Le Mois du Très Saint Sacrement

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Premier jour

Le lundi après la Trinité

 

Venez Esprit Saint

Et envoyez du Ciel

un rayon de Votre Lumière.

Je Vous salue Marie...

 

Ravi d'admiration, en voyant à travers les siècles, les beaux jours de l'Eglise chrétienne, le prophète Zacharie s'écriait autrefois : « Quel est le bien de Dieu, quelle est Sa Gloire, sinon le froment des élus, et le vin qui fait Germer les vierges ? » Quel est ce bien que le Saint-Esprit appelle le bien de Dieu ? Ce bien qui fait sa gloire ! Nous le savons par le Saint Esprit Lui-même ; c'est la Sainte Eucharistie, le pain qui nourrit les élus, le vin qui engendre toutes les vertus en donnant à l'homme la force et le courage de vaincre ses passions et de vivre sur la terre exempt de toute corruption, avec la pureté des Anges!... La Divine Eucharistie est donc pour l'Eglise Catholique, le Souverain Bien, elle est sa Gloire !.. Elle est le Bien par excellence ; tout est renfermé dans cet auguste Mystère. Elle est la Gloire de l'Eglise, puisque, par l'Eucharistie, l'Eglise est mise en possession de Jésus-Christ, le Roi éternel des siècles, le Fils unique de Dieu le Père, la splendeur de sa gloire, l'image vive, expresse, subsistante, et très-parfaite de sa substance, l'Emmanuel, le Dieu avec nous !

Nous apprenons par l'Ecriture que Dieu ayant créé le premier homme le plaça dans un lieu de délices appelé Paradis. Le Paradis terrestre était un jardin délicieux planté par la main du Créateur et destiné à l'homme dans les jours heureux de son innocence. Là se trouvaient réunies toutes les richesses de la nature. Les arbres les plus beaux, chargés de fruits excellents, s'élevaient du milieu d'un tapis de fleurs dont l'éclat varié réjouissait la vue, tandis que l'air était embaumé de leur parfum. On voyait au milieu de ce jardin s'élever l'arbre de Vie. Son fruit devait préserver l'homme des atteintes du mal et lui donner l'immortalité. Le vrai Paradis des délices, formé par Dieu lui-même, orné de toutes sortes de richesses, n'est-ce pas l'Eglise de Jésus-Christ ? Que d'arbres merveilleux ? Que de fleurs odorantes et aux couleurs mille fois variées ! Les Apôtres, les Vierges, les Martyrs !... Le Sacerdoce, l'état Religieux, la famille Chrétienne !... L'innocence toujours si belle ; la pénitence avec son doux parfum d'humilité et de confiance. Oh ! Qu'elle est ravissante de beauté cette Eglise, l'épouse du Souverain-Roi ! Elle est riche des dons que lui a faits Jésus-Christ. Qui pourrait dire les trésors qu'elle possède !...

Mais ne voyez-vous pas s'élever au milieu du vrai Paradis, que la grâce et la Miséricorde ont préparé pour l'homme nouveau, régénéré dans le Sang du Sauveur, cet Arbre de Vie, dont le fruit doit procurer à ceux qui le mangent, la bienheureuse immortalité ! Cet arbre de vie, c'est la Sainte Eucharistie. « II n'y a point d'arbre dans le Jardin de Dieu qui lui ressemble ou qui soit a comparable à sa beauté ». Voyez les Sacrements avec les divins privilèges qu'ils communiquent à l'homme ! La Divine Eucharistie est au milieu d'eux ce qu'était l'arbre de vie parmi les arbres du Paradis terrestre. Elle les surpasse en excellence autant qu'en beauté ! Ce qu'elle contient, c'est le salut du monde !... O chef-d'œuvre de la sagesse éternelle !...

