ND d'Einseideln

Notre-Dame des Ermites d'Einsiedeln

 

Un sanctuaire de Marie consacré par les mains du Fils de Dieu et de Marie, du Pontife « qui seul demeure pour l’éternité », n'est-ce pas une ravissante merveille ? Et parce que c'est merveilleux, surnaturel, divin, est-ce impossible ?

Le 14 septembre de l'an de grâce 948, c'était un jeudi, et l'Eglise célébrait la fête de l'Exaltation de la sainte Croix, une foule immense stationnait devant une église, autour de la modeste chapelle en bois, dans laquelle saint Meinrad avait prié de longues années, au pied d'une humble statue de la Vierge sans tache. Cette foule pieuse attendait avec une anxieuse ferveur le moment où le pontife de Dieu devait apparaître pour donner à ce sanctuaire la consécration qu'il venait lui apporter. Les heures succédaient aux heures, et la cérémonie sainte ne commençait pas. Tout à coup, aux yeux de la foule impatiente apparaît l'évêque consécrateur. Tous les froide se découvrent, les genoux fléchissent et les têtes s'inclinent sous la main bénissante de Conrad. Mais bientôt le saint prélat élève la voix, et quel ne fut pas l'étonnement, l'admiration de ce peuple de fidèles, en recueillant de ses lèvres ce récit rapide: « Mes enfants, s'écrie à travers ses larmes le saint évêque, vous attendez la consécration de la chapelle de Marie. Elle est faite et la cérémonie est achevée. Cette nuit même, pendant que j'étais en oraison dans le saint lieu, des harmonies d'une ineffable douceur ont retenti à mon oreille. A ces accents qui n'étaient pas de la terre, j'ai levé les yeux, et voici le spectacle qu'il m'a été donné de contempler. J'ai vu les anges chantant toutes les hymnes et faisant les cérémonies prescrites par l'Eglise pour la solennité sainte de la consécration. Et au milieu des anges, j'ai vu le Christ lui-même, le Prêtre de la loi nouvelle, revêtu d'ornements violets, célébrer les adorables mystères, entouré de quelques-uns de ses saints. Il avait à ses côtés saint Pierre, saint Grégoire, saint Augustin et les deux diacres saint Etienne et saint Laurent. Et devant l'autel, debout, dans une lumière éclatante, se tenait la très Sainte-Vierge. Longtemps mes yeux ont joui de cette admirable vision. Et voici qu'au moment où elle allait s'évanouir, une voix m'a dit: « Ne songe plus à consacrer ce sanctuaire, il est consacré par Dieu et ses anges ». »

A ce récit, la foule reste muette de saisissement. Cependant une voix murmure tout haut: « ce n'est qu'un songe ». Alors du haut du ciel descendent ces mots: « Cesse, frère, cesse de vouloir consacrer une chapelle divinement consacrée ». Et trois fois ces mots retentissent aux oreilles de la foule. Au cri échappé de mille poitrines, un même cri répond: « Gloire à Jésus-Christ ! Gloire à sa divine Mère ! Gloire au sanctuaire de Marie ! » On comprend qu'inaugurée par un événement aussi merveilleux, la sainte chapelle des Ermites soit devenue un but de pèlerinage attirant de près et de loin, en ce lieu divinement béni, les multitudes qu'on y voit accourir depuis bientôt mille ans. On comprend aussi que des grâces innombrables aient été obtenues des humbles fidèles invoquant avec confiance Notre-Dame des Ermites, dans tous les dangers menaçant la vie de l'âme et du corps. L'authenticité de la consécration miraculeuse de la sainte Chapelle nous est garantie par une bulle du Pape Léon VIII. Dans cette bulle, le Souverain Pontife rapporte qu'il a entendu le récit de ce fait surnaturel des lèvres mêmes du saint évêque de Constance, Conrad, lequel l'a affirmé de la manière la plus solennelle en présence de son digne ami, l'évêque d'Augsbourg, Saint Ulrich, devant l'empereur Othon-le-Grand et son auguste épouse, Sainte Adélaïde. C'était seize ans après l'événement. Les saints évêques Ulrich et Conrad, avec un grand nombre de princes et d'autres prélats, accompagnaient alors l'empereur dans l'expédition qu'il fit à Rome en 960. Après Léon VIII, d'autres Papes, tels que Nicolas V, Pie II, Léon X, Pie IV, Urbain VIII et Pie VI, ont soumis à un nouvel examen le fait historique de la consécration miraculeuse de la sainte Chapelle, et ils n'ont pu qu'en reconnaître la réalité certaine; et tous se sont plu à rendre à ce fait un solennel hommage, en comblant ce lieu saint de privilèges et d'abondantes indulgences.

