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3 juin 2013

Les Treize Mardis de Saint Antoine de Padoue 12/13

Les Treize Mardis de Saint Antoine de Padoue

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Douzième Mardi

Les Reliques de Saint Antoine

 

Depuis la mort de Saint Antoine, la châsse, qui, à Padoue, renferme ses restes, n'a été ouverte que deux fois.

On l'ouvrit une première fois, en 1263, quand on transporta les ossements du Saint dans l'autel provisoire de la grande Basilique que Padoue venait d'élever en son honneur pour abriter son tombeau. Le ministre général des Frères Mineurs assistait à cette imposante cérémonie ; et ce général de l'Ordre franciscain était Saint Bonaventure, le Docteur Séraphique, dont le nom mérite d'être placé à côté de celui de l'ange de l'école, Saint Thomas d'Aquin. « Quand on eut élevé le corps de Saint Antoine, dit un vieux chroniqueur, on trouva toutes les chairs consumées, mais la langue était aussi fraîche, aussi rouge que si le Bienheureux Père fut mort une heure auparavant ». A cette vue, Saint Bonaventure laissa éclater son émotion, et il célébra ce miracle devant tout le peuple de Padoue, en disant: « O langue bénie, qui avez si souvent loué le Seigneur et qui l'avez fait louer par tant d'autres, maintenant nous voyons le trésor de mérites que vous avez amassé devant Dieu ».

La seconde translation eut lieu en 1350. Celle-ci fut définitive, et les restes du saint furent solennellement déposés dans l'autel où on peut encore aujourd'hui les vénérer. Dans l'Ordre séraphique, on célèbre, le 5 février, une fête qui rappelle cette translation. La première translation avait été présidée par Saint Bonaventure, la seconde le fut par un cardinal français, légat du pape, Guy de Montfort.

Vers 1570, le roi de Portugal demanda à Padoue une relique de son illustre et Saint compatriote. Cela était bien naturel. Lisbonne avait vu naître Saint Antoine, l'avait vu grandir dans la vertu et avancer dans la perfection chrétienne, Lisbonne gardait le tombeau de sa pieuse mère, sur la pierre duquel on lit ces simples mots : « Hic jacet mater Sancti Antonii. Ici repose la mère de saint Antoine », et dès lors, il était juste que cette ville possédât une parcelle des ossements de celui qui lui donnait renom et gloire. Toutefois, pour que Padoue consentit à faire ce don au Portugal, il fallut l'intervention de Venise, de qui elle dépendait alors.

Peu de temps après, l'impératrice d'Autriche et l'archiduc Ferdinand eurent la même faveur que le roi de Portugal, après avoir employé, pour l'obtenir, les mêmes moyens que lui. En 1609, Marguerite d'Autriche, reine d'Espagne, reçut aussi une petite relique du Saint. Enfin, en 1652, Venise elle-même, se trouvant dans un danger national, obtint, pour attirer sur elle les bénédictions et la protection de saint Antoine, qu'une petite partie de l'un de ses bras lui fut donnée ; mais en même temps, elle décida et décréta que les reliques du saint resteraient désormais intactes et qu'on n'en pourrait plus distraire la moindre parcelle.

Et la France a-t-elle donc été oubliée dans ce partage ? Antoine l'avait aimée, cette terre de ses vaillants aïeux, il l'avait évangélisée, il l'avait comblée de faveurs miraculeuses; sera-t-elle privée d'un souvenir visible et palpable de son grand missionnaire ? Non assurément. De même que notre pays avait eu une large part dans les affections de Saint Antoine, de même aussi il a eu une large part dans son héritage et dans le partage qui a été fait de ses saintes reliques. La France possède une portion considérable du crâne de Saint Antoine, et cette grande relique est à Cuges, dans le diocèse de Marseille. « C'est la plus précieuse du Saint en France, et il est même probable qu'il n'en est pas sorti de plus vénérable de Padoue, et qu'elle est, à ce point de vue, la seconde relique du monde chrétien ».

Cuges se trouve à trois lieues d'Aubagne, sur la route nationale de Marseille à Toulon. Les montagnes qui dominent la petite ville sont celles de la Sainte Baume. C'est sur le flanc septentrional de cette chaîne que se trouvent les grottes, où, suivant la tradition, Sainte Marie-Madeleine vécut de longues années de pénitence. Cuges se trouve au pied du versant méridional. Quand le voyageur venant de Marseille a franchi le Col de l'Ange, il aperçoit, au fond du vallon tout encadré de montagnes sauvages et pittoresques, le dôme de l'église qui abrite la relique de Saint Antoine, et qui semble protéger toutes les habitations qui se sont groupées à son ombre bien-aimée. L'auteur de cet opuscule a fait le pèlerinage de Cuges ; il a eu le bonheur de s'agenouiller dans l'église de Saint-Antoine ; il a eu même la faveur de tenir le reliquaire entre ses mains et de contempler de près la relique vénérée. Ce n'est pas le crâne entier, mais c'en est une portion notable, qui parait être l'os occipital. Mais comment cette petite ville de Cuges est-elle en possession d'un pareil trésor ?

En 1349, le pape Clément VI accorda au monde chrétien le jubilé séculaire pour l'année suivante. C'était la première fois que le terme de ce jubile était réduit à cinquante ans. Le Pape, qui séjournait à Avignon, envoya à Rome un cardinal pour y ouvrir les fêtes jubilaires. Ce cardinal était Guy de Montfort. Pour se rendre en Italie, l'illustre cardinal traversa la Provence, et là, il fut arrêté par une soudaine maladie, qui le mit aux portes du tombeau. II était alors sur le territoire de Cuges. Toute la population, les consuls en tête, se porta avec empressement aux secours du légat du Saint-Siège. Cependant le mal ne fit. que s'aggraver, et bientôt tout espoir sembla perdu du côté de la terre. L'auguste malade se tourna alors du côté du Ciel et se recommanda en particulier à Saint Antoine de Padoue.

Il faut remarquer ici qu'en partant pour Rome, Guy de Montfort avait reçu aussi la mission d'aller à Padoue, présider la translation solennelle des reliques du thaumaturge. La confiance du cardinal ne fut pas déçue : il revint à la santé, et considéra sa guérison comme une faveur de Saint Antoine. Il alla, avant de quitter Cuges, le remercier publiquement dans la petite église de Sainte Croix, qui existe encore. II remercia aussi les habitants de leurs soins hospitaliers, et il promit de leur envoyer de Padoue, en témoignage de sa reconnaissance, une relique du Bienheureux.

Le cardinal fut fidèle à ses engagements. Après les fêtes de Rome, il se rendit à Padoue, où, pour la seconde fois, comme nous l'avons dit déjà, la châsse du Saint fut ouverte. Le légat du Pape prit la tête de saint Antoine et il en plaça une partie dans un riche reliquaire d'argent qu'il offrit à la basilique. Puis, il obtint pour lui-même, une portion du crâne, et il en fit don à la petite ville de Provence, qui avait failli être son tombeau, et dont il voulut magnifiquement honorer l'hospitalité. Les autres reliques furent de nouveau scellées dans une arche d'argent, où elles reposent encore aujourd'hui. Depuis lors, le cercueil n'a plus été couvert. (Depuis la publication de ce livre, en 1896, le cercueil de Saint Antoine a été rouvert le 6 janvier 1981, à l'occasion de la reconnaissance canonique de ses ossements, puis ont été exposés à la vénération des fidèles en 2010 avant d'être replacés dans son tombeau).

Pendant plus de cinq siècles, la petite ville de Cuges a été la gardienne obscure et ignorée d'un vrai trésor, et l'heureux objet de ses bénédictions. Son histoire est remplie de faits providentiels, qui révèlent la main de son cher et bon protecteur. Aujourd'hui le culte de saint Antoine grandit, les foules pieuses courent à ses autels, les miracles se multiplient partout, les pauvres sont nourris et évangélisés, eh bien ! souhaitons que la grande relique de notre Saint ne soit pas oubliée, souhaitons que des flots de pèlerins aillent la vénérer et la baiser pieusement. Tous ceux qui donneront au saint ce témoignage d'amour, seront récompensés et couverts de bénédictions. Nous pouvons l'affirmer en toute vérité.

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Prières : Notre Père, je Vous salue, Si Quaeris, Trois Gloire soir au Père, suivis de l'invocation : « Saint Antoine de Padoue, priez pour nous ».

 

Oraison


O grand Saint Antoine, vous dont le cœur est si plein de bonté, et qui avez reçu de Dieu le don de faire des miracles, secourez-moi en ce moment, afin que, par votre assistance, j'obtienne la grâce que je demande (nommer la grâce), et que je puisse ainsi glorifier de plus en plus le Seigneur qui opère par vous de si grandes merveilles.


Hymne


En ce jour, offrons avec joie nos hommages a Jésus ; Antoine triomphe dans la Cour du Roi des Rois.

II a marché sur les traces de son Père François ; il s'est identifié avec lui ; comme un ruisseau sorti de la même source, il porte les eaux de la vie.

II se répand de tous les côtés ; il fait entendre la parole du Salut à ceux qui étaient desséchés par le souffle de la mort. Cette rosée sacrée les a ranimés.

Tandis qu'il prêche sur le Mystère de la Croix, son Père Spirituel apparaît décoré des Stigmates du Sauveur.

Sous un tel chef, il fut toujours vainqueur de lui-même ; réuni à son Père, il n'a plus à redouter les fatigues de la guerre.

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20 mai 2013

Les Treize Mardis de Saint Antoine de Padoue 10/13

Les Treize Mardis de Saint Antoine de Padoue

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Dixième Mardi

Mort et Canonisation


En approchant de la fin, il nous semble que nous montons, que nous arrivons dans une région sereine où ne se font plus entendre les échos du monde. En effet, nous avons fait route avec un Saint, et un Saint s'élève sans cesse vers Dieu, et chaque pas de sa vie est un pas en avant vers les sommets resplendissants du Tabor. Après les labeurs dont nous avons parlé, sachant bien que l'heure n'était pas éloignée où il devait quitter la vie d'ici-bas, Antoine voulut se retirer dans la solitude pour entretenir dans son cœur un foyer plus intense d'amour de Dieu, pour contempler encore dans ses méditations les perfections divines, avant d'aller se plonger dans cet océan sans bornes et sans rivages.

Il demande à son Provincial la permission de se retirer à deux milles de Padoue, à Campo San Pietro, où un ami de l'ordre des Frères Mineurs le reçut avec bonheur et lui donna toute autorisation de choisir le lieu de sa retraite. Ce fut au fond d'un bois, sur le tronc et au milieu des branches d'un noyer séculaire qu'Antoine s'installa pour commencer à se séparer du monde. Comme il avait avec lui deux de ses frères, le Frère Luc et le Frère Roger, le gentilhomme de Campo San Pietro fit construire trois sortes de cabanes sur la puissante ramure de l'arbre géant. « Dans cette cellule, dit l'un des biographes du Saint, l'Homme de Dieu menait la vie érémitique, tout appliqué à de saintes méditations et à de ferventes prières, afin de purifier à fond son âme de toute poussière terrestre ».Chaque jour, le saint quittait sa retraite et se rendait dans un couvent de l'Ordre, qui se trouvait dans le voisinage, pour y prendre son repas.

Quinze jours avant sa mort, le 30 mai 1231, Antoine se trouvait sur le sommet d'une colline, qui domine Padoue. Il s'arrêta à contempler avec émotion cette ville, sa seconde patrie, sa patrie adoptive qu'il aimait. « Il contemplait Padoue avec sa forêt de blanches coupoles, ses palais de marbre, ses jardins embaumés et sa vaste plaine couverte de moissons jaunissantes ». Il contemplait Padoue, et le soleil versait ses flots d'or sur toutes les beautés qui s'étalaient à ses yeux, et alors dans son esprit se pressèrent en foule les souvenirs d'un passé qui n'était pas encore bien éloigné ; il revit le mouvement religieux qui avait remué le cœur de cette ville, il revit la marche ascendante de tout ce peuple de Padoue vers le bien, vers le beau, vers Dieu ; et l'avenir s'ouvrit à sa vue, et son cœur déborda en paroles d'amour et de reconnaissance, et étendant ses bras sur la ville, il la bénit en s'écriant : « O Padoue, sois bénie ! Sois bénie pour la beauté de ton site et pour la richesse de ta campagne ! Sois bénie aussi pour la gloire plus belle et plus riche encore que le ciel te prépare ! » Les témoins de cette scène furent profondément émus. Ils sentirent la grandeur de ce spectacle, mais ils n'en comprirent pas le sens prophétique.

Le jour suprême est arrivé. Ce fut un beau jour. Il fut beau pour Antoine qui, durant toute sa vie, n'avait eu qu'un but, celui de se rendre digne de posséder son Dieu à jamais ; il fut beau pour l'Ordre Séraphique qui compta dans le Ciel un protecteur de plus ; il fut beau pour l'Église qui put se réjouir en contemplant à son firmament une nouvelle gloire radieuse et pure. Suivons pieusement notre bien-aimé saint dans les derniers instants de sa vie mortelle.

C'était le 13 juin et il était midi. Antoine s'était rendu auprès de ses Frères pour prendre son repas, lorsque tout à coup il chancela, se sentit défaillir et tomba dans les bras de ses Frères alarmés. Dieu le prévenait ainsi que le moment d'entrer dans la Patrie éternelle était venu. Antoine le comprit et appelant auprès de lui le Frère Roger, il lui demanda de le faire transporter à Padoue, au Monastère de Sainte Marie, au milieu de ses Frères, pour éviter bien des embarras à ceux de Campo San Pietro. On s'empressa d'obéir, et, un char ayant été préparé, on y plaça le malade et on se mit en route.

Arrivé aux portes de la ville, comme la faiblesse du saint avait augmenté et qu'il semblait impossible d'aller plus loin sans danger pour lui, on s'arrêta, et on le déposa chez les frères du couvent des Pauvres Dames, à l'Arcella. Là, il reçut avec une grande piété et une foi profonde les derniers sacrements. Alors son visage s'illumina d'un rayonnement tout céleste, un sourire de bonheur erra sur ses lèvres et ses yeux parurent fixés sur une apparition qui le ravissait. « Que voyez-vous ? », lui demandèrent ses Frères. « Je vois mon Dieu », répondit-il. C'était sans doute l'Enfant-Dieu qui revenait auprès de son grand serviteur pour lui donner comme un avant-goût du ciel ; c'était sans doute aussi la Vierge bénie, qu'il avait tant aimée, qui venait l'assister dans le passage du temps à l'éternité.

Toujours est-il qu'à ce moment solennel Antoine entonna, non d'une voix faible et mourante, mais d'une voix harmonieuse et retentissante, l'hymne favorite, l'hymne de son enfance, l'hymne qu'il avait coutume de chanter en l'honneur de la Reine du ciel : « O Gloriosa Domina ! » Quand il l'eut achevée, son corps devint d'une blancheur éclatante, son cœur cessa de battre et son âme partit pour le Ciel. Antoine avait trente-six ans.

A ce moment, les rues de Padoue retentirent de ce cri spontané : « Le Saint est mort ! » C'étaient les enfants de la ville qui publiaient la douloureuse nouvelle. A ces cris répétés, les cœurs se serrèrent et les larmes jaillirent de tous les yeux. Chacun sentait vivement la perte qu'il venait de faire. C'était un protecteur, c'était un ami, un père, un consolateur, une force, un Saint qui venait d'être enlevé aux habitants de Padoue. Puis la réflexion succédant à la première explosion de douleur, on faisait la remarque que du haut du Ciel le Saint veillerait mieux que jamais sur sa ville aimée, et on se précipitait vers le Couvent de l'Arcella pour y vénérer les restes de l'apôtre.

A peine Antoine avait-il rendu le dernier soupir qu'il apparut à son ami, l'abbé de Verceil, alors malade, lui rendit la santé et lui donna pour adieu cette parole : « J'ai laissé ma monture à Padoue et je retourne dans la patrie ». Après plusieurs jours passés et employés à calmer l'agitation et les revendications des habitants du quartier de l'Arcella, – car ces amis d'Antoine voulaient garder son corps auprès d'eux, – Padoue fit à son apôtre de magnifiques funérailles. Elles eurent lieu le mardi qui suivit la mort de notre Saint. Les notables et les magistrats de la ville portaient le cercueil sur leurs épaules ; les maisons étaient ornées de draperies, et les chemins et les rues étaient couverts d'un tapis de fleurs. L'évêque présidait accompagné de tout le Clergé régulier et séculier, de la magistrature, de la noblesse, de la bourgeoisie et d'une foule innombrable. Au passage du corps du saint, les miracles se produisaient et se multipliaient. « Tous ceux qui touchaient le cercueil, dit la chronique de Jean de Pécham, étaient immédiatement guéris de leurs infirmités ».

Ce fut vraiment une marche triomphale. Enfin on déposa le corps du thaumaturge dans l'église Sainte Marie, où, d'après quelques auteurs, un sarcophage fut trouvé miraculeusement préparé pour recevoir ces précieuses reliques. Alors il y eut une affluence extraordinaire autour de ce tombeau, et les chroniqueurs nous donnent à ce sujet des détails nombreux et intéressants. « On vit accourir les Vénitiens, les habitants de Trévise et de Vicence, les Lombards et les Esclavons, les Allemands et les Hongrois, qui, tous, voyant de leurs yeux les miracles, louaient et glorifiaient la toute-puissance du Créateur ». Cette puissance divine s'était manifestée, d'une manière éclatante et merveilleuse, durant la vie d'Antoine ; elle se manifestait encore davantage après sa mort. Dieu voulait montrer à tous, avec la dernière évidence, la sainteté de son grand serviteur, en multipliant les miracles sur la tombe qui recouvrait ses restes. De plus, ces nombreux miracles étaient publics et attestés par une multitude de témoins oculaires.

Il n'est donc pas étonnant que la ville de Padoue tout entière, vivant dans cette atmosphère où le surnaturel et le divin surabondaient, n'eût qu'un désir : celui de voir Antoine mis au nombre des Saints et placé sur les autels par l'Église. Une députation, composée des principaux citoyens de Padoue, fut envoyée à Rome, au Souverain Pontife Grégoire IX. Ce pape avait connu notre Saint, l'avait aimé, l'avait apprécié pour la grandeur de son zèle, la beauté de son âme et la profonde connaissance qu'il avait des Saintes Écritures. Touché par cette démonstration spontanée de tout un peuple, le Pontife ordonna aussitôt une enquête canonique et chargea des commissions d'examiner la cause.

Le résultat fut celui qu'on avait prévu et qu'on attendait, celui que les enfants de Padoue avaient annoncé le jour de la mort de Saint Antoine, celui qui était dans tous les cœurs et sur toutes les lèvres : « Antoine est un Saint ». Le Souverain Pontife fixa les fêtes de la canonisation au 30 mai 1232, jour de la Pentecôte, moins d'un an après la mort d'Antoine. Ce fut à Spolète qu'eut lieu la solennité. Le Pape, entouré de tous les Cardinaux, déclara, après avoir invoqué la Sainte Trinité, au nom des apôtres Pierre et Paul, qu'Antoine, de l'ordre des Frères Mineurs, était inscrit au catalogue des Saints et qu'il devait être honoré comme tel. Aussitôt on chanta le Te Deum, et le Pape entonna lui-même l'antienne suivante : « O Docteur sublime, lumière de la Sainte Eglise, Bienheureux Antoine, qui avez aimé la Loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu ! »

 

Prières : Notre Père, je Vous salue, Si Quaeris, Trois Gloire soir au Père, suivis de l'invocation : « Saint Antoine de Padoue, priez pour nous ».

 

Oraison


O grand Saint Antoine, vous dont le cœur est si plein de bonté, et qui avez reçu de Dieu le don de faire des miracles, secourez-moi en ce moment, afin que, par votre assistance, j'obtienne la grâce que je demande (nommer la grâce), et que je puisse ainsi glorifier de plus en plus le Seigneur qui opère par vous de si grandes merveilles.

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Hymne


Célébrons le bonheur de saint Antoine de Padoue, jeune encore il est entré dans le Ciel.

Réjouissez-vous, Antoine, serviteur du Christ, de ce que, dès votre enfance, la grâce du Seigneur vous a conduit vers le Ciel.

Réjouissez-vous, car vous avez désiré le martyre avec une telle ardeur que vous avez changé de Monastère pour aller à la mort.

Réjouissez-vous, car votre science était telle que vous avez mérite d'être appelé par le Pape l'Arche du Nouveau Testament.

Réjouissez-vous, car vous avez brillé par le don de faire des miracles. Vous avez ainsi ramené à Dieu grand nombre de cœurs pervertis.

Réjouissez-vous, car vous avez possédé le don de prophétie ; l'Esprit qui voit l'avenir vous inspirait.

Réjouissez-vous, car vous êtes auprès de Dieu, vous êtes couronné de gloire auprès de Jésus-Christ, et vous êtes là, à votre place pour toujours. Ainsi soit-il.

 

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6 mai 2013

Les Treize Mardis de Saint Antoine de Padoue 8/13

Les Treize Mardis de Saint Antoine de Padoue

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Huitième Mardi

Apostolat en Italie

 

Dans les premiers jours d'octobre 1226, Antoine apprit la mort de Saint François d'Assise. Assurément, au premier moment, la perte que faisait l'Ordre des Frères mineurs dut lui paraître bien grande, et de même que Jésus pleura devant le tombeau de son ami Lazare, de même Antoine dut laisser couler ses larmes sur cette tombe qui venait de se fermer. Mais bientôt il contempla le Saint Patriarche dans la gloire, il le vit au milieu des Anges et des Saints du Seigneur, auprès de son Divin Sauveur qu'il avait tant aimé, et il sentit alors une joie sainte et divine pénétrer dans son cœur. François d'Assise n'était plus, mais son esprit vivait toujours dans ses fils ; le Saint stigmatisé n'était plus, mais ses plaies, devenues glorieuses, restaient une prédication pour tous ses fils spirituels et devaient leur parler de la Croix, de l'amour des souffrances et de l'immolation pour Jésus-Christ ; l'amant de la Pauvreté n'était plus, mais ses enseignements restaient, et à l'oreille des frères, au fond de leur âme, devaient retentir sans cesse ces sublimes paroles de leur Père aimé et vénéré :

« Seigneur, ayez pitié de moi et de Madame la Pauvreté ! Voici qu'elle est assise sur le fumier, elle qui est la Reine des vertus. C'est elle qui Vous reçut dans l'étable et dans la Crèche, et qui, Vous accompagnant tout le long de la vie, prit soin que Vous n'eussiez pas où reposer la tête. Tandis que Votre Mère, à cause de la hauteur de la Croix, ne pouvait plus arriver jusqu'à Vous, en ce moment la Pauvreté Vous embrassa de plus près que jamais. Elle ne voulut point que Votre Croix fût travaillée avec soin, ni que les clous fussent en nombre suffisant, aiguisés et polis, mais elle n'en prépara que trois ; elle les fit durs et grossiers pour mieux servir les intentions de Votre Supplice. Et pendant que Vous mouriez de soif, elle eut soin qu'on vous refusât un peu d'eau, en sorte que ce fut dans les étroits embrassements de cette épouse que Vous rendîtes l'âme. Oh ! Qui n'aimerait pas Madame la Pauvreté ! »

La lettre qui donnait à Antoine la nouvelle de la mort de Saint François lui annonçait aussi que le chapitre général devait se réunir à Assise, six mois après, pour donner un successeur au Séraphique Patriarche dans le gouvernement de l'Ordre des Frères mineurs. Notre Saint dut donc prendre le chemin de la Provence pour se rendre en Italie. Il s'embarqua à Marseille, après avoir bénit une dernière fois la France, la patrie de ses ancêtres, et lui avoir dit adieu pour toujours. Ah ! disons-le maintenant. Antoine emportait de la France le plus doux souvenir. Non seulement il y avait converti des âmes, il y avait vaincu Satan, mais encore il y avait eu les plus suaves et les plus célestes consolations. Un soir, dans les environs de Limoges, il reçut l'hospitalité dans le castel du seigneur de Châteauneuf, et c'est là que Jésus l'attendait. Ce Divin Sauveur, sous la forme d'un Enfant, environné d'une éclatante lumière, s'approcha de Son serviteur qui priait, et l'humble Religieux reçut l'Enfant Dieu dans ses bras, et il y eut entre Jésus et Antoine un entretien que toute plume est impuissante à exprimer. Contemplez le tableau où le célèbre peintre espagnol Murillo a représenté cette apparition divine : Antoine semble triomphant dans sa modestie; chargé de son précieux fardeau, il paraît l'offrir à ceux qui le contemplent et leur dire : « Voyez et goûtez combien Jésus est doux ».

De Marseille, Antoine se rendit à Rome et il alla s'agenouiller aux pieds du Vicaire de Jésus-Christ. Le Pontife qui occupait alors la Chaire de Saint Pierre était Grégoire IX. Antoine fut chargé de prêcher le Carême aux pèlerins venus à Rome, et au moment des fêtes de Pâques, alors que de tous les points de l'Italie et de toutes les contrées de l'Europe de nombreux fidèles étaient accourus au Tombeau des Saints Apôtres, Antoine fit entendre la Parole de Dieu et le miracle de la Pentecôte se renouvela. Chacun des pèlerins entendit le Saint missionnaire dans la langue de son pays. Après cela, on comprend les conversions nombreuses qui suivirent ces prédications, et on comprend aussi le titre glorieux que le Pontife romain décerna à notre saint, quand il l'appela « l'Arche du Testament ». En quittant Rome, Antoine se rendit à Assise, où se tint le chapitre qui élut Jean Parenti comme général de l'ordre des Frères mineurs. A la fin du chapitre, Antoine fut nommé provincial de Bologne.

« Dès lors, il reprend sa croix de missionnaire et son bâton d'apôtre. Un nouveau champ est ouvert à son zèle brûlant. Il voit l'Italie aux prises avec l'hérésie, le relâchement des mœurs et les discordes politiques. Il se jette dans la mêlée avec une ardeur nouvelle. Les miracles continuent à marquer la trace de ses pas ». Le voici à Rimini. Le peuple est indifférent à sa voix et les cœurs sont endurcis et fermés. Antoine ne perd pas courage. Le sang rédempteur aura-t-il donc coulé en vain pour ces âmes, et deviendront-t-elles la proie de l'enfer? Non, non, notre saint ne peut se résoudre à les abandonner, et s'il faut un miracle pour les toucher et les convertir, il le fera avec la grâce de Dieu. Et, en effet, Antoine convoque les habitants de Rimini au bord de la mer, à l'embouchure de la Marecchia.

Les Fioretti racontent en ces termes leur miracle qui fut accompli en ce lieu : « Antoine se plaça entre le fleuve et la mer. Il commença à parler comme s'il prêchait de la part de Dieu aux poissons, et il dit : « Ecoutez la Parole de Dieu, vous, poissons de la mer et du fleuve, puisque les infidèles hérétiques dédaignent de l'entendre ». Dès qu'il eut parlé, les poissons accoururent en si grand nombre vers le rivage où était le saint, que jamais, dans cette mer et dans ce fleuve, on n'en avait vu une si grande quantité. Antoine leur adressa la parole, et comme les poissons donnaient des signes manifestes d'attention et de respect, il termina ainsi : « Béni soit Dieu éternel, parce que les poissons l'honorent mieux que ne font les hommes hérétiques, et les animaux sans raison écoutent mieux sa parole que les hommes infidèles ». A ce miracle, continuent les Fioretti, le peuple de la cité fut ému, et tous se jetèrent aux pieds de Saint Antoine pour entendre sa parole ». Les hérétiques se convertirent, les âmes s'ouvrirent à la lumière divine, les cœurs s'élevèrent à Dieu sous la parole inspirée de l'apôtre.

A la vue de ces prodiges, l'enfer frémit et il inspira les pensées les plus noires et les desseins les plus criminels aux sectaires qui avaient résisté à la grâce de Dieu. Quelques-uns d'entre eux attentèrent aux jours de notre saint; ils l'invitèrent à dîner sous prétexte de controverse, et lui firent servir un plat empoisonné. Antoine lut dans leur âme la noirceur de leur projet, et faisant le signe de la croix, il mangea ce qu'on lui présentait et n'en éprouva aucun mal. Ce miracle fut suivi de nouvelles et nombreuses conversions.

En quittant Rimini, Antoine alla sur les côtes d'Illyrie et visita Goritz, Gémona et Conégliano. La fondation du couvent de Gémona fut marquée par un célèbre miracle. Comme notre saint travaillait au milieu des ouvriers, il aperçut un paysan qui conduisait une charrette et il lui demanda de l'aider à transporter quelques briques : « Impossible, dit l'homme avec une feinte tristesse, je transporte un mort ». Le prétendu mort n'était autre que son fils endormi dans la charrette. Antoine n'insista pas, et le charretier s'étant éloigné se mit en devoir d'éveiller le jeune homme pour lui raconter la plaisante aventure. Quelle ne fut pas son épouvante, quand, après avoir secoué son fils à plusieurs reprises, le paysan s'aperçut qu'il était mort. N'écoutant que sa douleur et son désespoir, il abandonna sa charrette et revint sur ses pas: Il se prosterna devant Antoine, et avouant son mensonge, avec larmes, il le conjura de lui rendre son enfant. Antoine, ému et touché d'une vive compassion à la vue d'une telle douleur et d'un tel repentir, se rendit auprès de la charrette, pria quelques instants, fit le signe de la croix sur le cadavre et le rendit à la vie.

Et maintenant, ô Antoine ! faites entendre la parole de Dieu à Trévise et à Venise, répandez votre zèle de missionnaire à Florence et à Milan, gagnez des âmes à Jésus-Christ partout où vous passez, montrez la puissance de Dieu par vos miracles, mais réservez les forces de vos derniers jours, l'ardeur apostolique de vos dernières années pour cette ville, heureuse entre toutes de vous posséder, pour cette ville qui doit être votre seconde patrie, pour Padoue, qui sera glorieuse par vous, ô Antoine ! Puisqu'elle doit être la gardienne de votre tombeau.


Prières : Notre Père, je Vous salue, Si Quaeris, Trois Gloire soir au Père, suivis de l'invocation : « Saint Antoine de Padoue, priez pour nous ».

 

Oraison


O grand Saint Antoine, vous dont le cœur est si plein de bonté, et qui avez reçu de Dieu le don de faire des miracles, secourez-moi en ce moment, afin que, par votre assistance, j'obtienne la grâce que je demande (nommer la grâce), et que je puisse ainsi glorifier de plus en plus le Seigneur qui opère par vous de si grandes merveilles.


Hymne à Saint Antoine


Seigneur, gloire à vous qui inondez vos saints de joie; vous êtes la récompense des vaillants et vous vous donnez à Antoine comme prix de ses travaux.

Antoine, homme admirable, vous avez, durant votre vie, reçu, comme gage de la gloire qui vous était réservée, le Christ Jésus dans vos bras.

Après votre dernier soupir, on s'agite avec raison, autour de vos restes, dont la possession est une gloire et un honneur.

 

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29 avril 2013

Les Treize Mardis de Saint Antoine de Padoue 7/13

Les Treize Mardis de Saint Antoine de Padoue

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Septième Mardi

Apostolat en France

 

Nous avons vu que Saint François d'Assise, après avoir appris du Provincial de Bologne l'effet produit par l'improvisation du Frère Antoine à Forli, avait voulu que cette lumière de son ordre fût mise au grand jour pour le bien des âmes et l'honneur de l'Église. Antoine fut donc envoyé à Montpellier pour y enseigner la théologie et se livrer à la prédication. Ce fut dans cette ville qu'eut lieu le miracle qui a fait choisir Saint Antoine comme le patron des choses perdues.

Pour être utile à ses pieux disciples, pour faire pénétrer profondément dans les âmes les enseignements des Saintes Écritures, le maître zélé avait composé le commentaire des Psaumes. Or, il advint qu'un novice, peu disposé et peu porté à la vie cénobitique, songea à quitter le Couvent. Avant de partir, pendant la nuit, il déroba à son maître ce manuscrit auquel celui-ci paraissait attacher un grand prix. Cela fait, il disparut furtivement. Dès le matin, Antoine s'aperçut que son livre lui avait été enlevé, et il se mit en prières, plein de confiance en Dieu. Quelques heures après, le novice rentrait repentant et remettait à Antoine son manuscrit. Dieu voulait montrer ainsi, d'une manière éclatante, que son saint serviteur, qui avait ressenti la peine d'avoir perdu un objet qui lui était utile, serait heureux de répondre à l'appel de ceux qui se trouveraient dans le même cas. Et le peuple chrétien l'a compris, et depuis de longs siècles, il a toujours demandé à saint Antoine de lui rendre les objets perdus. Les preuves surabondent, et les Bollandistes citent des faits nombreux de faveurs de cette nature obtenues par une prière adressée à saint Antoine.

En 1225, c'est à Toulouse que notre Saint fut envoyé par le chapitre général. Cette ville, où l'hérésie albigeoise, grâce à la complicité de ses comtes, avait pu se développer à l'aise, cette ville, qui avait été un foyer d'erreur et un fléau pour tout le Midi de la France, était loin d'être guérie ou d'être revenue à la vérité, au moment où Saint Antoine entra dans ses murs. Les hérétiques étaient nombreux ; mais notre Saint, animé de l'Esprit de Dieu, se trouva heureux d'avoir à travailler ce champ désolé du Père de famille. Il multiplia ses prières et ses mortifications, et en même temps il battit sans cesse en brèche l'hérésie, il fit entendre sa voix d'apôtre dans ses nombreuses prédications ou dans ses conférences. Son zèle produisit des fruits merveilleux et arracha un grand nombre d'âmes à l'erreur albigeoise, et par conséquent à l'enfer.

Un jour, notre Saint, obéissant à l'inspiration de Dieu, démontra par un miracle la vérité, la réalité de la présence de Notre Seigneur Jésus-Christ sous les voiles eucharistiques. « Je voudrais voir, disait un hérétique à Saint Antoine, dans une réunion publique, je voudrais voir pour croire. Montrez-moi, non par vos arguments qui s'adressent à l'intelligence, mais par un fait qui parle aux yeux, que Jésus-Christ, ainsi que vous le soutenez et l'affirmez, est réellement présent dans l'Eucharistie. Alors j'abandonnerai mes doctrines ».

Antoine, sachant bien que Dieu se sert des humbles pour faire éclater sa puissance et faire briller la vérité, sachant aussi qu'il pouvait tout en celui qui le fortifiait, accepta les conditions de l'hérétique. Trois jours après, sur la place publique, au milieu d'un immense concours d'hérétiques et de Catholiques, l'Albigeois amena une mule, de laquelle on avait soigneusement éloigné toute nourriture depuis le jour où Antoine avait accepté de prouver la présence réelle de Notre Seigneur. De son côté, Saint Antoine, modeste et recueilli, apparut portant dans ses mains le Dieu caché sous les espèces du Pain. A cette vue, le silence s'établit, et l'anxiété, qui rendait les bouches muettes, fut grande du côté des hérétiques, tandis que les catholiques priaient avec ferveur, demandant à Dieu d'intervenir dans ce débat solennel. L'hérétique offrit de l'avoine à la mule, qui était à jeun depuis trois jours ; elle refusa d'y toucher, tandis qu'Antoine rayonnant, portant dans son regard l'amour et la foi qui l'animaient, disait d'une voix forte : « Au nom de ton Créateur que je porte véritablement dans mes mains, je t'ordonne, ô bête privée de raison, de te prosterner devant Lui ». Aussitôt l'animal plia les genoux devant la Sainte Hostie et baissa la tête. L'hérétique fut convaincu et comme il l'avait promis, il se convertit. Beaucoup d'hérétiques suivirent son exemple.

Plusieurs historiens placent ce miracle à Bourges, mais nous croyons qu'il fut accompli à Toulouse. C'est le sentiment adopté par la plupart des historiens récents. Peut-être ce miracle a-t-il été accompli deux fois, à Toulouse d'abord, et à Bourges ensuite.

De Toulouse, Saint Antoine se rendit au Puy-en-Velay. Là, les courses furent longues, difficiles et périlleuses au milieu des montagnes où le Saint allait à la recherche des brebis égarées pour les ramener au bercail ; mais aussi là, les prédications, les exhortations, principalement dans la campagne, portèrent les plus heureux fruits et réconfortèrent le cœur de l'infatigable missionnaire.

Nous retrouvons ensuite Saint Antoine à Bourges où il fit entendre sa parole apostolique devant les Pères du Concile réuni en 1225. Un jour, prêchant dans les environs de la ville et en plein air, parce que l'enceinte de l'église était trop petite pour contenir la foule avide de l'entendre, tout à coup un orage effrayant se forma dans le ciel. Des éclairs sillonnaient la nue sombre, le tonnerre grondait et de larges gouttes de pluie commençaient à tomber. Antoine rassura son auditoire, adressa à Dieu une prière, et l'orage respecta la place occupée par ceux qui écoutaient la parole de Dieu. Partout ailleurs, autour de la ville, l'orage avait formé des torrents. Ce miracle est confirmé par les Bollandistes. Puis c'est à Limoges et dans tout le pays Limousin que nous suivons notre Saint, toujours prêchant, faisant des miracles et convertissant les pécheurs et les hérétiques.

Le voici enfin à Brive. « Ce fut dans un rocher proche de Brive que Dieu le guida, dit un de ses historiens, et c'est là qu'il se retira comme un solitaire doux, mortifié, humble, agissant. Si Saint Antoine quittait sa chère solitude, c'était pour aller à Brive visiter ses frères, chanter avec eux les louanges du Seigneur et pour les soulager dans leurs nécessités temporelles et spirituelles ».

Dans cette grotte, il n'avait d'autre lit, qu'un trou qu'il avait creusé lui-même dans le rocher. La Croix de son Divin Sauveur lui tenait lieu de tout. Il restait de longues heures et souvent des nuits entières dans le ravissement que lui causait la contemplation de la Bonté, de la Miséricorde et de l'Amour de Notre Seigneur. En union intime et continuelle avec le Sauveur, il obtenait par ses prières et ses actes d'amour des grâces de conversion pour les âmes. Or, il advint que l'ennemi du genre humain, furieux de se voir réduit à l'impuissance, furieux de constater ses nombreuses défaites en comptant les nombreuses âmes qui lui échappaient grâce aux efforts et aux prières du saint missionnaire, apparut tout à coup, dans cette grotte de Brive, au grand serviteur de Dieu et osa porter sa main sur lui. Un cri s'échappa des lèvres, ou plutôt du cœur d'Antoine : « O ma Glorieuse Souveraine ! » Soudain le démon s'enfuit, et la Sainte Vierge se montra à Saint Antoine avec l'Enfant-Dieu, et cette douce apparition inonda son âme d'un bonheur tout céleste. O grotte bénie ! Solitude longtemps ignorée et cachée, vous êtes devenue un lieu de pèlerinage, fécond en faveurs et en miracles, parce que vous avez vu les extases d'un grand Saint, ses luttes et ses victoires, et parce que vos parois ont été inondées de la lumière céleste qui s'échappait du Visage de Jésus et de Sa Très Sainte Mère !


Réflexions

La Sainte Eucharistie


Saint Antoine, ayant reçu l'honneur du Sacerdoce, s'approchait de l'Autel de l'immolation avec la plus tendre piété et avec la Foi la plus vive et la plus profonde. Il accomplissait le Sacrifice Divin avec l'amour le plus ardent qu'une créature humaine puisse avoir dans le cœur. Il regardait l'Autel, et l'Autel c'est le Calvaire ; il tenait entre ses mains consacrées la Sainte Victime, et cette Victime, c'est Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme pour le Salut du monde. Sans nous arrêter davantage aux sentiments qui devaient envahir et remplir l'âme de notre Saint au moment de l'immolation non sanglante accomplie sur l'Autel, sans chercher à entendre les colloques intimes de son âme avec son Seigneur, sans le contempler dans ses extases et dans ses ravissements d'amour, retrempons notre Foi et ravivons notre Charité en méditant sur le mystère auguste de Jésus-Christ dans la Très Sainte Eucharistie.