« La Sagesse, dit le Saint-Esprit, est un arbre de Vie ». Et Saint Augustin expliquant ces paroles : « La sagesse , dit-il, est dans le Paradis spirituel de l'Eglise, ce qu'était l'arbre de vie dans le Paradis terrestre ». Or, la Sagesse s'est bâti une maison et elle habite parmi nous. Elle est là dans nos Tabernacles. Qu'il me soit permis en considérant cette merveille du Paradis qu'on nomme l'Eglise, de lui appliquer ces paroles du prophète Daniel : « Je voyais, et voilà un arbre au milieu de la terre, et sa hauteur était prodigieuse ; un arbre grand et fort dont la hauteur atteignait le Ciel ; il paraissait s'étendre jusqu'aux a extrémités du monde. Ses feuilles étaient belles, et ses fruits abondants ; il portait la nourriture de tous les hommes ; sous ses branches habitaient les animaux et les bêtes des champs, sur ses rameaux chantaient les oiseaux du Ciel, et toute chair vivait de lui ! ».

Voilà la merveille de l'Eglise. Ce qui ne fut qu'un songe pour l'impie qui voulait usurper la gloire du Très-Haut, est devenu une vérité pour les enfants de Dieu. Quelle magnifique image de la Divine Eucharistie ! Qui n'aimera à contempler cet Arbre merveilleux ! Venez, peuples, et vivez à l'ombre de ses immenses rameaux; âmes fidèles, figurées par les oiseaux du Ciel, élevez-vous sur les ailes de la foi et de l'amour, chantez des hymnes et des cantiques à la gloire du Divin Sauveur; vous tous, enfants de l'Eglise, heureux habitants du nouveau Paradis de la terre, venez et mangez du fruit de cet arbre ; toute chair vivra de ce fruit. La vie surnaturelle, la vie de la grâce est là; c'est le pain des Elus ; celui qui le mange arrive à l'immortelle gloire ! En voulant exalter la Croix du Sauveur, l'Eglise s'écrie : « Vous êtes un arbre tout éclatant de beauté ! » Que ne devons-nous pas dire de la beauté de 1'arbre de Vie.. Ecrions-nous avec le Prophète Ezéchiel : « O vous qui êtes si grand et si élevé parmi tous les arbres du Jardin de délices, il n'y a point de cèdres dans le Jardin de Dieu qui soit plus élevé que vous ; non, il n'y a point d'arbre dans le Jardin de Dieu qui vous ressemble, ni qui soit comparable à votre beauté ».

 

Premier point

Le fruit de l'Arbre de Vie considéré par rapport à ceux qui le mangent

 

Je remarque plusieurs propriétés dans le fruit de cet arbre que Dieu avait planté au milieu du Paradis terrestre, et je les trouve dans la Sainte Eucharistie. Le fruit de l'arbre de vie avait la vertu de préserver te corps de toute infirmité et de toute maladie.

L'Eglise de Jésus-Christ est composée d'hommes faibles et sujets à mille infirmités ou maladies spirituelles. La vie qui est communiquée par le Baptême, augmentée, fortifiée par la Confirmation, Jésus-Christ savait avec quelle facilité nous la perdrions. Il connaissait ce limon impur dont nous avons tous été formés. Cette faiblesse, cette corruption inhérente à notre nature, l'inconstance de nos pensées et la fragilité de notre cœur, toutes nos misères lui étaient parfaitement connues. Dans sa miséricorde, il a voulu un remède à toutes nos infirmités, un préservatif puissant contré toutes les maladies de notre âme. Il l'a placé dans sa Chair adorable et dans son Précieux Sang.

Si le Prophète appelle ce Sacrement « le froment des élus et le vin qui fait germer les vierges » ; c'est parce que les âmes que Dieu a choisies, et qui, de leur côté, ont choisi Dieu pour en faire l'unique objet de leurs désirs, reçoivent par cette divine nourriture, la force de se vaincre elles-mêmes et d'assujétir leurs sens comme leur volonté à la loi de Dieu. Ce Vin, bien différent du vin de la terre qui est une source de dissolution, est un vin céleste qui a la vertu de germer les Vierges, c'est-à-dire, d'augmenter la grâce et la pureté de nos âmes. « A celui qui veut vaincre, s'écrie le Saint-Esprit, Je lui donnerai à manger du fruit de l'arbre de vie qui est dans le Paradis de mon Dieu ». Cette expression, « arbre de vie », est employée par l'Ecriture pour signifier tout ce qui peut servir de nourriture spirituelle et faire le bonheur de l'âme. Ici c'est Jésus-Christ lui-même qui est 1'Arbre De Vie, puisqu'il se donne en nourriture à ses enfants, « afin, dit-il, que celui qui mange ce Pain ne meure point ».

