Neuvaine à Notre-Dame du Puy

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Huitième jour

Les honneurs rendus à Marie dans son église du Puy

 

Les papes et les évêques, les princes et les rois, les grands et les petits, les nationaux et les étrangers, des chrétiens de tout âge, de tout sexe, de toute condition, se sont empressés, depuis plusieurs siècles, d'honorer Marie dans la sainte basilique qu'elle a choisie pour sa demeure, soit en lui faisant de pieuses visites, soit en lui présentant de riches offrandes, mais toujours en déposant à ses pieds les sentiments d'un respect profond et d'un entier dévouement. C'est que Marie est digne des hommages de l'univers : 1° par sa dignité ; 2° par ses prérogatives ; 3° par sa sainteté. Serait-il possible de méditer ces vérités et de rester indifférent à son égard ?

 

Honneur dû à Marie à cause de sa dignité

 

Marie est la Mère de Dieu ! Quelle grandeur peut être comparée à ce titre auguste ? S'il est vrai, comme le dit saint Eucher, que « tel est le fils, telle également est la mère », et que, selon le langage d'un ancien auteur, « la chair de Marie est la chair de Jésus-Christ », qui pourrait exprimer la hauteur de cette sublime vocation ? Qu'il nous suffise de méditer cette parole du grand saint Grégoire : « Si vous voulez connaître la Très Sainte Vierge et vous former une idée de sa qualité et de sa grandeur, jetez les yeux sur son Fils, et l'excellence de l'un vous mettra en état de comprendre l'excellence de l'autre ». Les peuples n'honorent pas seulement les rois, ils étendent leurs hommages jusqu'à la noble princesse qui leur a donné le jour ; la splendeur du diadème fait rejaillir son éclat sur le sein qui les a portés et sur les mamelles qui les ont nourris. Marie a nourri Jésus, le Roi des rois ; elle a porté dans ses chastes entrailles le Monarque de l'univers, les rayons de la Divinité ne doivent-ils pas resplendir sur elle ? ne doit-elle pas partager jusqu'à un certain point les hommages que les nations rendent au Maître tout-puissant qu'elle a le droit d'appeler son fils ?

Oui, le Fils de Dieu est son fils ! Et, dans le jour de sa naissance, elle a pu lui dire ce que le Père éternel lui disait avant tous les siècles : « Vous êtes mon Fils, et je vous ai engendré aujourd'hui ». Le Fils de Dieu est son fils ! Et longtemps avant l'accomplissement de ce grand mystère, le Prophète l'avait annoncé par cet oracle solennel : « Voici qu'une vierge concevra et qu'elle enfantera un fils qui sera nommé Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous ». Le Fils de Dieu est son fils ! Et un des plus illustres Archanges sera chargé de lui révéler ce divin secret ; il lui dira : « L'esprit-Saint surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre, c'est pourquoi le Saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu ». Le Fils de Dieu est son fils ! Et sainte Élisabeth, éclairée d'une lumière surnaturelle, reconnaîtra l'excellence de sa dignité, en s'écriant : « Et d'où me vient ce bonheur, que la Mère de mon Seigneur daigne venir à moi ? » Le Fils de Dieu est son fils ! Et tous les Pères de l'Église s'accorderont dès le commencement dans cette doctrine si bien exprimée par cette parole de saint Grégoire de Naziance : « Si quelqu'un ne croit pas que la sainte Vierge Marie est Mère de Dieu, il est hors de la Divinité ». Le Fils de Dieu est son fils ! Et le Concile général d'Ephèse, assemblé dans la cause de Nestorius, fulminera contre lui et ses sectateurs cette terrible sentence : « Si quelqu'un ne confesse pas que l'Emmanuël est Dieu véritable, et par conséquent que la Vierge Marie est Mère de Dieu, parce qu'elle a engendré corporellement Dieu qui s'est fait chair, qu'il soit anathème ». Le Fils de Dieu est son fils ! Et l'Église, dans le Symbole de sa foi, fera solennellement répéter à ses enfants que « le Verbe éternel s'est incarné de la Vierge Marie par l'opération de l'Esprit Saint ». Le Fils de Dieu est son Fils ! Et tous les jours, et plusieurs fois le jour, elle placera sur nos lèvres cette glorieuse invocation : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous ».

Mère de Dieu ! Quel titre ! Quelle dignité ! Quelle sublime exaltation ! Qu'au nom de Mère de Dieu, le ciel s'incline, la terre se prosterne, l'enfer frémisse jusqu'au fond de ses abîmes. Et comment donc l'hérésie a-t-elle osé disputer à cette auguste Mère de si légitimes hommages ? ne serait-ce pas un crime que de laisser sans honneur celle que Dieu a daigné élever à une place si éminente ? Les mépris déversés sur la Mère, ne retomberaient-ils pas nécessairement sur le Fils ? Le Fils n'est-il pas glorifié par la gloire que le chrétien fidèle rend à sa Mère ?

