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Un Mois avec nos amies les âmes du Purgatoire
les connaître, les prier, les délivrer

Pourquoi des lectures et des prières pendant un mois ? Soulager les morts et être utile aux vivants, tel est le double but que nous avons voulu atteindre en composant ce petit opuscule. On sait bien dans le monde chrétien, que la prière des vivants est utile aux morts, mais on ne sait pas assez que les suffrages pour les morts sont utiles aux vivants. Oui, la puissance et la gratitude des saintes âmes du purgatoire sont trop peu connues et appréciées, et l’on ne se préoccupe pas assez de recourir à leur intercession. Et pourtant, leur crédit est si grand que si l’expérience de chaque jour n’était là pour en rendre témoignage, à peine pourrait-on le croire. A la vérité, ces âmes bénies ne peuvent plus gagner de mérites, mais elles ont la faculté de faire valoir leurs mérites antérieurs en notre faveur. Elles ne peuvent rien obtenir pour elles -même mais les prières qu’elles font pour nous et les souffrances qu’elles endurent touchent vivement le Cœur de Dieu. Et si elles peuvent déjà nous être grandement utiles pendant qu’elles sont dans le lieu de l’expiation, que ne feront-elles pas pour nous lorsqu’elles seront au Ciel ! Comme elles seront reconnaissantes envers leurs bienfaiteurs ! Aussi, le plus grand nombre des théologiens, entre autre les saints Liguori, Bellarmin, Suarez… enseignent que l’on peut légitimement et très utilement invoquer les âmes du purgatoire, pour obtenir de Dieu les grâces et les faveurs dont on a besoin, soit pour l’âme, soit pour le corps. Ste Thérèse avait coutume de dire que tout ce qu’elle demandait à Dieu par l’intermédiaire des fidèles trépassés, elle l’obtenait. « Quand je veux obtenir sûrement une grâce, disait Ste Catherine de Bologne, j’ai recours à ces âmes souffrantes, afin qu’elles présentent ma requête au Seigneur, et la grâce est toujours accordée. » Elle assurait même qu’elle avait reçu par leur entremise bien des faveurs qui ne lui avaient pas été accordées par l’intercession des Saints. Il y a notamment certaines faveurs temporelles qui semblent être plus particulièrement réservées à ces âmes : la guérison d’une maladie grave, la préservation d’un danger physique, moral ou spirituel, le mariage et l’entente dans les foyers, trouver un travail… Dieu, sachant combien les hommes attachent de prix à ces biens de second ordre, les a mis, pour ainsi dire, à la disposition des âmes souffrantes, afin de nous inciter par là à leur procurer les plus abondants suffrages. Il y a donc tout à gagner pour nous à échanger ainsi nos prières contre celles de nos frères les morts. Admirable don de la Providence et mystère de la Communion des Saints ! En même temps que nous les soulageons par nos prières et que nous les délivrons du purgatoire, ils offrent à Dieu pour nous, leurs mérites acquis sur la terre et nous recevons ainsi, des bénédictions spirituelles et temporelles. Que d’avantages, que de consolations de toutes sortes dans la pratique de la charité chrétienne à l’égard des membres de l’Eglise souffrante ! Connaître les âmes du purgatoire, les délivrer, les prier : voilà les trois raisons de ce livret. Qui pourrait affirmer qu’il n’y a personne de sa famille ou de ses proches au purgatoire ? Vous pouvez commencer ces lectures et prières, soit : début novembre pour le mois qui leur est concerné, soit : le 25 novembre pour terminer le plus grand jour de la libération des âmes du purgatoire : Noël, soit : à partir du moment où vous recevrez ce livre, soit : au décès d’une personne aimée, soit : lorsque vous vous y sentirez appelé…


Abbé Berlioux

Prières à dire chaque jour suivies d'une dizaine de chapelet


Litanies pour les âmes du purgatoire


Seigneur, ayez pitié de nous
Jésus – Christ, ayez pitié de nous
Seigneur, ayez pitié de nous
Jésus – Christ, écoutez nous
Jésus – Christ, exaucez nous
Père Céleste qui êtes Dieu, ayez pitié des âmes du purgatoire
Fils Rédempteur du monde qui êtes Dieu, ayez pitié des âmes du purgatoire
Esprit Saint qui êtes Dieu, ayez pitié des âmes du purgatoire
Trinité Sainte qui êtes un seul Dieu, ayez pitié des âmes du purgatoire
Sainte Marie, priez pour les âmes du purgatoire
Sainte Mère de Dieu, priez pour les âmes du purgatoire
Sainte Vierge des vierges, priez pour les âmes du purgatoire
Sainte Michel, priez pour les âmes du purgatoire
Tous les Anges et les Archanges, priez pour les âmes du purgatoire
Tous les chœurs des Esprits Bienheureux, priez pour les âmes du purgatoire
Tous les saints Patriarches et prophètes, priez pour les âmes du purgatoire
Saint Jean - Baptiste, priez pour les âmes du purgatoire
Saint Joseph, priez pour les âmes du purgatoire
Saint Pierre, priez pour les âmes du purgatoire
Saint Jean, priez pour les âmes du purgatoire
Tous les saints Apôtres et Évangélistes, priez pour les âmes du purgatoire
Saint Étienne, priez pour les âmes du purgatoire
Saint Laurent, priez pour les âmes du purgatoire
Tous les saints Martyrs, priez pour les âmes du purgatoire
Saint Grégoire, priez pour les âmes du purgatoire
Saint Ambroise, priez pour les âmes du purgatoire
Saint Augustin, priez pour les âmes du purgatoire
Saint Jérôme, priez pour les âmes du purgatoire
Tous les saints Pontifes et Confesseurs, priez pour les âmes du purgatoire
Tous les saints Docteurs, priez pour les âmes du purgatoire
Tous les saints Prêtres et Lévites, priez pour les âmes du purgatoire
Tous les saints Moines et Ermites, priez pour les âmes du purgatoire
Sainte Marie - Madeleine, priez pour les âmes du purgatoire
Sainte Catherine, priez pour les âmes du purgatoire
Sainte Barbe, priez pour les âmes du purgatoire
Toutes les saintes Vierges et Veuves, priez pour les âmes du purgatoire
Toutes les saints de Dieu, priez pour les âmes du purgatoire
Soyez leur propice, pardonnez leur, Seigneur
Soyez leur propice, exaucez nous, Seigneur
De tout mal, délivrez les, Seigneur
De votre colère, délivrez les, Seigneur
De la sévérité de votre justice, délivrez les, Seigneur
Du ver rongeur de la conscience, délivrez les, Seigneur
Des ténèbres effroyables, délivrez les, Seigneur
De leurs pleurs et gémissements, délivrez les, Seigneur
Par votre Incarnation, délivrez les, Seigneur
Par votre Sainte Nativité, délivrez les, Seigneur
Par votre Nom très doux, délivrez les, Seigneur
Par votre Baptême et votre Saint Jeûne, délivrez les, Seigneur
Par votre profonde humilité, délivrez les, Seigneur
Par votre grande obéissance, délivrez les, Seigneur
Par votre amour infini, délivrez les, Seigneur
Par vos angoisses et vos souffrances, délivrez les, Seigneur
Par votre sueur de sang, délivrez les, Seigneur
Par vos liens et vos chaînes, délivrez les, Seigneur
Par votre couronne d’épines, délivrez les, Seigneur
Par vos très saintes plaies, délivrez les, Seigneur
Par votre Croix et votre passion, délivrez les, Seigneur
Par votre mort ignominieuse, délivrez les, Seigneur
Par votre sainte Résurrection, délivrez les, Seigneur
Par votre admirable Ascension, délivrez les, Seigneur
Par l’avènement du Saint Esprit Consolateur, délivrez les, Seigneur
Tout pécheur que nous sommes, nous vous en prions, écoutez- nous
Vous qui avez pardonné à la pécheresse et exaucé le Bon Larron, nous vous en prions,…
Vous qui sauvez par votre Grâce, nous vous en prions,…
Qu’il vous plaise de délivrer nos parents, amis et bienfaiteurs des flammes expiatrices, nous vous en prions,…
Qu’il vous plaise de délivrer tous les fidèles trépassés de leurs souffrances, nous vous en prions,…
Qu’il vous plaise de prendre en pitié ceux qui n’ont point en ce monde d’intercesseurs particuliers, nous vous en prions,…
Qu’il vous plaise de faire grâce à tous et de les délivrer de leurs peines, nous vous en prions,…
Qu’il vous plaise d’exaucer leurs désirs, nous vous en prions,…
Qu’il vous plaise de les admettre au Ciel parmi les élus, nous vous en prions,…
Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, donnez leur le repos
Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, donnez leur le repos
Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, donnez leur le repos éternel
Jésus – Christ, écoutez nous
Jésus – Christ, exaucez nous
Seigneur, écoutez ma prière
Et que ma supplication parvienne jusqu’à Vous.


Credo

Je crois en Dieu le Père Tout Puissant….


De Profundis

Des profondeurs de l’abîme, j’ai crié vers Vous, Seigneur : écoutez ma prière. Que Vos oreilles soient attentives à la voix de ma supplication, si vous tenez compte de nos iniquités, Seigneur, Seigneur, qui pourra subsister devant Vous ? Mais Vous êtes plein de miséricorde, et j’espère en Vous Seigneur, à cause de Votre Loi. Mon âme s’est appuyée sur Votre Parole, mon âme a mis toute sa confiance dans le Seigneur. Depuis le matin jusqu’au soir, Israël espère dans le Seigneur ; car dans le Seigneur est la Miséricorde et une abondante rédemption. C’est Lui qui rachètera Israël de toutes ses iniquités. Donnez- leur Seigneur le repos éternel Et que la lumière éternelle les éclaire.


Salve Regina

Salut, ô Reine, notre vie, notre consolation, notre espoir, salut. Enfants d'Ève, nous crions vers vous. Vers vous, nous soupirons gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes. Ô vous, notre avocate, tournez vers nous, vos regards compatissants, et après l’exil de cette terre, obtenez nous de contempler Jésus, le fruit béni de vos entrailles, ô clémente, ô miséricordieuse, ô douce Vierge Marie.

Priez pour nous, Sainte Mère de Dieu,

afin que nous soyons dignes des promesses de Notre Seigneur Jésus-Christ


Prière pour les âmes du Purgatoire


Seigneur Jésus, prenez en pitié les âmes détenues en purgatoire, pour le salut desquelles Vous avez daigné prendre notre nature humaine et subir la mort la plus douloureuse. Ayez pitié de leurs aspirations brûlantes à vous voir, ayez pitié de leurs larmes de repentir, et par la vertu de Votre Passion, remettez leur les peines encourues par leurs offenses. Très doux Jésus, que Votre Sang descende sur ces chères âmes ! Qu’il abrège leur temps d’expiation et qu’elles puissent bientôt être appelées auprès de Vous dans l'éternel bonheur ! Amen.

Premier jour


Prière


Seigneur, exaucez les prières que nous vous adresserons chaque jour de ce mois pour la consolation de nos frères les morts, et procurez leur un lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix ! Écoutez aussi la prière que ces âmes du purgatoire vous adresserons pour nous, afin que nous obtenions désormais, par leur entremise, les grâces que nous vous aurons demandées.


