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Le Mois de Notre Dame du Très Saint Sacrement

Méditations extraites des écrits de Saint Pierre-Julien Eymard

Fondateur de la Congrégation du Très Saint Sacrement

 

Sixième jour

L'Annonciation

 

I. En méditant les circonstances du mystère de l'Annonciation, on découvre en Marie les qualités les plus sublimes. Quelle gloire pour elle d'avoir été appelée à prendre part à cette œuvre de l'Incarnation du Verbe, la plus grande des œuvres divines! Et que de vertus son exemple nous enseigne! Un archange est député par Dieu: l'archange de la force divine: il vient traiter de sa part avec une créature. C'est la plus importante mission qu'ai jamais remplie aucun messager céleste. Cet ange descend des cieux plein de gloire, beau comme un astre, inondé des rayons de la divinité. A qui va-t-il? Ah! sans doute, le monde, instruit du départ de ce messager céleste, eût cherché parmi les riches et les puissants du siècle l'heureux mortel à qui il porte la grande nouvelle, parce que le monde croit volontiers que la perfection se trouve dans la grandeur. Mais l'Ange va vers une vierge, une humble inconnue, âgée de quinze ans, mariée légalement à un pauvre artisan, et qui demeure dans une pauvre maison, dans une ville méprisée et ignorée. Il va vers Marie! Comment, tant d'appareil pour cette jeune inconnue! Oui. Le prestige tombe bien vite, n'est-ce pas? Cela confond l'orgueil humain; vous ne voyez que ce qui brille; vous n'estimez que l'or et les diamants; mais qu'est-ce que cela? Au jugement universel on les foulera aux pieds comme de vils cailloux, et l'enfer en sera pavé!

 

II. L'Ange va donc vers une vierge. Dieu ne descend à l'intimité qu'avec les âmes bien pures; il pardonne au pécheur, mais ne s'unit qu'à la pureté. L'Ange salue Marie le premier. Il est en effet le moins digne; Marie est souveraine ici, et depuis qu'elle est l'objet des volontés divines, elle tient en ses mains le sort du monde. Qu'elle est puissante alors cette humble Vierge! « Salut, pleine de grâces! » Seule Marie est pleine de grâces parmi les filles d'Eve; nous, nous sommes pleins des misères du péché originel; Marie est pure comme le soleil; Dieu l'a pétrie d'une terre particulière et façonnée avec des attentions singulières. « Le Seigneur est avec vous ». Oui, car il habite la pureté de votre cœur comme un paradis de délices: et vos vertus sont autant de fleurs qui font monter vers lui les plus suaves parfums. A quelle heure apparut l'Ange? l'Evangile ne le dit pas; les commentateurs croient que ce fut vers minuit, à cet instant où un jour finit et où en commence un autre; Marie est l'aurore qui sépare les ténèbres de la lumière. Elle priait dans ce moment; elle soupirait après la venue du Messie: on peut du moins le supposer sans crainte de se tromper: car Dieu donne ordinairement aux âmes une oraison conforme à la grâce qu'il leur veut faire ensuite, et qui les y prépare. Et vous, à cette heure solennelle de la conception, et plus tard de la naissance du Fils de Dieu fait chair, priez avec Marie, et adorez en union avec elle le Dieu qui s'incarne pour nous.

 

III. Marie se trouble. C'est le propre des vierges, dit saint Ambroise, de se troubler à l'approche de l'homme et de craindre ses paroles. Marie se trouble aussi des éloges qu'on lui adresse: elle les méritait bien cependant; mais la vraie vertu ne sait pas se voir. L'Ange rassure Marie. C'est le caractère des visions divines de troubler d'abord, puis de donner la paix: tandis que les visions diaboliques commencent par la paix et finissent par la guerre. « Vous concevrez un Fils que vous nommerez Jésus ». Nom céleste, nom divin que ne pouvait donner aucun homme, et qui devait être apporté du Ciel par un Ange. « Ce Fils sera puissant; on l'appellera l'Ange du grand conseil, le Fort, l'Admirable ». La sainte Vierge a un tel amour de la virginité qu'elle a vouée à Dieu, qu'elle ne cède pas tout d'abord: « Comment, dit-elle, s'accomplira ce mystère? Je suis et je veux rester vierge ». Quel moment! Marie tient le Ciel et la terre en suspens; Dieu attend le consentement de cette humble fille! Il ne pouvait passer outre: Marie en cet instant est plus puissante que Dieu lui-même. Comment le Seigneur a-t-il pu accepter cette espèce d'infériorité vis-à-vis de Marie? Ah! c'est qu'il préférait la virginité de sa Mère à tout! L'Ange cède donc au nom de Dieu. Marie triomphe et entend ces paroles: « La vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre, et vous resterez vierge en devenant mère ». Et Marie répond: « Ecce ancilla Domini: Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole ». O parole profonde! parole admirable et pleine d'humilité! Mais qu'il y a de choses dans ce mot Ecce! Quand l'Eglise vous présente la sainte Hostie avant la Communion, elle dit: « Ecce agnus Dei »; quand saint Jean veut faire connaître Notre-Seigneur à ses disciples, il leur dit aussi « Ecce ». C'est que dans ce mot se trouve tout le don de soi-même! Me voici, toute prête, toute à la disposition du Seigneur. Il y a là l'acte de foi parfait.