La veille de sa mort, le Divin Sauveur rassembla dans le Cénacle les Apôtres pour célébrer la Pâque prescrite par Moïse et manger l'agneau pascal. A la fin du repas, Il se leva, et pour donner à ceux qui devaient être ses continuateurs une leçon d'humilité, d'obéissance et de charité, Il leur lava les pieds. Cela fait, Notre Seigneur se remit à table, prit du pain dans Ses mains saintes et sacrées, le bénit, le rompit et le donna à Ses Apôtres en disant : « Prenez et mangez, ceci est Mon Corps ». Il prit ensuite la coupe, qui contenait du vin, et l'ayant béni, il la donna de même à ses apôtres, en disant : « Prenez et buvez, ceci est Mon Sang, le Sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour la rémission des péchés ». Il ajouta aussitôt ces paroles, qui étaient à la fois un ordre et une délégation de Sa puissance : « Faites ceci en mémoire de Moi ».

Le doute n'est pas possible, car les Paroles du Seigneur Jésus sont d'une clarté et d'une précision incomparables ; le doute n'est pas possible, et le pain est changé en Corps du Seigneur et le vin est changé en Son Sang. « Prenez et mangez, prenez et buvez, ceci est Mon Corps, ceci est Mon Sang ». Le doute n'est pas possible, car Jésus donne à Ses Apôtres et, en leurs personnes, à tous leurs successeurs le pouvoir de faire ce qu'Il vient de faire Lui-même, en sorte que dans nos Tabernacles, dans nos Ciboires, sur nos Autels se trouve Jésus-Christ, notre Sauveur; en sorte que c'est Vous, ô Christ béni, que nous recevons dans la Sainte Communion.

Et ce miracle, opéré la veille du jour où Jésus devait être immolé, avait été annoncé par lui, un an avant sa mort. Après avoir multiplié cinq pains et nourri ainsi, dans le désert, cinq mille hommes, le Sauveur dit à cette multitude : « Je suis le Pain vivant, descendu du Ciel ; celui qui mange Ma Chair et boit Mon Sang aura la vie éternelle. »

Entendons l'apôtre Saint Paul écrivant aux Corinthiens. « J'ai reçu du Seigneur l'enseignement que je vous ai transmis, à savoir que dans la nuit même où il devait être livré, le Seigneur Jésus prit du pain, le bénit et dit : « Prenez et mangez, ceci est Mon Corps qui sera livré pour vous ». Entendons Saint Cyrille, évêque de Jérusalem : « Et puisque le Seigneur a dit lui-même avec tant d'énergie : « Ceci est Mon Sang », qui osera douter que là n'est point son sang ? » Entendons Saint Augustin, l'une des gloires et l'une des plus éclatantes lumières de l'Église : « O sainte et redoutable dignité des prêtres, s'écrie-t-il, c'est en vos mains, comme dans le Sein de la Vierge Marie, que le Fils de Dieu s'incarne ». Entendons saint Thomas d'Aquin, qui chante, en des accents suaves et pénétrants, les merveilles de l'Eucharistie. « Le Pain des anges devient le Pain des hommes. O chose admirable ! Le pauvre, l'esclave et le délaissé se nourrissent du Corps du Seigneur ». Et depuis Saint Thomas jusqu'à nos jours, toutes les générations, mais les générations qui cherchent Dieu, qui marchent devant Sa Face dans la simplicité de leur cœur et dans la grandeur de leur Foi, n'ont cessé de dire et de chanter ces paroles échappées à l'âme toute frémissante d'amour du docteur angélique : « O Hostie Sainte ! Hostie qui nous donnes le Salut, qui nous ouvres la porte du ciel, sois notre force et notre appui ».

Assistons donc au sacrifice de nos autels avec une foi vive. Suivons, pendant les cérémonies liturgiques, .suivons en pensée le divin Sauveur dans les principales circonstances de sa Passion douloureuse, rendons-lui nos devoirs d'adoration, d'expiation et d'action de grâces, et aimons à le recevoir souvent dans la sainte Communion. Gravons dans notre mémoire et dans notre cœur ces paroles de saint François de Sales : « Ceux qui cherchent un prétexte ou une excuse pour se tenir éloignés de l'usage fréquent du Pain des anges ressemblent à ces convives invités, dont parle la parabole de l'Evangile, et qui, avec toutes leurs excuses, en apparence plausibles, s'attirent néanmoins la colère du Père de famille. »


Prières : Notre Père, je Vous salue, Si Quaeris, Trois Gloire soir au Père, suivis de l'invocation : « Saint Antoine de Padoue, priez pour nous ».

 

Oraison


O grand Saint Antoine, vous dont le cœur est si plein de bonté, et qui avez reçu de Dieu le don de faire des miracles, secourez-moi en ce moment, afin que, par votre assistance, j'obtienne la grâce que je demande (nommer la grâce), et que je puisse ainsi glorifier de plus en plus le Seigneur qui opère par vous de si grandes merveilles.

 

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22 avril 2013

Les Treize Mardis de Saint Antoine de Padoue 6/13

Les Treize Mardis de Saint Antoine de Padoue

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Sixième Mardi

Apostolat de Saint Antoine

 

Un jour vint où Antoine dut s'arracher à cette solitude de Saint Paul qu'il aimait. Le Provincial lui ayant demandé de l'accompagner à Forli, où devaient avoir lieu les Ordinations, il s'y rendit avec quelques-uns de ses Frères. L'Ordination était toujours précédée d'examens, d'exercices spirituels et de conférences. Or, après une conférence, le Prédicateur ordinaire ayant fait défaut, le provincial, quelques historiens disent l'évêque, désigna Antoine pour prendre la parole. Il obéit et développa cette parole de l'Apôtre : « Le Christ s'est rendu pour nous obéissant jusqu'à la mort ». Sa parole fut d'abord simple et timide ; mais ensuite, se livrant tout entier aux inspirations de l'Esprit-Saint, elle revêtit un merveilleux caractère de grandeur et de force. L'auditoire était composé de Frères Mineurs, de Frères Prêcheurs et de Prêtres séculiers, et tous furent profondément touchés et émus jusqu'aux larmes.

C'est pourquoi le Frère Gratien crut de son devoir d'écrire à ce sujet à Saint François, pour lui rendre compte de ce qui s'était passé. A cette nouvelle, l'âme du Séraphique Fondateur tressaillit de bonheur et d'espérance ; il comprit qu'une nouvelle voie allait s'ouvrir devant son Ordre, qui porterait désormais sur la terre et au Ciel la triple couronne de la Sainteté, du Martyre et de la Science. C'est pourquoi il ordonna à Antoine de se livrer à l'étude de la théologie et d'évangéliser les peuples vers lesquels il serait envoyé. Nous allons bientôt suivre Saint Antoine dans ses courses apostoliques; mais examinons en ce moment, pour les admirer, les qualités que Dieu avait données à son serviteur pour la prédication.

« Qui doute, dit Louis de Grenade, que l'esprit de Charité, l'ardent désir de la Gloire de Dieu et du Salut des hommes ne soit le premier et le plus excellent maître de l'art de prêcher ? » Dans ces quelques paroles, nous trouvons le portrait, disons mieux, l'âme de Saint Antoine. Pénétrez, en effet, dans cette âme et vous y trouverez une immense Charité et un désir insatiable du Salut des hommes. Entendez-le lui-même, et vous saisirez dans ses paroles un reflet de cette âme apostolique : « Un bon prédicateur, dit-il, doit avoir toujours dans l'esprit un mémorial de la Passion de Notre Seigneur Jésus Christ. C'est Lui qu'il doit désirer et chercher, et alors le Verbe de Dieu, le Verbe de la Paix et de la Vie, le Verbe de la Grâce et de la Vérité descendra en lui ».

A ces qualités intérieures Antoine ajoutait des manières pleines d'aisance, quoique simples et modestes, qui prévenaient en sa faveur. Sa voix était forte et agréable, et par des tons variés, il savait s'insinuer dans l'âme des auditeurs, les émouvoir et les ravir. Versé dans la connaissance des saintes Écritures, Antoine avait l'heureux secret de les appliquer avec justesse aux différents sujets qu'il traitait. Il parlait avec une onction admirable ; la Charité de son cœur passait dans sa parole et allait, comme un trait brûlant, enflammer tous les cœurs. En même temps, sa parole était simple et à la portée de toutes les intelligences, et pour se faire mieux comprendre, il empruntait le plus souvent ses comparaisons à la nature aimée et connue des peuples auxquels il s'adressait : « L'âme de l'homme est une vigne, disait-il ; l'âme, pour produire des fruits de vertu, a besoin d'une culture attentive et continuelle, comme la vigne pour produire des fruits délicieux. Le bois de la vigne ne peut servir à aucun usage, de sorte que, s'il est inutile et desséché, il n'est propre qu'à être brûlé ; l'homme vide de bonnes pensées et de bonnes actions sera la proie du feu éternel ».

Lorsque Saint Antoine s'élevait à l'enseignement dogmatique, sa parole devenait comme un écho de la parole divine, et l'on entendait les prophètes et les évangélistes eux-mêmes. Après ce rapide aperçu et cette étude trop succincte de la prédication d'Antoine en elle-même, nous allons le voir porter la parole devant les auditoires les plus divers, dans les pays les plus étrangers les uns aux autres, au milieu des impies, des indifférents et des hérétiques, et toujours avec le même succès. On a pu dire avec raison dans une circonstance célèbre : « Pierre a parlé par la bouche du pape Agathon » ; ne pourrions-nous pas dire aussi avec quelque raison : « L'Esprit-Saint parlait par la bouche d'Antoine » ?


Prières : Notre Père, je Vous salue, Si Quaeris, Trois Gloire soir au Père, suivis de l'invocation : « Saint Antoine de Padoue, priez pour nous ».

 

Oraison


O grand Saint Antoine, vous dont le cœur est si plein de bonté, et qui avez reçu de Dieu le don de faire des miracles, secourez-moi en ce moment, afin que, par votre assistance, j'obtienne la grâce que je demande (nommer la grâce), et que je puisse ainsi glorifier de plus en plus le Seigneur qui opère par vous de si grandes merveilles.

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Antienne composée par Saint Bonaventure en constatant que la la langue de Saint Antoine était restée intacte dans le tombeau (1263)


O langue bénie, qui as toujours loué Dieu et qui as enseigné à le bénir, nous voyons maintenant de quel mérite tu as été devant le Seigneur.


Priez pour nous, saint Antoine,

afin que nous devions dignes des promesses de Jésus-Christ.


Prions


Dieu tout-puissant, qui seul faites des prodiges et des miracles, qui avez préserve de la corruption du tombeau la langue de saint Antoine, votre confesseur, accordez-nous, nous vous en prions, par ses mérites et à son exemple, de vous bénir et de vous louer toujours. Ainsi soit-il.

 

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25 mars 2013

Les Treize Mardis de Saint Antoine de Padoue 2/13

Les Treize Mardis de Saint Antoine de Padoue

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Deuxième Mardi

Enfance et adolescence

 

Au sortir du baptême, le petit Ferdinand fut remis à sa mère, qui, avec bonheur, déposa sur le front de ce nouveau Chrétien un baiser plein de toutes les tendresses de son cœur. Cette mère était de la race de celles qui pensent que la Religion est la seule chose nécessaire, parce que, seule, elle conduit au Salut ; elle était du nombre de ces ferventes Chrétiennes qui vivent dans une atmosphère de piété, et dont le cœur débordant d'amour pour Jésus-Christ, pour Sa Sainte Mère et pour l'Eglise, fait sentir à ceux qui les approchent l'influence bienfaisante de cet amour divin. Et ce fut cette mère qui se chargea de l'éducation du jeune Ferdinand.

A cette douce et pieuse école il puisa cette piété angélique qui, tout d'abord, le fit remarquer entre tous les enfants de son âge, ces élans affectueux pour la Sainte Vierge, élans qui se manifestaient par ces paroles, qu'il avait sans cesse sur les lèvres : « O glorieuse Souveraine, Vous êtes la Porte du Roi des rois, et c'est par Vous que les hommes vont à la vraie Lumière ». C'est cette prière qu'il répéta toute sa vie et même au moment de rendre le dernier soupir ; c'est cette prière que sans doute il adressait à Marie, au pied de Son autel de la Cathédrale de Lisbonne, le jour où Satan, comme pour l'éloigner de ce Saint lieu, lui apparut sous une forme menaçante. A l'instant, l'enfant appuya sa petite main sur le marbre des degrés sur lesquels il était agenouillé, et y traça le Signe de la Croix pour mettre en fuite l'esprit malin. Sa confiance dans le Signe sacré de notre Rédemption fut récompensée, et non seulement Satan disparut, mais, sous son doigt, le marbre s'amollit et, sur ce marbre, la Croix resta gravée. « Aujourd'hui encore, dit un historien de Saint Antoine, les fidèles continuent à baiser avec amour ce premier témoignage de l'empire reconquis par le fils des Bouillon sur la création, révoltée depuis la chute originelle ».

La formation du cœur ne fit pas oublier aux parents du jeune Ferdinand la culture de son esprit, et, de bonne heure, ils le mirent entre les mains des chanoines de Lisbonne, qui dirigeaient et instruisaient avec autant de soin que de sagesse les enfants confiés à leur sollicitude. A l'ombre des Autels, auprès du Tabernacle, fortifié dans l'amour du bien et de la vertu par les paroles et les exemples de ses vénérables maîtres, Ferdinand, comme le Divin Sauveur à Nazareth sous les regards de Marie et de Joseph, avança en âge et en sagesse. Un annaliste, cité par Mgr Ricard, nous semble résumer admirablement bien l'état d'âme de l'adolescent dans les dernières années de son séjour dans cette pieuse école. « Ferdinand faisait marcher de front, dit-il, dans son esprit et dans son cœur, l'obéissance aux lois de sa patrie et aux commandements de ses parents, les sentiments de révérence envers les évêques et les prêtres, le respect pour les vieillards, l'amour de la pureté, de la retraite, de l'humilité, de la souffrance, de la douceur, de la charité, de la tempérance, des jeûnes et l'horreur du mensonge, même joyeux ». Ferdinand n'a que quinze ans. Arrivés à cette époque de sa vie, en contemplant la beauté de son âme, nous sentons que nous allons entrer dans une phase de merveilles. Nous en serons sans doute éblouis, mais nous n'en serons pas surpris. « Le doigt de Dieu est là ».


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rières : Notre Père, je Vous salue, Si Quaeris, Trois Gloire soir au Père, suivis de l'invocation : « Saint Antoine de Padoue, priez pour nous ».

 

Oraison


O grand Saint Antoine, vous dont le cœur est si plein de bonté, et qui avez reçu de Dieu le don de faire des miracles, secourez-moi en ce moment, afin que, par votre assistance, j'obtienne la grâce que je demande (nommer la grâce), et que je puisse ainsi glorifier de plus en plus le Seigneur qui opère par vous de si grandes merveilles.

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Hymne favorite de Saint Antoine à la Très Sainte Vierge


O Glorieuse Souveraine, Vous êtes élevée au-dessus des astres.

Celui qui Vous a créée, devenu petit Enfant, a été nourri de Votre substance.

Ce qu'Eve coupable nous a enlevé, Vous nous le rendez par Votre Fruit béni ;

pour que les hommes entrent dans les Cieux,

Vous êtes devenue la Porte du Ciel.

C'est par Vous que le grand Roi est venu à nous,

par Vous que nous jouissons de la Lumière :

La vie nous est donnée par la Vierge :

Réjouissez-vous, nations rachetées de l'enfer.

Jésus, gloire à Vous qui êtes né de la Vierge,

gloire au Père et au Saint-Esprit dans les siècles éternels. Amen.

 

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15 avril 2013

Les Treize Mardis de Saint Antoine de Padoue 5/13

Les Treize Mardis de Saint Antoine de Padoue

S

Cinquième Mardi

Saint Antoine, Martyr de désir

 

Dans la pauvre demeure de saint Antoine d'Olivarez, dans cette pieuse solitude, rien ne pouvait distraire l'âme d'Antoine de ses saintes aspirations et de ses préoccupations élevées. Il était déjà préparé d'ailleurs par ses années de vie religieuse à ne diriger ses regards et son cœur que vers Dieu, à n'avoir d'autres entretiens que ceux qui sont comme un écho du ciel. Ses historiens nous le représentent agenouillé au pied des autels, avec la ferveur d'un séraphin, se pénétrant de l'esprit de Saint François, s'attachant de plus en plus à la pauvreté et au détachement le plus complet des choses de la terre et entretenant dans son cœur, comme un feu sacré, le désir de mourir pour la Foi.

Dans ces conditions, la formation religieuse du Saint novice fut bien vite achevée. Il prononça ses vœux, et vit enfin venir l'heure tant souhaitée de se sacrifier entièrement pour Jésus-Christ. Sur sa demande, ses supérieurs le désignèrent comme missionnaire au pays des infidèles, et il se hâta de partir pour l'Afrique. A cette époque, le midi de l'Espagne était occupé par les Musulmans, et cependant ce ne fut pas vers cette Andalousie, que les Maures devaient occuper encore longtemps, qu'Antoine dirigea ses pas. Il regarda l'Afrique, il vit cette terre empourprée du sang de cinq de ses frères, et se rappelant que le sang des Martyrs est une semence de chrétiens, il n'hésita pas; de plus, son âme vaillante et avide de souffrance entrevit pour lui-même la mort du confesseur de la Foi, la couronne du martyre, et il y courut, il y vola.

Mais Dieu avait ses desseins. Il destinait Antoine à un autre martyre, au martyre de la pénitence. Aussi à peine notre Saint eut-il débarqué au Maroc, qu'une fièvre violente s'empara de lui, anéantit ses forces et l'obligea à rester dans l'inaction. Pas une plainte ne s'échappa de ses lèvres, pas un gémissement ne sortit de sa poitrine brûlée par la fièvre. Il unissait ses souffrances physiques et morales aux souffrances de Notre-Seigneur sur la croix, et il disait, avec une entière soumission : « Que Votre Volonté soit faite ». Bientôt ses supérieurs, avertis par le Frère qui avait accompagné notre Saint, de l'état dans lequel il se trouvait, enjoignirent à Antoine de revenir en Portugal. Il obéit à la voix de ses Supérieurs, et, bien que dévoré encore par une fièvre brûlante, il monta sur le bateau qui devait l'éloigner pour toujours de cette terre d'Afrique, où il avait voulu faire entendre et faire connaître, au prix même de son sang, le Nom Sacré de Jésus. Le lendemain de son départ, une violente tempête s'éleva ; le bateau, après avoir été le jouet d'une rafale épouvantable, fut jeté bien loin de sa destination. Il aborda en Sicile.

Frère Antoine se rendit chez les Frères Mineurs de Messine, où il trouva un accueil cordial et empressé, et aussi le repos et les soins qui lui étaient nécessaires pour refaire ses forces brisées. En 1221, nous retrouvons Antoine au chapitre général, tenu encore par Saint François, à Sainte Marie des Anges. C'est à l'issue de ce chapitre général qu'Antoine demanda au frère Gratien, provincial de Bologne, de lui assigner un Couvent où il pût s'occuper uniquement à étudier la discipline régulière et Jésus crucifié. Gratien y consentit, l'emmena avec lui et lui désigna l'ermitage du mont Saint Paul, près de Bologne.

Là, dans une petite cellule taillée dans le roc et isolée, Antoine se livra tout entier à la méditation des Saintes Écritures, à la mortification des sens et à la contemplation du Sauveur Jésus. Vivant dans la simplicité au milieu des simples, il cachait sous des dehors faibles et humbles les grandes lumières qu'il recevait du Ciel. Dieu prépare toujours dans le secret les apôtres qui doivent répandre à grands flots sur le monde la vérité et l'amour. Dans cette solitude, plus près du Cœur Sacré de son Divin Maître, l'intelligence d'Antoine s'illuminait de toutes les clartés du Ciel, et son cœur ravi s'embrasait de plus en plus des flammes de la Charité Divine.


Réflexions

Notre Mère la Sainte Église


Après sa glorieuse résurrection, Notre Seigneur donna à Ses Apôtres et à Ses Disciples ses suprêmes encouragements et ses dernières instructions. C'est dans ces touchantes et solennelles entrevues, avant de monter au Ciel, qu'Il dit à Ses Apôtres : « comme cela était écrit, il fallait que le Christ souffrît, qu'Il ressuscitât le troisième jour, et qu'on prêchât en Son nom la pénitence et la rémission des péchés parmi toutes les nations, à commencer par Jérusalem. Vous êtes témoins de ces choses. Allez donc par tout le monde ; prêchez l'Évangile à tous les hommes. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; mais celui qui ne croira pas sera condamné ». Jésus leur promit ensuite le Saint Esprit, en disant : « Jean a baptisé dans l'eau, mais vous, vous serez baptisés dans le Saint Esprit ».

Après avoir vu le Sauveur monter au Ciel, les apôtres attendirent la réalisation de Ses promesses dans la solitude et dans la prière, et quand se leva l'aurore du jour de la Pentecôte, ils étaient tous réunis au Cénacle, et ils furent remplis de Saint Esprit. Au lendemain de ce jour, les apôtres, obéissant à leur Maître, se dispersèrent et s'en allèrent à la conquête des âmes. En quittant Jérusalem, s'ils avaient rencontré un centurion romain aux portes de la ville, et si cet officier leur avait demandé où ils allaient, ils auraient répondu : « Nous allons prêcher l'Évangile, prêcher la Divinité de Jésus-Christ et établir dans le monde la Religion du Divin Crucifié ; nous allons renverser les faux dieux et fonder l'Eglise contre laquelle ne prévaudront jamais les puissances de l'enfer ».

Assurément le Centurion aurait souri, en regardant ces hommes dont les épaules étaient à peine couvertes d'un méchant manteau, dont les pieds étaient nus et qui n'avaient à la main que le bâton du voyageur, et il se serait dit, en rentrant dans la ville, que la religion de l'Empire n'avait pas grand'chose à craindre de ces pauvres insensés. Le centurion se serait trompé, car ce sont ces insensés qui ont vaincu l'idolâtrie et fait luire la lumière de la vérité. La lutte entre la foi nouvelle et le vieux monde a été violente, et le sang a été répandu.

Pierre est mort crucifié, Paul a eu la tète tranchée, Étienne a été lapidé, André a souffert une mort cruelle, et des millions d'autres Martyrs sont tombés sous les coups des persécuteurs. Et tous sont morts pour Jésus-Christ, tous sont morts pour attester la vérité de la Religion et la Divinité de son Fondateur. Pendant trois siècles, l'Église notre Mère, aux prises avec l'idolâtrie, a été obligée de vivre cachée dans les catacombes ; et la main sur l'Autel du Sacrifice nouveau, la Croix de son Maître sur le cœur, elle répétait les paroles d'immortalité qui lui avaient été dites par le Christ, et elle ne cessait, malgré les tortures et les supplices, d'arracher les âmes aux ténèbres, de les régénérer dans les eaux baptismales, de revendiquer les droits de l'honneur et de la vertu et de prêcher la vraie liberté.

En parcourant les pages de l'histoire de l'Église et en voyant l'acharnement de ces longues et sanglantes persécutions, nous sommes tentés de crier aux Néron, aux Domitien, aux Décius et aux Dioclétien ce qu'un docteur de la Loi, nommé Gamaliel, disait aux Juifs : « Laissez faire ces hommes. Si leur œuvre ne vient pas de Dieu, elle tombera d'elle-même ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pouvez l'arrêter et vous serez en danger de combattre le Seigneur lui-même13.

La persécution cessa avec l'édit de Milan, donné par Constantin en 313, mais la lutte ne fut pas terminée. De nouveaux ennemis, le schisme et l'hérésie, se dressèrent devant l'Eglise. Les conciles, les écrits des Pères de l'Église maintinrent dans son intégrité le dogme catholique. A travers tous les siècles, au milieu de toutes les agitations, des bouleversements et des révolutions des peuples, à travers le feu des idées, malgré des théories nouvelles ou dangereuses, subtiles ou pernicieuses, l'Eglise a gardé le précieux dépôt que Jésus lui avait confié. Aussi peut-elle répéter avec vérité les paroles que saint Paul adressait aux Hébreux : « Le Christ était hier, Il est aujourd'hui, et Il sera dans l'éternité ». L'Église, c'est Jésus-Christ continué. Elle était hier, elle est aujourd'hui, elle sera dans l'éternité.


Prières : Notre Père, je Vous salue, Si Quaeris, Trois Gloire soir au Père, suivis de l'invocation : « Saint Antoine de Padoue, priez pour nous ».

 

Oraison


O grand Saint Antoine, vous dont le cœur est si plein de bonté, et qui avez reçu de Dieu le don de faire des miracles, secourez-moi en ce moment, afin que, par votre assistance, j'obtienne la grâce que je demande (nommer la grâce), et que je puisse ainsi glorifier de plus en plus le Seigneur qui opère par vous de si grandes merveilles.

 

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3 février 2013

Le Serviteur de Dieu Giulio Salvadori

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Le Serviteur de Dieu Giulio Salvadori

Professeur de l'Université Catholique du Sacré cœur de Milan

Tertiaire Franciscain

11 septembre 1862 - 7 octobre 1928

 

Giulio Salvadori est né à Monte San Savino (Arezzo, Italie) le 14 Septembre 1862. Dès ses premières années, il manifesta une profonde piété, un esprit vif, et une forte aptitude pour la poésie. Diplômé en lettres à Rome en 1885, il a immédiatement commencé son enseignement et a tenu avec beaucoup de compétence un poste d'enseignant à Ascoli Picenno, à Albano, à l'Université de Rome et à l'Université du Sacré Cœur de Milan, jusqu'à sa mort. Esprit ardent esprit, amoureux de la connaissance et de l'art, il a recherché la vraie élévation de l'homme d'abord dans l'art par renouvelé par la science et a collaboré aux plus grandes revues littéraires de son temps. Après une brève période de confusion spirituelle, il réalisa, éclairé par la grâce, que la seule source de vérité et de bien se trouvait dans l'Evangile. A l'âge de vingt-cinq ans, il rejoignit le Tiers-Ordre franciscain, et sa vie fut l'objet de l'admiration des hommes de science et de la vénération de ses élèves. Il était un poète apprécié et un écrivain efficace. Cela est démontré par ses œuvres nombreuses et variées, dans lesquelles il y a prodigué les trésors de son art et de son talent mis au service de la Foi. S'oubliant lui-même, il était toujours prêt à intervenir quand il le fallait, pour consoler un cœur, donner quelques conseils, sauver une âme. Jésus dans les Sacrements était le centre de sa vie spirituelle. La communion était le pain quotidien de sa journée intense et laborieuse. Dans la matinée du 7 Octobre 1928, il expira saintement à Rome. Son corps repose en l'église de Santa Maria di Aracoeli. De Giulio Salvadori, encore vivant, Saint Pie X affirma qu'il n'étais pas seulement un bon chrétien, mais qu'il était un saint. D'accords avec cette parole du Pape, unanimes sont les demandes et les prières pour qu'un jour, ses vertus extraordinaires soient reconnues et confirmées par la Mère des Saints, l'Église.

 

Prière

 

Cœur Miséricordieux de Jésus, source inépuisable de sainteté, je Vous remercie pour les dons merveilleux que Vous avez accordé à Votre Serviteur Giulio Salvadori. Après une jeunesse perdue, Vous l'avez libéré de la nuit qui voilait la Foi lumineuse de son enfance, et Vous avez fait briller dans son cœur, la lumière de Vos Vertus, Votre esprit de prière, Votre humilité, Votre douceur. Vous l'avez préservé de l'orgueil et de l'arrogance, et configuré à la Croix, Vous l'avez envoyé, en apôtre, répondre aux besoins de son prochain, l'associant à votre vocation de Maître de conscience. Faites que tous, particulièrement les plus jeunes, à son école, soient transformés dans ses paroles et par son exemple. Nous Vous en supplions, dans votre Miséricorde, glorifiez-le sur la terre avec l'auréole des saints, et par son intercession accordez-moi la grâce... que j'implore en toute confiance.

 

D'après une prière composée par le Cardinal Giovanni Colombo.

 

Signaler toutes faveurs obtenues par son intercession au

Père Supérieur du Couvent de Sainte Marie de l'Aracoeli

12, Scala dell'Arce Capitolina

00186 - Roma (Italia)

 

Téléchargez le texte de cette prière (pdf) en cliquant ici

7 décembre 2012

L'Avent avec les Carmes

L'Avent avec les Carmes

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Deuxième semaine

Entrer au-dedans de soi

 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc (3, 1-6)

 

L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode, prince de Galilée, son frère Philippe, prince du pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias, prince d’Abilène, les grands prêtres étant Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie. Il parcourut toute la région du Jourdain ; il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre du prophète Isaïe : « À travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies ; et tout homme verra le salut de Dieu. »

 

Méditation

« entrer au-dedans de soi »

 

Voici une semaine que nous sommes entrés en retraite pour ce temps de l’Avent. Il s’agit maintenant pour nous d’avancer sur la route. Mais quelle route allons-nous emprunter ? En citant le prophète Isaïe, Jean Baptiste, dans l’Évangile de ce dimanche, nous parle d’une route qui est « le chemin du Seigneur », c’est-à-dire le chemin sur lequel nous allons marcher pour parvenir jusqu’à la rencontre du Seigneur. Cette route, c’est la route de notre vie : nous pouvons rencontrer le Seigneur ici et maintenant, là où nous sommes. Il n’est pas étranger à notre vie, il n’est pas loin de nous. Cette route peut cependant sembler bien encombrée, car Isaïe nous dit qu’elle a besoin d’être « aplanie ». Dans ma vie, qu’est-ce qui a besoin d’être aplani, rectifié, redressé ?

Il y a d’abord des déformations dans le sens vertical : au lieu d’être bien plane, la route est interrompue par des « ravins », et aussi par des « montagnes » et des « collines ». Dans la méditation et la prière silencieuse, découvrons ce que sont les ravins et les montagnes de notre propre vie. Peut-être s’agit-il par exemple des erreurs d’appréciation que je porte sur moi-même. Tendance à me déprécier moi-même, à trop écouter la mauvaise petite voix qui me répète que je ne suis qu’un incapable, et que je ne mérite que de sombrer dans un ravin… Ou bien, à l’inverse, tendance à faire valoir de façon écrasante – à mes yeux et aux yeux des autres – mes qualités et mes talents : ceux-ci risquent alors de devenir des montagnes qui m’empêchent d’aller plus loin, à la rencontre des autres et de l’Autre… Difficile de porter un juste regard sur nous-mêmes, ni complexé ni orgueilleux ! Pourtant, comme l’écrit Christian de Chergé dans son testament spirituel, « ma vie n’a pas plus de prix qu’une autre, elle n’en a pas moins non plus ». Ni plus, ni moins : ma vie a juste la valeur qui est la sienne, un trésor aux yeux de Dieu ! Ni plus, ni moins : cette justesse si difficile à atteindre, c’est ce que Jean de la Croix nomme « le centre de l’humilité ».

Mais sur la route de notre vie, il y a aussi des déformations dans le sens horizontal : au lieu d’être bien droite, la route est « tortueuse », « déformée ». C’est que, comme le dit le prophète Jérémie, « le cœur de l’homme est malade et compliqué ». Et il poursuit : « Qui peut le connaître ? Le Seigneur, qui scrute les cœurs et les reins ». Quant au texte de notre Évangile de ce dimanche, il affirme que « tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies ». Nous pouvons alors nous demander qui réalisera ces immenses travaux de terrassement ! Comme toujours dans l’Écriture, quand le complément d’agent d’un verbe n’est pas exprimé, c’est que le Seigneur lui-même se cache derrière cette formule discrète. C’est lui-même qui nous attire à sa rencontre, c’est lui-même qui nous délivre de nos entraves, pourvu que nous le lui demandions, pourvu que nous ayons confiance en lui. Ayons le courage, pendant cette semaine, de lui présenter nos voies sans issue, nos voies de perdition, afin qu’il nous en libère.

Enfin, la tradition carmélitaine insiste sur le fait que cette route de la rencontre du Seigneur passe au-dedans de nous. C’est ce que nous dit saint Jean de la Croix dans le texte du Cantique spirituel proposé cette semaine à notre méditation. Il est impossible de passer un seul instant de notre vie sans que le Seigneur ne soit présent en nous, puisqu’il est notre créateur. S’il en était autrement, nous cesserions à l’instant de vivre. Eh bien, puisque le Seigneur est là, il faut nous tourner vers l’intérieur, nous recueillir, afin de le rencontrer au-dedans de nous. Profitons du temps de cette retraite pour nous réserver chaque jour un moment (choisir sa longueur selon nos disponibilités, quitte à sacrifier un loisir ou une activité moins utile !) de prière silencieuse où nous allons nous tourner vers cette présence intérieure du Seigneur en nous. Il faudrait un cadre propice, un endroit silencieux et calme, où nous allons pouvoir nous « poser » un moment. À chacun de choisir aussi un moyen pour orienter le regard intérieur vers le Seigneur : regarder une icône, répéter lentement un verset d’Écriture qui nous a touchés, dire tout simplement au Seigneur ce que nous voulons lui dire… bref, entrer en relation avec lui, qui est présent au-dedans de nous. Une fois ce moment passé, les activités trépidantes du quotidien vont reprendre le dessus et nous faire oublier ce temps de grâce ? Peut-être. Mais en prenant l’ascenseur, en attendant le métro, en passant à la caisse du supermarché, pourquoi ne pas faire une « piqûre de rappel » ? Rien ni personne ne peut m’empêcher alors de fermer les yeux, de me recueillir un instant, et de me tourner silencieusement vers sa présence : « Seigneur, je crois en ta présence en moi. Béni sois-tu pour ta présence en moi ! Découvre-moi ta présence… »

 

Le Cantique spirituel de saint Jean de la Croix (1, 6-8)

 

Et pour que cette âme altérée trouve son Époux et s’unisse à lui par union d’amour, autant que cela se peut en cette vie, et pour qu’elle entretienne cette soif par cette goutte qu’elle peut goûter de lui en cette vie, il sera bon, la prenant par la main au nom de son Époux, puisqu’elle le lui demande, que nous lui répondions en lui montrant l’endroit le plus sûr où il est caché, pour qu’elle le trouve sûrement avec la perfection et la saveur qu’on peut avoir en cette vie, et qu’ainsi elle n’erre pas sur les traces des mercenaires.

Il faut donc remarquer que le Verbe Fils de Dieu, avec le Père et l’Esprit Saint est, par essence et par présence, caché dans l’être intime de l’âme ; par conséquent il faut que l’âme qui doit le trouver sorte de toutes choses, selon l’affection et la volonté, et entre en elle-même dans un très grand recueillement, considérant toutes les choses comme si elles n’existaient pas. C’est pour cela que saint Augustin, parlant à Dieu dans les Soliloques, disait : « Je ne te trouvais pas au-dehors, Seigneur, parce qu’au-dehors je te cherchais mal, puisque tu étais au-dedans. »

Dieu est donc caché dans l’âme et c’est là que le bon contemplatif doit le chercher avec amour en disant : « Où t’es-tu caché ? »

Ô âme, la plus belle d’entre toutes les créatures, toi qui désires tant connaître le lieu où se trouve ton Bien-Aimé pour l’y chercher et t’unir à lui, voilà qu’on te dit que tu es toi-même la demeure où il habite, la retraite et le lieu secret où il est caché ; c’est un sujet de grand contentement et de grande joie pour toi de voir que celui qui est ton bien et ton espérance est si près de toi qu’il est en toi ou, pour mieux dire, que tu ne peux exister sans lui. Voici – dit l’Époux – que le royaume de Dieu est au-dedans de vous, et l’apôtre saint Paul, son serviteur, dit : Vous êtes temple de Dieu.

C’est pour l’âme une grande satisfaction de comprendre que Dieu ne s’éloigne jamais de l’âme, même si elle est en péché mortel, à combien plus forte raison si elle est en grâce.

Que peux-tu vouloir de plus, ô âme, et que cherches-tu de plus en dehors de toi, alors qu’au-dedans de toi tu as tes richesse, tes délices, ta satisfaction, ton rassasiement et ton royaume, c’est-à-dire ton Bien-Aimé que désire et recherche ton âme ? Puisque tu le possèdes si proche, réjouis-toi et sois dans l’allégresse avec lui en ton recueillement intérieur ; désire-le là, adore-le là et ne vas pas le chercher loin de toi car tu te distrairais et tu te fatiguerais et tu ne le trouverais ni n’en jouirais plus sûrement, ni plus rapidement, ni plus intimement qu’en toi-même. Il y a seulement une difficulté, c’est que, bien qu’il soit en toi, il est caché. Mais c’est une grande chose que de connaître le lieu où il est caché, pour le chercher avec certitude. Et c’est ce que toi aussi tu demandes ici quand tu dis, avec l’attachement de l’amour : « Où t’es-tu caché ? »

 

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La compagne de route de la semaine

Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix (Édith Stein)

 

Née dans une famille juive, Édith Stein perd la foi pendant son adolescence. Devenue une philosophe de renom, elle fait de la « recherche de la vérité » son unique prière. La lecture du Livre de la Vie de sainte Thérèse d’Avila achève de lui donner la réponse désirée depuis longtemps : la vérité a un Visage, celui de Jésus-Christ. Elle reçoit le baptême en 1922, entre au Carmel de Cologne en 1933. Elle y prend le nom de Sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix. Face à la montée du nazisme, elle doit se réfugier dans un Carmel des Pays-Bas, en 1939. Elle y arrêtée en 1942, avant d’être déportée au camp d’extermination de Auschwitz-Birkenau.

Édith naît l’année du troisième centenaire de la mort de saint Jean de la Croix (1891). Elle entre dans la Vie l’année du quatrième centenaire de la naissance de celui-ci (1942). Elle a consacré au Père du Carmel thérésien un ouvrage intitulé Science de la Croix. Passion d’amour de saint Jean de la Croix. Pour accompagner notre propre méditation du Cantique spirituel pendant ce chemin d’Avent, en voici un extrait, dans lequel Édith cherche à nous faire mieux comprendre ce que peut signifier, dans la vie spirituelle, le fait de parler de Dieu et de la personne qui prie comme d’un époux et d’une épouse :

« La tonalité fondamentale du Cantique [spirituel] est caractérisée par la tension qu’éprouve l’âme partagée entre le désir douloureux et l’heureuse découverte de son Bien-Aimé. Ce trait de base a trouvé son expression dans l’image qui domine en même temps le tout, sans considération pour la foule des images particulières qui lui sont ordonnées et subordonnées. Cette image est celle de l’épouse à qui il tarde de voir son Bien-Aimé, qui s’apprête à le chercher et finalement le trouve avec un immense bonheur (…)

Cette image n’est pas une allégorie. Si l’âme est appelée l’épouse de Dieu, il n’y a pas seulement là une relation de ressemblance qui autoriserait de désigner l’une par l’autre. Il existe entre l’objet et son image une unité si étroite qu’il peut à peine être encore question de dualité. C’est précisément ce qui caractérise le symbole dans le sens propre et le plus étroit du terme. La relation de l’âme avec Dieu, telle qu’il l’a prévue de toute éternité comme fin de sa création ne peut en vérité être désignée de façon plus frappante que par l’union matrimoniale. Réciproquement, ce que signifie le terme d’épousailles ne trouve nulle part une réalisation aussi appropriée et aussi parfaite que dans l’union d’amour de Dieu avec l’âme. (…) En se basant sur cette image, les relations matrimoniales des êtres humains peuvent exprimer symboliquement celles de Dieu avec l’âme. Mais contrairement à cette donnée, ce qu’elles sont, en tant que purs rapports humains dans la vie réelle, passe au second plan. La réalité du mariage trouve sa plus haute raison dans le fait qu’il est capable de traduire un mystère divin. »

 

Prier chaque jour cette semaine

 

Dimanche 9 décembre

 

Une œuvre pour petite qu’elle soit, faite en secret, sans désir qu’elle soit connue, est plus agréable à Dieu que mille autres, faites avec l’envie que les hommes en aient connaissance (Maxime 26).

 

Sous le regard du Seigneur, je repense à mes actions : Pour qui est-ce que j’agis ? pour qui est-ce que je vis ?

 

Lundi 10 décembre

 

Une seule pensée de l’homme est plus précieuse que tout l’univers : de là vient que Dieu seul en est digne (Maxime 51).

 

Il y a tant de pensées inutiles qui peuvent envahir mon esprit… Aujourd’hui, je m’efforce de leur dire « Stop ! » et de tourner mes pensées vers le Seigneur…

 

Mardi 11 décembre

 

À la fin du jour, c’est sur l’amour que l’on t’examinera. Apprends donc à aimer Dieu comme Il désire l’être, et laisse là ce que tu es (Maxime 80).