 

Honneur dû à Marie à cause de ses prérogatives

 

Sans doute la Mère de Dieu devait bien recevoir de son divin Fils des privilèges capables de la distinguer des autres créatures ; aussi des merveilles particulières éclateront-elles dans sa conception, dans sa vie, dans sa mort, dans sa résurrection, dans son triomphe après son trépas.

1° Merveilles dans sa conception immaculée et sans tache. Tous les hommes, frappés en Adam apporteront avec eux à leur entrée dans le monde la souillure originelle ; quelques âmes privilégiées seront, il est vrai, sanctifiées dès le sein maternel ; mais quoique purifiées avant leur naissance, elles auront, dans le temps qui s'est écoulé entre leur conception et leur réconciliation miraculeuse, subi la loi commune du péché, et courbé la tête sous le joug du démon. Marie seule n'a jamais été sujette de l'enfer ; seule elle a pu dès le commencement de son existence entendre cette parole du Seigneur: Vous êtes toute belle, ô ma bien-aimée, et il n'y a pas de tâche en vous ; seule comme le disent les saints docteurs, « elle n'a pas été infectée par le souffle venimeux du dragon infernal ; seule elle a toujours été dans la lumière et jamais dans les ténèbres ; seule elle peut être appelée un paradis où le serpent n'a jamais eu d'entrée ; seule parmi les enfants d'Adam elle a participé à sa chair sans participer à ses souillures, et certes, qui pourrait le croire, le Fils de Dieu eût-il voulu naître d'une vierge que le péché originel aurait un moment déshonorée ». Que l'on célèbre donc la nativité de quelques saints personnages que Dieu a daigné appeler à lui avant leur apparition sur la terre ; pour Marie ce ne sera pas seulement sa naissance que nous fêterons avec une pieuse joie, ce sera surtout sa conception immaculée que nous honorerons avec l'Église dans le sentiment d'une juste admiration et d'une allégresse religieuse.

2° Merveilles dans sa vie, exemption de tout péché même véniel. L'homme quelque saint, quelque parfait qu'il soit, s'il n'est prévenu d'une grâce singulière de Dieu, ne saurait passer un temps considérable, et à plus forte raison tout le temps de son existence, sans tomber dans quelqu'une de ces fautes légères, de ces petites imperfections qui échappent nécessairement à la faiblesse humaine. Le plus juste, dit le Sage, pèche sept fois le jour. C'est une vérité dont ne nous convainc que trop notre propre et malheureuse expérience, mais pour Marie l'Église croit, selon la décision d'un concile général, que jamais la moindre faute n'est entrée dans son cœur, que jamais elle n'a cédé à la plus légère imperfection. La gloire du Fils demandait que sa Mère fût toujours intacte, et le démon ne pouvait avoir rien de commun avec celle que des liens si nobles et si étroits attachaient à la Divinité.

3° Merveilles dans sa mort, causée non par la maladie, mais par l'amour. Les hommes finissent ordinairement par suite d'infirmités ou par affaiblissement de l'âge. S'ils ont le bonheur d'être fidèles au service de Dieu, ils peuvent mourir dans les sentiments, dans les transports de l'amour ; mais l'amour n'est pas la cause de leur trépas, ce n'est pas en eux la violence de l'amour qui arrache du corps une âme incapable de rester plus longtemps séparée de l'objet de sa tendresse ; mais Marie, qui n'avait pas péché en Adam, ne connaissait pas les douleurs de la maladie ; l'âge ne pouvait la faire courber sous son poids ; il fallait pour mettre un terme à sa vie un autre principe de séparation et de rupture entre l'âme qui vivifiait le corps, et le corps qui retenait l'âme captive. Ce grand principe ce sera l'amour, amour qui, né avec elle, s'est toujours accru durant les longues années de son exil sur la terre ; amour dont la violence est devenue si impérieuse qu'elle ne peut plus y résister davantage; amour qui a frappé enfin la victime et brisé les nœuds pénibles qui l'attachaient encore à ce monde périssable. Marie rend son dernier soupir, et ce dernier soupir n'est en elle qu'un acte plus ardent d'amour et de charité.

4° Merveilles après son trépas dans sa résurrection anticipée. Il n'a été, il ne sera donné à aucun des élus de reprendre, avant le jour du dernier jugement sa dépouille mortelle ; alors seulement est fixée pour le genre humain cette grande résurrection qui réunira chaque âme au corps, qu'elle avait animé durant la vie. Mais Marie a partagé la gloire de son divin Fils ; comme lui, victorieuse de la mort, elle s'est hâtée de sortir radieuse de sa sépulture ; elle est ce sanctuaire du Très-haut auquel Dieu n'a pas laissé ressentir la corruption du tombeau. Les reliques des saints sont répandus de toutes parts dans l'Église, chaque pays, chaque contrée a conservé les membres et les ossements de ceux qui les ont sanctifiés par leur zèle ou édifiés par leurs vertus. Marie est la seule dont le corps ne parait nulle part, dont on chercherait en vain les ossements précieux : serait-ce que les chrétiens, fidèles à conserver les moindres restes des confesseurs et des martyrs, auraient, par une coupable négligence, laissé perdre les restes bien plus sacrés de la Mère du Rédempteur ? n'est-ce pas plutôt que cette chaire virginale transportée d'avance dans le ciel, ne saurait plus se retrouver sur la terre ? Le tombeau de Marie n'est-il pas vide comme celui du Sauveur, et ce vide même n'est-il pas comme un témoin qui dépose en faveur de sa résurrection glorieuse et anticipée ?