 

IV. Marie ne dit pas: « Voici la Mère du Seigneur, bien qu'elle le fût à l'heure même; les saints sont d'autant plus humbles que Dieu les élève davantage. Aussi c'est avec raison que saint Bernard a pu dire de Marie: « Virginitate placuit; humilitate concepit: Elle a plu au Seigneur par sa virginité; elle l'a conçu par son humilité ». Remarquez combien Marie fut sobre de paroles: elle ne dit que le strict nécessaire, rien de plus; le silence et la modestie sont la sauvegarde de la pureté. Le Saint-Esprit opère alors en Marie son œuvre divine. Le consentement de cette pauvre fille a changé la face du monde: Dieu rentre dans son domaine: il va recommencer cette conversation avec les hommes bien plus parfaite et bien plus durable qu'au paradis terrestre. Ce mystère nous ennoblit: il ramène Dieu sur la terre. C'est en même temps un mystère tout intérieur, un mystère de communion. Dans la Communion, Jésus-Eucharistie s'incarne en quelque sorte en nous, et la Communion est la fin de son Incarnation. En communiant dignement, nous entrons dans le plan divin, nous l'achevons: l'Incarnation prépare et annonce la Transsubstantiation. Marie ne reçoit pas le Verbe pour elle seule; elle se réjouit que nous participions à son bonheur. Unissons-nous donc à elle quand nous recevons Jésus-Christ, chantons son Magnificat; le Seigneur a fait en elle de grandes choses en ce mystère: il en a fait de grandes encore en venant en nous. Puissions-nous imiter ses vertus, afin que Jésus-Christ trouve en nous, comme en sa sainte Mère, une habitation digne de lui!

 

Saint André Corsini récompensé par Marie de sa dévotion envers l'Eucharistie

 

Saint André Corsini. déjà illustre par ses vertus et sa sainteté, fut promu aux Ordres sacrés, malgré les résistances de son humilité, sur la demande réitérée de. tout le peuple, le jour de sa première Messe arrivé, ses parents voulaient qu'il la célébrât dans l'église de la ville avec toute la pompe possible. Mais le Saint obtint de son Supérieur de se retirer, à l'insu de tout le monde, dans un couvent solitaire et perdu au milieu des bois. Là il offrit son premier sacrifice, tout abîmé en l'amour de l'Hostie sainte qu'il immolait. La démarche courageuse du Saint fut si agréable à Marie, que. lui apparaissant aussitôt après la Communion, elle lui dit: « André, vous êtes mon serviteur : je vous ai choisi, et je me glorifierai en vous ». Cette bonne Mère nous manifestait, par cette faveur, que rien ne lui plaît tant que l'amour et le respect que nous témoignons à son divin Fils présent au Saint Sacrement par amour pour nous. (Bollandistes, 5 février).

 

Pratique : S'interdire toute parole, tout bruit toute dissipation en présence du Saint Sacrement.

 

Aspiration : Le fruit de mon sein, Jésus-Hostie est plus précieux que tout l'or et tout l'argent du monde. Et fructus meus pretiosior auro et argento. (Ecclesiaste).

 

Septième jour

La première Adoratrice du Verbe Incarné

 

Voilà, voilà mon modèle, ma mère: Marie première adoratrice du Verbe incarné dans son sein! Oh! que cette première adoration de la Vierge mère dut être parfaite en elle-même, agréable à Dieu et riche en grâces! Quelle dut être la perfection de l'adoration de Marie au premier instant de l'Incarnation ?

 

I. Une adoration d'humilité, d'anéantissement devant la souveraine majesté du Verbe à la vue du choix qu'il avait voulu faire de sa pauvre servante, sous le poids de tant de bonté et d'amour pour elle et pour les hommes. Tel doit être le premier acte, le premier sentiment de mon adoration après la sainte Communion. Tel fut le sentiment d'Elisabeth recevant la Mère de Dieu qui lui portait le Sauveur encore caché dans son sein: « Unde hoc mihi? D'où peut me venir ce bonheur que je mérite si peu? » C'est la parole aussi du centurion, chez qui Jésus choisit son séjour: « Seigneur, je ne suis pas digne! »

 

II. Le second acte de l'adoration de Marie dut être naturellement un acte de joyeuse reconnaissance envers son ineffable et infinie bonté pour les hommes; un acte d'humble reconnaissance de ce qu'il avait choisi son indigne mais trop heureuse servante pour lui faire cette grâce insigne. La reconnaissance de la très sainte Vierge s'exhale en actes d'amour, de louange, de bénédiction: elle exalte la divine bonté. Car la reconnaissance est tout cela; elle est l'expansion en la personne bienfaitrice; expansion grande, aimante: c'est le cœur de l'amour que la reconnaissance!

 

III. Le troisième acte de l'adoration de la sainte Vierge dut être un acte de dévouement: l'offrande, le don d'elle-même, de toute sa vie au service de Dieu : Ecce ancilla Domini; un acte de regret d'être si peu, d'avoir si peu, de pouvoir si peu pour le servir d'une manière digne de lui. Elle s'offre à le servir tout comme il voudra, par tous les sacrifices qu'il lui plaira d'exiger: trop heureuse de lui plaire à ce prix, et de correspondre ainsi à son amour pour les hommes en son Incarnation.

 

IV. Le dernier acte de l'adoration de Marie fut sans doute un acte de compassion pour les pauvres pécheurs , pour le salut desquels le Verbe s'incarnait. Elle sut intéresser son infinie miséricorde en leur faveur; elle s'offrit à réparer à leur place, à faire pénitence pour eux, afin d'obtenir leur pardon, leur retour à Dieu. Elle demanda qu'ils eussent le bonheur de connaître leur Créateur et leur Sauveur, de l'aimer et de le servir, et de rendre ainsi à la très sainte Trinité l'honneur et la gloire qui lui sont dus par toute créature, mais surtout par l'homme, le tendre objet des miséricordes et de l'amour de ce Dieu si grand et si bon. Oh! que je voudrais adorer Notre-Seigneur comme l'adorait cette bonne Mère! car je le possède comme elle à la communion. O mon Dieu, je vous fais une demande bien grande et bien importante: donnez-moi la très sainte Vierge adoratrice comme ma vraie Mère; faites-moi part de sa grâce, de cet état d'adoration continuelle où elle fut pendant tout le temps qu'elle vous porta dans son sein si pur, en ce ciel des vertus et de l'amour. Je sens, ô mon Dieu, que ce serait une des grandes grâces de ma vie; je veux désormais faire toutes mes adorations en union avec cette Mère des adorateurs, cette Reine du Cénacle.

