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20 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

 

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Vingt-et-unième jour

Le esclavage de Marie

 

« Quand vous voudrez offrir quelque chose à Dieu, ayez soin de l’offrir par les mains très agréables et très dignes de Marie, à moins que vous ne vouliez être rejeté. Le plus grand bien que l’aimable Marie procure à ses fidèles serviteurs, c’est qu’elle intercède pour eux près de son Fils et l’apaise par ses prières. Elle les unit à Lui d’un lien très intime, et elle les y conserve ». (Saint Louis Marie Grignion de Montfort, du T.-O. De Saint Dominique).

« Ô Marie, je veux de tout mon coeur être la petite esclave de Jésus et la vôtre ». (Vénérable Sœur Charlotte de la Résurrection, conv.).

 

I. « La plus parfaite consécration à Jésus Christ n'est autre chose qu'une parfaite et entière consécration de soi-même à la très Sainte Vierge, pour être tout entier à Jésus Christ par Elle. Il faut lui donner 1° Notre corps, avec tous ses sens et ses membres ; 2° notre âme avec toutes ses puissances ; 3° nos biens extérieurs ; 4° nos biens intérieurs et spirituels qui sont nos mérites, nos vertus, et nos bonnes œuvres passées, présentes et futures ; en deux mots, tout ce que nous avons, et tout ce que nous pourrons avoir à l'avenir dans l'ordre de la nature, de la grâce et de la gloire ; et cela, sans aucune réserve, pas même d'un denier, d'un cheveu et de la moindre bonne action, et cela pour toute l'éternité, et cela sans prétendre ni espérer aucune autre récompense de son offrande et de son service, que l'honneur d'appartenir à Jésus Christ par Elle et en Elle, quand cette aimable Maîtresse ne serait pas, comme Elle l'est toujours, la plus libérale et la plus reconnaissante des créatures.

Une personne qui s'est ainsi volontairement consacrée et sacrifiée à Jésus Christ par Marie, ne peut plus disposer de la valeur d'aucune de ses bonnes actions ; tout ce qu'elle souffre, tout ce qu'elle pense, dit et fait de bien appartient à Marie, afin qu'elle en dispose selon la volonté de son Fils et à sa plus grande gloire, sans cependant que cette dépendance préjudicie en aucune manière aux obligations de l'état où on est à présent, et où on pourra être pour l'avenir : par exemple, aux obligations d'un prêtre, qui, par office ou autrement, doit appliquer la valeur satisfactoire et impétratoire de la sainte Messe à un particulier, car on ne fait cette offrande que selon l'ordre de Dieu et les devoirs de son état.

On se consacre tout ensemble à la très Sainte Vierge et à Jésus Christ : à la très Sainte Vierge, comme un moyen parfait que Jésus-Christ a choisi pour s'unir à nous et nous unir à Lui ; et à Notre Seigneur, comme à notre dernière fin, auquel nous devons tout ce que nous sommes. Comme à notre Rédempteur et à notre Dieu ». (Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Traité de la la vraie dévotion à la très Sainte Vierge).

Quelqu'un dira peut-être : « Si je donne à la très Sainte Vierge toute la valeur de mes actions, pour l'appliquer à qui Elle voudra, il faudra peut-être que je souffre longtemps en purgatoire ». Cette objection, qui vient de l'amour-propre et de l'ignorance de la libéralité de Dieu et de sa Sainte Mère, se détruit d'elle-même, une âme fervente et généreuse, qui prise les intérêts de Dieu plus que les siens, qui donne à Dieu tout ce qu'elle a sans réserve, en sorte qu'elle ne peut rien de plus ; qui ne respire que la gloire et le règne de Jésus Christ par sa Sainte Mère, et qui se sacrifie tout entière pour le gagner ; cette âme généreuse, dis-je, sera-belle plus punie dans l'autre monde, pour avoir été plus libérale et plus désintéressée que les autres ? Tant s'en faut : c'est envers cette âme, comme nous le verrons ci-après, que Notre-Seigneur et sa très Sainte Mère sont très généreux et prodigues en ce monde et dans l'autre, dans l'ordre de la nature, de la grâce et de la gloire.

On trouve depuis plus de huit cents ans des marques de cette pratique de dévotion dans l'Église. Saint Odilon, abbé de Cluny, qui vivait environ l'an 1040, a été un des premiers qui l'ait pratiquée publiquement en France. Différents papes ont approuvé cette dévotion, et des milliers de personnes l'ont embrassée.

La Bienheureuse Agnés de Jésus, religieuse dominicaine du couvent de Langeac, en Auvergne, où elle mourut en odeur de sainteté, souffrait de grandes peines d'esprit, quand elle entendit une voix qui lui disait que si elle voulait être délivrée de toutes ses peines et protégée contre tous ses ennemis, elle se fit au plus tôt l'esclave de Jésus et de sa sainte Mère. Aussitôt Agnès se donna tout entière à Jésus et à sa sainte Mère en cette qualité, quoiqu'elle ne sût pas auparavant ce que c'était que cette dévotion ; et ayant trouvé une chaîne de fer, elle se la mit autour du corps et la porta jusqu'à sa mort. Après cette action, toutes ses peines et ses scrupules cessèrent, et elle se trouva dans une grande paix et dilatation de cœur ; ce qui l'engagea à enseigner cette dévotion a plusieurs personnes qui y firent de grands progrès. Un jour la sainte Vierge apparut à la vénérable Agnès et lui mit au cou une chaîne d'or, pour lui témoigner la joie qu'elle avait qu'elle se fût faite l'esclave de son Fils et la sienne : et sainte Cécile, qui accompagnait la sainte Vierge, lui dit : « Heureux sont les fidèles serviteurs de la Reine du ciel, car ils jouiront de la véritable liberté ».

L'abbé Olier, fondateur de Saint Sulpice, voua à Marie une captivité perpétuelle, et en signe de cette heureuse captivité, il portait toujours une petite chaîne d'argent autour du cou. « Ces petits devoirs, disait-il, sont agréables à la sainte Vierge, ils lui plaisent davantage que d'autres plus considérables ».

Le Père de Montfort dit qu'il est très louable, très glorieux et très utile à ceux et celles qui se sont faits les esclaves de Jésus en Marie, de porter pour marque de leur esclavage amoureux de petites chaînes de fer bénites d'une bénédiction propre, chaînes mille fois plus glorieuses et plus précieuses, quoique de fer, que tous les colliers d'or des souverains et des mondains.

 

II. Ô Marie, je vous choisis aujourd'hui en présence de toute la cour céleste pour ma Mère et ma Maîtresse ; je vous livre et vous consacre, en qualité d'esclave, mon corps et mon âme, mes biens intérieurs et extérieurs, et la valeur même de mes bonnes actions passées, présentes et futures, vous laissant un plein droit de disposer de moi et de tout ce qui m'appartient, selon votre bon plaisir, pour la plus grande gloire de Dieu, dans le temps et dans l'éternité.

Ô Mère admirable, présentez-moi à votre cher Fils, en qualité d'esclave éternel, afin que m’ayant rachetée par Vous, Il me reçoive par Vous.

Ô Mère de Miséricorde, faites-moi la grâce d'obtenir la vraie sagesse de Dieu, et de me mettre pour cela au nombre de celles que vous aimez, que vous enseignez, que vous conduisez, que vous nourrissez et protégez comme vos enfants et vos esclaves.

Ô Vierge fidèle, rendez-moi en toutes choses une si parfaite imitatrice, disciple et esclave de la Sagesse incarnée, Jésus Christ, votre Fils, que je puisse partager un jour sa gloire dans les cieux. Amen.

 

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19 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

 

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Vingtième jour

Le samedi

 

« Le samedi tient le milieu entre le jour de la joie qui est le dimanche et le jour de la peine qui est le vendredi ; à ce titre il devait être consacré à Marie qui est la médiatrice entre Dieu qui jouit de la plus entière béatitude et l’homme qui est le jouet de toutes les souffrances » (Père Justin Miechow)

 

I. Dès les temps les plus reculés, le samedi fut comme le Dimanche de Marie ; et au VIIe siècle, il existait déjà un office de la Vierge qu'on aimait à réciter ce jour-là. Au Xe, dit Mabillon, la coutume s'introduisit de faire abstinence le samedi, de dire la messe de Beata, et de réciter l'office de Marie.

Le pape Urbain Il, en 1096, voulut que le samedi fût spécialement consacré à Marie dans l'Église, et qu'on fît son office ce jour-là. Saint Pie V, dominicain, en restreignant l'obligation de réciter le petit office. le conserva pour le samedi, quand il 'ne s'y rencontrerait pas un jour de fête. Saint Pierre Damien, par l'ordre d'Urbain II, composa le petit office quotidien et l'office du samedi en l'honneur de Marie.

Une pieuse tradition porte à croire que le samedi fut le jour béni où Dieu donna Marie à la terre et celui où il l'appela à venir partager au ciel la gloire de son divin Fils.

Ne pourrait-on pas dire aussi que suivant le testament de Jésus mourant sur la croix : « Mère, voilà votre Fils... Fils, voilà votre Mère », le samedi est le jour où, Jésus étant dans le tombeau, nous fûmes, pour la première fois, dans la personne du disciple bien-aimé, l'objet de la sollicitude maternelle de Marie, et où Marie obtint aussi les prémices de notre tendresse filiale ?... Cet usage d'honorer particulièrement Marie le samedi est si ancien dans l'Église, que saint Grégoire le Grand parle dans ses dialogues d'un saint artisan, qui distribuait aux pauvres le samedi tout ce qu'il avait gagné dans sa semaine ; une âme pieuse aperçut en vision un somptueux palais que Dieu préparait au ciel pour ce serviteur de Marie, et qui ne se bâtissait que le samedi.

Marie elle-même sembla accepter le samedi comme le jour privilégié qu'elle choisit pour répandre ses faveurs ; car elle révèle au pape Jean XXII, qu'elle délivrerait des flammes du purgatoire le samedi après leur mort tous ceux qui mourraient revêtus de son scapulaire.

L'Ordre de Saint-Dominique se distingua par sa dévotion à honorer le jour consacré à Marie. Qui ne connaît la dévotion des quinze samedis, pratiquée pendant quinze samedis. consécutifs en l'honneur des quinze Mystères du Rosaire ? Cette dévotion qui prit naissance dans la ville de Toulouse, à la fin de l'an 1600, s'est depuis propagée parmi les fidèles ; l'Église l'a approuvée et enrichie d'indulgences. Des avantages innombrables paraissent attachés à la dévotion des quinze samedis. Par elle, selon des dépositions authentiques, des aveugles ont recouvré la vue, une foule de malades ont été guéris, des pécheurs se sont convertis sincèrement, des affligés ont reçu de douces consolations. On lui doit enfin des vocations extraordinaires à la vie religieuse, la victoire sur ses passions, l'acquisition des vertus, etc.

Le roi saint Louis avait une dévotion si tendre et si vive pour la sainte Vierge, et tant d'amour pour son humilité, qu'afin de l'honorer et de l'imiter, il faisait réunir chaque samedi, jour consacré à Marie, une multitude de pauvres dans son palais. Lorsqu'ils étaient assemblés dans son appartement, il leur lavait les pieds à l'exemple du Sauveur, les essuyait et les leur baisait avec un respect qui faisait bien voir à tous qu'il reconnaissait en eux les membres de Jésus-Christ. Ensuite, pour joindre la charité à l'humilité, il les faisait asseoir à une table copieusement servie, et il les servait de ses mains royales, plus satisfait mille fois de glorifier par là Jésus et sa sainte Mère, que de tous les hommages qu'il recevait de sa cour. Enfin, il distribuait à chacun de ses pauvres convives une riche aumône, toujours en l'honneur de la Reine du ciel et de la terre. Il avait dû la vie à la Sainte Vierge, ayant été donné à sa mère, la reine Blanche, après que celle-ci eût récité et fait réciter par les personnes les plus pieuses le Rosaire, récemment établi par Saint Dominique. Ce saint roi avait désiré mourir un samedi, comme pour couronner par l'hommage de ses derniers soupirs, tous les honneurs qu'il avait rendus à Marie à pareil jour, chaque semaine de sa vie. Il fut exaucé, Marie voulant que ce jour d'honneur pour Elle. fut aussi celui de l'entrée dans la gloire céleste pour son fidèle serviteur.

Le vénérable Père Antoine Lequien jeûnait tous les samedis au pain et à l'eau en l'honneur de Marie. Il prêchait aussi tous les samedis à la même intention, et une foule immense se pressait dans la chapelle du Rosaire pour entendre ses instructions. Un jour qu'il prêchait dans cette chapelle sur les peines de l'enfer, il parla avec encore plus de chaleur et de véhémence qu'à l'ordinaire, et au moment de terminer son discours, il se tourna vers la statue de la Sainte Vierge placée sur l'autel, et s'adressant à elle avec un saint transport, il la pria de bénir elle-même ses auditeurs, afin qu'il n'y en eût aucun de damné. Étant ensuite descendu de la chaire sans donner la bénédiction accoutumée, on vit alors la statue de la sainte Vierge lever les bras et bénir toute l'assemblée.

La très Sainte Vierge fit entendre intérieurement cette parole au vénérable Monsieur Olier : « Fais vœu de dire une messe tous les samedis, pour remercier Dieu de ce qu'Il m'a rendue Mère de son Fils ». Le saint prêtre promit à l'instant. Le samedi était pour lui un jour qu'il sanctifiait comme les fêtes de l'Église, il ne faisait pas même travailler les ouvriers ce jour-là. Son directeur approuva cette pratique, et lui assura qu'elle était très agréable à Marie Tous les premiers samedis du mois, les enfants de la paroisse étaient offerts et consacrés à Marie ; ils assistaient à une messe solennelle, et à une procession en son honneur. Monsieur Olier, dans son ardent amour pour la sainte Vierge, se félicitait d'être né un samedi.

La vénérable Dominica du Paradis allait tous les samedis cueillir les fleurs les plus fraîches pour en faire de belles couronnes, qu'elle offrait à Marie et à son divin Fils. Un samedi matin qu'elle lui offrait des bouquets de roses, en la conjurant de vouloir bien les accepter et les sentir, son admirable et pieuse simplicité fut récompensée par deux miracles: comme elle élevait ses bouquets de roses vers l'image de la Vierge et de son céleste enfant, ils restèrent suspendus en l'air sans soutien naturel, et ensuite Jésus et Marie prirent les bouquets, les odorèrent et les remirent à Dominica, qui, en les baisant à son tour, les trouva embaumés d'une odeur infiniment plus pénétrante et plus délicieuse qu'auparavant.

Un autre samedi que, selon sa pieuse coutume Dominica avait couronné de roses les statues de la très Sainte Vierge et de son divin Fils, ils lui apparurent tous les deux peu après, et eurent avec elle un délicieux entretien qui embrasa son cœur du céleste amour.

Le samedi, la vénérable Hippolyte de Rocaberti offrait à l'honneur de la Mère de Dieu toutes les messes qu'elle entendait. Un samedi qu'elle demandait à Marie avec une grande ferveur ce qu'elle pourrait faire pour être agréable à son divin Fils et à Elle, la divine Vierge lui répondit : « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de toutes vos forces et de tout votre esprit, et votre prochain comme vous-même ». Elle fut en même temps remplie des plus vives lumières.

Persuadée, d'après une pieuse croyance, que le samedi fut le jour de la Nativité de Marie, la bienheureuse Benvenuta vénérait ce jour avec un respect particulier ; elle récitait deux mille Ave Maria en souvenir de cette joyeuse naissance et une fois elle mérita d'entendre les Anges la célébrer dans leurs chants.

Un Frère Prêcheur d'Allemagne, d'une grande réputation de sainteté, avait une dévotion toute particulière pour la très Sainte Mère du Sauveur, et il honorait d'une manière spéciale ce cœur si pur qui crut dans le Christ, et l'aima plus que toutes les créatures ensemble, ces entrailles virginales qui le portèrent, ces mains qui le servirent avec un si entier dévouement, ce sein qui l'allaita et sur lequel il reposa son enfance divine, en faisant chaque fois une prosternation et en récitant autant d'Ave Maria. Son intention était d'honorer par cette pratique, l'humilité, la charité, la chasteté, la patience, et toutes les vertus qui méritèrent à Marie la grâce de devenir la Mère de Dieu. Par la puissance que lui donne cet auguste titre, il la conjurait de lui obtenir la grâce d'imiter ses vertus. Un samedi, la bienheureuse Vierge lui apparut, et Elle répandit dans son âme les plus suaves délices et en même temps l'arôme de toutes les vertus auxquelles il aspirait si ardemment.

Tous les samedis le Père de Montfort allait communier à Notre Dame de Paris, tant que dura son séjour au Séminaire de Saint Sulpice.

Parmi les pratiques de dévotion que le Père Marie-Augustin recommande en l'honneur de Marie dans la Rose Mystique, il dit : « Consacrez au moins un jour par semaine, le samedi par exemple, pour remercier la sainte Trinité des immenses bienfaits dont Elle a comblé la Sainte Vierge, et faites la sainte communion à cette intention si cela Vous est possible. En suite, remerciez la sainte Vierge elle-même de tout ce qu'elle a fait pour vous, car les cœurs qui sont ingrats sont de bien tristes cœurs ».

Lorsqu'on fit remarquer à la Mère Marie-Dominique. atteinte de sa dernière maladie, qu'elle se mettait au lit un samedi : « Samedi, s'écria-t-elle, ah ! Marie ma Mère, venez me chercher ! »..., et elle disait ces mots en étendait les bras, comme si elle eut entrevu Celle qu'elle appelait de tous les vœux de son cœur. Enfin, patiente, heureuse de beaucoup souffrir comme elle l'avait demandé, désirant même souffrir davantage, elle mourut en s'immolant pour l'Église et les pêcheurs, le samedi 28 septembre 1861.

 

II. Ô Marie, ma bonne Mère, jusqu'ici je vous ai trop peu remerciée des grâces sans nombre que vous m'avez obtenues ; mais je veux, pour réparer mes négligences passées, vous offrir dans mon cœur votre Jésus, le jour qui vous est spécialement consacré chaque semaine, faire chaque samedi une légère aumône en votre honneur ; surtout, ô Vierge sainte, je veux vous donner tout mon amour, mes chants et mes prières. À vous, puissante protectrice, je m'abandonne sans retour. Si le monde m'appelle je lui répondrai : à Celle que Dieu nomme sa Mère, que l'Ange vénère, que le chrétien proclame son secours, à l'Astre des mers, à l'Etoile du matin, au doux rayon du ciel qui brille entre les nues, à l'aurore du soleil de justice, à Celle qui m'a si souvent préservée du naufrage, à Marie enfin, j'ai donné tout mon amour. Je lui donne à jamais mes larmes, mes maux, mes combats, mon âme, mes pensées, mes prières et mon cœur pour que, sur les ailes de l'amour céleste, elle les porte à son Jésus. Amen.

 

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18 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Dix-neuvième jour

L'Onction de la très Sainte Vierge sur le Bienheureux Réginald et le Scapulaire

 

I. « En 1218, il y avait en France un docteur célèbre appelé Réginald, et qui était doyen du chapitre de Saint-Aignan à Orléans. Il était venu à Rome vénérer les tombeaux des saints Apôtres Pierre et Paul, et se préparait à suivre le dessein, sans savoir comment, que Dieu lui inspirait de tout abandonner pour se livrer dans un état de pauvreté volontaire à la prédication de l'Evangile. Ayant ouvert son cœur sur ce sujet à un cardinal, celui-ci lui dit que Saint Dominique était alors à Rome pour établir un nouvel Ordre qui avait pour but d'unir la pratique de la pauvreté à l'office de la prédication. Maître Réginald s'empressa d'aller trouver le saint, et de lui révéler le secret de son âme, et il résolut dès lors d'entrer dans l'Ordre. Sur ces entrefaites il tomba si dangereusement malade, que les médecins désespéraient de le sauver. Saint Dominique, affligé de perdre un enfant dont il n'avait pas même joui, se tourna vers la divine miséricorde, la suppliant de lui accorder la vie de ce fils précieux, au moins pour un peu de temps. Pendant qu'il priait ainsi, la bienheureuse Vierge Marie, accompagnée de deux jeunes filles d'une beauté sans pareille, apparut à Réginald, éveillé et consumé par les ardeurs de la fièvre, et la Reine du ciel lui dit : « Demande-moi ce que tu voudras, et je te le donnerai ».

Comme il délibérait en lui-même, une des jeunes filles lui suggéra de ne rien demander, mais de s'en remettre à la volonté de la Reine des Miséricordes, ce qu'il agréa volontiers. Alors Celle-ci, étendant sa main virginale, lui fit une onction sur les yeux, les oreilles, les narines, la bouche, les mains, les reins et les pieds. Elle prononçait en même temps des paroles appropriées à chaque onction. Ainsi, en touchant les reins : « Que tes reins soient ceints du cordon de la chasteté ». Et en touchant les pieds : « Joins tes pieds pour la prédication de l'Évangile de paix ». Elle lui montra ensuite l'habit des Frères Prêcheurs, en lui disant : « Voici l'habit de ton Ordre » ; et Elle disparut à ses yeux. Réginald se trouva aussitôt parfaitement guéri, oint qu'il avait été par la Mère de Celui qui a le secret de tout salut. Le lendemain matin, quand Dominique vint le Voir, il lui apprit qu'il n'avait aucun mal, et lui raconta sa vision. Tous deux en rendirent de grandes actions de grâces au Seigneur, et les médecins admirèrent un retour si subit et si inespéré à la santé, ne sachant pas la main qui avait donné le remède.

Trois jours après, Réginald étant assis avec Saint Dominique et un religieux de l'Ordre des hospitaliers, l'Onction miraculeuse fut renouvelée sur lui en leur présence, comme si l'auguste Mère de Dieu eût attaché à cet acte une importance considérable, et qu'elle eût tenu à l'accomplir devant témoins. En effet, Réginald n'était ici que le représentant des Frères Prêcheurs, et la Reine du Ciel et de la terre contractait alliance en sa personne avec l'Ordre entier. Le Rosaire avait été le premier signe de cette alliance et comme le joyau de l'Ordre à son baptême ; l'onction de Réginald, indice de virilité et de confirmation, devait avoir aussi un signe durable et commémoratif. C'est pourquoi la très Sainte Vierge, en présentant au nouveau Frère l'habit de l'ordre, ne le lui présenta pas tel qu'on le portait alors, mais avec un changement remarquable.

En effet, dans l'habit que la Sainte Vierge montra à Réginald, le surplis de lin que les enfants de Saint Dominique portaient alors, était remplacé par un scapulaire de laine blanche. Né au désert d'un sentiment de pudeur, tombant comme un voile sur le cœur de l'homme, le scapulaire était devenu dans la tradition chrétienne le symbole de la pureté, et par conséquent l'habit de Marie, la Reine des vierges. En même temps donc que Marie, dans la personne de Réginald, ceignait les reins de l'Ordre du cordon de la chasteté, et préparait ses pieds à la prédication de l'Evangile de paix, elle lui donnait dans le Scapulaire le signe extérieur de cette vertu des Anges, sans laquelle il est impossible de sentir et d'annoncer les choses célestes. Après cet événement, l'un des plus fameux de l'antiquité Dominicaine, l'Ordre quitta le surplis de lin pour le scapulaire de laine devenu la partie principale et caractéristique de son habillement. Lorsque le Frère Prêcheur fait profession, son scapulaire seul est béni par le prieur qui reçoit ses vœux, et en aucun, cas il ne peut sortir de sa cellule sans en être revêtu même pour aller au tombeau.

En l'an 1220, Réginald, de retour à Paris, était atteint d'une maladie mortelle ; le Prieur du couvent de Saint Jacques vint l'avertir que l'heure du dernier combat approchait, et lui demanda s'il ne voulait pas qu'on fit sur son corps les suprêmes onctions. « Je ne crains pas le combat, répondit Réginald, je l'attends avec joie. J'attends aussi la Mère de Miséricorde, qui m'a oint à Rome de ses propres mains, et en laquelle je me confie ; mais de peur que je paraisse mépriser l'onction ecclésiastique, il me plaît aussi de la recevoir, et je la demande ».

Peu de frères savaient la manière mystérieuse dont Réginald avait été appelé à l'Ordre, car il avait prié saint Dominique de n'en point parler de son vivant ; mais le souvenir de cette insigne faveur se présentant à son esprit à l'instant de sa mort, il ne put s'empêcher d'y faire allusion, et la reconnaissance lui arracha un secret que son humilité avait gardé jusque-là ». (Vie de saint Dominique, par le P. Lacordaire).

Les restes mortels de Réginald opérèrent des miracles, et furent pendant plusieurs siècles l'objet d'un culte constant, dans le monastère de Notre Dame des Champs.