Motifs de sanctifier ce mois

L’origine du mois des morts remonte jusqu’à la loi ancienne, jusqu’au peuple d’Israël. Ce peuple, en effet, qui seul possédait alors le véritable esprit de Dieu, ne se contentait pas de proclamer dans ses livres inspirés que c’était une simple et salutaire pensée de prier pour les morts, mais il voulut encore régler le temps et la durée de cette prière. C’est pourquoi il fut établi que le deuil ne serait achevé, dans chaque famille, que lorsque chaque mort aurait été pleuré pendant un mois entier. Ainsi, après le trépas du patriarche Jacob, ses fils le pleurèrent et firent des prières pendant trente jours. Encouragés par une pratique si ancienne et si autorisée, la piété des fidèles a consacré un mois entier au soulagement des âmes du purgatoire. Et comme l’Eglise célèbre la commémoration de tous les fidèles trépassés le deuxième jour de novembre, ce mois a semblé le plus convenable pour cette dévotion. Le mois des âmes du purgatoire, recommandés par les Souverains Pontifes, enrichi de faveurs spirituelles, est célébré publiquement par un grand nombre de communautés religieuses et de paroisses chrétiennes. Saluez avec bonheur l’aurore de ce mois qui répond admirablement aux besoins de votre cœur. Il va nous rappeler les souvenirs les plus tendres de la famille, les promesses les plus sacrées, les adieux les plus touchants. Il va développer votre compassion en faveur de frères et d’amis qui doivent vous être d’autant plus chers, qu’ils sont souffrants et malheureux. Oui, la dignité de ces âmes infortunées, la rigueur de leurs peines, leur impuissance à se secourir elles – mêmes, la Gloire de Dieu, votre intérêt personnel enfin, tout vous presse de les visiter et de leur venir en aide, chaque jour de ce mois. C’est par excellence le mois de la charité et de la reconnaissance, le mois des vivants et des morts, le mois véritablement libérateur ! Enthousiasmée par ces motifs, une Sainte s’écriait en commençant les exercices du mois de novembre : « vidons le purgatoire ! » Ayez à cœur de soulager beaucoup d’âmes du purgatoire pendant ce mois de bénédictions qui leur est consacré ! N’oubliez pas ce devoir.


Moyen de bien le sanctifier

Pour bien célébrer le mois des morts, prenez aujourd’hui les résolutions suivantes, auxquelles vous serez fermement fidèle. Chaque jour, dès le matin, offrez à Dieu pour les âmes du purgatoire, les mérites de vos travaux, de vos souffrances, tout pour le soulagement de vos parents défunts. Ayez une heure fixe dans la journée pour lire attentivement votre mois des âmes du purgatoire. Cette lecture éclairera votre esprit, attendrira votre cœur : ne l’omettez jamais. Allez quelquefois au cimetière déposer sur la tombe de tous ceux qui vous ont été chers, vos prières qui les consoleront. Il fait bon prier ! Chaque semaine, consacrez un jour plus spécial aux âmes du purgatoire, le mercredi par ex, et assistez à la Messe à cette intention. Dans le courant du mois, faites célébrer des messes, confessez vous et communiez avec ferveur. Oui, faîtes cela, et à la fin du mois, vous aurez envoyé vers l’Eglise triomphante du Ciel un grand nombre de vos frères qui gémissent et pleurent dans les flammes purifiantes de l’Eglise souffrante. Quel sujet de consolation ! Quel gage d’espérance ! « Allons, levez – vous, disait St Bernard,  volez au secours des âmes des défunts, appelez sur elles la clémence divine par vos participations aux messes, implorez la miséricorde divine par vos pénitences et intercédez par vos prières ».


Exemple

Voici comment une personne digne de foi raconte sa guérison extraordinaire, obtenue par l’entremise des âmes du purgatoire, durant le mois de novembre : « J’étais depuis plusieurs années, atteinte d’une cruelle maladie qui faisait de mon corps un squelette, de ma vie un martyre, et me conduisait vers la tombe. J’avais consulté plusieurs médecins spécialistes ; mais tous les remèdes qu’ils me prescrivaient, après quelques rares instants de soulagement, me laissaient plus faible et plus oppressée. Ne pouvant rien obtenir des ressources de la médecine, j’ai laissé de côté tous les médicaments et j’ai eu recours aux âmes du purgatoire qui comprennent bien le mystère de la souffrance. Le mois de novembre, qui leur est spécialement consacré, allait commencer. Je pris la résolution de le célébrer avec toute la ferveur possible. Mes parents et les personnes ferventes de ma connaissance unirent leurs prières aux miennes. Chaque soir, assemblés dans ma chambre au pied d’une statue de St Joseph, nous demandions avec confiance deux choses : la délivrance des âmes du purgatoire et ma guérison. Vers la fin de la première semaine, j’éprouvais une amélioration sensible, et chose admirable, le jour de la clôture du mois, j’étais à l’église. Ma guérison était complète. Il ne restait plus trace de la maladie qui m’avait torturée si longtemps et qui, au dire même des médecins, était incurable. Ils ont été singulièrement surpris d’apprendre que j’avais échappé à la mort. Grâces soient rendues aux saintes âmes du purgatoire dont la protection s’est manifestée d’une manière si visible à mon égard ! » Que de faveurs nous obtiendrons aussi si nous prions pendant un bon mois pour les saintes âmes du purgatoire ! Courage donc et confiance !

Prions


Dieu bon et miséricordieux, daignez exaucer les prières ferventes que nous vous adresserons durant ce mois de bénédictions. Nous en consacrerons tous les jours et toutes les heures au soulagement et à la délivrance de ces âmes captives qui crient vers vous et vers nous du fond de leurs ténèbres. Seigneur, appelez vos enfants et nos frères au repos éternel, et que la lumière qui ne s’éteint plus, luise sur eux ! Qu’ils reposent en paix.


Dîtes ensuite chaque jour: une dizaine de chapelet, les litanies des fidèles défunts, le Credo, le Salve Regina, la prière pour les âmes du purgatoire, le De Profundis.


Deuxième Jour

Le Purgatoire


Qu’est-ce - que le purgatoire ?

La foi nous apprend que le purgatoire, comme l’étymologie de ce mot l’indique, est un lieu de douleur et d’expiation, où la Justice divine achève de purifier les âmes pas assez pures pour être admises au Ciel. Ce n’est pas le Paradis, où rien de souillé ne peut pénétrer ; ce n’est pas l’Enfer où il n’y a plus de Rédemption ; c’est un lieu intermédiaire entre le séjour des joies infinies et le séjour des infinies douleurs. Il tient de l’enfer par la rigueur de ses supplices, il tient du Ciel par la sainteté de ceux qui y gémissent. C’est un feu dévorant mais qui purifie ; c’est un séjour de larmes, mais ce n’est pas le lieu des « pleurs éternels » dont parle l’Evangile. Le travail de purification terminé, Dieu appellera près de Lui, ces âmes affranchies par la souffrance, pour les associer à son propre bonheur. Le purgatoire est donc une peine temporaire, et il n’existera plus après le Jugement dernier. Tel est le purgatoire. C’est là que souffrent et gémissent la plupart des âmes qui ont terminé leur pèlerinage d’ici-bas. Car l’entrée immédiate dans le Paradis n’est la privilège que d’un petit nombre. C’est là que certains de nos parents, de nos bienfaiteurs, de nos amis sont peut-être encore. C’est là que nous – même serons vraisemblablement un jour ! Et peut – être bientôt ! Et qui pourrait se flatter de mourir assez pur pour ne rien avoir à expier ? Il importe donc de bien connaître l’état de ces pauvres âmes pour compatir à leurs douleurs et pour mériter d’être soulagés à notre tour !


Pourquoi le purgatoire ?

Lorsqu’une âme paraît devant le Souverain Juge, si elle est exempte de toute souillure, Jésus lui ouvre le Ciel et lui décerne la couronne promise aux justes. Mais, si cette âme ne porte sur la robe de son innocence que quelques légères souillures, que deviendra – t – elle ? Où ira – t –elle ? Que deviendront tant d’autres âmes pas assez pures pour monter au Ciel, pas assez obscures pour choisir l’enfer ? Ne verront – elles donc jamais la face de Dieu ? Bénissons le Seigneur qui a trouvé le moyen de concilier les droits de sa Justice et de sa Miséricorde, en plaçant le purgatoire comme un jalon entre le Ciel et l’enfer. Là, ces âmes s’épurent comme l’or dans le creuset. Là, s’effacent la rouille et les traces du péché. Aussi Tertullien, faisant allusion aux souffrances qu’on y endure, les appelle les tourments de la Miséricorde. Considérez donc que le Purgatoire a sa raison d’être. Oui, il est nécessaire pour compléter la pénitence que nous n’aurons pas faite en ce monde pour satisfaire à la Justice divine, et mériter par l’expiation, une immense gloire. C’est une invention de la bénignité du Sauveur, que nous pourrions appeler un huitième sacrement, le ‘sacrement du feu’, pour les âmes auxquelles les sacrements véritables de l’Eglise, n’ont pas suffi à conférer une pureté parfaite. Gloire donc à la Miséricorde divine qui sauve par le purgatoire ceux que nous avons aimés, et nous fournit les moyens d’abréger leurs souffrances et de leur ouvrir le Ciel.


Exemple

Un prêtre prêchant sur le purgatoire, terminait ainsi son instruction : « Ces derniers jours, j’ai reçu la nouvelle que mon père venait de mourir. Etant éloigné de ma famille, cette nouvelle m’a brisé le cœur. Je n’ai pas eu le bonheur de l’embrasser pour la dernière fois ; je n’ai pas pu lui fermer les yeux de ma main qu’il aimait tant à baiser lorsqu’elle reçut l’onction du sacerdoce. Dans la peine que je ressens, dans la douleur qui m’accable, l’unique consolation que j’éprouve, c’est de pouvoir le recommander à vos prières à vous tous qui êtes si bons et si indulgents pour moi. Lorsque dans cette pensée, je monte à l’autel, afin d’offrir le saint sacrifice pour le repos de l’âme de mon père, il me semble que je ne l’ai pas perdu ; il me semble enfin que ma prière adoucit, abrège ses peines, le délivre du purgatoire et lui ouvre le Ciel, où il m’a donné rendez – vous dans la maison de Dieu. C’est une pensée sainte et salutaire de prier pour les morts ! Oh que le purgatoire est bien une invention de la Miséricorde de Dieu ! »


Prions


J’adore, ô mon Dieu, vos éternels décrets ; je confesse que le purgatoire, en conciliant votre Justice et votre Miséricorde, est une œuvre de votre Amour. Faites, Seigneur, que j’évite par la pénitence, ce lieu de peines et de privations, et que ma prière obtienne de votre indulgence paternelle, la fin de l’exil de ces âmes souffrantes qui vous appellent avec tant d’ardeur. Ô Jésus, soyez leur propice ! Appelez vos enfants et nos frères au repos éternel, et que la lumière qui ne s’éteint plus luise sur eux. Qu’ils reposent en paix !