Remontons maintenant à l'origine de la sainte Chapelle.En 797, naissait dans un château de la Souabe un enfant que Dieu prédestinait à une haute sainteté. C'était Meinrad, fils du comte Berchthold de Hohenzollern. Confié de bonne heure aux soins du saint abbé de Reichenau, le bienheureux Hatton, son grand-oncle, qui fut l'ami de Charlemagne et l'un des plus grands évêques de Bâle, le jeune Meinrad sut joindre à ses progrès dans la littérature des progrès plus grands encore dans la science des saints. Entré à Reichenau en 807, il se voua tout entier au Seigneur en 825. Il était alors dans sa 29me année. Peu après, il fut envoyé par Hatton à Bollingen sur les bords du lac de Zurich, et mis à la tête du prieuré que sanctifiaient là douze Bénédictins de Reichenau. Meinrad y vécut quelque temps. Mais son âme, embrasée de l'amour divin, était avide de sacrifices. Le saint religieux aspirait au silence, à la solitude, au désert. Il sollicite et obtient de son supérieur la permission de se retirer sur un sommet voisin. Là encore, sur l'Etzel, il se trouvait trop rapproché des bruits du monde. Le saint ermite s'enfonce plus avant dans les noires forêts qui étendent leur ombre sur ce désert. C'est là, qu'abrité par sa cellule faite de branches d'arbres, il trouve enfin le lieu désiré de son repos. Cependant le bruit de sa sainteté ne tarda pas à arriver jusqu'aux oreilles de la pieuse abbesse des Bénédictines de Zurich. C'était la princesse Hildegarde, fille de l'empereur Louis le Germanique. Elle prit soin de faire construire, auprès de la demeure du saint solitaire, une chapelle où elle fit dresser une belle statue de la très Sainte-Vierge. Les anges seuls pourraient nous dire les ferventes prières que répandait saint Meinrad devant la douce image de Marie, jusqu'au jour où il tomba sous les coups sacrilèges des deux assassins, qui terminèrent sa carrière mortelle. C'est cette même statue de Marie, devant laquelle les générations se sont pieusement agenouillées pendant plus de dix siècles, qui est encore de nos jours l'objet de la vénération des 200.000 pèlerins, qui vont chaque année demander à Marie protection, appui, soulagement, guérison, force et consolation dans les peines et les misères de la vie.

Un demi-siècle s'était écoulé depuis le martyre de saint Meinrad. La chapelle abandonnée menaçait ruine. Un pieux chanoine de Strasbourg voulut la relever. C'était l'illustre Bennon, parent du roi de Bourgogne, Rodolphe Ier. Il vint en 906 dans les lieux sanctifiés par le solitaire de l'Etzel, y vivre de la vie de Meinrad et former à cette vie austère les disciples qu'attirait sur les pas de Bennon le parfum de ses vertus. Bientôt des cellules élevées près de la chapelle abritèrent le maître en sainteté et ses dignes élèves. A la prière, Bennon sut joindre le travail des mains. Il enseigna à ses frères de la solitude à défricher en même temps et leurs âmes et les forêts qui leur servaient de retraite. Appelé par la divine Providence, en 925, à occuper le siège des évêques de Metz, il y renonça lorsque son zèle lui eut valu de la part des méchants, avec la persécution la plus sanglante, la perte de ses yeux. Le pauvre aveugle voulut finir ses jours dans son heureux désert. Avant sa mort (940), il reçut une visite qu'appelaient sans doute ses prières. Le prévôt du Chapitre de Strasbourg, saint Eberhard, venait admirer, puis imiter la vie sainte de l'ancien chanoine Bennon. Mais Eberhard alla plus loin. Usant de ses richesses selon Dieu, il acheta les terres à moitié défrichées par saint Bennon, et se mit à construire dans sa nouvelle propriété un monastère digne des deux saints dont ces lieux gardaient la mémoire. En 948, la sainte maison était debout, et debout aussi la nouvelle église qui étendait sur la chapelle primitive l'ombre de son vaste pavillon. C'est alors, comme nous l'avons dit, qu'à la prière du saint fondateur Eberhard, Saint Conrad vint, accompagné de saint Ulrich, pour la double consécration de l'église et de la sainte chapelle. Il ne consacra que l'église, nous avons dit pourquoi.