 

La chasuble de Marie

 

Saint Bonnet, évêque de Clermont, fort dévot serviteur de Jésus et de Marie, s'était retiré la veille de l'Assomption dans l'église Saint-Michel, pour y passer la nuit en prières et se préparer à la grande fête de sa Souveraine bien-aimée. Tandis qu'il se répandait en soupirs et en ardents désirs, il entend comme venir du ciel les accords d'une douce mélodie: tout à coup le temple est illuminé, et ses voûtes résonnent comme aux jours solennels quand des flots de peuple s'y pressent. Stupéfait et hors de lui, le Saint regarde, et voit la très sainte Vierge, entourée d'une troupe d'anges et de vierges, s'avancer en procession jusqu'au pied de l'autel. Les vierges et les anges chantaient les louanges de leur Reine et de son Fils. Les anges demandèrent alors qui célébrerait les saints Mystères, et Marie leur dit: « Ce sera mon serviteur Bonnet, qui prie en secret dans cette église ». Les anges vont aussitôt chercher le Saint, qui s'était caché par frayeur et enfoncé dans l'angle le plus reculé de l'église. Ils le revêtent d'ornements magnifiques, et l'assistent pendant qu'il célèbre la Messe en présence de Marie. Le saint Sacrifice achevé, la sainte Vierge bénit son serviteur, et, comme gage de sa visite pleine d'amour, elle lui laisse la belle chasuble qu'elle avait elle-même apportée du ciel. Ce vêtement miraculeux se conservait à Clermont avant la Révolution; il est si fin, si beau, qu'on n'a jamais pu savoir de quelle matière il était fait: il ne pèse presque pas: il est très doux au toucher, et d'une broderie si délicate, que seuls les doigts d'un ange ou plutôt de la Reine des anges, ont pu le travailler. (Bollandistes, 15 janvier).

 

Pratique : Faire l'action de grâces à la communion très fidèlement et en union avec Marie.

 

Aspiration : Marie, j'ai reçu votre Fils bien-aimé: je ne le laisserai point aller.

 

Huitième jour

Grandeur de la maternité de Marie

 

Marie, mère de Jésus Fils de Dieu, Maria de qua natus est Jésus: voilà le sublime éloge que l'Evangile fait de Marie. Le Saint-Esprit ne loue ni ses dons ni ses vertus; il se contente d'en montrer le principe divin, la loi de convenance, c'est-à-dire sa maternité divine. Parce qu'elle doit être mère de Dieu, Marie reçoit toutes les grâces, tous les honneurs: on a tout dit d'elle, on a raconté toutes ses grandeurs quand on a dit: la Mère de Dieu.

 

I. Elle vient relever le genre humain, rendre à la mère cette couronne d'honneur et de noblesse qu'Eve perdit par son péché, Satan avait découronné notre première mère: Marie la réhabilite. Elle vient figurée par ces nobles femmes de l'ancienne loi, Judith, Esther, Débora, comme la reine, la libératrice. Aussi quand l'Ange se présente à Marie il la salue avec un souverain respect, n'osant prononcer son nom: « Ave, gratia plena ». Voyez la différence déjà entre le langage de l'Ange à la vraie mère des vivants, et celui du séraphin déchu à notre malheureuse Eve. Marie est enceinte de Dieu: elle porte le Sauveur du monde, le foyer de l'amour, Celui qui vient apporter la paix aux hommes: tandis que le premier-né d'Eve est un pécheur, un fratricide, Caïn. Marie est honorée des bergers et des rois, des pauvres et des riches; sa qualité de mère du Messie l'établit souveraine sur le monde entier. Et le Fils de Dieu honore Marie comme sa vraie mère, lui rend tous les devoirs d'un fils; nous donnant l'exemple du parfait accomplissement de ce précepte: « Père et mère honoreras ».

 

II. Eve, par sa faute, perd sa liberté et sa puissance, « sub potestate viri eris: Tu seras, lui dit Dieu, sous le pouvoir de l'homme », et depuis, la femme fut esclave ou sous la tutelle de l'homme. Voici la femme forte, la mère par excellence. Une mère doit avoir droit sur son fils, fût-il roi, fût-il Dieu, et Marie commande à Jésus: Celui devant qui tremblent les puissances célestes, obéit à Marie, Seule elle lui commande, lui parle en public, revendique ses droits de mère: « Fili, quid fecisti nobis sic? Voyez-vous la puissance de Marie? » C'est elle qui. à Cana, déliera le pouvoir de Jésus, qui lui donnera en quelque sorte sa majorité. Couronne de puissance, tel est donc le second privilège de la maternité divine.

 

III. Elle donne encore à Marie une couronne de gloire. Eve, par son ambition, perd toute gloire: elle est chassée honteusement du paradis, et elle enfantera dans la douleur et ignominie. Marie enfante le Sauveur dans la joie; elle ne connaît pas les douleurs de la maternité: le Sauveur en passant par son sein y laisse sa gloire, et Marie sera Reine parce qu'elle a mis au monde Jésus roi. Elle sera la reine des Anges, la reine de l'Eglise: les rois mettront à ses pieds leurs empires; les peuples lui confieront leur salut, et partout où Jésus aura un trône, Marie aura aussi le sien: l'autel de Marie sera toujours à côté de l'autel de Jésus. Voilà l'honneur, la puissance et la gloire de la maternité divine: Marie est honorée, puissante et glorieuse en Jésus et par Jésus: elle est sa divine mère!