Troisième jour

Existence du purgatoire


La Parole de Dieu


L’existence du Purgatoire n’est pas seulement une pieuse croyance, que nous sommes libres d’accepter ou de rejeter, c’est un dogme formel enseigné par la foi et que nous devons professer sous peine d’anathème. C’est une sainte et salutaire pensée, dit l’Ancien Testament, de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés. Les Juifs étaient tellement convaincus de cette vérité qu’ils avaient dans leur rituel une prière spéciale, que le chef de famille devait faire, pour la délivrance des trépassés, avant de se mettre à table. Jésus – Christ lui – même enseignait : « Réglez vos comptes avec votre adversaire pendant que vous êtes dans la vie ; car autrement votre adversaire vous remettra entre les mains du juge, et le juge vous livrera à son ministre qui vous jettera dans une prison, d’où vous ne sortirez que lorsque vous aurez payé votre dette jusqu’à la dernière obole ». Or cet adversaire, disait St Augustin, c’est Dieu lui – même, l’ennemi irréconciliable du péché. Ce juge inexorable, c’est Jésus – Christ qui s’appelle dans l’Ecriture, le juge des vivants et des morts. Enfin, cette prison redoutable, c’est le purgatoire d’où l’on ne peut sortir qu’après avoir entièrement satisfait à la Justice divine, après avoir éliminé tous les ténèbres qui nous obscurcissent. Jésus ne s’est pas contenté de graver dans nos cœurs le souvenir du purgatoire. Il nous a donné l’exemple en descendant dans les limbes après sa mort. Il a entraîné dans la joie immense du Ciel ouvert à jamais, les âmes qui attendaient là depuis la chute d’Adam, cette chute qui avait fermé l’accès du Paradis. Mon Dieu, je crois au purgatoire, j’adore l’équité de vos jugements, même dans les rigueurs de votre Justice !


L’enseignement de l’Eglise

La foi de l’Eglise n’est pas moins explicite. Voici comment l’a formulé le Concile de Trente : « Qu’il soit anathème celui qui affirmerait que, après avoir reçu la grâce de la justification, tout pécheur obtient tellement la rémission de sa faute et l’acquittement de la peine éternelle, qu’il ne lui reste aucune dette temporelle à payer, ou en ce monde ou en l’autre, dans le purgatoire, avant que lui soit ouverte l’entrée du Royaume des Cieux ». Tous les docteurs grecs et latins, tous les peuples anciens et modernes, ont professé la même croyance. D’après ce point de foi, l’Eglise, mère tendre et compatissante, prie tous les jours au cours de la messe pour les âmes du purgatoire. Elle recommande à ses enfants d’offrir souvent à Dieu, prières, sacrifices, souffrances et messes pour la délivrance de leurs frères décédés. Enfin, elle a un solennel anniversaire, où elle appelle la chrétienté entière au secours des fidèles trépassés. Il est consolant de penser qu’après notre mort, l’Eglise priera pour nous, Elle invitera tous ses fidèles à demander à Dieu notre délivrance, Elle ne cessera de prier que lorsqu’elle nous aura introduit dans le sein de l’Eglise triomphante. Notre Église catholique est comme une bonne mère, elle connaît la faiblesse de ses enfants !


Exemple

Judas Macchabée, cet homme de foi et de cœur, à qui le Seigneur avait confié le soin de défendre Israël et sa loi, Jérusalem et son temple, venait de remporter une grande victoire et de mettre en fuite les ennemis de Dieu et de sa patrie. Le premier mouvement de ce guerrier aussi pieux que brave fut de ployer le genou pour rendre grâce au Dieu des armées. Puis se relevant avec les siens, il vit autour de lui les corps de ses compagnons d’armes qui étaient morts, ensevelis dans leur triomphe. Pénétré alors d’un sain respect pour les restes inanimés de ces braves, Judas les recueillit avec soin pour les déposer dans le sépulcre de leurs pères. Enfin, songeant aux âmes de ces martyrs de la religion et de la patrie, il fit faire une collecte et envoya à Jérusalem douze mille drachmes d’argent, afin d’obtenir un sacrifice pour les péchés des morts. Car il pensait avec sagesse et piété à la résurrection, considérant que ceux qui étaient endormis dans la foi avaient en réserve une récompense précieuse. Voilà ce qui se passait il y a plus de deux mille ans, et confirmant toutes ces choses à la fois graves et touchantes, l’Esprit de Dieu répétait par la bouche de l’historien sacré : « C’est donc une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés. »

Prions


Enfant soumis de votre Église, je crois fermement, ô mon Dieu, à l’existence du purgatoire. J’y crois parce – que votre Esprit de vérité l’a révélé, parce – que vos saints et vos docteurs l’enseignent. Augmentez ma foi afin que grandisse ma charité envers les âmes captives. Soyez leur propice, ô Jésus ! Seigneur, appelez vos enfants et nos frères au repos éternel, et que la lumière qui ne s’éteint plus, luise sur eux ! Qu’ils reposent en paix !

Quatrième jour

Existence du purgatoire


Témoignage de notre raison

D’accord avec la foi, la raison proclame aussi l’existence du purgatoire ; sa voix nous parle comme l’Eglise et les Écritures Elle nous dit d’abord que Dieu, étant la sainteté même, rien d’impur ne peut entrer dans son Royaume ; qu’il y a une éternelle, une invincible répulsion entre le moindre mal et le bien par excellence, et qu’une âme, ne fut – elle souillée que d’une légère tache, est indigne de s’unir à Lui tant qu’elle ne sera pas purifiée. Car pour la première fois, elle introduirait le péché dans le Ciel. « Seigneur, s’écrie le Roi Prophète, qui habitera votre tabernacle et qui se reposera sur votre montagne sainte ? Celui – là seul qui est sans péché, et qui possède la perfection de la Justice. » La raison nous dit encore que Dieu, étant infiniment Juste, exige une réparation, Il ne peut pas davantage laisser sans purification le plus léger péché, qu’Il ne peut laisser sans récompense le plus petit acte de vertu. Donc, celui qui n’aura pas réparé ses fautes en ce monde, les réparera infailliblement dans l’autre. Les satisfactions que nous n’aurons pas rendues à la Justice de Dieu pendant cette vie, la Justice de Dieu se les rendra elle – même après notre mort. Et où se les rendra – t – elle ? Dans le purgatoire. Prouvons notre foi au dogme du purgatoire par une tendre charité pour les âmes qui en subissent les rigueurs, et en évitant des fautes légères qui peuvent nous y conduire nous – même. Que celui qui est juste devienne plus juste encore, et que celui qui est saint devienne encore plus saint.


Témoignage de notre cœur

« Il n’y a pas de dogme catholique qui n’ait ses racines dans les profondeurs du cœur humain » disait Joseph de Maistre. C’est pourquoi nous somme naturellement enclins à embrasser certaines vérités révélées. De ce nombre est le purgatoire. Les impies eux – même, qui ont abjuré toute croyance, tout sentiment religieux, avouent avec sincérité, qu’ils ne peuvent, en ces graves circonstances, retenir des prières secrètes qui s’échappent de leur cœur, pour des personnes auxquelles de tendres liens les unissent étroitement. Preuve évidente que c’est là un sentiment imprimé dans le cœur de l’homme par le Doigt de Dieu. Aussi le retrouve – t – on dans tous les pays et chez tous les peuples du monde. Qu’y a-t-il en effet de plus suave au cœur que cette croyance et ce culte pieux, qui nous rattachent à la mémoire et aux souffrances des morts ? Oui, nous avons besoin de croire qu’il existe au – delà des rives du temps, un lieu d’expiation, qui n’est pas l’enfer, mais la Voie du Ciel. Nous avons besoin de croire, et nous devons croire, que nos parents et amis qui sont emprisonnés, sont soulagés par nos prières et nos bonnes œuvres, qu’ils nous voient et nous entendent. Nous avons besoin de croire que nous – même, un jour, nous serons soulagés à notre tour. Cette pensée est douce et consolante !


Exemple

Un jeune Écossais, luthérien, avait un frère unique, qu’il aimait tendrement. Une apoplexie foudroyante le lui enleva subitement au milieu d’une fête mondaine, où l’on ne s’attendait guère à une aussi lugubre catastrophe. A partir de ce moment, il fut en proie à une angoisse profonde et incessante. Il pensait constamment à ce passage si brusque d’un festin au redoutable jugement de Dieu. Il craignait que son frère ne fut pas trouvé assez pur pour entrer immédiatement au Ciel. Sa religion protestante ne lui enseignait pas de lieu purificateur entre les parvis célestes et les profondeurs de l’abîme. Pour se distraire, on lui ordonna de voyager et il vint en France. Il y rencontra un prêtre et lui fit part de son chagrin : « Mon ami, lui dit l’homme de Dieu, il est nécessaire pour tout homme d’expier ses péchés, même dans l’au – delà. Notre foi catholique nous dit qu’il y a entre le Ciel et l’enfer, un lieu intermédiaire, où les âmes achèvent de se purifier, et où nous pouvons les secourir par nos prières. » Il accepta l’enseignement de l’Eglise catholique, qui lui demandait de prier pour son frère, afin qu’il entre dans le bonheur éternel tant il est vrai que la croyance au purgatoire est un besoin du cœur humain !


Prions


Mon Dieu, que mes prières, mes sacrifices, mes souffrances servent à toucher votre bonté et à hâter l’instant de la délivrance des âmes de nos chers défunts. Soyez béni, ô mon Jésus, pour vos consolations ! Appelez nos frères dans ce séjour éternel ! Qu’ils reposent en paix.

Cinquième jour

Souffrances du purgatoire, peine du feu


Feu véritable

La grande Tradition de l’Eglise nous dit que les âmes ne sont admises dans le séjour de la gloire qu’après avoir été purifiées par le feu. Évidemment, ce n’est pas celui de l’enfer qui ne s’éteindra jamais ; c’est donc celui qui fera ressentir ses rigueurs en purgatoire. Telle est l’affirmation unanime de tous les grands docteurs de l’Eglise. Saint Augustin et Saint Thomas appelaient cela : le supplice du feu ! Ce seul mot fait frémir. Etre tout entier dans le feu, dans un feu actif, pénétrant, qui atteint l’intime même de l’être, quel cruel supplice ! Le feu matériel n’agit que sur le corps, et combien ses effets sont horribles ! Qui pourrait soutenir un charbon ardent sur sa main, une seule minute ? Mais le feu du purgatoire agit sur l’âme elle-même ; il atteint l’intelligence, la mémoire, la sensibilité : toutes les facultés en sont saisies et pénétrées. Devant ce supplice que nous pouvons à peine imaginer et que nous avons si souvent mérité par nos fautes journalières, posons nous cette question: qui parmi nous pourra habiter dans ce feu dévorant ? Mon Dieu, préservez nous du feu du purgatoire ! C’est le souffle de la Justice de Dieu qui l’allume et l’entretient. Il n’agit pas comme élément, mais comme instrument de la puissance divine, il purifie les âmes sans les détruire. Le feu de ce monde n’est rien comparé à celui du purgatoire. Le feu de ce monde est un don de la Providence, celui du purgatoire est une création de Sa Justice. « Non, disait St Thomas, les fournaises les plus ardentes, les feux les plus cuisants auxquels on condamnait les martyrs, ne sont qu’une ombre légère, en comparaison des flammes dévorantes qu’on souffre au purgatoire ». « Ce feu, ajoutait un Saint Père, est égal en tout à celui de l’enfer, moins la durée. Les peines de cette vie quelles qu’elles soient, ne peuvent entrer en comparaison avec celles du purgatoire. Qui serait donc assez inhumain pour ne pas écouter les cris déchirants de ces êtres infortunés, qui du fond de leur prison où ils brûlent nuit et jour, implorent notre assistance ? Si vous étiez à leur place et que tout le monde eût pour vous aussi peu de charité que vous en avez pour eux, comment qualifieriez vous une pareille cruauté ? Réfléchissez sérieusement et prenez des résolutions en conséquence. »


