Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Vingt-septième jour

Sur l'action du Sacerdoce par le Sacrement de l'Eucharistie

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

L'Eucharistie et le sacerdoce sont corrélatifs : toute religion doit avoir des sacrifices et par conséquent des prêtres pour les offrir. D'où il suit, pour le dire en passant, qu'à proprement parler, le protestantisme ne devrait pas être regardé comme une religion, puisque la plupart de ses sectes n'ont ni sacrifice, ni sacrificateurs. C'est, en effet, le pouvoir d'offrir à Dieu des victimes ; d'être, par l'accomplissement de cette auguste fonction, l'intermédiaire entre Dieu et les hommes, qui constitue le sacerdoce. C'est pour cela que l'obligation la plus étroite et la plus éminente du sacerdoce chrétien est l'oblation du sacrifice eucharistique, qui n'est autre chose que la continuation de celui de Jésus-Christ sur le calvaire. Le Divin Maître, la veille de sa mort, prit entre ses mains du pain, le bénit et le donna à ses disciples, et il dit : « Prenez et mangez, ceci est mon corps ». Puis, prenant le calice, il rendit grâces, le leur donna, et il dit : « Buvez-en tous, car c'est mon sang, le sang du nouveau Testament, qui sera répandu pour la rémission des péchés de tous les hommes ». (Saint Matthieu 26, 26-28). « Faites ceci en mémoire de moi » (Saint Luc 22, 19). Dès lors, le sacrement auguste de l'Eucharistie fut institué, et le sacerdoce fut investi du pouvoir sublime de consacrer le pain et le vin, c'est-à-dire, d'en changer la substance, de telle sorte, qu'après les paroles sacramentelles et par leur vertu, ce pain et ce vin, dont il ne reste plus que les apparences, sont réellement et substantiellement le corps, le sang, l'âme et la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Tel est l'admirable et puissant élément que le Sauveur a placé entre les mains de ses prêtres pour rendre plus efficace leur action sur l'humanité et pour assurer ainsi le succès de leur importante mission. Le sacerdoce, fidèle aux enseignements de son Divin Fondateur, exerce de deux manières cette influence céleste que lui donne le précieux trésor qui lui a été confié : d'abord, en offrant lui-même l'adorable sacrifice de l'Eucharistie, et en conservant celle-ci dans ses sanctuaires pour y être l'objet de la vénération du peuple chrétien ; ensuite, en faisant participer les fidèles à cet auguste sacrement par la sainte communion, pour entretenir en eux le principe et l'aliment de la vie spirituelle et surnaturelle, qui consiste essentiellement dans l'union de l'âme avec Jésus-Christ.

