Le Mois de Marie

de Notre Dame du Rosaire de Fatima

 

99

 

Troisième jour

 

Lecture

 

De retour au village, Lucie rappelle, avant de se séparer, à ses petits compagnons la promesse de ne rien laisser transpirer de leur secret à n’importe qui, et chacun s’en va, ramenant son troupeau à la bergerie. À la maison d’Antonio Santos, on est déjà à table pour le souper. Lucie va s’asseoir à sa place, mais mange sans grand appétit. Le cœur lui bat fort dans sa poitrine et il lui semble que tout le monde devine sur son visage, le drame sacré de la Cova d’Iria. Elle évite même de parler, de peur que son émotion ne la trahisse dans le son de sa voix.

Ni Antonio, ni Marie-Rose sa femme, n’étaient de ces esprits curieux de nouvelles, maïs des gens de mœurs pures et simples, dont les aspirations ne vont pas au delà du cadre de leurs occupations journalières. De très rares fois, ils avaient fait le voyage de Leiria ou de Villa Nova de Ourem. Il n’y avait pas encore d’automobiles, et le pauvre peuple vivait, dans les villages, la vie patriarcale et chrétienne d’autrefois. Au soir de sa journée de travail, Antonio se rencontrait à l’auberge avec de pacifiques amis, pour s’entretenir de leurs affaires. Marie-Rose était une bonne personne n’aimant guère se déplacer, à cause de ses jambes impotentes, malgré son Âge relativement jeune. Après avoir fait la prière du soir en commun, Antonio sortit, et Marie-Rose alla s’asseoir sous la cheminée, Elle jeta sur le foyer une poignée de coques de maïs décortiqué et se mit à lire un chapitre de la Bible.

À la même heure, dans une autre maison, François, après avoir soupé et fait sa prière, monta se coucher tranquillement. Sa petite sœur Jacinthe, visiblement énervée, ne faisait qu’aller et venir dans la maison, ce qui attira l’attention d’Olympia, sa mère, qui lui intima l’ordre de monter dans sa chambre. La petite fille obéit, mais lorsqu'elle fut toute seulette, le souvenir de l’Apparition devint si intense, qu’elle ne put demeurer tranquille et elle courut vers sa maman, pour lui livrer le secret de son cœur, tant elle était bouleversée.

« Maman ! lui cria-t-elle, en jetant ses petits bras autour du cou d’Olympia, maman ! J'ai vu aujourd’hui Notre-Dame à la Cova d’Iria. - Que dis-tu là ? s’exclama sa mère avec étonnement, tu n’es pas assez sainte pour cela. - Je vous jure, maman, que c’est vrai ! François l’a vue aussi et Lucie également, reprend l'enfant. - Vous êtes fous tous ensemble ! » grogna Olympia, en fronçant les sourcils ».

Et comme Jacinthe insistait, sa mère leva la main sur elle prête à la frapper. « Mais, maman, puisque je l’ai vue, je ne peux pas dire le contraire ».

Une gifle bien appliquée sur la joue fut la seule réponse. Olympia ne souffrait pas la contradiction. Le père Marto était assis dans un coin, à moitié endormi, maïs le bruit le réveilla. Devant l’explosion de la colère de sa femme, il lui dit : « Pourquoi frappes-tu la petite ? Elle a besoin de sommeil, après la fatigue de la journée, il ne faut pas la malmener ».

Le lendemain, Olympia, obsédée par l’insistance de sa fille, résolut d’aller à la maison de Lucie, pour avoir des éclaircissements. Sans autre préambule elle demande à Marie-Rose, à brûle-pourpoint : « Lucie ne t’a pas parlé d’une prétendue apparition, à la Cova d’Iria, en compagnie de François et de Jacinthe ? »

Marie-Rose ouvrit de grands yeux étonnés et s’exclama, angoissée : « Lucie aurait vu une Apparition? Mais qu'est-ce que tu me dis là ? Non, elle n’en a soufflé mot ! - Interroge-la discrètement, insinua Olympia, nous saurons bien ce qui s’est passé, et nous chercherons le moyen d'empêcher nos deux familles de devenir la risée du village ».

