Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Bretagne13

Dix-huitième jour

Notre Dame de Consolation

 

La sainte Vierge règne dans le ciel par la gloire ; elle règne dans le Purgatoire par la bonté. Aussi nos pères ne pouvaient-ils manquer de l'associer à leurs prières pour les trépassés.

La plupart de ces puissantes confréries, si nombreuses dans les siècles passés et tant aimées de nos ancêtres, avaient sans doute pour but de commémorer un mystère ou d’honorer un saint ; toutes s'appliquaient en même temps à multiplier les prières pour leurs membres défunts. Je n’ai pas besoin de remarquer qu’il en était ainsi particulièrement dans les confréries de la sainte Vierge. Ce que nous avons dit de celle de la Chandeleur suffirait largement à le prouver, puisque les messes et services qu’on y faisait dire chaque année pour les confrères défunts se chiffrent par centaines. Mais nous n’avons pas à revenir sur votre célèbre confrérie ; mentionnons plutôt une autre dévotion nantaise qui avait, je le crois du moins avec l'abbé Lagrange, un double objet, honorer Marie et soulager les âmes du purgatoire, je veux dire Notre-Dame de Consolation.

La madone au nom si doux pour les cœurs affligés, et devant laquelle les mères désolées, les veuves, les orphelins, tous les endeuillés devaient s’agenouiller si volontiers, avait son autel et sa confrérie dans l’église de Sainte Croix.

L’histoire ne nous a transmis aucun détail sur l’origine de cette dévotion dans notre ville. Peut-être le bruit des miracles qui se multipliaient à Rome, au pied d’une image de la sainte Vierge que le peuple, bien inspiré dans sa reconnaissance, appela Notre-Dame de Consolation, donna-t-il à la piété de nos pères l’occasion d‘introduire ce vocable chez nous. Ce qui est incontestable, c’est que les miracles commencèrent à Rome en 1471, et que Notre Dame de Consolation était vénérée à Nantes quelques années plus tard. M. Lagrange affirme qu'on la trouve mentionnée dés l'année 1489, et le procès-verbal d'une visite épiscopale, daté de 1638, fait remonter la fondation de notre confrérie à 1492 ou environ. Elle était donc plus jeune que sa sœur de Saint Nicolas, mais d’âge bien respectable encore.

Pour le service de la confrérie, on chante tous les samedis une messe de Beatà à l’autel de Notre Dame de Consolation, et une autre à toutes les fêtes de Marie. En outre, « le jour particulier de la feste, qui est la Conception immaculée de la Vierge, il y a procession par la Grande-Rue, et, au soir, vespres des morts, et, le lendemain, service général pour les frères et sœurs décédés ». Ce qui n’empêchait point la célébration d’un service particulier pour chaque confrère, quelques jours après son décès.

Ce n’est pas tout ; outre les cérémonies solennelles établies à son autel par la confrérie elle-même, d’autres y avaient été fondées par des personnes pieuses, probablement des membres dévoués de l'association. C'est ainsi que, le 11 septembre 1518, maître Yves du Bot, médecin, originaire de Josselin et également dévoué à Notre Dame du Roncier, fonde une messe hebdomadaire à l‘autel de Notre Dame de Consolation. ll exerçait a Nantes, sur la paroisse de Sainte Croix, et la rente perpétuelle qu'il léguait pour sa fondation était assise sur sa maison de la Saulzaie. Lui-même nomma le premier chapelain chargé de l’acquitter et régla qu’après lui le droit de présentation appartiendrait aux fabriqueurs de la paroisse. Ceux-ci ne le laissèrent pas tomber et, jusqu’à la Révolution, en ne manqua pas de célébrer, tous les lundis, à l’autel de Notre Dame de Consolatiou, la messe de « maître Yves du Bot ».

C’est ainsi encore que, durant l’année 1637, Missire Pierre Couperic, prêtre, docteur en théologie, chanoine théologal et archidiacre de la Mée, et son frère Jean Couperie, sieur des Jonchéres, docteur en droit, conseiller du Roy et président au Présidial de Nantes, dont les parents avaient été enterrés dans la chapelle de notre confrérie, y faisaient une importante et curieuse fondation. « Désireux de contribuer à l'augmentation du divin service en ladite église parrochialle de Sainte Croix, à la gloire de Dieu et de la sainte Vierge Marie, pour le salut des vivans et repos des trépassez et particulièrement des âmes des deffunts » leurs père et mère, ils établissent ceci : aux sept fétes principales de Notre Dame, savoir : la Conception, la Nativité, la Présentation, l'Annonciation, la Visitation, la Purification et l’Assomption, une messe basse devra être célébrée, a l'autel de Notre Dame de Consolation, à l'issue de la messe paroissiale. Au cas où deux messes solennelles seraient chantées, ces mêmes jours, l’une pour la paroisse, l'autre pour la confrérie, c’est seulement à l’issue de celle-ci que sera dite la messe basse. De plus, au soir de ces mêmes fêtes, après l’office des vêpres, le clergé de Sainte Croix devait, en vertu de la même fondation, chanter un Salut de la Vierge. On se rendait donc processionnellement à l’autel de Notre Dame de Consolation ; deux prêtres de choeur ou du moins deux clercs, ces détails sont spécifiés dans l'acte, doivent chanter « en entier et à haute voix les litanies de Notre-Dame » et tout le clergé paroissial doit chanter aussi la réponse. Après l’Oraison de la sainte Vierge, on chante, toujours au même autel, pour les fidèles trépassés, « le psaume De profundis avec que son Libera et l'oraison Fidelium ».