Ah ! Si depuis dix-huit siècles, l'Eglise a abattu sous ses pieds un si grand nombre d'ennemis, n'est-ce pas au fruit de cet arbre de vie dont elle ne cesse de se nourrir, n'est-ce pas à la Sainte Eucharistie, à Jésus-Christ toujours présent au milieu d'elle, qu'il faut attribuer toutes ses victoires ! Si une multitude de Saints, au milieu des séductions du monde, et dans une chair de péché, ont offert, par la pureté de leur vie, un spectacle digne des Anges et des hommes, qui leur a communiqué cette vertu de demeurer comme invulnérables au milieu des combats ? N'est-ce pas ce fruit de l'arbre de vie, la Sainte Eucharistie ! C'est donc dans ce Sacrement que je trouverai le principe de cette vie de foi et d'amour qui fait les Saints et les élus de Dieu; c'est en mangeant ce fruit délicieux de l'arbre de Vie que je me préserverai de la corruption du monde et de la souillure du péché.

O mon Dieu, je le comprends ; jusqu'à ce jour je n'ai pas apprécié ce grand bien. Je me plains à chaque instant, et de ma faiblesse, et de la violence de mes tentations, et je ne lève pas les yeux pour voir ce fruit divin qui procure l'incorruptibilité, et, par conséquent, l'immortalité... Divine Eucharistie, vous serez mon bien, vous serez ma gloire !...

 

Deuxième point

L'Arbre de Vie, dans l'Eglise Catholique, communique la vie dans le temps même qu'on ne peut manger de son fruit

 

C'est ici qu'il faut admirer la supériorité de la réalité sur la figure. Si Adam n'eût pas mangé du fruit de l'arbre de vie, il n'aurait jamais participé à sa vertu miraculeuse. Mais il en est bien autrement de la Divine Eucharistie. Cet Arbre merveilleux n'a pas été planté au milieu de l'Eglise uniquement pour nous sauver par la manducation de son fruit. Non, ses effets sont incomparablement plus excellents. Son existence seule est le Bien par excellence et la Gloire de l'Eglise, le Bien et la Gloire de tous les fidèles. Saint Jean nous dit dans l'Apocalypse qu'il a vu l'arbre de vie au milieu do la Ville Sainte, et que Les Feuilles de cet arbre sont pour guérir les Nations.

C'est un arbre qui étend au loin ses rameaux. L'âme brûlée par les ardeurs des tentations vient y chercher une fraîcheur bienfaisante qui lui procure la paix et le repos. Le fidèle qui a vaillamment combattu, vient se délasser des fatigues d'un combat opiniâtre, en se couchant sur une terre ombragée par les feuillages de l'Arbre mystérieux. Le pauvre que le monde repousse trouve là une demeure agréable qui le met à couvert de toutes les rigueurs et do toutes les intempéries de l'air. Ce n'est pas tout encore. L'arbre de Vie répand autour de lui une vertu qui se communique aux âmes, qui relève leur courage abattu, qui fortifie leur faiblesse et qui verse les douceurs et les consolations de l'espérance dans les cœurs les plus tristes et les plus affligés.

Tenez-vous au pied de cet Arbre, à l'heure même où l'Eglise ne vous permet pas de manger son fruit. Là priez, ce n'est pas assez, ouvrez la bouche, Aspirez, comme le prophète, L'esprit du divin Sacrement, vous attirerez dans vous quelque chose qu'aucune langue ne sait nommer. Si Jésus a dit : « Quelqu'un M'a touché, car une vertu est sortie de Moi », ici c'est la même chose. Partout où l'âme fidèle peut se placer sous les rameaux touffus de l'arbre de Vie, elle sent une vertu divine se répandre dans elle-même, elle se trouve nourrie sans qu'elle paraisse avoir mangé du fruit de cet Arbre.

