Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Vingt-et-unième jour

Le Chapelet

 

Le lendemain, 1er Mars, la Treizième Apparition fut marquée par un incident sans conséquence, mais non sans signification. Une personne de Lourdes, désirant attacher un souvenir pieux à son chapelet, l'avait remis à Bernadette avec prière de vouloir bien le réciter à la Grotte pendant l'apparition de la Dame céleste. Bernadette ne fit aucune difficulté pour se rendre au désir de cette personne. Le matin du 1er Mars, en arrivant à la Grotte, la voyante se mit à genoux, et prit, au hasard, le premier chapelet qu'elle rencontra dans sa poche. Quand elle voulut le porter à son front, sa main fut arrêtée, et la Dame lui demanda sur le ton du reproche, ce qu'était devenu son chapelet. Bernadette, étonnée, avança le bras pour montrer celui qu'elle tenait à la main : « Vous vous trompez, lui dit la Dame, ce chapelet n'est pas le vôtre ». Bernadette regarda, et reconnut, en effet, que le chapelet dont elle voulait se servir était le chapelet qu'on lui avait confié. Elle le remit prestement dans sa poche, en retira le sien et le présenta à la Dame en allongeant son bras vers la Grotte. La Dame fit un signe de tête affirmatif et la voyante, dès lors, put commencer sa prière.

Il y avait, en cette observation de la Vierge, une leçon de respect à l'endroit du chapelet matériel. On tient tellement à ses objets de toilette, à ses instruments de travail, à ses bibelots, à ses souvenirs artistiques, qu'on en devient parfois maniaque. On en a le culte comme artiste, collectionneur ou amateur : on s'en réserve l'usage exclusif ; mais, par indifférence ou inintelligent ; calcul, on échangera son chapelet, quand on en a un. On commet ainsi une irrévérence envers un objet de piété que l'on devrait garder pour soi. Afin d'obvier à ces échanges puérils, lorsqu'ils ne sont pas sacrilèges, l'église a dépouillé des indulgences tout chapelet prêté avec l'intention de les faire gagner. La Dame, par sa remontrance à Bernadette, consacre la propriété personnelle du chapelet. A chacun de veiller sur son outil de prière et de l'utiliser... Mais cet hommage de respect au chapelet matériel contient surtout, pour nous, une invitation à le bien réciter. Or, comment le devons-nous réciter ? comme le prêtre, son bréviaire :

Dignement. Ayons d'abord la dignité du maintien. Il est une étiquette des cours : n'y sont admis que ceux qui se conforment aux prescriptions du protocole. Les salons n'ouvrent leurs porte qu'à  ceux et celles qui ont, au moins extérieurement, de la tenue. Mais quelle politesse de manières a-t-on pour Dieu ? La Dame n'est souvent guère mieux respectée, même par nous. Quel vagabondage de regards, quelle désinvolture de mouvements, pendant la récitation du chapelet !... Et la dignité de la prononciation, qu'en fait-on pareillement ? On mange certains mots, on en mutile d'autres, on en saute, on en invente, on improvise des phrases qui sont une insulte sonore à la grammaire et au bon sens ; ou bien, on dit tout exactement, mais avec une déplorable accentuation.

Attentivement. L'attention est l'application de l'esprit à ce qu'on pense, à ce qu'on dit, à ce qu'on fait. La dignité discipline l'extérieur ; l'attention, l'intérieur. L'une et l'autre s'aident réciproquement. Le manque de dignité vient souvent du manque d'attention : le corps est irrespectueux à cause de l'esprit inattentif. Joindre les mains, baisser les yeux, bien articuler, sont autant d'excellents moyens de prévenir, diminuer, chasser les distractions. Or, pour une bonne récitation du chapelet, une triple attention est requise.

Attention aux paroles. Parler sans se rendre compte du sens des termes employés, c'est déchoir de son rang de créature pensante et surtout baptisée. S'il importe de savoir ce qu'on dit aux hommes, à  plus forte raison importe-t-il de savoir ce qu'on dit à la Reine des hommes et à Dieu ! D'autant que les paroles qui composent le chapelet sont les plus vénérables, les plus sanctifiantes, les plus instructives, qu'il soit donné à une bouche humaine de proférer....

Attention à la Dame. Elle mérite que nous soyons particulièrement respectueux. S'il est impoli de parler, fût-ce à un domestique, en affectant des airs distraits, comment qualifier l'attitude de ceux qui, tout en égrenant le chapelet, se laissent envahir, dans leur imagination trop complaisante, par une foule d'étrangères pensées ? Il y a là  un sans-gêne qui, loin de nous concilier la bienveillance de Celle dont nous implorons machinalement la protection, risque de nous faire encourir son dédain, son mécontentement, sinon même son courroux. Il serait bon peut-être de ne pas oublier, à ce point, les distances qui la séparent de nous.