 

Une Messe au ciel avec Marie

 

L'empereur saint Henri, qui. pour imiter le chaste mariage de Marie et de Joseph, garda avec son épouse, sainte Cunégonde, une inviolable chasteté, reçut de Marie, dans l'église de Sainte-Marie-Majeure à Rome, une signalée faveur. Pendant une nuit qu'il s'y était retiré pour vaquer plus librement à la contemplation, le Sauveur du monde daigna lui apparaître en personne avec sa glorieuse Mère et un nombreux cortège de bienheureux. Jésus-Christ, revêtu des ornements sacrés, célébra lui-même la Messe, ayant pour diacre saint Laurent et pour sous-diacre saint Vincent, martyr de Saragosse. Les esprits bienheureux commencèrent avec un admirable concert l'Introït de la Messe: « Suscepimus, Deus »; puis, continuant, ils dirent: « Justitia plena est dextera tua: Votre droite est pleine de justice ». A ces mots, Notre-Seigneur, la Vierge-Mère et tous les saints jetèrent les yeux sur le pieux monarque, comme pour lui faire remarquer que la justice doit être la vertu principale des souverains. Après l'Evangile, le sous-diacre fit baiser le texte sacré à Notre-Seigneur, ensuite à la sainte Vierge; puis, sur l'ordre formel de Marie, à l'Empereur lui-même, en disant: « Présentez le baiser de paix à celui dont la virginité me plaît tant ». Après cette cérémonie, la vision disparut, laissant l'âme de saint Henri pénétrée d'une indicible consolation et animée d'un plus vif désir encore que par le passé, de correspondre, par ses œuvres saintes, à de telles faveurs. (Rossignoli)

 

Pratique : Recevoir souvent le Dieu de l'Eucharistie, comme remède à la concupiscence et comme la sauvegarde de la pureté.

 

Aspiration : Salut, ô Marie! paradis spirituel de Dieu où a fleuri le lys immaculé et odorifèrant, Jésus-Eucharistie!

 

Neuvième jour

La vie intérieure de Marie

 

I. Marie ornée de tous les dons, enrichie de toutes les vertus, parfaite en toutes ses grâces, n'apparaît au monde que sous les dehors les plus ordinaires. Ses actions n'ont rien d'éclatant ; ses vertus semblent communes; sa vie se passe dans le silence, l'obscurité, et l'histoire évangélique n'en parle pas. C'est que Marie doit être le modèle de cette vie cachée en Dieu avec Jésus-Christ, que nous devons honorer et retracer fidèlement dans notre conduite. Car je voudrais vous montrer que la loi de sainteté que Dieu suit en nos âmes est la même qu'il a suivie en Marie. Or, l'Eglise chante de Marie: « Toute la gloire de la fille du roi est à l'intérieur ». Tel est le caractère de la sainteté de Marie: rien d'extérieur ni de connu; tout à Dieu seul et connu de lui seul. Et cependant Marie a été la plus sainte et la plus parfaite des créatures. Plus aimée de Dieu qu'aucune créature, la sainte Vierge a dû recevoir de sa bonté les grâces les plus riches et les meilleures, les dons les plus excellents: le Père éternel lui a communiqué toutes les vertus de mère, le Fils toutes les grâces de la Rédemption, le Saint-Esprit toutes les grâces d'amour. Mais Marie n'a mené qu'une vie tout ordinaire, toute cachée et tout inconnue; qu'en conclure, sinon que cet état de vie retirée et intérieure est le plus parfait? Sans aucun doute. La vie extérieure même dévouée à Dieu est moins parfaite. C'est ainsi que Notre-Seigneur s'est beaucoup plus caché qu'il ne s'est montré. Tous les saints passeront par ce moule: pour être ami de Dieu, il faut être pulvérisé, réduit à rien; s'anéantir comme Jésus et Marie.

 

II. D'où je vous dis: Voulez-vous être saints? devenez intérieurs. Vous y êtes obligés par votre vocation adoratrice; sans cet esprit intérieur, comment voulez-vous prier? Si en face de Notre-Seigneur vous ne savez pas vous passer de livres un seul instant, si vous ne savez rien dire de votre cœur, que venez-vous faire à l'adoration? Quoi! jamais vous ne parlerez vous-mêmes, mais toujours vous emprunterez les pensées et les paroles des étrangers! Non, travaillez à devenir intérieurs. Tout le monde ne peut pas l'être comme Jésus et Marie: chacun peut l'être selon sa grâce et sa vertu. Sans cela vous ne recevrez jamais de consolations, d'encouragements dans la prière: vous serez trop malheureux aux pieds de Notre-Seigneur. Pour être adorateur, il faut être intérieur; il faut causer sur le prie-Dieu, interroger Notre-Seigneur, attendre sa réponse: il faut jouir de Dieu. Il faut être heureux en sa compagnie, heureux à son service ; on a besoin de jouir de sa familiarité si douce, si encourageante: mais pour trouver le cœur et l'amour de Jésus, il faut être intérieur. Après tout, qu'est-ce donc qu'être intérieur? C'est aimer assez pour pouvoir causer et vivre avec Jésus. Mais Jésus ne se fait pas entendre aux oreilles, ni voir aux yeux du corps, il parle seulement à l'âme recueillie. Jésus est tout intérieur au Saint Sacrement : il n'entre plus dans le cœur par la vue comme pendant sa vie mortelle, il veut aller à l'âme directement, lui parler à elle seule. Quand votre âme ne s'épanouit pas en sa présence, c'est qu'il n'agit pas sur elle; il y a un obstacle entre elle et lui. Ah! ne faites pas mentir Notre-Seigneur : il a dit que son joug est doux et son fardeau léger: mais c'est pour celui qui le porte dans la prière et la vie intérieure. Sans cela il vous sera lourd et ennuyeux à porter. Quand nous ne sommes pas intérieurs, tout cloche en notre vie. Oh! que je voudrais voir s'accomplir en vous cette parole si bien réalisée en la très sainte Vierge: Le royaume de Dieu est au dedans de vous! royaume de vertus, d'amour et de grâces intérieures. Alors vous commencerez à être des adorateurs et des saints. L'herbe des champs meurt tous les ans parce qu'elle n'a point de profondes racines: mais le chêne, l'olivier et le cèdre demeurent éternellement, parce que leurs racines s'enfoncent jusqu'au sein de la terre. Pour demeurer, être fort, il faut donc creuser, descendre jusqu'au fond, jusqu'au néant de soi-même, c'est là que se trouve Jésus: il s'est anéanti: exinanivit; c'est là que Marie l'a trouvé. Oh! puisse cette mère parfaite de la vie intérieure vous faire vivre comme elle en Jésus! puissiez-vous comme elle y demeurer toujours et n'en sortir jamais!

