La Semaine Sainte avec Darwin Ramos

 

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Samedi Saint

Le grand silence

 

Livre d’Isaïe (53, 1-12)

 

Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? Le bras puissant du Seigneur, à qui s’est-il révélé ? Devant lui, le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride ; il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Il était méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. (...) Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. (…) À cause de ses souffrances, il verra la lumière, il sera comblé. Parce qu’il a connu la souffrance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs.

 

Samedi 22 septembre 2012

 

Tous les samedis, je consacre la matinée aux chiffonniers de la grande décharge de Manille, la tristement célèbre Smokey Mountain. Des milliers de familles y survivent en fouillant les déchets de la ville qui y son déversés sans discontinuer par les bennes à ordures sur un terrain d’à peu près sept hectares. Avec un groupe de volontaires et quelques adolescents, anciens enfants des rues, nous organisons des activités avec les enfants délaissés et je leur donne ensuite une leçon de catéchisme. Ils profitent ensuite d’un repas préparé par la Fondation. C’est un lieu apocalyptique, comme un enfer sur terre, où règne pourtant une joie indescriptible. Au coeur d’une misère terrible, les enfants et leurs parents gardent de larges sourires, résistant courageusement au malheur.

Je me souviens d’ailleurs que Maria, la responsable du foyer « Notre Dame de Guadalupe », avait organisé une visite des familles de la décharge avec tous les jeunes de son centre. Il n’était pas facile de faire rouler le petit fauteuil roulant dans les ruelles du bidonville, mais la journée fut inoubliable. Enfants des rues et enfants chiffonniers avaient joué ensemble et les rires faisaient oublier un temps la misère ambiante. Le jeune garçon myopathe était très impressionné par cette rencontre et les visages de ses nouveaux amis habitaient souvent sa prière.

Encore ému des mots que Darwin m’a écrit la veille, j’ai hâte de le retrouver. Mais il me faut attendre l’après-midi pour filer à l’hôpital et passer à nouveau un peu de temps auprès de notre patient. En arrivant, je trouve pourtant la petite officine vide et bien rangée. Le lit a disparu et son jeune occupant aussi. Il n’y a plus aucune trace du petit capharnaüm qui régnait les jours précédents dans cette chambre improvisée. Voyant mon étonnement, l’infirmier m’indique que Darwin a été transféré en soins intensifs, quelques mètres plus loin. Je m’empresse de rejoindre la salle en question, inquiet de ce changement inattendu. À l’entrée, je trouve Joseph, son fidèle aide-soignant, qui ma rassure en me disant que la décision a été prise le matin afin de prévenir toute complication puisqu’ils ont ici tout le matériel nécessaire en cas de problème. Les médecins ne sont pas pessimistes, me dit-il, mais le taux de carbone présent dans le sang qui s’était bien stabilisé les premiers jours à tendance à remonter. Il faut donc le surveiller de près pour éviter que cela ne devienne dangereux.

Partiellement rassuré, je jette un coup d’oeil à l’intérieur et aperçois Darwin éveillé sur son lit. Il ne remarque pas ma présence et scrute le plafond tandis que Randy, un grand gaillard qui a passé les dix dernières années à la Fondation, appuie inlassablement et régulièrement la petite pompe qui assiste le souffle du malade.

Je m’assieds à côté du lit et salue Darwin qui me répond par un simple regard et un petit sourire discret. Il n’a pas l’air de souffrir, son visage est apaisé et sa respiration régulière, mais il ne semble vouloir ni parler, ni écrire. Il est là, allongé devant moi, plongé dans un silence qu’il gardera toute la journée. Il se tourne parfois vers moi, et ferme aussi de temps en temps les yeux pour se reposer.

Le Samedi Saint, c’est la mise au tombeau du Christ. L’Église célèbre ce jour sombre en vivant un grand silence. Les autels sont nus, les statues recouvertes, les tabernacles sont vides. La liturgie elle-même se tait et aucune messe n’est célébrée.

Darwin poursuit son triduum. Il est au coeur de l’étape silencieuse de son pèlerinage.

 

Extrait de « Plus fort que les ténèbres », Père Matthieu Dauchez, Editions Artège, 2015.

 

Le Serviteur de Dieu Darwin Ramos

Le petit Philippin maître de joie

 

Darwin Ramos naît le 17 décembre 1994 dans une famille très pauvre de Manille (Philippines). Il est contraint de mendier dans la rue pour subvenir aux besoins de sa famille, malgré une maladie qui atrophie ses muscles et qui l’empêche rapidement de se tenir debout.

En 2006, il est accueilli par l’association ANAK-Tnk qui œuvre pour les enfants de la rue. Il est baptisé le 23 décembre, puis reçoit la Première Communion et la Confirmation un an plus tard. Darwin fait preuve d’une foi simple mais profonde, ancrée dans la prière et l’action de grâce. Il vit sa maladie dans une réelle union avec le Christ en Croix et dans une grande espérance. Il rayonne de joie et réconforte les enfants de ANAK-Tnk.

Le 16 septembre 2012, sa maladie s’aggrave. Il vit alors une véritable Semaine Sainte : le jeudi, un combat spirituel, le vendredi, il écrit dans une grande paix : « Un immense merci. Je suis très heureux ». Après un samedi silencieux, il meurt le dimanche 23 septembre 2012.

 

Prière pour la béatification du Serviteur de Dieu Darwin Ramos

 

Ô Dieu de toute Joie, Père, Fils et Saint Esprit, Tu ne laisses jamais seuls ceux qui sont dans l’épreuve. Nous Te rendons grâce de nous avoir donné, en Darwin Ramos, enfant de la rue, un modèle lumineux de vie chrétienne. Dans sa brève existence, Tu lui as donné la grâce d’une foi simple et inébranlable, d’une espérance joyeuse dans la maladie, d’une charité constante pour le prochain. Nous Te demandons la glorifi cation sur terre de ton serviteur Darwin, afi n que les jeunes et les malades puissent trouver en lui un maître de Joie. Par son intercession, exauce notre prière (la formuler ici…). Nous Te le demandons par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen. Notre Père/Je vous salue Marie/Gloire au Père.

 

Imprimatur

Mgr. Honesto F. Ongtioco, évêque de Cubao

(22 novembre 2018).

 

Pour plus d’infos, relations de grâces

https://darwin-ramos.org

 

Facebook : @DarwinRamosAssociation