Olympia se retira, Marie-Rose fort intriguée cherchait l’occasion d’éclaircir le mystère. Il se pourrait, pensait-elle, que quelque aventurier ait voulu chercher à mystifier de petits êtres innocents. Peut-être aussi, parfois, le démon, par d’occultes manœuvres, cherche à troubler de jeunes âmes ?…

Il lui tardait de savoir quelque chose de la bouche même de Lucie. Sa fille avait probablement la clef de l'énigme.

 

Réflexions

 

1° Notre Dame choisit pour confidents des enfants d’humble condition. Lorsque Marie veut confier à une créature un message céleste, elle s’adresse plutôt à des enfants de condition modeste. Celui qui devait béatifier l'esprit de pauvreté et maudire l'esprit de richesse, a voulu naître dans une étable et avoir pour premiers adorateurs des bergers. Il n’a voulu rien posséder en propre « pas même une pierre pour reposer sa tête » (Luc, 9, 58.) Quoi d'étonnant alors, que Notre Dame ait jeté ses regards sur les trois petits pastoureaux de la Cova d’Iria pour en faire les confidents de son message céleste ? Renversement des valeurs et étonnement pour les hommes. Les prétendues valeurs que le monde apprécie ne sont pas celles qu’estime le ciel, La Vierge s’est penchée sur les petits paysans d’Aljustrel parce qu’ils étaient pieux, humbles, simples et innocents.

2° Notre Dame aime les enfants dévoués à son culte. Nous avons vu comment les trois petits bergers, après avoir mangé sur l'herbe leur modeste et frugal repas du matin, d’un commun accord, récitent le chapelet. Ils avaient été formés à la piété par les parents qui commençaient par donner l’exemple, Ce sont les mères qui font passer leur piété dans le cœur de leurs enfants. « Les genoux de nos mères sont notre premier agenouilloir » (Joseph de Maistre). Là nous avons appris à bégayer les doux noms de Jésus et de Marie. Sublime mission de la mère qui ne voit pas, dans son enfant, seulement un corps à nourrir et à soigner, mais une âme à « élever », c’est-à-dire à prendre d’en bas et à faire monter vers Dieu. Cette ascension morale, c’est la mère qui la réalise par ses conseils, mais surtout par l'exemple d’une vie pleine de dignité et de sens chrétien.

3° Notre Dame aime les familles où sont en honneur les bonnes lectures. Nous avons constaté avec satisfaction qu'après avoir récité la prière en commun, Marie-Rose, la mère de Lucie, se met à lire un chapitre de l’Ancien Testament qu’écoute religieusement sa fille. Autrefois quand nos familles étaient bien chrétiennes, le premier livre de lecture qu’on lisait, souvent ensemble, c'était l'Histoire Sainte qui était un résumé de la Bible. Aujourd’hui tout cela est vieux jeu. La mode est aux romans policiers ou à des illustrés pour la jeunesse, dans lesquels les héros sont des gangsters, et la force des muscles remplace la vertu. Ajoutons la démoralisation qui vient encore de la fréquentation des cinémas par les enfants, sans discrimination aucune, facilitée par des parents trop insouciants. Aussi a-t-on vu s'établir en France des « tribunaux spéciaux pour enfants », jugeant des criminels de quatorze ans !…

Déplorons le manque de vigilance sur la lecture de ces romans mauvais qui font tant de mal à la jeunesse et sont trop souvent la cause de tant de catastrophes morales.


(On peut réciter les litanies de N.D. de Fatima ou simplement l’oraison et, ainsi, terminer chaque exercice)

 

img001

 

Pour recevoir les méditations du Mois de Marie de ND de Fatima,

abonnez-vous à la newsletter d’Images Saintes