I. L'action du sacerdoce sur la société chrétienne par l'Eucharistie s'exerce donc, premièrement, par le culte public, dont le saint sacrifice de la messe, et la présence réelle offerte à l'adoration des fidèles, sont l'âme, l'aliment et la vie. Tout, en effet, dans nos temples comme dans notre liturgie, est subordonné au sanctuaire, et tout y converge. Nous parlerons plus tard de l'influence du culte public en général, qui n'est, pour ainsi dire qu'une introduction et une préparation à l'acte principal de ce culte, le sacrifice eucharistique. Chez tous les peuples et dans toutes les religions, les sacrifices offerts publiquement en l'honneur de la Divinité produisent toujours sur les masses de vives et salutaires impressions. Ils leur rappellent l'autorité souveraine et toute-puissante du Créateur et du Maître de l'univers, et leur inspirent un sentiment de crainte et de dépendance religieuses, qui les retient dans le devoir et qui adoucit leurs mœurs. C'est au pied des saints autels que les hommes apprennent qu'il y a au-dessus d'eux une force irrésistible qui-préside aux destinées des individus, des familles et des empires. C'est ce qui explique pourquoi de tout temps, même dans le paganisme, on a offert des sacrifices pour attirer les bénédictions du ciel sur les entreprises et les affaires importantes des états et des fortunes privées. Mais l'action exercée sur les esprits par les sacrifices a toujours été proportionnée à la valeur et à la dignité des victimes immolées : tantôt, les fruits de la terre et les aliments dont les hommes se nourrissent en font tous les frais ; tantôt ce sont des animaux, des tourterelles, des agneaux et des béliers, des chèvres et des boucs, des génisses et des taureaux. Toutefois, l'insuffisance de ces victimes pour apaiser la justice divine, jointe à la cruauté et à l'esprit de vengeance, inspira les sacrifices humains. Il semblait, en effet, plus convenable et plus juste que les crimes des hommes fussent expiés par l'effusion du sang de leurs semblables, que par l'immolation des animaux; la dignité de notre nature réclamait des victimes qui ne lui fussent pas inférieures en noblesse. « Il était impossible, dit saint Paul (Hébreux 10, 4) que le sang des taureaux et des boucs pût expier les péchés ». L'homme même était impuissant à laver ses frères de leurs iniquités, puisque son propre sang n'était pas exempt de souillure. Il fallait bien, pour racheter l'humanité, une victime humaine ; mais pour obtenir grâce devant Dieu, il fallait encore qu'elle fût sainte, innocente, sans tache ; qu'elle n'eût rien de commun avec le péché, et qu'elle l'emportât en noblesse et en dignité sur toutes les créatures, afin de n'avoir pas besoin de solliciter son pardon avant de demander celui du peuple. C'est pour cela que le Fils de Dieu s'est fait homme, et qu'il s'est ensuite offert en victime sur la croix pour le salut du monde. Qui pourrait contester à cet auguste sacrifice l'action prodigieuse et toute-puissante qu'il a exercée et qu'il exerce encore sur les peuples de l'univers entier ? Mais la foi nous enseigne qu'à part la scène sanglante du calvaire, le sacrifice eucharistique offert tous les jours sur nos autels est le même que celui de la croix : il n'est donc pas surprenant que sa féconde influence perpétue les fruits produits par l'arbre de vie sur lequel le Sauveur s'est immolé la première fois. Aussi l'Eucharistie est-elle pour l'Eglise ce que le soleil est à la nature : chaque jour cet astre bienfaisant se lève successivement sur toutes les parties du globe pour y répandre la lumière, la chaleur, le mouvement et la vie ; et chaque jour aussi le Soleil de justice apparaît partout dès l'aurore sur nos autels dans la sainte Eucharistie, afin d'éclairer les intelligences, d'embraser les cœurs du feu sacré de la charité, d'enflammer le zèle et d'établir le règne de Jésus-Christ dans les âmes, dont il est la vie.

