
Notre
Dame de Chartres
Un
Culte Marial
Chartres
est probablement un des plus anciens lieux de pèlerinage chrétien
de notre pays. Depuis la première implantation de l'Eglise sur le
lieu le culte et la dédicace marial sont reconnu d'une manière qui
semble évidente et logique... comme s'il ne pouvait en être
autrement. La dédicace à Marie est certaine dès le VIIIe siècle
selon les manuscrit relatant un don de Pépin en 768.. « l'église
Sainte Marie de Chartres ». Le pèlerinage sera établi dès le
XIIe siècle de façon régulière, et se poursuivra activement
jusqu'à nos jours.
Les
trois Vierges de Chartres
Les
écrits sur le propos des trois « Notre-Dame » de la
cathédrale font état de Notre Dame de Sous Terre, Notre Dame du
Pilier et de Notre Dame de la Belle Verrière. Nous choisirons de
prendre cette habituelle chronologie à contre-courant. Ainsi nous
irons du haut en bas, en passant par le pilier, et de la clarté
lumineuse de la connaissance à la pénombre sombre de l'initiation

Notre
Dame du Pilier
Revêtue
de ses riches habits, Notre-Dame du Pilier est vénérée par les
pèlerins de passage à Chartres. Cette statue, en bois polychromé,
représente la Vierge et l'Enfant. La peinture ayant presque
entièrement disparu des visages, ceux-ci ont la couleur du bois, ce
qui a fait appeler cette image la « Vierge Noire ». Cette
statue fut offerte par le chanoine Wastin dans les premières années
du XVIème siècle (1510 environ). Elle fut réalisée en bois de
poirier, sur le modèle de la statue en vermeil, ornant le maître
autel, donnée par l'archidiacre de Vendôme en 1221. La statue de
vermeil fut hélas fondue, avec d'autres « vieilles
argenteries », en 1769 pour financer les travaux de
transformation du sanctuaire. Marie est représentée en Majesté,
assise, tenant l'enfant Jésus sur son genou gauche. Elle regarde
droit devant elle; dans sa main gauche qu'elle tient élevée est une
poire. L'enfant tient dans sa main gauche le globe du monde; il lève
la main droite pour bénir.

Notre
Dame de la Belle Verrière
Notre-Dame
de la Belle Verrière, vitrail qui est une des 175 représentations
de la Vierge dans la Cathédrale, doit sa célébrité à ce bleu
cobalt exceptionnel qui a pourtant faillit disparaître lors du
terrible incendie de 1194. En effet, seul le panneau central, celui
de Marie et de son Enfant, a résisté au désastre. Sur ce panneau,
la Vierge, sans nous écraser, nous surplombe de ses 2 m 25 et nous
présente son Enfant tenant un livre sur lequel peut être lue
l'inscription "omnis vallis implebitur": "toute vallée
sera comblée" en référence à Saint Luc qui cite cette phrase
en prélude à la prédiction de saint Jean-Baptiste. Elle pose son
regard sur nous et en même temps au delà de nous, avec à la fois
grandeur, humilité, pureté, compassion, expérience, sérénité,
tristesse, sourire et majesté.

Notre Dame
de Sous Terre
Par
un bref couloir courbe aménagé à travers la construction du XIe
siècle qui formait alors l’infrastructure du croisillon nord, on
atteint la chapelle Notre-Dame de Sous Terre. La statue mise en place
en 1857, due au sculpteur Fontenelle, a été remplacée en 1976 par
une nouvelle statue de la Vierge en majesté sculptée en bois de
noyer sur un modèle de la statue originale, en un peu plus petit,
qui était conservé au Carmel. Dans un décor beaucoup plus sobre
et dépouillé que celui qui existait depuis le XIXe siècle, elle
perpétue le souvenir de la vierge romane, qui fut brûlée par les
révolutionnaires le 20 décembre 1793. Cette chapelle, lieu de
prières intenses, est pour beaucoup le véritable sanctuaire de la
cathédrale.

Le
Saint Voile
Il
s'agit d'une relique très importante qui fut offerte en 876 à la
cathédrale par Charles le Chauve, empereur d'Occident. Ce voile,
selon la tradition, est la chemise que portait Marie lors de
l'Annonciation, au moment ou le Verbe fut conçu. Cette relique
importante drainait de nombreux pèlerins. Lors de l'incendie de
l'ancienne église, en 1194, on crut que la relique était perdue,
mais on la retrouva intacte: cela fut interprété comme le fait que
la Vierge Marie désirait une plus grande église pour sa relique, et
explique peut-être l'enthousiasme et la rapidité avec laquelle la
nouvelle cathédrale fut bâtie. La relique était contenue dans une
châsse de grande valeur, dont les joyaux furent vendus à la
révolution. De même, le voile fut découpé en plusieurs morceaux,
qui furent vendus. Une expertise du tissu, réalisée en 1927 par le
musée des soieries de Lyon propose une datation ancienne (premiers
siècles). Cependant, il est en soie de grande valeur, ce qui est
étonnant au vu du statut social de Marie. Le voile est toujours
exposé dans le déambulatoire, du côté nord, dans une des
chapelles absidales.

Pèlerinages
Notre-Dame
de Chartres reste un lieu de pèlerinage important à l'heure
actuelle, principalement grâce au traditionnel pèlerinage de Notre
Dame de Chrétienté qui a lieu chaque année durant le week-end de
Pentecôte et qui n'attire pas moins de 8000 pèlerins venant du
monde entier, mais aussi grâce à l'engouement pour la route de
Saint Jacques de Compostelle, dont Chartres est une étape pour les
pèlerins qui viennent du nord par la route de Paris.

Neuvaine à Notre Dame
de Chartres
Premier jour
Notre Dame
tutelle de Chartres
Toujours la très
sainte Vierge fut la Dame et la protectrice de Chartres; nos pieux
ancêtres croyaient même que le roi Priscus, un siècle avant la
naissance de cette Vierge auguste, l'avait instituée l'héritièrc
de son royaume et de ses domaines. Cette naïve croyance, qui se perd
dans la nuit des temps, fut toujours chère aux habitants de
Chartres. De son côté, la sainte Mère de Dieu regarda la vieille
cité des Carnutes comme sa ville favorite: c'est en faveur des
Chartres qu'elle multiplia surtout ses bienfaits et ses miracles.