Après le Bienheureux Eberhard, qui fut le premier abbé proprement dit de la maison de saint Benoît à Einsiedeln, la plupart de ses successeurs, dont quelques-uns furent des hommes vraiment distingués autant par leur science et leurs vertus que par leur prudence et leur haute noblesse, s'appliquèrent à entourer de vénération la sainte chapelle de Marie et à lui rendre l'honneur qui lui est dû. Mais à quoi bon rapporter ce qu'a fait pour le sanctuaire privilégié de Marie la piété de Gérold de Hohensax et d'Augustin de Reding ? A quoi bon redire comment le comte Caspar de Hohenems, pour accomplir le vœu de son oncle Marc Sittich, archevêque de Salzbourg, fit revêtir de marbre à l'intérieur et à l'extérieur la sainte chapelle? A quoi bon rappeler sa magnificence d'autrefois, lorsqu'on sait que les Français de la Révolution ont passé là ? Ils y ont passé comme partout, en blasphémant, en pillant, en détruisant, Vandales du XVIIe siècle. La sainte chapelle n'a pas trouvé grâce devant leur fureur. Ils l'ont démolie et ont jonché le sol de ses débris sacrés. C'est là une des gloires, un des fiers exploits de leur général Schauembourg. Seulement, il n'a pu mettre la main sur la vraie statue miraculeuse. ÎI n'a pu envoyer à Paris comme trophée, qu'une imitation de la statue, heureusement substituée à la véritable. Cependant, ce serait faire injure à la piété des cantons et des villes catholiques de la Suisse, que de passer sous silence les seize cierges qui brûlaient sans cesse aux deux côtés de la sainte image. Ces cierges avaient un poids chacun de 90 livres. Les huit de droite étaient fournis par Schwyz, Fribourg, Zoug, Appenzell, Bregenz, Rapperschwyl, Baden et Einsiedeln; les huit à gauche par Lucerne, Unterwalden, Glaris, Uri, le Toggenbourg, Soleure, le pays de Gaster et de nouveau Einsiedeln. Rappelons encore les cinq lampes d'argent, qui étaient suspendues à la voûte. C'étaient autant de dons, la première de Philippe III, roi d'Espagne; la seconde, de Caspar de Hohenems ; la troisième, de la ville de Lucerne; la quatrième, du duc d'Arnberg; la cinquième était une fondation pieuse. Tous ces trésors et tant d'autres sont devenus la proie sacrilège des révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle.

« Les Français, dit un historien, s'étaient annoncés comme les libérateurs du peuple suisse, comme les soldats de la liberté et les protecteurs des chaumières. Une fois maîtres de l'Helvétie, ils se souillèrent par le meurtre, le pillage, le viol et l'incendie. Ils firent peser sur la Suisse un joug plus humiliant et plus odieux que ne l'avait été celui des Gessler et d'autres baillis autrichiens du XIVe siècle ». Après avoir mis en pièces la sainte chapelle de Marie et dévalisé l'église et le monastère des Ermites, (mai 1798) ils laissèrent debout les bâtiments qu'ils eurent la générosité de ne pas incendier. En 1803, les Pères Bénédictins purent reprendre possession des murs qui leur étaient seuls restés.

