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20 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Vingt-et-unième jour

Foi persévérante et tranquillité des multitudes, protestation contre l'analyse de Trie, la Ville de Lourdes s'adresse à M. Filhol, première communion de Bernadette, marche irrésistible des événements, violences administratives, arrêtés du 8 juin: interdiction de boire à la Source et d'aller à la Grotte, le maire Anselme

 

I. La presse de Paris et de la province commençait à s'occuper des événements de Lourdes; et, bien au delà des contrées pyrénéennes, l'attention publique se tournait peu à peu vers la Grotte de Massabielle. Impuissant et dépité, M. le baron Pardoux voyait grandir et se généraliser ce soulèvement pacifique et prodigieux qui portait des multitudes chrétiennes, sans cesse renaissantes, à venir s'agenouiller et boire au pied d'une roche déserte. Contrairement à l'espérance des Libres Penseurs, à la crainte des Fidèles, à l'attente de tous, aucun désordre, absolument aucun, ne se produisait dans ce mouvement inouï d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards, de croyants, d'incrédules, d'indifférents, de curieux. Une main invisible semblait protéger ces foules contre elles-mêmes, alors que, sans chefs et sans guides, elles se précipitaient chaque jour au nombre de plusieurs milliers de pèlerins vers la Source miraculeuse. Malgré les injonctions spoliatrices de M. le Préfet, la Grotte était souvent remplie de cierges allumés, de fleurs, d'ex-voto, et même de pièces d'argent ou d'or, pour, l'érection du monument demandé par la Vierge. De pieux fidèles voulaient en cela marquer à la Reine des dieux leur bonne volonté, même inutile, leur zèle et leur amour. Dominique et ses agents venaient tout enlever. Très-enhardi depuis qu'il avait échappé au péril du 4 mai, le Commissaire affectait les formes les plus dédaigneuses et les plus brutales, jetant parfois les objets dans le Gave, sous le regard scandalisé des croyants. Parfois aussi il se voyait contraint de conserver, malgré lui, leur air de fête à ces lieux bénis. C'était lorsque, l'ingénieuse piété des croyants ayant effeuillé des roses innombrables autour de la Grotte, il lui était impossible de ramasser les mille débris de fleurs et les pétales sans nombre de ce tapis éclatant et parfumé. Les foules agenouillées continuaient cependant de prier, sans rien répondre aux allures de provocation, et elles laissaient tout faire avec une de ces patiences extraordinaires comme Dieu seul peut en donner aux multitudes indignées. La population restant calme, le prétexte de faire de la rigueur au nom de l'ordre ne se présentait pas.

II. Le Préfet sentait de plus en plus tout moyen coercitif lui échapper par suite de cette tranquillité surprenante, de celte paix aussi irritante que merveilleuse, qui régnait d'elle-même parmi ces foules innombrables, Pas même un accident matériel. Rien. Il fallait retourner sur ses pas dans la voie suivie jusqu'alors et laisser franchement les populations libres, ou bien en venir purement et simplement à la violence et à la persécution et élever devant ces multitudes, en inventant un prétexte quelconque, des barrières arbitraires. Il fallait reculer ou aller plus avant. D'autre part, on contestait de tous côtés la rigueur de la décision scientifique portée par M. L. de Trie. Un chimiste du pays, M. Thomas Pujo, prétendait que celte eau n'était que de l'eau ordinaire et qu'elle n'avait par elle-même aucune propriété médicale. Plusieurs professeurs très-compétents de ces contrées confirmaient ces assertions. La Science commençait à déclarer entièrement erronée l'analyse de Trie. Ces rumeurs avaient pris une telle consistance que le Conseil municipal de Lourdes s'en émut. Le Maire ne put, devant le vœu unanime, se refuser à faire faire une seconde étude des eaux de la Source. Sans consulter le Préfet, ce qui lui sembla inutile (tant il était personnellement convaincu de l'exactitude des recherches de M. L. de Trie), il fit rendre par le Conseil municipal une délibération l'autorisant à charger un des grands chimistes de notre époque, M. le professeur Filhol, d'une nouvelle et définitive analyse. Le Conseil vota en même temps les fonds nécessaires pour les honoraires du célèbre savant. M. Filhol était un homme autorisé clans la science moderne, et son verdict devait évidemment être sans appel. Qu'allait être son Analyse ? M. le Préfet n'était point assez chimiste pour le savoir. Mais nous croyons, sans grande crainte de nous tromper, qu'il devait être inquiet. Le verdict de l'éminent professeur de chimie à la Faculté de Toulouse pouvait déranger en effet les combinaisons et les plans de M. Pardoux. Il était urgent de se presser. Là encore, il fallait reculer, ou aller plus avant.

III. Au milieu de ces passions si diverses et de ces multiples calculs, on n'avait point manqué de tenter sur Bernadette de nouvelles épreuves aussi inutiles que les précédentes. Elle se préparait à faire sa première communion, et elle la fit le 3 juin, jeudi de la Fête-Dieu. C'était le jour même où le Conseil municipal de Lourdes chargeait M. Filhol d'analyser la Source mystérieuse, jaillie naguère sous la main de la Voyante en extase. Dieu entrant dans ce cœur d'enfant et de jeune fille faisait aussi l'analyse d'une onde pure, et nous imaginons qu'il dut admirer et bénir, dans cette âme virginale, la source la plus fraîche et le plus limpide cristal. Malgré la retraite où elle eût aimé à se cacher et a se recueillir, on continuait à la visiter. Elle était toujours l'enfant innocente et simple dont nous avons essayé de tracer le portrait. Par sa candeur, par son éclatante bonne foi, par son parfum délicat de sainteté paisible, elle charmait tous ceux qui l'approchaient. Un jour, une dame, après s'être entretenue avec elle, voulut, dans un mouvement de vénération enthousiaste assez concevable pour ceux qui ont connu Bernadette, échanger son chapelet de pierres précieuses centre celui de l'enfant: « Gardez le vôtre madame, répondit-elle en montrant sen modeste instrument de prières. Voici le mien; et je ne veux point le changer. Il est pauvre comme moi et convient mieux à mon indigence ». Un ecclésiastique essaye de lui faire accepter une pièce d'argent. Elle refuse, il insiste. Nouveau refus, si formel, qu'une plus longue insistance semble inutile. Le prêtre pourtant ne se tient pas pour battu: « Prenez, dit-il: ce ne sera point pour vous, ce sera pour les pauvres, et vous aurez le plaisir de faire l'aumône ». « Faites-la de vos mains à mon intention, monsieur l'abbé; et cela vaudra mieux que si je la faisais moi-même », répondit l'enfant. La pauvre Bernadette entendait servir Dieu gratuitement, et remplir, sans sortir de sa noble pauvreté, la mission qu'elle avait reçue d'en haut. Et cependant, elle et sa famille manquaient quelquefois de pain. En ces jours-là, le traitement de M. le Préfet, baron Pardoux, fut élevé à 25 000 fr. Le Dominique reçut une gratification. Le Ministre des Cultes, dans une lettre qui fut communiquée à plusieurs fonctionnaires, témoignait au Préfet de sa haute satisfaction, et, le louant de tout ce qu'il avait fait jusque-là, il le pressait de prendre des mesures énergiques, et ajoutait qu'il fallait en finira tout prix avec la Grotte et les miracles de Lourdes. De ce côté-là, comme de tous les autres, il fallait reculer ou aller plus avant. Que restait-il à faire cependant? Il restait à se raidir contre l'évidence et à faire violence à la multitude.

IV. Au milieu de toutes ces péripéties, la question des écuries de la Préfecture s'était de plus en plus animée et avait porté à son comble l'exaspération du Préfet. On était arrivé au mois de juin. La saison des eaux thermales commençait: elle allait amener aux Pyrénées les baigneurs et les touristes de toute l'Europe, et les rendre témoins du scandale que faisait le Surnaturel dans le département administré par le baron Pardoux. Les instructions de M. Gustave R. devenaient des plus pressantes et poussaient aux coups d'autorité. Le 6 juin, M. Fould, ministre des Finances, se rendant à sa terre, s'arrêta à Tarbes et conféra longuement avec M. Pardoux. Le bruit courut que leur conférence avait eu pour .sujet les événements de la Grotte. Le fait d'aller boire à une Source en passant sur les communaux de la Ville n'avait cependant aucun caractère criminel aux yeux de la Loi. Le génie des adversaires de la Superstition devait donc, avant toutes choses, inventer un prétexte.

L'habile Préfet eut à ce sujet une inspiration aussi ingénieuse que simple, Le terrain des Roches Massabielle appartenant à la commune de Lourdes, le Maire, comme administrateur, pouvait défendre d'y entrer sous un motif quelconque ou même sans motifs, de même qu'un propriétaire interdit, quand il lui plaît, d'entrer sur sa terre et dans sa maison. Une telle défense, publiquement édictée, créait pour chaque visiteur un délit caractérisé, le délit de violation de propriété. Par cette très-habile mesure on transformait un acte, absolument innocent en lui-même, en un fait délictueux, passible des peines voulues par la Loi. Tout le plan du baron Pardoux gravita autour de cette idée. Ce plan une fois trouvé, le Préfet se décida à agir et à faire du despotisme. Le lendemain, le Maire de Lourdes reçut l'ordre de prendre l'arrêté suivant:

« Le Maire de la ville de Lourdes, Vu les instructions à lui adressées par l'Autorité supérieure; Vu les lois du 14-22 décembre 1789, du 16-24 août1790, du 19-22 juillet 1791, et celle du 18 juillet 1837, sur l'Administration Municipale; Considérant qu'il importe, dans l'intérêt de la Religion, de mettre un terme aux scènes regrettables qui se passent à la Grotte de Massabielle, sise à Lourdes, sur la rive gauche du Gave; Considérant, d'un autre côté, que le devoir du Maire est de veiller à la santé publique locale; Considérant qu'un grand nombre de ses administrés et de personnes étrangères à la commune viennent puiser de l'eau à une Source de ladite Grotte; Considérant qu'il y a de sérieuses raisons de penser que cette eau, contient des principes minéraux, et qu'il est prudent, avant d'en permettre l'usage, d'attendre qu'une analyse scientifique fasse connaître les applications qui en pourraient être faites par la Médecine; que d'ailleurs, la Loi soumet l'exploitation des Sources d'eau minérale à l'autorisation préalable du Gouvernement, Arrête : Article premier. Il est défendu de prendre de l'eau à ladite Source. Art. 2. Il est également interdit de passer sur le communal dit rive de Massabielle. Art. 3. Il sera établi à l'entrée de la Grotte une barrière pour en empêcher l'accès. Des poteaux seront également placés qui porteront ces mots: Il est défendu d'entrer dans cette propriété. Art. 4. Toute contravention au présent Arrêté sera poursuivie conformément à la Loi. Art. 5. M. le Commissaire de Police, La Gendarmerie, Les Gardes Champêtres, Et les Autorités de la commune. Demeurent chargés de l'exécution du présent Arrêté. Fait à Lourdes, en l'hôtel de la Mairie, le8 juin 1858. Le maire, Anselme. Vu et approuvé, Le préfet, Pardoux ».

V. Ce ne fut pas sans quelque hésitation que M. Anselme consentit a signer un pareil Arrêté et à se charger de l'exécution d'une semblable mesure. Sa nature un peu incertaine, amie du juste milieu et se plaisant à nager, comme l'on dit, entre deux eaux, devait s'effrayer d'un acte d'hostilité aussi accentué contre l'étrange puissance qui planait invisiblement sur tous les événements dont La Grotte de Lourdes était le centre. M. Anselme espéra tout concilier, en demandant, comme condition de sa signature, à M. le préfet Pardoux, d'insérer en tête de l'Arrêté et comme première phrase: « Vu les instructions à lui adressées par l' Autorité supérieure ». Une fois rassuré de la sorte, M. Anselme veilla à l'exécution de l'Arrêté préfectoral. Il le fit publier à son de trompe et afficher dans toute la Ville. Eu même temps, sous la protection de la force armée et sous la direction de Dominique, des barrières furent élevées autour des Roches Massabielle, de façon à empêcher complètement, à moins d'effraction ou d'escalade, tout accès à la Grotte et à la Source miraculeuse. Des poteaux avec des indications furent plantés çà et là, à tous les points par où on pouvait pénétrer sur le terrain communal qui entourait les Roches vénérées. Ils portaient défense d'entrer sur ce terrain sous peine de poursuite devant les tribunaux. Des Sergents de ville et des Gardes veillaient jour et nuit, se relevant d'heure en heure, et dressant des procès-verbaux contre quiconque franchissait les poteaux pour aller s'agenouiller aux environs de la Grotte.

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Prière pour demander l'amour de l'Eucharistie

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, tandis que le prêtre enseignait à Bernadette le catéchisme et le dogme, c'est vous-même, dans le silence de la pensée solitaire, qui prépariez cœur à cœur votre enfant privilégiée à recevoir le corps sacré de Jésus-Christ. Faites sur nous tous, ô très-sainte Mère, faites sur chacun de nous un semblable travail, si digne, en vérité, de votre compatissante tendresse pour nous et de votre amour infini pour l'Hôte divin qui vient nous visiter. Préparez en nos âmes une demeure aussi digne de Lui qu'il est possible à une créature d'être digne du Créateur. Donnez- nous, ô Vierge incomparable, les sentiments que vous eûtes vous-même lorsque, pour la première fois, Dieu incarné descendit en ce monde et que vous reçûtes dans votre sein Celui que les cieux ne peuvent contenir. Apprenez-nous à faire le discernement du corps infiniment saint de Notre- Seigneur. Embrasez nos cœurs de l'amour de l'Eucharistie. Faites-nous comprendre, quand nous sommes faibles, que là est la force; quand nous sommes lâches, que là est le courage; quand nous sommes dans les souillures du péché, que là est la pureté ; quand nous sommes malheureux, que là est la consolation; quand nous sommés pauvres, que là est la richesse; quand nous sommes esclaves, que là est la délivrance; quand nous sommes égarés, que là est la voie; quand nous sommes dans les tâtonnantes ténèbres de l'esprit, que là est la vérité; quand nous sommes morts, que là est la résurrection et la vie. Donnez-nous d'aimer, comme il mérite d'être aimé, ce pain des Anges, cette chair et ce sang de Dieu. Que, sans ce pain vivant, tout nous soit fade: tendresse partagée, plaisirs et joies, ambitions réalisées, fortune conquise. Qu'avec lui toute amertume nous soit douce; qu'il donne à toutes choses sa saveur divine: au travail pénible, au devoir difficile, à l'injure reçue, à l'humiliation subie, à tout ce qui répugne ici-bas. O Marie! donnez-nous d'aimer le corps de Jésus-Christ, l'âme de Jésus-Christ, la divinité de Jésus-Christ. Donnez-nous d'aimer l'Eucharistie. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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19 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Vingtième jour

Nouvelle attitude des incroyants, les explications médicales, analyse L. de Trie, Catherine Latapie Chonat

 

I. Les ennemis de la superstition avaient perdu un terrain considérable dans leur lutte désespérée contre les événements qui, depuis dix ou douze semaines, scandalisaient leur philosophie aux abois. De même qu'il était devenu impossible de nier la Source, dont les limpides flots s'écoulaient magnifiques aux yeux des populations émerveillées, de même il devenait impossible de nier plus longtemps les guérisons qui s'effectuaient, à toute heure et partout, par l'usage de cette eau mystérieuse. Ces Messieurs comprirent alors qu'à moins de rendre les armes ou de nier la pleine évidence, il devenait urgent de procéder à une évolution rapide, et d'imaginer une autre tactique. Renonçant à invoquer devant ces guérisons le thème banal de l'imagination, ils les attribuèrent hautement aux vertus naturelles que possédait indubitablement cette eau singulière, nouvellement jaillie par le plus grand des hasards. Ils la comparaient, mais en la déclarant beaucoup plus forte, aux sources de Barèges et de Cauterets. Cette explication une fois admise et proclamée pour certaine, les médecins furent moins revêches à constater les guérisons opérées par l'eau de la Grotte; et, dès ce moment, ils se mirent a généraliser leur thèse et à l'appliquer presque indistinctement à tous les cas, même à ceux qui avaient un caractère de soudaineté en quelque sorte foudroyant, caractère assez peu conciliable pourtant avec l'action ordinaire des eaux minérales. Les doctes personnages du lieu se tiraient de ce mauvais pas en prêtant à l'eau de la Grotte des qualités d'une extrême puissance, d'une puissance inconnue jusque-là. Il se trouvait parmi les croyants quelques esprits taquins qui troublaient par des réflexions importunes les explications et les théories de la coterie incrédule.

« Comment se fait-il, venaient-ils objecter, que cette source minérale, si exceptionnellement puissante qu'elle opère des guérisons soudaines, ait été précisément découverte par Bernadette en état d'extase, à la suite de prétendues Visions célestes, et comme preuve de ces Apparitions surnaturelles? Comment se fait-il d'abord que cette Source ait jailli juste au moment où Bernadette croyait entendre la Voix divine lui dire d'aller boire et se laver? Comment se fait-il ensuite que cette Source, surgie soudainement, au vu et su de toute la population, dans des conditions si prodigieusement étonnantes, donne, non pas de l'eau ordinaire, mais une eau qui, de votre propre aveu, a guéri déjà tant de malades désespérés, lesquels y ont eu recours sans aucune direction médicale, et par simple esprit de foi religieuse? » Ces objections, répétées sous mille formes différentes, agaçaient outre mesure les Libres Penseurs, les Philosophes et les Savants, et les poussaient à trancher la question par des actes d'intolérance. « Si ces eaux sont minérales, commençaient-ils à dire, elles relèvent de l'État ou de la municipalité: on ne doit y aller qu'avec une ordonnance de la Faculté; et ce qu'il faut y construire, c'est un établissement de bains et non une chapelle ». La science de Lourdes, forcée de convenir des faits, en était arrivée à cette situation d'esprit et à ces dispositions intellectuelles, lorsque survinrent les mesures du Préfet, relatives aux objets déposés à la Grotte, et cette tentative d'incarcération de Bernadette sous prétexte de folie, tentative avortée par suite de l'intervention inattendue de M. le curé Peyramale.

II. A toutes ces thèses de la secte médicale aux abois, il manquait un point d'appui certain et officiel. M. Pardoux avait déjà songé à demander ce point d'appui à l'une des sciences les plus admirables et les plus incontestées de notre temps : la Chimie. Dans ce but il s'était adressé, par l'intermédiaire du maire de Lourdes, à un chimiste assez renommé dans le département, M. L. de Trie. Faire constater, non en détail par l'examen de chaque cas particulier, mais en général et en bloc, que toutes ces guérisons qui se multipliaient et se dressaient comme des objections formidables étaient absolument naturelles de par la constitution intime de la Source nouvelle, lui parut un coup de maître; et il crut en cela bien mériter de la Science, de la Philosophie, et, pour ne rien oublier, de l'Administration supérieure, représentée par le ministre Gustave R.

Le chimiste de la Préfecture se mit donc à l'œuvre pour faire cette précieuse étude de l'eau jaillie à Massabielle, et, avec une conscience entière, sinon avec une science complète, il trouva au fond de ses cornues une solution absolument conforme aux explications des médecins, aux thèses des philosophes et aux désirs de M. le Préfet. Il terminait en ces termes son rapport officiel: « Nous ne croyons pas trop préjuger en disant, vu l'ensemble et la qualité des substances qui constituent l'eau de la Grotte de Lourdes, que la science médicale ne tardera peut-être pas à lui reconnaître des vertus curatives spéciales qui pourront la faire classer au nombre des eaux qui forment la richesse minérale de notre département. Daignez agréer, etc. A. L de Trie ». M. le baron Pardoux était un homme actif. Le 4 mai, vers midi, il avait fait son discours aux maires du canton de Lourdes et donné ses ordres. Le 4 mai, au soir, la Grotte avait été dépouillée des offrandes et des ex-voto. Le 5 mai, au matin, il avait appris l'impossibilité d'arrêter la Voyante, et renoncé à cette mesure. Le 6 mai, au soir, il avait en main l'Analyse de son chimiste. Muni de cette dernière et importante pièce, il attendait les événements. Qu'allait-il se passer à Lourdes? Qu'adviendrait-il à la Grotte? Que ferait Bernadette dont les moindres pas étaient épiés par les yeux d'argus de Dominique et de ses agents? Avec les chaleurs qui commençaient à arriver, l'eau de la Grotte, comme plusieurs le disaient, ne viendrait-elle pas à tarir, ce qui couperait court à toutes choses? Quelle attitude allaient avoir les populations? Telles étaient les préoccupations, les espérances et les inquiétudes de M. le baron Pardoux, préfet de l'Empire.

III. A la Grotte, la Fontaine miraculeuse coulait toujours, abondante et limpide, avec ce caractère de pérennité tranquille que l'on remarque dans les belles sources qui jaillissent des rochers. L'Apparition surnaturelle ne cessait de s'affirmer et de se prouver par des bienfaits. Tantôt rapide comme l'éclair qui fend la nue, tantôt lente comme la lumière de l'aurore qui se lève et grandit rayon par rayon, la grâce de Dieu continuait de descendre visiblement et invisiblement sur les multitudes. Nous ne pouvons parler que des grâces visibles.

A six ou sept kilomètres de Lourdes, à Loubajac, vivait une brave femme, une paysanne, jadis rude au travail, qu'un accident avait condamnée depuis dix-huit mois à la plus pénible inaction. Elle se nommait Catherine Latapie-Chouat. En octobre 1856, étant montée sur un chêne pour abattre des glands, elle avait perdu l'équilibre et fait une chute violente qui avait causé une forte luxation au bras droit et surtout à la main. La réduction, disent le compte rendu et le procès-verbal que nous avons sous les yeux, la réduction, opérée immédiatement et avec succès par un habile médecin, avait à peu près rétabli le bras dans l'état normal sans pouvoir cependant le guérir d'une extrême faiblesse. Mais les soins les plus intelligents et les plus suivis échouèrent contre la rigidité des trois doigts les plus importants de la main. Le pouce, l'index et le médius demeurèrent absolument recourbés et paralysés, sans qu'il fût possible, ni de les redresser, ni de leur faire faire un seul mouvement. La malheureuse paysanne, encore jeune, car elle avait à peine trente-huit ans, ne pouvait ni coudre, ni filer, ni tricoter, ni vaquer aux soins du ménage, Après l'avoir inutilement traitée pendant très-longtemps, le docteur lui avait dit qu'elle était incurable et qu'elle devait se résigner à ne plus se servir de sa main. Un tel arrêt, d'une bouche si compétente, était pour cette infortunée l'annonce d'un irréparable malheur. Les pauvres n'ont d'autres ressources que le- travail: pour eux l'inaction forcée, c'est la misère inévitable.

Dix-huit mois environ s'étaient écoulés dans cette situation désespérée. D'autres douleurs lui étaient venues. Elle était malade et marchait difficilement. La tristesse de cette malheureuse était des plus poignantes et vainement elle cherchait en son âme à concevoir une espérance. C'était à l'époque où venaient de s'accomplir les divers événements de Massabielle et où le souffle de Dieu avait passé sur ces contrées. Une nuit, Catherine se sent éveillée tout à coup comme par une idée soudaine. « Un Esprit intérieur, racontait-elle à l'auteur de ce livre, un Esprit intérieur me disait en moi-même avec une force irrésistible: « Va à la Grotte! Va à la Grotte, tu seras guérie! » Quel était cet être mystérieux qui parlait de la sorte, et que cette paysanne ignorante, ignorante du moins de tout savoir humain, nommait « un Esprit? » L'Ange Gardien sait sans doute ce secret. Il était trois heures du matin. Catherine appelle ses deux enfants pour l'accompagner. « Reste au travail, dit-elle à son mari; je vais à la Grotte ». « Dans cet état de maladie, c'est impossible, reprend-il: aller à Lourdes et revenir, c'est une course de trois fortes lieues ». « Tout est possible. Je vais guérir ». Nulle objection ne la put retenir. Elle partit avec ses deux enfants. Il faisait un beau clair de lune. Le silence redoutable de la nuit, troublé de moment en moment par les bruits inconnus, la solitude profonde des campagnes, vaguement éclairées et peuplées de formes indécises, effrayaient les enfants. Ils tremblaient et s'arrêtaient à chaque pas, mais Catherine les rassurait. Elle n'avait nulle peur et sentait qu'elle marchait vers la Vie.

Elle arriva à Lourdes à la naissance du jour. Elle rencontra Bernadette. Quelqu'un lui dit que c'était la Voyante. Catherine ne répondit point; mais, s'avançant vers l'enfant bénie du Seigneur et aimée de Marie, elle lui toucha humblement la robe. Puis elle continua son chemin vers les Roches Massabielle, où, malgré l'heure matinale, une multitude de pèlerins se trouvaient réunis et agenouillés. Catherine et ses enfants s'agenouillent aussi et prient. Et, après avoir prié, Catherine se lève et va baigner paisiblement sa main dans l'eau merveilleuse. Et aussitôt ses doigts se redressent. Et aussitôt ses doigts s'assouplissent et revivent. La Vierge divine venait de guérir l'incurable. Que fait Catherine? Catherine n'est pas surprise, Catherine ne pousse pas un cri, mais elle retombe à genoux et rend grâces a Marie et à Dieu. Pour la première fois depuis dix-huit mois, elle prie à mains jointes, et croise avec ses autres doigts ses doigts ressuscites. Elle resta ainsi longtemps, absorbée dans un acte de reconnaissance. De tels moments sont doux; l'âme se complaît à s'y oublier, et il semble que l'on soit dans le Paradis retrouvé. Il fallut cependant s'arracher à cette prière. « Levons-nous maintenant et partons », dit Catherine à ses deux enfants. Et voilà qu'elle reprend, en les tenant par la main, le chemin de Loubajac. Heureuse, plus que nous ne saurions le dire, elle parcourut paisiblement et sans se hâter la longue route et les mauvais chemins qui la séparaient de sa maison. Les deux enfants n'avaient plus peur comme durant la nuit: le soleil s'était levé et leur mère était guérie. A la même époque, une femme de Lamarque, Marianne Garrot, avait vu disparaître en moins de dix jours, par de simples lotions d'eau de la Grotte, une dartre laiteuse qui lui couvrait entièrement le visage et qui, depuis deux années, résistait à tous les traitements. Le docteur Amadou, de Pontacq, son médecin, avait constaté le fait et en fut plus tard l'irrécusable témoin devant la Commission épiscopale.

IV. A Bordères, près de Nay, la veuve Marie Lanou-Domengé, âgée de quatre-vingts ans, était depuis trois années atteinte dans tout le côté gauche d'une paralysie incomplète. Elle ne pouvait faire un pas sans un secours étranger, et elle était, par suite de son infirmité, incapable de tout travail. M. le docteur Poueymiroo, de Mirepoix, après avoir inutilement employé quelques remèdes pour ramener la vie dans les membres atrophiés, avait cessé de la soigner, tout en continuant à la voir. L'espérance s'en va pourtant difficilement de l'esprit des malades. « Quand donc guérirai-je? » disait la bonne femme à M. Poueymiroo, toutes les fois qu'elle le rencontrait. « Vous guérirez quand le bon Dieu voudra », répondait invariablement le docteur, qui était loin de se douter, en s'exprimant ainsi, qu'il prononçait un mot prophétique. « Pourquoi ne croirais-je pas cette parole et ne m'adresserais-je pas à la bonté divine? » se dit un jour la vieille paysanne, en entendant parler de la Source de Massabielle.

Elle envoya quelqu'un à Lourdes chercher à la Source même un peu de celte eau qui guérissait. Lorsqu'on la lui apporta, elle fut prise d'une grande émotion. « Sortez-moi de mon lit, dit-elle, et tenez-moi debout ». On la leva, on l'habilla en toute hâte, presque fiévreusement. Les spectateurs et les acteurs de cette scène étaient troublés. Deux personnes la soulevèrent et la tinrent debout en la soutenant sous les épaules. On lui présenta un verre d'eau de la Grotte. Marie étendit sa main tremblante vers l'eau libératrice, et y plongea ses doigts. Puis elle fit sur elle-même un grand signe de Croix, après lequel elle porta le verre à ses lèvres et en but lentement le contenu, absorbée sans doute en quelque fervente prière qu'elle faisait tout bas. Elle était pâle, si pâle qu'on crut un instant qu'elle allait s'évanouir. Mais tandis qu'on faisait effort pour prévenir une chute, elle se redressa, tressaillit et regarda autour d'elle. Puis elle poussa comme un cri de joie triomphale: « Lâchez-moi! lâchez-moi vite! Je suis guérie ». Ceux qui la soutenaient retirèrent leurs bras à moitié et en hésitant. Marie s'élança aussitôt et se mit à marcher avec assurance, comme si elle n'eût jamais été malade. Quelqu'un qui conservait, malgré tout, quelque crainte, lui présenta un bâton pour s'appuyer. Marie regarda le bâton en souriant. Puis elle le prit, et, d'un geste dédaigneux, elle le jeta au loin, comme un objet désormais inutile. A partir de ce jour, elle retourna aux rudes travaux des champs. Quelques visiteurs, étant venus la voir pour vérifier le fait, lui demandèrent si elle pourrait marcher en leur présence. « Marcher? messieurs, s'écria-t-elle; mais je vais courir! » Et, disant ces mots, elle prit sa course devant eux. Ceci se passait au mois de mai. Au mois de juillet suivant, on se montrait, de l'un à l'autre, comme un phénomène, Marie, la vigoureuse octogénaire, qui fauchait vaillamment les blés et qui était loin d'être la dernière dans la fatigante besogne des moissonneurs. Son médecin, l'honorable docteur Poueymiroo, louait Dieu de ce miracle évident, et plus tard, il signait, avec la Commission d'examen, le procès-verbal des faits extraordinaires que nous venons de raconter, et devant lesquels il n'hésitait pas à reconnaître « l'action directe et évidente de la puissance divine ».

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Prière pour la conversion de la Science

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Qu'il était beau dans les desseins de Dieu, qu'il était sublime, ô Notre-Dame de Lourdes, le rôles de la Science humaine! La Science, n'est-ce point en effet l'esprit fini de la créature, pénétrant de plus en plus, par son travail, dans l'esprit infini du Créateur ? La Science, n'est-ce point comme une révélation progressive à laquelle l'homme coopère par son propre effort? Chaque pas qu'il fait dans la Science lui découvre de plus en plus l'incommensurable sagesse de Celui qui a tout créé, tout fondé, tout établi, tout prévu, et qui, de toute éternité, règle dans les profondeurs des cieux le mouvements des étoiles, des soleils et de,s univers, comme il dirige ici-bas la vie éphémère de l'insecte et l'humble végétation du brin d'herbe. Chaque progrès de l'homme dans l'étude des la nature lui apprend quelque nouveau mystère de la puissance de Dieu, quelque secret de sa bonté, quelque calcul admirable de son intelligence suprême, quelque invention merveilleuse de son insondable génie. O Marie, la Science n'a-t-elle pas pour mission de nous faire de plus en plus tomber à genoux, pénétrés à la fois de cette double pensée d'humilité et d'adoration, que nous ne sommes rien, et que Dieu seul est tout? Et cependant, ô notre Mère, au lieu d'admirer, dans les harmonies et dans les lois de la nature, l'Auteur et le Législateur de l'Univers, voilà que l'homme coupable, l'homme insensé, ne songe, par un renversement de toute justice, qu'à s'admirer lui-même du très faible mérite d'avoir découvert ces lois et reconnu ces harmonies. Poussant jusqu'à la déraison la plus extrême et à l'ingratitude la plus inouïe l'orgueilleuse perversité de son cœur, il essaye de tourner les vérités relatives que la Science lui révèle contre la Vérité absolue dont elles ne sont qu'un rayon détaché, et il s'efforce d'employer le bienfait universel contre le bienfaiteur souverain. Et c'est ainsi, ô Notre-Dame de Lourdes, qu'apparaissant en ce monde et guérissant les malades, vous avez vu aussitôt la Science humaine se. dresser contre Vous. O notre Mère, guérissez ce délire d'orgueil et de méchanceté qui, réparant ces hommes de Dieu, de Dieu, l'unité de tout, les sépare d'eux-mêmes par une conséquence rigoureuse, et fiait par les jeter les uns contre les autres dans des révolutions sanglantes, dans des guerres et des mêlées affreuses dont la confusion de Babel semble dans le passé comme un premier pressentiment et une lointaine prophétie. La Science, ayant renié Dieu, ne pouvait que devenir homicide et s'employer, comme elle le fait aujourd'hui, à inventer par-dessus toutes choses des engins de guerre et des machines de destruction pour exterminer le genre humain.... O notre Mère! regardez ce spectacle navrant de l'humanité dans sa chute. Tournez vers Dieu vos mains suppliantes et priez-le pour la conversion de la Science. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous! Ainsi soit-il.

 

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18 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Dix-neuvième jour

Dépouillement de la Grotte

 

I. Le bruit que le Préfet avait donné l'ordre de spolier la Grotte s'était répandu rapidement et avait jeté l'agitation dans toute la ville. La population tout entière était consternée comme en présence d'un sacrilège monstrueux. « La très Sainte Vierge a daigné descendre chez nous, disait-on, et y opérer des miracles, et voilà comment on la reçoit! Il y a de quoi attirer la colère du Ciel ! » Les âmes les plus froides étaient émues; une sourde effervescence se manifestait peu à peu dans la population et allait grandissant. Dès les premiers moments et avant l'entrevue que nous venons de raconter, le curé Peyramale et les Prêtres de la ville avaient fait entendre au uns et aux autres des paroles de paix, et tâché de calmer les plus irrités. « Mes amis, disait le Clergé, ne compromettez pas votre cause par des désordres; subissez la loi, même mauvaise. Si la sainte Vierge est en tout cela, elle saura bien tourner les choses à sa gloire; et vos violences, si vous vous en permettiez, seraient à son égard un manque de foi, une injure à sa toute-puissance. Voyez les martyrs: se sont-ils révoltés contre les empereurs? Et ils ont triomphé par cela même qu'ils n'ont pas combattu ». L'autorité morale du Curé était grande, mais les têtes étaient ardentes et les cœurs indignés. On était à la merci d'un hasard. Les objets et les ex-voto déposés à la Grotte formaient une masse considérable, et qui ne pouvait être transportée à main d'homme, M. Dominique se rendit à la Poste, chez M. Barioge, pour demander une charrette et des chevaux. « Je ne prête point mes chevaux pour de pareilles choses », répondit le Maître de poste. « Mais vous ne pouvez refuser vos chevaux à qui les paye », s'écria M. Dominique. « Mes chevaux sont faits pour le service de la Poste et non pour cette besogne. Je ne veux être pour rien en ce qui va se commettre. Faites-moi un procès si cela vous convient. Je refuse mes chevaux ». Le Commissaire alla ailleurs. Dans tous les hôtels, chez tous les loueurs de chevaux, assez nombreux à Lourdes à cause du voisinage des eaux~thermales, chez lès particuliers, auxquels il s'adressa en désespoir de cause, il rencontra les mêmes refus. Sa situation était des plus cruelles. La population, troublée et frémissante, le voyait ainsi aller inutilement de maison en maison, suivi des Sergents de ville, et assistait à ses déceptions successives. Il entendait les murmures, les rires, les paroles dures de la foule. Le poids de tous les regards tombait sur lui, en cette course pénible et infructueuse qu'il faisait à travers les places et les rues de la ville. Il avait vainement augmenté successivement la somme d'argent qu'il offrait pour le prêt d'une charrette et d'un cheval. Les plus pauvres avaient refusé, bien qu'il eût offert jusqu'à trente francs et que la course ne fût que de quelques centaines de mètres. La foule, entendant ce chiffre de trente francs, le comparait aux trente deniers.

Enfin, il trouva chez un maréchal ferrant une fille qui, pour cette somme, lui prêta ce dont il avait besoin. Quand on le vit sortir de cette maison avec une charrette attelée, la multitude fut d'autant plus indignée que nulle misère urgente n'avait pu déterminer la complaisance vénale des propriétaires du chariot. Ces gens n'étaient point pauvres. Dominique se dirigea vers la Grotte. Les Sergents de ville conduisaient la charrette. Une foule immense les suivait, silencieuse, sombre, inquiète, sentant s'amonceler en elle la terrible électricité des orages. On arriva ainsi devant les Roches Massabielle. La charrette, ne pouvant parvenir jusque là, stationna à quelque distance. Sous la voûte de la Grotte brûlaient çà et là des cierges, portés sur des chandeliers ornés de mousse et de rubans. Des croix, des statues de la Vierge, des tableaux religieux, des chapelets, des colliers, des bijoux reposaient sur le sol ou dans les anfractuosités du rocher. A certaines places, sous les images de la Mère de Dieu, on avait étendu des tapis. Des milliers de bouquets avaient été portés là en l'honneur de Marie par de pieuses mains, et les prémices du mois des fleurs embaumaient ce sanctuaire champêtre. Dans une ou deux corbeilles d'osier et sur le sol brillaient des pièces de cuivre, d'argent ou d'or dont le tout formait quelques milliers de francs, premier don spontané des fidèles pour l'érection, en ce lieu, d'un temple à la Vierge sans tache, pieuse offrande, dont le caractère sacré avait frappé de respect l'audace même des malfaiteurs et sur laquelle, malgré la facilité de la solitude et des nuits, nul n'avait osé jusque-là porter une main sacrilège. M. Dominique franchit la balustrade construite par les ouvriers et entra dans la Grotte. Il paraissait troublé. Les Sergents de ville étaient près de lui; la foule qui l'avait suivi le regardait, mais sans pousser une clameur. La tranquillité extérieure de cette multitude avait quelque chose d'effrayant.

Le Commissaire commença d'abord par s'assurer de l'argent. Puis, éteignant les cierges un à un, ramassant les chapelets, les croix, les tapis, les divers objets qui remplissaient la Grotte, il les remettait au fur et à mesure aux Sergents de ville pour les porter sur la charrette. Ces pauvres gens paraissaient souffrir de la besogne qu'ils faisaient, et c'était avec un visible sentiment de tristesse et de respect qu'ils portaient sur le chariot tout ce dont le Commissaire dépouillait la Grotte, honorée et sanctifiée naguère par la visite de la Mère de Dieu, parle jaillissement de la Source, par la guérison des malades. A cause de la distance de la charrette, tout cela se faisait assez lentement. M. Dominique appela un petit garçon qui se trouvai4 là, un peu en avant de la foule. « Tiens, prends ce tableau et porte-le à la charrette ». Le petit garçon tendit les mains pour prendre le cadre. Un autre enfant, à côté de lui, lui cria: « Malheureux! Que vas-tu faire? Le bon Dieu te punirait! » L'enfant, effrayé, recula alors, et aucun appel nouveau du Commissaire ne put le déterminer à avancer.

Les mouvements du Commissaire avaient je ne sais quoi de convulsif. Quand il ramassa le premier bouquet, il voulut, le considérant comme une non-valeur, le jeter dans le Gave, mais un vague murmure de la foule arrêta son geste commencé. Il parut comprendre que la mesure de la patience populaire était comble et que le moindre incident pouvait la faire déborder. Les bouquets furent alors, avec tout le reste, transportés sur le chariot. Un instant après, une statuette de la Vierge se brisa entre les mains du Commissaire, et ce petit fait produisit encore dans la foule un mouvement redoutable. Quand la Grotte fut dépouillée de tout, M. Dominique voulut encore enlever la balustrade. Il lui manquait une hache. Des gens qui taillaient du bois à une scierie annexée au moulin de M. de Laffitte lui refusèrent successivement celles dont ils se servaient. Un autre ouvrier, qui travaillait un peu à l'écart des autres, n'osa pas lui résister et laissa prendre la sienne. M. Dominique mit lui-même la main à l'œuvre, et donna quelques coups de hache sur la balustrade qui était peu solide et qui céda presque aussitôt. La vue de cet acte de violence matérielle, le spectacle de cet homme frappant le bois à coups de hache, fit plus d'effet sur la multitude que tout le reste, et il y eut une explosion menaçante. La Gave était là, rapide et profond; et il suffisait de quelques instants d'égarement pour que le malheureux Commissaire y fut précipité, dans un de ces irrésistibles mouvements de colère comme les foules en ont parfois. Dominique se retourna et montra son visage pâle et bouleversé. « Ce que je fais; dit-il avec une apparente tristesse, je ne le fais pas de moi-même, et c'est avec le plus grand regret que je me vois forcé de l'exécuter. J'agis d'après les ordres de M. le Préfet. Il faut que j'obéisse, quoi qu'il m'en coûte, à l'autorité supérieure. Je ne suis point responsable, et il ne faut pas s'en prendre à moi ». Des voix dans la foule s'écrièrent: « Demeurons calmes, pas de violence; laissons tout à la main de Dieu ». Les conseils et l'activité du Clergé portaient leurs fruits, et il n'y eut aucun désordre. Le Commissaire et les Sergents de ville conduisirent sans obstacle la charrette à la mairie, où ils déposèrent tous les objets recueillis à la Grotte. L'argent fut remis à M. le Maire.

II. Le soir, pour protester contre les mesures du Préfet, une foule innombrable se rendit à la Grotte, qui fut soudainement remplie de fleurs et illuminée. Seulement, pour éviter que la Police vînt saisir les cierges, chacun tenait, le sien à la main; et, au retour, le remportait chez lui. Le lendemain, deux faits eurent lieu qui impressionnèrent vivement la population. La fille qui avait loué le cheval et le chariot à M. Dominique tomba du haut d'un grenier et se brisa une côte. Le même jour, l'homme qui avait prêté la hache au Commissaire pour renverser la balustrade de la Grotte eut les deux pieds écrasés par la chute d'un madrier qu'il voulait placer lui-même sur un établi. Les Libres Penseurs virent là une coïncidence irritante et malencontreuse. La multitude considéra ce double événement comme une punition céleste. M. le Préfet était peu troublé par ces menus incidents. Il ne croyait pas plus aux maladies qu'aux guérisons venant du Ciel. L'attitude, non point menaçante, mais inflexible, de l'abbé Peyramale, la détermination prise par ce dernier d'intervenir de sa personne pour protéger Bernadette contre l'arrestation projetée, le préoccupaient bien plus que les marques du courroux céleste. Dieu, en un mot, l'inquiétait moins que le Curé.

Le refus de M. Anselme de procéder à cette violente mesure; sa démission offerte, circonstance très-étrange de la part de ce fonctionnaire timide; le visible mécontentement des maires du canton au discours du conseil de révision; les symptômes de grave effervescence qui avait accueilli l'enlèvement des ex-voto de la Grotte; l'incertitude où l'on était peut-être de la passive obéissance des Gendarmes et des Soldats, lesquels partageaient à l'égard de Bernadette l'enthousiasme et la vénération populaires, lui donnèrent également à réfléchir. Il comprit que, dans un tel ensemble de conjonctures, l'incarcération de la Voyante pourrait avoir les conséquences les plus désastreuses. Ce n'est point qu'il n'eût bravé volontiers une émeute. Quelques-uns des détails que nous avons racontés donneraient à penser qu'il l'avait secrètement désirée. Mais un soulèvement des populations précédé de la démission du Maire, compliqué de l'intervention d'un des prêtres les plus respectés du diocèse, suivi, selon toute probabilité, d'une plainte au Conseil d'État pour séquestration arbitraire, accompagnée d'une énergique protestation de la presse catholique ou simplement indépendante, avait un caractère de gravité qui ne pouvait manquer de frapper vivement un homme aussi intelligent et aussi attaché à ses fonctions que M. le baron Pardoux.

Il devait pourtant en coûter singulièrement à l'orgueilleux Préfet de s'arrêter dans l'exécution de cette mesure radicale qu'il avait si publiquement annoncée la veille au conseil de révision; et assurément il n'eût point agi de la sorte si le rapport des médecins, au lieu d'être une simple et hésitante hypothèse, peu sûre d'elle-même, avait constaté la folie ou l'hallucination de la Voyante. Que Bernadette eût été réellement atteinte d'aliénation mentale, rien n'était plus facile au Préfet que d'ordonner un second examen: rien de plus aisé que de faire constater le trouble cérébral de l'enfant par deux autres docteurs, choisis parmi les notabilités scientifiques du pays, et assez autorisés comme gens de savoir et d'honneur pour imposer leur décision à l'opinion publique. Mais M. Pardoux., au courant de tous les interrogatoires de Bernadette, comprit qu'il ne se trouverait pas un médecin sérieux qui ne reconnût et ne proclamât avec tout le monde la pleine raison, la droite intelligence et la bonne foi de l'enfant. Devant l'évidence d'une telle situation, en présence des impossibilités morales, presque matérielles, qui se dressaient inopinément devant lui, le sage Préfet, malgré son entêtement proverbial, se vit forcé de s'arrêter net et de ne pas aller plus avant. Il était condamné à l'inaction par la force des choses. Quant à retourner complètement sur ses pas et à révoquer les mesures déjà exécutées publiquement par Dominique aux Roches Massabielle, une telle solution ne pouvait même pas aborder la pensée du baron Pardoux. L'enlèvement des objets de la Grotte, étant un fait accompli, fut maintenu. Mais la Voyante demeura, libre, ignorant sans doute, entre ses prières du matin et celles du soir, l'orage qui venait de passer sur elle et qui n'avait point éclaté.