Aussi nulle autre ville n'a tant multiplié les monuments de sa piété
et de sa reconnaissance envers Marie; aucune autre ne s'est unie à
cette tendre Mère par un culte plus dévoué et plus filial.
Chartres est par excellence la cité de la Vierge: autrefois, de
quelque cote que l'on sortit de la ville, en quelque sens qu'on la
traversât, partout s'offraient des chapelles et des images de la
Mère de Dieu. « L'incomparable basilique de l'auguste Dame de
Chartres, dit Mgr Pie, voit se grouper autour d'elle un essaim de
souvenirs pieux. A peine peut-on faire quelques pas dans la cité et
dans ses alentours, sans y retrouver, sous mille formes, le nom de
Marie. Les huit portes du mur d'enceinte, celles qui séparaient les
divers quartiers de la ville, ou qui fermaient le cloître, étaient
toutes ornées d'une statue de Notre Dame, surmontée ordinairement
de la légende Carnutum Tutela, Protectrice des Chartrains. La porte
Guillaume, la porte Morard, et le porche septentrional du cloître,
qui restent seuls debout, conservent encore leur tutelle. De
nombreuses Madones étaient distribuées çà et là au coin des
rues, sur les ponts, et au frontispice des maisons particulières. La
rue Chantault, la rue Muret, la ruelle de la Barre des prés, le
Bourg-neuf, faubourg de la Grappe, le carrefour Saint Brice, etc,
nous offrent encore de ces petits monuments domestiques; mais la
lampe, qui brûlait ordinairement devant eux, s'est éteinte. Le pont
de l'Ave Maria a triomphé du nom de Pont de la fédération que la
République lui avait imposé; et le pont des Trois Ave garde sa
statue avec l'inscription du quatrain de Pibrac: « Si l'amour
de Marie, En ton cœur est gravé, En passant ne t'oublie De lui dire
un ave ». Les prés des Recalés, la porte des Epars redisent
depuis neuf siècles les prodiges de Celle qui est plus forte qu'une
armée rangée en bataille. Les jeunes filles, après les pieux
cantiques du Rosaire, vont encore par troupes, le dimanche soir,
déposer leurs prières avec les bluets des champs autour de Notre
Dame de Vaux Roul. Cent neuf églises conventuelles ou paroissiales
étaient dédiées à la sainte Vierge, au 15e siècle, dans
l'étendue de l'ancien territoire de Chartres ». Ne sont-ce pas
là autant d'émanations de l'amour du peuple chartrain pour sa bonne
et sainte Dame, et autant de fruits de la piété filiale d'une cité
que la Reine des les cieux a toujours protégée? C'était un culte
de reconnaissance que Chartres avait voué à sa première suzeraine.
Ce culte sort triomphant aujourd'hui des nuages dont quelques années
désastreuses l'avaient environné. Oui, recueillons, comme un
précieux patrimoine, cette dévotion de nos pères: elle prend sa
source dans le sentiment le plus noble et le plus pur du cœur
humain, dans la reconnaissance. Qu'elle devienne un bien de famille à
transmettre de père en fils!
Miracle
Jean le Marchant,
chanoine de Chartres au 13e siècle, nous raconte une vision dont fut
favorisée une dame de Soissons nommée Gondrée. Cette dame était
attaquée du mal des ardents, et elle était devenue un objet
d'horreur et de dégoût pour tous ceux qui l'entouraient. Elle fut
subitement guérie , après avoir invoqué la sainte Vierge avec une
entière confiance; elle montra une si vive gratitude envers sa
divine bienfaitrice, qu'elle mérita de la voir devant elle. Elle lui
dit: « O sainte Dame, je vous rends grâces de ce a que vous
avez daigné me guérir du mal affreux » qui me rongeait. Mais, ô
très douce Dame, que pourrai-je dire à ceux qui me demanderont par
qui j'ai été délivrée de mes cruelles souffrances? » Et la
Dame lui répondit: « C'est la Dame de Chartres qui t'a guérie;
tu n'en saurais douter, car elle possède à Chartres sa maison
favorite; elle veut qu'à Chartres l'on recoure vers elle, comme à
son palais royal; elle veut qu'on l'en regarde comme la Reine et la
protectrice; à Chartres est sa maître-église, qui si noblement est
assise que la Dame tient sous sa main et tout Chartres et tout
chartrain ».
Prière
Serait-ce sans dessein,
aimable Mère, gracieuse Tutelle de Chartres, que vous auriez donné
à notre ville, depuis plus de dix-huit siècles, tant de marques
d'une tendre affection? Je ne le saurais croire. Vous avez eu un but,
celui de nous convaincre que vous preniez à jamais notre ville sous
votre protection invincible. Nos désirs se rencontrent avec votre
amour. Si vous êtes assez bonne pour vouloir en tout temps vous
montrer notre force et notre Tutelle, nous sommes, nous, trop heureux
de recevoir vos faveurs. Nous applaudissons à ce que nos pères ont
fait, nous voulons suivre leurs traces et vous continuer leurs pieux
hommages. Nous voulons mettre en vous, après Dieu, toute notre
espérance, vous conjurant, ô bénigne Dame de Chartres, d'agréer,
avec l'offrande de nos cœurs, cette nouvelle protestation de
dévouement. Recevez donc nos vœux, auguste Souveraine, souriez à
nos désirs, entérinez nos suppliques et exaucez nos prières. Amen.
