Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

858_001

Vingt-huitième jour

Retour d’Égypte

 

Hérode était mort depuis assez longtemps, mais la Sainte Famille ne pouvait encore revenir en Judée, parce qu'il y avait toujours du danger. Cependant le séjour de l’Égypte devenait de plus en plus pénible pour Saint Joseph. Les gens du pays pratiquaient un horrible culte idolâtrique : ils sacrifiaient des enfants mal venus, et ceux qui en sacrifiaient de bien conformés croyaient faire preuve d’une grande piété. Ils avaient en outre un culte secret, plein d’impuretés ; les Juifs mêmes du pays étaient infectés de ces abominations. Ils avaient un temple qu‘ils disaient être comme celui de Salomon mais c’était une vanterie ridicule, car il était tout différent. Ils avaient une imitation de l’Arche d’alliance, dans laquelle étaient des figures obscènes, et ils se livraient à de détestables pratiques.

Ils ne chantaient plus de psaumes. À l’école de Mataréa, Saint Joseph rétablit un ordre parfait. Le prêtre égyptien qui, lors de la chute des idoles dans la petite ville voisine d’Héliopolis, avait pris la défense de la Sainte Famille, était venu s’établir là avec plusieurs personnes et s’était réuni à la petite communauté juive.

Un jour que saint Joseph, occupé de son travail de charpentier, allait le cesser à l’heure ordinaire, il parut très triste, car on ne lui payait pas son salaire, et il n’avait rien à rapporter à la maison, où cependant l’on manquait de tout. Accablé de soucis, il s’agenouilla en plein air, exposa a Dieu sa détresse et le pria de venir à son secours. La nuit suivante, un Ange lui apparut en songe et lui dit que ceux qui en voulaient à la vie de l’Enfant étant morts, il devait se lever et faire ses dispositions pour retourner dans sa patrie par la mute la plus fréquentée. Il l’exhortait à ne rien craindre, parce qu’il serait à ses côtés. Saint Joseph s’empressa de faire connaître cet ordre de Dieu à la sainte Vierge et à l’Enfant-Jésus. Ils obéirent aussitôt et firent leurs préparatifs de voyage avec la même promptitude qu’ils les avaient faits lorsqu’ils avaient reçu l’ordre de s’enfuir en Égypte.

Le lendemain matin, quand on connut leur projet, beaucoup de gens, très attristés de leur départ, vinrent leur faire leurs adieux, et leur apportèrent des présents de toute espèce dans de petits vases d‘osier et d’écorce. Ces bonnes gens étaient sincèrement affligés. Il y avait parmi eux quelques Juifs, mais la plupart étaient des païens convertis. Les Israélites établis dans ce pays étaient, pour la plupart, tellement tombés dans l’idolâtrie, qu’ils n’étaient presque plus reconnaissables. Il y eut cependant des gens qui virent avec joie le départ de la Sainte Famille, car ils les regardaient comme des magiciens, qui avaient à leur service les plus puissants d’entre les mauvais esprits.

Parmi les braves gens qui leur apportèrent des présents, l’on remarqua des mères avec leurs enfants qui avaient été les compagnons de Jésus, et spécialement une femme de distinction de la ville, ayant avec elle un petit garçon, qu’elle avait coutume d’appeler le fils de Marie. Cette femme avait longtemps désiré en vain d’avoir des enfants, et c’était à la prière de la sainte Vierge que Dieu lui avait accordé ce petit garçon. Elle, s’appelait Mira, et son fils Déodatus. Elle donna, de l’argent à l’Enfant Jésus : c’étaient de petites pièces triangulaires, jaunes, blanches et brunes. Jésus, en les recevant regarda sa mère.

Quand, saint Joseph eut chargé sur l’âne leurs effets les plus nécessaires, ils se mirent en route, accompagnés de tous leurs amis. C’était le même âne que Marie avait monté en allant à Bethléem. Pour la fuite en Egypte, ils avaient emmené en outre une ânesse ; mais Joseph l’avait vendue dans au moment de détresse.