L'autorité civile, par cette tentative avortée et non reprise, constatait elle-même l'impossibilité absolus de convaincre Bernadette du moindre trouble cérébral. En laissant la Voyante libre, après avoir tenté de l'enfermer, le Pouvoir officiel rendait, malgré lui, un public hommage à la pleine intégrité de cette raison et de cette intelligence. L'incrédulité, par de tels coups mal dirigés, se blessait avec ses propres armes et servait précisément la cause qu'elle prétendait attaquer. Ne l'accusons pourtant pas de maladresse. Il doit être difficile de lutter contre l'évidence, et, en un tel combat, les fautes les plus lourdes sont inévitables. Toutefois, si M. Pardoux modifiait en quelques circonstances la forme de ses projets, il s'obstinait invinciblement dans le fond même de ses desseins. L'unique concession qu'il consentait parfois à faire aux événements, c'était d'abandonner un moyen reconnu inutile ou périlleux pour en prendre quelque autre d'une apparence plus efficace, et de tourner les obstacles, quand il était impossible de les briser ou de les franchir. En un mot, s'il changeait de tactique, il ne changeait jamais ses résolutions. Il ne reculait pas, il évoluait. Or, l'incarcération de Bernadette n'était qu'un moyen. Le principe premier et le but suprême, c'était le renverraient radical de la superstition et la défaite définitive au Surnaturel.

M. Pardoux ne perdit en rien l'espérance. Il avait « là Certitude, disait-il hautement, de venir bientôt à bout des difficultés grandissantes de la situation. Être vaincu, lui préfet de l'Empire, lui baron, lui Pardoux, par les contes bleus d'une enfantine bergère, terrassé parle fantôme d'une Apparition chimérique eût été insupportable à son orgueil et paraissait impossible à son génie. Donc, s'il dut renoncer, malgré sou discours du 4 mai, à faire enfermer la pauvre Bernadette comme folle, il n'en lut que plus acharné à mettre un terme d'une façon ou d'une autre aux envahissements du fanatisme. Les doctrines et les explications qui, depuis quelques jours, étaient devenues le thème favori des libres penseurs de ces contrées méridionales, suggérèrent à son esprit, déjà embarrassé, un moyen nouveau qui lui sembla véritablement décisif. Pour bien comprendre comment le Préfet en vint à changer de la sorte son plan d'attaque, il est bon de jeter un coup d'oeil sur ce qui se passait en ce moment dans le camp des intelligences antichrétiennes.

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Prière pour la réforme des Caractères

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, à mesure que nous avançons dans les événements divins et humains dont se compose votre histoire, nous remarquons toute la gravité qu'a, dans la direction de la vie, ce fond mystérieux de notre nature que l'on appelle « le caractère ». Le Préfet, l'Évêque, le Maire, l'Homme de police, le Curé de Lourdes agissent si différemment, plus encore par la divergence de leur caractère que par l'opposition de leurs idées. Obtenez-nous, ô Marie, de faire un sérieux retour sur nous-mêmes, et de connaître notre propre caractère, afin d'en réformer les travers et d'en maîtriser les caprices. Les entêtés, les susceptibles, les boudeurs, les malveillants, les renfermés et les taciturnes, les jaloux, les faibles, les grondeurs, les contredisants, tous les caractères mauvais font leur malheur propre et le malheur d'autrui; et la déplorable constance de leur façon d'être est certainement de plus désastreuse conséquence que telle faute matérielle, grossière, palpable, que tout le monde flétrit, et dont la conscience se garde avec horreur. C'est que, contrairement à l'opinion du monde, s'abandonner aux fâcheuses pentes du caractère constitue, pour chacun de nous, plus qu'une faute, même grave. C'est là un crime, ô Mère de toute perfection, un crime permanent, un état des plus coupables, sur lequel nous nous aveuglons, parce que, au lieu de voir son ensemble effrayant, nous n'en considérons chaque fois que le minime détail. Éclairez-nous, Reine de la lumière, sur ce côté ténébreux et ignoré de nous-mêmes, et donnez-nous la force de nous corriger. Faites comprendre aux boudeurs, aux grondeurs, aux susceptibles, aux gens tourmentants, que donner à chaque instant des coups d'épingle n'est pas moins abominable que donner une fois un coup de poignard. Qui n'aimerait mieux, en effet, recevoir une fois un coup de poignard que des coups d'épingle toute sa vie? Apprenez aux malveillants que, dans la comptabilité de Dieu, le total de leurs petites haines accumulées pourrait bien dépasser parfois en gravité la fureur horrible, mais momentanée, de celui qui a commis un meurtre. Apprenez aux jaloux et aux taciturnes que notre prochain en général, et notre famille plus particulièrement, a un droit absolu à notre cordialité, à notre affabilité, à l'ouverture de notre cœur, et que le leur enlever, c'est se rendre aussi coupable que l'avare, devenu voleur, qui enfouirait l'argent d'autrui et refuserait déloyalement de le rendre à qui il appartient. Enseignez aux obstinés que ne point vouloir accepter par entêtement la vérité venant de la bouche d'autrui, est peut-être aussi condamnable que de combattre la vérité connue. Les Juifs, qui ont crucifié Jésus-Christ et volontairement fermé les yeux à l'évidence pour s'en tenir avec fureur à leurs idées, étaient des entêtés. Dites aux caractères faibles qu'être faible, c'est trahir, et que la faiblesse est inexcusable quand on peut avoir pour appui la grâce et la force même de Dieu. Illuminez chacun de nous sur ces choses intimes que les autres voient souvent si bien, et desquelles nous essayons de détourner nos propres regards, afin de ne pas faire d'efforts. Éclairez-nous et donnez-nous de profiter de la lumière, afin que, heureux nous-mêmes en étant dans le bien, nous rendions les autres heureux, et fassions en nos personnes aimer le nom de Chrétien. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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30 avril 2012

Le Bienheureux Jérémie de Valachie

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Le Bienheureux Jérémie de Valachie

1556-1625

Fête le 5 mars

 

Le Bienheureux Jérémie Kostist naquit en Roumanie en 1556, plus précisément dans la région de Valachie de laquelle vient son nom. Né dans une famille appartenant à l'Église Orthodoxe Roumaine séparée par Rome, il nourrissait grande attraction pour le Siège de Saint Pierre et, après un pèlerinage à pied qui dura près de deux ans, il atteignit la ville éternelle, après s'être converti à la Foi Catholique, il entra dans finalement l'ordre des Frères Mineurs Capucins, passant dans différents couvents de l'Italie méridionale. Dans son nouvel état de vie, il se consacre avec zèle et ferveur à essayer de réconcilier l'Église Catholique les Églises Orientales. Son amour pour les plus pauvres et les malades fut continu et incessante fut son œuvre de réconfort et de secours aux déshérités qui avaient pris l'habitude de venir vers lui afin de trouver aide et réconfort. Il est mort en odeur de sainteté en 1625 à Naples et, au terme d'un long procès canonique, il a été béatifié 1983.

 

Prière

 

O Dieu de Miséricorde, Vous avez donné au Bienheureux Jérémie de Valachie la grâce d'imiter Votre Fils dans le service de ses frères et le don inconditionnel de lui-même pour son prochain. Aidez-nous à marcher sur les chemins de l'Evangile avec humilité et amour, afin que nous puissions pleinement coopérer au plan de salut que Vous avez prévu pour l'humanité. Nous Vous le demandons, Père, par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

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17 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Dix-huitième jour

Le Conseil de révision : le discours du Préfet, Tentative de séquestration

 

I. En apprenant que la Vierge était apparue de nouveau et avait dit son nom à Bernadette, M. le Préfet envoya chez les Soubirous une Commission composée de deux Médecins. Il les prit parmi ceux qui n'admettaient pas plus que lui le Surnaturel, parmi ceux qui avaient leurs conclusions écrites d'avance dans leur prétendue philosophie médicale. Ces deux Médecins qui étaient de Lourdes et dont l'un était l'ami particulier du Procureur impérial, s'épuisaient depuis trois semaines à soutenir toutes sortes de théories sur la catalepsie, le somnambulisme, l'hallucination, et se débattaient exaspérés contre l'inexplicable rayonnement de l'extase, contre le jaillissement de la Source, contre les guérisons soudaines qui venaient à chaque instant battre en brèche les doctrines qu'ils avaient rapportées de Paris. Ce fut à ces hommes et dans ces circonstances que M. le Préfet jugea bon de confier l'examen de Bernadette. Ces messieurs palpèrent la tête de l'enfant et n'y trouvèrent aucune lésion, aucun signe qui indiquât la folie. Les réponses de l'enfant étaient sensées, sans contradictions, sans bizarrerie. Rien d'exagéré dans le système nerveux: tout au contraire, un plein équilibre et je ne sais quoi de profondément calme. Un asthme fatiguait souvent la poitrine de la petite fille; mais cette infirmité n'avait aucune liaison avec un dérangement du cerveau.

Les deux Médecins, très consciencieux d'ailleurs malgré leurs préventions, consignèrent toutes ces choses dans leur rapport, et constatèrent l'état très sain et très normal de l'enfant. Toutefois, comme sur la question des Apparitions, elle persistait invariablement dans son récit, ces messieurs, qui ne croyaient point à la possibilité de pareilles visions, crurent pouvoir mettre à ce sujet dans leur rapport que Bernadette pourrait bien être hallucinée. Ils n'osèrent dire un mot de plus. Mais M. le Préfet n'y regardait pas de si près, et ce Rapport lui parut suffisant. Muni de cette pièce, et en vertu de la loi du 30 juin 1838, il résolut de faire arrêter Bernadette et de la faire conduire à Tarbes pour être internée provisoirement à l'hospice, et ensuite, sans doute, dans une maison de fous. Frapper cette enfant n'était pas tout: il fallait opposer enfin une digue à ce mouvement extraordinaire de la population. Le Ministre l'avait insinué dans sa lettre au Préfet, cela était possible sans sortir de la légalité. Il n'y avait pour cela qu'à considérer la Grotte comme un oratoire, et à la faire dépouiller des ex-voto et des offrandes des croyants. Si les croyants opposaient de la résistance, un escadron de cavalerie se tiendrait à Tarbes, prêt à tout événement. Une émeute eût comblé bien des vœux secrets. Restait à faire exécuter, contre Bernadette et contre la population, ces diverses mesures, dont l'infaillibilité préfectorale avait reconnu la nécessité et l'urgence pour parer à l'invasion croissante du surnaturel.

II. C'était l'époque du Conseil de révision. M. le Préfet eut dans cette circonstance l'occasion de se rendre à Lourdes, d'y voir tous les Maires du canton et de leur adresser un discours officiel. Il prétendit que les événements de la Grotte ne pouvaient que jeter de la défaveur sur la Religion entendue à sa manière. « Le fait de la création d'un oratoire à la Grotte, fait suffisamment constitué par le dépôt d'emblèmes religieux et de cierges, est d'ailleurs, ajouta-t-il, une atteinte a portée à l'autorité ecclésiastique et civile, une illégalité qu'il est du devoir de l'Administration de faire cesser, puisque, aux termes de la Loi, aucune chapelle publique ou oratoire ne peut être fondée sans l'autorisation du Gouvernement, sur l'avis de l'Évêque diocésain. Aussi ne serez-vous point surpris d'apprendre, Messieurs, que j'ai donné l'ordre au Commissaire de Police d'enlever et de transporter à la Mairie, où ils seront mis à la disposition de ceux qui les ont déposés, les objets placés dans la Grotte. J'ai prescrit, en outre, d'arrêter et de conduire à Tarbes, pour y être traitées comme malades, aux frais du Département, les personnes qui se diraient visionnaires, et je ferai poursuivre, comme propagateurs de fausses nouvelles, .tous ceux qui auraient contribué a mettre en circulation les bruits absurdes que l'on fait courir ». Ceci se passait le 4 mai. C'est ainsi que le très-religieux préfet inaugurait son Mois de Marie. Immédiatement après son discours, le Chef du Département avait quitté la ville, laissant s'exécuter hors de sa présence ce qu'il avait ordonné.

III. Les mesures de M. le Préfet se complétaient l'une par l'autre. Par l'arrestation de Bernadette, il atteignait la cause; par l'enlèvement des objets de la Grotte, il atteignait l'effet. Si, comme c'était probable, ces ardentes populations, blessées dans la liberté de leurs croyance, dans leur droit de prier, dans leur religion, essayaient quelque résistance ou se livraient à quelque désordre, l'escadron de cavalerie, mandé par dépêche, accourait à bride abattue, et, mettant toutes choses au régime de l'état de siège, réfutait la Superstition par le tout-puissant argument du sabre. De même qu'il venait de transformer une question religieuse en question administrative, M. Pardoux était prêt à transformer la question administrative en question militaire. Le Maire et le Commissaire de Police étaient chargés, chacun selon ce qui les concernait, d'exécuter les volontés du Préfet. Le premier avait ordre de faire arrêter Bernadette; le second, de se rendre aux Roches Massabielle et de dépouiller la Grotte de tout ce que la piété ou la reconnaissance des fidèles y avait déposé. Suivons-les tous les deux, et commençons par le Maire, ainsi que Je veut la hiérarchie.

IV. Bien que M. Anselme L., Maire de Lourdes, évitât de se prononcer sur les événements extraordinaires qui se passaient, il en était fortement impressionné, et ce ne fut point sans une certaine terreur qu'il vit l'Administration entrer dans cette voie de violences. Il était fort perplexe. Il ignorait quelle attitude allaient prendre les populations; il est vrai que M. le Préfet annonçait l'envoi possible d'un escadron de cavalerie pour maintenir la tranquillité, dans la ville de Lourdes à la suite de l'arrestation; mais cela même ne laissait pas que de l'inquiéter fortement. Le côté surnaturel et les Miracles l'alarmaient aussi. Il ne savait que faire entre l'autorité du Préfet, la force du peuple et les puissances d'en haut. Il aurait voulu ménager la terre et le ciel. Il s'adressa pour soutenir son courage, au Procureur impérial, M. Vital; et, tous deux ensemble, ils se rendirent chez M. le Curé de Lourdes pour lui communiquer l'ordre d'arrestation émané de la Préfecture. Ils expliquèrent à l'abbé Peyramale comment, d'après le texte de la loi du 30 juin 1838, le Préfet agissait dans la plénitude de son droit légal. Le Prêtre ne put contenir l'explosion de son indignation devant la cruelle iniquité d'une telle mesure, fût-elle à là rigueur possible d'après quelqu'une des innombrables lois enfantées un jour ou l'autre, par les Lycurgues d'occasion que le flux ou le reflux de nos douze à quinze révolutions politiques ont jetés sur la grève du Palais-Bourbon.

« Cette enfant est innocente! s'écria-t-il; et la preuve, monsieur le Procureur impérial, c'est que, comme Magistrat, vous n'avez pu, malgré vos interrogatoires de toute sorte, trouver un prétexte à la moindre poursuite. Vous savez qu'il n'y a pas un tribunal en France qui ne reconnût cette innocence, éclatante comme le soleil; qu'il n'y a pas un Procureur général qui, en de telles circonstances, ne déclarât monstrueuse et ne fit cesser, non-seulement une arrestation, mais une simple action judiciaire ». « Aussi la Magistrature n'agit-elle pas, répondait M. Vital. M. le Préfet, sur le rapport des médecins, fait enfermer Bernadette comme atteinte de démence, et cela dans son intérêt, pour la guérir. C'est une simple mesure administrative qui ne touche en rien à la Religion, puisque ni l'Évêque ni le Clergé ne se sont prononcés sur tous ces faits, qui se passent en dehors d'eux ». « Une telle mesure, reprit le Prêtre en s'animant de plus en plus, serait la plus odieuse des persécutions; d'autant plus odieuse, qu'elle prend un masque hypocrite, qu'elle affecte de vouloir protéger, qu'elle se cache sous le manteau delà légalité, et qu'elle a pour objet de frapper un pauvre être sans défense. Si l'Évêque, si le Clergé, si moi-même nous attendons qu'une lumière de plus en plus grande se fasse sur ces événements pour nous prononcer sur leur caractère surnaturel, nous en savons assez pour juger de la sincérité de Bernadette et de l'intégrité de ses facultés intellectuelles. Et dès qu'ils ne constatent aucune lésion cérébrale, en quoi vos deux Médecins seraient-ils plus compétents pour juger de la folie ou du bon sens que l'un quelconque des mille visiteurs qui ont interrogé cette enfant, et qui ont admiré la pleine lucidité et le caractère normal de son 'intelligence? Vos médecins eux-mêmes n'osent affirmer et ne concluent que par une hypothèse. M. le Préfet ne peut, à aucun titre, faire arrêter Bernadette ». « C'est légal ». « C'est illégitime. Prêtre, Curé-Doyen de la ville de Lourdes, je me dois à tous, et en particulier aux plus faibles. Si je voyais un homme armé attaquer un enfant, je défendrais l'enfant au péril de ma vie, car je sais le devoir de protection qui incombe au boa Pasteur. Sachez que j'agirai de même quand bien même cet homme serait un Préfet et que son arme serait le mauvais article d'une mauvaise loi. Allez donc dire à M. Pardoux que ses Gendarmes me trouveront sur le seuil de la porte de cette pauvre famille, et qu'ils auront à me renverser, à me passer sur le corps, à me fouler aux pieds avant de toucher à un cheveu de la tête de cette petite fille ». « Cependant.... » « Il n'y a pas de cependant. Examinez, faites des enquêtes, vous êtes libres, et tout le monde vous y convie. Mais si, au lieu de cela, vous voulez persécuter, à vous voulez frapper les innocents, sachez bien qu'avant d'atteindre le dernier et le plus petit dans mon troupeau, c'est par moi qu'il faudra commencer ».

Le Prêtre s'était levé. Sa haute taille, sa tête aux traits puissants, la plénitude de force qui éclatait en lui, son geste résolu, son visage ardent d'émotion, commentaient ses paroles et leur donnaient toute leur physionomie. Le Procureur et le Maire se turent un instant. Puis ils parlèrent des mesures relatives à la Grotte. « Quant à la Grotte, reprit le Prêtre, si M. le Préfet veut, au nom des lois de la Nation et au nom de sa piété particulière, la dépouiller des objets que d'innombrables visiteurs y ont déposés en l'honneur de la sainte Vierge, qu'il le fasse. Les croyants seront attristés et même indignés. Mais qu'il se rassure, les habitants de ce pays savent respecter l'Autorité, même quand elle s'égare. On dit qu'à Tarbes un escadron est en selle, attendant pour accourir à Lourdes un signal du Préfet. Que l'escadron mette pied à terre. Quelque ardentes que soient les têtes, quelque ulcérés que soient les cœurs, on écoute ma voix et je réponds, sans la force armée, de la tranquillité de mon peuple. Avec la force armée, je n'en réponds plus ».

V. L'attitude énergique prise par M. le Curé de Lourdes, que l'on savait incapable de plier dans tout ce qu'il considérait comme son devoir, introduisait dans la question un élément imprévu quoique très-aisé à prévoir. Le Procureur impérial, dès qu'il s'agissait d'une mesure administrative, n'avait point à intervenir; et ce n'était qu'officieusement que M. Vital avait accompagné M. Anselme au presbytère. Tout le poids de la décision à prendre portait donc sûr ce dernier. M. Anselme avait la certitude que le Curé de Lourdes ferait infailliblement ce qu'il avait dit. Quant à opérer par surprise et à arrêter brusquement Bernadette à l'insu du Pasteur, il n'y fallait point songer, maintenant que l'abbé Peyramale était prévenu et qu'il avait l'œil ouvert. Nous avons dit tout à l'heure les impressions que ressentait le Maire en présence du Surnaturel surgissant tout à coup sous ses yeux. L'apparente impassibilité du magistrat municipal cachait un homme très anxieux et très agité. Il fit part au Préfet de la conversation que M. Vital et lui venaient d'avoir avec le Curé-Doyen, de l'attitude et des paroles de l'homme de Dieu. L'arrestation de Bernadette, ajoutait-il, pourrait, en outre, dans l'état des esprits, soulever la ville et provoquer une révolte indignée contre les autorités constituées. Quant à lui, devant, la détermination si formellement exprimée par M. le Curé et en présence de si redoutables éventualités, il se Voyait à regret obligé de se refuser, fallût-il résigner les honneurs de la Mairie, à faire exécuter personnellement une pareille mesure. C'était au Préfet, s'il le jugeait bon, d'agir directement et de faire opérer l'arrestation par un ordre direct à la Gendarmerie. Pendant que le sort et la liberté de Bernadette étaient soumis à ces incertitudes, M. Dominique, en grande tenue et revêtu de son écharpe, se préparait à exécuter, aux Roches Massabielle, lès mesures prescrites par M. Pardoux.

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Prière pour demander la vertu de Courage et la vraie Charité

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes! Que le noble spectacle de résistance à l'iniquité, donné par un pasteur vigilant, par un prêtre plein de zèle et de charité pour toute brebis de son troupeau, ne soit pas perdu pour nos âmes! Obtenez-nous cette mâle vigueur, trop rare, hélas! parmi les chrétiens dégénérés de notre siècle. Si aujourd'hui les méchants dominent dans le monde, c'est moins encore par leur propre énergie que par l'inconcevable faiblesse des bons, par la lâcheté des gens d'ordre qui ne savent ni se concerter, ni s'unir, ni se lever, ni se défendre. Chacun s'enfermant dans son indolence ou dans son intérêt du moment, déserte la cause publique. Et, par un juste châtiment qui punit l'égoïsme par où il pèche, cette prudence à courte vue amène la ruine et la perte de tous. Et ainsi se réalise, ô Marie! cette parole de votre Fils: « Celui qui aime sa vie la perdra ». En présence des périls inouïs dont les pervers menacent le monde, donnez-nous, ô Mère des Chrétiens, donnez-nous de comprendre par l'esprit, de comprendre surtout par le cœur, cette absolue solidarité qui doit unir les uns aux autres tous les frères de la grande famille et n'en faire qu'une seule volonté, qu'une seule âme, qu'un seul troupeau. Ah! si l'amour nous unissait de la sorte, nous serions invincibles, et l'armée des scélérats le verrait elle-même si clairement qu'elle n'oserait nous attaquer. Mais qui donc embrasera nos âmes de cette charité mutuelle, si effacée, hélas! de nos mœurs qu'elle semble un rêve irréalisable? Qui nous unira les uns aux autres? Qui donc fera naître dans les cœurs ce sentiment de solidarité chrétienne qui semble à la fois, et si nécessaire à nos maux, et si impossible à nos natures déchues? O Mère très-sainte, mieux que personne vous savez le moyen! Obtenez-nous d'aimer Jésus-Christ, de l'aimer véritablement, sincèrement, droitement, par-dessus tout; et, rentrant ainsi dans l'ordre éternel, nous sentirons nos cœurs s'ouvrir à la charité fraternelle et nous aimerons notre prochain comme nous-mêmes. Jésus est l'unité du monde. Il est l'unité intime de ceux qui l'aiment, et c'est par Lui et en Lui qu'ils s'aiment entre eux. Il est l'unité factice de ceux qui le haïssent et qui se coalisent contre Lui. Quand Jésus cesse d'être leur centre d'attaque, ces misérables s'entre-déchirent. Dieu soit loué, ô Mère du Christ, nous n'avons pas la haine de Jésus! mais malheureusement nous n'en avons pas l'amour véritable; et la preuve en est dans ce manque de force, d'unité et de cohésion qui livre le monde à la violence des méchants. Donnez-nous d'aimer Jésus, ô Marie, et nous nous aimerons les uns les autres, et nous serons courageux, et nous serons unis, et nous serons forts et inexpugnables. Donnez-nous d'aimer Jésus, et le monde sera sauvé. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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16 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Dix-septième jour

Henri Busquet, Les écuries de la Préfecture, à l'épreuve, La loi du 30 juin 1858

 

I. Il y avait à Nay, dans les Basses-Pyrénées, un enfant de quinze ans nommé Henri Busquet dont la santé était perdue. Il avait eu, en 1856, une violente et longue fièvre typhoïde à la suite de laquelle s'était formé au côté droit du cou un abcès qui avait gagné insensiblement le haut de la poitrine et le bas de la joue. Cet abcès était gros comme le poing. L'enfant souffrait à se rouler par terre. Le médecin, M. le docteur Subervielle, très-renommé en ce pays, perça cet abcès, quatre mois environ après sa formation, et il en sortit une énorme quantité de matière séro-purulente. Mais Henri ne guérit point. Après plusieurs médications impuissantes, le docteur songea aux eaux de Cauterets. En 1857, dans le courant du mois d'octobre, époque de l'année où, les riches baigneurs étant déjà partis, les indigents se rendent à ces thermes célèbres, le jeune Busquet y prit une quinzaine de bains. Ils furent plus nuisibles qu'utiles et avivèrent ses plaies. La maladie s'aggravait malgré des soulagements momentanés. Le malheureux enfant avait aux régions que nous venons d'indiquer un ulcère étendu, béant, fournissant une suppuration abondante, couvrant le haut de la poitrine, tout un côté du cou, et menaçant le visage. En outre, deux nouveaux engorgements glandulaires très prononcés s'étaient déclarés à côté de cet affreux ulcère. Tel était l'état de ce pauvre enfant lorsque, entendant parler des effets merveilleux de l'eau de la Grotte, il pensa à y avoir recours. Il voulait partir et faire à pied son pèlerinage aux Roches Massabielle; mais il présumait trop de ses forces et ses parents refusèrent de l'y conduire.

Henri, qui était très pieux, était poursuivi par l'idée que la Vierge apparue à Bernadette le guérirait. Il demanda à une voisine qui allait à Lourdes de puiser pour lui un peu d'eau à la Soirée. Elle lui en apporta une bouteille dans la soirée du mercredi 28 avril, fête du Patronage de saint Joseph. Vers les huit heures du soir, au moment de se coucher, l'enfant s'agenouille, et adresse sa prière à la Très-Sainte Vierge. Sa. famille priait avec lui: son père, sa mère, plusieurs frères et sœurs. C'étaient de très-braves gens, simples et croyants: l'une des filles est aujourd'hui religieuse chez les sœurs de Saint André. Henri se met au lit. Le docteur Subervielle lui avait souvent recommandé de ne se jamais servir d'eau froide sous peine d'une complication fâcheuse de son mal; mais, en ce moment, Henri pensait à toute autre chose qu'aux prescriptions de la Médecine. Il enlève les bandages et la charpie qui couvrent son ulcère et ses tumeurs, et, à l'aide d'un linge qu'il imbibe dans l'eau de la Grotte, il baigne et lave ses plaies avec l'onde miraculeuse. La toi ne lui manquait point. « Il est impossible, pensait- il, que la sainte Vierge ne me guérisse pas ». Il s'endort sur cette espérance. Un sommeil profond .s'empare de lui. Au réveil, son espérance était une réalité: toutes ses douleurs avaient cessé, toutes ses plaies étaient fermées; les glandes avaient disparu; l'ulcère n'était plus qu'une cicatrice solide, aussi solide que si la main du temps l'avait fermée lentement. La puissance éternelle qui était intervenue, et qui avait guéri, avait fait en quelques instants l'œuvre de plusieurs mois ou de plusieurs années. La guérison avait été complète, soudaine et sans convalescence.

Le Rapport des médecins adressé à la Commission s'inclinait devant le Miracle manifeste survenu en cet enfant, et déclarait que ce fait s'écartait entièrement de l'ordre de la nature. « Nous le rangeons, disait-il, parmi les faits qui possèdent. pleinement et d'une manière évidente le caractère surnaturel ». Le médecin ordinaire du malade, M. le docteur Subervielle, déclarait merveilleuse et divine, comme tout le monde, cette soudaine guérison; mais le scepticisme inquiet qu'il y a souvent au fond de l'esprit des disciples de la Faculté, attendait la grande épreuve du temps. « Qui sait, disait souvent M. Subervielle, si, à dix-huit ans, ceci ne reviendra pas? Jusque-là, je serai toujours tourmenté ». L'éminent médecin qui parlait ainsi ne devait pas avoir la joie de voir cette guérison confirmée par le temps. Le pays eut le malheur de le perdre; il mourut quelque temps après. Quant au jeune Henri Basquet, l'auteur de ce livre, suivant sa coutume de vérifier par lui-même, a voulu le voir et l'entendre.

Henri nous a dit son histoire, que nous connaissions déjà par les rapports officiels et par plusieurs témoins. Il nous l'a racontée comme une chose toute simple, sans stupeur et sans surprise. Pour le ferme bon sens de ces chrétiens du peuple, dont les sophismes n'ont pas égaré l'esprit, le Surnaturel ne paraît point extraordinaire, et moins encore contraire à là raison. Ils le trouvent conforme aux vraies notions du sens commun. S'ils sont surpris parfois qu'un médecin leur rende la santé, ils ne sont jamais étonnés que Dieu, qui a été assez puissant pour créer l'homme, soit assez bon pour le guérir. Ils voient d'un regard très droit, que le Miracle, loin de troubler l'ordre, est au contraire une des lois de l'ordre éternel. Si Dieu, dans sa miséricorde, a donné à Certaines eaux la vertu d'enlever telles maladies, s'il guérit indirectement ceux qui usent, suivant certaines conditions, de ces choses matérielles, combien, à plus forte raison, saura-t-il guérir directement ceux qui, directement, s'adressent à Lui? Ainsi raisonne le peuple chrétien, et le peuple chrétien raisonne justement. Nous avons voulu voir de nos yeux et toucher de nos mains les traces de cette terrible plaie, si miraculeusement guérie. Une vaste cicatrice marque la place où était l'ulcère. Il y a longtemps que l'enfant a franchi la crise de la dix-huitième année, et rien n'a reparu de sa cruelle maladie. Nulle souffrance, nul écoulement, nulle tendance aux engorgements glandulaires. La santé est parfaite. Henri Busquet est aujourd'hui un homme de vingt-cinq ans, plein de vie et de force. Il exerce comme son père l'état de plâtrier. Le dimanche, à la fanfare de l'Orphéon, il remplit, non sans talent, sa partie de trombone parmi les instruments de cuivre. Il a une voix superbe. Si jamais vous allez dans la ville de Nay, vous l'entendrez sûrement à travers les fenêtres de quelque maison en construction ou en réparation, car, sur ces échafaudages, il a coutume de chanter à plein cœur, depuis l'aurore jusqu'au soir. Vous pouvez écouter sans crainte que vos oreilles soient blessées par quelque chanson grossière. Ce sont de gais et d'innocents couplets, parfois même des cantiques que module cette voix charmante. Celui qui chante n'a pas oublié que c'est a la sainte Vierge qu'il doit la vie.

II. Tandis que tous ces Miracles s'accomplissaient de divers côtés, il survint un incident, en apparence très étranger à l'objet de cette histoire, mais qui devait avoir, tout insignifiant qu'il parût, les conséquences les plus décisives sur la marche des événements. M. le Préfet des Hautes-Pyrénées trouva vers cette époque que ses chevaux de selle et de voiture étaient assez mal logés, et qu'il convenait de leur faire élever des écuries spacieuses et élégantes. Malheureusement le terrain faisait un peu défaut. Or, M. Pardoux tenait, avant toutes choses, à ne point défigurer par ces constructions, soit sa cour, soit son jardin. La Préfecture de Tarbes est toute voisine de la Cathédrale. Entre les deux édifices se trouvait l'ancien cimetière des prêtres et chanoines de cette Église. La tradition rapportait que plusieurs nobles familles de ce pays y avaient eu des caveaux et que là reposaient des cendres illustres. M. le Préfet se dit en lui-même que cet emplacement conviendrait parfaitement pour ses écuries et remises. De l'idée à l'exécution, il n'y avait jamais loin chez le baron Pardoux. Il fit donc creuser les fondations parmi les pierres et les ossements, et l'on vit bientôt s'élever sur le cimetière lès constructions nécessaires aux chevaux officiels. M. le Préfet plaça ses bâtiments juste en face de l'une des anciennes portes de la Cathédrale, à trois mètres au plus, de sorte que le brouhaha de l'écurie devait forcément retentir jusque dans le temple.

Un tel oubli des convenances ne pouvait qu'émouvoir et affliger vivement l'Évêché. Mgr Laurence essaya inutilement de faire comprendre à M. Pardoux que ce sol était sacré, qu'il appartenait à l'Église, et que le pied des chevaux ne devait troubler, ni la paix des morts, ni la prière des vivants. M. le Préfet, nous l'avons dit, ne savait pas reculer. Congédier les ouvriers, choisir un autre emplacement, c'eût été reconnaître qu'il avait eu tort. Aussi, malgré le désir très vif qu'il pouvait avoir de ménager l'Evêque, ne tint-il aucun compte des observations du prélat. Il maintint sur l'ancien cimetière les travailleurs qui construisaient ses écuries. Devant cette persistante violation des tombeaux, Mgr Laurence sortit de sa réserve, et Sa Grandeur fit entendre une protestation énergique. Elle s'adressa directement au Ministre pour qu'il eût à faire détruire ces bâtisses inconvenantes et scandaleuses. Le Préfet fut vivement blessé de l'attitude très ferme et très digne prise par l'Evêque. Suivant sa coutume, il s'obstina, de plus en plus. Il courut à Paris pour argumenter auprès du Ministre; il tâcha de mettre dans son parti le Conseil général; il se fit faire des consultations juridiques: bref, il se livra à une lutte désespérée dont il serait sans intérêt de raconter ici les épisodes: cette question devait durer plusieurs mois, pour être finalement décidée conformément aux très-sages réclamations de Mgr Laurence. Sur le terrain de ces écuries démolies, l'herbe croît aujourd'hui, et un arbre funéraire, placé au milieu, marque qu'en cet endroit repose la cendre des morts. Mais du jour où l'Évêque fit entendre sa protestation, l'harmonie qui existait jusque-là entre le chef du Département et le chef du Diocèse fut à jamais rompue. A cette harmonie succéda dans le cœur du Préfet un vif sentiment d'irritation. Il cessa d'être disposé aux ménagements: tout au contraire peut-être. De même qu'il voulait envahir sur le terrain de l'Église dans cette misérable question des écuries, de même, dans la question des Apparitions, il se sentit désormais plus porté qu'auparavant à empiéter violemment sur le domaine spirituel de l'Évêque. Le frein qui l'avait arrêté jusqu'à ce moment venait de se briser. Les petites causes produisent parfois de grands effets.

III. Dans le courant de ces mois de mars et d'avril, avant comme après la lettre du Ministre; M. le Préfet avait employé sa vive intelligence à trouver en dehors du Surnaturel la clef de ces étranges affaires de Lourdes. Les interrogatoires avaient été inutilement renouvelés par le parquet et par Dominique. Ni le Commissaire de Police ni le Procureur impérial n'avaient pu prendre l'enfant en défaut. Cette petite bergère de treize ou quatorze ans, ignorante et ne sachant ni lire, ni écrire, ni même parler français, déconcertait par sa simplicité profonde les habiles et les prudents. On avait appris qu'une famille étrangère et immensément riche ayant, comme tout le monde, subi le charme de Bernadette, lui avait proposé de l'adopter en offrant aux parents une fortune, cent mille francs, avec la faculté de rester auprès de leur enfant. Le désintéressement de ces braves gens n'avait pas même été tenté, et ils avaient voulu rester pauvres. Tout échouait, les pièges de la ruse, les offres de l'enthousiasme, la dialectique des esprits les plus déliés. Quelle que fût son horreur pour le fanatisme, M. la Procureur impérial ne pouvait trouver ni dans le Code d'Instruction Criminelle, ni dans le Code Pénal, aucun texte qui l'autorisât à sévir contre Bernadette et à la faire incarcérer. Une arrestation de cette nature eût été illégale au premier chef et aurait pu avoir pour le magistrat qui l'eût ordonnée des conséquences fâcheuse. Aux yeux de la loi pénale, Bernadette était innocente.

IV. M. le Préfet, avec sa très grande netteté d'esprit, se rendit compte de tout cela. Il songea alors à arriver au même résultat à l'aide d'un autre moyen, et à procéder par mesure administrative à cet emprisonnement qui lui semblait utile et dont la Magistrature, les codes à la main, ne se croyait pas le droit de prendre l'initiative. Il y a dans l'immense arsenal de nos lois et règlements une arme redoutable, imprudemment créée à notre avis dans la pensée très-louable de protéger l'individu contre lui-même, mais qui peut, entre les mains de la malveillance ou de l'aveuglement, donner lieu à la plus épouvantable des tyrannies, c'est-à-dire à la séquestration arbitraire et sans appel d'un innocent. Nous voulons parler de la„loi sur les Aliénés. Sans débat public, sans dépense possible, sur le certificat d'un ou deux médecins le déclarant atteint de trouble mental, un malheureux peut être saisi brusquement, par simple mesure administrative, et jeté dans la plus terrible, des prisons, dans le cabanon d'une maison de fous. Convaincu comme il l'était de l'impossibilité actuelle du Surnaturel, M. le Préfet Pardoux n'hésita pas dans l'impuissance où se trouvait la Magistrature, à chercher dans cette loi redoutable une solution à la question extraordinaire qui venait de surgir tout à coup dans son département.

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Prière pour les morts

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Dans le cours de votre histoire, ô Notre-Dame de Lourdes, vous avez voulu nous faire rencontrer le lieu que nous ne devrions jamais oublier; le lieu mélancolique où nous ont précédé tant d'êtres si chers et si regrettés; le lieu redoutable où Dieu lui-même nous attend: le Cimetière vers lequel nous marchons tous ci-bas. O Marie! Mère du Christ mort et ressuscité, Mère du divin Jésus qui descendit dans les domaines du trépas pour y chercher l'âme des justes, ayez pitié de ceux que nous avons aimés, et qui. privés de la contemplation de Dieu, souffrent encore dans ces sombres régions. Nous ne les voyons plus, ô Marie! nous ne les entendons plus; mais vous les voyez de vos yeux, Reine suprême des vivants et des morts, et vous entendez, tout aussi bien que nos propres paroles, l'accent de leurs supplications et le cri de leur repentir. Que l'ardente prière que nous vous adressons pour eux et que nous vous prions de porter auprès du Trône du Seigneur, que cette pieuse prière de notre cœur, tout rempli de leur souvenir, retentisse dans le lieu de leur peine! Miséricordieuse Mère du souverain Juge, intercédez auprès de Dieu, afin que, leur appliquant une nouvelle part des infinis mérites de Jésus-Christ, il termine pour eux le temps de l'expiation et les reçoive dans le séjour de la vie éternelle et de la félicité sans limites. Et vous, morts bénis et bien-aimés qui êtes déjà dans le Paradis, souvenez-vous de ceux qui voyagent encore sur la terre; intercédez pour nous et avec nous, pour que cous parvenions aussi au Ciel où vous régnez dans la gloire; et unissez-vous à nous quand nous disons: « Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous! » Ainsi soit-il.

 

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14 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Quinzième jour

Attitude des philosophes, apparition du 25 mars 1858, Immaculée Conception

 

I. La philosophie incroyante, irritée cependant par ces événements qu'elle semblait mépriser, et contre lesquels elle n'osait pas tenter l'épreuve décisive d'une enquête publique, cherchait d'autres moyens de se débarrasser de ces faits écrasants. Elle eut recours à une manœuvre d'une habileté profonde, qui indique toutes les ressources d'esprit que la haine du Surnaturel faisait déployer au groupe des Libres-Penseurs. Au lieu d'examiner les vrais miracles, ils en inventèrent de faux dont ils se réservaient plus tard de dévoiler l'imposture. A Tarbes et autres lieux, leurs journaux ne parlèrent ni de Louis Bourriette, ni de l'enfant de Croisine Ducouts, ni de Blaise Maumus, ni de la veuve Crozat, ni de Marie Daube, ni de Bernarde Soubie, ni de Fabien Baron, ni de Jeanne Crassus, ni d'Auguste Bordes, ni de cent autres. Mais ils fabriquèrent perfidement une légende imaginaire, espérant la propager par la voie de la presse et la réfuter ensuite à leur aise. Une telle assertion peut sembler étrange, aussi ne marchons-nous que preuves en mains. « Ne vous étonnez pas, disait le journal de la Préfecture, l'Ère impériale, s'il y a encore des gens qui persistent à soutenir que la jeune fille est prédestinée, et qu'elle est douée d'une puissance surnaturelle. Pour ces gens-là, il est avéré: 1° Qu'une colombe a plané avant-hier sur la tête de l'enfant pendant le temps qu'a duré son extase; 2° Que la jeune fille a soufflé sur les yeux d'une petite aveugle et lui a rendu la vue; 3° Qu'elle a guéri un autre enfant dont le bras était paralysé; 4° Enfin qu'un paysan de la vallée de Campan, ayant déclaré qu'il n'était pas dupe de ces scènes d'hallucination, la petite fille avait obtenu que les péchés de ce paysan fussent changés en serpents, lesquels serpents l'avaient dévoré sans qu'on ait trouvé trace des membres de l'irrévérencieux ». Quant aux vraies guérisons, quant aux faits miraculeux réellement constatés, quant au jaillissement de la Source, l'habile rédacteur se gardait bien d'en parler. Avec un art non moins grand, il ne donnait aucun nom, afin d'éviter les démentis. Placé au centre même des événements, et par suite se sentant moins hardi contre l'évidence, le pauvre Lavedan, journal de Lourdes, se sentait écrasé par les faits, et se taisait résolument. Son silence devait durer plusieurs semaines. Il ne disait pas un mot de ces choses inouïes et de cette affluence de peuple. On aurait cru volontiers qu'il était rédigé à l'autre bout du monde, s'il n'eût rempli ses colonnes d'articles empruntés çà et là dans les feuilles publiques et dirigés contre la Superstition en général.

II. Durant la période; des Apparitions, un temps magnifique avait favorisé le mouvement populaire. Il y avait eu une série non interrompue de beaux jours comme on n'en avait pas vu depuis plusieurs années. A partir du 5 mars, le temps changea et il tomba une neige épaisse. Les rigueurs de la saison ralentirent naturellement pendant quelques jours le concours à la Grotte. Les guérisons miraculeuses continuaient du reste à se produire. La dame Benoîte Cazeaux, de Lourdes, retenue depuis trois ans dans son lit par une fièvre lente qui se compliquait de point de côté et de douleurs, avait eu vainement recours à la science médicale: tout avait échoué. L'eau de la Grotte l'avait guérie subitement. Blaisette Soupenne avait vu de la même manière et avec la même soudaineté disparaître une maladie chronique des yeux, dont la médecine avait désespéré jusque-là. Les faits merveilleux se multipliaient. Dieu faisait son oeuvre. La sainte Vierge montrait sa toute-puissance.

III. Depuis le dernier jour de la Quinzaine, Bernadette était retournée plusieurs fois à la Grotte, mais un peu comme tout le monde, c'est-à-dire sans ouïr en elle-même cette voix intérieure qui l'appelait irrésistiblement. Cette voix, elle l'entendit de nouveau le 25 mars, dans la matinée, et elle prit aussitôt le chemin des Roches Massabielle. « Bernadette va à la Grotte! », s'écria-t-on de l'un à l'autre en la voyant passer. Et, en un instant, sortant de toutes les maisons, accourant par tous les sentiers, la foule se précipita dans la même direction et arriva en même temps que l'enfant. Dans la vallée, la neige avait fondu depuis deux ou trois jours, mais elle couronnait encore la crête des cimes environnantes, Il faisait un temps clair et beau. Pas une tache dans le bleu paisible du firmament. Le Soleil Roi semblait naître en ce moment au sein de ces blanches montagnes et faisait resplendir son berceau de neige. C'était l'anniversaire du jour où l'ange Gabriel était descendu vers la très pure Vierge de Nazareth et l'avait saluée au nom du Seigneur. L'Église célébrait la fête de l'Annonciation. Tandis que la multitude courait vers la Grotte, et qu'on remarquait par elle la plupart de ceux qui avaient été guéris, Louis Bourriette, la veuve Crozat, Blaisette Soupenne, Benoît Cazeaux, Auguste Bordes et vingt autres, l'Église catholique, sur la fin de son office matinal, chantait ces parole étonnantes: « En ce moment, les yeux des aveugles seront ouverts, les oreilles des sourds auront recouvré l'ouïe, le boiteux bondira comme un cerf, parce que les eaux ont surgi dans le désert et les torrents dans la solitude ».

