Mois de Notre Dame de la Salette

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Dix-septième jour

Les instruments de la Passion sur la poitrine de la Sainte Vierge

 

L'apparition de la Salette étant la reproduction du Calvaire, Marie ne veut rien oublier de tout ce qui a eu quelque part au crucifiement de Jésus; et voilà pourquoi nous trouvons sur son cœur, après la croix, tous les instruments de la passion représentés par les deux principaux, les tenailles et le marteau: A droite de la croix, disent les enfants, étaient les tenailles, à gauche, un marteau. En vérité, plus on considère l'auguste image de Marie, plus on s'étonne des symboles de son apparition: la Sainte Vierge ne s'était jamais montrée sous de tels emblèmes, et ces instruments ont quelque chose d'étrange sur sa poitrine. Cependant on peut aisément et tout d'abord les comprendre : nous l'avons dit hier, la sympathie de nature mène à la communauté de douleurs; c'est en vertu de ce mystère de l'amour, que si la Mère de Dieu n'a pas aidé son Fils à porter au Calvaire les instruments de sa passion. Elle n'en a pas moins senti en son cœur de Mère, tout le poids et toute la douleur: aussi les coups de ce terrible marteau ne sont pas encore apaisés, après dix-huit siècles; ils continuent à retentir dans son âme sur la montagne de la Salette; et cet autre instrument qui déchira le corps de Jésus, déchire encore profondément ses entrailles maternelles!... Faut-il donc s'étonner que ces instruments, qui ont fait souffrir si cruellement son être tout entier, se soient gravés à jamais sur sa poitrine?... Autre considération: auprès de toutes les cours de la terre, une haute convenance conserve, dans les trésors de la couronne, des diamants, des joyaux, des parures, pour le seul usage des reines: et une noble coutume veut que les reines ne se montrent au monde que parées de ces richesses royales, venues de la main de leurs aïeux, ou de la munificence de leurs peuples: or, Marie est Reine, et la première des reines, ayant pour humbles servantes toutes les reines de la terre; en l'année mil huit cent quarante-six du règne de son Fils, Elle médite et va réaliser une apparition devant son peuple: anges, ministres ordinaires de sa cour, vierges, qui faites toujours cortège à ses pas, préparez le vêtement d'honneur, la parure royale de la grande Reine!... Mais où sont ce vêtement, cette parure? Ah! reposez-vous ici de toute sollicitude ; Marie y a pourvu Elle-même: après l'ensevelissement de son Fils au Calvaire, Elle a revu ces lieux de son supplice, Elle a recueilli tous les instruments qui ont servi à le crucifier; Elle en a fait, dans les trésors du ciel, les joyaux, les diamants de la couronne de la Reine du monde; et de parure, Elle n'en aura pas d'autre dans les grandes apparitions, quand il faudra parler à son peuple, pourvoir à son salut, et toucher son cœur!... Considérons enfin, pour entrer mieux encore dans la pensée de la Vierge des Alpes, que nulle parure n'était plus propre au succès de sa mission. Les hommes avaient violé toutes les lois religieuses, et Dieu était irrité de ces mépris de dix-huit siècles: il s'agissait d'arrêter le péché et d'apaiser la justice divine ; le message de la Salette était donc un message de paix et de réconciliation: or, Marie présentant sur sa poitrine, au ciel, les trophées de la grande miséricorde du Calvaire; au monde, les instruments de sa rédemption: quel spectacle pouvait plus sûrement toucher le cœur des hommes, et désarmer la colère de Dieu?... N'était-ce pas remettre sous ses yeux, et renouveler dans son cœur cet ineffable mystère d'amour irrésistible qui l'a fait Victime auguste et Père toujours miséricordieux des pécheurs?...

 

Réflexions

 