D'une main Marie nous offre donc le saint scapulaire, pour nous servir de « boulevard et de défense contre tous les périls du corps et de l'âme ». (Cérémonial de la vêture du Tiers Ordre). De l'autre, Elle nous présente le Rosaire comme une chaîne sacrée, pour nous lier à son service et y attirer tous nos frères. Sainte Rose de Lima, malade, voulait avoir son scapulaire étendu sur son lit, et au moment de mourir elle le baisait en disant : « Belle livrée blanche, tu me conduis au Ciel ! » Mademoiselle Blanc, qui était cruellement tourmentée par les écrouelles, ayant été présentée par sa mère au Père Antoine Lequien, il posa son scapulaire sur la tête de la malade, et après une courte élévation de cœur vers Dieu, il la rendit à sa mère guérie, et elle n'éprouva jamais depuis aucun retour de cette fâcheuse maladie.

 

II. Sainte Marie, Mère de Dieu, mon cœur n'est plus à moi, il est à vous ! C'est vous, qui m'attirant vers l'Ordre de saint Dominique, m'en ouvrant l'entrée, m'avez revêtue de ce vêtement tutélaire, de cet ornement précieux, de ce symbole de la plus aimable des vertus, de ce saint scapulaire que vous donnâtes au bienheureux Réginald. C'est Vous, Mère chérie, qui, dans votre amour maternel, m'avez revêtue d'un habit protecteur contre tous les dangers auxquels je puis être exposée ici-bas ; c'est vous, qui toujours ménagez à ma profonde misère, à mes besoins sans cesse renaissants des grâces plus abondantes pour me faire éviter le mal et pratiquer la vertu (1). Faites donc encore, ô Marie, qu'à l'ombre de ce vêtement sacré je trouve toujours la fraîcheur contre l'ardeur des passions (Manuel du Tiers Ordre, prière de la prise d'habit), que pendant ma vie, et surtout à l'heure de ma mort, il me serve de boulevard et de défense contre tous les périls du corps et de l'âme. Daignez en outre, Vierge sainte et pleine de miséricorde, oindre, au moins spirituellement, toutes mes puissances et tous mes sens, afin que tout en moi soit purifié et consacré sans réserve et pour jamais, au service de Jésus et au vôtre, douce Mère. Amen.

 

(1). Le Scapulaire signifie le joug de l'Evangile, si doux à ceux qui veulent le porter avec amour. Nous avons désire ce joug toute notre vie ; nous devons avoir toujours pour lui le même amour. Il signifie aussi l'obéissance, à cause de la partie de derrière. Cette partie qui couvre le dos, rappelle l'homme qui s'incline et est prêt à recevoir un fardeau. L'autre partie qui est par devant indique le commandement et la protection. Le dominicain, semblable à un père, entoure des ailes de sa prudente sollicitude ceux qui lui sont soumis. Il signifie que nous devons oublier nos mérites passés pour en acquérir de nouveaux, et que, par la pénitence, nous devons jeter loin de nous nos iniquités, loin d'en garder un souvenir qui nous plaise; autrement notre saint habit ne serait que la couverture d'un cadavre. L'égalité des deux côtés du Scapulaire nous marque combien rarement il est facile de discerner la vraie justice d'avec la fausse. Demain cette partie du Scapulaire qui est aujourd'hui derrière nous pourra être devant. Hélas! que d'hommes, pieux aujourd'hui, demain sont méchants ; ils jettent derrière leur des leurs iniquités ; mais un jour Dieu les remettre devant leur face, et alors ils ne pourront plaire ni à Dieu, quand ils subiront son jugement, ni à eux-mêmes, quand ils souffriront en enfer. Alors plus de conversion possible. Pendant que nous en avons le temps, convertissons-nous donc sincèrement. (Année dominicaine, septembre 1861).

 

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17 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Dix-huitième jour

L’Office de la très Sainte Vierge

 

« La prière de l'Église est essentiellement symbolique. D'abord elle cherche li reproduire les adorations de la cour céleste, et puis elle est comme une peinture expressive de l'âme chrétienne ou plutôt elle nous en fait entendre le véritable cri ; ce cri, c'est celui de l'homme soupirant après le ciel, après les biens de l'amour divin, de la paix, et qui sont comme l'avant-goût et l'image de l'éternelle félicité. retrouvant toujours Notre Seigneur au milieu de toutes les impressions religieuses, les lui offrant, et s'appuyant sur lui. Voilà la double inspiration, la pensée de l’0flice divin ». (Année dominicaine, novembre 1862).

 

I. Il est hors de doute que ce sont les Apôtres qui ont les premiers appliqué à la très Sainte Vierge les admirables passages de l'Ecriture sainte qui se rapportent au Verbe incarné, et chanté ou récité les psaumes de David et les Cantiques sacrés en l'honneur de Marie. Les successeurs des Apôtres continuèrent ces prières et y ajoutèrent eux-mêmes sous l'inspiration de l'Esprit-Saint.

Par la suite, l'Église qui recueillait les anciennes prières liturgiques pour en composer l'office divin connu sous le nom de Bréviaire, recueillit également les prières usitées en l'honneur de Marie, et forma ce que nous appelons l'Office de la Vierge, office qui, pour la substance, remonte aux temps apostoliques, mais dont la forme actuelle est bien moins ancienne. Saint Pie V, pour exciter la ferveur des fidèles pour l'Office de la Vierge, accorda de grandes indulgences à ceux qui le réciteraient.

Où pourrions-nous trouver de plus belles prières que celles qui composent cet office ? C'est la Salutation Angélique par laquelle nous commençons et nous terminons chacune des heures de l'office ; et lorsque cette salutation sort de nos lèvres, Marie tressaille de bonheur et les démons s'enfuient épouvantés.

C'est cet élan d'amour envers la sainte Trinité, ce Gloria Patri sorti du cœur embrasé de Saint Jérôme, et que nous ne nous lassons pas de répéter ; ce sont ces belles et tendres hymnes en l'honneur de l'auguste Vierge : Ave Maris Stella... Ô Gloriosa Domina, etc., etc., les riches versets et capitules tirés de l'Ecclésiaste, des cantiques, et appliqués à Marie ; les belles antiennes qui se succèdent selon les différentes époques de l'année, comme les fleurs de nos prairies selon les différentes saisons ; les ferventes prières que nous adressons à nos saints bien-aimés, pour obtenir par leur intercession la grâce d'imiter les vertus qui les ont conduits à la gloire céleste, car les vertus sont les fleurs que doit produire notre dévotion envers Marie.

Que dirai-je de ces cantiques sacrés, de ces psaumes qui composent encore notre office ? Ce sont des chants inimitables, des poésies immortelles où le Prophète-Roi a créé pour le cœur, l'esprit, l'imagination, comme un océan de beautés sans égales, de pensées sublimes, de sentiments divins. Que dirai-je encore ? Tous les siècles, tous les pays chantent avec nous quand nous chantons les psaumes de David. Pendant que je les récite, ces immortels cantiques se répètent par les voix dominicaines, à Rome, à Paris, à Londres, à Mossoul, au Tonkin sous le glaive du bourreau, en Chine, en Californie, au Chili, etc. Le temple de Salomon, les plaines brûlantes de Babylone et de Memphis, les rives désertes du Jourdain et de l'Euphrate, les grottes de la Thébaïde, les catacombes de Home et de Lyon, les basiliques de Nicée et d'Antioche les ont entendus ! Par combien de bouches plus pures et plus ferventes que la mienne n'ont-ils point passé ! Tobie, pendant son exil, Esther à la cour d'Assuérus, les enfants dans la fournaise, Daniel dans la fosse aux lions, Judas Macchabée à la tête des guerriers d'Israël, les ont répétés ; Antoine et Paul les soupiraient au désert, Chrysostome à Antioche, Augustin à Hippone, Bernard à Clairvaux, Dominique partout où le menait l'esprit de Dieu, Hyacinthe dans les steppes glacées de la Tartarie et au Tibet, Louis IX à Paris, Vincent Ferrier dans ses courses apostoliques, Catherine à Sienne, Rose à Lima, Las Casas à Mexico, etc, et après tant de siècles, après avoir exprimé tant de sentiments divers, ces cantiques sont aussi nouveaux qu'aux jours où, pour la première fois, David les fit retentir sur sa lyre harmonieuse. Et cela ne dirait rien à nos cœurs! cela n'agrandirait pas nos idées, et ne nous ferait pas comprendre toute la beauté, toute la grandeur de ce nom incommunicable de ma Mère l'Église Catholique !

La récitation de l'Office de la Sainte Vierge nous fait accomplir en outre ce précepte de la prière si fort recommandé par le Sauveur ; elle nous fait honorer chaque jour les mystères accomplis en Marie : sa Conception immaculée, sa vie, sa mort dans le temps, sa glorieuse Assomption, son Couronnement dans le ciel, et elle nous fait mériter d'avoir part aux grâces de ces différents mystères et d'obtenir une plus maternelle et plus constante protection de Marie qui daigna plusieurs fois témoigner combien la récitation de son office lui est agréable.

Tauler invite ses frères à réciter les heures de la sainte Vierge avec dévotion, leur promettant que cette divine Reine, par son intercession, leur obtiendra les plus grandes grâces.

Saint Louis, malgré les soucis et les occupations que donne le gouvernement d'un grand royaume, assistait chaque jour à l'Office de la Vierge, ou le récitait dans son particulier. Saint Vincent Ferrier le récitait dès son enfance, et continua jusqu'à sa mort. Ce fut aussi la pratique de plusieurs de nos saintes et bienheureuses.

La Bienheureuse Jeanne, infante de Portugal, dès l'âge de neuf ans, disait tous les jours l'Office de la Vierge, qu'elle se fit traduire en portugais, pour le dire avec plus d'attention et de dévotion. La Bienheureuse Marguerite de Hongrie, dès l'âge de cinq ans, savait par cœur l'Office de la sainte Vierge, et le récitait avec une grande ferveur.

La très Sainte Vierge daigna un jour chanter Complies avec la Vénérable Mère Hippolyte de Rocaberti, et par la douceur et l'harmonie de sa voix, exciter la ferveur et la dévotion de sa servante. Cette sainte religieuse exhortait souvent ses novices à une grande attention, ferveur et modestie pendant les offices divins, et particulièrement celui de la Vierge, voulant que, comme de véritables filles, elles la servissent et l'honorassent comme leur Mère. Un jour qu'elles récitaient son office avec quelque précipitation, elle les arrêta tout court par ces paroles : « Je crois, mes filles, que vous n'avez pas la crainte du Seigneur ». La connaissance qu'elle avait eue du châtiment que Dieu exerce sur ceux qui négligent de se bien acquitter des offices divins, la portait à une grande vigilance sur ce point. Une nuit, elle entendit clairement et distinctement commencer au chœur les psaumes de la pénitence. Plusieurs religieuses les entendirent aussi, et l'une d'elles ayant eu la curiosité et le courage de traverser le chœur fut bien surprise de n'y voir personne, quoique la récitation des psaumes continuât ; alors elle fut saisie d'une telle frayeur, qu'elle tomba comme morte ; les médecins déclarèrent que sa guérison était un miracle qui rendait plus croyable ce qu'elle disait, que ces religieuses faisaient leur purgatoire au lieu même où elles avaient commis leurs fautes. En 1679 on avait vu la même chose dans le couvent de Sainte Croix, à Grenade, où un religieux souffrait dans le Chœur les peines de son purgatoire.

Le Père Vincent Valverd, premier évêque de Cuseo, au Pérou, et martyr, avait une grande dévotion pour Marie. Après lui avoir consacré sa cathédrale, il ordonna en outre que tous les ecclésiastiques de son diocèse récitassent son office les jours de fête.

 

II. Ô Marie, je veux désormais réciter votre saint Office avec toute la ferveur dont je serai capable ; au Venite, je vous saluerai très profondément avec tous les anges et tous les saints. À l'Hymne, je désirerai que vous soyez aimée de tous les cœurs.

Au premier psaume, je me réjouirai de ce ce que le Père Éternel vous a choisie pour sa fille, et je vous supplierai de m'adopter pour votre enfant. Au deuxième psaume, je me réjouirai de ce que le fils de Dieu vous a choisie pour sa Mère, et je vous conjurerai, par cette grâce inestimable, de daigner me regarder comme votre pauvre enfant. Au troisième psaume, je me réjouirai de ce que le Saint Esprit vous a envisagée de toute éternité, pour faire de vous sa digne Épouse, et je vous prierai instamment de m'agréer pour votre humble servante. Aux trois leçons je produirai des actes de foi, d'espérance et de charité, en l'honneur et en union de l'exercice que vous avez fait de ces trois vertus pendant votre vie sur la terre. Enfin, Vierge très pure, je passerai le reste du divin office en m'unissant aux hommages qu'on vous rend dans la cour céleste, en me réjouissant de votre gloire et de votre félicité incomparables, en vous suppliant d'avoir soin de mon âme pour la conduire au terme de Dieu, à l'heure de ma mort. Amen. (Extrait des œuvres de la vénérable mère Françoise des Séraphins).

 

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16 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

 

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Dix-septième jour

Le Salve Regina

 

« Ô Clemens ! Ô Pia ! Ô Dulcis Virgo Maria ! »

« Ô Clémente ! Ô Miséricordieuse ! Ô Douce Vierge Marie ! »

 

I. Dans les premiers commencements de l'Ordre des Frères Prêcheurs, sous le généralat du Bienheureux Jourdain de Saxe, successeur immédiat du saint Patriarche Dominique, les démons apparurent à la fois dans plusieurs couvents de l'Ordre, et notamment à Paris et à Bologne. Irrités de voir les grands fruits de sainteté que produisait cet Institut nouveau, furieux d'apprendre chaque jour que les pécheurs se convertissaient, que les justes s'affermissaient, que les saints s'accomplissaient par le zèle de ces nouveaux apôtres, les démons se mirent à faire grand tumulte, afin d'épouvanter les religieux, et à les molester par des visions dangereuses pour la sainte vertu, et par des spectres horribles qui joignaient quelquefois les blessures aux coups et aux menaces.

En apprenant ces explosions de la rage infernale, le bienheureux Père Jourdain, plein de confiance dans la puissance et la protection des Saints Anges, ordonna de chanter après l'office de nuit, au milieu des ténèbres que les démons affectionnent, le neuvième répons de l'office de Saint Michel, prince de la céleste milice. Mais sans se laisser étonner par cette invocation et par ces chants, les démons n'en continuèrent pas moins leurs persécutions et leurs sévices.

Alors le bienheureux général se résolut à chercher un refuge auprès d'une protectrice plus miséricordieuse et plus puissante. Chaque soir, aussitôt après Complies, lorsque la nuit ramène les heures silencieuses où les démons aiment à exercer leur empire, les frères, par l'ordre de leur supérieur, entonnèrent au chœur, à genoux, la belle et dévote antienne : « Salve, Regina, Mater misericordiae ».

Ensuite, précédés par les acolytes en surplis et les cierges allumés, ils sortirent processionnellement dans l'église implorant sur eux la protection de Celle que nous appelons notre avocate, demandant pour toute défense un regard de ses yeux pleins de miséricorde ; et la saluant avec Saint Bernard comme leur très Clémente, très Pieuse et très Douce Mère : « Ô Clemens, ô Pia, ô Dulcis Virgo Maria ! »

À ces invocations suaves, tous les démons s'enfuirent dans leurs abîmes ; et ceux que n'effrayaient point les Saints Anges disparurent aussitôt, épouvantés, dès qu'ils sentirent la présence de leur irréconciliable et toute-puissante ennemie.

Ô Marie, Reine du Ciel ! Les fils de saint Dominique n'ont point laissé périr cette institution de leurs Pères. Tous les soirs encore, lorsque les labeurs de la journée sont à leur terme, lorsque la bénédiction du prélat est descendue pleine de paix sur les têtes inclinées des frères ; tous les soirs nous nous mettons à genoux pour vous saluer comme notre Mère et notre Reine. Nous sortons du chœur, deux à deux, en nous inclinant profondément devant l'autel où brille l'image de votre Fils, crucifié pour nos crimes. Nous nous espaçons dans la longue nef, au milieu de la foule attentive et recueillie des fidèles, et lorsque viennent ces paroles bénies : « Eia, ergo, Advocata nostra... », tous les soirs nous tombons à genoux, en implorant sur nous votre intercession et vos prières. Puis, confiants dans votre bonté, nous nous relevons, pour ajouter comme nos Pères, avec les mêmes accents, avec la même tendresse, avec le même amour : Ô Clemens ! Ô Pia ! Ô Dulcis Virgo Maria !... » Ô Clemens, car nous sommes pécheurs et nous avons besoin de clémence. Ô Pia, car nous sommes tièdes, et nous avons besoin d'ardeur et de piété dans la prière. Ô Dulcis, car nous sommes affligés, et nous avons besoin de ces consolations que vous savez répandre au fond des cœurs, ô très Clémente, ô très Pieuse, ô très Douce Vierge Marie ! C'est pourquoi, Vierge digne de tout éloge, Vierge notre vie, notre douceur, notre espérance ; souvenez-vous sans cesse que depuis six cents ans, nous, vos enfants bien-aimés, nous avons recours à vous notre protectrice et notre Mère. La rage de nos adversaires n'est point éteinte, et s'ils ne peuvent plus, parce que vous avez mis un frein à leur furie, s'ils ne peuvent plus nous attaquer sous des formes visibles, par des tentations extérieures et menaçantes, nous savons qu'ils ne cessent de nous poursuivre jusque dans ces couvents sacrés où règne le silence, où respire la prière, où votre aimable dévotion embaume tout de ses suaves parfums. Mais nous avons confiance que vous êtes, aujourd'hui comme autrefois, notre appui, notre secours, notre victoire. A mesure que les chants sacrés retentissent sous les voûtes de nos églises, les puissances infernales sentent diminuer leur audace ; elles se troublent et s'agitent ; elles s'épouvantent et s'enfuient pleines d'une secrète terreur. Toujours vous êtes victorieuse, ô notre Mère ! Et lorsque nous achevons de chanter cette pieuse antienne que nous avons reçue de nos Pères selon l'esprit, il ne reste plus autour de nous que les anges de lumière, qui, dispersés dans l'église, pleins d'une sainte joie, recueillis, modestes et revêtus comme nous de blanches tuniques, répètent les derniers échos de la céleste mélodie : Ô Clemens ! Ô Piat ! ô Dulci Virgo Maria ! (Année dominicaine, juin 1860).

Si les religieux de l'Ordre de Saint-Dominique sont heureux de chanter ainsi ce cantique de louange à Marie, au déclin de chaque jour, ils ont encore la consolation de l'entendre chanter près d'eux par leurs frères au moment de quitter la vie, au moment d'aller voir de près l'auguste Reine qu'ils ont fait profession d'aimer et de servir.

Le vénérable Guillaume Constet, religieux de la Réforme de Toulouse, fut martyrisé au Japon avec ses compagnons, pendant qu'ils chantaient le Salve Regina (XVII° siècle).

Pendant que la vénérable Mère Hippolyte de Rocaberti écrivait sur le Salve Regina, la très Sainte Vierge lui apparut tous les jours à l'heure où, selon la coutume de l'Ordre, la communauté chantait cette pieuse antienne après les Complies, lui témoignant, par la consolation qu'elle lui donnait, le plaisir qu'elle éprouvait de la voir s'occuper à écrire sur ses perfections et ses vertus. Elle lui promit de l'assister à l'heure de la mort, et de lui envoyer, pour la protéger contre le démon, le chœur des prophètes pour qui elle avait toujours en une dévotion particulière.

La vénérable Paule de Saint Thomas, éprouvée pendant sept années par une tentation des plus tenaces et des plus pénibles. en fut enfin délivrée par la récitation du Salve Regina ; elle disait ensuite n'avoir jamais rien demandé à la sainte Vierge par le moyen de cette antienne sans l'avoir obtenu, quelquefois même avant de l'avoir achevée ; aussi elle en recommandait beaucoup la récitation.

Quelquefois lorsqu'on entonnait le Salve Regina, la vénérable sœur Adélaïde de Rheifnelden, des Unterlinden , semblait hors d'elle-même et s'écriait : « Chantez, mes sœurs, chantez, car la Reine,du Ciel est ici ! »

Un religieux était souvent tenté contre sa vocation, et il était près de succomber à cette tentation, lorsque son Prieur, touché de compassion, ne sachant comment rendre le calme à cette pauvre âme troublée, eut l'inspiration de recourir à Marie. Il va dans la cellule du religieux et lui dit : « Allons,mon frère, ayons recours à notre bonne Mère ; disons un Salve Regina les bras en croix ». Le religieux y consentit avec une certaine difficulté, et récita tant bien que mal le Salve Regina. Quand il fut arrivé à ces mots : « Ô Clemens ! Ô pia ! Ô Dulcis Virgo Maria ! » La douce Vierge qu'il invoquait amollit tellement son cœur, qu'il tomba par terre, et que, baigné dans ses larmes, il s'écria : « C'est assez, mon Père, c'est assez ; je veux persévérer toute ma vie dans la pénitence ». Le Prieur, le relevant, l'embrassa cordialement, en l'exhortant à se souvenir toujours qu'il avait été guéri par l'intercession de la Sainte Vierge, et à lui vouer son amour et une reconnaissance sans bornes.

 

II. Salve, Regina, Mater misericordiæ, vita, dulcedo et spes nostra, salve. Ad te, clamamus, exules filii Evæ ; ad te, suspiramus, gementes et flentes, in hac lacrymarum valle. Eia ergo, Advocata nostra, illos tues misericordes oculos ad nos converte. Et Jesum benedictum fructum ventris tui, nobis post hoc exilium ostende. Ô Clemens ! Ô Pia ! Ô Dulcis Virgo Maria !

 

V. Dignare me, laudare te, Virgo sacrata.

R. Da mihi virtutem contra hostes tuos.

 

Oremus

 

Concede nos famulos tues, quœsumus, Domine Deus, perpetua mentis et corporis salute gaudere ; et gloriosa beatæ Mariæ semper Virginis intercessione, a presenti liberari tristitia, et æterna perfrui lætitia. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

 

Salut, ô Reine, Mère de miséricorde, notre vie, notre espérance, salut ! Enfants d'Ève exilés, nous crions vers vous ; Vers vous nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes. Ô vous notre avocate, tournez vers nous vos yeux compatissants. Et, après cet exil, faites-nous voir Jésus, le fruit béni de vos entrailles. Ô clémente, ô pieuse, ô douce Vierge Marie ! Amen.

 

V. Rendez-moi digne de vous louer, Vierge sainte.

R. Donnez-moi la force contre vos ennemis.

 

Prions


Dieu de miséricorde, portez secours à notre faiblesse ; faites qu'en évoquant la mémoire de la sainte Mère de Dieu, nous puissions compter sur l'efficacité de son intercession pour nous relever de nos péchés. Par le même Christ notre Seigneur. Amen.

 

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15 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Seizième jour

Le Magnificat

 

« Méditez profondément les paroles du beau cantique que Marie antenne en l'honneur du grand mystère de l'Incarnation. Voyez comme elle y loue l'humilité, comment elle y rabaisse l'orgueil. comment elle y exalte sans mesure la miséricorde, la fidélité et la Providence paternelle de Dieu envers ses élus ». (Vénérable Louis de Grenade).

 

I. « Au discours d'Elisabeth qui exaltait si haut son excellence, que va répondre Marie ? Oh ! c'est ici qu'il faut bien prêter toute notre attention et recueillir religieusement les leçons de notre Reine et de notre modèle. De la voix la plus douce et la plus mélodieuse, la Mère de la sagesse entonna le cantique que nous répète saint Luc : « Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur, de ce qu'il a regardé la bassesse de sa servante, car désormais je serai appelée Bienheureuse dans la durée de tous les siècles. Parce que le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses, et son nom est saint. Sa miséricorde s'étend de génération en génération sur ceux qui le craignent... »

« Il faudrait des livres entiers pour retracer les magnificences de ce cantique, le plus sublime qui fut jamais ; cantique merveilleux auquel le monde chrétien ne peut s'habituer depuis dix-huit siècles qu'il le redit. Cantique fortuné, qui recevra toujours de plus en plus dans les âges futurs sa prédiction : « Et voici que les nations m'appelleront Bienheureuse ». Remarquons toutefois que ce qui fait la majesté et la puissance de ce chant sacré, c'est l'humilité de Celle qui le profère. Où l'humble Vierge a-t-elle pris tous ces transports, ces accents de gloire et de grandeur qui se pressent sur ses lèvres, qui louent le Très Haut comme il ne l'avait jamais été par tous les prophètes à la fois ? Elle les a puisés dans le sentiment de sa faiblesse, joint à celui de la grandeur qu'elle a reçue de Dieu. Ces deux sentiments, inspirés à Marie par la vérité même, personnellement vivante dans son sein, étaient comme deux abîmes qui s'appelaient réciproquement : « La vue de sa bassesse lui donnait le sentiment distinct de la grandeur qu'elle devait à Dieu, et la vue de cette grandeur accroissait le sentiment de sa bassesse ». Marie louait donc Dieu en Elle et se louait à la fois en Dieu dans ces mots : « Il a fait en moi de grandes choses », mais, ne l'oublions pas, Elle se loue comme la servante du Seigneur, Elle ne voit que Lui, Elle ne tressaille de joie qu'en Lui, et si Elle nous invite à le louer, c'est parce qu'il a regardé « sa bassesse ». D'où il suit, que ne pas honorer Marie c'est dés lors ne pas honorer Dieu dans son plus grand sujet créé de louange.