 

Marie médiatrice auprès de Jésus-Eucharistie

 

Un bon Frère de l'Ordre de Saint-François, très dévot, fut assailli, vers le temps où il allait prononcer ses vœux, d'une violente tentation de retourner dans le siècle, il redoutait de s'engager pour toujours ; et la crainte d'être infidèle à ses vœux, quand il les aurait prononcés, le décida à quitter l'habit la veille même de sa profession. Mais avant de partir il entre dans l'église du couvent, et. s'étant prosterné devant le Tabernacle que surmontait une statue de la sainte Vierge, il demanda fort ingénument à Jésus et à sa Mère la permission de partir. Mais, ô prodige! voilà la sainte Vierge qui descend de son trône, ouvre le saint Ciboire, et il en sort un bel et radieux Enfant! Marie se jette aux genoux de son Fils et lui dit d'une voix suppliante: « Mon très doux Fils, ayez pitié de notre pauvre serviteur! » Et le Seigneur: « Ma Mère, que voulez-vous que je fasse, puisqu'il ne veut pas demeurer avec moi? » Et la très miséricordieuse Vierge de repartir: « Mon Fils, justement, ayez pitié de lui et lui accordez la grâce de rester avec vous ». Alors l'Enfant-Dieu, levant la main, bénit le Frère et promit à Marie, en vue de ses prières, de n'abandonner jamais ce pauvre religieux. Cette parole dite, le Seigneur rentre dans son Ciboire, et, disparaissant, laisse le bon Frère rempli de force et de consolation. (Nicolao Laghi da Lugano, Miraculi dei Santissimo Sagramento, trat. I, c.IXXI).

 

Pratique : Vivre de recueillement et d'union à Jésus présent en nous, à l'imitation de notre Mère.

 

Aspiration : Marie, vraie fille du grand Roi, toute votre gloire est dans votre intérieur, parce que Jésus y demeure !

 

Dixième jour

La modestie, caractère de la vie de Marie

 

La vie cachée de Marie a un caractère qui la distingue de celle de Jésus. En elle ce n'est pas cette humilité qui étonne et confond, ce mélange de puissance et de faiblesse, de grandeur et d'obéissance que l'on admire en la vie de Jésus. La vie de Marie est toujours égale, toujours simple et cachée, c'est le règne de l'humble et douce modestie. La modestie fait le caractère de sa piété, de ses vertus et de toutes ses actions.

 

I. Marie est modeste dans son extérieur. Elle ne se distingue ni par la sévérité de son maintien, ni par une négligence affectée. Humble et douce comme l'esprit de Jésus; tout ce qui est à son usage porte le caractère de sa condition médiocre et la confond avec les femmes du commun. Ainsi devons-nous porter les insignes de la médiocrité: ni trop ni trop peu, si nous voulons nous rapprocher de la vie de notre Mère.

 

II. Modeste dans le monde. Marie fera avec empressement le sacrifice de sa retraite, de la douceur de sa contemplation, pour aller au loin vers sa cousine Elisabeth, la féliciter et la servir. Elle sera pendant trois mois sa compagne, son humble servante et fera le bonheur de cette maison privilégiée. Quand la gloire de son Fils le demandera, Marie paraîtra en public. Elle assistera aux noces de Cana. Elle ne dira rien à sa propre louange, ne s'appuiera ni sur son titre de mère du Messie, ni sur la puissance et la gloire de son Fils, pour s'élever aux yeux des hommes: sa modestie fait qu'elle se prête à la charité et s'arrête quand il le faut.

 

III. Modeste en ses devoirs. Marie les remplit avec douceur, sans empressement, toujours contente de ce qui lui arrive, toujours prête à un devoir nouveau. Elle les remplit tous avec cette égalité de caractère qui ne laisse voir aucune peine et ne demande aucune consolation; qui n'attire les regards de personne parce que tout est naturel et dans la mesure ordinaire. Beau modèle pour celui qui veut vivre de la vie de Jésus-Eucharistie, et pour un adorateur consacré à son service: toute sa vie ne se compose que de petits actes, de petits sacrifices que Dieu seul doit connaître et récompenser; il n'a pour tout honneur et pour toute consolation de son dévouement filial que l'humilité de son devoir, et il n'en veut pas d'autre que de plaire à son Maître par un sacrifice continuel de lui-même.

 

IV. Modeste dans sa piété. Marie, élevée au plus haut degré d'oraison que puisse atteindre une créature, vivant dans l'exercice habituel de l'amour parfait, exaltée au-dessus de tous les anges et faisant par sa dignité de Mère de Dieu un ordre à part dans les merveilles de Dieu, Marie cependant sert son Seigneur dans la forme ordinaire et commune de la piété; elle suit les prescriptions de la loi; elle assiste aux fêtes légales; elle prie parmi le commun des fidèles: rien ne la distingue, pas même sa modestie qu'elle sait cacher; rien ne révèle à l'extérieur la perfection de sa piété, pas même une ferveur extraordinaire! Telle doit être notre piété: commune dans ses pratiques, simple dans ses moyens, modeste dans l'action; évitant avec soin la singularité, fruit subtil de l'amour-propre; évitant l'extraordinaire comme trop sujet à la vanité et à l'illusion.