Faites-moi comprendre ces vérités, ô mon Dieu ! Faites-les moi goûter ! Ah ! je n'ai que trop oublié les biens que vous m'avez préparés dans le Sacrement de Votre Amour ! Jours précieux, que je vais consacrer à honorer ce monument de Votre Gloire ! Venez, Seigneur Jésus, venez !... vous seul pouvez me découvrir les richesses de Votre immense Charité.

 

Troisième point

L'Arbre de Vie est présenté à ceux qui sont morts

 

Ce qui montre encore mieux l'excellence de la Sainte Eucharistie sur l'Arbre de vie planté au milieu du Paradis terrestre, c'est la conduite que Dieu tient aujourd'hui à l'égard des pêcheurs, comparée à celle qu'il a tenue à l'égard de notre premier Père. A peine Adam eût-il péché que, par l'ordre du Créateur, il fut chassé du Paradis, et qu'un Chérubin armé d'un glaive de feu dût lui en interdire l'entrée. Pauvre Adam ! Il ne fut pas seulement privé de ce fruit qui donnait l'immortalité ; mais la vue de l'Arbre qui le portait lui fut à jamais interdite. Oh ! Qu'il en est bien autrement aujourd'hui! Sous la loi d'amour, c'est la miséricorde qui éclate par-dessus toutes les œuvres de Dieu.

L'arbre de Vie qui s'élève au milieu de l'Eglise étend indistinctement ses branches sur les justes et sur les pécheurs. Tous sont invités à venir se reposer sous son ombrage bienfaisant. Il est vrai que le pécheur, avant d'être purifié, ne peut manger le fruit divin qui est offert au juste. Malheur à la bouche impure qui recevrait le pain des Anges !... Mais il est vrai aussi que la Sainte Eucharistie opère tous les jours des prodiges. Le pécheur entre dans le lieu Saint comme par hasard, et par un mouvement de curiosité naturelle, et tout-à-coup il se sent ému au dedans de lui-même, un rayon de lumière traverse son esprit et lui montre l'abîme dans lequel il se trouve; son cœur est fortement remué, bientôt il se fondra comme la cire auprès d'un feu violent. Qui racontera les merveilles opérées en faveur des coupables par la Sainte Eucharistie? Personne n'est exclu ; le libertin et l'impie, le profanateur et celui qui a lancé le blasphème, tous sont invités à venir devant Jésus-Christ. D'un regard , il perce les âmes, et sa parole relève leur courage abattu.

O mon Sauveur, si un Chérubin était à la porte de Votre temple, comme autrefois à l'entrée du Paradis terrestre pour en interdire l'accès aux pécheurs, que deviendrais-je, moi, si souvent infidèle à la parole mille fois jurée à vos pieds ! Hélas ! Vous auriez pu ne demeurer dans Saint Sacrement que pour les âmes saintes, et me faire dire qu'il n'est pas juste de donner aux chiens le pain destiné aux enfants ! Vous ne l'avez pas fait. Non, votre amour ne l'a pas permis ! Arbre de la vie éternelle, votre fruit nourrit le juste ; mais à l'ombre de vos rameaux, le pécheur devient juste à son tour et se dispose à participer aussi à cette nourriture céleste ! Miséricorde de mon Dieu, je vous chanterai éternellement !...

 

Pange lingua gloriosi
Corporis mysterium,
Sanguinisque pretiosi,
Quem in mundi pretium
Fructus ventris generosi,
Rex effudit gentium.

Chante, ô ma langue, le mystère
De ce corps très glorieux,
Et de ce sang si précieux,
Que le Roi de nations
Issu d'une noble lignée,
Versa pour le prix de ce monde.

 

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