« Il y a donc là un profond enseignement à retenir, à savoir : que l'humilité est le seul et solide fondement que le Seigneur a jeté pour l'élévation de sa créature. « Il a renversé les puissants de leurs trônes, et il a exalté les humbles ». (Nicolas, Études philosophiques sur la Vierge Marie, II° partie).

 « La Bienheureuse Vierge a glorifié le Seigneur, et pour célébrer Celui qu'elle avait conçu, elle a laissé échapper un cantique d'amour. C'est ainsi que l'âme qui porte Dieu en elle, lui chante des hymnes de louanges et d'allégresse, s'efforce de publier les magnificences qu'elle a pu découvrir, met au service de la gloire de Dieu tous ses sentiments les plus intimes et toutes les actions dont elle est capable, et ne savoure d'autre joie que celle .de penser à Dieu et de l'aimer ». (Extrait de La Théologie, du Père Contenson).

La vénérable Mère Françoise des Séraphins donnait à ses religieuses une fort belle et fort sainte explication de tous les versets du Magnificat. Elle y faisait remarquer les élévations merveilleuses de la très Sainte Vierge, et ses vertus très éminentes, particulièrement sa très sincère et très profonde humilité ; et c'est ce qu'elle entreprit d'imiter en elle avec tant d'affection et de confiance, qu'elle n'aimait rien tant que d'être cachée et anéantie en toutes choses, à son exemple.

La Vénérable sœur Paule de Saint Thomas avait un grand désir d'obtenir une profonde humilité, et considérant que la sainte Vierge dans son immortel cantique loue particulièrement la miséricorde de Dieu parce qu'il a regardé sa bassesse, elle la conjurait de lui faire part de cet intime et humble sentiment d'elle-même, et pour obtenir cette grâce qui lui fut accordée, elle se rendit à pied pendant plusieurs jours pour prier Marie devant une de ses images miraculeuses qu'on vénérait hors des portes de Rome.

Dans une extase où le Bienheureux Henri Suso entrevit les délices du ciel, il entendit les Anges chanter le Magnificat, et lorsque ce chant fut terminé, la sainte Vierge s'approcha de lui.

Le Père Grignion de Montfort engage les serviteurs de Marie à réciter souvent le Magnificat pour remercier Dieu des grâces qu'il a faites à la très Sainte Vierge. « C'est la seule prière et le seul ouvrage que la sainte Vierge ait composé, dit-il, ou plutôt que Jésus a fait en Elle, car Il parlait par sa bouche ; c'est le plus grand sacrifice de louange que Dieu ait reçu d'une pure créature ; c'est d'un côté le plus humble et le plus reconnaissant, et de l'autre le plus sublime et le plus relevé de tous les cantiques. La très Sainte Vierge récitait souvent elle-même ce cantique, et particulièrement en actions de grâces après la communion. On rapporte plusieurs miracles opérés par sa vertu, et les diables tremblent et s'enfuient quand ils entendent ces paroles du verset : « Fecit polentiam ». (Traité de la Vraie Dévotion à la Sainte Vierge).

 

II. Magnificat anima mea Dominum.

Et exultavit spiritus meus, in Deo salutari meo.

Quia respexit humilitatem ancillæ suæ ;

ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.

Quia fecit mihi magna qui potens est, et sanctum nomen ejus.

Et misericordia ejus a progenie in progenies, timentibus eum.

Fecit potentiam in brachia suo ;

dispersit superbos mente cordis sui.

Deposuit potentes de sede et exaltavit humiles.

Esurientes implevit bonis, et divites dimisit inanes.

suscepit israel puerum suum, recordatus misericordiæ suæ,

Sicut locutus est ad patres nostrosi Abraham et semini ejus in secula.

Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto.

Sicut erat in principio et nunc, et semper, et in secula seculorum Amen.

 

Mon âme exalte le Seigneur,

exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !

Il s’est penché sur son humble servante ;

désormais, tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles ;

Saint est son nom !

Son amour s’étend d’âge en âge

sur ceux qui le craignent.

Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.

Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.

Il comble de biens les affamés,

renvoie les riches les mains vides.

Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour,

de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa race, à jamais.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit,

pour les siècles des siècles. Amen.

 

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14 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Quinzième jour

Le Rosaire perpétuel

 

« Par le culte de Marie et le Rosaire perpétuel, nous pouvons faire un bien immense dans le monde... Tous les jours, nous apprenons quelques faits miraculeux obtenus par les prières de cette sainte Association. Vive Marie ! » Père Marie-Augustin, Lettre du 22 juin 1860).

 

I. Le Rosaire perpétuel est une association au moyen de laquelle le saint Rosaire se récite jour et nuit sans interruption pour rendre à Marie un perpétuel hommage, et obtenir d'elle un perpétuel secours. Cette association forme ici-bas la garde royale de la Reine des Anges, et les membres s'étant distribué toutes les ‘heures du jour et de la nuit pour la récitation du Saint Rosaire s'honorent du titre glorieux de Chevaliers de Marie (Père Marie-Augustin, Rose Mystique effeuillée).

La première pensée de cette association fut inspirée à un religieux dominicain, il y a plusieurs siècles. Frappé des grandeurs de Marie et de sa toute-puissance auprès de Dieu, ce saint religieux cherchait un moyen de reconnaître ces grandeurs et de mettre à profit cette toute puissante médiation pour obtenir à l'Eglise et au monde des grâces abondantes. Le Saint Rosaire était admirablement propre à remplir cette double fin,car il est tout a la fois une prière et un hymne de louange à Marie. Ce fut donc à cette dévotion plusieurs fois séculaire que recourut ce digne enfant de saint Dominique ; pour accomplir son pieux dessein, il imagina d'organiser le service régulier dont nous parlons, par lequel le Saint Rosaire se réciterait le jour et la nuit sans interruption, par des associés qui, se relevant d'heure en heure, veilleraient comme de fidèles sentinelles pour rendre à Marie un perpétuel hommage et implorer un perpétuel secours.

Cette pieuse pensée fut bénie du ciel ; tous les vrais serviteurs de Marie l'accueillirent avec amour ; sa propagation par le monde fut rapide ; elle devint populaire en peu de temps; les Souverains Pontifes, les cardinaux, les évêques l'embrassèrent eux-mêmes, ainsi qu'un nombre immense de communautés religieuses. Et cependant cette dévotion, comme tant d'autres, avait été emportée par la tourmente révolutionnaire. Les enfants de Saint Dominique, qui lui avaient donné naissance, ont eu la pensée de la faire refleurir et voici à quelle occasion.

Depuis deux ans, les religieux dominicains avaient pris possession de leur couvent de Lyon ; depuis deux ans, le saint Rosaire se récitait régulièrement tous les jours en public dans leur église avec de grands fruits pour les âmes, lorsqu'il leur vint en pensée défaire quelque chose de plus à la gloire de Marie qui les avait protégés d'une manière frappante dans des circonstances difficiles. Marie était attaquée dans leur voisinage, et nous pouvons dire dans le monde entier, avec une recrudescence de rage par les hérétiques et les impies ; ils résolurent donc de rétablir d'une manière régulière et complète l'ancienne dévotion du Rosaire perpétuel pour former autour de la Sainte Mère de Dieu comme une garde royale qui prendrait la défense de son honneur, et la vengerait de ses ennemis. Cette pensée, longuement méditée dans le calme et le silence de la prière fut mise à exécution, et dés le commencement couronnée d'un plein succès. Quelques mots avaient été à peine prononcés en chaire sur le projet de cette œuvre, que les âmes se présentaient en foule, demandant à faire partie de cette sainte association ; deux mois après, l'œuvre était complètement organisée : toutes les heures du jour et de la nuit étaient prises par un grand nombre de personnes de tout âge, de tout sexe, et de toute condition ; des magistrats, des officiers même avaient donné leur nom, heureux de pouvoir faire ici-bas partie de la garde d'honneur de Marie.

Depuis l'inauguration solennelle qui eut lieu à Lyon au couvent des Dominicains, le soir du premier dimanche de juillet 1858, cette œuvre du Rosaire perpétuel est toujours allée en grandissant et en se développant. Lorsque une œuvre chrétienne devient populaire, et que, dès le principe, elle prend un cachet d'universalité, on peut dire que cette œuvre est voulue de Dieu, et qu'elle répond à un besoin ; telle est l'œuvre du Rosaire perpétuel.

Une personne de haute intelligence, émerveillée de ce qu'on lui racontait sur le rétablissement du Rosaire perpétuel, et sur la rapidité de son extension, disait avec admiration : « Quels flots de grâces et de bénédictions doivent résulter de cet immense concert de voix qui chantent perpétuellement les louanges de Marie, de ce courant non interrompu de prières qui s'élèvent sans cesse de la terre vers le ciel ! Si un Ave Maria bien dit a une si grande force sur le cœur de Marie, que sera-ce de ces milliers et milliers de Rosaires qui se récitent, le jour et la nuit, sans interruption, par des âmes ferventes ! Espérons tout de cette œuvre pour notre patrie, car l'histoire est là pour raconter les influences que le saint Rosaire peut exercer sur les destinées des nations ».

Les influences du saint Rosaire se font sentir d'une manière peut-être plus frappante encore dans les âmes en particulier. Nous en avons vu qui ont été véritablement transformées depuis leur affiliation à cette sainte milice.

Ce sont là des grâces bien grandes, et ces grâces ne sont pas rares dans l'Association du Rosaire perpétuel. Dans l'ordre temporel comme dans l'ordre spirituel, nous pourrions citer une multitude de faits bien frappants de l'assistance de la Sainte Vierge (La Rose Mystique, IIe partie).

Saint Dominique offrait à Marie la couronne mystique du Rosaire entier au moins trois fois par jour. Le bienheureux Jean Massias, frère convers, avait aussi cette coutume, dès son enfance. Un Ange en enseigna la pratique à Sainte Catherine de Ricci. Le Bienheureux François de Possadas l'établit à Cordone si universellement, que tous les habitants récitaient le Rosaire entier dans les rues par chœurs alternatifs.

Le Bienheureux Père André de Saint Séverin, du couvent de Saint Dominique à Naples, se distingua par une dévotion singulière envers la très Sainte Vierge. Dès le temps de son noviciat, il s'assujettit, pour l'amour d'elle, à plusieurs pratiques qu'il n'abandonna jamais depuis. Tous les jours il faisait devant ses images plusieurs génuflexions, disant dévotement à chacune : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce... ». Tous les jours encore, quelles que fussent d'ailleurs ses occupations, il récitait son Rosaire. Aux veilles des fêtes, pour lui offrir l'image d'un cœur pur dans un corps mortifié, il jeûnait au pain et à l'eau, et se donnait de sanglantes disciplines. Sans cesse il prêchait la dévotion au Saint Rosaire, comme un des plus puissants moyens de sauver les âmes, et il est manifeste, par l'histoire de sa vie, qu'il convertit par là une multitude de pécheurs.

Ce fut à ce zèle pour le Saint Rosaire que les Napolitains durent pendant longtemps leur merveilleuse dévotion pour Notre Dame, ainsi que l'établissement chez eux de la touchante coutume suivante : Par les soins du Père André, les habitants de Naples élevèrent, dans toutes les rues fermées, des autels en l'honneur de la Sainte Vierge, et une personne pieuse fut chargée de les entretenir. Quand venaient les fêtes de Marie, le Père André se rendait à l'un de ces autels ; convoquait le peuple en plein air, lui faisait un petit discours sur l'Évangile, puis commençait le Rosaire ; et tandis que tous le poursuivaient, il s'en allait à un autre autel recommencer ; le même exercice, et successivement à tous les autres, jusqu'à ce que, de tous les quartiers de la ville, la Salutation angélique fût montée vers Marie comme un encens d'agréable odeur.

Peu à peu, le peuple s'affectionna si fort à cette dévotion qu'il en vint à la pratiquer tous les jours, et c‘était chose à faire pleurer de joie, que de voir les habitants de chaque rue s'assembler d'eux-mêmes aux pieds de leur Madone, pour faire résonner, avec une ferveur admirable, l'Ave Maria (Couronne de Marie, mars 1864). La sœur Benoîte du Laus, récitait chaque jour 15 Rosaires et 15 chapelets. Elle fut comblée en retour des grâces les plus abondantes par l'Auguste Reine du ciel.

En Espagne, une petite fille fut attirée à la dévotion du Rosaire par les promesses et les présents d'un enfant inconnu, qui était peut-être un Ange caché sous une forme humaine. Quoi qu'il en soit, elle se forma dès lors à l'habitude de réciter chaque jour le Rosaire en entier, et selon l'opportunité des circonstances elle y ajouta trois fois cinquante coups de discipline. Plus tard, on la maria, mais elle ne discontinua pas de réciter chaque jour son Rosaire. Dieu bénit son union, et lui donna plusieurs enfants. Elle les éleva dans la crainte du Seigneur, et les instruisit avec soin de tout ce qui concerne la dévotion du Rosaire. Un jour un prédicateur renommé vint prêcher dans son pays ; elle alla lui demander des conseils propres à accroître dans son cœur l'amour de Dieu. « Il est surtout une de mes pratiques, dit-elle, à laquelle je désirerais apporter plus de perfection ». « Et quelle est cette pratique ? demanda le prédicateur ; s'il y a quelque chose à ajouter, je vous le dirai ». « La voici, mon Père; je récite les trois parties du Rosaire journellement ; la première en l'honneur de la sainte Vierge, dont j'honore le cœur si plein d'amour pour Dieu, les yeux qui ont considéré Jésus avec tant de douceur, les oreilles qui ont entendu le salut de l'Ange et les paroles adorables du Fils, les lèvres qui se sont enivrées de baisers divins ; en priant de la sorte, je sens merveilleusement couler en mes membres quelque chose des membres de Marie. J'adresse la seconde partie du Rosaire à la douloureuse Passion de Notre-Seigneur. Jésus crucifié est alors l'objet de ma contemplation : j'honore ses cheveux, puis sa couronne d'épines ; et continuant de la sorte, en parcourant ses plaies douloureuses, je descends jusqu'à ses pieds sacrés. En ce moment, je sens une douceur, plus grande encore qu'au premier exercice, passer du cœur de Jésus-Christ dans le mien ; je me change en lui tout entière, il me le semble, et je suis inondée d'amour et de compassion. Je consacre la troisième partie en l’honneur des saints et je la récite devant une de leurs images, soit à l'église, soit à la maison. Je demande à Dieu de rendre ma vie conforme à la leur. Ici je suis absorbée par l'Esprit divin au point d'en perdre souvent l'usage des sens. À tout cela, mon Père, dit-elle en finissant j’ajoute divers jeûnes et des disciplines ».

Le prédicateur fut saisi d'admiration à la vue d'une si haute piété. « Ma chère fille, dit-il, j'ai vu et entendu de grandes choses, je vous l'assure ; mais votre manière de vivre dépasse tout ce que j'ai connu et pratiqué. Dès maintenant, je veux être votre disciple, votre ami, et prétends faire comme vous ». Aussitôt il plaça un Rosaire à sa ceinture, et le lendemain il commença à prêcher cette dévotion ; ce qu'il continua toute sa vie. Le peuple, entraîné par une autorité si grande, s'adonna avec ferveur au culte du Rosaire, et la piété s'en accrut considérablement. Quant à ce prédicateur, devenu évêque, ses vertus prirent une proportion héroïque. Il mérita d'être averti de l'heure de sa mort par la sainte Vierge, et lorsque ce moment fut arrivé, son âme, entourée d'une multitude d'Anges, fut conduite au trône de la gloire (Vie du Bienheureux Alain de la Roche, Ve partie).

 

II. Très Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, Reine du Rosaire, me voici prosterné a vos pieds pour réparer par mes hommages les outrages que vous recevez, vous et votre Divin Fils, et implorer vos miséricordieuses bontés pour les prévaricateurs des lois divines.

Vous avez eu pitié du monde, ô Marie, quand saint Dominique a paru sur la terre : alors vous avez préservé l'univers d'une ruine imminente, en implorant votre divin Fils et en nous dotant de la céleste pratique du Rosaire. Vous avez en pitié de l'Église au temps de saint Pie V, et par cette même dévotion vous l'avez empêchée de tomber entre les mains sanguinaires des barbares. Ayez encore aujourd'hui pitié de nous ; sauvez de nouveau le genre humain, sauvez encore une fois l'Église par votre Rosaire.

Je n'ignore pas, Vierge bénie, le plaisir ineffable que donne à votre Cœur très pur la récitation du Rosaire, votre couronne de prédilection ; je m'engage à vous en présenter tous les jours le pieux tribut. Daignez, je vous en supplie, accepter ce témoignage de mon dévouement à votre service, et en retour daignez me protéger durant cette vie, m'assister à l'heure de la mort, recueillir mon âme au dernier jour, la présenter accompagnée de votre puissante intercession au Souverain Juge, et l'introduire dans la gloire. Amen. (Manuel du très Saint Rosaire, Père Pradel).

 

 

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13 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

 

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Quatorzième jour

Le Rosaire

 

« Les fidèles récitateurs du Rosaire mourront munis des Sacrements de l’Église, et ils ne perdront ni la parole, ni la présence d’esprit avant de les avoir reçu » (La très Sainte Vierge au Bienheureux Alain de la Roche).

 

I. « L'âme tressaille d'allégresse à ce doux nom de Marie ; le cœur s'épanouit comme une fleur au souffle matinal d'une brise embaumée. Ah ! C'est qu'il nous rappelle de si grands mystères d'amour.

Il nous rappelle l'Incarnation du Verbe divin pour le salut du monde. Il nous rappelle le sacrifice d'une Mère au pied de la croix. Il nous rappelle la douce consolatrice des affligés, l'avocate des pécheurs, la protectrice de l'innocence, le refuge assuré de tout ce qui souffre ici-bas.

Marie !... N'est-elle pas notre Mère, notre médiatrice, notre espérance, notre amie, notre bonheur, notre tout après Jésus? N'est-ce pas d'Elle, comme d'une source intarissable, que découlent nos joies et notre salut? Elle est la Mère du Sauveur. N'est-ce pas d'Elle, comme d'un vase précieux, que se répand toute grâce qui convertit et qui sanctifie? Elle est la trésorière de Dieu. C'est bien Elle aussi qui adoucit nos maux, qui essuie sur nos fronts la sueur de l'agonie, nous montrant le ciel dont Elle est la porte éblouissante : Fulgida cœli porta... Ô Mère plus précieuse et plus puissante que toutes les créatures, plus douce que l'harmonie des cieux, plus gracieuse que la grâce elle-même, que votre nom suave et parfumé comme les senteurs de l'Orient soit toujours sur nos lèvres pour les rafraîchir, et votre souvenir au fond de nos cœurs pour les soutenir et les consoler.

Marie !... Les Anges dans le ciel la révèrent, les Archanges et les Trônes sont ses messagers fidèles ; les Dominations devant Elle déposent leurs couronnes, et les Chérubins se font gloire de célébrer ses grandeurs. Sur la terre, les grands génies planant bien haut dans le monde des intelligences, comme l'aigle dans la nue, ont voulu la chanter. Les Augustin, les Bernard, les Thomas d'Aquin et mille autres ont entonné à sa gloire des hymnes d'une ravissante harmonie. D'autres plus petits et plus modestes, comme la fauvette sur l'églantine fleuri, ont cherché à bégayer aussi quelque cantique d'amour. Tous sentaient au fond de leur cœur un entraînement irrésistible qui les portait à chanter Marie. Le chant n'est-il pas le langage de l'amour, et l'amour de Marie, comme celui de Jésus, n'est-ce pas le pain des hommes comme le pain des Anges? Nous aussi, nous voulons chanter Marie, nous aussi nous voulons mêler notre voix, quoique faible, à ce concert solennel qui, depuis dix-huit siècles, s'élève à la gloire de la Vierge Immaculée. Nous la chanterons en effeuillant son Rosaire nous la chanterons en montrant à ses enfants les richesses et les beautés contenues dans cette Rose Mystique que la sainte Église nous fait saluer dans ses litanies : Rosa Mystica, ora pro nobis.

Le Rosaire, c'est la couronne de saphirs qui resplendit autour de votre front, ô Marie ! Le Rosaire, c'est le diadème royal aux diamants précieux qui repose sur votre tête auguste, ô Marie ! Le Rosaire, c'est le vêtement aux mille couleurs qui descend en plis ondoyants de vos épaules saintes, ô Marie ! Le Rosaire, n'est-ce pas la guirlande de roses qui relie le cœur de vos enfants à votre cœur maternel ? N'est-ce pas l'échelle mystérieuse de Jacob qui conduit au ciel ? Le Rosaire, n'est-ce pas la chaîne mystérieuse qui relie la terre au ciel, et dont les mystères sont les anneaux ? N'est-ce pas la harpe sainte du roi David sur laquelle nous chantons vos louanges en méditant votre Rosaire ? Le Rosaire, qu'est-ce encore,qu'est-il dans son essence ? La sainte Église, nous parlant de Marie, lui donne le nom de Rose Mystique, Rosa Mystica.

Cette Rose Mystique, comme toutes les roses, a un cœur qui en forme l'excellence et la beauté, et le cœur divin de cette Rose Mystique, c'est Jésus. Cette Rose Mystique, Marie, s'épanouit en quinze feuilles ou pétales : cinq sont d'une blancheur éclatante comme le lys de la vallée ; elles se nomment : Annonciation, Visitation, Nativité, Purification, et Recouvrement au Temple. Ce sont les mystères joyeux.

Cinq sont tachetées de sang comme la rose empourprée ; elles se nomment : Agonie, Flagellation, Couronnement d'épines, Portement de croix, Crucifiement. Ce sont les mystères douloureux.

Les cinq dernières sont dorées comme les épis d'une moisson que le soleil a mûrie ; elles se nomment : Résurrection, Ascension,Descente du Saint-Esprit, Assomption de Marie et son Couronnement dans le ciel. Ce sont les Mystères glorieux. Voilà donc le Rosaire. Il n'est autre chose dans son essence que l'épanouissement de cette Rose Mystique, dont le divin cœur est Jésus.

Aux quinze Mystères correspondent quinze dizaines d'Ave Maria ; et réciter le saint Rosaire, c'est effeuiller cette Rose Mystique en parcourant de cœur les Mystères, pendant que nos lèvres prononcent les Ave Maria.

Le Rosaire est donc quelque chose de grand, puisque c'est Jésus et Marie s'épanouissant dans le monde en quinze Mystères, et le développement de ces quinze Mystères forme le christianisme tout entier. Méditer votre Rosaire, c'est donc vous honorer, ô Marie! c'est donc célébrer vos grandeurs et chanter vos vertus, divine Reine des Anges (La Rose Mystique effeuillée, par le Père Marie-Augustin). Bénissez-nous donc, ô Mère bien-aimée, et avec nous tous les enfants du Rosaire ! »

 

Nos cum prole pia benedicat Virgo Maria !

 

II. Le jour de la Pentecôte, dans les églises de l'Ordre, ou bénit des roses pour les distribuer aux fidèles, conformément à un ancien usage qui s'observe encore à Saint Jean de Latran et dans plusieurs autres églises. Cette bénédiction a pour objet : 1° De rendre grâces à Dieu du don qu'il a fait continuellement à l'Église de son esprit d'amour. 2° Elle signifie que ce fut.surtout par Marie, la Rose Mystique, que les Apôtres obtinrent en ce jour, avec tant d'abondance, les dons de l'Esprit Saint. 3° Elle nous rappelle enfin que nous obtiendrons l'esprit d'amour, si nous sommes agrégés et dévoués au saint Rosaire, symbolisé par ces roses.

La très Sainte Vierge elle-même révéla au Bienheureux Alain que des volumes entiers ne suffiraient pas pour enregistrer tous les miracles obtenus par la récitation du saint Rosaire. Des volumes pourraient aussi être remplis des témoignages de la dévotion des enfants de Saint Dominique pour le Rosaire, qui lui fut enseigné par l'Auguste Reine du Ciel, et dont il se servit pour renouveler la face de la terre et obtenir miséricorde en faveur d'un monde coupable.

