Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Vingt-troisième jour

Départ pour l’Égypte

 

Mais que les joies de la terre, même les plus saintes, sont de courte durée ! Déjà Jésus, Marie et Joseph ne sont plus a Nazareth. La veille du jour où nous sommes arrivés, saint Joseph était revenu de bonne heure de la maison de Sainte Anne. Celle-ci et sa fille aînée étaient encore à Nazareth. A peine étaient elles allées se reposer, que l’Ange avertit Joseph. Marie et l’Enfant Jésus avaient leur chambre a coucher à droite du foyer ; Sainte Anne, a gauche ; la fille aînée de celle-ci, entre la chambre de sa mère et celle de Saint Joseph. Ces différentes pièces étaient séparées par des cloisons en branches d’arbres tressées ; elles étaient aussi couvertes par en haut avec un clayonnage de même espèce. Le lit de Marie était en outre séparé du reste de la chambre par une sorte de paravent. L’Enfant Jésus couchait à ses pieds sur un tapis: quand elle se levait, elle pouvait le prendre sans difficulté.

Saint Joseph dormait dans sa chambre, couché sur le côté, la tête appuyée sur son bras, quand un jeune homme, resplendissant de lumière, s’approcha de sa couche et lui parla. Joseph se releva ; mais il était accablé de sommeil, et il se recoucha. Le jeune homme le prit alors par la main, et Joseph se réveilla tout a fait et se leva. Le jeune homme disparut. Joseph alla allumer sa lampe à celle qui était devant le foyer, au milieu de la maison. Il frappa à la porte de la sainte Vierge, et demanda si elle pouvait le recevoir. Après quoi il entra et parla à Marie, qui n’ouvrit pas le rideau placé devant elle. Puis il alla dans l’écurie où était son âne, et entra dans une chambre où étaient divers effets. Il faisait les préparatifs pour le départ.

Quand saint Joseph ont quitté la sainte Vierge, elle se leva et s’habiller pour le voyage. Elle alla ensuite trouver sa mère et lui fit connaître l’ordre donné par Dieu. Alors Sainte Anne se leva aussi, ainsi que Marie d’Héli et son fils. Ils laissèrent l'Enfant Jésus reposer encore. La volonté de Dieu était au-dessus de tout pour ces saintes personnes : quelque affliction qu’elles eussent dans le cœur, elles disposèrent tout pour le voyage, avant de se livrer à la tristesse des, adieux. Marie ne prit pas, à beaucoup près, tout ce qu’elle avait apporté de Bethléem. Elles firent un paquet de médiocre grosseur avec ce que Joseph avait préparé, et y joignirent quelques couvertures. Tout se fit avec calme et très promptement, comme lorsqu’on vient d’être réveillé pour partir secrètement.

Puis Marie alla chercher l’Enfant, et son empressement fut tel, qu’on ne la vit pas le changer de langes. Le moment des adieux était arrivé, et l’on ne put dire combien amère était l’affliction de Sainte Anne et celle de sa fille aînée. Elles pressèrent en pleurant l’Enfant Jésus contre leur cœur, et le petit garçon lui-même le couvrit de baisers. Sainte Anne embrassa à plusieurs reprises la Sainte Vierge, pleurant amèrement, comme si elle ne devait plus la revoir. Marie d’Héli se jeta par terre et versa des larmes abondantes.

Il n’était pas encore minuit lorsqu’ils quittèrent la maison. Anne et Marie d’Héli accompagnèrent la sainte Vierge à pied pendant quelque temps. Saint Joseph venait derrière avec l’âne. On allait dans la direction de la maison de Sainte Anne ; seulement on la laissait un peu à droite. Marie portait dans ses bras l’Enfant Jésus, soigneusement emmailloté, et retenu par un grand linge noué autour du cou de sa mère. Elle avait un long manteau qui l'enveloppait ainsi que l’Enfant, et un grand voile carré, ramassé par derrière autour de la tête, mais qui retombait à longs plis sur les côtés. Elles avaient fait un peu de chemin, lorsque saint Joseph les rejoignit avec l’âne sur lequel étaient attachées une entre pleine d’eau et une corbeille où se trouvaient plusieurs objets, des petits pains, des oiseaux vivants et une petite cruche. Le petit bagage des voyageurs et quelques couvertures étaient empaquetés autour du siège, placé en travers, qui avait une planchette pour les pieds. Elles s’embrassèrent encore en pleurant ; Sainte Anne bénit la Sainte Vierge, et celle-ci monta sur l’âne que Joseph conduisait et se mit en route.

