leur église.

La dévotion de nos ducs envers N. D. des Carmes ne diminua point cependant ; la plupart d’entre eux tirent des fondations dans son église, et le dernier, François il, y fut inhumé avec ses deux femmes, Marguerite de Bretagne et Marguerite de Foix. La reine Anne, sa fille, lui fit sculpter, par Michel Columb, le magnifique mausolée que nous admirons encore, dans la Cathédrale, sous le nom de Tombeau des Carmes.

Les Carmes étaient fiers de la protection des ducs, et l’on voyait dans leur sceau, avec la Vierge-Mère devant laquelle se tenait un religieux a genoux, l‘écu et les hermines de Bretagne. Ils étaient fiers aussi de la bienveillance du Bureau de ville et de l'amour du peuple. A chaque fois que leur couvent ou leur église avaient besoin de réparations. le Bureau leur accordait de larges subventions, et dans les joies, comme dans les calamités publiques, le peuple se pressait aux pieds de N. D. des Carmes. C’est ainsi que, lors du siège de Nantes par les Français, en 1487, il s'y rendit en pèlerinage ; c’est ainsi que, pour remercier Notre-Dame de la naissance du Dauphin, qui devait être Louis XIV, la procession générale se dirigea vers l‘église des Carmes.

Hélas ! De cet établissement, si riche en souvenirs, plus rien ne subsiste aujourd’hui, plus rien, que ces souvenirs eux-mêmes ! Et combien sont-ils, dans la foule qui passe, à les connaître ? En 1802, l’église fut transformée en théâtre, puis bientôt démolie ; et cela vaut mieux. La rue des Bons Français traverse l’enclos, et le chercheur qui la parcourt, ainsi que les rues des Carmes et du Moulin, promène en vain ses regards à droite et à gauche: les ruines elles-mêmes ont péri.


La dévotion à Notre Dame du Mont Carmel n'a pas péri cependant chez nous. Vous savez comment elle se manifeste, par l'entrée dans sa confrérie, par la réception du Scapulaire qui lui est consacré. Donné par la Vierge elle-même à un religieux Carme, dés le XIIIe siècle, enrichi par les Souverains Pontifes de précieuses indulgences, aimé des fidèles qui ont maintes fois entendu raconter la protection exercée par Marie sur ceux qui sont exacts à le porter, le scapulaire du Mont Carmel est répandu dans toutes nos paroisses. Nos curés ou nos missionnaires l’imposent d’ordinaire aux enfants, le lendemain de leur première communion ; et beaucoup se font un devoir de porter, pendant toute leur vie, ce gage des faveurs de Marie. J’aime à croire que vous êtes de ceux-là ; j’aime à croire que vous répétez souvent, que vous répéterez plus souvent encore la prière que la pauvre mère des Changes et le peuple nantais disaient aux jours lointains du XIVe siècle : « Notre Dame du Mont Carmel, priez pour nous ».

 

ND de Nantes

 

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