Second jour
Notre Dame de Chartres,
secours des guerriers
Le Seigneur est le Dieu
des armées et des combats. Marie, son auguste Mère, est la reine
des Victoires. C'est ce que les plus vaillants guerriers chrétiens
ont compris, ceux de nos jours comme ceux du moyen âge. Nos braves,
qui combattent pour l'honneur de la France dans la Crimée, nous en
fournissent une preuve touchante: tous, depuis le général en chef
jusqu'au dernier tambour, portent, au feu, sur leur noble poitrine,
l'image protectrice de Marie. On l'a trouvée sur le maréchal de
Saint-Arnaud et sur le porte-drapeau de la bataille de l'Alma;
c'était sous cette sainte cuirasse que battaient ces cœurs
vaillants. La Vierge semble surtout présider aux exploits de la cité
chartraine. Au 10e siècle, elle est invoquée par nos pères;
aussitôt elle vient à leur secours: elle repousse loin de leurs
murs les terribles Normands conduits par Rollon. C'est elle qui
fléchit Louis-le-Gros voulant à h: tète d'une armée raser leur
ville. Plus tard, en 1568, elle leur donne une mémorable victoire
sur les Huguenots; terrible comme une armée rangée en bataille,
elle fait trembler ces hérétiques qui portaient avec eux
l'incendie, le sacrilège et la mort. « Les Huguenots, dit un
de nos historiens, s'étant approchés pour entrer dans la ville par
la brèche qu'ils avaient faite, il se trouva qu'il se présenta, sur
la dite brèche, à leur opposite, une grande Dame tenant un enfant
dans ses bras, contre laquelle ils se mirent à tirer et à redoubler
avec grandes décharges de paroles injurieuses, sans qu'ils pussent
l'atteindre ni la frapper aucunement: au contraire les balles qu'ils
tiraient, tombaient sans effet ni force aux pieds de la muraille, et
eux pensant entrer se trouvaient reculés: ce que les Chartrains
ayants reconnu, et que c'était la sainte Vierge qui avec, son cher
Fils prenaient visiblement la défense de la ville en main, les
ecclésiastiques et sexe féminin se mirent en prière, et les hommes
en état de porter les armes s'assemblèrent et firent sortie sur les
assiégeants qu'ils repoussèrent vigoureusement ». Reine de la
cité, Notre-Dame de Chartres n'en sera pas moins accessible aux
prières que nous lui offrirons pour la patrie, pour cette France qui
est son domaine bien-aimé. Oui, le royaume des lys sera toujours
protégé par celle dont la beauté immaculée fleurit comme le lis
entre les épines.
Miracles
Nous devons déjà
raconté, ci-dessus, le miracle qui préserva de la mort un vaillant
guerrier du 13e siècle. Nous avons dit aussi comment la sainte Dame
de Chartres invoquée par Philippe-Auguste, rendit les champs de
Bouvines témoins d'une victoire à jamais célèbre dans nos
annales, et préserva le roi des terribles dangers du combat. En
1554, « un capitaine fut garanti d'un coup du mousquet par une
chemisette de Chartres bénite qu'il portait sur soi ». En
1697, le baron du Brueil vint offrir à la Vierge de Chartres le
boulet de canon dont il avait été frappé, sans être blessé.
Prière
O sainte et puissante
Dame de Chartres, aimable Reine de la Victoire, impénétrable
Bouclier des braves, regardez-nous avec bonté. Vivant dans un siècle
rempli d'alarmes, nous venons nous abriter sous votre manteau
maternel. Accordez à nos vœux ce qu'ils vous demandent instamment:
la victoire et la paix pour la France, votre protection et une foi
pratique pour ses vaillants défenseurs. Faites que, fécondant par
leurs fatigues celte patrie terrestre, ils achètent par leurs vertus
la patrie immortelle, où vous régnez dans les splendeurs du Père,
du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Troisième jour
Notre Dame de Chartres
préservant de l'hérésie
Marie a toujours été
Celle qui a détruit à elle seule toutes les hérésies de
l'univers. Aussi a-t-elle conservé sa ville favorite dans une
fidélité inviolable au Saint Siège, et dans un amour constant pour
la foi catholique. Jamais l'erreur ni l'hérésie n'ont pu s'y
implanter. L'hérésiarque Béranger ne trouva pas à Chartres un
seul écho de ses erreurs, quoiqu'il y comptât plusieurs amis.
Quelque temps après, un autre hérétique nommé Roscelin, ayant
voulu venir dogmatiser à Chartres, le Bienheureux Yves lui écrivit:
« Ne venez pas dans notre ville, car nos concitoyens pourraient
bien avoir recours aux pierres contre vous ». C'est ainsi que
les Chartrains étaient attachés à fa foi de l'Église de Dieu. Les
Bulgares, les Vaudois et les Albigeois ne parvinrent jamais à y
faire un seul prosélyte; ce fut même un évêque de Chartres,
Geoffroi de Lèves, que le Souverain Pontife choisit pour travailler
à la conversion de ces hérétiques. Ce fut également aux pieds de
Notre-Dame de Chartres que le célèbre Simon de Montfort puisa ce
courage calme, cette bravoure invincible qui en fit le Macchabée de
la France. Au 16e siècle la doctrine de Calvin ne put pas davantage
pénétrer dans la cité chartraine, qui demeura obstinément
catholique, malgré la protection accordée aux hérétiques par la
duchesse Renée, et malgré l'orthodoxie équivoque d'un de ses
évêqucs, Charles Guillard. Alors on vit les Chartrains réparer par
de solennelles processions l'injure faite à Notre Dame Blanche; on
les vit déchirer et livrer aux flammes les placards blasphématoires
affichés au coin des rues , et poursuivre à coups de pierres,
jusque dans le carrosse de l'évêque, un moine des Vaux de Cernai,
qui avait avancé des propositions hérétiques dans la chaire de
Notre-Dame.
Miracle
C'est en 1568 que Marie
protégea surtout sa ville bien-aimée contre tous les efforts et la
haine de l'hérésie. Nous laissons parler Mgr Pie; toutefois nous
abrégeons son récit: « Le 1er mars 1568, la ville se trouva
investie. Elle était défendue au dedans par Anthoine de Linières.
Les efforts des assiégeants se portèrent principalement du côté
de la porte Drouaise. Ce fut le 6 mars que les protestants ouvrirent
le feu contre la porte Drouaise avec cinq pièces de canon, tandis
que quatre autres, placées en arrière des Filles-Dieu, prenaient en
flanc les défenses. Le lendemain, un pan du mur de vingt pas de long
était renversé; l'ennemi s'était emparé du ravelin qui couvrait
la porte, et dont l'occupation rendait la prise de la ville
inévitable. Si le Ciel n'avait inspiré dans ce moment une
résolution courageuse, le triomphe des hérétiques était assuré.
Mais le gouverneur apprend le danger; il appelle ses capitaines,
échange avec eux la promesse de vaincre ou de mourir, et après leur
avoir serré la main, il s'élance a leur tète sur deux planches
jetées en travers du fossé à la place du pont détruit parle
canon. Quarante volontaires le suivent et leur attaque est si
impétueuse, qu'après avoir perdu deux cents des siens, l'ennemi est
chassé de cette position qu'il ne put jamais reprendre. En même
temps échouait, du côté de la porte Saint Michel, une tentative
d'escalade. Comprenant qu'il fallait revenir vers la porte Drouaise,
le prince de Condé chargea ses batteries et les dirigea contre la
tour des Herses et les murailles adjacentes. Le feu de l'artillerie
dura, le 9 mars, depuis six heures du matin jusqu'à neuf heures du
soir. Une brèche de trente pas de long fut ouverte, et la tour des
Herses fut renversée au milieu de l'Eure. Mais déjà Linières,
aussi actif qu'intrépide, avait élevé en arrière un retranchement
si formidable, que les assiégeants n'osèrent donner l'assaut; et
après une nouvelle et inutile attaque du ravelin, ils abandonnèrent
les fossés où ils étaient écrasés par le feu de la huguenote.