IV. Dès que l'enfant fut tombée à genoux, l'Apparition se manifesta. Comme toujours rayonnait autour d'Elle d'une auréole ineffable, dont la splendeur était sans limites, dont la douceur était infinie: c'était comme la gloire éternelle de la paix absolue. Comme toujours, son voile et sa robe aux chastes plis avaient la blancheur des neiges éclatantes. Les deux roses qui fleurissaient sous ses pieds avaient la teinte jaune qu'a la base du ciel aux premières lueurs, de l'aube virginale. Sa ceinture était bleue comme le firmament. Bernadette en extase avait oublié la terre devant la Beauté sans tache. « Ma Dame, lui dit-elle, veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votreNom? » La royale Apparition sourit et. ne répondit point. Mais en ce moment même, l'Église universelle, poursuivant les solennelles prières de son Office, s'écriait: « Sainte et immaculée Virginité, quelles louanges pourrai-je te donner? En vérité, je ne le sais, car tu as porté, enfermé dans ton sein, Celui que les Cieux ne peuvent contenir ».

Bernadette n'entendait point ces voix lointaines et ne pouvait soupçonner ces harmonies profondes. Devant le silence de la Vision, elle insista et reprit: « Ma Dame, veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votre Nom? » L'Apparition parut rayonner davantage, comme si sa joie allait grandissant, et Elle ne répondit point encore à la demande de l'enfant. Mais l'Église, en toute la chrétienté, continuait ses prières et ses chants, et elle était arrivée à ces mots: « Félicitez-moi, vous tous qui aimez le Seigneur, parce que, étant encore tout enfant, le Très-Haut m'a aimée: et de mes entrailles fut enfanté l'Homme -Dieu. Les générations me proclameront bienheureuse, parce que Dieu a daigné jeter son regard sur son humble servante: et de mes entrailles maternelles fut enfanté l'Homme-Dieu ». Bernadette redoubla ses instances et prononça pour la troisième fois ces paroles: « Ma Dame, veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votre Nom? » L'Apparition semblait entrer de plus en plus dans la gloire bienheureuse; et, comme concentrée en sa félicité, Elle continua de ne point répondre. Mais, par une coïncidence inouïe, le chœur universel de l'Église faisait éclater à cette heure un chant d'allégresse et prononçait le nom terrestre de l'Apparition merveilleuse: « Je vous salue, Marie, pleines de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes ». Bernadette fit entendre encore une fois ces suppliantes paroles: « Ma Dame, je vous en prie, veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est vôtre Nom? » L'Apparition avait les mains jointes avec ferveur et le visage dans le rayonnement splendide de la béatitude infinie. C'était l'Humilité dans la gloire. De même que Bernadette contemplait la Vision, la Vision, sans doute, contemplait, au sein de la Trinité divine. Dieu le père dont Elle était la Fille, Dieu le Saint-Esprit dont Elle était l'Épouse, Dieu le Fils dont Elle était la Mère. A la dernière question de l'enfant, Elle disjoignit les mains, faisant glisser sur son bras droit le chapelet au fil d'or et aux grains d'albâtre. Elle ouvrit alors ses deux bras et les inclina vers le sol comme pour montrer à 1a Terre ses mains virginales pleines de bénédictions. Puis, les élevant vers l'éternelle région d'où descendit, à pareil jour, le divin Messager de l'Annonciation, Elle les rejoignit avec ferveur, et, regardant le Ciel, avec le sentiment d'une indicible gratitude, Elle prononça ces paroles: « Je suis l'Immaculée Conception ». Ayant dit ces mots, la très-sainte Vierge disparut, et l'enfant se trouva, comme la multitude, en face d'un rocher désert.

V. A côté d'elle , la miraculeuse Fontaine, tombant par une rigole de bois dans son bassin rustique, faisait entendre le murmure paisible de ses flots. C'était le jour et c'était l'heure où la sainte Église entonnait en son office l'hymne magnifique: « La plus glorieuse des Vierges, éclatante parmi les astres.... » La Vierge, en ce moment, avait voulu attester par sa présence et par ses miracles le dernier dogme qu'a défini l'Église et qu'a proclamé saint Pierre, parlant par la voix de Pie IX. La petite bergère, à laquelle la Vierge divine venait d'apparaître, entendait pour la première fois ces mots: « Immaculée Conception ». Et, ne les comprenant point, elle faisait, en retournant à Lourdes, tous ses efforts pour les retenir. « Je les répétais en moi-même tout le long du chemin pour ne les 'point oublier, nous racontait-elle un jour; et, jusqu'au presbytère où j'allais, je disais: « Immaculée Conception, Immaculée Conception », à chaque pas que je faisais, parce que je voulais porter à M. le Curé les paroles de la Vision, afin que la chapelle se bâtit ».

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Prière à Marie Immaculée

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Que vous dire? ô Notre-Dame de Lourdes, en souvenir de ce jour, où, vous montrant dans votre gloire, vous avez révélé votre Nom, et prononcé ces paroles: « Je suis l'Immaculée Conception. » Que vous dire? sinon tomber à vos pieds et contempler votre Beauté sans tache qui a charmé, de toute éternité, le cœur même du Dieu Tout-Puissant. En vous voyant, ô Splendeur ineffable de la créature sans péché, la Trinité Sainte s'est émue dans les immuables profondeurs de l'immensité ; et, d'un pôle à l'autre des deux infinis, a retenti un cri d'admiration, de respect et d'amour, un cri triple et un, le cri de Dieu. Dieu le Père a dit: « Voilà ma Fille ». Dieu le Saint-Esprit a dit: « Voilà mon Epouse ». Dieu le Fils a dit: « Voilà ma Mère ». Et nous aussi, ô Vierge idéale, Archétype parachevé de l'Humanité sans souillure, de l'Humanité resplendissant dans la Gloire, nous aussi que Jésus a choisis pour frères au prix de son sang, nous qu'il vous a légués sur la Croix, nous osons vous dire avec une confiance filiale que vous ne trompâtes jamais: « Vierge Marie, Vous êtes notre Mère ». Venez donc à notre secours! Venez, Vous qui êtes née sans péché, qui avez vécu sans péché, qui êtes morte sans péché! Venez, Innocence absolue, Sainteté indéfinie, guérir la pauvre race humaine, toute couverte, hélas! de la lèpre du mal. Qui nous sauvera, ô Marie, si ce n'est Celle qui a enfanté le Sauveur? Qui aura assez de compatissance et de tendresse, si ce n'est notre Mère à tous? Qui aura encore assez de force et de puissance, si ce n'est la Fille de Dieu, l'Épouse de Dieu, la Mère de Dieu? Immaculée Conception, Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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13 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

 4

Quatorzième jour

Croisine et Justin Bouhohorts, guérisons diverses

 

I. A l'époque des Apparitions, plus encore peut-être qu'aujourd'hui, un va-et-vient perpétuel avait lieu sur le chemin de cette Grotte, désormais célèbre, que chacun examinait en tous sens, devant laquelle on priait, dont quelques-uns détachaient des fragments pour en faire de pieux souvenirs. Ce jour-là, vers quatre heures, il y avait encore cinq ou six cents personnes, stationnant de la sorte sur les rives du Gave. En ce même moment, une scène déchirante se passait autour d'un berceau dans une pauvre maison de Lourdes où demeurait une famille de journaliers, Jean Bouhohorts et Croisine Ducouts, sa femme. Dans ce berceau gisait un enfant de deux ans environ, infirme, mal constitué, n'ayant jamais pu marcher, constamment malade et épuisé depuis sa naissance par une fièvre lente, une fièvre de consomption, que rien n'avait pu vaincre. Malgré les soins éclairés d'un médecin du pays, M. Peyrus, l'enfant touchait à son heure dernière. La mort étendait ses teintes livides sur ce visage que de si longues souffrances avaient rendu d'une maigreur effrayante. Le père, calme dans sa douleur, la mère au désespoir le regardaient mourir. Une voisine, Françonnette Gozos, s'occupait déjà de préparer des linges pour ensevelir le corps,, et, en même temps, elle s'efforçait de faire entendre à la mère des paroles de consolation. Celle-ci était éperdue de douleur. Elle suivait avec anxiété les progresse l'agonie. L'œil était devenu vitreux, les membres étaient dans une immobilité absolue, la respiration avait cessé d'être sensible. « Il est mort », dit le père. « S'il n'est pas mort, dit la voisine, il va mourir, ma pauvre amie. Allez pleurer auprès du feu pendant que, tout à l'heure, je le plierai dans ce linceul ». Croisine Ducouts (c'était le nom de la mère) semblait ne pas entendre. Une idée soudaine venait de s'emparer de son âme, et ses larmes s'étaient arrêtées: « Il n'est pas mort, s'écria-t-elle, et la sainte Vierge de la Grotte va me le guérir », « La douleur la rend folle », dit tristement Bouhohorts. La voisine et lui essayèrent vainement de détourner la mère de son projet. Celle-ci venait de tirer du berceau le corps, déjà immobile, de l'enfant et l'avait enveloppé dans son tablier. « Je cours à la Vierge », s'écria-t-elle en se dirigeant vers la porte. « Mais, ma bonne Croisine, lui disaient son mari et Françonnette, si notre Justin n'est pas entièrement mort, tu vas le tuer tout à fait. La Mère, comme hors d'elle-même, ne voulut rien entendre. « Qu'il meure ici ou qu'il meure à la Grotte, qu'importe! Laissez-moi implorer la Mère de Dieu ». Et elle sortit, emportant son enfant.

II. Comme elle l'avait dit, « elle courait à la Vierge ». Elle marchait avec rapidité, priant à haute voix, invoquant Marie, et ayant, aux yeux de ceux qui la voyaient passer, les allures d'une insensée. Il était près de cinq heures. Quelques centaines de personnes se tenaient devant les Roches Massabielle. Chargée de son précieux fardeau, la pauvre mère perça la foule. A l'entrée de la Grotte, elle se prosterna et pria. Puis elle se traîna à genoux vers la Source miraculeuse. Sa figure était ardente, ses yeux animés et pleins de larmes, toute sa personne en un certain désordre occasionné par l'extrême douleur. Elle était arrivée près du bassin creusé par les carriers. Le froid était glacial. « Que va-t-elle faire? », se disait-on. Croisine tire de son tablier le corps tout nu de son enfant à l'agonie. Elle fait sur elle-même et sur lui le signe de la Croix. Et puis, sans hésiter, d'un mouvement rapide et déterminé , elle le plonge tout entier, sauf la tête, dans l'eau glacée de la Source. Un cri d'effroi, un murmure d'indignation sort de la foule. « Cette femme est folle! » s'écrie-t-on de toutes parts. Et on se presse autour d'elle pour l'empêcher. « Vous voulez donc tuer votre enfant? » lui dit brutalement quelqu'un. Il semblait qu'elle fût sourde. Elle demeurait comme une statue, la statue de la Douleur, de la Prière et de la Foi. L'un des assistants lui toucha l'épaule. La Mère se retourna alors, tenant toujours son enfant dans l'eau du bassin. « Laissez-moi, laissez-moi! dit-elle d'une voix à la fois énergique et suppliante. Je veux faire ce que je pourrai: le bon, Dieu et la sainte Vierge feront le reste ». Plusieurs remarquèrent la complète immobilité de l'enfant et sa physionomie cadavérique. « L'enfant est déjà mort, dirent-ils. Laissons-la faire: c'est une mère que la douleur égare ».

Non! sa douleur ne l'égarait point. Elle la conduisait au contraire dans le chemin de la foi la plus haute, de cette foi absolue, sans hésitation et sans défaillance, à laquelle Dieu a promis solennellement de ne jamais résister. La Mère de la terre sentait au fond d'elle-même qu'elle s'adressait au cœur de la Mère qui est au ciel. De là, cette confiance sans bornes, dominant la terrible réalité de ce corps moribond qu'elle tenait en ses mains. Sans doute, tout aussi bien que la multitude, elle voyait qu'une eau glaciale comme celle où elle plongeait son enfant était faite, suivant les lois ordinaires, pour tuer infailliblement ce pauvre petit être bien-aimé et achever soudainement cette agonie par le coup de la mort. N'importe! son bras demeurait ferme et sa Foi ne faiblissait point. Pendant un long quart d'heure, aux yeux stupéfaits de la multitude, au milieu des cris, des objurgations et des injures que la foule groupée autour d'elle ne cessait de lui adresser, elle tint son enfant dans cette eau mystérieuse, jaillie naguère sur un geste de la Mère toute-puissante du Dieu mort et ressuscité. Spectacle sublime de la foi catholique! Cette, femme précipitait son fils agonisant dans le plus imminent des périls terrestres, pour y chercher, au nom de la Vierge Marie la guérison venant du ciel. Elle le poussait naturellement vers la Mort pour le conduire surnaturellement à la Vie! Jésus loua la foi du centenier. En vérité, celle de cette mère nous paraît plus admirable encore. Devant cet acte de foi, si simple et si grand, le cœur de Dieu ne pouvait point ne pas être ému. Notre Père, ce Père si invisible et si manifeste, se penchait sans doute en même temps que la Vierge sainte sur cette touchante et religieuse scène, et II bénissait cette Chrétienne, cette croyante des premiers temps.

III. L'enfant, durant cette longue immersion, avait gardé immobilité du cadavre. La Mère le replia dans son tablier rentra chez elle en toute hâte. Le corps était glacé. « Tu vois bien qu'il est mort, dit le Père ». « Non, dit Croisine, il n'est pas mort! La sainte Vierge le guérira ». Et la pauvre femme coucha l'enfant dans son berceau. Il y était à peine depuis quelques instants, que l'oreille attentive de la Mère s'étant penchée sur lui: « Il respire! » s'écria-t-elle. Bouhohorts se précipita et écouta à son tour. Le petit Justin respirait en effet. Ses yeux étaient fermés, et il dormait d'un profond et paisible sommeil. La Mère, elle, ne dormit point. Le soir et pendant la nuit, elle venait à tout instant écouter cette respiration de plus en plus forte et régulière, et elle attendait avec anxiété le moment du réveil. Il eut lieu à la naissance du jour. La maigreur de l'enfant n'avait point disparu, mais son teint était coloré, et ses traits reposés. Dans ses yeux souriants, tournés vers sa mère, brillaient les doux rayons de la vie. Pendant ce sommeil, profond comme celui que Dieu avait envoyé à Adam, la main mystérieuse et toute-puissante de qui tout bien découle avait réparé et animé, nous n'osons dire ressuscité, ce corps, naguère encore immobile et glacé. L'enfant demanda le sein de sa mère, et il but à longs traits. Lui, qui n'avait jamais marché, il voulut se lever et se promener par la chambre. Mais Croisine, si courageuse la veille et si pleine de foi, n'osait croire à la guérison et tremblait à la pensée du danger disparu. Elle résista aux sollicitations réitérées de l'enfant et se refusa à le retirer de sa couche. Le jour se passa ainsi. A tout instant l'enfant demandai le sein maternel. La nuit vint et fut paisible comma la précédente. Le père et la mère sortirent dès l'aube pour aller au travail. Leur Justin dormait encore dans son berceau.

IV. Quand la Mère en rentrant ouvrit la porte, un spectacle se présenta tout à coup à elle, qui manqua la faire défaillir. Le berceau était vide. Justin s'était levé tout seul de sa couche, il était debout et il allait ça et là, touchant les meubles et dérangeant les chaises. Le petit paralytique marchait. Quel cri de joie poussa Croisine à cette vue, le cœur des mères peut seul le deviner. Elle voulut s'élancer, mais elle ne le put, tant elle était saisie. Ses jambes tremblaient. Elle était sans force contre son bonheur, elle s'appuya contre la porte. Une vague terreur se mêlait toutefois, malgré elle, à sa rayonnante allégresse! « Prends garde! tu vas tomber », cria-t-elle avec anxiété. Il ne tomba point; sa marche était assurée, et il courut se jeter dans les bras de sa mère, qui l'embrassa en pleurant. « Il était guéri depuis hier, pensait-elle, puisqu'il voulait se lever et marcher, et moi, comme une impie, dans mon manque de foi, je l'ai empêché ». « Tu vois bien qu'il n'était pas mort et que la sainte Vierge l'a sauvé », dit-elle à son mari lorsqu'il rentra. Ainsi parlait cette mère bienheureuse. Françonnette Gozos, celle qui avait assisté l'avant-veille à l'agonie et préparé le linceul pour l'ensevelissement du petit Justin, était survenue et en croyait à peine ses yeux. Elle ne pouvait se lasser de regarder l'enfant comme si elle eût voulu s'assurer de son identité. « C'est bien lui! s'écriait-elle. C'est bien pourtant lui! pauvre petit Justin! » Ils se mirent à genoux. La Mère joignit, pour les retourner vers le ciel, les deux mains de son enfant; et tous ensemble, ils remercièrent la Mère des miséricordes. La maladie ne revint pas. Justin grandit et n'eut point, de rechute. Voilà de cela onze ans. Celui qui a écrit ces pages a voulu le voir ces jours derniers. Il est fart, il est bien portant; seulement sa mère se désole de ce qu'il fait parfois l'école buissonnière, et elle lui reproche d'aimer trop à courir.

V. M. Peyrus, le médecin qui avait soigné l'enfant, convint avec la plus entière bonne foi de l'impuissance radicale de la Médecine à expliquer l'événement extraordinaire qui venait de s'accomplir. M.M. les docteurs Vergez et Dozous examinèrent séparément ce fait, d'un si haut intérêt pour la science et pour la vérité/et, pas plus que M. Peyrus, ils n'y purent voir autre chose que l'action toute-puissante de Dieu. D'autres faits miraculeux s'étaient produits. Le restaurateur Blaise Maumus avait vu guérir subitement et se fondre, en plongeant la main dans la Source, une loupe énorme qu'il avait à l'articulation du poignet. La veuve Grozat, sourde depuis vingt années, à ne pas entendre les offices, avait soudainement recouvré l'ouïe en faisant usage de cette eau. Auguste Bordes, boiteux depuis longtemps à la suite d'un accident, avait été favorisa d'un semblable prodige : sa jambe s'était redressée tout à coup et avait repris sa force et sa forme naturelles. Tous les gens que nous venons de nommer étaient de Lourdes, et chacun pouvait se rendre compte de ces faits extraordinaires. Devant les guérisons surnaturelles qui s'accomplissaient de toutes parts, l'incrédulité se refusa à tout examen et n'osa pas se hasarder à des enquêtes. Malgré les invitations qui lui furent faites, malgré les railleries des croyants, elle fit la sourde oreille à tout ce qui tendait à ouvrir un débat public sur ces cures miraculeuses. Elle affecta de ne pas s'occuper de ces éclatants et divins phénomènes qui tombaient sous les sens, qui étaient notoires, qui s'imposaient à l'attention universelle, qui étaient faciles à étudier, pour continuer de produire des théories sur les hallucinations, terrain vague et couvert de brumes, où l'on pouvait parler et déclamer à son aise sans être, comme pour le reste, terrassé par la brutalité d'un fait visible, palpable, manifeste, et impossible à renverser. Donc, le Surnaturel offrait le débat, le débat suprême et capital. Le Libre Examen le refusa et battit en retraite. C'était sa défaite et sa condamnation.

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Prière pour les mères

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, ô suprême Modèle de toute Maternité; ô Mère qui avez tant souffert, lorsque pauvre et sans asile, vous portiez à travers les chemins de l'hiver le fruit béni de vos entrailles; Mère qui avez tant souffert, quand vous n'avez trouvé pour recevoir votre Fils et votre Dieu d'autre retraite qu'une grotte sauvage et d'autre berceau qu'une crèche; Mère qui avez tant souffert, quand vous protégiez de la Judée à l'Egypte, l'enfance persécutée et indigente du Créateur de l'Univers; Mère qui avez tant souffert, lorsqu'au milieu de la haine des princes, des pharisiens et des prêtres, le Messie que vous aviez mis au monde, accomplissait sur la terre le pénible travail de son Apostolat; Mère qui avez tant souffert, lorsque vous avez assisté à la Passion de Jésus, et vu expirer sur la croix Celui qui était né de vous-même et qui avait sucé votre lait; Mère qui avez tant souffert, prenez en pitié ici-bas les souffrances de toutes les mères! Venez à leur aide dans leurs peines, comme vous avez se- couru le désespoir plein de foi de la pauvre Croisine. Portez auprès du trône de Dieu, les prières qu'un si grand nombre d'entre elles vous adressent pour la santé, pour la conversion, pour la persévérance de leurs filles ou de leurs fils. Donnez-leur, ô Mère de toute sagesse, les grâces nécessaires pour élever dans la vertu ceux qu'elles ont engendrés à la vie. Apprenez-leur que le crime de faiblesse, qui consiste à gâter un enfant, c'est-à-dire dans le sens rigoureux des mots à pourrir une âme, est plus funeste que le crime de malice qui consisterait à l'empoisonner. Au lieu d'obéir à tout caprice de leurs enfants avec une complaisance servile et d'être esclaves de leurs défauts; au lieu d'avoir pour eux une adoration imbécile et de flatter tous leurs égoïsmes; au lieu de- les parer d'ajustements frivoles et de les former pour la vanité; au lieu de n'avoir pour règle d'éducation que l'humeur changeante du moment, tantôt faible, tantôt impatiente, tantôt colère et injuste; au lieu de préparer de la sorte pour la société des êtres violents, despotiques, paresseux, pleins d'eux-mêmes, incapables de se dominer, et par suite très-malheureux, donner à toutes les mères de comprendre et de remplir chrétiennement et sérieusement, tous les devoirs de leur fonction auguste. Que leur amour ne soit pas aveugle, mais clairvoyant, qu'il soit égal et patient, qu'il soit toujours doux et ferme comme celui que Dieu a pour nous. Que, dès le berceau de l'enfant, elles sachent résister invinciblement à tout ce qui est mal, et déposer en leur cœur avec une constante sollicitude, le germe de tout ce qui est bien; qu'elles ornent ces jeunes âmes de qualités, de vertus, de bonnes habitudes; et qu'elles forment ainsi, pour la régénération de notre patrie, des races chrétiennes, des races fortes et saines, honnêtes et laborieuses, dévouées et vaillantes, des races heureuses dès ici-bas. Tel est l'esprit que nous vous prions, ô Vierge féconde, de faire dépendre et de maintenir à jamais dans le cœur de toutes les mères. Mais en vous demandant ainsi vos grâces pour toute maternité humaine, chacun- de nous, ô très-pieuse fille d'Anne et de Joachim, vous prie en particulier pour sa propre mère. Bénissez, ô Marie, celle qui nous a donné le jour! Bénissez-la, qu'elle ait ou non failli par faiblesse, à tel ou tel des devoirs que nous venons de marquer; bénissez-la, qu'elle soit encore ici-bas, ou qu'elle ait quitté cette terre. Bénissez notre mère, et qu'un jour, dans le Paradis, son époux et leur descendance, réunis à elle, goûtent ensemble, groupés autour de vous, ô Reine du Ciel, l'ineffable bonheur qui ne doit point finir. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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12 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Treizième jour

Trouble des libres penseurs, le clergé et l'administration, tentative d'intimidation, le dernier jour de la quinzaine, les immenses multitudes

 

I. Toutes ces guérisons miraculeuses, et notamment celle de Bourriette, jetèrent le trouble dans le camp des incroyants, qui essayèrent vainement de les expliquer, comme ils tentaient sans plus de succès, d'expliquer le jaillissement de la Source. Quelques-uns se convertirent, d'autres s'obstinèrent. Durant ce jour si chargé d'événements, Bernadette avait été appelée dans la chambre du Tribunal, avant ou après l'audience, et la dialectique exercée du Procureur Impérial, du Substitut et des Juges avait été aussi impuissante à la faire varier ou se contredire que l'avait été le génie policier de M. Dominique. Lors du jaillissement de la Source, l'Apparition n'avait point réitéré à Bernadette l'ordre d'aller demander aux prêtres l'élévation d'une chapelle. Le lendemain, comme nous l'avons raconté, la Vision ne s'était point manifestée, de sorte que, depuis ce moment, Bernadette n'avait point paru au presbytère. Le Clergé, malgré la marée montante de la foi populaire, malgré les croissantes rumeurs de miracles qui s'élevaient de la foule, le Clergé continuait de demeurer étranger à toutes les manifestations enthousiastes qui se faisaient autour de la Grotte. « Attendons », disait-il. Dans les choses humaines, c'est assez d'être une fois prudent. Il faut l'être septante fois dans les choses de Dieu. Pas un prêtre n'apparaissait en conséquence dans l'incessante procession qui se rendait à la Source miraculeuse.

II. A la Grotte, malgré cet immense concours de peuple, tout continuait de se passer avec le plus grand ordre. On puisait à la Source, on chantait des cantiques, on priait. Les soldats de la garnison, émus comme tout le peuple de ces pays, avaient demandé au Commandant du fort la permission d'aller, eux aussi, aux Roches de Massabielle. Avec l'instinct de discipline développé en eux par le régime militaire, ils veillaient d'eux-mêmes à éviter l'encombrement, à laisser libres certains passages, à empêcher la foule de se trop avancer sur les rives périlleuses du Gave; ils s'employaient de côté et d'autre, prenant spontanément une certaine autorité que personne, avec raison, ne songeait à leur contester. Quelques jours s'écoulèrent ainsi, pendant lesquels l'Apparition se manifesta sans aucune particularité nouvelle, sinon que la Source grandissait toujours et que les guérisons miraculeuses se multipliaient de plus en plus. Il y eut dans le camp de la Libre Pensée un moment de stupeur profonde. Les faits devenaient si nombreux, si constatés, si patents, qu'à chaque instant des défections avaient lieu parmi les incrédules. Les meilleurs et les plus droits se laissaient gagner par l'évidence. Toutefois, il restait un indestructible noyau d'esprits se disant forts, et dont la force consistait à se roidir contre les preuves et à refuser de se rendre à la vérité. Cela semblerait impossible si l'univers entier ne savait qu'une grande partie du peuple juif a résisté aux miracles même de Jésus-Christ et des Apôtres, et qu'il a fallu quatre siècles de prodiges pour ouvrir complètement les yeux du monde païen.

III. Le 2 mars, Bernadette se rendit de nouveau auprès de M. le Curé de Lourdes, et lui parla une seconde fois au nom de l'Apparition. « Elle veut qu'on construise une chapelle, et qu'on fasse à la Grotte des processions », dit l'enfant. Les faits avaient marché, la Source avait jailli, les guérisons avaient eu lieu, les miracles étaient venus témoigner au nom de Dieu de la véracité de Bernadette. Le prêtre n'avait plus de preuves à demander: il n'en demanda point. Sa conviction était faite. Le doute ne pouvait désormais effleurer sa foi. La « Dame » invisible de la Grotte n'avait point dit son nom. Mais l'homme de Dieu l'avait déjà reconnue à ses bienfaits maternels, et peut-être ajoutait-il déjà à ses oraisons du matin et du soir: « Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous ». « Je te crois, dit-il à Bernadette, lorsqu'elle se présenta de nouveau devant lui. Mais ce que tu me demandes au nom de l'Apparition ne dépend pas de moi. Cela dépend de Mgr l'Évêque, que j'ai déjà instruit de ce qui se passe. Je vais me rendre auprès de lui et lui faire part de cette nouvelle démarche. C'est à lui seul qu'il appartient d'agir ». M. l'abbé Peyramale se rendit donc à Tarbes et exposa à l'Évêque les faits surprenants dont la Grotte de Massabielle et la ville de Lourdes étaient le théâtre depuis bientôt trois semaines. Il raconta les extases et les visions de Bernadette, les paroles de l'Apparition, le jaillissement de la Source, les guérisons soudaines, l'émotion universelle. L'Évêque, homme des plus prudents, ne se prononça point. Il maintint la défense faite au Clergé de se rendre à la Grotte. Mais en même temps, de concert avec M. le Curé de Lourdes, il prit toutes sortes de mesures pour se faire renseigner chaque jour, par des témoins d'une loyauté à toute épreuve et d'une capacité reconnue, sur tout ce qui se passerait aux Roches Massabielle, et sur toutes les guérisons vraies ou fausses qui pourraient encore avoir lieu.

IV. Le Préfet des Hautes Pyrénées, tenu au courant des événements de Lourdes par les rapports de M. Dominique en qui il avait une foi véritablement aveugle, n'imita pas la sage réserve de l'Évêque. Il se laissa aller à sa première impression; et, ne croyant en rien à la possibilité de telles Apparitions et de tels Miracles, s'imaginant en lui-même qu'il pourrait arrêter dès qu'il lui plairait ce débordement populaire, il se prononça nettement, et résolut d'étouffer dans son berceau cette superstition nouvelle qui, à peine née, semblait menacer de grandir si rapidement. Le 3 mars, d'après les ordres venus de la Préfecture, le Maire de Lourdes écrivit au Commandant du Fort de mettre à sa disposition les troupes de la garnison, et de les tenir dès le lendemain prêtes à tout événement. Les soldats, en armes, devaient occuper le chemin et les abords de la Grotte. La Gendarmerie locale et tous les Officiers de Police avaient reçu de semblables instructions. En dépit de l'attitude inquiète et ombrageuse du monde officiel, la renommée de ces faits, merveilleux s'était propagée cependant dans toutes les contrées environnantes avec une électrique rapidité. Toute la Bigorre et tout le Béarn, déjà agités par les premiers bruits de l'Apparition, étaient entrés dans un profond émoi à la nouvelle du jaillissement de la Source et des guérisons miraculeuses. Toutes les routes du département étaient couvertes de voyageurs, accourant en, grande hâte. A tout instant, de tous les côtés, par tous les chemins, par tous les sentiers qui aboutissent à Lourdes, arrivaient en foule et pêle-mêle des véhicules de toute sorte, calèches, charrettes, chars à bancs, des cavaliers, des piétons. Il devint presque impossible d'héberger les nouvelles foules qui survenaient. On passait la nuit en prière devant la Grotte illuminée, afin de se trouver le lendemain plus, près de la Voyante.

V. Le jeudi 4 mars était le dernier jour de la quinzaine. Lorsque l'aurore commença, à blanchir l'horizon, une multitude plus prodigieuse encore que les jours précédents inondait les abords de la Grotte. La foule était telle que beaucoup de pèlerins et de curieux, pour échapper à la pression de ces masses humaines, étaient grimpés sur les arbres. Quelques militaires, appartenant au régiment de cavalerie de Tarbes ou au dépôt de Lourdes, étaient venus à cheval et se tenaient hors du tohu-bohu, dans le courant du Gave. Et, autour de ces têtes isolées qui dominaient les autres et ressortaient vivement, tous les champs, toutes les prairies, tous les chemins, tous les coteaux, tous les tertres, toutes les roches d'où on pouvait avoir vue sur la Grotte étaient littéralement couverts d'une multitude innombrable d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards, de gens du monde, d'ouvriers, de paysans, de soldats, agités, pressés et ondoyants comme les épis mûrs. Les costumes pittoresques de ces pays se détachaient en voyantes couleurs aux premiers rayons du soleil, dont le disque commençait à paraître derrière les cimes du Jer. De loin, des coteaux de Vizens, par exemple, les capulets des femmes, les uns d'un blanc de neige, les autres d'un rouge flamboyant, les grands bérets bleus des paysans béarnais éclataient comme des marguerites, des coquelicots et des bleuets au milieu de cette moisson humaine. Les casques des cavaliers campés dans le Gave étincelaient à la naissante lueur qui venait de l'Orient. Il y avait bien là plus de vingt mille hommes répandus sur les rives du Gave, et cette multitude grossissait incessamment par l'arrivée de nouveaux pèlerins qui débouchaient de tous les côtés.

Autour de cette foule et sur le chemin couraient, allaient, venaient, criaient dans une sorte d'effarement les Sergents de ville et les Gendarmes. L'adjoint, revêtu de son écharpe, se tenait immobile. Attentifs à toutes choses et prêts à sévir au moindre désordre, on remarquait sur une petite hauteur M. Dominique et le Procureur Impérial. Une rumeur énorme, vague, multiple, confuse, indescriptible, composée de mille bruits divers, .de paroles, de conversations, de prières, de cris, sortait de cette multitude et ressemblait à l'inapaisable tumulte des flots. Tout à coup une clameur vole sur toutes les bouches, « Voilà la Sainte! voilà la Sainte ! » s'écrie-t-on de toutes parts, et une agitation extraordinaire se fait au milieu de cette foule. Tous les cœurs, même les plus froids, sont émus, toutes les têtes se dressent, tous les yeux se fixent sur le même point; instinctivement tous les fronts se découvrent. Bernadette, accompagnée de sa mère, venait de paraître sur le sentier que la Confrérie des carriers avait tracé les jours précédents, et descendait paisiblement vers cet Océan humain. Les Gendarmes cependant étaient accourus, et perçant la foule devant Bernadette, formaient une escorte à l'enfant et lui faisaient un passage jusqu'à la Grotte. Ces braves gens, de même que les Soldats, étaient croyants, et leur attitude sympathique, émue, religieuse, avait empêché la foule de s'irriter de ce déploiement de la force armée et trompé le calcul des habiles, qui avaient compté, par cet appareil menaçant, provoquer quelque explosion populaire. Les mille rumeurs de la multitude s'étaient tues peu à peu, et il s'était fait un grand silence. Quand Bernadette se prosterna, tout ce peuple, d'un mouvement unanime, tomba à genoux. Presque aussitôt les rayons surhumains de l'extase illuminèrent les traits transfigurés de l'enfant. Nous ne décrirons pas une fois de plus ce spectacle merveilleux, dont, à plusieurs reprises déjà, nous avons tâché de donner une idée au lecteur. L'Apparition, comme les jours précédents, avait commandé à l'enfant d'aller boire et se laver à la Fontaine, et de manger de cette herbe dont nous avons parlé; puis elle lui avait de nouveau ordonné de se rendre vers les prêtres et de leur dire qu'elle voulait une chapelle et des processions en ce lieu. L'enfant avait prié l'Apparition de lui dire son nom. Mais la « Dame » rayonnante n'avait point répondu à cette question. Le moment n'était point encore venu. D'autres guérisons continuaient à se produire de tous côtés.

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Prière pour les soldats

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, parmi le peuple prosterné devant Vous à l'heure mystérieuse de vos Apparitions, nous voyons se détacher le costume de nos Soldats. Nous vous invoquons, ô Marie, pour nos frères et nos enfants qui bivouaquent loin de nous, au service de notre France, risquant leur vie pour son salut. Nous vous prions pour ces armées, qui défendent la patrie contre les ennemis du dehors et contre ceux du dedans, contre l'invasion et contre l'anarchie. Protégez-les, ô Marie, contre tous les périls : gardez leurs corps contre le fer et le feu des batailles; gardez leur âme contre la séduction des hommes de désordre, contre l'oisiveté et la corruption des camps. Qu'au lieu de se perdre, comme cela arrive si souvent, au milieu des villes et des casernes, ils se maintiennent purs, religieux, honnêtes ; et qu'ils puisent, dans l'habitude de la discipline, dans les privations subies, dans les dangers affrontés, une vertu plus mâle, plus énergique et plus haute. Que pour eux, l'accomplissement du devoir soit infiniment préférable à la conservation de la vie. Qu'ils sachent mourir, pleinement assurés de trouver dans le sein de Dieu, la récompense qui ne manque jamais aux dévouements d'ici-bas. Qu'au lieu de se préparer des désastres et des déroute, par l'existence délétère des garnisons, ils se préparent à la victoire par la religion comprise et pratiquée, par la sobriété, par une vie chaste, parle travail, par ce triple et glorieux travail que Dieu a imposé à notre race: le travail du corps qui donne la force, le travail de l'esprit qui donne le savoir, le travail de l'âme qui donne la vertu. Qu'ils soient doux dans la paix et terribles dans la guerre, semblables en tout aux saints et héroïques soldats de l'illustre légion Thébaine. Que chacun d'eux, ô Notre-Dame de Lourdes, vous considère comme sa Mère et se fasse gloire d'être votre enfant. Bénissez ceux qui périssent pour le devoir; ouvrez-leur les portes du ciel et recevez-les à côté des martyrs. O Marie, Reine sublime de ces Royaumes bienheureux dont les neuf chœurs des Anges forment l'innombrable milice, donnez à la terre des armées chrétiennes jusqu'au jour béni, où la terre, enfin convertie, sera elle-même assez chrétienne pour pouvoir se passer d'armées. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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11 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Douzième jour

Louis Bouriette, Marie Daube, Bernarde Soubie, Fabien Baron Marie Grassus

 

I. Le lendemain la Source, poussée des mystérieuses profondeurs par une puissance inconnue, et grandissant à vue d'œil, portait du sol par un jaillissement de plus en plus fort. Elle coulait déjà de la grosseur du doigt. Toutefois, le travail intérieur qu'elle opérait à travers la terre pour se frayer son premier passage la rendait encore boueuse. Ce fut seulement au bout de quelques jours qu'après avoir augmenté pour ainsi dire d'heure en heure, elle cessa de croître et devint absolument limpide. Elle s'échappa dès lors de terre par. un jet très-considérable, qui avait à peu près la grosseur du bras; et elle donna à partir de ce moment plus de cent mille litres par jour, comme chacun peut le vérifier aujourd'hui. N'anticipons pas pourtant sur les événements, et continuons de les suivre jour par jour comme nous l'avons fait jusqu'ici. Reprenons-les au point précis où nous sommes arrivés, c'est-à-dire au jeudi matin, 25 février, vers sept heures, à l'instant où le jaillissement de la Source venait d'avoir lieu en présence d'une foule nombreuse.

II. Or, ce jeudi, le troisième du mois, était jour de grand marché à Tarbes. La nouvelle de l'événement merveilleux survenu le matin aux Roches Massabielle, fut donc portée au chef-lieu par une multitude de témoins oculaires, et répandue dès le soir même dans tout le Département et jusqu'aux villes les plus proches des départements voisins. Le mouvement extraordinaire qui depuis une huitaine attirait à Lourdes tant de pèlerins et de curieux prit dès ce moment un développement inouï. Un grand nombre de visiteurs vinrent coucher à Lourdes pour s'y trouver le lendemain; d'autres marchèrent toute la nuit; et, aux premiers rayons du jour, à l'heure où Bernadette avait coutume d'arriver, cinq à six mille personnes se pressant sur les rives du Gave, sur les tertres et sur les rochers, campaient en face de la Grotte. La Source, plus abondante que la veille, était déjà considérable. Quand la Voyante, humble, simple et paisible au milieu de cette agitation, se présenta pour prier, les populations s'écrièrent: « Voilà la Sainte! Voila la Sainte! » Plusieurs cherchaient à toucher ses vêtements, considérant comme sacré tout objet qui appartenait à celte privilégiée du Seigneur. La Mère des humbles et des petits ne voulait point cependant que ce cœur innocent succombât à la tentation de la vaine gloire, et que Bernadette put s'enorgueillir un instant des faveurs singulières dont elle était. l'objet. Il était bon que l'enfant, au milieu de ces acclamations, sentît qu'elle n'était rien et qu'elle constatât une fois de plus son impuissance à évoquer par elle-même la Vision divine. Vainement elle pria. On ne vit point se répandre sur ses traits l'éclat surhumain de l'extase, et quand elle se releva, après sa longue prière, elle répondit avec tristesse aux interrogations des multitudes qui l'entouraient, que la Vision d'en haut n'était point apparue .

III. En ce temps-là vivait à Lourdes un pauvre ouvrier connu de tous, qui traînait depuis de longues années la plus misérable des existences. Il se nommait Louis Bourriette. Quelque vingt ans auparavant un grand malheur l'avait frappé. Gomme il travaillait dans les environs de Lourdes à extraire de la pierre avec son frère Joseph, carrier comme lui, une mine mal dirigée avait fait explosion à côté d'eux. Joseph était tombé roide mort. Louis, celui dont nous parlons, avait eu le visage labouré par les éclats du rocher et l'œil droit à moitié écrasé. On eut les plus grandes peines du monde à le sauver. Les souffrances horribles qui suivirent cet accident furent telles qu'une fièvre ardente se déclara et qu'il fallut, pendant les premiers temps, le retenir dans son lit au moyen d'un appareil de force. Il se rétablit cependant peu à peu, grâce à des soins intelligents et dévoués. Toutefois, la Médecine avait été impuissante, malgré les opérations les plus délicates et les traitements les plus habiles, à guérir son œil droit, qui avait malheureusement été atteint dans sa constitution intime. Cet homme avait repris son état de carrier, mais il ne pouvait plus faire que des besognes grossières, son œil blessé lui refusant tout service et ne percevant plus les objets qu'à travers une brume invincible. Quand il avait besoin de faire un travail demandant un peu de soin, le pauvre ouvrier était obligé d'avoir recours à quelque autre personne.

Le temps n'avait amené aucune amélioration: tout au contraire. La vue de Bourriette avait diminué d'année en année. Cet affaiblissement progressif était devenu plus sensible encore dans les derniers temps et, au moment où nous sommes arrivés, le mal avait fait de tels progrès que l'œil droit était presque entièrement perdu. Quand il fermait l'œil gauche, Bourriette ne distinguait plus un homme d'un arbre. L'arbre et l'homme n'étaient plus pour lui qu'une masse noire et confuse se détachant dans une nuit sombre, La plupart des habitants de Lourdes avaient employé Bourriette une fois ou l'autre. Son état faisait pitié et il était fort aimé parmi la confrérie des carriers et des tailleurs de pierre, très-nombreux en ce pays. Ce malheureux, entendant parler de la Source miraculeusement jaillie à la Grotte, appela sa fille: « Va me chercher de cette eau, dit-il. La sainte Vierge, si c'est Elle, n'a qu'à le vouloir pour me guérir ». Une demi-heure après, l'enfant apportait dans un vase un peu de cette eau, encore sale et terreuse, ainsi que nous l'avons expliqué. « Père, dit l'enfant, ce n'est que de l'eau bourbeuse ». « N'importe! » dit le père qui se mit à prier. Il frotta avec cette eau son œil malade, que, quelques instants auparavant, il croyait à jamais perdu. Presque aussitôt il poussa un grand cri et se mit à trembler tant son émotion était grande. Un miracle soudain s'accomplissait en sa vue. Déjà, autour de lui, l'air était redevenu clair et baigné de lumière. Toutefois, les objets lui semblaient encore environnés d'une gaze légère qui l'empêchait d'en percevoir parfaitement les détails. Les brumes existaient encore, mais elles n'étaient plus noires comme depuis vingt ans : le soleil les pénétrait, et, au lieu de la nuit épaisse, c'était, devant l'œil du malade, la vapeur transparente du matin. Bourriette continua de prier et de laver son œil droit de cette eau bienfaisante. Le jour grandissait peu à peu sous son regard et il distinguait nettement les objets.

Le lendemain ou le surlendemain, il rencontre sur la place publique de Lourdes M. le docteur Dozous qui n'avait cessé de lui donner des soins depuis l'origine de sa maladie. Il court à lui: « Je suis guéri », lui dit-il. « Pas possible! s'écrie le médecin. Vous avez une lésion organique qui rend votre mal absolument incurable. Le traitement que je vous fais suivra a pour but de calmer vos douleurs, mais ne peut vous rendre la vue ». « Ce n'est pas vous qui m'avez guéri, répond avec émotion le carrier, c'est la sainte Vierge de la Grotte ». L'homme de la science humaine haussa les épaules: « Que Bernadette ait des extases inexplicables, cela est sûr; car je l'ai vérifié avec une infatigable attention. Mais que l'eau jaillie à la Grotte par je ne sais quelle cause inconnue, guérisse subitement des maux incurables, ce n'est pas possible ». Cela disant, il tire un agenda de sa poche et écrit quelques mots au crayon. Puis d'une main, il ferme l'œil gauche de Bourriette, c'est-à-dire l'œil valide par où ce dernier pouvait voir, et présente à l'œil droit, qu'il savait entièrement privé de la vue, la petite, phrase qu'il venait d'écrire. « Si vous pouvez lire ceci, je vous croirai », dit d'un air triomphant l'éminent docteur, qui se sentait fort de sa grande science et de sa profonde expérience médicale. Les gens qui se promenaient sur la place s'étaient groupés autour d'eux. Bourriette, de son œil naguère mort, regarde ce papier, et il lit aussitôt, à haute voix et sans la moindre hésitation: « Bourriette a une amaurose incurable, et il ne guérira jamais ». La foudre, tombant aux pieds du savant médecin, ne l'eût pas plus stupéfait que la voix de Bourriette lisant ainsi, paisiblement et sans effort, l'unique ligne d'une écriture fine, tracée légèrement au crayon sur une page de l'agenda.

