457_001

Les Six Dimanches de Saint Louis de Gonzague

Troisième Dimanche

Saint Louis de Gonzague, modèle de la pureté du corps

Pureté sans tache

On peut dire que saint Louis de Gonzague posséda cette vertu dans le degré le plus éminent. Dès sa jeunesse, ses domestiques et les étrangers ne pouvaient s'empêcher d'admirer l'innocence de ses mœurs. lis ne l'appelaient point autrement que le petit Prince exempt des faiblesses de la chair. D'autres le nommaient un Ange, et ce titre lui a été confirmé par le Saint Siège. On n'eût osé prononcer une parole 'in peu libre en sa présence; on savait que rien n'était plus capable de lui déplaire, et même de l'offenser. Enfin, le sage et savant cardinal Bellarmin, son confesseur, a déclaré que ce jeune homme n'avait jamais commis aucune faute qui donnât l'atteinte la plus légère à cette sublime vertu. Tournez présentement les yeux sur vous-même: quelle précaution prenez vous pour conserver ou pour acquérir une vertu si précieuse et si nécessaire? N'êtes vous point de ceux qui ne se reprochent à cet égard que les fautes les plus graves et les plus grossières? Ah! vous ignorez donc que la pureté est comme un miroir que le moindre souffle ternit, et que la tache la plus légère suffit pour la détruire? Examinez ici avec une attention scrupuleuse vos pensées, vos sentiments, vos paroles et vos actions, et qu'il n'y en ait pas une seule qui ne devienne pour vous un sujet d'alarmes et d'inquiétudes. « Je craignais pour toutes vos œuvres », dit le saint homme Job. Et pourquoi, pour toutes? Parce qu'il est dangereux de se flatter soi-même, surtout dans une matière si délicate; et qu'il ne nous sert de rien d'ignorer nos fautes, si le Seigneur les connaît, s'il les déteste et s'il les punit. « Je craignais, ajoute le saint homme Job, parce que je sais que les moindres fautes que je commets ne sauraient échapper à votre justice ».


Pureté privilégiée

Considérez que Saint Louis de Gonzague, étant encore jeune, fit vœu de chasteté perpétuelle dans la ville de Florence, sous la protection de la Mère de Dieu; et que dès-lors il fut en quelque sorte confirmé dans cette vertu, par une grâce singulière que le Ciel n'accorde qu'à des âmes choisies et privilégiées. C'est ce que la sacrée congrégation a déclaré par un témoignage authentique, en disant qu'il ne ressentit aucune atteinte des aiguillons de la chair, et que son esprit ne fut jamais troublé par aucune pensée contraire à la pureté; ce qu'on ne lit point dans l'histoire des autres Saints. Grâce extraordinaire et vraiment angélique, puisqu'elle semble élever un homme jusqu'à l'état des Anges.  Mettez-vous comme lui sous la protection de la Mère de Dieu; priez-la chaque jour de vous défendre contre les suggestions impures de l'esprit de ténèbres: Vitam prœsta puram. Elle aime, elle écoute toujours favorablement des âmes chastes. Concevez donc aujourd'hui la plus haute estime de cette vertu, chérissez-la particulièrement; elle est d'un si grand prix que nous n'en connaîtrons parfaitement le mérite que dans le ciel, parce qu'il n'y a aucun bien sur la terre auquel nous puissions la comparer. Rien n'est comparable, dit le Sage, à une âme pure. Elle est si belle qu'elle va presque de pair avec les Anges. Heureux celui qui possède le précieux trésor de la pureté, et malheureux, au contraire, celui qui le perd! C'est la pureté qui fait les Anges, dit saint Jérôme.   Celui qui la conserve est un Ange, et celui qui la perd devient un démon.