C'était une forte pièce de canon enlevée aux protestants. Le 12
mars, une hostilité d'un nouveau genre commence: la rivière ayant
été détournée, les moulins à bras ne suffisent pas pour
approvisionner la ville, qui redoute la famine et plus encore la
réduction; chacun frémit à l'idée des meurtres, du pillage, des
profanations dont on est menacé: quand, nu grand étonnement de
tous, un message arrive, annonçant la suspension d'armes, et le 15
au matin l'ennemi se retire. Les protestants avaient perdu 3 500
hommes, tandis qu'il n'en était mort que 250 du côté de la ville.
Nos pères ne balancèrent pas à reconnaître là le doigt de Dieu,
la protection de la Vierge, patronne et Dame de leur ville. En effet,
tandis que toute la population était en prières, et que la sainte
Grotte souterraine regorgeait d'hommes, de femmes, d'enfants qui ne
cessaient d'implorer la glorieuse et puissante Dame de Chartres,
quelque chose de merveilleux se passait. Une statue de la Vierge
surmontait la porte Drouaise, avec l'inscription: Carnutum Tutela.
Les Hugenots, se gabans que Marie pouvait autant en celle ville que
Diane en Ephèse, et prenant ladite image pour objet de leur rage et
fureur, tirèrent contre celle tant de coups de canons et artillerie,
que tout ce qui était à l'en tour demeura foudroyé jusqu'à
quatre doigts près, selon que les vestiges y sont ores récents:
néanmoins ils ne purent jamais atteindre la dite sainte image...
C'est ainsi que la Vierge glorieuse défendit cette ville, qu'elle
reconnait comme sienne, contre ses haineux et de son Fils, et qu'elle
la préserva de toute hérésie ». De nos jours encore,
l'invincible Tour de David peut nous défendre et contre
l'indifférence religieuse qui envahit tant d'âmes, et contre
l'incrédulité qui les endurcit, et contre l'immoralité qui les
aveugle et les tue, en un mot elle peut nous défendre contre
l'action délétère d'un siècle sans foi, sans prévoyance et sans
amour. Qui donc, parmi les chrétiens, n'a pas un pécheur à
recommander à Marie?
Prière
Aurore brillante du
Soleil de justice, vous qui portez dans les cœurs une douce lumière
qui les dispose à recevoir le grand jour de la vérité, daignez
jeter un regard sur l'âme pour laquelle je vous invoque, sur cette
âme qui m'est chère, qui est mille fois plus chère encore à votre
divin Jésus. Par vous, ô glorieuse et puissante Dame de Chartres,
l'Église à triomphé de toutes les hérésies; par vous, elle peut
encore recouvrer tant d'enfants que la lâcheté, le respect humain,
le sophisme et l'erreur éloignent de son sein maternel. Vous savez
pour qui je prie, vous savez quel est celui que je désire voir
revenir à la foi, à l'amour, aux saintes pratiques de notre auguste
religion. Ah! je vous en conjure, ô Mère de bonté, accueillez ma
prière et daignez l'exaucer! Amen.
Quatrième jour
Notre-Dame de Chartres
illustre par ses miracles
Les miracles opérés
par la Sainte Dame de Chartres sont innombrables. Par elle, par sa
puissante intercession , la santé est rendue aux malades, la vue aux
aveugles, la parole aux muets, l'ouïe aux sourds, la vie aux morts;
les pécheurs endurcis sont réconciliés avec leur Dieu; les âmes
scrupuleuses retrouvent la paix et le calme; tous les maux du corps,
toutes les misères de l'âme reçoivent une heureuse guérison aux
pieds de son image bénie. Que signifient les miracles? Quand ils ont
pour objet une conversion ou une guérison corporelle, on doit les
envisager comme des témoignages d'une faveur insigne, d'une
bienveillance particulière. Mais ils sont surtout une manifestation
du Ciel à la terre, un langage sublime qui s'adapte à toutes les
positions, qui se modifie suivant les besoins. De là la variété
des miracles. Ainsi, à la naissance de Jésus-Christ, on voit deux
prodiges éclatants, mais d'un genre différent. Les pasteurs
veillent auprès de leurs troupeaux; un ange leur apparaît, et leur
annonce la naissance du divin Sauveur. En même temps parait dans le
ciel un signe, qui parle aux sages d'Orient, habitués à lire la
majesté de Dieu dans les astres qu'il a formés. « Ils le
voient; c'est l'étoile de Jacob, disent-ils, c'est le signe du grand
Roi; allons le reconnaître et l'adorer ». Ils partent, suivent
l'étoile, et trouvent le Messie, comme les bergers l'avaient trouvé.
Ainsi Dieu parle à chacun selon ses facultés, ses besoins, ses
désirs, et se conforme, avec une touchante bonté, aux nécessités
et à l'intelligence de ses enfants. Les miracles opérés par
l'intercession de Notre Dame de Chartres ont aussi leur langage,
langage de la plus tendre des mères à des fils reconnaissants et
soumis. C'est un engagement céleste qu'elle prend envers nous, en se
faisant ainsi notre appui dans nos misères, notre santé dans nos
maladies, notre secours dans nos besoins. « Habitants de
Chartres, nous dit-elle, de ma ville privilégiée, j'agrée vos
hommages, je vous adopte pour mes enfants: soyez fidèles à mon
culte; je vous aimerai toujours, et ces miracles que vos prières ont
demandés et que j'ai obtenus pour vous, sont le gage immortel de mon
amour et de ma protection ».