Ils passèrent entre Héliopolis et le village juif, et se détournèrent un peu au midi vers la source qui avait jailli a la prière de Marie avant leur première arrivée à Héliopolis ou On. Tout, dans ce lieu, s’était recouvert d’une belle verdure. L’eau de la source coulait autour d’un jardin carré, bordé de baumiers. Ce lieu, dont on remarquait l’entrée, était passablement grand. Il était plein de jeunes arbres fruitiers, de dattiers, de sycomores et autres, et les baumiers étaient déjà presque aussi grands que des ceps de vigne de moyenne taille. Joseph avait fait de petits vases d’écorce d’arbre, enduits de poix à certaines places, et du reste bien polis et d‘une forme élégante. Souvent, quand ils s’arrêtaient dans leurs voyages, il faisait de semblables vases destinés à différents usages. Il arracha aux petites branches rougeâtres des baumiers leurs feuilles, semblables à des feuilles de trèfle ; il y suspendit de ces petits vases d’écorce pour recueillir le baume qui en découlait, et ils l‘emportèrent avec eux pour le voyage. Ils passèrent encore quelques heures en cet endroit après que ceux qui les avaient accompagnés leur eurent fait leurs adieux vraiment touchants. La sainte Vierge lava et fit sécher quelques effets. Ils se reposèrent au bord de l’eau et remplirent leur outre ; puis ils continuèrent leur voyage par la route la plus fréquentée.

Le voyage s’accomplit sans qu’ils aient jamais été exposés au moindre danger. Jésus, Marie et Joseph avaient sur la tête, pour se garantir du soleil, un léger chapeau d’écorce très mince, assujetti sous le menton avec un mouchoir. Jésus avait sa petite robe brune et des chaussures d’écorce que Joseph lui avait fabriquées : elles couvraient les pieds à moitié. Marie n’avait que des sandales. Ils furent souvent inquiets parce que l’Enfant Jésus avait peine à marcher dans le sable brûlant. Plusieurs fois ils s’arrêtèrent et ôtèrent le sable de ses chaussures. Ils le faisaient fréquemment monter sur l‘âne pour le soulager.

Ils traversèrent plusieurs villes et passèrent près de quelques autres. L’une d’elles s’appelait Ramessès. Ils passèrent aussi un cours d’eau qu’ils avaient. dû traverser en arrivant, et qui va de la mer Rouge au Nil.

Joseph ne désirait pas revenir à Nazareth, mais s’établir à Bethléem, sa patrie. Cependant il était indécis, parce qu’il avait appris dans la terre promise que la Judée était gouvernée par Archélaüs, qui était aussi très cruel.

La sainte Famille, arrivée à Gaza, y séjourna trois mois. Beaucoup de païens habitaient cette ville. Un Ange apparut de nouveau a saint Joseph, et lui ordonna de retourner à Nazareth, ce qu’il fit aussitôt. Anne vivait encore, et elle avait eu plusieurs fois des nouvelles de la Sainte Famille depuis son départ, ainsi que quelques-uns de leurs parents.

Le retour d’Egypte eut lieu en septembre. Jésus était âgé de huit ans moins trois semaines.

 

Considération

Saint Joseph d’après M. Louis Veuillot

 

C’est donc par le grand Publiciste que nous allons terminer la chaîne, trop courte à notre gré, des éloquents témoignages que nous avons eu à cœur de reproduire à la gloire de saint Joseph. À la suite des Saints, des Docteurs, et de ceux qui ont qualité pour enseigner dans l’Église, nous en avons appelé à la magistrature et a la politique. C’est bien le moins que nous en appelions également à la presse, cette grande corruptrice du monde, pour qu’elle vienne, dans sa partie saine, et dans la personne de Monsieur Louis Veuillot, déposer son tribut d’hommages aux pieds du Père nourricier de Jésus.

Et qu’elles sont bonnes à lire, les pages que lui a consacrées, dans sa Vie de Notre Seigneur, l’éminent polémiste, qui est vraiment un lion, toujours rageur, nous voulons bien écrire le mot, quelquefois même furieux, lorsqu’il s’agit d’avoir raison du parti pris, de la mauvaise foi, de la méchanceté pure, pour ne pas dire davantage, des ennemis de Dieu et de son Christ, de son Église, de tout ce qu’il y a de saint et de vénérable ici-bas ; mais devenant doux agneau, à la voix pleine de charme et de mansuétude, quand il s’agit de glorifier. Dieu et ses Saints, le Christ et l’Evangile, l’Eglise et ses institutions, les personnes et les choses qui lui appartiennent !