M. le docteur Dozous était plus qu'un homme de science, c'était un homme de conscience. Il reconnut franchement et proclama sans hésiter, dans cette guérison soudaine d'un mal incurable, l'action d'une puissance supérieure. « Je ne puis le nier, disait-il, c'est un Miracle, un vrai Miracle, n'en déplaise à moi-même et à mes confrères de la Faculté. Cela me renverse, mais il faut bien se soumettre à la voix impérieuse d'un fait si évident et si en dehors de tout ce que peut la pauvre science humaine ». M. le docteur Vergez, de Tarbes, professeur agrégé de la Faculté de Montpellier, médecin des eaux de Barèges, appelé à se prononcer sur cet événement, ne put s'empêcher d'y voir également, de la façon la plus indéniable, la puissance surnaturelle.

IV. Cet événement fit un bruit énorme dans la ville de Lourdes. Bourriette, comme nous venons de le dire, était connu de presque tout le monde. La guérison merveilleuse n'avait d'ailleurs fait disparaître ni les traces profondes, ni les cicatrices de son terrible mal, de sorte que chacun pouvait vérifier le Miracle qui venait de s'accomplir. Le carrier, presque fou de joie, en racontait les détails à qui voulait l'entendre. Il n'était pas seul à faire éclater ainsi le témoignage d'un bonheur inespéré et l'expression de la reconnaissance. Des faits de même nature s'étaient produits dans d'autres maisons de la ville. Plusieurs personnes de Lourdes, Marie Daube, Bernarde Soubie, Fabien Baron, avaient tout à coup quitté leur lit de douleur, où les retenaient depuis des années diverses maladies réputées incurables, et ils proclamaient publiquement leur guérison par d'eau de la Grotte. La main de Jeanne Grassus, paralysée depuis dix ans, s'était redressée et avait retrouvé la plénitude de la vie dans l'eau miraculeuse. La précision des faits succédait donc, parmi les récits qui se faisaient, aux vagues rumeurs du premier moment. L'exaltation des populations était des plus grandes, exaltation touchante et bonne, qui se traduisait dans l'église par des prières ferventes, autour de la Grotte par des cantiques d'actions de grâces éclatant sur les lèvres joyeuses des pèlerins.

Vers le soir, un grand nombre d'ouvriers de l'association des carriers, dont Bourriette faisait partie, se rendirent aux Roches Massabielle et tracèrent dans le tertre escarpé qui se trouvait contre la Grotte un sentier pour les visiteurs. Devant le trou d'où la Source, déjà très forte, jaillissait, ils placèrent une rigole de bois, au-dessous de laquelle ils creusèrent un petit réservoir ovale, d'un demi-mètre de profondeur environ, ayant à peu près la forme et la longueur d'un berceau d'enfant. L'enthousiasme croissait d'instant en instant. Les multitudes allaient et venaient sur le chemin de la Source miraculeuse. Après le coucher du soleil, quand commencèrent à tomber sur la terre les premières ombres de la mit, on vit qu'une même pensée était née d'elle-même dans une foule d'âmes croyantes, et la Grotte s'illumina tout à coup de mille feux. Les pauvres, les riches, les enfants, les femmes, les hommes avaient spontanément apporté des bougies et des cierges. Durant toute la nuit, on put voir de l'autre côté du Gave rayonner cette lueur claire et douce, ces milliers de petits flambeaux placés çà et là sans ordre visible et répondant sur la terre au scintillement et à l'éclat des étoiles qui parsemaient le firmament. Il ne se trouvait parmi ces peuples ni prêtres, ni pontifes, ni chefs d'aucune sorte; et pourtant, sans que nul eût fait aucun signe, au moment où l'illumination éclaira la Grotte et les rochers, se reflétant toute tremblante dans le petit réservoir de la Source,toutes les voix s'élevèrent en même temps et se confondirent en un chant unanime. Les litanies de la Sainte Vierge se firent entendre, interrompant le silence du soir pour célébrer la Mère admirable, devant ce trône rustique où sa sagesse avait daigné apparaître, afin de combler de joie tous les coeurs chrétiens. « Mater admirabilis, Sedes Sapientae, Causa nostae laetitiae, ora pro nobis! »

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Prière pour les ouvriers

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, en souvenir de cette guérison miraculeuse, la première de toutes, dont vous avez favorisé un humble tailleur dé pierre; en souvenir de cette pieuse corporation des carriers qui, la première, commença spontanément à travailler à votre sanctuaire, obtenez, nous vous en supplions, toutes les grâces du Divin Ouvrier qui créa le monde pour l'immense multitude des travailleurs, hommes, femmes et enfants, qui gagnent à la sueur de leur front le pain de chaque jour. Bénissez ceux qui remuent péniblement le sol de la terre sous le froid de l'hiver et sous les ardeurs de l'été. Bénissez ceux qui transforment la matière, dans l'air malsain des ateliers, au milieu du bruit des machines; bénissez ceux qui, loin du soleil, cherchent dans les profondeurs souterraines les charbons et les minerais; bénissez ceux qui ont dû abdiquer leur volonté pour la dévouer au service d'autrui: bénissez les cultivateurs, les artisans, les ouvriers, les mineurs, les domestiques; bénissez les esclaves dans les pays barbares où il en est encore. Bénissez les bons et les innocents; bénissez aussi les coupables et les pécheurs. Parmi cette multitude innombrable, ô Vierge Marie, combien, hélas! vous ignorent ou vous blasphèment; combien, perdus par les autres et par eux-mêmes, sont loin de vous et loin de Dieu! Combien vivent dans le mal et dans L'impiété! Combien, ne croyant pas en notre immortelle résurrection et plaçant toute leur destinée ici-bas, se révoltent, exaspérés, contre les douleurs, les souffrances de cette vallée de larmes, contre ces peines sans nombre que la foi rend, pour les chrétiens, supportables et même douces! Combien, se refusant à voir que le sentier de la vertu est le seul qui puisse conduire au bonheur, même dès ce monde, fuient l'Église, fuient la voie, fuient la vérité, fuient la vie pour se précipiter dans ces associations ténébreuses dont Satan est le chef; dans ces sociétés secrètes qui ont pour principe la haine, et pour but les révolutions, le pillage, les incendies, et le s meurtres! Suppliez votre divin Fils, ô Vierge puissante, suppliez Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui descendit aux enfers, de descendre aussi dans ces abîmes d'ignorance et d'iniquité. Lui seul peut rendre la vue à ces aveugles. Lui seul peut convertir ces cœurs bouillonnants de furie, comme jadis il convertit saint Paul et tant d'autres persécuteurs. Lui seul peut lier cet esprit terrible que la plume d'écrivains scélérats, que les fautes ou les crimes des classes dirigeantes ont déchaîné sur notre pays. Pour que ce grand miracle s'accomplisse, et pour que les sentiments et les pensées qui illuminaient l'atelier de votre terrestre époux, saint Joseph, éclairent encore ici-bas le vaste peuple des travailleurs, que faut-il, ô très-sainte Vierge Marie? Il faut la prière fervente de ceux qui croient en vous et en Notre-Seigneur. Cette prière, nous la faisons. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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29 février 2012

Le Serviteur de Dieu Raphaël de Sant Elia a Pianisi

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Le Serviteur de Dieu Raphaël de Sant Elia a Pianisi

Frère Mineur Capucin de la Province de Sant'Angelo (Foggia)

Mort en odeur de sainteté le 6 janvier 1901

 

Il naquit à Sant'Elia a Pianisi (Campobasso), Italie, le 14 décembre 1816. Epris de la solitude où plus douce est la conversation avec Dieu, il entra en 1834 chez les Frères Mineurs Capucins de la Province Monastique de Sant'Angelo (Foggia), où il se fit bientôt remarquer par ses vertus. Ordonné Prêtre, il fut tout zèle pour la gloire de Dieu et le Salut des âmes. Il brilla surtout par une profonde humilité, une suprême modestie, une très grande pauvreté, une oraison assidue. Les gens qui le connurent l'appelèrent « le Saint Moine » et recouraient à lui pour obtenir de Dieu, grâces et faveurs. Usé par les pénitences plus que par l'âge, il mourut saintement le 6 janvier 1901 au Couvent de son pays natal. Le 26 avril 1936, le chef du vénéré Père fut transporté avec grand concours de fidèles du cimetière à l'église du Couvent des pères Capucins de Sant'Elia a Piansini et déposé près du Maître-Autel. La reconnaissance de l'insigne relique fût faite par des experts, avec la due permission des autorités religieuses et civiles. Les fidèles recourent à lui avec confiance, et déjà on attribue à sa puissante intercession bien des grâces reçues. Prions le Seigneur, afin que pour la Gloire de Dieu et le bien des âmes, il veuille bientôt accorder à son serviteur la Gloire des Autels.

 

Prière

 

Père éternel qui avez daigné glorifier dans le ciel les âmes de ceux qui vous ont servi et glorifié sur la terre, exaucez notre supplication par l'intercession de Votre Serviteur le Père Raphaël, lequel s'est tant employé à étendre Votre Gloire parmi les humbles et les malheureux.

 

Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père.

 

Jésus notre Rédempteur qui avez voulu vivre au milieu de nous en faisant le bien et en guérissant les âmes et les corps, daignez écouter notre prière, par l'intercession de Votre Serviteur, le Père Raphaël, lequel, par amour pour Vous a voulu dépenser sa vie pour les âmes rachetées par Vous.

 

Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père.

 

Esprit Saint qui par l'efficacité de Votre Grâce et la Sanctification des âmes, veuillez nous consoler dans notre tribulation par l'intercession de Votre Serviteur, le Père Raphaël, si fidèle à correspondre à Vos Saintes Inspirations du toujours plus complet sacrifice de soi et du zèle pour le Salut du monde.

 

Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père.

 

Relations de grâces

Convento San Francesco

Via Padre Pio
86048 Sant’Elia a Pianisi

www.conventosantelia.it

Mail : info@conventosantelia.it

 

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8 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Neuvième jour

Apparition du 23 février 1858, secret et la mission

 

I. Le Commissaire, voyant que ses injonctions avaient été violées, et apprenant en outre que François Soubirous avait levé la défense qu'il avait faite à sa fille, les manda tous deux devant lui, ainsi que la mère, et il renouvela ses menaces. Il parvint de nouveau à les effrayer; mais, malgré la terreur qu'il leur inspirait, il ne trouva plus, à sa grande surprise, dans François Soubirous, la docilité ou la faiblesse de la veille. « Monsieur, disait le pauvre homme, Bernadette n'a jamais menti, et si le bon Dieu, la sainte Vierge ou quelque sainte l'appelle, nous ne pouvons nous y opposer. Mettez-vous à notre place, monsieur le Commissaire, le bon Dieu nous punirait! » « D'ailleurs, tu dis toi-même que la Vision n'a plus lieu, argumentait Dominique, en s'adressant à l'enfant. Tu n'as plus rien à y faire ». « J'ai promis d'y aller tous les jours de la Quinzaine », répondait Bernadette. « Tout cela, ce sont des contes! s'écriait le policier exaspéré; et je vous ferai tous mettre en prison, si cette fille continue d'ameuter les multitudes par ses simagrées ». « Mon Dieu, disait Bernadette, je m'en vais prier toute seule, je n'appelle personne, et s'il vient tant de foule après moi et avant moi, ce n'est pas ma faute. C'est qu'on a dit que c'était la sainte Vierge, mais moi, je ne sais pas ce que c'est ».

Habitué aux arguties, aux allures détournées du monde des coquins, l'homme de police était déconcerté devant cette simplicité profonde. Ses ruses, sa merveilleuse habileté, ses questions captieuses, ses menaces, tous les vieux tours déliés ou terribles de son métier avaient jusque-là échoué contre ce qui lui semblait encore la faiblesse même. N'admettant pas un seul instant qu'il fût dans le faux, il ne pouvait comprendre la cause de sa complète impuissance. Aussi, loin de renoncer à s'opposer au libre cours des choses, il résolut d'appeler d'autres forces à son aide. « En vérité, s'écriait-il en frappant du pied, voilà une stupide affaire! » Et, laissant les Soubirous rentrer chez eux, il courut chez le Procureur impérial, M. Vital D.... Ce dernier, malgré son horreur de la superstition, ne pouvait trouver dans l'arsenal de nos codes aucun texte pour traiter la Voyante en criminelle. Elle ne convoquait personne; elle ne tirait de toutes ces choses aucun profit d'argent; elle allait prier sur un terrain communal, ouvert a tout le monde et où aucune loi ne l'empêchait de s'agenouiller; elle ne faisait tenir à l'Apparition aucun discours subversif ou contraire au Gouvernement; les populations ne se livraient à aucun désordre. Il n'y avait évidemment aucun moyen de sévir.

Quant à poursuivre Bernadette pour délit de « fausses nouvelles », il était établi par l'expérience qu'elle ne se contredisait jamais; et, en dehors d'une contradiction dans ses paroles, parfaitement constatée, il était difficile de lui prouver qu'elle mentait, sans attaquer directement le principe même des Apparitions surnaturelles, principe admis de tout temps par l'Eglise catholique. Or, sans l'agrément des hautes autorités de la magistrature et de l'État, un simple procureur impérial ne pouvait prendre sur lui d'engager un pareil conflit. Pour qu'elle fût passible de poursuites, il fallait au moins que Bernadette se contredît un jour ou l'autre; qu'elle ou ses parents tirassent quelque profit de ce qui se passait, que la foule se livrât à quelque désordre. Or rien de tout cela n'était encore arrivé.

II. Le lendemain matin, la foule se trouvait devant la Grotte avant le lever du soleil. Bernadette arriva avec cette calme simplicité que n'altéraient ni l'hostilité menaçante des uns, ni la vénération enthousiaste des autres. La tristesse et les angoisses de la veille avaient laissé quelques traces sur son visage. Elle craignait encore de ne plus revoir l'Apparition, et quelle que fût son espérance, elle n'osait s'y abandonner. Elle s'agenouilla humblement, appuyant l'une de ses mains sur son cierge bénit qu'elle avait apporté ou qu'on lui donna, tenant de l'autre le chapelet. Le temps était calme, et la flamme du cierge ne montait pas plus droit vers le ciel que la prière de cette âme vers les régions invisibles d'où avait coutume de descendre l'Apparition bienheureuse. Il en était ainsi sans doute; car à peine l'enfant se fut-elle prosternée que l'ineffable Beauté dont elle invoquait si ardemment le retour se manifesta à ses yeux et la ravit hors d'elle-même. L'auguste Souveraine du Paradis arrêta sur l'enfant de ce monde un regard plein d'une inexprimable tendresse, paraissant l'aimer encore davantage depuis qu'elle avait souffert. Elle, le plus grand, le plus sublime, le plus puissant des êtres créés ; Elle, dont la gloire, dominant tous les âges et remplissant l'éternité, fait pâlir ou plutôt disparaître toute autre gloire; Elle, la Fille, l'Épouse et la Mère de Dieu, elle sembla vouloir rendre tout à fait intimes et familiers les liens qui l'unissaient à cette petite fille inconnue et ignorante, à cette humble gardeuse de brebis. Elle l'appela par son nom, de cette voix harmonieuse dont le charme profond ravit l'oreille des anges.

« Bernadette », disait la divine Mère. « Me voici », répondit l'enfant. « J'ai à vous dire pour vous seule et concernant vous seule une chose secrète. Me promettez -vous de ne jamais la répéter à personne en ce monde? » « Je vous le promets », dit Bernadette. Le dialogue continua et entra dans un mystère profond qu'il ne nous est ni possible ni permis de sonder. Quoi qu'il en soit, quand cette sorte d'intimité fut établie, la Reine du Royaume éternel regarda cette petite enfant, qui, la veille encore, avait souffert et qui devait encore souffrir pour l'amour d'Elle, et il lui plut de la choisir comme l'ambassadrice de l'une de ses volontés parmi les hommes. « Et maintenant, ma fille, dit-elle à Bernadette, allez, allez dire aux prêtres que je veux qu'on m'élève ici une chapelle ». Et en prononçant ces mots, sa physionomie, son regard et son geste semblaient promettre qu'Elle y répandrait des grâces sans nombre. Après ces paroles, Elle disparut; et le visage de Bernadette rentra dans l'ombre, comme, le soir, y rentre la terre, quand le soleil s'est effacé peu à peu dans les profondeurs de l'horizon.

La multitude se pressait autour de l'enfant, naguère encore transfigurée par l'extase. Tous les cœurs étaient émus. On l'interrogeait de toutes parts. On ne lui demandait point si la Vision avait eu lieu; car, au moment de l'extase, tous avaient compris, avaient eu conscience que l'Apparition était là: mais on Voulait savoir les paroles qui avaient été prononcées. Chacun faisait effort pour approcher de l'enfant et pour l'entendre. « Que vous a-t-Elle dit? Que vous a dit la Vision? » était une question qui partait de toutes les bouches. « Elle m'a dit deux choses, l'une pour moi seule et l'autre pour les prêtres, et je vais tout de suite vers eux, répondait Bernadette, qui avait hâte de reprendre le chemin de Lourdes pour remplir son message ». Elle s'étonnait, ce jour-là comme précédemment, que tout le monde n'entendît pas le dialogue et ne vît point la « Dame ». « La Vision parle assez haut pour qu'on l'entende, disait-elle; et, moi aussi, j'élève la voix comme à l'ordinaire ». Or, durant l'extase, on remarquait bien les lèvres de l'enfant qui s'agitaient, mais c'était tout et on ne distinguait aucune parole.

III. Lorsque Bernadette arriva dans la ville, les flots populaires s'étaient portés en avant pour voir ce qu'elle allait faire. L'enfant descendit la route qui traverse Lourdes et en forme la principale rue; puis s'arrêtant dans la partie inférieure de la ville, devant le mur de clôture d'un rustique jardin, elle en ouvrit la porte verte à claire-voie, et elle se dirigea vers la maison dont ce jardin dépendait. La foule, par un sentiment de respect et de convenance, ne suivit pas Bernadette et demeura dans la rue. Humble et simple, vêtue de ses pauvres habits raccommodés en maint endroit, la tête et les épaules couvertes de son petit capulet blanc en étoffe grossière, n'ayant en un mot nul signe extérieur d'une mission d'en haut, sinon peut-être ce royal manteau de l'indigence que Jésus-Christ a porté, la messagère de la divine Vierge apparue à la Grotte venait d'entrer chez l'homme vénérable dans lequel se personnifiait, en ce coin de terre et pour cette enfant, l'indéfectible autorité de l'Église catholique. Quoiqu'il fût encore de fort bonne heure, M. le cure de Lourdes avait déjà dit l'Office divin. Nous ne savons si, au moment où il allait entendre pour la première fois cette pauvre bergère, si petite aux regards de la Chair et du Monde, si grande peut-être suivant le Ciel, sa mémoire lui rappela les diverses paroles qu'il venait de prononcer, précisément ce jour-là, à l'Introït et au Graduel de la messe: « In medio Ecclesiae aperuit os ejus... Lingua ejus loquitur judicium. Lex Dei ejus in corde ipsius. Ses lèvres ont parlé au milieu de l'Église.... Sa langue a dit ce qui est juste. La loi de son Dieu est dans son cœur! »

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Prière pour demander que notre cœur devienne le temple de Dieu

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

A nous aussi, Notre-Dame de Lourdes, vous avez parlé en secret, faisant entendre à notre âme des paroles intimes qui semblaient sortir de nous-mêmes, et qui n'étaient que votre voix mystérieuse, retentissant dans le fond de nos cœurs. Ainsi, vous nous avez parlé en votre sollicitude, ô Mère vénérable du genre humain, ainsi vous nous avez parlé lorsque en présence des tentations mauvaises ou des devoirs difficiles, nous avons entendu dans l'écho de nos consciences le conseil pressant de suivre le bon chemin: « Mon enfant, résiste à la colère! Mon enfant, sois chaste! Mon enfant, sois désintéressé! Mon enfant, sois charitable! Mon enfant, sois vertueux! » C'était vous-même qui parliez, ô notre Mère bien aimée. A nous aussi vous avez dit: « Va trouver le Prêtre, afin qu'un temple s'élève en ce lieu. Va trouver l'homme qui est dépositaire des grâces de Dieu, l'homme qui peut, au nom du Très-Haut, absoudre tous les péchés, déblayer tous les obstacles, et faire place nette à l'édifice nouveau. Va trouver le Prêtre, et dans les sacrements que sa main distribue, tu recevras, avec L'intelligence et la force, tout ce qui est nécessaire pour le travail que j'attends de toi. Et ce travail, ô mon fils, et ce travail, ô ma fille, c'est d'élever en ton âme un temple invisible, le temple auguste de la vertu, pour que mon Jésus en fasse son tabernacle, pour que j'y descende avec lui et que le Ciel entier mette ses complaisances dans ce séjour de la terre ». Ainsi vous nous avez parlé, ô Marie. Ainsi vous nous parlez encore, mais notre oreille inattentive se laisse distraire par d'autres accents; et, moins dociles que la bergère de Lourdes, nous ne prenons point pour règle les paroles de votre bouche. Humblement prosternés à vos pieds, ô Vierge Marie, nous gémissons de notre ingratitude et de la dureté de nos cœurs. Pardonnez-nous, ô Mère offensée, pardonnez-nous et guérissez-nous. Ne soyez pas sourde à notre prière comme nous avons été nous-mêmes rebelles à votre voix, et montrez-vous aujourd'hui ce que vous avez toujours été: le Refuge des pécheurs et le Secours des Chrétiens. Sans un tel refuge nous sommes perdus, sans un tel secours nous ne pouvons, rien. Notre âme n'est, hélas! jusqu'ici qu'une hôtellerie profane où passent et repassent les passions coupables, les idées terrestres et la multitude des vains désirs. Obtenez-nous de la changer enfin, suivant vos inspirations et avec la force des sacrements. Obtenez-nous d'en faire un Temple saint dont la Foi aura formé les colonnes, dont l'Espérance sera la lumière dont la Charité sera l'encens, un Temple digne de vous et digne de Dieu. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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5 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Sixième jour

Le monde officiel, La Police, M. Dominique, Apparition du 21 février 1854

 

I. Tandis que l'Autorité ecclésiastique, personnifiée le Clergé, gardait la sage réserve conseillée par le Curé de Lourdes, l'Autorité civile se préoccupait, elle aussi, du mouvement extraordinaire qui était en train de se produire dans la ville et aux environs, et qui, gagnant de proche en proche tout le département, en avait déjà franchi les limites du côté du Béarn. Bien qu'il n'advint aucun désordre, ces pèlerinages, ces foules recueillies, cette enfant en extase, inquiétèrent ce monde ombrageux. Au nom de la liberté de conscience, n'y avait-il pas moyen d'empêcher ces gens de prier, et surtout de prier où bon leur semblait? Tel était le problème que les autorités officielles commençaient à se poser. A des degrés divers, le Procureur impérial, le Juge de Paix, le Maire, le Substitut, le Commissaire de Police, et bien d'autres encore, prirent, ou donnèrent l'alarme. Un Miracle en plein dix-neuvième siècle, se produisant tout à coup sans demander la permission et sans autorisation préalable, parut à quelques-uns une chose intolérable et, pour l'honneur de notre époque, il importait d'y mettre bon ordre, La plupart de ces messieurs ne croyaient point du reste à la possibilité des manifestations surnaturelles, et ils ne pouvaient consentir a voir là dedans autre chose qu'une imposture ou une maladie. En tout cas; plusieurs se sentaient opposés d'instinct à tout événement, quel qu'il fût, qui pouvait, directement et indirectement, accroître l'influence de la Religion, contre laquelle ils avaient, soit des préventions sourdes, soit des haines avouées.

II. Le plus intelligent de la petite légion des fonctionnaires de Lourdes, en ce temps-là, était assurément M. Dominique J. bien que M. Dominique J.... fût hiérarchiquement le dernier de tous, puisqu'il occupait le modeste emploi de Commissaire de Police. Ainsi que quelques autres personnages ds cette histoire, nous ne le désignerons, pour ces lectures publiques, que par un de ses prénoms. Il était jeune, très-sagace en certaines circonstances, et doué d'un art de parole assez rare chez ses pareils. Sa finesse était extrême. Personne mieux que lui ne comprenait les coquins. Il était merveilleusement apte à déjouer leurs ruses; et, à ce sujet, on raconte de lui des traits étonnants. Il comprenait beaucoup moins les honnêtes gens. A l'aise dans les choses compliquées, cet homme se troublait devant la simplicité. La Vérité le déconcertait et lui semblait suspecte: le désintéressement excitait sa défiance; la franchise mettait à la torture son esprit, avide de découvrir partout des duplicités et des détours. A cause de cette monomanie, la Sainte té lui eût paru sans doute la plus monstrueuse des fourberies et l'eût trouvé implacable. De tels travers se rencontrent souvent chez les hommes de cette profession, habitués par leur emploi même à chercher des délits et à surprendre des crimes. Ils prennent à la longue une disposition d'esprit éminemment inquiète et soupçonneuse, qui leur inspire des traits de génie quand ils ont affaire à des fripons, et des sottises énormes quand ils ont affaire à des honnêtes gens, à des âmes loyales. Quoique jeune, le Commissaire de Police, alors en fonctions à Lourdes, avait contracté cette bizarre maladie des vieux policiers. Il était donc comme ces chevaux des Pyrénées dont le pied est ferme dans les sentiers tortueux et pierreux de la montagne, et qui s'abattent tous les deux cents pas dans les chemins larges et unis; comme ces oiseaux de nuit qui ne voient que dans les ténèbres, et qui, en plein jour, se cognent contre les arbres et contre les murs.

Content de sa personne, il était mécontent de sa position, à laquelle il était supérieur par son intelligence. De là un certain orgueil remuant et un désir aident de se signaler. Il avait plus que de l'influence, il avait de l'ascendant sur ses chefs; et il affectait de traiter d'égal à égal avec le Procureur impérial et avec tous les autres fonctionnaires. Il se mêlait de tout, dominait presque tout le monde, et menait, ou peu s'en faut, les affaires de la ville. Pour tout ce qui concernait le canton de Lourdes, le préfet du département, M.. le baron, Oscar-Charles-Pardoux M..., ne voyait que par les yeux de Dominique. Tel était le Commissaire de Police, tel était le personnage important de Lourdes lorsqu'eurent lieu les Apparitions à la Grotte de Massabielle.

III. C'était le troisième jour de la Quinzaine, le 21 février, Premier Dimanche de Carême. Avant le lever du soleil, une foule immense, plusieurs milliers de personnes étaient déjà réunies, devant et tout autour de la Grotte, sur les bords du Gave et dans la prairie. C'était l'heure où Bernadette avait coutume de venir. Elle arriva, enveloppée dans son capulet blanc, suivie de quelqu'un des siens, sa mère ou sa sœur. Ses parents avaient assisté la veille ou l'avant-veille à ses extases; ils l'avaient vue transfigurée, et maintenant ils croyaient. L'enfant traversa simplement, sans assurance comme sans embarras, la foule qui s'écarta avec respect devant elle en lui livrant passage; et, sans paraître s'apercevoir de l'attention universelle, elle alla, comme si elle accomplissait une chose toute simple, s'agenouiller et prier au-dessous de la niche où serpentait la branche d'églantier.

Quelques instants après, on vit son front s'illuminer et devenir rayonnant. Le sang pourtant ne se portait point au visage; au contraire, elle pâlissait légèrement, comme si la nature fléchissait quelque peu en présence de l'Apparition qui se manifestait devant elle. Tous ses traits montaient, montaient, et entraient comme dans une région supérieure, comme dans un pays de gloire, exprimant des sentiments et des choses qui ne sont point d'ici-bas. La bouche entr'ouverte était béante d'admiration, et paraissait aspirer le Ciel. Les yeux, fixes et bienheureux, contemplaient une beauté invisible, qu'aucun autre regard n'apercevait, mais que tous sentaient présente, que tous, pour ainsi dire, voyaient par réverbération sur le visage de l'enfant. Cette pauvre petite paysanne, si vulgaire en l'état habituel, semblait ne plus appartenir à la terre. C'était l'Ange de l'innocence, laissant le monde un instant derrière lui et tombant en adoration, au moment où il entr'ouvre les portes éternelles et où il aperçoit le Paradis.

Tous ceux qui ont vu Bernadette en extase, parlent de ce spectacle comme d'une chose qui est tout à fait sans analogue sur la terre. Leur impression après dix années est aussi vive que le premier jour. Chose remarquable! quoique son attention fût entièrement absorbée par la contemplation de la Vierge pleine, de grâces, elle avait en partie conscience de ce qui se passait autour d'elle. A un certain moment son cierge s'éteignit; elle étendit la main pour que la personne la plus proche le rallumât. Quelqu'un ayant voulu, avec un bâton, toucher l'églantier, elle fit vivement signe de le laisser, et son visage exprima la crainte. « J'avais peur, dit-elle ensuite naïvement, qu'on ne touchât la « Dame » et qu'on ne lui fît du mal ». Un des observateurs dont nous avons cité le nom, M. le docteur Dozous, était à côté d'elle. « Ce n'est là, pensait-il, ni la catalepsie, avec sa raideur, ni l'extase inconsciente des hallucinés ; c'est un fait extraordinaire, d'un ordre tout à fait inconnu à la Médecine ». Il prît le bras de l'enfant et lui tâta le pouls. Elle parut n'y pas faire attention. Le pouls, parfaitement calme, était régulier comme dans l'état ordinaire. « Il n'y a donc aucune excitation maladive, se dit le savant docteur, de plus en plus bouleversé ».

En ce moment, la Voyante fit, sur ses genoux, quelques pas en avant dans la Grotte. L'Apparition s'était déplacée, et c'était maintenant par l'ouverture intérieure que Bernadette pouvait l'apercevoir. Le regard de la sainte Vierge parut en un instant parcourir toute la terre, et elle le reporta, tout imprégné de douleur, vers Bernadette agenouillée. « Qu'avez-vous? que faut-il faire? » murmura l'enfant. « Prier pour les pécheurs », répondit la Mère du genre humain. En voyant ainsi la douleur voiler, comme un nuage, l'éternelle sérénité de la Vierge bienheureuse, le cœur de la pauvre bergère ressentit tout à coup une cruelle souffrance. Une indicible tristesse se répandit sur ses traits. De ses yeux, toujours tout grands ouverts et fixés sur l'Apparition, deux larmes roulèrent sur ses joues et s'y arrêtèrent, sans tomber. Un rayon de joie revint enfin éclairer son visage: car la Vierge avait sans doute tourné elle-même son regard vers l'espérance et contemplé, dans le cœur du Père, la source intarissable de la miséricorde infinie descendant sur le monde, au nom de Jésus et par les mains de l'Église.

Ce fut en cet instant que l'Apparition s'évanouit. La reine du Ciel venait de rentrer clans son Royaume. L'auréole, comme de coutume, demeura encore quelques secondes, puis s'effaça insensiblement, pareille à une brume lumineuse qui se fond et disparaît dans l'air. Les traits de Bernadette descendirent peu à peu. Il sembla qu'elle passait de la région du soleil à celle de l'ombre, et la vulgarité de la terre reprit possession de ce visage, un instant auparavant transfiguré. Ce n'était plus qu'une humble bergère, une petite paysanne, que rien en apparence ne distinguait des autres enfants. Autour d'elle se pressait la foule haletante, anxieuse, émue, recueillie. Nous aurons ailleurs l'occasion de décrire son attitude.

IV. Durant toute la matinée, après la blessé et jusqu'à l'heure des Vêpres, il ne fut bruit a Lourdes que de ces étranges événements, auxquels on donnait naturellement les interprétations les plus diverses. Pour ceux qui avaient vu Bernadette en extase, la preuve était faite d'une façon qu'ils prétendaient irrésistible. Quelques-uns rendaient leur pensée par des comparaisons assez heureuses: « Dans nos vallées le Soleil se montre tard, caché qu'il est à l'orient par le Pic et le mont du Jer. Mais, bien avant de l'apercevoir, nous pouvons remarquer, à l'ouest, le reflet de ses rayons sur les flancs des montagnes de Bastsurguères, qui deviennent resplendissantes tandis que nous sommes encore dans l'ombre; et alors, quoique nous ne voyions pas directement le Soleil, mais seulement son reflet sur les pentes, nous affirmons sa présence derrière les masses du Ger. « Bastsurguères voit le Soleil, disons-nous; et, si nous étions à la hauteur de Bastsurguères, nous le verrions aussi ». Eh bien! il en est de même quand on arrête son regard sur Bernadette illuminée par l'invisible Apparition: la certitude est la même, l'évidence toute semblable. Le visage de la Voyante devient tout à coup si clair, si transfiguré, si éclatant, si imprégné de rayons divins, que ce reflet merveilleux que nous apercevons nous donne la pleine assurance du centre lumineux que nous n'apercevons pas. Et, si nous n'avions pas, pour nous le cacher, toute une montagne de fautes, de misères, de préoccupations matérielles, d'opacité charnelle; si nous étions, nous aussi, à la hauteur de cette innocence d'enfant, de cette neige éternelle qu'aucun pied humain n'a foulée, nous aussi, nous verrions, non plus par reflet, mais directement, ce que contemple Bernadette ravie, ce qui rayonne sur ses traits en extase ».

De telles raisons, excellentes peut-être en elles-mêmes et concluantes pour ceux qui avaient été témoins de ce spectacle inouï, ne pouvaient être suffisantes pour ceux qui n'avaient rien vu. La Providence, à supposer qu'elle fût en réalité dans tout ceci, devait, ce semble, affirmer son action par des preuves, sinon meilleures (puisque presque personne ne résistait a celles-là dès qu'il avait pu les expérimenter), du moins plus matérielles, plus continues, et en quelque sorte plus palpables. Peut-être était-ce là le profond dessein de Dieu et ne convoquait-il de telles multitudes que pour avoir, à l'heure voulue, d'innombrables et d'irrécusables témoins. A l'issue des Vêpres, Bernadette sortit de l'Église avec la troupe des fidèles. Elle était, comme on le pense bien, l'objet de l'attention générale. On l'interrogeait, on l'entourait. La pauvre enfant, embarrassée de ce concours, répondait tout simplement, et tâchait de percer la foule afin de rentrer chez elle. En ce moment, un homme revêtu des insignes de la force publique, un Sergent de ville, Officier de police, s'approcha d'elle et la toucha sur l'épaule. « Au nom de la Loi », dit-il. « Que me voulez-vous? » dit l'enfant. « J'ai ordre de vous prendre et de vous emmener ». « Et où? » « Chez le Commissaire de Police. Suivez-moi ».

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Prière pour les pécheurs

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

Notre-Dame de Lourdes! l'image des iniquités de la terre a fait passer un douloureux nuage sur votre front bienheureux, et contristé, pour ainsi dire, votre félicité éternelle. Et de votre bouche sacrée est sorti l'ordre de « prier pour les pécheurs ». Nous vous obéissons, ô Vierge clémente, et nous adressons nos ardentes supplications à Dieu et à vous pour tous ceux qui ont failli ici-bas. N'est-ce pas, ô Marie, prier pour le genre humain tout entier et en premier lieu pour nous-mêmes, pour chacun de nous, dont Dieu connaît les iniquités, alors même que la terre les ignore et qu'elles échappent aux regards des hommes? Oh oui! nous sommes pécheurs! Groupés autour de vos autels, ô mon Dieu, jouissant du bonheur de croire et d'être enfants de l'Église, mais courbés en même temps sous l'ignominie de nos propres fautes, nous repoussons bien loin de nous et avec horreur la sacrilège pensée de nous attribuer vos grâces comme un mérite, et nous ne vous adressons point la prière du Pharisien. Pécheurs, très-grands pécheurs, indignes en vérité de lever sur vous nos regards, nous vous invoquons pour d'autres pécheurs, peut-être moins coupables que nous aux yeux de votre justice, laquelle ne demandera à chacun qu'en proportion de ce qu'il a reçu. Nous vous prions pour les faibles: fortifiez-les; nous vous prions pour les égarés: dirigez-les; nous vous prions pour les aveugles: éclairez-les; nous vous prions pour les malades: guérissez-les; nous vous prions pour les perdus: retrouvez-les. Nous vous prions pour ceux qui semblent tout à fait morts à la grâce: ressuscitez-les. Eh quoi! Seigneur, l'iniquité des hommes sera-t-elle plus grande que votre miséricorde et votre puissance infinies? Levez-vous, ô Dieu de Jacob et vengez-vous de vos ennemis. Vengez-vous de ceux qui vous renient, comme vous vous êtes vengé de Pierre le renieur, dont vous avez fait le prince de vos Apôtres. Vengez-vous des furieux qui vous blasphèment, comme vous vous êtes vengé de Saül le persécuteur, dont vous avez fait saint Paul. Vengez-vous des libertins de ce temps, comme vous vous êtes vengé de Madeleine, de la femme adultère, de Thaïs, d'Augustin, de Marie l'Égyptienne, dont vous avez changé les flammes et les luxures en les très-pures ardeurs de l'amour divin et de la charité. Vengez-vous des manieurs d'argent de notre époque, comme vous vous êtes vengé du publicain Mathieu, dont vous avez fait votre Évangéliste, et-du publicain Zachée qui est devenu votre hôte et votre ami. Vengez-vous, ô Fils de la Vierge! Vengez-vous de ce siècle coupable en le faisant tomber à genoux, en le prosternant devant votre Croix, en le convertissant, en faisant de lui votre missionnaire et votre apôtre. Seigneur, Seigneur, toutes les forces humaines sont à bout; la tempête ne fut jamais plus haute, plus vertigineuse et plus engloutissante: venez à nous, ô Sauveur du monde, car sans vous nous périssons. Dressez- vous à la proue de la barque et nous verrons s'apaiser brusquement toutes les fureurs, de la mer. Et lise fera un grand calme, ce grand calme, ce nouveau ciel et cette nouvelle terre, cette captivité du dragon enchaîné, ce règne préparatoire de Jésus-Christ, cette Paix, jusqu'ici inconnue, que semblent promettre à l'humanité régénérée les prophéties et les apocalypses. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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7 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Huitième jour

Les foules, absence de la vision

 

I. Bien qu'il eût été impuissant contre les réponses simples, précises, sans contradiction, de Bernadette, M. Dominique avait remporté, à la fin de cette longue lutte, un avantage décisif. Il avait fortement effrayé le père de la Voyante, et il comprenait que, par ce côté, il était, pour le moment du moins, maître delà position. François Soubirous était un fort brave homme, mais ce n'était point un héros. Devant l'autorité officielle il était timide, comme- le sont habituellement les gens du menu peuple et les indigents, pour lesquels la moindre tracasserie est un désastre immense, à cause de leur misère, et qui sentent leur entière impuissance contre l'arbitraire et la persécution. Il croyait, il est vrai, à la réalité des Apparitions; mais, ne comprenant point ce que c'était, n'en mesurant pas l'importance, éprouvant même une certaine terreur au sujet de ces choses extraordinaires, il ne voyait pas grand inconvénient à s'opposer au retour de Bernadette à la Grotte. Il avait bien peut-être une vague crainte de déplaire à la « Dame » invisible qui se manifestait à son enfant, mais la peur d'irriter un homme en chair et en os, d'engager la lutte avec un personnage aussi redouté que le Commissaire, le touchait de plus près, et agissait bien plus puissamment sur son esprit.

« Tu vois que tous ces messieurs du pays sont contre nous, dit-il à Bernadette, et que si tu reviens à la Grotte, M. Dominique, qui peut tout, te fera mettre, toi et nous, en prison. N'y retourne plus ». « Père, disait Bernadette, quand j'y vais, ce n'est pas tout à fait de moi-même. En un certain moment il y a quelque chose en moi qui m'y appelle et qui m'y attire. » « Quoi qu'il en soit, reprit le père, je te défends formellement d'y aller désormais. Tu ne me désobéiras certainement pas pour la première fois de ta vie ». La pauvre enfant, prise de la sorte entre la promesse faite à l'Apparition et la défense expresse de l'autorité paternelle, répondit: « Je ferai alors tout mon possible pour m' empêcher d'y aller et résister à -l'attrait qui m'y appelle ». Ainsi se passa tristement la soirée de ce même dimanche qui s'était levé dans la glorieuse et bienheureuse splendeur de l'extase.

II. Le lendemain matin, lundi 22 février, à l'heure habituelle des Apparitions, la foule qui attendait la Voyante sur les rives du Gave ne la vit point venir. Ses parents l'avaient, dès le lever du soleil, envoyée à l'école, et Bernadette, ne sachant qu'obéir, s'y était rendue, le cœur tout gros de larmes. Les Sœurs, que leurs fonctions de charité et d'enseignement, peut-être aussi les recommandations de M. le Curé de Lourdes, retenaient à l'Hôpital et à l'École, n'avaient jamais vu les extases de Bernadette et n'ajoutaient pas foi aux Apparitions. En ces matières d'ailleurs, si le peuple se montre parfois trop crédule, il se trouve que, par un phénomène qui surprend d'abord, mais qui est incontestable, les Ecclésiastiques, les Religieux et les Religieuses sont très sceptiques et très-rebelles à croire, et que, tout en admettant théoriquement la possibilité de telles manifestations divines, ils exigent, avec une sévérité souvent excessive, qu'elles soient dix fois prouvées. Les Sœurs joignirent donc leur défense formelle à celle des parents, disant à Bernadette que toutes ces Visions n'avaient rien de réel, qu'elle avait le cerveau dérangé ou qu'elle mentait. L'une d'elles, soupçonnant une imposture en une chose si grave et si sacrée, se montrait même assez dure, traitant toutes ces choses de fourberie: « Méchante enfant, lui disait-elle, tu fais là un indigne Carnaval dans le saint temps du Carême ».

D'autres personnes, qui la virent aux récréations, l'accusaient de vouloir se faire passer pour une Sainte et de se livrer à un jeu sacrilège. La moquerie de quelques enfants de l'École s'ajoutait aux reproches amers et aux humiliations dont elle était abreuvée. Dieu voulait éprouver Bernadette. L'ayant, les jours précédents, inondée de consolations, il entendait, en sa sagesse, la laisser pour un certain temps dans le délaissement absolu, en butte aux railleries et aux injures, et la mettre aux prises, seule et abandonnée, avec l'hostilité de tous ceux dont elle était entourée. La matinée se passa dans ces angoisses, d'autant plus pénibles et déchirantes qu'elles arrivaient dans une âme toute neuve, à cet âge, habituellement calme et pur, où les impressions sont si vives, l'accoutumance des douleurs humaines n'ayant pas encore formé comme un calus autour des fibres délicates du cœur. Vers le milieu du jour, les enfants rentraient un instant chez elles pour prendre leurs repas. Bernadette, l'âme brisée entre les deux termes inconciliables de cette situation sans issue, cheminait tristement vers sa maison. La cloche de l'église de Lourdes venait de sonner l'Angélus de midi.

En ce moment une force étrangère s'empara d'elle tout à coup, agissant, non sur son esprit mais sur son corps, comme eût pu le faire un bras invisible, et la poussa hors du chemin qu'elle suivait pour la porter invinciblement dans la direction du sentier qui se trouvait à droite. Cette impulsion était pour elle, paraît-il, ce que serait, pour une feuille gisant à terre, l'impétueux souffle du vent. Elle ne pouvait pas plus s'empêcher d'avancer que si elle eût été placée soudainement sur la plus rapide des pentes. Tout son être physique se trouva brusquement entraîné vers la Grotte où ce sentier conduisait. Il lui fallut marcher, il lui fallut courir. Et cependant, le mouvement qui l'emportait n'était ni brusque ni violent. Il était irrésistible, mais n'avait rien de heurté ni de dur; tout au contraire, c'était la suprême force dans la suprême douceur. La main toute-puissante se faisait maternelle et douce, comme si elle eût craint de blesser cette frêle enfant. La Providence qui gouverne toutes choses avait donc résolu l'insoluble problème. L'enfant, soumise à son père, n'allait point à la Grotte où son cœur seul s'élançait; et voilà qu'entraînée de force par l'Ange du Seigneur elle y arriva pourtant, suivant sa promesse à la Vierge, sans que, malgré cela, sa volonté eût désobéi à l'autorité paternelle.

De tels phénomènes se sont plus d'une fois produits dans la vie de certaines âmes dont la pureté profonde a plu au cœur de Dieu. Saint Philippe Néri, sainte Ida de Louvain, saint Joseph de Copertino, sainte Rose de Lima, ont éprouvé des choses semblables ou analogues. Cet humble cœur, meurtri et abandonné, souriait déjà à l'espérance à mesure que ses pas s'approchaient de la Grotte. « Là, se disait l'enfant, je reverrai l'Apparition bien-aimée; là je serai consolée de tout; là je contemplerai ce visage si beau dont la vue me ravit de bonheur. A ces peines cruelles va succéder la joie sans bornes, car la « Dame », elle, ne m'abandonnera pas ». Elle ne savait point, en son inexpérience, que l'esprit de Dieu souffle où il veut.