A leur retour du Vorarlberg, oit ils avaient trouvé un refuge dans l'abbaye de Saint-Gérold, les fils de saint Benoît rapportèrent avec eux la statue miraculeuse, qu'ils avaient emportée dans leur exil comme leur plus riche trésor. Un peuple immense courut à la rencontre de la sainte statue jusqu'à l'Etzel, et l'accompagna de ses prières, de ses chants, de ses larmes jusqu'au seuil de son sanctuaire encore à demi dévasté. Une nouvelle chapelle ne tarda pas à reprendre la place de celle qu'avait détruite l'impiété française. Elle ne fut cependant entièrement achevée qu'après la chute du tyran qui avait tenu l'Europe sous sa botte de soldat, baignée du sang d'un million d'hommes. En 1817, la sainte chapelle apparut de nouveau dans toute sa beauté, avec son vêtement actuel de marbre noir et gris à l'extérieur, et aux couleurs variées à l'intérieur. Un autel en marbre blanc de Carrare y fut dressé ; et au-dessus de l'autel, dans un ciel de nuages d'or, la statue miraculeuse reprit enfin sa place d'honneur. Sur la façade du nouveau sanctuaire, on voit une table d'airain, représentant la consécration de l'ancienne chapelle par Notre-Seigneur et les anges. C'est un beau monument de la piété de Charles-Albert, roi de Sardaigne.

Marie a retrouvé son sanctuaire. Depuis près d'un siècle, elle se montre de nouveau pleine de grâce, de douceur et de miséricorde, aux regards des milliers de pèlerins qui viennent implorer son secours. Sur eux elle étend sa main droite, tandis que l'Enfant-Dieu, sur le bras gauche de sa Mère, semble sourire à ceux qui la prient, de verser sur eux les dons inépuisables de son amour. Le temps, avec ses dix siècles écoulés depuis saint Meinrad et la pieuse abbesse Hildegarde, a noirci le bois de la figure de la sainte image. Elle n'en est que plus vénérable. Elle rappelle ce chant du cantique sacré qu'adresse à Marie la liturgie sainte de l'Eglise : « Vous êtes noire, mais vous êtes belle ; vous demeurez à jamais la Bien-aimée du Roi immortel des cieux. » L'église, qui étend sur la sainte chapelle l'ombre de ses voûtes élancées, n'a pas le cachet d'une haute antiquité. Son style moderne, dénué de caractère, nous dit assez qu'elle n'est que du dernier siècle. Elle fut en effet reconstruite par le prince-abbé, Thomas-Angélique Schenklin, en 1719, quinze ans après la reconstruction du monastère par son prédécesseur, Maur de Roll d'Emmenholz. En 1837, le Révérendissime abbé, Célestin Mailler, lequel occupe la 49e place dans la série des abbés d'Einsiedeln, fit restaurer avec soin les fresques nombreuses qui ornent l'église et représentent les figures et les allégories ayant trait au sacrifice eucharistique, ce noyau de la foi de l'Eglise, ce foyer de la liturgie sainte. Le tableau du maître-autel, qui représente l'Assomption de Marie, est l'oeuvre du peintre Kraus. Il a été retouché par Paul Deschwanden.

A l'extérieur, la façade de l'église a quelque chose d'imposant. Elle rappelle la façade de Saint-Jean de Latran à Rome. A droite et à gauche du portail, on voit les statues de deux illustres bienfaiteurs de la sainte chapelle et de l'abbaye. Ce sont deux empereurs, Othon Ier et Henri Ier. On aimerait à y voir de même la statue équestre de Rodolphe de Habsbourg, qui éleva l'abbé d'Einsiedeln, en 1274, à la dignité de prince du Saint-Empire. Les deux tours qui ornent la façade renferment quatorze cloches merveilleusement harmonisées. Rien n'est beau comme ces quatorze voix d'airain lorsqu'elles s'unissent, dans un concert grandiose et céleste, pour annoncer aux fidèles et aux échos des environs la grande fête du 14 septembre avec ses milliers de pèlerins et ses grandes cérémonies relevées par la musique et les chants des Pères et des 120 élèves de leur brillant collège. Rien de plus émouvant, le soir de ce même jour, que ces harmonies de l'airain, mêlant leurs voix aériennes aux voix sacerdotales, pendant la procession qui se déroule dans les rues d'Einsiedeln, inondées de la double lumière qui resplendit en même temps à chaque fenêtre et dans les mains pieuses de chaque pèlerin.