Un jour que saint Louis Bertrand venait de débarquer sur une plage déserte, il se mit de suite à genoux en oraison. Le capitaine de vaisseau qui l'accompagnait, lui dit : « Venez donc, mon Père, chercher un abri ; que faites-vous là ? » « Je prie, dit-il, Notre Dame du Rosaire, qu'elle nous préserve de l'inondation qui se prépare ». À l'instant, les nuages s'ouvrirent, et les eaux tombèrent avec tant de violence qu'en un instant tout le pays fut inondé ; mais le saint et ses compagnons ne reçurent pas une goutte d'eau. Saint Louis Bertrand fit aux Indes un grand nombre de miracles avec son Rosaire ; quand il revint à Valence, il le donna à une personne distinguée, en lui disant : « Gardez bien ce trésor ! Dieu s'est servi de ce Rosaire pour convertir beaucoup de pécheurs, pour guérir des malades et ressusciter des morts ».

C'était sous le titre de Notre Dame du Rosaire qu'il invoquait le plus souvent Marie, parce que sous ce titre sont compris presque tous ses mystères, ses vertus héroïques et ses grandeurs incomparables. C'était le sujet ordinaire de ses plus douces méditations, de ses prédications et de ses entretiens familiers, car il tâchait de porter tous ceux qui l'écoutaient à cette dévotion, par laquelle il obtenait pour lui-même et pour les autres mille faveurs singulières. Après sa mort, l'attouchement de son Rosaire opéra plusieurs guérisons miraculeuses.

Saint Martin de Porrès se montra toujours un des plus dévots serviteurs de Marie, dont il désirait ardemment se montrer en toutes choses le plus aimant et le plus tendre fils. Non content des pratiques ordinaires et des témoignages de vénération qu'ont coutume de lui rendre conformément aux règles de l'Ordre tous ceux qui lui appartiennent, il se réjouissait grandement d'honorer d'un culte spécial Celle qui daigna, depuis le commencement, s'en intituler la Protectrice et Dame particulière. Il portait un Rosaire au cou, un autre à la ceinture ; il le tenait très souvent en main, répétant à la louange de Marie la prière qui lui est si chère. Après avoir récité avec les Pères, dans le dortoir commun, le petit office de la Vierge, il se rendait à l'église, et là, seul, dans la chapelle du Rosaire, il se prosternait à genoux, se tenant plusieurs heures immobile devant l'image de Notre Dame, l'invoquant avec une douce affection.

La très Sainte Vierge faisait pleuvoir sur lui de nombreuses et remarquables faveurs pour récompenser ses reconnaissants respects. Comme au temps du grand saint Dominique, et du premier-né d'entre ses saints fils Hyacinthe, la Reine des Anges avec son céleste enfant daigna souvent, dans de très joyeuses apparitions à l'heureux Martin de Porrès le favoriser de tendres caresses, et lui donner ainsi un avant-goût des joies du ciel.

Dès sa quatrième année, la bienheureuse Esprite de Jésus commença à honorer les vertus de Marie ; elle récitait son Rosaire avec beaucoup de ferveur, et elle enseignait à ses petites amies à le réciter de même. Elle continua à le réciter toute sa vie avec la plus tendre dévotion, et ses sœurs ont affirmé que les grains de son chapelet étaient tout usés, tellement ils avaient souvent passé entre ses doigts. Elle se préparait à la récitation du Saint Rosaire comme elle aurait pu se préparer à la réception de l'adorable Eucharistie. Elle produisait divers actes de contrition et versait des larmes, afin de parler avec des lèvres toutes pures à la Reine de pureté. Une autre pratique importante est celle que suivait Esprite, d'après l'ordre exprès de son céleste Époux. Un jour, en effet, Notre Seigneur lui dit de faire la Communion spirituelle à chaque dizaine du Rosaire ; Esprite persévéra toujours dans cette sainte pratique, sans jamais la négliger. Qu'est-ce, en effet, que la dévotion du Rosaire si ce n'est une communion spirituelle à tous les mystères de Jésus et de Marie ? En communiant ainsi d'après les désirs de son Bien-Aimé, Esprite entrait pleinement dans l'esprit du saint Rosaire.

Un jour que la Bienheureuse Agathe, de la Croix, pensait à ce qu'elle pourrait faire pour plaire à à Dieu et le servir, elle entendit une voix qui lui dit distinctement : « Prends mon Rosaire ». La Bienheureuse Cécile, religieuse dominicaine, avait le Rosaire en main pendant toute la journée, et après sa mort on remarqua que ses doigts exhalaient l'odeur des roses.

Le Rosaire a empêché la France, au XVIe siècle, de devenir entièrement protestante. Cette nation généreuse accueillit avec empressement la fête du Rosaire, instituée à cette époque, et elle mérita, par la protection de la très Sainte Vierge, de conserver la foi catholique. Plus tard, Louis XIII, par la prise de La Rochelle, abattit la puissance politique des huguenots. Son triomphe fut regardé comme un miracle du Rosaire par tous, et en particulier. par l'Université de Paris, qui en formula une déclaration expresse. Le roi fit bâtir à cette occasion l'église aujourd'hui si célèbre de Notre Dame des Victoires. Aussi pouvons-nous dire en quelque sorte que l'Archiconfrérie du très Saint et Immaculé Cœur de Marie est une fille du Rosaire, d'autant plus que son vénérable fondateur, l'abbé Dufriche Desgenettes, appartenait au Tiers-Ordre de Saint-Dominique.

 

III. Ô Marie, Reine du Rosaire, mère et modèle des Vierges, formez-moi à ces vertus et à cette perfection qui sont le cachet des âmes vraiment intérieures, des fervents apôtres de Jésus, des vraies filles de saint Dominique ; faites-moi produire, durant ce mois, des actes continuels d'union, de dévotion, de sacrifice et d'abandon à Dieu. Faites-moi, à votre exemple. embrasser la vie de renoncement. Apprenez-moi à n'aimer que ce qui plaît à votre Fils, et à prendre en dégoût tout ce qui ne tend pas à cette fin. Oh ! Que je goûte à votre suite l'onction de la croix et le bonheur du sacrifice !...

Notre Dame du saint Rosaire, à cette heure terrible où mon âme faible et isolée paraîtra avec toutes ses misères devant le Dieu qu'elle a si souvent offensé, si peu connu, si mal servi, à cette heure où aucun coupable ne sera, épargné, où le juste sera à peine sauvé, où chacun recevra la peine ou la récompense due équitablement à ses œuvres, où les actions et les pensées seront examinées scrupuleusement, soyez alors mon aide et ma défense contre tous les ennemis réunis pour m'accuser et m'entraîner dans les abîmes éternels. Rappelez-vous, Notre-Dame du Rosaire, combien de fois je vous ai dit : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour moi, pauvre pécheresse, maintenant et à l'heure de ma mort », et quand cette heure redoutable sera venue, lorsque je serai en présence de mon Juge, daignez prendre ma défense, paraissez en qualité de Mère, montrez à votre divin Fils le sein qui l‘a porté, demandez et obtenez grâce pour nous, pauvres pécheurs. Amen. (Manuel du très Saint Rosaire, par le Père Pradel).

Permettez-moi, ô Vierge Immaculée, Reine du très Saint Rosaire, de vous prendre aujourd'hui pour ma Mère, ma patronne, mon asile, ma protection ; je veux vous donner mon corps, mon âme, et après Dieu vous aimer par-dessus toutes choses. Je me dévoue donc à votre service, et vous promets une fidélité inviolable.

Ô Reine du très Saint Rosaire, prenez possession de tout mon être, et commandez-y en souveraine. Bannissez de mon corps et de mon âme tout ce qui vous y déplaît ; sanctifiez mon cœur, redressez ses inclinations perverses, et purifiez ses intentions ! Oui, désormais je veux suivre vos inspirations, vivre sous votre regard maternel et n'agir que pour vous plaire. (Rose Mystique effeuillée).

Ô Mère bien-aimée, veuillez me permettre de vous demander en ce moment spécialement trois choses : 1° un cœur bien pur pour vous aimer et bien aimer Jésus ; 2° un jour qui vous soit consacré pour mourir entre vos bras, en prononçant des actes parfaits d'amour ; 3° la grâce de faire partie du chœur privilégié qui dans le Ciel, aux pieds de votre trône, doit à jamais chanter vos louanges. Divine Reine du saint Rosaire, la place d'un chevalier de votre garde royale n'est-elle pas à vos pieds, au ciel comme sur la terre ? Vous me protégerez donc durant cette vie, vous m'assisterez à l'heure de ma mort, vous recueillerez mon âme à son dernier soupir, et vous l'introduirez dans les tabernacles éternels où elle vous aimera et vous louera à jamais, en union avec les Anges et les saints. Amen.

 

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12 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Treizième jour

Sur l'Ave Maria

 

« Saluons Marie souvent et sagement souvent, afin que jamais son souvenir ne s'éloigne de notre cœur. et sa louange de nos lèvres ; sagement, afin que notre conduite réponde aux vertus de Celle que nous louons ; car il est convenable que la Vierge ne soit honorée que par une âme vierge, et que cette humble Marie ne soit aimée que par un cœur humble. (Saint Albert le Grand).

 

I. « L'Ange a dit : « Je vous salue, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes ». Sainte Elisabeth a dit : « Le fruit de vos entrailles est béni ». L'Église a ajouté aux paroles de l'Ange : « Marie ». L'Ange n'avait pas prononcé ce nom sacré, dont l'interprétation, du reste, s'accorde on ne peut mieux avec le salut qu'il adressait à la Vierge de Nazareth.

« Depuis la plus haute antiquité, c'était une grande chose que l'apparition des Anges aux hommes. Mais qu'un Ange eût rendu honneur à un homme, jamais on ne l'avait ouï raconter, jusqu'au moment où Gabriel salua la Bienheureuse Vierge Marie, en lui disant humblement : « Je vous salue ».

« L'Ange ne pouvait s'incliner devant l'homme, avant que la nature humaine eût un représentant doué des dons célestes à un plus haut degré que l'Ange. Ce représentant a été la Bienheureuse Vierge Marie, et l'Ange a voulu reconnaître sa prééminence en lui rendant hommage, et en lui disant : « Je vous salue, pleine de grâces ». Aucun des Esprits célestes ne possède la grâce avec la même plénitude que la Bienheureuse Vierge Marie, et l'Ange Gabriel nous insinue cette vérité lorsqu'il la salue pleine de grâces, comme s'il disait : « Voici pourquoi je vous vénère : c'est parce que votre plénitude de grâce surpasse la mienne ». Or, la très Sainte Vierge a été pleine de grâces. comblée de la plénitude de sa grâce, quant à son âme, pour fuir le mal et pratiquer le bien. La très-Sainte Vierge a aussi été pleine de grâces quant au rejaillissement de son âme sur son corps. L'amour du Saint Esprit consumait si passionnément son âme, qu'il opérait des merveilles jusque dans sa chair, tellement que de cette chair naquit le Dieu-Homme : « L'Etre infiniment saint qui naîtra de Vous s'appellera le Fils de Dieu ». Enfin la très Sainte Vierge est pleine de grâces, quant à la diffusion de sa grâce sur tous les hommes. Point de péril dans la glorieuse Vierge ne puisse vous sauver(Cant. 4, 4), pas d'acte de vertu pour lequel Vous ne puissiez obtenir d'elle une aide. C'est pourquoi Elle dit d'Elle-même : « J'ai en moi tout espoir de vie et de vertu ». (Eccl. 24, 23).

« Le Seigneur est avec Vous ». Marie surpasse les Anges par sa familiarité avec Dieu, et Gabriel le reconnaît en lui disant : « Le Seigneur est avec Vous ».Voici pourquoi je vous vénère ; c'est parce que vous êtes plus familière avec Dieu que moi ; car le Seigneur est avec Vous... » « Le Seigneur est avec Vous ! » Nulle parole plus magnifique ne pouvait lui être adressée. Ah ! l'Ange a raison de vénérer la Vierge qui est la Mère de son Seigneur. Cette Vierge est sa Dame ; Elle est notre Dame, selon l'étymologie de ce nom de Marie qui lui convient si bien ! Enfin Marie surpasse les Anges, par la dignité de sa nature, à cause de son admirable pureté. Marie n'était pas seulement pure en Elle-même, elle communiquait encore la pureté aux autres.

« Vous êtes bénie entre toutes les femmes ». Marie a été exempte de la malédiction portée contre la race humaine ; par conséquent elle est bénie entre toutes les femmes. Seule elle a écarté la malédiction, et apporté la bénédiction ; seule elle a ouvert les portes du Paradis, et c'est pourquoi ce nom de Marie, qui signifie Étoile de la Mer, lui convient. Marie dirige les chrétiens à la gloire, comme l’Étoile de la mer dirige les navigateurs vers le port. « Et le fruit de vos entrailles est béni ». Les Anges soupirent après la vue du Fils des entrailles de Marie. Il est le plus beau des enfants des hommes, et cela parce qu'il est la splendeur de la gloire de son Père. Ce que nous désirons, cherchons-le donc dans ce fruit béni des entrailles de Marie. Fruit béni de Dieu, qui l'a rempli de toute grâce, afin qu'il la transmît à ceux qui l'honoreraient dignement. Bénie soit donc la très Sainte Vierge, mais béni soit davantage le fruit de ses entrailles ! » (Extrait de l'Opuscule de saint Thomas d'Aquin sur la Salutation angélique).

Pour ce qui est de la conclusion de la Salutation angélique, saint Thomas d'Aquin ne la commente pas. L'usage ne l'avait point encore adoptée à l'époque à laquelle il vivait. Elle date de loin cependant, du concile d’Éphèse, et Saint Cyrille en est l'auteur. Le pape Célestin 1er ordonna qu'elle terminerait la Salutation angélique ; ce fut le pape dominicain, saint Pie V, qui l'inséra le premier au Bréviaire romain. Le nom adorable de Jésus n'a été ajouté à la Salutation angélique que par le pape Urbain IV, mort en 1274. lorsque saint Thomas avait déjà composé son commentaire. Ce pape accorda une indulgence de 30 jours à ceux qui ajouteraient à la Salutation angélique les mots Jesus Christus.

Quelle prière, après l’Oraison Dominicale, pourrait être comparée à la Salutation angélique ? La Salutation angélique a été commencée dans les splendeurs du ciel par la très Sainte Trinité elle-même ; elle a été ensuite apportée à la terre par un Archange, Gabriel, la force de Dieu ; elle a été complétée par sainte Élisabeth, mère de saint Jean-Baptiste, et par l'Église. Saint Jacques, frère germain du Seigneur, l'avait insérée dans sa liturgie. et plusieurs Pères de l'Église firent de même. Les apôtres, si nous en croyons le « Mariale » de Canisius, la prononçaient avant de consacrer ; et un dévot serviteur de Marie nous assure, pour l'avoir appris sans doute par révélation, que Notre Seigneur Jésus-Christ aimait, en revenant vers sa Mère, à lui dire ces douces paroles : « Je vous salue, pleine de grâces ».

Saint Thomas d'Aquin était encore entre les bras de sa nourrice, lorsqu'un jour on s'aperçut qu'il tenait serrée dans sa main une toute petite feuille de papier, sans qu'on pût s'expliquer où il l'avait trouvée. Malgré toute la résistance qu'il fit, on ;la lui enleva ; elle ne contenait que ces deux mots : « Ave Maria ! » le salut adressé à la Reine des Vierges ! Ainsi cet enfant prédestiné s'élançait, avant de se connaître lui-même, vers la Vierge Immaculée. Une tendre impulsion dirigea toujours ses vœux et ses soupirs vers la Reine des Vierges, et toute sa vie il fut fidèle à la dévotion du Rosaire qui est en même temps celle des plus hautes intelligences et celle des plus simples enfants de Dieu. Cet amour de saint Thomas pour Marie reçut dès ici-bas sa récompense. Celle qui est appelée le Siège de la Sagesse, la Mère de la Chasteté, se montra à Thomas d'Aquin, ce génie si lumineux et si pur. La Reine du Rosaire daigna dévoiler ses traits divins aux regards de son fidèle serviteur, et faire entendre à son oreille ravie le son de sa divine voix.

À peine sainte Catherine de Sienne commença-t-elle à parler, qu'on lui apprit à prier Dieu et Marie. À cinq ans, elle savait la Salutation angélique, et la récitait presque sans cesse. Quand elle montait ou descendait les escaliers, elle faisait une génuflexion à chaque marche en disant un Ave Maria. Marie, qui ne se laisse jamais vaincre en générosité, récompensa par des faveurs sans nombre les fervents saints que lui adressait la jeune sainte. À l'âge de dix ans elle lui inspira la pensée de choisir Jésus pour le seul époux de son cœur, et plus tard la Bienheureuse Mère de Jésus-Christ présida à ce mariage qui fut célébré miraculeusement.

La ferveur des Ave Maria qui sortaient de la bouche du Bienheureux Jacques Salomon faisait fleurir en hiver les roses du cloître de son couvent. L'arme puissante qu'il employait pour conquérir les âmes était la récitation de l'Ave Maria.

Jésus et Marie apprirent au vénérable Père Michel de Benavidès, troisième archevêque de Manille, à commencer toutes ses actions par la récitation de la Salutation angélique.

Dès l'âge de sept ans, la bienheureuse Bienvenue disait tous les jours, en l'honneur de la très Sainte Vierge 1,000 Ave Maria, le samedi 2,000, et le jour de l'Annonciation 5,000.

La B. Jeanne, infante de Portugal, ne sortait et ne rentrait jamais dans sa cellule sans saluer Marie par l'Ave Maria, qu'elle récitait encore à chaque marche d'escalier.

La sœur Guyomard du Rosaire, qui avait une dévotion très remarquable au Rosaire, vit un jour, à chaque Ave Maria qu'elle récitait, éclore à ses pieds une belle rose.

La sœur Heilrade, des Unterlinden, trouvait une douceur particulière au Pater et à la Salutation angélique ; elle les récitait au moins mille fois par jour, et leur découvrait toujours un charme nouveau. La Vénérable mère Catherine de sainte Marie avait la même pratique.

La très Sainte Vierge dit au Bienheureux Alain de la Roche : « Sache, mon fils, et fais-le connaître à tous, qu'un signe probable et prochain de la damnation éternelle est d'avoir de l'aversion, de la tiédeur, de la négligence à dire la Salutation angélique, qui a réparé tout le monde. Ceux et celles qui ont d'ailleurs de grandes marques de prédestination aiment, goûtent et récitent avec plaisir l'Ave Maria, et plus ils sont à Dieu, plus ils aiment cette prière ».

 

II. « Je ne sais comment cela se fait, dit Saint Louis-Marie Grignon de Montfort ; mais je n'ai pas un meilleur secret pour connaître si une personne est de Dieu, que d'examiner si elle aime à dire l'Ave Maria et le chapelet ».

« Âmes prédestinées, apprenez que l'Ave Maria est la plus belle de toutes les prières après le Pater, c'est le plus parfait compliment que vous puissiez faire à Marie, parce que c'est le compliment que le Très-Haut lui envoya faire par un Archange, pour gagner son cœur, par les charmes secrets dont il est plein, et la décider à donner son consentement à l'Incarnation du Verbe, malgré sa profonde humilité ; c'est par ce compliment aussi que vous gagnerez infailliblement son cœur, si vous le dites comme il faut ». (Traité de la vraie dévotion à. la sainte Vierge).

Ave, Maria, gratia plena, Dominus tecum, benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui Jesus. Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostræ. Amen.

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11 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Douzième jour

Dévotion à l’Assomption de Marie

 

« Parmi toutes les fêtes que l’Église à instituées en l’honneur de Marie, on peut dire que l’Assomption est sa fête par excellence » (Père Louis de Grenade).

 

I. Parmi les nombreuses fêtes que la sainte Église consacre à honorer sous divers titres la Mère de Dieu, il est certain que, dans tous les siècles, celui qui est célébré avec le plus de joie et de dévotion, est le, jour de sa glorieuse Assomption. Les fidèles, selon un ancien usage, avaient coutume de se disposer et de se préparer à cette grande fête par des jeûnes et par d'autres saints exercices. Catherine de Sienne ne négligeait pas de se conformer à cet usage, et un jour, quelque temps avant la solennité, la Reine des Anges lui apparut et l'admit à l'honneur de voir comment dans le royaume du ciel, elle était assise sur un trône de gloire magnifique, à côté de son divin Fils. Cette expression à côté, signifie dans les saintes Écritures, la grandeur de la gloire destinée par le Christ à sa très pure Mère. Dans cette vision, elle vit clairement, entre le Fils et la Mère, s'élever une croix teinte de sang. Le jour de la fête arrivé, Catherine se trouva fort malade pour aller à l'église ; cependant le Seigneur voulut la consoler, car il lui fit voir les murs de la grande église qui porte le nom de l'Assomption, et ces murs ne pouvaient sans un miracle être vus de l'endroit où elle se trouvait. Catherine, à cette vue, leva les mains au ciel, rendit grâce au Seigneur d'avoir bien voulu la consoler en lui montrant l'église qu'elle ne pouvait visiter. Mais la bonté divine ne s'arrêta pas à cette faveur, elle lui fit entendre ; malgré l'éloignement, les harmonies des chants sacrés, qui, dans ces jours de fête, rendent plus joyeuses et plus magnifiques nos saintes cérémonies ; et lorsqu'elle entendit, comme si elle avait été présente, le prêtre chanter ces paroles : « Et le in Assumptione Beatæ Mariæ », elle fut tout à coup ravie en extase, et elle vit la bienheureuse Vierge, Notre Dame, qui l'admit à ses doux entretiens. (Vie de sainte Catherine de Sienne, par le Bienheureux Raymond de Capoue).

La très Sainte Vierge daigna aussi se montrer à la même sainte, ainsi qu'à sainte Catherine de Ricci, avec le même cortège d'esprits bienheureux qui l'accompagna au séjour de la gloire, et leur dévotion pour le mystère de l'Assomption s'en accrut grandement.

Le Bienheureux Aymon Taparelli avait toute sa vie honoré l'Assomption de Marie d'un culte spécial, Marie lui accorda la grâce de mourir le jour de cette fête, et il vit sa Souveraine, la divine Vierge, qui venait à sa rencontre, et il s'élança à sa suite pour prendre part à son glorieux triomphe.

À Arles, en 1240, il y avait un religieux nommé Guillaume, qui avait une grande dévotion à l'Assomption de Marie. Il tomba malade au commencement d'août, et son prieur le visitant avec les autres religieux, il leur dit avec une assurance et une confiance admirables : « Je sais bien que je mourrai de cette maladie la veille de l'Assomption ; mais je ne serai pas seul ; le Père Jean,n ce religieux était alors alité, me rejoindra le lendemain de la fête ». « Mais, comment le savez-vous, demanda le prieur ? » « C'est, répondit-il, qu'il me semblait que j'étais dans une grande barque avec d'autres religieux vêtus de blanc, qui me passaient dans l'autre monde. Alors je vis le Père Jean qui courait après moi. en me disant : « Attendez-moi, très cher Père, parce que je dois aller avec vous ». Cela s'accomplit en effet exactement comme il l'avait dit.

En 1698, le jour de l'Assomption, Benoîte Rencurel récitait pieusement dans sa chambre les litanies de la sainte Vierge, lorsqu'elle vit tout à coup apparaître, portée par quatre Anges, l'auguste Mère de Dieu. Pendant qu'elle la contemplait avec un extrême bonheur, elle l'entendit lui dire : « Ma fille, réjouissez-vous ; je vais vous faire voir de belles choses ». En même temps, deux Anges vinrent prendre Benoîte qui se sentit enlevée dans l'espace à la suite de sa bonne Mère. Comme saint Paul elle montait au ciel avec ou sans son corps. Elle ne put le dire... Marie était éblouissante et embaumait les airs, pendant que les Anges chantaient des cantiques ; les litanies de la passion trouvèrent place aussi dans leurs chants. Après un temps qu'elle ne put évaluer, Benoîte était au ciel : elle nageait dans les flots de lumière ; elle entendait d'enivrants concerts, en traversant les phalanges des bienheureux. Ceux- ci étaient tous vêtus de jeunesse, de beauté et de gloire. Ils se levaient par intervalles et se rasseyaient sur leur sièges magnifiques, en chantant les louanges de l'Eternel. Lorsque la Reine du ciel passait prés d'eux, ils la saluaient avec amour, en s'inclinant, et souriaient à sa compagne. Parmi ces bienheureux, Benoîte reconnut les deux directeurs qu'elle avait perdus, et qui venaient de temps en temps la visiter sur la terre. Elle eut aussi le bonheur de contempler dans sa gloire sa pieuse mère, qui la regardait avec une ineffable tendresse. La vue de ces âmes si chères lui fit éprouver le désir d'arrêter sa marche un instant ; elle voulait leur parler, mais Marie l'entraîna plus loin. Bientôt elle vit trois rangs de sièges ruisselants de lumière, et étagés les uns au-dessus des autres. Au rang le plus élevé sont les martyrs vêtus de rouge, lui dit sa divine conductrice ; viennent ensuite les vierges vêtues de blanc; et les couleurs variées distinguent au rang inférieur les autres bienheureux.