 

Viens, Esprit Saint, en nos cœurs ! Viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles !

 

Mercredi 11 décembre

 

Ne pense pas de quelqu’un qu’il n’est pas agréable aux yeux de Dieu, sous prétexte que tu ne vois pas éclater en lui les vertus auxquelles tu penses : car il peut l’être pour ce à quoi tu ne penses pas (Maxime 82).

 

Je demande au Seigneur de convertir mon regard sur telle personne vis-à-vis de qui j’éprouve des difficultés.

 

Jeudi 12 décembre

 

Prends Dieu comme époux et comme ami, et marche continuellement avec Lui ; par ce moyen tu éviteras le péché, tu sauras aimer, et les choses nécessaires te réussiront heureusement (Maxime 88).

 

Seigneur Dieu, fais-moi la grâce de te choisir pour Ami !

 

Vendredi 13 décembre

 

Considère que Dieu ne règne que dans l’âme paisible et dénuée de la recherche de soi-même (Maxime 91).

 

« Seigneur Jésus, tu nous as dit : ‘Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix’. Donne-nous toujours cette paix ! »

 

Samedi 14 décembre

 

Le Père n’a dit qu’une parole : ce fut son Fils. Et dans un silence éternel il la dit toujours : l’âme aussi doit l’écouter en silence (Maxime 147).

 

Seigneur Jésus, apprends-moi à entendre ta Parole dans l’Écriture, dans les événements, dans les autres…

 

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Retraite proposée par les Pères Carmes de Paris : http://www.carmes-paris.org/retraite-en-ligne/retraite-avent-2012/

22 décembre 2012

L'Avent avec les Carmes

L'Avent avec les Carmes

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Quatrième semaine

Grandir dans la foi

 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc (1, 39-45)

 

En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque j’ai entendu tes paroles de salutation, l’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi. Heureuse, celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

 

Méditation pour la quatrième semaine

« grandir dans la foi »

 

« La foi et l’amour, nous dit cette semaine saint Jean de la Croix, sont les conducteurs d’aveugle qui te guideront par un chemin que tu ne connais pas, là où Dieu est caché. La foi, ce sont les pieds avec lesquels l’âme va vers Dieu, et l’amour est le guide qui la conduit ». Quelles images étonnantes ! Serions-nous en train de marcher à l’aveuglette, au cours de cette retraite d’Avent ? Pourtant, nous savons bien ce que nous faisons : nous nous dirigeons vers Bethléem, nous allons à la rencontre du Sauveur ! Alors, allons-nous vers l’inconnu ? Pas vraiment, car si nous n’avions aucune idée au sujet de Celui qui nous appelle, nous n’aurions même pas entamé ce chemin. Mais nous ne devons pas oublier pour autant que le Seigneur dépasse toujours ce que nous pouvons imaginer ou découvrir de lui. Le Seigneur se manifeste à nous, il se donne à connaître à nous… mais il est toujours au-delà de ce que nous pouvons saisir de lui. C’est pourquoi nous cheminons par la foi, dont Jean de la Croix nous dit dans un autre de ses ouvrages qu’elle est « le seul moyen adapté et approprié pour que l’âme s’unisse à Dieu », car elle nous met en contact avec le mystère de Dieu, avec le mystère qu’est Dieu.

Ce dynamisme de la foi, nous le reconnaissons dans l’épisode de la Visitation que la liturgie nous donne à méditer en ce quatrième et dernier dimanche de l’Avent. Comme ses contemporains, Élisabeth, la cousine de la Vierge Marie, attendait la venue du Messie d’Israël. Comme nous, elle avait une relation avec le Seigneur Dieu dans la prière et elle connaissait les Écritures : elle pouvait ainsi un peu se représenter comment le Seigneur s’y prendrait pour sauver son peuple. Pourtant, lorsqu’elle reçut la visite de la Vierge Marie, elle fit l’expérience d’une immense surprise. En effet, l’Évangile nous dit qu’elle fut alors remplie de l’Esprit Saint et qu’elle s’écria : « Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » Jamais elle n’aurait pu imaginer que le Sauveur viendrait à elle de cette façon. Et d’ailleurs, que s’est-il produit lors de cette rencontre ? Elle n’a rien vu d’autre que sa jeune cousine enceinte qui venait lui rendre visite. Mais elle a laissé son cœur s’ouvrir et recevoir la grâce de l’Esprit de Dieu. Elle s’est laissée bouleversée jusqu’au plus profond d’elle-même : « L’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi ».

Depuis le début de cette retraite, d’une façon ou d’une autre, c’est l’amour pour Dieu qui nous a fait entreprendre notre chemin d’Avent. C’est cet amour qui nous pousse vers Bethléem, où nous allons bientôt découvrir le Sauveur. Nous aussi, comme Élisabeth, c’est par la foi que nous allons le rencontrer. Car le Sauveur ne ressemblera peut-être pas – sûrement pas ! – à ce que nous aurions imaginé... Qu’attendons-nous de lui ? Voulons-nous qu’il soit un magicien qui va, d’un coup de baguette magique, faire disparaître tous nos soucis ? Rêvons-nous pour Noël d’un personnage de conte de fées qui va combler toutes nos frustrations ? En fait, Dieu ne vient pas nous arracher à notre condition humaine. Tout au contraire, pour nous sauver, il vient partager notre humanité. C’est certain, le Sauveur ne ressemblera à aucun des super-héros que nous pourrions imaginer : Dieu vient à nous en se faisant enfant… Comme un enfant, il est déroutant, bouleversant : alors, laissons Dieu nous surprendre en cette nuit de Noël ! Le cadeau qu’il nous fait, ce n’est rien de moins que lui-même. Alors, pour Noël, n’attendons rien de moins !

 

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Le Cantique spirituel de saint Jean de la Croix (1, 11)

 

Voilà, ô âme, ce que tu dois faire pour trouver l’Époux dans la retraite de ton cœur. Mais si tu veux écouter encore, voici une parole pleine d’une substance et d’une vérité inaccessibles : Cherche-le dans la foi et l’amour, sans te satisfaire d’aucune autre chose, sans goûter ni comprendre au-delà de ce que tu dois savoir. La foi et l’amour sont les conducteurs d’aveugle qui te guideront par un chemin que tu ne connais pas, là où Dieu est caché. La foi, qui est le secret dont nous avons parlé, ce sont les pieds avec lesquels l’âme va vers Dieu, et l’amour est le guide qui la conduit. Et l’âme, en contemplant et en approfondissant ces mystères et ces secrets de la foi, méritera que l’amour lui découvre ce que renferme la foi, à savoir l’Époux qu’elle désire, dès cette vie par une grâce spéciale – l’union divine avec Dieu, comme nous avons dit – et, dans l’autre vie, par une gloire essentielle, en jouissant de lui face à face, sans qu’il soit caché en aucune manière. Mais, jusque-là, bien que l’âme arrive à cette union qui est l’état le plus élevé auquel on parvienne en cette vie, l’Époux est malgré tout, pour l’âme, caché dans le sein du Père, comme nous l’avons dit. Et comme c’est là que l’âme désire en jouir dans l’autre vie, elle répète toujours : « Où t’es-tu caché ? »

 

Maria di Nazaret

La compagne de route de la semaine : la Vierge Marie

 

Qui, mieux que la Vierge Marie, peut nous accompagner en ces dernières heures du temps de l’Avent ? Elle a « cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». Bientôt, elle va découvrir le visage du Fils de Dieu, de son enfant, qu’elle porte depuis neuf mois et qu’elle a tant désiré voir... Marchons vers Bethléem en sa compagnie ! Qu’elle nous enseigne à rester attentifs à la venue du Seigneur ! Demandons-lui de soutenir notre persévérance dans la prière : que nous continuions à réserver, dans nos journées, des espaces de silence afin de nous tourner vers la présence intérieure du Seigneur qui vient à nous ! À son école, apprenons aussi à ouvrir notre cœur aux nécessités des autres, et à leur porter la Bonne Nouvelle du salut !

 

Prier chaque jour cette semaine

 

Dimanche 23 décembre

 

Songe à cet infini savoir et à ce secret caché. Quelle paix, quel amour, quel silence est dans ce Cœur divin ! quelle science élevée celle que Dieu enseigne là ! (Maxime 190).

Seigneur, prépare mon cœur à cette merveille inouïe : la puissance de Dieu dans un petit enfant !

 

Lundi 24 décembre

 

Oh ! Seigneur mon Dieu ! C’est toi qui te montres le premier et qui viens à la rencontre de ceux qui te désirent (Maxime 7).

Je t’ai cherché, Seigneur, et voici que tu me cherchais toi aussi ?

 

Gesù e la Passione

Retraite proposée par les Pères Carmes de Paris : http://www.carmes-paris.org/retraite-en-ligne/retraite-avent-2012/

14 décembre 2012

L'Avent avec les Carmes

L'Avent avec les Carmes

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Troisième semaine

S’ouvrir à la joie

 

Lettre de saint Paul, Apôtre, aux Philippiens (Ph 4, 4-7)

 

Frères, soyez toujours dans la joie du Seigneur ; laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie. Que votre sérénité soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, dans l’action de grâce, priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, gardera votre cœur et votre intelligence dans le Christ Jésus.

 

Méditation pour la troisième semaine

« S’ouvrir à la joie »

 

Dans la liturgie, ce troisième dimanche de l’Avent s’appelle dimanche de « Gaudete ». Ce mot latin est contenu dans la deuxième lecture de ce jour, tirée de la lettre de saint Paul aux Philippiens : « Réjouissez-vous (« Gaudete ») dans le Seigneur ! Soyez toujours dans la joie du Seigneur, soyez dans la joie ! » Ce dimanche est donc le dimanche de la joie ! C’est précisément la grâce de la joie que nous demandons dans la prière d’ouverture de la messe dominicale, que nous pouvons redire au Seigneur tout au long de cette semaine : « Tu le vois, Seigneur, ton peuple se prépare à célébrer la naissance de ton Fils ; dirige notre joie vers la joie d’un si grand mystère : pour que nous fêtions notre salut avec un cœur vraiment nouveau ».

Mais qu’est-ce que cette joie ? Ne la confondons pas avec l’euphorie d’un moment de rigolade ! Il s’agit évidemment de quelque chose de bien plus profond… En méditant les versets de la lettre aux Philippiens, nous pouvons découvrir que la joie dont saint Paul nous parle provient de notre relation au Seigneur. La raison de cette joie ? « Le Seigneur est proche ». Une de ses conséquences pour nous ? « Ne soyez inquiets de rien, mais faites connaître à Dieu vos demandes ». Autrement dit : « En toutes circonstances, prenez vos responsabilités, et faites aussi confiance au Seigneur qui agit dans votre vie ». De là découle un appel à laisser déborder cette joie sur les autres : « Que votre sérénité soit connue de tous les hommes ». Cette sérénité, ce n’est pas une simple question de bien-être ou de tranquillité d’esprit. C’est plutôt le résultat de notre union confiante au Seigneur : « Seigneur, j’ai confiance en ta présence et en ton action dans ma vie ». Si le fondement de notre vie, c’est cette relation au Seigneur, il en transparaitra quelque chose auprès des autres, à un moment ou un autre. Sans fanfaronnade, avec des paroles ou simplement par notre attitude, nous serons des témoins de la présence de Dieu dans notre vie. Pour nous qui, pendant ce temps de l’Avent, marchons vers Bethléem, tout cela prend un relief particulier : oui, le Seigneur est proche, il va bientôt venir pour nous dans la nuit de Noël. Dans la prière que nous nous efforçons de vivre pendant cette retraite, nous expérimentons même que déjà il est proche de nous, que déjà il est en nous.

Mais pourtant, tout en entendant saint Paul nous parler de joie, nous pourrions avoir envie de lui répondre que, dans notre vie, tout n’est pas si joyeux que cela. Nous avons des préoccupations bien légitimes qui viennent de notre travail, de nos responsabilités, de notre famille... Et puis nous avons aussi nos lieux de véritables souffrances : le mal que nous subissons, le mal que nous faisons, pourrait parfois plutôt nous enlever toute joie ! Oui, c’est certain, tout n’est pas rose dans notre vie. Mais justement, la joie dont parle saint Paul, c’est autre chose que d’avoir une vie facile. La joie dont il nous parle, c’est celle qui provient de la présence du Seigneur dans notre vie. Présence souvent discrète, mais bien réelle : à nous de nous rendre attentifs à cette présence, d’en demander la grâce. Saint Jean de la Croix, cette semaine, nous dit même qu’il faut que nous nous cachions pour rejoindre cette présence de Dieu en nous. Il ne s’agit pas de fuir la réalité, il ne s’agit pas de nier nos problèmes et nos difficultés. Mais notre chemin de prière peut nous faire découvrir que le Seigneur vers qui nous nous tournons dans la prière silencieuse, dans l’oraison, nous accompagne tout au long de nos journées. La joie qu’il nous donne ne fait pas disparaître nos souffrances. Mais elle est le signe que nous ne les vivons pas seuls, puisqu’il nous accompagne.

Alors, cette semaine, demandons au Seigneur la grâce de vivre avec lui, en sa compagnie, en sa présence, tout ce qui fait la trame de notre vie : ses joies et ses douleurs, ses réussites comme ses échecs. Quand nous marchons dans la rue, quand nous prenons le métro, où que nous soyons, tournons notre cœur vers lui, qui est présent au-dedans de nous, et disons-lui que nous désirons vivre chaque instant de notre vie en communion avec lui. Rendons-lui grâce pour le bien que nous voyons en nous, et confions-lui le mal qui nous fait souffrir : il désire que nous lui offrions tout, afin qu’il puisse agir dans toute notre vie. Sa présence en nous : là est la source de la joie véritable, que rien ni personne ne peut nous enlever !

 

Le Cantique spirituel de saint Jean de la Croix (1, 9)

 

Mais tu dis encore : Puisque celui qu’aime mon âme est en moi, comment se fait-il que je ne le trouve, ni ne le sente ? C’est parce qu’il est caché et que tu ne te caches pas aussi pour le trouver et le sentir ; car celui qui doit trouver une chose cachée doit se cacher lui-même et pénétrer jusqu’à l’endroit où elle est et, quand il l’a trouvée, il est caché comme elle. Donc, étant donné que ton Époux bien-aimé est le trésor caché dans le champ de ton âme, pour lequel le sage marchand a donné tous ses biens, il te faudra, pour le trouver, oublier tout ce qui t’appartient, t’éloigner de toutes les créatures, te cacher dans la retraite intérieure de ton esprit et, fermant sur toi la porte, c’est-à-dire renonçant à ta volonté en toutes choses, prier ton Père dans le secret. Ainsi, restant cachée avec lui, tu le sentiras alors en secret, tu l’aimeras et tu en jouiras en secret, et tu prendras plaisir avec lui en secret, c’est-à-dire au-delà de toute parole et de tout sentiment.

 

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Le compagnon de route de la semaine : L’Apôtre saint Paul

 

Depuis sa rencontre avec le Christ sur la route de Damas, le chemin de l’apôtre Paul a été une marche continuelle vers le Seigneur, pour le connaître et l’aimer toujours davantage. Dans un autre passage de la lettre aux Philippiens, il parle de ce dynamisme incessant de son itinéraire spirituel. Déjà, il a rencontré le Seigneur. Mais il sait que le mystère de Dieu est toujours plus grand, et qu’il faut donc toujours avancer vers lui, sans jamais s’arrêter : « Oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l’avant, tendu de tout mon être, et je cours vers le but, en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir là-haut, dans le Christ Jésus » (Ph 3, 13-14). Nous qui marchons sur le chemin de l’Avent, nous pouvons demander à saint Paul de nous communiquer quelque chose de son dynamisme spirituel. À sa prière, que le Seigneur enracine aussi en nous cette conviction de foi que rien ni personne ne peut nous séparer de l’amour de Dieu : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Lui qui n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur ? (…) Qui nous séparera de l’amour du Christ ? la tribulation, l’angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive ? En tout cela nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés. Oui, j’en ai l’assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 8, 31-39).

 

Prier chaque jour de la semaine

 

Dimanche 16 décembre

 

Seigneur Dieu, mon Bien-Aimé, si tu te souviens encore de mes péchés pour ne pas accomplir ce que je te demande, fais en eux ta Volonté, c’est ce que je désire le plus : exerce ta bonté et ta miséricorde, et tu seras connu en eux (Maxime 35).

Seigneur, mon péché ne m’empêche pas de venir à toi, pourvu que je te le présente !

 

Lundi 17 décembre

 

Qui pourra se libérer de ses pauvres manières et de ses pauvres limites, si toi-même ne l’élèves jusqu’à toi en pureté d’amour, mon Dieu ? (Maxime 39).

Dieu de miséricorde, fais-moi revenir à toi, et je serai sauvé !

 

Mardi 18 décembre

 

Tu ne m’ôteras pas, mon Dieu, ce qu’une fois tu m’as donné en ton Fils unique Jésus-Christ. En lui, tu m’as donné tout ce que je désire. C’est pourquoi je me réjouirai de ce que tu ne tarderas pas, si, moi, j’attends (Maxime 40).

Jésus, tu es mon Sauveur : j’ai confiance en toi !

 

Mercredi 19 décembre

 

L’âme qui aime est douce, humble et patiente (Maxime 45).

Je confie au Seigneur une difficulté face à laquelle je suis tenté par le découragement.

 

Jeudi 20 décembre

 

L’âme qui chemine dans la voie de l’amour ne fatigue pas, et ne se fatigue pas (Maxime 144).

Dans mes relations avec les autres, est-ce bien l’amour qui me pousse à agir ?

 

Vendredi 21 décembre

 

Dieu, pour aimer une âme, ne regarde pas sa grandeur, mais la grandeur de son humilité (Maxime 150).

Seigneur Dieu, tu m’aimes tel que je suis : aide-moi à m’aimer tel que je suis, confiant en ton amour !

 

Samedi 22 décembre

 

Efforce-toi toujours d’avoir Dieu présent et de conserver en toi la pureté que Dieu t’enseigne (Maxime 193).

Au milieu de mes activités de la journée, je fais une pause de quelques instants : « Béni sois-tu, Seigneur, pour ta présence dans ma vie ! »

 

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Retraite proposée par les Pères Carmes de Paris : http://www.carmes-paris.org/retraite-en-ligne/retraite-avent-2012/

23 novembre 2012

Neuvaine au Serviteur de Dieu Benoît Daswa

 

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Le Serviteur de Dieu Benoît Daswa

Apôtre de la Vie

1946-1990

 

Neuvaine au Serviteur de Dieu Benoît Daswa

 

Introduction

 

En écrivant à l'Église en Afrique, le pape Benoît XVI a appelé à plus de saints africains: « J’encourage les Pasteurs des Églises locales à reconnaître parmi les serviteurs africains de l’Évangile, ceux qui pourraient être canonisés, selon les normes de l’Église, non seulement pour augmenter le nombre des saints africains, mais aussi pour obtenir de nouveaux intercesseurs au ciel afin qu’ils accompagnent l’Église dans son pèlerinage terrestre et intercèdent auprès de Dieu pour le continent africain. Je confie à Notre-Dame d’Afrique et aux saints de ce cher continent, l’Église qui s’y trouve ». (Exhortation Africae Munus, N°114).

Depuis l'époque de l'Église primitive, l'Afrique a été richement bénie par de nombreus grands saints, dont trois des Pères de l'Eglise, saint Augustin, saint Cyrille d'Alexandrie et Saint Cyprien. Il y a eu aussi de grandes saintes femmes de cette époque, parmi eux, Sainte Monique, mère de Saint Augustin, ainsi que de nombreux Martyrs très courageux, telles les Saintes Perpétue et Félicité. Dans une époque plus récente l'Afrique a donné à l'Eglise des saints supplémentaires saints et des martyrs remarquables, telle Sainte Joséphine Bakhita, une jeune esclave du Soudan, et les Martyrs Ougandais, Saint Charles Lwanga et ses vingt-deux compagnons.

Les Catholiques se tournent vers les Saints et les Martyrs, qui sont leurs ancêtres spéciaux dans la Foi. Ils sont en parfaite communion avec Dieu et demeurent des membres de notre famille humaine profondément préoccupés par notre bien-être. Nous pouvons donc nous approcher d'eux avec une grande confiance pour déposer nos besoins et préoccupations auprès Dieu. Le puissant exemple de leur vie est une source de courage et d'inspiration pour nous dans la vie quotidienne de notre foi. Nous aussi, comme disciples du Christ, nous devrions être heureux de partager notre foi avec les autres et ne jamais avoir peur de se lever pour elle, même au prix du sacrifice ou de la mort elle-même.

Il est important pour l'Eglise catholique d'Afrique de répondre à l'appel du Pape à plus de saints africains. Dans le diocèse de Tzaneen, Benoît Daswa a été reconnu dans sa propre durée de vie comme un Catholique exemplaire, un mari dévoué et père, un enseignant consciencieux et un principal, qui a été profondément impliqué dans vie de l'Église et de la communauté locale. Il était un homme de vérité, d'intégrité et d'une grande charité. Benoît était admiré pour son courage dans le témoignage de la Foi face à certaines croyances et pratiques culturelles qui sont y sont opposés. Après sa mort brutale, la communauté Catholique a gardé son souvenir vivant en visitant sa tombe et en y priant. Le peuple a encouragé la direction de l'Eglise locale à ouvrir une enquête sur sa vie et sa mort, en vue de sa possible canonisation comme un saint et un martyr.

L'enquête officielle canonique diocésaine sur la vie et la mort du Serviteur de Dieu, Tshimangadzo Samuel Benoît Daswa, a été achevée début 2009. Elle a été accepté par la Sacrée Congrégation pour les Causes des Saints à Rome en Novembre 2010, comme ayant satisfait à toutes les exigences légales et canoniques. Cette approbation de Rome est très encourageante pour le diocèse de Tzaneen, car elle a ouvert la voie pour que le Diocèse puisse promouvoir activement la cause de Benoît Daswa comme un martyr et possible Saint, non seulement pour l'Afrique du Sud, mais aussi pour le Continent Africain, et pour le monde entier.

Nous encourageons les gens à en apprendre davantage sur cet homme saint et courageux et d'être inspirés par son exemple dans la défense de la Foi. Pour Benoît, la vie humaine est sacrée et doit toujours être respectée et protégée. Comme apôtre de la vie, il est très pertinent pour promouvoir une véritable culture de la vie dans le monde d'aujourd'hui. Pour cette raison, nous demandons aux gens de prier pour sa béatification et de demander des faveurs par son intercession auprès de Dieu. Cette Neuvaine dédiée à Benoît Daswa est une forme puissante de prière qui peut être utilisée individuellement ou en groupes. Nous sommes convaincus que si cette neuvaine est priée avec Foi dans le Christ et dans l'Esprit Saint, que Dieu vous bénira par beaucoup de faveurs par l'intercession de Benoît Daswa. Nous encourageons tous ceux qui ont reçu des faveurs par son intercession, à nous le faire connaître. Notre sincère gratitude au Père Herman Van Dijck MSC pour son travail dans la production de la prière de cette Neuvaine.

Mgr Joao Rodrigues Noe, Diocèse de Tzaneen

Msc évêque Hugues Slattery, évêque émérite, Tzaneen

Limpopo Province, Afrique du Sud

 

Qu'est-ce qu'une neuvaine

 

Une neuvaine est une dévotion composé de prières dites pendant neuf jours consécutifs, pour obtenir des grâces spéciales ou des faveurs de Dieu. Cela a toujours été une forme populaire de prière dans l'Église. Elle suit l'exemple des neuf jours que les apôtres et Marie passèrent en prière entre l'Ascension et la Pentecôte, dans l'attente de l'effusion de l'Esprit Saint. (Actes 1,14). Pour faire une neuvaine, il faut persévérer dans la prière, en demandant une faveur au cours d'une période de neuf jours consécutifs. C'est dans l'accomplissement de l'enseignement de notre Seigneur que nous devons continuer à prier et ne jamais perdre confiance. Ceci est basé sur les paroles de Notre Seigneur: « Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et à celui qui frappe la porte sera ouverte » (Luc 11 : 9-10).

Prière pour la béatification du Serviteur de Dieu Benoît Daswa

(A réciter chaque jour à la fin de la Prière de la Neuvaine)

O Sainte Trinité, je crois que Vous demeurez en moi par mon baptême. Je Vous aime, je Vous loue et je vous adore. Je Vous rends grâce pour Votre Serviteur, Benoît, que Vous avez choisi pour qu'il témoigne jusqu'à la mort pour sa Foi en Jésus-Christ, mon Sauveur et mon Seigneur.

Père Tout-Puissant, Vous avez rempli le cœur de Votre Serviteur, Benoît, de beaucoup d'amour et de zèle pour l'avènement de Votre Royaume. Vous lui avez donné le courage et la force de défendre sa foi sans crainte, ni peur de la mort. Amour de Dieu, gardez-moi libre de toutes œuvres des ténèbres. Protègez-moi contre les mauvais esprits et les puissances du mal. Faites de moi un véritable apôtre de la vie, dans ma famille et dans la société. Que Votre lumière, Seigneur, brille sur moi et par moi.

Seigneur Jésus, par l'intercession de votre serviteur, Benoît, je Vous demande de pouvoir suivre son exemple d'être toujours prêt à pardonner dans un esprit chrétien. Vous savez tout sur mes problèmes, mes soucis et mes craintes lorsque je regarde vers l'avenir. Je tire de la force et du courage dans la vie de Votre Serviteur, Benoît. Je viens à Vous maintenant, Seigneur, et par son intercession, je demande les faveurs très spéciales (...) si elles sont conformes à Votre Volonté. Aidez-moi à toujours suivre le bon exemple de Benoît. Par la prière quotidienne et l'assiduité à l'église, Aidez-moi à Vous aimer, Seigneur, au-dessus de toutes choses et pour aimer les autres comme Vous m'aimez. Amen.

 Premier Jour

Baptisé dans le Christ

Aîné de cinq enfants, Tshimangadzo Samuel Benedict Daswa est né le 16 Juin 1946, dans le village de Mbahe près Thohoyandou. Grandissant dans les pays d'Afrique et la religion traditionnelle, il appartenait au clan de la tribu Bakali Lemba, qui se considèrent eux-mêmes comme descendants des Juifs. Ils vivent principalement dans la tribu Venda, mais on trouve également parmi les tribus Sotho du Nord et Tsonga dans la province de Limpopo, Afrique du Sud. Lycéen Tshimangadzo, il a reçu l'instruction dans la Foi catholique de son catéchiste, le Père Benoît Risimati. Il était grandement influencé par cet homme à la Foi profonde et, par conséquent, il choisi Benoît pour son baptême nom. Il fit sienne la devise de l'Ordre de Saint Benoît, « Prie et travaille », qui a inspiré sa vie de chrétien. Le 21 Avril 1963, il a été baptisé par le Père Augustin O'Brien MSC et a reçu sa première communion. Trois mois plus tard, il était confirmé par Révérend Abbé-évêque Van Hoeck OSB, Évêque du Diocèse de Pietersburg. Après avoir terminé l'école secondaire, Benoît fait une formation d'instituteur pour l'école primaire.

 Parole de Dieu

De la Lettre de Saint Paul Apôtre aux Romains (6,4-5)

Si, par le baptême dans sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c'est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, de même que le Christ, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d'entre les morts. Car, si nous sommes déjà en communion avec lui par une mort qui ressemble à la sienne, nous le serons encore par une résurrection qui ressemblera à la sienne.

Approfondissement de la Foi

« Le Baptême fait vraiment entrer dans la sainteté de Dieu par l'incorporation dans Christ et de l'inhabitation de son Esprit, ce serait un contresens que de se contenter d'une vie de médiocrité, signe d'une éthique minimaliste et d'une religiosité superficielle. Demander à un catéchumène: «Veux-tu recevoir le Baptême?" signifie lui demander en même temps: « Veux-tu devenir saint? » Il veut dire mettre le caractère radical du Sermon sur la montagne: « Soyez parfaits comme votre Père Céleste est parfait » (Mt 5:48). (Novo Millenio Ineunte, Bienheureux Jean Paul II)

Réflexion: Qu'est-ce que signifie pour moi le baptême que j'ai reçu? Ai-je vraiment envie devenir Saint comme Dieu est saint?

Prière

Psaume 22 (23)

Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d'herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre; il me conduit par le juste chemin pour l'honneur de son nom. Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi: ton bâton me guide et me rassure. Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis; tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante. Grâce et bonheur m'accompagnent tous les jours de ma vie; j'habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, comme il était au commencement, maintenant et toujours et pour les siècles et les siècles. Amen.

Réciter la prière pour la Béatification de Benoît Daswa.

Deuxième Jour

Un homme du travail

Fidèle à sa devise, « Prie et travaille », Benoît croyait de tout se coeur que le travail acharné était un moyen de glorifier Dieu et d'aider les gens dans la communauté. Comme directeur de l'école primaire de Nweli primaire, Benoît était entièrement consacré à l'œuvre d'éducation. Un jour, un professeur essaya de sauter sa préparation de leçon pour la semaine suivante et alla à la banque Sibasa pour retirer son salaire. Ayant remarqué son absence, Benoît monta dans sa voiture, après l'avoir poursuivi, fit arrêter le taxi et a fit revenir l'enseignant avec lui à l'école pour terminer sa préparation. Cela fait, Benoît conduisit l'enseignant à la banque.

Dans sa relation avec ses élèves, Benoît a toujours été motivé par l'amour. Il les a encouragés à faire preuve de diligence, d'indépendance et d'autonomie. Ceux qui étaient incapables de payer les frais de scolarité étaient invités à travailler dans son jardin pour gagner leurs frais de scolarité. Benoît serait rendait visite aux familles des absents pour en savoir la raison et pour voir s'il pouvait offrir de l'aide. Avec ses propres enfants, il travaillait dans son potager et plantait des arbres – fait, à l'époque, tout à fait inhabituel pour les enseignants, les directeurs d'école, ou les gens instruits en général.

Benoît à exercé une bonne intendance en utilisant judicieusement son argent. Il était le premier dans son village à construire une maison en briques avec les économies sur son salaire et de la vente des fruits et des légumes de son jardin et de son verger. Grâce à des prévisions budgétaires prudentes, il acheté une voiture, un poste de télévision et avait le téléphone, mais en raison de l'envie et de la jalousie, certains le soupçonnèrent de faire usage de zombies (soi-disant cadavres ramenés à la vie par la sorcellerie).

Parole de Dieu

Evangile selon Saint Matthieu (25, 14-15)

« C'est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. A l'un il donna une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul, à chacun selon ses capacités ».

Approfondissement de la Foi

« Nazareth, ô maison du «fils du charpentier», c’est ici que Nous voudrions comprendre et célébrer la loi sévère et rédemptrice du labeur humain; ici rétablir la conscience de la noblesse du travail; ici rappeler que le travail ne peut pas être une fin à lui-même, mais que sa liberté et sa noblesse lui viennent, en plus de sa valeur économique, des valeurs qui le finalisent; comme Nous voudrions enfin saluer ici tous les travailleurs du monde entier et leur montrer leur grand modèle, leur frère divin, le prophète de toutes leurs justes causes, le Christ notre Seigneur ». (Pape Paul VI, Discours à Nazareth, le 5 Janvier 1964)

Réflexion: Est-ce que je fais mon travail du mieux que je le peux? Dois-je avoir honte lorsque je fais un travail manuel?

Prière

Psaume 103

Bénis le Seigneur, ô mon âme ; Seigneur mon Dieu, tu es si grand ! Revêtu de magnificence, tu as pour manteau la lumière ! Comme une tenture, tu déploies les cieux, tu élèves dans leurs eaux tes demeures ; des nuées, tu te fais un char, tu t'avances sur les ailes du vent ; tu prends les vents pour messagers, pour serviteurs, les flammes des éclairs. Tu as donné son assise à la terre : qu'elle reste inébranlable au cours des temps. Tu l'as vêtue de l'abîme des mers : les eaux couvraient même les montagnes ; à ta menace, elles prennent la fuite, effrayées par le tonnerre de ta voix. Elles passent les montagnes, se ruent dans les vallées vers le lieu que tu leur as préparé. Tu leur imposes la limite à ne pas franchir : qu'elles ne reviennent jamais couvrir la terre. Dans les ravins tu fais jaillir des sources et l'eau chemine au creux des montagnes ; elle abreuve les bêtes des champs : l'âne sauvage y calme sa soif ; les oiseaux séjournent près d'elle : dans le feuillage on entend leurs cris. De tes demeures tu abreuves les montagnes, et la terre se rassasie du fruit de tes oeuvres ; tu fais pousser les prairies pour les troupeaux, et les champs pour l'homme qui travaille. De la terre il tire son pain : le vin qui réjouit le coeur de l'homme, l'huile qui adoucit son visage, et le pain qui fortifie le coeur de l'homme. Les arbres du Seigneur se rassasient, les cèdres qu'il a plantés au Liban ; c'est là que vient nicher le passereau, et la cigogne a sa maison dans les cyprès ; aux chamois, les hautes montagnes, aux marmottes, l'abri des rochers. Tu fis la lune qui marque les temps et le soleil qui connaît l'heure de son coucher. Tu fais descendre les ténèbres, la nuit vient : les animaux dans la forêt s'éveillent ; le lionceau rugit vers sa proie, il réclame à Dieu sa nourriture. Quand paraît le soleil, ils se retirent : chacun gagne son repaire. L'homme sort pour son ouvrage, pour son travail, jusqu'au soir. Quelle profusion dans tes oeuvres, Seigneur ! + Tout cela, ta sagesse l'a fait ; * la terre s'emplit de tes biens. Voici l'immensité de la mer, son grouillement innombrable d'animaux grands et petits, ses bateaux qui voyagent, et Léviathan que tu fis pour qu'il serve à tes jeux. Tous, ils comptent sur toi pour recevoir leur nourriture au temps voulu. Tu donnes : eux, ils ramassent ; tu ouvres la main : ils sont comblés. Tu caches ton visage : ils s'épouvantent ; tu reprends leur souffle, ils expirent et retournent à leur poussière. Tu envoies ton souffle : ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre. Gloire au Seigneur à tout jamais ! Que Dieu se réjouisse en ses oeuvres ! Il regarde la terre : elle tremble ; il touche les montagnes : elles brûlent. Je veux chanter au Seigneur tant que je vis ; je veux jouer pour mon Dieu tant que je dure. Que mon poème lui soit agréable ; moi, je me réjouis dans le Seigneur. Que les pécheurs disparaissent de la terre ! Que les impies n'existent plus ! Bénis le Seigneur, ô mon âme !

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, comme il était au commencement, maintenant et toujours et pour les siècles et les siècles. Amen.

Réciter la prière pour la Béatification de Benoît Daswa.

Troisième Jour

Un vrai père de famille

En 1980, Benoît épouse Shadi Eveline Monyai, luthérienne qui a ensuite été reçue dans la pleine communion avec l'Église catholique. Ils eurent huit enfants, le dernier étant né quatre mois après sa mort. Benoît pense qu'aider sa femme dans l'éducation des enfants et l'aider dans les tâches ménagères, faisaient partie de son engagement matrimonial. Il disait aux gens: « Vous devriez aider votre femme dans les tâches ménagères », et a enseigné à ses enfants à aider les parents à la maison. Il leur a également appris à être assidus à l'école et au travail dans son verger.

La famille se réunissait pour prier ensemble tous les soirs. Ce temps de prière familial qui comprenait la lecture de l'Écriture, ainsi que la prière en famille, était une véritable « Eglise domestique ». La famille a toujours participé aux célébrations liturgiques du dimanche. Benoît a institué le « jour des Daswa », le jour de la fête de Noël. La famille et tous leurs proches parents avaient l'habitude de passer cette journée ensemble au cours de laquelle chaque enfant recevaient cadeaux de Noël du matériel scolaire qui servant pendant l'année à venir.

Parole de Dieu

De la Lettre de Saint Paul Apôtre aux Ephésiens (5, 31-32; 6, 1-4)

« A cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un. Ce mystère est grand : je le dis en pensant au Christ et à l'Église. ous, les enfants, obéissez à vos parents dans le Seigneur, c'est cela qui est juste : Honore ton père et ta mère, c'est le premier commandement assorti d'une promesse : ainsi tu seras heureux et tu auras longue vie sur la terre. Et vous, les parents, ne poussez pas à bout vos enfants, mais élevez-les en leur donnant une éducation et des avertissements inspirés par le Seigneur ».

Approfondissement de la Foi

« Mamans, apprenez-vous à vos petits les prières du chrétien? Les préparez-vous, en collaboration avec les prêtres, aux sacrements du premier âge: la confession, la communion, la confirmation? Les habituez-vous, s'ils sont malades, à penser aux souffrances du Christ, à invoquer l'aide de la Sainte Vierge et des saints? Récitez-vous avec eux le Rosaire en famille? Et vous, les pères, savez-vous prier avec vos enfants, avec toute la communauté familiale, au moins quelquefois? Votre exemple, accompagné de la droiture de votre pensée et de vos actes, appuyé par quelques prières communes, vaut bien une leçon de vie. C'est un acte de culte particulièrement méritoire. Vous apportez ainsi la paix entre les murs de votre foyer ». (Bienheureux Jean Paul II, Familiaris Consortio N°60).

Réflexion: Comment est ma relation avec mon conjoint, mes enfants? Devons-nous prier ensemble, en famille? Combien de fois?

Prière

Psaume 127

Heureux qui craint le Seigneur et marche selon ses voies ! Tu te nourriras du travail de tes mains : Heureux es-tu ! A toi, le bonheur ! Ta femme sera dans ta maison comme une vigne généreuse, et tes fils, autour de la table, comme des plants d'olivier. Voilà comment sera béni l'homme qui craint le Seigneur. De Sion, que le Seigneur te bénisse ! Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie, et tu verras les fils de tes fils. Paix sur Israël !

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, comme il était au commencement, maintenant et toujours et pour les siècles et les siècles. Amen.

Réciter la prière pour la Béatification de Benoît Daswa.

Quatrième Jour

Un homme engagé dans la Communauté

Benoît était très respecté dans la communauté. Il était un leader naturel et le confident du chef qui l'avait choisi comme secrétaire de son conseil. Toujours guidé par ses principes chrétiens, Benoît n'avait pas peur de dire ce qu'il pensait. Il était grandement respecté pour son honnêteté, son intégrité ainsi que pour sa sincérité et son humilité. Un jour, faussement accusé d'utiliser les fonds de l'école pour construire sa maison, l'innocence de Benoît et la bonne gestion ont été confirmées après que le chef avait ordonné une enquête.

Comme Benoît croyait fermement en la formation de la personnalité à travers des activités sportives, il créa, pour les jeunes, des clubs de football. Il voulait qu'ils soient occupés, disciplinés. Lors d'une sécheresse dans la région de Venda dans les années quatre-vingt, Benoît a utilisé ses contacts et toutes ses compétences de persuasion pour obtenir des fournitures et des vivres alimentaires pour les enfants de son école.

Parole de Dieu

De l'Evangile selon Saint Matthieu (5: 13-16)

« Vous êtes le sel de la terre. Si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n'est plus bon à rien : on le jette dehors et les gens le piétinent. Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l'on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux ».

Approfondissement de la Foi

« Pour une animation chrétienne de l'ordre temporel, dans le sens que nous avons dit, qui est celui de servir la personne et la société, les fidèles laïcs ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la « politique », à savoir à l'action multiforme, économique, sociale, législative, administrative, culturelle, qui a pour but de promouvoir, organiquement et par les institutions, le bien commun ». (Bienheureux Jean Paul II, Christi Fideles Laici, N°42).

Réflexion: En quoi et comment puis-je contribuer à l'amélioration de ma Communauté? Dois-je prendre mes responsabilités publiques, politiques et civiques au sérieux?

