Le Mois de la Passion

ou la Science du Crucifix

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Dixième jour

Sur la Charité fraternelle

 

I. Quiconque aime le Père, qui a donné la vie, dit Saint Jean, aime aussi les enfants qui l’ont reçue. Il suit de là que quiconque aime Jésus-Christ qui donne la vie de la grâce à tous les chrétiens, aime aussi tous les chrétiens, qui doivent leur génération spirituelle au Sang Précieux de Jésus-Christ. Il suit encore que quiconque n’aime pas ses frères, qui sont enfants, de Dieu et membres de Jésus-Christ, n’aime pas Jésus-Christ Lui-même. Si quelqu’un me dit, ajoute le même Apôtre : j’aime Dieu, et que j’aperçoive qu’il hait son frère, je dis qu’il est un menteur ; car s’il n’aime pas son frère qu’il voit, et dont les besoins viennent frapper ses yeux, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas, et dont les perfections infiniment aimables ne tombent pas sous les sens ?

II. Tout ce que je fais à mon prochain soit bien, soit mal, c’est à Jésus-Christ que je le fais. Saint Martin couvre de la moitié de sa cape la nudité d’un pauvre, et Jésus-Christ se montre à lui revêtu de cet habit. Saul poursuit les chrétiens pour les faire périr, et Jésus-Christ lui dit en le terrassant : « Saul, Saul, pourquoi Me persécute-tu ? » Toutes les fois dira Jésus-Christ au jugement dernier et à ses élus et aux réprouvés, toutes les fois que vous avez rendu un bon ou mauvais office à un seul de mes frères et même au plus petit d’entre eux, c’est à Moi que vous l’avez rendu. Je ne verrai donc que Jésus-Christ dans mes frères ; je les aimerai, quoiqu’ils n’aient rien d’aimable en eux-mêmes ; je les aimerai, parce qu’ils sont les enfants de notre père commun, parce que Jésus-Christ est leur Sauveur et le mien, et que ma propre indignité ne l’empêche pas de me supporter et de m’aimer. Je les aimerai et mon amour sera un écoulement de celui que j’ai pour mon Dieu et mon Sauveur. Ainsi j’aimerai mon Sauveur de toutes les manières dont il peut et dont Il veut être aimé, et dans Lui-même, et hors de Lui-même ; c’est-à-dire, dans ses images vivantes, et dans les membres de ce corps mystique dont Jésus-Christ est le chef.

III. Jésus-Christ n’a promis à son jugement dernier le bonheur du Ciel qu’aux âmes compatissantes et charitables ; il ne condamne aux tourments de l’enfer que les coeurs durs et sans compassion pour leurs frères. On dirait que la Charité est la seule vertu du Christianisme. C’est que la Charité toute seule renferme toutes les autres vertus et couvre la multitude des péchés. C’est que par les œuvres de Charité on est assuré de toucher et de gagner le coeur de Dieu et d’en obtenir le centuple de tout ce que nous faisons en faveur de nos frères, le centuple de nos aumônes et de tout ce qu’il nous en coûte pour les assister et les soulager, la récompense au centuple et des peines que nous prenons pour les instruire et les sanctifier, et de notre patience à supporter leurs défauts, et de notre générosité à pardonner leurs injures et à leur rendre le bien pour le mal. Donnez, dit notre Divin Maître, et l’on vous donnera. Montrez-vous patients, indulgents, bienfaisants et généreux envers vos frères et Dieu se montrera tel à votre égard et pour quelques bien temporels dont vous serez dépouillés, et quelques légers sacrifices que vous aurez faits à la Charité, il versera dans votre sein des trésors de biens spirituels dont la mesure sera pleine, comble, surabondante, et en quelque sorte excessive.

IV. Les Saints n’ont trouvé le secret d’amasser d’immenses trésors de mérites qu’en imitant la patience, le zèle et la Charité de leur Divin Maître. Les pécheurs n’en ont pas d’autres de se réconcilier avec Dieu qui renonce à ses droits en ferveur de nos frères. Qu’un pécheur pénitent, après des œuvres de Charité, après avoir étouffé un ressentiment, après avoir pardonné une injure en vue de Jésus-Christ, se jette aux pieds du Crucifix ; la grâce qui en découlera, répandra en son coeur la plus douce confiance dans la Miséricorde Divine. Le jeune Gualbert éprouva cette faveur. Touché d’un vif sentiment de religion, il pardonna à son ennemi qu’il était sur le point d’immoler, et qui implorait sa clémence en lui présentant les bras en forme de croix. Il entre ensuite dans une église et prie devant un crucifix qui incline la tête en signe d’approbation. Cette œuvre de Charité fut le principe de sa conversion et d’une sainte vie qui lui a mérité les honneurs de l’Église.

V. Que me dit la Foi, lorsque je suis aux pieds du Crucifix ? Elle me dit que j’étais un malheureux esclave, chargé de crimes et destiné à la mort éternelle, que comme je ne pouvais ni calmer la juste colère de mon Souverain, ni acquitter mes dettes, son Fils unique touché de compassion en ma faveur, a pris ma place : qu’il a satisfait pour moi ; qu’il a donné sa vie pour me sauver de la mort éternelle et moi, je poursuivrais dans mes frères qu’il a rachetés comme moi, les plus légères offenses ! Et tandis que j’éprouve tant d’indulgence et de compassion, je n’aurai pour mes frères que dureté et insensibilité ! Ô Croix de Jésus, je me rends indigne de vous, je vous outrage toutes les fois que je livre mon coeur à l’animosité, et que je le ferme à la patience et à la compassion.

 

Texte extrait du Mois de la Passion ou la Science du Crucifix, aux Editions Saint Jean

 

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