Un peu avant l'arrivée à la Grotte, la force mystérieuse qui avait emporté l'enfant parut sinon s'interrompre, du moins diminuer. Bernadette marcha moins vite et avec une fatigue qu'elle n'avait pas habituellement; car c'était justement à cet endroit que, les autres jours, une puissance invisible semblait à la fois et l'attirer vers la Grotte et la soutenir dans sa marche. Elle n'éprouva ce jour-là, ni cette attraction secrète, ni cet appui mystérieux. Elle avait été poussée vers la Grotte, elle n'y avait point été attirée. La force qui l'avait saisie lui avait marqué le chemin du devoir, et montré qu'avant toutes choses il fallait obéir et tenir la promesse faite à l'Apparition; mais l'enfant n'avait point, comme les autres fois, ressenti le tout-puissant attrait. Quiconque a l'habitude de l'analyse saisira ces nuances, plus faciles à comprendre qu'à exprimer. Bien que la très-grande multitude qui, durant toute la matinée, avait si vainement attendu Bernadette se fût dispersée, il se trouvait pourtant en ce moment devant les Roches Massabielle une foule considérable. Les uns y étaient venus pour prier, les autres par simple curiosité. Beaucoup, ayant vu de loin Bernadette cheminer dans cette direction, étaient accourus et arrivaient en même temps qu'elle.

L'enfant, comme de coutume, s'agenouilla humblement et se mit à réciter son chapelet en regardant l'ouverture tapissée de mousse et de branches sauvages où la Vision céleste avait, déjà six fois, daigné apparaître à ses yeux. La foule attentive, curieuse, recueillie, haletante, s'attendait à tout instant à voir le visage de l'enfant rayonner et marquer, par sa splendeur, que l'Etre surhumain était debout devant elle. Un temps très long se passa ainsi. Bernadette priait avec ferveur; mais rien dans ses traits immobiles ne s'éclairait du divin reflet. La Vision merveilleuse ne se montra point à ses yeux et l'enfant implora sans être exaucée la réalisation de ses espérances. Le Ciel parut l'abandonner comme la Terre et demeurer aussi dur à sa prière et à ses larmes que les roches de marbre devant lesquelles ses genoux étaient ployés.

De toutes les épreuves auxquelles elle était soumise depuis là veille, celle-là était la plus cruelle, et ce fut là l'amertume des amertumes. « Pourquoi avez-vous disparu? pensait l'enfant. Et pourquoi m'abandonnez-vous? » L'Être merveilleux lui-même semblait en effet la repousser aussi, et, en cessant de se manifester, donner raison aux contradicteurs et laisser le champ libre à ses ennemis. La foule déconcertée interrogea Bernadette. Mille questions lui étaient posées par ceux qui l'entouraient. Elle attribuait l'absence de l'Apparition à quelque mécontentement. « Aurais-je fait quelque faute? » se demandait- elle. Mais sa conscience ne lui répondait par aucun reproche. Son élan vers la Vision divine qu'elle brûlait de contempler encore redoublait cependant de ferveur. Elle cherchait en son âme naïve comment elle ferait pour la revoir et elle ne le savait. Elle se sentait impuissante à évoquer cette Beauté sans tache qui lui était apparue, et elle pleurait, le cœur tourné en haut, ne sachant pas que pleurer, c'est prier.

« D'où viens-tu ? lui dit son père, au moment où elle rentra ». Elle raconta ce qui venait de se passer. « Et tu dis, reprirent les parents, qu'une force t'a emportée malgré toi? » « Oui », répondit Bernadette. « Cela est vrai, pensèrent-ils, car cette enfant n'a jamais menti ». Le père Soubirous réfléchit un long moment. Il semblait y avoir en lui comme une lutte intérieure. Enfin il releva la tête et parut prendre une résolution définitive. « Eh bien, reprit-il, puisqu'il en est ainsi, puisqu'une force supérieure t'a entraînée, je ne te défends plus d'aller à la Grotte et je te laisse libre ». La joie, une joie vive et pure, descendit sur le visage de Bernadette Ni le meunier ni sa femme n'avaient présenté comme une objection la non-Apparition de ce jour. Peut-être, au fond intime de leur cœur, en voyaient-ils la cause dans la résistance que, par effroi de l'autorité officielle, ils avaient apportée aux ordres surhumains. Ce que nous venons de raconter s'était passé dans l'après-midi, et le bruit s'en était rapidement répandu dans la ville. La brusque interruption des Apparitions surnaturelles donnait lieu aux commentaires les plus opposés. Les uns prétendaient en faire un argument sans réplique contre toutes les visions précédentes; les autres, au contraire, en tiraient une preuve de plus en faveur de la sincérité de l'enfant. Cette force irrésistible qui aurait entraîné Bernadette malgré elle, faisait hausser les épaules philosophiques de l'endroit, et fournissait un sujet d'interminables thèses aux honorables savants qui expliquaient tout par une perturbation du système nerveux.

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Prière pour demander la grâce de supporter les aridités et les tristesses

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

Notre-Dame de Lourdes, qui avez voulu que Bernadette souffrît et traversât l'épreuve sans huile consolation, apprenez-nous à supporter d'un cœur chrétien, et les traverses de la vie, et les faux jugements des hommes, et leurs injures, et leurs médisances, et leurs calomnies, et leurs contradictions. Notre-Dame de Lourdes, qui avez jugé bon en votre sagesse, de cesser alors d'apparaître à votre enfant bien-aimée, apprenez-nous aussi à supporter en nous-mêmes la sécheresse de l'âme, la stérilité du cœur, le manque de ferveur sensible, l'absence de toute consolation spirituelle, la privation apparente de Dieu. On raconte, ô Marie, que votre glorieux serviteur saint Vincent de Paul demeura trois ans dans cet état désolé et que durant ces trois années sa volonté toujours sainte ne se découragea pas un instant devant ce ciel d'airain qui était fermé et qui paraissait vide, devant cette croix rude et nue d'où il semblait que le Sauveur se fût retiré à jamais. Donnez-nous, ô notre Mère, de supporter ces aridités, si souvent, hélas! occasionnées par nos fautes et de servir le Seigneur dans le délaissement comme dans les délices, dans la peine comme dans la joie. En ces heures ternes et sans soleil où notre pauvre nature éprouve quelque chose des angoisses de votre divin Fils quand il cria dans son agonie: « O mon Dieu, ô mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? », en ces heures tristes et lamentables où l'âme est environnée de ténèbres glacées donnez- nous, ô Vierge puissante, un peu de ce courage dont vous eûtes vous-même tant besoin au pied de la Croix, lorsque vous vîtes le Dieu vivant mourir sur un gibet infâme et que Tous reçûtes en vos bras le corps inanimé de votre Jésus. Aux heures de l'abandonnement, Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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6 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Septième jour

Interrogatoire de Bernadette

 

I. La multitude émue et troublée avait suivi Bernadette, emmenée par l'agent officiel. Le Commissariat de Police n'était pas loin. Le Sergent entra avec l'enfant, et, la laissant seule dans le corridor, se retourna pour fermer la porte à la clef et au verrou. Un instant après, Bernadette se trouvait en face du redoutable chef de la Police, M. Dominique. Une foule immense stationnait au dehors. L'homme très-intelligent qui allait interroger Bernadette se sentait assuré d'un facile triomphe et il s'en était à l'avance hautement réjoui. Il était de ceux qui repoussaient obstinément l'explication des savants du pays. Il ne croyait ni à la catalepsie, ni a l'hallucination, ni aux diverses illusions d'une extase maladive. La précision des récits qu'on attribuait à l'enfant, les remarques faites par le docteur Dozous et par plusieurs autres témoins des scènes de la Grotte, lui paraissaient inconciliables avec une telle hypothèses Quant au fait même des Apparitions, il ne croyait point, dit-on, à la possibilité de ces visions ultra-mondaines, et son génie policier, très-apte à dépister des fripons derrière un fait illégal, n'allait peut-être pas jusqu'à découvrir Dieu derrière un fait surnaturel. Aussi, convaincu en lui-même qu'il ne pouvait y avoir que de fausses apparitions, avait-il résolu de trouver, par ruse ou par force, le point de l'erreur et de rendre, aux libres penseurs du Pouvoir ou d'ailleurs, le service signalé de saisir une manifestation surnaturelle, une croyance populaire en flagrant délit d'imposture.

Dans ces dispositions d'esprit, M. Dominique avait, dès les premiers jours, fait surveiller avec soin toutes les démarches de Bernadette, pour voir s'il ne surprendrait pas quelque communication mystérieuse entre la Voyante et tel ou tel membre du Clergé, soit de Lourdes, soit des environs. Il avait même, paraît-il, poussé le zèle de ses fonctions jusqu'à placer dans l'église une créature à lui pour avoir l'œil sur le confessionnal. Mais les enfants du Catéchisme se confessaient à tour de rôle toutes les quinzaines ou tous les mois, et le tour de Bernadette n'était pas encore venu durant ces jours-là. Tous ces consciencieux efforts n'avaient amené la découverte d'aucune complicité dans les actes de fourberie qu'il attribuait à Bernadette. Il en conclut qu'elle agissait probablement seule, sans cependant renoncer tout à fait à ses soupçons.

Lorsque Bernadette entra, il arrêta un instant sur elle ses yeux perçants et aigus, qu'il eut l'art merveilleux d'imprégner tout à coup de bonhomie et d'abandon. Lui, qui avait habituellement le verbe haut avec tout le monde, il se montra plus que poli avec la pauvre fille du meunier Soubirous; il fut doux et insinuant. Il la fit asseoir et prit, pour l'interroger, l'air bienveillant d'un véritable ami « Il paraît que tu vois une- belle Dame à la Grotte de Massabielle, ma bonne petite? Raconte-moi tout ». Comme il venait de dire ces mots, la porte de la salle s'était ouverte doucement et quelqu'un était entré. C'était M. Estrade, Receveur des Contributions indirectes, un des hommes considérables de Lourdes et l'un des plus intelligents. Ce fonctionnaire occupait une partie de cette même maison; et, averti, par la rumeur de la foule, de l'arrivée de Bernadette, il avait eu la très-naturelle curiosité d'assister à l'interrogatoire. Il partageait d'ailleurs, au sujet des Apparitions, les idées du Commissaire et il croyait comme lui, à une fourberie de l'enfant. Il haussait les épaules quand on lui donnait toute autre explication. Il jugeait ces choses tellement absurdes qu'il n'avait pas même daigné aller à la Grotte regarder les scènes étranges que Ton racontait. Gs philosophe s'assit un peu à l'écart, après avoir fait signe au Commissaire de ne point s'interrompre. Tout cela se passa sans que Bernadette parût y faire grande attention. La scène et le dialogue des deux interlocuteurs se trouvèrent ainsi avoir un témoin.

II. A la question qui venait de lui être posée, l'enfant avait levé sur l'homme de police son beau regard innocent et s'était mise à raconter en son langage, c'est-à-dire en patois du pays, et avec une sorte de timidité personnelle qui ajoutait encore quelque chose à son accent de vérité, les événements extraordinaires qui remplissaient sa vie depuis quelques jours. M. Dominique l'écoutait avec une vive attention, continuant d'affecter la bonhomie et la bienveillance. De temps en temps il jetait quelques notes sur un papier qu'il avait devant lui. L'enfant le remarqua, mais ne s'en préoccupa nullement. Quand elle eut achevé son récit, le fonctionnaire de la Police, de plus en plus doucereux et empressé, lui posa des questions sans nombre, comme si sa piété enthousiaste se fût intéressée outre mesure à de si divines merveilles. Il formulait toutes ses interrogations coup sur coup, sans aucun ordre, par petites phrases brèves et précipitées, afin de ne pas laisser à l'enfant le temps de réfléchir. A ces diverses questions Bernadette répondait sans nul trouble, sans l'ombre d'une hésitation, avec la tranquille assurance de quelqu'un que l'on interroge sur l'aspect d'un paysage ou d'un tableau qu'il a sous les yeux. Parfois, afin de se faire mieux comprendre, elle ajoutait quelque geste imitatif, quelque mimique expressive, comme pour suppléer à l'impuissance de sa parole. La plume rapide de M. Dominique avait noté cependant au fur et à mesure toutes les réponses qui lui étaient faites.

Ce fut alors qu'après avoir de la sorte essayé de fatiguer et d'embrouiller l'esprit de l'enfant dans la minutieuse infinité des détails, ce fut alors que le redoutable agent de la Police prit, sans transition, une physionomie menaçante et terrible, et changea brusquement de langage: « Tu mens! s'écria-t-il violemment et comme saisi d'une soudaine colère; tu trompes tout le monde, et si tu ne confesses tout de suite la vérité, je te ferai prendre par les Gendarmes ». La pauvre Bernadette fut aussi stupéfaite à l'aspect de cette subite et formidable métamorphose que si, croyant tenir en ses mains une inoffensive branche d'arbre, elle eût senti tout à coup se tordre, s'agiter et apparaître entre ses doigts les anneaux glacés d'un serpent. Elle fut stupéfaite d'horreur; mais, contrairement au calcul profond de son interlocuteur, elle ne se troubla point. Elle resta en sa tranquillité, comme si une main invisible eût soutenu son âme devant ce choc imprévu. Le Commissaire s'était dressé debout en regardant la porte, comme pour donner à entendre qu'il n'avait qu'à faire un signe pour appeler les Gendarmes et envoyer la visionnaire en prison.

« Monsieur, répondit Bernadette avec une fermeté paisible et douce qui, dans cette misérable petite paysanne, avait une incomparable et simple grandeur, monsieur, vous pouvez me faire prendre par les Gendarmes, mais je ne puis dire autre chose que ce que j'ai dit. c'est la vérité ». « C'est ce que nous allons voir », reprit le Commissaire en se rasseyant et jugeant d'un coup d'œil exercé que la menace était absolument impuissante sur cette enfant extraordinaire. M. Estrade, témoin muet et impartial de cette scène, était partagé entre l'étonnement prodigieux que lui inspirait l'accent de conviction de Bernadette et l'admiration dont le frappait, malgré lui, l'habile stratégie de Dominique dont il avait à mesure qu'elle se déployait devant lui, compris toute la portée. La lutte prenait un caractère tout à fait inattendu entre cette force doublée de finesse, et cette faiblesse enfantine sans autre défense que sa simplicité. L'homme de police, cependant, armé des notes qu'il venait de tracer depuis trois quarts d'heure, se mit à recommencer, mais dans un tout autre ordre et avec mille formes captieuses, son interrogatoire, procédant toujours, suivant sa méthode, par brusques et rapides questions et demandant des réponses immédiates. Il ne doutait point de faire entrer de la sorte, au moins sur quelques points de détail, la petite fille en contradiction avec elle-même. Cela fait, l'imposture était démontrée et il devenait maître de la situation. Mais il épuisa vainement toute la dextérité fie son esprit dans les évolutions multipliées de cette subtile manœuvre. L'enfant ne se contredit en rien, pas même dans ce point imperceptible, dans ce minime iota dont parle l'Evangile. Aux mêmes questions, quels qu'en fussent les termes, elle répondait toujours, sinon les mêmes mots, du moins les mêmes choses, et avec la même nuance. M. Dominique s'obstinait cependant, ne fût-ce que pour fatiguer de plus en plus cette intelligence qu'il voulait prendre en défaut. Il tournait et retournait en tous les sens le récit des Apparitions sans le pouvoir entamer. Il était comme un animal qui voudrait mordre sur un diamant.

« C'est bien, dit-il enfin à Bernadette, je vais rédiger le procès-verbal et te le lire ». Il écrivit rapidement deux ou trois pages en consultant ses notes. Il avait à dessein introduit sur certains détails quelques variantes de peu d'importance comme, par exemple, la forme de la robe, la longueur ou la position du voile de la Vierge. C'était un nouveau piège. Il fut aussi inutile que tous les autres. Bernadette, tandis qu'il lisait et disait de temps en temps: « C'est bien cela, n'est-ce pas? » Bernadette répondait humblement, mais avec fermeté, aussi simple et douce qu'inébranlable: « Non, je n'ai point dit cela, mais ceci », faisait-elle. Et elle rétablissait dans sa vérité première et dans sa l nuance le détail inexact. La plupart du temps, le captieux interlocuteur contestait : « Mais tu as dit cela!.. .Je l'ai écrit au moment même!... Tu as dit ceci de telle façon, à plusieurs personnes de la ville... », etc., etc. Bernadette répondait : « Non, je n'ai point parlé ainsi, et je n'ai pas pu le faire, car ce n'est pas la vérité ». Et le Commissaire était toujours obligé de céder aux réclamations de l'enfant. Chose étrange que l'assurance modeste et invincible de cette petite fille! M. Estrade l'observait avec une surprise croissante. Personnellement, Bernadette était et paraissait d'une extrême timidité: son attitude était humble, un peu confuse même devant toute personne inconnue d'elle.

Et cependant, sur tout ce qui touchait à la réalité des Apparitions, elle montrait une force d'âme et une énergie d'affirmation peu communes. Quand il s'agissait de rendre témoignage de ce qu'elle avait vu, elle répondait sans trouble, avec une impassible assurance. Toutefois, même alors, il était aisé de deviner cette virginale pudeur d'une âme qui. eût aimé à se cacher à tous les regards. On voyait manifestement que c'était seulement par respect pour la vérité intérieure dont elle était la messagère parmi les hommes, par amour pour la « Dame » apparue à à la Grotte, qu'elle triomphait de sa timidité habituelle. Il ne fallait rien moins que le sentiment de son devoir et de sa fonction pour surmonter en elle le penchant intime de sa nature, craintive en toute autre chose et ennemie de l'éclat et du bruit. Le Commissaire revint à la menace : « Si tu continues tes visites à la Grotte, je te ferai mettre en prison; et tu ne sortiras d'ici qu'en me promettant de n'y plus revenir ». « J'ai promis à la Vision d'y aller, dit l'enfant. Et puis, quand arrive le moment, je suis poussée par quelque chose qui vient en moi et qui m'appelle ».

III. L'interrogatoire, on le voit, touchait à sa fin. Il avait été long et n'avait pas tenu moins d'une grande heure. Au dehors la multitude attendait, non sans une inquiète impatience, la sortie de l'enfant, qu'on avait vue, le matin même, transfigurée dans la lumière de l'extase divine. De la salle où se passait la scène que nous venons de raconter, on entendait confusément les cris, les paroles, les interpellations, les mille bruits divers dont se compose le tumulte des foules. La rumeur semblait grossir et devenir menaçante. A un certain moment, il y eut dans cette foule une agitation particulière, comme s'il arrivait au milieu d'elle un nouveau venu vivement attendu et désiré. Presque aussitôt des coups redoublés retentirent à la porte de la maison. Le Commissaire ne sembla pas s'en émouvoir. Les coups devinrent plus violents. Celai qui frappait secouait en même temps la porte et essayait de l'ébranler. Le policier irrité se leva et alla ouvrir lui-même. « On n'entre pas, dit-il avec colère. Que voulez-vous? » « Je veux ma fille! » répondit le meunier Soubirous en pénétrant de force, et en suivant le Commissaire dans la pièce où se trouvait Bernadette. La vue de la physionomie paisible de sa fille calma l'anxieuse agitation du père, et ce ne fut plus qu'un pauvre homme du peuple un peu tremblant devant le, personnage qui, malgré sa modeste position, était par son activité et son intelligence, le plus important et le plus redouté de ce petit pays. François Soubirous avait ôté son béret béarnais et le roulait entre ses mains. Le Commissaire, à qui rien n'échappait, devina la peur du meunier. Il reprit son air de bonhomie et de pitié compatissante. Il lui frappa familièrement sur l'épaule: « Père Soubirous, lui dit-il, prenez garde, prenez garde, prenez garde ! Votre fille est en train de se faire une mauvaise affaire: elle s'engage tout droit dans le chemin de la prison. Je veux bien ne pas l'y envoyer pour cette fois, mais à la condition que vous lui défendrez de retourner à cette Grotte où elle joue la comédie. A la première récidive je serai inflexible, et d'ailleurs, vous savez que M. le Procureur Impérial ne plaisante pas ».

« Puisque vous le voulez, monsieur Dominique, répondit le pauvre père effrayé, je le lui défendrai, et sa mère aussi: et comme elle nous a toujours obéi, elle n'ira certainement pas ». « En tout cas, si elle y va, si ce scandale continue, je m'en prendrai non-seulement à elle, mais à vous », dit le terrible Commissaire redevenant menaçant et les congédiant d'un geste. Au moment où Bernadette et son père sortirent, la foule fit entendre des cris de satisfaction. Puis, l'enfant étant rentrée chez elle, la multitude se dispersa par la ville. Le Commissaire et M. Estrade persistaient d'ailleurs l'un et l'autre dans leur incrédulité relativement au fait même de l'Apparition. Mais une nuance séparait déjà leurs deux négations, et cette nuance était un abîme. L'un supposait Bernadette adroite dans son mensonge, l'autre la, jugeait de bonne fui dans son illusion. « Elle est habile », disait le premier. « Elle est sincère », disait le second.

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Prière pour demander l'amour de la Vérité

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

Notre-Dame de Lourdes, qui avez écrasé sous votre pied le Père du Mensonge, priez l'Esprit-Saint de mettre au fond de nous-mêmes l'inébranlable amour de la Vérité. Que rien en ce monde ne nous semble au-dessus d'elle, caria Vérité c'est Dieu même. Qu'aucune difficulté, qu'aucun intérêt, qu'aucun péril ne nous la fasse renier. Proclamons-la toujours et partout sans nulle crainte des hommes, pleinement assurés que, s'ils se dressent contre nous à cause d'elle, le Seigneur saura mettre sur nos lèvres les paroles qu'il faudra dire, et faire tourner à sa gloire et à celle des justes les manœuvres et les pièges du persécuteur. Marie, à qui fut consacré ce beau pays de France, Reine de notre patrie, faites que nous quittions enfin ces sentiers de mensonge et de fourberie, de ruses et de dol, où l'oubli de Dieu et l'amour du lucre, où la vile passion de l'argent et l'ambition de dominer ont conduit, hélas! Tant d'hommes de notre nation, depuis le marchand qui trompe sur ce qu'il vend jusqu'à l'orateur et à l'écrivain qui préconisent le faux et s'efforcent de faire accepter l'imposture, jusqu'au politique qui abuse les peuples et trouble les nations par des diplomaties à doubles paroles, par le dédain des traités et des lois, par le mépris de la foi jurée. Délivrez-nous de ces hontes et de ces bassesses, ô Reine de gloire et rendez-nous la fière vertu de nos pères. Que par votre intercession, ô Marie, nous redevenions le peuple chrétien, le peuple fils aine de l'Église,' le peuple dont la loyale franchise était telle que cette qualité dominante, qui semblait être son essence, était devenue son propre nom et qu'on l'appelaît « Le peuple franc ». Mère du Dieu de Vérité, Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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4 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Cinquième jour

La quinzaine, émotion publique, la libre pensée, le Clergé, Le curé Peyramale

 

I. De retour à Lourdes, Bernadette dut parler à ses parents de la promesse qu'elle venait de faire à la Dame mystérieuse, et des quinze jours consécutifs pendant lesquels elle devait se rendre à la Grotte. De leur côté, Antoinette et Mme Millet racontèrent ce qui s'était passé, la merveilleuse transfiguration de l'enfant durant l'extase, les paroles de l'Apparition, l'invitation de revenir pendant la Quinzaine. Le bruit de ces étranges choses se propagea t aussitôt de toutes parts, et, franchissant bien vite les couches populaires, jeta, soit dans un sens, soit dans un autre, la plus profonde agitation dans la société de ce pays. Ce jeudi, 18 février 1858, était précisément jour de marché à Lourdes. Il y avait comme à l'ordinaire beaucoup de monde, de sorte que, le soir même, la nouvelle des visions, vraies ou fausses, de Bernadette, se répandit dans la montagne et dans les vallées, à Bagnères, à Tarbes, à Cauterets, à Saint-Pé, à Nay, dans toutes les directions du département et dans les villes du Béarn les plus rapprochées. Dès le lendemain, une centaine de personnes se trouvaient déjà à la Grotte au moment où Bernadette y arriva. Le surlendemain, il y en avait quatre ou cinq cents. On en comptait plusieurs milliers le dimanche matin.

Que voyait-on cependant? qu'entendait-on sous ces roches sauvages? Rien, absolument rien, sinon une pauvre enfant en prière, qui disait voir et qui disait entendre. Plus petite en apparence était la cause, plus inexplicable humainement était l'effet. Il fallait, prétendaient les croyants, ou que le reflet d'en haut fût réellement visible sur cette enfant, ou que le souffle de Dieu, qui agite les cœurs comme il veut, eût passé sur ces multitudes. Spiritus ubi vult spirat. Un courant électrique, une irrésistible puissance à laquelle nul ne pouvait se soustraire, semblaient avoir soulevé cette population à la parole d'une ignorante bergère. Dans les chantiers, dans les ateliers, dans l'intérieur des familles, dans les réunions, parmi les laïques parmi le clergé, chez les pauvres et chez les riches, au cercle, dans les cafés, dans les auberges, sur les places, dans les rues, le soir, le matin, en particulier, en public, on ne s'entretenait que de cela. Qu'on fût sympathique, qu'on fût hostile, qu'on ne fût ni l'un ni l'autre, mais seulement curieux ou inquiet de la vérité, il n'était personne dans le pays dont ces événements singuliers ne fussent en ce moment la plus violente, j'allais dire l'unique préoccupation. L'instinct populaire n'attendait pas que l'Apparition eût dit son nom pour la reconnaître. « C'est sans doute la sainte Vierge », disait-on de tous côtés dans la multitude.

Devant l'autorité, si minime en elle-même, d'une petite fille de treize à quatorze ans, prétendant voir et entendre ce que nul autour d'elle ne voyait ni n'entendait, les philosophes du pays et les savants criaient, les uns à la comédie, les autres à la folie de la fille du meunier. Quelques-uns d'entre eux voulurent voir Bernadette, l'interroger, assister à ses extases. Les réponses de l'enfant furent simples, naturelles sans aucune contradiction, faites avec un accent de vérité auquel il était impossible de se méprendre, et qui portait dans les esprits les plus prévenus la conviction de son entière sincérité. Quant aux extases, ceux qui avaient vu à Paris les grandes actrices de notre temps, déclarèrent que l'art ne pouvait aller jusque-là. Le thème de la comédie ne tint pas vingt-quatre heures devant l'évidence. Les savants, ceux qui avaient laissé d'abord les philosophes trancher la question, prirent en ce moment le haut du pavé. « Cette petite fille, dirent-ils, est sincère, sans ses réponses, parfaitement sincère; mais elle est hallucinée: elle croit voir et ne voit pas, elle croit entendre et n'entend pas. Quant à ses extases, également sincères de sa part, elles ne relèvent ni de la comédie ni de l'art, qui seraient impuissants à produire de tels résultats; elles relèvent de la Médecine. La -fille Soubirous est atteinte d'une maladie: elle est cataleptique. Un dérangement du cerveau compliqué d'un trouble musculaire et nerveux, voilà toute l'explication des phénomènes dont le populaire fait tant de bruit. Rien n'est plus simple ».

Quelques-uns pourtant ne raisonnaient pas tout à fait ainsi. « De tels phénomènes sont rares, disait l'un des médecins les plus distingués de la ville, M. le docteur Dozous, et, pour mon compte, je ne manquerai pas cette occasion de les examiner avec soin ». M. Dufo, avocat, et plusieurs membres du barreau; M. Pougat, président du tribunal; un grand nombre d'autres, résolurent de se livrer, pendant les quinze jours annoncés à l'avance, aux plus scrupuleuses observations, et de se trouver, autant que possible, aux premières places. A mesure que la chose prenait des proportions plus considérables, le nombre des observateurs augmentait,

II. Le Clergé, naturellement, était fortement impressionné par tous ces faits; mais, avec un tact et un bon sens merveilleux, il avait pris, dès le commencement, une attitude des plus réservées et des plus prudentes. Le Clergé, surpris comme tout le monde par l'événement singulier qui s'était brusquement emparé de l'attention publique, se préoccupait vivement d'en connaître la nature. Là où, dans sa largeur d'idées, le Voltairianisme local ne voyait qu'une solution possible, le Clergé en voyait plusieurs. Le fait pouvait être naturel; et, dans ce cas, être produit par une comédie très-habile ou par une maladie très étrange: mais il pouvait être surnaturel; et alors, il y avait à examiner si ce Surnaturel était diabolique ou divin. Dieu a ses miracles, mais le démon a ses prestiges. Le Clergé savait toutes ces choses, et il résolut d'étudier avec un soin extrême les moindres circonstances de l'événement qui était en train de se produire. Il avait d'ailleurs, dès les premiers moments, accueilli avec une très-grande défiance le bruit d'un fait aussi surprenant. Toutefois, ce pouvait être divin, et il n'entendait pas se prononcer à la légère.

L'enfant dont le nom était devenu subitement si célèbre dans ce pays, était complètement inconnue des prêtres de la ville. Depuis les quinze jours de sa rentrée à Lourdes chez ses parents, elle allait au catéchisme; mais l'ecclésiastique chargé cette année-là d'instruire les enfants, M. l'abbé Ponian, ne l'avait point remarquée. Il l'avait pourtant interrogée une fois ou deux, mais sans savoir son nom et sans faire aucune attention à sa personne, perdue qu'elle était dans la foule des enfants, ignorée encore comme le sont habituellement les dernières venues. Lorsque toutes les populations accouraient déjà à la Grotte, vers le troisième jour de la Quinzaine demandée par l'Apparition mystérieuse, M. l'abbé Pomian désirant connaître cette. enfant extraordinaire dont on parlait de toutes parts, l'appela par son nom au catéchisme, comme il faisait souvent quand il voulait interroger. Au nom de Bernadette Soubirous, une petite fille, assez chétive et pauvrement vêtue, se leva humblement. L'ecclésiastique ne remarqua en elle que sa simplicité, et aussi son extrême ignorance de toute matière religieuse.

III. La paroisse avait en ce moment à sa tête un prêtre dont il importe de faire le portrait. M. l'abbé Peyramale, âgé alors d'environ cinquante ans, était, depuis déjà deux années, curé-doyen de la ville et du canton de Lourdes. C'était un homme que la nature avait fait brusque, violent peut-être dans son amour du bien, et que la grâce avait adouci, tout en laissant deviner par moments l'arbre primitif, l'arbre rugueux, mais foncièrement bon, sur lequel la délicate et puissante main de Dieu avait greffé le chrétien et le prêtre. Sa fougue native, entièrement apaisée pour tout ce qui le concernait lui-même, était devenue le pur zèle de la maison de Dieu. En chaire, sa parole, apostolique toujours, était quelquefois rude; elle poursuivait tout ce qui était mal, et aucun abus, aucun désordre moral, d'où qu'il vînt, ne le trouvait indifférent ou faible. Souvent la société de l'endroit, flagellée dans quelqu'un de ses vices ou de ses travers par l'ardente parole du pasteur, avait jeté les hauts . cris. Il ne s'en était point ému et avait fini presque toujours par être, Dieu aidant, vainqueur dans la lutte.

Ces hommes de devoir sont gênants; et on leur pardonne rarement l'indépendance et la sincérité de leur langage. On le pardonnait pourtant à. celui-là: car, lorsqu'on le voyait cheminer par la ville avec sa soutane rapiécée et reprisée, ses gros souliers raccommodés et son vieux tricorne déformé, on savait que l'argent de sa garde-robe s'employait à secourir les malheureux. Ce prêtre, si austère dans ses mœurs, si sévère dans ses doctrines, était d'une bonté de cœur inexprimable, et il dépensait son patrimoine à faire le Lien, aussi obscurément qu'il le pouvait. Mais son humilité n'avait pu parvenir à cacher comme il l'eût voulu sa vie de dévouement; la reconnaissance des pauvres avait parlé : la vie privée est d'ailleurs Lien vite percée à jour dans les petites villes, et il était devenu l'objet de la vénération générale. Rien qu'à voir la façon dont ses paroissiens ôtaient leur chapeau quand il passait dans la rue ; rien qu'à l'accent familier, affectueux et content, dont les pauvres gens, assis sur le pas de leur porte, disaient: « Bonjour, Monsieur le curé! » on devinait qu'un lien sacré, celui du bien modestement accompli, unissait le pasteur à ses ouailles. Les Libres Penseurs disaient de lui: « Il n'est pas toujours commode, mais il est charitable et ne tient pas à l'argent. C'est le meilleur des hommes, malgré la soutane ». Plein d'abandon et de bonhomie dans la vie privée, ne supposant alors jamais le mal et se laissant même quelquefois tromper par des gens qui exploitaient sa bonté, il était, comme prêtre, prudent jusqu'à la défiance dans tout ce qui touchait aux choses de son Ministère et à l'intérêt éternel de la Religion. L'homme pouvait être parfois abusé, le prêtre jamais. Il y a des grâces d'état.

Ce prêtre éminent unissait à un cœur d'apôtre un bon sens d'une rare fermeté et un caractère que rien au monde ne pouvait faire fléchir quand il s'agissait de la Vérité. Les événements ne devaient pas tarder à mettre en lumière ces qualités de premier ordre. En le plaçant à Lourdes à cette époque, la Providence avait eu ses desseins. Domptant en cela sa peu expectante nature, M. l'abbé Peyramale, avant de permettre à son clergé de faire un seul pas et de se montrer à la Grotte, avant de se le permettre à lui-même, résolut d'attendre que les événements eussent pris un caractère nettement détermina, que les preuves se fussent produites dans un sens nu dans l'autre, et que l'autorité ecclésiastique eût prononcé. Il chargea quelques laïques intelligents et sûrs de se rendre aux Roches Massabielle toutes les fois que Bernadette et la multitude s'y transporteraient, et de le tenir au courant, jour par jour et heure par heure, de ce qui se passerait; mais, en même temps qu'il prenait ses mesures pour être parfaitement renseigné, il les prenait aussi pour ne compromettre en rien le Clergé dans cette affaire, dont la véritable nature était encore douteuse. « Laissons faire, disait-il aux impatients. Si, d'un, côté, nous sommes rigoureusement obligés d'examiner avec une extrême attention les faits qui se passent en ce moment, de l'autre, la plus vulgaire prudence nous interdit de nous mêler de nos personnes à la foule qui court vers la Grotte en chantant des cantiques. Abstenons-nous d'y paraître, et ne nous exposons ni à consacrer par notre présence une supercherie ou une illusion, ni à combattre par une décision prématurée, par une attitude hostile, une œuvre venant peut-être de Dieu. Attendons et laissons agir la Providence ».

Telles furent les considérations de haute sagesse qui déterminèrent en ces circonstances M. le curé Peyramale à interdire formellement à tous les prêtres placés sous sa juridiction de paraître à la Grotte de Massabielle, et se faire à lui-même une loi de n'y point aller. Mgr Laurence, évêque de Tarbes, approuva cette prudente réserve, et étendit même à tous les ecclésiastiques du diocèse la défense de se mêler en quoi que ce soit des événements de Lourdes. Cette ligne de conduite, quelque malaisée qu'elle pût être à tenir, fut pourtant observée. Au milieu de ces populations, soulevées tout à coup comme un Océan par un souffle inconnu, et poussées vers la mystérieuse roche, où l'Apparition surnaturelle s'entretenait avec une enfant, le Clergé tout entier, sans une seule exception, se tint à l'écart. Dieu, qui dirigeait invisiblement toutes choses, donna à ses prêtres la force de ne point céder à ce courant inouï et de demeurer immobiles au sein de ce prodigieux mouvement. Cette immense abstention du Clergé devait montrer manifestement que la main et l'action de l'homme n'étaient pour rien en ces événements, et qu'il fallait en chercher la cause ailleurs, ou pour mieux dire plus haut.

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Prière pour le Clergé

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

Notre-Dame de Lourdes! en ce jour où il a été donné à nos esprits attentifs et émus d'entrevoir une âme de prêtre selon votre cœur, nous vous prions, ô Reine de l'Église, pour tous les prêtres de la Catholicité. Nous vous prions en particulier, pour celui à qui vous avez plus spécialement confié le soin de nos âmes, pour notre père spirituel, le Curé de notre paroisse. Donnez-leur à tous, donnez-lui à lui-même l'esprit qui fait les vrais apôtres, l'esprit du saint Curé d'Ars, l'esprit de saint François de Sales, l'esprit de saint Bernard et de François d'Assise, l'esprit de saint Pierre, de saint Paul et de saint Jean, l'esprit du Bon Pasteur, venu en ce monde à la recherche des brebis perdues de la maison d'Israël. Sanctifiez le Clergé chrétien, pour qu'à son tour le Clergé chrétien forme ici-bas des peuples vertueux et qu'il conduise l'âme des multitudes, dans les chemins du Seigneur. Obtenez-lui des grâces surabondantes, en ces temps difficiles où il a tant besoin de la force d'en haut pour faire entendre la parole du salut à ces sociétés incroyantes et corrompues, parmi lesquelles nous avons le malheur de vivre. Nous sommes sourds, aveugles, paralytiques, nous sommes morts, ô Mère du Dieu tout-puissant; et du fond de notre abîme, nous élevons nos cris vers Vous. Envoyez vos Apôtres pour rendre l'ouïe à notre oreille insensible, la vue à nos yeux éteints, le mouvement à notre corps infirme, pour ressusciter notre cadavre, plus pourri dans sa tombe et dans les liens du péché, que celui de Lazare sous ses bandelettes funèbres. Reine des Apôtres, Mère du Dieu-Homme, mère du Dieu réssusciteur, mère de l'Homme ressuscité, Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous ! Ainsi-soit-il.

 

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3 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Quatrième jour

Troisième Apparition

 

I. Durant ces premiers jours de la semaine, plusieurs personnes parmi les gens du peuple vinrent chez les Soubirous interroger Bernadette. Les réponses de l'enfant furent nettes et précises. Elle pouvait être dans l'illusion; mais il suffisait de la voir et de l'entendre pour être certain de sa bonne foi. Sa parfaite simplicité, son âge innocent, l'accent irrésistible de ses paroles, je ne sais, dans tout cet ensemble, quelle autorité étonnante imposaient la confiance, et, la plupart du temps, déterminaient la conviction. Tous ceux qui la voyaient sortaient de leur entretien complètement convaincus de sa véracité, et persuadés qu'un fait extraordinaire s'était passé aux Roches de Massabielle. La déclaration d'une petite fille ignorante ne pouvait pourtant pas suffire pour établir un événement aussi entièrement en dehors de la marche ordinaire des choses. Il fallait d'autres preuves que la parole d'une enfant. Qu'était-ce, d'ailleurs, que cette Apparition, en la supposant réelle? Était-ce un esprit de lumière ou un ange de l'abîme? N'était-ce point quelque âme en souffrance, errante et demandant des prières? ou bien telle où telle personne, morte naguère dans le pays en odeur de sainteté, et se manifestant dans sa gloire? La foi et la superstition proposaient chacune leurs hypothèses.

Les cérémonies funèbres du mercredi des Cendres contribuèrent-elles à incliner-vers l'une de ces Solutions une jeune fille et une dame de Lourdes? Virent-elles, dans la blancheur éclatante des vêtements de l'Apparition, quelque idée de linceul ou quelque apparence de fantôme? Nous ne savons. La jeune fille se nommait Antoinette Peyret et faisait partie de la Congrégation des Enfants de Marie; l'autre était Mme Millet. « C'est sans doute quelque âme du Purgatoire qui implore des Messes », pensèrent-elles. Et elles allèrent trouver Bernadette. « Demande à cette Dame qui elle est et ce qu'elle veut, lui dirent-elles, qu'elle te l'explique; ou, mieux encore, comme tu pourrais ne pas bien comprendre, qu'elle te le mette en écrit ». Bernadette, qui se sentait, par un mouvement intérieur, vivement portée à retourner à la Grotte, obtint de ses parents une nouvelle permission; et le lendemain matin, jeudi 18 février, vers six heures, à la naissance de l'aube, après avoir entendu à l'église la Messe de cinq heures et demie, elle prit, avec Antoinette Peyret et Mme Millet, la direction de la Grotte.

II. La réparation du moulin de M. de Laffitte était terminée et le canal qui le faisait mouvoir avait été rendu a son libre cours; de sorte qu'il était impossible de passer comme auparavant par l'île du Chalet pour se rendre au but du voyage. Il fallait monter sur le flanc des Espélugues, en prenant un chemin fort malaisé qui conduisait à la forêt de Lourdes, redescendre ensuite par des casse-cou jusqu'à la Grotte, au milieu des rochers et du tertre, rapide et sablonneux, de Massabielle. Devant ces difficultés inattendues, les deux compagnes de Bernadette furent un peu effrayées. Celle-ci, au contraire, parvenue en cet endroit, éprouva comme. un frémissement, comme une hâte d'arriver. Il lui semblait que quelqu'un d'invisible la soulevait et lui prêtait une énergie inaccoutumée. Elle, d'ordinaire si frêle, se sentait forte en cet instant. Son pas devint si rapide à la montée de la côte, qu'Antoinette et Mme Millet, toutes deux dans la force de l'âge, avaient peine à la suivre. Son asthme, qui lui interdisait toute course précipitée, paraissait avoir momentanément disparu. Arrivée au sommet, elle n'était ni haletante ni fatiguée. Tandis que ses deux compagnes ruisselaient de sueur, son visage était calme et reposé. Elle descendit les rochers, qu'elle franchissait pourtant pour la première fois, avec la même aisance et la même agilité, ayant toujours conscience d'un invisible appui qui la guidait et qui la soutenait. Sur ces pentes à peu près à pic, au milieu de ces pierres roulantes, au-dessus de l'abîme, son pas était aussi ferme et aussi assuré que si elle eût marché sur le sol large et plan d'une grande route. Mme Millet et Antoinette n'essayèrent pas de la suivre dans cette impossible allure. Elles descendirent avec la lenteur et les précautions nécessitées par une voie si périlleuse. Bernadette arriva par conséquent à la Grotte quelques minutes avant elles. Elle se prosterna, commença la récitation du chapelet, en regardant la niche, encore vide, que tapissaient les branches de l'églantier.

Tout à coup elle pousse un cri. La clarté bien connue de l'auréole rayonne dans le fond de l'excavation; une Voix se fait entendre et l'appelle. La merveilleuse. Apparition se trouvait encore une fois, debout à quelques pas au-dessus d'elle. La Vierge admirable penchait vers l'enfant son visage tout illuminé d'une sérénité éternelle; et, d'un geste de sa main, elle lui faisait signe d'approcher. En ce moment arrivaient, après mille efforts pénibles, les deux compagnes de Bernadette, Antoinette et Mme Millet. Elles aperçoivent les traits de l'enfant, transfigurés par l'extase. Celle-ci les entend et les voit. « Elle est là, dit-elle. Elle me fait signe d'avancer ». « Demande lui si Elle est fâchée que nous soyons ici avec toi. Sans cela nous nous retirerions ». Bernadette regarda la Vierge, invisible pour toute autre qu'elle, écouta un instant et se retourna vers ses compagnes. « Vous pouvez rester », répondit-elle. Les deux femmes s'agenouillèrent à côté de l'enfant et allumèrent un cierge bénit qu'elles avaient apporté. C'était sans cloute la première fois, depuis la création du monde, qu'une telle lueur brillait en ce lieu sauvage. Cet acte si simple, qui semblait inaugurer un sanctuaire, avait en lui-même une mystérieuse solennité.

A supposer que l'Apparition fût divine, ce signe d'adoration visible, cette humble petite flamme allumée par deux pauvres femmes de la campagne ne s'éteindrait plus, et irait chaque jour grandissant dans la longue série des siècles. Le souffle de l'incrédulité aurait beau s'épuiser en efforts, l'orage de la persécution aurait beau se lever; cette flamme entretenue par la foi des peuples, continuerait de monter, droite et inextinguible, vers le trône de Dieu. Tandis que ces rustiques mains, sans doute inconscientes d'elles-mêmes, l'allumaient ainsi en toute simplicité et pour la première fois dans cette Grotte où priait une enfant, l'aube, blanchissante d'abord, avait successivement pris la teinte de l'or et celle de la pourpre, et le Soleil, qui devait bientôt, à travers et malgré les nuages, inonder la terre de sa lumière, commençait à poindre derrière la cime des monts. Bernadette, ravie en extase, contemplait la beauté sans tache. Ses compagnes l'interpellèrent alors: « Avance vers Elle, puisqu'elle t'appelle et te fait signe. Approche-toi. Demande-lui qui Elle est? pourquoi elle vient ici?... Est-ce une âme du Purgatoire qui implore des prières, qui souhaite qu'on dise des Messes pour elle?... Prie-la d'écrire sur ce papier ce qu'elle désire. Nous sommes disposées à faire tout ce qu'elle veut, tout ce qui est nécessaire pour son repos ».