Attention à l'entourage. La Dame nous voit comme elle voyait Bernadette, comme elle voyait, sans leur manifester sa présence, tous les assistants qui la priaient en union avec l'enfant. Mais Marie n'est point seule à nos côtés : Dieu nous voit par son immensité qui embrasse tous les êtres, par sa science à laquelle rien n'échappe, par sa providence qui dirige toutes choses, par sa grâce qui informe divinement nos âmes comme nos âmes informent humainement nos corps ; Jésus nous voit par ses attributs divins et, quand nous prions la Dame à l'église, par son Eucharistie ; le Saint-Esprit nous pénètre, à son tour, de son action sanctificatrice, et nos anges gardiens sont également témoins de nos supplications. Mais, à cet entourage invisible dont nous ne saurions trop respecter la présence, se mêle souvent l'entourage visible des parents, des enfants, des voisins, des amis. Or, cet entourage extérieur n'est point à négliger : nos exemples, jamais neutres, le scandalisent ou l'édifient.

Dévotement. La dévotion est le résultat d'une double chaleur. On regarde la Dame à la lumière de la foi. A mesure qu'on la contemple, on assiste, par la réflexion, au défilé de ses grandeurs. Et de ces grandeurs dont la contemplation, si imparfaite soit-elle, confond notre petitesse, se dégage un arôme de bonté qui attire. Nous la voyons toute grande, mais nous sentons qu'elle est en même temps toute bonne. L'idée que nous nous faisons d'elle se convertit ainsi de lumière en chaleur. C'est d'abord la chaleur de la conviction. Mais cette chaleur de la tête pénètre logiquement dans notre cœur, et c'est alors la chaleur de l'amour : double chaleur dont la vertu fécondante produit dans les âmes, à l'heure de la prière, la dévotion.

 

Examen

 

Avons-nous un chapelet ?... Ne pas en avoir un serait une indélicatesse, une imprudence, une infidélité... Prétendre y suppléer habituellement avec ses dix doigts est une irrévérence et une pitoyable excuse... Portons-nous notre chapelet ?... Ne le laissons-nous pas négligemment dans la poche des vêtements que nous avons quittés, ou en un étui ou sur une table parmi les objets qui composent notre petit musée religieux... Le chapelet surtout est un porte-bonheur... Le faisons-nous réparer en toute hâte en cas de besoin ? Nous en procurons-nous un neuf en cas d'usure ?... Avons-nous à cœur de le faire enrichir de toutes les indulgences dont la libéralité de l'Eglise le rend susceptible...

Comment le récitons-nous ?... Avons-nous la dignité du maintien, de la prononciation ? Quelle est notre intensité d'attention aux paroles, à la Vierge, à  l'entourage ?... Y préludons-nous par un peu de recueillement ?... Choisissons-nous, pour le dire, l'heure, l'endroit le plus propices ?... Nous ressaisissons-nous à chaque dizaine en formulant une intention particulière pour nous, pour les morts ou les vivants ?... Au Credo, pensons-nous aux Martyrs qui ont souffert pour la Foi, aux Apôtres qui l'ont défendue ?... Au Pater, songeons-nous à Jésus qui nous l'a enseigné, à nos mères qui nous l'ont appris?... Aux Ave, nous rappelons-nous dès les premières paroles Gabriel qui les prononça ?... Nous unissons-nous à Sainte Elisabeth qui les compléta ?... Invoquons-nous la Mère de Dieu avec la foi des conciles, la dévotion des aïeux, la sérénité des mourants ?... Aux Gloria Patri, adorons-nous la Trinité Sainte en union avec les anges et les élus du Ciel ?... Le récitons- nous, en partie ou en totalité, chaque jour ? Ainsi faisait la digne, l'attentive, la dévote, la fidèle Bernadette.

 

Prière

 

O Notre Dame, vous tenez tant au chapelet que vous vous montrâtes à Bernadette avec un chapelet aux grains d'albâtre et à la chaîne d'or.... Au surplus, vous ne favorisâtes l'enfant de aucune de vos apparitions sans l'obliger à réciter devant vous cette prière Et, tout à l'heure, nous vous avons vue donner à la voyante distraite la leçon que nous venons de méditer.... Si nous n'avions su que le chapelet vous était agréable, vous vous seriez chargée de nous l'enseigner à la Grotte, magistralement. Merci, ô maternelle Educatrice, de l'enseignement et des exemples que vous nous avez apportés dans la niche bénie.... Nous aimions le chapelet, nous l'aimerons davantage.... Nos mains se plairont à en effeuiller quotidiennement les roses qui pour vous sentent si bon ; et, après vous avoir saluée tant de fois, ici-bas, pleine de grâce, vous nous obtiendrez d'aller, quand nous serons morts, égrener devant votre trône les Ave Matin de la gloire....

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

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