Miracle
Parmi cette multitude
de prodiges, nous choisirons la guérison miraculeuse d'une pieuse
habitante de Prunai-le-Gilon; nous ne faisons que traduire en
français les vers romans de Jehan le Marchant. « A Prunai
vivait une jeune femme mariée qui était atteinte de paralysie; si
que ni de pied ni de main ne pouvait faire nul office. Ne pouvait
aller ni venir, ni aux mains rien prendre et tenir. Il y avait déjà
plus d'un an qu'elle souffrait de cette triste maladie. En outre elle
était si pauvre qu'elle ne pouvait recourir à la médecine. Privée
de toute assistance humaine, elle plaça son espoir de guérison
dans la sainte Dame qui guérit tous les mortels qui l'appellent de
cœur. Elle la supplia de vouloir bien regarder son humble servante
si malade et si triste, de la délivrer de son mal ou de la faire
mourir. Sa prière fut exaucée. Une nuit la gracieuse Dame apparut à
la jeune femme, et lui dit: « Si tu veux être guérie,
fais-toi mener à Chartres dans mon église; car là, si tu as ferme
confiance, tu recevras la santé que tu désires ». A cette
promesse, la jeune femme se réjouit beaucoup; quand il fit jour,
elle appela son mari, et lui dit ce qui lui était advenu. Celui-ci
en fut ivre de joie; il fit aussitôt mener sa femme à Chartres.
C'était un samedi. Arrivée près de l'église de Notre-Dame, on la
descendit de voiture, et on la porta devant l'autel de la sainte
Vierge. Là, cette pauvre paralytique fit sa prière avec foi et
dévotion; et à l'instant elle fut guérie : tout son mal avait
disparu; l'usage de ses pieds et de ses mains lui était rendu. « Au
ciel en haut ses mains tendit, à Dieu gré et grâces rendit, et à
sa Mère glorieuse par qui elle était saine et joyeuse ».
Prière
O Vierge trois fois
bénie, sainte et douce Dame de Chartres, vous nous avez manifesté
la pensée intime de notre cœur ; vous n'avez pas envoyé un ange
pour nous dire: « Je veux être votre mère », mais vous
avez écrit cette ravissante promesse autour de votre image
miraculeuse et de votre Colonne. Vos miracles multipliés nous
disent, ô notre tendre Mère, que votre cœur nous appartient, que
votre puissance est à nous, que votre charité envers voire peuple
béni ne tarira jamais. Soyez toujours notre vie, notre douceur et
notre espérance; protégez du haut de votre Colonne bien-aimée,
ceux dont la plus douce jouissance est de remercier le ciel des
faveurs dont il vous a comblée. Amen.
Cinquième jour
Notre Dame de Chartres
conservant les enfants qui lui sont consacrés
Le Seigneur Jésus
chérissait les petits enfants; il les faisait venir à lui; il les
bénissait et les embrassait. Marie est semblable à son divin Fils:
tendre et compatissante aux douleurs des mères, elle protège d"une
manière spéciale les petits enfants que la piété maternelle lui
consacre en les vouant au blanc ou au bleu, ou qu'elle vient porter
aux pieds de son Image miraculeuse. Que les mères chrétiennes
continuent donc le pieux usage établi de temps immémorial dans la
ville de Chartres: si elles veulent conserver leur enfant, qu'elles
mettent Notre-Dame dans leurs intérêts, et qu'elles invoquent avec
confiance celle qui porta dans son sein le Tout-Puissant! Elles
seront exaucées, si elles prient avec amour et confiance.
Miracle
« A Chamblée
dont l'évêque est sire, dit Jehan le Marchant, une femme avait une
petite fille qu'elle allaitait. Sortie un jour pour aller en une
sienne affaire qu'elle allait ou avait à faire, elle laissa son
enfanta garder à une jeune fille inexpérimentée ; le petit enfant
au berceau se mit a crier; sa gardienne ennuyée de l'entendre crier
et pleurer lui donna un morceau de verre; elle s'imaginait que
l'enfant cesserait de pleurer quand il verrait luire le morceau de
verre. L'enfant tint le verre à la main, Ainsi comme ce fut chair
ou pain Mit le verre dedans sa bouche. Malheureusement il tomba dans
l'arrière bouche, et lui coula en la gorge qui était étroite et
petite. Bientôt l'enfant fut étouffé, et ne donna plus signe de
vie. Alors la jeune fille qui le gardait, se mit à crier, à se
lamenter si haut que les voisins l'entendirent et accoururent tout
effrayés. La mère de l'enfant accourut aussi en tremblant, et en
disant: O Dame de Chartres, je vous consacre mon petit enfant que
j'ai laissé dans son berceau; ô Vierge pure et immaculée, je vous
recommande ma petite fille; ô douce Dame, ayez pitié de moi.
Cependant elle entra dans sa maison, courut au berceau, et trouva son
enfant pâle, sans vie. A cette vue, la pauvre mère se lamente, se
déchira le .visage, s'arrache les cheveux. Mais tout à coup elle
prend sa petite fille entre ses bras, sort de sa maison et prend la
route de Chartres pour aller porter son enfant aux pieds de
Notre-Dame. Mais ses voisins et ses amis, en tour s'assemblent et
viennent, et par paroles la retiennent. Et la blâment et lui disent:
« Où veut-tu aller, folle chétive? Vois bien, ta fille
n'est pas vive; porte-la à l'église paroissiale, et fais-la
enterrer. Crois-nous, et ne va point à Chartres; ton voyage serait
inutile; fais à ton enfant sépulture et souffre en paix cette
aventure ». La pauvre mère ne les écoute pas, et vers
Chartres s'achemine, criant comme une désespérée: « Dame de
Chartres débonnaire, dessus vous mets toute mon affaire; Dame, à
mes cris entendez, et ma fillette me rendez ». La malheureuse
mère marchait de la sorte vers l'église de Notre-Dame; lorsque
tout-à-coup l'enfant rejeta par la bouche deux gros caillots de
sang, au milieu desquels se trouvait le morceau de verre; et à
l'instant on le vit respirer et ouvrir les yeux. O sainte Dame de
Chartres, s'écria la mère, soyez bénie à jamais, car vous m'avez
rendu ma petite fille; à Chartres je veux aller vous la présenter
et vous rendre mes actions de grâces. A son enfant se déporta la
pièce de verre porta à Chartres en l'église, sur l'autel son
offrande a mise; à Notre Dame son enfant Présenta joyeux et
vivant, qui sans vie avait été un moment ».
Prière pour un enfant
malade
O douce Dame de
Chartres, secourable à toutes les mères, daignez écouter les vœux
que nous apportons au pied de cette Image qui a vu tant de larmes
essuyées, tant de douleurs profondes calmées comme par un saint
enchantement, de cette Image qui nous atteste à la fois votre
pouvoir et votre bonté. Vous êtes la tendre mère de Celui qui ne
voulut pas que la veuve de Naïm pleurât plus longtemps son fils
unique; dites-nous aussi, à nous qui craignons pour notre enfant,
dites-nous cette suave parole: « Ne pleurez pas! » et nos
larmes se changeront en des cantiques d'allégresse, par lesquels
nous célébrerons à jamais le pouvoir que votre divin Jésus a
remis entre vos mains pour la consolation et le bonheur des hommes.