Enfin, ce matin, de bonne heure, Marie d‘Héli alla chez Sainte Anne avec son petit garçon, et pria son beau-père de se rendre à Nazareth avec un de ses serviteurs ; après quoi, elle retourna chez elle. Puis Sainte Anne rangea tout dans la maison de Joseph et empaqueta beaucoup de choses. Le matin, il vint deux hommes de la maison de Sainte Anne : l’un d‘eux ne portait sur lui qu’une peau de mouton et avait des sandales grossières assujetties avec des courroies autour des jambes ; l’autre avait un vêtement plus long. Celui-ci était, sans nul doute, le mari actuel de Sainte Anne. Ils aidèrent à tout mettre en ordre dans la maison de Joseph, à empaqueter tout ce qui pouvait être retiré, et à le porter dans la maison de Sainte Anne.

 

Considération

Saint Joseph d’après le Père Faber

 

Le Père Faber, mort en 1864, supérieur de l’Oratoire de Londres, fut un de ces nombreux ministres anglicans qui, en 1845, amenés par leurs seules études à reconnaître la vérité, surent faire tous les sacrifices pour suivre la voix de leur conscience, en abandonnant le schisme et rentrant dans le sein de l‘Eglise. Une des dévotions les plus chères au Père Faber, après sa conversion, était celle à Saint Joseph. Il le priait tous les jours avec autant de ferveur que de confiance; il ne manquait aucune occasion d‘en parler dans ses discours et dans ses ouvrages ; il exhortait à recourir à lui en pleine confiance tous ceux qu'il dirigeait.

« Marie, disait-il, doit être le premier objet de notre dévotion, Joseph le second ».

« Marie et Joseph, disait-il encore, sont d’une sainteté si sublime, qu’elle est capable de ravir d’admiration toutes les créatures, non-seulement jusqu’à la fin des temps, mais dans l’éternité ».

Nous regrettons de ne pouvoir donner ici que quelques lignes des admirables pages qu’il a consacrées au saint Patriarche dans ses deux ouvrages: Le saint Sacrement, et Bethléem ou le Mystère de la sainte Enfance.

« Qui peut douter, dit-il, dans le premier de ces ouvrages, que tout n’ait été disposé, dans la personne de saint Joseph, de manière à être une préparation digne de la haute dignité que Dieu devait lui conférer ? Qui peut douter que tout n’ait tendu à le former et à lui donner la consécration qui convenait au Père nourricier du Verbe fait chair ?…

Non seulement saint Joseph semble nous représenter tous à Bethléem, en Egypte, dans le désert et à Nazareth, mais il y est encore comme l’ombre du Père éternel. C’est là ce qui constitue la sublimité de sa dignité. L’incommunicable et a jamais bénie paternité de Dieu lui est communiquée d’une manière figurative. Il est le Père nourricier de Jésus ; aux yeux du monde extérieur, il passe pour son véritable père. Il en exerce l’autorité, et remplit envers lui tous les devoirs de l’affection et de la sollicitude paternelles. Que dis-je ? Dans sa nature humaine, Notre Seigneur est subordonné à saint Joseph, lui qui, dans sa nature divine, ne pouvait jamais être subordonné au Père éternel. Les ineffables trésors de Dieu, Jésus et Marie, sont confiés à la garde de saint Joseph ; et lui-même est un trésor en même temps qu’il est le gardien des trésors de Dieu. Il occupe une place dans le plan de la Rédemption. Comme Jésus et comme Marie, il a ses types, ses précurseurs et ses prophéties dans l’Ancien Testament. Il prête son concours a Dieu pour tenir secret le mystère de l'Incarnation ; et en sa qualité de représentant du Père éternel, il nous rappelle constamment, dans son ministère auprès de l’Enfant Jésus, le souvenir de sa divinité...

