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Le Mois de Notre Dame du Très Saint Sacrement

Méditations extraites des écrits de Saint Pierre-Julien Eymard

Fondateur de la Congrégation du Très Saint Sacrement

 

Vingt-huitième jour

Vie d'union de Marie à Jésus

 

I. Marie vivait en l'Eucharistie. Celui qui aime véritablement, pense, désire, agit, se réjouit ou s'attriste en la personne aimée: c'est son centre naturel de vie. Jésus, en effet, a dit: « Là où est votre trésor, là est aussi votre cœur ». Et à ses Apôtres: « Demeurez en moi, demeurez dans mon amour, comme je demeure dans l'amour de mon Père. » Marie demeurait donc en la divine Eucharistie, centre de son amour; toutes ses pensées, ses paroles, ses actions en sortaient, comme tous les rayons sortent du soleil; l'Eucharistie était l'oracle qu'elle consultait, la grâce qu'elle suivait.

 

II. Mais Jésus au Sacrement vit de la même vie d'amour qui le consumait aux jours de sa mortalité; en son état sacramentel il continue d'adorer son Père par ses profonds anéantissements; il est encore le médiateur et l'intercesseur pour le salut des hommes auprès de la divine bonté. Marie s'unissait donc à la prière de Jésus; elle y ajoutait l'exercice et le mérite des vertus que Notre-Seigneur en son état glorieux ne peut plus pratiquer actuellement; à l'état d'humiliation de Jésus au Sacrement, elle répondait par la vertu et les actes d'humilité; à son état de victime, par la souffrance actuelle; à son état de propitiation, par les actes de la mortification volontaire. Pour honorer la vie cachée de Jésus, Marie s'anéantissait et tendait à n'être plus qu'une apparence humaine, dont tout l'être, toute la substance est changée, transformée en Jésus-Christ: elle est pauvre comme Jésus au Sacrement, plus pauvre même puisqu'elle peut éprouver les privations réelles de l'indigence; comme Jésus elle obéit, et honore son obéissance sacramentelle en se soumettant au dernier des ministres de l'Eglise; et, pour imiter son obéissance si douce et si simple, si prompte aussi, elle est heureuse d'obéir, empressée de se rendre au moindre signe ; en un mot, Marie complète en elle la vie eucharistique de Jésus-Christ. De plus, Marie renouvelait en l'Eucharistie tous les mystères de la vie du Sauveur, perpétuant sa reconnaissance et la renouvelant toujours plus vive.

 

III. Telle doit être la vie de l'adorateur s'il veut vivre en l'Eucharistie. Mais pour arriver à cette vie d'union, il faut s'affranchir de tout esclavage, de cette vie d'amour-propre qui ne voit que soi, même dans le service de Dieu ; qui ne parle à Jésus que de soi. que de ses intérêts personnels, de ses affaires propres, et ne sait pas s'entretenir avec Jésus en lui parlant de lui-même et des intérêts de sa gloire, des sollicitudes de son divin Cœur: qui ne sait pas se tenir calme et tranquille à ses pieds, se suffisant de lui, ne désirant rien de plus que lui; de cette vie qui n'a pas la patience de l'écouter, mais qui nous rend semblables à des mercenaires attendant impatiemment leur salaire, à des commissionnaires empressés de partir. Jésus a bien peu d'adorateurs qui s'estiment assez récompensés et assez heureux de demeurer avec lui, occupés à le servir, comme les anges au ciel, comme Marie au Cénacle; il ne voit guère à ses pieds que des mendiants, ou des fiévreux qui lui demandent secours. Et cependant, dans un palais on sait être courtisan et demeurer à assister le roi, sans faire autre chose qu'acte de présence pour honorer sa majesté. Hélas! c'est le règne des sens, et rien ne coûte; à la cour eucharistique de Jésus, c'est le règne intérieur de son amour, et on a peur, et on fuit, et on veut travailler: Jésus ne suffit pas, il faut quelque chose encore avec lui! Cependant, Marie ne perdait jamais la présence eucharistique de Jésus; elle n'agissait que lorsqu'il le voulait, s'estimant assez occupée d'être à ses pieds, assez récompensée de le posséder!