Prière

Psaume 9

Pourquoi, Seigneur, es-tu si loin ? Pourquoi te cacher aux jours d'angoisse ? De tout mon coeur, Seigneur, je rendrai grâce, je dirai tes innombrables merveilles ; pour toi, j'exulterai, je danserai, je fêterai ton nom, Dieu Très-Haut. Mes ennemis ont battu en retraite, devant ta face, ils s'écroulent et périssent. Tu as plaidé mon droit et ma cause, tu as siégé, tu as jugé avec justice. Tu menaces les nations, tu fais périr les méchants, à tout jamais tu effaces leur nom. L'ennemi est achevé, ruiné pour toujours, tu as rasé des villes, leur souvenir a péri. Mais il siège, le Seigneur, à jamais : pour juger, il affermit son trône ; il juge le monde avec justice et gouverne les peuples avec droiture. Qu'il soit la forteresse de l'opprimé, sa forteresse aux heures d'angoisse : ils s'appuieront sur toi, ceux qui connaissent ton nom ; jamais tu n'abandonnes, Seigneur, ceux qui te cherchent. Fêtez le Seigneur qui siège dans Sion, annoncez parmi les peuples ses exploits ! Attentif au sang versé, il se rappelle, il n'oublie pas le cri des malheureux. Pitié pour moi, Seigneur, vois le mal que m'ont fait mes adversaires, toi qui m'arraches aux portes de la mort ; et je dirai tes innombrables louanges aux portes de Sion, je danserai de joie pour ta victoire. Ils sont tombés, les païens, dans la fosse qu'ils creusaient ; aux filets qu'ils ont tendus, leurs pieds se sont pris. Le Seigneur s'est fait connaître : il a rendu le jugement, il prend les méchants à leur piège. Que les méchants retournent chez les morts, toutes les nations qui oublient le vrai Dieu ! Mais le pauvre n'est pas oublié pour toujours : jamais ne périt l'espoir des malheureux. Lève-toi, Seigneur : qu'un mortel ne soit pas le plus fort, que les nations soient jugées devant ta face ! Frappe-les d'épouvante, Seigneur : que les nations se reconnaissent mortelles !

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, comme il était au commencement, maintenant et toujours et pour les siècles et les siècles. Amen.

Réciter la prière pour la Béatification de Benoît Daswa.

Cinquième Jour

Un homme engagé dans l'Eglise

En tant que catéchiste volontaire, Benoît Daswa aida à la création de la communauté ecclésiale, en particulier en préparant les candidats au Baptême. Il a été membre du Conseil Pastoral de la paroisse et était toujours présent aux réunions. Il a dirigeait l'office dominical, quand le prêtre ou un agent pastoral n'était pas disponible et était très impliqué dans la pastorale des jeunes, les encourageant à avoir de bonnes vies, productives, et à être fiers de leur Foi.

Benoît avait promis à sa femme qu'il commencerait à construire leur maison dès que la nouvelle Eglise de Nweli serait achevée. Cette tâche de construire la première église Catholique dans la région était un projet si cher à son cœur qu'il a non seulement aidé le prêtre avec sa propre voiture a transporter les matériaux de construction, mais, il a travaillé sans relâche sur cela et il a encouragé les autres à en faire autant. Après son achèvement, fidèle à sa promesse, il a commencé à construire sa propre maison.

Parole de Dieu

De la Lettre aux Romains (12: 5-8)

« Dans le Christ, tous, tant que nous sommes, nous formons un seul corps ; tous et chacun, nous sommes membres les uns des autres. Et selon la grâce que Dieu nous a donnée, nous avons reçu des dons qui sont différents. Si c'est le don de prophétie, il faut se régler sur la foi ; si c'est le don de servir, il faut servir ; si l'on est fait pour enseigner, que l'on enseigne ; pour encourager, que l'on encourage. Celui qui donne, qu'il soit simple ; celui qui dirige, qu'il soit actif ; celui qui se dévoue aux malheureux, qu'il ait le sourire ».

Approfondissement de la Foi

« Entre tous les fidèles du Christ, du fait de leur régénération dans le Christ, il existe, quant à la dignité et à l’activité, une véritable égalité en vertu de laquelle tous coopèrent à l’édification du Corps du Christ, selon la condition et la fonction propre de chacun ». (Catéchisme de l'Eglise Catholique, § 872).

Réflexion: Que fais-je pour l'Eglise et dans l'Eglise? Dois-je contribuer à la construction, à l'entretien de l'église et de ses services?

Prière

Psaume 131

Souviens-toi, Seigneur, de David et de sa grande soumission quand il fit au Seigneur un serment, une promesse au Puissant de Jacob : « Jamais je n'entrerai sous ma tente, et jamais ne m'étendrai sur mon lit, j'interdirai tout sommeil à mes yeux et tout répit à mes paupières, avant d'avoir trouvé un lieu pour le Seigneur, une demeure pour le Puissant de Jacob. » Voici qu'on nous l'annonce à Éphrata, nous l'avons trouvée près de Yagar. Entrons dans la demeure de Dieu, prosternons-nous aux pieds de son trône. Monte, Seigneur, vers le lieu de ton repos, toi, et l'arche de ta force ! Que tes prêtres soient vêtus de justice, que tes fidèles crient de joie ! Pour l'amour de David, ton serviteur, ne repousse pas la face de ton messie. Le Seigneur l'a juré à David, et jamais il ne reprendra sa parole : « C'est un homme issu de toi que je placerai sur ton trône. « Si tes fils gardent mon alliance, les volontés que je leur fais connaître, leurs fils, eux aussi, à tout jamais, siègeront sur le trône dressé pour toi. » Car le Seigneur a fait choix de Sion ; elle est le séjour qu'il désire : « Voilà mon repos à tout jamais, c'est le séjour que j'avais désiré. « Je bénirai, je bénirai ses récoltes pour rassasier de pain ses pauvres. Je vêtirai de gloire ses prêtres, et ses fidèles crieront, crieront de joie. « Là, je ferai germer la force de David ; pour mon messie, j'ai allumé une lampe. Je vêtirai ses ennemis de honte, mais, sur lui, la couronne fleurira. »

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, comme il était au commencement, maintenant et toujours et pour les siècles et les siècles. Amen.

Réciter la prière pour la Béatification de Benoît Daswa.

Sixième Jour

Un homme de prière et de Charité

Les gens qui connaissaient bien Benoît remarquaient qu'il était une personne qui priait constamment, tant dans sa vie quotidienne, en famille et en Église. Il avait une profonde relation personnelle avec le Christ et était guidé et renforcé par sa Foi et ce dans tous les aspects de la vie. Il avait un amour particulier et une grande préoccupation pour les malades, les personnes vulnérables et il aimait à visiter ceux qui étaient en prison. Il a donné librement ses ressources pour aider les pauvres et les nécessiteux dans son village, ainsi que pour ceux qui allaient à l'école primaire de Nweli.

Dans l'après-midi du 2 Février 1990, alors que Benoît travaillait dans son verger, sa belle soeur l'appelle en urgence, lui demandant de prendre son enfant très malade chez le médecin à Makwarela (Sibasa). Avant qu'il ne prenne la voiture, il lui dit: « Avant de partir, prions ». Sur son chemin du retour à Mbahe, sur la route, il a pris un un homme vivant dans un village voisin. L'homme portait un sac de farine de maïs et était incapable de prendre les transports publics en raison des troubles dans la région.

Parole de Dieu

De l'Evangile selon Saint Matthieu (25: 35-40)

« J'avais faim, et vous m'avez donné à manger ; j'avais soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger, et vous m'avez accueilli ; j'étais nu, et vous m'avez habillé ; j'étais malade, et vous m'avez visité ; j'étais en prison, et vous êtes venus jusqu'à moi ! » Alors les justes lui répondront : « Seigneur, quand est-ce que nous t'avons vu...? tu avais donc faim, et nous t'avons nourri ? tu avais soif, et nous t'avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t'avons accueilli ? tu étais nu, et nous t'avons habillé ? tu étais malade ou en prison... Quand sommes-nous venus jusqu'à toi ? » Et le Roi leur répondra : « Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait ».

Approfondissement de la Foi

« L'Eglise entière comme telle est directement appelée au service de la charité: «La Sainte Eglise en joignant l'agapè à la Cène eucharistique se manifestait tout entière réunie autour du Christ par le lien de la charité; ainsi en tout temps elle se fait reconnaître à ce signe d'amour; tout en se réjouissant des initiatives d'autrui, elle tient aux oeuvres charitables comme à une partie de sa mission propre et comme à un droit inaliénable. C'est pourquoi la miséricorde envers les pauvres et les faibles, les oeuvres dites de charité et de secours mutuel pour le soulagement de toutes les souffrances humaines sont en particulier honneur» ».(Bienheureux Jean Paul II, Christi Fideles Laici, N°41).

Réflexion: Est-ce que j'aide et soutiens les personnes dans le besoin? Est-ce que je prête attention aux plus pauvres et aux plus démunis dans ma communauté?

Prière

Psaume 108

Dieu de ma louange, sors de ton silence ! La bouche de l'impie, la bouche du fourbe, s'ouvrent contre moi : ils parlent de moi pour dire des mensonges ; ils me cernent de propos haineux, ils m'attaquent sans raison. Pour prix de mon amitié, ils m'accusent, moi qui ne suis que prière. Ils me rendent le mal pour le bien, ils paient mon amitié de leur haine. « Chargeons un impie de l'attaquer : qu'un accusateur se tienne à sa droite. A son procès, qu'on le déclare impie, que sa prière soit comptée comme une faute. « Que les jours de sa vie soient écourtés, qu'un autre prenne sa charge. Que ses fils deviennent orphelins, que sa femme soit veuve. « Qu'ils soient errants, vagabonds, ses fils, qu'ils mendient, expulsés de leurs ruines. Qu'un usurier saisisse tout son bien, que d'autres s'emparent du fruit de son travail. « Que nul ne lui reste fidèle, que nul n'ait pitié de ses orphelins. Que soit retranchée sa descendance, que son nom s'efface avec ses enfants. « Qu'on rappelle au Seigneur les fautes de ses pères, que les péchés de sa mère ne soient pas effacés. Que le Seigneur garde cela devant ses yeux, et retranche de la terre leur mémoire ! » Ainsi, celui qui m'accuse oublie d'être fidèle : il persécute un pauvre, un malheureux, un homme blessé à mort. Puisqu'il aime la malédiction, qu'elle entre en lui ; il refuse la bénédiction, qu'elle s'éloigne de lui ! Il a revêtu comme un manteau la malédiction, qu'elle entre en lui comme de l'eau, comme de l'huile dans ses os ! Qu'elle soit l'étoffe qui l'habille, la ceinture qui ne le quitte plus ! C'est ainsi que le Seigneur paiera mes accusateurs, ceux qui profèrent le mal contre moi. Mais toi, Seigneur Dieu, agis pour moi à cause de ton nom. Ton amour est fidèle : délivre-moi. Vois, je suis pauvre et malheureux ; au fond de moi, mon coeur est blessé. Je m'en vais comme le jour qui décline, comme l'insecte qu'on chasse. J'ai tant jeûné que mes genoux se dérobent, je suis amaigri, décharné. Et moi, on me tourne en dérision, ceux qui me voient hochent la tête. Aide-moi, Seigneur mon Dieu : sauve-moi par ton amour ! Ils connaîtront que là est ta main, que toi, Seigneur, tu agis. Ils maudissent, toi, tu bénis, ils se sont dressés, ils sont humiliés : ton serviteur est dans la joie. Qu'ils soient couverts d'infamie, mes accusateurs, et revêtus du manteau de la honte ! A pleine voix, je rendrai grâce au Seigneur, je le louerai parmi la multitude, car il se tient à la droite du pauvre pour le sauver de ceux qui le condamnent.

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, comme il était au commencement, maintenant et toujours et pour les siècles et les siècles. Amen.

Réciter la prière pour la Béatification de Benoît Daswa.

Septième Jour

Un témoin courageux de la Vérité

Le 25 Janvier 1990, au cours d'un violent orage, la foudre tombe plusieurs fois et brûle un certain nombre de rondavels (cases rondes) couvertes de chaume dans la région. Traditionnellement, lorsque cela se produit ce n'est pas considéré comme un phénomène naturel, mais comme l'oeuvre d'une supposée sorcière. Le chef rassembla son conseil et la communauté pour discuter de la question, dans le but de savoir qui en était responsable. Ils fut alors convenu qu'un guérisseur traditionnel serait consulté afin d' identifier la personne qui était responsable de ces incendies. Une contribution de R5 par personne a été convenue afin de payer la personne.

Benoît arriva à la réunion en retard, après que cette décision avait été prise. Son explication que la foudre est un phénomène naturel fut rejetée. Il s'était vigoureusement tenu tête contre l'accusation portées aux prétendues sorcières provoquant des coups de foudre. Lorsque la décision a été confirmée, Benoît refusa de payer la contribution, faisant valoir que sa Foi Catholique l'empêchait de prendre part à tout ce qui touche de près ou de loin à la sorcellerie.

Parole de Dieu

De l'Evangile selon Saint Luc (12: 8-9)

Je vous le déclare : Celui qui se sera prononcé pour moi devant les hommes, le Fils de l'homme se prononcera aussi pour lui devant les anges de Dieu. Mais celui qui m'aura renié en face des hommes sera renié en face des anges de Dieu.

Approfondissement de la Foi

« S’appuyant sur les religions traditionnelles, la sorcellerie connaît actuellement une certaine recrudescence. Des peurs renaissent et créent des liens de sujétion paralysants. Les préoccupations concernant la santé, le bien-être, les enfants, le climat, la protection contre les esprits mauvais, conduisent de temps à autre à recourir à des pratiques des religions traditionnelles africaines qui sont en désaccord avec l’enseignement chrétien. Le problème de la « double appartenance », au christianisme et aux religions traditionnelles africaines demeure un défi. Pour l’Église qui est en Afrique, il est nécessaire, à travers une catéchèse et une inculturation profonde, de guider les personnes vers la découverte de la plénitude des valeurs de l’Évangile. Il convient de déterminer la signification profonde de ces pratiques de sorcellerie en identifiant les enjeux théologiques, sociaux et pastoraux qui sont véhiculés par ce fléau ». (Exhortation Africae Munus, Pape Benoît XVI, N°93).

Réflexion: Ai-je peur de me lever pour défendre la Foi chrétienne quand elle est ridiculisée ou attaqué au nom de la « culture traditionnelle »? Est-ce que je crois en la sorcellerie? l'ai-je parfois pratiqué?

Prière

Psaume 140

Seigneur, je t'appelle : accours vers moi ! Écoute mon appel quand je crie vers toi ! Que ma prière devant toi s'élève comme un encens, et mes mains, comme l'offrande du soir. Mets une garde à mes lèvres, Seigneur, veille au seuil de ma bouche. Ne laisse pas mon coeur pencher vers le mal ni devenir complice des hommes malfaisants. Jamais je ne goûterai leurs plaisirs : que le juste me reprenne et me corrige avec bonté. Que leurs parfums, ni leurs poisons, ne touchent ma tête ! Ils font du mal : je me tiens en prière. Voici leurs juges précipités contre le roc, eux qui prenaient plaisir à m'entendre dire : « Comme un sol qu'on retourne et défonce, nos os sont dispersés à la gueule des enfers ! » Je regarde vers toi, Seigneur, mon Maître ; tu es mon refuge : épargne ma vie ! Garde-moi du filet qui m'est tendu, des embûches qu'ont dressées les malfaisants. Les impies tomberont dans leur piège ; seul, moi, je passerai.

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, comme il était au commencement, maintenant et toujours et pour les siècles et les siècles. Amen.

Réciter la prière pour la Béatification de Benoît Daswa.

Huitième Jour

Un véritable apôtre de la vie

Après sa ferme prise de position contre la sorcellerie lors de la réunion de la communauté, le dimanche 28 Janvier 1990, les gens ont commencé à murmurer contre lui, disant: « C'est lui qui influence peuple, comme il est un chef de file. Pourquoi refuses-t-il de brûler les sorcières? Il n'est pas d'accord avec notre croyance ».

Beaucoup pensaient de lui qu'il rabaissait leurs croyances et leurs pratiques traditionnelles, et qu'il était comme une pierre d'achoppement dans la communauté en raison de sa position constante contre la sorcellerie. Et, comme un vrai disciple de Jésus-Christ, Benoît, se tenait ferme dans sa foi catholique, certaines personnes ont dit: « Nous ferions mieux de le tuer! » Ils ont donc conspiré pour se débarrasser de lui.

Parole de Dieu

Du Livre du Deutéronome (18: 9-14)

Lorsque tu seras entré dans le pays que le Seigneur, ton Dieu, te donne, tu n'apprendras point à imiter les abominations de ces nations-là. Qu'on ne trouve chez toi personne qui fasse passer son fils ou sa fille par le feu, personne qui exerce le métier de devin, d'astrologue, d'augure, de magicien, d'enchanteur, personne qui consulte ceux qui évoquent les esprits ou disent la bonne aventure, personne qui interroge les morts. Car quiconque fait ces choses est en abomination au Seigneur; et c'est à cause de ces abominations que le Seigneur, ton Dieu, va chasser ces nations devant toi. Tu seras entièrement au Seigneur, ton Dieu. Car ces nations que tu chasseras écoutent les astrologues et les devins; mais à toi, le Seigneur, ton Dieu, ne le permet pas.

Approfondissement de la Foi

Il nous est demandé d'aimer et d'honorer la vie de tout homme et de toute femme, et de travailler avec constance et avec courage pour qu'en notre temps, traversé par trop de signes de mort, s'instaure enfin une nouvelle culture de la vie, fruit de la culture de la vérité et de l'amour. (Bienheureux Jean Paul II, Evangelium Vitae, N°77)

Réflexion: Est-ce que je respecte la vie des autres, des plus faibles, en particulier des bébés à naître? Est-ce que je mène une vie saine et responsable?

Prière

Psaume 26

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte ? Le Seigneur est le rempart de ma vie ; devant qui tremblerais-je ? Si des méchants s'avancent contre moi pour me déchirer, ce sont eux, mes ennemis, mes adversaires, qui perdent pied et succombent. Qu'une armée se déploie devant moi, mon coeur est sans crainte ; que la bataille s'engage contre moi, je garde confiance. J'ai demandé une chose au Seigneur, la seule que je cherche : habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, pour admirer le Seigneur dans sa beauté et m'attacher à son temple. Oui, il me réserve un lieu sûr au jour du malheur ; il me cache au plus secret de sa tente, il m'élève sur le roc. Maintenant je relève la tête devant mes ennemis. J'irai célébrer dans sa tente le sacrifice d'ovation ; je chanterai, je fêterai le Seigneur. Écoute, Seigneur, je t'appelle ! Pitié ! Réponds-moi ! Mon coeur m'a redit ta parole : « Cherchez ma face. » C'est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face. N'écarte pas ton serviteur avec colère : tu restes mon secours. Ne me laisse pas, ne m'abandonne pas, Dieu, mon salut ! Mon père et ma mère m'abandonnent ; le Seigneur me reçoit. Enseigne-moi ton chemin, Seigneur, conduis-moi par des routes sûres, malgré ceux qui me guettent. Ne me livre pas à la merci de l'adversaire : contre moi se sont levés de faux témoins qui soufflent la violence. Mais j'en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. « Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur. »

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, comme il était au commencement, maintenant et toujours et pour les siècles et les siècles. Amen.

Réciter la prière pour la Béatification de Benoît Daswa.

Neuvième Jour

un vrai témoin de la foi

Le 2 Février 1990, après avoir ramené chez lui un homme avec un sac de farine de maïs, Benoît, rentrant chez lui en voiture trouva son chemin bloqué par des troncs d'arbres disposés au travers de la route. Descendant de sa voiture pour les enlever, une foule de jeunes garçons et des hommes cachés derrière les buissons se ruèrent sur lui et lui jetèrent de grosses pierres. Blessé et saignant abondamment, il quitta sa voiture et couru à travers un terrain de football, espérant trouver de l'aide auprès d'un Shebeen à proximité (endroit où la boisson alcoolisée est vendue illégalement). En voyant une porte ouverte à la cuisine d'une rondavel il courut tout droit s'y cacher afin de sauver sa vie.

La foule qui lui courait derrière, demanda à la femme où Benoît était cacher, menaçant de la tuer si elle ne leur disait pas. Leur disant où Benoît était cacher, elle plaida: « Ne me tuez pas. Il est à l'intérieur ». Deux personnes entrèrent la foule et traînèrent Benoît dehors. En serrant l'un d'eux, Benoît supplia: « S'il vous plaît, épargnez ma vie! » Les jeunes a répondu: « OK. Suis-nous, on ne va pas te tuer ». Lui faisant confiance, Benoît sortit.

Alors que la foule encerclait maintenant le rondavel, Benoît ne pouvait plus s'échapper, voyant l'un d'entre venant vers lui armé d'une knobkerrie, il se mit à genoux et pria. Ensuite, les choses se passèrent très rapidement. L'homme fracassa la tête avec sa knobkerrie, lui écrasant le crâne. Benoît tomba au sol. De l'eau bouillante fut ensuite versée sur sa tête, ses oreilles, ses narines et autres blessures.

La Messe d'enterrement fut concélébrée le 10 Février 1990. Tous les prêtres portèrent des vêtements rouge, car ils étaient convaincus que Benoît était mort pour sa foi. C'était sa position contre la sorcellerie qui avait entraîné la mort de Benoît.

Parole de Dieu

De l'Evangile selon Saint Luc (5: 1-12)

Quand Jésus vit la foule, il gravit la montagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent. Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait : « Heureux les pauvres de coeur :le Royaume des cieux est à eux ! Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise ! Heureux ceux qui pleurent: ils seront consolés ! Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice :ils seront rassasiés ! Heureux les miséricordieux :ils obtiendront miséricorde ! Heureux les coeurs purs :ils verront Dieu ! Heureux les artisans de paix :ils seront appelés fils de Dieu ! Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice :le Royaume des cieux est à eux ! Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! C'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.

Approfondissement de la Foi

« Car c'est la fonction de l'Eglise, guidée par l'Esprit Saint qui renouvelle et purifie son sans cesse, de faire de Dieu le Père et son Fils incarné et présent dans un sens visible. Ce résultat est obtenu principalement par le témoignage d'une foi vivante et mature, à savoir, celui formé à reconnaître lucidement les difficultés et de les maîtriser. De nombreux martyrs ont donné témoin lumineux de cette foi et continuera à le faire. Par leur exemple, ils nous ont montré, et fait en douceur pour nous, pour ainsi dire, le chemin vers l'avenir... Tout ce qui nous reste, avec la grâce de Dieu, est de suivre leurs traces ». (Constitution Pastorale Gaudium et Spes N° 21)

Réflexion: Est-ce que, comme Benoît, le courage des martyrs m'aide à vivre ma foi? Est-ce que je défends ma foi, dans la vie privée comme et dans la vie publique?

Prière

Cantique de Marie

Evangile selon Saint Luc (1: 46-55)

Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur. Il s'est penché sur son humble servante; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Son amour s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de bien les affamés,renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur,il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères,en faveur d'Abraham et de sa race à jamais.

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, comme il était au commencement, maintenant et toujours et pour les siècles et les siècles. Amen.

Réciter la prière pour la Béatification de Benoît Daswa.

 

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2 décembre 2012

L'Avent avec les Carmes

L'Avent avec les Carmes

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Première semaine

Du 2 au 8 décembre

« Se mettre en marche »

 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc (21, 25-28 ; 34-36)

 

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées par le fracas de la mer et de la tempête. Les hommes mourront de peur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde, car les puissances des cieux seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme venir dans la nuée, avec grande puissance et grande gloire. Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans la débauche, l’ivrognerie et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste. Comme un filet, il s’abattra sur tous les hommes de la terre. Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous serez jugés dignes d’échapper à tout ce qui doit arriver et de paraître debout devant le Fils de l’homme. »

 

Méditation pour la première semaine

« se mettre en marche »

 

Ce dimanche marque le commencement du temps liturgique de l’Avent, qui est la préparation à la fête de Noël. Il marque aussi le début de l’année liturgique : à partir d’aujourd’hui, et pendant un an, la liturgie va nous faire célébrer l’ensemble des mystères de la vie du Christ. Sa naissance occupe évidemment la première place, du point de vue chronologique. Aussi, nous pourrions tout à fait – avec un peu d’humour ! – nous souhaiter en ce dimanche : « Bonne année ! » Oui, bonne année : qu’elle soit « une année de bienfaits accordée par le Seigneur » (Lc 4, 19) !

Pour nous, cette année, le premier dimanche de l’Avent marque aussi le début d’une retraite spirituelle. En effet, nous avons choisi saint Jean de la Croix comme guide et, avec lui, nous allons cheminer vers la lumière de Bethléem. Sans quitter notre milieu quotidien, nous allons, chaque jour, prendre le temps de méditer la Parole de Dieu, de faire silence sous le regard du Seigneur, de lui confier nos soucis, nos désirs, nos joies. Efforçons d’être fidèles à notre engagement à suivre cette retraite : il en va de la liberté et de la responsabilité de chacun de nous. Sachons que, sans nous voir, nous serons nombreux à suivre ce chemin ensemble : ne manquons pas de prier les uns pour les autres. Cette mystérieuse communion entre nous est un soutien sur lequel nous pouvons nous appuyer.

En ce premier jour de retraite, la liturgie nous offre un extrait de l’Évangile selon saint Luc (Lc 21, 25-28 ; 34-36). Il a peut-être de quoi nous surprendre. Le Seigneur Jésus y parle en effet de cataclysmes terrifiants : signes dans les astres, malheurs s’abattant sur le monde, ébranlement des puissances célestes. Nous voulions nous préparer à Noël, et le Seigneur nous parle de la fin du monde ! En fait, il emploie dans ce discours un langage particulier, que l’on trouve à de nombreuses reprises dans les Écritures. Il s’agit du langage que l’on appelle « apocalyptique ». Ce langage n’est pas celui des scénarios-catastrophe ! « Apocalypse », littéralement, signifie « dévoilement », « révélation ». Le langage apocalyptique sert à nous dévoiler quelque chose de ce qui arrivera à la fin des temps, dans le but de stimuler notre espérance, surtout en temps de crise. C’est comme si le Seigneur nous disait : « Oui, vous aurez bien des difficultés à affronter, mais n’oubliez jamais que je suis votre Sauveur, et que je viens à vous ! » Ainsi, ce passage de l’Évangile oriente notre regard vers la venue du Seigneur, dans sa gloire, à la fin des temps. Sa venue à Bethléem, dans l’humble nuit de Noël, en est l’écho par anticipation.

Alors, nous comprenons mieux pourquoi nous entendons ce difficile passage de l’Évangile au début de notre chemin d’Avent. Le but du chemin de notre vie chrétienne nous y est dévoilé, la raison de la venue du Seigneur à Noël nous y est révélée. Il vient pour notre salut : « Votre rédemption approche ». Et cela ne doit pas nous terroriser, bien au contraire ! Le Seigneur, en nous révélant ainsi le sens de notre existence, nous indique l’attitude à adopter pour nous préparer à accueillir sa venue : « Redressez-vous et relevez la tête », « tenez-vous sur vos gardes », « restez éveillés et priez en tout temps ». Autant de conseils, autant d’appels à la vigilance, que nous pouvons faire nôtres au début de cette retraite d’Avent. Car le Seigneur vient à nous, toujours ! À Noël, nous n’allons pas seulement commémorer le fait que Jésus est venu autrefois. Célébrer Noël, ce n’est pas souffler les bougies du gâteau d’anniversaire de Jésus ! C’est plutôt célébrer sa venue, au présent : cette année, à Noël, Jésus va naître pour notre salut. Aujourd’hui, chaque jour, le Seigneur vient à moi, dans ma vie, là où je suis. Il n’a même jamais cessé de venir vers moi, de m’appeler à le rencontrer. Mais est-ce que je suis attentif à sa venue, à sa présence dans ma vie ? Est-ce que je désire le rencontrer ?

Dans son Cantique spirituel, saint Jean de la Croix nous parle de la prise de conscience douloureuse que « l’âme » fait de ce mystère de la venue de Dieu. Elle prend conscience de sa propre responsabilité dans cette rencontre avec Dieu. Rappelons que « l’âme », dans le langage de Jean de la Croix, c’est la personne humaine, considérée dans sa capacité à se tourner vers Dieu, avec tout ce qu’elle est (corporéité, sensibilité, intelligence, mémoire, volonté, etc. : tout mon être). Pour m’appliquer à moi-même ce que dit Jean de la Croix dans son texte, il me suffit de remplacer « l’âme » par « je » : « Prenant conscience de ce que je dois faire, je vois que brève est la vie… » Eh bien, de quoi est-ce que « l’âme » est en train de se rendre compte, dans ces premières lignes du Cantique spirituel ? En fait, c’est très simple : elle est en train de se rendre compte que sa vie est quelque chose de sérieux, parce que Dieu l’a créée, parce qu’il l’a sauvée. Il en va de sa responsabilité à elle de se tourner ou pas vers Dieu. Et, dès ces premières lignes, le mot le plus important apparaît sous la plume de Jean de la Croix : il s’agit du mot « amour ». « Au seul prix de lui-même, Dieu l’a rachetée, pour cela elle lui doit tous ses efforts et la correspondance d’amour de sa volonté ». Dieu nous aime et désire être aimé de nous. La naissance du Fils de Dieu à Noël n’est motivée que par l’amour qu’il a pour chacun de nous.

La Parole de l’Évangile et la voix de Jean de la Croix s’accordent pour nous interpeller en ce début de retraite. En nous mettant à leur écoute, commençons, cette semaine, par prendre le temps de regarder notre vie sous le regard du Seigneur. Puisque nous avons décidé de suivre cette retraite, il est clair qu’il y a en nous un désir de nous tourner vers le Seigneur, qui est déjà présent dans notre vie. Sous le regard du Seigneur, voyons donc les richesses et les pauvretés qui habitent notre vie en ce moment, ainsi que les désirs et les aspirations qui sont les nôtres. Tout cela, c’est ce qui fait le tissu de notre existence, c’est ce qui se trouve dans notre bagage au moment de partir en retraite pour l’Avent. Maintenant, puisque le Seigneur nous attend, ne perdons plus de temps : mettons-nous en marche !

 

Le Cantique spirituel de saint Jean de la Croix (1, 1)

 

L’âme, prenant conscience de ce qu’elle doit faire, voit que brève est la vie, étroit le sentier de la vie éternelle, que le juste a bien du mal à se sauver, que les choses du monde sont vaines et trompeuses, que tout a une fin et s’épuise comme l’eau qui court. Les temps sont incertains, les comptes à rendre rigoureux ; la perdition est très facile, le salut très difficile. Elle reconnaît, d’autre part, la grande dette qu’elle a envers Dieu qui l’a créée pour lui seul, ce pour quoi elle doit le servir sa vie entière. Au seul prix de lui-même, il l’a rachetée, pour cela elle lui doit tous ses efforts et la correspondance d’amour de sa volonté. Elle reconnaît mille autres bienfaits pour lesquels elle se sait l’obligée de Dieu dès avant sa naissance. Une grande partie de sa vie s’en est allée en fumée et de tout cela elle doit rendre compte et raison, du premier acte jusqu’au dernier, sans faire grâce d’un centime, quand Dieu scrutera Jérusalem avec des flambeaux allumés. Déjà il est tard et peut-être est-ce la fin du jour. Pour porter remède à tant de maux et de dommages, et surtout parce qu’elle sent que Dieu s’irrite et se dérobe à elle qui, parmi les créatures, a tant voulu l’oublier, frappée jusqu’au cœur de douleur et d’effroi à la vue d’une telle ruine et d’un si grand péril, elle renonce à toute chose, laisse de côté toute autre affaire, sans tarder ni d’un jour, ni d’une heure. Avec un désir ardent et un gémissement jailli de son cœur déjà blessé d’amour de Dieu, elle se met à implorer son Bien-Aimé :

 

Où t’es-tu caché, Bien-Aimé ?

Tu m’as abandonnée dans les gémissements ;

comme le cerf tu as fui

m’ayant blessée.

Je sortis à ta poursuite en criant, et tu étais parti.

 

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Le compagnon de route de la semaine : Saint Jean de la Croix

 

Chaque semaine, un aîné dans la foi nous rejoindra sur le chemin de notre retraite, afin de nous accompagner. Pendant cette première semaine, il est bon de nous familiariser un peu plus avec celui qui sera notre guide jusqu’à Noël : saint Jean de la Croix. C’est un homme d’une autre époque que nous, c’est un homme d’une autre culture que nous. Mais surtout, comme nous, c’est un croyant qui a désiré rencontrer le Seigneur plus en profondeur, et qui s’est mis en route pour cela. Les différentes étapes de sa vie montrent que cette recherche de Dieu est le dynamisme de son existence (voir le résumé biographique). Quand il le fallait, il fut même capable de faire des choix radicaux pour que le Seigneur soit toujours à la première place dans sa vie. Chaque jour de la semaine, une « maxime spirituelle » tirée de ses œuvres nous sera donnée. Que la méditation de celles-ci, accompagnées de pistes de réflexion, nous éclairent sur la route ! Laissons-nous inspirer aussi par ce premier extrait de son Cantique spirituel, riche de sens spirituel et tellement imprégné de la Parole de Dieu ! Reprenons par exemple, dans notre prière quotidienne, tel passage qui nous aura plus particulièrement touchés, ou l’un des versets de l’Écriture, qui viennent si spontanément sous la plume de Jean ! Que saint Jean de la Croix nous accompagne sur notre chemin d’Avent et intercède pour nous !

 

fr. Anthony-Joseph Pinelli, ocd

 

Prier chaque jour

Maximes de Saint Jean de la Croix pour chaque jour de la semaine

 

Dimanche 2 décembre

 

« Dieu requiert plus de toi le moindre degré de pureté de conscience, que toutes les autres oeuvres que tu puisses faire » (Maxime 18).

Pendant cette retraite, qu’est-ce que je désire demander au Seigneur ?

 

Lundi 3 décembre

 

« Toi, Seigneur, tu reviens, avec allégresse et amour, relever celui qui t’offense ; et moi, je ne reviens pas relever et honorer celui qui n’irrite que moi ! » (Maxime 65).

Je te rends grâce, Seigneur, pour ta miséricorde envers moi ! Apprends-moi à pardonner aussi à ceux qui m’ont fait du mal !

 

Mardi 4 décembre

 

« Seigneur mon Dieu, tu n’es pas distant, toi, de celui qui ne se rend pas distant de toi. Comment peut-on dire que tu t’absentes ? » (Maxime 68)

Béni sois-tu, Seigneur, pour ta présence et ton amour dans ma vie !

 

Mercredi 5 décembre

 

« Ne crois pas que plaire à Dieu consiste en beaucoup d’oeuvres, mais plutôt en ce que les oeuvres se fassent avec une volonté droite » (Maxime 79).

Viens Esprit Saint, en mon coeur ! Rends droit ce qui est faussé !

 

Jeudi 6 décembre

 

« Dans la tribulation, recours promptement à Dieu avec confiance, et ainsi tu seras conforté, illuminé et instruit » (Maxime 86)..

Délivre-moi, Seigneur de ce qui m’entrave et m’empêche d’avancer vers toi ! (Osons confier telle ou telle difficulté particulière au Seigneur).

 

Vendredi 7 décembre

 

« Dans les joies et les goûts, recours promptement à Dieu avec crainte et vérité, et tu ne seras pas trompé ni empêtré de vanité » (Maxime 87)

Quelle est la place que je donne au Seigneur dans ma vie ? Où en suis-je de ma relation avec lui ?

 

Samedi 8 décembre

 

« Celui qui ne cherche pas la croix du Christ, ne cherche pas la gloire du Christ » (Maxime 149).

Quel est le sens que je donne à ma vie ? Quel est le but que je poursuis ?

 

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Retraite proposée par les Pères Carmes de Paris : http://www.carmes-paris.org/retraite-en-ligne/retraite-avent-2012/

 

21 septembre 2012

Béatification du Père Louis Brisson

Bx Louis Brisson

Béatification du Père Louis Brisson

Fondateur des Oblats de Saint François de Sales

1817-1908

 

A l'occasion de la Béatification du Père Louis Brisson qui aura lieu à Troyes ce 22 septembre, nous vous invitons à découvrir ce grand Serviteur de Dieu et du prochain.

Son enfance

Louis Brisson est né à Plancy (France), le 25 juin 1817. Il est baptisé le 29 juin. Dès l'âge de cinq ans, il manifeste déjà son zèle en recrutant des auditeurs pour la Mission qui se prêche à Plancy. Cet amour précoce pour les âmes est l'indice de sa vocation sacerdotale ; elle se développe sous l'influence de sa pieuse mère. Celle-ci le prépare dans le renoncement et le sacrifice joyeux à sa Première Communion. Cet acte si important marque dans sa vie; il l'accomplit à onze ans, dans l'église de Plancy, avec une grande ferveur. Ce contact intime avec son Dieu allume dans son coeur ce vif amour pour Notre Seigneur au Saint Sacrement qui sera sa grande dévotion.

Au séminaire

Après avoir fait ses premières classes latines au presbytère de Plancy, il entre au Petit Séminaire de Troyes et s’y distingue par son ardente piété et la supériorité de son intelligence; puis il poursuit brillamment ses études au Grand Séminaire.

 Son ordination

Le 19 décembre 1840, l'Abbé Brisson est ordonné prêtre et le 22 décembre, il chante solennellement sa première Messe à Plancy. Peu de temps après son ordination, il est nommé aumônier de la Visitation de Troyes ; il exercera ce ministère pendant quarante-quatre ans.

Visitation de Troyes

La Vénérable Mère Marie de Sales Chappuis a reçu de Dieu la mission d'établir une Congrégation de Prêtres destinés à répandre dans le monde l'esprit et la doctrine de saint François de Sales, et le Seigneur lui a fait connaître que l'Abbé Brisson est l'instrument providentiel, choisi par Lui, pour coopérer à la fondation de cette Oeuvre. La Servante de Dieu l'en ayant averti, c’est pour l'Abbé Brisson l'occasion d'une longue et terrible lutte. Il ne veut pas céder aux instances de la Vénérable Mère ; il craint d'enchaîner sa liberté et il éprouve une vive répugnance à faire ce qu'elle désire. Le Seigneur lui confirmera lui-même que cet appel vient de Lui.

L'Association catholique de Saint-François de Sales

Attendant l'heure de la Providence pour commencer la fondation des Prêtres, l’Abbé Brisson se donne sans compter à différentes oeuvres d'apostolat dans la ville de Troyes. Dès l'année 1857, il collabore activement avec Monseigneur de Ségur à l'établissement, dans le diocèse, de l'Association catholique de Saint-François de Sales, dont il est nommé directeur en 1858.

Fondation des Oblates de Saint François de Sales

L'Abbé Brisson ouvre en même temps à Troyes des maisons de patronage pour les jeunes ouvrières, très nombreuses dans ce centre industriel. Fin 1866, il en confie la direction à deux anciennes élèves de la Visitation de Troyes; et, avec l’aide de la Vénérable Mère Marie de Sales Chappuis, il les forme à la vie religieuse, d'après l'esprit de saint François de Sales. Le 30 octobre 1868, Monseigneur Mermillod donne l'Habit religieux aux deux premières Oblates. Le 11 octobre 1871, Monseigneur de Ségur préside la cérémonie de leur Profession. Le nouvel Institut est un des moyens dont la Providence va se servir pour répandre dans le monde la doctrine de saint François de Sales, par les oeuvres d’apostolat.

Fondation des Oblats de Saint François de Sales

Ces consolants débuts ont leur magnifique couronnement par la fondation des Oblats de Saint François de Sales. Une circonstance toute fortuite amène l'Abbé Brisson à la commencer. Monseigneur Ravinet, Evêque de Troyes, lui demande de reprendre une Ecole secondaire dans sa ville épiscopale. L’Abbé Brisson croit le moment opportun pour réaliser la pensée de la Vénérable Mère Marie de Sales Chappuis. Il ouvre le Collège où bientôt viennent le rejoindre de dévoués collaborateurs.

Père Louis Brisson

Le 11 octobre 1874, les Oblats commencent leur noviciat, et le 27 août 1876, le Père Brisson fait Profession, entouré des cinq premiers Oblats qui prononcent ensuite leurs voeux entre ses mains. Les deux Instituts des Oblats et des Oblates de Saint-François de Sales, encouragés et approuvés par Pie IX et Léon Xlll, prennent une rapide extension en Europe d'abord, puis en Afrique et en Amérique. Leurs oeuvres se multiplient : collèges, pensionnats, écoles, patronages, missions. Le Père Brisson en est l'âme et gouverne ses deux familles avec cette sûreté de vue et cette clairvoyance de l'avenir que Dieu accorde si particulièrement aux fondateurs. Tout converge vers lui. Il traite lui-même toutes les affaires: direction des études, travaux intellectuels, sciences, arts, constructions, organisations matérielles et économiques, rien ne lui reste étranger; son génie créateur embrasse tout. Il allie à cette connaissance approfondie des choses pratiques une vie intérieure très intense. C'est essentiellement une âme d'oraison ; son union à Dieu est habituelle, il se tient continuellement en sa divine présence. Il possède à un rare degré le discernement des esprits; il a le don de lire dans les âmes et de leur communiquer la foi ardente qui ranime. Il exerce sur elles un attrait irrésistible qui les amène, presque à leur insu, à l'accomplissement des actes les plus généreux, par amour pour Dieu. Ce remarquable ascendant, le Père Brisson l'exerce non seulement sur sa double famille religieuse, mais encore sur la plupart de ses nombreux visiteurs. Sa mansuétude s'étend à tous ; chacun bénéficie sans distinction de son incomparable charité qui rappelle celle de Notre Seigneur Lui-même. Le sceau divin de l'épreuve marque la vie du Père Brisson dès le moment où il commence la fondation de l'Oeuvre à laquelle il est destiné ; mais il s'imprime plus fortement encore sur les dernières années de son existence si féconde.