 

V. Modeste dans ses vertus. Marie les possède toutes au suprême degré, les pratique toutes dans leur souveraine perfection, mais sous une forme simple et commune; son humilité ne voit que la bonté de Dieu et ne laisse paraître, pour toutes les faveurs qu'elle en reçoit, qu'une humble reconnaissance: la reconnaissance du pauvre, sans éclat et sans gloire, que le monde ne remarque même pas. Peut-il sortir quelque chose de bon de Nazareth? Et l'on ne fait pas attention à Marie. Voilà le grand secret de la perfection: savoir la trouver dans ce qui est le plus simple, savoir l'alimenter de ce qui est le plus commun, savoir la conserver au milieu de l'oubli et de l'indifférence. Une vertu publique est bien exposée, une vertu louée et préconisée est bien près de sa chute: la fleur que tout le monde veut admirer est vite fanée! Aimons donc les petites vertus de Nazareth, celles qui naissent au pied de la croix, à l'ombre de Jésus et de Marie: on ne craint pas alors les tempêtes qui brisent les cèdres, ni la foudre qui tombe sur la cime des montagnes.

 

VI. Modeste en ses sacrifices. Marie se dévoue en silence et suavement à l'exil: pas de récrimination; elle ne s'estime nullement elle-même parce qu'elle est appelée à de grands sacrifices: ne fait aucune plainte non plus, aucune prière pour en adoucir la rigueur. Elle est modeste en face de la peine de son saint époux: plutôt que de lui révéler le grand mystère qui s'est opéré en elle et qui la relèverait tant à ses yeux, elle subit ses doutes: elle laisse à Dieu ce soin et se tient calme aux mains de sa Providence. Elle accompagne, percée de douleur, son Fils portant la croix; mais elle n'emplit pas Jérusalem de ses cris et de ses gémissements; sur le Calvaire, plongée dans une douleur sans mesure, aussi grande que son amour, Marie souffre en silence, et, après avoir dit un dernier adieu silencieux à son Fils, elle se retire en mère désolée, mais résignée.

 

VII. Enfin, modeste dans sa gloire. C'est le plus beau triomphe de la modestie de Marie. Comme Mère de Dieu, quels titres n'a-t-elle pas aux hommages de l'univers? Marie n'en retient que la peine et le sacrifice; jamais on ne la voit lorsque son Fils triomphe: elle n'est à sa suite que quand il y a une humiliation ou une croix à partager avec lui. Si donc nous voulons être les enfants de cette aimable mère, il faut nous revêtir de sa modestie, en faire le sujet ordinaire de nos méditations; c'est l'héritage que nous laisse Marie: que sa modestie soit la règle de nos vertus; que cette simplicité qui s'oublie pour ne voir que Dieu, qui va au devoir plutôt qu'à la jouissance, à Dieu plutôt qu'à ses douceurs, à l'amour pour l'amour, soit notre partage, le but de nos efforts et le cachet de notre vie. La modestie est la vertu royale d'un adorateur, parce qu'elle est la vertu, la livrée des serviteurs des rois, et la vertu des anges devant la majesté divine: c'est elle qui nous compose en la présence de Dieu; qui lui fait hommage de tous nos sens, de toutes nos facultés: elle est l'étiquette de son royal service. Il faut être modeste comme Marie au service de Jésus!

 

Les divines épousailles

 

Marie n'a pas de plus ardent désir que de nous lier à son divin Fils, au Sacrement, par des liens indissolubles. Un jour que la vénérable Mère Catherine de Jésus, Carmélite d'Espagne, avait reçu la communion, et qu'elle se livrait envers son divin Sauveur aux sentiments de l'amour le plus tendre. Marie lui apparut tenant l'Enfant-Jésus entre ses bras. Prenant alors la main de son divin Fils, elle la mit dans celle de Catherine, comme pour la fiancer à son Epoux céleste. Aussitôt la sainte fille entra dans des sentiments dignes de cette divine alliance, en demandant à Jésus quelque part à ses douleurs: et le Sauveur lui offrit une couronne d'épines dont elle ceignit son front et qu'elle ne quitta plus pendant les vingt-trois ans qu'elle vécut encore; plus fière de ce diadème que les reines de leurs couronnes de diamants!

 

Pratique : Reproduire dans notre vie la modestie de Jésus et de sa sainte Mère.

 

Aspiration : Nous vous bénissons, ô chaste Colombe qui nous apportez le rameau de l'olivier et nous annoncez Jésus-Hostie qui nous sauvera du déluge spirituel!

 

Onzième jour

Marie à Bethléem

 

Le mystère de Bethléem est plein de douceur et d'amour. Jésus s'y montre, peut-on dire, plus aimable que sur le Calvaire. Entrez bien dans les dispositions de la très sainte Vierge.

 

I. Avant la naissance de son fils, dans les heures qui précèdent cet heureux moment, unissez-vous à son attente: redoublez comme elle de ferveur et d'amour; unissez-vous à son recueillement, et retirez de ses dispositions cet enseignement: qu'il faut servir Notre-Seigneur comme il veut qu'on le serve, et non pas comme on voudrait le faire soi-même. En effet, Marie savait par les prophéties tout ce que devait souffrir son Fils; elle se disposait à le servir comme il voudrait et à le suivre partout: imitez ce vrai dévouement, ce véritable amour. Il devait paraître tout naturel à Marie que Jésus naquît dans un beau palais, ou à tout le moins, comme la plupart des enfants, dans un certain bien-être. Eh bien! non, il naîtra dans une grotte, dans le trou d'un rocher. Marie et Joseph, repoussés de partout, sont contraints de s'y retirer. La douleur de saint Joseph dut être bien grande sans doute: c'est à lui, chef de la famille, qu'incombe le souci de trouver un abri pour sa sainte épouse, et nous pouvons supposer quelle fut son anxiété, sa peine, quand, refusé partout, il dut conduire Marie, au moment d'enfanter, dans ce pauvre réduit. Pour Marie, elle était heureuse même au milieu de ces rebuts : elle possédait Jésus en son sein, et elle savait que c'était lui-même qui permettait qu'ils fussent rejetés et méconnus, et qui les conduisait dans l'étable où il avait résolu de naître. C'est ainsi que Dieu arrive à ses fins: l'homme s'agite, cherche des secours humains, et quand il a tout épuisé en vain. Dieu le mène où il veut le mener. Dieu permet que l'on cherche inutilement le secours de l'homme, afin qu'on s'abandonne à lui et que l'on se laisse conduire comme Marie et Joseph. C'est dans ces états d'abandon que l'on sent davantage la bonté de Dieu: il a soin de nous alors, nous venons auprès de lui comme des enfants autour de leur père, sans inquiétude. Lorsque le succès aura couronné nos efforts, que la Providence se sera montrée plus sensiblement, notre amour ne sera plus le même, nous compterons peut-être trop sur nos ressources, et pas assez sur Dieu. Les Israélites recevaient plus de faveurs dans le désert que dans la terre promise, et Dieu était plus près d'eux; et Jésus était plus aimable dans sa crèche de Bethléem ou dans la pauvre maison de Nazareth, que dans sa vie publique, au milieu de toutes les merveilles qu'il opérait.