Quoi d’étonnant donc dans ce que les théologiens nous rapportent touchant les grâces nombreuses et les dons précieux dont il a été orné ? Est-il surprenant que les fidèles croient que pour lui, le moment de la résurrection des justes fut anticipé, qu’il fut un de ceux qui parcoururent les rues de Jérusalem le jour de Pâques avec leur corps ressuscité, et qu’il monta ainsi dans les cieux, le jour de l’Ascension, à la suite de Notre seigneur ? »

Et maintenant, si nous ouvrons « Bethléem ou le Mystère de la Sainte Enfance », voici ce que nous y lisons entre autres choses non moins édifiantes assurément :

« Après Marie, Joseph s’approche aussi pour adorer l’Enfant Dieu.... Joseph, le plus caché de tous les saints de Dieu, et enveloppé dans les nuages mêmes et les ombres qui environnent la source incréée de la Divinité. Son âme est un abîme de grâces sans nom ; de grâces plus profondes que celles d’où jaillissent les vertus ordinaires. Il ne nous est pas possible de donner un nom au caractère de sa sainteté. Nous ne pouvons le comparer avec aucun autre des saints de Dieu. De même que son office était unique, de même sa grâce a été toute spéciale ; elle a suivi ce qu’il y avait de particulier dans son office ; elle a été aussi unique. Joseph a été pour Marie parmi les hommes ce que Gabriel était pour elle parmi les Anges ; mais il a été plus rapproché d’elle que Gabriel, car Joseph était de la même nature que Marie. Il a donc été pour elle, après Bethléem, ce que saint Jean a été après le Calvaire, de sorte que, probablement, s’il nous était possible de l’apercevoir, nous concevrions une certaine analogie entre sa sainteté et celle du disciple bien-aimé. Mais sa sanctification est cachée dans l’obscurité. Il est probable qu’il a reçu le don de la justice originelle, comme Saint Jean-Baptiste. Ce qui est certain, c’est qu’il a été un vaisseau de la prédilection divine, prédestiné de toute éternité à un office particulier et incomparablement sublime, et revêtu des grâces les plus magnifiques destinées,à le rendre digne de cet office. Car quelque merveilleux que fût son office à l’égard de Marie, l’office qu’il avait à remplir à l’égard de Jésus était encore de beaucoup supérieur, à moins peut-être que l’on ne dise, ce qui est plus vrai, que le premier n’était qu’une partie du second…

Joseph, saisi de respect, s’approche de Jésus qui vient de naître, afin de l’adorer avant de lui commander. Son âme se remplit silencieusement d’amour, et volontiers sa vie se briserait et s’écoulerait sur la terre de la grotte, aux pieds de l’Enfant, comme elle le fit plus tard sur ses genoux ; mais le temps n’était pas encore venu, et l’Enfant le sanctifia de nouveau ; il le revêtit d’une force pleine de calme et d’une douceur pleine de force, et l’éleva à une sphère plus élevée de sainteté et d’ineffable grâce, afin qu’il pût être le supérieur officiel de son Dieu... »

 

Pratique

Missives à Saint Joseph

 

Qu’entend-on par Missives à Saint Joseph ? L’on entend par Missives à Saint Joseph des lettres qu’on lui écrit et lui adresse comme on ferait à un père, à un bienfaiteur, à un protecteur, dont on réclamerait les bonnes grâces, la faveur, la protection. Sans doute qu’on ne les lui enverra pas par la poste, mais on les lui fera parvenir en les déposant devant son image, au pied de sa statue, sur son autel. Par cette acte de vraie foi, d’amoureuse confiance, de reconnaissance de sa bonté pour les hommes et de sa puissance auprès de Dieu, nous semblons mettre le saint Patriarche en demeure de nous accorder l’effet de nos demandes. Et ces missives deviennent ainsi de vraies suppliques, qui, comme dit Saint Léonard de Port Maurice, sont d’abord présentées à Saint Joseph, Saint Joseph les remet ensuite à Marie, qui les soumet à son tour, à Jésus. Et Jésus, après avoir entériné ces suppliques, en remet les rescrits à Marie, qui les rend à Joseph peur sortir tout leur effet.