Le XVIIIe siècle amena la ruine de la confrérie. Un arrêt de justice, du 12 août 1738, prononça sa dissolution, sous prétexte qu’elle n'avait pas de lettres-patentes dûment enregistrées au Parlement. Deux siècles et demi d'existence légale ne suffirent pas a la défendre et ses rentes allèrent grossir les maigres revenus du Sanitat.

Un siècle plus tard, en 1853, une dévotion, différente par le nom, mais née d'une inspiration analogue, était établie à Nantes, dans la chapelle de l’Immaculée Conception : c’est la confrérie bien connue de Notre Dame du Suffrage. Elle poursuit deux buts, inséparables d’ailleurs : assister toutes les âmes du purgatoire et, plus particulièrement, les âmes des associés défunts et de leurs parents ; exciter ses membres, par la pensée de la mort et des expiations qui la suivent, à mener une vie plus chrétienne.

Les fidèles, désireux de venir en aide à leurs défunts, désireux surtout de se ménager a eux-mêmes des suffrages assurés, comprirent aussitôt cette dévotion et s’agrégèrent nombreux à la confrérie. Depuis lors, l’autel spécialement dédié à N.-D. du Suffrage n'a pas cessé d’être visité par les familles en deuil ; depuis lors aussi, la conf'rérie n'a pas cessé d’accomplir ses pieux exercices. Chaque semaine, une messe est offerte aux intentions de l'œuvre. Chaque mois, le premier lundi, la messe est précédée d'une allocution, et le soir ou fait solennellement le Chemin de la Croix, suivi de la bénédiction de la Vraie-Croix et d'une absoute. Chaque année, l'octave des morts y est célébrée par des exercices semblables à ceux du premier lundi. Enfin, au décès de chaque confrère, deux messes basses pour le repos de son âme sont annoncées et dites à l’autel privilégié de Notre Dame du Suffrage.

Depuis 1853, bien des défunts avaient été soulagés par les prières de notre confrérie ; en 1899, on se demanda S’il n’était pas possible de faire davantage. Des âmes, héroïquement oublieuses d'elles-mêmes, abandonnent parfois toutes leurs satisfactions aux âmes délaissées du purgatoire : pourquoi la confrérie ne les imiterait-elle pas, en consacrant une partie de ses ressources au soulagement de ces mêmes âmes ? Hélas ! Que de défunts pour lesquels des familles sans religion et plus souvent sans fortune ne font jamais offrir le saint sacrifice ! La charité serait heureuse de réparer ces cruels oublis, en faisant dire une messe pour chacun de ces délaissés. Cela se fait ailleurs, à Redon par exemple ; une personne riche et profondément chrétienne y a pourvu. La confrérie du Suffrage aurait voulu imiter cet exemple ; mais la ville de Nantes est trop grande et le nombre des indigents y est trop considérable pour qu'il lui fut possible d’accorder a tous cet insigne bienfait. Elle a pensé du moins qu'elle pouvait faire quelque chose, et depuis cinq ans déjà, chaque matin, elle fait célébrer a son autel une messe pour les indigents décédés la veille dans la ville de Nantes. Cette pensée n’est-elle pas touchante, et n’est-il pas vrai que la confrérie de N. D. du Suffrage pourrait s’appeler, comme sa devancière, N.-D. de Consolation ?

Non seulement elle adoucit, mais elle délivre. C’est une pieuse croyance que, le jour de son Assomption, le purgatoire demeura vide, Marie ayant obtenu de son Fils la grâce d‘entrer au Ciel accompagnée de toutes les âmes détenues dans ce lieu d'expiation. Certains auteurs affirment qu’à chacune de ses fêtes, elle descend au purgatoire et délivre une foule d’âmes, choisies principalement parmi celles qui l’ont bien servie sur la terre. Des révélations, qui n'ont point été désavouées par l’Eglise, font croire aux fidèles qu‘elle favorise entre tous les membres de la confrérie du Mont-Carmel, et qu’elle délivre, le samedi d’après leur mort, ceux d’entre eux qui ont porté fidèlement le scapulaire, pratiqué la charité, récité le petit office de la sainte Vierge, observé les jeûnes et l‘abstinence du mercredi.


Marie est bien la consolatrice des âmes détenues dans le purgatoire ; elle est par là-même la consolatrice de ceux qui restent pour quelques jours encore sur cette terre d’exil. Aussi je comprends que la chapelle commémorative élevée naguère, à Paris, sur l'emplacement du Bazar de la charité, ait été dédiée à N.-D. de Consolation. Prions donc Marie pour nos défunts, confions-lui les prières et les suffrages que nous offrons pour leur soulagement, demandons-lui de ne pas nous oublier après notre mort, et répétons, comme autrefois nos pères : « Notre Dame de Consolation, priez pour nous ».

 

ND de Nantes

 

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