 

Le ciel sur la terre

 

Nous avons rapporté hier la pieuse tradition selon laquelle Jésus serait demeuré toujours présent en Marie sous les espèces eucharistiques. C'est là une si douce merveille, que nous nous y arrêterons encore ce soir. « Marie voyait au dedans d'elle-même le corps de son très saint Fils, tantôt glorieux, tantôt revêtu de la beauté naturelle de son Humanité sainte; d'autres fois, et presque continuellement, elle connaissait tous les miracles que renferme le très saint sacrement de l'Eucharistie Ce qu'elle prisait le plus, c'était de savoir combien son très saint Fils se complaisait à demeurer, sous les espèces sacramentelles, dans son Cœur très pur; et il y trouvait plus de délices qu'à être en la compagnie des Bienheureux. De son côté, une des choses qui pénétraient Marie d'une joie indicible, c'était l'adoration et le respect que les Esprits célestes rendaient à son Fils caché, sous les espèces sacramentelles, dans son sein. Car, prévoyant la négligence que les hommes apporteraient à rendre au Corps sacré du Sauveur le culte qui lui est dû, elle offrait à sa divine Majesté les hommages dont l'entouraient les Princes célestes, qui connaissaient plus dignement ce mystère et qui le révéraient avec les sentiments du respect le plus sincère. O chef-d'œuvre singulier, unique et prodigieux de la puissance infinie! Vierge sainte, vous seule avez été un ciel plus agréable à votre Créateur que le ciel inanimé qu'il a fait pour sa demeure! Celui que les espaces incommensurables ne peuvent contenir s'est renfermé en vous seule et a trouvé un trône convenable non seulement en votre sein virginal, mais aussi dans le domaine immense de votre capacité et de votre amour! » (Cité mystique, p. III, l. VIII, c. VIII ; passim.).

 

Pratique : S'appliquer, en union avec Marie, à vivre de communion et d'action de grâces par le recueillement intérieur.

 

Aspiration : O Cœur de Marie, Trône magnifique du Dieu caché, soyez exalté au plus haut des cieux!

 

Vingt-neuvième jour

La parfaite Servante du Saint Sacrement

 

I. « Ecce ancilla Domini: Voici la servante du Seigneur », dit la très sainte Vierge; et toute sa vie s'est passée à le servir dans la dernière perfection. Elle est le modèle royal et divin de notre service eucharistique. Son service au Cénacle résume toute sa vie: elle y renouvelle tous ses états, toutes ses grâces; là ses vertus acquièrent leur suprême perfection, qui va les rendre dignes du ciel et de la gloire immense qui l'attend. S'attacher à ce dernier anneau de la vie de Marie, c'est la grâce d'une servante de l'Eucharistie: s'inspirer de ses vertus et de son dévouement, c'est sa force et sa règle. ainsi: dévouement d'amour au Saint Sacrement, par l'esprit et les vertus de la très sainte Vierge. C'est un dévouement. On ne se dévoue pas pour être pariait ou heureux, pour se faire une fortune spirituelle ou un beau paradis: on se dévoue par amour; le dévouement ne veut qu'une chose: faire plaisir, rendre ses devoirs. Or Notre-Seigneur ne nous demande pas de le servir au dehors, dans les âmes; mais il nous dit: « Pour monter sur mon trône d'amour, il me faut des adorateurs; sans adorateurs je ne puis pas être exposé solennellement: vous demeurerez avec moi, vous serez mes adorateurs; vous serez attachés à ma personne; vous serez pour moi, comme je serai pour vous. Vous allez faire exclusion totale de votre volonté propre, je la veux pour moi; renoncer à vos intérêts personnels, je m'en charge; un roi veut faire la fortune de ses serviteurs, mais il ne leur dit pas ce qu'il fera. » De sorte que le champ que nous avons à cultiver c'est Notre-Seigneur lui-même, lui tout seul; il nous retient pour lui, et se commet à notre garde. Et la récompense de ce dévouement? Elle est de vivre auprès du Roi, de lui plaire, d'être son favori. Nous servons le Roi pour sa propre gloire, et nous nous effaçons en tout. Ce dévouement doit donc être un dévouement d'amour pur, très pur, eucharistique: l'Eucharistie absorbe tout; Jésus se donne tout entier, il nous veut tout entiers. Mais il apporte avec lui un sentiment de joie et de bonheur qui se répand sur toute la vie. Quoi! être associés à l'Eucharistie, à l'adoration, devenir des personnes de Jésus-Christ, qu'y a-t-il de plus grand ? Allez donc à ce service avec joie, avec bonheur; l'amour vole, il aime mieux le service de Jésus que son repos, que son propre bonheur: quand on n'aime pas, on tâche de ne pas aller trop vite, on retarde: mais, comme Marie, volez au service, à l'adoration de Jésus qui vous attend.