Persécution religieuse

La persécution religieuse déchaînée en France contre les instituts religieux anéantit en partie ses oeuvres si prospères. Ses enfants spirituels sont expulsés ; lui-même, empêché par son grand âge de les suivre en exil, se voit contraint, en 1903, de chercher refuge à Plancy, dans I'humble maison qui avait abrité son enfance. En ces heures douloureuses de I'adversité, la vertu du Père Brisson brille dans tout son éclat. Il tient son âme respectueuse à l'égard des volontés et des permissions de Dieu et redit avec le saint homme Job: « - Le Seigneur m'a tout donné, le Seigneur m'a tout ôté. Que son saint Nom soit béni ! -»   Ferme dans sa foi et sûr des promesses divines pour I'avenir de ses deux Instituts, il n’est point ébranlé dans son invincible confiance : Restons bien dans l’assurance que Dieu est avec nous, dit-il ; tout ce qu’Il permettra sera pour nous un grand bien personnel et sa gloire sera propagée par nous d’une façon plus complète. Le Seigneur récompense la foi de son fidèle serviteur ; il voit bientôt fleurir à l'étranger les oeuvres des Oblats et des Oblates. A Plancy, la Providence lui ménage la consolation de continuer son apostolat auprès des jeunes ouvrières, dans une maison de patronage, dernier fruit de son zèle. Le Père Brisson achève ainsi sa course, comme il l'a commencée : au pays de sa naissance, en travaillant jusqu'à son dernier jour au salut des âmes qu’il a tant aimées !

Vers le Ciel

En janvier 1908, une douloureuse maladie fait pressentir sa fin prochaine. Il l'envisage avec la paix du bon serviteur qui a fidèlement accompli la mission dont Dieu I'a chargé. Il reçoit les derniers sacrements, le coeur tout embrasé d'amour, avec les sentiments de la foi la plus vive. Le jour de la fête de la Présentation de Jésus au Temple, le 2 février, à l'âge de 90 ans, il rejoint paisiblement son Seigneur. Ses œuvres lui survivent, et ses nombreux enfants spirituels redisent, jusqu'aux extrémités de la terre, leur filial amour et leur profonde vénération pour celui qui a été leur «bon Père ».

 

Prière

Seigneur Jésus, qui avez dit : « Demandez et vous recevrez », nous Vous prions par l'intercession de Votre Prêtre Louis Brisson. Attentif aux signes des temps et pour obéir à Votre Volonté, il a fondé la famille des Oblates et des Oblats de Saint-François de Sales. Confiant en Votre Providence, joyeux dans l'espérance, il a su, en bon Père, se faire tout à tous. Accordez-nous, à sa prière, les grâces que nous sollicitons de Vous, particulièrement…. Que la Sainte Eglise ait la joie de glorifier ce prêtre selon Votre Coeur, tout donné à ton Amour. Amen.


Bienheureux Louis Brisson, bénissez-nous !

Texte extrait du site www.sosfs.com

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Pour suivre en direct la Messe de Béatification du Serviteur de Dieu Louis Brisson

Rendez-vous sur le site : http://www.ktotv.com a partir de 15 heures.

 

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Quelques Vidéos

 

Emission "La Vie des Diocèses"

Diocèse de Troyes

 

 

Documentaire

Le Père Louis Brisson, père de l'horloge astronomique

 


Louis Brisson, Père de l'horloge astronomique... par canal32-wizdeo

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Pour approfondir

Site de la Congrégation des Oblates de Saint François de Sales

www.sosfs.com

7 septembre 2012

Le Serviteur de Dieu Daniel de Samarate

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Le Serviteur de Dieu Daniel de Samarate

1876-1924

 

Felice Rossini est né à San Macario, dans la commune de Samarate le 15 Juin 1876. A 14 ans, il entra chez les Frères Mineurs Capucins et reçut le nom de Frère Daniel de Samarate. Il émet les vœux temporaires en 1892, puis les vœux perpétuels en 1896. Encore clerc-étudiant, il obtient, en 1898, de partir pour les missions du Brésil. A Fortaleza, en Mars 1899, il est consacré Prêtre et les premiers mois de l'année suivante, il est envoyé à la colonie agricole de San Antonio Prata (PA), dans laquelle il est très actif jusqu'au mois de Janvier 1913, apparaissent les premiers signes de la lèpre, maladie qu'il a contractée dans l'exercice de son ministère. Après une brève période pendant laquelle il sera Prêtre à San Luis-Anil (MA), le 27 Avril 1914, il entre à nouveau à la Léproserie de Tucunbuda, près de Belém, où il est resté jusqu'à sa mort. Là, il assiste avec beaucoup de compassion et d'amour, ceux qui souffrent de la même maladie que lui. Il est mort en odeur de sainteté le 19 mai 1924. L'ouverture de sa cause de béatification a été célébrée dans les diocèses de Milan et de Belem (1997). Un décret de validité a été publié par la Congrégation Romaine pour la Cause des Saints (1998). Actuellement, la préparation de la « Positio Virtutibus » est en cours ; afin que le Père Daniel soit déclaré Bienheureux.

 

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Credo que le Père Daniel et ses frères lépreux récitaient chaque matin

 

Je suis un enfant de Dieu, Dieu habite en moi.

Je peux être ce que je veux parce que Dieu m'y aide.

Je ne me fatigue jamais, parce qu'un Dieu ma force.

Je ne suis jamais malade ni attristé, parce que Dieu est ma santé.

Je ne manque de rien parce que Dieu me donne tout ce dont j'ai besoin.

Parce que je suis un enfant de Dieu, je suis uni à la Divine Présence de mon Père.

Je suis heureux dans tout ce que j'entreprends, car mon savoir et mes connaissances augmentent de plus en plus en moi chaque jour qui passe. Amen.

 

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Prière pour obtenir des grâces par l'intercession du Père Daniel de Samarate

 

Dieu notre Père, « Seigneur du ciel et de la terre », qui avez choisi le père Daniel de Samarate, afin qu'il se donne totalement aux pauvres lépreux du monde, accordez-moi, par son intercession les grâces que je Vous demande....

 

Notre Père... Gloire soit au Père....

 

Seigneur Jésus, Fils unique du Père et notre Rédempteur, qui avez choisi le Père Daniel de Samarate, et qui lui avez donné un grand cœur ardent, capable de servir avec amour et compassion ses frères lépreux dans lequel vous a si bien reconnu, accordez-moi, par son intercession les grâces que je Vous demande...

 

Notre Père... Gloire soit au Père...

 

Ô Esprit Saint, Don Divin du Père et du Fils, qui avez choisi le Père Daniel de Samarate, le consacrant avec votre onction pour annoncer la Bonnes Nouvelles aux pauvres et aux exclus, et en l'associant à la passion et la mort du Christ, dans le service des lépreux, accordez-moi, par son intercession les grâces que je Vous demande...

 

Notre Père... Gloire soit au Père...

 

O Marie, Mère de Jésus et de ses disciples, vous avez accompagné le Père Daniel de Samarate avec une sollicitude maternelle, intercédez pour nous, avec lui, devant le Très-Haut, obtenez-nous les grâces que je Vous demande...

 

Je Vous salue Marie...

 

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Les personnes qui ont obtenu des grâces par l'intercession du Père Daniel de Samarate sont priées d'en adresser le témoignage à

Vice Postulazione,

Convento dei Fratti Minore Cappuccini,

Viale Piave 2,

I- 20129 Milano (Italia)

www.padredanieledasamarate.it

Mail : padredaniele@tiscali.it

 

Téléchargez le texte de cette prière (pdf) en cliquant ici

24 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Vingt-cinquième jour

Fin de la polémique, levée des interdits, enquête de la Commission Episcopale

 

I. La polémique de la presse au sujet de la, Grotte était épuisée. En France et à l'étranger, la conscience publique avait été mise à même de juger, non de la réalité des événements surnaturels, mais de l'oppression violente que subissaient, dans un coin de l'Empire, la liberté de croire et le droit d'examiner. Les misérables sophismes du fanatisme antichrétien et de l'intolérance, prétendue philosophique, n'avaient pas tenu devant la pressante logique des journaux catholiques. Les Débats, le Siècle, la Presse et la vile multitude des feuilles irréligieuses se taisaient, regrettant probablement d'avoir entrepris cette guerre malheureuse et fait un si grand bruit autour de ces faits extraordinaires. Ils n'avaient réussi qu'à propager et à répandre dans tous les pays la renommée de tant de miracles. De l'Italie, de l'Allemagne, de contrées plus lointaines encore, on écrivait à Lourdes pour se faire envoyer quelques gouttes de l'eau sacrée. Au Ministère des Cultes, M. Gustave R. s'obstinait à vouloir se mettre en travers de la plus sainte des libertés et à prétendre arrêter la force des choses. A la Grotte, Dominique et les Gardes persistaient à veiller jour et nuit, et à traduire les croyants devant les tribunaux. Le juge Jean D. condamnait toujours. Entre un tel Ministre pour le soutenir et de tels agents pour exécuter ses volontés, le baron Pardoux demeurait bravement dans l'illogique absolu de sa situation et se complaisait dans la toute-puissance de son arbitraire. De plus en plus exaspéré en se voyant enlever, par l'enquête épiscopale et par l'analyse de M. Filhol, les vains prétextes de Religion et d'ordre public dont il avait, à l'origine, voulu voiler son intolérance, il se livrait avec orgueil à la joie amère de faire de la tyrannie pure. Il restait sourd au cri unanime. A toutes les raisons, à l'évidence indéniable, il opposait sa volonté: « Ceci est mon bon plaisir ». Il lui était doux d'être plus fort, lui tout seul, que les multitudes, plus fort que l'Êvêque, plus fort que le bon sens, plus fort que les Miracles, plus fort que le Dieu de la. Grotte. Etiamsi omnes, ego non.

II. Ce fut dans ces circonstances que Mgr de Salinis, Archevêque d'Auch, et un autre personnage considérable, se rendirent auprès de l'Empereur, qui se trouvait en ce moment à Biarritz. Napoléon III reçut en même temps de divers côtés des pétitions demandant instamment, et réclamant, en vertu des droits les plus sacrés, le retrait des arbitraires et violentes mesures du baron Pardoux: « Sire, disait une de ces pétitions, nous ne prétendons décider en rien la question des Apparitions de la Vierge, bien que, sur la foi de miracles éclatants qu'ils disent avoir vus de leurs yeux, presque tous, en ces pays, croient à la réalité de ces manifestations surnaturelles. Ce qui est certain, et hors de toute contestation, c'est que cette Source qui a jailli tout a coup, et que l'on nous ferme malgré l'analyse scientifique qui en proclame l'innocuité absolue, n'a fait de mal à personne; ce qui est certain, c'est que, tout au contraire, un grand nombre déclare y avoir recouvré la santé. Au nom des droits de la conscience, indépendants de tout pouvoir humain, laissez les croyants aller y prier, si cela leur convient. Au nom de la plus simple humanité, laissez les malades aller y guérir, si telle est leur espérance. Au nom de la liberté des intelligences, laissez les esprits qui demandent la lumière à l'étude et à l'examen aller y découvrir l'erreur ou y trouver la vérité ».

L'Empereur, avons-nous dit plus haut, était désintéressé dans la question, ou plutôt il-avait intérêt à ne pas user sa force dans une stérile opposition à la marche des événements. Il avait intérêt à être équitable, et à ne pas froisser, par un arbitraire gratuit et un déni de justice évident, ceux qui croyaient après avoir vu, et ceux qui, ne croyant pas encore, revendiquaient le droit d'examiner publiquement les faits mystérieux qui préoccupaient la France entière. Les renseignements que M. Gustave R. avait dû donnera l'Empereur n'étaient guère faits pour éclairer ce dernier. La polémique des journaux, bien qu'elle eût triomphalement mis en lumière le droit des uns et l'inique intolérance des autres, n'avait pu lui donner une idée absolument nette de la situation. A Biarritz seulement, elle lui apparut tout entière, et il la connut dans tous les détails. Napoléon III était un monarque peu expansif; sa pensée se traduisait rarement par la parole. Elle se. manifestait par des actes. En apprenant les violences absurdes par desquelles le Ministre, le Préfet et leurs agents discréditaient à plaisir le Pouvoir, son œil terne s'illumina, dit-on, d'un éclat de froide colère; il haussa convulsivement les épaules, et le nuage d'un profond mécontentement passa sur son front. Il sonna violemment. « Portez ceci au télégraphe », dit-il. C'était une dépêche laconique pour le Préfet de Tarbes, ordonnant de la part de l'Empereur, de rapportera l'instant l'Arrêté sur la Grotte de Lourdes et de laisser libres les populations.

III. Ce télégramme fat pour le baron Pardoux un véritable coup de foudre. L'infortuné Préfet ne pouvait en croire la réalité. Plus il y pensait, et plus il lui semblait impossible de revenir sur ses pas, de se déjuger, de reculer publiquement. Il lui fallait cependant avaler ce breuvage amer, ou donner sa démission et rejeter loin de lui la coupe préfectorale. Fatale alternative. Le baron Pardoux n'avait qu'à choisir entre son orgueil et sa Préfecture. Il fit ce choix douloureux et il fut assez humble pour demeurer Préfet. Le Chef du Département se résigna donc à obéir. Toutefois, malgré les impératives dépêches du Maître, il essaya encore, non de lutter, ce qui était visiblement impossible, mais de masquer sa retraite et de ne pas rendre les armes publiquement. Par suite de quelques indiscrétions de bureau, peut-être aussi par le récit des personnages qui s'étaient rendus en ambassade auprès de l'Empereur, on savait déjà vaguement dans le public le sens des ordres venus de Biarritz. Ils faisaient l'objet de toutes les conversations. Le Préfet ne confirma ni ne démentit ces rumeurs. Il enjoignit à Dominique et à ses agents à ne plus faire de procès-verbaux et de cesser toute surveillance. Une telle abstention venant à la suite des bruits qui couraient sur les instructions de l'Empereur, devait suffire, suivant lui, pour que les choses reprissent d'elles-mêmes leur cours normal, et pour que l'Arrêté tombât, de fait, en désuétude, sans qu'il fût nécessaire de le rapporter. Il était même probable que les populations, rendues à la liberté, s'empresseraient d'arracher elles-mêmes et de jeter dans le Gave les poteaux qui portaient défense d'entrer sur le terrain communal et les barrières qui fermaient la Grotte.

M. Pardoux fut trompé dans ses calculs, assez plausibles d'ailleurs. Malgré l'abstention de la Police, malgré les bruits qui circulaient et qu'aucun personnage officiel ne démentait, peut-être même à cause de tout cela, les populations craignirent quelque piège. Elles continuèrent d'aller prier sur la rive gauche du Gave. Les infractions eurent généralement, comme auparavant, un caractère isolé. Nul ne toucha aux poteaux, ni aux barrières. Au lieu de tomber de lui-même, comme l'avait espéré le Préfet, le statu quo se maintenait obstinément. Etant donné le caractère de Napoléon III et la netteté des ordres expédiés de Biarritz, une pareille situation était périlleuse pour le Préfet. Le baron Pardons était trop intelligent pour ne pas le comprendre. A chaque instant, il devait craindre que l'Empereur ne fût instruit tout à coup de la façon dont il essayait de louvoyer. Il se trouva que, durant ces perplexités, M. Fould eut encore occasion de venir à Tarbes, et même de passer à Lourdes. Augmenta-t- il, en lui parlant du Maître, la terreur du Préfet? Le baron reçut-il quelque nouveau télégramme plus foudroyant que les deux autres? Nous ne savons. Toujours est-il que le 3 octobre, sous le coup de quelque cause inconnue, M. Pardoux devint souple comme un roseau foulé sous le pied d'un passant, et que sa raideur arrogante parut faire place à une prostration soudaine et complète. Le lendemain, au nom de l'Empereur, il donna ordre au maire de Lourdes de rapporter publiquement l'Arrêté et de faire enlever les poteaux et les barrières par Dominique.

IV. M. Anselme n'eut pas les inquiétudes de M. Pardoux. Une pareille solution le déchargeait du rude fardeau qu'avait l'ait peser sur lui le complexe désir de ménager le Préfet et les multitudes, les puissances célestes et le pouvoir humain. Par une illusion assez commune chez les natures indécises, il s'imagina toujours avoir été de l'avis qui prévalait, et il rédigea dans ce sens une proclamation: « Habitants de la ville de Lourdes, le jour tant désiré par nous est enfin arrivé; nous l'avons conquis par notre sagesse, par notre persévérance, par notre foi, par notre courage ». Tel était le sens et le ton de sa proclamation, dont, par malheur, le texte n'est point resté. La proclamation fut lue dans toute la ville au son de la trompette et du tambour. En même temps on affichait sur tous les murs le placard suivant: « Le Maire de la ville de Lourdes. Vu les instructions à lui adressées, arrête: L'Arrêté pris par lui le 8 juin 1858 est rapporté. Fait à Lourdes, en l'hôtel de la Mairie, le 5 octobre 1858. Signé: Le Maire, Anselme ». Pendant ce temps, Dominique et les Sergents de ville se rendaient à la Grotte pour enlever les barrières et les poteaux. La foule y était déjà, et elle grossissait à vue d'œil. Les uns priaient à genoux, et, faisant effort pour ne point se laisser distraire par les bruits extérieurs, remerciaient Dieu d'avoir mis fin au scandale et aux persécutions. D'autres se tenaient debout, causant à voix basse, attendant, non sans émotion, ce qui allait se passer. Des femmes, en grand nombre égrenaient leurs chapelets. Plusieurs tenaient une gourde à la main, voulant la remplir à l'en droit même où la Source jaillissait. On jetait des fleurs par-dessus les barrières, dans l'intérieur de la Grotte. A ces barrières, nul ne touchait. Il fallait que ceux qui les avaient mises publiquement, en se dressant contre la puissance de Dieu, vinssent les retirer publiquement, en se courbant devant la volonté d'un homme.

Dominique arriva. Bien que, malgré lui, un certain embarras se décelât dans sa personne un peu frémissante et qu'on devinât, à la pâleur de son visage, une profonde humiliation intérieure, il n'avait point, contrairement à l'attente générale, l'aspect morne d'un vaincu. Escorté de ses agents, armés de haches et de pioches, il s'avançait le front haut. Par une affectation qui parut singulière, il avait son costume officiel des grandes fêtes. Sa large écharpe tricolore ceignait ses reins, et flottait sur son épée de parade. Il traversa la foule, et vint se placer contre les barrières. Un tumulte vague, un sourd murmure, quelques cris isolés, sortaient de la multitude. Le Commissaire monta sur un fragment de rocher, et fit signe qu'il voulait parler. Tout le monde écouta: « Mes amis, se serait, dit-on, écrié Dominique, les barrières que voilà, et que, à mon grand regret, la municipalité avait reçu l'ordre de faire élever, vont tomber. Qui plus que moi a souffert de cet obstacle, dressé à rencontre de votre piété? Je suis religieux, moi aussi, mes amis, et je partage vos croyances. Mais le fonctionnaire, comme le soldat, n'a qu'une consigne: c'est le devoir, souvent bien cruel, d'obéir. La responsabilité n'en pèse pas sur lui. Eh bien! mes amis, lorsque j'ai été témoin de votre calme admirable, de votre respect du Pouvoir, de votre foi persévérante, j'en ai instruit les autorités supérieures. J'ai plaidé votre cause, mes amis. J'ai dit: « Pourquoi veut-on les empêcher de prier à la Grotte, de boire à la Source? Ce peuple est inoffensif ». Et c'est ainsi, mes amis, que toute défense a été levée, et c'est ainsi que M. le Préfet et moi nous avons résolu de renverser à jamais ces barrières, qui vous étaient si pénibles, et qui me l'étaient bien plus encore ». La foule garda un froid silence; Quelques jeunes gens chuchotaient et riaient. Dominique était visiblement troublé par son insuccès. Il donna ordre à ses agents d'enlever les clôtures. Ce fut fait assez promptement. On fit un tas de ces planches et de ces débris au bord de la Grotte, et la Police les vint chercher plus tard au commencement de la nuit. Une émotion immense remplissait la ville de Lourdes. Durant cette après-midi, la multitude allait et venait sur le chemin de la Grotte. Devant les Roches Massabielle, d'innombrables fidèles étaient a genoux. On chantait des cantiques, on récitait les litanies de la Vierge. « Virgo potens, ora pro nobis ». On se désaltérait à la Source. Les croyants étaient libres. Dieu avait vaincu.

V. Par suite des événements que nous avons racontés, M. Pardoux était devenu impossible dans le pays. L'Empereur ne tarda pas à l'envoyer à la première préfecture qui se trouva vacante dans l'Empire. Par une singularité digne de remarque, cette préfecture fut celle de Grenoble. La baron Pardoux ne s'éloigna de Notre-Dame de Lourdes que pour aller à Notre-Dame de la Salette. Dominique quitta également la contrée. On le nomma Commissaire de police dans un autre département. Replacé sur son terrain véritable, il contribua à découvrir avec une rare sagacité les ruses de quelques coquins dangereux, qui avaient déjoué les efforts de son prédécesseur, et les recherches les plus actives du Parquet. Il s'agissait d'un vol considérable, un vol de deux ou trois cent mille francs, commis au préjudice d'une Compagnie de chemin de fer. Ce lut le point de départ de sa fortune dans la Police, qui était sa véritable vocation. Ses aptitudes remarquables, très justement appréciées par ses chefs, devaient le conduire à un poste fort élevé. Le Procureur Impérial, M. Vital, ne larda point non plus à être appelé à d'autres fonctions. M. Anselme demeura Maire, et on doit apercevoir encore une fois ou deux sa vague silhouette dans les dernières pages de ce récit.

VI. Bien qu'il tût institué un tribunal d'enquête dès la fin de juillet, Mgr Laurence, avant de permettre qu'il entrât en fonctions, avait voulu qu'un certain apaisement se fit de lui-même dans les esprits. L'événement lui avait donné raison. Après les tumultueux débats de la presse française et les mesures violentes du baron Pardoux, la Grotte était devenue libre, et on n'avait plus à redouter le scandale de voir un agent de la police arrêter, sur le chemin des Roches Massabielle, la Commission épiscopale allant accomplir son œuvre et étudier, au lieu même de l'Apparition, les traces de la main de Dieu. Le 17 novembre, la Commission se rendit à Lourdes. Elle interrogea la Voyante. Elle visita les Roches Mastabielle. Elle vit de ses yeux l'énorme jaillissement de la Source divine. Elle constata, par l'unanime déclaration des hommes de ce pays, que la Source n'existait pas avant d'avoir surgi miraculeusement aux yeux de la multitude, sous la main de la Voyante en extase. A Lourdes et hors de Lourdes, elle fit une enquête approfondie sur les guérisons extraordinaires accomplies par l'eau de la Grotte. Pendant plusieurs mois, la Commission épiscopale se transporta de la sorte auprès de ceux que la notoriété publique et quelques renseignements préalables lui désignaient comme ayant été l'objet d'une de ces guérisons étonnantes dont elle avait à déterminer le caractère. Elle constata un grand nombre de Miracles. Parmi ceux-là, plusieurs ont déjà trouvé place dans le cours de ce récit. Deux d'entre eux étaient tout récents. Ils avaient eu lieu peu de temps api es le retrait de l'Arrêté préfectoral et la réouverture de la Grotte. L'un s'était accompli à Nay, l'autre à Tartas. Bien que les deux chrétiennes qui avaient été l'objet de la faveur céleste fussent inconnues l'une a l'autre, un lien mystérieux semblait unir ces événements. Racontons-les successivement tels que nous les avons nous-même étudiés et écrits sous l'impression des vivants témoignages que nous avons entendus.

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Prière pour le Gouvernement de la France

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, vous avez permis que, presque toujours aveugles ou égarées, et équitables seulement une fois, les puissances établies se trouvassent mêlées au drame merveilleux de vos Apparitions et de vos Miracles. O Marie, vous que l'humilité a faite Reine des Univers, envoyez quelques rayons de votre sagesse parmi ceux qui ont assumé sur leurs épaules ou reçu de la Providence la mission redoutable de gouverner les sociétés humaines. Depuis bientôt un siècle, nous voyons dans notre malheureux pays les pouvoirs les plus divers s'élever tout à coup, vivre ou briller un instant, pour aller s'effondrer ensuite dans une ruine commune. Depuis bientôt un siècle, les révolutions nous déchirent, les guerres nous accablent; et l'unique cause de nos malheurs est de nous être abandonnés à l'iniquité; d'avoir voulu nous passer de Dieu, et fonder en dehors de lui nos sociétés et nos gouvernements; d'avoir déserté le roc immuable de l'éternelle vérité pour aller bâtir follement sur le sable mouvant des opinions humaines et des changeantes philosophies. Et voilà, à Mère du Verbe, que, suivant la parole de votre Fils, l'orage s'est levé, que les fleuves ont débordé, que la trombe des vents a soufflé, et que, secoué de la sorte par la nature même des choses, l'imbécile édifice s'est alors écroulé avec fracas dans le sang et la boue, couvrant au loin la terre de raines immenses et d'innombrables débris. Il y a trois mille ans le Prophète avait dit: « Si Dieu ne garde la cité, vainement veillent sur elle ceux qui s'en disent les gardiens ». O Marie, priez pour ceux qui nous gouvernent. Obtenez pour eux les grandes vertus cardinales et rectrices. Que la Justice soit le principe de tous leurs actes. Que la Prudence préside à leur conduite. Que la Force les maintienne dans leur autorité et les défende contre les autres; que la Tempérance les arrête devant tout excès de pouvoir et les défende contre eux-mêmes. Priez pour les Magistrats, afin que l'équité absolue soit l'unique règle de leurs jugements, et qu'ils fassent régner la Justice ici-bas. Priez pour les Législateurs, afin que toutes leurs constitutions et leurs codes ne soient que l'application du commandement unique qui est à lui seul la Loi et les Prophètes. « Vous aimerez Dieu par-dessus toute chose et le prochain comme vous-mêmes ». Priez pour ceux qui administrent, afin qu'ils accomplissent leur mission avec la fermeté qui se fait obéir, avec la douceur qui se fait aimer. Priez pour celui qui est investi de l'Autorité suprême: pour celui qui la détient aujourd'hui, pour celui qui la possédera demain. Que Dieu lui donne la Sagesse comme il la donna à ces grands pasteurs de peuples qui ont gouverné la terre sous les noms de patriarches ou de juges, sous les noms de princes, d'empereurs ou de rois, comme il la donna à Abraham, à Moïse, à Gédéon et à Josué ; à Salomon, à David et à Ézéchias; à saint Henri d'Allemagne et à saint Edouard d'Angleterre; comme il la donna à notre bienheureux Charlemagne et à notre grand saint Louis. Du fond de l'abîme où nous gémissons, aurions-nous la coupable audace de vouloir mêler nos idées humaines à l'indéfectible lumière de Celui qui règne dans les Cieux? Loin de nous, ô Reine de l'humilité, une si orgueilleuse prière. Dieu voit tout: Dieu peut tout. Qu'il établisse parmi nous le Gouvernement de son choix et l'Homme de son choix. Et que la France, se relevant enfin de tant de désastres, redevienne dans le monde la nation très-chrétienne et la fille aînée de l'Église. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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9 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Dixième jour

Bernadette et le Curé de Lourdes, preuve demandée, apparition du 24 février 1858, récit de M. Estrade

 

I. M. l'abbé Peyramale, tout en étant pleinement pénétré, en fidèle et pieux enfant de l'Église, de la possibilité des Apparitions, avait quelque peine à croire à la réalité divine de cette Vision extraordinaire qui, au dire d'une enfant, se manifestait sur les rives du Gave, dans la Grotte, naguère inconnue, des Rochers Massabielle. l'aspect de l'extase l'eût convaincu sans doute; mais il n'avait rien vu de toutes ces choses que par des yeux étrangers, et de grands doutes étaient en lui, d'abord sur la réalité même des Apparitions, et ensuite sur leur caractère divin. L'Ange de ténèbres se transforme en effet par moments en Ange de Lumière, et une certaine inquiétude est légitime en ces matières. Il jugeait d'ailleurs nécessaire d'éprouver par lui-même la sincérité de la coyante. Aussi accueillit-il Bernadette avec une défiance assez brusque dans l'expression et allant même jusqu'à sévérité. Quoiqu'il se fût tenu, comme nous l'avons dit, à l'écart des événements et qu'il n'eût, de sa vie, parlé à Bernadette, si nouvelle d'ailleurs parmi ses ouailles, il la connaissait pourtant de vue, quelques personnes la lui ayant montrée, la veille ou l'avant-veille, alors qu'elle passait dans la rue.

« N'est-ce pas toi qui es Bernadette, la fille de Soubirous, le meunier? » lui dit-il, dès que, après avoir traversé le jardin, elle se présenta devant lui. Le prêtre éminent, dont nous avons fait le portrait, était avec ses paroissiens familier comme un père, et il avait coutume de tutoyer de la sorte tous les petits enfants de son troupeau. Seulement ce jour-là, le ton du père était sévère. « Oui, c'est moi, Monsieur le Curé », répondit l'humble messagère de la Vierge. « Eh bien, Bernadette, que me veux-tu?... Que viens-tu faire ici? » reprit-il non sans quelque rudesse, et en arrêtant sur l'enfant un regard dont la froide réserve et la sévère inquisition étaient faites pour déconcerter une âme peu sûre d'elle-même. « Monsieur le Curé, je viens de la part de la « Dame » qui m'apparaît à la Grotte de Massabielle.... » « Ah oui! fit le Prêtre en lui coupant la parole, tu prétends avoir des Visions et tu fais courir tout le pays avec tes histoires. Qu'est-ce que tout cela? Que t'est-il arrivé depuis quelques jours? Qu'est-ce donc que ces choses extraordinaires que tu affirmes et que rien ne prouve? » Bernadette était peinée, surprise peut-être en son innocence, par l'attitude sévère et le ton presque dur qu'avait pris en la recevant M. le curé Peyramale, habituellement si bon, si paternel et si doux avec ses paroissiens et en particulier avec les humbles et les petits. Bernadette, le cœur un peu serré, mais sans nul trouble et avec la paisible assurance de la vérité, raconta tout simplement ce que le lecteur connaît déjà.

L'homme de Dieu savait être supérieur à ses préventions personnelles. Accoutumé par une longue pratique à lire dans le fond des cœurs, il admirait en lui-même, tandis qu'elle parlait, le caractère étonnamment vrai de cette petite paysanne, racontant en son rustique langage des événements aussi merveilleux. À travers ces yeux limpides, derrière ce candide visage, il apercevait l'innocence profonde de cette âme privilégiée. Il était impossible à sa noble et droite nature d'entendre un tel accent de vérité et de regarder ces traits harmonieux et purs, où tout était bon, sans se sentir intérieurement porté a croire en la parole de l'enfant qui parlait. Les incrédules eux-mêmes, nous l'avons expliqué, n'accusaient déjà plus la sincérité de la Voyante. Dans ses extases, la Vérité semblait sortir de sa personne et rayonner, réchauffant les cœurs, et dissipant, ainsi que de vains nuages, les confuses objections de l'esprit. Cette enfant extraordinaire avait, en un mot, autour de son front, comme une auréole de sincérité, visible aux yeux des âmes pures, et même à d'autres, et sa parole avait le don de chasser le doute.

Quelque inébranlable et arrêté que fût le caractère de M. Peyramale, quelle que fût sa fermeté d'âme et d'esprit, quelque vive que fût sa défiance, son cœur fut étrangement remué par une émotion, en apparence inexplicable, aux accents de cette Bernadette dont on parlait tant et qu'il entendait pour, la première fois! Cet homme si fort se sentait vaincu par cette toute-puissante faiblesse. Toutefois il avait trop d'empire sur lui-même, trop de prudence, pour se laisser aller à une impression qui, après tout, aurait pu le tromper. Simple particulier, il eût peut-être dit à l'enfant: « Je te crois ». Pasteur d'un vaste troupeau, préposé à la garde de la vérité, il avait résolu de ne se rendre qu'aux preuves palpables et visibles. Aucun muscle de son visage ne trahit son agitation intérieure. Il eut la force de garder envers l'enfant sa physionomie rude et sévère: « Et tu ne sais pas le nom de cette Dame? » « Non, répondit Bernadette. Elle ne m'a point dit qui elle était ». « Ceux qui te croient, reprit le prêtre, s'imaginent que c'est la sainte Vierge Marie. Mais sais-tu bien, ajouta-t-il d'une voix grave et vaguement menaçante, que si tu prétends faussement la voir dans cette Grotte, tu prends le chemin de ne la jamais voir dans le ciel? Ici, tu te dis seule à la voir. Là-haut, si tu mens en ce monde, les autres la verront, et toi tu seras, pour ta tromperie, à jamais loin d'Elle, à jamais dans l'enfer ». « Je ne sais point si c'est la sainte Vierge, Monsieur le Curé, répondit l'enfant, mais je vois la Vision comme je vous vois; et Elle me parle comme vous me parlez. Et je viens vous dire, de sa part, qu'Elle veut qu'on lui élève une chapelle aux Roches de Massabielle où Elle m'apparaît ».

Le Curé regarda cette petite fille, lui intimant avec une si entière assurance cette demande formelle; et, malgré son émotion d'auparavant, il ne put, devant l'humble et enfantine apparence de l'ambassadrice du ciel, s'empêcher de sourire de cet étrange message. L'idée que cette enfant était dans l'illusion succéda dans son esprit à l'émotion de son cœur, et le doute reprit le dessus. Il fit répéter à Bernadette les termes mêmes qu'avait employés la Dame de la Grotte. « Après m'avoir confié le secret qui me concerne et que je ne puis révéler, elle a ajouté: « Et maintenant, allez dire aux prêtres que je veux que l'on me bâtisse ici une chapelle ». Le prêtre garda un instant le silence. « Après tout, songeait-il, c'est possible! » Et cette pensée que la Mère de Dieu lui envoyait, à lui pauvre prêtre inconnu, un message direct, le remplissait d'agitation et de trouble. Puis, il arrêtait ses yeux sur l'enfant et se demandait: « Où donc est la garantie de cette petite fille, et qu'est-ce qui me démontre qu'elle n'est pas le jouet d'une erreur? » « Si la « Dame », dont tu me parles est vraiment le Reine du Ciel, répondit-il, je serai heureux, dans la mesure de mes forces, de contribuer à lui faire élever une chapelle ; mais ta parole n'est pas une certitude. Rien ne m'oblige à te croire. Je ne sais qui est cette Dame, et avant de m'occuper de ce qu'elle désire, je veux savoir si elle y a droit. Demande-lui, par conséquent, de me donner quelque preuve de sa puissance ». La fenêtre était ouverte et le regard du prêtre, plongeant sur le jardin, apercevait la végétation arrêtée et la mort momentanée que donnent aux plantes les frimas de l'hiver. « L'Apparition, me racontes-tu, a sous ses pieds un rosier sauvage, un églantier qui sort des Roches. Nous sommes au mois de février. Dis-lui de ma part que, si elle veut la Chapelle, elle fasse fleurir le rosier ». Et il congédia l'enfant.

II. On n'avait pas tardé à savoir dans tous ses détails le dialogue qui venait d'avoir lieu entre Bernadette et le prêtre, vénéré de tous, qui était, à cette époque, Curé de la ville de Lourdes. « Il l'a mal reçue », disaient avec joie les philosophes et les savants: il a trop, de raison pour croire aux rêveries d'une hallucinée, et il s'est tiré avec infiniment d'esprit d'une situation difficile. D'un côté, donner son assentiment à de telles folies était impossible pour un homme de son intelligence et de sa portée; de l'autre, opposer à tout cela une négation pure et simple, c'était se mettre à dos toute cette multitude fanatisée. Au lieu de tomber dans ce double écueil, au lieu de se laisser prendre dans les cornes de ce dilemme, il s'échappe tranquillement de la difficulté et, sans aller directement contre la croyance populaire, il demande très finement une preuve visible, palpable, certaine, de l'Apparition, un Miracle en un mot, c'est-à-dire l'impossible. Il condamne le mensonge ou l'illusion à se réfuter d'eux-mêmes, et, avec l'épine d'un rosier sauvage, il fait crever ce gros ballon. C'est fort bien trouvé! Le Commissaire, le Procureur impérial et leurs amis se réjouissaient de cette mise en demeure signifiée à l'Être invisible de la Grotte. « L'Apparition est sommée, de montrer son passe-port », était un mot qu'on répétait en riant dans les parages officiels. « L'églantier fleurira », disaient les plus fermes parmi les croyants, ceux qui étaient encore sous l'impression du spectacle de Bernadette. en extase. Les uns et les autres attendaient avec impatience la journée du lendemain.

III. Parmi ceux qu'un dédain transcendant de la superstition avait empêches jusque-là de se mêler, pour examiner les choses, aux flots de la multitude, plusieurs résolurent de se rendre désormais à la Grotte, afin d'assister à la déception populaire. L'un d'eux était M. Estrade, ce Receveur des Contributions Indirectes dont nous avons parlé et qui avait assisté, chez le Commissaire, à l'interrogatoire de la Voyante. Il avait été alors, on s'en souvient, vivement frappé par l'étrange accent de Bernadette, et, ne pouvant mettre en doute la bonne foi de l'enfant, il avait attribué son récit aux suites d'une hallucination. Parfois, cependant, cette impression première s'éloignant, il inclinait vers la solution de Dominique, lequel continuait à ne voir là dedans qu'une comédie très-habile et un miracle de fourberie. Rien, tout d'abord, ne distingua cette Vision des précédentes. Il faut dire seulement que la transfiguration de la Voyante fut telle, que ce spectacle suffit à convertir M. Estrade.

« Devant la transfiguration inouïe ; a-t-il écrit lui-même, toutes mes préventions antérieures, toutes mes objections philosophiques, toutes mes négations préconçues, tombèrent tout à coup et firent place à un sentiment extraordinaire qui s'empara de moi, malgré moi. J'eus la certitude, j'eus l'irrésistible intuition qu'un être mystérieux se trouvait la. Mes yeux ne le voyaient point; mais mon âme, mais celle des innombrables spectateurs de cette heure solennelle le voyaient comme moi avec la lumière intime de l'évidence. Oui, je l'atteste, un être divin était là. Subitement et complètement transfigurée, Bernadette n'était plus Bernadette. C'était un ange du ciel plongé dans d'inénarrables ravissements. Elle n'avait plus le même visage : une autre intelligence, une autre vie, j'allais dire une autre âme s'y peignait. Elle ne se ressemblait plus a elle-même, et il semblait que ce fût une autre personne. Son attitude, ses moindres gestes, la manière, par exemple, dont elle faisait le signe de la Croix, avaient pris une grandeur plus qu'humaine. La présence de la Vierge était si évidente, que je fus, comme mille autres, terrassé à la façon de saint Paul ». A un certain moment, Bernadette s'avança en marchant sur ses genoux du point où elle priait, c'est-à-dire des bords du Gave, jusques au fond de la Grotte. Il y a environ quinze mètres. Pendant qu'elle montait cette pente un peu abrupte, les personnes qui étaient sur son passage l'entendirent très-distinctement prononcer ces paroles: « Pénitence! pénitence! pénitence! » Quelques instants après elle se leva, et, mêlée à la la foule, elle reprit le chemin de la ville. Au lieu d'une créature transfigurée, ce n'était qu'une pauvre fille en haillons qui semblait n'avoir eu que la part commune à ce spectacle surprenant.