II. Aussi, le divin Maître, dans son amour infini pour les hommes, ne s'est pas contenté de confier à ses prêtres l'honneur insigne d'immoler la victime sainte; il a voulu, pour atteindre son but plus sûrement encore, qu'elle fût distribuée par leurs mains à ses fidèles serviteurs. C'est là le second moyen d'action que fournit au sacerdoce le sacrement d'amour. Le sacerdoce, en effet, trouve dans cette manne céleste une double ressource pour agir sur les âmes : elle les nourrit d'abord ; puis elle neutralise, autant qu'il est possible ici-bas, les tristes et funestes suites du péché d'origine. La vie de l'âme consiste dans son union avec Dieu, comme la vie du corps consiste dans son union avec l'âme. L'âme comme le corps a besoin de nourriture pour vivre, et si Dieu a si largement répandu sur la terre les aliments nécessaires pour entretenir la vie dans la partie matérielle de notre être, comment aurait-il négligé de pourvoir à la subsistance de la partie spirituelle qui est la plus noble sans contredit ? Non certes, il ne l'a pas oubliée, puisque c'est lui-même qui veut être la nourriture de notre âme ! Et il ne pouvait même en être autrement. D'après l'ordre naturel établi par le Créateur, toute créature trouve, dans le sein qui lui a donné l'existence, l'aliment dont elle a besoin pour entretenir sa vie : la plante puise dans la terre qui l'a enfantée les sucs nourriciers qui lui sont nécessaires; les animaux et l'homme lui-même rencontrent le lait qui doit les nourrir, dans le sein de la mère qui les a portés ; l'âme ayant reçu l'être immédiatement de Dieu, comme l'enseigne saint Thomas d'Aquin, doit donc aussi trouver en lui son aliment. Mais, comment Dieu peut-il nourrir de lui-même l'âme de l'homme ? D'abord, le divin Maître nous dit, dans le saint Evangile, que « l'homme ne se nourrit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». (Saint Matthieu 4, 4). Ainsi, Dieu commence à se communiquer à notre âme par sa parole renfermée dans les divines Écritures, ou annoncée par ses apôtres, qu'il a chargés de l'enseignement chrétien des nations. Il faudrait maintenant lire tout le chapitre sixième de l'Evangile selon Saint Jean pour voir avec quelles délicates précautions le divin Sauveur arrive à révéler à ses disciples que c'est lui-même surtout, c'est-à-dire, son corps, son âme et sa divinité, qui seront désormais la nourriture de nos âmes : il leur déclare d'abord l'insuffisance de la manne du désert, qui n'était que la figure de l'aliment céleste qu'il nous préparait ; puis il proclame hautement qu'il est le pain vivant descendu du ciel, et que celui qui mangera de ce pain vivra éternellement. Et pour qu'aucun doute ne puisse s'élever sur la nature de ce pain venu du ciel, il ajoute que ce pain est sa chair même qu'il doit sacrifier pour donner la vie au monde : « Ma chair, dit-il, est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. En vérité, en vérité, je vous l'affirme : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous ». (Saint Jean 6, 56, 54). Il ne restait plus qu'à préciser comment nous pourrions manger sa chair et son sang adorables, et c'est ce qu'il a fait la veille de sa mort à la sainte Cène, lorsqu'il institua définitivement le sacerdoce et la sainte Eucharistie, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut. C'est ainsi que Dieu lui-même devient la nourriture de nos âmes.

Mais étudions maintenant les effets prodigieux de cet aliment céleste, et comment il a la vertu de nourrir notre âme et de neutraliser jusqu'à un certain point, dans notre humanité déchue, les suites déplorables du péché de nos premiers parents. La vie existe pour notre corps, lorsque étant uni à l'âme, toutes ses fonctions s'opèrent régulièrement selon l'ordre établi par le Créateur : la vie existe donc également pour l'âme, lorsque étant unie à Jésus-Christ, toutes ses facultés agissent selon l'ordre établi par la loi divine. Or, rien ne contribue plus puissamment à faire régner cet ordre dans l'âme, et par conséquent rien n'y répand plus de vie, que la réception de la sainte Eucharistie. Celle-ci agit d'abord sur les sens qui, depuis la chute originelle, sont devenus indociles et l'un des principaux obstacles à l'accomplissement de nos devoirs envers Dieu. Outre que ce sacrement exige, comme préparation à le recevoir, le repentir des fautes passées et la mortification de la chair ; l'humilité et la foi, qui sont la mort des sens ; enfin l'amour, dont le propre est le détachement et le sacrifice de soi-même pour l'objet aimé ; il donne encore à la partie matérielle de notre être par l'attouchement de la chair sacrée et du sang adorable de Jésus-Christ, que l'on reçoit dans la sainte communion, plus de souplesse et de docilité ; il y apaise la révolte, en éloigne la corruption, en fortifie la faiblesse. Dans la sainte Eucharistie, Jésus-Christ nous communique encore sa divinité, son esprit et son âme avec toutes les vertus dont il est la source première, et paralyse ainsi, ou du moins affaiblit les vices héréditaires de la partie spirituelle de notre être. Mais ce n'est pas tout : non-seulement la chair devient moins rebelle, et l'âme reprend sur celle-ci quelque chose de cette autorité absolue dont elle jouissait avant la déchéance de notre nature; mais bientôt l'âme unie à Jésus-Christ par la communion entraîne, dans le torrent de la circulation de la vie divine qui l'anime, tous les éléments de cette vie commune ; elle spiritualise et divinise en quelque sorte les occupations et les travaux les plus matériels ; c'est ainsi que, par son action, un verre d'eau est changé en une couronne de gloire éternelle, et les fonctions les plus viles sont surnaturalisées et ennoblies. Devenue médiatrice à son tour entre le monde matériel et le monde spirituel, comme Jésus-Christ entre la nature humaine et la divinité, cette âme fait chanter, pour ainsi dire, par toutes les créatures, un cantique de gloire et de reconnaissance au Créateur, et démontre d'une manière palpable que l'Eucharistie est l'âme de la vie pratique. Bien plus, la vertu divine, dont le fidèle qui a communié est pénétré et qui rayonne autour de lui, ne s'arrête pas à vivifier pour ainsi dire les créatures passives ; mais elle va même jusqu'à entraîner après elle les créatures libres, par le charme céleste de la beauté morale qui resplendit en lui. C'est un aimant qui attire, c'est une sorte d'autorité pleine de douceur qui subjugue sans tyrannie ; on l'admire, on obéit à sa séduisante influence, sans effort et comme naturellement. De là les conquêtes sans nombre que peut faire à Jésus-Christ celui qui communie saintement, et par conséquent l'action puissante qu'il exerce sur la société. Si nous remontons à la source de cette régénération des âmes, nous trouvons l'Eucharistie, et derrière elle le sacerdoce catholique qui seul en a reçu le dépôt des mains du Sauveur, avec le privilège insigne de la consacrer et de s'en servir comme du moyen le plus puissant, pour rétablir le règne de Dieu sur l'humanité, et pour travailler au salut des individus et des peuples.