Plus loin et au centre du paradis, autant qu'elle put en juger, car tant de splendeurs l'éblouissaient, elle vit un trône plus élevé que tout le reste, et si éclatant, qu'elle ne put distinguer Celui qui y était assis... Marie s'arrêta devant ce trône, qu'une multitude d'Anges entouraient ; elle fit une profonde inclination, adora un moment en silence, et continua sa route dans les régions éternelles. Benoîte vit encore beaucoup de choses admirables, mais elle ne sut comment les exprimer. Cependant la nuit sur la terre touchait à son terme. Le même cortège qui avait enlevé au Laus sa sainte bergère la lui rendit. Benoîte rentra dans sa cellule un instant avant l'aube ; elle était tellement enivrée de consolations qu'elle passa quinze jours sans prendre aucune espèce de nourriture. Sa joie était trop vive pour qu'elle ne fût pas remarquée ; chacun se demandait quelle grande grâce elle avait reçue ; on la suppliait, mais en vain, de s'expliquer, lorsque son directeur, pour la gloire de Dieu, l'obligea de parler. Elle raconta alors, non sans beaucoup d'hésitation et d'embarras, ce qu'on vient de lire. (Vie de Soeur Benoîte).

Marie, à chaque anniversaire de sa glorieuse Assomption, accorde beaucoup de grâces à ses enfants vivants et morts. La veille de l'Assomption, la mère du vénérable M. Dufriche Desgenettes lui apparut et lui dit : « Sois tranquille sur mon sort, Desgenettes ; Dieu m'a fait grâce aujourd'hui. Les saints sacrifices que tu as offerts pour moi à l'heure de ma mort, m'ont beaucoup servi devant Dieu ».

A l'exemple de Saint Dominique, Saint Hyacinthe était un fervent serviteur de la glorieuse Vierge Marie. Prosterné devant son image nuit et jour, il ne cessait d'appeler ses bénédictions sur ses travaux par de ferventes supplications et d'abondantes larmes. Or il arriva qu'un jour il priait avec une dévotion extraordinaire devant l'image de sa bonne Mère, le jour de l'Assomption, dans l'église de Cracovie. Ravi en esprit, le saint contemplait avec bonheur la grandeur du Mystère de ce jour, et la gloire incomparable de l'auguste Mère de Dieu. Inondé de joie et de larmes, il laissait son esprit s'égarer pieusement dans la méditation, et son cœur s'enflammait du désir de l'éternelle béatitude. Pendant que, entraîné par un redoublement de ferveur, il supplie d'une voix mêlée de sanglots la divine Miséricorde de l’admettre au partage de la gloire des élus, tout à coup il voit descendre, du ciel sur l'autel de la Vierge, une éblouissante clarté. Au milieu de cette lumière céleste, le Reine du ciel lui apparaît et lui dit: « Hyacinthe, mon fils, réjouis-toi, car tes prières sont favorablement reçues de mon Fils, le Sauveur des hommes, et tout ce que tu lui demanderas en mon nom, il te l'accordera par mon intercession ». À ces mots, la divine Messagère fut élevée au ciel aux accords de la mélodie des Anges, laissant après elle l'écho d'une suave harmonie et l'odeur d'un parfum exquis, que la langue de l'homme, étrangère aux joies de l'éternité, est impuissante à redire. Profondément réjoui de cette vision céleste et des douces paroles de la sainte Vierge, le bienheureux Hyacinthe sentit sa confiance en Marie grandir d'une manière prodigieuse, à tel point qu'il obtenait de Dieu, sur-le-champ, tout ce qu'il lui demandait. Le saint révéla cette vision à deux de ses frères, sous le sceau du secret, les invitant à une grande dévotion envers la glorieuse Vierge, leur assurant qu'elle est la protectrice de l'Ordre et la consolatrice spéciale des enfants de saint Dominique.

Hyacinthe avait atteint sa soixante-douzième année ; tous ses désirs ne tendaient plus qu'à voir bientôt la dissolution de son corps, pour être avec Jésus Christ. Marie vint elle-même l'assurer qu'il mourrait, selon son désir, le jour de sa glorieuse Assomption, et que, par les mérites de sa sainte mort, elle éloignerait de lui les rigueurs de la condamnation portée contre tous les enfants d'Adam. Le jour de Saint Dominique, il tomba malade ; les progrès du mal furent rapides; la veille de l’Assomption il fit venir près de lui tous ses religieux et leur dit : « Mes bien-aimés fils, demain je vous quitterai pour aller où Dieu m'appelle. Les paroles que j'ai recueillies de la bouche de notre Père Saint Dominique, je vous les lègue comme un héritage sacré. Gardez la douceur du cœur et la mansuétude de l'esprit ; embrassez la charité et la dilection mutuelle, pratiquez la pauvreté ; c'est la le testament de l'éternel héritage. Puis il se tut. Le lendemain, il voulut assister à la récitation des heures canoniales et reçut les sacrements de l'Église, au milieu de tous ses frères qui pleuraient et adressaient à Dieu de ferventes prières.

Le saint avait les yeux fixés au ciel. Arrivé au verset de l'office : « Seigneur, j'ai espéré en vous, je ne serai pas confondu pour l'éternité ». Il versa une grande abondance de larmes, et son âme, pleine de joie et d'amour, s'envola au ciel, soutenue du secours puissant de Marie. Ainsi mourut celui que l'histoire a appelé l'Apôtre du Nord, le thaumaturge de son siècle.

 

II. La foi vive de Saint Hyacinthe lui faisait voir l'entrée glorieuse de Marie au ciel ; il entendait les saints et les esprits célestes s'écrier à sa vue : « Qui est celle-ci, qui s'élève du désert, si brillante de grâces et de vertus, et qui s'avance, appuyée sur son bien-aimé ? » (Cantique des Cantiques). Il voyait toutes les hiérarchies du ciel, tous les patriarches, les prophètes, les martyrs, les vierges, et tous les saints déposer à ses pieds leurs couronnes immortelles, en proclamant sa grandeur et ses louanges ; il voyait Dieu le Père l'appeler à partager sa puissance, le Fils sa sagesse, le Saint-Esprit son amour, et la sainte Trinité couronnant son front pur et radieux d'un diadème de douze étoiles, la proclamer Reine du ciel et de la terre, et ordonner aux Anges et à toutes les créatures de la reconnaître pour telle. Il contemplait dans un transport d'amour et de reconnaissance Marie Reine, mais Reine de clémence et de miséricorde, médiatrice du genre humain après Jésus-Christ et avec Jésus-Christ, intercédant sans cesse pour nous, plaidant pour nous, puisant à pleines mains dans les célestes trésors, et distribuant avec largesse les pardons, les bénédictions et les grâces. Et nous aussi, au souvenir de la gloire et de la puissance accordées à Marie, réjouissons-nous d'avoir au ciel une Mère si bonne et si puissante en même temps, et implorons-la avec une entière confiance. Mais n'oublions point que si la dignité de Mère de Dieu fut quelque chose de bien grand, ce ne fut point la ce que Dieu couronna dans Marie, mais sa fidélité à correspondre aux grâces qu'elle avait reçues ; voilà le moyen par lequel Elle est parvenue à un si haut degré d'honneur et de gloire : et si Saint Hyacinthe reçut de Marie des grâces si particulières, c'est qu'il fut avant tout un fidèle imitateur des vertus de Marie. Marchons sur ses traces, et alors nous pourrons demander à la Reine du ciel et de la terre, avec la certitude d'être exaucés, de nous secourir de tous les besoins de notre âme, de nous obtenir une bonne mort, et que nous quittions notre exil le jour de sa glorieuse Assomption, comme Elle l'a accordé à Saint Hyacinthe et à plusieurs autres Saints de notre Ordre.

Vierge puissante et miséricordieuse, demandez pour tous les grâces célestes ; demandez-les en particulier pour l'Ordre de Saint Dominique et pour votre indigente et indigne servante ; répandez dans mon âme toutes les vertus qui font aujourd'hui votre gloire. Faites que j'aime la vie cachée ; que je devienne humble, douce, modeste, pleine de piété ; que le divin amour possède de plus en plus mon cœur, qu'il le perfectionne, qu'il le sanctifie, et que j'expire dans ces saintes ardeurs. Faites enfin, ma divine Mère, que reçue par Vous dans la cité céleste, je puisse chanter à jamais : « Gloire, honneur, puissance, bénédiction à ma Mère pour jamais ! Amen ».

 

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10 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

 

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Onzième jour

Dévotion au très Saint Coeur de Marie

 

« Ô Mère toute clémentes, que les blessures cruelles de votre tendre Coeur m’obtiennent une contrition sincère de tous mes péchés, mais surtout que votre Coeur désolé m’enseigne à fuir, à mépriser, à détester tout amour terrestre et passager ! » (Bienheureux Henri Suso).

 

I. Le vénérable abbé Dufriche-Desgenettes, du Tiers-Ordre séculier de Saint Dominique, avait une tendre dévotion au saint Cœur de Marie, et elle lui fit pour ainsi dire opérer des miracles. Nommé à la cure de Notre Dame des Victoires, dite des Petits Pères, située au milieu du quartier le plus affairé de Paris et le plus plongé dans les intérêts matériels, il éprouvait un vif chagrin de Voir son église déserte, les sacrements abandonnés ; car il n'y a rien de plus douloureux pour un zélé pasteur des âmes que de voir les efforts de son zèle paralysés par des dispositions sourdes d'impiété ou de malveillance, par l'opposition prononcée de quelques cœurs corrompus et la profonde indifférence religieuse des masses. Le vénérable pasteur, voyant l'inutilité complète de ses efforts, depuis quatre ans qu'il était dans cette paroisse, pensait à la quitter. Malgré lui, cette pensée occupait un jour son esprit en célébrant la Sainte Messe, lorsqu'il entendit ces paroles prononcées d'une voix solennelle : « Consacre ta paroisse au très Saint et Immaculé Cœur de Marie ! » Lorsqu'il eut fini de célébrer la Messe, le souvenir des paroles qu'il avait entendues lui revint, et craignant d'être le jouet de quelque hallucination, il s'efforça de l'écarter de son esprit, pensant que c'était une illusion, puis il s'agenouilla. Au moment même, - il était seul dans la sacristie, - il entend de nouveau prononcer bien distinctement ces paroles : « Consacre ta paroisse au très Saint et Immaculé Cœur de Marie ». Sa première impression fut un mouvement de stupéfaction : c'étaient les mêmes paroles, la même manière de les entendre, le même son. Pourtant il voulait encore essayer de douter de ce qu'il avait entendu, mais le sens intime lui disait : « Tu ne peux douter, tu as entendu deux fois ». Il prit la résolution de ne plus s'occuper de ce qui venait de lui arriver, de tâcher de l'oublier. Mais ces paroles : « Consacre ta paroisse au très Saint et Immaculé Cœur de Marie », se présentaient sans cesse à son esprit. Il rentra dans son appartement, et pour obéir à la pensée qui le poursuivait, il se mit à composer les statuts de l'Association de l'Archiconfrérie du très Saint Cœur de Marie. À peine eut-il tracé les premiers mots, que le sujet s'éclaircit à ses yeux et les statuts ne tardèrent pas à être rédigés. Quand la nouvelle association fut établie, M. Desgenettes eut la douloureuse satisfaction de la voir soumise à l'épreuve qui n'a jamais manqué aux œuvres vraiment entreprises pour la gloire de Dieu.

De toutes parts ou se déchaîna contre lui. Il n'ignorait rien de toutes ces attaques, et n'opposait à tous les obstacles qu'une invincible patience.

« Qu'on dise de moi ce qu'on voudra, disait-il souvent, peu importe ; ce n'est pas de moi qu'il s'agit ; ce n'est pas ici mon œuvre, c'est celle de la sainte Vierge, et elle saura bien la faire malgré eux ». S'il n'avait que du dédain pour les attaques qui lui étaient personnelles, il n'en était pas de même de celles qu'on dirigeait contre son œuvre. Son indignation trouvait alors des accents énergiques pour la défendre.

Les privilèges et nombreuses indulgences qu'elle a reçus des Souverains Pontifes, l'extension prodigieuse qu'elle a prise si rapidement dans toute la catholicité, les fruits immenses qu'elle a produits de toutes parts, jusque dans les pays les plus lointains, suffiraient pour y montrer le doigt de Dieu, si d'ailleurs elle ne portait tous les caractères d'une œuvre sainte qu'a suscitée la divine Providence pour réveiller, dans notre siècle si indifférent, la foi, l'espérance et surtout la charité des peuples, par la dévotion à Marie.

Peu de jours avant la mort de M. Desgenttes, un prêtre lui disait : « Vous aimez bien la Sainte Vierge, n'est-ce pas, monsieur le curé ? » Il répondit : « À juste titre ! » - « Vous avez beaucoup fait pour elle », - « Non, non, pas tout ce que j'aurais dû ». Il fut déposé dans un caveau creusé devant l'autel de la Sainte Vierge, juste à l'endroit où il avait entendu ces paroles : « Consacre ta paroisse au Saint et Immaculé Cœur de Marie ».

Il était un des premiers entré dans le Tiers Ordre de Saint-Dominique. Ses frères d'adoption lui payèrent le tribut d'une charitable et religieuse affection, en le revêtant après sa mort de ses habits sacerdotaux et du du Tiers-Ordre et en se relayant nuit et jour pour prier auprès de son lit, et dans la chapelle ardente. (Annales de l’Archiconfrérie de Notre Dame des Victoires, mois d’août 1834).

Le 15 janvier 1844, le Père Lacordaire voulut faire une consécration solennelle de son Ordre renaissant à la bienheureuse Vierge Marie, pour laquelle il éprouvait les sentiments de la plus filiale confiance. Après avoir célébré avec sa piété habituelle le saint sacrifice à l'autel de Notre Dame des Victoires, entouré de tous les frères du Tiers-Ordre, il offrit, plein de joie, à la sainte Vierge, un cœur d'argent où étaient gravés ces mots : « Consécration à Notre Dame des Victoires du rétablissent de l’Ordre et du Tiers-Ordre de Saint Dominique », le 15 janvier 1844. Avant d'être relaté dans la vie du Père Lacordaire, ce fait si touchant tub inséré dans les Annales de l'Archiconfrérie en août 1844. Le numéro de ces Annales qui en contenait le récit me tomba sous les yeux, à moi, pauvre jeune fille isolée dans les bruyères de la Bretagne. Cette lecture, qui me fit connaître le Tiers-Ordre de Saint Dominique, me fut, non-seulement une révélation, mais une lumière forte et soudaine qui me montrait avec une puissance irrésistible quel devait être désormais le but de ma vie. Des obstacles qui eussent été insurmontables pour ma seule faiblesse se dressaient de toutes parts devant moi ; mais Dieu combattait pour sa pauvre et faible créature, et d'une manière tout à fait imprévue, mais où son doigt divin se montra visiblement. Il arriva qu'après avoir servi sept ans comme Jacob, j'obtins ce qui pour moi était plus que Rachel pour Jacob, la ceinture si désirée du Tiers-Ordre, le 15 décembre 1851. Ô Cœur de Marie, toujours et toujours tous les biens me sont venus par vous, aussi toujours et toujours je veux vous aimer, dans le temps et dans l'éternité.

Le Père Marie-Augustin avait la plus touchante dévotion au saint Cœur de Marie ; il y faisait sa demeure habituelle, et c'est là sans aucun doute qu'il puisa toutes les admirables vertus qui brillèrent en lui d'un si vif éclat. Pendant sa dernière maladie qui l'enleva si prématurément a l'affection de tous ceux qui le connaissaient, il se réfugiait dans le saint Cœur de sa bonne Mère, et y devenait comme insensible aux cuisantes douleurs qui torturaient son corps. Lorsqu'on était bien loin de penser à sa fin, un de ses frères lui avait dit : « Vous, quand vous serez mort, on vous ensevelira auprès de l'autel de la sainte Vierge, tout près de votre bonne Mère ». Ces paroles se trouvèrent une prophétie ; Marie, non-seulement obtint à son dévoué serviteur de mourir le jour d'une de ses fêtes, mais encore d'aller se reposer au ciel sur son Cœur maternel le jour où l‘Église de la terre célèbre la fête de son Cœur très pur ; et par une disposition particulière de la Providence, le cœur du Père Marie-Augustin repose dans sa chapelle du Rosaire ; et ces deux cœurs qui se sont tant aimés ne seront plus séparés ni sur la terre, ni dans le ciel.

 

II. Permettez, mon Dieu, que la divine Marie ouvre son cœur à tous les enfants de Saint Dominique ; que tous y prennent part avec ses fidèles serviteurs ; qu'ils y goûtent la douceur de ce saint Cœur, source de paix, de miséricorde et d'amour ; que par l'imitation de ses vertus, ils louent et bénissent sur la. terre et pendant l'éternité votre puissance infinie qui a fait. le cœur de Marie si grand, si saint, si charitable, si admirable... Cœur très Saint de Marie Immaculée, Cœur le plus saint, le plus pur, le plus parfait que la main toute-puissante de Dieu ait formé dans une pure créature, Cœur qui avez aimé Dieu plus que tous les Séraphins, les Anges et les Saints ensemble, vous serez mon refuge dans mes afflictions, ma consolation dans mes peines, mon secours dans mes besoins ; vous m'obtiendrez, ainsi qu'à tous les enfants de Saint Dominique, d'accomplir en toutes choses les volontés de Jésus et les vôtres, avec courage et constance afin que nous méritions de paraître à vos yeux et à ceux de tous, des disciples de votre Cœur très Saint. Amen.

Notre Dame des Victoires, obtenez-nous la victoire contre tous nos ennemis ; victoire contre tous les maux temporels, victoire surtout contre nos passions, contre tous les ennemis de notre salut !

L'Église vous appelle la Vierge puissante, et qui pourrait douter de l'étendue de votre puissance près du Très-Haut, en voyant les grâces sans nombre dont vous êtes la dispensatrice ? Tour de David, vous êtes l'honneur et la gloire de la maison de David, vous êtes la puissance, la force et le rempart qui défendez à jamais l'Église de Jésus-Christ, votre divin Fils ; vous êtes le centre fortifié, le bastion imprenable d'où l'Église combattra victorieusement ses ennemis, jusqu'à la fin des temps.

Ô Marie, à cette heure solennelle, où les ennemis de l'Église redoublent de haine et d'astuce contre elle ; à ce moment de danger où tout semble prêt à s'écrouler dans l'abîme, ah ! nous portons nos espérances vers l'autel privilégié de votre Cœur Immaculé. Que votre puissante bonté détourne les coups de la justice céleste ; que les fléaux fuient loin de nous ; que les rois et les peuples ne tremblent plus devant les méchants, parce que vous avez le pouvoir d'anéantir leurs mauvais desseins et d'arrêter leurs triomphes ; et alors ceux que vous aurez sauvés s'écrieront dans le transport de leur joie : gloire à Notre Dame des Victoires !

 

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09 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Dixième jour

Dévotion aux douleurs de la très Sainte Vierge Marie

 

« Ô Vierge bénie, comme l’amertume de la mer surpasse toute amertume, ainsi votre douleur surpasse toutes les autres douleurs » (Cardinal Hugues de Saint Cher)

 

I. Pour avoir la gloire du martyre, dit saint Thomas, il suffit qu'on obéisse jusqu'à s'offrir à la mort. Tauler a écrit que Marie passa sa vie dans une continuelle douleur, son cœur n'étant rempli que de tristesse et de peine. Entre autres significations, dit Saint Albert le Grand, le nom de Marie Signifie mer amère.

Autant l'âme est plus noble que le corps, autant la douleur de Marie surpassa celle des autres martyrs, ainsi que Jésus-Christ le déclara à sainte Catherine de Sienne. En outre, saint Antonin dit que les autres martyrs souffrirent en sacrifiant leur vie propre, au lieu que la sainte Vierge souffrit en sacrifiant celle de son Fils, qu'elle aimait encore plus que la sienne propre. Saint Albert dit en conséquence, que, comme nous sommes obligés à Jésus-Christ, à raison de sa passion soufferte pour l'amour de nous, ainsi nous sommes tous obligés envers Marie, à raison du martyre qu'elle voulut spontanément endurer pour notre salut, à la mort de son Fils.

Quand saint Vincent Ferrier parlait en chaire de la passion du Sauveur et des douleurs de Marie, la profonde émotion qu'il éprouvait rendait sa voix sympathique, et lui donnait une douceur qui attendrissait les cœurs et faisait verser des larmes. Ses paroles tristes et plaintives, entrecoupées de soupirs et quelquefois de sanglots excitaient une piété profonde, et une vive compassion.

Un jour, dans un sermon du saint sur la Passion, arrivé à ce moment où il est coutume dans l'Ordre de saluer Marie, il s'écria : « Ô Marie, nous ne vous saluons pas, car il ne convient pas de saluer une personne affligée ; la saluer serait augmenter sa douleur. Si nous vous saluions, vous nous diriez : « Pourquoi me saluer ? Pourquoi me dire bénie entre toutes les femmes et en compagnie de mon divin Fils ?... Hélas ! Je n'ai plus le bonheur de le posséder ; ils me l'ont pris, ils me l'ont crucifié, et la douleur la plus amère est au fond de mon âme ! » Alors le saint s'adressait au Fils au lieu de s'adresser à la Mère désolée.

Le jour de la Compassion, Marie apparut plusieurs fois au bienheureux François de Possadas, abîmée dans la douleur, telle qu'elle était au pied de la croix.

Le bienheureux Henri Suso méditait sans cesse sur la passion de Jésus, et il aimait à unir les douleurs de la Mère à celles du Fils. Il pensait que c'était un moyen de se rendre très agréable à Marie, car celui qui souffre se plaît à voir ses amis compatir à ses douleurs. Dans ses ferventes méditations, après avoir vu passer en esprit le cortège funèbre qui menait Jésus au Calvaire, il fixait ensuite ses regards sur la sainte Vierge ; quand il voyait passer devant lui cette pauvre Mère, et qu'il avait contemplé son visage tout bouleversé et abattu, sa pâleur, ses gestes attendrissants, le déluge de ses larmes, ses profonds soupirs et ses gémissements déchirants, il se prosternait par terre et embrassait la trace de ses pas, en disant : « Salve Regina, Mater misericordiæ ». Et, il la laissait passer ; puis se relevant il rejoignait Notre Seigneur, et montait avec Lui au Calvaire. Il se représentait Marie au pied de la croix, plaintive, inondée de larmes, et, par compassion pour ses mortelles angoisses, il lui tenait compagnie. Il lui semblait qu'en l'aimant il apporterait quelque soulagement à ses larmes amères. Il croyait que l'invoquer quand elle tient sur ses genoux Jésus descendu de la croix et qu'elle le voit mort pour nous, c'était un moyen infaillible d'obtenir d'elle toutes sortes de grâces.

Après les funérailles de Jésus-Christ, notre bienheureux imaginait le soir, pendant le Salve Regina des complies, un autre voyage spirituel pour consoler Marie, la ramener du Calvaire et la conduire à sa maison. « Ô bonne et tendre Mère ! lui disait-il pour la consoler, souvenez-vous que c'est par cette voie douloureuse que vous êtes parvenue au royaume d'amour où vous êtes maintenant une Reine toute-puissante, une Mère pleine de miséricorde, notre vie, notre douceur et notre espérance ! » Arrivée à la porte de Jérusalem, il contemplait Marie entrant dans la ville, tombant en défaillance, tout inondée du sang qui avait découlé des plaies de son Fils crucifié. Son imagination le conduisait jusqu'à la porte de la maison de Marie, il la saluait encore humblement par ces paroles : « Ô clemens ! Ô pia ! Ô dulcis Virgo Maria ! » il la suppliait de vouloir bien le défendre des assauts de l'ennemi et le sauver à l'heure de la mort. Après avoir ainsi loué la clémence, la bonté, la douceur de cette Mère de toutes les grâces, il lui disait adieu, et la laissait se retirer dans sa maison.

La dévotion qu'avait pour les douleurs de Marie le Père de Montfort ne lui permettait pas de voir sans un vif chagrin l'état de dégradation dans lequel se trouvait une chapelle dédiée à Notre Dame de Pitié. Par ses soins elle fut restaurée ; derrière le tabernacle il éleva une grande croix, au pied de laquelle il mit un beau tableau de la sainte Vierge, tenant le corps mort de son divin Fils sur ses genoux. Il entoura l'autel d'une balustrade sur laquelle il plaça les statues des saints qui ont assisté à la passion de Jésus Christ. Cette image de la sainte Vierge est très remarquable ; personne ne put savoir d'où elle était venue. On la porte tous les lundis de la, Pentecôte dans une procession solennelle.