5° Merveilles dans le triomphe qui lui est accordée au plus haut des deux. Portée sur les ailes des anges, elle s'est élancée vers le séjour de la félicité ; les esprits bienheureux se sont empressés de voler à sa rencontre ; de saints cantiques ont retenti autour d'elle : « Ouvrez vous, Portes éternelles, laissez entrer la Mère du roi des rois ». Princes de la sainte cité, demandez-vous avec étonnement : « Quelle est celle-ci qui s'avance du désert, inondée de délices et appuyée sur son bien-aimé ? » Car Jésus lui-même s'est levé pour aller à la rencontre de sa Mère, et la présenter au Père éternel, qui pose sur sa tête la couronne immortelle ; un siège éclatant de lumière a été placé pour elle à la droite du Dieu qu'elle a enfanté ; elle s'assoit sur ce trône éblouissant de splendeur, et commence, pour ne jamais le voir finir, Ce règne de bonheur et de gloire que le souverain juge lui a préparé comme la récompense de ses sacrifices.

O Marie, si je n'ai pas comme vous été conçu dans l'innocence, j'ai du moins été dès les premiers instants de ma vie rétablie dans cette innocence parla grâce du saint baptême. Que je ne l'ai-je conservée aussi bien que vous par la fidélité à éviter les moindres fautes ? Que n'ai-je travaillé à exciter dans mon cœur ce saint amour qui me préparerait aux consolations d'une sainte mort ? et ne puis-je pas comme vous me mettre en état de mériter, sinon immédiatement après mon trépas, du moins à la fin des siècles, la grâce de ressusciter îla gloire ? Ne puis-je pas me rendre digne, eu marchant sur vos traces, de m'asseoir à vos côtés dans le royaume éternel, et de partager à jamais les délices qui inondent votre cœur ?

 

Honneur dû à Marie à cause de son éminente sainteté

 

La sainteté, c'est aux yeux de Dieu le plus grand titre à son estime. Quand une pieuse femme s'écrie en parlant du Sauveur : « Bienheureux le sein qui vous a porté, et les mamelles qui vous ont nourri » ; le Sauveur répond : « Bien plus heureux ceux qui écoutent ma parole, et qui la mettent en pratique ». Être mère de Dieu, c'est beaucoup, c'est beaucoup de ressusciter dans la splendeur, d'être exalté au plus haut des cieux; mais tous les titres et tous les privilèges s'éclipsent devant l'éclat radieux de la sainteté. Et où trouver une sainteté comparable à celle de Marie ? Sainteté pure dans son principe, entière dans son étendue, inébranlable dans sa fermeté.

1° Sainteté pure dans son principe. Les vertus de Marie ne prenaient pas leur source dans la vanité, dans le goût, dans le caprice du moment, dans l'intérêt personnel; son intention toujours droite n'avait que Dieu en vue dans toutes ses actions, dans toutes ses paroles, dans toutes ses pensées, dans toutes ses affections : L'idée de Dieu, pouvait-elle dire avec le Prophète, est toujours présente à mon esprit ; la volonté de Dieu faisait la règle et le but de toutes ses démarches.

2° Sainteté entière dans son étendue. Il n'est pas une vertu qu'elle n'ait pratiquée ; et dans chacune de ces vertus il n'est pas un degré de perfection qu'elle n'ait atteint, autant qu'il est possible à une créature. Les autres saints ont eu chacun quelque vertu favorite dans laquelle, sans négliger le reste, ils paraissaient exceller d'une manière particulière; c'était dans les Apôtres, le zèle ; dans les Martyrs, le courage; dans les Anachorètes, l'austérité ; c'était dans un Saint François de Sales, la douceur ; dans un Saint Vincent de Paul, l'humilité ; dans une Sainte Thérèse, la patience ; dans un Saint François Xavier, l'ardeur de la Charité; encore n'avaient-ils dans ces vertus de prédilection pu monter que quelques-unes de ces marches mystérieuses qui conduisent au sommet de la perfection ; mais dans Marie se trouve réuni par une heureuse alliance le chœur aimable de toutes les vertus ; mais Marie a, par rapport à chacune de ces vertus, franchi jusqu'à la dernière ligne , jusqu'à la dernière barrière qui sépare le créateur d'une perfection consommée.

3° Sainteté inébranlable dans sa fermeté. Rien de plus commun que de voir les âmes chrétiennes se démentir dans les engagements qu'elles ont contractés avec Dieu. Pleines de courage dans un moment de ferveur, elles ne montrent souvent, quelques instants après, que tiédeur et indifférence ; elles passent avec une déplorable facilité de la piété à l'oubli de la religion, de la vertu au vice, de la table de Jésus-Christ à la table du démon. Mais Marie avait compris que l'assurance du salut ne se trouve que dans la persévérance, et malgré la longueur de sa vie, elle ne s'est jamais laissée aller au moindre relâchement; toujours fidèle, toujours exacte, toujours vigilante, elle se fortifiait chaque jour davantage par le bon usage des grâces célestes, et par la sainte habitude de la docilité aux inspirations intérieures.