Exemples

Le vénérable Stanislas Kostka, Jésuite polonais, vit apparaître une âme du purgatoire, toute enveloppée de flammes et poussant des cris lamentables. Il lui demanda si ce feu était comparable à celui de la terre. L’âme lui répondit que le feu de la terre, à côté de celui du purgatoire, était un doux zéphyr. Mais le bon religieux, ayant de la peine à le croire, lui dit qu’il voudrait bien en sentir l’ardeur, si cela était possible. « Ah ! lui répondit l’âme du purgatoire, un homme encore vivant n’est pas capable d’en sentir même une petite partie. Cependant, pour vous convaincre, étendez la main vers moi et vous en aurez une idée. » Stanislas étendit la main sur laquelle le défunt laissa tomber une goutte de sueur. La douleur fut si vive que le vénérable Stanislas poussa un grand cri et tomba sans connaissance, comme s’il allait mourir. Aussitôt les religieux accoururent ; quand il fut revenu à lui, ils s’informèrent de la cause de ce mal subit et du cri… Au récit de l’évènement, ils furent tous remplis de crainte, et prirent la résolution de multiplier leurs pénitences, de fuir les plaisirs du monde et de raconter partout ce prodige, afin d’éviter aux fidèles le terrible feu du purgatoire ! Saint Stanislas Kostka vécut encore un an, toujours en proie aux plus vives douleurs de sa plaie qui ne se ferma pas… Le Père Ferdinand de Castille rapporte cet autre fait qui se réalisa dans le couvent St Dominique, à Zamora, en Espagne. Dans ce couvent vivait un Dominicain très vertueux, uni d’amitié avec père Franciscain non moins saint. S’entretenant souvent des mystères de l’au – delà, ils s’étaient promis de ne pas s’oublier après la mort. Ce fut le Franciscain qui mourut le premier. Peu de temps après sa mort, il apparut au Dominicain. Après l’avoir salué affectueusement, il lui apprit qu’il lui restait beaucoup à souffrir pour des choses légères qu’il n’avait pas expiées… Pour exciter son ami à travailler à sa délivrance, il lui fit voir les flammes dont il était dévoré. « Rien sur la terre, lui dit – il, ne peut vous donner une idée de l’ardeur de ce feu. En voulez – vous une preuve ? » Il posa sa main sur une table et elle s’y enfonça profondément. Cette table, témoin du feu du purgatoire, est toujours conservée à Zamora, province de Léon en Espagne. Écoutez ce que Ste Catherine de Gènes nous disait dans sa biographie : « De ce Divin Amour, je vois jaillir de l’âme certains rayons et flammes brûlantes, si pénétrants et si forts, qu’ils sembleraient capables de réduire au néant non seulement le corps, mais l’âme elle – même s’il était possible. Ces rayons opèrent de deux manières : l’une est de purifier, l’autre d’anéantir. » Telle est l’effet du feu dans les choses matérielles. Il y a cette différence que l’âme ne peut s’anéantir en Dieu, mais uniquement dans son être propre. Plus elle se purifie, plus aussi elle s’anéantit en elle – même et pour finir elle est toute purifiée en Dieu. L’or, purifié à vingt – quatre carats, ne se consume plus, quel que soit le feu par où il passe. Ce qui peut être consumé en lui, ce n’est que sa propre imperfection. Ainsi s’opère dans l’âme, le Feu Divin. Dieu la maintient dans le feu jusqu’à ce que toute imperfection soit consumée. Il la conduit à la pureté totale de vingt-quatre carats, chaque âme cependant selon son degré. Quand elle est purifiée, elle reste toute entière en Dieu, sans rien en elle qui lui soit propre, et son être est Dieu. Une fois que Dieu a ramené à Lui l’âme purifiée, celle – ci, n’ayant plus rien à consumer, ne peut plus souffrir. Dans cet état de pureté, l’âme ne peut plus sentir que le Feu du Divin Amour de la Vie Éternelle, sans rien de pénible.

Prions


O mon Dieu, combien je redoute votre feu divin, quand je me rappelle ma vie sensuelle, mes innombrables péchés, le peu que j’ai fait pour vous ! Ayez pitié de moi, Seigneur ! Mais ayez aussi pitié des âmes de mes frères, qui m’ont précédé dans l’éternité, et qui sont maintenant sous l’empire de votre Justice. O Jésus, soyez - leur propice, et placez - les près de vous, au séjour de la gloire ! Qu’ils reposent en paix !


Sixième jour

Peine du dam


Privation de Dieu

La principale peine du purgatoire n’est pas celle du feu, si terrible soit – elle. Une peine plus grande est celle que les théologiens appellent la peine du dam. En ce monde,  nous ne comprenons pas l’intensité de ce supplice de privation de Dieu parce – que nous ne le voyons pas directement, nous ne l’aimons pas de tout notre cœur, nous ne pensons pas souvent à Lui. Mais les âmes du purgatoire ont entrevu Dieu au jour du Jugement, et « un grand spectacle, selon l’expression de St Ambroise, s’est offert à leurs regards. »  Dieu s’est découvert à elles avec toutes ses perfections adorables. Il a imprimé si vivement son image dans leur esprit, il les a tellement investies de l’éclat de Sa Majesté Infinie, qu’elles pensent continuellement à Lui et L’aiment d’un amour pur et sans mélange. Cet amour insatiable, cette privation, cette faim, cette soif de Dieu les accablent et les torturent. Elles sont sans cesse mourantes sans mourir, expirantes sans expirer, et l’Eglise appelle avec raison cet état, une mort : « Seigneur, dit-elle, délivrez-les de la mort ». Pour vous faire une idée de ce supplice, supposez un homme qui se meurt faute d’air. Voyez quelle oppression, quels efforts il fait pour respirer ! Comme sa poitrine se soulève, se gonfle ! C’est une lutte affreuse entre la vie et la mort. Mais qu’est-ce qu’un peu d’air en comparaison de Dieu ? Qu’est – ce – que mourir à tout moment, privé de Dieu, qui est la respiration de l’âme ? Quelle faim vivante, quelle douloureuse agonie ! Oh, Seigneur, délivrez les de cette mort perpétuelle, montrez leur votre face adorable. O Père qui êtes aux Cieux, attirez près de vous vos enfants exilés !


Privation du Ciel

L’âme dans le purgatoire, est exilée non de sa patrie de la terre, mais de sa patrie véritable, le Ciel. Elle a entrevu de loin les splendeurs de cette patrie bienheureuse, quand au sortir de cette vallée de larmes, elle parut devant Jésus – Christ qui fait la joie et le bonheur des élus. Elle l’a pressentie, lorsque condamnée au purgatoire, elle s’est rappelée cette invitation, adressée aux âmes justes : « venez, les bénis de mon Père, possédez le Royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde. » Elle en a aperçu, elle en a entrevu toutes les magnificences. Or ne pouvoir se lancer vers cette patrie tant désirée, attendre un jour, des années, des siècles avant de se plonger au torrent de ses voluptés, mon Dieu, quel exil ! Quelle cruelle attente ! Aussi qu’elles sont attendrissantes les souffrances de cette âme infortunée, « pauvre exilée, quand donc verrai-je ma patrie, ma famille qui est aux cieux ? Pauvre orpheline, quand serai-je réunie à mes parents, à mes frères, à mes sœurs qui sont dans la gloire et me tendent les mains ? Quand me sera – t – il donné de m’unir à Jésus, mon céleste époux ? O portes éternelles, ouvrez – vous, ouvrez – vous ! » Mais hélas ! Une voix mystérieuse lui répondit : « pas encore, plus tard ! » Âmes, vous pouvez les ouvrir, ces portes. Ne savez vous pas que la prière, les aumônes, sont les clés d’or qui ouvrent le Ciel ? Priez et donnez beaucoup, et ces âmes exilées du purgatoire monteront dans la patrie bienheureuse, pour y chanter éternellement les miséricordes du Seigneur.

Exemple


Quand les enfants d’Israël, emmenés captifs loin de la patrie, ne voyaient plus que les rivages de l’Euphrate, ils s’asseyaient, tristes, sur cette terre étrangère, et ils pleuraient au souvenir de Jérusalem absente : il n’y avait ni paroles de joie, ni cantiques d’allégresse, leurs harpes, suspendues aux saules du rivage, étaient silencieuses. "Enfants d’Israël, pourquoi pleurez-vous ?" leur demandaient les Babyloniens. "C’est que nous nous souvenons de Sion, notre patrie ! Nous nous souvenons et nous regrettons !" "Mais, fils exilés de Sion, si vous chantiez pour calme votre douleur et distraire votre tristesse !... Chantez quelques uns des cantiques de la patrie ! Chantez le chant national ! Chantez !" "L’exilé peut-il chanter les hymnes de la patrie sur les rives étrangères ? Loin d’elle on se souvient, on regrette, on soupire, on pleure, et on attend dans les larmes, la consolation du retour. O Jérusalem ! Que notre langue s’attache à notre palais, si nous devions t’oublier un jour !" Les âmes de nos frères sont retenues par la Justice, loin de la Patrie que leur amour appelle. Au bord de l’abime où l’expiation les condamne à un douloureux exil, elles s’arrêtent sur ces rivages mille fois plus désolés que ceux de la terre. Là, en pensant à la céleste patrie, elles se prennent elles aussi à pleurer son absence. Mais leurs larmes diffèrent des nôtres, comme le ciel diffère de la terre et le temps de l’éternité. L’homme, à moins d’être malade, à l’instinct naturel de manger. S’il venait à ne plus manger tout en étant préservé de la maladie et de la mort, sentirait sa faim grandir continuellement, puisque son instinct ne diminuerait jamais. Supposons qu’il existerait au monde un seul pain capable d’enlever la faim à toute créature, l’homme resterait dans un tourment intolérable de ne pouvoir le posséder, sa faim ne passant pas. Supposons aussi que la seule vue de ce pain suffirait pour être rassasié, son instinct le pousserait au seul désir de le voir afin d’être contenté. Mais il apprendrait avec certitude, que jamais il ne serait donné de voir ce pain, à ce moment là alors, ce serait pour lui l’enfer. Il serait dans l’état des âmes damnées qui sont privées de toute espérance de voir Dieu, Pain Véritable, leur vrai Sauveur. Mais les âmes du purgatoire ont l’espérance de contempler le pain et de s’en rassasier pleinement. Par suite, elles souffrent la faim et restent dans leur tourment aussi longtemps qu’elles ne peuvent se rassasier de ce pain, Jésus-Christ, vrai Dieu Sauveur, notre Amour.