 

II. Le service de Notre-Seigneur, c'est notre part avec la très sainte Vierge. Vous êtes appelés à le servir, lui, et non pas vous. Il faut bien prendre garde d'employer des termes qui indiqueraient une faible intelligence de ce sublime service. Il ne faut pas dire: « Je vais faire mon service »; non, non; tous les employés disent cela. Mais: « Je vais faire le service de Notre-Seigneur ». Il y a une grande différence dans les deux termes et surtout dans les deux pensées. Un courtisan sait bien dire: « Je suis au service du roi ». Eh bien, nous disons: « Je suis au service de Notre-Seigneur »: par là nous nous effaçons, nous nous perdons de vue et nous mettons Notre-Seigneur en avant. Ce service embrasse plusieurs fonctions: il en est, comme la messe, l'adoration, l'office, qui regardent directement sa personne; d'autres, sa maison, le bien de ses serviteurs. Mais toutes sont des fonctions du service royal de Notre-Seigneur. La maison de Notre-Seigneur exige diverses sujétions, divers emplois matériels: nous ne sommes pas de purs esprits; mais dans ces travaux c'est le Roi encore qu'il faut voir, pour lui qu'il faut agir. Dévouement à la gloire du Saint Sacrement. Qu'est-ce que cette gloire que nous lui devons? C'est de lui renvoyer tout ce que nous faisons de bien; de ne rien garder pour nous; de ne pas nous faire un petit pécule, bourse à part. Servantes du Saint Sacrement, comme Marie; servantes qui n'ont plus d'intérêt, plus de personnalité, qui sont toutes dépensées au service de Jésus. Quel beau titre ! C'est celui qu'a préféré Marie. C'est le seul qu'elle se donne. En prenant ce nom de votre Mère, il faut prendre les devoirs et les vertus qu'il renferme: tous sont contenus dans le Magnificat: « Le Seigneur a regardé l'humilité, la bassesse de sa servante ». Ah! si quelqu'un doit être humble, dévoué, c'est la servante. Que serait-ce si une servante voulait choisir dans le service de son maître, se ménager des instants, garder du temps pour elle? Et toutes les vertus de Marie, prenez-les dans leur dernier caractère, au Cénacle: elles ne sont plus que des actes de son adoration: Marie adore par toutes ses vertus: l'adoration résume toute sa vie. Servir Jésus au Très Saint Sacrement par l'esprit et les vertus de Notre-Dame du Cénacle, voilà la vie d'une servante; son mot d'ordre est: Tout pour le service de Jésus-Hostie en union avec Marie!

 

L'Ange de l'Eucharistie

 

On sait par quel amour dévoué, par quelle dévotion tendre envers l'Eucharistie, une pauvre ouvrière, Marie-Eustelle, mérita ce beau nom d'ange de l'Eucharistie. Ayant été mise, par son curé, à la tête de la sacristie de sa paroisse, on ne saurait dire avec quelle estime, quel dévouement elle s'acquitta de ces augustes fonctions, traitées, hélas! dans quelques paroisses, avec si peu de respect par des mercenaires. Les premières fois qu'il lui fut donné de préparer ce qui est nécessaire pour l'oblation du saint Sacrifice, la joie de son âme n'eut d'égal que le profond sentiment de son indignité. Elle écrivait à ce sujet: « J'aime à penser que, comme la sainte Vierge, je suis employée au service du Temple autant que ma vocation peut le permettre, et cette pensée ranime encore ma reconnaissance. Mais, pour être digne de ce saint emploi, il me faudrait la pureté de cette Vierge sainte, ce que je suis bien loin d'avoir. mon Dieu! je ne pense pas assez au compte que je rendrai de tous ces moyens de salut! Je m'occupe seulement à jouir du bonheur que me procure cette sainte occupation. Daigne le Seigneur m'orner d'une pureté semblable à celle des anges, pour approcher si prés du Dieu des anges et le recevoir si souvent! » (Vie de Marie-Eustelle).