Hélas ! Que mes dispositions ont été jusqu'à présent éloignées de celle de Marie ? Que de défaut d'intention pure dans mes démarches ! Que de recherches de moi-même et de mes intérêts personnels ! Combien a été petit le nombre de mes vertus ! Combien ces vertus si rares ont-elles encore été imparfaites ! Que de légèreté dans ma conduite et d'inconstance dans mes résolutions! En sera-t-il toujours de même ? Ne prendrais-je pas enfin une détermination inébranlable d'être à Dieu sans réserve et pour toujours: je le souhaite je le désire, mais est-il vrai que je le veuille sincèrement ? O Marie, soutenez ma faiblesse, et fortifiez ma volonté chancelante. J'ai mis en vous ma confiance; non, je ne serai pas confondu.

 

Prière de Thomas A Kempis

 

Je viens, ô Vierge sainte, avec humilité et révérence, avec confiance et dévotion me présenter devant vous, portant sur mes lèvres la Salutation de Gabriel que je veux vous offrir en suppliant... Le ciel se réjouit, la terre entière est dans le ravissement quand je dis : « Je vous salue, Marie ». Satan fuit, l'enfer tremble, quand je dis : « Je vous salue, Marie ». La tristesse s'éloigne, la joie revient quand je dis : « Je vous salue, Marie ». La tiédeur s'évanouit, le cœur se fond d'amour, quand je dis : « Je vous salue, Marie ». La dévotion croît, la componction prend naissance, l'espérance se dilate, la consolation augmente, quand je dis : « Je vous salue, Marie ». L'âme se ranime, la volonté malade se fortifie dans le bien, quand je dis : « Je vous salue, Marie ». Car telle est la suavité de cette Salutation bénite qu'aucune parole humaine ne saurait l'expliquer ; c'est un abîme toujours plus profond que nulle créature ne peut sonder. Aussi fléchissant de nouveau les genoux devant vous, ô Vierge très sainte, me fais-je un bonheur de répéter : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce »...

Oh ! Plût au Ciel, que pour satisfaire au désir que j'éprouve de vous honorer, de vous saluer avec toutes les forces de mon cœur, tous mes membres soient changés en autant de langues, et ces langues en voix de feu, pour que je trouve le moyen de vous glorifier éternellement, ô Mère de mon Dieu ! Plût au Ciel que je puisse, pour tant de péchés par lesquels je vous ai contristée en offensant grièvement votre Fils, vous offrir cette douce Salutation de l'archange, comme une pure et sainte victime d'oraison, destinée à expier tous mes déréglements ! plût au ciel, puisque ma vie est si fragile et si passagère, que, pour tous mes excès et mes négligences, pour toutes mes pensées vaines, immondes et perverses, tous les esprits bienheureux et toutes les âmes des justes vous disent, ô très pieuse Vierge, et vous redisent mille et mille fois, dans les sentiments d'une dévotion pure et d'une ardente prière, cette première Salutation que l'auguste Trinité a voulu vous faire adresser par son ange...

Et maintenant, prosterné en votre présence, je veux, s'il était possible, vous offrir avec une bouche d'or, cette Salutation angélique, qui, instituée et réglée par le Saint Esprit, convient si bien à la grandeur de votre dignité et de votre sainteté. Cette prière est petite par le nombre des mois, mais profonde par le sens des mystères ; courte en paroles, mais étendue en vertu ; plus douce que le miel, et plus précieuse que l'or, digne d'être continuellement ruminée dans la bouche du cœur, d'être souvent lue et répétée par des lèvres pures... mais malheur aux âmes dégoûtées ; malheur à ceux qui prient sans recueillement et sans piété, qui ne pèsent point ces paroles d'or, qui ne sentent pas le goût de ce breuvage délicieux, qui tant de fois disent : « Je vous salue, Marie », sans attention et sans respect.