Pureté conservée par une extrême vigilance

Considérez encore avec quel soin saint Louis de Gonzague conserva cette perle précieuse qui lui était si chère; il voulait que toutes les portes de ses sens fussent toujours fermées et impénétrables à l'ennemi de son salut. Attaché pendant plusieurs années au service de l'impératrice Marie d'Autriche, en qualité de Page d'honneur, il la voyait tous les jours sans jamais la regarder au visage. Il usait de la même retenue à l'égard de sa propre mère, tenant toujours les yeux baissés quand il était auprès d'elle ; il les ouvrait si rarement, que la plupart de ceux qui vivaient avec lui n'auraient pas pu dire de quelle couleur ils étaient. Un jour, étant invité à un bal, il prit la fuite, et se déroba secrètement, pour aller se mettre en prières. Il était toujours en garde et en défiance, comme celui qui marcherait dans un chemin glissant et difficile, tenant à sa main un vase fragile où l'on aurait mis une liqueur précieuse. Est-ce ainsi, Chrétiens, que vous veillez sur vous-mêmes? Sont-ce là les précautions que vous prenez pour vous maintenir dans la pureté que Dieu exige de vous? Hélas! votre vertu faible, chancelante et mal assurée, a encore plus besoin de précautions et de vigilance, puisqu'elle est plus attaquée. N'êtes-vous pas le premier à l'exposer tous les jours aux plus grands périls? Quelle liberté dans vos pensées, dans vos regards et dans vos discours! Ah! songez que tous les objets capables de vous tenter ne sont que des appâts trompeurs, des pièges et des filets tendus par le démon pour vous séduire, semblables à ceux que le chasseur prépare pour surprendre sa proie: n'en approchez pas; le seul moyen de les éviter, c'est de les fuir. Mes ennemis, disait le prophète Jérémie, m'ont attaqué sans aucun sujet ; ils m'ont pris, ils m'ont enlevé comme un oiseau surpris par les chasseurs. Quelle douleur, grand Dieu! sans aucun sujet! à pure perte! pour un plaisir frivole, pour une satisfaction si vile et si passagère, devenir la proie des démons dans l'éternité!

Prière

Grand Saint, dont la pureté angélique ne fut jamais altérée par aucune tache, et qui, par une grâce particulière, avez été exempt, pendant tout le cours de votre vie, des plus légères atteintes de l'esprit impur, j'admire avec respect cette innocence parfaite dont l'éclat, inaccessible au souffle empoisonné du démon, surpasse la blancheur des lis. Mais combien ne dois-je pas m'humilier et me confondre devant une âme si pure et si sainte, moi qui ne puis offrir à vos chastes regards qu'une âme souillée par tant de péchés! Vous pouvez les guérir, j'en ai de la douleur. Soyez mon protecteur auprès du souverain Juge; présentez vous-même à Jésus Christ et à sa sainte Mère mon repentir et mes larmes: obtenez-moi de Dieu une pureté véritable, qui ne laisse pas l'ombre même du crime dans mes pensées, dans mes sentiments et dans mes désirs; imprimez dans mon cœur une haine ardente et capitale pour toute espèce de désordre, en sorte que non-seulement je l'abhorre, mais que je ferme toutes les voies par lesquelles il pourrait se glisser dans mon cœur. C'est ce que je suis résolu de faire, à l'aide de votre protection et de celle de la Vierge Marie. Ainsi soit-il.

Maximes de saint Louis de Gonzague, et pratiques de vertus

« Toute la force d'un chrétien consiste dans la crainte du Seigneur, parce que celui qui craint Dieu n'est susceptible d'aucune autre crainte. Soyez toujours attentif à la présence de Dieu, dans quelque situation que vous soyez, seul ou en compagnie; c'est le moyen de triompher de toutes les  tentations. Comment pourrais-je commettre ce crime et pécher contre mon Dieu? »

« Rien n'est plus dangereux que de. se laisser conduire par quelque affection particulière pour les créatures et pour les biens créés. Ne vous exposez pas à un si grand péril: vous l'éviterez en mettant un frein à toutes vos affections purement naturelles, et en faisant tons les jours un examen exact et scrupuleux de vos sentiments, pour découvrir s'il n'y a pas dans votre cœur quelque attachement tant soit peu déréglé, qui se fait sentir et qui renaît de lui-même lorsque vous croyez en être délivré: faites-en le sacrifice à Bien qui vent être aimé sans partage, selon cette parole: Vous craindrez, le Seigneur votre Dieu, et vous ne servirez que lui seul ».