 

II. Et quand Jésus est né, oh! comprenez, si vous le pouvez, les adorations, les hommages, les attentions de Marie. Adorez Jésus dans ses bras ou dormant sur son sein. Quel bel ostensoir! Il a été travaillé avec art par le Saint-Esprit. Quoi de plus beau que Marie, même extérieurement? Elle est le lys, le lys de la vallée, pure comme lui, et qui a germé dans une terre immaculée. Marie, c'est le Paradis de Dieu! Aussi, voyez quelle fleur y fleurit: Jésus la fleur de Jessé! voyez quelle moisson il produit: Jésus le froment des élus! Et entrez dans l'âme de Marie: contemplez-en la beauté; mais il y a dans l'âme de Marie une beauté capable de faire notre bonheur éternel quand nous la connaîtrons bien! Dieu s'est épuisé pour embellir Marie. Voilà l'ostensoir du Verbe naissant ! voilà par quel canal nous vient Jésus! Oh! oui, l'Eucharistie commence à Bethléem et dans les bras de Marie: c'est elle qui a apporté à l'humanité le pain dont elle est affamée et qui peut seul la nourrir. Elle nous le gardera ce bon pain! Divine Brebis, elle va nourrir cet Agneau dont nous mangerons la chair vivifiante. Elle le nourrit de son lait virginal: elle le nourrit pour le sacrifice, car elle connaît déjà sa destinée: elle sait déjà, et dans quelques jours elle saura mieux encore, qu'il n'est que pour l'immolation; elle accepte cette volonté de Dieu sur elle, et porte dans ses bras, nous prépare la victime du Calvaire et de l'autel. Au jour du sacrifice, elle conduira son divin Agneau à Jérusalem; elle le livrera à la divine Justice pour le salut du monde. Eh quoi! Bethléem parle déjà du Calvaire! Certainement Marie a entendu cette première parole de son Fils: Père, vous ne voulez plus des sacrifices de la loi: me voici ! Et elle s'unit à son offrande et à son immolation anticipée.

 

III. Mais il y a aussi des joies à Bethléem, de douces joies. Les bergers, âmes simples, viennent adorer l'Enfant-Dieu: Marie est heureuse de voir les hommages simples et offerts de si bon cœur qu'ils rendent à son Jésus. Quelques jours après, ce sont les Mages qui apportent et le tribut de leurs adorations et leurs présents royaux: Marie le présente à leur amour; c'est dans ses bras qu'ils le trouvent. Oh! que de fois vous avez dû jouir du bonheur des Mages! Comme l'âme aimante est heureuse quand elle a trouvé Jésus avec Marie sa mère! Ceux qui connaissent le Tabernacle où il réside, ceux qui le reçoivent en leur âme, savent que sa conversation est pleine d'une suavité divine; sa consolation ravissante, sa paix surabondante, et la familiarité de son amour et de son cœur ineffable! Trouver Jésus entre les bras de Marie, s'unir aux sentiments de Marie quand elle le presse sur son cœur, ô délicieux moment! qui passe toujours trop vite, comme la joie du Tabor! moment où l'on oublie tout, où l'on ne désire plus rien, pas même le ciel: on le possède, on a Jésus et Marie!

 

Les sanctuaires de l'Eucharistie multipliés par les soins de Marie

 

Si la sainte Vierge inspire à tant de ses dévots serviteurs de lui dédier des pèlerinages et de lui construire des temples, n'en doutons pas, elle ne le fait que pour multiplier les tabernacles de son Fils, le Dieu de l'Eucharistie. Nous en avons un précieux témoignage dans l'histoire de la construction de la chapelle de Notre Dame du Laus, située au milieu des Alpes. S'adressant à une pieuse bergère dont elle voulait faire l'instrument de ses grâces, Marie lui dit: « Je veux faire bâtir ici une église en l'honneur de mon très cher Fils, où beaucoup de pécheurs et de pécheresses viendront se convertir ». L'église fut construite avec l'obole du pauvre; et Marie, s'adressant une autre fois à la même enfant: « Mon fils, dit-elle, m'a donné ce lieu pour la conversion des pécheurs ». Et jamais, l'histoire du Laus en fait foi, pécheur n'est sorti de ce béni sanctuaire que réconcilié avec le divin Fils de la très douce Mère, qui l'attendait dans son Tabernacle, vrai trône de grâce et de miséricorde. (Histoire des merveilles de Notre Dame du Laus).

 

Pratique : Demander sans cesse à Marie de nous donner Jésus.

 

Aspiration : Salut, ô Marie. sainte montagne où l'Agneau eucharistique a trouvé de gras pâturages!