Durant toute cette scène cependant le rosier sauvage n'avait point fleuri. Ses branches dénudées et sans charme serpentaient immobiles le long du rocher, et c'était en vain que la multitude avait attendu le miracle embaumé et charmant qu'avait demandé le premier pasteur de la ville. Circonstance digne de remarque! la croyance des fidèles en fut peu ébranlée; et, malgré cette apparente protestation de la nature inanimée contre toute puissance surnaturelle, plusieurs hommes considérables, se sentirent convertis à la foi par le spectacle inouï de la transfiguration de l'enfant. La foule, comme toujours, examinait la Grotte en tous sens après la fin de l'extase et le départ de Bernadette. M. Estrade l'explora, ainsi que tout le monde, avec le plus grand soin. Chacun cherchait à y voir quelque chose d'extraordinaire; mais rien n'y frappait les yeux. C'était une cavité vulgaire dans une roche dure et sur un sol partout desséché, sauf à l'entrée et à l'ouest quand, par les temps de pluie, le vent y faisait pénétrer une humidité fugitive.

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Prière pour demander l'esprit de pénitence

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, avant de dire votre Nom et de commencer au lieu désert où vous apparaissiez, l'étonnante série de ces Miracles sans nombre qui devaient retentir dans tout l'univers, vous avez voulu rappeler à la terre la grande parole que le Précurseur de votre Fils criait jadis sur les bords du Jourdain: « Pénitence! pénitence! pénitence! » Vous avez voulu faire comprendre à notre sensualisme endurci que le repentir, l'expiation et la réparation des fautes commises sont le plus urgent besoin de notre siècle coupable et la préparation la plus salutaire aux grâces miraculeuses et aux bienfaits du Ciel. A qui vous demande, hors de sa saison, la fleur parfumée du rosier, Vous répondez, ô Marie, en rappelant la nécessité des épines. Obtenez-nous, ô toute-puissante Mère de Dieu, l'esprit de pénitence, l'esprit qui consiste à mourir à soi-même pour ressusciter en la vie nouvelle, en la vie même de Jésus-Christ. Et. cela faisant, ô Notre-Dame de Lourdes, vous nous donnerez, dans l'hiver de ce monde, la fleur anticipée de l'éternel printemps; car la joie du cœur et sa paix embaumée naissent toujours infailliblement des aspérités et des pointes aiguës de la pénitence, comme germe et s'épanouit la rose sur les épines et sur les piquants de sa tige. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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29 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Trentième jour

M. Roger Lacassagne et son fils Jules

 

I. Autre épisode. Il y a bientôt deux ans, j'eus l'honneur de visiter chez lui rue du Chai des Farines, n. 6, à Bordeaux, M. Roger Lacassagne, employé aux douanes de Bordeaux, et je fus frappé tout d'abord par l'aspect de cette physionomie froide et digne. Il me demanda avec cette politesse un peu brusque des hommes de discipline, quel était l'objet de ma visite. « Monsieur, lui dis-je, j'ai appris l'histoire de votre voyage à la Grotte de Lourdes, et, dans l'intérêt d'études que je fais en ce moment, je suis venu pour entendre ce récit de votre bouche ». Aux mots « la Grotte de Lourdes » ce rude visage s'était épanoui et l'émotion d'un puissant souvenir avait tout à coup attendri ces lignes austères. « Asseyez-vous, me dit ce brave homme, et pardonnez-moi de vous recevoir dans cette pièce en désordre. Ma famille part aujourd'hui pour Arcachon et vous nous voyez dans tout l'embarras du déménagement ». « Cela ne fait rien. Racontez-moi les événements dont on m'a parlé et que je' ne connais que confusément ». « Pour moi, dit-il d'une voix où je sentais des larmes, pour moi, je n'en oublierai de ma vie aucun détail ». « Monsieur, reprit-il après un moment de silence, je n'ai que deux fils. Le plus jeune, dont j'ai seulement à vous entretenir, s'appelle Jules. Il va venir tout à l'heure. Vous verrez comme il est doux, comme il est pur, comme il est bon ». M. Lacassagne ne me dit pas ce qu'était son affection pour ce plus jeune fils. Mais l'accent de sa voix, qui s'adoucissait en quelque sorte et devenait caressante pour parler de cet enfant, me révélait toute la profondeur de son amour paternel. Je compris que là, dans ce sentiment si tendre et si fort, se concentrait l'âme virile qui s'ouvrait devant moi.

Sa santé, continua-t-il, avait été excellente jusqu'à l'âge de dix ans. A cette époque survint inopinément, et sans cause physique apparente, une maladie dont je-ne mesurai pas tout la gravité. Le 25 janvier 1865, au moment où nous venions de nous mettre à table pour prendre le repas du soir, Jules se plaignit d'un embarras au gosier qui l'empêchait d'avaler tout aliment solide. Il dut se borner à prendre un peu de potage. Cet état ayant persisté le lendemain, je fis appeler un des médecins les plus distingués de Toulouse, M. Noguès. « C'est nerveux, me dit le docteur, qui me donna l'espoir d'une prochaine guérison ». Peu de jours après, en effet, l'enfant put manger, et je le croyais tout à fait remis, lorsque la maladie reprit et se continua avec des intermittences plus ou moins régulières jusque vers la fin du mois d'avril. A partir de ce moment, cet état devint stationnaire. Le pauvre enfant en fut réduit à se nourrir exclusivement de liquides, de lait, de jus de viande, de bouillon. Encore le bouillon devait-il être un peu clair, car telle était l'étroitesse de l'orifice qui restait encore dans la gorge qu'il lui était absolument impossible d'avaler, même du tapioca. Le pauvre petit, réduit à cette misérable alimentation, maigrissait à vue d'œil et dépérissait lentement. Les médecins, car ils étaient deux, et dès le commencement, j'avais prié une notabilité médicale, M. Roques, de s'adjoindre à M. Noguès; les médecins, étonnés de la singularité et de la persistance de cette affection, cherchaient vainement à en pénétrer nettement la nature pour en déterminer le remède.

II. Un jour, c'était le 10 mai, j'ai tant souffert, monsieur, et tant pensé à cette malheureuse maladie, que j'ai retenu toutes ces dates; un jour, j'aperçois Jules dans le jardin, qui courait avec une précipitation inaccoutumée et comme par saccades. Monsieur, je craignais pour lui la moindre agitation. « Jules, arrête-toi! » lui criai-je en allant vers lui et le saisissant par la main. Il m'échappa aussitôt : « Papa, me dit-il, je ne peux pas. Il faut que je coure, c'est plus fort que moi ». Je le pris sur mes genoux, ses jambes s'agitaient convulsivement. Un peu plus lard ce fut la tête qui devint grimaçante et se contorsionna. Le vrai caractère de la maladie se déclarait enfin. Mon malheureux enfant était atteint de cette maladie dont on appelle habituellement les accès la danse de Saint-Guy. Cependant, bien qu'elle reconnût le mal, la médecine fut impuissante à le vaincre. Tout au plus, au bout de quinze mois de traitement, put-elle maîtriser les accidents extérieurs tels que l'agitation des jambes et de la tête; ou plutôt, pour mieux dire et pour exprimer toute ma pensée, ces accidents disparurent d'eux-mêmes sous les seuls efforts de la nature. Quant à ce rétrécissement extrême de la gorge, il était passé à l'état chronique et il résista à tout. Les remèdes de toute sorte, la campagne, les bains de Luchon furent successivement et inutilement employés pendant près de deux ans. Ces divers traitements ne faisaient qu'exaspérer le malade. Notre dernier essai avait été une saison aux bains de mer. Ma femme avait conduit notre malade à Saint Jean de Luz. Il est inutile de vous dire que dans l'état où il était, les soins physiques absorbaient tout. Avant toute chose, en effet, nous voulions qu'il vécût. Nous avions dès l'origine suspendu ses études, et tout travail lui était interdit: nous le traitions en végétal. Or, il a l'esprit actif, sérieux, et cette privation de tout exercice intellectuel le jetait dans un grand ennui. Le pauvre petit était d'ailleurs honteux de son mal; il voyait les autres enfants bien portants et il se sentait comme disgracié et maudit: aussi s'isolait-il... » Le père, tout remué par ces souvenirs, s'arrêta un instant comme pour maîtriser un sanglot dans la voix.

« Il s'isolait, reprit-il. Il était triste. Quand il trouvait quelque livre, il le lisait pour se distraire. A Saint Jean de Luz, il aperçut un jour sur la table d'une dame qui demeurait dans le voisinage, une petite Notice sur l'Apparition de Lourdes. Il la lut et en fut, paraît-il, profondément frappé. Il dit le soir à sa mère que la sainte Vierge pourrait bien le guérir; mais elle ne fit aucune attention à ces paroles, qu'elle considéra comme un propos d'enfant. De retour à Bordeaux, car un peu avant cette époque j'avais reçu mon changement et nous étions venus habiter ici, de retour à Bordeaux, l'enfant était absolument dans le même état. C'était au mois d'août de l'année dernière. Tant de vains efforts, tant de science dépensée sans résultat par les meilleurs médecins, tant de soins perdus finirent, et certes vous le comprenez, par nous jeter dans le plus profond abattement. Découragés par l'inutilité de ces diverses tentatives, nous cessâmes toute espèce de remède, laissant agir la nature et nous résignant au mal inévitable qu'il plaisait au Créateur de nous envoyer. Il nous semblait que tant de souffrance avait en quelque sorte redoublé notre amour pour cet enfant... Cependant, continua le père après un nouveau silence, les forces de l'enfant diminuaient visiblement. Depuis deux ans, il n'avait pas pris un seul aliment solide. Ce n'était qu'à grands frais, par une nourriture liquide que tout notre génie s'employait à rendre substantielle, par des soins exceptionnels, que nous avions pu prolonger sa vie aussi longtemps. Il était devenu d'une maigreur effrayante. Sa pâleur était extrême: il n'y avait plus de sang sous sa peau: on eût dit une statue de cire. Il était visible que la Mort s'avançait à grands pas. Elle était plus que certaine, elle était imminente. Ma foi, monsieur, quelque démontrée que fût pour nous l'impuissance de la Médecine, je ne pus, dans ma douleur, m'empêcher de frapper encore à cette porte. Je n'en connaissais pas d'autre en ce monde. Je m'adressai au médecin le plus éminent de Bordeaux, à M. Gintrac père.

III. M. Gintrac examina le gosier de l'enfant, le sonda et constata, outre ce rétrécissement extrême qui bouchait presque entièrement le canal alimentaire, des rugosités du plus mauvais signe. Il hocha la tête et me donna peu d'espoir. Il vit mon anxiété terrible. « Je ne dis pas qu'il ne puisse guérir, ajouta-t-il; mais il est bien malade ». Ce furent ses propres paroles. Il jugea absolument nécessaire d'employer les remèdes; locaux: d'abord des injections, puis le contact d'un linge imbibé d'éther. Mais ce traitement bouleversait mon fils ; devant ces résultats, le chirurgien, M. Sentex, interne de l'hôpital, nous conseilla lui-même de le cesser. Que faire encore? nous nous étions adressés aux plus grands médecins de Toulouse et de Bordeaux et tout avait été impuissant. L'évidence fatale était devant mes yeux : notre pauvre fils était condamné, et cela sans appel. Monsieur, de si cruelles convictions entrent difficilement dans le cœur d'un père. J'essayais encore de me tromper; ma femme et moi nous nous consultions: je pensais à l'hydrothérapie.

Ce fut dans cette situation désespérée et désespérante que Jules dit à sa mère, avec un accent de confiance et de certitude absolue qui la frappa, les paroles suivantes: « Vois-tu, maman, M. Gintrac ni aucun autre médecin ne peut rien à ma maladie. C'est la sainte Vierge qui me guérira. Envoie -moi à la Grotte de Lourdes et tu verras que je serai guéri. J'en suis sûr ». Ma femme me rapporta ce propos. « Il n'y a pas à hésiter! m'écriai-je, il faut le conduire à Lourdes. Et au plus tôt ». Ce n'est point, monsieur, que j'eusse la foi. Je ne croyais pas aux Miracles, et je ne croyais pas comme possibles ces interventions extraordinaires de la Divinité. Mais j'étais père, et aucune chance, quelque minime qu'elle fût, ne me semblait méprisable. J'espérais d'ailleurs que, en dehors de ces événements surnaturels qu'il me coûtait d'admettre, cela pourrait produire sur l'enfant un effet moral salutaire. Quant à une guérison complète, vous comprenez, monsieur, que je n'en abordais pas même la pensée. Nous étions en hiver, au commencement de février. La saison était mauvaise, et j'en redoutais pour Jules les moindres intempéries. Je voulus attendre un beau jour. Depuis que, huit mois auparavant, à Saint Jean de Luz, il avait lu la petite Notice, le sentiment qu'il venait de nous exprimer, ne l'avait pas quitté. L'ayant manifesté une première fois là-bas, sans qu'on voulût y faire attention, il n'en avait plus reparlé ; mais cette idée était restée en lui et y avait travaillé pendant qu'il subissait, avec quelle patience, monsieur, il fallait le voir, les traitements des médecins. Cette foi si pleine et si entière était d'autant plus extraordinaire, que nous n'avions pas élevé notre enfant dans les habitudes d'une dévotion exagérée Ma femme accomplissait ses devoirs religieux, mais c'était tout; et quant à moi, j'étais, comme je viens de le dire, dans des idées philosophiques tout à fait différentes.

IV. Le 12 février, le temps s'annonça comme devant être magnifique. Nous prîmes le train de Tarbes. Pendant toute la route, l'enfant fut gai, plein d'une foi absolue en sa guérison, d'une foi.... renversante. « Je guérirai, me disait-il à chaque instant. Tu verras. Bien d'autres ont guéri: pourquoi pas moi? La sainte Vierge va me guérir ». Et moi, monsieur, j'entretenais, sans la partager, cette confiance si grande, cette confiance que je qualifierais d'étourdissante, si je ne craignais de manquer de respect à Dieu qui la lui inspirait. A Tarbes, à l'hôtel Dupont où nous descendîmes, on remarqua ce pauvre enfant si pâle, si malingre et en même temps si doux, si charmant. On l'aima rien qu'en le voyant. J'avais dit à l'hôtel le but de notre voyage. Dans les vœux que firent pour nous ces braves gens, il se mêlait comme un heureux pressentiment. Et quand nous partîmes, je vis bien qu'on attendait notre retour avec impatience. A tout événement et malgré mes doutes, je pris avec moi une petite boîte de biscuits. Quand nous arrivâmes à la crypte qui est au-dessus de la Grotte, la Messe se disait. Jules pria avec une foi qui était visible sur tous ses traits, avec uns ardeur vraiment céleste. Il était tout transfiguré, ce pauvre ange! Le prêtre fut frappé de sa ferveur et, quand il eut quitté l'autel, il ressortit presque aussitôt de la sacristie et s'avança vers nous. Une bonne pensée lui était venue en voyant ce pauvre petit. Il m'en fit part, et se retournant vers Jules, encore agenouillé « Mon enfant, lui dit-il, voulez-vous que je vous consacre à la sainte Vierge? » « Oh! oui », répondit Jules. Le prêtre procéda aussitôt à cette très simple cérémonie et récita sur mon fils les formules consacrées. « Et maintenant, s'écria l'enfant, avec un accent dont la parfaite confiance me frappa, et maintenant, papa, je vais guérir ».

Nous descendîmes à la Grotte. Jules s'agenouilla devant la statue de la Vierge et pria. Je le regardais, et je vois encore l'expression de son visage, de son attitude, de ses mains jointes. Il se leva: nous allâmes devant la Fontaine. Ce moment était terrible. Il lava son cou et sa poitrine. Puis, il prit le verre et but quelques gorgées de l'eau miraculeuse. Il était calme, heureux, il était gai, il était rayonnant de confiance. Pour moi, je tremblais et frémissais à défaillir devant cette épreuve suprême. Mais je contenais, quoique avec peine, mon émotion. Je ne voulais pas lui laisser voir mon doute. « Essaye maintenant de manger », lui dis-je en lui tendant un biscuit. Il le prit: et je détournai la tête,ne me sentant pas la force de le regarder. C'était en effet, la vie ou le trépas de mon fils qui allait se décider. Dans cette question, formidable pour le cœur d'un père, je jouais en quelque sorte ma dernière carte. Si j'échouais, mon bien-aimé Jules était mort. L'épreuve était décisive et je ne pouvais affronter ce spectacle. Je fus bientôt tiré de cette angoisse poignante. La voix de Jules, une voix joyeuse et douce me cria : « Papa! j'avale, je puis manger, j'en étais sûr, j'avais la foi! » Quel coup, monsieur! Mon enfant, déjà la proie du tombeau, était sauvé, et cela soudainement. Et moi, son père, j'assistais a cette éclatante résurrection.

Eh bien! monsieur, pour ne pas troubler la foi de mon fils, j'eus la force de ne pas paraître étonné. « Oui, mon Jules, cela était certain et il n'en pouvait être autrement », lui dis-je d'une voix que toute l'énergie de ma volonté parvint à rendre calme. Et cependant, monsieur, il y avait en tempête. Que l'on eût ouvert ma poitrine, et on l'aurait trouvée toute brûlante, comme si elle eût été pleine de feu. Nous renouvelâmes l'expérience. Il mangea encore quelques biscuits, non-seulement sans difficulté, mais avec un appétit croissant. Je fus obligé de le modérer. J'avais besoin de crier mon bonheur, de remercier Dieu. « Attends-moi, dis-je à Jules, et prie la bonne Vierge Je monte à la Chapelle ». Et, le laissant un instant agenouillé à la Grotte, je courus annoncer au prêtre cette heureuse nouvelle. J'étais dans une sorte d'égarement. Outre ma félicité, si inattendue et si brusque qu'elle en était terrible, outre le bouleversement de mon cœur, j'éprouvais en mon âme, en mon esprit un trouble inexprimable. Une révolution se faisait dans mes pensées, confuses, agitées, tumultueuses. Toutes mes idées philosophiques chancelaient ou s'écroulaient en moi-même.

Le prêtre descend en toute hâte et il aperçoit Jules achevant son dernier biscuit. L'Evêque de Tarbes se trouvait précisément ce jour-là à la Chapelle: il voulut voir mon fils. Je lui racontai la cruelle maladie qui venait d'avoir un si heureux terme. Tout le monde caressait l'enfant, tout le monde se réjouissait avec moi. Moi, cependant, je pensais à la mère et au bonheur qu'elle allait avoir. Avant de rentrer à l'hôtel, je courus au télégraphe. Ma dépêche ne contenait qu'un seul mot : « Guéri! » A peine était-elle partie que j'eusse voulu la ressaisir: « Peut-être, me disais-je, que je me suis trop hâté. Qui sait s'il n'y aura pas de rechute ! » Je n'osais pas croire au bonheur qui m'arrivait; et quand j'y croyais, il me semblait qu'il allait m' échapper. Quant à l'enfant, il était heureux, heureux sans le moindre mélange d'inquiétude. Il était éclatant dans sa joie et dans sa pleine sécurité. « Tu vois bien, papa, me répétait-il à chaque instant, il n'y avait que la sainte Vierge qui pouvait me guérir. Quand je, te le disais, j'en étais sûr ». A l'hôtel, il mangea d'un excellent appétit. Je ne pouvais me lasser de le regarder manger. Il voulut revenir et revint à pied à la Grotte remercier sa libératrice. « Tu seras bien reconnaissant envers la sainte Vierge? » lui dit un prêtre. D'un geste il montra l'image de la Vierge, puis le Ciel. « Ah! je ne l'oublierai jamais! » s'écria-t-il.

V. A Tarbes, nous nous arrêtâmes à l'hôtel où nous étions descendus la veille. On nous attendait. On avait (il me semble que je vous l'ai déjà dit) je ne sais quel heureux pressentiment. Ce fut une joie extraordinaire. On se groupait autour de nous pour le voir manger avec un sensible plaisir de tout ce que l'on servait sur la table, lui qui, la veille encore, ne pouvait avaler que quelques cuillerées de liquide. Ce temps me semblait déjà bien loin de moi. Cette maladie, contre laquelle avait échoué la science des plus habiles médecins et qui venait d'être si miraculeusement guérie, avait duré deux ans et dix-neuf jours. Nous avions hâte de revoir la mère. Nous prîmes l'express de Bordeaux. L'enfant était rompu de fatigue par le voyage, et je dirais aussi par les émotions, n'était sa paisible et constante sérénité en présence de cette guérison soudaine, qui le comblait d'allégresse, mais qui ne l'étonnait pas. Il désira se coucher en arrivant. Il était accablé de sommeil, et ne soupa point. Quand elle le vit ainsi appesanti, brisé, refusant de manger, sa mère, qui était mourante de joie avant notre retour, fut saisie par un doute affreux. Elle était désolée. Elle me disait que je l'avais trompée, et j'avais toutes les peines du monde à me faire croire. Quel ne fut pas son bonheur, lorsque, le lendemain, notre Jules, assis à notre table, déjeuna avec nous, et de meilleur appétit que nous-mêmes. C'est alors seulement qu'elle fut tranquille et rassurée ».

« Et depuis ce moment, demandai-je à M. Lacassagne, n'y a-t-il eu aucune rechute, aucun accident ? » « Non, monsieur, absolument rien. Je ne puis dire que la guérison fit des progrès ou se consolida, attendu qu'elle avait été aussi complète qu'instantanée. La transition d'une maladie si ancienne et si rebelle à cette guérison si entière, si absolue, s'était faite sans la moindre gradation comme sans aucune commotion apparente. Mais la santé générale s'améliora à vue d'œil, sous l'influence d'un régime réparateur, dont il était temps que mon pauvre fils éprouvât les salutaires effets.... » « Depuis cette époque, ajouta le père, il est d'une piété angélique. Vous allez le voir. La noblesse de ses sentiments se lit sur son visage. Il est bien né, sa nature est droite et élevée. Il est incapable d'un mensonge ou d'une bassesse. Mais sa piété a développé au plus haut degré ses qualités natives. Il fait ses études dans une pension voisine, chez M. Gonangle, dans la rue du Mirail. Le pauvre enfant a rattrapé bien vite le temps qu'il avait perdu. Il aime l'étude. Il est le premier de sa classe. A la dernière distribution, il a eu le prix d'excellence. Mais avant tout il est le plus sage, le plus doux, le meilleur. Il est le bien-aimé de ses maîtres et de ses camarades. Il est notre joie, notre consolation ».

En ce moment la porte s'ouvrit et Jules entra avec sa mère dans la pièce où nous nous trouvions. Je lui pris la tête et l'embrassai avec attendrissement. La flamme de la santé rayonne sur son visage. Son front, large et haut, est magnifique; son attitude a une modestie et une fermeté douce qui inspirent un secret respect. Ses yeux, très-grands et très-vifs, reflètent une intelligence rare, une pureté absolue, une belle âme. « Vous êtes un heureux père », dis-je à M. Lacassagne. « Oui, monsieur, bien heureux. Mais nous avons bien souffert, ma pauvre femme et moi ». « Ne vous plaignez pas, lui dis-je en nous éloignant un peu de Jules. Ce chemin de douleurs était la voie qui vous conduisait des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie, de vous-même à Dieu. A Lourdes, la sainte Vierge s'est montrée deux fois la mère des vivants. Elle a donné à votre fils la vie temporelle, pour vous donner, à vous, la Vie véritable, la Vie qui ne doit point finir! » Je quittai cette famille bénie de Dieu; et, sous l'impression de ce que j'avais entendu et vu, j'écrivis, le cœur tout ému, ce que je viens de raconter.

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Prière pour l'Enfance

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, vous aimez les enfants, les enfants que Jésus aimait. Aux premières pages de votre histoire, c'est à une enfant que vous vous révélez; la guérison d'un enfant forme ce dernier épisode dont le récit vient de nous attendrir. Bénissez l'Enfance, ô Marie! Conservez dans leur baptismale innocence ces petits êtres bien-aimés dont les anges contemplent la face de Dieu, et qui sont ici-bas la joie de nos maisons et l'espérance du genre humain. Gardez-les contre les influences corruptrices qui les environnent de toutes parts; contre les relations mauvaises; contre les funestes lectures; contre la naturelle tendance au mal que portent en eux tous les fils d'Adam; contre les pièges du démon qui cherche l'heure de troubler, par une première faute, le doux Paradis de ces âmes, tout fraîchement sorties des mains créatrices de Dieu. Gardez-les contre nous-mêmes: contre notre faiblesse pour eux; contre notre éducation, parfois si frivole et si insensée; contre les scandaleux exemples de nos défauts et de nos vices. Que, préservée par vous, la pureté de leur âme réjouisse le regard de notre Père qui est aux Cieux. Relevez, ô Marie, ceux qui sont déjà tombés et envoyez l'Ange du repentir rendre la blancheur de la neige à leur innocence souillée. Bénissez les Enfants! Que, de même qu'ils croissent en âge, ils croissent en sagesse et en vertu, comme faisait, Bienheureuse Mère, cet Enfant-Dieu que vos flancs ont porté, ce Jésus adoré que vos mamelles ont nourri. Qu'ils soient, dès à présent, les bons anges de nos foyers. Que la simplicité de leur Foi, la tranquille fermeté de leur Espérance immortelle, la bonne droiture de leur Amour pour Dieu et pour le prochain, nous fassent rentrer en nous-mêmes et nous rendent semblables à eux. Bénissez nos fils et nos filles, ô Marie! bénissez leur enfance, bénissez leur jeunesse, bénissez leur âge mûr, bénissez leur vieillesse chenue. Que, guidés par vous dans la vie, ô Vierge puissante, les générations qui nous suivent, et les races qui sont encore à naître, passent ici-bas en faisant le bien. Que du berceau à la tombe, nos descendants soient, en un mot, ce que nous ne sommes pas, c'est-à-dire des Chrétiens dignes de ce nom et de vrais disciples de Jésus-Christ; et qu'ils réparent le mal qu'auront pu faire en ce monde leurs pères et leurs mères, disparus et ensevelis! Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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28 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Vingt-neuvième jour

M. Henri Lasserre

 

I. Pendant toute ma vie j'ai joui d'une vue excellente. Je distinguais les objets à une immense distance; et, d'autre part, je lisais couramment un livre, quelque rapproché qu'il fût de mes yeux. Des nuits passées à l'étude ne m'avaient jamais fait éprouver la moindre fatigue. J'étais émerveillé, j'étais heureux de la souplesse et de la force de cette vue, si puissante et si nette. Aussi éprouvai-je uns grande surprise et un cruel désenchantement lorsque, dans le courant de juin et de juillet 1862, je sentis ma vue s'affaiblir peu à peu, s'appesantir aux travaux du soir et finir graduellement par me refuser tout service, au point que je dus cesser complètement de lire et d'écrire. Je consultai plusieurs médecins et notamment deux illustres spécialistes, MM. Desmares et -Giraud-Teulon. Les remèdes qui me furent ordonnés ne me firent à peu près rien. Mon mal ne tarda pas à prendre cette physionomie chronique qui caractérise les infirmités incurables. Sur le conseil des médecins, j'avais condamné mes yeux à un repos absolu. Non content de ne sortir qu'en me précautionnant de lunettes bleues, j'avais quitté Paris pour la campagne, et je m'étais retiré chez ma mère, au Coux, sur les bords de la Dordogne. J'avais pris pour secrétaire un enfant qui me lisait les livres que j'avais besoin de consulter, et qui écrivait sous ma dictée. Septembre était arrivé. Cet état durait depuis environ trois mois et je commençais à m'inquiéter très sérieusement. J'avais d'immenses tristesses dont je ne parlais a personne. Mes parents, mes amis et moi, nous étions à peu près convaincus que ma vue était perdue.

II. J'ai un ami très intime, un ami de la première enfance, à qui je confie habituellement mes peines et mes joies. Je dictai pour lui à mon secrétaire une lettre dans laquelle je lui parlais de la situation douloureuse où je me trouvais placé et des angoisses que j'éprouvais pour l'avenir. L'ami dont je parle est protestant, et sa femme est également protestante: cette double circonstance est à noter.. Pour des raisons fort graves, je ne puis le nommer ici en toutes lettres; nous l'appellerons M. de ***. Il me répondit quelques jours après. Sa lettre m'arriva le 15 septembre, et elle me surprit étrangement. « Mon cher ami, me disait-il, tes quelques lignes m'ont fait plaisir; mais, ainsi que je t'ai déjà dit, il me tarde d'en voir de ton écriture. Ces jours derniers, en revenant de Cauterets, je suis passé à Lourdes (près de Tarbes): j'y ai visité la célèbre Grotte et j'ai appris des choses si merveilleuses en fait de guérisons produites par ses eaux, que je t'engage très sérieusement à en essayer. Si j'étais catholique, croyant, comme toi, et si j'étais malade, je n'hésiterais pas à courir cette chance. S'il est vrai que des malades ont été subitement guéris, tu peux espérer d'en grossir le nombre; et si cela n'est pas vrai, qu'est-ce que tu risques à en essayer? Il paraît qu'il n'est pas nécessaire d'aller à Lourdes même pour prendre cette eau et qu'on peut s'en faire envoyer ». Cette lettre de mon ami était faite pour m'étonner. Un conseil comme celui qu'il me donnait très-sérieusement et avec une vive insistance, un tel conseil venant de me jeta dans la stupéfaction. Je résolus pourtant de ne pas le suivre, et je lui répondis en alléguant que je n'avais peut-être point la foi nécessaire. Mon état cependant demeurait stationnaire ou même s'aggravait lentement.

III. Dans les premiers jours d'octobre, je fus obligé de faire un voyage à Paris. Par une coïncidence toute fortuite, M. de *** s'y trouvait en ce moment avec sa femme. Ma première visite fut pour eux. Mon ami était descendu chez sa sœur, Mme P., qui habite Paris avec son mari. « Et vos yeux ? », me demanda Mme de *** dès que j'entrai dans le salon? « Mes yeux sont toujours dans la même situation, et je commence a croire qu'ils sont à jamais perdus ». « Mais pourquoi n'essayes-tu pas du remède que nous t'avons conseillé? me dit mon ami. Je ne sais quoi me donne l'espérance que tu guériras ». « Bah! lui répondis-je, je t'avouerai que, sans nier précisément et sans être hostile, je n'ai pas grand' foi en toutes ces eaux et en ces prétendues Apparitions. Tout cela est possible et je n'y répugne point; mais, ne l'ayant point examiné, je ne l'affirme ni ne le conteste: c'est en dehors de moi. En somme, je n'ai pas envie de recourir au moyen que tu me conseilles ». « Tu n'a pas d'objections valables, me répliqua-t-il, D'après tes principes religieux, tu dois croire et tu crois à la possibilité de ces choses-là. Eh bien, pourquoi alors ne tenterais-tu point l'expérience? Qu'est-ce qu'il t'en coûte? Je te l'ai dit, la chose ne peut te faire de mal, puisque c'est de l'eau naturelle, de l'eau qui est chimiquement composée comme l'eau ordinaire; et, puisque tu crois aux miracles et que tu as foi en ta religion, n'es-tu pas déjà frappé qu'un tel recours en la sainte Vierge te soit conseillé, et avec cette insistance, par deux protestants? Je te le déclare à l'avance, si tu es guéri, ce sera là contre moi un terrible argument ».

Mme de *** joignit ses instances à celles de son mari; M. et Mme P., qui sont tous deux catholiques, insistèrent non moins vivement. J'étais poussé dans mes derniers retranchements. « Eh bien! leur dis-je alors, je vais vous avouer toute la vérité et vous ouvrir le fond de mon cœur. La foi ne me manque point, mais j'ai des défauts, des faiblesses, mille misères, et tout cela tient, hélas! aux fibres les plus vivantes et le s plus sensibles de ma malheureuse nature. Or, un miracle comme celui dont je pourrais être l'objet m'imposerait l'obligation de tout sacrifier et de devenir un saint: ce serait une responsabilité terrible, et je suis si lâche qu'elle me fait peur. Si Dieu me guérit, que va-t-il exiger de moi? tandis qu'avec tin médecin, j'en serais quitte avec un peu d'argent. C'est odieux, n'est-ce pas? mais telle est la triste pusillanimité de mon cœur. Vous supposiez ma foi chancelante? Vous vous imaginiez que je craignais de voir le miracle ne pas réussir? Détrompez-vous, j'ai peur qu'il réussisse! »

Mes amis cherchèrent à me convaincre que je m'exagérais d'un côté la responsabilité dont je parlais et que je la diminuais de l'autre. « Tu n'es pas moins obligé maintenant à la vertu que tu ne le serais à la suite de l'événement que nous supposons, me disait M. de***. Et d'ailleurs, quand même la guérison se ferait par les mains d'un médecin, ce n'en serait pas moins une grâce de Dieu, et alors les scrupules auraient les mêmes raisons d'élever la voix contre tes faiblesses ou tes passions ». Tout cela ne me semblait point parfaitement juste, et M. de ***, esprit logique s'il en fut jamais, se rendait probablement compte de ce que son raisonnement avait d'inexact; mais il voulait, autant que possible, calmer les appréhensions que je ressentais si vivement et me décider à suivre le conseil qu'il me donnait, sauf ensuite à me rappeler lui-même cette grave responsabilité sur laquelle il essayait alors de me rassurer. Vainement je tentai encore de me débattre contre l'insistance de plus en plus pressante de mon ami, de sa femme et de ses hôtes. Je finis, de guerre lasse, par leur promettre de faire ce qu'ils désiraient. « Dès que j'aurai un secrétaire, leur dis-je, j'écrirai à Lourdes; mais je suis arrivé d'aujourd'hui seulement et je n'ai pas eu encore le temps d'en chercher un ». « Mais je t'en servirai! » s'écria mon ami. « Eh bien soit! demain nous déjeunerons ensemble, je te dicterai une lettre après déjeuner ». « Pourquoi pas tout de suite? me dit-il vivement. Nous gagnons un jour ». Il y avait dans la chambre voisine du papier et de l'encre. Je lui dictai une lettre pour M. le Curé de Lourdes, et elle fut mise à la poste le soir même.

IV. Le lendemain, M. de *** vint chez moi. « Mon bon ami, me dit-il, puisque le sort en est jeté et que tu vas décidément tenter la chose, il faut la faire sérieusement et te mettre dans les conditions requises pour qu'elle réussisse, sans quoi l'expérience serait absolument vaine. Fais les prières nécessaires, va te confesser, mets ton âme dans un état convenable, accomplis les dévotions que ta religion t'ordonne. Tu comprends que ceci est d'une nécessité primordiale ». « Tu as parfaitement raison, lui répondis-je, et je ferai ce que tu me dis. Mais il faut avouer que tu es un singulier protestant. Ces jours-ci tu me prêchais la foi, aujourd'hui tu me prêches les pratiques religieuses. Les rôles sont étrangement intervertis, et qui nous entendrait, toi, le protestant, moi, le catholique, serait fortement étonné; et je l'avoue, hélas! l'impression produite ne serait pas à mon avantage ». « Je suis un homme de science, me répliqua de ***. Et je veux tout naturellement que, puisque nous faisons une expérience, nous la fassions dans les conditions voulues. Je raisonne comme si je faisais de la physique ou de la chimie ». Je le déclare a ma honte, je ne me préparai point comme me le conseillait si judicieusement mon ami. J'étais en ce moment même dans une très-mauvaise disposition d'âme. Une semaine environ se passa ainsi; M. et Mme de ** s'informaient chaque jour si je n'avais point encore de nouvelles de l'eau miraculeuse, et si le Curé de Lourdes ne m'avait point écrit. M. le Curé me répondit enfin, m'annonçant que l'eau de Lourdes avait été mise au chemin de fer et qu'elle ne tarderait point à me parvenir. Nous attendions ce moment avec une impatience bien concevable; mais, le croirait-on? la préoccupation était beaucoup moins grande chez moi que chez mes amis protestants. L'état de mes yeux était toujours le même : impossibilité absolue de lire et d'écrire.

V. Une après-midi, vers quatre heures, c'était le vendredi 10 octobre 1862, je rentrai chez moi plus malade encore que de coutume. Au moment où j'allais monter l'escalier, mon concierge m'appela. « On a apporté du chemin de fer une petite caisse pour vous », me dit-il. J'entrai vivement dans la loge. Une petite caisse en bois blanc s'y trouvait en effet, portant d'une part mon adresse, et de l'autre ces mots, destinés sans doute à l'octroi: « Eau naturelle ». C'était l'eau de Lourdes. J'éprouvai au fond de moi-même une violente émotion; mais je n'en laissai rien paraître. « C'est bien, dis-je à mon concierge. Je prendrai cela tout à l'heure. Je vais rentrer sans tarder ». Et je ressortis tout pensif. Je me promenai un instant dans la rue. « La chose devient sérieuse, pensai-je en moi-même. Mon ami a raison; il faut que je me prépare. Dans la situation d'âme où je suis depuis quelque temps, je ne puis, sans m'être purifié, demander à Dieu de faire un miracle en ma faveur. Ce n'est pas avec un cœur rempli de misères volontaires que je puis implorer de lui une grâce si grande. Que je tente moi-même de guérir mon âme, avant de le supplier de guérir mon corps! » Et, réfléchissant à ces graves considérations, je me dirigeai vers la maison de mon confesseur, M. l'abbé Ferrand de Missol, qui demeure tout à fait dans mon voisinage. Sa servante me dit qu'il n'était point libre en ce moment, et m'engagea à revenir le soir après son dîner, c'est-à-dire vers sept heures. Je me résignai à ce parti. Dès que je fus à la porte de la rue, je m'arrêtai un instant. Je balançai entre le désir d'aller faire une visite qui me tenait à cœur, et la pensée de rentrer chez moi pour prier. J'hésitai un long moment, délibérant en moi-même. Enfin le bon mouvement l'emporta et je revins vers la rue de Seine. Je pris chez mon concierge la petite caisse, à laquelle était jointe une Notice sur les Apparitions de Lourdes, et je gravis rapidement l'escalier.

VI. Arrivé dans mon appartement, je m'agenouillai au bord de mon lit et- je priai, tout indigne que je me sentais de tourner mes regards vers le ciel et de parler à Dieu. Puis je me relevai. J'avais, en entrant, placé sur ma cheminée la petite caisse en bois blanc et la brochure. Je regardais à chaque instant cette boîte qui contenait l'eau mystérieuse, et il me semblait que dans cette chambre solitaire, quelque chose de grand allait se passer. Je redoutais de toucher de mes mains impures à ce bois qui renfermait l'onde sacrée, et, d'un autre côté, je me sentais étrangement tenté de l'ouvrir et de ne pas attendre la confession que je me proposais de faire le soir. Cette lutte dura quelques instants; elle se termina par une prière: « Oui, mon Dieu, m'écriai-je, je suis un misérable pécheur, indigne d'élever la voix vers vous et de toucher un objet que vous avez béni. Mais c'est l'excès même de ma misère qui doit exciter votre compassion. Mon Dieu, je viens a vous et à la sainte Vierge Marie, plein de foi et d'abandon; et, du fond de l'abîme, j'élève mes cris vers, vous. Ce soir, je confesserai mes fautes à votre ministre, mais ma foi ne peut pas et ne veut pas attendre. Pardonnez-moi, Seigneur, et guérissez-moi. Et vous, Mère de miséricorde, venez au secours de votre malheureux enfant ! » Et, m'étant ainsi réconforté par la prière, j'osai ouvrir la petite caisse dont j'ai parlé. Elle contenait une bouteille pleine d'eau.

J'enlevai le bouchon, je versai de l'eau dans une tasse et je pris dans ma commode une serviette. Ces vulgaires préparatifs, que j'accomplissais avec un soin minutieux, étaient empreints, je m'en souviens encore, d'une secrète solennité qui me frappait moi-même, tandis que j'allais et venais dans ma chambre. Dans cette chambre, je n'étais pas seul: il était manifeste qu'il y avait Dieu. La sainte Vierge, invoquée par moi, y était aussi sans doute. La foi, une foi ardente et chaude, était venue embraser mon âme. Quand tout fut achevé, je m'agenouillai de nouveau. « Sainte Vierge Marie, dis-je à haute voix, ayez pitié de moi et guérissez mon aveuglement physique et moral! » Et en disant ces paroles, le cœur plein dé confiance, je me frottai successivement les deux yeux et le front avec ma serviette que je venais de tremper dans l'eau de Lourdes. Ce geste que je viens de décrire ne dura pas trente secondes. Qu'on juge de mon saisissement, j'allais presque dire de mon épouvante! A peine avais-je touché de cette eau miraculeuse mes yeux et mon front, que' je me sentis guéri tout à coup; brusquement, sans transition, avec une soudaineté que, dans mon langage imparfait, je ne puis comparer qu'à celle de la foudre. Étrange contradiction de la nature humaine! Un instant auparavant, j'en croyais ma foi qui me promettait ma guérison; et maintenant, je n'en pouvais croire mes sens qui m'assuraient que cette guérison était accomplie!