La piété découvre un double dessein en Marie se faisant une parure d'honneur des instruments de la passion : 1° Un dessein de compassion affectueuse pour son divin Fils; 2° Un dessein de mortification et de crucifiement de nous-mêmes. 1° Compatir, c'est souffrir avec quelqu'un; c'est mêler ses larmes aux siennes, confondre deux douleurs dans un seul cœur. Marie a toujours partagé les souffrances de son Fils; silencieuse, d'une noble amertume, au Calvaire, Elle pleure devant son supplice renouvelé sur la nouvelle montagne: Elle était pleine d'angoisses, la très-douce Mère: qui pourrait contempler, sans une profonde tristesse, cette tendre Mère, gémissant et désolée, en voyant les tourments de son divin Fils? A l'exemple de la divine Mère, il faut compatir aux souffrances de Jésus: est-il, parmi les hommes dont l'exil est cependant si amer et si triste, une douleur comparable à ses douleurs? Contemplez Jésus crucifié: sa tête est couronnée d'épines; le sang coule, remplissant ses yeux et couvrant son visage... Ses lèvres sont brûlantes et desséchées... Ses épaules sont meurtries, ses os disloqués; on les peut compter un à un... Il n'y a partout, en un mot, dans ce corps adorable, que meurtrissures et plaies sanglantes... Le prophète l'avait annoncé, et la prophétie est bien accomplie: Nous l'avons vu, dit-il, mais ce n'était plus lui; il était défiguré, comme un homme couvert de lèpre, humilié et frappé de Dieu. O insondables abîmes de la passion! ô infinité de l'amour divin! ô mystères de la douleur! qui pourrait de vous parler dignement? Vous, ô Notre Dame de la Salette, parce que vous n'avez pu renouveler à nos yeux le spectacle de ces extrémités de la souffrance qu'en descendant, à la suite de l'auguste Victime, dans toutes les profondeurs ineffables de la passion! Pleurons donc amèrement aujourd'hui, compatissons à ses douleurs, car, ces grandes blessures, le très-doux Agneau ne les a reçues que de la part de ceux qui avaient tant de raisons de l'aimer. 2° Les instruments de la passion nous prêchent en second lieu la mortification et le crucifiement de nous-mêmes: « Je complète en moi, dit l'apôtre saint Paul, ce qui manque à la passion du Christ ». Quel est le sens de cette parole? Manquait-il donc quelque genre de torture au crucifiement de Jésus ? Non, rien n'a manqué au Calvaire: notre chef auguste a tout souffert, l'agonie et ses défaillances, les mépris injurieux du prétoire, les verges cruelles de la flagellation, les clous aigus, le fiel amer, le martyre de chacun des instruments de sa mort: mais nous sommes, nous, les membres de cette auguste Victime; nous devons souffrir, être crucifiés avec Elle; l'union de la douleur, la participation à ses souffrances, est le feu mystique, qui passant dans nos corps, complète ce qui manque à la passion de Jésus-Christ. Or, nous voici aujourd'hui au sommet des Alpes, sur la montagne de Marie, le Calvaire de la loi nouvelle: prenons donc nos mains et nos pieds, et attachons-les à la croix, avec les mains et les pieds de Jésus; posons sur notre tête orgueilleuse une couronne d'épines: que nos oreilles, trop avides de louanges, entendent désormais sans frémir l'outrage et l'injure; et d'un cœur brisé par le repentir, comme le fut par la douleur celui de Jésus, disons à Dieu: O doux Sauveur, je l'ai bien mérité... Vous étiez innocent, et je suis coupable !

 

Pratique : Méditer aujourd'hui les tourments de la passion. Supplier la Sainte Vierge d'imprimer bien avant dans nos âmes, les plaies de son divin Fils; compatir et pleurer,en union avec Jésus-Christ et Marie, et en leur société sainte, chaque jour et tant que nous vivrons.

 

Mort édifiante d'une petite fille âgée de 7 ans, racontée par le curé de la paroisse

(Lettre à Monsieur le Supérieur de la Salette, en 1859)

 