Prions


Dieu miséricordieux, Dieu si Saint, Dieu si juste, laissez-vous fléchir par l’amour de ces saintes âmes. Ne vous dérobez pas plus longtemps à l’ardeur de leurs désirs, ne les repoussez plus : ouvrez leur votre sein et laissez-les se perdre et s’abîmer en vous. O Jésus ! Appelez vos enfants et nos frères au bonheur éternel et que la lumière qui ne s’éteint plus, luise sur eux ! Qu’ils reposent en paix !

Septième jour

La peine du remord


Le mal qu’il fallait éviter

Les tourments dont nous venons de parler ne sont pas les seuls qui torturent les âmes retenues dans le lieu d’expiation. Elles éprouvent encore la tristesse, la désolation, les regrets amers, les reproches cuisants de la conscience coupable, mille fois plus insupportables pour elles que les plus fortes douleurs du feu matériel qui les fait souffrir sans les consumer. "En enfer, dit l’Evangile, le ver qui ronge les réprouvés ne meurt jamais". Dans cette cité du purgatoire, il mourra certainement un jour ; mais tant qu’il est vivant, il mord cruellement et déchire d’une manière affreuse les victimes infortunées dont il est devenu le bourreau. Ah ! Elle est terrible la lutte d’une âme aux prises avec le remords ! Du fond de son lieu de souffrance, cette âme captive jette un regard douloureux sur toute son existence d’ici-bas, et à la lueur des flammes qui l’enveloppent, elle voit distinctement tout le mal qu’elle a commis et qu’elle pouvait facilement éviter avec la grâce de Dieu et dont elle ne s’est jamais confessée. Elle découvre des milliers de fautes inaperçues jusqu’alors, ou qu’elle jugeait sans gravité du fait du manque de confession et d’examen de conscience. Forcée de se reconnaître coupable, tandis qu’il n’aurait tenu qu’à elle de faire l’effort d’aimer plus et d’être juste en tout, cette pauvre me s’afflige profondément et s’écrie dans le délire de sa douleur : "mon Dieu, vous êtes juste, et vos jugements sont équitables. Je suis seul l’auteur de ma souffrance. Ah, si je pouvais recommencer ma vie sur terre, comme je vous servirais, Seigneur, et avec quel soin je me préserverais du purgatoire". Regrets vains et stériles. Hélas ! C’est trop tard ! Instruisons-nous, âmes de foi, fuyons le péché, faisons pénitence ici-bas, afin d’éviter cet aiguillon douloureux, ce ver rongeur du purgatoire. Mon Dieu ! Frappez, brûlez, broyez en ce monde, pourvu que vous nous épargnez dans l’autre le bien qu’il fallait pratiquer. Ce qui augmente encore la peine de cette âme exilée, c’est la vue de tout le bien qu’elle pouvait pratiquer et qu’elle a souvent omis ; de tous les bienfaits qu’elle a reçus de la bonté de Dieu et dont elle n’a pas toujours fait un saint usage. En effet, que pouvait de plus le Seigneur pour lui faire porter des fruits de salut ? Il l’avait nourrie de ses sacrements, fortifiée par sa grâce, encouragée par l’exemple des bons. Aidée de tant de secours, elle devait parcourir à pas de géant la carrière de la sainteté et arriver, comme tant d’autres, à la plus haute perfection. Mais, malgré tout, elle s’est arrêtée souvent dans la voie, souvent elle a marché avec lenteur. Ah ! Si elle avait été généreuse pour s’infliger quelques pénitences, quelques mortifications ; si même elle avait accepté avec résignation les peines inévitables de la vie, elle aurait fait son purgatoire sur la terre, et éventuellement elle jouirait de la vision béatifique. Et maintenant, elle endure par sa faute, et sans mérite, des peines incomparablement plus grandes. Au lieu d’une couronne de gloire qu’elle pourrait avoir dans le Ciel, elle est torturée par une couronne de flammes en purgatoire. Oh ! que ce souvenir est affligeant. Âmes, n’avons-nous pas, nous aussi fait peu de bien ? Avons-nous prié pour le soulagement de nos parents défunts ? Prenons la résolution de faire mieux à l’avenir, avec l’aide de Dieu et le secours de Marie.

Exemple


Gerson, chancelier de l’Université de Paris, aussi distingué par ses vertus que par son éloquence, rapporte dans un de ses ouvrages, qu’une pauvre mère, oubliée depuis longtemps par son enfant, re4ut de Dieu la permission de lui apparaître pour lui dire de ses peines et solliciter des prières. "Mon fils, s’écria-t-elle, mon cher fils ! Pense un peu à ta pauvre mère qui souffre tant. Considère les affreux supplices au milieu desquels la Justice de Dieu me fait expier les autres de ma vie mortelle. Le plus insupportable de tous est le remords, le regret d’avoir si peu aimé Dieu qui m’avait accordé tant de grâces. Quoi ! Avoir offensé un Dieu si grand, si saint, si juste, si éclairé, un Père si tendre, un bienfaiteur si généreux ! Ah ! Cette pensée m’accable et me tue à chaque instant ; ce ver rongeur est comme un poignard aigu qui me transperce sans pouvoir me donner la mort. Qui me torture jour et nuit et m’arrache des larmes de sang. Néanmoins, je suis forcée de m’écrier, en frappant sans cesse la poitrine : mon Dieu, vous êtes juste et équitable ; si je souffre cruellement, c’est par ma faute, ma très grande faute ! O mon fils, si tu m’aimes encore, aie pitié de moi, arrache ce poignard, délivre-moi de ce ver rongeur, ouvre-moi le ciel. Je te demande encore, mon cher enfant, de servir Dieu mieux que ta mère, de mourir la contrition dans le cœur !" Fidèle à ces avertissements, l’enfant pria beaucoup pour sa mère et mourut lui-même en sainteté.

Prions


Faites-moi la grâce, ô mon Dieu ! De devenir saint et parfait, comme vous le désirez. Les âmes du purgatoire, pour s’être un peu négligées, en sont sévèrement punies par les regrets qui les déchirent sans relâche. Apaisez leurs remords, Seigneur, en leur pardonnant leurs fautes. Car, il est trop aigu le glaive qui les transperce. O, Jésus ! Soyez-leur propice ! Appelez vos enfants et nos frères au sein de la gloire ! Qu’ils reposent en paix !

Huitième jour

Durée des peines du purgatoire


Quelle est cette durée ?

L'Église n’a rien défini sur la durée des peines du purgatoire, mais elle nous montre assez ce qu’elle en pense, en célébrant des messes anniversaires, des trentains pour le repos de l’âme des défunts. Elle croit donc que l’expiation peut donc être longue et peut même se prolonger pendant des siècles. C’est aussi le sentiment des saints Pères. Le cardinal Bellarmin disait que pour certaines âmes, la durée des peines du purgatoire, d’après des révélations très dignes de foi, pourrait se prolonger jusqu’au Jour du Jugement Dernier, si l’Eglise ne venait pas à leur secours. Hélas ! Il y en a qui y gémissent depuis de longues années. Qui nous dira la mesure de temps et de peine qu’il faut pour expier nos péchés ? Pour enlever la rouille que laissent à l’âme les suites de nos péchés et lui rendre l’éclat de la beauté des Anges ! O insondable mystère des jugements de Dieu… Combien la durée n’ajoute – t –elle pas à la rigueur des peines ! Souffrir horriblement et longtemps… Attendre… Attendre indéfiniment… Quelle douleur, quel martyre pour ces âmes ! Ajoutez que l’intensité des maux qu’elles endurent leur fait paraître les moments comme des mois, et les mois comme des siècles. Seigneur, abrégez ces souffrances, mettez un terme à l’intensité, à la durée des douleurs de nos amies, de nos sœurs, de celles surtout qui doivent rester le plus longtemps dans ce lieu d’expiation.


Quelles en sont les causes ?

Ne nous étonnons pas de la terrible durée des supplices du purgatoire. Une des plus saintes religieuses de la Visitation, sœur Marie – Denise, que toutes les histoires de cet ordre reconnaissent comme ayant été favorisée de grâces extraordinaires pour le soulagement des morts, disait que plusieurs causes rendaient inévitable la longue durée des peines de ce lieu d’expiation : la véritable pureté que l’âme doit avoir avant de posséder Dieu, la multitude de nos péchés véniels, le peu de regret que nous avons et le peu de pénitence que nous faisons pour nos péchés confessés, l’impuissance absolue où sont les âmes des défunts de se soulager elles – mêmes, l’oubli, l’étrange oubli des morts, notre coupable négligence à les soulager. Ces réflexions sont sérieuses et malheureusement trop fondées. Donc à l’avenir, ne soyons pas pressés de canoniser nos chers défunts. Nous avons tant besoin de les croire dans le lieu de la paix et de la béatitude, que nous nous hâtons de nous dire que certainement ils y sont parvenus. Alors, nous cessons de prier pour eux. Voyez les saints, comme ils pensaient et agissaient autrement. Toute leur vie, ils priaient pour ceux que le trépas leur avait ravis. Faisons de même. Nous ne saurions tenir un doigt dans le feu pendant une minute, sans pousser des cris de détresse. Pourquoi souffririons – nous  que des âmes que nous avons tant aimées, soient plongées dans le feu dévorant du purgatoire, des années entières, par notre négligence ? Ce serait trop cruel !  Âmes aimées, non, jamais nous ne vous oublierons ! Jésus, Marie, Joseph, aidez nous à prier !


Exemples

Un homme enfermé depuis des années dans une prison, las de souffrir, s’adressa à une femme puissante. Elle avait assez de crédit et la main assez forte pour briser les fers du prisonnier et mettre fin à ses souffrances. Voici en quels termes, le malheureux lui adressait sa supplique : « Madame, le 25 de ce mois de mars 1760, il y aura cent mille heures que je souffre, et il me restera deux cents mille heures à souffrir encore. O Madame, soyez touchée d’un si long et si douloureux martyre ! » Le cœur de cette femme se trouva – t – il assez dur pour résister à cette éloquence ? Je l’ignore ; mais il me semble qu’on ne peut mettre davantage en si peu de mots : il y a cent mille heures que je souffre, et il m’en reste deux cents mille à souffrir. Il les avait donc comptées !... Dans un monastère, deux Pères étaient d’un très grand zèle pour leur sanctification et pour le soulagement des âmes du purgatoire. Ils s’étaient promis qu’après la mort du premier d’entre eux, l’autre dirait la messe du lendemain pour le défunt… L’un des deux Pères mourut. Son confrère ne manqua pas de dire la messe promise, dès le matin suivant. Sa messe terminée, pendant son action de grâce, le Père vit soudain apparaître son ami défunt, rayonnant de bonheur et de gloire… Puis l’âme glorieuse prit un visage sévère pour dire à son ami : « Mon frère, où donc est votre promesse ? Vous mériteriez que Dieu n’ait pas beaucoup de pitié de vous ! Ne m’avez – vous pas laissé en purgatoire plus d’une année, sans dire la messe promise ? » - «  Vous me surprenez ! s’écria le moine, votre corps n’est pas encore enseveli ! Vous avez quitté notre monde il y a quelques heures et je viens juste de terminer la Messe promise !?... » Alors, l’âme du défunt dit avec un douloureux soupir : « Oh !!! qu’ elles sont épouvantables les souffrances du purgatoire… Je vole au Ciel où je supplierai le bon Dieu de vous rendre ce que vous venez de faire pour moi. Car cette Messe m’était nécessaire pour quitter le purgatoire, dans les délais les plus courts. » C’est ainsi que les âmes bénies du purgatoire calculent la durée de leurs souffrances. Mais ce n’est ni par heure ni par jour qu’elles comptent, c’est par années, par siècles peut – être. Et ces années, et ces siècles leur paraissent éternels. Mon Seigneur, pardon et miséricorde ! Par les mérites de Vos Saintes Plaies, délivrez les âmes de nos défunts !