Non! je n'en croyais point mes sens. Tellement que, malgré cet effet en quelque sorte foudroyant, je commis la faute de Moïse et je frappai deux fois le rocher. Je veux dire que, pendant un certain temps encore, je continuai de prier et de mouiller mes yeux et mon front, n'osant point me lever, n'osant point vérifier ma guérison. Au bout de dix minutes pourtant, la force que je sentais toujours dans mes yeux et l'absence complète de lourdeur dans la vue ne pouvaient plus me laisser aucun doute. « Je suis guéri! » m'écriai-je. Et je courus pour prendre un livre quelconque et lire... Je m'arrêtai tout à coup. « Non! non! me dis-je en moi-même, ce n'est pas un livre quelconque que je puis prendre en ce moment ». Et j'allai chercher alors sur ma cheminée la Notice sur les Apparitions. Certes, ce n'était que justice. Je lus cent quatre pages sans m'interrompre et sans éprouver la moindre fatigue! Vingt minutes auparavant je n'aurais pas pu lire trois lignes. Et si je m'arrêtai à la page 104, c'est qu'il était cinq-heures trente-cinq minutes du soir et qu'à cette heure-là, le 10 octobre, il fait à peu près nuit à Paris. Lorsque je quittai le livre, on allumait déjà le gaz dans les magasins de la rue que j'habite.

Le soir je me confessai et je fis part à l'abbé Ferram, de la grande grâce que la sainte Vierge venait de me faire. Quoique je ne me fusse nullement préparé, ainsi que je l'ai dit, il voulut bien me laisser communier le lendemain, pour remercier Dieu d'un bienfait si spécial et si extraordinaire et pour fortifier les résolutions qu'un tel événement devait faire naître en mon cœur. M. et Mme de ***, comme on le pense bien, furent singulièrement remués par cet événement auquel la Providence leur avait fait prendre une part si directe. Quelles réflexions firent-ils? Quelles pensées vinrent les visiter? Que se passa-t-il dans le fond de ces deux âmes? C'est leur secret et le secret de Dieu. Ce que j'en pus savoir, je n'ai point reçu le droit de le dire. Sept années se sont écoulées depuis ma miraculeuse guérison. Ma vue est excellente. Ni la lecture, ni le travail ardu, ni les longues veilles ne la fatiguent. Dieu me fasse la grâce de ne la jamais employer qu'au service du bien !

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Prière pour l'auteur de ce livre

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, dont nous lisons depuis bientôt un mois la divine et touchante histoire, combien de fois il nous est arrivé d'être remués profondément par le récit de vos miracles, et de sentir des pleurs monter à nos paupières au spectacle de vos bienfaits. Et il nous semble, ô notre Mère, que i nos cœurs s'élèvent maintenant vers Vous avec une foi plus ardente, avec une espérance plus assurée, avec un amour plus tendre et plus filial. Au nom de ces sentiments de notre âme, au nom du bien dont ce même livre a été l'instrument en tant d'autres lieux, nous vous prions, ô Secours des Chrétiens, de bénir, en ce monde et en l'autre, l'historien de vos merveilles. Bénissez Henri Lasserre, ô Vierge clémente. Vous avez jadis guéri ses yeux malades: guérissez aujourd'hui son âme, malade aussi comme toutes celles d'ici-bas. Oubliez, et que Dieu oublie toutes les fautes de sa vie. Demandez à votre Fils, demandez à Notre-Seigneur Jésus-Christ, de le combler de grâces surabondantes, et de lui faire la grâce des grâces, celle de ne jamais résister aux bonnes inspirations, mais de les suivre toujours et de s'améliorer d'heure en heure. Songez, ô Vierge compatissante, songez aux larmes qu'il a souvent répandues en écrivant ces pages et en se disant à lui-même combien il était indigne d'être votre historien. Rendez-le digne du livre qu'il a écrit, ô Vierge Marie, et faites un saint de celui qui a mis sa joie à étudier votre histoire et sa gloire à la raconter. Bénissez Henri Lasserre. Bénissez autour de lui la compagne aimée de sa vie, bénissez leur descendance jusqu'à la plus extrême postérité. Bénissez tous les siens, bénissez ses amis. Femme, enfants, parents, amis, accordez à tous les vertus qu'il leur désire ; bénissez tous ceux pour lesquels il prie, soit qu'ils vivent encore en ce monde, soit que le temps ait fini pour eux. Bénissez Henri Lasserre, et écartez de lui également et la paresse de l'artiste et la vanité de l'écrivain. Que l'amour de Dieu et du prochain remplisse son âme et soit le principe de toutes ses. pensées, de tous ses écrits, de tous ses actes. Bénissez sa plume, ô Mère de la Divine Grâce, et faites-en un instrument pour la conversion des âmes pour la propagation du bien, pour le salut de notre pays, pour la gloire de Dieu, pour le service de l'Église. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit il.

 

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27 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Vingt-huitième jour

Méthode de la Commission d'enquête, rapport des Médecins, rapport de la Commission, mandement de l'Evêque, construction d'une église aux Roches Massabielle, Marie Massot Bordenave

 

I. On comptait par centaines les cures miraculeuses. Il était impossible de tout vérifier. La Commission épiscopale en soumit trente à son enquête approfondie. Elle se montra d'une extrême sévérité dans cet examen, et elle n'admit le Surnaturel que lorsqu'il était absolument impossible de faire autrement. Peut-être D'est-il point superflu de raconter ici de quelles précautions minutieuses s'entourait la Commission instituée par l'Évêque. Il y avait, dans la délicate étude à laquelle elle se livrait, deux parts bien distinctes: les faits eux-mêmes et leurs circonstances relevaient du témoignage humain; l'examen du caractère naturel ou surnaturel de ces faits devait, en grande partie, du moins, de la médecine. La méthode du tribunal d'enquête s'inspira de cette double pensée. Parcourant les diocèses de Tarbes, d'Auch et de Bayonne, la Commission appelait devant elle ceux qu'on lui signalait comme ayant été l'objet de ces guérisons singulières. Elle les interrogeait avec un soin minutieux sur tous les détails de leur maladie et de leur retour, subit ou graduel, à la santé. Elle leur faisait poser, par les hommes de la science humaine, des questions techniques auxquelles les théologiens n'eussent peut-être pas pensé. Elle convoquait, pour contrôler ces déclarations, les parents, les amis, les voisins, tous les témoins des diverses phases de l'événement, ceux qui avaient vu le malade, ceux qui avaient assisté à la guérison, etc., etc.

Une fois parvenue de la sorte à une certitude absolue de l'ensemble et du détail des faits, elle en soumettait l'appréciation à deux médecins éminents et autorisés qu'elle s'était adjoints. Ces médecins étaient M. le docteur Vergés, médecin des eaux de Barèges, professeur agrégé de la Faculté de Montpellier, et M. le docteur Dozous, qui avait déjà étudié pour son propre compte plusieurs de ces étranges incidents. Chaque médecin consignait dans un rapport à part son appréciation sur la nature de la guérison: tantôt repoussant le miracle pour attribuer à des causes naturelles la cessation de la maladie; tantôt déclarant le fait entièrement inexplicable autrement que par une action surnaturelle de la puissance divine; tantôt enfin ne concluant pas, et restant dans le douté, doute plus ou moins incliné vers Tune ou vers l'autre de ces solutions.

Sur ce double élément, la pleine connaissance des faits d'un côté, et les conclusions de la science de l'autre, la Commission délibérait et proposait son jugement à l'Évêque avec toutes les pièces du procès. La Commission n'avait et ne pouvait avoir d'opinion préconçue. Croyant en principe au Surnaturel, que l'on rencontre si souvent dans l'histoire du Monde, elle savait en même temps que rien ne tend à discréditer les vrais miracles venant de Dieu, comme les faux prodiges venant des hommes. Également éloignée, soit d'affirmer à l'avance, soit de nier prématurément, n'ayant aucun parti pris ni pour le Miracle ni contre lui, elle bornait sa tâche à examiner et ne cherchait que la Vérité. Faisant appel, pour s'éclairer sur les divers faits qu'elle étudiait, à toutes les lumières, à tous les renseignements à tous les témoignages, elle agissait publiquement. Elle était ouverte aux incroyants comme à ceux qui croyaient. Énergiquement résolue à écarter avec la plus impitoyable sévérité tout ce qui était vague et incertain, et à n'accepter que les faits précis, assurés, incontestables, elle refusait toute déclaration basée sur des on-dit et sur de vaines rumeurs. A tout témoin se présentant devant elle, elle imposait deux conditions: la première, de ne déposer que ce qu'il savait personnellement, que de ce qu'il avait vu de ses yeux; la seconde, de s'engager à dire toute la vérité et la vérité seule par la solennelle formalité du serment.

Avec de telles précautions, avec une organisation si prudente et si sage, il était impossible à de faux miracles de parvenir à tromper, même un instant, le jugement de la Commission. Cela était impossible surtout, au milieu de tant d'esprits hostiles soulevés contre le Surnaturel et intéressés à combattre et à renverser toute erreur, toute assertion douteuse, tout fait miraculeux mal démontré. Donc, si de vrais miracles, incomplètement constatés devaient de la sorte échapper indubitablement à la sanction de la Commission d'enquête, il était du moins absolument certain qu'aucun prestige menteur ne pourrait tenir devant la sévérité de son examen et prendre place, dans sa pensée, parmi les faits admirables de l'ordre surnaturel et divin. Quiconque avait, pour contester tel ou tel miracle, non de vagues théories générales, mais des articulations précises et une connaissance personnelle des faits, était publiquement mis en demeure du se présenter. Ne point le faire, c'était passer condamnation et avouer qu'on n'avait rien de formel et de particulier à alléguer et aucune contre-preuve à fournir. L'abstention avait ce sens évident et cette haute portée. Ce n'est pas quand ils sont échauffés par la passion et par l'ardeur d'une longue lutte que les partis se laissent condamner par défaut. Refuser le combat, c'est accepter la défaite. Sur les trente guérisons extraordinaires que la Commission examina, six lui parurent susceptibles d'une explication naturelle, neuf très-probablement surnaturelles, mais pouvant, a la rigueur, être produites jar quelque force inconnue de la Nature. Quinze furent déclarées absolument miraculeuses et entièrement impossibles sans une intervention directe de Dieu. Plusieurs ont trouvé place dans ce récit.

II. La Médecine, consultée, n'était point, après le mûr et consciencieux examen de ces guérisons extraordinaires, moins décisive dans son affirmation que la commission instituée par l'Évêque. « Tous ces événements, disait le, Rapport médical, sont tout à fait en dehors de l'ordre habituel de la nature ». Devant tant de faits éclatants, si soigneusement et si publiquement avérés, en présence de l'enquête si consciencieuse, si complète, si approfondie de la Commission, en regard des déclarations et des conclusions si formelles de la Chimie et de la Médecine réunies, l'Évêque ne pouvait qu'être convaincu. Il le fut pleinement. Toutefois, par suite de cet esprit de prudence extrême que nous avons eu plusieurs fois l'occasion de remarquer dans le courant de ce récit, Mgr Laurence, avant de prononcer solennellement le verdict épiscopal sur cette grande question, demanda une sanction nouvelle à ces guérisons miraculeuses: la sanction du temps. Il laissa s'écouler trois années. Une seconde enquête fut faite alors. Les guérisons que nous avons signalées plus haut comme surnaturelles subsistaient. Nul ne vint ni retirer son premier témoignage, ni contester les faits. Les œuvres de Celui qui règne dans l'éternité n'ont rien à craindre de l'épreuve du temps. Ce fut après cette surabondante série de démonstrations, de preuves et de certitudes que Mgr Laurence rendit enfin le jugement qu'on attendait de lui. Après avoir exposé sommairement dans un mandement solennel les événements que nous venons de raconter en détail il prononçait en ces termes:

« A ces causes, la Sainte Mère de Dieu invoquée, nous fondant sur les règles sagement tracées par Benoît XIV, dans son ouvrage de la Béatification et la Canonisation des saints pour le discernement des Apparitions vraies ou fausses; vu le rapport favorable qui nous a été présenté par la Commission chargée d'informer sur l'Apparition à la Grotte de Lourdes et sur les faits qui s'y rattachent; vu le témoignage écrit des docteurs médecins que nous avons consultés au sujet de nombreuses guérisons obtenues à la suite de l'emploi de l'eau de la Grotte; considérant d'abord que le fait de l'Apparition envisage, soit dans la jeune fille qui l'a rapporté, soit surtout dans les effets extraordinaires qu'il a produits, ne saurait être expliqué que par l'intermédiaire d'une cause surnaturelle; considérant en second lieu que cette cause ne peut être que divine, puisque les effets produits étant, les uns, des signes sensibles de la grâce, comme la conversion des pécheurs, les autres, des dérogations aux lois de la nature, comme les guérisons miraculeuses, ne peuvent être rapportés qu'à l'Auteur de la grâce et au Maître de la nature; considérant enfin que notre conviction est fortifiée par le concours immense et spontané des fidèles à la Grotte, concours qui n'a point cessé depuis les premières Apparitions, et dont le but est de demander des faveurs ou de rendre grâces pour celles déjà obtenues; pour répondre à la légitime impatience de notre Vénérable Chapitre, du clergé, des laïques de notre diocèse, et de tant d'âmes pieuses qui réclament depuis longtemps de l'Autorité ecclésiastique une décision que des motifs de prudence nous ont fait retarder; voulant aussi satisfaire aux vœux de plusieurs de nos collègues dans l'Épiscopat et d'un grand nombre de personnages distingués, étrangers au diocèse; après avoir invoqué les lumières du Saint-Esprit et l'assistance de la Très-Sainte Vierge, avons déclaré et déclarons ce qui suit : Art. 1er. Nous jugeons que I'Immaculée Marie, Mère de Dieu, a réellement apparu a Bernadette Soubirous, le 11 février 1858 et jours suivants, au nombre de dix- huit fois, dans la Grotte de Massabielle, près de la ville de Lourdes; que cette Apparition revêt tous les caractères de la vérité, et que les fidèles sont fondés à la croire certaine. Nous soumettons humblement notre jugement au jugement du Souverain Pontife, qui est chargé de gouverner l'Église universelle. Art. 2. Nous autorisons dans notre diocèse le culte de Notre-Dame de la Grotte de Lourdes. Art. 3. Pour nous conformera la volonté de la sainte Vierge, plusieurs fois exprimée lors de l'Apparition, nous nous proposons de bâtir un sanctuaire sur le terrain de la Grotte, qui est devenu la propriété des Évêques de Tarbes. Donné à Tarbes, dans notre palais épiscopal, sous notre seing, notre sceau et le contre-seing de notre secrétaire, le 18 janvier 1862, fête de la Chaire de Saint-Pierre à Rome. + Bertrand-Sre, Évêque de Tarbes. Par Mandement, Fourcade, chanoine, secrétaire ».

III. Au nom de l'évêché, c'est-à-dire au nom de l'Eglise, Mgr Laurence acheta à la ville de Lourdes la Grotte, le terrain qui l'entoure et le groupe entier des Roches Massabielle. M. Anselme était toujours maire. Ce fut lui qui proposa au conseil municipal de céder à l'Eglise, Épouse du Christ, ces lieux à jamais sacrés où était apparue la Mère de Dieu. Ce fut lui qui en signa la vente définitive. M. le ministre Gustave R. autorisa cette vente et autorisa aussi la construction d'une église en mémoire éternelle des Apparitions de la très-sainte Vierge à Bernadette Soubirous, en mémoire du jaillissement de la Source et des miracles sans nombre qui s'étaient accomplis pour attester la réalité des visions divines. Tandis que le vaste temple dédié à l'Immaculée Conception sur les roches abruptes de Massabielle s'élevait pierre à pierre au-dessus de ses fondations, Notre-Dame de Lourdes continuait de répandre sur les hommes des miracles et des bienfaits. A Paris, à Bordeaux, en Périgord, en Bretagne, en Anjou, au milieu des campagnes, au sein des villes populeuses, on invoquait Notre-Dame de Lourdes, qui répondait par des signes irrécusables de sa puissance et de sa bonté.

IV. La sœur d'un notaire de Tarbes, la demoiselle Jeanne-Marie Massot-Bordenave, était demeurée, à la suite d'une longue et sérieuse maladie, presque entièrement percluse des pieds et des mains. Elle ne marchait qu'avec d'extrêmes difficultés. Quant à ses mains, habituellement gonflées, violacées, endolories, elles lui refusaient à peu près tout service. Ses doigts, recourbés et roidis, ne pouvaient se redresser et étaient en proie à une complète paralysie. Étant allée voir son frère à Tarbes, elle retournait chez elle, à Arras, dans le canton d'Aucun. Elle était seule dans l'intérieur de la diligence. Une gourde de vin que son frère lui avait donnée étant venue à se déboucher, et à se renverser, elle ne put ni la relever, ni la reboucher tant était absolue l'infirmité de ses doigts. Lourdes était sur sa route. Elle s'y arrêta et se rendit à la Grotte. A peine eut-elle plongé ses mains dans l'eau miraculeuse qu'elle les sentit revenir 'instantanément à la vie. Les doigts s'étaient redressés et avaient retrouvé soudainement leur flexibilité et leur force. Heureuse, au delà peut-être de son espérance, elle plonge ses pieds dans l'eau miraculeuse, et ses pieds guérissent comme ses mains. Elle tombe à genoux. Que dit-elle à la Vierge? Comment la remercia-t-elle? De telles prières, de tels élans de reconnaissance se devinent et ne s'écrivent pas. Puis elle remit ses chaussures et, d'un pas assuré, reprit le chemin de la ville.

Dans la même direction marchait une jeune fille qui revenait du bois et qui portait sur sa tête un énorme fagot. Il faisait chaud, et cette pauvre petite paysanne était couverte de sueur. Épuisée de fatigue, elle s'était assise sur une pierre, au bord de la route, en déposant à ses pieds son fardeau, trop lourd pour sa faiblesse. En ce moment Jeanne-Marie Massot passait devant elle, retournant, alerte et radieuse, de la Source divine. Une bonne pensée lui descendit au cœur. Elle s'approcha de la jeune fille. « Mon enfant, lui dit-elle, le Seigneur vient de m'accorder une insigne faveur. Il m'a guérie: il m'a enlevé mon fardeau. Et à mon tour je veux t'aider et te soulager ». Et, ce disant, Marie Massot prit, de ses mains rendues à la vie, le lourd fagot jeté à terre, le posa sur sa tête, et rentra ainsi dans Lourdes d'où, moins d'une heure auparavant, elle était sortie infirme et paralysée. Les prémices de ses forces retrouvées avaient eu un noble emploi, elles avaient été consacrées à la charité. « Ce que Dieu nous donne gratuitement, donnez-le vous-même gratuitement », dit quelque part un texte des Saintes Lettres. Une femme déjà âgée, Marie Gapdeville, du bourg de Livron, dans les environs de Lourdes, avait également été guérie d'une surdité des plus graves, qui commençait à être invétérée. « Il me semble, disait-elle, être dans un autre monde, lorsque j'écoute les cloches de l'Eglise que je n'avais pas entendues depuis trois ans ». Racontons encore avant de clore ce récit et de présenter le tableau de ce qui existe aujourd'hui, deux de ces divines histoires. Dans la vie de l'auteur de ce livre, la première forme un épisode qui ne s'effacera jamais de son souvenir. Nous lirons demain cet épisode, tel que M, Henri Lasserre l'écrivit il y a bientôt sept ans.

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Prière pour demander la vertu de Charité

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, qui avez guéri la chrétienne compatissante dont nous venons d'entendre l'histoire, obtenez nous la Charité, l'ardente Charité qui nous retire de notre égoïsme, pour nous faire ressentir les douleurs et les cris du prochain, aussi vivement que nous ressentons nous-mêmes nos peines personnelles, ou nos félicités. Réchauffez nos cœurs de cette vertu véritablement divine qui nous fait vivre non-seulement de notre existence propre, mais de la vie même de tout ce qui existe, qui bous rend un avec tous nos frères, qui nous rend un avec Dieu lui-même. Notre-Dame de Lourdes, thaumaturge toute-puissante, guérissez nos yeux, volontairement si aveugles aux infortunes du prochain; nos oreilles, si dures et si sourdes à ses plaintes notre langue, si muette pour le consoler dans ses peines; nos mains, si cruellement paralysées quand il s'agit de les ouvrir pour secourir l'indigent: guérissez toute notre nature, si active pour l'égoïsme et si infirme pour la charité. Obtenez-nous d'accomplir ce commandement si doux, et pourtant si mal obéi, le nous aimer les uns les autres, comme les enfants d'un même Père qui est Dieu et d'une même Mère qui est Vous. Donnez-nous un cœur nouveau, le cœur de Jésus et de Marie; et en faisant, en place de la haine, descendre en ce monde la Charité, renouvelez, Épouse du Saint-Esprit, la face même de la terre. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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26 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Vingt-septième jour

Mlle Marie Moreau de Sazenay

 

I. Bien longtemps avant les événements de Lourdes, à une époque où Bernadette n'était pas encore au monde, en 1843, dans le courant du mois d'avril, une honorable famille de Tartas, dans les Landes, était dans de sérieuses inquiétudes. Une mère et son enfant, toute petite fille non encore baptisée, étaient en grave danger de mort. Les médecins n'osaient plus répondre de rien. Cette famille était celle de M. Moreau de Sazenay, un des personnages les plus respectés de ce pays. Le cœur de cet homme de bien était torturé par les plus affreuses angoisses. Ces angoisses n'étaient pourtant pas le désespoir, car le désespoir n'est pas chrétien, et M. Moreau avait le bonheur de croire fermement: Il savait que le fil de nos existences est entre les mains d'un Maître suprême devant lequel on peut toujours en appeler de la décision des docteurs de la Science. Quand l'homme a condamné, le Roi des cieux, comme les souverains de la terre, s'est réservé le droit de grâce. « La sainte Vierge, pensa le malheureux époux, daignera peut-être écouter ma prière. » Et il s'adressa avec confiance à la mère du Christ. Le péril qui avait paru tout d'abord si menaçant, s'éloigna peu à peu comme un nuage noir que, dans les hauteurs de 1'atmosphère, chassent et dissipent les souffles de l'air. L'horizon s'éclaircit, se rasséréna et ne tarda pas à devenir rayonnant. La mère avait recouvré la santé. La petite enfant était pleine de vie.

Assurément cette guérison n'avait en soi absolument rien d'extraordinaire, rien d'évidemment miraculeux. Le mal, quelque alarmant qu'il eût paru a M. Moreau, n'avait jamais été tel que les médecins eussent absolument désespéré. L'issue favorable de la crise pouvait donc être tout à fait naturelle. Le cœur de l'époux et du père se sentait cependant pénétré de reconnaissance envers la sainte Vierge II n'était pas de ces âmes rebelles à la reconnaissance, qui ne demandent pas mieux que de douter du bienfait pour se dispenser de la gratitude. Nous avons dit que l'enfant n'était pas encore baptisée. « Comment allez-vous nommer votre fille? » dit-on à M. Moreau. « Elle s'appellera Marie », répondit-il. « Marie? Mais c'est le nom le plus commun que nous ayons ici. Toutes les femmes du peuple, toutes les se vantes s'appellent Marie. Et puis Marie Moreau, c'est peu euphonique. Ces deux M, ces deux R ne se peuvent supporter ». Mille raisons de même valeur furent alléguées. Ce fut un tolle général. M. Moreau de Sazenay était un homme très facile, très accessible, et habituellement fort déférent aux avis qu'on lui donnait; mais, en cette circonstance, il résista à tout, aux supplications comme aux conseils: il brava les bouderies, et sa ténacité fat extraordinaire. Il se souvenait que, dans ses récentes alarmes, il avait invoqué ce nom sacré, et que c'était celui de la Pleine du ciel. « Elle s'appellera Marie, je veux qu'elle ait pour patronne la sainte Vierge. Je vous le dis en vérité, ce nom lui portera bonheur ». On s'étonnait autour de lui de son obstination, mais elle ne cédait pas plus que celle de Zacharie, quand il voulut, comme le raconte l'Évangile, que son fils s'appelât Jean. Vainement les obsessions redoublèrent de tous côtés; il fallut en passer par cette volonté inflexible. La première-née de cette famille porta donc le nom de Marie. Le père voulut, en outre, que pendant trois années elle fût vouée au blanc, la couleur de la Vierge. Et cela fut fait ainsi.

II. Plus de seize ans s'étaient écoulés depuis ce que nous venons de raconter. Une deuxième enfant était née, qu'on avait appelée Marthe. Mlle Marie Moreau faisait ses études chez les Dames du Sacré-Cœur de Bordeaux. Vers le commencement de janvier 1858, elle fut atteinte d'une maladie d'yeux qui la força rapidement d'interrompre tout travail. Elle supposa que c'était quelque coup d'air, qui passerait comme il était venu; mais ses espérances furent trompées, et son état finit par prendre un caractère tout à fait inquiétant. Le médecin ordinaire de la maison jugea nécessaire d'appeler en consultation un oculiste distingué de Bordeaux, M,. Bermont. Ce n'était point un coup d'air, c'était, une amaurose. « Le mal est très grave, dit M. Bermont. L'un des deux yeux est tout à fait perdu et l'autre est bien malade ». Les parents furent immédiatement avertis. La mère accourut à Bordeaux et ramena son enfant pour lui faire suivre, au sein de la famille et avec une sollicitude attentive, le traitement que le médecin oculiste avait ordonné, sinon pour guérir l'œil qui était perdu, du moins pour sauver celui qui restait encore, et qui était déjà assez atteint pour n'apercevoir les objets qu'à travers une brume absolument confuse. Les médicaments, les bains de mer, tout ce crue conseilla la Science fut Inutile. Le printemps et l'automne se passèrent en ces vains efforts. Cet état déplorable résistait à tout et s'aggravait lentement. La cécité complète était imminente. M. et Mme Moreau se décidèrent à conduire leur fille à Paris pour consulter nos illustrations médicales. Comme ils se disposaient en toute hâte à ce voyage, redoutant qu'il ne fût déjà trop tard pour conjurer le malheur qui menaçait leur enfant, le facteur de la poste leur apporta le numéro hebdomadaire d'un petit journal de Bordeaux auquel ils étaient abonnés, le Messager Catholique. C'était dans les premiers jours de novembre.

Or, c'était précisément ce numéro du Messager catholique qui contenait la lettre de M. l'abbé Dupont et le récit de la miraculeuse guérison de Mme veuve Rizan, de Nay, par l'emploi de l'eau de la Grotte. M. Moreau l'ouvrit machinalement, et ses regards tombèrent sur cette divine histoire. Il pâlit en la lisant. L'espérance venait de s'éveiller dans l'âme du père désolé, et son esprit, ou plutôt son cœur avait eu un trait de lumière. « Voilà, dit-il, la porte où il faut frapper. Il est évident, ajouta-t-il avec une merveilleuse simplicité dont nous tenons à conserver l'expression textuelle, il est évident que si la sainte Vierge est apparue a Lourdes, elle a intérêt à y opérer des guérisons miraculeuses, pour constater et prouver la réalité de ces Apparitions. Et cela est vrai surtout dans les commencements, tant que cet événement n'est pas encore universellement accrédité..... Hâtons-nous donc ! Là, comme partout, ce seront les premiers arrivés qui seront les premiers servis. Ma femme! ma fille! c'est à Notre-Dame de Lourdes qu'il se faut adresser ». Les seize années qui s'étaient écoulées depuis la naissance de sa fille n'avaient point attiédi, on le voit, la foi de M. Moreau. Une neuvaine fut résolue, à laquelle s'associèrent, dans le voisinage, les compagnes et les amies de la jeune malade. Par une circonstance providentielle, un prêtre de la ville avait en ce moment chez lui une bouteille d'eau de la Grotte, de sorte que la neuvaine fut commencée presque immédiatement. Les parents, en cas de guérison, firent vœu d'aller en pèlerinage à Lourdes et de vouer pour un an la jeune fille au blanc ou au bleu, à ces couleurs de la sainte Vierge qu'elle avait déjà portées pendant trois ans, quand elle était toute petite enfant, venant d'entrer dans la vie.

La neuvaine commença le lundi soir, 8 novembre. Faut-il le dire? la malade ne croyait guère. La mère n'osait espérer. Le père seul avait cette foi tranquille à laquelle les bienfaisantes bontés du ciel ne résistent jamais. Tous prièrent en commun, dans la chambre de M. Moreau, devant une image de la sainte Vierge. La mère, la jeune malade et sa petite sœur se levèrent successivement pour se retirer et se coucher, mais le père resta à genoux. Il se crut seul, et sa voix s'éleva avec une ferveur dont l'accent arrêta derrière lui sa famille prête à sortir, sa famille qui nous a fait ce récit, et qui ne peut se souvenir de ce moment solennel sans frissonner encore d'émotion. « Sainte Vierge, disait le père, très Sainte Vierge Marie, vous devez guérir ma fille! Oui, en vérité, vous le devez. C'est pour vous une obligation, et vous ne pouvez pas vous y refuser. Songez donc, ô Marie, songez que c'est malgré tous, que c'est contre tous que j'ai voulu vous choisir pour être sa patronne. Vous devez vous rappeler quelles luttes j'ai eu à soutenir pour lui donner votre nom sacré. Eh bien! sainte Vierge, pouvez-vous oublier tout cela? Pouvez-vous oublier qu'alors je défendais votre nom, votre puissance, votre gloire contre les insistances et les vaines raisons de ceux qui m'entouraient? Pouvez-vous oublier que je mis publiquement cette enfant sous votre protection, disant et répétant à tous que ce nom, votre nom, à vous, sainte vierge Marie, lui porterait bonheur?... C'était ma fille, j'en ai fait la vôtre. Pouvez-vous l'oublier. Est-ce que vous n'êtes -pas engagée par là, sainte Vierge? Est-ce que vous n'êtes pas engagée d'honneur, maintenant que je suis malheureux, maintenant que nous vous prions pour notre fille, pour la vôtre, à venir à notre secours et à guérir sa maladie? La laisserez-vous devenir aveugle après la foi que j'ai montrée en vous?... Non! Non! c'est impossible, et vous la guérirez! » Tels étaient les sentiments que laissait éclater à voix haute le malheureux père, faisant appel au cœur de la sainte Vierge, la mettant en quelque sorte en demeure, et la sommant de payer sa dette de reconnaissance. Il était dix heures du soir.

La jeune fille, au moment de se coucher, imbiba d'eau de Lourdes un bandeau de toile et le plaça sur ses yeux, en le nouant derrière la tête. Son âme était agitée. Sans avoir la foi de M. Moreau, elle se disait qu'après .tout la sainte Vierge pourrait bien la guérir; que, bientôt peut-être, à la fin de la neuvaine, elle aurait retrouvé la lumière. Puis le doute venait, et il lui semblait qu'un miracle n'était pas fait pour elle. Toutes ces pensées roulant dans son esprit, elle eut grand'peine à s'endormir, et ce ne fut que fort tard qu'elle trouva enfin le sommeil.

III. Le lendemain matin, à son réveil, son premier mouvement, mouvement de vague espérance et d'inquiète curiosité, fut d'enlever le bandeau qui recouvrait ses yeux. Elle poussa un grand cri. Tout autour d'elle, la lumière du jour naissant inondait la chambre. Et elle voyait clairement, nettement, distinctement. L'œil malade avait recouvré la santé, l'œil qui était mort était ressuscité: « Marthe! Marthe! cria-t-elle à sa sœur, j'y vois! j'y vois! je suis guérie! » La jeune Marthe, qui couchait dans la même chambre, se jette au bas du lit et accourt. Elle voit les yeux de Marie entièrement débarrassés de leur voile sanglant, ses yeux noirs et brillants, dans lesquels resplendissaient la force et la vie. Le cœur de la petite fille se tourne vers le père et la mère qui manquaient à cette joie. « Papa! maman! » cria-t-elle. Marie lui fit signe de se taire. « Attends, attends, dit-elle. Je veux voir auparavant si je puis lire. Donne-moi un livre ». L'enfant en prit un sur la table de la chambre. « Tiens », dit-elle. Marie ouvre le livre et y lit aussitôt, couramment, sans effort, comme tout le monde. La guérison était complète, radicale, absolue, et la sainte Vierge n'avait pas fait les choses à demi. Le père et la mère étaient accourus. « Papa, maman, j'y vois, je lis, je suis guérie! » Comment pourrions-nous peindre cette scène indescriptible? Chacun la comprend, chacun peut lavoir en descendant dans son propre cœur. La porte de la maison n'était pas encore ouverte. Les fenêtres étaient fermées, et leurs vitres transparentes ne laissaient passer que les premières clartés du matin. Qui donc aurait pu entrer et se mêler à la joie de cette famille retrouvant tout à coup le bonheur? Et cependant, ces chrétiens exaucés comprirent qu'ils n'étaient point seuls et qu'un être, puissant et invisible, était en ce moment au milieu d'eux.

Le père et la mère, la petite Marthe, tombèrent à genoux. Marie, encore couchée, joignit les mains, et de ces quatre poitrines oppressées d'émotion et de reconnaissance, sortit comme une action de grâces, le nom de la mère de Dieu: « Sainte Vierge Marie, ô Notre-Dame de Lourdes!... » Quelles furent leurs autres paroles, nous l'ignorons. Quant à leurs sentiments, qui ne les devine, en assistant par la pensée à ce bienheureux événement, à cet éclair de la puissance de Dieu, traversant tout à coup la destinée d'une famille éplorée, et changeant ses douleurs en félicité. Est-il besoin d'ajouter que, peu de temps après, Mlle Marie Moreau allait avec ses parents remercier Notre-Dame de Lourdes, à la Grotte de l'Apparition. Melle Moreau déposa ses vêtements sur l'Autel et reprit, tout heureuse et toute fière de les porter, les couleurs de la Reine des vierges. M. Moreau, dont auparavant la foi avait été si grande, était dans la stupeur. « Je croyais, disait-il, que ces grâces ne s'accordaient qu'à des saints. Comment se fait-il que de telles faveurs descendent aussi sur de misérables pécheurs comme nous? »

IV. Ces faits ont eu pour témoins toute la population de Fartas, qui prenait part à l'affliction de cette famille, l'une des plus estimées du pays. Chacun dans la ville a vu et peut attester que la maladie, jusque-là si désespérée, avait été guérie soudainement dès le commencement de la neuvaine. La Supérieure du Sacré-Cœur de Bordeaux, les cent cinquante élèves qui étaient les compagnes de Mlle Marie Moreau, les médecins de l'établissement ont constaté et la gravité de son état avant les événements que nous avons racontés, et ensuite sa complète guérison. Elle rentra en effet à Bordeaux, où elle passa encore deux ans pour terminer ses études. Le médecin oculiste, M. Bermont, ne pouvait revenir de sa surprise en présence de cet événement, si en dehors de la portée de son art. Nous avons vu sa déclaration attestant l'état de la malade et reconnaissant l'impuissance de la médecine à obtenir une telle guérison, « qui a persisté, dit-il, et qui persiste encore. Quant à l'instantanéité de cette guérison, telle qu'elle s'est produite, c'est, ajoute-t-il, un fait hors ligne qui sort tout à fait des procédés au pouvoir de la science médicale. En foi de quoi j'ai signé: Bermont ».Cette déclaration, datée du 8 février 1859, est déposée à l'évêché de Tarbes avec un grand nombre de lettres et de témoignages des habitants de Tari as, parmi lesquels figure celui du maire de la ville, M. Desbord.

Mlle Marie porta les couleurs de la Vierge jusqu'au jour de son mariage, qui eut lieu quelque temps après la lin de ses études et sa sortie du Sacré-Cœur. Ce jour-là même, elle se rendit à Lourdes et quitta la robe de la jeune fille pour revêtir celle de l'épouse. Elle voulut faire don de ce vêtement bleu et blanc à une autre enfant, aimée aussi par la sainte Vierge, à Bernadette. Ayant la même mère, n'étaient-elles pas un peu sœurs? C'est le seul cadeau que Bernadette ait jamais accepté. Elle, a porté pendant plusieurs années, jusqu'à ce qu'elle ait été tout à fait usée, cette robe dont les couleurs rappelaient la bienfaisante toute-puissance de la divine Apparition de la Grotte. Voilà déjà onze ans que ces événements se sont accomplis. Le bienfait accordé par la très Sainte Vierge n'a point été retiré: la vue de Mlle Moreau a continué d'être parfaite: jamais une rechute, jamais une indisposition, même légère. A moins d'un suicide, je veux dire d'un acte d'ingratitude ou d'un abus de grâces, ce que Dieu ressuscite ne meurt plus. Resurgens, jam non moritur. Mlle Marie Moreau se nomme aujourd'hui Mme d'Izarn de Villefort; elle est mère de trois superbes enfants qui ont les plus beaux yeux du monde. Bien que ce soient des garçons, il n'en est pas un seul qui, parmi ses prénoms de baptême, ne porte en tête le nom de Marie.

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Prière pour la Famille

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, nous venons de contempler avec attendrissement un ménage chrétien que votre grâce a visité, et que votre droite a béni. Fille de Joachim et d'Anne, épouse de Joseph, mère de Jésus, jetez un regard de compassion et de bienveillance sur toutes les familles de la terre, et guérissez les maux intimes dont chacune d'elles peut souffrir. Hélas! que de ménages ici-bas vivent dans l'amertume, le déchirement et les larmes! combien, par leur propre faute, transforment en une sorte d'enfer ce saint état de mariage, le seul sacrement dont l'origine remonte au Paradis terrestre et qui, lorsque les époux savent s'aimer en Dieu, conserve encore, en ce monde déchu, une part délicieuse de la félicité primitive. Combien d'époux désunis! Combien de maris durs, pleins d'inconduite, adonnés à quelque vice, font le désespoir de leurs femmes, combien de femmes acariâtres, vaines, légères, fantasques, maussades, d'un caractère affreux, font le malheur de leur mari! Combien de parents peu pénétrés de leurs devoirs; combien d'enfants ingrats; combien de plaies et de hontes cachées; combien de profanations sacrilèges dans cet auguste Sacrement que saint Paul appelle « grand devant Dieu et grand devant l'Église », dans ce Sacrement qui a pour but immuable de perpétuer le genre humain. Et aussi que d'épreuves envoyées par Dieu! que de maladies, de traverses humaines, de stérilités cruelles, de morts et de séparations douloureuses! O Marie, Mère très pure et Épouse du Saint-Esprit, modèle de toute force et de toute douceur, venez au secours de tant de coupables et d'infortunés. Convertissez eux qui pèchent: donnez le courage et la patience à ceux qui souffrent. Faites entrer dans ces maisons si tristes, le divin médecin qui peut guérir les maux les plus désespérés, le Suprême Consolateur qui adoucit toute peine et rend léger tout fardeau. très douce, ô très bonne, ô très pieuse Vierge Marie, regardez toutes les familles, entendez le cri de tant de misères, de tant de chagrins, et écoutez alors la voix de votre maternelle compassion et de voire miséricorde, la voix de votre propre cœur, vous disant à vous-même comme nous vous le disons tous ici: Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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10 mai 2012

Saint Joseph-Marie Gambaro

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Saint Joseph-Marie Gambaro

Franciscain Martyr de la persécution des Boxers

1869-1900

Fête le 8 juillet

 

Saint-Joseph-Marie Gambaro est né en Italie, à Galliate, ville piémontaise de la province de Novare, le 7 Août 1986. A l'âge de 14 ans, il entre chez les Franciscains du Couvent de Monte. Il est ordonné prêtre en 1892, puis est nommé directeur du nouveau couvent franciscain d'Ornavasso, en Décembre de 1895, il obtient de partir pour les missions de la Chine. Arrivé dans le Hunan, Monseigneur Fantosati, le nomme professeur et directeur du Séminaire de Sce-fan-tan. A Pâques 1900, le Père Gambaro se voit attribuer une mission Tciu-Yen et, après la Pentecôte, quand la révolte des Boxers fait rage, il accompagne Monseigneur Fantosati pendant dans sa visite à la Communauté persécutée. Il est martyrisé pendant ce voyage, à Hengyang, le 7 juillet 1900. Béatifié le 24 novembre 1946, il a été canonisé le 1er octobre 2000 avec les 120 martyrs de Chine.