La Voyante prit le papier, l'encre et la plume qu'on lui tendait, et s'avança vers l'Apparition, dont le regard maternel l'encouragea en la voyant approcher. Pourtant, à chaque ,pas que faisait l'enfant, l'Apparition reculait peu à peu dans l'intérieur de l'excavation. Bernadette la perdit de vue un instant et pénétra sous la Voûte de la Grotte d'en-bas. Là, toujours au-dessus d'elle mais beaucoup plus près, dans l'ouverture de la niche, elle revit la Vierge rayonnante. Bernadette, tenant en main les objets qu'on venait de lui donner, se dressa sur ses pieds pour atteindre, avec ses petits bras et sa modeste taille, a la hauteur où se tenait debout l'Être surnaturel. Ses deux compagnes avancèrent aussi pour tâcher d'entendre l'entretien qui allait s'engager. Mais Bernadette, sans se retourner, et comme obéissant elle-même à un geste de l'Apparition, leur fit signe de la main de ne point approcher. Toutes confuses, elles se retirèrent un peu à l'écart. « Ma Dame, dit l'enfant, si vous avez quelque chose à me communiquer, voudriez-vous avoir la bonté d'écrire qui vous êtes et ce que vous désirez ». La divine Vierge sourit à cette demande naïve. Ses lèvres s'ouvrirent et elle parla: « Ce que j'ai à vous dire, répondit-Elle, je n'ai point besoin de l'écrire. Faites-moi seulement la grâce de venir ici pendant quinze jours ». « Je vous le promets », dit Bernadette.

La Vierge sourit de nouveau et fit un signe de satisfaction, montrant ainsi sa pleine confiance en la parole de cette pauvre paysanne de quatorze ans. Elle savait que la petite bergère de Bartrès était comme ces enfants très-purs dont Jésus aimait à caresser les têtes blondes, en disant: « Le royaume des cieux est pour ceux-là qui leur ressemblent ». A la parole de Bernadette, Elle répondit, elle aussi, par un engagement solennel: « Et Moi, dit-elle, je vous promets de vous rendre heureuse, non point dans ce monde, mais dans l'autre ». A l'enfant qui lui accordait quelques jours, Elle assurait en compensation, l'éternité. Bernadette, sans perdre de vue l'Apparition, retourna vers ses compagnes.

Elle remarqua que, tout en la suivant elle-même des yeux, la Vierge reposa un long moment et avec bienveillance son regard sur Antoinette Peyret, celle des deux qui n'était point mariée et qui faisait partie de la Congrégation des Enfants de Marie. Elle leur répéta ce qui venait de se passer. « Elle te regarde en ce moment », dit l'a Voyante à Antoinette. Celle-ci fut toute saisie de cette parole, et, depuis cette époque, elle vit de ce souvenir. « Demande-lui, dirent-elles, si cela la contrarierait que, durant cette Quinzaine, nous vinssions t'accompagner ici tous les jours? » Bernadette s'adressa à l'Apparition. « Elles peuvent revenir avec vous, répondit la Vierge, elles et d'autres encore. Je désire y voir du monde ». En disant ces mots, Elle disparut, laissant après elle cette clarté lumineuse dont elle était entourée et qui s'évanouit elle-même peu à peu. Cette fois-là, comme les autres, l'enfant remarqua un détail qui semblait comme la loi de cette auréole dont la Vierge était constamment entourée. « Quand la Vision a lieu, disait-elle en son langage, je vois la Lumière tout d'abord et ensuite la « Dame »; quand cette Vision cesse, c'est la « Dame » qui disparaît la première et !a Lumière en second lieu.

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Prière pour demander la vertu d'Espérance

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

Notre-Dame de Lourdes, nous osons vous demander pour nous-mêmes ce que vous avez promis à Bernadette ravie. Assurez-nous le bonheur, non point sur cette terre fugitive où nous ne faisons que passer, mais en ce monde définitif et éternel où, au milieu des Anges et des Saints, vous êtes assise sur un Trône de gloire, ô Reine des Bienheureux. Avec une vertu solide, faites descendre en nos coeurs cette immortelle espérance, qui allégera pour nous toutes les peines de la vie, qui adoucira toutes les amertumes de notre exil, et qui nous fera goûter, même dès ici-bas parmi les inévitables traverses et les labeurs de l'humaine existence, la paix, la douce paix du chrétien, cet avant-goût terrestre du bonheur des élus. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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30 avril 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Premier jour

Lourdes, Les Roches Massabielle et la Famille Soubirous

 

I. Dans le département des. Hautes-Pyrénées, à l'embouchure des sept vallées du Lavedan, entre les dernières ondulations des coteaux qui terminent la plaine de Tarbes et les premiers escarpements abrupts qui commencent la Grande-Montagne, est située la ville de Lourdes. Les maisons, assises irrégulièrement sur un terrain accidenté, sont groupées presque en désordre à la base d'un rocher énorme, isolé de tout et sur lequel est hissé, comme un nid d'aigle, un formidable château fort. Au pied de ce roc, du côté opposé à la ville, à l'ombre des aulnes, des frênes et des peupliers, le Gave court tumultueusement, brisant ses eaux écumantes contre un barrage de cailloux et faisant tourner sur ses rives les roues sonores de trois ou quatre moulins. Lourdes est le carrefour des eaux thermales, et depuis un siècle ou deux cette petite ville est traversée constamment par les baigneurs et les touristes venus de tous les coins de l'Europe. Il en est résulté une civilisation assez avancée. La cité entière et la forteresse sont situées sur la rive droite du Gave. Un vieux pont, bâti en amont, à quelque distance des premières maisons de la ville, ouvre une communication avec la campagne, les prairies, les forêts et les montagnes de la rive gauche. Sur cette dernière rive, un peu au-dessous du pont et en fa:e du château, une prise d'eau pratiquée dans le Gave donne naissance à un très-fort canal. Ce canal va rejoindre le Gave à un kilomètre en aval, après avoir dépassé de quelques mètres seulement les Roches Massabielle, dont il baigne la base. L'île très-allongée qui est formée par le Gave et par ce courant, est une vaste et verdoyante prairie. Dans le pays on l'appelle l'île du Chalet, ou, plus brièvement, le Chalet. Le moulin de Savy, le seul qui se trouve sur la rive gauche, est bâti à cheval sur le canal et sert de pont entre la prairie et la terre ferme.

II. Le 11 février inaugurait en 1858 la semaine des réjouissances profanes qui, suivant un usage immémorial, précèdent les austérités du Carême. C'était le jour du Jeudi Gras. Le temps était froid, un peu couvert, mais très calme. Dans les profondeurs du ciel, les nuages se tenaient immobiles. Aucune brise ne les poussait les uns contre les autres, et l'atmosphère était d'une entière placidité. Par moments tombaient du ciel quelques rares gouttes d'eau. Ce jour-là, d'après les privilèges particuliers de ses Offices Propres, le diocèse de Tarbes célébrait la mémoire et la fête de l'illustre bergère de France, sainte Geneviève. Onze heures du matin avaient déjà sonné à l'horloge de l'église de Lourdes. Tandis que, presque partout, se préparaient de joyeuses réunions et des festins, une famille de pauvres gens, qui demeuraient comme locataires dans une misérable maison de la rue das Petits-Fossés, n'avait pas même de bois pour faire cuire son maigre dîner. Le père, encore jeune, exerçait la profession de meunier, et il avait pendant quelque temps exploité, comme fermier, un petit moulin assis au nord de la ville, sur l'un des ruisseaux qui se jettent dans le Gave. Mais ce métier exige des avances, les gens du peuple ayant coutume de faire moudre à crédit; et le pauvre meunier, pour cette raison, avait été obligé de renoncer à la ferme du petit moulin, où son travail, loin de le mettre dans l'aisance, avait contribué à le jeter dans une indigence plus profonde. En attendant des jours meilleurs, il travaillait, non point chez lui, car il n'avait rien au monde, pas même un petit, jardin, mais de divers côtés, chez quelques voisins, qui l'employaient. de temps en temps comme journalier. Il se nommait François Soubirous et était marié à une très-honnête femme, Louise Castérot, qui était une bonne chrétienne et qui soutenait son courage. Ils avaient quatre enfants: deux filles, dont l'aînée avait environ quatorze ans, et deux garçons beaucoup plus jeunes; le dernier avait environ trois ans.

III. Depuis quinze jours seulement leur fille aînée, une chétive enfant, demeurait avec eux. C'est cette petite fille qui doit jouer un rôle considérable dans notre récit, et nous avons étudié avec soin toutes les particularités et tous les détails de sa vie. Lors de sa naissance, sa mère, malade à cette époque, n'avait pu l'allaiter, et elle l'avait mise en nourrice dans un village voisin, à Bartrès, où l'enfant demeura après son sevrage. Louise Soubirous était devenue mère une seconde fois; et deux enfants à soigner en même temps l'eussent retenue au logis et empêchée d'aller en journée et dans les champs, ce qu'elle pouvait faire aisément avec un seul nourrisson. C'est pour cela que les parents laissèrent leur première-née à Bartrès. Ils payaient pour son entretien, quelquefois en argent et plus souvent en nature, une pension de cinq francs par mois.

Lorsque la petite fille eut atteint l'âge d'être utile, et qu'il fut question de la reprendre dans la maison paternelle, les bons paysans qui l'avaient nourrie s'aperçurent qu'ils s'étaient attachés à elle et qu'ils la considéraient, ou à peu près, comme une de leurs enfants. Dès ce moment, ils se chargèrent d'elle pour rien, l'employant à garder les brebis. Elle grandit ainsi au milieu de cette famille adoptive, passant toutes ses journées dans la solitude, sur les coteaux déserts où paissait son humble troupeau. En fait de prières, elle ne connaissait au monde que le chapelets Soit que sa mère nourrice le lui eût recommandé, soit que ce fût un besoin naïf de cette âme innocente, partout et à toute heure, en gardant ses brebis, elle récitait cette prière des simples. Puis elle s'amusait toute seule avec ces joujoux naturels que la Providence maternelle fournit aux enfants du pauvre, plus aisés à contenter, en cela comme en tout, que les enfants du riche: elle jouait avec les pierres qu'elle entassait en petits édifices enfantins, avec les plantes et les fleurs qu'elle cueillait çà et là, avec l'eau des ruisseaux où elle jetait et suivait de l'œil d'immenses flottes de brins d'herbes; elle jouait avec celui qui était son préféré dans le troupeau confié à ses soins. « De tous mes agneaux, disait-elle un jour, il y en a un que j'aime plus que tous les autres ». « Et lequel? » lui demanda-t-on. « Celui que j'aime, c'est le plus petit ». Et elle se plaisait à le caresser et à folâtrer avec lui.

Elle était elle-même parmi les enfants comme ce pauvre agneau, faible et petit, qu'elle aimait. Quoiqu'elle eût déjà quatorze ans, tout au plus si on lui en eût donné onze ou douze. Sans être pour cela maladive, elle était sujette aux oppressions d'un asthme qui parfois la faisait beaucoup souffrir. Elle prenait en patience son mal, et acceptait ses douleurs physiques avec cette résignation tranquille qui paraît aux uns si difficile et que les autres semblent trouver toute naturelle. A cette école innocente et solitaire, la pauvre bergère apprit peut-être ce que le monde ignore : la simplicité qui plaît tant à Dieu. Loin de tout contact impur, s'entretenant avec la Vierge Marie, passant son temps et ses : heures à la couronner de prières en égrenant son chapelet, elle conserva cette candeur absolue, cette pureté baptismale que le souffle du monde ternit si vite, même chez les meilleurs.

Telle était cette âme d'enfant, limpide et paisible comme ces lacs inconnus qui sont perdus dans les hautes montagnes et où se mirent en silence toutes les splendeurs du ciel. « Heureux les cœurs purs, dit l'Evangile: ce sont ceux-là qui verront Dieu! » Ces grands dons sont des dons cachés, et l'humilité qui les possède les ignore souvent elle-même. La petite fille avait déjà quatorze ans; et si tous ceux qui l'approchaient par hasard se sentaient attirés vers elle et secrètement charmés, elle n'en avait point conscience. Elle se considérait comme la dernière et la plus arriérée des enfants de son âge. Elle ne savait, en effet, ni lire ni écrire. Bien plus, elle était tout à fait étrangère à la langue française, et ne connaissait que son pauvre patois pyrénéen. On ne lui avait jamais appris le catéchisme. En cela aussi son ignorance était extrême: « Notre Père, Je vous salue. Je crois en Dieu, Gloire au Père », récités au courant du chapelet, constituaient tout son savoir religieux. Après de tels détails, il est inutile d'ajouter qu'elle n'avait point fait sa première communion. C'était précisément pour l'y préparer et l'envoyer au catéchisme que les Soubirous venaient de la retirer du village perdu, habité par ses parents nourriciers, et de la prendre chez eux, à Lourdes, malgré leur excessive pauvreté.

Elle était depuis deux semaines rentrée au logis paternel. Préoccupée de son asthme, de sa frêle apparence, sa mère avait pour elle des soins particuliers. Tandis que les autres enfants de la famille allaient nu-pieds dans leurs sabots, celle-ci avait des bas dans les siens; tandis que sa sœur et ses frères couraient librement au dehors, elle était presque constamment utilisée à l'intérieur. L'enfant, habituée au grand air, eût aimé à sortir. Donc ce jour-là était le Jeudi Gras: onze heures avaient sonné, et ces pauvres gens n'avaient pas de bois pour préparer leur dîner. « Va en ramasser sur le bord du Gave ou dans les Communaux », dit la mère à Marie, sa seconde fille. De même qu'en bien des endroits, les indigents avaient, dans la commune de Lourdes, un menu droit de cueillette sur les branches desséchées que le vent faisait tomber Ides arbres, sur les épaves de bois mort que le torrent déposait et laissait parmi les cailloux du rivage. Marie chaussa ses sabots. L'aînée, celle dont nous venons de parler, la petite bergère de Bar très, la regardait d'un œil d'envie. « Permettez-moi de la suivre, dit-elle enfin à sa mère, je rapporterai, moi aussi, mou petit paquet de bois ». « Non, répondit Louise Soubirous: tu tousses, tu prendrais du mal ». Une jeune fille de la maison voisine, Jeanne Abadie, âgée d'environ quinze ans, était entrée sur ces entrefaites et se disposait également à aller à la cueillette du bois. Toutes ensemble insistèrent, et la mère se laissa fléchir. L'enfant avait en ce moment, comme c'est la coutume parmi les paysannes du Midi, la tête coiffée d'un mouchoir, noué sur le côté. Cela ne parut pas suffisant à la mère. « Prends ton capulet », lui dit-elle. Le capulet est un vêtement très-gracieux, particulier aux races pyrénéennes, et qui tient à la fois de la coiffure et du petit manteau; c'est une espèce de capuchon, en drap très-fort, tantôt blanc comme la toison des brebis, tantôt d'un rouge éclatant, qui couvre la tête et retombe en arrière sur les épaules jusqu'à la hauteur des reins. Le capulet de la petite bergère de Bartrès était blanc.

IV. Les trois enfants sortirent de la ville, et, traversant le pont, arrivèrent bientôt sur la rive gauche du Gave. Elles passèrent par le moulin de Savy et entrèrent dans file du Chalet, cherchant çà et là des débris de bois pour faire leur petit fagot. Elles descendaient peu à peu la prairie en suivant le cours du Gave. La frêle enfant que la mère avait hésité à laisser sortir cheminait un peu en arrière. Moins heureuse que ses deux compagnes, elle n'avait encore rien trouvé, et son tablier était vide, tandis que celui de sa sœur et de Jeanne commençaient à se garnir de menues branches et de copeaux. Vêtue d'une robe noire tout usée et raccommodée, son délicat visage encadré dans le capulet blanc qui recouvrait sa tête et retombait sur ses épaules, les pieds fermés dans ses grossiers sabots, elle avait une grâce innocente et rustique qui charmait le cœur plus encore que les yeux.

Elle était petite pour son âge. Bien que ses traits enfantins fussent un peu hâlés par le soleil, ils n'avaient rien perdu de leur délicatesse native. Ses cheveux, noirs et fins, paraissaient à peine sous son mouchoir. Son front, assez découvert, était d'une incomparable pureté de lignes. Ses sourcils bien arqués, ses yeux bruns, plus doux en elle que des yeux bleus, avaient une beauté tranquille et profonde, dont aucune passion mauvaise n'avait jamais troublé la limpidité magnifique. C'était l'œil simple dont parle l'Évangile. La bouche, merveilleusement expressive, laissait deviner dans l'âme un mouvement habituel de bonté et de compassion pour toute souffrance. La physionomie, douce et intelligente, plaisait; et tout cet ensemble possédait un attrait extraordinaire, qui se faisait sentir aux côtés les plus élevés de l'âme. Qu'était-ce que cet attrait, j'allais dire cet ascendant et cette autorité secrète en cette pauvre enfant ignorante et vêtue de haillons? C'était la plus grande et la plus rare chose qui soit en ce monde: la majesté de l'innocence.

Nous n'avons point encore dit son nom. Elle avait pour patron un grand Docteur de l'Église, celui dont le génie s'abrita plus particulièrement sous la protection de la Mère de Dieu, l'auteur du Memorare, « Souvenez-vous, ô très-pieuse Vierge Marie », l'admirable saint Bernard. Toutefois, suivant une habitude qui a sa grâce, ce grand nom donné à cette humble paysanne avait pris une tournure enfantine et champêtre. La petite fille portait un joli nom, gracieux comme elle: elle s'appelait Bernadette. Elle suivait sa sœur et sa compagne le long de la prairie du moulin, et cherchait, mais inutilement, parmi les herbes, quelques morceaux de bois pour le foyer de la maison. Telle devait être Ruth ou Noémi, allant glaner dans les champs de Booz.

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Prière pour demander l'esprit de simplicité et d'humilité

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

O Notre-Dame de Lourdes, ô Vierge Marie que Dieu voulut choisir pour épouse et pour mère dans le pauvre atelier d'un charpentier de village; Vous qu'il aima à cause de votre humilité profonde et de votre simplicité absolue; Vous dont le cœur maternel s'incline doucement vers ceux qui vous ressemblent et qui, du haut du Ciel où vous régnez dans la gloire, avez regardé d'un œil de prédilection cette violette cachée sous l'herbe, cette fleur perdue dans les bois, cette petite Bernadette ignorée de tous: ô trône vivant de la Sagesse éternelle! donnez-nous de comprendre enfin le néant de tout ce qui brille, le néant de tout ce dont le monde est épris, et la divine réalité de tout ce que dédaigne l'orgueil insensé des humains. O Vierge des Vierges, qui aviez à peine seize ans quand l'Ange Gabriel vous proclama o bénie entre toutes les femmes, et vous annonça que vous étiez élue pour être la Mère du Dieu trois fois Saint, ô très-pure Marie, qui avez gardé toute la vie la candide innocence du premier âge, obtenez-nous la grâce de nous pénétrer à jamais de cette parole de Notre-Seigneur, votre Fils: « En vérité, en vérité je vous le déclare, si vous ne devenez semblable à ces petits enfants, vous n'entrerez point dans le Royaume des Cieux ». Donnez-nous aussi d'aimer ceux que vous aimez vous-même: les pauvres, les humbles, les simples, et de vénérer dans leur personne les préférés du Seigneur, les futurs princes de son Royaume. Donnez-nous l'esprit de pauvreté, l'esprit d'humilité, l'esprit de simplicité: là seulement est la vie véritable, là est la paix de l'âme, là est la joie du cœur. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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29 février 2012

Sainte Godeliève

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Sainte Godeliève

Sainte Patronne des époux malheureux

+ 1070

Fête le 6 juillet

 

Vers l'an 1049, sous le règne d'Henri Ier, naquit Godeliève Si vous allez en Belgique, à Gistel, non loin de Bruges, vous y découvrirez un culte très vivant aujourd'hui en Flandre. Son père s'appelait Hemfrid, il était seigneur de Wierre-Effroy, dans le Boulonnais. Sa mère s'appelait Ogine. Ils eurent trois filles : Ogine, Adèle et Godeliève Ils habitaient le château de Wierre à Longfort. Parvenue à l'âge de jeune fille, Godeliève était charmante, intelligente, gracieuse et très belle. Sa chevelure était noire. Mieux qu'aucune jeune fille, elle maniait le fuseau et l'aiguille. La réputation de sa sagesse et de sa beauté se répandirent jusqu'aux confins du pays. Un jeune seigneur flamand, Bertholf de Ghistelles, entendit parler d'elle et se jura de l'épouser. Il se rendit à Longfort et la vue de Godeliève lui fit tant impression qu'il se déclara de suite. Mais Hemfrid, son père, répondit qu'il ne voulait pas contrarier sa fille qui désirait devenir religieuse. Bertolf rentra à Ghistelles et sut mettre le comte de Flandre Beaudoin, son parent, dans ses desseins. Après l'intervention de Beaudoin auprès du comte Eustache de Boulogne, et par son intermédiaire, à Hemfrid, Godeliève donna son consentement pour de pas déplaire à ses parents. Ce ne fut pas sans pleurer que Godeliève quitta ses parents. Bertolf avait souvent parlé de sa mère à Godeliève et de la tendresse qu'elle avait pour son fils. Godeliève se proposa de la regarder comme sa propre mère et d'avoir la tendresse d'une fille. Arrivés au château, Bertolf présenta Godeliève à sa mère. Pénétrée par la jalousie, elle dit « Que nous amenez-vous là ? Nous avons assez de corneilles dans notre pays, sans que vous alliez de si loin chercher celle-ci !... » Elle les quitta les laissant dans une grande stupéfaction.

Dès ce moment, Bertolf sentit s'éteindre le feu de son amour pour Godeliève Le soir, voyant Godeliève laissant flotter ses cheveux noirs, la mère de Bertolf entra dans une rage violente, disant à ses femmes de chambre : « Voyez la belle corneille que mon fils s'est choisie. Il a déshonoré notre maison. Honte et malédiction sur toi Bertolf, tu feras le tourment de ma vie, maudit sois-tu mille fois ! » Il faut se souvenir que Bertolf était de race Nortmanne ou Germanique et que, comme tous les hommes de cette race, il avait une haute stature, les yeux bleus et les cheveux blonds. Godeliève était née dans le Boulonnais longtemps occupé par les Romains. Comme ces conquérants avaient les cheveux noirs, on peut penser que du sang Romain coulait dans ses veines. Cela explique en partie l'antipathie de la mère de Bertolf. Bertolf finit par avoir horreur de son mariage et songea à le faire casser. Sa mère lui conseilla de partir en voyage. Elle s'occuperait de Godeliève Prenant prétexte que Bertolf était parti en pèlerinage à Notre Dame de Bruges, pour que sa femme soit féconde, la mère commença à persécuter Godeliève Elle l'injuria, la traitant de corneille, l'obligeant à rendre tous ses bijoux. Puis elle conduit Godeliève dans une cellule du château en lui imposant une jeune fille comme aide mais aussi espion et qui lui apporterait à manger. Les valets étaient chargés de l'injurier au passage. Godeliève ne cessait cependant de prier pour ses persécuteurs. Bertolf revint mais influencé par sa mère, il adopta la même attitude qu'elle en injuriant et repoussant Godeliève La mère redoubla ses injures et ses coups, Bertolf faillit avoir pitié mais sa mère clama que cette fille était tout juste bonne à chasser les corneilles

Elle fut donc envoyée dans les champs pour chasser les corneilles avec la servante qui lui était adjointe. Bertolf, de son côté, courait de ville en ville en répandait de noires calomnies sur sa femme. Mais personne n'y croyait. Une femme touchée de compassion vint trouver Godeliève et la supplia de rentrer chez ses parents. Elle sut faire de la servante sa complice et toutes deux partirent à la dérobée vers Longfort. Au château, personne ne la reconnut tant les mauvais traitement l'avait défigurée. Quand elle se nomma, son père Hemfrid se mit en colère et parti se plaindre à Beaudoin comte de Flandres. Mais Beaudoin pensa qu'il s'agissait là d'une affaire ecclésiastique et lui proposa d'aller trouver l'évêque de Tournai et de Soissons. Celui-ci lança un mandement enjoignant à Bertolf de reprendre sa femme et de vivre en bonne intelligence avec elle. Bertolf effrayé rejeta tout sur sa mère et promis de respecter le mandement. Godeliève retourna donc à Gistelles mais pour y retrouver la même vie : la cellule, peu de nourriture, les injures.

Un an passa, Bertolf et sa mère, furieux de voir qu'ils n'arrivaient pas à se débarrasser de Godeliève décidèrent d'utiliser un moyen violent. Il feignit de se repentir de sa conduite en prétextant qu'une maladie s'était jetée sur lui. Il promit de vivre avec elle comme au premier jour. Godeliève étonnée mais confiante, s'habilla magnifiquement pour plaire à son mari. Cela dura huit jours. Puis Bertolf lui confia qu'il avait fait appel à une matrone pour le guérir de ses mauvais penchants et lui proposa d'être aussi introduite auprès d'elle. Le soir, Il monta sur son cheval et partit vers Bruges afin de ne pas être soupçonné de complicité du crime qu'il avait ordonné. Godeliève qui avait passé la soirée dans la chapelle, rentra dans sa chambre et s'endormit. Peu de temps après, on frappa à sa porte pour l'avertir de ce que la femme dont Bertolf lui avait parlé était là et voulait la voir. Godeliève ouvre la porte et se dispose à s'habiller. « Non madame, dirent les scélérats, c'est en négligé et avec vos cheveux épars qu'elle veut vous voir. » Godeliève, vêtue de sa tunique s'empressa de descendre. A peine est-elle dans la cour que des hommes se lancent sur elle et l'étranglent avec une nappe longue et étroite. Godeliève ne poussa pas un seul cri. Elle perdit en même temps la voix, le souffle et la vie. Comme le sang lui sortait pas les yeux, la bouche et les narines, les bourreaux la jetèrent dans le puits de la cour, puis, après l'avoir lavée, la couchèrent dans son lit pour faire croire qu'elle était morte naturellement.

Ceci se passa dans la nuit du 6 au 7 juillet 1070. Le matin, les domestiques trouvèrent le cadavre et remarquèrent les traces d'étouffement. Bertolf rentra dans la journée et feignit le désespoir. Sa mère fit de même. Mais ils ne trompèrent personne. Ensuite, Bertolf contracta une seconde union. Mais il eut de cette femme une fille aveugle de naissance. Bertolf y vit la punition de son crime. A l'âge de 9 ans, la petite fille qui avait entendu parler de Godeliève et de ses qualités, se prit à l'aimer tendrement et la priait tous les jours. Un matin, elle prit de l'eau du puits dans lequel avait été jeté Godeliève et s'en frotta les yeux puis recouvrit la vue. Bertolf n'en fut que plus mortifié. Il partit à Rome pour obtenir le pardon, de son crime et finit ses jour dans un monastère où il observait la plus grande pénitence. Godeliève est invoqué par les femmes qui sont maltraitées par leur mari ou par celle qui ont un mari de mauvaise humeur. On l'invoque aussi contre les maux de gorge et l'esquinancie. On la représente avec un linge tordu autour du cou ou avec une corde. Elle porte généralement un morceau de pain qu'elle donnait aux pauvres.

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Prières à Sainte Godeliève

 

Sainte Godeliève, qui, dans les plus douloureuses circonstances, avez brillé par votre bonté et votre patience, apprenez-nous à être bons pour les autres, et surtout pour ceux qui souffrent. Secourez-nous quand nous sommes atteints de maux de gorge ou de la vue. Protégez nos familles ; faites qu'elles demeurent toujours unies et fécondes. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Ainsi soit-il.

 

Sainte Godeliève, qui, dans les plus douloureuses circonstances, avez brillé par votre bonté et votre patience, apprenez-nous à être bons pour les autres, et surtout pour ceux qui souffrent. Secourez-nous quand nous sommes atteints de maux de gorge ou de la vue. Protégez nos familles ; faites qu'elles demeurent toujours unies et fécondes. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Ainsi soit-il.

 

Daigne Seigneur, exaucer nos prières, et fais que, célébrant avec ferveur le courage et les souffrances de la bienheureuse Godeliève, Ta vierge et martyre, nous soyons, par son intercession, embrasés de Ton amour et conduits au bonheur des récompenses promises à ceux qui T'aiment. Par notre Seigneur.


Père Tout Puissant et Bon, qui a mené sainte Godeliève à Ta gloire par les voies de l'épreuve, et qui, pour toutes ses vertus, l'a 4 fois couronnée, accorde-nous la grâce par son intercession, de pouvoir suivre le voie qu'elle nous a tracée et de pouvoir participer au bonheur éternel dont Tu l'a récompensée. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

Nous vous en prions, Dieu tout-puissant, faites qu'après avoir honoré sans cesse les glorieuses souffrances de sainte Godeliève, nous méritions son intercession auprès de vous, afin d'obtenir de votre bonté et par ses prières la guérison que nous sollicitons par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Ainsi soit-il.

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Sainte Godeliève, qui avez une grâce spéciale pour guérir des maux de gorge, priez pour nous qui vous invoquons avec confiance.

 

Téléchargez le texte de ces prières (pdf) en cliquant ici

24 avril 2012

Le Mois de la Passion de Jésus 4/4

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Le Mois de la Passion de Jésus

« Regardez et voyez s'il une douleur semblable à ma douleur ».

 

Vingt-cinquième jour

« Voilà votre Fils, voilà votre Mère »


Réflexions pratiques

 

Considérez, ô mon âme, que Jésus, ayant épuisé tous les trésors de Son Amour, il ne Lui restait plus sur la terre qu'une Mère affligée, Il nous la donne dans la personne de Saint Jean: « Voilà votre Mère ». Recevez avec reconnaissance cette preuve si sensible de la bonté de Jésus, et croyez qu'il ne pouvait vous laisser, en mourant, un plus précieux héritage. Marie vit bien qu'en acceptant Saint Jean pour son fils, Elle adoptait tous les hommes pour ses enfants; dès lors, Elle reçoit un cœur de Mère pour les pécheurs, Elle les regarde comme des enfants de douleur qu'elle a engendrés au pied de la Croix. Aimez une si bonne Mère, et montrez, par vos paroles et vos actions, que vous êtes Son fils.

 

Prière

 

O Marie, Médiatrice de la paix entre Dieu et les hommes, notre asile et notre espérance, Jésus scella de Son Sang sur la Croix le testament de réconciliation et de grâce qui nous donne droit au ciel; et c'est vous qui fûtes la coopératrice à ce grand ouvrage seul digne d'un Dieu. Ah! si notre perfidie pouvait refroidir Votre Amour pour nous, rappelez-vous le Calvaire: c'est là, ô Reine de douleur, que notre Sauveur, près d'expirer, nous mettant à sa place, par un excès de charité incompréhensible, nous donna à vous pour fils dans la personne de Saint Jean: « Femme, voilà vos enfants, ils vous appartiennent, ils sont le fruit de vos angoisses et de vos douleurs; élargissez vos entrailles maternelles pour les recevoir, Je ne vous ai rendue toute-puissante, qu'afin de les gagner par Vous à Mon Divin Cœur ». Des recommandations si pressantes, de la part d'un fils bien-aimé qui meurt, ne sauraient échapper de la mémoire d'une Mère; non, ma Sainte Mère, Vous ne pouvez nous laisser orphelins, à la vue d'une Charité sans exemple. Ah! si quelque chose pouvait tempérer nos douleurs dans ces jours de deuil, ce seraient surtout les desseins de prédilection que Jésus a eus sur nous en Vous remplissant de tendresse pour Vos enfants. Vous les appelez à Vous par la suavité de Vos caresses, Vous les réchauffez avec joie dans Votre Cœur plein d'Amour. Tant de bonté, ô Marie, Vous a conquis nos cœurs; nous sommes prêts à Vous obéir, à Vous aimer, à Vous vénérer; et notre plus grand bonheur c'est de Vous appartenir comme enfants d'une famille dont Vous êtes l'ornement et la gloire.

 

Pratique : De temps en temps, pendant la journée, jetez les yeux sur l'image de Jésus crucifié, et baisez la avec un tendre amour. Faites dévotement le chemin de la croix. (Indulgence plénière).

 

Aspiration : Seigneur Jésus, vous m'avez aimé jusqu'à mourir pour moi ; faites que je vous aime au moins jusqu'à vivre pour vous.

 

Vingt-sixième jour

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? »

 

Réflexions pratiques

 

Considérez ô mon âme, que Jésus, ne trouvant sur la terre personne qui le consolât dans de si affreux tourments, s'adressa à son Père pour lui demander quelque soulagement; mais le Père éternel qui voyait son fils couvert de la robe du pécheur, employa sa toute-puissance pour faire dans le Cœur de Jésus une profonde impression de douleur et d'angoisse. Alors le Sauveur, qui avait toujours souffert, sans se plaindre, proféra ces paroles: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? » Comprenez de là quel était l'excès de sa douleur et de sa tristesse intérieure, et combien vous aimait un Dieu qui mourait privé de toute consolation, pour vous consoler au moment de votre mort.

 

Prière

 

O Jésus! véritable consolateur des affligés, dans quel nouvel abîme de souffrances je vous vois plongé! Personne ne prend part à vos douleurs, personne ne vous console dans votre abandon universel. Le ciel parait d'intelligence avec la terre pour vous délaisser entièrement En vain vous vous plaignez à votre Dieu en des termes capables d'attendrir les rochers; il est sourd à vos soupirs et à vos plaintes. C'est encore votre amour, ô mon doux Sauveur! qui vous a réduit à ce cruel abandon: oui, c'est votre amour, votre seul amour qui vous a fait souffrir cet excès de désolation et de tristesse, sans assistance, sans secours, sans consolation. J'ai attendu que quelqu'un prit part à ma douleur, et personne ne l'a fait; j'ai attendu que quelqu'un me consolât, mais je n'ai trouvé personne. Cette mer de douleurs et d'amertumes dans laquelle vous mourez me donne l'espérance que je ne serai point abandonné de vous. Il est vrai, Seigneur Jésus, que je mérite, non pas que vous me consoliez, mais que vous me laissiez pauvre et désolé: car je vous ai souvent abandonné moi-même. Si telle est votre volonté, frappez, mon Dieu, je suis entre vos mains, et je m'incline sous votre verge; je ne refuse pas la part du calice, mais, ô Saint délaissé! ne m'abandonnez pas; envoyez-moi votre Ange qui me réconforte et me soutienne, ou plutôt venez me consoler vous-même dans mes peines, et surtout dans les angoisses de ma dernière agonie.

 

Pratique : De temps en temps, pendant la journée, jetez les yeux sur l'image de Jésus crucifié, et baisez la avec un tendre amour. Faites dévotement le chemin de la croix. (Indulgence plénière).

 

Aspiration : Seigneur Jésus, vous m'avez aimé jusqu'à mourir pour moi ; faites que je vous aime au moins jusqu'à vivre pour vous.

 

Vingt-septième jour

« J'ai soif »


Réflexions Pratiques

 

Considérez, ô mon âme, que l'abondante effusion de sang, que Jésus avait soufferte, excita en lui une soif brûlante: « J'ai soif ». Aussitôt ses cruels bourreaux lui appliquent à la bouche une éponge pleine de vinaigre: « Ils m'ont donné du fiel pour ma nourriture; et dans ma soif ils m'ont présenté du vinaigre à boire ». Ceux-là donnent aussi du vinaigre à Jésus, qui passent les premières années de leur vie dans l'assouvissement de leurs passions, et consacrent à Dieu les tristes restes d'une vie épuisée. La véritable soif du Sauveur, c'est le désir de votre salut. Soulagez cette soif ineffable en travaillant avec crainte à votre sanctification.

 

Prière

 

Mon cher Jésus, il n'est point de douleur que vous n'ayez soufferte pour la guérison de nos maux; vous avez voulu accumuler sur votre corps souffrances sur souffrances, afin de nous donner des marques toujours nouvelles de votre amour. Vous avez soif, et ils vous donnent du fiel et du vinaigre! Quoi! vous êtes la fontaine dont les eaux vives et fortifiantes jaillissent jusqu'à la vie éternelle; vous avez donné à la Samaritaine cette eau délicieuse et abondante qui éteint pour toujours la soif des passions mondaines, et qui excite une sainte avidité pour les biens célestes; et dans la soif ardente qui vous consume, ils vous présentent un breuvage amer plus propre à vous déchirer les entrailles qu'à vous rafraîchir. Vous souffrez une autre soif, ô Jésus! et vous la souffrirez jusqu'à la consommation des siècles: c'est le désir du salut des hommes, lequel ne sera satisfait que lorsque vous les aurez reçus dans votre royaume éternel. Mais hélas! les insensés ne cessent de vous abreuver de fiel et de vinaigre; ils se sont éloignés de vous, préférant les plaisirs trompeurs de Babylone au bonheur plus vrai de la Jérusalem céleste. Ne permettez pas, mon Seigneur, qu'ils abusent plus longtemps de votre Sang très précieux, et qu'ils ferment l'oreille à la voix de vos souffrances. Sauvez les pécheurs: que ce soit là le premier fruit de cette soif que vous avez soufferte sur la croix et votre plus douce récompense pour les traits si multipliés de votre amour pour nous.

 

Pratique : De temps en temps, pendant la journée, jetez les yeux sur l'image de Jésus crucifié, et baisez la avec un tendre amour. Faites dévotement le chemin de la croix. (Indulgence plénière).

 

Aspiration : Seigneur Jésus, vous m'avez aimé jusqu'à mourir pour moi ; faites que je vous aime au moins jusqu'à vivre pour vous.

 

Vingt-huitième jour

« Tout est consommé »

 

Réflexions pratiques

 

Considérez, ô mon âme, que Jésus sur la croix dit d'une voix mourante: « Tout est consommé, l'œuvre de votre rédemption est achevée, la justice divine est satisfaite, le paradis est ouvert, je n'ai plus qu'à mourir ». Tout est-il consommé pour vous? Avez-vous fait tout ce que le Seigneur vous a commandé ? Que vous serez heureuse à la mort, si > après avoir imité l'humble résignation de votre divin Maître, vous pouvez dire: « Tout est consommé », et ajouter avec Saint Paul: « J'ai combattu un bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi; au reste» la couronne de justice m'est réservée, et le Seigneur, juste juge, me la donnera! »

 

Prière

 

Mon Sauveur, tout est consommé! la rage et la fureur des bourreaux, vos travaux, vos souffrances et vos humiliations, la mission que vous avez reçue de votre Père, l'iniquité des Juifs, la colère de Dieu contre les pécheurs, votre charité pour les élus, l'œuvre de notre rédemption, les figures et les prophéties, vous avez tout accompli. Oui, tout est consommé de votre part: vous n'avez plus rien à souffrir pour notre salut, et vous avez employé toute votre vie à l'œuvre que Dieu vous avait confiée. Puis-je dire tout est consommé: j'ai fait la sainte volonté de Dieu sur la terre, en m'appliquant à l'œuvre particulière qu'il m'a donnée à faire, j'ai fait tout ce qu'il m'a commandé? Heureuse l'âme qui peut se rendre ce consolant témoignage, et qui, purifiée par le feu de la tribulation et de la douleur, jette un dernier regard sur cette terre qu'elle abandonne, et prend son essor vers le ciel, après avoir consommé, par la patience, tout ce qui la retenait dans cette vie de misère et de péché. Au moins, ô Jésus! accordez-moi la grâce de vous aimer et de vous servir avec plus de ferveur: achevez l'ouvrage de ma sanctification que votre miséricorde a commencé, afin que je puisse dire, à l'heure de ma mort, que tout est consommé selon vos desseins, afin que vous me consommiez vous-même dans l'unité divine, selon la parole que vous en avez donnée à vos Apôtres, après leur avoir distribué le Sacrement de l'unité et de la consommation chrétienne.

 

Pratique : De temps en temps, pendant la journée, jetez les yeux sur l'image de Jésus crucifié, et baisez la avec un tendre amour. Faites dévotement le chemin de la croix. (Indulgence plénière).

 

Aspiration : Seigneur Jésus, vous m'avez aimé jusqu'à mourir pour moi ; faites que je vous aime au moins jusqu'à vivre pour vous.

 

Vingt-neuvième jour

« Mon Père, je remets mon âme entre vos mains »

 

Réflexions pratiques

 

Considérez, ô mon âme, que la tête vénérable de Jésus se penche, ses yeux, qui avaient été la consolation des affligés, commencent à se fermer, ses lèvres, d'où sortaient les paroles de la vie éternelle, deviennent froides et livides. Toutefois fortifié par sa propre vertu, il lève la tète, il ouvre les yeux et, les tenant attachés au ciel: « Mon Père, s'écrie-t-il, je remets mon âme entre vos mains ». Recueillez, avec un profond respect, ces dernières paroles de votre Sauveur, conservez-les précieusement, afin que vous puissiez les lui rendre tous les jours, avant votre repos et à l'heure de votre mort, avec un cœur brûlant d'amour.

 

Prière

 

Mon Père, mon aimable Père, je connais la mansuétude et la bonté de votre cœur: aussi, je me jette dans le sein et dans les bras de votre divine miséricorde, je m'abandonne avec une confiance pleine d'amour à votre adorable volonté: si elle paraît amère à ma faiblesse, votre grâce rendra léger un moment de souffrances qui sera suivi d'un poids éternel de gloire. Le soin de ma dépouille mortelle m'inquiète peu: car je sais que vous ranimerez ma poussière par le souffle de votre puissance. Mais, pour mon âme, ô mon Père! que vous avez créée à votre image, et qui soupire ardemment après le bonheur de vous voir et de vous posséder, je désire la remettre entre vos mains sacrées, dans lesquelles seules elle trouvera le repos et la sécurité. Ah! si je vivais, comme le doit faire un fils qui rend à son père l'amour, le respect et l'obéissance qu'il lui doit, avec quel pieux empressement je conserverais mon âme pure et simple comme la colombe, pour la rendre agréable à vos yeux et digne de vous être remise! mais n'est-ce pas à vous, mon Dieu, qu'il appartient de purifier et de sanctifier mon âme, mon esprit, mon cœur, ma volonté? Disposez de moi, selon votre bon plaisir; car, dès maintenant et toujours, je veux m'abandonner à vous sans réserve; tous les jours de ma vie, avant de prendre mon repos, et aussi à ma dernière heure, je veux vous dire avec amour: « Mon Père, je remets mon âme entre vos mains ».

 

Pratique : De temps en temps, pendant la journée, jetez les yeux sur l'image de Jésus crucifié, et baisez la avec un tendre amour. Faites dévotement le chemin de la croix. (Indulgence plénière).

 

Aspiration : Seigneur Jésus, vous m'avez aimé jusqu'à mourir pour moi ; faites que je vous aime au moins jusqu'à vivre pour vous.

 

Trentième jour

A trois heures, Jésus expire sur la Croix

 

Réflexions pratiques

 

Considérez, ô mon âme, que Jésus, laissant échapper de son Cœur affligé un profond soupir et baissant la tète, en signe de soumission, expira par la force de la douleur, et remit son âme entre les mains de Dieu son Père. Jésus est mort; Jésus, le fils de Dieu, l'auteur de la vie, est mort sur une croix, comme un malfaiteur, entre deux scélérats: quelle mort après une telle vie! Votre Jésus est mort, et c'est pour vous qu'il est mort: que rendrez-vous au Seigneur pour un si grand bienfait? Ah! si vous aimez Jésus, vous pleurerez sa mort par les larmes de la componction, vous mourrez vous-même de douleur et d'amour, à la vue d'un Dieu que vos péchés ont attaché à la croix et mis à mort.

 

Prière

 

O Jésus, mon Sauveur, Vous êtes mort pour réparer l'honneur de Dieu outragé par le péché, pour m'arracher à l'enfer et m'ouvrir le ciel. Un Dieu mort sur une croix pour sa créature: je ne comprendrai jamais ce profond, ce sublime mystère, si je n'apprends auparavant quelle est la puissance de l'amour. Faites-moi, je vous prie, comprendre toute la grandeur de la charité qui vous a porté à mourir pour moi, afin que je n'aime plus que vous seul, et que je vous rende la reconnaissance que je vous dois pour une mort si glorieuse à Dieu et si salutaire à mon âme. Que puis-je faire, Seigneur, sinon d'adorer, dans une sainte frayeur, ce terrible mystère, de vous offrir tout ce que j'ai de volonté, de vie et d'affection, pour vous être consacré par tel genre de mort qu'il vous plaira de m'envoyer? Si je ne puis mourir pour vous, qui avez daigné mourir pour moi; s'il ne m'est pas accordé de vous donner mon sang et ma vie par la main des bourreaux, j'accepte au moins avec résignation la mort que vous m'avez destinée, et j'espère de votre miséricorde que vous la rendrez sainte, bonne et heureuse. Il est vrai, ô Jésus! que vous m'avez racheté de votre sang, mais à quoi me servirait ce sang précieux, si je me damnais misérablement? Non, vous ne permettrez pas que je me perde, et que je sois éternellement séparé de vous ; mais vous daignerez recevoir dans vos mains ma pauvre âme, comme votre Père reçut votre âme bienheureuse, l'accueillir avec bonté et l'introduire dans votre royaume céleste.