« Le malheur de ceux qui vivent sans piété, et qui se livrent sans frein à foutes leurs passions, vient uniquement de leur éloignement de l'oraison mentale. Prenez donc un temps chaque jour pour méditer quelques-unes des grandes vérités de la religion: vous accoutumerez par là votre cœur à mépriser tous les biens de ce monde. Qui jamais, ayant l'éternité devant les yeux, pourra se résoudre a lui préférer, de sang-froid, les plaisirs passagers de la vie présente? « Quelle condition plus misérable, s'écrie Saint Augustin, que celle où le plaisir passe en un moment pour faire place à un supplice éternel? »

Exemple

On ne finirait pas si l'on entreprenait de raconter toutes les merveilles par lesquelles saint Louis de Gonzague s'est déclaré le protecteur spécial de la chasteté: et ce ne fut pas sans raison qu'un cavalier, délivré par son intercession d'une tentation violente, suspendit à son autel un tableau où le Saint était représenté faisant pleuvoir des lis du ciel, comme autant de symboles de cette excellente vertu, sur tous ceux qui imploraient le secours de son intercession', on lisait cette inscription au bas du tableau: « II a ceint mes reins de vertus, et il a donné de la force et de la vigueur à mon bras ». On peut encore en juger par cet autre exemple. Il y avait en Pologne un saint religieux, dont le Seigneur voulut éprouver la vertu en permettant qu'il fût livré, pendant un an et demi, aux plus violentes attaques de la tentation. Il n'omit rien pour en triompher. Il affligea son corps par le cilice et par le jeûne. Il se prosterna mille fois devant le Seigneur, en arrosant la terre de ses larmes, sans pouvoir obtenir d'être délivré d'une si rude épreuve, jusqu'à ce qu'enfin son confesseur jugea que le plus sûr moyen de terminer un combat si pénible et si périlleux, était de le mettre sous la protection de Saint Louis de Gonzague; il lui pendit au cou une relique de ce Saint, et lui conseilla de l'appliquer sur son cœur aussitôt qu'il sentirait les premières attaques de l'ennemi. Il usa de ce remède avec une foi vive et une humble confiance dans la bonté divine, et il ne tarda pas d'en éprouver les heureux effets. Le Seigneur, qui voulait manifester la gloire du Saint, imposa silence au démon, et fit succéder aux troubles et aux orages une douce tranquillité.

692_001

Quatrième Dimanche

Saint Louis de Gonzague, modèle de la pureté de l'âme

Par son détachement du monde

Il en connut la vanité dès sa plus tendre jeunesse; il méprisa ses pompes et ses honneurs; il eut compassion de l'aveuglement des riches et des grands de la terre, qui se perdent pour acquérir des biens caducs et périssables, lorsqu'ils peuvent mériter et obtenir des biens éternels. Il saisissait toutes les occasions de témoigner le plus parfait mépris pour tous les objets que les hommes charnels ne regardent qu'avec des yeux d'envie. Il paraissait, dans les plus éclatantes cérémonies, avec des habits simples et négligés, pour faire voir qu'il foulait aux pieds les pompes du siècle. Il ne daignait pas seulement les regarder; et qu'aurait-il pu regarder sur la terre, lui dont toutes les pensées et tous les désirs étaient tournés vers le ciel? Dites-vous ici à vous-même, à l'exemple du Prophète: Jusque à quand mon cœur sera-t il appesanti vers la terre? Jusque à quand demeurera-t-il attaché à la vanité et au mensonge? Suis-je donc résolu de persévérer jusque à la mort dans cette illusion? Des biens qui ne sont que vanité et mensonge, sont-ils dignes de mon attachement? Toutes leurs qualités se trouvent renfermées dans ces deux paroles: Vanité et mensonge. « Ils ne sont que vanité, puisque ce sont de faux biens, des biens chimériques et frivoles, sans réalité et sans consistance ». « Ils ne sont que mensonge, puisque n'étant rien eux-mêmes, ils nous éblouissent par un éclat trompeur qui nous persuade qu'ils sont quelque chose: Vanitas et mencdacium ».


Par son renoncement au monde

Son détachement du monde lui fit bientôt prendre la résolution d'y renoncer pour toujours. Il s'adressa d'abord à la Sainte Vierge, le jour que l'on célèbre la fête de son Assomption, et la pria de l'éclairer sur le choix d'un état de vie. Il entendit alors une voix sensible, par laquelle la Mère de Dieu l'invitait à se rendre religieux dans la compagnie de son Fils. Pour lui obéir, il fut obligé de soutenir, pendant trois ans, un rude combat contre les oppositions de son père, et il ne vint à bout de les vaincre que par ses prières, ses larmes, et par le sang que ses austérités lui faisaient répandre. On vit enfin ce jeune prince, quoique l'aîné de sa maison, renoncer publiquement en faveur de son cadet, au milieu des pleurs de tous les assistants, à la principauté dont il avait déjà reçu l'investiture de l'empereur, et passer ensuite de la cour en religion, où il ne fut pas plus tôt entré qu'on l'entendit s'écrier avec une sainte allégresse: « Voici le séjour de mon repos; j'y demeurerai, puisque je l'ai choisi ». Est-ce ainsi que vous obéissez à la voix du Seigneur qui vous appelle à une vie plus fervente? est-ce ainsi que vous surmontez les difficultés que la chair et le monde opposent à votre sanctification? N'êtes-vous pas de ceux qui veulent accommoder les desseins de Dieu à leurs commodités et à leurs intérêts? Ce n'est pas là le moyen de réussir dans l'affaire du salut : à la fin, Dieu est le maître. C'est à lui à nous faire connaître ses volontés. C'est à nous à les exécuter avec fidélité, pour ne pas rompre le fil de notre prédestination: « Que chacun de vous, disait l'apôtre Saint Paul, marche dans la voie où Dieu l'appelle ».