Ô très Douce Marie, gardez-moi de cette grave négligence, de cette funeste lâcheté, et accordez-moi le pardon des fautes que j'ai commises à cet égard; à l'avenir je serai plus dévot, plus fervent et plus attentif en disant : « Je vous salue, Marie », soit au chœur, soit dans ma cellule, soit dans le jardin, soit dans la campagne, soit dans tout autre lieu. Et maintenant que vous demanderai-je, ô ma très chère maîtresse, et que puis-je vous demander de mieux, de plus utile, de plus nécessaire pour moi indigne pécheur, que de trouver grâce devant vous et devant votre Fils bien-aimé ? J'implore donc la grâce de Dieu par votre intervention et votre libéralité, ô vous, qui, selon le témoignage de l'ange, avez trouvé auprès de Dieu la plénitude de la grâce. Aucune demande ne saurait m'être plus chère, et il n'est rien dont j'aie un plus pressant besoin que la grâce et la miséricorde de Dieu. La grâce de Dieu me suffit, quand même tout le reste me serait refusée, car que sont sans elle tons mes efforts ? et qu'y a-t-il d'impossible, quand elle m'aide de son assistance ? J'ai dans mon âme beaucoup d'infirmités diverses ; mais la grâce divine est un remède bien efficace contre toutes les passions ; si elle daigne se communiquer à nous, il n'en est pas qu'elle ne dompte. J'ai aussi une grande indigence de science et de sagesse spirituelle ; mais la grâce divine est la souveraine maîtresse, qui enseigne la discipline céleste, dont les leçons suffisent pour me donner en un moment toutes les instructions nécessaires ; car faire au-delà du nécessaire quelque demande, ou vouloir acquérir quelque connaissance au-delà de ce qui est permis, c'est un excès dont nous éloigne la grâce qui nous avertit de nous humilier sous sa puissance, et de nous contenter de sa possession. Obtenez-moi donc, ô Marie, ô vierge clémente, obtenez-moi cette grâce qui est si noble et si précieuse, que je ne dois raisonnablement rien demander ou rien désirer autre chose que la grâce pour la' grâce elle-même.

 

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Neuvième jour

Les miracles opérés par Notre Dame du Puy

 

Le pouvoir de faire des miracles est une faveur que Dieu accorde quelquefois à ses amis, plutôt pour manifester sa puissance et faire impression sur le cœur des peuples qui en sont témoins, que pour l'avantage et l'utilité des thaumaturges qui les opèrent. S'il en résulte quelquefois pour eux un peu d'honneur aux yeux des hommes, il ne leur en revient cependant pas plus de mérites que des actions les plus ordinaires et les plus communes. C'est ce qui nous explique pourquoi nous ne trouvons dans la vie de la Très Sainte Vierge le récit d'aucun prodige, quoiqu'en sa qualité de Mère de Dieu elle semble avoir eu plus de droit que toute autre à la communication de la puissance divine. Mais si elle n'en a pas fait durant les jours de son pèlerinage, combien ne les a-t-elle pas multipliés depuis son exaltation dans la gloire, quoique cependant elle paraisse dans quelques circonstances fermer l'oreille à la prière de ceux qui réclament les secours de sa merveilleuse autorité! De là trois sujets de réflexion : 1° Marie n'a pas fait de miracles durant sa vie, et c'est pour nous apprendre l'humilité ; 2° Marie a fait depuis sa bienheureuse mort et elle fait encore tous les jours de grands, de nombreux miracles, et c'est pour nous exciter à la confiance ; 3° Marie refuse quelquefois de faire des miracles que semble réclamer une piété véritable, et c'est pour punir ou corriger notre présomption.

 

Marie n'a pas fait de miracles durant sa vie, et c'est une leçon d'humilité qu'elle nous donne

 

Les Apôtres exercent sur la nature un pouvoir comme absolu ; ils guérissent les malades, ils redressent les boiteux, ils fortifient les paralytiques, ils ressuscitent les morts; le démon lui-même cède à leur empire et quitte à leur parole les corps des possédés qu'il tourmentait. Marie, du moins l'histoire de l'Évangile garde sur ce point un silence qui nous porte à le penser, Marie ne fait rien de semblable. Aux noces de Cana, elle ne soulage pas par elle-même l'indigence des nouveaux époux ; elle ne commande pas aux éléments ; elle se contente d'adresser à son Fils une simple prière. L'obscurité dont elle s'enveloppe en cette occasion, elle aime à s'y plonger de plus en plus durant tout le reste de sa vie. Dieu, qui la regardait avec tant d'amour, se plaît à favoriser lui-même le choix qu'elle a fait d'une profonde humilité, et à environner toutes ses actions de mystérieuses ténèbres. Cependant qui pourrait douter que si Marie eût sollicité quelques grâces merveilleuses, elle n'eût été infailliblement exaucée? Mère de son Dieu, aurait-elle pu souffrir de sa part un triste et pénible refus ? Mais la vie cachée est la sublime vocation à laquelle elle est appelée par la Providence ; elle ne veut, elle ne désire d'autre avantage sur la terre que d'être ignorée, méconnue, méprisée même du monde. Il faut donc que l'humilité soit un trésor bien précieux, puisque la Très Sainte Vierge, si éclairée des lumières d'en haut, l'a préférée à la grâce même des miracles; il faut qu'elle ait une bien grande valeur devant le Fils de Dieu, puisque après l'avoir embrassée lui-même en s'anéantissant jusqu'à la croix, il a voulu en orner sa Mère comme du bijou le plus riche, comme de la plus brillante parure. Il faut surtout qu'elle soit aussi nécessaire que pénible à l'homme, puisque le maître de la vraie sagesse a pris de si étonnants moyens pour nous engager à la pratiquer, et nous a fourni, pour nous servir de règle et d'encouragement dans cette difficile carrière, de si admirables exemples.