Nous ne saurions achever cette trop courte notice, sans signaler encore quelques-uns des grands pèlerinages qui se sont accomplis à travers les siècles à Notre-Dame des Ermites, comme aussi quelques-uns des illustres personnages qui sont venus y apporter leurs dons et leurs prières. Un des plus remarquables pèlerinages à la Sainte-Vierge du désert fut celui des saintes femmes, qui vinrent au XIIIe siècle, non seulement visiter la Sainte-Chapelle, mais se fixer à jamais dans les environs. Après avoir vécu pendant plus d'un siècle sous la règle des Béguines, les religieuses « alpestres » finirent, en 1359, par prendre la règle de Saint-Benoît. En 1403, elles habitaient leur nouvelle maison, avec église, sous la protection du prince-abbé d'Einsiedeln. Après l'incendie de, 1684, les Bénédictines de la prairie (in der Au) d'Alpegg, virent leur monastère se relever de ses cendres par les soins de l'abbé Augustin Hofmann, qui fit célébrer désormais, dans l'intérêt de la clôture, les offices dans l'église des religieuses par un de ses conventuels, en attendant qu'un digne successeur du pieux abbé Célestin Müller vint y établir, en 1846, l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement. Magnifique institution, qui continue à faire les délices des ferventes filles de Saint-Benoît dans leur modeste église de Tous les Saints.

Est-il besoin de rappeler qu'en 1798, ces humbles religieuses furent chassées de leur monastère par les Français, qui les dépouillèrent, ainsi que leur église, de tout ce qui avait quelque valeur artistique ou matérielle ? Dès avant 1313, le canton de Schwyz, par décision prise dans sa Landsgemeinde, faisait chaque année un pèlerinage à Notre-Dame d'Einsiedeln. Le même voeu s'est fait en 1351 par la ville de Zurich. Le magistrat de Bâle, pendant les ravages de la peste de 1439 en cette ville, voua de même un pèlerinage à Notre-Dame des Ermites, et l'histoire atteste qu'aussitôt le fléau prit fin. Pendant la guerre de Trente ans, en 1636, c'est la ville d'Augsbourg, qui va remercier de sa délivrance la Vierge d'Einsiedeln, et dès 1619, les villes de Feldkirch et de Fribourg en Brisgau s'étaient mises avec empressement sous la protection de Notre-Dame des Ermites. En 1651, c'est la ville de Zell qui accourt aux pieds de Marie, pour la remercier de sa maternelle et bienfaisante protection. De nos jours, il n'y a pas moins de soixante-dix paroisses qui se rendent chaque année en procession à la sainte chapelle du désert. Le demi-canton de Nidwalden continue, comme dans les siècles passés, à s'y rendre en masse et le couvent va processionnellement à la rencontre de ce pèlerinage catholique et national. « C'est ainsi, dit à bon droit le Père Charles Brandis, dans son Pèlerinage à Maria-Einsiedeln, que dès les jours du Bienheureux Meinrad, les âmes avides de paix et de lumière sont venues de siècle en siècle, de génération en génération, s'agenouiller devant la Vierge des miracles; c'est ainsi encore qu'à dater de l'événement merveilleux de l'an 946, le pèlerinage a pris un développement qui n'a pas cessé de croître jusqu'à nos jours ».

Dans la foule innombrable des pèlerins qui ont foulé le sol béni des Ermites, « ce sol, ajoute le Père Brandis, consacré par les vertus de saint Meinrad et plus encore par son sang », il nous plaît de mentionner d'illustres personnages. Après le cardinal Thierry, nonce apostolique en Allemagne, voici venir le roi Charles IV avec une imposante escorte de prélats et de princes, puis l'empereur Sigismond, l'empereur Frédéric III, le duc Henri de Mecklembourg avec son épouse Dorothée de Hohenzollern-Brandenbourg; ce sont ensuite les princes et les princesses de Hohenzollern, qui n'ont pas oublié que saint Meinrad était de leur puissante famille. Ce sont enfin, à la suite de tous les nonces du Saint-Siège en Suisse, des multitudes d'évêques, de la Suisse, de l'Italie, de la France et de l'Allemagne. Parmi les saints qui brillent au ciel de l'Eglise, au nombre des pèlerins de Notre-Dame, après les grands évêques d'Augsbourg et de Constance, saint Ulrich et saint Conrad, il faut nommer la sainte impératrice Adélaïde, Sainte Adelrich et sa mère la bienheureuse Régulinde ; le bienheureux Grégoire, IIIe Abbé d'Einsiedeln; Sainte Elisabeth de Hongrie; Saint Nicolas de Flüe; Saint Charles Borromée, Saint Benoît Labre. Puissent, comme eux et avec eux, tous les pèlerins de Notre-Dame d'Einsiedeln, obtenir, par sa puissante intercession, la grâce de la voir, de l'aimer et de la bénir à jamais dans le Ciel!