 

Élévation sur l'action du Sacerdoce par le Sacrement de l'Eucharistie

 

I. O Seigneur ! Que votre sacerdoce me paraît grand lorsque je le contemple au saint autel, placé entre Dieu et les hommes, comme médiateur entre le ciel et la terre ! lorsque je le vois offrant l'adorable sacrifice de l'Eucharistie en expiation de tous les crimes et de toutes les iniquités qui se multiplient chaque jour dans le monde et qui semblent braver votre justice. Qu'on insulte un homme, qu'on lui cause quelque tort dans les biens de la fortune ou de la réputation, on poursuit le coupable et on exige de lui la réparation de ses méfaits. Si l'on venait à manquer au respect que l'on doit à l'autorité, ou à celui qui la représente, si on en parlait avec mépris, si on en secouait le joug avec dédain, la juste punition ne s'en ferait pas longtemps attendre.Vous seul, ô mon Dieu, pourriez-vous être outragé impunément ? Vos lois saintes seraient-elles violées et foulées aux pieds sans que votre justice fît sentir ses rigueurs ? Le châtiment terrible des anges prévaricateurs, la catastrophe épouvantable du déluge, le feu et le soufre qui tombèrent sur Sodome et Gomorrhe, sont des preuves frappantes du contraire ; puis, les tourments éternels de l'autre vie dont vous menacez, dans votre Evangile, ceux qui refuseront ici-bas d'obéir à vos commandements, démontrent assez que, quoique votre bonté soit infinie, votre justice pourtant doit aussi avoir son cours. D'où vient donc, Seigneur, que de nos jours les châtiments les plus éclatants ne fondent pas sur nous ? Ah ! Certes, ce n'est ni la multitude, ni l'énormité des iniquités qui font défaut : le monde en a-t-il jamais été plus souillé ? Ah ! Seigneur, c'est le sacrifice auguste offert par votre sacerdoce, qui arrête votre bras ! C'est ce prêtre si calomnié, si méprisé, qui en vous sacrifiant chaque jour l'Agneau sans tache, et en vous montrant les plaies sacrées de votre divin Fils, renouvelle sans cesse l'immolation du calvaire, et obtient grâce et miséricorde pour vos ennemis et les siens. Qui pourra jamais comprendre toute la puissance du sacerdoce sur votre cœur, ô mon Dieu, lorsqu'il tient entre ses mains consacrées Jésus-Christ lui-même comme victime, et qu'il vous adjure on son nom, non-seulement de pardonner, mais encore d'accorder des faveurs à ceux qui vous ont outragé ? A la vue de ce sang adorable vous frémissez en quelque sorte, vous reconnaissez votre propre sang, celui de Jésus mort sur la croix pour le salut du monde ; vous êtes désarmé, vous pardonnez et vous ouvrez le trésor de vos grâces pour les répandre avec la libéralité dont un Dieu seul est capable. Mais, le prêtre n'offre pas seul la victime sainte : les pieux fidèles, vos enfants, accourus pour unir leurs supplications à celles du ministre sacré, entourent l'autel de toute part, et font monter jusqu'à vous ce faisceau de prières, auquel le cœur d'un père ne saurait résister. Ah ! Sainte Eglise romaine ! Avec le sacrifice de l'Eucharistie je m'explique votre force; je comprends que tous les efforts de l'enfer viennent se briser à vos pieds ! Vos victoires et vos conquêtes ne m'étonnent plus ! Quand je pense que du couchant à l'aurore vos ministres sacrés ne cessent de lever les mains par milliers vers le Tout-Puissant, et commandent, pour ainsi dire, à sa miséricorde et à sa bonté de pardonner et de bénir, en offrant pour gage les mérites infinis du Sauveur, je ne