Le Mois de la Passion

ou la Science du Crucifix

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Vingtième jour

La dignité de notre âme doit nous exciter à la confiance

 

I. Considère, mon âme, la noblesse de ton origine, et conçois des sentiments qui en soient dignes. Tu es sortie du sein de Dieu ; il est ton Père et il veut que nous l’invoquions sous ce tendre nom : « Notre Père, qui êtes aux Cieux ». Or un père peut-il oublier son enfant ? Dieu nous porte dans ses entrailles, comme la plus tendre des mères ; lui-même nous assurez que s’il y avait un monde une mère assez dénaturée pour désavouer et négliger le fruit de ses entrailles, il n’est pas capable de cette insensibilité à notre égard. Quelque misérable que mes péchés m’aient rendu, il me reconnaîtra toujours pour son ouvrage et son enfant ; il découvrira toujours en moi l’image de sa divinité, et sera toujours porté à lui rendre sa beauté originelle, et à la rétablir dans les droits dont le péché l’a fait déchoir.

II. Quoique la pure bonté de Dieu soit le motif de l’amour qu’il nous porte, on peut dire qu’en nous aimant, il s’aime lui-même, que son amour pour nous n’est qu’un écoulement de l’amour qu’il a pour lui-même : nos âmes qu’il a faites à son image, sont pour ainsi dire, des portions de sa divinité : lui touchant de si près, comment ne nous aimerait-il pas ?

Le péché, il est vrai, défigure en nos âmes sa ressemblance ; mais la pénitence, sanctifiée par le Sang de Jésus-Christ, en retrace les traits effacés. Nos âmes embellies par la grâce du Sauveur du monde, sont des temples où Dieu daigne établir sa demeure, où il dit lui-même qu’il fait ses délices de converser avec nous ; ce sont de vénérables sanctuaires où habitent le Saint Esprit. Nos corps eux-mêmes sanctifiés par la sainte humanité de Jésus-Chris, et consacrés par la société qu’ils ont avec nos âmes sont des vases dédiés à la Majesté de Dieu ; on ne peut les profaner que par d’horribles sacrilèges, et Dieu, dit Saint Paul, en perdra les profanateurs.

III. Oui, sans doute, quelque indignes que nous soyons, Dieu fait grande estime de nous. Ce fut dans un conseil ineffable de trois personnes divines que nous corps furent formés et animés par le souffle divin. Faisons l’homme, dit le Seigneur, à notre image : après avoir créé le monde matériel, il voulu renfermer dans l’homme un abrégé de toutes ses merveilles. Et ce Dieu si bon voulait-il détruire et perdre ce qu’il a paru créer avec tant de complaisance ? Voit-on des mères qui jettent leurs enfants au feu ou bien qui les déchirent ? Pourquoi te troubles-tu, mon âme, à la vue de tes péchés et dans l’attente du jugement de Dieu ; quelque énormes, quelques nombreux qu’ils soient, rassure-toi, si tu les déteste sincèrement ; tu n’as à craindre que de manquer de confiance dans la Miséricorde Divine ; ton Juge est ton Dieu, ton Créateur, ton Père ; il ne veut pas perdre son ouvrage, il ne veut pas jeter au feu son enfant ; il désire plus ton salut que tu ne le désires toi-même.

 

Texte extrait du Mois de la Passion ou la Science du Crucifix, aux Editions Saint Jean

 

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