L'année dernière, la chère petite Marie avait entendu, avec bonheur, faire le récit de mon pèlerinage à la sainte Montagne. Ce récit l'avait initiée à la dévotion envers Notre-Dame de la Salette qu'elle aimait comme sa patronne. La joie de cette enfant lut à son comble, lorsqu'elle apprit qu'un missionnaire allait venir prêcher l'établissement d'une confrérie en l'honneur de Notre-Dame Réconciliatrice. Mais Dieu la soumit à une rude épreuve: elle tomba malade le jour même de l'arrivée du prédicateur, et il fallut renoncer au plaisir d'aller, le soir, entendre le récit de l'apparition. Marie demeurait toute seule avec sa grand mère, à qui ses parents l'avaient confiée. Ne voulant point que sa grand mère fût privée à cause d'elle du bonheur d'aller entendre de si belles choses, elle la pria de la laisser seule, et d'aller assister au sermon qu'elle écouterait bien, afin de pouvoir lui répéter à son retour tout ce qu'on aurait dit. Malgré l'obscurité de la nuit, malgré le mal dont elle souffrait, malgré son jeune âge, car elle n'avait que six ans et demi, la petite Marie resta seule, sous la protection de Notre Dame de la Salette qu'elle avait établie sa gardienne. Il semble que Notre Dame de la Salette avait choisi cette enfant pour en faire le modèle de sa dévotion. Dès l'âge le plus tendre, cette admirable jeune fille avait demandé à Dieu la grâce de mourir à sept ans, afin de ne pas l'offenser et d'aller tout droit au ciel. Chose extraordinaire, elle tomba malade le jour même qu'elle atteignait sa septième année, pour mourir quelques jours après, le jour anniversaire de son baptême. Les détails de ses derniers moments nous la montrent tout entière à Dieu et à Notre Dame de la Salette. Sa maladie était une angine. Dès le commencement, les bonnes sœurs, dont elle était, à juste titre, l'élève de prédilection, lui avaient apporté un groupe de l'apparition, afin que la vue de cette sainte image l'encourageât à subir les traitements douloureux auxquels elle était soumise. Marie trouva, en effet, dans la contemplation de sa statue, une résignation et un courage qui étaient au-dessus de son âge. Pour la récompenser, on lui fit don d'une statue semblable, mais plus petite, qui est restée dans ses mains jusqu'au moment de sa mort. Le courage de cette enfant était véritablement héroïque. Avant de prendre les potions amères qui lui étaient prescrites, elle faisait le signe de la croix et récitait l'invocation à Notre Dame de la Salette. Lorsqu'elle se sentait très-mal, elle demandait un peu d'eau de la fontaine miraculeuse, et montrant sa statuette: « C'est celle-là qui me guérira, disait-elle, je n'ai pas besoin de médecins, ils peuvent bien s'en aller ». Le soir qui précéda sa mort, à onze heures, la petite malade appela sa mère, en lui disant: « Maman, lève-toi, il est temps », et une demi heure après, l'agonie commençait. Sur ses instances, on alla chercher M. le curé qui fut trouvé absent. M. l'abbé de Leudeville dut à cette circonstance d'avoir sous les yeux le plus touchant des spectacles, celui d'une jeune fille innocente qui ne veut pas mourir sans avoir reçu les sacrements. En attendant l'arrivée du prêtre, la petite mourante jouissait des visions les plus consolantes. Elle voyait la Sainte Vierge et l'Enfant Jésus escortés d'enfants et d'âmes pieuses qui formaient une belle procession à laquelle venaient aussi se mêler de blanches et magnifiques colombes. L'enfant demanda ensuite qu'on lui récitât les litanies de Notre Dame de la Salette. M. l'abbé se rendit à son pieux désir et les récita à haute voix; elle recueillit toutes ses forces et répondit à cette prière avec une piété que n'oublieront jamais les personnes qui ont eu le bonheur de la voir. Après avoir fait sa petite confession d'une voix assez forte, Marie voulut faire la distribution de tout ce qui lui appartenait. Elle se dépouilla même de sa chère statue de Notre-Dame de la Salette qu'elle donna à sa grand mère, avec prière de la laisser à sa petite mère quand elle mourrait. La grand mère remit cette statue entre les mains de la petite malade; mais celle-ci, tout heureuse de la toucher encore, ne la regarda plus comme sa propriété. Marie donna ensuite le peu d'argent qu'elle avait à Notre Dame de la Salette, qu'elle fit ainsi son héritière. Ainsi dépouillée de tout, la petite agonisante ne songea plus qu'à bien mourir. Le matin après la sainte messe qui fut dite pour elle, elle reçut le sacrement de l'Extrême-Onction. On aurait dit qu'elle n'attendait plus que cette dernière grâce pour rendre doucement sa belle âme à Dieu, dans les bras de Notre Dame de la Salette. C'était précisément le jour anniversaire de son baptême. (Leudeville, Seine-et-Oise, Annales de Notre Dame de la Salette).

 

Prière

 

O Marie, la statuaire et la peinture vous représentent d'ordinaire environnée de lys, ou couronnée de roses; et vous êtes admirablement belle, sous tous ces symboles de votre gloire et de vos vertus. Mais que l'on ne me dise pas non plus que vous n'êtes pas belle, ô ma Mère, couverte des instruments de la passion de votre Fils. Saint Augustin affirme que votre Jésus ne lui a jamais paru plus beau que sous les coups de la flagellation, qui changea son corps en une seule plaie et une grande blessure: à l'exemple du saint docteur, je proclame que vous n'avez jamais été plus belle que sons la parure royale de la croix, des tenailles et du marteau de la passion! L'Ecriture dit bien de vous, que les étoiles sont au ciel votre couronne, et la lumière votre vêtement; mais cette beauté matérielle ne vaut pas le reflet de beauté divine qui s'échappe de votre corps, sous les instruments du supplice de votre Fils: aussi, ces instruments sacrés, je les vénère aujourd'hui, à genoux au pied de votre montagne; je les baise sur votre poitrine; et il me semble qu'à leur contact régénérateur, il me vient de chacun d'eux, un courage, une confiance qui, embaumant mon âme de tous les parfums rédempteurs de la croix, lui font respirer d'avance l'air pur du ciel, dont vous nous obtiendrez, ô bonne Mère, la possession et la gloire. Ainsi soit-il.

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