 

Pratique : Se dévouer aux oeuvres du culte eucharistique, pour imiter Marie servant Jésus au Cénacle.

 

Aspiration : Marie! Mère du Bel Amour, faites-nous aimer Jésus au Saint Sacrement comme vous l'avez aimé!

 

Trentième jour

Le triomphe de Marie

 

I. Au jour de sa glorieuse assomption en corps et en âme dans le ciel. Marie reçoit le couronnement de toutes ses grâces. Certes nous pouvons nous réjouir. Nous ne perdons pas notre mère; mais nous l'envoyons au-devant de nous pour nous préparer notre place et nous acquérir des droits sur le cœur de Dieu. Nous pouvons bien dire à Dieu: « Notre misère est grande »; oui, cette terre n'est qu'une vallée désolée; mais elle vous envoie ce qu'elle a de plus beau, une merveille qu'elle ne devait pas s'attendre à produire, Marie votre Mère. Regardez-nous avec des yeux de miséricorde à cause de cette fleur bénie de notre parterre que nous vous offrons: elle en est la plus pure et la plus belle. Mais le triomphe de Marie est aussi le triomphe de Jésus. Il retrouve sa Mère: il redevient fils par sa présence, Jésus aimait tant sa Mère, comment avait-il pu se séparer d'elle? Il ne l'avait fait que par amour pour nous: nous l'ayant donnée pour Mère, il fallait bien qu'il nous laissât jouir de ce don ineffable. Mais le temps est venu de reprendre son bien. Jésus vient lui-même chercher sa Mère: Innixa super dilectum suum. Marie était morte d'amour; le désir de voir son Fils et de lui être pleinement unie avait brisé sa vie. Jésus va lui faire un beau triomphe. Oh! que se passe-t-il au moment de la rencontre de Jésus et de Marie! Vous savez le bonheur d'une mère et d'un fils qui se revoient après une longue séparation. Jésus désirait revoir sa Mère: elle est là! Avec quels baisers d'amour ne la reçoit-il pas!

 

II. Il va l'introduire lui-même dans la gloire, il lui doit une compensation: Marie a été pauvre et sans honneur toute sa vie: le moment est venu de la couronner de gloire et d'honneur. Marie entre au ciel avec un éclat tel qu'il ne s'en vit jamais: elle entre par une porte spéciale, ouverte pour elle seule: elle ne pouvait passer par la porte des simples élus; si les douze apôtres sont les douze portes du ciel, Marie est la porte royale de la patrie, la porte par excellence. porte auguste et bonne! Qu'il fait bon de passer par elle! Sans doute la pratique de la loi nous fait entrer sûrement au ciel: mais il est encore meilleur de se confier à la miséricorde de Marie: la miséricorde ne cherche qu'à sauver: passez, passez parla miséricorde, et ne comptez pas tant sur vos œuvres et sur votre accomplissement de la loi: à le bien examiner, vous le trouverez encore bien imparfait. Jésus conduit sa Mère par la main jusqu'au pied du trône de Dieu: « Voilà, ô Père, celle que vous vous êtes associée en la choisissant pour me donner mon humanité ». Et le Père la couronne de ses trois titres les plus beaux, reine, mère et médiatrice. Mais au diadème de Marie trois perles brillent d'un éclat plus éblouissant: ce sont les perles de son humilité, de sa pauvreté et de ses souffrances.

 