 

Pratique : De temps en temps, pendant la journée, jetez les yeux sur l'image de Jésus crucifié, et baisez la avec un tendre amour. Faites dévotement le chemin de la croix. (Indulgence plénière).

 

Aspiration : Seigneur Jésus, vous m'avez aimé jusqu'à mourir pour moi ; faites que je vous aime au moins jusqu'à vivre pour vous.

 

Téléchargez l'intégralité des méditations du Mois de la Passion de Jésus (pdf) en cliquant ici

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Fin du Mois de la Passion de Jésus

 

Prochain Mois de dévotion, Mois de Marie de Notre Dame de Lourdes

21 février 2012

Le Mois du Pécheur repentant 4/4

Le Mois du Pécheur repentant

« Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous de la même manière ». (Luc 13)

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Vingt-troisième jour

Le Pécheur reçu de Dieu avec la bonté d'un père

 

Réflexions pratiques

 

Considérez, ô mon âme, que vos fautes, quoique très graves, ne pouvaient l'emporter sur la Miséricorde de Dieu. Il est vrai qu'ayant commis des péchés innombrables dans une nature sanctifiée par Sa Grâce, en face de la Croix, inondée de Son Sang, Vous ne méritiez rien moins que l'enfer; mais ce Divin Sauveur, dont le Cœur est un océan de Bonté, désirait votre Salut et votre bonheur éternel; aussi n'a-t-Il cessé de vous poursuivre avec une Douceur toute Divine, jusqu'à ce qu'Il eût ému votre cœur d'une humble repentance et qu'Il l'eût conquis à Son Amour. Rendez hommage à la Bonté de Dieu qui a fait en vous un changement si merveilleux et si digne de sa tendresse.

 

Prière

 

Seigneur mon Dieu, Vous avez eu compassion de moi, Vous m'avez arraché du profond abîme où j'étais plongé, Vous avez nettoyé mon malheureux cœur de ce bourbier de turpitudes et de vices dont il ne serait jamais sorti sans Vous. Je le sais, Seigneur, Vous deviez à Votre Sainteté de me rejeter comme le rebut des créatures, à Votre Justice de me traiter comme les infortunés en qui Vous punissez sans pitié dans l'Enfer les mêmes iniquités que je commettais avec tant d'audace. Mais Vous avez été si Bon à mon égard, si lent à me punir, si prompt à me pardonner, que, au lieu des supplices éternels que je méritais, Vous m'avez fait goûter des douceurs et des consolations que je préfère à tous les plaisirs de mes péchés passés. Bien loin de me rejeter, à l'exemple des rois de la terre qui chassent de leur présence les sujets rebelles, Vous avez porté la clémence jusqu'à venir au-devant de moi pour me rétablir dans Votre Amitié et m'offrir Vous-même un pardon que mes péchés m'avaient mille fois rendu indigne d'obtenir. Et comme si Vous vouliez en quelque sorte épuiser à mon égard Vos Bontés et Vos Miséricordes, Vous m'avez pressé sur Votre Cœur, et, au lieu d'user de la verge, Vous avez prodigué les baisers; Vous avez habité dans mon âme, et Vous Vous êtes uni à votre enfant, à votre épouse, par les liens les plus augustes dans le Sacrement de Votre Amour. Embrasez-moi de Vos Saintes Ardeurs, ô mon Jésus! et jamais plus le péché ne me séparera de Vous.

 

Pratique pour tous les jours du mois : Offrons à Notre-Seigneur, par le canal de Sa Sainte Mère, nos peines et nos souffrances en expiation de nos péchés passés.

Aspiration : Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, et ne soyez pas éternellement irrité contre nous.

 

Vingt-quatrième jour

Le Pécheur triomphe de Jésus, joie des Anges

 

Réflexions pratiques

 

Réjouissez-vous, ô mon âme, non comme le monde, pour des biens fugitifs et méprisables, mais comme les Justes, comme les Disciples de Jésus-Christ, comme les Anges du Ciel, pour la Gloire de Dieu, pour le Salut des hommes et la conversion des Pécheurs. Oui, un seul Pécheur qui fait pénitence cause plus de joie à toute la Cour Céleste que quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'en ont pas besoin. Ainsi votre conversion, ô mon âme, si elle a été sincère, a causé aux Anges l'allégresse la plus vive par le triomphe que le Roi du Ciel a remporté sur l'Enfer, et par l'honneur que Vous Lui rendrez dans l'éternité.

 

Prière

 

O Jésus, mon Dieu et mon Maître, lorsque je pense à Votre immense Miséricorde pour les hommes, et surtout pour les pauvres Pécheurs, je ne puis m'empêcher d'admirer l'empressement Divin avec lequel Vous allez chercher la brebis qui était perdue. A peine l'avez-vous trouvée, à force de fatigues et de sueurs, que Vous l'embrassez et la mettez avec joie sur Vos épaules pour la ramener au bercail. Alors, Vous appelez Vos amis et Vous les invitez à se réjouir avec Vous de ce que Vous avez retrouvé cette chère brebis égarée, Vous recevez leurs félicitations; et Vous, ô Jésus, qui êtes la souveraine félicité de toutes les créatures, Vous faites une fête avec eux, comme si Vous pouviez recevoir quelque accroissement de gloire et de bonheur. Ah! mon divin Rédempteur, si la conversion d'un seul Pécheur cause tant de joie à Votre Cœur et à celui de Vos Anges, quels doivent être les transports de mon allégresse et de mon admiration, en voyant que Vous avez aimé ma pauvre âme jusqu'à regarder comme un bonheur pour Vous de la retrouver après ses longs égarements, de la guérir de ses plaies mortelles, de la combler de Tendresse et de Charité! Je ne doute plus maintenant, ô mon Jésus, que Vous ne m'aimiez de l'Amour le plus vif et le plus empressé, je Vous aime aussi de toutes mes forces; faites que je Vous aime encore davantage, et que rien ne puisse jamais me séparer de Votre Saint Amour ni en cette vie ni en l'autre.

 

Pratique pour tous les jours du mois : Offrons à Notre-Seigneur, par le canal de Sa Sainte Mère, nos peines et nos souffrances en expiation de nos péchés passés.

Aspiration : Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, et ne soyez pas éternellement irrité contre nous.

 

Vingt-cinquième jour

Le Pécheur trouve son bonheur dans le service de Dieu

 

Réflexions pratiques

 

Considérez, ô mon âme, que tout le monde cherche le bonheur, et que personne ne le trouve, parce qu'on le cherche où il n'est pas. Le véritable bonheur consiste dans la Grâce et l'Amour de Dieu, dans l'accomplissement de Sa Loi, dans les larmes de la pénitence; et non dans les plaisirs, dans les richesses et dans les honneurs du monde, vous en avez la douloureuse expérience. La lumière est faite pour le juste, dit le prophète, et la joie pour ceux qui ont le cœur droit et pur. Au service de Dieu, toutes les peines et toutes les amertumes de la vie se changent en délices et en douces consolations.

 

Prière

 

Rien n'est plus digne de Votre ineffable bonté, ô mon Dieu! rien ne fait mieux éclater votre puissance aux yeux dela foi que la justification d'un Pécheur qui passe du néant du péché à la vie de votre grâce, de l'amertume du vice à la suavité de votre amour. Je l'éprouve aujourd'hui, Seigneur : un seul jour passé à l'ombre de vos tabernacles vaut mieux que mille sous la tente des Pécheurs; je goûte tout le repos d'une bonne conscience, tout le bonheur d'une ame qui, justifiée par votre grâce, sent la douce onction de l'Esprit divin et vous redit sans cesse: Seigneur Jésus, je vous aime , je veux vous aimer de plus en plus ; car votre joug est vraiment doux et votre fardeau vraiment léger. Après les faveurs célestes dont vous m'avez comblé, je m'étonne, Seigneur, qu'il y ait encore des Pécheurs assez aveugles pour quitter votre aimable empireet préférer les plaisirs de la terre à vous qui êtes les délices des Anges et la source de la véritable félicité. Qu'ils viennent, je leur enseignerai la douceur de vos voies, et mon exemple vous ramènera ceux qui désespèrent de leur salut; ils éprouveront, comme moi, l'effet de vos bontés, et ils annonceront eux-mêmes vos miséricordes. Rendez-les dignes du pardon que vous avez daigné accorder à un Pécheur plus coupable qu'aux : répandez dans leurs ames un rayon de votre lumière céleste qui les touche, les éclaire et établisse à jamais en elles le règne de votre amour. Pratique et Aspiration comme au premier jour.

 

Pratique pour tous les jours du mois : Offrons à Notre-Seigneur, par le canal de Sa Sainte Mère, nos peines et nos souffrances en expiation de nos péchés passés.

Aspiration : Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, et ne soyez pas éternellement irrité contre nous.

 

Vingt-sixième jour

Le Pécheur reconnaissant

 

Réflexions pratiques

 

Jamais, ô mon âme, vous ne connaîtrez qu'imparfaitement ici-bas les obligations immenses que vous avez à Jésus-Christ: vous étiez esclave du démon, Il a brisé vos fers; vous étiez chargée de crimes, Il les a effacés; le Ciel vous était fermé, Il vous l'a ouvert; vous aviez des ennemis nombreux, Il vous a délivrée de leurs mains puissantes et redoutables. Que ne pouvez-vous multiplier vos actions de grâces et les égaler en nombre aux péchés qu'Il vous a pardonnés et aux faveurs qu'Il vous a faites! Au moins remerciez-le tous les jours de Sa grande Miséricorde qui vous a retiré de l'enfer le plus profond.

 

Prière

 

Mon Sauveur et mon Libérateur, après les Grâces extraordinaires que Vous m'avez faites, le premier sentiment de mon âme, le premier besoin qu'elle éprouve en Votre présence, c'est de Vous témoigner toute sa reconnaissance. Je Vous dois beaucoup, je Vous dois tout: le pardon de mes péchés, le retour de Vos Grâces, la liberté dont je jouis et dont je commence à goûter les douceurs. Vous m'avez visité dans mes aridités par l'onction de Votre Esprit, Vous m'avez éclairé dans mon ignorance, consolé dans mes afflictions, rassuré dans mes inquiétudes, établi dans une humble confiance. Que rendrai-je de mon côté à Votre Miséricorde, ô mon Dieu, pour tant de grâces et de faveurs? Vous connaissez la faiblesse et l'impuissance de ce Pécheur à peine sorti de la captivité de Babylone; Vous savez que ma langue n'est pas digne de bénir Votre Saint Nom et de chanter l'hymne de la reconnaissance; souffrez donc que, pour Vous marquer la gratitude dont je me sens pénétré, je Vous offre toute la gloire que Vous rendez à Votre Père sur la Croix et sur nos Autels, toutes les louanges des esprits bienheureux et les satisfactions faites à Votre Justice par tous les Saints Pénitents. Si mon amour est faible, et ma reconnaissance imparfaite ici-bas, j'espère Vous aimer, Vous bénir, Vous glorifier, Vous remercier plus parfaitement un jour dans le Ciel par un éternel hommage de louanges et d'actions de grâces, avec les Anges et les Saints pendant l'éternité. Ainsi soit-il.

 

Pratique pour tous les jours du mois : Offrons à Notre-Seigneur, par le canal de Sa Sainte Mère, nos peines et nos souffrances en expiation de nos péchés passés.

Aspiration : Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, et ne soyez pas éternellement irrité contre nous.

 

Vingt-septième jour

Le Pécheur demande la persévérance à Marie

 

Réflexions pratiques

 

Si vous vous confiez en vous-même, ô mon âme, et en vos propres forces, vous vous appuierez sur un roseau brisé, sur un bras de chair qui vous sera inutile. Car, de vous-même, vous n'êtes capable que de vous perdre de nouveau et de retomber dans l'abîme du péché dont la bonté divine vous a retirée. Voulez-vous quitter vos habitudes vicieuses et persévérer dans la vertu? Invoquez souvent Marie avec confiance, aimez-La avec tendresse, servez-La avec dévotion; Elle empêchera que votre cœur ne se souille désormais par l'amour des créatures et ne se courbe plus vers la terre; Elle vous aidera à suivre constamment le chemin de la Justice et à parvenir au port du Salut.

 

Prière

 

O Marie, Mère de Dieu, ma plus douce Espérance après Jésus, je confesse, avec un humble sentiment de reconnaissance, que je Vous suis redevable de la Grâce sanctifiante que j'ai recouvrée, et que, sans Vous, je serais perdu pour l'éternité. Car après Dieu, personne n'a eu tant de part que Vous à ma conversion; mais, voulant achever avec Vous et par Vous le grand ouvrage de ma sanctification et m'affermir jusqu'à la mort dans une solide piété, je viens Vous supplier d'accorder de nouveaux secours à ma faiblesse et de perfectionner, par Votre puissante Protection, ce que Vous avez si heureusement commencé. Déjà, le démon, jaloux des faveurs que Vous m'avez obtenues pendant ce mois, fait des efforts inouïs pour rentrer dans mon âme et en chasser Votre Adorable Fils; mais ce sera en vain, ma Sainte et Bonne Mère, si je continue de Vous prier et de Vous servir, Vous ne souffrirez pas que je retombe dans les désordres et dans l'abîme de maux dont Votre main bienfaisante m'a délivré: Vous êtes plus puissante pour me sauver que Satan pour me perdre. Vous avez toujours été mon Refuge et mon Avocate auprès du Sauveur, Vous m'avez aidé à briser les chaînes de mes péchés, ayez encore pitié de votre enfant, obtenez-moi un Amour ardent et généreux pour Jésus et pour Vous, afin qu'après avoir persévéré jusqu'à la mort dans Son Service, j'aie le bonheur de contempler un jour votre ravissante beauté dans le Royaume du Père céleste.

 

Pratique pour tous les jours du mois : Offrons à Notre-Seigneur, par le canal de Sa Sainte Mère, nos peines et nos souffrances en expiation de nos péchés passés.

 

Aspiration : Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, et ne soyez pas éternellement irrité contre nous.

 

Vingt-huitième jour

Mort du Pécheur

 

Réflexions pratiques

 

Depuis sa conversion, le Pécheur n'ignorait ni ses devoirs en cette vie, ni les espérances de l'autre vie, et il coulait ses jours voués à la pénitence dans la crainte et l'Amour de Dieu, se consolant dans les afflictions par la prière. Voyez-le maintenant à son lit de mort, tout rempli, grâce à sa vie sainte et pénitente, des lumières et des espérances de l'éternité; quelle innocence dans son cœur! quel calme profond en son âme! Le Dieu de Paix va le porter dans ses bras au séjour de la Gloire, tandis que des âmes malheureuses, pour un seul péché mortel, brûleront éternellement au milieu des flammes de l'enfer.

 

Prière

 

Oui, mon Dieu, il y a en ce moment, au fond des Enfers, des âmes que Vous avez éternellement réprouvées pour un seul péché mortel. Votre Justice a surpris ces âmes infortunées et ne leur a laissé aucun intervalle entre ce premier péché et la mort. C'en est fait d'elles: plus de grâces, plus de repentir, plus de pardon, elles sont perdues pour l'éternité. Si Vos Jugements sont incompréhensibles, Seigneur, et Vos Voies impénétrables à leur égard, comment exalterai-je Votre infinie Miséricorde qui m'a pardonné, non pas un seul péché, mais des crimes énormes et innombrables? Vous m'avez épargné, lorsque Votre Justice réclamait ma perte: Votre Sang a coulé sur mon âme et l'a rendue plus blanche que la neige, Votre Main lui a imprimé le caractère de Votre Grâce et de Votre Amour. J'adore et bénis mille fois, ô mon Sauveur, cette Main secourable qui m'a fortifié par des Grâces si abondantes et qui, après le bienfait d'une entière réconciliation, m'a conduit au Sacré Banquet que Votre Tendresse Paternelle a préparé à vos enfants. J'ai été consolé par la Miséricorde, gardé par l'Amour et porté dans le Cœur de mon Bien-aimé: comment après cela me refuseriez-vous la grâce de mourir de la mort des Justes et des vrais Pénitents? Non, Seigneur, Vous ne refuserez pas à mon humble prière la consolation d'expirer dans Vos bras, ni le bonheur de Vous posséder, de Vous aimer, de Vous louer dans la société des Anges, revêtu de gloire, inondé de la joie du paradis.

 

Pratique pour tous les jours du mois : Offrons à Notre-Seigneur, par le canal de Sa Sainte Mère, nos peines et nos souffrances en expiation de nos péchés passés.

Aspiration : Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, et ne soyez pas éternellement irrité contre nous.

 

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Fin du Mois du Pécheur Repentant

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Prochain mois de dévotion, le Mois de la Passion du Christ, rendez-vous le 31 mars

11 décembre 2011

Le Mois de l'Immaculée Conception

Le Mois de l'Immaculée Conception

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Douzième jour

Il faut propager autant qu'on le peut la dévotion et l'amour de Marie

 

« Le fidèle et dévot serviteur de Marie, dit Saint Alphonse de Liguori, voudrait la louer sans cesse et la voir aimée de tout le monde ; aussi cherche-t-il toujours, en public comme en particulier, le moyen d'allumer dans les cœurs les douces flammes dont il sent le sien embrasé pour sa bonne et tendre Mère. Tous les Saints l'ont aimée de la sorte ; tous, pour la faire connaître et aimer de toutes les créatures, auraient volontiers versé leur sang et fait le sacrifice de leur vie ». Cette pieuse propagande plaît tellement à Marie qu'Elle-même la conseillait à Sainte Brigitte de Suède : « Faites en sorte, ô Brigitte, que tous vos enfants soient aussi les miens ». Dans les révélations de la même Sainte, nous lisons que le Bienheureux Evêque Emingo recommandait la dévotion à Marie dans toutes ses prédications, et que la Mère de Dieu, apparaissant un jour à Sainte Brigitte : « Annoncez à ce Prélat, lui dit-Elle, que Je veux être sa Mère et présenter Moi-même, après sa mort, son âme à Mon Fils ». Un jour que Saint Alphonse de Liguori prêchait sur les grandeurs de Marie et exhortait les fidèles à l'honorer avec confiance, un rayon lumineux, dit-on, partit du visage de la Madone et se dirigea sur celui du Saint, qui en fut tout illuminé. Ce trait dont tout l'auditoire fut témoin, se renouvela plusieurs fois. Les Saints nous disent, et l'expérience prouve que la dévotion à Marie est le moyen le plus efficace pour gagner beaucoup d'âmes au Seigneur et pour les conduire au Salut. Aussi Saint Alphonse a-t-il écrit ces mémorables paroles : « S'il est vrai, comme je le crois fermement, que toutes les grâces nous viennent par le canal de Marie, et que personnes ne se sauve si ce n'est par Elle, on peut dire sans crainte de se tromper que le Salut du monde dépend de la prédication des grandeurs de la Sainte Vierge et de la confiance en son intercession ». Telle est, au sentiment des Saints, l'importance et l'efficacité de la dévotion à la Mère de Dieu.

 

Tout ce qui peut développer dans les autres la connaissance et l'amour de Marie, tout ce qui peut contribuer à Sa Gloire, deviendra donc l'objet particulier de mes soins et de mon attention. Je parlerai d'Elle le plus que je pourrai, j'exalterai Sa Bonté, Ses Miséricordes, je propagerai Son culte en concourant dans la mesure du possible à la pompe de Ses Fêtes et à la diffusion de Ses images et des livres qui peuvent susciter et alimenter dans les âmes la confiance en Elle. J'exciterai les autres par mon exemple, en visitant avec dévotion Ses autels et Ses Sanctuaires, en assistant avec recueillement à Ses processions, en me préparant a bien célébrer Ses Fêtes par une bonne et sainte Communion. Oh ! Combien de mérites je pourrais acquérir en propageant ainsi la dévotion et le culte de l'Auguste Marie ! En multipliant par mon zèle et mon activité le nombre de ses serviteurs et de ses enfants, je paierai au Seigneur un tribut doublement agréable : d'une part, il désire ardemment voir honorer et glorifier Celle qu'Il a Lui-même comblée d'honneurs et élevée au dessus de toutes les créatures ; d'autre parts, il se complaît à voir les pécheurs ramenés dans la bonne voie par Sa Sainte Mère. Quel mérite ne sera pas le mien si je travaille à contenter Dieu de la sorte ! N'aurai-je pas droit aux plus abondantes bénédictions ici-bas et à la gloire éternelle en l'autre vie ?. S'il en est ainsi, Vierge Sainte, oh ! Faites que je Vous connaisse et Vous fasse connaître, que je Vous honore et Vous fasse honorer, que je Vous aime et Vous fasse aimer toujours d'avantage en cette vie, pour mériter de Vous connaître, de Vous honorer, de Vous aimer pendant toute l'éternité. Ainsi soit-il.

 

Prière : Réciter une dizaine de chapelet (1 Notre Père, 10 je Vous salue Marie, 1 Gloire soit au Père), suivie de trois fois l'invocation : « O Marie, conçue sans péchés, priez pour nous qui avons recours à Vous ».

 

Pratique : En action de grâce à la Très Sainte Trinité pour les faveurs et les dons sublimes qu'Elle a accordés à Marie, réciter 3 Gloire soit au Père le matin, le midi et le soir.

 

D'après un texte extrait de « Deux Mois à sanctifier par la Prière », de Dom Gabriel-Marie Fulconis, aux Editions Saint Jean

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13 décembre 2011

Neuvaine à Sainte Agnès

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Sainte Agnès de Rome

Vierge et Martyre

+ 290-303

Fête le 21 janvier

 

Sa naissance et ses premières vertus

 

Sainte Agnès naquit à Rome de parents distingua aux yeux du monde, parce qu'ils étaient nobles et riches; mais plus illustres encore devant Dieu, parce qu'ils étaient chrétiens. Au baptême, ils donnèrent à leur enfant le nom d'Agnès. Et, dit Saint Ambroise, « son nom seul est une louange ». En grec, il signifie « chaste » et, en latin, il veut dire « brebis », Sainte Agnès, en effet, a toujours été une petite brebis chaste, qui a préféré souffrir un cruel Martyre et mourir plutôt que de perdre sa virginité. Dès le berceau elle conçut, sous la douce inspiration de sa mère, un brûlant amour pour Notre-Seigneur Jésus-Christ. Dès lors aussi elle l'appelait son Bien-Aimé, son Divin Epoux, et la méditation de ses souffrances faisait son aliment le plus ordinaire. Aussi devint-elle bientôt un modèle d'obéissance à ses parents, un ange de pureté, un chérubin d'amour divin, une petite fiancée noblement fière et jalouse de conserver son cœur uniquement à son Fiancé. A l'exemple du Divin Enfant, elle croissait en sagesse et en grâce, et la beauté de son âme, se reflétant au dehors, donnait à ses traits extérieurs une harmonie ravissante qui excitait l'admiration. La religion et la piété étaient si aimables et si gracieux en elle, qu'elle commença dès lors à attirer beaucoup de personnes à la vertu. Elle en convertit même plusieurs de son sexe à la Foi catholique. Vérifiant ainsi elle-même ce que la Sainte Ecriture à dit de la Très Sainte Vierge Marie: « D'autres vierges viendront à sa suite se donner au Roi » (Psaume 44).

 

Elle refuse la main de Procope pour se conserver à son Divin Epoux

 

Cependant le démon fut jaloux de Notre Seigneur Jésus-Christ. II aurait voulu, lui, posséder l'âme d'Agnès si fidèle à son Sauveur. Comme un lion rugissant, rôdant autour d'elle pour la dévorer, il résolut de lui ravir son innocence et sa Foi, lorsque Sainte Agnès approcha de sa treizième année, il voulut, comme pour bien d'autres jeunes personnes, se servir de la beauté de son corps, pour lui faire perdre celle de son âme. Dans ce but il alluma un violent amour pour Agnès dans le cœur de Procope, fils du gouverneur de Rome. Ce jeune seigneur, voyant qu'Agnès était noble, intelligente et belle, crut qu'il ne se mésallierait pas en la prenant pour épouse, et il mit tout en œuvre pour obtenir sa main virginale. D'abord il la demanda à ses parents, qui, connaissant les goûts de leur angélique enfant, ne se hâtèrent pas de répondre. Ensuite, il chargea plusieurs personnes de faire connaître sa passion à Agnès, qui, inspirée d'en Haut, sut confondre leur sagesse toute humaine bien que captieuse. Enfin, il fit en sorte de rencontrer lui-même Agnès pour lui ouvrir son cœur, lui découvrir son amour et lui faire personnellement sa demande. Après lui avoir dit tout ce que sa passion lui mit à la bouche et lui avoir supplié de ne pas refuser son alliance, il lui offrit les riches présents qu'il avait apportés pour achever de la convaincre. Mais Agnès, fiancée à Jésus lui répondit avec une fermeté toute chrétienne :

« Retire-toi, tison d'enfer, aiguillon de péché, pierre de scandale et appât de mort ! Ne pense pas que je sois jamais infidèle à mon Divin Epoux, à qui je me suis tellement unie, que mon âme ne vit que de son amour. Ne flatte pas non plus ta pensée qu'il y ait quelque mérite en toi qui te puisse justement faire prétendre à être son, rival; car il possède six qualités qui le rendent incomparable et uniquement digne d'amour; il est noble, il est beau, il est sage, il est riche, il est bon, il est puissant. Si tu veux avoir son extraction, il reconnaît un Dieu pour son Père, qui l'a produit sans mère, et la Mère qui l'a mis au monde n'a pas moins été Vierge pour avoir eu ce Fils. Il est si beau, que sa splendeur surpasse la clarté du soleil et de tous les astres, et que les deux mêmes sont ravis dans l'admiration de sa beauté, et disent, dans leur langage, qu'ils ne sont que ténèbres à son égard. Il est si sage et m'a tellement captivée de son amour, que je ne puis penser à d'autre qu'à lui. Et maintenant, que je parle de son excellence, je sens un si grand plaisir que, quoique je t'aie en horreur, je suis bien aise de te voir pour te le pouvoir dire. Il est si riche qu'il m'a donné un trésor qui vaut mieux que tout l'empire romain, et que personne ne le voit qui ne soit comblé de richesses. Que te dirai-je de sa bonté qui n'a point de mesure ! Pour la faire paraître avec plus d'éclat, il m'a marquée de son Sang. Il m'a donné sa foi et sa parole qu'il ne m'abandonne jamais. Il m'a prise pour son épouse, il m'a donné de belles robes et des joyaux d'un prix inestimable. Il est si puissant qu'il ne peut-être vaincu par toutes les forces du ciel et de la terre. Les malades sont guéris par le parfum céleste qui s'échappe de sa personne, et les morts reviennent en vie par l'éclat de sa voix. C'est pourquoi je suis toute à lui. Je l'aime plus que mon âme et que ma vie même, et je serais très heureuse de pouvoir mourir pour lui. Quand je l'aime, je suis chaste ; quand je m'approche de lui, je suis pure, et quand je l'embrasse, je suie vierge. Cela étant ainsi, vois si je puis l'abandonner dans l'espoir de quelques récompenses ou par la crainte de quelques peines ».

Ainsi devraient parler toutes celles qui, se sachant appelées par une vocation toute divine à un état plus parfait, sont cependant encore exposées aux dangers et aux illusions du monde.

 

Elle est condamnée au lieu infâme, mais elle met sa confiance en Dieu : ses cheveux croissent par miracle

 

En entendant la réponse d'Agnès, Procope crut qu'elle était éprise d'amour pour quelque autre grand seigneur, et que, étant enivrée de cette passion, elle parlait en frénétique, appelant celui qu'elle aimait son Dieu, son âme et sa vie. Et il devint si jaloux qu'il en tomba malade au lit. Le gouverneur de Rome, son père, fit venir Agnès pour lui persuader d'épouser son fils, l'assurant qu'il était le meilleur parti qu'elle pût souhaiter. Mais Agnès fût inébranlable. Elle lui dit même que pour tous les biens du monde elle ne changerait point l'Epoux qu'elle avait déjà pris. Alors il voulut savoir quel pouvait être celui qu'elle aimait tant, et quelqu'un lui dit : « Seigneur, cette fille est chrétienne ! Elle a été, dès le berceau nourrie en l'art magique, auquel s'appliquent fort les chrétiens, ainsi qu'on le voit par ce qu'ils font tous les jours. Soyez. assuré que cet Epoux dont elle parle, n'est autre que le Dieu des chrétiens ». Cette nouvelle Causa beaucoup de joie au gouverneur, car il y entrevit de suite un moyen de se venger d'Agnès. Le refus d'épouser Procope ne pouvait pas être fini ; car Agnès était noble ; mais elle était chrétienne, et ce nom pouvait servir à Symphrone pour la faire souffrir.

Il la fit donc comparaître de nouveau devant son tribunal, où il voulut d'abord la gagner par de belles et de douces paroles. Et, comme il vit que les promesses ne pouvaient pas détacher le cœur d'Agnès de son Divin Epoux, il prit le ton de la menace et lui dit: « Marie-toi, ô Agnès, ou, si tu veux être vierge, sacrifie à la déesse Vesta et sers-la toute ta vie comme le font toute les autres filles romaines, sinon je te châtierai comme tu le mérites et te ferai conduire en un lieu où tu souffriras toutes sortes d'indignités, sans pouvoir te retirer des mains de ceux qui te tiendront une fois ». La sainte fille lui répondit: « Ne vous échauffez pas d'avantage, ô gouverneur; car il n'y a rien au monde capable de me faire quitter l'Epoux que j'ai choisi. Je refuse le mariage de votre fils, et je ne me laisserai pas abuser jusqu'au point d'adorer des statues insensibles, qui n'ont ni oreilles, ni langue, ni vie. Vous me menacez de me faire traîner en un lieu infâme, pour y exposer ma pureté; c'est ce que je ne crains pas; parce que j'ai avec moi l'un des innombrables serviteurs de mon Epoux, un ange par qui je suis gardée et qui prendra merveilleusement ma défense. Et mon Seigneur Jésus, que vous ne connaissez pas, m'environne de toutes parts, comme un mur, que l'on ne saurait forcer ».

Cette réponse mit l'inique juge en une telle fureur qu'il ordonna qu'Agnès fût dépouillée de tous ses vêtements et traînée toute nue jusqu'au lieu infâme, auquel il l'aurait destinée. Il voulut de plus qu'une trompette allât devant elle, criant que c'était Agnès, la sorcière, la chrétienne, que le gouverneur avait condamnée aux maisons d'infâmie pour avoir blasphémé contre les dieux, afin que ceux qui en voudraient abuser puissent y aller librement. C'était ainsi que les païens vengeaient leurs dieux, faisant voir par là que ces dieux étaient impurs et malhonnêtes. Or, les filles et les femmes chrétiennes estimaient ce supplice plus horrible que les autres tourments et la mort même; car elles aimaient mieux, dans leur estime de la sainte vertu, être exposées aux griffes des lions qu'à des regards et à des mains impudiques. Dieu, cependant, souffrait cette impiété pour faire triompher les âmes pures, qui ne sont jamais abandonnées dans les tentations, si elles prient, et pour faire éclater sa Miséricorde sur elle. Des bourreaux donc se jetèrent sur Agnès et la dépouillèrent de ses vêtements; mais en un instant, ses cheveux grandirent par miracle, en si grande quantité qu'elle en eut assez pour cacher tous ses membres. De sorte que son corps ne pût être vu, ni servir de spectacle aux yeux sensuels de ses bourreaux. Lorsqu'elle fut contrainte d'entrer dans le lieu infâme, elle y trouva un ange pour la défendre et une robe plus blanche que la neige pour la couvrir, et même le lieu fut éclairé d'une brillante lumière. De quoi la sainte fille étant toute consolée et transportée de l'amour de son chaste Epoux, elle se mit en prière pour rendre grâce à celui qui avait fait tant de prodiges pour la sauver.

 

Un Ange la défend dans le lieu infâme et la venge de Procope

 

Défendue par un ange et par une clarté céleste, la chasteté d'Agnès ne fut point souillée, elle conserva intact et intègre son corps, son esprit et son cœur. De jeunes hommes lascifs entrèrent, il est vrai, dans la chambre où elle était enfermée; mais, tout étonnés de ce qu'ils voyaient, ils en sortaient chastes et convertis. Cependant Procope, plus impur et plus audacieux que les autres, voulut accomplir son abominable dessein. Il entra dans la chambre, et, sans voir ce qu'il y avait d'admirable, il voulut attaquer Agnès et lui faire violence. Mais Agnès fit une prompte et fervente prière, et l'Ange qui la gardait, frappant Procope au cœur, le renversa raide mort. Le bruit s'en répandit aussitôt dans toute la ville, et Symphrone au désespoir accourut au lieu où gisait le corps de son fils. Le voyant sans vie, il adressa la parole à Agnès avec rage et fureur. Il l'appela sorcière et enchanteresse, furie sortie des enfers, monstre né pour la désolation de ses jours, lui demandant avec imprécations pourquoi elle lui avait ravi son fils, comme si celui qui fait un tel outrage ne méritait pas la mort.

Agnès reçut ces injures avec douceur et répondit avec calme et réserve: « Je n'ai point ôté la vie à votre fils ; son effronterie et sa témérité ont seules causé sa mort. Ceux qui sont entrés ici avant lui en sont sortis librement, parce que, voyant cette chambre pleine de clarté, ils ont rendu au grand Roi du Ciel, l'honneur qui lui est dû. Ils ont su que, quand j'ai été dépouillée, il m'a revêtue; que, quand j'ai été seule et abandonnée, il m'a préservée de mes persécuteurs, et qu'il a conservé ma virginité, que je lui ai consacrée dès le berceau. Mais votre fils, transporté de fureur, sans avoir de respect pour mon Dieu, a voulu me souiller. C'est pourquoi l'Ange qui me garde la fait mourir misérablement ». Le démon le cède donc aux fidèles serviteurs de Dieu, puisqu'il a été vaincu par une jeune fille de treize ans, abandonnée de la terre et soutenue seulement par son courage et par la grâce; puisque, au milieu d'un abîme de corruption, la virginité a trouvé un asile sûr, et que ce lieu infâme est devenu un paradis de chastes plaisirs, un séjour angélique, un temple du vrai Dieu. Oui ! une église bâtie dans ce lieu perpétue encore le souvenir de l'illustre victoire remportée par une jeune vierge chrétienne.

 

Elle ressuscite Procope

 

Alors, le gouverneur lui dit d'une voix plus modérée: « Je te prie donc de rendre la vie à mon fils, afin que chacun connaisse que tu ne la lui as pas ôtée par des charmes et des magies ». La sainte lui répondit: « Sans doute que votre aveuglement vous rend indigne de cette faveur; mais, afin que la gloire de mon Epoux en soit mieux reconnue, et que toute la ville de Rome sache le bonheur de ceux qui le servent avec fidélité, sortez de cette chambre, vous et votre suite, tandis que je ferai ma prière pouf obtenir de lui ce que vous demandez ». Symphrone étant sorti, Agnès se jeta à terre, et, les joues baignées de larmes, elle pria son Bien-Aimé de rendre la vie à Procope. Pendant qu'elle priait, un Ange descendit du Ciel et ressuscita le jeune homme, qui, sortant aussitôt de la maison, se mit à crier: « Il n'est point d'autre Dieu au ciel, ni sur la terre, en la mer, ni dans les abîmes, que le Dieu adoré par les chrétiens. Lui seul doit être adoré. Les idoles ne sont que des esprits trompeurs, qui nous abusent pour nous traîner en enfer ». Mais à ses discours les pontifes idolâtres s'écrièrent: « Que la chrétienne meure! » Et le gouverneur qui avait vu de si grandes merveilles et qui tenait maintenant Agnès en haute estime, eût bien voulu la sauver. Cependant, à la manière des juges timides et lâches, qui, connaissant la vérité, n'osent pas la défendre, il céda à la fureur populaire et à la peur. Il se retira, en simulant la pitié, et chargea son lieutenant Aspase d'expédier cette cause.

 

Le feu l'épargne mais le bourreau l'immole

 

Aspase fit comparaître Agnès, puis, ayant fait allumer un grand feu, il la fit jeter dedans. Mais Dieu ne permit pas que celle qui n'avait jamais été brûlée par le feu de la concupiscence fut consumée par le feu matériel. Les flammes se divisèrent, laissant Agnès saine et sauve, et, tournant leur fureur contre les idoles, elles en réduisirent plusieurs en cendres. Pour Agnès, toute pénétrée de reconnaissance et de joie, elle se tourna vers son Divin Epoux et lui dit: « Mon Dieu! je loue et glorifie votre Saint nom de ce que, par la vertu de Jésus-Christ votre Fils unique, j'ai vaincu la violence des tyrans et passé par le chemin de l'impureté sans être souillée. Pour comble de merveilles, je vois que votre Ange adoucit l'ardeur de ce feu, et que les bourreaux, qui me tourmentent, éprouvent eux-mêmes la violence de cet élément. Béni soit votre saint nom, ô Seigneur, puisque je vois déjà ce que je désirais, je jouis de ce que j'espérais, je tiens entre mes bras ce que j'aimais. Mon cœur, ma langue, mes entrailles, mon âme vous louent vous glorifient. Je vais à vous, ô vrai Dieu éternel, qui régnez avec votre Fils unique Jésus Christ dans les siècles des siècles ».

A peine eût-elle achevé sa prière que le feu s'éteignit au point de ne pas même laisser de vestiges. Néanmoins, Aspase, pour apaiser le tumulte populaire, lui fit donner un coup d'épée dans la gorge (Que l'infidélité et le péché rendent cruel!) Il sortit de cette plaie une telle abondance de sang que le corps de la vierge en fut tout inondé. Quand le bourreau leva l'épée pour la frapper, il trembla et changea de couleur, comme s'il eût été lui-même condamné à mort, tandis qu'Agnès attendit le coup avec calme et résignation. Elle dit même au bourreau: « Que fais-tu ? Qu'attends-tu ? qui te retient ? Fais mourir ce corps qui peut être vu des yeux des hommes, dont je ne veux pas être regardée, et que mon âme aille rejoindre mon Dieu! Que ce Seigneur, qui m'a élue pour son épouse et auquel je veux plaire, me veuille, par sa bonté, recevoir entre ses bras! » C'est ainsi que, le 21 janvier 305, au sein des plus grandes tribulations, elle remporta la double couronne du martyre et de la virginité. « Avant de recevoir le coup, dit Saint Ambroise, elle s'enferme de ses vêtements. Elle est morte et sa pudeur veille encore. Elle est tombée à genoux, et sa main voile son visage ». Son âme environnée de lumière s'élança comme une colombe à travers les airs, et un groupe d'anges l'accompagna dans ce sentier lumineux. O Vierge bienheureuse, noble habitante des Cieux, Priez pour nous !

 

Sa sépulture et le martyre de Sainte Emérentienne

 

Les chrétiens déposèrent le chaste corps d'Agnès dans une terre de l'un de ses parents, au-delà de la porte de Numa, aujourd'hui sainte Agnès extra muros (Hors des Murs), non avec des pleurs et des sanglots, mais avec une grande allégresse et une grande dévotion. Les gentils en furent indignés. Ils se jetèrent sur les chrétiens, qu'ils maltraitèrent, entre autres une sœur de lait et compagne d'Agnès, Sainte Emérentienne, jeune vierge, qui, n'étant encore que catéchumène, fut martyrisée et baptisée ainsi dans son sang. Son corps fut placé auprès de celui d'Agnès, et l'église célèbre sa fête le 23 janvier, qui fut aussi le jour de son martyre. Pour permettre aux chrétiens d'aller honorer le sépulcre d'Agnès et de l'invoquer plus efficacement, Dieu épouvanta les infidèles par des tremblements de terre, par des éclairs, et par des tonnerres, qui, tombant sur eux, en firent mourir plusieurs et mirent les autres en fuite; en sorte que les fidèles demeurèrent maîtres de la place. Quant aux parents de la sainte, ils ne cessèrent, ni nuit ni jour, de faire leur dévotion en ce lieu. C'était une consolation pour eux.

 

Elle apparaît à ses parents et à Sainte Constance

 

Huit jours après le martyre d'Agnès, ses parents en prières sur son tombeau virent une grande multitude de vierges parées de robes de drap d'or recouvertes de pierres précieuses couronnées de guirlandes, de perles et de beaux diamants. Au milieu d'elles s'avançait Sainte Agnès triomphante et glorieuse, avec un agneau plus blanc que la neige sur son bras. La Sainte s'arrêta et pria ses compagnes de s'arrêter aussi ; puis, se tournant vers ses parents, elle leur dit : « Mes chers parents, ne me pleurez plus comme morte, réjouissez-vous plutôt avec moi de ce que j'ai acquis dans le Ciel la couronne de gloire en une si sainte compagnie, et ce que je possède celui, que vivant sur la terre j'aimais de tout mon cœur et de toute mon âme ». Ensuite elle se tut et passa outre avec le choeur de vierge dont elle était accompagnée. Cette révélation fut si célèbre que toute la ville en fut informée. L'Eglise en fait mémoire par une fête particulière, qui se célèbre le 28 janvier, et que l'on appelle Sainte Agnès Secundo.

Quelques années plus tard, Constance, fille de l'empereur Constantin, couverte de plaies des pieds jusqu'à la tête, ayant entendu parler de cette vision par ceux même qui l'avaient vue, voulut prier elle aussi au Sépulcre de la Sainte pour y être guérie. Et là, bien qu'elle ne fût pas encore Chrétienne, elle la pria avec beaucoup de confiance et de ferveur de lui obtenir sa guérison. Elle venait à peine de commencer à prier lorsqu'elle fut surprise par un doux sommeil. Pendant ce repos, la Bienheureuse Agnès lui apparut et lui dit : « Constance ! N'oubliez pas votre nom, embrassez immédiatement la Foi de Jésus-Christ par qui toute vos plaies seront dès ce moment parfaitement guéries. Vous ne sentirez plus la mauvaise odeur de votre corps, la douleur de vos plaies de nous tourmentera plus, et vous serez délivrée de la crainte d'autres nouvelles maladies. Souvenez-vous de ce que vous étiez et de ce que vous êtes maintenant: reconnaissez Notre Seigneur Jésus-Christ et remerciez-le de ses bienfaits ». Constance, à ces paroles, s'éveilla et se trouva parfaitement guérie. En reconnaissance de ce bienfait, elle fit faire un superbe sépulcre pour les ornemente de la Sainte, et bâtir une magnifique église, pour lui rendre les honneurs dues à ses mérites, et oh le peuple accourt toujours depuis en grand nombre. Même elle voulut suivre l'exemple de Sainte Agnès et demeurer toujours vierge. De concert avec plusieurs autres jeunes filles, elle fit profession de l'angélique vertu et reçoit aujourd'hui au Ciel la récompense de son sacrifice.

 

Bénédiction de deux agneaux le jour de la fête de Sainte Agnès, manières de la représenter

 

A l'église, où furent déposées les reliques de sainte Agnès, et qui fut bâtie par Constance, s'appelle aujourd'hui Sainte Agnès extra muros et elle est un titre de Cardinal. Chaque année il s'y fait une gracieuse et touchante cérémonie. A la fête de sainte Agnès, l'abbé de Saint Pierre-aux-Liens y bénit deux agneaux blancs à la grand'messe, après laquelle on les porte au Pape, qui leur donne aussi sa bénédiction. Ils sont ensuite portés dans un monastère de religieuses qui les élèvent avec soin. La laine de ces petits agneaux sert à tisser les Palliums, que le Pape envoie, comme signe de puissance et de juridiction, à tous les archevêques du monde catholique. Ainsi cet ornement de laine blanche que, à certaines grandes fêtes, ces prélats doivent porter sur leurs épaules à l'instar du Bon Pasteur qui porte sa brebis, et que le Pape prend sur l'autel même de Saint Pierre, va porter jusqu'aux extrémités du monde, dans une union symbolique, le sentiment de la puissance suprême de Pierre et celui de la douceur virginale d'Agnès.