Prions


Saisi d’effroi à la pensée de redoutables tourments, longs et intenses, endurées par les âmes du purgatoire, je tombe à vos Pieds, ô mon Dieu. Et plein de compassion pour ces prisonnières infortunées, je viens vous supplier, au nom de Jésus – Christ, de jeter sur elles un regard de miséricorde et de mettre un terme à leur martyre ! O Marie ! Douce consolatrice des affligés, soyez leur propice ! Délivrez vos enfants de la captivité ! Qu’ils reposent en paix près de vous, dans le Ciel !


Neuvième jour

Impuissance des âmes du purgatoire


Impuissance de leurs souffrances

Considérez qu’à la mort cesse tout mérite, parce – que l’âme n’a plus son libre choix entre le bien et le mal. Le purgatoire est cette nuit dont parle Jésus – Christ, durant laquelle nul ne peut agir ; ceux qui y gémissent sont comme ce fermier de l’Evangile auquel le père de famille ne permet plus de cultiver son champ. Voilà pourquoi nos chers défunts ne peuvent rien pour adoucir leurs souffrances. Leur résignation parfaite, leur amour pour Dieu, la grandeur de leurs tourments, n’en abrègeront pas d’un instant la durée. La plus petite des souffrances du purgatoire leur aurait acquis sur la terre un poids immense de gloire céleste ; dans ce lieu d’expiation, ces souffrances sont stériles pour eux, stériles pour le Ciel ; elles sont simplement l’acquis d’une dette. Hélas, souffrir pendant des siècles, peut-être sans profit pour elles – même ! Combien cette pensée est désolante pour ces âmes et combien n’ajoute – t – elle pas à leurs tourments ! Aussi est – ce de nous qu’elles attendent secours et soulagement. Oui, nous sommes la ressource des morts, nous sommes leur providence libératrice. Le Ciel les console, nous, nous les soulageons ; le Ciel les encourage, nous, nous les délivrons : les saints leur ouvrent leurs bras pour les y recevoir, nous, nous les introduisons dans le séjour du bonheur. Telle est notre puissance, tel est notre devoir. Y pensons – nous ?


Impuissance de leurs prières

Les âmes du purgatoire sont aussi impuissantes à se soulager par leurs prières que par leurs souffrances. C’est en vain que du fond de leurs brûlants abîmes, elles font monter vers Dieu le cri de leur douleur, c’est en vain qu’elles essaient de fléchir sa Justice et qu’elles lui disent avec David : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez – vous abandonnée ? Je crie vers vous pendant le jour, et vous ne m’exaucez pas. La nuit, je gémis et personne ne me répond. Souvenez – vous, Seigneur, de Votre Miséricorde. Rompez les liens qui me retiennent loin de Vous, délivrez – moi des tourments que j’endure. Miséricorde, Seigneur, Miséricorde ! » Au Purgatoire, le temps de la Miséricorde n’est plus. Le règne de la Justice a commencé. Les supplications réitérées n’ont aucune efficacité. Lorsque la dette aura été entièrement acquittée par la souffrance, l’âme s’envolera dans le Ciel. Mais si les prières n’ont aucun crédit pour eux, les nôtres sont toutes puissantes sur le cœur de Dieu. A mesure qu’elles montent vers le Ciel, la miséricorde descend dans le purgatoire en torrents de grâces, de pardon, de liberté et de gloire. C’est par la prière que Marthe et Marie obtinrent la résurrection de Lazare. C’est par elle aussi que nous obtiendrons la délivrance de nos parents défunts. Oh ! Prions de tout cœur, prions sans cesse pour eux. Disons souvent : « Bon et Miséricordieux Jésus, donnez leur le repos éternel. O Marie, Mère et consolatrice des affligés, hâtez vous de les secourir ! Saints et saintes du Paradis, intercédez pour eux ! »


Exemple

Le Sauveur traversant la Judée, rencontra un jour un homme qui était paralytique, et qui attendait tristement assis près de la piscine de Siloé. Certains jours, l’ange descendait dans la piscine, en remuait l’eau, et le premier malade qui pouvait ensuite s’y laver, était guéri. Il y avait cependant bien longtemps que le pauvre paralytique de l’évangile était là, attendant toujours sans jamais pouvoir descendre à temps. Touché de compassion, le doux Sauveur s’approche de lui et lui demande avec bonté pourquoi il ne va pas se laver avec les autres. « Seigneur, répond ce malheureux, c’est que je suis perclus de tous mes membres et incapable de tout mouvement, et je n’ai personne pour me jeter le premier dans la piscine salutaire. Ma guérison tant désirée ne dépend pas de moi, pauvre paralytique, il me faut un ami généreux, qui me prête son aide et me donne la main ! » Tel est le triste sort des saintes âmes du purgatoire ; elles restent presque immobiles dans les flammes, incapables par elles – même de se secourir, incapables de se jeter dans la piscine salutaire du Sang Précieux de Jésus qui a sauvé le monde. Elles attendent qu’un ami secourable les y plonge. Soyez cet ami charitable, l’ange libérateur des pauvres paralytiques du purgatoire !


Prions


Mon Dieu, je vous recommande ces pauvres âmes qu’une nuit terrible enveloppe aujourd’hui dans ses ombres. Hélas ! Elles ne peuvent plus rien. Permettez moi d’être leur médiateur et de m’interposer entre votre Justice et elles. Je vous en supplie, abrégez leur douloureux exil ! O Jésus, soyez leur propice ! Appelez vers Vous vos enfants et nos frères ! Qu’ils reposent en paix.

Dixième jour

Les deux chemins qui conduisent en purgatoire


Le chemin des fautes mortelles

De par sa nature, le péché mortel conduit plus loin que le purgatoire : il précipite dans l’abîme de l’enfer. Les âmes, obscurcies par le mal qui a fini par les pénétrer, s’engouffrent vers les ténèbres. Elles ne supportent pas la lumière de Dieu qui leur apparaît au moment de la mort. Mais si le pécheur se repend et se confesse, le pardon du Seigneur descend sur lui par la grâce sacramentelle. Qu’arrive – t – il alors ? Les fautes sont pardonnées, l’amitié de Dieu est rendue. Il reste la peine faite au Bon Dieu qu’il faut expier : ou en ce monde par la pénitence, la prière, les messes… ou dans l’autre, par les souffrances du purgatoire. Après de longues années d’égarement, quel effroyable, quel long purgatoire l’attend ! Quelle énorme dette il devra solder à la Justice Divine ! Il est vrai que la pénitence sacramentelle réduit notre dette. Mais elle est ordinairement si légère, et faite avec si peu de ferveur ! Il est vrai aussi que les mortifications et les indulgences peuvent nous préserver ou nous délivrer du purgatoire. Mais il y a si peu de chrétiens qui se mortifient et qui jeûnent. Ceux qui sont les plus coupables sont précisément ceux qui font le moins de pénitences… Enfin, combien n’ont pas la contrition suffisante pour gagner des indulgences ! Qu’il y en a peu qui évitent cet effroyable abîme ! Tant de péchés et si peu d’expiation ! Si notre vie passée a été ternie par des fautes graves, cette considération doit nous faire réfléchir et nous arracher des désirs de pénitence. Elle doit aussi nous inciter à prier pour les âmes les plus coupables de ce lieu d’expiation. O mon Dieu ! Pénétrez mon esprit d’une crainte salutaire, à la pensée de vos redoutables jugements.


Le chemin des fautes vénielles

Est-ce que vous faites pénitence ? Chrétiens, que vous soyez innocents ou que vous ayez conservés la pureté de votre baptême, comme saint Louis, combien n’avez-vous pas à vous reprocher de fautes vénielles qui vous constituent débiteurs envers Dieu ? En vérité, ces fautes sont innombrables. Votre vie n’est peut – être qu’un tissu de péchés véniels. Ainsi que de pensées inutiles, de paroles oiseuses ! Que de jugements téméraires, de distractions, de médisances ! Que de vanités, de temps perdu inutilement ! N’offensez vous pas Dieu très souvent, tous les jours, sous le futile prétexte que vos fautes ne sont que légères ? Ne vous rendez vous pas souvent coupables de certaines fautes vénielles qu’on pourrait appeler graves parce – qu’elles avoisinent le péché mortel ? Faites – vous pénitence ? Or si votre vie est pleine de dettes et vide de satisfactions, il est bien évident que vous êtes dans la seconde voie qui conduit directement en purgatoire. Alors, que de jours, que de mois, que d’années, vous aurez à gémir dans ce terrible lieu d’expiation. Que votre purgatoire sera long et rigoureux ! Réfléchissez sérieusement et dîtes – vous : « Je veux enfin régler mes comptes avec Dieu, je veux profiter du temps que me laisse sa Miséricorde pour satisfaire à sa Justice ; je veux acquitter les dettes qu’il est si facile de solder avec un peu de générosité et d’amour. Âmes du purgatoire, venez à mon aide. Demandez – moi l’esprit de pénitence, je demanderai pour vous soulagement et consolation. »


Exemple

En 1848, vivait à Londres une veuve de 29 ans, qui était fort riche et passablement mondaine. Parmi les habitués qui fréquentaient sa demeure, on remarquait un jeune lord d’une conduite peu édifiante. Un soir, près de minuit, cette dame lisait un roman pour appeler le sommeil. A peine venait – elle d’éteindre la lumière, qu’apparut une lumière étrange, venant du côté de la porte et se répandant dans la chambre en augmentant d’intensité. Étonnée, inquiète, elle vit la porte s’ouvrir lentement, laissant apparaître le jeune lord, complice de ses désordres. Avant qu’elle n’ait pu proférer une parole, il était à ses côtés ; il la saisissait au poignet lui disant :  « Il y a un enfer où l’on brûle, sache – le… » La douleur que la malheureuse ressentit au poignet était si aiguë qu’elle s’évanouit. Revenue à elle une demi – heure après, elle appela sa femme de chambre. Celle – ci, en entrant dans la pièce, sentit une forte odeur d’objets brûlés… Elle constata que sa maîtresse avait au poignet une brûlure qui laissait apparaître l’os ; et cette plaie montrait l’empreinte d’une main d’homme. Elle remarqua encore que de la porte au lit, et du lit à la porte, le tapis portait les marques de pas d’homme et que, à l’endroit des pas, le tissu du tapis était calciné de part en part ! Le jour suivant, la dame apprit que le jeune lord était mort, cette nuit – là même…


Prions


Que de fautes, ô mon Dieu, je me permets à moi – même sans regrets, comme si c’était autant de bagatelles ! Ah, si je pensais aux comptes que j’en rendrai un jour à Votre Justice, combien je serais plus vigilant. Daignez soutenir ma faiblesse et ranimer mon courage languissant. Daignez aussi faire miséricorde à mes frères de l’Eglise triomphante. Qu’ils reposent en paix !