suis plus surpris de l'influence immense du sacerdoce sur la société. On pourra bien le persécuter, lui enlever tous ses biens, abattre ses autels et renverser ses temples. On pourra faire quelques martyrs, enchaîner quelques prêtres ; mais il en restera toujours assez pour pouvoir trouver un peu de pain et un peu de vin, et offrir le sacrifice eucharistique au milieu des forêts s'il le faut, ou dans les cavernes cachées des déserts ; il n'en faut pas davantage pour assurer à jamais le triomphe du sacerdoce sur l'impiété et la corruption. Mais au milieu de cette lutte acharnée du bien et du mal qui ne doit finir qu'avec les temps, permettez, Seigneur, que j'aille me reposer un instant à l'ombre de vos autels. Si j'entrais dans un temple de la réforme, à la vue de ce mobilier muet, tel qu'on le rencontre dans tous les amphithéâtres des facultés, ne trouvant ni autel, ni aucun signe qui m'indique la divinité qu'on y adore, si ce n'est des voûtes et une architecture qui révèlent que des étrangers sont venus s'emparer de la demeure du maître qui l'habitait, après l'en avoir chassé ; dans cette solitude nue et désolée, mon cœur se sentirait vide et glacé, et ne pourrait se défendre d'une profonde tristesse. Oh! qu'il en est bien autrement dans nos églises ! À peine ai-je foulé le seuil du lieu saint, que l'eau de la purification se présente à moi et semble me dire qu'il faut être pur pour avancer plus loin. En effet, je lève les yeux et déjà j'aperçois au fond du sanctuaire le signe du salut arboré sur le tabernacle, et il me dit à son tour : « Ton Dieu est là, il te voit, il f attend, il t'écoute ». Dès l'abord j'avais senti frémir autour de moi une atmosphère de vie qui réjouissait mon âme, je comprenais que je n'étais pas seul dans le temple, et que celui qui est l'hôte par excellence y résidait. Mais dès que mes regards se sont portés sur la porte du tabernacle, et que je les y ai fixés, mon cœur s'est ému ; il avait en quelque sorte entendu palpiter, derrière ce voile impénétrable aux sens, celui qui a dit : « Je suis la vie ». Une lampe solitaire brûle et veille auprès de lui comme une prière continuelle, image vivante de celles que la sainte Eglise ne cesse de lui adresser. C'est à vos pieds, Seigneur Jésus, qu'il fait bon, et que l'on comprend les sentiments qu'éprouvèrent les apôtres sur le Tabor, lorsqu'ils voulaient y dresser leurs tentes. Toutefois, qu'est-ce encore que ces audiences privées, en comparaison de ces réceptions solennelles, aux jours où, sortant de vos tabernacles, vous apparaissez aux yeux de la multitude sur un trône plus ou moins brillant, mais toujours entouré d'une douce majesté ? Ah ! Quel doux moment que celui où le prêtre, ouvrant le saint tabernacle, cette prison volontaire où vous vous renfermez par amour pour nous, semble rompre vos chaînes pour vous montrer aux fidèles assemblés, et leur dit en votre nom : « Venez à moi, vous tous qui travaillez, et qui portez le poids de la vie, et je vous donnerai force et courage ». (Saint Matthieu 11, 28.) Qu'il est beau devoir alors les foules immenses, accourues de toute part, tomber à genoux, se prosterner, vous adorer dans le plus profond recueillement ! Puis, lorsque tout est terminé, chacun se retire en silence, le cœur embaumé, emportant au foyer domestique et au milieu du monde les douces et salutaires influences reçues des mains du sacerdoce, et la vie est conservée au sein de la société.