Amen.
Sixième jour
Notre Dame de Chartres,
santé des malades
Le sanctuaire de Notre
Dame de Chartres a été et est encore semblable à cette piscine de
Siloé, où les malades venaient chercher la guérison de leurs maux,
le terme de leurs langueurs. Depuis les temps les plus reculés
jusqu'à nos jours, des guérisons inespérées, éclatantes,
miraculeuses enfin , y viennent attester et la puissance de Marie et
la foi de ses pieux enfants. Marie, disait saint Ephrem, est la
solide santé de ceux qui ont recours à elle. « Ainsi, ajoute
saint Alphonse de Liguori, quiconque a recours à Marie, trouve
non-seulement le remède, mais encore la santé et la vie, comme elle
le promet elle-même à ceux qui la cherchent. Non, cette Mère
céleste ne se refusera point à guérir celui qui met sa confiance
en elle ». Recourons donc à elle dans nos maladies, elle sera
notre santé; recourons aussi à elle pour la guérison de ceux qui
nous sont chers; à leur tour ils reviendront guéris et consolés,
et ce seront des voix de plus dans ce chœur immense qui, sur toute
la terre, célèbre les bontés de Marie.
Miracle
Voici comment Jehan le
Marchant raconte la guérison miraculeuse d'un certain Guillaume de
Chartres. « Ce Guillaume avait une rupture qui le rendait
boiteux et le faisait marcher tout courbé; Un bâton en sa main
tenait dont son faible corps soutenait, à peine se pouvait lever. I1
était pauvre; et chaque jour il allait péniblement à la
cathédrale, non point tant pour le service que pour quérir sa
soutenance, et a sa pauvreté allégeance. Voyant chaque jour des
miracles éclatants, il ne put s'empêcher de crier en pleurant: « O
douce Dame, vous êtes remplie de bonté et de miséricorde pour les
pèlerins étrangers; ne ferez-vous rien pour un de vos fidèles
chartrains? » Marie l'exauça, car ses prières entendit et
pleine santé lui rendit; par sa grande débonnaireté, de toute son
infirmité le guérit et de sa rupture le fit aller droite allure. De
sorte qu'il se retrouva droit et ferme comme aux jours de sa
jeunesse. Quand ce miracle fut vu et parmi la cité su, tous furent
de joie avivés, car Guillaume était aussi connu dans Chartres que
le boiteux guéri par saint Pierre à la porte spécieuse du Temple,
était connu à Jérusalem. Cependant il y avait alors dans la
cathédrale une multitude de malades qui y demeuraient, et que l'on
voyait couchés dans les bas-côtés de l'église; ils attendaient
tous la guérison de leur maladie. Guillaume, par reconnaissance
envers la Mère de Dieu, résolut de servir ces malades, et leur vie
et leur nourriture leur pourchassa diligemment, et leur départit
loyalement ce qu'il leur avait pourchassé; ce qu'il fit jusqu'à la
fin de sa vie ».
Prière
O sainte et miraculeuse
Dame de Chartres, souvenez-vous que votre Fils bien-aimé, durant son
passage sur la terre, ne se refusa jamais à user de sa
toute-puissance pour guérir les malades, les infirmes que l'on
apportait à ses pieds. Moi aussi, rempli de confiance en votre
bonté, je viens auprès de vous, languissant et malade, comme un
enfant auprès de sa mère, pour demander du soulagement, et je vous
conjure, ô Mère du Dieu sauveur, de vouloir bien user, en ma
faveur, de ce pouvoir admirable dont votre Fils vous a revêtue.
J'ose vous demander la santé, comme un bien nécessaire à
l'accomplissement de mes devoirs sur la terre, et mettant en vous
seule ma confiance, j'attends ma guérison de votre maternelle bonté.
Mais si la volonté de Dieu exigeait que je le servisse au milieu
d'une langueur continuelle, je soumets mes voeux à ses adorables
desseins, et je vous prie alors, ô Marie, de daigner m'obtenir
l'esprit patient, pénitent, intérieur, dont j'ai besoin pour unir
mes souffrances à celles de Jésus, afin que cette croix devienne
pour moi la voie du salut et des bénédictions éternelles. Amen.
Septième jour
Notre Dame de Chartres
honorée par les pèlerins
Nous avons déjà dit
combien fut grande la multitude des pèlerins qui, de temps
immémorial, sont venus honorer la sainte Dame de Chartres. Mais nous
rappelons ce fait, afin de l'envisager comme un généreux stimulant
pour les Chartrains, que depuis plus de dix-huit siècles, Marie a si
particulièrement protégés et chéris. Si des étrangers l'aiment
et l'invoquent, s'ils quittent leurs villes, leurs familles, les
occupations, les affaires, les nécessités de chaque jour , pour
venir lui témoigner leur respectueux amour, que n'a-t-elle pas droit
d'attendre de nous, nous parmi lesquels elle a fixé sa demeure, nous
dont elle a conservé, défendu , soutenu les aïeux, nous qui avons
été les témoins de ses miracles, et les objets constants de sa
prédilection! Ils viennent de loin et sous l'ardeur du jour; ils se
réjouissent, disant: « Nous allons en la maison du Seigneur »;
et nous, nous n'avons que quelques rues à traverser, peut-être
quelques pas à franchir, pour venir en ce sanctuaire béni, où tant
de prières ont été exaucées, tant de larmes essuyées; pour y
venir rendre à Marie un tendre et filial hommage! Ah! qu'une sainte
émulation nous anime et que, profitant des bénédictions qui nous
sont offertes et que tant d'autres viennent chercher de si loin, nous
ne laissions jamais désertes cette Colonne consolatrice, cette
maison plus que maternelle, maison chérie où le Sauveur habite, et
où il se plaît à répandre, parles mains de la Reine des
miséricordes, les richesses de l'inépuisable trésor de ses grâces
et de ses faveurs.