La fête de la Compassion, ou des douleurs de Marie, se célébrait dans l'Ordre avant même qu’elle fût universellement étendue à toute l'Église, par le pape Benoît XIII, dominicain.

On peut dire que l'Ordre des Servites, consacré particulièrement à honorer les douleurs de Marie, doit sa naissance à l'Ordre de Saint Dominique ; car saint Philippe Benizi, s'étant retiré dans une solitude, et ignorant encore les desseins de Dieu sur lui, la très Sainte Vierge apparut à saint Pierre, martyr dominicain, et lui ordonna d'aller trouver Philippe et de l'engager à fonder un Ordre destiné à honorer spécialement ses douleurs, et nul doute que saint Pierre n'ait guidé Philippe dans cette entreprise.

Mgr Melchior Garcia San Pedro, de l'Ordre de Saint Dominique, évêque du Tongkin central, où il a souffert un cruel martyre le 28 juillet 1858, à l'âge de 37 ans, avait la plus tendre dévotion pour la sainte Mère de Dieu, et il estimait cette dévotion plus que toutes les autres. En vrai enfant de saint Dominique, il récitait tous les jours, malgré ses accablantes occupations, le saint Rosaire, en méditant sur les quinze mystères qui le composent ; chaque jour, en outre, il méditait pendant deux heures sur les humiliations du Fils de Dieu. « Rien ne me donne plus de consolations, disait-il, que la vue de mon Dieu devenu homme de douleurs et victime de propitiation pour nos péchés. Il passait plusieurs heures la nuit dans l'exercice de la contemplation. Il honorait le saint nom de Marie par la récitation des cinq psaumes consacrés à son honneur ; ce nom si doux était répété dans toutes ses lettres. Lorsqu'il prêchait, il ne manquait jamais d'exhorter son auditoire à la dévotion envers la Mère de Dieu, et Marie était le principal sujet de ses conversations. Mais ce qui attendrissait particulièrement son cœur, c'était le souvenir des douleurs de cette divine Mère ; chaque jour il récitait le chapelet de ses sept douleurs ; dans sa ferveur, il aurait voulu arracher le glaive qui transperçait le cœur Immaculé de Marie pour en percer le sien et partager ainsi la douleur et l'amertume de cette tendre Mère. Marie prêta l'oreille à l'héroïque prière de son serviteur et l'exauça. Il termina sa vie au milieu des plus cruels tourments, et versa tout son sang pour l'amour de Jésus et de Marie. (Annales de la Propagation de la Foi).

 

II. Qui pourra donner à mes yeux autant de larmes amères qu'il faudrait de mots et de lettres pour raconter dans quel océan de douleurs fut plongée Marie lors de la Passion de son divin Fils ? Ô Reine du ciel et de la terre, versez au moins dans mon cœur pour en amollir la dureté, une de ces larmes brûlantes que vous répandiez à flots au pied de la croix, pendant l'agonie de votre divin Fils. Que je m'attendrisse que j'éprouve, que je partage votre douleur, car pour comprendre la douleur, il faut l'éprouver et la ressentir soi-même. Si je vous regarde au pied de la croix, pauvre Mère, je vois votre âme accablée d'une immense tribulation ; mille glaives traversent votre cœur virginal ; jamais il n'y eut un spectacle plus pénible ; jamais n'ont retenti des cris plus lamentables, plus déchirants. Dans le Fils, dans la Mère, je trouve des angoisses incomparables. La douleur de la Mère tourmente le Fils, et la mort du Fils tue la Mère. Le Fils regarde la Mère et la console ; la Mère lève les bras au ciel et demande à Dieu de mourir avec son Fils. Qui a plus souffert ? Qui a ressenti les plus grandes peines intérieures ? Ô Jésus, ô Marie, moi je ne puis répondre ; mais, que votre Père qui frappait du haut du ciel, le dise Lui-même... Venez donc, ô mères, compatir aux larmes et aux douleurs de la Mère de Dieu ; venez, ô vierges, pleurer le sang de Jésus qui baigne et couvre encore le visage de la première Vierge du Paradis ; et vous, cœurs affligés, qui êtes accablés de douleurs, rappelez-vous qu'aucune douleur ne ressemble et ne peut être comparée à la douleur de Jésus et de Marie. Et vous, les imitateurs et les amis de Jésus et de Marie, ne vous étonnez pas si en les contemplant votre cœur succombe à la peine, puisque cette douleur de Jésus et de Marie fut si grande que la nature entière y compatit ; les rochers se fendirent et se brisèrent, la terre tremble et le soleil fut obscurci !...

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Prière du Bienheureux Henri Suso à Marie au pied de la Croix

 

Consolez-vous, ô Vierge sainte, et reprenez courage. N'est-ce pas par ce sang précieux que vous devenez l'avocate, la protectrice de tous les fidèles ? Au nom de cette scène douloureuse, au nom de Jésus crucifié, mort et déposé sur vos genoux, jetez un regard bienveillant sur mon âme, et quand elle sortira du corps qui l'emprisonne, présentez-la au doux, au tendre Jésus, à Jésus mon Rédempteur, à Jésus le fruit béni de votre sein maternel. Amen.

 

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08 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Neuvième jour

Dévotion à la Purification de la très Sainte Vierge

 

« En souvenir de cette fête, vous vous offrirez, avec la Mère et le Fils au Père Eternel, pour être entièrement dévouées à sa gloire » (Lettre du Père Lequien).

 

I. La très Sainte Vierge Marie daigna plusieurs fois mettre l‘Enfant Jésus entre les bras de sainte Catherine de Ricci ; cela lui arrivait surtout à la fête de la Purification. Dans ces occasions, la sainte ne se lassait pas de témoigner son amour à son Bien-Aimé, et ne l'aurait pas rendu, si la glorieuse Vierge ne le lui avait redemandé.

Le bienheureux Jourdain de Saxe vit un jour de la Purification la très Sainte Vierge qui, avec son divin Enfant, bénissait tous les religieux, pendant qu'ils chantaient à l'église l'office divin.

Le bienheureux Pierre de Ruffia obtint la plus belle récompense de ses travaux, la couronne du martyre, le jour de la Purification. Heureux d'unir son sacrifice à celui que Jésus offrit alors dans le temple de Jérusalem à Dieu son Père !

Un jour de la Purification, pendant que le Père de Montfort prêchant dans l'église des Dominicains de la Rochelle, parlait des grandeurs de Marie, son visage exténué devint tout d'un coup lumineux et rayonnant ; et ses meilleurs amis ne purent en ce moment le reconnaître qu'à la voix. C'était un indice de la gloire céleste qui devait bientôt récompenser ses vertus et ses travaux.

Au temps de la Purification de la Vierge, pour se préparer dévotement à la recevoir dans le Temple, le bienheureux Henri Suso choisissait les trois jours qui précédaient cette fête, et il honorait symboliquement la virginité, l'humilité, la maternité de Marie en faisant brûler un cierge à trois branches et en récitant chaque jour trois Magnificat. Le matin de la solennité, avant que le peuple vint à l'église, il allait se prosterner devant le maître-autel, et il y méditait les gloires de Marie jusqu'au moment où Elle vint apporter son cher Fils au Temple ; alors il se levait, et s'imaginant qu'Elle était arrivée à la porte de l'église, il appelait tous les amis de Dieu et allait avec eux jusqu'à la porte, et sur la place, au-devant de la très Sainte Vierge. Quand il l'avait trouvée, il la priait de vouloir bien s'arrêter un peu avec son cortège pour entendre le cantique que son cœur voulait lui chanter dans le silence de son âme, avec l'aide de tous ceux qui l‘aimaient, et il entonnait avec tendresse cet hymne spirituel : « Vous êtes pure, vous êtes chaste et sans tache, ô Marie ! Aussi vous êtes devenue la porte éblouissante du ciel. Recevez le pieux tribut de nos louanges, ô Vierge compatissante, qui seule avez conservé votre pureté ! » À ces dernières paroles, il baissait humblement la tête, et suppliait Marie d'avoir compassion de son cœur, si pauvre et si chargé de péchés ; puis il se levait, et, se dirigeant vers l'autel, il la suivait en tenant son cierge, dont il faisait brûler la clarté mystérieuse pour demander à Marie qu'elle ne laissât jamais éteindre dans son cœur la lumière de l'éternelle sagesse et la flamme du divin amour. Il s'adressait à tous les amis de Dieu, les engageant à chanter avec lui l'hymne « Adorna thalamum »... et à recevoir le Sauveur et sa Mère avec les sentiments les plus vifs d'amour et de louanges.

Arrivé à l'autel, au moment où Marie allait offrir son cher Fils au vieillard Siméon, il la suppliait, humblement prosterné à terre, les yeux et les mains levés au ciel, de lui montrer son enfant, de lui permettre d'embrasser ses pieds, ses mains, de le confier un instant. à son âme. Marie consentait, et Frère Henri, tout tremblant de joie et d'amour. prenait Jésus dans ses bras, le pressait sur son cœur, l'embrassait et l'embrassait encore, comme s'il l'eût réellement possédé ; il contemplait avec bonheur ses yeux éblouissants, son visage pur comme le lait, sa bouche ravissante, ses petites mains, son corps blanc comme la neige, ses membres enfantins et divinisés par quelque chose de céleste. Dans son ravissement et son extase, il était tout étonné et tout ému de voir le Créateur de toutes choses à la fois si grand et si petit, si beau et si sublime dans le ciel, si faible et si pauvre sur la terre.

C'était au milieu de ses chants, de ses pleurs, de ses actions de grâces qu'il rendait le divin enfant à Marie, et qu'il l'accompagnait au chœur et dans les cérémonies de la fête.

 

II. Vierge sainte et généreuse, je veux aujourd'hui, comme le bienheureux Henri, vous considérer, venant dans le temple de Jérusalem, offrir au Seigneur le plus complet des sacrifices. Il ne vous suffit pas de vous être consacrée à Lui dès votre enfance, et Lui avoir fait l'hommage de votre virginité ; le Seigneur vous a enrichie de dons nouveaux ; il faut que ces dons retournent à leur auteur. Qu'elle est grande et digne de Lui l'offrande que vous lui présentez le jour de votre Purification ! C'est Jésus, le Fils de votre amour dont vous faites une victime pour le salut de tous ; c'est votre pureté, plus éclatante que celle de tous nos Esprits célestes, que vous soumettez à une purification qui n'est pas ordonnée pour vous ; c'est votre maternité divine que vous voilez sous les dehors d'une maternité commune et ordinaire ; c'est votre très Saint Cœur que la parole de Siméon transperce comme d'un glaive…

Ô Marie, pourquoi donc tant de sacrifices, tant de renoncements? Ah ! Combien il faut que vous ayez d'amour pour le Seigneur, puisque c'est le zèle de sa gloire qui vous porte à Lui immoler ainsi tout ce que vous avez de charité pour les hommes ! Puisque c'est pour leur salut que vous offrez votre Jésus, et que vous joignez votre sacrifice à celui de ce Fils adorable. Ô la plus soumise des vierges, vous avez prévu toutes les suites de l'offrande que vous faisiez et rien n'a arrêté votre courage ; vous avez vu de loin le sanglant sommet du Golgotha, et dès cet instant, vous avez fait le sacrifice de Jésus ; la victime a été agréée, et la terre réconciliée avec le ciel.

O ma divine Mère ! Votre exemple enflamme mon courage, et m'anime d'une sainte ardeur. Donnez-moi votre générosité, et joignez mon sacrifice à celui que vous avez offert dans le temple de Jérusalem. Offrez-moi et immolez-moi avec votre Jésus au Seigneur. Immolez lui mon corps, et que le glaive de la chasteté le sépare de tout ce qui flatte les sens. Immolez lui ma volonté, et que le glaive de l'obéissance le pénètre jusqu'à la division de l'âme. Immolez lui mon cœur, et que le glaive de la mortification le fasse mourir à toutes les joies de la terre, à toute affection dont Dieu seul ne serait pas le principe et la fin. Ô Marie, le souvenir de votre charité excite la mienne, je veux, avec Jésus, avec vous, avec tous les saints travailler à la gloire du Seigneur, expier les péchés du monde, et correspondre à toutes les grâces que j'ai reçues de Dieu.

Vierge sainte, offrez aussi au Seigneur, comme des victimes choisies, tous les enfants de Saint Dominique ; embrasez-les de cette charité qui peut seule donner l'amour du sacrifice, et qu'après avoir glorifié Dieu sur la terre par leurs vertus, ils soient glorifiés en Lui et en Vous, pendant toute l'éternité. Amen.

 

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07 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Huitième jour

Dévotion à la Visitation de la Vierge

 

« Et d'où me vient ce bonheur que la Mère de mon Seigneur daigne venir à moi ? » (Saint Luc, 1).

 

I. Il y a dans ce mystère trois personnes à considérer : Saint Jean, sa mère Élisabeth et la très Sainte Vierge. Saint Jean n'a pas encore vu le jour ; mais il tressaille et ne se possède plus en présence de Jésus-Christ. Ceci doit nous faire comprendre la grandeur du mystère et du bienfait de l'Incarnation. En effet, si l'Esprit Saint a permis qu'un enfant encore enfermé dans le sein de sa mère l'honorât d'une manière si merveilleuse, que ne doivent pas faire ceux qui sont arrivés à un âge plus parfait ?

Considérez, en second lieu, l'admiration et la joie de Sainte Élisabeth lorsque, par l'effet d'une lumière soudaine et surnaturelle, elle eut, pour ainsi dire, connaissance de toute l'économie de l'Evangile. Ici les paroles manquent, et tout ce que l'on peut faire, c'est d'admirer en silence les dons et les faveurs que le Seigneur, même en cette vie, prodigue à ses élus.

Mais, après avoir pénétré dans le cœur d'Élisabeth, tâchez de pénétrer aussi dans celui de Marie, et méditez les paroles qui sortirent alors de sa bouche. Que se passait-il en Vous, Vierge bienheureuse, quand vous prononciez ces magnifiques paroles : « Mon âme rend gloire au Seigneur, et mon esprit est ravi de joie dans le Dieu mon Sauveur ». (Saint Luc, 1, 4.6.) Quelles grandeurs ! quelles merveilles ! Hélas ! Ce n'est pas à nous, faibles créatures, de les approfondir ; contentons-nous de les admirer, de nous en réjouir et de les contempler avec étonnement Heureux mille fois les justes, si parfois ils sont ainsi visités et consolés » (Bienheureux Louis de Grenade).

Cette suprême consolation fut accordée au Bienheureux Ceslas. Un jour de fête de la Visitation, pendant qu'il s'occupait de ce mystère, la très Sainte Vierge lui apparut et lui annonça le moment précis de sa mort. Le bienheureux, transporté de joie, s'écria : « Oh ! Merci, merci, bonne Mère ! bientôt je pourrai donc vous voir sans fin, et suivre l'Agneau Jésus, que j'ai tant aimé ici-bas ! »

Le Vénérable Jean Naja, arrivé à Manille pour y prêcher l'Evangile, fut atteint d'une maladie de langueur qui le mit dans l'impossibilité de remplir les devoirs de son ministère. Il y avait une année que ce pénible état durait, lorsque, avec l'approbation de ses supérieurs, il promit, le jour de la Visitation, de consacrer sept années de sa vie à travailler sans relâche au salut des âmes, si la très Sainte Vierge lui obtenait la grâce de recouvrer la santé. Peu après avoir écrit ce vœu, il fut parfaitement guéri, et étudia avec tant d'ardeur la langue du pays qu'au bout de trois mois il pouvait prêcher et confesser. Il se mit donc à parcourir la province pour prêcher l'Évangile avec un grand zèle, et en ayant soin de toujours porter dans son bréviaire le papier sur lequel il avait écrit son vœu, afin de ne point oublier un instant la grâce reçue. Les sept années venaient de se terminer lorsqu'il devint malade à l'extrémité. Dans ce péril, il fit de nouveau le vœu à la très Sainte Vierge de consacrer encore quatre années à travailler à la faire connaître avec son divin Fils dans ce pays nouvellement converti, si la santé lui était rendue. La grâce demandée fut encore accordée, et il remplit avec la même fidélité que la première fois son nouvel engagement. Un jour qu'un incendie, qui semblait devoir prendre des proportions effrayantes, commençait à brûler à Abuatan, le Père Jean se mit à genoux devant les flammes, et commença pieusement à réciter son Rosaire. Dès qu'il fut arrivé au second mystère (la Visitation), le vent changea contre toute apparence, porta les flammes d'un côté où elles n'avaient point d'aliments, si bien qu'il n'y eut que trois maisons brûlées, ce que l'on considéra comme un grand miracle (Diarium Dom., 25. décembre).

Lorsque le pape Urbain VI, en 1395, eut décidé d'établir la fête de la Visitation pour obtenir par Marie la cessation du schisme qui alors désolait l'Église, il chargea le Bienheureux Raymond de Capoue de composer l'office de la nouvelle fête.

 

II. Vierge sainte, permettez que ma faible voix vous proclame aussi bienheureuse, vous bénisse et vous exalte ! Et qui plus que moi doit le faire ! Combien de fois en ma faveur n'avez-vous pas oublié votre élévation en me visitant par vos douces et maternelles inspirations ! De combien de faveurs ne m'avez-vous pas comblée ?... Ô la plus heureuse de toutes les femmes, glorifiez le Seigneur ! Glorifiez-le pour Vous et pour moi, qui ne le saurais faire dignement. Avec vous je dis de toutes mes forces : « Mon âme bénit le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur ».

Vierge bienheureuse, puisque le Très-Haut vous a rendue gardienne et dépositaire de tous ses trésors, dans cet instant où nous rappelons le souvenir du jour où vous avez daigné les répandre sur la maison de Zacharie, veuillez aussi descendre jusqu'à moi et me visiter, ainsi que tous les membres de la famille Dominicaine.

Nous avons de grandes obligations à remplir ; que par Vous nous y soyons fidèles. Donnez-nous de vivre comme Vous, abîmés en nous-mêmes, et d'y attendre, ainsi que Vous, les miséricordes du Seigneur. Abaissez un regard sur nous, et faites en nous de grandes choses. Que, comme Jean-Baptiste, nous soyons embrasés du plus pur et du plus ardent amour pour le fruit béni de vos entraillesn et qu'Il reçoive de nous les hommages et les louanges qui lui sont si justement dus ; que, comme Élisabeth, nous soyons pleins d'humilité et de reconnaissance pour les grâces reçues ; que l'amour du prochain qui a consumé votre cœur consume aussi le nôtre ; que l'esprit de pénitence et de sacrifice qui a conduit le saint précurseur au désert, nous accompagne tous les jours de notre vie.

Vierge sainte, visitez aussi l'Église ; faites-lui produire de ces âmes saintes et généreuses dont le zèle change en quelque sorte la face de la terre, et affronte tous les périls quand il s'agit de sauver les âmes.

Multipliez les fils de saint Dominique, et que par eux la sainte Église de votre Fils voie, comme autrefois, le salut se répandre sur tout l'univers. Amen.

 

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06 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Septième jour

Dévotion à la maternité divine de Marie

 

« Marie, en devenant Mère de Dieu, et a raison de cette union étroite avec un bien infini, reçut en quelque sorte une grâce infinie » (Saint Thomas d'Aquin).

« La dignité de Mère de Dieu vient immédiatement après celle de Dieu et en conséquence Marie ne peut être plus unie à Dieu qu'elle ne le fut, à moins de devenir Dieu elle-même ». (Saint Albert le Grand).

 

I. « De même que la femme est la mère de tout l'homme, composé de corps et d'âme, bien que l'âme vienne de Dieu seul ; ainsi, bien que Notre Dame n'ait pas produit la Divinité, elle est véritablement la Mère de Dieu fait homme, puisqu'en effet ce divin composé est le terme de sa génération ; et c'est cette maternité qui la relève infiniment plus que tout ce qu'elle possède de grâce et de gloire, comme étant d'une dignité infinie : on juge, dit Saint Albert le Grand, de l'excellence de l'arbre par l'excellence du fruit. Ayant, dit saint Thomas, pour son terme un être infini en perfection, elle l'est aussi en grandeur ; de sorte que la dignité incomparable de Mère de Dieu contient en éminence toutes les dignités des Anges et des hommes ; elle les fait disparaître par son éclat, comme le soleil cache par sa splendeur la clarté des étoiles ; il n'est point d'esprit créé qui la puisse comprendre; les plus sublimes intelligences sont frappées d'étonnement et saisies de frayeur à sa vue ; à peine osent elles l'envisager.

« La même maternité a été pour la Vierge une source de prérogatives incomparables, savoir : 1° d'avoir été conçue sans péché, et enrichie au premier instant de son Immaculée Conception de la plénitude de la grâce ; 2° d'avoir produit dans le temps le même Fils que le Père Éternel engendre dans l'Eternité ; de l'avoir produit sans rien perdre de sa pureté virginale, comme le Père Éternel ne perd rien de sa divinité ; 3° d'avoir eu un pouvoir légitime de commander au Maître absolu de toutes les créatures, puisque c'est un droit que la nature donne aux mères, droit auquel a bien voulu se soumettre Celui qui était venu pour accomplir la loi, et non pour la violer ; mais ce droit est si glorieux à Marie que saint Bernard ne sait s'il est plus digne d'admiration que l'obéissance de Jésus ; car, dit-il, qu'un Dieu obéisse à une femme, c'est une humilité sans exemple ; mais qu'une femme commande à un Dieu, c'est une élévation sans pareille ; 4° d'avoir été l'Êpouse du Saint Esprit d'une manière infiniment plus noble que les autres vierges, puisque les autres méritent à peine d'être alliées à ce divin Époux, quant à l'âme, tandis qu'elle l'a été quant au corps, et de la manière du monde la plus chaste ; d'ailleurs, l'alliance des autres avec le Saint Esprit ne sert qu'à produire des actions de vertu, et la sienne a produit d'une manière ineffable le Seigneur des vertus ; 5° d'avoir été comme l'achèvement et le couronnement de la très Sainte Trinité, car elle a produit le plus excellent fruit de sa fécondité au dehors, c'est-à-dire un Homme-Dieu ; elle lui a donné un sujet capable de lui rendre tout l'honneur qu'elle mérite, ce qui était impossible à toutes les créatures jointes ensemble ; elle l'a honorée elle-même d'un culte tout particulier ; 6° d'avoir été faite Reine et Dame de toutes les créatures en mettant au monde leur Roi et leur Seigneur » (Père Ducos, « Pasteur apostolique »).

Oh ! Que de raisons nous obligent à honorer la Mère de Dieu, et qu'elles sont puissantes ! Oh ! Si nous considérions ce qu'elle est, ce que nous lui devons et ce qu'elle peut faire pour nous, que nous aurions de vénération, d'amour et de reconnaissance pour Elle, et que notre confiance en son secours serait ferme et cordiale !

Car 1° Qu'est-ce que la Mère de Dieu ? C'est un firmament où toutes les vertus brillent avec plus d'éclat que les étoiles dans le ciel ; c'est un soleil qui paraît à nos yeux toujours plus lumineux et plus beau ; c'est un océan où l'on ne peut mesurer les abîmes de grâces. Si Dieu a trouvé à propos de créer les Anges dans sa grâce, il ne faut pas douter qu'il n'ait créé aussi dans sa grâce l'incomparable Marie, et avec un privilège d'autant plus grand que sa dignité est relevée au-dessus de toutes les leurs. Pour être digne Mère de Dieu, telle que le Saint Esprit l'a rendue, il faut qu'elle ait surpassé en grâce et en mérite tous les Anges et tous les saints, et que la seule sainteté de son Fils adorable ait de l'avantage au-dessus de la sienne. Ainsi, comme après Jésus rien n'est comparable à la grandeur, à la sainteté, à la charité et à la beauté merveilleuse de sa très digne Mère, il faut qu'après Jésus, il faut que nous ayons plus de respect et plus d'amour pour Elle seule que pour tout ce qu'il y a de vénérable et d'aimable au ciel et sur la terre.

2° Que devons-nous, ou plutôt que ne devons-nous point à la Mère de Dieu ! Nous lui devons toutes choses, puisque nous lui devons Jésus-Christ Notre-Seigneur ! Cet adorable Fils de Dieu s'est voulu faire notre pain, et c'est du sang virginal de Marie que le Saint Esprit a pétri ce pain du ciel. Son corps très pur a été comme le four mystérieux où il a été consumé par le feu de la divine charité. Quand nous prenons donc cet aliment des Anges par la communion, une partie de nos remerciements en sont dus à cette Mère d'amour, qui allaite d'une manière si douce et si sainte les enfants de l'Église ; et toutes les fois que nous pensons, comme nous devons le faire très souvent, que notre grand Jésus nous est tout en toutes choses, nous devons nous ressouvenir, avec de très-grands sentiments de reconnaissance, que c'est du sein du Père Éternel et puis du sein de Marie, que nous est venu cet unique trésor de nos cœurs.