Mais ces exemples admirables, qui s'applique à les retracer dans sa conduite ? Ne semble-t-il pas, au contraire, que la principale étude, je ne dis pas seulement des mondains, mais des chrétiens eux-mêmes, soit de paraître et de briller aux yeux de leurs semblables ? On en cherche avec ardeur toutes les occasions; on s'efforce de mettre au jour les talents que l'on peut avoir reçus de la nature; on proclame ses bonnes œuvres; on aime à manifester, à exagérer même ses vertus ; que dis-je ! On se glorifie souvent des avantages les moins propres à nourrir la vanité, si la vanité savait être raisonnable; on exalte sa naissance, comme s'il avait dépendu de nous de naître dans un palais plutôt que dans une chaumière ; on étale avec faste ses richesses, comme si les richesses pouvaient augmenter ou accroître notre mérite ; on est flatté de rouler dans un équipage brillant et d'être escorté par de nombreux serviteurs, comme si cette pompe extérieure ne nous était pas étrangère ; on en vient même jusqu'à se complaire dans l'éclat des vêtements et dans le clinquant de la parure, comme si c'était un grand honneur de cacher les misères de l'humanité sous le produit des plantes ou sous la dépouille des animaux. Ainsi l'orgueil va-t-il chercher son aliment jusque dans les objets non-seulement les plus indifférents, mais encore les plus propres à le renverser et à le confondre.

Oh ! Que bien plus sage est l'âme fidèle à imiter le soin de Marie à demeurer dans l'obscurité ! Pénétrée de la connaissance de sa misère, elle ne court pas après les applaudissements et les éloges ; elle n'expose pas le trésor de ses mérites et de ses vertus à la rapacité du brigand infernal en les étalant aux yeux du monde. Prudente et sage, elle les renferme précieusement dans le secret de son cœur, comme dans un coffre impénétrable, où ses richesses se conservent en assurance sous la garde de l'humilité. Le Sauveur l'a dit : « Celui qui s'abaisse sera élevé » ; elle estime heureuse d'être au dernier rang sur la terre, dans l'espérance d'occuper au ciel un rang distingué parmi les élus.

 

Marie a fait depuis sa bienheureuse mort et fait encore tous les jours de grands, de nombreux miracles, et c'est un motif de confiance qu'elle nous présente

 

Quelle est dans le monde la province, la ville, je dirai presque la famille, où ne se conserve le souvenir de quelques prodiges de miséricorde opérés par la puissante bonté de cette douce et tendre Mère ? Ces innombrables pèlerinages où pendent de toutes parts des tableaux commémoratifs, de riches offrandes, des cœurs d'or et de vermeil, ne sont-ils pas comme des témoins toujours subsistants des grâces accordées par la Très Sainte Vierge à des âmes reconnaissantes ? Prodiges temporels : ce sont des maladies guéries, des périls évités, des affaires conduites à une heureuse fin, des familles consolées, des rejetons accordés à des mariages stériles, des enfants rendus à la tendresse maternelle, des morts arrachés au tombeau. Prodiges spirituels : ce sont des pécheurs convertis, des âmes tièdes ranimées, des tentations vaincues, des passions domptées, des vertus acquises, des mérites accumulés. Prodiges perpétuels ; les autres Saints semblent avoir un temps de splendeur après lequel ils disparaissent pour faire place à leurs successeurs : les Grégoire thaumaturge, les Gervais et les Protais, les Martin de Tours, les Geneviève de Paris et tant d'autres qui, avant ou après eux, ont étonné le monde par l'exercice d'une puissance merveilleuse, ne jettent plus aujourd'hui le même éclat. Mais le pouvoir de Marie est toujours le même; je me trompe : il va tous les jours prenant de nouveaux accroissements, et nous pouvons dire, sans crainte d'être démentis, que jamais il ne s'est déployé d'une manière aussi sensible, aussi manifeste, aussi étendue qu'à notre époque.