On représente Sainte Agnès de différentes manières: 1° debout avec un diadème sur la tête et un livre à la main. A ses pieds sont un glaive et la flamme d'un bûcher qui indiquent les deux genres de tourmente qu'elle eut à souffrir. Vêtements riches ; 2° debout tenant une couronne; 3° A genoux et tenant un petit agneau sur un livre; 4° A genoux et près d'elle un agneau; 5° tenant une branche de lys; 6° défendue par un Ange dans le lieu publia, où elle a été exposée. L'ange frappe un jeune homme de mort; 7° recouverte de sa chevelure comme d'un manteau ; 8° brûlée vive; 9° enfin, à Notre-Dame de lourdes de Montréal, on voit une magnifique statue de la Sainte de trois pieds de hauteur. Sainte Agnès y est debout. Elle porte une robe de drap d'or recouverte d'un manteau empourpré de sang. Sur son bras gauche, dont la main est cachée dans les replis de son manteau, elle porte un petit agneau plus blanc que la neige, et, dans la main droite, la palme de son martyre. Ses longs cheveux ondulés, flottant sur ses épaules, rappellent le miracle dont nous avons parlé, et la tête élevée et radieuse de la Sainte ainsi que ses regard, perdus dans les cieux expriment un bonheur ineffable. Sur sa tête, une couronne de lys et de roses rappellent à la fois sa pureté virginale et son martyre. Enfin, on invoque Sainte Agnès contre les périls de la mer. Et son nom, étant au canon de la Sainte Messe, elle y est tous les jours invoquée par le Prêtre au nom de toute l'église.

 Sainte Agnès, priez pour nous.

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Neuvaine préparatoire à la Fête de Sainte Agnès

 

Premier jour

Vocation de Sainte Agnès

 

La Bienheureuse Agnès était noble, riche et belle. Le fils du gouverneur lui demandait sa main. Elle aurait pu devenir l'une des plus grandes dames, de la ville de Rome. Maie elle méprisa tous ces avantages terrestres. Elle se sentait appelée à une vie plus parfaite. Une voix intérieure lui disait dans l'âme que le baptême est le plus grand titre de noblesse, que la grâce sanctifiante est le plus riche trésor et que Notre Seigneur Jésus-Christ chérit surtout les âmes virginales. Elle eût le courage de suivre cette inspiration, et se donna à son Dieu par le vœu de chasteté qu'elle fit au berceau. Elle dit à Procope : « Retire-toi, appât de mort, parce que je suis engagée à un autre amant ».

 

Et aujourd'hui heureuse avec son Divin Epoux, elle chante à Jésus l'Hymne des vierges que nous dirons avec elle:

 

O Jésus, couronne des Vierges, conçu par cette mère qui seule enfanta sans cesser d'être vierge, écoutez avec bonté nos soupirs. Vous qui marchez parmi les lys, environné des choeurs des Vierges, époux éclatant de gloire, et qui récompensez vos épouses, Les vierges vous suivent partout où vous allez; elles vous accompagnent en chantant vos louanges et en faisant entendre de mélodieux accords. Nous vous supplions humblement de donner à nos sens la vertu d'ignorer toujours ce qui peut blesser et corrompre la sainte pureté.

 

Puissance, honneur, louange, gloire à Dieu le Père, et au Fils, et au Saint Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

Parée de votre gloire et de votre beauté.

Apprêtez-vous à combattre, à vaincre et a régner.

 

Priez pour nous, sainte Agnès,

Afin que nous devenions dignes des promesses de Jésus-Christ.

 

Oraison

 

Dieu tout puissant et éternel, qui vous servez, de la faiblesse des petits pour confondre la force des grands: soyez-nous propice et permettez que, célébrant la fête de la bienheureuse Agnès, votre vierge et votre martyre, nous sentions sa protection auprès de vous. Par Jésus-Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il.

 

Et à Marie, Reine des vierges, nous dirons avec sainte Agnès les Litanies de la Sainte Vierge

 

Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, ayez pitié de nous.

Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, écoutez-nous.

Jésus-Christ, exaucez-nous.

Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Esprit-Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Trinité Sainte, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Marie, priez pour nous.

Sainte Mère de Dieu, priez pour nous.

Sainte Vierge des vierges, priez pour nous.

Mère du Christ, priez pour nous.

Mère de la divine grâce, priez pour nous.

Mère très pure, priez pour nous.

Mère très chaste, priez pour nous.

Mère toujours vierge, priez pour nous.

Mère sans tache, priez pour nous.

Mère aimable, priez pour nous.

Mère admirable, priez pour nous.

Mère du bon conseil, priez pour nous.

Mère du Créateur, priez pour nous.

Mère du Sauveur, priez pour nous.

Vierge très prudente, priez pour nous.

Vierge vénérable, priez pour nous.

Vierge digne de louange, priez pour nous.

Vierge puissante, priez pour nous.

Vierge clémente, priez pour nous.

Vierge fidèle, priez pour nous.

Miroir de justice, priez pour nous.

Trône de la sagesse, priez pour nous.

Cause de notre joie, priez pour nous.

Vase spirituel, priez pour nous.

Vase d'honneur, priez pour nous.

Vase insigne de la dévotion, priez pour nous.

Rose mystique, priez pour nous.

Tour de David, priez pour nous.

Tour d'ivoire, priez pour nous.

Maison d'or, priez pour nous.

Arche d'alliance, priez pour nous.

Porte du ciel, priez pour nous.

Étoile du matin, priez pour nous.

Salut des infirmes, priez pour nous.

Refuge des pécheurs, priez pour nous.

Consolatrice des affligés, priez pour nous.

Secours des Chrétiens, priez pour nous.

Reine des Anges, priez pour nous.

Reine des Patriarches, priez pour nous.

Reine des Prophètes, priez pour nous.

Reine des Apôtres, priez pour nous.

Reine des Martyrs, priez pour nous.

Reine des Confesseurs, priez pour nous.

Reine des Vierges, priez pour nous.

Reine de tous les Saints, priez pour nous.

Reine conçue sans le péché originel, priez pour nous.

Reine élevée au ciel, priez pour nous.

Reine du Très saint Rosaire, priez pour nous.

Reine de la Paix, priez pour nous.

 

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

 

V/. Vous êtes devenue Mère, ô Vierge Sainte, vous êtes demeurée sans tâche,

R/. Mère de Dieu, intercédez pour nous.

 

Prions : O Dieu, qui en rendant féconde la Virginité de la Bienheureuse Marie, avez assuré au genre humain le salut éternel, faites-nous éprouver, s'il vous plaît, combien est puissante auprès de vous l'intercession de celle par laquelle nous avons reçu l'auteur de la vie, notre Seigneur Jésus Christ votre Fils. Ainsi soit-il.

 

Réciter ensuite 3 je Vous salue Marie, 3 fois l'invocation : « O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ». Et 3 fois l'invocation : « Sainte Agnès, priez pour nous ».

 

Deuxième jour

Fidélité de sainte Agnès

 

La Bienheureuse Agnès, s'étant fiancée à Notre Seigneur Jésus-Christ, eût beaucoup à combattre pour lui demeurer fidèle. Procope, ses amis, son père firent des instances pour détacher son cœur de son Divin Epoux. On lui fit promesses et menaces. Mais, se rappelant son vœu et le bonheur qu'elle en éprouvait, elle répondit: « Jésus a entouré ma main droite et mon cou de pierres précieuses, il a mis à mes oreilles des boucles d'un prix inestimable ». Lui seul possédera ma main, son joug seul reposera sur mes épaules, et mes oreilles n'aimeront que sa voix.

 

Et aujourd'hui heureuse avec son Divin Epoux, elle chante à Jésus l'Hymne des vierges que nous dirons avec elle:

 

O Jésus, couronne des Vierges, conçu par cette mère qui seule enfanta sans cesser d'être vierge, écoutez avec bonté nos soupirs. Vous qui marchez parmi les lys, environné des choeurs des Vierges, époux éclatant de gloire, et qui récompensez vos épouses, Les vierges vous suivent partout où vous allez; elles vous accompagnent en chantant vos louanges et en faisant entendre de mélodieux accords. Nous vous supplions humblement de donner à nos sens la vertu d'ignorer toujours ce qui peut blesser et corrompre la sainte pureté.

 

Puissance, honneur, louange, gloire à Dieu le Père, et au Fils, et au Saint Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

Parée de votre gloire et de votre beauté.

Apprêtez-vous à combattre, à vaincre et a régner.

 

Priez pour nous, sainte Agnès,

Afin que nous devenions dignes des promesses de Jésus-Christ.

 

Oraison

 

Dieu tout puissant et éternel, qui vous servez, de la faiblesse des petits pour confondre la force des grands: soyez-nous propice et permettez que, célébrant la fête de la bienheureuse Agnès, votre vierge et votre martyre, nous sentions sa protection auprès de vous. Par Jésus-Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il.

 

Et à Marie, Reine des vierges, nous dirons avec sainte Agnès les Litanies de la Sainte Vierge

 

Troisième jour

Constance de Sainte Agnès

 

La Bienheureuse Agnès, s'étant fiancée à Notre Seigneur Jésus-Christ, eût beaucoup à souffrir pour lui conserver son corps, son esprit et son cœur. Elle fut citée devant les tribunaux, menacée, dépouillée, traînée en un lieu infâme, jetée dans le feu, égorgée et tuée. Mais, se rappelant son vœu, elle dit : « Il a posé un signe sur ma figure, afin que je n'aie jamais d'autre amant que Lui ». Jamais mon visage ne servira à m'attirer d'autres regards. Je n'aimerai que lui.

 

Et aujourd'hui heureuse avec son Divin Epoux, elle chante à Jésus l'Hymne des vierges que nous dirons avec elle:

 

O Jésus, couronne des Vierges, conçu par cette mère qui seule enfanta sans cesser d'être vierge, écoutez avec bonté nos soupirs. Vous qui marchez parmi les lys, environné des choeurs des Vierges, époux éclatant de gloire, et qui récompensez vos épouses, Les vierges vous suivent partout où vous allez; elles vous accompagnent en chantant vos louanges et en faisant entendre de mélodieux accords. Nous vous supplions humblement de donner à nos sens la vertu d'ignorer toujours ce qui peut blesser et corrompre la sainte pureté.

 

Puissance, honneur, louange, gloire à Dieu le Père, et au Fils, et au Saint Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

Parée de votre gloire et de votre beauté.

Apprêtez-vous à combattre, à vaincre et a régner.

 

Priez pour nous, sainte Agnès,

Afin que nous devenions dignes des promesses de Jésus-Christ.

 

Oraison

 

Dieu tout puissant et éternel, qui vous servez, de la faiblesse des petits pour confondre la force des grands: soyez-nous propice et permettez que, célébrant la fête de la bienheureuse Agnès, votre vierge et votre martyre, nous sentions sa protection auprès de vous. Par Jésus-Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il.

 

Et à Marie, Reine des vierges, nous dirons avec sainte Agnès les Litanies de la Sainte Vierge

 

Quatrième jour

Pureté de Sainte Agnès

 

La Bienheureuse Agnès avait fait vœu de chasteté, dès son berceau. Elle avait promis à son Divin Epoux de n'avoir jamais de pensée et désir que pour lui et de ne faire jamais que des actions capables de lui paire. Et voilà, que malgré sa modestie, des bourreaux lui enlèvent ses vêtements. Dieu, qui voit sa honte et sa peine, fait en un instant croître ses longs cheveux et lui envoie son Ange pour la garder, et sa lumière pour l'éclairer. Et elle s'écrie dans sa reconnaissance : « Le Seigneur m'a revêtue d'un manteau brodé d'or, il m'a parée de joyaux magnifiques ». Toujours je m'environnerai de son amour et n'aimerai que lui.

 

Et aujourd'hui heureuse avec son Divin Epoux, elle chante à Jésus l'Hymne des vierges que nous dirons avec elle:

 

O Jésus, couronne des Vierges, conçu par cette mère qui seule enfanta sans cesser d'être vierge, écoutez avec bonté nos soupirs. Vous qui marchez parmi les lys, environné des choeurs des Vierges, époux éclatant de gloire, et qui récompensez vos épouses, Les vierges vous suivent partout où vous allez; elles vous accompagnent en chantant vos louanges et en faisant entendre de mélodieux accords. Nous vous supplions humblement de donner à nos sens la vertu d'ignorer toujours ce qui peut blesser et corrompre la sainte pureté.

 

Puissance, honneur, louange, gloire à Dieu le Père, et au Fils, et au Saint Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

Parée de votre gloire et de votre beauté.

Apprêtez-vous à combattre, à vaincre et a régner.

 

Priez pour nous, sainte Agnès,

Afin que nous devenions dignes des promesses de Jésus-Christ.

 

Oraison

 

Dieu tout puissant et éternel, qui vous servez, de la faiblesse des petits pour confondre la force des grands: soyez-nous propice et permettez que, célébrant la fête de la bienheureuse Agnès, votre vierge et votre martyre, nous sentions sa protection auprès de vous. Par Jésus-Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il.

 

Et à Marie, Reine des vierges, nous dirons avec sainte Agnès les Litanies de la Sainte Vierge

 

Cinquième jour

Piété de Sainte Agnès

 

La Bienheureuse Agnès, étant chrétienne et fiancée au Divin époux des âmes pures, se voit en proie à la persécution la plus brutale,et abandonnée de la terre. Un juge inique veut lui faire abandonner son Dieu, lui faire adorer les fausses divinités, mais elle pense à son Ange et s'écrie: « J'adore le Christ dont la Mère est Vierge. Car, lorsque je l'aime, je suis chaste ; lorsque je le touche, je suis pure ; lorsque je l'embrasse, je suis vierge. Il m'a donné du miel et du lait et son Sang a décoré mes joues. Rien au monde ne saurait me faire quitter l'Epoux, que j'ai choisi ». Je ne savourai jamais que miel de ses délices, le lait de ses consolations.

 

Et aujourd'hui heureuse avec son Divin Epoux, elle chante à Jésus l'Hymne des vierges que nous dirons avec elle:

 

O Jésus, couronne des Vierges, conçu par cette mère qui seule enfanta sans cesser d'être vierge, écoutez avec bonté nos soupirs. Vous qui marchez parmi les lys, environné des choeurs des Vierges, époux éclatant de gloire, et qui récompensez vos épouses, Les vierges vous suivent partout où vous allez; elles vous accompagnent en chantant vos louanges et en faisant entendre de mélodieux accords. Nous vous supplions humblement de donner à nos sens la vertu d'ignorer toujours ce qui peut blesser et corrompre la sainte pureté.

 

Puissance, honneur, louange, gloire à Dieu le Père, et au Fils, et au Saint Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

Parée de votre gloire et de votre beauté.

Apprêtez-vous à combattre, à vaincre et a régner.

 

Priez pour nous, sainte Agnès,

Afin que nous devenions dignes des promesses de Jésus-Christ.

 

Oraison

 

Dieu tout puissant et éternel, qui vous servez, de la faiblesse des petits pour confondre la force des grands: soyez-nous propice et permettez que, célébrant la fête de la bienheureuse Agnès, votre vierge et votre martyre, nous sentions sa protection auprès de vous. Par Jésus-Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il.

 

Et à Marie, Reine des vierges, nous dirons avec sainte Agnès les Litanies de la Sainte Vierge

 

Sixième jour

Charité de Sainte Agnès

 

La Bienheureuse Agnès défendue par un Ange, voit à ses pieds le cadavre de Procope. Elle prie baignée de larmes et il est ressuscité. Elle voit ses parents éplorés sur son tombeau ; elle descend du Ciel et les console en disant : « Ne me pleurez pas, mais réjouissez-vous plutôt, j'ai acquis une couronne de gloire, je possède Celui que j'aimais de tout mon cœur ». Constance l'invoque dans ses souffrances et elle est guérie. Agnès a gardé sa Foi a son Jésus seul, à Lui seul elle s'est donnée entièrement.

 

Et aujourd'hui heureuse avec son Divin Epoux, elle chante à Jésus l'Hymne des vierges que nous dirons avec elle:

 

O Jésus, couronne des Vierges, conçu par cette mère qui seule enfanta sans cesser d'être vierge, écoutez avec bonté nos soupirs. Vous qui marchez parmi les lys, environné des choeurs des Vierges, époux éclatant de gloire, et qui récompensez vos épouses, Les vierges vous suivent partout où vous allez; elles vous accompagnent en chantant vos louanges et en faisant entendre de mélodieux accords. Nous vous supplions humblement de donner à nos sens la vertu d'ignorer toujours ce qui peut blesser et corrompre la sainte pureté.

 

Puissance, honneur, louange, gloire à Dieu le Père, et au Fils, et au Saint Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

Parée de votre gloire et de votre beauté.

Apprêtez-vous à combattre, à vaincre et a régner.

 

Priez pour nous, sainte Agnès,

Afin que nous devenions dignes des promesses de Jésus-Christ.

 

Oraison

 

Dieu tout puissant et éternel, qui vous servez, de la faiblesse des petits pour confondre la force des grands: soyez-nous propice et permettez que, célébrant la fête de la bienheureuse Agnès, votre vierge et votre martyre, nous sentions sa protection auprès de vous. Par Jésus-Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il.

 

Et à Marie, Reine des vierges, nous dirons avec sainte Agnès les Litanies de la Sainte Vierge

 

Septième jour

Courage de Sainte Agnès

 

La Bienheureuse Agnès, âgée de treize ans, abandonnée de la terre, mais plaçant toute sa confiance en son Divin Epoux, refuse la main d'un prince, résiste au gouverneur, confond Aspase et défie le bourreau. Jésus était sa force, son ange l'aidait, et elle, dans le transport de son allégresse, elle disait : « Quand j'ai été dépouillée, il m'a revêtue ; quand j'ai été seule et abandonnée, il m'a conservée ».

 

Et aujourd'hui heureuse avec son Divin Epoux, elle chante à Jésus l'Hymne des vierges que nous dirons avec elle:

 

O Jésus, couronne des Vierges, conçu par cette mère qui seule enfanta sans cesser d'être vierge, écoutez avec bonté nos soupirs. Vous qui marchez parmi les lys, environné des choeurs des Vierges, époux éclatant de gloire, et qui récompensez vos épouses, Les vierges vous suivent partout où vous allez; elles vous accompagnent en chantant vos louanges et en faisant entendre de mélodieux accords. Nous vous supplions humblement de donner à nos sens la vertu d'ignorer toujours ce qui peut blesser et corrompre la sainte pureté.

 

Puissance, honneur, louange, gloire à Dieu le Père, et au Fils, et au Saint Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

Parée de votre gloire et de votre beauté.

Apprêtez-vous à combattre, à vaincre et a régner.

 

Priez pour nous, sainte Agnès,

Afin que nous devenions dignes des promesses de Jésus-Christ.

 

Oraison

 

Dieu tout puissant et éternel, qui vous servez, de la faiblesse des petits pour confondre la force des grands: soyez-nous propice et permettez que, célébrant la fête de la bienheureuse Agnès, votre vierge et votre martyre, nous sentions sa protection auprès de vous. Par Jésus-Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il.

 

Et à Marie, Reine des vierges, nous dirons avec sainte Agnès les Litanies de la Sainte Vierge

 

Huitième jour

Prédication de sainte Agnès

 

La Bienheureuse Agnès, fiancée à Notre Seigneur Jésus Christ, lui amène encore Emérentienne et d'autres épouses virginales. Elle apprend à Procope qu'il est noble, qu'il est beau, qu'il est sage, qu'il est riche, qu'a est bon, qu'il est puissant Et elle dit à Constance. « N'oubliez pas votre vœu, embrassez constamment la Foi de Jésus-Christ, par qui tontes vos plaies seront à l'instant parfaitement guéries, à qui je suis fiancé et que les Anges servent, et dont la lune et le soleil admirent la beauté.

 

Et aujourd'hui heureuse avec son Divin Epoux, elle chante à Jésus l'Hymne des vierges que nous dirons avec elle:

 

O Jésus, couronne des Vierges, conçu par cette mère qui seule enfanta sans cesser d'être vierge, écoutez avec bonté nos soupirs. Vous qui marchez parmi les lys, environné des choeurs des Vierges, époux éclatant de gloire, et qui récompensez vos épouses, Les vierges vous suivent partout où vous allez; elles vous accompagnent en chantant vos louanges et en faisant entendre de mélodieux accords. Nous vous supplions humblement de donner à nos sens la vertu d'ignorer toujours ce qui peut blesser et corrompre la sainte pureté.

 

Puissance, honneur, louange, gloire à Dieu le Père, et au Fils, et au Saint Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

Parée de votre gloire et de votre beauté.

Apprêtez-vous à combattre, à vaincre et a régner.

 

Priez pour nous, sainte Agnès,

Afin que nous devenions dignes des promesses de Jésus-Christ.

 

Oraison

 

Dieu tout puissant et éternel, qui vous servez, de la faiblesse des petits pour confondre la force des grands: soyez-nous propice et permettez que, célébrant la fête de la bienheureuse Agnès, votre vierge et votre martyre, nous sentions sa protection auprès de vous. Par Jésus-Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il.

 

Et à Marie, Reine des vierges, nous dirons avec sainte Agnès les Litanies de la Sainte Vierge

 

Neuvième jour

Gloire de Sainte Agnès

 

La Bienheureuse Agnès, fiancée à Notre Seigneur Jésus-Christ, persécutée par les bourreaux, mais défendue de leurs mains impures, et gardée par les Anges, monte au Ciel escortée d'esprits glorieux. Elle revient avec un choeur de Vierges richement parées et dit: « Mon seigneur Jésus-Christ m'a gagée de son anneau, et comme une épouse il m'a couronnée. réjouissez-vous avec moi; car je vois ce que j'ai désiré: je tiens ce que j'ai espéré; je suis unie dans les Cieux à celui que sur la terre j'ai tant aimé ».

 

Et aujourd'hui heureuse avec son Divin Epoux, elle chante à Jésus l'Hymne des vierges que nous dirons avec elle:

 

O Jésus, couronne des Vierges, conçu par cette mère qui seule enfanta sans cesser d'être vierge, écoutez avec bonté nos soupirs. Vous qui marchez parmi les lys, environné des choeurs des Vierges, époux éclatant de gloire, et qui récompensez vos épouses, Les vierges vous suivent partout où vous allez; elles vous accompagnent en chantant vos louanges et en faisant entendre de mélodieux accords. Nous vous supplions humblement de donner à nos sens la vertu d'ignorer toujours ce qui peut blesser et corrompre la sainte pureté.

 

Puissance, honneur, louange, gloire à Dieu le Père, et au Fils, et au Saint Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

Parée de votre gloire et de votre beauté.

Apprêtez-vous à combattre, à vaincre et a régner.

 

Priez pour nous, sainte Agnès,

Afin que nous devenions dignes des promesses de Jésus-Christ.

 

Oraison

 

Dieu tout puissant et éternel, qui vous servez, de la faiblesse des petits pour confondre la force des grands: soyez-nous propice et permettez que, célébrant la fête de la bienheureuse Agnès, votre vierge et votre martyre, nous sentions sa protection auprès de vous. Par Jésus-Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il.

 

Et à Marie, Reine des vierges, nous dirons avec sainte Agnès les Litanies de la Sainte Vierge


Biographie et Neuvaine extraites de "Petite vie de Sainte Agnès, Vierge et Martyre", Abbé Moreau, Imprimerie de l'Institution des Sourds Muets, Montréal, 1886

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24 décembre 2011

Le Mois de l'Immaculée Conception

Le Mois de l'Immaculée Conception

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Vingt-cinquième jour

Saint Jour de la Fête de la Nativité du Seigneur

Dans la solennité de Noël, il faut compter fermement sur toutes les grâces que nous demanderons à Dieu par Jésus et Marie

 

Si les Souverains de la terre, au jour qui rappelle leur naissance, prodiguent les faveurs à leurs courtisans, combien plus Jésus, mon Souverain, sera prodigue de Ses grâces dans ce jour où Il nous fut donné ! Et Marie choisie entre toutes les femmes pour être la Mère de Jésus, Marie voudrait-Elle restreindre Ses faveurs en cet heureux anniversaire ? Je me tiendrai donc assuré que Dieu le Père m'accordera toutes les grâces que je voudrai, par les mérites du Divin Cœur de Jésus et du Cœur Immaculé de Marie. « Père Eternel, lui dirais-je avec un vif sentiment d'amour, il s'agit de glorifier Votre Fils, et de quelle manière ? En m'accordant toutes les grâces que je me propose de Vous demander en Son Nom, surtout dans ces jours qui rappellent Sa Naissance. Souvenez-vous, ô mon Dieu, que pour Vous glorifier, Jésus s'est humilié, qu'Il s'est fait obéissant jusqu'à la mort et la mort de la Croix ; c'est pourquoi, ajoute l'Apôtre, Vous l'avez exalté, et Vous Lui avez donné un Nom qui est au-dessus de tous les noms. Lui-même m'assure dans Son Evangile que Vous m'accorderez tout ce que je pourrai Vous demander en Son Nom ; Il fait plus encore, Il me le promet sous des serments les plus solennels : « En vérité, en vérité, Je vous le dis, tout ce que Vous demanderez à Mon Père en Mon Nom, vous l'obtiendrez ». Ailleurs encore, il renouvelle Sa promesse, et Il en donne la raison : « Afin que le Père soit glorifié dans le Fils ». Eh bien ! Mon Dieu en m'accordant toutes les grâces que je sollicite au Nom de Jésus, pourvu qu'elles puissent profiter à mon âme, Vous serez glorifié en Jésus et Jésus en Vous. Procurez donc cette gloire à Votre Nom et au Nom de Votre Divin Fils : Il a tant fait, Il a tant souffert pour Vous glorifier !

 

Ce n'est pas assez, ô Père Eternel ; il s'agit de glorifier non seulement Jésus Votre Fils, mais encore Son Auguste Mère ; car en Vous demandant ces grâces, j'emploie également près de Votre Divine Majesté la toute-puissante intercession du Saint Cœur de Marie. Je les implore par les mérites du Sang qu'Elle a fourni pour le Corps adorable de Jésus, par les neuf mois qu'Elle l'a porté dans Son Sein, par le lait dont Elle l'a nourri, enfin, par les services continuels qu'Elle Lui rendit durant toute Sa vie. Elle Vous a glorifié et Vous glorifiera infiniment par Son Divin Fils ; il est bien juste que Vous la glorifiiez aussi en exauçant toutes les demandes qui Vous sont faites en Son Nom et par Ses mérites. Ainsi soit-il.

 

En assistant à la Messe aujourd'hui, je puis gagner 100 ans d'Indulgence accordées par le Pape Sixte V.

 

Prière : Réciter neuf Je Vous salue Marie, pour honorer les neuf mois que Jésus a passé dans le sein de Marie, suivis de l'invocation : « Vous êtes heureuse, ô Marie, Vous qui avez porté le Créateur du monde ; sans perdre Votre Virginité, Vous avez enfanté Celui qui Vous a formée ! »

 

Pratique : En action de grâce à la Très Sainte Trinité pour les faveurs et les dons sublimes qu'Elle a accordés à Marie, réciter 3 Gloire soit au Père le matin, le midi et le soir.

 

D'après un texte extrait de « Deux Mois à sanctifier par la Prière », de Dom Gabriel-Marie Fulconis, aux Editions Saint Jean

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15 février 2012

Le Mois du Pécheur repentant 3/4

Le Mois du Pécheur repentant

« Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous de la même manière ». (Luc 13)

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 Seizième jour

Le Pécheur est un enfant prodigue

 

Réflexions pratiques

 

Représentez-vous, ô mon âme, l'enfant prodigue revenant auprès de son bon père après de longs égarements. Demandez à Notre Seigneur la grâce d'imiter son repentir et d'obtenir comme Lui le pardon de vos péchés passés. Comparez vos fautes avec les vertus du serviteur de Dieu, la corruption de votre cœur avec son innocence: quelle différence entre votre état et le sien! La paix, la joie intérieure, la consolation règne dans son âme; dans votre cœur au contraire, quels troubles! quelles amertumes! quels reproches de la conscience! Voyez ce que vous étiez autrefois, et ce que vous êtes aujourd'hui; et vous regretterez amèrement le bonheur de votre condition passée.

 

Prière

 

Quel sujet de chagrin pour moi, ô mon Dieu, de Vous avoir quitté, Vous, mon Père et ma souveraine Béatitude, pour un maître perfide, pour un tyran cruel, pour le plus cruel des bourreaux, pour Satan. Hélas! j'ai dissipé les biens de Votre maison dans des plaisirs honteux et criminel. Aussi, du plus heureux de vos enfants, je suis devenu le plus misérable des pécheurs. Ce qui augmente mon crime et mon repentir, c'est que Vous avez toujours conservé pour moi une prédilection que nul père n'a jamais eue pour son fils unique. Malgré ma profonde misère, je ne perdrai pas courage; je me lèverai avec le prodigue et je Vous dirai, la rougeur au front et le deuil dans l'âme: Mon Père, j'ai péché contre le Ciel et devant Vous; contre le Ciel par le scandale de tant d'iniquités commises à la lumière du jour; devant Vous, par tant d'iniquités secrètes qui, pour avoir été cachées dans les ténèbres, n'en ont pas moins été éclairées par votre œil invisible. Ah! je ne mérite plus d'être appelé Votre fils, trop heureux si Vous daignez m'admettre au rang de Vos serviteurs. Ramenez-moi à Vos pieds, et je pleurerai le malheur que j'ai eu de Vous abandonner: c'est à ce prix que Vous m'avez promis le pardon de mes égarements, et avec lui l'abondance de tous les biens que j'ai perdus. Que tardé-je encore de revenir dans les bras et dans le cœur d'un Père si bon, si généreux, qui ne demande qu'à m'embrasser et à me pardonner?

 

Pratique pour tous les jours du mois : Offrons à Notre-Seigneur, par le canal de Sa Sainte Mère, nos peines et nos souffrances en expiation de nos péchés passés.

Aspiration : Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, et ne soyez pas éternellement irrité contre nous.

 

Dix-septième jour

Le Pécheur est un ingrat

 

Réflexions pratiques

 

Considérez, ô mon âme, que vous tenez tout de Dieu, et que vous ne sauriez pécher qu'avec ses bienfaits: quelle ingratitude d'oublier les grâces et les Miséricordes dont Il vous comble tous les jours, de Lui rendre le mal pour le bien, de vous servir de ses dons pour l'outrager, et de tourner contre Sa Gloire Sa propre Bonté et Sa propre Puissance qui vous conservent! Mettez-vous aux pieds de votre Crucifix, comme un ami parjure aux pieds de son ami, comme un sujet rebelle aux pieds de son roi, comme un fils parricide aux pieds de son père. Demandez humblement à Notre-Seigneur Jésus-Christ le pardon de vos péchés.

 

Prière

 

Tout, Seigneur, frappe mes yeux: l'état de mon âme, le tombeau qui va s'ouvrir sous mes pas, le jugement, l'enfer, l'éternité, et je ne vois rien! Tout me parle: ma conscience, les accidents, les bons exemples, les bons livres, les prédicateurs de Votre Parole, et je n'entends rien! Tout au Ciel et sur la terre devrait me toucher: Vos Bontés, Vos Bienfaits, Vos Grâces, Vos Miséricordes, Vos Lumières, et rien ne me réveille! je ferme mes yeux, mes oreilles et mon cœur à la voix de votre miséricorde, je suis insensible à Vos Bienfaits comme à Vos menaces et tranquille dans mon péché. Tout ce que je possède, je le tiens de Votre Main libérale pour Votre plus grande Gloire: mes lèvres n'ont reçu le mouvement que pour Vous louer; mon esprit et mon cœur n'ont reçu la lumière et le sentiment que pour penser à Vous et Vous aimer; Vous ne m'avez donné tout mon être que pour Vous servir. Et toutes mes facultés sont coupables; tous mes sens ont servi d'instrument à l'iniquité: je le confesse, ô mon Dieu! j'ai péché au-delà de toute mesure. Ah! si un homme m'avait traité une seule fois comme je Vous traite tous les jours, je le haïrais souverainement; comment pourrai-je ne pas me haïr moi-même, et me pardonner l'ingratitude de mon méchant cœur? Pardonnez Vous-même à ce coupable chargé de crimes énormes: c'est à Votre Cœur que je m'adresse pour demander ma grâce; et c'est de Votre Cœur, toujours prêt à tout oublier, à tout pardonner, que j'espère l'obtenir.

 

Pratique pour tous les jours du mois : Offrons à Notre-Seigneur, par le canal de Sa Sainte Mère, nos peines et nos souffrances en expiation de nos péchés passés.

Aspiration : Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, et ne soyez pas éternellement irrité contre nous.

 

Dix-huitième jour

Le Pécheur délibère sur sa conversion


Réflexions pratiques

 

Considérez, ô mon âme, que Dieu vous a laissée libre de choisir entre la grâce et le péché, entre le paradis et l'enfer, et que, du choix que vous ferez en cette vie dépend votre bonheur ou votre malheur éternel. Quand il s'agit de votre salut, le choix peut-il être douteux, et toute délibération à cet égard ne serait-elle pas un nouveau crime? Trop longtemps vous avez opposé une opiniâtre résistance à la Volonté de Dieu; et si vous n'avez pas encore senti toute la rigueur de ses vengeances, c'est qu'Il veut vous faire éprouver la douceur de ses Miséricordes, mais à condition que vous vous déterminerez enfin à vous convertir.

 

Prière

 

Seigneur mon Dieu, après Vous avoir entendu si longtemps parler à mon cœur, après avoir vu si souvent resplendir Votre Lumière dans mon âme, après avoir tant de fois éprouvé la contagion du monde, faut-il que je balance encore, et que j'hésite sur le choix que je dois faire entre la douceur de la vertu et la séduction du vice, entre la gloire de vous servir et le malheur de gémir sous la tyrannie du démon! Hélas! d'où vient ma répugnance à me dépouiller de mes vices, si ce n'est de la force de mes inclinations perverses, de mon attachement à ce monde corrompu, de ma froideur pour vous? J'ai beau entendre votre voix qui me dit au fond de mon cœur: « Fuyez le péché »; mes habitudes vicieuses parlent plus haut, et je les écoute avec complaisance, sans faire attention que je perds un de ces précieux moments de grâce et de miséricorde auquel vous avez pu attacher mon entière conversion, et qui sera peut-être suivi d'un silence de colère et d'indignation. Otez de mon cœur, ô mon Dieu! toutes ces velléités qui m'empêchent d'être sincèrement à vous; séparez-moi de moi-même; arrachez-moi des funestes complices de mes crimes, et détachez-moi de moi-même avec cette douce violence qui entraînait l'épouse des cantiques; afin que, malgré mon extrême misère et ma faiblesse incompréhensible, aidé de votre puissant secours, je m'attache à vous par des liens indissolubles, et que je vous garde une fidélité inviolable jusqu'au dernier soupir de ma vie.

 

Pratique pour tous les jours du mois : Offrons à Notre-Seigneur, par le canal de Sa Sainte Mère, nos peines et nos souffrances en expiation de nos péchés passés.

Aspiration : Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, et ne soyez pas éternellement irrité contre nous.

 

Dix-neuvième jour

Le Pécheur diffère encore sa conversion

 

Réflexions pratiques

 

Revenez à votre Père, ô mon âme, Il vous tend la main et vous prévient par sa grâce. N'êtes-vous pas encore fatiguée du joug que le démon vous fait porter depuis longtemps? Voulez-vous attendre qu'une mauvaise mort vienne mettre le sceau à votre éternelle réprobation, et que la longanimité de Dieu rende plus insupportable l'éternel malheur que votre impénitence vous attirera infailliblement ? Revenez enfin à votre Dieu par une sincère conversion; mais ne différez pas plus longtemps. Pendant que vous temporisez, que de Pécheurs cités au tribunal de Dieu et condamnés aux flammes de l'enfer!

 

Prière

 

O mon doux Jésus! ô mon Amour Crucifié! il faut enfin que je revienne à Vous, et que je pense sérieusement à me convertir, si je ne veux pas m'exposer au danger évident de me damner. Il y a trop longtemps que je languis dans l'ordure de mes péchés et dans le lit infect de ce corps de bouc. Ah! si je savais ce que Votre Grâce donne de douceur et de consolation à une âme vraiment convertie; si je savais combien l'espérance du ciel qu'elle a recouvrée la dédommage de toutes les peines qu'elle a eues pour dompter ses passions, ne secouerais-je pas aussitôt le joug du démon, et me débattrais-je encore vainement dans les chaînes cruelles et honteuses dont il m'a chargé? Délivrez-moi promptement, Seigneur, du joug de cette captivité, de cet état déplorable où mes péchés m'ont réduit; Vous seul pouvez me décharger du pesant fardeau qui m'accable. Je soupire après cet heureux moment, je l'attends, je l'espère, ne différez pas de remplir la promesse que Vous m'avez faite: continuez de me poursuivre, non de vos anathèmes, mais de Vos Miséricordes, en me retirant des mains de Satan qui me tient encore esclave sous sa puissance infernale. Quand retournerai-je à Vous, mon Jésus, par une véritable conversion? Inspirez-moi une horreur extrême du péché, une vive douleur de l'avoir commis, une volonté ferme de ne le plus commettre, enfin un désir ardent de réparer mes crimes par une bonne confession et une sincère pénitence.

 

Pratique pour tous les jours du mois : Offrons à Notre-Seigneur, par le canal de Sa Sainte Mère, nos peines et nos souffrances en expiation de nos péchés passés.

Aspiration : Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, et ne soyez pas éternellement irrité contre nous.

 

Vingtième jour

Le Pécheur effrayé à la vue de ses péchés

 

Réflexions pratiques

 

Le calme de la paix s'éloigne toujours d'un cœur coupable et ne lui laisse que ses frayeurs, ses alarmes, son désespoir. Les remords épouvantent le Pécheur, ses crimes déchirent son sein, troublent son sommeil, rendent amers tous ses plaisirs. La mort s'offre à ses yeux égarés, les portes de l'abîme paraissent s'ouvrir devant lui. Qui ne serait saisi d'épouvante, sachant qu'il a son Roi pour ennemi? malheur à l'âme criminelle qui ne tremble pas en présence de Dieu! elle tremblera pendant l'éternité; le tonnerre ne gronde pas maintenant sur elle, mais il l'écrasera un jour du poids épouvantable de la colère divine.

 

Prière

 

O Dieu, aux yeux de qui tout cœur tremble et toute conscience est alarmée, en quel état Vous remettrai-je ma pauvre âme qui, au lieu de brûler de Votre Divine Charité, a été souvent l'objet de Votre haine? Si les justes, si les puissances même du ciel tremblent devant Vous, que deviendrai-je, moi qui Vous ai offensé des millions de fois, et qui cherche en vain dans tout le cours de ma vie quelque temps ou quelque lieu qui puisse m'avoir vu sans iniquité en Votre Présence? Ah! Seigneur, si Vous me punissez dans toute la rigueur de Votre Justice, comment subsisterai-je devant Vous, et soutiendrai-je le poids de tant de péchés? C'est Votre Miséricorde, ô mon Dieu! plus que Votre Justice qui m'a frappé du glaive salutaire de Votre crainte; n'imposez pas silence aux cruels remords de ma conscience justement alarmée: que cette voix intérieure se fasse entendre à mon cœur coupable, son silence serait pour moi le plus grand des malheurs. Tonnez, éclatez, abattez-moi comme Saül; faites-moi sentir comme à lui, combien il est fâcheux de vous résister. Portez votre lumière dans le fond de mon cœur; apprenez-moi ce que vous voulez que je fasse; rendez-moi docile aux inspirations de Votre Grâce, afin qu'après les avoir constamment suivies, je mérite les consolations et les récompenses que Vous réservez aux Pécheurs vraiment pénitents.

 

Pratique pour tous les jours du mois : Offrons à Notre-Seigneur, par le canal de Sa Sainte Mère, nos peines et nos souffrances en expiation de nos péchés passés.

Aspiration : Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, et ne soyez pas éternellement irrité contre nous.

 

Vingt-et-unième jour

Le Pécheur prend la résolution de se convertir

 

Réflexions pratiques

 

Considérez ô mon âme, quelle est la Miséricorde incompréhensible de Dieu qui vous a soufferte dans vos péchés avec tant de douceur, qui vous a appelée à lui tant de fois par ses inspirations, qui vous a attendue avec tant de patience jusqu'à ce moment. Prosternée humblement devant le Tribunal de Sa Justice, demandez-Lui pardon du délai de votre conversion, du mépris de Ses Grâces; puis, vous tournant vers le Trône de Sa Miséricorde, établissez-vous dans une ferme résolution de recouvrer Sa Grâce par une pénitence parfaite qui brise votre cœur, qui humilie votre esprit, qui réduise votre corps en servitude, et vous convertisse sincèrement.

 

Prière

 

Mon Sauveur et mon Maître, depuis que Vous m'invitez avec la Tendresse d'un Père à retourner à Vous, n'est-il pas temps enfin que je recouvre par un amer repentir le précieux trésor de la Grâce que j'ai perdu? Trop longtemps Vous avez attendu et souffert ce Pécheur impénitent; trop longtemps Vous avez frappé à la porte de son cœur, sans pouvoir vaincre son obstination, et cependant sans rien diminuer de Votre Paternelle Sollicitude. Aujourd'hui Votre Grâce a triomphé de ce cœur jusqu'alors insensible à vos premières avances: c'est vers Vous, mon bon et aimable Sauveur, que je me tourne, c'est à Vos pieds que je me jette pour les arroser des larmes d'une vive et sincère contrition. Je Vous choisis pour mon Roi, et je Vous consacre irrévocablement tout ce que je suis, tout ce que je possède; je Vous promets solennellement de ne jamais plus Vous abandonner; je proteste devant Vous, en présence de la Glorieuse Vierge Votre Mère et de toute la Cour Céleste, que mon désir, mon invariable résolution, ma volonté bien prononcée, c'est de pleurer de plus en plus mes péchés, c'est de me dévouer à Votre Service avec une ferveur pleine d'amour, c'est de Vous suivre détaché des biens de la terre et humble de cœur, acceptant pour l'expiation de mes offenses toutes les épreuves de l'exil, travaillant avec zèle pour Votre Gloire et pour mon Salut, demeurant avec Vous à la vie et à la mort, soumis en tout à Votre Adorable Volonté, avec une fidélité inviolable pour le reste de mes jours. Vive le Seigneur! Vive le Roi, mon Maître!

 

Pratique pour tous les jours du mois : Offrons à Notre-Seigneur, par le canal de Sa Sainte Mère, nos peines et nos souffrances en expiation de nos péchés passés.

Aspiration : Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, et ne soyez pas éternellement irrité contre nous.

 

Vingt-deuxième jour

Le Pécheur converti

 

Réflexions pratiques

 

Heureux, ô mon âme, ceux à qui les iniquités ont été remises, et dont les péchés sont pardonnés! Ils sont d'autant plus heureux qu'ils ont gémi plus longtemps sous la servitude du Démon, semblable au voyageur qui voit le port avec plaisir, après une affreuse tempête, ou à un malade qui recouvre la santé après une longue maladie. Le Seigneur vous a aussi pardonné vos péchés et vous a réjoui, par l'abondance de sa propitiation divine; vous êtes donc aussi bienheureuse d'avoir purifié votre cœur des affections du monde, d'avoir senti en vous l'onction de la grâce et la douceur de l'Amour de Dieu: c'est une faveur qu'Il n'accorde qu'à un petit nombre d'âmes, et que vous devez estimer plus que tous les trésors.

 

Prière

 

Mon Sauveur et mon Libérateur, Vous n'êtes plus pour moi ce Dieu terrible et menaçant, armé de toutes ses foudres: je ne vois en Vous qu'un Tendre Père qui, touché de mon repentir, m'a pardonné mes égarements et m'a rendu à la paix qui surpasse toute pensée et qui seule fait le vrai bonheur. Votre Grâce a guéri les plaies de mon âme, elle a affermi mes pas dans les voies de la Justice, et Votre Miséricorde m'a fait éprouver combien je suis heureux, depuis que Votre Main Puissante m'a arraché au joug du démon. Il est vrai, Seigneur, que je Vous ai confessé mes péchés avec un cœur pénétré de douleur: mais, quelque amer que soit mon repentir pourrai-je jamais me persuader que j'ai versé assez de larmes pour effacer mes fautes et apaiser votre colère? Oubliez-Vous sitôt Votre Justice pour écouter la voix de Votre Clémence? Quoi! après des chutes si graves et si fréquentes, Vous m'avez donné le baiser de paix et de réconciliation! Ah! Seigneur, Dieu de charité, si Vous avez oublié mes péchés, selon Votre Promesse, je ne les oublierai pas, je les aurai toujours devant les yeux; toujours je les pleurerai, je les détesterai, toujours je me souviendrai de ce que je dois à l'Amour d'un Dieu qui a voulu me sauver, tout pécheur que je suis, et dont la disgrâce m'a coûté trop de regrets et de larmes pour que je l'offense encore. Oui, mon Dieu, avec Votre Grâce, toujours et tous les jours de ma vie, je conserverai dans mon cœur le doux souvenir du prodige de Miséricorde que Vous avez opéré en ma faveur.

 

Pratique pour tous les jours du mois : Offrons à Notre-Seigneur, par le canal de Sa Sainte Mère, nos peines et nos souffrances en expiation de nos péchés passés.

Aspiration : Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, et ne soyez pas éternellement irrité contre nous.

 Bon Pasteur

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