Miracle
Notre-Dame de Chartres
a fait de nombreux miracles en faveur de ses pieux pèlerins; on le
verra par le fait suivant: « Les habitants de Pithiviers en
Gâtinais prirent la résolution de faire un pèlerinage à Chartres,
et d'y apporter leur offrande; un char qui fut grand et fort firent
faire et ouvrer forment, et le chargèrent de froment qu'à l'œuvre
de Chartres mener le voulaient et eux peiner et travailler en tel
voyage pour faire leur pèlerinage. Ils s'attelèrent tous au
charriot; et tant le tirèrent qu'ils arrivèrent près du Puiset.
Ceux du Puiset grands et menus, hommes et femmes, jeunes et chenus
tous de la ville sortirent aussitôt que les pèlerins virent, et à
leur rencontre allèrent. Les voyant fatigués, ils leur dirent:
« donnez-nous vos colliers et vos cordes, nous vous aiderons,
et pour vous à ce chariot nous tirerons; de chaud et de travail
suez. Vous avez de repos métier et nous sommes frais et entiers;
reprenez haleine un moment, puis vous continuerez votre pèlerinage ».
Les pèlerins de Pithiviers répondirent: « Nous ne pouvons
vous octroyer votre demande; nous voulons seuls tirer notre chariot;
ne voulons pas être repris que pour un petit avantage perdions notre
pèlerinage; de votre aide vous remercions ». Quand les
habitants du Puiset virent la dévotion de ces fervents pèlerins,
ils en furent émus profondément, et leur dirent: « Seigneurs,
quand prendre ne daignez notre aide, au moins prenez un autre don.
Acceptez un tonneau de bon vin pour étancher votre soif: de grâce
ne nous faites pas essuyer un second refus ». Les pèlerins
acceptèrent. Le tonneau leur est apporté; chacun son hanap
fortreit. Souvent fois et à grand tract du vin qu'ils avaient tant
cher burent pour leur soif étancher. Quand le tonneau fut vide, ils
remercièrent les bons habitants du Puiset, et ils continuèrent leur
route vers Notre-Dame de Chartres. Quand ils se furent mis a la voie;
Dieu qui tous biens donne et envoie, beau miracle, à l'exaucement de
sa douce Mère Marie. « En effet le tonneau vidé par les
pèlerins, fut trouvé rempli de vin clair, fort et adorable; ce fut
bien chose merveilleuse et miracle bien apparent. Les pèlerins
furent rappelés; ils rebroussèrent chemin. Ceux du Puiset a liesse
chère Dirent: « Seigneurs, voyez merveille si grande que
oncques sa pareille en votre vie ne vîtes, que Dieu a fait pour vos
mérites; pour le vin que avez bu nouveau vin est survenu. Quand ce
miracle expert virent tous ensemble grande joie firent, Dieu et sa
Mère remercièrent. Du saint vin tirèrent et goûtèrent et burent
non pas gloutonnement, mais comme vin sanctifié, comme s'ils eussent
communié. « Quelques malades burent aussi de ce vin
miraculeux; aussitôt ils furent guéris et repassés de mainte
griève infirmité. Cependant les pèlerins au char se mirent
derechef pour leur besogne tirer à chef, comme ils l'avaient
commencée; ils ont tant leur voie avancée Qu'à Chartres vinrent a
grande joie.
Prière
O bonne et gracieuse
Dame de Chartres, nous sommes tous étrangers et voyageurs sur la
terre, comme l'ont été nos pères; mais dans ce désert du monde
que nous devons traverser, une étoile nous luit, et nous levons les
yeux vers Vous avec confiance, sûrs de trouver asile et protection.
Priez pour nous, aimable guide, menez-nous, en nous tenant par la
main, au port heureux de l'éternité, et confondez dans votre
maternelle protection ceux que nous confondons dans nos prières, ces
étrangers, ces pèlerins, qui viennent encore révérer votre autel,
et unir leurs vœux à ceux que nous élevons vers Vous, ô Reine
bien-aimée, glorieuse Tutelle des Chartrains. Amen.
Huitième jour
Notre Dame de Chartres
recevant des ex votos
Dans tous les
sanctuaires particulièrement honorés par les faits miraculeux qui
s'y sont accomplis, nous voyons des ex-voto, pieux témoignages d'une
confiance que justifia l'événement, utiles souvenirs d'une grâce
demandée et obtenue; et rien peut-être n'augmente autant la ferveur
des nouveaux suppliants que la vue de ces dons laissés par des
malheureux au Protecteur céleste qui les a consolés. Cet usage
remonte, du reste, à la plus haute antiquité, et tout cœur bien
placé doit approuver cette pratique de la plus noble des vertus, de
la reconnaissance. Ne rougissons donc pas de suivre avec simplicité
les traces de nos ancêtres dans la foi, et de consacrer à notre
céleste Protectrice quelque légère offrande en retour de ses
bienfaits. C'est un juste et saint emploi de la fortune que de la
consacrer à orner ces autels, si souvent pauvres et dénués, au
milieu des villes les plus opulentes et les plus luxueuses; et ce
doit être un besoin pour toute âme chrétienne que de faire
participer la maison de Dieu notre Père, la chapelle de Marie notre
Mère, à ces richesses que le ciel nous a confiées. Que la
générosité des païens pour des temples vides où n'habitaient que
de muettes et stupides idoles, que le respect profond des Hébreux
pour un temple où tout n'était que figures, symboles, promesses,
soit éternellement la leçon des chrétiens, des enfants de Notre
Dame de Chartres!
Miracle
« Les habitants
de Bonneval, près de Chateaudun, exhortez comme les autres, par
fréquents prônes et prédications, d'aller contribuer de leurs
moyens, à la réfection de l'église de Chartres, chargèrent sur
quelques charrettes grande quantité de chaux. Partis qu'ils furent
en temps beau et serein, comme ils se virent un peu avant, aperçurent
de loin l'air se troubler: de grosses et épaisses nues commencèrent
à offusquer le soleil; un grand vent éleva telle poussière, qu'à
peine pouvaient-ils de près se reconnaitre les uns les autres: à
l'instant ils entendirent gronder le tonnerre, force éclairs
brillants dedans leurs yeux, un grand ravage de pluie tout à
l'instant, qui les contraignit de dételer promptement leurs chevaux,
et se garer çà et là, quittant et délaissant leurs charrettes et
leur chaux, avec une pauvre femme paralytique, qu'ils avoient mise
dessus, pour faire son vœu à Chartres. L'orage passé, la pluie
cessée, et l'air rasseneré, les pélerins s'étant recueillis des
cachots où ils avoient pu se mettre à l'abri (eux ne pensans rien
moins que de voir leur chaux toute consommée par l'eau, et la pauvre
percluse brulée dessus), furent étonnés en étant venus près,
qu'ils virent leurs charrettes se mouvoir toutes seules deux ou trois
fois; puis les ayons atteintes, furent davantage ébahis du miracle,
quand ils aperçurent que leurs sacs et charrettes n'avoient
aucunement este humectez de la pluie; ainsi que tout y était sec et
aride, et la pauvre percluse, saine et entière dessus. Incontinent
avec allégresse, ils attelèrent leurs chevaux et harnois, tirèrent
droit à Chartres; là remercièrent la Vierge des grâces à eux
faites; là exposèrent la pauvre paralytique, qui reçut guérison,
et là livrèrent leur chaux, pour en bâtir l'église ».