Ce n’est pourtant pas tout d‘abord que l’illustre écrivain a rendu hommage à saint Joseph, qu’il avait un peu oublié dans les premières éditions de son admirable Vie de Notre Seigneur Jésus-Christ ; et c'est par suite des reproches que lui a faits sa conscience chrétienne qu’il en a parlé dans les dernières éditions. Nous aimons ces saints remords, qui sont le partage des nobles âmes, et nous voyons là la conduite de la Providence a l’égard de saint Joseph et de ses pieux serviteurs. Même pour les intelligences supérieures, elle commence par le laisser en quelque sorte dans l’ombre, et ce n’est que par la suite qu’elle le fait resplendir à leurs yeux devenus plus Clairvoyants. Comme si Dieu voulait nous faire comprendre que leurs sentiments pour le grand Saint sont moins l’effet d’un enthousiasme plus ou moins irréfléchi que le résultat d’une conviction sérieuse et approfondie.

Voyons maintenant ces pages non moins admirables que toutes celles que nous avons citées jusqu‘à présent :

« Quand Marie, dit-il, est de retour à Nazareth, un autre personnage se montre ; c’est Joseph, ouvrage non moins merveilleux de la grâce de Jésus.

L'Evangile n’a qu’un mot à sa louange : « Il était juste ». La charge dont il est honoré et la manière dont il la remplit font comprendre l’abondance de cette justice.

Il reçut de Dieu à l’égard de Marie et de Jésus l’affection, la vigilance, et l’autorité de l’époux et du père.

Il est fait sur le modèle de Marie : comme elle, fils de David, vierge comme elle, humble comme elle, et comme elle obéissant, plein de prudence et de courage.

Il ressemble au patriarche Joseph, en le dépassant autant par la perfection de ses mérites que par le caractère de sa mission. Non-seulement instruit, mais inspiré et dirigé de Dieu, Joseph, fils de Jacob, réserve le froment nécessaire pour lui et pour le peuple ; Joseph, époux de Marie, reçoit le pain vivant et le garde pour lui et tout le genre humain.

Il lui est dit : « Prends l’enfant », comme si Dieu lui adressait la parole que le Prophète adresse à Dieu lui-même : « À toi le soin du pauvre ».

Joseph est le type des Apôtres qui porteront le Christ dans tout l’univers. Ainsi s’expriment Saint Jean Damascène, Saint Bernard, Saint Hilaire de Poitiers et d’autres Pères et Docteurs.

Un grand serviteur de Dieu qui a vécu de nos jours, pénètre plus avant de ce beau mystère. Lorsque Joseph, après Marie s’approche pour adorer Jésus à la Crèche, c’est dit le Père Faber, l’ombre du Père éternel qui s’arrête au dessus de la l’enfant, et la naissance temporelle du Fils de Dieu se, complète par cette figure de la nativité sans commencement et sans fin. Joseph était, en face de Jésus, visiblement à la place du Père éternel. L’âme humaine de Jésus l’a regardé non seulement avec l’amour le plus tendre, mais encore avec un respect profond et une soumission ineffable. C’est pourquoi devant l’humble et doux Joseph, le respect surtout nous domine, à cause de cette ombre d’identité avec le Père.

Nous ne pouvons décrire sa sainteté, parce que nous manquons de terme de comparaison. Cette sainteté, plus élevée que celle des autres saints, est encore d’un genre différent.

Joseph a été une apparition dans le monde, une apparition du Père non engendré et éternel.

Il est doux et clément, il est pauvre et obscur ; il est passif et docile, et il est en même temps la forteresse inexpugnable où s’abritent l’honneur de Marie et la vie de Jésus.

Caché comme Dieu, plein d’une tranquillité divine, juste d’une justice tempérée par la miséricorde comme celle de Dieu.

Il communique avec Dieu pendant son sommeil, comme si le sommeil n’était que le repos mystique de la contemplation.

Le premier, après Marie, il adora Jésus, et l’Enfant le sanctifia de nouveau. en l’élevant à une sphère plus éminente de sainteté, afin qu’il pût être le supérieur officiel de son Dieu.

Qui peindra ce moment de la Crèche, lorsque Jésus naissant contemple pour la première fois de ses yeux humains le visage de Marie ? Qui dira la joie et le respect de ses regards tournés vers Saint Joseph, l’homme choisi pour être appelé son père ? Qui méritera cette gloire, qui méritera de vivre plus qu’aucun autre dans son intimité, et qui enfin, nous le pouvons penser, l’aimera le plus ?

Jésus, Marie, Joseph ! Trois royaumes de Dieu dont Dieu était le seul roi. Trois créations et le Créateur était une de ces créations ; trois, et cependant unité merveilleuse par l'amour : Trinité terrestre ».