Onzième jour

Sainteté des âmes du purgatoire


Elles aiment Dieu

« Toute âme, disait Ste Catherine de Gênes, dès qu’elle est en purgatoire, se trouve élevée à un état de perfection et d’union divine qui pourrait servir de modèle aux plus grands saints d’ici – bas. » Il y a là, en effet, une multitude d’âmes prédestinées qui ont triomphé de leurs passions, qui ont vaincu le monde et le démon, qui ont pratiqué les vertus les plus héroïques et sont sorties de ce lieu d’exil chargées de mérites. Elles brilleraient comme des étoiles aux firmaments, si la robe de leur innocence n’avait été ternie par quelques grains de la poussière de la terre. Oui, ce sont des âmes belles, saintes, mortes à toutes imperfections. La moins précieuse vaut mieux que tout l’univers physique. Elles aiment leur Dieu, souverainement, totalement. Cet amour leur fait aimer leurs souffrances et la justice qui les retient dans le lieu de l’expiation. Leur ouvrirait – on les portes du Ciel, qu’elles préféreraient rester dans les flammes purificatrices plutôt que de rentrer dans la gloire avec de légères imperfections. Elles ne peuvent assez remercier leur Bien – Aimé de leur avoir préparé un lieu d’expiation pour leur permettre d’acquérir cet éclat de beauté qui convient à ses épouses. Et mieux que Job, au milieu de leurs douleurs, elles redisent sans cesse : « Que le Saint Nom de Dieu soit béni ! » Soyez donc compatissant pour ces saintes âmes, puisqu’elles ont, plus que jamais, besoin de notre assistance. Un jour, les rôles changeront, elles deviendront nos protections dans le Ciel, nos médiatrices auprès de Dieu, et alors, elles nous rendront avec bonheur, ce que nous aurons fait pour elles, au jour de leur affliction.


Elles sont aimées de Dieu

« Si Dieu, dit un auteur, nous aime, nous, pauvres pécheurs, si imparfaits, si dépourvus de vertus et de mérites, combien plus il aime ces saintes âmes du purgatoire, elles qui sont à lui pour toujours, et en qui Il voit resplendir la beauté de ses élus. » Elles lui sont infiniment plus chères. Ce sont Ses épouses, Ses enfants chéris, les héritières de Sa gloire, appelées à le bénir éternellement dans le Ciel. Toutes sont des pierres vivantes destinées à l’édifice de la divine Jérusalem, et que le ciseau du divin sculpteur achève de tailler et de polir, avant de les faire entrer dans la place qu’Il leur a destinée de toute éternité. Il les aime tendrement, Il les contemple avec amour, Il désire vivement s’unir à elles. Son Cœur Paternel souffre de leur triste exil, mais Sa justice qui a ses droits aussi bien que Sa bonté, les retient dans la prison jusqu’à ce qu’elles aient payé toutes leurs dettes. Aussi, quelle joie pour ce Père bon et tendre, si un ami, un médiateur, s’interposant entre le châtiment et la faute, vient désarmer sa rigueur et la réconcilier avec l’enfant de son amour !  Que de raisons d’aimer ces âmes bénies, et d’exercer largement la miséricorde envers elles ! Elles sont si dignes de notre affection ! Quand nous faisons l’aumône à un pauvre, nous ne savons pas s’il le mérite, s’il n’en sera pas plus coupable, plus ingrat. Mais ici, nous travaillons à coup sûr. La terre où nous semons est invariablement fidèle : pour chaque grain qu’on y jette, le Ciel récolte un fruit, et nous une bénédiction.


Exemple

Ste Gertrude, dans un ravissement, vit l’âme d’une religieuse qui avait passé sa vie dans l’exercice des plus grandes vertus. Elle se tenait en présence de Notre – Seigneur, revêtue des insignes de la charité, mais n’osant porter ses regards sur la face adorable du Sauveur. Elle demeurait les yeux baissés, dans l’attitude d’un criminel, témoignant par ses gestes, l’envie de s’éloigner du divin Maître. Gertrude, étonnée d’une conduite aussi étrange voulut en connaître la raison : « Dieu de bonté, dit –elle, pourquoi ne recevez – vous pas cette âme auprès de vous ? » A ces mots, Notre – Seigneur étendit les bras avec amour, comme pour attirer cette âme vers Lui ; mais celle – ci s’en alla dans une respectueuse humilité. La Sainte, de plus en plus surprise, demanda à l’âme de la religieuse pourquoi elle fuyait ainsi les embrassements d’un aussi tendre époux : « Parce – que je ne suis pas encore purifiée des souillures que mes fautes m’ont laissées et si Dieu m’accordait dans l’état où je suis, la libre entrée du Ciel, je n’y consentirais pas, quelque brillante que je paraisse à ses yeux, je sais que je ne suis point encore une épouse digne de mon Sauveur. » Ainsi ces saintes âmes endurent leurs souffrances de très bon cœur, dans une résignation parfaite. Elles sont tellement transformées en Dieu, qu’elles ne voudraient pas, quand elles le pourraient, se soustraire à la moindre partie de leurs tourments. Elles les acceptent avec une joie qui grandit toujours à mesure qu’elles se rapprochent du terme de leur expiation. Qu’elles sont dignes de notre amour, de nos sympathies, de toute notre charité !


Prions


Ô Dieu, qui pardonnez aux pécheurs et qui voulez le salut de tous les hommes, jetez un regard de bonté sur les âmes du purgatoire. Elles sont vos épouses, vos enfants de prédilection ; elles vous ont aimé tendrement et servi courageusement. Montrez – leur votre divine Face. Ô Jésus, soyez – leur propice ! Seigneur, appelez vos enfants et nos sœurs au séjour éternel, et que la lumière qui ne s’éteint pas, luise sur eux ! Qu’ils reposent en paix !

Douzième jour

État des âmes du purgatoire vis-à-vis de nous


Elles nous sont unies par les liens de la charité

Souvenez – vous que nous somme unies à ces saintes âmes par les anneaux d’une chaîne spirituelle et toute divine. Comme nous, elles ont été créées à l’image de Dieu, rachetées par le sang de Jésus – Christ, régénérées par les eaux du baptême, et nous pouvons dire en vérité que le même sein, celui de l’Eglise, nous a portés : que nous sommes enfants de la même mère. Comme nous aussi, et peut – être à côté de nous, elles ont pris place à la table des Anges et elles ont reçu ce gage sacré de la vie éternelle. Elles ont emporté dans le monde futur les mêmes espérances qui adoucissent maintenant les amertumes de notre pèlerinage. Membres du même corps, héritières du même royaume, elles seront un jour nos compagnes d’éternité. Mais entre elles et nous, il y a cette différence, qu’elles sont malheureuses, captives, prisonnières, martyres, impuissantes à se secourir elles – même, et qu’elles attendent de nous aide et consolation. Nous leur devons assistance. Ne sont – ce pas les droits incontestables à notre compassion et à notre amour ? Si les enfants d’une même famille s’aiment tendrement entre eux, si les peines de l’un deviennent les peines de tous, ne doit – il pas en être de même des enfants de l’Eglise ? Où serait notre charité, si nous n’aimions pas ces pauvres âmes, abîmées dans la douleur ? Serait – il possible qu’étant homme, et surtout chrétien, nous fussions insensibles à leurs maux ? Aimons – les comme nous – même, aimons – les comme Jésus – Christ nous a aimés. Alors nous les soulagerons,  nous les délivrerons. « Mes petits enfants, écrivait l’apôtre St Jean, peu de temps avant de mourir, n’aimons pas seulement en paroles, mais véritablement en le prouvant par des actes. »


Elles nous sont unies par les liens de la fraternité

Parmi ces voix qui appellent, ne retrouvez – vous pas la voix d’un frère, d’une sœur, d’un enfant chéri, d’un époux, d’une épouse bien – aimée, que l’amour avait unis et que la mort a séparés, la voix d’un père, d’une mère dont le sang coule dans nos veines ? Ce cri du sans, cette voix de la famille, que vous dit – elle ? « Viens, viens à mon secours : il y a si longtemps que je t’appelle, je n’ai que toi et tu ne viens pas. Viens donc avec ton cœur, avec ta prière, avec tes bonnes œuvres, avec ton dévouement ; viens m’arracher à ces brûlants abîmes, viens me donner le Ciel, Dieu, l'éternité, viens ! » Comment résister à ce cri de détresse ? Savons – nous si nous n’avons pas contribué à augmenter le purgatoire de ceux qui nous ont tant aimés ?


Exemple

En 1864, un artiste juif, converti pendant un sermon sur l’Eucharistie, avait quitté le monde après avoir reçu le baptême et s’était retiré dans un ordre religieux très austère ; il passait chaque jour plusieurs heures à adorer le Saint – Sacrement, et dans ses effusions de ferveur, il demandait à Jésus – Christ surtout la conversion de sa mère qu’il entourait de la plus filiale tendresse. Il ne l’obtint point cependant, sa mère mourut. Pénétré d’une amère douleur, ce bon fils va se prosterner devant le Tabernacle, et donnant libre cours à ses plaintes : « Seigneur, disait – il, je vous dois tout il est vrai, mais que vous ai – je refusé ? Ma jeunesse, mes espérances dans le monde, le bien – être, les joies de la famille, un repos peut – être légitime, j’ai tout sacrifié dès que vous m’avez appelé. Mon sang, je l’eusse donné de même. Et Vous, Seigneur, Vous l'éternelle Bonté, qui avez promis de rendre au centuple, vous m’avez refusé l’âme de ma mère ! Mon Dieu, je succombe à ce martyre, le murmure va s’exhaler de mes lèvres. » Les sanglots étouffaient ce pauvre cœur. Tout à coup une voix mystérieuse frappe ses oreilles et dit : « Homme de peu de foi, ta mère est sauvée. Sache que la prière a tout pouvoir auprès de Moi, j’ai recueilli toutes celles que tu m’as adressées pour ta mère, et ma Providence lui en a tenu compte, à son heure dernière. Au moment où elle expirait, je me suis présenté à elle, et à ma vue elle s’est écriée : Mon Seigneur et mon Dieu ! Relève donc ton courage : ta mère a évité la damnation et tes supplications ferventes délivreront bientôt son âme de la prison du purgatoire. » Le père Hermann apprit bientôt, par une seconde apparition, que sa mère montait au ciel. Prions beaucoup pour nos parents défunts !

Prions


Miséricorde, Seigneur, pour les âmes auxquelles vous m’avez uni par des liens si doux, si étroits, et que vous me faisiez un devoir d’aimer. Oui, Miséricorde pour les âmes de mes parents, de mes bienfaiteurs, de mes amis. Seigneur, laissez vous fléchir par les prières et les larmes que je vous offre par elles. O Jésus ! O Marie ! Soyez leur propice ! Appelez vos enfants et nos frères dans le lieu du rafraîchissement, de la lumière et de la paix.