Prière
O Dame de Chartres, ô
notre Tutelle bien-aimée, voici le huitième jour que nous venons à
vos pieds, dans cette splendide demeure que vous vous êtes fait
construire; nous vous demandons la continuation de votre amour sur ce
peuple, longtemps l'objet de vos complaisances maternelles. Nous
voici auprès de vous pour faire une douce violence à votre cœur,
afin d'obtenir de votre bonté que tous les habitants de Chartres,
réunis en une même foi, vous servent comme leurs pères vous ont
servie! Accordez-nous, par vos prières toujours écoutées, cette
inestimable faveur; amenez au bercail du divin Pasteur toutes les
brebis de son troupeau, afin que ne formant qu'une même famille
religieuse, tous les Chartrains vous servent, vous aiment, vous
révèrent, vous bénissent à jamais, dans ce monde périssable et
dans la bienheureuse éternité! Amen.
Neuvième jour
Notre Dame de Chartres
secours des chrétiens
Marie est toujours et
partout notre secours le plus assuré. Elle nous a sauvés, par sa
maternité divine, des horreurs d'une perte éternelle; revêtue d'un
pouvoir admirable, elle nous sauve encore tous les jours dans les
maux du corps, dans les périls de l'âme. Elle nous sauve, quand,
d'un souffle de sa bouche virginale, elle écarte loin de nous l'ange
déchu, notre antique ennemi; elle nous sauve, quand elle invoque
pour nous le cœur miséricordieux de son divin Jésus, quand elle
obtient la lumière aux pécheurs, la force au faible, la consolation
à l'affligé; elle nous sauve, quand, dans les détresses de la vie,
elle se montre près de nous une Providence maternelle; elle nous a
sauvés mille fois, à notre insu, et malgré nous peut être sa main
délicate n versé sur nos plaies l'huile et le vin, et ce n'est que
lorsque les ombres de la vie auront fait place au jour radieux de
l'éternité, que nous connaîtrons tous les soins de sa vigilante
tendresse. Que ceux-là qui n'ont jamais reçu de secours de Marie,
qui n'ont pas vu invoquer son Nom sur leur berceau par une mère
pieuse, qui n'ont pas imploré eux-mêmes ce Nom protecteur dans les
orages du monde, alors que tout sombrait autour d'eux, que ceux-là
s'abstiennent de visiter son sanctuaire de Chartres.... Mais nous qui
proclamons avec joie sa suzeraineté, qui réclamons à toute heure
sa puissante protection , venons , invoquons-la dans sa maison
préférée; offrons lui tous les jours l'encens de la prière et le
tribut d'une tendresse filiale, trésor sans prix à ses yeux,
monnaie précieuse qui achète au chrétien les tabernacles de la vie
éternelle.
Miracle
Nous rapportons ici
diverses marques de protection miraculeuse que Notre-Dame voulut bien
donner à des chrétiens qui curent recours à elle. Nous copions le
récit de Vincent Sablon: « Robert de Jouy avait une fistule à
la jambe, qui était incurable et qui le remplissoit d'ulcères; il
pria si dévotement la sainte Vierge de Chartres, qu'il fut
entièrement guéri; et le lendemain il vint lui en rendre ses
actions de grâces ». « Vers l'an 1665, un homme muet,
des environs d'Etampes, vint a Chartres faire ses dévotions, et fit
dire une messe à Notre-Dame, où humblement prosterné au pied de
l'autel, et priant avec grande ferveur la sainte Vierge, il recouvra
la parole en présence de plusieurs personnes, et s'en retourna
glorifiant la Dame de Chartres ». « Un nommé Fourré, du
village de Mainvillier, avait un enfant malade; il le recommanda à
la sainte Vierge, fit dire une messe à son intention; et aussitôt
l'enfant fut guéri ». « Madame Corbin, du Grand-Dauphin,
au faubourg des Épars, avait une fille malade, et dont le corps
enflé et cacochyme était extrêmement contrefait; elle ne l'eut pas
sitôt recommandée à la sainte Vierge, et prié Dieu pour elle,
qu'elle fut guérie, et eut le corps bien conformé et bien sain ».
« Une femme étant sur la Loire, dans un bateau, avec plusieurs
personnes, avait un enfant à la mamelle; le bateau venant à faire
naufrage, elle se voua à Notre-Dame de Chartres, et échappa seule
avec son enfant, tous ceux qui étaient dans bateau ont péri dans
les ondes ». « Six personnes furent rencontrées par des
voleurs, qui les dépouillèrent, moins une d'elles qui s'était
vouée à la Vierge de Chartres ».
Prière
C'est bien avec raison,
ô secourable Dame de Chartres, que tant de langues reconnaissantes,
que tant de plumes conduites par le cœur se sont plu à célébrer
vos louanges. Comblé de vos bienfaits, ayant ressenti par une
heureuse expérience combien vous êtes bonne et puissante, j'unirai
ma voix à ce concert unanime, où l'on se plaît à répéter ces
mots si doux: Oh! qu'elle est bonne, Marie! Mon cœur que vous avez
comblé de joie, sera dorénavant le sanctuaire de la reconnaissance,
chacun de ses échos me redira le souvenir de votre bonté
compatissante; chacune de ses aspirations sera une hymne de tendresse
à Jésus et à Marie! Soyez mille fois bénie, ô douce Dame de
Chartres, et puissé-je, après vous avoir louée tant de fois sur la
terre, vous louer à jamais dans les splendeurs du Père, du Fils et
du Saint-Esprit. Amen.
Neuvaine
extraite du « Manuel du Pèlerin à Notre Dame de Chartres »,
Abbé Bulteau, Imprimerie de Malo et Levasseur, Tournai, 1855

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