III. Marie fut la plus humble des créatures, elle sera au ciel la plus glorieuse; si elle s'assied sur le trône le plus voisin du trône de Jésus-Christ, c'est qu'elle s'est approchée plus que personne de la perfection de son humilité. Elle a passé pour une fille pécheresse d'Eve, elle qui n'avait pas subi la honte du péché originel; elle a suivi son Fils; les Juifs l'ont regardée comme une femme ambitieuse, elle qui n'a jamais dit un mot à son avantage! Personne ne fut si pauvre que Marie et n'eut une pauvreté si méritoire, car elle était la Mère du Roi du ciel et de la terre. Mais pour imiter la pauvreté de Jésus elle travaille à Nazareth, mendie en Egypte: quoi de plus pauvre que la maison de Lorette? La justice de Notre-Seigneur lui devait une compensation. Aussi elle hérite de tous les mérites, de toutes les grâces de son Fils ; elle en a la libre disposition; toutes les grâces du salut nous seront données par Marie: grâces naturelles, grâces spirituelles; elle est riche de la richesse de Dieu lui-même. Et si la justice divine ne s'opposait à l'inclination de son cœur maternel, les portes de l'enfer seraient bientôt fermées; le démon a été forcé d'avouer qu'il n'est jamais sûr de la victoire, tant que celui que Marie protège conserve un souffle de vie. Elle supplie, importune, arrache à Dieu des grâces de miséricorde et de pardon pour les criminels les plus endurcis! Enfin, si le bonheur est en raison des souffrances, personne n'est si heureux au ciel que Marie; car personne n'a tant souffert, n'ayant jamais eu tant d'amour qu'elle. Dieu fut cruel pour Marie, il la martyrisa continuellement. La prédiction de Siméon empoisonna toutes ses joies: dès ce moment Marie supplée Jésus, encore trop jeune pour souffrir publiquement. Et, au pied de la croix, elle est plus près de Jésus, pour souffrir davantage: parce qu'il la voulait au ciel plus près de lui, il l'a unie à ses souffrances et à ses humiliations plus qu'aucune autre créature! Pour tout dire, Dieu a couronné Marie de gloire et d'honneur comme le- chef-d'œuvre de son amour : au-dessus d'elle, il n'y a que lui: Solo tonante minor! mais du milieu de sa gloire, Marie se souvient qu'elle est notre mère. Elle n'est montée au ciel avant nous que pour nous en faciliter l'entrée, nous y conduire: elle viendra nous chercher elle-même par la main, à l'heure suprême, si nous savons l'appeler à notre secours!

 

La dernière communion de Marie

 

C'est une pieuse pensée de Gerson que Jésus descendit en personne, escorté de sa cour céleste, porter à sa Mère le saint Viatique et lui servir de prêtre à ses derniers moments. Marie, en effet, avait assisté son Fils à la mort, avait reçu son dernier soupir à la Croix; il était juste que Jésus rendit le même service à sa Mère; et ce que nous lisons de plusieurs saintes vierges, que Jésus leur apporta lui-même la communion, nous devons le supposer avec beaucoup plus de raison de Marie, qui posséda avec surabondance toutes les grâces des saints et reçut des faveurs encore plus précieuses. Voyez-vous Marie sur sa couche, environnée des Apôtres ? Son corps est affaibli par la violence de son amour, son visage est souriant: et Jésus, en vêtements pontificaux, entouré d'une foule d'anges qui le servent, présente à sa Mère la divine Hostie avec un regard, une expression d'amour capables de nous faire mourir de joie et de ravissement! Et Jésus dit à sa Mère: « Tu es toute belle, ma Bien- Aimée! » Et Marie lui répond: « Oh! je mourrai avec joie, puisque j'ai vu votre beau visage! » Et Jésus reprend: « Viens du Liban, mon Epouse et ma Mère, viens, je te couronnerai! » Ce dernier embrassement de Jésus allume en Marie un tel feu d'amour que son corps, cédant à sa violence, laisse monter au ciel, portée par Jésus triomphant, l'âme si pure dont il avait été le sanctuaire immaculé. (De Machault. t. II, p. 229).

 

Pratique : Préparer les agonisants à recevoir le saint Viatique; avertir le prêtre à temps. Disposer à Notre-Seigneur une réception convenable chez les pauvres.

 

Aspiration : Marie, donnez-nous Jésus-Eucharistie, maintenant et à l'heure de notre mort!

 

Trente et unième jour

 

Consécration à Notre-Dame du Très Saint Sacrement

 