Heureux donc ceux qui placent en Marie leur Confiance ! Oui, il est bon de se confier en Marie, plutôt que de se reposer sur la protection des hommes, d'espérer en elle, plutôt que de mettre dans les princes du siècle son espérance. Si la maladie m'étend sur un lit de douleur, si la pauvreté me fait sentir ses privations, si le danger menace des personnes qui me sont chères, c'est à Marie que je m'adresserai pour obtenir, pourvu que telle soit la volonté de Dieu, et que ces grâces séculières ne nuisent point à mon salut, le remède dans mes souffrances, le soulagement dans ma pauvreté, la conservation des objets légitimes de mon amour. Je lui dirai : « Celui que vous aimez est malade » ; « guérissez-moi, ô ma reine ! Car le trouble et l'angoisse ont pénétré jusqu'à mes os ». Et puis : « Je suis pauvre et réduit à la mendicité ; « souvenez-vous de mon indigence ». Et encore : « les périls nous ont environnés ; détournez de nous la colère du Seigneur ». Si les passions se révoltent dans mon cœur comme des bêtes farouches, si les tentations s'élèvent comme d'impétueuses tempêtes, si la faiblesse, comme un épuisement intérieur en moi, m'expose à de tristes chutes, c'est encore vers Marie que je tournerai mes regards avec d'autant plus de sécurité que je saurai plus certainement que mes demandes ne peuvent manquer de lui plaire. Je lui dirai : « O ma Mère ! Une bête cruelle menace de me mettre en pièces ; ne permettez pas que mes ennemis puissent dire : « Nous l'avons dévoré ». Jeté dans la haute mer par les vents tumultueux qui agitent mon cœur, j'ai été presque submergé dans les flots et par la violence de l'orage. Délivrez-moi des profondes eaux ; ne souffrez pas que je disparaisse englouti dans l'abîme. Atteint d'une maladie de langueur, mon esprit est tombé en défaillance ; vivifiez-moi dans votre miséricorde. Si enfin, ce qu'à Dieu ne plaise, le péché s'emparait de mon cœur et me donnait un coup mortel, je ne me livrerais pas au désespoir ; je me souviendrais que Marie est le refuge des âmes égarées ; je la prierais avec une nouvelle ardeur ; je m'écrierais du fond de ma misère : O Vierge clémente ! Qui avez arraché tant d'infortunés aux tourments futurs, ayez pitié de moi et daignez, vous en avez le pouvoir, me ressusciter par votre puissante intercession ; n'abandonnez pas mon âme à l'enfer ; retirez-la des mains du prince cruel qui y domine. Ah ! Déjà, si vous n'étiez souvent venue à mon aide, cette âme coupable n'aurait eu d'autre habitation que les cachots éternels. O Mère du Dieu des vertus ! convertissez-moi encore aujourd'hui ; convertissez-moi, ô vous qui avez donné le salut au monde, et par un heureux changement, assurez-moi le bonheur d'être un jour avec vous dans le paradis.

 

Marie cependant refuse quelquefois de faire des miracles que semble réclamer une piété véritable

 

Et d'où vient qu'elle s'abstient dans certaines circonstances d'opérer les œuvres merveilleuses que l'on sollicite auprès d'elle ? Serait-ce la puissance qui lui ferait défaut ? Non sans doute, car en sa qualité de Mère de Dieu, elle peut tout obtenir de celui qu'elle a mis au monde. Serait-ce la bonté qui lui manquerait ? Non sans doute, car elle est notre mère, et ne saurait sans de graves et imposantes raisons ne pas faire droit à nos requêtes. Mais prenons y garde ; on demande quelquefois ce que l'on ne devrait pas demander, et dans les demandes même légitimes, non-seulement on ne prend pas les moyens pour assurer l'effet de ses désirs, mais on fait même souvent ce qui peut mettre obstacle au succès : dans le premier cas, c'est irréfléxion ; dans le second, c'est témérité ; dans le troisième, c'est dérision.

1° Demandes irréfléchies. On prie pour arriver aux honneurs, et peut-être les honneurs nous enfleraient ; on prie pour avoir des richesses, et peut-être les richesses nous séduiraient ; on prie pour réussir dans un établissement projeté, et peut-être cet établissement nous pervertirait ; on prie pour recouvrer la santé, et peut-être la santé nous perdrait ; on prie pour la vie d'un enfant encore dans l'âge de l'innocence, et peut-être, si sa vie était prolongée, aurait-il le malheur de tomber dans la réprobation. L'on ne voit pas ces inconvénients et ces dangers ; Marie les voit et les apprécie ; comment pourrait-elle, en exauçant des vœux inconsidérés, faire le malheur de ceux qui l'invoquent ?

2° Demandes téméraires. Ce que l'on réclame peut être juste et conforme à la volonté de Dieu, mais on ne s'applique nullement à aider la grâce qui n'opère rien sans nous. Ainsi l'on demande la conversion, mais on ne rentre pas en soi-même, on n'examine pas sa conscience, on ne va que rarement se présenter au saint tribunal, on ne s'excite point au repentir et à la ferme résolution de renoncer au péché. Croyons-nous que Marie soit obligée de tout faire, tandis que nous languirons dans une coupable oisiveté ? Ainsi l'on voudrait obtenir la faveur insigne de la dévotion, mais on ne s'adonne que faiblement à la prière, on ne se fait pas une habitude de l'oraison, on n'assiste que de loin en loin et sans esprit intérieur à la sainte messe, on n'approche du banquet divin qu'avec dégoût et à de longs intervalles. Oserions-nous le penser ? Marie montrerait-elle pour notre sanctification plus de zèle et d'ardeur que nous n'en montrons nous-mêmes : travaillons selon nos forces, et la protection de la Très Sainte Vierge ne nous manquera jamais.