Par son union intime avec Dieu

Cette pureté de l'âme, qui fut si parfaite dans saint Louis de Gonzague, avait sa source dans son union intime avec Dieu. Ce Dieu, selon l'expression de l'Ecriture, est un feu qui purifie comme l'or dans la fournaise; il efface, il détruit en un moment toutes les souillures des âmes qui s'en approchent. Saint Louis de Gonzague lui fut toujours étroitement uni. Etant encore enfant, il passait quelquefois des heures entières dans la contemplation de ses divines perfections, en versant des larmes de tendresse. Il pensait continuellement à Dieu. Son cœur brûlait d'un feu divin, dont l'éclat paraissait sur son visage enflammé; son esprit était tellement fixé sur l'objet de son amour, qu'aucune distraction n'était capable de l'en séparer. C'est de quoi le sacré tribunal de la Rote a rendu un témoignage authentique, en disant qu'il fut exempt des distractions et des égarements de l'imagination dans la prière. Il avoua un jour au directeur de sa conscience, que toutes les distractions qu'il avait eues pendant six mois, réunies ensemble , ne rempliraient pas l'espace d'une minute. Il n'était parvenu à ce parfait recueillement que par un grand effort, puisque, étant à la cour de Madrid, il prenait la résolution de méditer une heure de suite sans aucune distraction; et lorsqu'il lui arrivait de se distraire, ne fût-ce qu'un instant, il recommençait sa méditation, qui durait quelquefois cinq ou six heures, jusqu'à ce qu'il eût réussi à en passer une tout entière à méditer, sans être distrait. Apprenez de là de quelle importance il est pour vous de méditer tous les jours quelques unes des grandes maximes de la religion. La science du salut doit être la règle de votre conduite: vous ne pouvez acquérir une science si nécessaire qu'en la méditant au moins tous les matins avec une attention suivie et constante. « Seigneur, disait le Prophète, je me présenterai à vous tous les matins, et je connaîtrai que vous êtes un Dieu qui ne pouvez souffrir de l'iniquité ». N'imitez pas ces impies dont il est parlé au livre de Job, qui disaient à Dieu: « Nous ne voulons point apprendre la science de vos voies ».

Prière

Fidèle serviteur de Dieu, qui avez bien voulu me prendre sous votre, protection, combien ne devez-vous pas être frappe de l'énorme différence que vous apercevez entre vous et moi: vous dont l'âme fut toujours si pure et si détachée de la terre, et moi qui n'ai que des sentiments terrestres et qui ne désire que les faux biens de ce monde; vous qui fûtes toujours si étroitement uni à Dieu, et moi qui ne cherche qu'à m'en éloigner! Hélas! combien ne dois-je pas rougir rie ma misère et de ma faiblesse, à la vue des frivoles objets dont je suis sans cesse occupé! Vous me direz, sans doute, que ce qui me rend si faible et si misérable, c'est que je ne pense jamais a Dieu. Vous me direz, comme le prophète Isaïe à l'infidèle Jérusalem: « Vous avez oublié votre Sauveur, et vous ne vous êtes pas souvenu du Dieu qui est votre force et votre appui ». Obtenez-moi donc, grand Saint, quelques touches de cette grâce divine qui vous unit si intimement avec Dieu; faites que les vérités éternelles s'attachent en quelque sorte à mon esprit, et que mon esprit demeure toujours fixe et constant dans la contemplation de ces grandes vérités. Faites, enfin, qu'au lieu de suivre, comme j'ai fait jusqu'ici, les fausses lueurs de l'esprit du monde, je ne me conduise que par la vive lumière de l'esprit de Dieu, selon cette parole: « Les justes marcheront à la lumière de votre visage ». Ainsi soit il.