II. Oui, Seigneur, vous êtes la vie de nos âmes, et depuis la création de l'homme vous n'avez jamais cessé de le nourrir de vous-même. Dans l'état primitif, c'est-à-dire avant la chute originelle, cette vie sublime de l'âme s'entretenait naturellement et sans effort par la vue de votre majesté infinie, par les communications intimes et directes qui existaient entre vous et l'homme, par la connaissance qu'il avait de vos divines perfections et par l'amour qui embrasait son cœur. L'intermédiaire des sens n'y était pour rien ; leur domaine ne s'appesantissait pas alors sur l'âme et ne l'attirait point vers la matière ; l'âme pouvait aisément s'élever jusqu'à Dieu, parce qu'elle dominait les sens. Mais cet ordre primitif une fois brisé et renversé par la désobéissance de nos premiers parents, les sens prirent le dessus, l'âme fut abîmée dans la chair : la vue de cette beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, que vous aviez daigné lui montrer, ô mon Dieu, avec tous ses célestes attraits, cette vue qui lui était naturelle avant le péché, ne fut plus, après ce malheur, du ressort de sa nature corrompue ; elle devint pour elle d'un ordre surnaturel. Ah ! Seigneur, nous ne comprendrons jamais assez l'étendue de ce terrible châtiment ! Deux choses vinrent mettre obstacle à cette vue, et à cette communication directe ou immédiate de l'âme avec votre divinité, qui était sa vie : d'un côté, elle ne put plus rien voir qu'à travers les sens, et vous ne tombez pas sous les sens, puisque vous êtes un pur esprit; de l'autre, en rendant les sens complices de son péché, elle les révolta et les déchaîna contre elle, de telle sorte qu'au lieu d'en être la souveraine, elle devint l'esclave de leur tyrannie qui ne cessa depuis lors de la détourner des choses du ciel. C'en était donc fait de la vie de l'âme ; et la mort éternelle eût été son infaillible et triste partage, si dans votre miséricorde et votre bonté infinies vous n'eussiez trouvé un moyen de vous communiquer à l'âme humaine, même à travers la barrière grossière des sens. Pendant quatre mille ans, hélas ! Temps de justice et de rigueur, un seul peuple fut éclairé de vos lumières divines, et des hommes inspirés, des patriarches, des législateurs, des rois, des prophètes furent chargés de les lui transmettre. Mais votre amour immense pour l'humanité ne pouvait s'en tenir à ce faible moyen, et se borner à ne faire luire le soleil de la vérité qu'aux yeux d'un si petit nombre de vos enfants. Aussi, après quarante siècles, les larmes, les prières et les vœux embrasés des justes de tous les temps obtinrent que le grand mystère de l'incarnation s'accomplît : le Verbe se fit chair, en prenant un corps et une âme semblables aux nôtres. Vous vîntes donc, ô mon Dieu, en la personne de votre adorable Fils, renouveler votre alliance avec les hommes, et les rappeler à la vie. Toutefois, ô divin Maître, vous ne deviez passer que quelques années sur cette terre, et vous vouliez pourtant apporter à nos âmes un secours digne de votre munificence, qui s'étendît non-seulement à la Judée et aux hommes privilégiés qui auraient pu vous contempler pendant votre vie mortelle; mais un secours qui, traversant toutes les mers et toutes les générations, pût rendre la vie à tous les peuples, et aux hommes de tous les temps jusqu'à la consommation des siècles. Que seriez-vous donc venu faire sur la terre, ô foyer sacré de la vie de nos âmes, si, après y avoir passé quelques jours, vous vous étiez retiré dans le fond de votre éternité, ne laissant d'autres traces de votre passage que quelques souvenirs fugitifs et quelques rayons échappés a votre divinité ? Puisque vous aviez daigné épouser notre humanité pour arriver à nos âmes au moyen des sens, et pour devenir ainsi pour elles le seul foyer possible de leur vie : ce foyer devait donc rester au sein de l'humanité pour la vivifier perpétuellement. C'est pour cela, divin Sauveur, que vous avez voulu donner une extension infinie à votre incarnation, selon le langage des Pères, en établissant la sainte Eucharistie, qui, sous l'apparence d'une nourriture matérielle, nous fît comprendre que vous vouliez être l'aliment et le principe de la vie de nos âmes. Et pour qu'il ne nous restât aucun doute à cet égard, vous nous avez déclaré que, si nous ne mangions la chair du fils de l'homme, et que si nous ne buvions son sang, nous n'aurions pas la vie en nous. (Saint Jean, 6, 54.) Cette manducation, matérielle et spirituelle tout à la fois, de votre personne adorable devenait le moyen de traverser la barrière des sens pour pénétrer jusqu'à notre âme et pour lui donner la vie en s'unissant à elle.

