Le Mois du Sacré Cœur de Jésus

 04

Dix-neuvième jour

Consommation de Son sacrifice

 

Voix de Jésus


« Mes disciples M'avaient abandonné: du Jardin des Oliviers jusqu'au tribunal de Pilate où fut prononcé Mon arrêt de mort, J'avais été seul, soutenant en paix le poids de l'ingratitude la plus noire, de l'injustice la plus révoltante, supportant, sans faire entendre la moindre plainte, les souffrances les plus vives, les opprobres les plus cruels. Oui, mon fils, quand on s'oubliait jusqu'à Me couvrir la Face de soufflets et de crachats; quand on jetait par mépris, sur Mes épaules déchirées, quelques lambeaux de pourpre; quand on plaçait dans Ma main droite un sceptre de roseau; quand on couronnait de Sang Mon front divin, en y enfonçant un diadème d'épines, Mon Cœur était calme: Il pensait à toi, Il t'aimait, et Mon Visage était toujours serein. Au moment même où J'eus la douleur d'entendre Pierre protester pour la troisième fois qu'il ne Me connaissait point, Mes yeux n'eurent pour lui que des regards de douceur et d'Amour, qui l'émurent d'attendrissement et de repentir. Cependant, sur la route du Calvaire, des cœurs compatissants donnèrent des larmes à l'Homme de douleurs; et de Mes lèvres tombèrent alors ces paroles où ton Jésus se montre à toi s'oubliant Lui-même, et voulant qu'on l'oublie pour pleurer les malheurs réservés au peuple déicide: « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur Moi, mais pleurez sur vous et sur vos enfants ». Et bientôt après, arrivé, au sommet du Golgotha, sur cet autel d'expiation où J'allais consommer Mon Sacrifice, Je Me laissai clouer sur le Bois de l'infamie; de Mes membres transpercés s'échappèrent des ruisseaux de Sang; et durant la torture lente de la Croix on continuait à M'accabler des dérisions les plus amères, des paroles les plus ignominieuses. J'étais en proie aux ardeurs d'une soif brûlante, et il ne fut offert à Mes lèvres desséchées que le fiel et le vinaigre. Et cependant Ma bouche ne prononça sur ce peuple, bourreau de son Sauveur, que ces paroles de Miséricorde: « Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font ». Ainsi, Mon Cœur ne savait qu'aimer, et Je priais pour ceux qui se plaisaient à Me faire souffrir et mourir. Enfin, voulant montrer Ma force divine, même dans cette extrémité, voulant annoncer à la terre que Celui qui allait mourir sur la Croix était bien le Maître de la nature, qui se dévouait librement pour la réconciliation des hommes, Je poussai un grand cri, signe frappant d'une énergie, d'une puissance surhumaines, et, inclinant la tête, J'expirai. O mon fils, pourrais-tu jamais oublier ce prodigieux sacrifice consommé sur le Calvaire? Ah! que ce souvenir pénètre ton cœur, qu'il l'échauffe, qu'il l'embrase, qu'il l'anime des élans les plus vifs; qu'il en dirige tous les mouvements vers le Ciel; que ce cœur, enfin, soit sans réserve, et pour toujours à ce Dieu victime de son amour pour toi! »

 

Réflexion

 

Souffrir, expier, telle est la condition qui pèse sur l'humanité coupable depuis la chute du premier homme. Souffrir avec résignation et les yeux tournés vers Dieu, suivre ainsi Jésus qui daigne marcher à notre tête dans la voie de la douleur: c'est là le vrai, le seul remède. Il a voulu, ce divin Maître, se rendre en tout semblable à l'homme: lui qui n'avait aucune faute à expier, il est venu dans le monde, non pour y goûter des joies, mais pour y traverser une vie semée de privations et de souffrances, couronnée par une mort des plus cruelles. Ainsi, s'offre-t-il à moi tout ensemble comme une consolation, un encouragement et un modèle de soumission pleine d'amour à la volonté du Père céleste. Si donc je ne mens pas à mon titre glorieux de chrétien, de disciple de la Croix, je dois, dans toutes mes souffrances, adorer, bénir la justice de Dieu qui me frappe, et, en union avec Jésus, boire courageusement à son calice, quelle que soit la main qui me le présente.

 

Pratique

 

1° Quelques douleurs que vous avez à endurer, considérez et voyez s'il est une douleur pareille à celle de Jésus en croix2, de cet Homme-Dieu dont tout le crime fut de trop vous aimer. 2° Souvenez-vous qu'étant pécheurs, ce n'est qu'à travers les tribulations que nous pouvons entrer dans le royaume de Dieu. Consolez-vous, d'ailleurs, par la pensée que la voie des souffrances, où Jésus a marché le premier, est le vrai chemin du ciel, et qu'an moment de légère tribulation opère un poids éternel de gloire.

 

Visite du Père de Géramb au Saint Sépulcre

 

« J'avais recommandé aux drogmans du monastère de Saint-Sauveur, dit le P. Géramb (Pèlerinage à Jérusalem), d'avertir les Turcs gardiens du Saint Sépulcre, de se trouver, à cinq heures de l'après-midi, à l'entrée du temple, dans l'intérieur duquel je voulais passer la dernière nuit. J'étais à peine descendu de cheval que je m'y rendis. Les portes s'ouvrirent à mon approche, et se refermèrent aussitôt que j'en eus franchi le seuil. Le bruit des gonds de ces portes colossales, celui des clés, des verrous, dont tant de fois cependant mon oreille avait été frappée, sans que j'en éprouvasse d'émotion sensible, me causa une espèce de frisson. Une heure du matin venait de sonner. Les pères Franciscains réunis dans leur chapelle entonnaient le Benedictus Dominus Deus Israël, lorsque je me levai pour oindre le saint tombeau devant lequel j'étais resté longtemps prosterné. L'odeur du parfum se répandit au loin. De là je montai au Golgotha, où je répétai le même acte à l'endroit où la croix fut autrefois élevée. « J'ai ressenti pendant ma vie de profondes douleurs : j'ai fermé les yeux à un bon père, à une tendre mère, à une épouse chérie; j'ai perdu des enfants bien-aimés; j'ai été arrêté à deux cents lieues de la France, et traîné à travers toute l'Allemagne pour être enfermé au donjon de Vincennes, d'où je ne suis sorti que lors de l'entrée des alliés; j'ai éprouvé ce que le monde appelle de grandes infortunes; j'ai été calomnié, persécuté; j'ai fait des ingrats. Eh bien! prenant ici à témoin celui qui sonde les cœurs, et devant lequel je paraîtrai peut-être bientôt, je déclare que jamais douleur n'affecta plus vivement mon âme que celle qui s'en empara au moment où je m'arrachai pour jamais de l'église du Saint-Sépulcre. Tant que je vivrai, elle sera aussi présente à mon esprit que profondément gravée dans mon cœur; toujours son souvenir me fera tressaillir, parce que toujours, et plus qu'aucun autre souvenir, il me rappellera Jésus crucifié pour mon salut, pour le salut du genre humain, et à l'amour duquel nous devons répondre par le plus vif, le plus tendre, le plus absolu de tous les amours; ce Jésus auquel je dois l'ineffable bonheur de comprendre, de sentir cette grande vérité, que je voudrais pouvoir faire comprendre et sentir à tout l'univers entier : que Lui seul est tout, que tout ce qui n'est pas lui n'est rien, n'est que néant ». (Lettre XXXII.)

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