Maximes de Saint Louis de Gonzague, et pratiques de vertus

« La perfection évangélique ne s'acquiert que par l'étude de l'oraison, et l'on ne peut devenir un parfait chrétien que l'on ne soit homme d'oraison. Tel a été le sentiment unanime de tous les Saints.  Ayez donc chaque jour un temps marqué pour l'oraison, qui est la nourriture de l'âme, comme vous en avez un pour la nourriture du corps. C'est une chose horrible, disait Gassiodore, de passer un seul jour sans faire oraison ».

 

« De même que l'eau trouble ou agitée par le vent ne peut représenter l'image des objets présents; ainsi l'âme souillée par le vice, ou agitée par les passions, ne reçoit point dans l'oraison l'image des choses célestes. Commencez donc par vous recueillir avant l'oraison, et appliquez-vous tout entier à ce que vous devez faire: en user autrement, c'est tenter Dieu. Ayez soin, dit le Sage, de préparer votre âme à l'oraison , et ne soyez point semblable à un homme qui tente Dieu ».

« Méprisez les couronnes de ce monde, dont l'éclat vous détourne de penser au royaume du ciel, et songez que les sceptres et les ornements des rois ne sont que des habits de théâtre que les uns quittent plus tôt, les autres plus tard. Quand vous voyez quelque bien de ce monde, qui vous paraît digne de votre attachement, accoutumez-vous à le comparer aux biens éternels, et demandez-vous ensuite à vous-même lequel des deux mérite la préférence: Tout ce qui n'est pas éternel n'est rien ».

Exemple

L'admirable pureté de saint Louis de Gonzague a souvent produit des effets merveilleux dans ceux qui en entendaient parler ou qui lisaient sa vie. On a vu plusieurs jeunes gens, touchés de son exemple, quitter tout-à-fait le monde et renoncer à des vains plaisirs, pour vivre dans une grande pureté de cœur; mais parmi toutes les conversions opérées par l'intercession de ce grand Saint, aucune ne paraît plus singulière et plus étonnante que celle d'une dame de Parme qui s'était malheureusement engagée dans un commerce criminel. Elle entendit un jour une prédication dont elle fut si touchée,qu'elle voulut se confesser an prédicateur. Mais lorsqu'il lui déclara qu'elle ne pouvait rentrer en grâce avec Dieu sans rompre ses engagements et sans renoncer à ses anciennes habitudes, elle répondit qu'elle ne se sentait pas assez de force pour faire un si grand sacrifice, et qu'elle ne pouvait s'y résoudre. Il employa les plus puissants motifs de la religion pour l'y déterminer; et la voyant toujours insensible, il lui dit d'aller prier Dieu à l'autel de Saint Louis de Gonzague, et de supplier ce grand Saint, qui avait toujours eu le cœur si pur et si exempt de faiblesse, de lui aider à purifier le sien. Elle se fit une extrême violence pour suivre ce conseil, et à peine eut-elle achevé sa prière, qu'elle sentit un changement total et miraculeux dans toutes les affections de son âme: tout ce qu'elle avait le plus aimé lui devint odieux et insipide. Elle renonça tout à coup au jeu, aux plaisirs et à la vanité des parures. Elle se livra sans ménagement aux saintes austérités de la pénitence, vivant dans la retraite, dans le jeûne et dans la prière, et tâchant d'expier ses fautes passées par de rudes mortifications. Elle passa six mois entiers dans l'exercice de la piété la plus sévère, pendant lesquels, à l'occasion d'un jubilé, elle fit une confession générale de tous les péchés de sa vie, avec tant de douleur et de sincérité, qu'elle dit à son confesseur qu'elle souhaitait de mourir dans la disposition où elle était. Le confesseur l'exhorta à demander cette grâce à Dieu par l'intercession du Saint dont elle avait déjà éprouvé la puissante protection. Elle le lit, et peu de jours après, étant tombée malade, elle ne songea plus qu'à se préparer à la mort; elle dit adieu à sa mère et à toute sa famille, leur demanda pardon du scandale qu'elle leur avait donné dans le temps de ses désordres; et après avoir reçu avec beaucoup de ferveur les derniers sacrements de l'Eglise, en présence de ses parents qui fondaient en larmes, pleine d'une sainte joie et d'une douce espérance, elle expira heureusement dans la paix du Seigneur.

HC_20S__20Aloysius_20Prayer