Ah ! Divin Sauveur, c'est parce que la sainte communion est la nourriture essentielle de l'âme, et qu'il y va de sa vie, et de sa vie éternelle, que vous en avez fait aux hommes un précepte aussi formel, comme l'atteste le texte sacré que nous venons de lire ! Faut-il donc s'étonner que la sainte Eglise à son tour soit venue préciser vos ordres, en commandant à tous les fidèles de vous recevoir au moins une fois par an, aux solennités pascales ? Que l'on vienne maintenant nous faire l'éloge de ces banquets tumultueux où, sous prétexte dé fraternité et d'égalité, on réunit quelquefois des hommes dont les passions déchaînées font trembler la société. Depuis dix-huit siècles la sainte Église réunit tous les jours autour du banquet eucharistique, sans distinction de sexe, de rang et de fortune, dans le silence et le recueillement, l'élite de l'humanité, c'est-à-dire, tout ce qu'elle renferme dans son sein de plus pur, de plus charitable et de plus vertueux. Toutefois, ce n'est pas encore assez pour votre amour, ô divin Jésus, de convoquer à votre table tous les chrétiens sans distinction de position sociale ; vous voulez encore que l'on vous porte à ceux qui vous désirent, et qui ne peuvent aller à vous. Vous voulez que vos ministres aillent consoler sur leur lit de souffrances ceux de vos enfants que vous appelez au lieu du repos éternel, pour qu'ils puissent recevoir le pain des forts, ce viatique si nécessaire pour soutenir notre faiblesse au moment du grand voyage, et surtout le gage de la vie bienheureuse, c'est-à-dire de l'union divine qui ne finira jamais. Mission admirable du sacerdoce auquel il est réservé de consacrer le pain des anges, et de le distribuer aux enfants de Dieu; d'unir ainsi le ciel avec la terre, et de verser des torrents de vie au sein de la société !

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

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