3° Demandes dérisoires. On sollicite une grâce, et on emploie tous les moyens pour y mettre obstacle ; on fait des vœux pour garder la belle vertu de modestie, mais en même temps on donne toute liberté à ses regards, on se nourrit de lectures romanesques et de feuilletons licencieux, on se jette dans des sociétés dangereuses, on se permet des conversations libres et familières, on ouvre son cœur à toutes les impressions de la volupté : quelle moquerie dans une semblable prière ! On voudrait que Marie accordât le détachement du monde, et cependant on suit ses maximes, on fréquente ses assemblées, on se livre à ses plaisirs, on assiste à ses spectacles, on prend une part active à ses danses et à ses folies : est-ce là une prière ? n'est-ce pas plutôt une insultante risée ? On invoque Marie pour avoir la charité, et l'on nourrit dans son cœur les sentiments de la haine ; la douceur, et l'on se livre sans résistance à l'emportement ; l'humilité, et l'on ne respire que l'orgueil ; la justice, et l'on ne s'occupe qu'à s'enrichir par des voies iniques ; le détachement, et l'on n'a d'autres pensées que celles de l'intérêt. Arrêtons-nous, c'est assez de dérision et d'outrages; si nous avons ainsi prié, gardons-nous bien de nous plaindre ; le droit de se plaindre appartient à Marie, et non pas à nous. Sachons-nous réformer, sachons prier avec les dispositions convenables, et nous verrons se réaliser pour nous cette parole de Saint Bernard, que jamais une grâce n'a été en vain demandée à cette Vierge également bonne et puissante, mais non moins sage et discrète dans la distribution de ses faveurs.

 

Autre prière de Thomas à Kempis

 

O Vierge fervente et toujours pure, ô Mère de Dieu, ô Marie, qui surabondez d'ineffables délices que l'esprit humain ne peut ni exprimer, ni comprendre ; me voici, moi, votre pauvre serviteur, prosterné, le cœur rempli de pieuses affections et la tête humblement courbée, devant le trône glorieux où vous êtes, dans le royaume céleste, assise au dessus des anges, et que vous avez mérité, ô très digne Mère de Dieu, par une humilité plus profonde que celle de toutes les filles de Jérusalem.

Je sais, ô Mère privilégiée, que je ne suis pas digne de lever vers vous mes regards impurs, trop souvent hélas ! Souillés par la concupiscence de la chair, par la concupiscence des yeux, et par l'orgueil de la vie... Mais encouragé par la multitude de votre miséricorde, je nourris la bonne et ferme espérance d'obtenir promptement la grâce d'une pleine réconciliation par votre bonté à vous révéler à moi et à intercéder en ma faveur... C'est appuyé sur votre clémence et votre mansuétude, que je viens me réfugier sous votre protection, là où les infirmes reçoivent la force, et les captifs la délivrance; soyez donc miséricordieuse envers moi ; soyez à mon cœur une bonne mère, afin que par une heureuse expérience j'éprouve maintenant que vous êtes la consolatrice de tous, et le soulagement fidèle de ceux qui vous servent et espèrent en vous.

Mais ce que je vous demande encore, ô Marie, ô glorieuse Mère de Dieu, c'est de ne pas vous lasser depuis ce moment jusqu'à ma dernière heure, de fixer sur moi un regard serein et propice ; recevez-moi sous votre garde, et étendez sur moi vos bras saints et maternels dans tous les lieux où je marcherai, surtout quand viendra ce dernier jour dont j'ignore l'époque, et cette heure si redoutable de la mort à laquelle je ne saurais échapper ; ô reine clémente, ma confiance salutaire dans toutes mes angoisses, mais principalement à cet instant suprême, souvenez-vous alors de moi, assistez-moi à la fin de la vie, et consolez mon âme tremblante. Protégez-la contre la malice des esprits immondes ; qu'ils n'osent pas s'approcher de moi ; honorez-moi de votre aimable présence ; que la multitude des anges et des saints viennent avec vous me visiter. Travaillez par vos prières très pures à apaiser, avant que je quitte la lumière, la face divine de votre Fils que j'ai si souvent et si grièvement offensé par mes péchés ; après quoi recevez cette pauvre âme au moment où elle quittera cet exil pour le grand voyage, et introduisez la par les portes du Ciel dans les délicieuses demeures du paradis. Placez-moi près de vous, et parlez pour moi à votre Fils, faites entendre pour moi à ce roi de tous les siècles une bonne et douce parole, vous qui avez reçu le glorieux salut de la bouche de Gabriel...

Agréez donc la prière que votre serviteur répand maintenant devant vous; regardez-moi, ô vierge Marie, très miséricordieuse Mère de Jésus, qui vous a aimée par-dessus toutes les créatures, et souvenez-vous toujours de moi. Si quelquefois je vous oublie, c'est, vous le savez, avec un vrai déplaisir ; pour vous, veuillez ne pas me mettre en oubli, vous qui avez enfanté la miséricorde.

Il me faut, ô vierge Marie, il me faut déjà prendre congé de vous ; je vous salue les genoux en terre, j'incline dévotement mon front en votre présence ; les mains jointes, je vous offre mes actions de grâce ; et afin que vous écoutiez favorablement et que vous exauciez ma prière, j'honorerai encore votre face par une respectueuse salutation : « Je vous salue, Marie pleine grâce, le Seigneur est avec vous, vous fille bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de vos entrailles Jésus-Christ. Ainsi soit-il.

 

Neuvaine extraite du livre « Les Gloires de Notre Dame du Puy », Père Caillau, Paris, Librairie Camus, 1846

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