 

Texte extrait du livre « Les Principaux Sanctuaires de Marie dans la Suisse Catholique », de Mgr G. F. Chèvre, Fribourg, 1898.

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Litanies de Notre Dame des Ermites

 

Seigneur ayez pitié de nous.

Christ, ayez pitié de nous.

Seigneur, ayez pitié de nous.

Père Céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Fils Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Esprit Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Trinité Sainte, Dieu unique en trois personnes égales ayez pitié de nous.

Notre Dame des Ermites, Sainte Mère de Dieu, toujours Vierge quoique Mère, priez pour nous.

Notre Dame des Ermites, qui êtes bien plus qu'Eve, la mère des vivants,

Notre Dame des Ermites, qui avez réparé tous les maux que la première femme avait fait entrer dans le monde,

Notre Dame des Ermites, qui nous avez donné le vrai fruit de vie, plus précieux que celui du paradis terrestre,

Notre Dame des Ermites, qu'un prophète montrait de loin mettant au monde le fils du très-haut,

Notre Dame des Ermites, qu'un ange descendu du ciel salua avec admiration, comme étant pleine de grâce, élevée au dessus de toutes les femmes,

Notre Dame des Ermites, qui allâtes communiquer les dons de Dieu à Elisabeth votre sainte parente,

Notre Dame des Ermites, qu'Elisabeth ne put recevoir sans s'écrier: D'où me vient que la mère de mon Seigneur fasse des pas vers moi,

Notre Dame des Ermites, qui disiez dans un saint transport : « Voilà que toutes les générations me déclareront bienheureuse, car le Tout-puissant a fait en moi de grandes choses »,

Notre Dame des Ermites, qui voyant l'enfant Jésus annoncé par les anges, montré par l'étoile, adoré par les Mages dans une crèche, conserviez ces choses, les repassant dans votre cœur,

Notre Dame des Ermites, qui fûtes, en tout, semblable à votre divin fils, pendant votre vie humaine,

Notre Dame des Ermites, Reine des Anges et des Saints, élevée au plus haut des cieux à la droite de votre divin fils,

Notre Dame des Ermites, qui regardez encore la terre avec une tendre compassion, quoique vous régniez dans le ciel,

Notre Dame des Ermites, dont le saint nom est honoré, partout, où Jésus est connu est adoré,

Notre Dame des Ermites, que Jésus glorifie sur la terre comme il vous glorifie dans le ciel,

Notre Dame des Ermites, que Jésus-Christ a spécialement glorifiée par la dédicace miraculeuse du Sanctuaire des Ermites,

Notre Dame des Ermites, qui avez été, sur l'autel, brillante comme un éclair, tandis que ce prodige s'opérait,

Notre Dame des Ermites, dont les esprits célestes ont alors célébré les louanges,

Notre Dame des Ermites, qui, en votre Sanctuaire des Ermites, avez reçu les hommages des Empereurs, des Rois et des Princes de l'église,

Notre Dame des Ermites, qui y êtes honorée par le concours non-interrompu des fidèles,

Notre Dame des Ermites, par les mains de laquelle, votre divin fils nous y dispense les trésors de sa grâce et de sa miséricorde,

Notre Dame des Ermites, qui prodiguez les tendresses de votre cœur maternel à tous ceux qui visitent ce Sanctuaire en esprit de dévotion et pénitence,

Notre Dame des Ermites, phare lumineux, qui dirigez notre voie à travers les écueils, dont la mer orageuse de ce monde est parsemée,