 

Douzième jour

Jésus présenté au Temple par Marie

 

I. Notre Seigneur ne veut pas tarder de se donner publiquement à son Père: quarante jours après sa naissance, il inspire à sa Mère de le conduire au temple. Marie porte son enfant dans ses bras; elle va le donner à son Père et le racheter par deux tourterelles: Jésus voulait être racheté par ces petits animaux, qui nous manifestent sa pureté et sa simplicité. Il va se passer là un grand mystère. Le bonheur de la très sainte Vierge, ses joies vont finir en ce jour. Ecoutez les paroles du vieillard choisi de Dieu: « Ce Fils sera posé en signe de contradiction, pour la ruine et la résurrection d'un grand nombre: pour vous, ô Mère, un glaive de douleur transpercera votre âme! » Comment la sainte Trinité, comment Dieu si bon, si tendre, peut-il ainsi découvrir un tel mystère de douleur à une pauvre Mère de quinze ans encore tout enivrée des joies de la naissance de son Fils! C'est sa première sortie, et elle apprend quelle sera la mort de son enfant bien-aimé! Oh! elle comprend tout! Dés ce jour, le Calvaire est partout où est Jésus, à Nazareth, en Egypte: Marie voit sans cesse son Fils crucifié. Ah! quand on n'a pas de vertu, Dieu nous laisse dormir dans une sorte de sécurité: mais quand il voit une Time aimante, il s'empresse de la crucifier pour trouver sa gloire en elle: l'amour est dans la douleur. Marie l'accepte. Désormais elle ne s'entretiendra plus avec son Fils que du Calvaire, de ses souffrances et de sa mort: elle a assez de force pour souffrir un Calvaire qui va durer trente-trois ans! Comprend-on ce que ce mot a de crucifiant: « Un glaive de douleur transpercera votre âme! » Dès ce moment, Marie voit les plus petits détails des souffrances de son Fils: elle y pense sans cesse: c'est à partir de ce jour qu'elle est la Reine des martyrs.

 

II. Que faut-il retirer de ce mystère de la Présentation de Jésus par Marie? C'est qu'il ne faut pas se donner à Dieu pour jouir, pour avoir des consolations, pour posséder une tranquillité et une paix inaltérables. Jésus a dit sans doute: « Prenez mon joug, il est doux, et mon fardeau est léger »; mais il a dit aussi: « Celui qui ne porte pas sa croix tous les jours à ma suite, n'est pas digne de moi ». Que devons-nous faire? Nous offrir en union avec Marie notre Mère, nous donner à Dieu, et accepter les peines, les souffrances et toutes les croix qu'il voudra nous envoyer. Dans les commencements, quand on vient de se donner à Dieu, l'âme reçoit des consolations, le service de Dieu est accompagné de douceurs sensibles. Il y a beaucoup d'âmes qui, dégoûtées du monde où elles n'ont éprouvé que déceptions, reviennent à la piété pour y trouver la paix et la consolation; elles n'y cherchent que cela, elles ne veulent voir que cela dans le service de Dieu. Elles le servent tant que le Seigneur leur fait ces divines douceurs; quand il se cache et veut substituer une nourriture plus forte à ce pain des enfants, elles s'inquiètent, se découragent, tombent dans le scrupule; elles mettent leur imagination à la torture, pour savoir ce qui a pu leur attirer cette punition; elles croient que leurs confessions n'ont pas été sincères, qu'elles ont fait de mauvaises communions: elles veulent trouver en elles la cause de ce changement: ne la trouvant pas, elles se découragent et finissent par abandonner leurs exercices de piété. Oh! sans doute, ne dédaignons pas les consolations de Dieu: soyons heureux de les recevoir quand il les envoie; mais ne les recherchons pas uniquement: les douceurs, les grâces sensibles passent, Jésus seul reste toujours. Il y a des saints qui ont été favorisés de grandes douceurs de Dieu, d'extases, de ravissements; mais qu'ils ont souffert ! Dieu les leur donnait de loin en loin: elles étaient la récompense de leurs souffrances, et un encouragement à souffrir encore davantage pour son amour. C'est par la souffrance qu'on se sanctifie; c'est par la croix, les épreuves, que l'âme se fortifie, qu'elle se dégage d'elle-même: alors elle ne cherche plus sa satisfaction dans le service de Dieu, mais lui seul. Tel est l'enseignement du mystère de la Purification de Marie et de la Présentation de Jésus au Temple: mettons-le en pratique, si nous voulons être dignes de la victime auguste que nous contemplons sans cesse au Saint Sacrement, et de sa Mère qui l'a offerte si généreusement!

 

La Chandeleur au ciel

 

On lit dans le Rosaire de saint Dominique, au rapport de Nicolao Laghi, qu'une jeune femme nommée Lucie, fort dévote à Marie, dont elle récitait chaque jour le Rosaire, vit, le jour de la Purification, un ange sous la forme d'un splendide jeune homme qui lui dit: « Viens, Lucie, je te mènerai en ce jour de fête dans une église magnifique où tu verras des choses ravissantes ». Elle fut, en effet, transportée dans un temple si beau qu'elle ne pouvait en comprendre la magnificence. Sainte Anne et sainte Madeleine vinrent la prendre par la main et l'introduisirent au milieu du chœur, au pied du trône de la très sainte Vierge; et cette très douce Reine lui dit: « Puisque, en récitant fidèlement mon Rosaire, tu m'as si souvent présentée à mon Fils, je veux te présenter à Lui à mon tour ». Et, en effet, Lucie vit venir Jésus-Christ, revêtu des insignes de souverain Prêtre, qui célébra en sa présence les saints Mystères. Lorsque le moment de la communion fut venu, toute la troupe céleste se disposait autour de la table sainte, et Lucie n'osait s'approcher, s'estimant indigne d'être assise, au Banquet divin, à côté de tels convives. Et Marie, ô miséricordieuse condescendance d'une mère, vint prendre Lucie et la plaida au premier rang, ne communiant elle-même que la seconde. La vision s'évanouit alors; et la pieuse servante de Marie en retint un tel souvenir, qu'elle passa tout le reste de sa vie dans tous les exercices de la perfection chrétienne.

 

Pratique : S'offrir à Jésus, Victime d'amour sur nos autels, pour tout ce qu'il voudra de nous, en union avec Marie.

 

Aspiration : Marie! Vigne féconde qui nous avez donné le Vin eucharistique, soyez bénie!