I. A la fin de ce beau mois que nous vous avons consacré, ô Notre-Dame du Très Saint Sacrement, après avoir médité vos grandeurs, admiré la perfection de vos adorations et de votre service eucharistique au Cénacle, il nous reste à nous donner totalement à vous, afin que vous nous gardiez et nous dirigiez dans notre vocation adoratrice. Je vous remets donc entre les mains la direction de ma vocation et la grâce des sublimes devoirs qu'elle m'impose. Ma vocation d'adorateur est belle, la plus belle de toutes, puisqu'elle me fixe pour toujours au service de l'adorable Personne de Jésus-Christ en son divin Sacrement. Elle est privilégiée, puisqu'elle me donne le droit d'aller directement à sa divine Personne sans intermédiaire. Elle est belle et sublime, puisque je partage la fonction des anges, et, si j'osais, je dirais celle de la très sainte Vierge elle-même, au service de Jésus. Mais pour cette divine vocation il me faut des qualités remarquables, des vertus véritables ; à tout le moins une pureté ordinaire, et je n'ai rien! je ne puis rien! Je n'ai, au contraire, que des défauts, des habitudes mauvaises; je suis pétri d'amour-propre; je n'ai point d'humilité, de douceur, d'esprit de mortification; je ne sais ni prier ni faire oraison; je n'ai qu'une vieille routine de piété, que quelques pauvres idées de vertu, mesquines et incomplètes. Hélas! mon Dieu, vous qui devriez avoir à votre service tout ce qu'il y a de plus grand, de plus parfait, de plus saint, comment avez-vous pu me choisir: moi, infirme, pauvre, créature de néant; moi, plein de misères, couvert encore des cicatrices de mes péchés, tout lépreux encore du vieil homme qui vit en mon être? Comment oserai-je accepter cette grâce, habiter avec les anges, être en la même maison que votre divine Mère, rester en votre compagnie et en votre sainte présence? Oh ! Marie, ma céleste Reine et divine Mère, je ne puis accepter cet honneur, devenir l'heureux serviteur de Jésus-Eucharistie, si vous ne consentez à me former, à m'élever, à me revêtir de votre esprit, de vos vertus, de vos mérites, si vous ne me prenez pour votre enfant, vous la Reine et la Mère des serviteurs de Jésus, vous qui ne vivez que pour Jésus, qui ne nous aimez qu'en Jésus et pour Jésus! Je remets donc entre vos mains, bonne Mère, la grâce et l'éducation de ma vocation. Je me donne à vous ; donnez-moi à Jésus. Donné et formé par vous, ô bonne Mère, Jésus mon doux Maître me recevra bien et m'aimera en vous!

 

II. Si ma vocation est belle, les devoirs en sont grands et divins. Je dois passer ma vie dans l'adoration, au pied du trône de l'amour incarné : faisant devant le trône eucharistique ce que les anges et les saints font et feront éternellement dans le ciel : louer sa bonté infinie, bénir sa miséricorde sans bornes, remercier son amour, me dévouer à sa gloire, m'immoler pour les pécheurs, me consumer pour l'extension de son règne sur la terre. Je dois vivre toujours avec Jésus-Hostie, comme la très sainte Vierge à Nazareth et au Cénacle, comme les saints dans la gloire. Je ne dois pas le quitter pour servir et suivre le prochain: ma mission est celle de Madeleine contemplative, avec la Reine des apôtres, au Cénacle, priant devant le Tabernacle, convertissant le monde dans sa prière au pied de l'Eucharistie; celle de sainte Thérèse, de sainte Catherine de Sienne et de toutes ces saintes âmes qui font un continuel apostolat de prière et d'immolation. Je dois honorer d'une manière toute spéciale la vie intérieure et cachée de Jésus au Saint Sacrement; vivre inconnu des hommes, même pieux et saints; oublié des miens, méprisé du monde, mort à tous pour vivre plus librement et plus purement avec Jésus en Dieu. Mais comment pourrai-je tout seul remplir de si sublimes devoirs? Comment oserai-je même m'approcher de Jésus et le servir? Hélas! tout seul j'aurai honte de moi! Mais, ô ma bonne Mère, puisque vous daignez devenir ma maîtresse, vous me laisserez adorer Jésus avec vous, le bénir avec vos louanges, le prier avec vos prières, le servir avec vos mains, l'aimer avec votre cœur, le glorifier avec votre sainteté. Je serai alors comme votre disciple, votre enfant, et, le dirai-je, une petite Marie, un autre vous-même servant Jésus! Je vous dirai simplement et naïvement mes fautes, bonne Mère. Je vous dirai mon ignorance, ma petite science, mes petits succès; je vous remettrai les petites fleurs de vertu que j'aurai cueillies, et vous offrirez tout à Jésus, et moi avec vous. A cette condition seule, j'espère devenir un véritable serviteur du Très Saint Sacrement. Mon Dieu, voici donc votre humble serviteur, qu'il me soit fait selon votre miséricordieuse bonté et votre grâce d'amour!

 

Notre-Dame du Très Saint Sacrement, Mère et modèle des adorateurs, priez pour nous qui avons recours à vous!

 

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