 

Pratique

Vœux à saint Joseph

 

Qu’est-ce d’abord qu’un vœu ? Un vœu est une promesse que l’on fait à Dieu et par laquelle on s’engage, sans y être obligé, à quelque chose qu’on croit lui être agréable. Dieu a agréé les vœux des hommes sous la loi de nature, sous la loi de Moïse, et sous la loi évangélique. Le vœu, en effet, est un acte d’adoration et un hommage que nous rendons au souverain domaine de Dieu sur nous, en reconnaissant que c’est de lui seul que nous pouvons tenir ce que nous désirons ; et pour le toucher davantage, nous nous engageons à quelque œuvre qui lui soit plus agréable. L’on ne peut donc faire de vœux qu’à Dieu, mais on peut les faire à Dieu en l’honneur des Saints ; et Dieu a tellement pour agréables ces vœux qu’on lui fait en l’honneur des Saints, qu’il les exauce plus souvent, on dirait, que ceux qu’on lui adresse directement à lui-même. Nous en avons la preuve dans tous ces ex-voto que nous voyons appendus aux autels des Saints, et surtout de la sainte Vierge et de saint Joseph, ainsi que dans toutes ces tablettes commémoratives des grâces obtenues par leur intercession, qui garnissent les murs de leurs chapelles et sanctuaires.

Nous ne sommes nullement forcés de faire ces vœux ; mais une fois qu’ils sont formulés et articulés, nous devons les tenir, à l’imitation du pieux matelot qui fait son vœu au moment du danger, mais qui l’accomplit lorsqu’il a touché la terre.

N’oublions pas, d’ailleurs, que convenablement la matière de notre vœu doit être en rapport avec notre position sociale, notre fortune et la grâce que nous désirons obtenir. Il aurait autrement quelque chose de dérisoire et indiquerait une parcimonie qui ne serait guère capable de toucher le coeur de Dieu.

Mais il y a des personnes qui craignent de trop s’engager en faisant des vœux. La chose est pourtant bien simple. Comme la plupart des vœux sont conditionnels, votre promesse vous engagera, si vous obtenez, et ne vous engagera pas, si vous n’obtenez pas.

Quant aux ex-voto, qui consistent le plus souvent dans des tablettes commémoratives du bienfait obtenu, n’hésitez pas à les déposer au plus tôt, surtout si vous les avez eux dans la pensée en formulant votre vœu.

 

Prière pour la France

 

Grand Saint Joseph, illustre Patron de l’Église universelle, ne prendrez-vous point également sous votre protection la nation qu’on appelle la plus belle portion de cette Eglise, la France, notre bien-aimée patrie, et qui doit être aussi votre terre de prédilection ? Puisqu’elle est la nation préférée de Dieu, bénie de Jésus, aimée de Marie, ne doit-elle pas être aussi votre nation privilégiée ? Le royaume de Marie n’est-il pas aussi par suite le royaume de Joseph ?

Et d’ailleurs, n’a-t-on pas dit avec raison que par-dessus toutes les autres Eglises du monde Catholique, l’Église de France vous a toujours rendu le plus d’honneurs dans les temps passés, comme elle vous en rend encore dans le temps présent ? Et aujourd’hui que le grand mouvement vers vous s’est prononcé, la France n’y est-elle pas entrée à pleines voiles pour le provoquer, le diriger et le pousser à ses derniers développements ? Aussi, si l’on a dit que, dans les temps anciens, en récompense de sa dévotion envers vous, une Vierge libératrice lui fut envoyée pour l’arracher à la domination étrangère, qu’en récompense de sa dévotion actuelle, elle soit encore délivrée de ses ennemis du dehors et de ses ennemis plus acharnés du dedans, afin que, rendue à elle-même et à ses instincts chrétiens, elle puisse accomplir les plus nobles destinées que le Seigneur lui a faites.

Nous mettons donc de nouveau toute notre confiance en vous, ô bon Saint Joseph, et nous espérons bien que cette confiance ne sera pas confondue. Vous sauverez l’Église, et avec l’Église, notre France et votre France. Vous verrez nos nécessités, vous entendrez nos prières et vous nous obtiendrez ces jours de paix et de vraie liberté qui nous manquent, ces jours meilleurs dont nous avons tant besoin.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

 

84fd5a446b8f2eb1a3e9f852a099ed2a-1

 

Téléchargez le texte de cette méditation (PDF) en cliquant ici

 

Pour recevoir pendant le mois de mars,

chaque méditation du Mois de Saint Joseph dans votre boite mail,

abonnez-vous à la newsletter d’images Saintes