Notre Dame des Ermites, arbre de vie, qui recevez sous votre ombrage et nourrissez de vos divins fruits les pèlerins du ciel,

Notre Dame des Ermites, refuge assuré des plus grands pécheurs,

Notre Dame des Ermites, qui changez en larmes de joie et de reconnaissance des larmes de douleur et de pénitence,

Notre Dame des Ermites, douce consolation des âmes affligées et souffrantes,

Notre Dame des Ermites, puissante protectrice de ceux qui vous invoquent dans les périls du corps et de l'âme,

Notre Dame des Ermites, divine institutrice des âmes simples et humbles de cœur,

Notre Dame des Ermites, Oracle du ciel pour tous ceux qui viennent vous consulter avec confiance dans le doute et l'incertitude,

Notre Dame des Ermites, objet de vénération, de confiance, d'amour et de joie pour tous les vrais enfants de l'Eglise,

Notre Dame des Ermites, Canal de toutes les grâces,

Notre Dame des Ermites, qu'on ne saurait invoquer en va in,

Notre Dame des Ermites, que nous honorons et invoquons avec toute l'effusion de nos cœurs,

Marie aux Ermites, glorieuse Mère de Dieu, la plus sainte et la plus puissante de tous les saints, intercédez pour nous.

Notre Dame des Ermites, à laquelle nous demandons une véritable douleur de nos péchés, et la grâce d'une entière conversion, exaucez-nous.

Notre Dame des Ermites, à laquelle nous demandons la grâce de connaître et d'aimer Jésus-Christ et de lui être fidèles jusqu'à la mort, exaucez-nous.

Notre Dame des Ermites, dont nous implorons l'assistance et la protection à l'heure de la mort, exaucez-nous.

 

Agneau de Dieu, faites miséricorde à tous les fidèles en terre, ayez pitié de nous,

Agneau de Dieu, faites miséricorde aux âmes des fidèles trépassés qui reposent en vous, ayez pitié de nous.

Agneau de Dieu, accordez la paix aux vivants et aux morts qui règnent en Tous, ayez pitié de nous.

 

Seigneur, ayez pitié de nous.

Christ, ayez pitié de nous.

Seigneur, ayez pitié de nous.

 

Je vous salue Marie, etc.

 

Dans toutes nos peines et tribulations

Venez à notre secours, ô très Sainte Vierge Marie.

 

Prions

 

O Marie, admirable Mère de notre Sauveur, Mère de grâce et de Miséricorde, qui ne repoussez personne, qui nous accueillez tous avec l'empressement d'une mère pleine de tendresse et de bonté; humblement prosternés a vos pieds, nous venons y chercher un lieu de refuge contre la poursuite des ennemis de notre salut, un lieu de consolation et de repos dans nos peines et nos troubles, un lieu de propitiation dans la crainte où nous sommes d'avoir mérité, par nos fautes, l'indignation et la juste colère du Seigneur. O Marie, étendez sur nous votre main protectrice, et manifestez à vos enfants la force et toute l'efficacité de votre intercession. Faites-vous la voie par laquelle nous allions à Jésus-Christ, et le canal par où nous recevions toutes les grâces nécessaires pour persévérer dans son amour. Soyez notre soutien dans les tentations, notre soulagement dans le besoin, notre consolation dans les peines, notre refuge dans les persécutions, notre secours dans les périls; mais surtout dans les derniers combats de notre vie, à l'heure de la mort, quand les puissances de l'enfer feront tous leurs efforts pour ravir nos âmes, en ce moment formidable, dans ce point le plus terrible, dont dépend notre éternité! Oh! c'est alors, ô très-douce et très-charitable Vierge, que nous vous supplions de nous faire sentir toute la tendresse de votre cœur maternel, et la force de votre pouvoir auprès de celui de Jésus, en nous ouvrant dans la source même de la divine miséricorde un refuge assuré, où vivifiés par le don d'une foi vive, d'une ferme espérance, d'une charité ardente, et d'une contrition parfaite, nous puissions arriver à la céleste patrie, pour y bénir avec vous ce divin Rédempteur pendant tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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