 

Prière

 

Seigneur, Vous voulez que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la Vérité ; faites qu'à la prière de Saint Joseph-Marie Gambaro et de ses compagnons, tous les peuples Vous connaissent, seul vrai Dieu, et Celui que Vous avez envoyé, Jésus, le Christ, Votre Fils, notre Seigneur et Notre Dieu. Lui qui vit et règne avec Vous, dans l'Unité du Saint Esprit, un seul Dieu, maintenant et toujours et pour les siècles et les siècles. Amen.


23 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Vingt-quatrième jour

La presse de France et de l'étranger, polémique, le Chef de l'État, Jean-Marie Tambourné

 

I. L'Ordonnance de l'Évêque constituant une Commission d'examen, et l'Analyse de M. Filhol enlevaient à M. le baron Pardoux, à M. Gustave R. et à M. Dominique tout prétexte de continuer la violence, tout prétexte de maintenir autour de la Grotte des prohibitions rigoureuses, des barrières et des Gardes. Pour justifier l'interdiction du terrain communal, on avait dit : « Considérant qu'il importe, dans l'intérêt de la Religion, de mettre nun terme aux scènes regrettables qui se passent à la Grotte de Massabielle... » Or, en déclarant les choses assez graves pour intervenir, et en prenant en main l'examen de tous ce qui importait « à l'intérêt de la Religion », l'Evêque désarmait le pouvoir civil de ce motif si hautement invoqué. Pour justifier l'interdiction d'aller boire à la Source jaillie sous les mains de Bernadette en extase, on avait dit : « Considérant que le devoir du Maire est de veiller à la santé publique ; considérant qu'il y a de sérieuses raisons de croire que cette eau contient des principes minéraux, et qu'il est prudent, avant d'en permettre l'usage, d'attendre qu'une analyse scientifique fasse connaître les applications qui en pourraient être faites par la Médecine... » Or, en déclarant que l'eau n'avait aucun principe minéral et en établissant qu'elle pouvait être bue sans inconvénient, M. Filhol anéantissait, au nom de la Science et de la Médecine, cette prétendue raison de la « santé publique ».

Donc le Pouvoir civil n'avait qu'à lever toutes ses défenses, toutes ces prohibitions, toutes ses barrières : il n'avait qu'à laisser les peuples absolument libres de boire à cette Source, dont la parfaite innocuité était proclamée par la Science ; il n'avait qu'à reconnaître leur droit d'aller s'agenouiller au pied de ces Roches mystérieuses, où désormais l'Eglise veillait. Il n'en fut pas ainsi. A cette solution, si clairement indiquée par la logique et par la conscience, il y avait un obstacle puissant : l'orgueil. L'orgueil régnait du bas en hait de l'échelle, depuis Dominique et Vital jusqu'au Ministre, en passant par le baron Pardoux et par toute la secte philosophante. Il leur semblait dur de reculer et de rendre les armes. L'orgueil ne se soumet jamais. Il aime mieux se camper audacieux dans l'illogique, que de s'incliner devant l'autorité de la raison. Furieux, hors de lui-même, absurde, il se dresse contre l'évidence. Il résiste, il refuse de plier, il se raidit, jusqu'à ce que tout à coup la force survienne et le brise violemment, non sans dédain.

II. Il restait aux ennemis officiels de la Supersition une dernière arme à employer, une suprême lutte à essayer. Si la bataille semblait définitivement perdue dans les Pyrénées, peut-être pouvait-on reconquérir la position à Paris, et s'emparer, en France et en Europe, de l'opinion publique, avant que le peuple cosmopolite des touristes et des baigneurs, en retournant dans ses foyers, eût répandu partout ses impressions fâcheuses et ses sévères jugements. On le tenta. Une campagne formidable fût organisée par la presse irréligieuse de Paris, de la province et de l'étranger, contre les événements de Lourdes et l'ordonnance de l'Evêque. Pendant que les généraux de la Libre Pensée livraient sur ce vaste terrain le combat décisif, le Préfet des Hautes Pyrénées, comme Kellermann à Valmy, eut pour consigne de maintenir, quoi qu'il advint, sa ligne d'opération, de ne pas reculer d'une semelle et de ne capituler à aucun prix devant l'ennemi. On connaissait l'intrépidité du baron Pardoux et on n'ignorait point que les arguments, ni la raison, ni les considérations morales, ni le spectacle des Miracles les plus éclatants ne triompheraient de sa fermeté invincible. Il tiendrait bon sur son terrain effondré.

L'absurde était bien défendu. Le Journal des Débats, le Siècle, la Presse, l'Indépendance Belge et plusieurs feuilles étrangères donnèrent à la fois et attaquèrent avec violence. Les plus petits journaux des plus petits pays tinrent à l'honneur de figurer dans cette levée de bouclier contre le Surnaturel. Les uns, comme la Presse ou le Siècle, attaquaient le Miracle en principe, déclarant qu'il avait fait son temps, qu'on ne discutait pas avec lui, et que, dans une question déjà jugée a priori par les lumières de la philosophie, examiner n'était pas de la dignité du Libre examen. D'autres journaux s'employaient vaillamment à défigurer les faits. En même temps qu'il attaquait le Miracle en principe, le Siècle, malgré l'évidence des choses et l'énorme jaillissement d'une Source de cent et quelques mille litres d'eau par jour, en était encore, en sa qualité de journal avancé, à la thèse arriérée de l'hallucination et du suintement. « Il nous semble difficile, disait-il doctoralement, que d'une hallucination, vraie ou fausse, d'une fillette de quatorze ans et d'un suintement d'eau pure dans une grotte, on parvienne à faire un miracle ». Quant aux guérisons miraculeuses, on s'en débarrassait d'un seul mot : « Les hydropathes aussi prétendent faire les cures les plus brillantes avec l'eau pure, mais il n'ont pas encore crié sur les toits qu'ils font des miracles ».

En dehors des événements eux-mêmes et du Miracle, le centre d'attaque était l'ordonnance de l'Evêque de Tarbes. La philosophie, au nom de l'infaillibilité de ses dogmes, s'indignait contre l'examen, contre l'étude scientifique, contre l'expérience. « Il n'y a pas lieu à une enquête quand il s'agit de miracle. Examiner les faits surnaturels, ce serait les admettre comme possibles et renier par là même ses propres principes. En de telles matières, les preuves et les témoignages ne sont rien. On ne discute pas avec l'impossible, on hausse les épaules et tout est dit ». Tel était le thème sur lequel roulait, en mille variations diverses, la polémique ardente et irritée de la presse irréligieuse. Vainement, elle s'obstinait à nier ou à dénaturer, elle avait peur de l'examen, devinant, avec un instinct très sûr que la défaite l'y attendait. Dans cette lutte désespérée contre l'évidence des faits et les droits de la raison, quelques uns invitaient le Gouvernement à empêcher cette enquête au nom de l'ordre public. Dans les départements, les journaux se faisaient l'écho des feuilles parisiennes. La bataille se livrait partout et par tous. A Tarbes, l'Ere Impériale, inspirée par le Préfet, bourrait son escopette des arguments venus de Paris, et tirait à bout portant, tous les deux jours, contre le Surnaturel. Le Petit Lavedan, lui-même avait retrouvé quelques brins de poudre, fortement mouillés, il est vrai, par l'eau de la Grotte, et il s'efforçait, aidé, disait-on, par Dominique, de diriger contre le Miracle son pistolet hebdomadaire qui ratait tous les sept jours.

III. L'univers, l'Union, la plupart des journaux Catholiques soutinrent vaillamment le choc universel. De puissants talents se mirent au service de la Vérité, plus puissante encore. La presse chrétienne rétablit la réalité de l'histoire et dissipa les misérables arguties du fanatisme philosophique. « Devant les faits inexpliqués auxquels la Foi ou la crédulité de la multitude attribue un caractère surnaturel, l'Autorité civile, disait M. Louis Veuillot, a tranché, sans information, mais aussi sans succès, par la négative. L'Autorité spirituelle intervient à son tour ; c'est son droit et son devoir. Avant de juger, elle informe. Elle institue une Commission, une sorte de tribunal d'enquête pour rechercher les faits, pour les étudier, pour en déterminer le caractère. S'ils sont vrais, et s'ils ont un caractère surnaturel, la Commission le dira. S'ils sont faux, ou s'ils n'ont qu'un caractère naturel, elle le dira de même. Que peuvent désirer de plus nos adversaires ? Veulent-ils que l'Evêque s'abstienne, au risque de méconnaître une grâce que Dieu daignerait accorder à son Diocèse ou, dans le second cas, de laisser s'enraciner une superstition ? Quant à empêcher la Commission épiscopale de fonctionner, nous doutons qu'il y ait des lois qui donnent ce pouvoir à l'Etat ; et, s'il y en a, la sagesse de l'Etat devrait s'abstenir d'en user. D'une part, rien ne saurait davantage favoriser la Superstition. Sans l'enquête épiscopale, la crédulité populaire s'égarerait comme elle le voudrait, car il n'y a pas de loi qui puisse obliger l'Evêque à prononcer sur un fait qu'il n'a pu connaître et qu'on lui interdit même de connaître... Les ennemis de la Superstition n'ont qu'une chose à faire, c'est d'instituer eux-mêmes une Commision, de faire une contre-enquête et de publier le résultat, dans le cas bien entendu où l'enquête épiscopale conclurait au miracle. Car si elle conclut que les faits sont faux, ou qu'il y a illusion, tout sera dit ». Avec une réserve véritablement admirable au milieu de l'animation des esprits, la presse Catholique se refusa à se prononcer sur le fond même des événements. Elle ne voulut prématurer en rien l'avis de la Comission épiscopale. Elle se borna à redresser les calomnies, les fables grossières, les sophismes, à maintenir la grande thèse historique du Surnaturel, et à revendiquer, au nom de la raison, les droits de l'examen et la liberté de la lumière. « Le fait de Lourdes, disait l'Univers, n'est encore ni vérifié ni caractérisé. Il peut y avoir là un Miracle, il peut n'y avoir qu'une illusion. C'est la décision de l'Evêque qui tranchera le débat ».

IV. On le voit, dans la vaste polémique qui s'agitait sur cette illustre question des Miracles au sujet des événements de Lourdes, les deux camps étaient absolument tranchés. D'un côté les catholiques faisaient appel à un loyal examen ; de l'autre les pseudo-philosophes tremblaient devant la lumière. Les premiers disaient: « Qu'on ouvre une enquête », les seconds s'écriaient: « Qu'on coupe court à tout débat ». Ceux-là avaient pour devise la liberté de conscience; ceux-ci conjuraient César d'opprimer violemment ce mouvement religieux et de l'étouffer, non par la puissance des arguments, mais par la brutalité de la force. Tout esprit impartial, placé par. ses idées ou par sa position en dehors de la mêlée, ne pouvait s'empêcher de voir avec la dernière évidence que la justice, la vérité, Ja raison étaient du côté des catholiques. Il suffisait pour cela de ne pas être aveuglé par la fureur de la lutte ou par un parti pris absolu. Bien que, dans la personne d'un Commissaire, d'un Préfet et d'un Ministre, l'Administration eût malheureusement pris en cette grave affaire un rôle des plus passionnés, il existait un homme puissant qui n'avait agi en rien et qui se trouvait, quelles que fussent ses idées religieuses, philosophiques et politiques, dans les conditions d'une parfaite impartialité. Que le Surnaturel se fût manifesté ou non aux portes de Lourdes, cela était indifférent aux plans de sa pensée et à la marche de ses affaires. Ni son ambition, ni son amour-propre, ni ses doctrines, ni ses antécédents n'étaient engagés en cette question. Quelle est l'intelligence qui, dans de telles conditions, ne soit équitable et ne donne raison à la justice et à la vérité? On ne viole la Justice et on n'outrage la Vérité que lorsqu'on croit utile de les fouler aux pieds, en vue de quelque puissant intérêt de fortune, d'ambition ou d'orgueil. L'homme dont nous parlons s'appelait Napoléon III et était, d'aventure, Empereur des Français. Impassible, suivant sa coutume , muet comme les sphinx de granit qui veillent aux portes de Thèbes, il suivait la polémique, regardant osciller la bataille et attendant que la conscience publique lui dictât, pour ainsi dire, sa décision.

V. Pendant que Dieu livrait ainsi son œuvre aux disputes humaines, il ne cessait d'accorder des grâces visibles aux âmes humbles et croyantes qui venaient à la Source miraculeuse implorer la souveraine puissance de la Vierge-Mère. Un enfant de Saint-Justin, dans le département du Gers, Jean-Marie Tambourné, était .depuis quelques mois absolument infirme de la jambe droite. Il y ressentait des douleurs tellement aiguës qu'elles avaient tordu les membres violemment et que le pied, complètement tourné en dehors par ces crises de souffrance, en était venu à former un angle droit avec l'autre pied. La santé générale avait été promptement altérée et désorganisée par cet état de douleur continuelle qui enlevait à l'enfant le sommeil comme l'appétit. Jean-Marie dépérissait. Ses parents, qui étaient dans une certaine aisance, avaient épuisé pour le guérir tous les traitements indiqués par les médecins du pays. Rien n'avait pu Vaincre ce mal invétéré. On avait eu recours aux eaux de Blousson et à des bains médicinaux. Tout avait à peu près échoué. Les très-légères améliorations momentanées aboutissaient constamment à des rechutes désastreuses. Les parents en étaient venus à perdre toute confiance dans les moyens scientifiques. Dégoûtés de la médecine, ils tournèrent leurs espérances vers la mère de miséricorde qui, disait-on, était apparue aux Roches Massabielle. Le 23 septembre 1858, la femme Tambourné conduisit Jean-Marie à Lourdes par la voiture publique. La distance était longue. Elle est d'environ 50 kilomètres.

Arrivée à la ville, la mère, portant dans ses bras son malheureux fils, se rendit à la Grotte. Elle le baigna dans l'eau miraculeuse, priant avec ferveur Celle qui a voulu être nommée dans le Rosaire la « Santé des Infirmes ». L'enfant était tombé dans une sorte d'état extatique. Ses yeux étaient grands ouverts, sa bouche demi-béante. Il semblait contempler quelque spectacle inconnu. « Qu'as-tu? » lui dit sa mère. « Je vois le bon Dieu et la Sainte Vierge », répondit-il. La pauvre femme, à ces mots, éprouva une commotion profonde en l'intime de son cœur. Une sueur étrange mouilla son visage. L'enfant était revenu à lui. « Mère, s'écria-t-il, mon mal est parti. Je ne souffre plus. Je puis marcher. Je me sens fort comme autrefois ». Jean-Marie disait vrai: Jean-Marie était guéri. Il rentra à pied à Lourdes. Il y mangea, il y dormit. En même temps que la douleur et l'infirmité s'en étaient allées, l'appétit et le sommeil étaient revenus. Le lendemain la femme Tambourné retourna baigner encore son fils à la Grotte et y fit célébrer dans l'église de Lourdes une messe d'actions de grâces. Puis ils repartirent tous deux, non plus en voiture, mais à pied. Lorsque, après avoir couché en route, ils arrivèrent à Saint-Justin, l'enfant aperçut son père qui se tenait sur la route, regardant sans doute si quelque voiture ne lui ramenait pas les pèlerins. Jean-Marie, le reconnaissant de loin, quitta la main de sa mère et se mit à courir. Le père, à ce spectacle, manqua défaillir. Mais son enfant bien-aimé était déjà dans ses bras. « Père! s'écriait-t-il, la sainte Vierge m'a guéri ». Le bruit de cet événement se répandit bien vite dans le bourg où tout le monde connaissait Jean-Marie. De tous côtés on accourait pour le voir. Ces guérisons et beaucoup d'autres continuaient d'attester, d'une façon irrécusable, l'intervention directe de Dieu. Dieu manifestait sa puissance en rendant la santé aux malades, et il était évident que, s'il avait permis la persécution, cela était nécessaire à la conduite de ses desseins. Il dépendait de Lui de la faire cesser, et, pour cela, d'incliner comme il lui plaisait la volonté des grands ce la terre.

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Prière pour la presse

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, vous avez livré votre œuvre aux disputes humaines et vous avez voulu qu'elle sortit triomphante des attaques furieuses de cette puissance, redoutable entre toutes qu'on appelle la Presse et qui, depuis qu'elle existe, a égaré tant de consciences et accumulé tant de ruines. Qu'elles sont sages, ô Marie, les prescriptions, aujourd'hui si méconnues, de l'Église notre Mère, qui refusent très-justement au mensonge, à l'immoralité, à l'irréligion, le droit d'employer la Presse pour tromper et corrompre les peuples, comme on refuse aux scélérats le droit de prendre les armes, de se réunir en bandes et d'attaquer la société. La Presse ne devrait être qu'un instrument admirable pour la propagation du bien, de la justice, de la vérité parmi les hommes; et voilà que, par la faiblesse insensée ou parla complicité coupable des pouvoirs publics, elle s'est retournée contre son but véritable et semble avoir pris pour mission monstrueuse de répandre dans tout l'univers l'impiété de l'esprit, la dépravation des mœurs, l'iniquité des consciences, l'erreur, la haine, les révolutions, la mort. Très Sainte Vierge Marie, dont les lèvres infiniment pures, loin de profaner le don de Dieu, ne se sont jamais ouvertes que pour la prière, pour la charité, pour les louanges du Seigneur et l'édification des hommes, Très-Sainte Vierge Marie, considérez les multitudes envahies par ce déluge, et venez à notre secours! Envoyez vos plus puissantes bénédictions aux écrivains qui servent Dieu, qui servent l'Église, qui servent les hommes, qui défendent le vrai contre le faux, le beau contre le laid, le bien contre le mal, et qui essayent d'opposer quelque digue aux flots mortels qui envahissent la terre. Donnez-leur le don de convaincre, de persuader, de convertir. Que dans la grande mêlée des esprits, l'Archange saint Michel les inspire, les soutienne, combatte avec eux, afin que, comme lui et avec lui, ils mettent enfin en déroute l'armée de Satan et de ses anges, et que, sur la terre transfigurée, comme dans les profondeurs du Ciel, on n'entende plus qu'un seul cri, que la Presse regénérée fera retentir à tous les coins du monde: « Qui est comme Dieu? Vive le Seigneur! » Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit il.

 

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21 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

 Bertrand-Sévère_Laurence

Vingt-deuxième jour

Le juge Jean D, réserve de l'Êvêque, murmures des multitudes, fermentation populaire

 

I. Il y avait à Lourdes un Juge de Paix. Cet homme se nommait Jean D. Il était aussi acharné contre la Superstition que les Dominique, les Pardoux, les Vital et autres autorités constituées. Ce juge, ne pouvant en telles circonstances condamner les délinquants qu'à une amende minime, imagina un moyen détourné de rendre l'amende énorme et véritablement redoutable pour les pauvres gens qui, de tous côtés, venaient prier devant la Grotte et demander à la Vierge, celui-ci, le retour d'une santé perdue; celui-là, la guérison d'un enfant bien-aimé; un troisième, quelque grâce spirituelle, quelque consolation à une grande douleur. M. Jean D., agissant au correctionnel, condamnait ces malfaiteurs à cinq francs d'amende. Mais, par une conception digne de son génie, il englobait en un seul jugement tous ceux, qui avaient violé la défense préfectorale soit en faisant partie de la même foule, soit même, paraît-il, en se rendant à la Grotte dans le cours de la même journée. Et il prononçait, contre eux tous, une condamnation solidaire aux dépens. De sorte que, pour peu que cent ou deux cents personnes se rendissent ainsi aux Roches Massabielle, chacune d'elles se trouvait exposée à payer non seulement pour elle-même, mais pour les autres, c'est-à-dire à verser une somme de 500 à 1000 francs. Et cependant, comme la condamnation individuelle et principale n'était que de cinq francs, la décision de ce magistrat était sans appel devant un tribunal supérieur et il n'y avait aucun moyen de la faire réformer. Le juge Jean D. était tout-puissant, et c'est ainsi qu'il usait de sa toute-puissance.

II. Le Clergé continuait à ne pas se rendre, à la Grotte et à se tenir entièrement en dehors du mouvement. Les ordres de Mgr Laurence à ce sujet étaient strictement observés dans tout le diocèse. Les populations, cruellement agitées par les persécutions administratives, se tournaient avec anxiété vers les autorités ecclésiastiques chargées par Dieu de la conduite et de la défense des Fidèles, et elles s'attendaient à voir l'Évêque protester énergiquement contre la violence faite à leur liberté religieuse. Attente vaine. Monseigneur gardait un silence absolu, et laissait faire le Préfet. Bien plus, M. Pardoux faisait imprimer dans ses journaux qu'il agissait de concert avec l'autorité ecclésiastique, et, à la stupéfaction générale, l'Evêque ne démentait point une telle assertion. L'âme des peuples était troublée. Déjà, dès les commencements, la foi ardente des multitudes avait peu compris l'extrême prudence du Clergé. Au point où en étaient les événements, après tant de preuves de la réalité des Apparitions de la Vierge, après le jaillissement de la Source, après tant de guérisons et de miracles, cette réserve excessive de l'Ëvêque en présence d'un Pouvoir persécuteur leur paraissait une inexplicable défection. Le respect qu'on avait pour son caractère ou pour sa personne ne suffisait pas complètement pour contenir l'expression des murmures populaires. Pourquoi ne pas se prononcer sur le fait, alors que les éléments de certitude affluaient de toute part? Pourquoi au moins ne pas ordonner une enquête, une étude de la question, un examen quelconque pour guider la foi de tous et l'empêcher de s'égarer? Les événements qui suffisaient pour bouleverser le Pouvoir civil et pour soulever d'innombrables populations n'étaient-ils donc pas dignes de l'attention de l'Évêque? Par la logique des événements et la pente naturelle du cœur humain, ce vaste mouvement d'hommes et d'idées, si essentiellement religieux dans son principe, menaçait de devenir anti ecclésiastique. Les multitudes s'irritaient de plus en plus contre l'abstention si prolongée du Clergé Mgr Laurence continuait cependant de demeurer dans son immobile réserve. Quelles étaient les raisons du prélat pour résister à cette voix du peuple qui est quelquefois la voix du Ciel? Était-ce prudence divine? Était-ce prudence humaine? Était-ce sagesse? Était-ce faiblesse?

III. Croire n'est pas facile. Malgré tant de preuves éclatantes, Mgr Laurence conservait encore des doutes et hésitait à agir. Sa foi très- savante n'allait pas aussi vite que la foi des simples. Comme l'apôtre Thomas, refusant de croire aux témoignages des autres Disciples et des saintes Femmes, Mgr Laurence aurait voulu voir toutes choses de ses yeux et les toucher de ses mains. Bien que, par moments, il fût vivement frappé de tant d'événements extraordinaires, il craignait tellement d'affirmer légèrement le Surnaturel, qu'il eût peut être risqué de le méconnaître ou de ne le confesser que trop tard, si la grâce de Dieu n'eût tempéré en lui et renfermé dans les limites d'une juste mesure cette pente native que nous venons d'indiquer. Non-seulement Mgr Laurence hésitait à se prononcer, mais il hésitait même à ordonner une enquête officielle. Evêque catholique, fortement pénétré de la dignité extérieure de l'Église, il avait quelque peur de compromettre la gravité de cette mère du genre humain, en l'engageant prématurément dans le solennel examen de tous ces faits singuliers dont il n'avait pas une connaissance personnelle suffisante, et qui pouvaient, après tout, n'avoir pour base que les enfantillages d'une petite bergère et les vaines illusions de pauvres, âmes fanatisées. Dans cet esprit de prudence et d'expectative, l'Evêque ordonna au Clergé diocésain de prêcher hautement le calme aux populations, et d'employer son influence à les faire se soumettre à l'Arrêté du Préfet. Éviter tout désordre matériel, ne créer aucun embarras nouveau, favoriser même, par respect pour le principe d'Autorité, l'exécution des mesures prises au nom du Pouvoir et voir venir les événements, paraissait à l'Évêque le plus sage de tous les partis. Peut-être, un autre en sa place eût-il raisonné d'autre sorte. Mais il était bon qu'il raisonnât et qu'il agît ainsi; il était bon qu'il ne crût pas encore.

Plus l'Évêque se tenait en dehors du mouvement, plus il était rebelle ou même un peu hostile a la foi populaire, et plus l'œuvre surnaturelle montrait sa force en triomphant sans aucune aide extérieure, par elle-même, par sa vérité intrinsèque, par sa puissance propre, et malgré l'animosité ou l'abstention de tout ce qui, en ce monde, porte le nom de Pouvoir. La Providence avait résolu qu'il en fût ainsi, et que le grand fait de l'Apparition de la Très-Sainte Vierge au dix-neuvième siècle, traversât, comme le Christianisme naissant, les épreuves et les persécutions. Elle voulait que la foi universelle commençât par les petits et les humbles, de façon que là, comme au Royaume du Ciel, les derniers fussent les premiers et les premiers les derniers. Il était donc nécessaire, dans la pensée divine, que l'Évêque, bien loin d'avoir l'initiative, fût des plus longs, j'allais dire des plus durs à se rendre, pour ne céder enfin, après tous les autres, qu'à la gravité irrécusable des témoignages et à l'irrésistible évidence des faits. Et voilà pourquoi il avait plu à Dieu de ne pas donner tout d'abord à Mgr Laurence la foi en l'Apparition et de le maintenir dans le doute, malgré tant de faits éclatants.

IV. Moins calmes et moins patientes que l'Évêque, emportées par l'enthousiasme des grandes choses qui se passaient sous leurs yeux, et^par l'émouvant spectacle des guérisons miraculeuses qui se multipliaient, les populations, cependant, ne se laissaient nullement arrêter par les mesures violentes de l'Administration. Les plus intrépides, bravant les tribunaux et leurs amendes, franchissaient les barrières et venaient prier devant la Grotte, après avoir jeté leur nom aux Gardes qui veillaient à l'entrée du terrain communal. Parmi ces Gardes, plusieurs croyaient comme la foule et commençaient, en arrivant, et avant de se mettre en faction, par s'agenouiller à l'entrée du lieu vénéré. Placés entre le morceau de pain que leur donnait leur modeste emploi de Sergent de ville ou de Cantonnier et la besogne répugnante qu'on leur imposait, ces pauvres gens, dans leur prière à la Mère des indigents et des faibles, rejetaient la responsabilité de la douloureuse consigne qu'ils exécutaient sur les Autorités qui les forçaient d'agir. Malgré cela, ils remplissaient strictement leur tâche et verbalisaient régulièrement contre les délinquants.

Bien que, dans leur zèle impétueux, beaucoup de croyants s'exposassent volontiers au péril pour aller publiquement invoquer la Vierge au lieu de l'Apparition, la jurisprudence de M. Jean D. dont l'amende, en apparence de 5 francs, pouvait s'élever, ainsi que nous l'avons expliqué, à des sommes énormes, était faite pour effrayer la multitude. Pour un grand nombre, pour tous ceux du menu peuple, une telle condamnation eût été une ruine complète. Aussi, la plupart essayaient-ils d'échapper à la rigoureuse surveillance du Pouvoir persécuteur. Parfois les croyants, respectant les barrières, où stationnaient les Gardes à la frontière du terrain communal, parvenaient à la Grotte par des chemins détournés. Quelqu'un d'entre eux, laissé en arrière, faisait le guet et prévenait, par un signal convenu, de l'arrivée de la Police. Des malades furent ainsi péniblement transportés jusqu'à la Source miraculeuse. L'autorité officielle, informée de ces infractions, doubla les postes, et intercepta tous les sentiers. On en vit alors, malgré la violence des eaux, traverser le Gave à la nage pour venir prier devant la Grotte et boire à la sainte Fontaine. La nuit favorisait de telles infractions qui se multipliaient de plus en plus, en dépit du bon vouloir et de l'activité des Agents.

L'influence du Clergé était diminuée, presque compromise, par les raisons que nous avons exposées. Malgré les efforts qu'ils faisaient pour se conformer aux injonctions de l'Évêque, les prêtres étaient impuissants à cal- mer les esprits agités et à faire comprendre que les actes, mêmes arbitraires, du Pouvoir devaient être respectés. L'ascendant personnel du Curé de Lourdes, si aimé et si vénéré, commençait à échouer devant l'irritation populaire. L'ordre était menacé par les mesures mêmes que l'on avait prises sous prétexte de le maintenir. Les populations, froissées dans leurs croyances les plus chères, oscillaient entre la soumission et la violence. Si, d'un côté, on signait dans toutes les maisons des pétitions à l'Empereur pour demander, au nom de la liberté de conscience, le retrait de l'Arrêté préfectoral, de l'autre, à trois ou quatre reprises, les planches qui fermaient la Grotte furent brisées nuitamment et jetées dans le Gave. Dominique s'efforça en vain de découvrir les croyants, peu respectueux pour l'Autorité, qui se livraient à ce délit jusqu'ici inconnu dans nos Codes: la prière nocturne, avec effraction et bris de clôtures.

Un jour la foule plus nombreuse que de coutume ne put se contenir et franchit Ta barrière en niasse compacte, sais rien répondre aux interpellations et aux cris effarés des agents. La Police, se troublant devant ces milliers d'hommes, recula et laissa passer le torrent. Le lendemain, les ordres et les remontrances du Préfet vinrent réconforter la Police et prescrire une surveillance de plus en plus sévère. On augmenta les forces: on fit entendre aux agents le mot de destitution. La rigueur. redoubla. Des bruits sinistres, absolument faux mais habilement répandus et facilement acceptés par les multitudes, parlaient de prison pour les délinquants. La pénalité réelle ne suffisant pas, on essayait de faire naître dans l'âme des croyants une sorte de terreur par des menaces imaginaires. D'une façon ou d'une autre, on parvint à empêcher pendant quelques jours le renouvellement des infractions ouvertes. Parfois, des malheureux, venus de loin, des infortunés en proie à la paralysie, à la cécité, à quelqu'une de ces tristes infirmités que la médecine abandonne, et que Dieu seul a le secret de guérir, arrivaient chez le Maire, et ils suppliaient à mains jointes de leur permettre d'aller chercher une suprême chance de salut à la Source miraculeuse. Le Maire, obstiné dans la consigne préfectorale, et montrant, dans l'exécution des mesures prises, cette énergie de détail par laquelle les natures faibles se trompent elles-mêmes, le Maire refusait, au nom de l'Autorité supérieure, la permission demandée.

Le plus grand nombre allait alors sur la rive droite du Gave en face de la Grotte. Il y avait là, à certains jours, un peuple innombrable, sur lequel on n'avait aucune prise; car le terrain que foulaient ces multitudes appartenait à des particuliers, qui croyaient attirer sur eux la bénédiction du ciel en autorisant les pèlerins à venir s'agenouiller dans ces prairies, et à y prier les yeux tournés vers le lieu des Apparitions et la Fontaine des Miracles. Durant ce concours prodigieux, la jeune Bernadette, épuisée par son asthme, fatiguée sans doute aussi partant de visiteurs, qui voulaient la voir et l'entendre, tomba malade. Dans son vif désir de calmer les esprits et d'éloigner toute cause d'agitation, Monseigneur profita de cette circonstance pour faire conseiller aux parents d'envoyer Bernadette aux eaux de Gauterets qui sont toutes voisines de Lourdes. C'était un moyen de soustraire la Voyante à ces dialogues, à ces interrogations, à ces récits de l'Apparition dont tout le monde était avide et qui entretenaient l'émotion populaire. Les Soubirous, inquiets de l'état de Bernadette et trouvant, de leur côté, que ces perpétuelles visites la brisaient, la confièrent a une tante qui allait elle-même à Cauterets et qui se chargea gratuitement des menues dépenses de ce voyage, d'ailleurs très-peu coûteux à cette époque de l'année où les thermes sont encore presque déserts. Les privilégiés et les riches n'y viennent qu'un peu plus tard et il n'y a guère à Cauterets, pendant le mois de juin, que quelques pauvres gens de la Montagne. Malade, cherchant le silence et le repos, essayant de se soustraire le plus possible à la curiosité publique, Bernadette y prit les eaux pendant deux ou trois semaines.

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Prière pour les Evêques

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Qu'elle est grande, ô Notre-Dame de Lourdes, la responsabilité qui pèse sur les Évêques du monde chrétien! Et combien ils ont besoin de grâces particulières et surabondantes pour accomplir dignement leur charge redoutable. Ne sont-ils pas parmi la grande multitude des âmes, attaquées par Satan et ses anges, ce que sont les généraux dans une armée en bataille. Leurs vertus, leur vigilance, leur savoir, leur courage sont le salut des peuples; leurs fautes, même légères, leurs négligences, leurs défaillances devant un devoir ont des conséquences incalculables, et compromettent invisiblement tantôt quelques êtres isolés, tantôt des groupes considérables, tantôt le troupeau tout entier confié à leurs soins, et dont ils répondent âme pour âme. Les hommes voient chaque jour de tels désastres s'accomplir à la lettre dans les armées où il s'agit du salut matériel. Dieu les voit s'accomplir mystérieusement dans le sein de l'Église, où il s'agit du salut moral et de l'éternelle vie. O notre Mère, qu'elle est terrible la responsabilité qui pèse sur les Évêques! Priez pour eux. Priez pour eux, Épouse du Saint-Esprit, et faites pénétrer jusqu'en la substance de leur âme les sept Dons divins qu'au sacrement de Confirmation leurs mains épiscopales ont le pouvoir de faire descendre sur le Fidèle agenouillé. Obtenez-leur le don de Sagesse afin que, n'aimant en ce monde que la volonté de Dieu, et ne trouvant de saveur qu'aux joies de la vertu, ils gouvernent la terre avec une âme toute céleste. Obtenez -leur le don d'Intelligence pour qu'ils comprennent la Vérité, qui est Dieu même, et qu'ils sachent la préserver de toute attaque, violente ou captieuse, de tout piège inventé par la malice des hommes. Obtenez-leur le don de Conseil, afin que, pénétrés de la gravité de chacun de leurs actes, ils s'inspirent toujours d'une prudence divine quand il s'agit du choix des hommes ou de la direction des choses. Qu'ils ne se laissent abuser, ni par les ruses des habiles, ni par l'intrigue des ambitieux, ni par les sophismes profanes qui essayeraient de mêler les scories de la terre à l'Église de Jésus-Christ. Qu'ils ne fassent que des œuvres saintes, qu'ils les fassent saintement, et qu'ils ne les confient qu'à des saints. Obtenez-leur le don de Force. Qu'à l'extérieur, nulle puissance ne les intimide quand il s'agit de défendre les droits de Dieu et de son Église. Qu'à l'intérieur nul abus ne les trouve faibles, que nulle influence, nulle considération humaine, nulle difficulté, nul obstacle ne les arrêtent quand il faut arracher les méchantes herbes, et émonder les mauvais rameaux dans la vigne de Jésus-Christ. Obtenez-leur le don de Science, afin que leurs paroles et leurs écrits soient, au milieu de nos ténèbres, comme des lampes ardentes éclairant toute la maison. Obtenez-leur le don de Piété, afin que leurs âmes étant continuellement en commerce avec Notre-Seigneur, ils ne vivent plus de leur vie propre, mais que, comme dans le cœur de saint Paul, ce soit Jésus-Christ lui-même qui vive en eux. Obtenez-leur le don de la Crainte de Dieu, afin qu'ils ne redoutent rien en ce monde, sinon de manquer en quoi que ce soit à leur devoir et d'encourir les jugements du Seigneur. Priez pour les Évêques, ô Marie, surtout en ces temps difficiles, pleins d'embûches et de périls. Ils sont Je sel de la terre: ne permettez jamais qu'il s'affadisse. En ce siècle d'incrédulité, de désolation et d'égoïsme, qu'ils soient des hommes de Foi, des hommes d'Espérance, des hommes de Charité. Que l'Évêque n'aime que Jésus-Christ, ne comprenne que Jésus-Christ, ne consulte que Jésus-Christ, ne sache que Jésus-Christ, n'adore que Jésus-Christ, ne craigne que Jésus-Christ, ne croie que Jésus-Christ, n'espère que Jésus-Christ et, encore une fois, à la fin comme au commencement, au point d'arrivée comme appoint de départ, n'aime que Jésus-Christ. Que chaque matin l'Evêque se dise: « Ce que Jésus-Christ ferait aujourd'hui à ma place, je le ferai ». Que chaque soir il puisse se dire: « Ce que Jésus-Christ aurait fait à ma place, je l'ai fait ». Ô Marie, Reine des Apôtres, bénissez les Evêques. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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29 février 2012

Le Serviteur de Dieu Guy de Fontgalland

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Guy de Fontgalland

1913-1925

 

Cet enfant prédestiné mourut dans sa 12e année à Paris, le 22 janvier 1925. Il eût trois grandes dévotions : la dévotion au Petit Jésus, à la Sainte Vierge et au Pape. Le matin de sa première communion, à sept ans, le Petit Jésus lui dit : « Tu ne seras jamais Prêtre comme tu le désires ; tu seras Mon ange ; Je viendrais bientôt ». Deux ans plus tard, Notre Dame de Lourdes l'avertit qu'Elle viendrait le chercher un samedi, pour l'emmener au Ciel tout droit. Guy mourut un samedi, et aussitôt après sa mort, accorda de grandes grâces.

 

Les trois dévotions de Guy

 

Le Petit Jésus

 

« Jésus et moi nous nous aimons tellement ! »

« Je voudrais faire aimer le Petit Jésus dans le monde entier ».

« Quand Il est dans mon cœur, Il me parle ; je l'écoute et je le savoure ».

« A l'élévation je le fixe et lui demande des grâces ; c'est mon moment ! »

« Je ne veux être remarqué par personne ; je ne veux être regardé que par le Petit Jésus ! »

« Maman... Je l'aime le Petit Jésus, dis-le lui pour moi ; ça me fatigue de parler ».

« O Jésus, je t'aime... maman ! » (Sa dernière parole)

 

La Sainte Vierge

 

« Ma Maman du Ciel est plus bonne que toutes les mamans réunies ».

« La Sainte Vierge m'aime tant qu'elle va venir me prendre pour me mener au Ciel tout droit... Elle me l'a promis à Lourdes ».

« Que j'ai appris de choses en récitant lentement l'Avé Maria ! »

« Que serait-il arrivé si la Sainte Vierge n'avait pas dit oui le jour de l'Annonciation ? »

« Le plus joli mot qu'on puisse dire à Dieu, c'est oui ».

 

Le Saint Père

 

« Demandez de communier très tôt. Dites que vous avez envie du Petit Jésus... Et puis le Pape l'a dit : « Il faut, il faut... »

« Oh ! Le Saint Père, je l'aime... Peu m'importe son nom, c'est le Pape, je l'aime ! »

« Je construirai un avion. Je l'offrirai au Pape pour qu'il puisse se promener autour du Vatican ».

« Quand j'irai le voir, je lui dirai : Saint Pape, je vous aime bien ».

 

Prière à Jésus, ami des enfants, pour obtenir des grâces par l'intercession de Guy de Fontgalland

 

O Jésus qui jadis, en Galilée, avez donné comme modèle à Vos disciple un tout petit enfant, faites-nous aimer l'Eucharistie, la Sainte Vierge, et le Pape, comme les aimaient le petit Guy... Et puisqu'il Vous plaît de toujours confondre la force par la faiblesse, glorifiez-Vous en glorifiant cet enfant, ami de « son Petit Jésus, de sa Maman du Ciel et du Saint Père ». Nous Vous supplions donc, ô Jésus, d'exaucer toutes les prières adressées à Guy, afin que la Sainte Eglise, refaisant Votre geste Divin de Galilée puisse un jour nous donner comme modèle ce tout petit communiant de sept ans. Ainsi soit-il.

 

Imprimatur

Lugduni die 1 octobris 1928,

A. Rouche, V.G.

 

Quiconque reçoit des grâces, est prié de le signaler auprès de l'Association

"Les Amis du petit Guy de Fontgalland."

3 passage de la fontaine

94800 Villejuif (France)

E-mail amisdeguy-defontgalland@neuf.fr

 

Biographie plus détaillée de Guy de Fontgalland,

cliquer sur le lien suivant:

http://spiritualitechretienne.blog4ever.com/blog/lirarticle-83937-881069.html

 

Téléchargez le texte de cette prière (pdf) en cliquant ici

 

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