On rapporte du Père Louis Lallemand que, pendant qu‘il était recteur au collège de Bourges, la Fête de Saint Joseph approchant, il manda les Pères Paul Bagueneau et Jacques Nouet, qui y étaient régents des basses classes, et leur promit de leur faire obtenir, par l’intercession de ce grand Saint, tout ce qu’ils demanderaient, s‘ils voulaient exhorter leurs écoliers à lui être dévots, et à faire quelque chose d’extraordinaire pour le jour de sa Fête. Les deux jeunes régents s’y engagèrent et firent communier ce jour là tous leurs écoliers. Puis, ils allèrent proposer au Père recteur chacun ce qu’ils souhaitaient que saint Joseph leur obtint. Le Père Nouet demanda la grâce de parler et d’écrire dignement de Notre Seigneur. Mais le lendemain étant allé trouver le Père Lallemand pour lui dire qu’après y avoir bien pensé, il avait envie de demander une autre grâce qu’il croyait plus utile pour sa perfection, le Père lui répondit qu’il n’était plus temps de demander une autre grâce, parce que la première lui avait déjà été accordée, et qu’il ne s’était engagé que pour celle-ci.

Adressons, écrivons, envoyons des missives à saint Joseph avec la même Foi et la même confiance, et, comme ces saints religieux, nous ne tarderons pas à obtenir l’effet de nos demandes.

 

Prière pour la délivrance des âmes du Purgatoire

 

Bienheureux Saint Joseph, vous à qui Dieu a accordé de causer tant de joie dans les Limbes, lorsque votre sainte âme y est descendue, après votre bienheureuse mort, pour annoncer aux justes de l’ancienne loi, qui y étaient retenus, que l’œuvre de la Rédemption allait enfin se consommer, et que bientôt l’heure de la délivrance sonnerait pour eux ; vous a qui Jésus, dans le ciel où vous régnez maintenant avec lui au sein d‘une gloire incomparable, et donné, comme à Marie, tenté puissance dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, non-seulement pour réfréner les démons, mais encore pour pouvoir secourir les pauvres âmes du Purgatoire ; vous si compatissant et si bon peur les affligés, les malheureux, ceux qui sont dans les gémissements et les larmes, daignez, nous vous en conjurons, faire ressentir les effets de votre puissante protection aux âmes si souffrantes du Purgatoire et particulièrement à l’âme de N. (mettre ici des noms) qui m’est singulièrement chère…

Vous savez bien mieux que nous, bon saint Joseph, combien elles souffrent, ces pauvres âmes, combien il leur tarde de voir arriver le jour de leur délivrance, combien elles ont hâte d’être admises dans le séjour du rafraîchissement, de la lumière et de l’éternelle paix. Avec toute votre puissance et votre bonté, venez donc au plus tôt à leur secours. Elles sont dans les flammes, apaisez-en les ardeurs ; elles sont dans les ténèbres, faites luire sur elles la lumière qui réjouit et console ; elles sont dans d‘indicibles tourments, apportez-leur tout le soulagement qui est en votre pouvoir. Elles ne savent, ô cruelle incertitude ! quand finiront ces terribles expiations ; obtenez-leur de Jésus, par Marie, leur entière amnistie. Puis, venez leur annoncer, comme vous le fîtes autrefois aux Limbes, que la justice divine est enfin satisfaite, et que vous venez les chercher pour les introduire dans le saint Paradis, où elles seront si heureuses de chanter éternellement les miséricordes de Jésus, les bontés de Marie, et la puissance de votre médiation.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

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