Treizième jour

Les âmes délaissées


Délaissées par leurs amis

Considérez qu’il y a au purgatoire des âmes entièrement délaissées, auxquelles personne ne s’intéresse, et qui souffrent sans consolations. L'Église, il est vrai, n’oublie aucun de ses enfants et les âmes dont nous parlons ont droit comme les autres aux prières que cette tendre Mère adresse tous les jours au Seigneur en faveur des défunts ; mais à part ces prières communes, il ne leur vient de la terre aucun secours particulier. Elles sont abandonnées de leurs amis qui leur avaient promis et juré une affection impérissable. Mais comme cette affection était purement humaine et souvent égoïste, elle s’est éteinte avec le dernier son de la cloche. Quel surcroît d’affliction ne cause pas à ces pauvres prisonnières ce délaissement si inattendu ! Écoutez ces justes reproches qu’elles adressent à ceux qui ont si tôt oublié les devoirs de l’amitié : « Ayez donc pitié de nous, vous du moins qui êtes nos amis. Nous vous avons donné tant de gages de notre affection et de notre dévouement, à vous qui nous aimiez si tendrement ! Vous aviez promis, à notre heure dernière, en nous disant adieu, que vous ne nous oublieriez jamais ! Et vous ne pensez plus à nous : pas une prière, pas une aumône, pas une larme, pas un soupir. Parce – que nous sommes loin des yeux, vous nous avez bannies de votre cœur. » O inconstance des affections humaines qui s’en vont, comme dit Bossuet, avec les années et les intérêts ! Ces reproches ne s’adressent – ils pas à vous ? Pensez –vous quelque fois aux amis de votre enfance, de votre jeunesse, que la mort vous a ravis ? « Ces chers morts, nous les oublions beaucoup trop, disait St François de Sales, et pourtant ils nous ont tant aimés pendant leur vie ! » Craignons d’être délaissé à notre tour, car il est écrit que celui qui oublie sera oublié.


Délaissées par leurs parents

Délaissées de leurs amis, ces pauvres âmes dont nous parlons le sont aussi de leurs parents, soit qu’ils n’existent plus en ce monde, soit qu’ils aient abjuré tout sentiment de charité et de reconnaissance. Oui, leur père, mère, frères, sœurs, ou héritiers les ont abandonnées. Où qu’elles portent leurs regards, elles ne rencontrent que l’oubli, le délaissement. L’oubli sur toute vie qu’aucune parole ne rappelle plus ; l’oubli sur leur nom que personne ne prononce ; l’oubli sur leur tombeau qui ne reçoit ni visite ni prière ; l’oubli sur leurs souffrances d’outre – tombe que personne ne cherche à soulager ; l’oubli partout et toujours. Pauvres âmes ! Qui sait combien dureront leurs douleurs, leur séjour dans ce terrible purgatoire où elles ne reçoivent aucun secours ? Comme ce cruel isolement doit ajouter à leurs souffrances ! Elles ont le droit de s’écrier avec le Prophète : « Mes proches se sont éloignés de moi et ma famille m’a jetée dans l’oubli ; mon père et ma mère m’ont abandonnée, je suis devenue pour eux tous comme un vase brisé qu’on laisse de côté et auquel personne ne pense plus. » Comme Jésus, abandonné de tout le monde au jardin de Gethsémani, elles peuvent dire : « J’ai cherché un consolateur et je n’en ai point trouvé ! » Priez souvent, allez à la Messe en semaine pour les morts les plus délaissés. Devenez leur père, leur mère, leur frère, leur sœur, leur ami. Est – il une œuvre plus digne de votre zèle, et de votre charité ? Un jour, ils prieront pour vous, si, ce qui est probable, vos parents et vos héritiers vous oublient et vous délaissent.


Exemple

Dans une paroisse de campagne, un crime affreux était venu consterner les cœurs. Un jeune homme, endurci par ces passions qui rendent le cœur féroce avait eu la cruauté de conspirer avec un infâme, l’assassinat de sa propre mère. Ces deux bourreaux l’avaient jeté dans une mare d’eau boueuse. La pauvre mère se débattait dans les flots et tendaient les bras vers ses assassins. L’étranger, de sa main barbare, repoussait la malheureuse femme, qui essayait de se rattacher à la rive. Mais le fils, tout scélérat qu’il était, quand il vit sa mère tendre vers lui ces bras qui l’avaient porté, fut vaincu par la nature et sa férocité tomba. Il lui tendit la main pour la retirer de l’abîme, mais son complice la repoussa et la plongea dans la mort. Le purgatoire est comme un lac invisible où des amis, des proches, des parents nous tendent les bras pour que nous les secourions. Peut – être avons-nous participé à les plonger dans cet effroyable supplice. Et pendant que nous poursuivons follement nos plaisirs, ils souffrent et nous appellent. Ne les délivrerons – nous pas ? Saintes âmes ! Nous serons votre famille, vos amis, vos sauveurs. Et un jour, vous viendrez aussi à notre aide.


Prions


O Jésus ! Abandonné de tout le monde et même de vos apôtres, dans le jardin de Gethsémani, ayez pitié de toutes les saintes âmes du purgatoire, en particulier de celles qui ne reçoivent ni prières ni consolations de la part des vivants . Soyez leur consolateur, leur libérateur. O Jésus, appelez enfin ces enfants délaissés au sein de leur famille du Ciel. Qu’ils reposent en paix.

Quatorzième jour

Soulagement des âmes du purgatoire


Nous pouvons les soulager

« Nous croyons, définit le Concile de Trente, que les âmes détenues en purgatoire sont soulagées par les suffrages des fidèles. » C’est ainsi que dans sa magnifique et divine unité, l’Eglise comprend les chrétiens de tous les temps et de tous les états. La charité qui les unit et rend commun leurs biens spirituels, ne s’étend pas seulement aux vivants, elle passe au – delà du tombeau avec ceux qui sont morts dans la paix du Seigneur. « La charité, disait St Paul, n’est pas comme la foi et l’espérance, qui s’éteignent pour nous, à notre dernier soupir, elle survit à la mort et ne périt jamais. » Ainsi les justes, après leur trépas, ne sont pas séparés de l’Eglise, ni retranchés de la communion des saints, ils sont toujours nos frères, nos amis, notre prochain. Comme les anges et les élus du Ciel, nous pouvons aussi délivrer ces âmes de leur prison. Bien plus, les anges et les saints ne le peuvent que par leurs prières, et nous le pouvons, nous, par toutes sortes d’actes d’amour, de bonnes intentions, de prières et de charité. « Dieu nous a donné une telle puissance sur le sort de ces âmes, dit le père Faber, qu’il semble plus dépendre de la terre que du Ciel. Telle est la consolante doctrine de l’Eglise ! Telle est la touchante économie de la Communion des Saints. » Quelle joie pour vous qui pleurez un père, une mère, un époux, un enfant ! Consolez vous, vous pouvez encore leur donner des preuves de votre amour, de votre dévouement ; vous pouvez être leur ange libérateur. Hâtez vous donc, venez briser leurs chaînes, venez solder leurs dettes, afin que ces chères âmes puissent s’envoler dans le sein de l’Eglise Triomphante.


Nous pouvons les soulager

Non seulement nous pouvons, mais encore nous devons venir au secours de ces âmes malheureuses. Nous le devons à Dieu. Père bon et tendre, il les aime comme ses épouses et désire vivement leur ouvrir la porte du Ciel, mais sa justice s’y oppose. Alors, Il se tourne vers nous et nous supplie de les aider ; Il nous en fournit les moyens et regarde comme fait à Lui – même ce que nous ferons pour la plus coupable et la plus souffrante d’entre elles. Nous le devons à ces pauvres exilées. Quelques unes, ou un grand nombre peut – être, souffrent en purgatoire par notre faute, par suite de notre négligence, de nos mauvais conseils, de nos scandales. Et nous ne ferions rien pour les soulager ! Et nous oserions dire : je suis innocent des larmes de sang répandues par ce juste ! Enfin nous le devons à nous – même. N’oublions pas que nous aurons besoin un jour, peut-être bientôt, qu’on exerce envers nous, la charité que nous pouvons maintenant exercer envers les autres. « Tout ce que la piété nous inspire de faire pour nos défunts, disait St Ambroise, se change en œuvres méritoires pour nous et à la fin de notre vie, nous recevrons au centuple ce que nous aurons donné. » Interrogez votre conscience. Avez – vous bien compris et pratiqué jusqu’à ce jour, cet important devoir ? Pensez – vous souvent, pensez – vous chaque jour aux âmes souffrantes du purgatoire ? Ayez donc à l’avenir cette charité que Dieu commande et bénit ; cette charité qui ouvre le Ciel à celui qui l’exerce et à celui qui en est l’objet ; cette charité qui est le ‘passeport’ du chrétien pour l’autre monde.

Exemple

Catherine de Cortone était issue d’une famille ducale. Petite enfant, sa piété et sa ferveur étaient celles d’un ange. Elle n’avait pas encore atteint sa huitième année lorsqu’elle perdit son père. Un jour, il lui apparut tout enveloppé des flammes du purgatoire. « Ma fille, lui dit – il, je serai dans le feu jusqu’à ce que tu aies fait pénitence pour moi. » Le cœur empli de compassion, Catherine s’éleva avec un courage viril au-dessus de la faiblesse de son âge. Elle préluda dès ce jour à ces austérités étonnantes qui ont fait d’elle un prodige de pénitence. Ses larmes, ses prières, ses mortifications eurent bientôt désarmé la Justice Divine et acquitté la dette paternelle. Son père, rayonnant de l’éclat des bienheureux, lui apparut de nouveau et lui adressa ces paroles : « Dieu a accepté tes actes d’amour, tes prières, ma fille ; je vais jouir de la Gloire. Continue toute ta vie de t’immoler en victime pour le salut des âmes souffrantes, c’est la Volonté Divine. » L’héroïque vierge fut fidèle à sa mission sublime. Toute sa vie, elle pria et pratiqua des austérités effrayantes pour le soulagement des morts. Ses pieuses compagnes voulurent l’engager à diminuer un peu ses pénitences. Elle répondit par ses remarquables paroles qui trahissent tout le secret de sa vie : « Quand on a vu comme moi ce que sont le purgatoire et l’enfer, on n’en fera jamais trop pour tirer les âmes de l’un et les préserver de l’autre. Je ne dois donc pas m’épargner, parce – que je me suis offerte en sacrifice pour elles. » Et nous aussi, nous avons la mission et le devoir de secourir les âmes que Jésus a rachetées ; ne l’oublions jamais.

Prions


Soyez béni, Ô mon Dieu, d’avoir bien voulu me confier le soulagement de ces âmes que vous aimez et qui ont tant de titres à ma compassion. Qu’il m’est doux de pouvoir essuyer leurs larmes et leur ouvrir le Ciel ! Rappelez-moi souvent ce grand devoir de la charité et aidez-moi à l’accomplir. O Jésus, soyez propice à nos chers défunts. Appelez vos enfants et nos frères au Bonheur Éternel, et que la lumière qui ne s’éteint plus luise sur eux ! Qu’ils reposent en paix.

Suite du Mois des Ames du Purgatoire