3° Enfin, que ne peut point faire pour nous la Mère de Dieu? Elle a droit, en quelque sorte, sur les diverses missions du Saint Esprit, c'est-à-dire sur les divers effets de grâce que ce Dieu d'amour produit dans les âmes. Elle continue sans cesse à l'attirer sur l'Église, ainsi qu'elle commença de le faire dans le Cénacle le jour de la Pentecôte. Comme il est certain que celle qui néglige de recourir à Elle ne va jamais loin dans la piété, pas une âme aussi, de celles qui implorent son secours avec confiance, ne manque d'expérimenter son merveilleux pouvoir auprès de Dieu... » (Père Ducos, « Pasteur apostolique »).

 

II. Parmi tous les noms divins et merveilleux que la tradition catholique a donnés à la Vierge Immaculée, quel est donc le plus auguste ? C'est le nom de Mère de Dieu !

Être la Mère de Dieu ! c'est un honneur inexplicable, et pourtant la Vierge Marie est vraiment la Mère de Dieu !... Mère de Dieu ! C'est le cantique du ciel! mais c'est aussi le Cantique de la terre. Ne faut-il pas commencer à balbutier dès ici-bas les hymnes saints qui doivent nous réjouir pendant toute l'éternité ? Ne faut-il pas nous consoler un peu de nos tristesses. en prenant part, quoique de loin, à ces concerts de l'autre vie ?

Écoutez de toutes parts les voix des anges du saint Rosaire... Dans cette obscure demeure, voyez cette jeune fille, comme accablée sous le poids du travail de chaque jour. Autour d'elle tout est bien pauvre, et pourtant sur son front paraît la joie ; son visage respire la paix. Que dit-elle, et quelles paroles, toujours les mêmes, reviennent sur ses lèvres, tandis que ses doigts parcourent son Rosaire ? « Sainte Marie, Mère de Dieu ! Mère de Dieu ! priez pour nous ! » Ces mots suffisent pour la consoler dans ses fatigues.

Là, c'est une maison plus riche, dont le pauvre sait le chemin, car bien souvent il a trouvé près de ses portes l'aumône dont il a besoin pour vivre et faire vivre sa famille. Comment donc la maîtresse de ces lieux garde-t-elle, au milieu des dangers de la richesse, une âme candide et pure, un air paisible, un cœur joyeux ? Voulez-vous saisir le secret de ses vertus ? voyez-la dans son oratoire, elle tient en main le saint Rosaire, et tandis que ses doigts suivent les grains, entendez-la répéter : « Mère de Dieu, sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous ! » D'où vient à cette âme prête à franchir le redoutable passage qui sépare le temps de l'éternité le calme et la paix qui brillent sur son visage, ah ! c'est que bien souvent elle a répété : « Mère de Dieu, priez pour nous maintenant et à l'heure de notre mort », et Marie qu'on n'invoque jamais en vain, écarte, d'une main, d'auprès de sa couche funèbre les malins esprits qui voudraient l'attaquer dans ce moment suprême, et de l'autre, lui montre le ciel pour l'animer à combattre vaillamment son dernier combat.

Écoutons ces bruits confus, qui sur la terre s'élèvent de toutes parts, et qui montent vers le ciel ; bruits d'intérêts vains et terrestres ! Bruits d'avarice et de luxure ! Bruits d'indifférence ou de blasphème ! Bruits de terreur ou de souffrance ! Bruits d'angoisses ou de folie ! Bruits de crime ou de désespoir !

Mais au milieu de tous ces cris qui se confondent, écoutez cette pure mélodie... Quelles sont ces voix, si douces, qui chantent l'une après l'autre, qui, toujours sans se lasser, recommencent et continuent le concert ? Ah ! Reconnaissez le saint Rosaire... les heures passent et s'enfuient, le jour vient après la nuit, la nuit succède au jour, mais toujours les voix se succèdent et jamais l'hymne sacré ne s'interrompt.

Entendez ces doux accents qui pénètrent jusqu'à nos cœurs... « Mère de Dieu, disent les voix, sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous ! » N'est-ce pas le même chant que les Anges et les saints répètent pleins d'allégresse ! Sans cesse unissons-nous donc avec les Anges pour chanter la Mère de Dieu, car elle est, après Jésus son divin Fils, le principal des liens qui joignent la terre au ciel ».(Père Potton, Mois du Rosaire).

Le Père Mariano le Vieux vénérait avec une affection extraordinaire les neuf mois que le Verbe Incarné demeura dans le sein de Marie, et ce fut le premier qui introduisit à Palerme, dans son couvent, l'usage de célébrer, par une neuvaine,les jours qui précèdent la fête de Noël. Cette neuvaine se fit, pour la première fois, dans l'église de la Minerve, par le Père Jacques Cotta, en 1618. Depuis, cette dévotion s'est étendue à tous les couvents de l'Ordre. et Sa Sainteté Pie VII a accordé à cette dévotion une indulgence plénière le premier et le dernier jour de la neuvaine pour tous les fidèles qui visiteront une église de l'Ordre des Frères Prêcheurs, et y assisteront aux exercices pieux, aux prières ou aux sermons qui se feront à cet effet dans leurs églises, et une indulgence de sept ans et de sept quarantaines à tous les autres jours de la neuvaine.

Le Père Léodat de Montpellier avait une grande dévotion à la Mère de Dieu. Celle-ci lui étant apparue un jour, il ne pouvait croire à l'excès de son bonheur, et lui dit : « Qui êtes-vous ? » « Je suis la Mère de Dieu », lui répondit la sainte Vierge. « Si vous êtes la Mère de Dieu ne me laissez pas dans cette vallée de misères », lui dit le Père. Alors la divine Mère de Jésus l'assura de son salut éternel, lui dit qu'Elle était la protectrice de l'Ordre des Frères Prêcheurs, et le conduisit au ciel.

Ô Vierge Marie, vous que l'Église supplie de vous montrer notre Mère, daignez être tout particulièrement la mienne ; veillez sur moi, et apprenez-moi à me conduire comme votre enfant. Et vous, enfant Jésus, qui avez voulu naître, pour devenir notre frère, je suis bien faible, bien imparfaite, bien ignorante, bien délaissée ; mais Vous, Enfant Jésus, qui êtes la science, la bonté et la lumière infinie, enseignez-moi à connaître votre sainte volonté et à l'accomplir. Amen.

 

Prière de Saint Albert le Grand

 

Soyez bénie, ô humanité de mon Sauveur. qui avez été unie à la divinité, dans le sein d'une Mère Vierge ! Soyez bénie, ô sublime et éternelle divinité. qui avez voulu descendre jusqu'à nous sous l'enveloppe de notre chair. Soyez bénie à jamais, vous qui avez été unie à une chair virginale par la vertu de l'Esprit Saint ! Je vous salue, vous aussi, ô Marie, Vous en qui la plénitude de la Divinité a fait sa demeure ! Je vous salue, ô Vous en qui habite la plénitude de l'Esprit-Saint ! qu'elle soit bénie à jamais également la très pure humanité du Fils qui, sacré par le Père, est sorti de vous ! Je vous salue, virginité sans tache, élevée maintenant au-dessus de tous les chœurs des Anges. Réjouissez-vous, Reine du monde, d'avoir été jugée digne de devenir le temple de la très pure humanité du Christ ! Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse, Vierge des vierges, dont la très pure chair servit à l'union de la Divinité avec cette très pure humanité ! Réjouissez-vous, ô Reine des cieux, dont le très chaste sein procura une digne demeure à cette très sainte humanité ! Réjouissez-vous, et soyez dans l'allégresse, ô fille des saints Patriarches, qui avez été digne de nourrir et d'allaiter, sur votre chaste sein, cette sainte humanité ! Je vous salue, Virginité féconde et à jamais bénie, qui nous avez rendus dignes d'obtenir de fruit de la vie et les joies du salut éternel. Amen.

 

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05 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Sixième jour

Dévotion à l'Annonciation de la Vierge Marie

 

« La moitié du royaume de Dieu fut donnée à Marie, quand elle conçut et enfanta le Verbe Eternel ». (Saint Thomas d'Aquin, Préface des Epîtres canoniques).

 

I. Le Seigneur révéla à sainte Catherine de Sienne qu'il avait accordé à Marie, en l'honneur de l'Incarnation du Verbe, que quiconque aurait recours à Elle, fût-il même pécheur, ne pourrait devenir la proie du démon. C'est le sentiment de plusieurs théologiens et de Saint Thomas en particulier, que la divine Vierge a obtenu à plusieurs morts en état de péché mortel la suspension de leur sentence et la grâce de revenir au monde pour faire pénitence.

La très Sainte Vierge se montra une fois à sainte Catherine de Ricci le jour de l'Incarnation, et lui fit pénétrer le mystère de sa profonde humilité. La bienheureuse Bienvenue récitait cinq mille Ave Maria le jour de l'Annonciation, pour honorer ce grand mystère d'amour.

L’Angélus, destiné à rappeler le souvenir du mystère de l'Incarnation, se récitait en plusieurs lieux, le soir, avant Benoît XIII, pape dominicain ; mais ce saint pape, « désirant que tous les fidèles, non une fois, mais plusieurs fois le jour, implorassent la protection de la Bienheureuse Vierge Marie, et vénérassent le mystère de l'Incarnation », accorda par un Bref universel et perpétuel des indulgences trois fois le jour à tous les fidèles qui réciteraient l'Angélus au son de la cloche.

Le Père Nicolas de Montmaurel expliquait dans la cathédrale de Narbonne, devant les chanoines, les versets du chapitre XXII de l'Ecclésiastique, lorsque, parlant avec amour de l'Incarnation du Verbe de Dieu dans le sein de la glorieuse Vierge Marie, il s'endormit doucement dans le Seigneur. C'était le vendredi d'avant l'Ascension, le 3 des ides de mai de l'année 1299. Son corps fut déposé dans le cimetière des Dominicains de Narbonne, pour y attendre la résurrection.

Le Père de Montfort recommanda aux serviteurs de Marie de célébrer la fête de l'Incarnation avec une ferveur particulière.

« Pendant les années que saint Raymond de Peñafort passa à Bologne, Saint Dominique ne manqua pas de profiter des assiduités de son savant ami, surtout pour développer dans son cœur la dévotion à la sainte Vierge, qui, au reste, n'avait cessé d'y grandir depuis qu'il avait été témoin du miracle de Balbeza. Saint Dominique avait une grâce toute particulière pour faire croître dans les âmes de pareils germes ; il avait tant fait pour la gloire de Marie ! De retour dans son pays, saint Raymond de Peñafort donna une preuve éclatante de son amour pour la Reine du ciel et de la terre :

Le mystère de l'Incarnation et de la maternité divine est le mystère fondamental de la religion chrétienne ; il avait une importance toute particulière depuis que les disciples de Mahomet avaient couvert de ruines et de sang une partie du monde civilisé, en faisant appel aux convoitises et aux passions brutales des sens. En face des mœurs dissolues, des maximes dégradantes et du paradis infâme des disciples du faux prophète, l'Europe chrétienne s'attachait par le fond de, ses entrailles aux dogmes régénérateurs de sa foi, comme à une ancre de salut. Les adorables prérogatives de l'auguste Mère de Dieu étaient surtout l'objet du culte et de la vénération des peuples. Or, chose étrange ! Le mystère sublime de la maternité divine n'obtenait pas en Espagne tout l'honneur que sa grandeur et sa pureté réclament. La fête de l'Annonciation n'y avait nulle solennité, et l'église de Barcelone, comme toutes les autres, l'avait laissée dans l'obscurité que lui léguait le passé. Saint Raymond sentit ce grave oubli de sa ville ; il entreprit de le réparer. Il consacra une partie de ses revenus à rendre plus éclatante la fête de Marie. Grâce à lui, la ville de Barcelone la vit, la première, briller de la juste magnificence que lui devait la piété des chrétiens. Toutes les Églises d'Aragon et bientôt celles de Castille suivirent cet exemple, et Marie se vit honorée par son pieux serviteur du culte le plus cher à sa gloire. Ce fut, de toutes les œuvres qu'exécuta saint Raymond, la plus magnifique et la plus féconde.

Heureux qui a pu, une fois dans sa vie, être libéral envers quelque gloire régnante de l'empire céleste ! Heureux qui a su créer de la terre vers quelque trône céleste, un nouveau cours d'hommages que les siècles futurs ne doivent jamais laisser tarir ! Celui-là a ouvert sur lui-même et sur bien d’autres une source de bénédictions que l’avenir n’épuisera point.

Mais si cette libéralité élève jamais ses dons jusqu'au pied du trône de Marie, quel fleuve de grâces et de bienfaits n'en débordent pas sur l'homme et la nation dont ils lui viennent ! Comme on moissonne richement ce qu'on a pu semer dans ce sein ! C'est ce qu'éprouva saint Raymond.

Depuis son retour à Barcelone, il n'avait pas manqué d'aller bien souvent visiter les enfants de saint Dominique, arrivés naguère avec lui de Bologne ; cependant il n'avait pu jusqu'alors fixer sa vie où depuis si longtemps était fixé son cœur. Mais dès qu'il eut si magnifiquement servi Marie dans la pompe nouvelle donnée à sa fête, il n'y eut plus pour lui de retard possible, et il dut venir prendre sa place au sein de sa plus chère famille. Ce fut là la première faveur dont Marie paya son zèle et les avances faites à sa gloire: elle fut immense ; pour lui il ne s'en pouvait pas trouver de plus grande. La grâce d'une vocation religieuse n'est-elle pas la plus grande qui puisse se désirer ici-bas ?… » (Année dominicaine, T.I, p. 191 et 192).

Parmi les grands événements dont la religion consacre la mémoire, l'Annonciation de la Sainte Vierge et l'Incarnation du Verbe tiennent le premier rang. C'est comme le premier anneau de cette longue chaîne de merveilles dont se compose la rédemption des hommes ; aussi ne nous étonnons point si Saint Raymond mit tous ses soins à faire célébrer avec solennité dans son pays cette fête qu'un Concile appelle la fête de la Mère de Dieu par excellence (10e Concile de Tolède).

 

II. Félicitons Marie d'avoir si bien correspondu à sa sublime vocation, qu'elle a mérité d'être choisie pour la Mère de Dieu. Prions Marie de nous aider aussi à connaître notre vocation et à la suivre fidèlement. Pour mériter d'entendre la voix de l'Ange du Seigneur, imitons le recueillement, la piété, la modestie de Marie ; offrons à Dieu le tribut de notre reconnaissance pour les grâces qui du mystère de l'Annonciation ont découlé sur la nature humaine et sur chacun de nous en particulier ; et en songeant au sublime honneur où Dieu élève Marie dans ce mystère, réjouissons-nous d'avoir une Mère aussi puissante, laissons notre cœur s'embraser de la plus immense confiance pour Celle qu'on n'implore jamais en vain.

Auguste Vierge, souffrez que je me joigne à l'Envoyé céleste pour vous dire avec le sentiment du respect et de l'amour le plus profond : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ». Ô la plus sainte, la plus pure, la plus fidèle de toutes les vierges, faites que mon cœur imite le vôtre ; obtenez-moi qu'imitant votre humilité et votre chasteté, j'adore et je reçoive dignement ce même Verbe que vous avez mérité de recevoir dans votre sein, et que son amour pour nous tient captif dans le plus auguste de nos sacrements. Puissé-je être ce que vous avez été vous-même pendant le temps qu'il a passé dans le sanctuaire de votre cœur, une parfaite adoratrice qui lui offre, ainsi que saint Raymond, des hommages qui lui soient agréables. Puissé-je, parfaitement soumise au Seigneur, lui répondre, en toute occasion, à votre exemple : « Voici votre servante. qu'il me soit fait selon votre parole : » Amen.

 

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04 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

Nativité de Marie

 

Cinquième jour

Dévotion à la Nativité de la Vierge Marie

 

« Ô Vierge Marie, jamais en ce monde ne naquit une femme semblable à vous ; votre berceau est tout fleuri de roses et tout parfumé de lys » (Bréviaire Dominicain)

 

I. « ...Et je le suivis.... Au fond d'une grande chambre reposait l'heureuse Mère. Ses parents se tenaient réunis à l'entour ; sur leurs visages se peignait une joie silencieuse et paisible. Au bruit de nos pas, ils se retournèrent ; et comme j'approchais avec Joachim, ils me saluèrent gracieusement et m'ouvrirent passage. Et je vis près du lit maternel, dans son petit berceau la Vierge d'Isaïe, la tige de Jessé, la fleur de nos vallées ! Mon Dieu, qu'elle était donc belle ! Son doux visage s'épanouissait comme une petite rose de mai entre les lys. Ses yeux semblaient purs et profonds comme l'azur du ciel ! On aurait dit deux lacs paisibles sous une brise endormie, deux océans d'amour, tout pleins de Dieu ! Ah ! Que je sentis alors délicieusement la vérité de la parole du Cantique : « Ma bien-aimée, par l'un de vos yeux vous avez blessé mon cœur ! » Elle me blessait par tous deux et mon âme s'y perdait et je la sentais descendre aux profondeurs de l'amour céleste et elle allait se reposant en Dieu ! Mais surtout quel doux sourire! quel parfum dans le souffle naissant de sa poitrine virginale comme ses lèvres étaient bien les bords entr'ouverts d'un vase plein de tous les arômes !... Je me penchai à l'oreille de Joachim et je lui dis : « Père, quel sera son nom ? » « Le nom de la sœur de Moïse : Marie ! » et avec un respect infini, je m'inclinai sur le berceau de la Vierge, et bien bas, bien bas, mais d'un cœur enivré, je lui dis : « Marie ! Marie ! » Marie ! Ah ! Ce nom, je l'aurais redit un siècle ! Marie ! Nom plus doux que l'huile des parfums répandus ! Nom que toutes les vierges devraient aimer ! Nom que tous les Anges se jettent éternellement comme un cri d'amour ! Mais elle, comme si elle m'eût compris, elle fixa ses yeux, ses grands yeux sur moi, et elle me sourit comme à un ami. Ô sourire ! Ô regard ! Non, je vivrais mille ans que je ne les oublierais jamais !

Je demeurais là, immobile, ravi, ne sachant plus où j'étais. Et tandis que je contemplais ainsi dans l'extase de l'amour, j'entendis un chant : c'étaient les Anges répandus autour de son berceau qui s'essayaient par leurs chants à réjouir leur petite Reine. Et moi, pauvre jeune homme, je me jetai aux genoux du vieillard. « Accordez-moi, lui dis-je, de rester sous votre toit ! acceptez-moi pour le petit serviteur de votre fille ! »

Le père la regarda comme pour l'interroger. « Eh bien oui, dit-il, en me tendant la main, soyez des nôtres ».

Depuis lors, j'ai compté bien des années ; j'ai vu la délicieuse enfant grandir; je l'ai vue épouser Joseph ; je l'ai vue devenir Mère sans cesser d'être Vierge ! Elle m'a permis de jouer avec son Fils, de le porter dans mes bras, de le baiser au front ! c'étaient là ses joies et les miennes... Après, les douleurs sont venues, et je les ai partagées. Au pied de la croix, devant son Fils expirant, je l'ai vue debout, pleurant, abîmée dans l'amour, et j'ai souffert avec elle ! Sur la montagne des Oliviers, quand ce même Fils ressuscité montait au ciel, je l'ai vue encore lui donner le dernier baiser, et puis, lui parti, je me suis retrouvé seul avec Elle, comme aux jours de son enfance. Ah ! Divine exilée ! depuis ce moment, que de soupirs, que de pleurs silencieux, que de regards vers le ciel !... Enfin elle est morte, morte d'amour, et l'amour l'a ressuscitée, et l'amour la portée triomphante au ciel, et l'amour l'a fait asseoir sur un trône, et elle vit éternellement dans l'amour. Et moi, maintenant vieux pèlerin, j'ai vu toutes ces choses et je n'ai pu mourir ; et voilà des années et des années que, privé du Fils, privé de la Mère, je chemine tout seul dans mon long exil. Ah ! Parfois c'est bien dur. Mais pourtant j'y trouve encore une consolation ; chaque année ressuscite mes vieux souvenirs, chaque mois de septembre renouvelle mes premières joies ; et ainsi, plus je vieillis, plus mon cœur s'attendrit, plus je me prends à aimer ma petite Vierge d'autrefois, plus je reprends courage, plus je marche d'un pas joyeux vers le terme de ma course. vers le ciel où Marie m'attend »...

Et maintenant que le pèlerin a fini son récit, devinez-vous qui il est ? Enfants du Rosaire, c'est le genre humain. Il errait tristement dans les ombres de l'erreur et du mal, quand naquit Marie. Par Elle, il a retrouvé la lumière, le courage du bien, la paix, le bonheur ! par Elle il a reçu Jésus, son salut, et depuis que Jésus et Marie sont montés au ciel, le genre humain, rentré dans la maison de Dieu et devenu par amour serviteur de Dieu et de sa Mère, s'en va courageusement à travers les siècles dans l'espoir d'atteindre un jour à la bienheureuse demeure qu'ils habitent. Là, plus de ténèbres ; là, une joie sans fin ; là, le parfait bonheur avec Jésus et Marie !

Voilà le pèlerin ! Et le pèlerin, c'est encore toute âme ; c'est vous qui me lisez, si vous le voulez, car c'est pour vous que Marie est née, comme c'est pour vous qu'est né son Fils ; et votre vie doit se passer à méditer tous les mystères de leur vie, et à désirer leur chère compagnie au ciel.

Ô âmes chrétiennes, ô enfants du Saint Rosaire, voyez donc si vous voulez aimer cette chère petite enfant qui est née pour vous, pour votre amour ; voyez si vous voulez vous dévouer à son service. Vous me demanderez comment ?... Ce qu'il lui faut pour le moment, c'est un lieu où se reposer; oui, à cette nymphe céleste, il faut son alvéole de miel, à cette goutte de rosée son calice de rose, à cette colombe son nid, à cette enfant Vierge son berceau ! Donnez-lui donc un berceau ; donnez-lui votre cœur, dans l'humilité, dans la pureté, dans l'amour; et quand la Vierge y reposera, ornez-le de guirlandes de roses; qu'elles s'épanouissent au-dessus de sa tête, qu'elles se penchent sur son front, qu'elles s’effeuillent sur son sein ; qu'elles parfument ses pieds. Autour de cette Rose, qu'il y ait partout des roses ; c'est-à-dire, que notre Rosaire la salue dès son entrée dans le monde ; qu'il devance près d'Elle l'archange Gabriel, et que, pour charmer les longues heures qu'elle passe sans sommeil dans son berceau, il lui répète sans cesse : Ave Maria ! » (Couronne de Marie, septembre 1862).

La sainte Vierge, le jour de la Nativité. apparaissait au bienheureux François de Possadas, se montrant à lui comme elle était dans son berceau, au moment de sa naissance.

« Mon Père, écrivait un associé du Rosaire, la fête de la Nativité de Marie a été pour moi un vrai jour de fête. Quand on aime sa mère. comment ne pas se réjouir lorsque arrive l'anniversaire de sa naissance ? Et Marie n'est-elle pas notre Mère, plus que notre Mère ? Il m'a semblé qu'elle prenait mon âme et qu'elle l'emmenait avec Elle au ciel... Oh ! Qu'il fait bon dans le ciel, tout près de Marie, aux pieds de Jésus ! J'aurais voulu n'en plus sortir ; mais il m'a semblé entendre sa voix me dire : « Il faut encore souffrir et pleurer pour l'Église... souffrir et pleurer pour cette Église qui a coûté le sang de mon Fils, et que l'enfer attaque avec rage aujourd'hui »... Ô mon Père, comme Marie était triste en me disant ces paroles ! Soyons donc sa consolation par un dévouement sans bornes, et avec Elle souffrons et prions pour l'Église ». (Couronne de Marie, octobre 1860).

 

II. Vierge bienheureuse, à votre entrée dans le monde, nous avons relevé nos fronts abattus, parce que votre naissance annonce celle du Rédempteur, comme l'aurore annonce l'arrivée du jour. Je vous salue, brillante et pure étoile du matin; le soleil de justice va se lever, le jour de la grâce va luire, et c'est vous qui aurez hâté sa venue. Vos désirs, plus ardents que ceux des patriarches et des prophètes, attireront le véritable Emmanuel dans votre sein. Ah ! Jésus, fils de Marie, daignez allumer pour Elle dans mon cœur l'amour le plus tendre, le plus filial, le plus respectueux. Faites, Seigneur, qu'entraînée par mon amour, je marche pas à pas sur les traces de Marie, et que, par Elle et avec Elle, avec tous les enfants de saint Dominique, je ne vive que de Vous, qu'en Vous et pour Vous, de telle sorte que nous méritions d'arriver à la vie éternelle. Amen.

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03 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Quatrième jour

Dévotion à l'Immaculée Conception de Marie

 

« Et j'invoquerai le nom de Marie, le nom de la Vierge à jamais Immaculée ». (Père Toricelli, Mois de Marie).

 

I. Si nous avions eu le bonheur de conserver le livre qu'écrivit saint Dominique pour réfuter l'hérésie des Albigeois, ce livre qui, jeté trois fois dans un brasier ardent, y demeura intact, nous y verrions la preuve que notre bienheureux Père admettait l'Immaculée Conception, et que Dieu approuva manifestement cette doctrine de son saint serviteur, puisqu'il préserva de la destruction le livre qui l'enseignait.

Dans une collection de pièces sur l'Immaculée Conception publiée à Palerme en 1742, on trouve une lettre du Père Alessandro Santo-Canale, jésuite, qui dit : « Un des Ordres les plus ardents en faveur de l'Immaculée Conception de Marie a été le si saint et si savant Ordre des Frères Prêcheurs, même dès son origine, c'est-à-dire au temps du grand patriarche saint Dominique. C'est ce que nous voyons par la controverse qu'il soutint si glorieusement pour lui-même et pour l'Église, contre les Albigeois, à Toulouse ».

On lit dans une ancienne tablette, datant presque de l'époque de saint Dominique et conservée jusqu'à ce jour pour réfuter ces erreurs : « Saint Dominique écrivit un livre sur la sainte humanité de Jésus-Christ ; et les Albigeois, s'élevant avec fureur contre le bienheureux, dirent que la Vierge était conçue dans le péché originel. Or le bienheureux répliqua, d'après ce qui est écrit sur son livre, que la proposition qu'ils annonçaient était fausse, la Vierge Marie étant celle dont l'Esprit Saint parlait par Salomon quand il dit : « Vous êtes toute pure, ma bien-aimée, il n'y a pas de tache en vous ». En un autre passage du livre de saint Dominique, on trouve les paroles suivantes, tirées des actes de saint André : « Ainsi que le premier Adam fut formé d'une terre vierge, qui n'avait jamais été maudite, de même il était convenable que le second Adam fût formé de la même manière ».

Saint Alphonse de Liguori assure que saint Thomas d'Aquin eut une apparition de la très Sainte Vierge qui lui prédit la définition du dogme de son Immaculée Conception.

Le vénérable Louis de Grenade termine plusieurs de ses ouvrages par la louange de Marie Immaculée, et l'éminentissime cardinal Gaude, mort récemment en odeur de sainteté, a fait paraître un opuscule remarquable sur l'Immaculèe Conception.

Un serviteur de Dieu qui avait dirigé assez longtemps la vénérable Mère Françoise des Séraphins, parle ainsi de sa dévotion à l'Immaculée Conception : « La première chose que j'ai à dire sur cette grande servante de Dieu, c'est qu'elle était convaincue qu'elle tenait sa vocation à la religion des mains de la très Sainte Vierge pure et Immaculée, ce qui la rendit si reconnaissante envers cette Mère de bonté, et la porta à lui rendre un si fidèle honneur pendant toute sa vie, qu'elle me dit, plusieurs fois, avec le zèle d'un vrai Séraphin, qu'elle n'avait pas de plus grande joie que d'être dans un lieu où elle pût, avec treize sœurs, louer incessamment nuit et jour cette aimable Mère, et qu'elle n'avait point de plus grand désir que de donner sa vie pour témoigner en présence du ciel et de la terre, des anges et des hommes, de ces belles vérités : que cette Auguste Reine est la vraie et digne Mère de Dieu ; qu'elle est la Vierge par excellence, et qu'elle a été conçue sans aucune tache... Elle ajoutait qu'elle voudrait que les filles qui servaient dans ce monastère fussent appelées les filles de l'Immaculée Conception de la très pure Mère de Dieu. Elle brûlait du désir de la glorifier, et je ne pouvais jamais la quitter sans qu'elle m'eût obligé de lui en enseigner le moyen. Parfois, dans ses entretiens sur cette divine Mère, elle était si fort transportée d'amour qu'il fallait la faire revenir à elle. Elle se plaignait presque toujours de ce qu'elle ne pouvait contenter son désir de la servir dignement, et bien souvent il fallait la consoler à cet égard, en lui disant que cette Mère de Miséricorde excuse notre faiblesse, et que, pourvu qu'elle voie nos cœurs entièrement à Elle, Elle se contente pour le reste de notre bonne volonté. Elle me pria un jour d'agréer qu'elle lui fît la donation de tout elle-même ; je lui en remis la formule par écrit, et lui dis de la signer de son sang. « Hélas ! me dit-elle, que tout ce que j'en ai dans les veines ne peut-il être répandu pour la gloire de son Immaculée Conception : Je me trouverais bien fortunée si je pouvais en être la martyre ! »

La fête de l'Immaculée Conception se célèbre dans l'Ordre de Saint-Dominique avec la même solennité que les fêtes de l'Assomption et du très Saint Rosaire.

 

II. Vierge Marie ! Le Saint Esprit vous a préservée du péché originel et ornée d'une pureté divine ; votre âme a brillé à ses yeux de plus d'éclat que les plus purs esprits de la Jérusalem céleste et dès votre Immaculée Conception, il a pu prendre en vous ses plus douces complaisances. Vierge Immaculée, le Seigneur Vous a confié les trésors de la science ; il vous a éclairée de sa sagesse, embrasée de sa charité, vivifiée de sa propre vie. Ô Vierge privilégiée, de quelle douce joie nous inonde le souvenir de votre Immaculée Conception ! Que volontiers nous vous reconnaissons pour notre Mère et notre Reine dans ce moment où vous triomphez de l'enfer, où vous écrasez la tête de notre infernal ennemi !...

Vierge sainte, daignez agréer le tribut d'hommages que je vous offre en ce jour, et recevez ma prière. Vous savez combien est lourd le poids de ma misère, combien est rapide la pente qui m'entraîne au mal. Je vous en conjure, venez à mon secours. Par votre Immaculée Conception, purifiez mon esprit et mon cœur; purifiez mes pensées, mes désirs, mes inclinations ; faites qu'en moi, comme dans la Mère Françoise des Séraphins, ne règne plus que le pur amour de Dieu qui, dès votre Immaculée Conception, fut toute votre vie. Vierge pleine de bonté, quand les fils de l’apostolique Dominique bravent tous les périls pour aller porter la foi chez les nations infidèles ; quand, dans nos contrées, infatigables Prêcheurs de la Vérité, ils se dévouent tout entiers au salut des âmes et à la conversion des pécheurs, soyez leur force, leur appui, leur guide, leur consolation ; et qu'alors, aujourd'hui et toujours, les cieux exaltent votre gloire, que la terre tressaille de joie et d'allégresse et se joigne à nous pour répéter sans cesse : Bénie soit la sainte et Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie ! Amen.

 

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02 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Troisième jour

Puissance de Marie

 

« Puisque Marie est la mère et la dispensatrice de tous les biens, ou peut dire que celui qui la trouve a trouvé toutes les grâces, toutes les vertus, puisqu'il n'y a rien qu'elle n'obtienne par son intercession ». (Saint Antonin).

 

I. « L'Église reconnaît dans la sainte Mère de Jésus deux attributs bien distincts : la puissance et la bonté. Sans la puissance, la bonté de Marie serait à peu près stérile ; et sans la bonté, sa puissance ne serait pour nous d'aucun secours. Mais Dieu voulant faire de Marie l'instrument de sa miséricorde, le refuge des pécheurs. l'ange protecteur et consolateur de tout ce qui souffre ici-bas, la porte du ciel, pour toute âme désireuse de son salut, lui a communiqué tout à la fois sa puissance et sa bonté et par l'union de ces deux attributs, Marie peut accomplir tout ce que lui suggère la tendresse de son cœur à l'égard de ses enfants, et elle le veut, dans toute l'étendue de sa puissance. Elle peut, elle veut ; elle veut, elle peut : tout est renfermé dans ces deux mots. Nous accourons nous réfugier sous votre égide tutélaire, ô sainte Mère de Dieu; ne rejetez pas notre confiance, mais sauvez-nous de tout danger... Et Marie, du haut des cieux, étend ses ailes maternelles sur le monde chrétien, comme l'aigle qui plane puissant dans les airs ». (P. Marie-Augustin, Couronne de Marie, février 1861).

Un jour que saint Dominique préchait sur la place de Carcassonne à une grande foule de peuple, en lui amena un homme possédé du démon. Saint Dominique demanda aux démons : « Pourquoi êtes-vous entrés dans cet homme ? » Ils répondirent : « C'est premièrement à cause de son irrévérence envers la Vierge Marie ; c'est ensuite pour son incrédulité : depuis un mois cet hérétique t'a entendu prêcher le culte de la Vierge, il n'a pas voulu croire à ta parole ; au contraire, il a fait tout le mal dont il était capable. C'est pourquoi, forcés par un juste jugement de Dieu à qui nous ne pouvons résister, nous sommes entrés dans le corps de ce blasphémateur ; c'est bien malgré nous, nous ne voulions pas le tourmenter, il nous gagnait tant d'âmes ! »

Après plusieurs autres questions, saint Dominique dit enfin aux démons : « Quelle est dans le ciel la créature la plus redoutable pour vous et la plus digne en même temps de l'amour et du culte des hommes ici-bas ? » A cette demande, les démons jetèrent des cris si perçants que les assistants terrifiés tombèrent par terre. Mais le saint, imposant silence aux malins esprits, rendit le courage au peuple. Toutefois il continua à presser les démons de répondre, et ceux-ci le conjuraient de les laisser tranquilles. Le saint dit : « Je cesserai de vous tourmenter quand vous aurez répondu à ma question ». « Au moins, répliquèrent-ils alors, laisse-nous le dire à toi seul, en secret, nous t'en conjurons, et non devant cette multitude d'hommes et de femmes ; nous y perdrions trop ! » « Peine inutile ! dit le saint ; hâtez-vous de parler à haute, claire et intelligible voix ».

Puis, comme ils résistaient toujours, le saint, se mettant à genoux, fit cette prière : « Ô très-digne Mère de la Sagesse incarnée, ce peuple connaît déjà le culte du Rosaire qui vous est si cher. Ah ! pour le salut de ces âmes, je vous en prie, forcez vos adversaires à dire clairement la vérité sur ce que je leur demande ». A ces mots apparurent soudain une multitude d'Anges couverts d'une armure d'or, et au milieu d'eux la glorieuse Mère du Sauveur, qui, avec un sceptre d'or touchant le possédé, lui enjoignit de répondre aux questions de son serviteur Dominique. Les démons s'écrièrent : « Ô notre ennemie et notre perte ! ô notre confusion ! Pourquoi êtes-vous descendue du ciel pour nous tourmenter ici ? Ah ! c'est vous qui empêchez l'enfer de se remplir. Vous priez pour les pêcheurs en puissante avocate, et vous êtes pour eux la voie du ciel très sûre et très certaine. Il faut donc vous répondre sans retard. Nous ne voulons pas, nous résistons ; et pourtant nous sommes forcés de découvrir la vérité, de publier nous-mêmes le moyen et la manière de nous confondre. Ô nécessité cruelle et confusion ! Ô affreuse malédiction ! Écoutez donc, chrétiens, ajoutèrent-ils : la Mère de Jésus est toute-puissante pour préserver ses serviteurs de l'enfer. De même que le soleil chasse les ténèbres, elle dissipe nos machinations et nos pièges. Aucune de nos tromperies ne lui échappe ; elle anéantit toutes nos ruses. Hélas ! nous sommes forcés d'en faire l'aveu : nul ne se perd avec nous de ceux qui se consacrent au culte de Marie et y persévèrent. Un seul de ses soupirs offert à la très Sainte Trinité surpasse en excellence et en vertu les prières et les vœux des autres saints.Aussi nous la craignons, elle seule,plus que tous les autres ensemble. Impossible de vaincre un seul de ses serviteurs fidèles. A l'heure de la mort, s'ils l'invoquent, elle en sauve malheureusement pour nous un grand nombre de ceux qui nous appartiennent. Si cette femme ne nous retenait et ne réprimait nos efforts, depuis longtemps nous aurions exterminé l'Église; souvent nous aurions fait perdre la foi à toutes les classes de la société chrétienne. Mais nous sommes contraints de vous le révéler, aucun de ceux qui persévèrent dans la dévotion prêchée par Dominique ne subira les tourments de l'enfer ; Marie obtiendra à ses serviteurs fidèles une vraie contrition de leurs péchés et la grâce d'en faire une confession salutaire ».

Après ces aveux, si pénibles à l'enfer, saint Dominique invita les assistants à réciter à haute voix le saint Rosaire. À chaque Ave Maria récité par le saint et le peuple en même temps, une foule de démons sortaient du corps du possédé sous la forme de charbons ardents. Le Rosaire terminé, Marie donna sa bénédiction au peuple et disparut. Quant au possédé, entièrement délivré, il resta sain et sauf devant saint Dominique, et cette manifestation publique de la puissance de Marie convertit un grand nombre d'hérétiques. (Manuel du Très Saint Rosaire par le Père Pradel).

Sœur Benoîte du Laus, membre du Tiers-Ordre de saint Dominique, fut soumise aux plus dures épreuves ; on soupçonna même la vérité de ses rapports avec le ciel, et l'archevêque d'Embrun envoya au Laus un formidable cortège de juges ecclésiastiques pour interroger la servante de Marie et la punir sévèrement, s'il y avait lieu. Benoîte, en apprenant l'arrivée de ses juges, fut saisie d'une crainte bien naturelle ; mais la sainte Vierge lui apparut et lui dit : « Ne craignez rien, ma fille, il faut rendre raison aux gens d'Église ; répondez à toutes les questions qu'on vous adressera, je suis avec vous ». Puis elle conclut par ces paroles remarquables : « Les prêtres peuvent bien commander à mon Fils, et non à moi ». Benoîte, fortifiée par ces paroles, attendit tranquillement ses juges, et parut devant eux plus tranquillement encore. Elle parla simplement de ses visions, satisfit à toutes les questions qui lui furent adressées, et ne manqua pas de répéter d'après sa bonne Mère, « que les prêtres peuvent bien commander à Jésus-Christ, mais non à la sainte Vierge », et il arriva que la plus astucieuse subtilité échoua devant l'innocence et la candeur de la jeune bergère.

II. Toute cette gloire de Marie, c'est votre gloire, Seigneur, car c'est vous qui avez donné la puissance au bras de Marie; vous l'avez élevée au-dessus des Anges, Vous l'avez couronnée de gloire et d'honneur, et l'avez établie Reine sur toutes les œuvres de vos mains.

Esprits célestes, louez Marie, louez et glorifiez votre puissante Reine.

Ô soleil, louez-la dans votre premier rayon matinal, et dans la lumière éclatante de votre midi, et dans votre dernier adieu du soir.

Et vous, lune, louez-la dans la douceur de vos reflets argentés !

Et vous, étoiles, dans la splendeur du firmament !

Cieux des cieux, louez Marie, louez-la, exaltez-la dans le cours des siècles !

Hélas ! Vierge puissante. ma vie n'est qu'une alternative de promesses de vous servir et d'infidélités, d'offenses et de repentirs. Ô Marie, de ce trône où vous avez été couronnée Reine, tendez-moi vos bras protecteurs. Ah ! Par pitié, ne permettez plus que je m'éloigne jamais de votre Jésus. Vous qui, par la bonté infinie de Dieu, avez reçu la puissance sur le domaine de la Rédemption, régnez sur ce cœur racheté et pourtant toujours rebelle à son Rédempteur. Vous qui pouvez tout obtenir de Dieu, faites qu'il m'accorde la grâce de lui être toujours uni, rendez-vous maîtresse absolue de mon cœur ; pénétrez-le d'amour et d'une irrésistible admiration pour ces dons excellents qui vous ont mérité de devenir la Mère d'un Dieu. Ô vous, dont l'éclat est plus pur que celui de l'étoile du matin, laissez tomber sur mon cœur avec la lumière de cette grâce dont Dieu vous a rendue la dispensatrice, un rayon de votre splendeur immaculée qui élève mon âme au-dessus des illusions de cet exil, faites briller à mes yeux la douce lueur des espérances éternelles. Ô Marie, je vous demande encore, à l'heure terrible de la colère, à cette heure d'amertume et d'angoisse qui terminera mon dernier jour, daignez m'accorder votre assistance, et me porter dans vos bras puissants devant le tribunal de Jésus-Christ, ce juge d'une majesté si sévère, mais aussi votre Fils bien-aimé. Amen. (Extrait di Mois de Marie Immaculée du Père Louis Toricelli).

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01 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Deuxième jour

Le Très Saint Nom de Marie

 

« La gloire du Nom de Marie est comparé à l’huile dans le Cantiques ; car l’huile cicatrise les plaies, répand de l’odeur, alimente la flamme ; ainsi le nom de Marie guérit les malades, réjouit les coeurs et les enflamme de l’amour divin ; à ce nom Satan s’enfuit et l’enfer tremble » (Bienheureux Alain de la Roche).

 

I. Marie ! c'est le nom qui, dans les conseils du Très-Haut, a été donné à Celle dont les vertus, les perfections, les souffrances et la gloire devaient étonner la terre et les cieux. Marie !... C'est le nom que sur un berceau de Juda, deux vieillards, dans un transport d'amour, imposèrent à l'auguste enfant qui,contre toute attente, leur fut donnée. Marie ! C'est le nom que Gabriel donna à la fille de David lorsque, messager céleste, il salua la Vierge de Nazareth. Marie !... c'est le nom que l'Enfant-Dieu aimait à prononcer quand, sur les genoux de sa Mère, enlaçant son cou de ses bras innocents, il la baisait en souriant. Marie ! C'est le nom qui, dans le premier des conciles, vint se poser sur les lèvres des apôtres ; nom sublime, qu'ils gravèrent, avant de se séparer, dans le symbole de la foi, afin que l'univers crût et s'inclinât à ce nom : Oui, Jésus-Christ est né de la vierge Marie, natus ex Maria Virgine. Marie ! C'est le nom que tous les saints adressèrent dans des transports d'amour et de reconnaissance à la créature prodige de perfections, dont le souvenir les inondait de joie. Marie ! C'est le nom qu'aimaient à prononcer dans l'effusion de leurs âmes les Dominique, les Thomas d'Aquin, les Vincent Ferrier, les Hyacinthe, les Raymond de Peñafort, les Antonin, les Pierre martyr, les Louis Bertrand, les Pie V, les Catherine de Sienne, les Rose de Lima, etc., ils ne se lassaient pas de redire ce nom suave et doux, qui comme un mystérieux incendie d'amour embrasait leurs cœurs.

Marie ! c'est le nom qui, dans la superbe basilique, sous le vocable de la Reine du Ciel, apparaît grand de gloire et de magnificence ; et c'est ce nom aussi qui, dans l'oratoire de la vallée, sous l'invocation de la Mère de Dieu, apparaît grand de modestie et d'humilité. Marie ! c'est le nom glorieux et béni que l'univers catholique proclame ; c'est le nom que les chrétiens, agenouillés sur les dalles de vos sanctuaires, redisent en ce jour, ô Vierge bénie, et vont proclamer durant ce beau mois. Marie ! Et moi aussi, pauvre Vermisseau, je veux le redire sans cesse ce doux nom, je veux le bénir et le chanter. Les innombrables lettres de sainte Catherine de Sienne, écrites sous l'inspiration du Saint Esprit, commencent toutes, non-seulement par l'invocation du très Saint Nom de Jésus, mais encore par celui de la douce Vierge Marie.

Le bienheureux Henri Suso, par l'invocation de ce nom, mettait l'esprit malin en fuite. « Ô Marie, disait-il, qu’êtes-vous donc vous-même, si votre nom seul est si délicieux ? Non, les harpes n'ont pas de si douces harmonies que celles qu'apporte aux cœurs affligés le très Saint Nom de Marie, la Vierge Immaculée. Que tous les peuples s'inclinent et s'agenouillent à ce nom sublime et divin de Marie ! »

Le bienheureux Jourdain de Saxe, de l'illustre famille des comtes d'Ebernstein, avait reçu de Dieu, en outre d'une charité inépuisable, d'une ineffable douceur et du don de calmer les âmes troublées, une tendre dévotion pour Marie. Il nous laissa un mémorial de son amour pour elle en établissant la touchante coutume de chanter tous les soirs le Salve Regina dans les couvents de notre saint Ordre. Il composa cette pieuse salutation appelée Couronne du nom de Marie, dont les prières sont si propres à enflammer les coeurs d'une tendre et solide dévotion envers la divine Mère de Jésus.

À peine la bienheureuse Marguerite de Hongrie put-elle parler qu'elle prononçait les saints Noms de Jésus et de Marie, ajoutant toujours à ce dernier nom : « Mère de Dieu et mon espérance ! »

Le bienheureux Martin de Porrès, après avoir récité avec les frères l'office de la sainte Vierge, se rendait promptement dans la chapelle du Rosaire ; et là, se prosternant dans un angle obscur, il restait plusieurs heures immobile devant l'image de Notre Dame, l'invoquant avec une douce dévotion et répétant son Saint Nom dans les transports d'une pieuse joie. La reine des Anges daigna souvent avec son céleste enfant apparaître alors à l'heureux Martin, et par sa présence et ses paroles lui donna un avant-goût des suaves douceurs du paradis.

À peine le bienheureux Jacques Salomon put-il bégayer quelques syllabes que le nom de Marie fut sans cesse sur ses lèvres ; ses délices et sa joie étaient de célébrer les louanges de Marie.

La vénérable Léonore de Parras étant devenue paralytique ne pouvait pas prononcer d'autres paroles que celles-ci : « Mater Dei ».

Le Père Ange de Jésus-Maria avait une si grande dévotion à ces très Saints Noms, qu'il ne les prononçait presque jamais sans tomber en extase.

La vénérable sœur Virginie d'Afilito, pendant une maladie qui dura deux années, ne put proférer que ces paroles : « Belle Marie ! Belle Marie ! »

Le nom seul de Marie suffisait pour consoler et réjouir Monsieur Olier, fondateur de Saint-Sulpice, qui était membre du Tiers Ordre de Saint-Dominique. C'était un son agréable pour son oreille, un baume très suave pour son cœur. « J'espère, disait-il, que le Nom de Marie Sera béni à jamais dans notre maison. Tout mon désir est de l'imprimer dans le cœur de mes frères ». Les lettres initiales de ce nom chéri furent mises partout dans le séminaire, sur les meubles, les vitres, les serrures ; le linge de la maison en fut marqué. Lorsqu'un pauvre, en demandant l'aumône, prononçait le nom de la sainte Vierge, l'abbé Olier ne pouvait plus le refuser ; c'était un supplice pour lui, s'il n'avait rien en ce moment dont il pût disposer. Il donnait du moins une médaille, un livre, un mouchoir ou tout autre objet. Quelquefois il empruntait à ses compagnons de quoi faire l'aumône, ou bien il conduisait les pauvres chez lui. « Ce nom, disait-il, m'est en si grande vénération que tout en moi est forcé de lui céder ».

 

II. Pour imiter tous nos saints, et ne pas porter en vain le nom d'enfants de saint Dominique, aimons Marie, aimons-la comme tout ce que nous avons de plus cher après Jésus, et, chaque jour, en récitant les prières qui lui sont consacrées, goûtons au fond de nos cœurs les fruits délicieux que produit l'invocation de ce nom béni : efforçons-nous de le faire connaître et aimer ; enfin vivons de l'amour de cette divine Vierge, et désirons de mourir dans ses bras en prononçant son doux nom uni à celui de Jésus. (Méditations de la mère Saint-Dominique, qui fut la fondatrice d’un couvent sous le vocable du Très-Saint Nom de Marie près de Lyon).

La parole ne peut exprimer, l'écriture ne saurait rendre. l'expérience seule fait connaître ce qu'on gagne à aimer Marie ! Glorieux père saint Dominique, bienheureux Jourdain de Saxe, qui avez fait cette heureuse expérience, obtenez-nous d'invoquer toujours le Saint Nom de Marie avec cette foi et cet amour qui furent pour vous la source de tant de grâces !… Quand je pense,Vierge sainte, que par la miséricorde de Dieu j'ai reçu au saint baptême votre nom béni, je me sens pénétrée de reconnaissance ; mais en même temps ma faiblesse s'effraye des devoirs que m'impose ce beau nom, et je crains, avec trop de raisons, de le porter indignement. Ô Marie, ô ma Mère ! venez donc à mon aide ; protégez-moi dans tous les dangers, et faites que je marche si fidèlement sur vos traces que je mérite de voir mon nom inscrit sur le livre de la vie éternelle, avec celui de tous ceux qui pendant leur vie auront invoqué avec amour et confiance votre saint nom. Amen.

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